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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

3 février 2024 6 03 /02 /février /2024 03:39

 

La province de Nakon Phanom (นครพนม) qui s’étire sur la rive droite du Mékong est à l’écart des circuits touristiques habituels.

 

 

Elle abrite toutefois l’un des sites les plus vénérés du bouddhisme thaï, le wat Phrathat Phanom (วัดพระธาตุพนม) et son spectaculaire Chédi qui conserve de précieuses reliques de Bouddha. Il est situé à environ 50 kilomètres au sud de la ville de Nakon Phanom La foule y est immense lors des fêtes bouddhistes, venue de tout le pays.

 

 

En dehors de l’artisanat traditionnel elle produit un breuvage aphrodisiaque de l’ethnie Phuthai (ภูไทย) dans le district de Renunakhon (เรณุนคน) qui connaît au moins localement un vif succès.

 

 

Il est encore dans ce district un lieu de pèlerinage beaucoup plus discret  le 7 août 1965 que va éclater le premier combat armé entre les insurgés et les forces de sécurité thaïes dans le petit village Phuthai de Nabua dans le sous district de Khokhinhae (บ้านนาบัว ต.โคกหินแฮ่). Il se pare toujours du nom de « village historique » (หมู่บ้านประวัติศาสตธ์).

 

 

Elle a ou aurait abrité pendant plusieurs années la cabane d’Ho Chi Minh fuyant le colonisateur français, elle est devenue un lieu d’un pèlerinage  véritablement religieux ce qui n’est pas forcément du meilleur goût.

 

 

Nous avons consacré plusieurs articles sur ces sujets dont les références sont en note.

 

 

Il s’y déroule tous les ans, et c’est l’objet de notre article, un festival traditionnel spectaculaire auquel participent activement les habitants des 12 districts de la province, appelée Prapheni Lairueafai  (ประเพณีไหลเรือไฟ ou ประเพณีไหลเฮือไฟ) la procession des bateaux illuminés sur le Mékong, cela va sans dire.

 

 

Localement on l’appelle plus volontiers loy huea fai (ลอยเฮือไฟ) les bateaux illuminés qui flottent  mais elle n’a rien à voir avec loy Krathong (ลอยกระทง)  et ne se déroule pas à la même date : loy Krathong a lieu le soir de la pleine lune du 12ème mois du calendrier lunaire traditionnel, loy huea fai le précède, à la fin du carême bouddhiste, le 15e jour de la lune croissante du 11e mois lunaire ou de la lune décroissante du 1er mois lunaire. C’est une fête spécifique à la seule  province alors que Loy krathong se fête dans toute l’Asie du sud-est. Nous en avons parlé (voir les références en note). En 2023, elle a eu lieu entre le 20 et le 30 octobre et Loy krathong le 27 novembre.

 

 

La fête est ancienne mais avait été suspendue en 1975 mais repartit en 1983 à l’initiative du gouverneur soucieux de promouvoir le tourisme dans sa province. Il est de nombreuses légendes qui sont à l’origine de ce cérémonial festif. La plus répandue n’est pas la moins curieuse. Elle connaît comme il se doit plusieurs versions. (Voir nos sources en fin d'aricle)

 

 

Cela se passait en des temps reculés dans la forêt de Himmapan (ป่าหิมพานต์),

 

 

cette forêt légendaire de la mythologie hindoue entourant le mont Meru (เขาพระสุเมรุ) et abritant de nombreuses créatures extraordinaires.

 

 

Un couple de corbeaux blancs (กาเผือก) qui nichaient dans un figuier au bord d’un grand fleuve (le Mékong ?).

 

 

Un jour, la femme pondit cinq œufs. Une nuit éclata un orage si violent que le figuier fut déraciné et emporté dans le fleuve avec la femelle et les cinq œufs. Le corbeau était parti à la recherche de nourriture. Lorsqu’il revint à l’aube, il ne trouva ni son nid, ni sa femme ni les œufs et les chercha jusqu’à sa mort. Il connut alors sa nouvelle vie comme Phakabrahma (ผกาพรหม)

 

 

dans un des paradis de Brahma appelé phaka phrom ou phok phrom (ผกาพรหม ou พกพรหม).

 

 

Les œufs par ailleurs avaient échoué sur une jetée abritant cinq animaux, une poule, un naga femelle (mythique évidemment), une tortue, une vache et une lionne. Quand ces animaux pondaient, c’est un être humain qui sortait de leurs œufs.

 

Le premier œuf s’était échoué près du gite d’une poule appelée Kukkusantho (กุกกุสันโธ) qui le couva et lorsqu’il eut éclos, naquit un enfant humain que la poule éleva et Thao Kukkusantho (ท้าวกุกกุสันโท).*

 

 

Le deuxième atteignit les rives du fleuve habité par la naga femelle appelée Konakamano (โกนาคมโน). Elle le couva et lorsqu’il eut éclos, en sorti un enfant, humain naturellement, appelé Thao Konakamano (ท้าวโกนาคมโน).

 

 

Le troisième s’échoua non loin de l’habitat d’une tortue appelée Kussapo (กัสสโป) que le couva jusqu’à ce qu’éclose un enfant humain appelé Thao Kassapo (ท้าวกัสสโป).

 

Le quatrième parvint proche de l’endroit où vivait une vache répondant au nom de Kotmo (โคตโม) qui le couva jusqu’à l’éclosion d’un petit humain qui s’appela Thao Kotmo (ท้าวกัสสโม).

 

Le cinquième atteignit la plage ou vivait la lionne appelée Sri Ariya ou Sri Ariya Mettrai (ศรีอาริย์ ou ศรีอาริยเมตตรัย) qui soigna l’œuf jusqu’à l’éclosion d’un petit homme qui devint alors Thao Sri Ariya Mettrai (ท้าวศรีอาริยเมตตรัย).

 

 

Si, de nous jours, les poules, les tortues et, pourquoi pas, les nagas pondent toujours des œufs, en ces temps très reculés, il en était alors de même pour les vaches et les lionnes.

Les enfants grandirent non loin des uns et des autres et les parents leur expliquèrent les raisons pour lesquelles ils étaient des humains et non des animaux comme eux.

 

Effondrés, ils demandèrent à leurs parents l’autorisation de les quitter pour se faire ordonner moines et devinrent ermites (ฤาษี) et se consacrèrent à la méditation en voyageant dans les montagnes et les forêts jusqu’au jour où ils se rencontrèrent et parlèrent de leur passé. Ignorant quels étaient leur vrais parents, ils ne connaissaient leur origine que par leur mère nourricière et furent rapidement persuadés qu’ils étaient frères. Ils voulurent alors rechercher leurs véritables parents. Ils prièrent alors le Dieu Indra (พระอินทร์) en souhaitant qu’après avoir atteint l’illumination et être devenu des Bouddhas, la vérité leur soit enfin connue.

 

 

Le Dieu Indra alla alors demander à Phakabrahma de redescendre sur terre et de dire la vérité à ses cinq fils ermites. Phakabrahma se transforma en corbeau blanc et expliqua aux cinq ermites qu’il était leur père avant de retourner dans son paradis.

 

 

Avant qu’il ne s’en aille, les cinq ermites lui demandèrent d'imprimer sa griffe sur une dalle de pierre afin qu'eux, en tant que fils, puissent lui rendre hommage et montrer leur gratitude envers leurs parents nourriciers. Leur père refusa mais ajouta : « Si votre mère vous manque, le jour de la pleine lune du 11e mois lunaires, prenez du fil brut et attachez-le à un bâton en forme de patte d'oie. Placez des bâtons d'encens et des bougies et faites flotter ce panier sur le fleuve". Il prit congé et depuis lors, de génération en génération, les habitants font flotter non plus de simples paniers, feuilles de bananier ou buches de bambou mais des bateaux flottants, des plus modestes aux plus spectaculaires étant construits par la population de tout un village

 

 

 

qui rivalise avec le village voisin,  pour vénérer le corbeau blanc. Pour eux, cette fête est unique au monde (หนึ่งเดียวในโลก)

 

 

Il semble difficile d'écarter l'hypothèse faisant de ces animaux l'esietence de Boudha dans l'une de ses existences antérieures quand il naissait comme animal ?

 

 

SOURCES

 

Sur la page facebook de notre ami Mina : « Mina's Stories : มินามีเรื่องเล่า », un article อย่าลืมไปไหลเรือไฟกันนะครับ

https://www.finearts.go.th/nakhonphanomlibrary/view/1244012440-ไหลเรือไฟ-นครพนม

http://www2.nakhonphanom.go.th/charm/detail/99

http://www2.nakhonphanom.go.th/charm/detail/29

https://thai.tourismthailand.org/Events-and-Festivals/งานประเพณีไหลเรือไฟ-และงานกาชาดจังหวัดนครพนม-ประจำปี-2566

 

NOTE : NOS ARTICLES

 

A 251- LA LÉGENDE DU TRÉSOR ENFOUI DU PHRA THATPHANOM SUR LES RIVES DU MÉKONG, LE LIEU LE PLUS SACRÉ DU BOUDDHISME DANS LE NORD-EST.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2018/02/a-251-la-legende-du-tresor-enfoui-du-phra-thatphanom-sur-les-rives-du-mekong-le-lieu-le-plus-sacre-du-bouddhisme-dans-le-nord-est.hts u

A 307- ประวัติศาสตร์พระธาตุพนม - LA LÉGENDE DE PHRA THAT PANOM : « LE TEMPLE DU RESPECT » - SYMBOLE DE L’IDENTITÉ DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE (ISAN) ET DU LAOS.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2019/03/a-307-la-legende-de-phra-that-panom-le-temple-du-respect-symbole-de-l-identite-du-nord-est-de-la-thailande-isan-et-du-laos.html

Notre Isan 28 : Un aphrodisiaque pour femmes de Thaïlande !

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/article-a-39-un-aphrodisiaque-pour-femmes-de-thailande-81582982.html

H 28- LA GUÉRILLA COMMUNISTE DANS LE NORD-EST DE LA THAÏLANDE (ISAN) DU 7 AOÛT 1965 AU 23 AVRIL 1980 - PREMIÈRE PARTIE.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2018/12/h-28-la-guerilla-communiste-dans-le-nord-est-de-la-thailande-isan-du-7-aout-1965-au-23-avril-1980-premiere-partie-4.html

H 10 - LA « MAISON D’HO-CHI-MINH » PRÈS DE NAKHON PHANOM, MYTHE OU RÉALITÉ ? DU CULTE DE LA PERSONNALITE À LA DÉIFICATION.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2017/06/h-10-la-maison-d-ho-chi-minh-pres-de-nakhon-phanom-mythe-ou-realite-du-culte-de-la-personnalite-a-la-deification.html

R9. UNE DES PLUS BELLES FÊTE DE THAÏLANDE : LE LOIKRATONG

 https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/article-a167-une-des-plus-belles-fetes-de-thailande-le-loykratong-124921789.html

 

 

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10 décembre 2023 7 10 /12 /décembre /2023 03:19

 

Cette question ne contredit en rien ce que nous avons écrit sur l’échec de l’évangélisation du Siam. Nous avons publié en 2018 un premier article (en thaï) de Madame Suthida Tanloet  (สุธิดา ตันเลิศ) มิชชันนารีชาวฝรั่งเศสในเมืองอุบลราชธานี ช่วงปี ..2409-2453 (Les missionnaires français à Ubon Ratchathani de 1867 à 1910) (1).

 

C’est un travail universitaire d’une profonde érudition étayé par des recherches  d’une grande rigueur.

 

Nous avons découvert avec un  vif intérêt une publication récente de Phongsathon Tancharoen (พงศธร​ณ์​ ตัน​เจริญ​). Cet étudiant à l'Université de Maha Sarakham, (มหาสารคามmilitant) se présente comme militant politique qui aime étudier le marxisme et les mouvements sociaux et œuvre pour le changement dans la société. Sa page Facebook ne laisse planer aucun doute sur ses inclinations. Cet article a été publié sur le site Isaan record  (2) sous le titre ไถ่ทาสจากกุลา ให้การศึกษาเด็กยากจน โรงเรียนคาทอลิกแห่งแรกที่อุบลฯ ร่องรอยคริ (Racheter les esclaves dee Kula - Éduquer les enfants pauvres - La première école catholique d'Ubon Ratchathani – les traces du christianisme)

 

Une précision  Kula (กุลา), sauf erreur de ma part, est un terme spécifique à la langue du nord-est désignant de façon négative, les marchands d’esclave en général birmans.

 

Le travail de Phongsathon Tancharoen n’est pas à proprement parler un article universitaire, mais un solide travail d’investigations et ses conclusions, qu’il soit sympathisant marxiste ou pas, rejoignent – mutatis mutandis – celles  de la très érudite universitaire

 

 

Une précision, les deux auteurs qui sont à l’origine de cet article parlent de catholiques romains de toute évidence pour les distinguer des catholiques orthodoxes. L’implantation de l’église orthodoxe dépendant du patriarche de Moscou ne date que de 1999  de toute évidence pour répondre à la présence d’une importante population russe et ukrainienne depuis le début de ce siècle. Les 10 églises enregistrées officiellement se situent en des régions où la présence de l’immigration russo-ukrainienne est significative. Il n’y avait auparavant pas d’implantation russe au Siam. Le Bangkok Siam directory note en 1913 la présence de 23 russes enregistrés, uniquement le personnel de la légation. Des Russes ont pu se réfugier ponctuellement au Siam en temps de l’Empire mais il s’agissait de juifs qui fuyaient les pogromes et qui ne s’enregistraient pas à la légation pas plus qu’ils n’auraient hanté les églises

 

 

La présence de communautés catholiques en Isan est caractéristique essentiellement autour de l’archidiocèse de Tha Rae-Nong Saeng  (ท่าแร่-หนองแสง) dans la province de Sakon Nakhon (สกลนคร) autour duquel la plupart des villages sont catholiques et dans les provinces Nakhon Phanom, Mukdahan et Kalasin (นครพนม มุกดาหาร และกาฬสินธุ์). Cela contredit, constate Phongsathon Tancharoen, l’opinion des beaux esprits de Bangkoj qui considèrent les habitants de la région comme des paysans tout autant bouddhistes qu’animistes.

 

Cette propagation de « la bonne parole » - et les conclusions de nos deux auteurs se rejoignent, tient au dévouement et au sacrifice de leur santé des pionniers de l’évangélisation dans la région qui n’était alors pas d’un accès facile. Il faut partir du traité de Montigny en 1856, qui assure la liberté d’évangéliser et la possibilité pour les missionnaires de voyager librement pour la propagation de leur foi.

 

 

Ces pionniers, ce furent au premier chef, Monseigneur Jean-Louis Vey, désigné comme vicaire apostolique du Siam et du Laos (alors siamois) en 1875. Nous le connaissons déjà comme fondateur du premier hôpital catholique français à Bangkok qui donnait accès aux soins à tous y compris les plus démunis (3).

 

 

Cela tient encore à trois missionnaires des Missions étrangères en dehors du vicaire apostolique, jeunes, ils ont moins de trente ans, et enthousiastes, Constant Jean Baptiste Prodhomme qui finira vicaire apostolique du Laos lorsque celui-ci devinf rançais

 

 

et François Marie Xavier Guego d’abord (4)

 

 

Monseigneur Vey les envoya alors en 1876 évangéliser la région qui ne l’avait pas encore été depuis le traité de Montigny. Il n’y avait alors trace que de petits groupes de catholiques épars sans pasteur – probablement réfugiés des persécutions au Vietnam. Leur destination était la ville d'Ubon Ratchathani Le groupe accompagné d’un catéchiste Kru Naen Thong (ครูเณรทอง) et de serviteurs partit de Bangkok le 12 janvier 1881. Le choix d’Ubon n’était pas innocent. Elle était consécutive à des facteurs sociopolitiques qui les conduisirent à s'y installer définitivement et devenir es pionniers dans l’évangélisation de la religion catholique romaine et marquer la région de son empreinte.

 

La ville abritait 5000 habitants,  des Chinois comme il se doit, des moines, des esclaves et des hommes libres ; Elle était le centre administratif de la province (monthon) de Laokao (มณฑลลาวกาว) sous le nom de Ubon Ratchathani Siwanalai (เมืองอุบลราชธานีศรีวนาลัย). Elle était dirigée par un gouverneur nommé et venu de Bangkok Luang Phakdee Narong (หลวงภักดีณรงค์). Elle était en proie à des querelles internes et c’est alors que le dit gouverneur qui avait connu Monseigneur Vey à Bangkok, lui demanda l‘envoi de missionnaires. Des factions rivales s’affrontaient entre elles et il se manifestait une forte résistance au pouvoir central expansionniste. Le gouverneur nommé par Bangkok avait eu l’occasion d’y rencontrer à plusieurs reprises Monsieur Vey et l’invita à venir propager le christianisme dans sa région qui abritait par ailleurs des catholiques romains du Vietnam, victimes de persécutions religieuses

 

 

Le voyage dura 102 jours, arriva le 24 avril 1881. Notons qu’il y a entre les deux villes aujourd’hui 600 kilomètres par bonnes routes !

 

La question du financement de ces missions reste à déterminer : les catholiques y sont pauvres. Une intervention occulte du gouvernement français n’est pas à exclure, peut être aussi des autorités siamoises et bien sûr du siège de Paris : La MEP envoie des prédicateurs dans toutes les paroisses de France et y quêter des subsides. Il était de bon ton alors d’aider financièrement à la conversion des « petits chinois » comme on appelait tout ce qui venait d’Asie

 

 

Le rachat puis la conversion des esclaves

 

Le groupe fut bien accueilli à Ubon tant par les autorités que par les factions rivales au sein de la ville. Il lui fut attribué un local proche de l’hôtel de ville. La première de ses tâches fut de lutter contre l’esclavage, son abolition n’était pas à l’ordre du jour du gouvernement central. Il fut rapidement en contact avec un groupe de 18 esclaves, hommes, femmes et enfants que les trafiquants avaient capturé dans la ville de Phuan au Laos (เมืองพวน). Dans l’espoir de les convertir évidemment mais le christianise à ses débuts, ne fut-il pas un refuge pour les esclaves et les déshérités ? Avec courage et détermination, ils intentèrent des actions en justice  et obtinrent leur libération. Ils furent leurs premiers  fidèles et inscrivirent leurs enfants au catéchisme. Ils en retirèrent un grand prestige et un grand respect dans les populations au moins chez les plus démunis.

 

 

Création de la première communauté chrétienne du Nord-Est.

 

Les autorités fournirent alors un terrain aux missionnaires.au bord d’un étang à l’ouest de la ville, la zone était abandonnée car considérée comme maléfique et peuplée de démons et autres esprits malveillants. C’était une zone marécageuse peuplée de fantômes et d’esprits maléfiques qui faisaient mourir ceux qui s’y aventuraient. Or les catholiques y vivaient heureux. Ce phénomène fut interprété comme miraculeux par la population. Le terrain avait tout simplement été défriché autour de la zone marécageuse détruisant ainsi les moustiques à l’origine du paludisme.

 

Elle s’appelait  Bung Ka Saeo (บุ่งกาแซว) actuellement appelé Bung Kra Thaeo (บุ่งกระแทว). Ils y établirent un village le 17 octobre 1881 qui fut la première communauté catholique romaine d'Isan. Le terrain comportait une maison de style traditionnel qui devin à la fois la chapelle et la résidence des missionnaires. Ils accueillirent des malades et des handicapés qui demandaient leur protection et construisirent des huttes à proximité. La Vierge Marie et immaculée conception  devint protectrice de la première église du nord-est, appelée « Wat Mae Phra Narumontin » (วัดแม่พระนฤมลทิน) aujourd'hui cathédrale de l'Immaculée Conception. Ce fut le début de l’expansion de la communauté.

 

 

 

Répandre le « Dhamma » sous la devise « Libération, Miséricorde et Justice »

 

Après avoir créé avec succès la communauté de Bung Kra Thaeo, les missionnaires devaient compter sur les ressources de la mission du Siam car la plupart des chrétiens étaient pauvres et les missionnaires devaient donc les soutenir. Ils avaient des objectifs prioritaires avant même de procéder à des baptêmes et comptabiliser les conversions, apporter leur soutien aux défavorisés de la société comme nous allons le voir et lutter contre les superstitions Ainsi, mais ce n’est qu’un exemple, le terrain que la communauté avait acheté un terrain à l’ouest et à la périphérie de la ville à Bung Ka Thaew, une zone marécageuse peuplée de fantômes et d’esprits maléfiques  qui faisaient mourir ceux qui s’y aventuraient. Or les catholiques de Bungkathaew vivaient heureux. Ce phénomène fut interprété comme miraculeux par la population. Le terrain avait tout simplement été défriché autour de la zone marécageuse détruisant ainsi les moustiques à l’origine du paludisme qui y sévissait à l’état endémique.

 

 

Par ailleurs, les groupes ethniques Lao Thoeng (พวกลาวเทิง) et Lao Phuan  (พวกลาวพวน)  situés sur la rive gauche du Mékong invitèrent les missionnaires à venir les instruire. Ce fut le père  Alfred Marie Théophile Rondel (4), lui aussi jeune et dynamique, qui partit en 1883 explorer tout la région, Amnat Charoen. Nakhon Phanom jusqu’à Nong Khai (อำนาจเจริญ – อนครพนมง - หนองคาย) ? Il en revint avec quelques dizaines de disciples, beaucoup d’esclaves rachetés.

 

 

Notre auteur, Phongsathon Tancharoen, met à l’actif des missionnaires une stagnation de l’esclavage dans le nord-est avant que son abolition ne devienne de droit positif. L’équipe de Ubon va alors se répandre dans tout le nord-est,  Nong Khai, Nakhon Phanom et Sakon Nakhon (หนองคาย – นครพนม – สกลนคร). En dehors du « camps de base » d’Ubon, des communautés avec leur église au départ modeste, sont présentes dès 1884 dans ces villes.

 

 

 

La création des Sœurs religieuses « amantes de la  croix ».

 

Les missionnaires apportèrent également une assistance aux membres de divers groupes ethniques défavorisés, en dehors du rachat des esclaves, soins médicaux et développement de l'éducation et du « travail social ». Epidémies et famine causaient la mort de nombreuses personnes et les orphelins étaient nombreux en sus des difficultés causées par l’esclavage qui dispersait les familles. Ils créèrent un orphelinat en 1883. Ils en confièrent la responsabilité à deux filles d’anciens esclaves chargées non seulement des soins à leur donner mais encore de leur procureur un enseignement de base. Elle fut la première école catholique du Nord-Est et la première école de la ville d'Ubon Ratchathani. Ces femmes furent les premières religieuses catholiques du Siam. Le père Prodhomme leur fit construire un couvent en 1889 et les nomma « les sœurs qui aiment la croix » souvent traduit par « amantes de la croix » (คณะภคินีรักไม้กางเขน) à charge pour elles d'aider au travail social de la mission, adoption et prise en charge des orphelins et d'aider à l'éducation en enseignant des enseignements dans les écoles et de fournir des soins médicaux aux malades. Elles sont toujours omniprésentes dans les communautés catholiques de Thaïlande avant que la mission confiée aux prêtres de la MEP, transférer la charge missionnaire aux prêtres indigènes ne soit présentement complétement réalisée.

 

 

QUELQUES CHIFFRES

 

L’Archidiocèse de Tha Rae - Nong Saeng (อัครสังฆมณฑลท่าแร่-หนอง) a été créé en 1965. Il ne couvre qu’une petite partie (15 %) de la région nord-est (25.500 kilomètres carrés sur 160.000). Sa juridiction recouvre 4 provinces à savoir Sakon Nakhon, Nakhon Phanom, Mukdahan et Kalasin. Sa population est de 3.190.000 habitants et le nombre de catholiques enregistrés, de 57.000 soit 1,8 % de la population.

 

Sur tout le pays, la proportion n’est que de ½ %, ce chiffre est significatif. En sus de son archevêque et de son prédécesseur devenu honoraire, 76 prêtres desservent 74 cathédrales ou églises. Il existe en outre 13 prêtres moines : capucins, de l’ordre de Saint Gabriel, dominicains et cisterciens. Les religieuses « amantes de la croix » sont 92 et 26 de divers ordres féminins. Ces chiffres sont donnés sur le site en thaï de l’archidiocèse (https://www.cbct.or.th/อัครสังฆมณฑลท่าแร่-หนอง/). Tout le clergé, archevêque en tête est actuellement thaï ce qui est conforme à la mission confiée au Missions étrangères par le Pape lors de sa création, former en priorité un clergé indigène.

 

 

Le diocèse d’Ubon, créé à la même date, gère 7 provinces à savoir Ubon Ratchathani, Maha Sarakham, Yasothon, Roi Et, Sisaket, Surin, Amnat Charoen. Il est plus de deux fois plus peuplé (près de 8 millions d’habitants), n’abrite que 25.000 fidèles qui ne sont desservis que par 36 prètres. Ces chiffres viennent du site https://www.cbct.or.th/สังฆมณฑลอุบลราชธานี/

 

 

Les chiffres deux deux autres diocèses dee l'Isan, Korat et Udonthani sont encore plus attristants, ne reuons pas le couteau dans la plaie

Conclusions

 

Les actions humanitaires, rachat d’esclaves d’abord et ensuite soins médicaux et enseignement, furent un facteur essentiel au succès évidement relatif de la prédication de la bonne parole évangélique. Les biographies de ces missionnaires sur le site des archives de Missions étrangères s’en glorifient non sans raisons. A l’inverse des premiers missionnaires de l’épopée de Louis XIV qui pensaient convertir le Siam en convertissant son roi, cette réussite évidemment relative démontre d’où il fallait partir

NOTES

 

(1) https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2018/09/a-275.2409-2453-les-missionnaires-francais-dans-le-mueang-d-ubonrachathani-de-1867-a-1910.html

(2) https://theisaanrecord.co/2023/12/06/propagation-of-christianity-roman-catholic-church-in-isaan

(3) voir notre article :

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/article-a140-1898-le-premier-hopital-fran-ais-catholique-a-bangkok-122232355.html

(4) Les notices détaillées de leur vie de missionnaires se trouvent sur le site des archives de la MEP.

https://irfa.paris/en/missionnaire/0874-vey-jean-louis/

https://irfa.paris/en/missionnaire/1193-prodhomme-constant/

https://irfa.paris/en/missionnaire/1428-guego-francois/

https://irfa.paris/en/missionnaire/1459-rondel-alfred/

 

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6 août 2023 7 06 /08 /août /2023 02:29

 

Les journalistes de la presse locale se font parfois l’écho d’une prise exceptionnelle d’un disciple de Saint Pierre dans nos rivières européennes. Il s’agit le plus souvent d’un silure géant, le plus gros poisson d’eau douce, de plus de deux mètres en général, remis à l’eau après la bataille, nulle maitresse de maison n’ayant dans sa cuisine une marmite d’une taille suffisante pour l’y faire pocher ! Ainsi au mois de juin 2023 en Italie, un animal de « près de trois mètres » a été sorti de l’eau après une bataille homérique. Naturellement, nous ne savons pas de quel fleuve il a été extrait, probablement le Po ni le matériel utilisé par notre heureux pécheur, ils sont toujours discrets sur leurs « coins » et sur leurs procédés. Le poisson n’a par ailleurs pas été pesé. Je remercie Philippe Drillien de m’avoir communiqué le renseignement extrait de la revue Ça m’intéresse.

 

 

Parler de « poisson-chat » même géant est un abus de langage car ces silures, s’ils sont de la famille des siluridés, n’ont rien à voir avec le fort peu intéressant poisson-chat, Ameiurus nebubosus, espèce invasive venue d’Amérique du nord dans des conditions plus ou moins mystérieuses, un fléau pour nos cours d’eau. 

 

 

La présence de ces géants des eaux douces est connue depuis toujours. S’agit-il du même animal dont nous avons déjà parlé et qui faisait l’objet de cérémonies rituelles pour les capturer au filet à certaines époques de l’année ? (1)

 

Nous n’aurons pas le privilège de pouvoir assister à l’une de ces cérémonies ; L’espèce est en danger d'extinction en raison d’une pêche excessive, de la pollution des cours d’eau et des multiples barrages sur le Mékong. Toute prise est interdite en Thaïlande depuis 1992 mais un individu a été capturé dans le nord le 1er mai 2005 bien après l’interdiction ! Près de 2 mois après la prise, une fois qu’il avait été pesé, photographié et débité en darnes, les pêcheurs ont rapporté à la presse qu'il pesait 293 kg pour 2 m 75 de long (très exactement 9 pieds et 646 livres). Les spécialistes n’ont pas eu l’occasion de l’examiner plus en détail. C'est le plus grand poisson capturé depuis la tenue de registres, commencée en 1981, mais aussi le plus grand "poisson-chat" jamais pêché en eau douce.

 

 

Il est actuellement sous la haute protection de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction signée à Washington le 3 mars 1973.

 

Ce n’est pas le cas du silure qui fait la joie des pécheurs européens dits « sportifs », puisqu’il prolifère dans tous nos cours d’eau apparemment sans dommage pour leur équilibre écologique.

 

L’histoire des poissons a fait l’objet d’un ouvrage exhaustif du Baron Cuvier en 22 énormes volumes publiés entre 1828 et 1849 « Histoire naturelle des poissons ». C’est la somme du savoir ichtyologique à cette époque. Le tome XIV est consacré en grande partie aux silures car les plus grands des poissons d’eau douce, fondé soit sur des constatations personnelles soit sur celles des correspondants qu’il avait dans le monde entier.

 

 

Cuvier avait été précédé par Lacépède dont l’ « histoire naturelle des poissons », moins détaillée, date de l’an XI (1802-1803)

Cuvier distingue le silure d’Europe au premier chef puis le silure de daourie (en Sibérie), celui de la Cochinchine, celui du Malabar (aux Indes), le silure wallagoo en Birmanie ou l’on trouve également le silure asote, le silure à deux taches de Java comme le silure Pabo et celui à deux fils, le silure anostome du Bengale, le silure pabda également du Bengale et le silure Oudney que l’on trouve dans le Nil et qui nourrit les soldats de Bonaparte.

 

 

Lacépède signale une espèce en Amérique, ce que ne fait pas Cuvier.

Nous ne trouvons guère de différences entre tous ces silures au vu des belles gravures de Cuvier, sinon leur origine, Europe, Asie et Afrique.  

Gravures de Cuvier :

 

 

Gravure de Lacépède :

 

 

Cuvier et Lacépède s’accordent à attribuer le record de taille à l’espèce qui vit dans la Volga dont on aurait péché des exemplaires de plus de 3 mètres et de 400 kilos ? « Baleine d’eau douce » dit Lacépède ! Tous sont laids et ont une caractéristique commune, une extrême voracité, poissons, petits oiseaux aquatiques ou petits animaux ? Il court de nombreuses légendes sur le fait qu'il n'épargnerait pas l'espèce humaine ? Les plus grands en tous cas ont la gueule assez grande pour qu'on pût y faire entrer facilement un enfant de six ou sept ans. Carnivore assurément, les pécheurs européens l’appâtent avec des vifs, poisson ou grenouille. Mais est-ce bien le même monstre que l’on péchait au filet sur les rives du Mékong et de quelques affluents ? La première description précise que nous en avons est celle de Pavie en 1904 (2).

 

 

Par ses dimensions considérables, souvent plus d’un mètre, autant que par le parti qu'on en tire, ce poisson méritait mérite son attention à un degré particulier. Pavie assortit son texte de plusieurs photographies.

 

 

« Les Laotiens l'appellent Pla-boeuk : ils croient que les femelles seules parcourent le fleuve et s'imaginent que des   mâles, aux écailles dorées, attendent leur arrivée au lac Tali ». Il décrit longuement le rituel de la pèche, n’y revenons pas. Il écrit aussi « la faune  ichthyologique de l'Indo-Chine orientale est encore à établir, particulièrement en ce qui concerne les espèces d'eau douce ». Selon P. Chevey dont l’œuvre ichtyologique est considérable, il n’est pas douteux qu’il s’agit d’un silure mais de quel genre ? Il n’y eut jusqu’en 1931 aucune étude scientifique, aussi curieux  que cela soit.  Arrivé en Indochine, il lui fallut attendre deux ans avant de pouvoir étudier un « exemplaire frais » de 2,50 mètres, indispensable notamment pour l'étude de la dentition, caractère primordial chez les Siluridés que l’on croyait tous carnassiers.  Il put alors en relever sur place les principaux caractères, et constater, à sa grande surprise, que l'animal est absolument dépourvu de dents, aussi bien sur les mâchoires que sur le palais. Cette disposition, tout à fait-anormale pour un Pangasius et même très rare dans l'ensemble de la famille des Siluridés, l'autorisa absolument à créer une section générique spéciale pour ce poisson. Il proposa le nom de Pangasius gigas qu’il porte dorénavant (3). 

 

Notre géant du Mékong est incontestablement herbivore !

 

Il se pose évidemment la question de savoir si les deux espèces peuvent se reproduire entre elles ? Je ne suis pas compétent pour y répondre. Peut-on faire le rapprochement avec l’éléphant, ceux d’Asie  ne peuvent se reproduire avec ceux d’Afrique.

 

D’autres questions restent à cette heure sans réponse tant pour les espèces européennes que pour le géant du Mékong :

 

La longévité ?

 

Probablement plusieurs dizaines d’années ? L’âge d’un poisson se détermine aussi facilement que celui d’un arbre par l’examen de ses ossements mais il y a évidemment un problème majeur, il faut le disséquer et tous les plus grands spécimens sortis de l’onde par nos pécheurs, entre deux et trois mètres, sont remis dans l’eau. L’occasion se présentera peut-être d’un animal qui trépasse une fois amené sur la berge ce qui permettrait alors à des spécialistes d’effectuer l’opération. L’examen  n’a pas pu s’effectuer sur le spécimen sorti du Mékong en 2005.

 

 

Le record

 

Espèce encore mal étudiée, il est donc probable, pensent les spécialistes, qu'il puisse atteindre des proportions supérieures. Compte tenu de la profondeur du fleuve en certains endroits dans les lieux de pêche du Mékong, 60 mètres et de l’existence de cavernes subaquatiques, il est probable que des géants s’y terrent ou se terrent dans les profondeurs. Nul plongeur expérimenté n’est, à notre connaissance, à ce jour allé effectuer des plongées dans le fleuve et ses cavernes. Tous les pêcheurs d’eau douce savent bien que le plus gros spécimen d’une espèce n’est pas celui qu’ils ont attrapé mais celui qui leur a échappé. A ce jour toutefois, aucun spécimen de plus de trois mètres n’a été signalé. Le signalement de silures de la Volga de 400 kilos reste aléatoire.

 

 

L’avenir ?

 

Protégée, l’espèce est à l’abri de ces pèches collectives qui se soldaient souvent par des prises de plusieurs centaines sinon de plusieurs milliers d’individus. Il est vrai qu’il s’agissait alors d’assurer la subsistance de populations déshéritées. Le poisson fait l’objet d’élevages dans la région du nord et du nord-est, reproduction assurée par insémination artificielle.

 

 

Sa chair est savoureuse et il se vend d’ailleurs fort cher. Rien à voir avec le vulgaire poisson chat qui ne présente d’intérêt ni pour la table ni pour la pèche.

 

 

NOTES

 

(1) Voir notre article A 208 - LE RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2016/01/a-208-le-rituel-de-la-peche-au-plabuk-le-geant-du-mekong-dans-le-nord-est-de-la-thailande.html

Voir «  Les techniques rituelles de la pêche du palŏ'm au Laos » par Charles Archaimbault in : Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 49 N°1, 1958. pp. 297-336;

(2) Mission Pavie – Indochine, tome III,  RECHERCHES SUR L'HISTOIRE NATURELLE DE L'INDO-CHINE ORIENTALE)

(3) « SUR UN NOUVEAU SILURE GÉANT DU BASSIN DU MÉKONG PANGASIANODON GIGAS » in Bulletin de la société zoologique de France, 1930. 

 

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30 juillet 2023 7 30 /07 /juillet /2023 03:01

 

Nous avons consacré deux articles à ce qu’il est convenu d’appeler « la révolte des Saints », plus précisément « la révolte des hommes qui ont gagné des mérites » (Prakotkanpibun  ปรากฏการณ์ผีบุญ ou encore การขบถผู้มีญ kankhabotphoumibun).

 

 

Les plus méritants d’entre aux acquirent des pouvoirs charismatiques de thaumaturges et de prophètes. Elle débuta au débit du siècle dernier au sud du Laos, lutte anticoloniales par excellence, les habitants s’était rapidement aperçu dès l’arrivée des Français que les mots « liberté, égalité, fraternité » inscrits au fronton des édifices publics ne s’appliquaient pas aux Indigènes.

 

 

Rapidement réprimée par les Français elle déborda de l’autre côté du Mékong dans les provinces du sud de l’Isan (nord-est de la Thaïlande). Mouvement anti colonial aussi en lutte contre la politique de réforme du roi Rama V et de son frère, le prince Damrong tendant à une « siamisation » forcenée  des marches du royaume dont les liens féodaux avec Bangkok étaient évanescents : le Siam ne doit comporter que des Siamois avec les mêmes droits et surtout les mêmes devoirs. Ils sont aujourd’hui célébrés, au Laos comme les précurseurs de la lutte anti coloniale et en Thaïlande par les « activistes qui luttent pour une réforme en profondeur d’un régime centralisateur, vers plus de démocratie, de déentralisation et de justice sociale. Mon propos n’est pas de les juger. Il n’est pas non plus de réécrire l’histoire mais il est des constatations d’évidence.  Le roi Rama V avait en face de lui les puissances occidentales qui se disputaient la colonisation des pays d’Asie-du-sud-est. Il dut consentir à de lourds sacrifices, perte du Laos et du Cambodge au profit des Français, pertes de territoires aujourd’hui birmans et des sultanats du sud au profit des Anglais sans compter des pertes de souveraineté, essentiellement au profit des Français, par le système des « protégés ». 

 

 

Ainsi le Siam a-t-il survivre jusqu’à la fin de l’ère coloniale. Mais dans ces conditions, il est évident qu’il ne pouvait tolérer des mouvements centrifuges qu’il lui fallait réprimer de façon spectaculaire car si ses armées n’étaient pas de taille à affronter les Français et les Anglais, elles l’étaient assurément face à des paysans dépourvus d’armement modernes et ne pouvant espérer aucun secours extérieur, bien au contraire puisqu’il est fort probable que les Français du Laos lui apportèrent leur aide. Dans son essai de 1951 « L’homme révolté » Albert Camus, examinant les conditions historiques du développement de l'agitation sociale et de la contestation dans les sociétés occidentales, propose une distinction entre rébellion et révolution : La rébellion est, par nature, de portée limitée. Ce n'est rien de plus qu'une déclaration incohérente. La révolution, au contraire, prend naissance dans le domaine des idées. Plus précisément, c'est l'injection d'idées dans l'expérience historique. Ce qui donne aux révolutions un caractère plus cohérent et soutenu, c'est l'insertion d'idées et de concepts concrets - parfois agrégés en diverses théories révolutionnaires - dans l'histoire.

 

 

Il faut bien constater que la politique de Rama V en lutte contre les féodalités dans ces régions frontalières, était révolutionnaires. La répression fut donc féroce. Elle se termina en 1912 dans la sanglante bataille de Nonpho (ศึกโนนโพธิ์) dans la province de Sisaket (ศรีสะเกษ) non loin d’Ubon que les insurgés avaient réussi à investir et des combats sporadiques aux environs de Ban Sapue (บ้านสะพือ) dans la province d’Ubon  (อุบลราชธานี).

 

 

Vers un monument à la mémoire des morts de la bataille de Nonpho

 

Un premier monument à la gloire de ces révoltés fut édifié au Laos : Le mouvement des « saints » est parti du Laos en 1901, mené par l’un d’entre eux, dénommé Ongkhaeo (องค์แก้ว) surnomé Bac My, doté de pouvoirs charismatiques. On ne sait quelle fut sa fin, peut-être assassiné par les Français, peut-être réfugié en Isan pour continuer la lutte, peut-être échappa-t-il au Siamois et revint reprendre la lutte contre les Français ?  Il a en tous cas son parc du souvenir à Saravane au sud du Laos au lieu présumé de sa mort. Le monument au nord-est de la ville, près de l’hôpital, est dédié au « premier révolutionnaire lao ayant combattu pour l’indépendance contre le colonialisme français » et situe sa mort à la fin des années 60 ou au début des années 70 ? Elle fait l’objet d’un article très documenté - nottament par des recherches dans les archives de la France d'outre-mer à Aix en Provence - de Geoffrey Gunn publié en 1985 dans le Journal of the Siam Society  « A Scandal in Colonial Laos: The Death of Bac My and the Wounding of Kommadan Revisited » précédé d’ailleurs d’un article de J.B. Murdoch, tout aussi documenté, publié dans la même revue en 1974, volume I « The 1901-1902 'Holy Man's Rebellion ».

 

 

Un monument en Thaïlande ?

 

L’idée en est venue à Thanom Chapakdee, cet artiste « activiste » atypique, provocateur et iconoclaste que nous avons rencontré en 2019.  

 

 

Prônant un « art alternatif », il est difficile à situer entre art primitif, art premier ou art de la rue. Aux limites de l’hérésie, il affirme que l’art, à la fois dans le passé et dans le présent, met en évidence  une représentation massive de la religion, de la monarchie et de l'élite; le bouddhisme est devenu l'objet central de l'art, en sorte que le mouvement artistique thaï du bouddhisme s'est développé sans jamais créer.

Á la tête d’une équipe de 70 artistes locaux, il avait choisi pour cela le village de Ban Sapue.

 

 

Son projet ne vit pas le jour puisqu’il est mort à 64 ans le 22 juin 2022 à Sisaket. Le projet n’est pas mort. Le groupe des artistes de Thanom sur sa page face book Ubon Agenda a ouvert une souscription pour que ce monument, le rêve/ de Thanom, puisse voir le jour. Le concept – œuvre collective mais le maître d’œuvre principale est le professeur Chatree Prakitnantha (ศ.ชาตรี ประกิตนนทการ) - en est plaisant et n’a rien de martial ni d’agressif comme le monument de Saravanne 

 

 

: Les abords sont conçus pour faciliter leur entretien. Le monument est au milieu d'un étang, entouré de végétation.

 

 

Un pavillon sera un espace pour célébrer des cérémonies annuelles. Une partie de l’espace devant le monument pourra être utilisé comme rizière pendant la saison, conformément au mode de vie des « Saint Homme ».

 

 

Les chemins reliant chaque partie seront de simple pont en bois.

 

 

Le monument proprement dit aura 16 mètres de haut en forme d'orgue à anches du Laos, fabriqué à partir de métaux noirs fumés, pour représenter l'identité laotienne dans la région.

 

 

Les parties en bambou de l'orgue sont remplacées par des couteaux et des épées, pour représenter le soulèvement des rebelles.

La base du monument est une traverse pour représenter l'arrestation et l'emprisonnement des rebelles. Le style du monument - des épées assemblées en forme d'orgue à anches - est le symbole des gens du commun  qui se dressent contre le gouvernement central.

Reste à savoir si ce projet verra le jour ?

NOTES

 

Nos articles sur la révolte des Saints :

 

140. La Résistance À La Réforme Administrative Du Roi Chulalongkorn. La Révolte Des "Saints".

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/article-140-la-resistance-a-la-reforme-administrative-du-roi-chulalongkorn-la-revolte-des-saints-123663694.html

 

H 32 - LES SOUVENIRS DU PRINCE DAMRONG SUR LA « RÉVOLTE DES SAINTS » (1900-1902), SAINTS OU BATELEURS ?

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2019/05/h-32-les-souvenirs-du-prince-damrong-sur-la-revolte-des-saints-1900-1902-saints-ou-bateleurs.html

Notre article sur Thanon

A 322 - LE « MANIFESTE DE KHONKAEN » : NAISSANCE D’UN « ART ALTERNATIF » EN ISAN - ขอนแก่นแม่นอีหลี

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2019/07/a-322-le-manifeste-de-khonkaen-naissance-d-un-art-alternatif-en-isan.html

 

 

 

 

 

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4 juin 2023 7 04 /06 /juin /2023 08:16

 

Elle fut annoncée sur le page Facebook de ses admirateurs : « Morlam Siang Isan Nok Noi Uraiporn - หมอลำเสียงอิสาน นกน้อย อุไรพร » et fut la suite de nombreux problèmes de santé. Il fut cofondateur en 1975 d’un groupe de musique  traditionnelle en compagnie de Urai Chimluang (อุไร ฉิมหลวง) son épouse, aussi appelée Nok Noi Uraiporn (นกน้อย อุไรพร) et se consacrant à la musique forklorique, littéralement Lukthung (ลูกทุ่ง) et plus tardivement au Molam. Le groupe portait le nom de Pholot  Il  composa rapidement  ses propres textes poétiques et beaucoup de titres le rendirent célèbre signés le plus souvent de Noknoi Uraiporn son épouse::::

 

 

...  firent sa renommée : Hoipandam (ฮอยปานดำ), Hoipundaeng, (ฮอยปูนแดง), Wongwian chiwit (วงเวียนชีวิต), Ngao Kam (เงากรรม)

Le groupe comportant alors 600 membres eut de nombreux imitateurs et successeurs. Il connut de graves difficultés financières lors de l’épidémie de Covid qui le laissa financièrement exsangue.

Les admirateurs du fondateur sur leur page Facebook nous transmettent un beau message  « Il a créé des emplois, il a fait notre carrière, il a hérité et nous permis d’hériter de la culture de l’Isan ; nous suivrons sa trace après qu’il se soit en allé paisiblement ».

Elle fut annoncée sur le page Facebook de ses admirateurs : « Morlam Siang Isan Nok Noi Uraiporn - หมอลำเสียงอิสาน นกน้อย อุไรพร » et fut la suite de nombreux problèmes de santé. Il fut cofondateur en 1975 d’un groupe de musique  traditionnelle en compagnie de Urai Chimluang (อุไร ฉิมหลวง) son épouse, aussi appelée Nok Noi Uraiporn (นกน้อย อุไรพร) et se consacrant à la musique forklorique, littéralement Lukthung (ลูกทุ่ง) et plus tardivement au Molam. Le groupe portait le nom de Pholot  Il  composa rapidement  ses propres textes poétiques et beaucoup de titres le rendirent célèbre signés le plus souvent de Noknoi Uraiporn firent sa renommée : Hoipandam (ฮอยปานดำ), Hoipundaeng, (ฮอยปูนแดง), Wongwian chiwit (วงเวียนชีวิต), Ngao Kam (เงากรรม)

Le groupe comportant alors 600 membres eut de nombreux imitateurs et successeurs. Il connut de graves difficultés financières lors de l’épidémie de Covid qui le laissa financièrement exsangue.

Les admirateurs du fondateur sur leur page Facebook nous transmettent un beau message  « Il a créé des emplois, il a fait notre carrière, il a hérité et nous permis d’hériter de la culture de l’Isan ; nous suivrons sa trace après qu’il se soit en allé paisiblement ».

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8 janvier 2023 7 08 /01 /janvier /2023 04:16

 

Les premiers visiteurs du Siam ont admiré les barges royales, ainsi La Loubère en 1691. On les a baptisées du nom de ballons, déformation de leur nom thaï ruea banlang  (เรือบัลลังก์bateau du trône).

 

 

Les courses de somptueuses pirogues sur les fleuves du pays furent aussi un sujet d’admiration, qui relèvent d’un rituel religieux probablement antérieur au bouddhisme.

 

 

En dehors de ces somptueuses embarcations, plus tard, on s’étonna de la prolifération des pirogues à Bangkok, joliment qualifiées par Lunet de la Jonquères en 1906 de fiacres de la capitale.

 

 

Elles proliférèrent aussi dans nos régions du Nord-est, sur les deux rives du Mékong. Elles sont le moyen de transport des personnes et des marchandises : La vie y est dominée par ses canaux et ses rivières qui fournissent le poisson et servent de voie de communication. Les chemins de terre sont inutilisables en saison des pluies, le char à bœuf, l’un des moyens de transport des personnes et des marchandises est moins rapide qu’un homme au pas. Il n’en est pas de même de la pirogue utilitaire dont nous allons voir qu’elle peut friser le gigantisme. Elles sont évidemment aussi utilisées  pour la pèche.

 

 

Les embarcations royales ne différent de celles du commun que par la splendeur de leur décoration. Elles ont en outre la caractéristique d’être des pirogues dites monoxyles c’est-à-dire taillées dans un seul tronc d’arbre. On les trouve partout dans le monde depuis des millénaires.  Celle du Parc de la tête d’or à Lyon est datée au carbone 14 d’avant notre ère, peut-être d’avant l’âge du fer ?

 

 

Beaucoup d’ouvrages consacrés au Siam et au Laos nous apprennent que ces embarcations  viennent d’un seul tronc mais ne détaillent pas leur fabrication. J‘ai été conduit à me poser quelques questions.

 

 

Le choix du bois

 

Il doit pouvoir supporter d’être exposé à la lumière du soleil et à l’eau. Il doit être résistant aux termites et autres insectes mangeurs de bois, ainsi qu’aux champignons et être de plus difficile à se décomposer. Le terme générique (ไม้เนื้อแข็ง), bois dur  ou bois franc  regroupe plusieurs espèces qui peuvent être utilisé autant pour les embarcations que pour les piliers et éléments extérieures des constructions traditionnelles. Il en est plusieurs espèces actuellement inventoriées – essentiellement pour la construction – par les normes du Département royal des forêts (กรมป่าไม้) que nous trouvons sur le site https://www.wazzadu.com/article/5144 qui est en quelque sorte une encyclopédie du bâtiment. Beaucoup de ces espèces sont aujourd’hui rares et chères, un paramètres qui ne s’imposait alors pas. Par ailleurs, sans entrer dans des calculs sur la masse volumique, il est facile de faire la comparaison entre un  bois dur qui ne flotte pas donc densité supérieure à 1 et un bois dur qui flotte facilement. C’est évidement question d’expérience transmise.

 

 

L’époque de la coupe

 

Le choix de l’époque est évidemment là encore le fruit de siècles sinon de millénaires d’expériences.

Le bois étant un élément vivant, les anciens ont toujours porté une attention toute particulière au moment de la coupe des arbres. En effet, l’expérience acquise démontre qu’en coupant le bois en lune descendante et en période hors sève, c’est à dire quand les arbres sont en repos végétatif, le bois séchait plus vite et était de meilleure qualité. Cette connaissance résulte d’un savoir basé sur de longues observations et surtout de la nécessité d’obtenir un bois pérenne. Plusieurs sites Internet en thaï donnent des conseils à ce sujet. La coupe du bois représente en effet un travail considérable et les anciens se devaient d’optimiser leurs efforts. L’observation de la nature et des rythmes lunaires  - la population vivait selon ce rythme lunaire - s’avérait donc essentielle pour garantir la longévité de leur réalisation. Les traitements du bois par la grande industrie avec de nombreux produits chimiques polluants n’existaient évidemment pas. Un site thaï relatif à l’abattage des arbres conseille la saison froide ou la fin de la saison froide :

https://www.jardineriaon.com/th/ตัดต้นไม้ช่วงไหนดีและต้องทำยังไง.html

 

 

Le travail

 

Nous en avons une bonne description par Amédée Gréhan dans sa « Notice sur le royaume de Siam »  publié en 1867 :

Le gouvernement siamois a aussi envoyé à l’Exposition du champ de Mars de très-beaux spécimens de barques royales. Elles ont environ 9 mètres de long. Ce ne sont que des réductions d’embarcations en usage à Bangkok.

 

 

Celles dont on se sert dans le pays ont jusqu’à 120 pieds de longueur (le pied de France valait  0,3248 mètre ce qui donne près de 39 mètres) sur 2 m ,50 de large ; les plus grandes contiennent jusqu’à 100 rameurs placés sur une seule ligne, manœuvrant à l’aide d’une pagaie, cinquante à droite, cinquante à gauche; ces pirogues peuvent marcher avec une vitesse de 9 à 11 kilomètres à l’heure. Ces barques, dorées et incrustées, fixent l’attention par leur cachet particulier. Elles portent à l’avant et à l’arrière des sculptures représentant des monstres mythologiques ou des divinités.  Il  convient ici de donner quelques explications sur le bois dont on fait ces barques et sur la manière de les construire. Les bois employés pour la construction des pirogues se nomment en siamois Pa Khan (bois durs). (Je pense que Gréhan voulait dire Pa khaeng – ป่าแข็ง - synonyme de maikhaeng  - ไม้แข็ง arbre dur). Après avoir coupé l’arbre, on le scie d’un côté pour avoir une surface horizontale de quelques pouces (2,5 cm). Au moyen du feu que l’on introduit à l’intérieur, à la façon des sauvages d’une partie de l’Océanie et du nord de l’Amérique, l’arbre s’est aminci à l’épaisseur nécessaire; il ne reste alors que l’écorce qui peut avoir quelques centimètres d’épaisseur et qui ressemble à un rouleau de papyrus. Pour lui donner la forme et la largeur nécessaire, l’écorce est placée sur deux ou trois tréteaux; puis le feu est mis en dessous, et comme l’écorce est généralement huileuse, elle devient en s’échauffant assez molle pour permettre à l’ouvrier de lui donner la largeur demandée. Il arrive quelquefois que le dessous, ou la coque de la pirogue, vient à se fendre en plusieurs endroits; alors l’écorce étant abîmée, on doit procéder sur un autre arbre, ou calfater ces crevasses à l’aide de divers ingrédients usités dans le pays. (Les arbres qui ont des glandes à latex ne manquent pas). Il y a dans le royaume de Siam des arbres nommés vulgairement Pa : Khan, dont on fait des pirogues de 155 pieds de France en longueur (plus de 50 mètres). Dans le principe, ces arbres ont de 1,20 m à 1,50 m de diamètre, mais on peut leur donner jusqu’à 5 mètres de diamètre par le moyen du feu.

L’une de ces pirogues fut offerte par le Roi Mongkut à Napoléon III et est actuellement conservée au musée de la marine à Paris.

 

 

Amédée Gréhan avait rang de Consul du roi de Siam en France et fut commissaire du pavillon de Siam à l’exposition universelle de 1868 -  Il reçoit le titre de Phra Sayamthuranurak (พระสยามธุรานุรักษ์) du roi MongkutRama IV.

 

 

Il néglige toutefois des éléments d’importance, la date de la coupe, le travail avant l’utilisation du feu et un autre qui ne l’est pas moins, le transport du lieu de confection de l’embarcation jusqu’à la mise à  l’eau. Sur ce dernier point, nous allons voir ce qu’il en coûtât à Robinson Crusoé

 

 

Un autre récit n’est pas sans intérêt, celui de Robinson Crusoé, roman peut-être mais Daniel Defoe l’auteur s’est appuyé sur une solide documentation. Robinson veut s’enfuir de son île et se lance dans la confection d’une pirogue Il ne choisit certes pas la bonne lune pour abattre l’arbre mais son soucis est de fuir au plus vite son île pour rejoindre le contient qu’il estime éloigné de 45 miles et non de construire une pirogue éternelle. Nous avons une exacte description du travail de nos anciens siamois !

 

 

Cela m’amena enfin à penser s’il ne serait pas possible de me construire, seul et sans outils, avec le tronc d’un grand arbre, une pirogue toute semblable à celles que font les naturels de ces climats. Je reconnus que c’était non-seulement faisable, mais aisé. Ce projet me souriait infiniment, avec l’idée surtout que j’avais en main plus de ressources pour l’exécuter qu’aucun Nègre ou Indien ; mais je ne considérais nullement les inconvénients particuliers qui me plaçaient au-dessous d’eux ; par exemple le manque d’aide pour mettre ma pirogue à la mer quand elle serait achevée, obstacle beaucoup plus difficile à surmonter pour moi que toutes les conséquences du manque d’outils ne pouvaient l’être pour les Indiens. Effectivement, que devait me servir d’avoir choisi un gros arbre dans les bois, d’avoir pu à grande peine le jeter bas, si après l’avoir façonné avec mes outils, si après lui avoir donné la forme extérieure d’un canot, l’avoir brûlé ou taillé en dedans pour le creuser, pour en faire une embarcation ; si après tout cela, dis-je, il me fallait l’abandonner dans l’endroit même où je l’aurais trouvé, incapable de le mettre à la mer…  « Allons, faisons-le d’abord ; à coup sûr je trouverai moyen d’une façon ou d’une autre de le mettre à flot quand il sera fait. ». C’était bien la plus absurde méthode ; mais mon idée opiniâtre prévalait : je me mis à l’œuvre et j’abattis un cèdre. Je doute beaucoup que Salomon en ait eu jamais un pareil pour la construction du temple de Jérusalem. Il avait cinq pieds dix pouces de diamètre (1,77 m) près de la souche et quatre pieds onze pouces  (1,50 m) à la distance de vingt-deux pieds, (6,80 m) après quoi il diminuait un peu et se partageait en branches. Ce ne fut pas sans un travail infini que je jetai par terre cet arbre ; car je fus vingt jours à le hacher et le tailler au pied, et, avec une peine indicible, quatorze jours à séparer à coups de hache sa tête vaste et touffue. Je passai un mois à le façonner, à le mettre en proportion et à lui faire une espèce de carène semblable à celle d’un bateau, afin qu’il pût flotter droit sur sa quille et convenablement. Il me fallut ensuite près de trois mois pour évider l’intérieur et le travailler de façon à en faire une parfaite embarcation. En vérité je vins à bout de cette opération sans employer le feu, seulement avec un maillet et un ciseau et l’ardeur d’un rude travail qui ne me quitta pas, jusqu’à ce que j’en eusse fait une belle pirogue assez grande pour recevoir vingt-six hommes, et par conséquent bien assez grande pour me transporter moi et toute ma cargaison…. Il ne me restait plus qu’à la lancer à la mer ; et, si j’y fusse parvenu, je ne fais pas de doute que je n’eusse commencé le voyage le plus insensé et le plus aventureux qui fût jamais entrepris. Mais tous mes expédients pour l’amener jusqu’à l’eau avortèrent, bien qu’ils m’eussent aussi coûté un travail infini, et qu’elle ne fût éloignée de la mer que de cent verges tout au plus (environ 100 mètres).

 

 

Les anciens siamois utilisaient pour couper l’arbre la hache (ขวาน -  khwan) et pour creuser l’arbre la hache et l’herminette (ผึ่ง - pheung), outils connus dès l’âge de la pierre.  Ils avaient l’avantage sur le naufragé d’être plusieurs, solidarité villageoise obligeait tant dans la construction de la maison que dans la confection d’une pirogue.

 

 

Le choix du cèdre était bon, c’est un bois qui ne pourrit pas, résiste à l’humidité, aux champignons, et aux insectes, le tout sans avoir recours à aucun traitement. Ce fut le choix de Salomon pour son temple. Le bois de cèdre à une faible densité donc une bonne flottabilité.

 

 

Robinson n’utilise pas le feu qui nécessité une surveillance permanente jour et nuit, la communauté villageoise permet d’effectuer des tours de garde. Il est évident que seul, ce fut un travail de titan. Je me suis posé une question de simple arithmétique. Le volume de ce cylindre de 6,80 mètres sur un diamètre moyen de la moitié de 1.77 + 1.50 soit 1,63 donc un rayon de 0.815 mètres. Nous connaissons évidemment la formule de calcul du volume du cylindre (aire de la base multipliée par la hauteur). L’aire est donc de Π x 0.815 x 0.815 soit 2,08 mètres carrés donc un volume de 6,80 x 2,08 soit 14,14 mètres cubes. Combien pesait cette réalisation ? La densité du cèdre est de 0,494 kilogramme au mètre cube. Le poids de l’arbre abattu avant d’être travaillé était donc de 14,14 x 0,494 soit  6.985 kilos près de 7 tonnes. En admettant que le travail de creusement ait enlevé les trois quart de la matière, le restant pesait encore 1 tonne 75. La tâche pour un seul homme était surhumaine puisque la pirogue était séparée de la baie par une éminence rendant impossible le moyen de transport qui venait à l’esprit, créer un chemin jusqu’à la mer et disposer des rondins pour y faire rouler la pirogue en la tirant ou la poussant.  

 

 

Quelles pouvaient être les capacités de cette embarcation ? Son volume est de 14 mètres cubes. Si l’on admet, hypothèse plausible, que lors de la mise à l’eau, la moitié de la pirogue surnage donc que 7 mètres cubes sont immergés, selon Archimède, elle subit une poussée de bas en haut égale au poids du volume d’eau déplacé soit celui de 7 mètres cubes d’eau soit 7 tonnes, largement de quoi supporter le poids de 26 passagers ou de Robin et ses impédimentas en sus du poids de la demi pirogue elle-même. Les calculs exacts sur la flottabilité de l’embarcation dépassent mes compétences.

 

La construction de ces pirogues comme celle des habitations appartenait à la vie collective des villages qui  est restée omniprésente jusque dans les années 50 du siècle dernier. Depuis lors, le nord-est bénéficie d’un réseau routier remarquable et nul besoin d’utiliser les voies d’eau autrement que pour la pèche.

 

 

La confection de ces embarcations nées d’un seul arbre, procédé datant du néolithique, est aujourd’hui impensable. La déforestation d’un pays qui était autrefois couvert de forêts est une catastrophe auquel une loi de 1889 s’efforce de combattre. Pour faire sa pirogue de moins de 7 mètres de long, Robinson a du abattre un cèdre qui devait faire 30 ou 40 mètres de haut, multi séculaire. Pour une barge de 40 mètres de long, il faut envisager un arbre probablement millénaire. Le prix du bois, en raison de la déforestation, augmente de façon exponentielle, les bois durs sont importés d’Afrique où l’on ne se soucie pas encore de déforestation. La fabrication d’embarcation en matière synthétique devient la règle. Elle présente en outre l’avantage du poids et de la résistance aux chocs.

 

 

Il en est une belle collection dans leur musée à Ayutthaya (พิพิธภัณฑ์เรืออยุธยา)

 

 

...et il n’est pas rare d’un trouver l’une d’entre elles dans une maison particulière.

 

 

Cette très belle pirogue ...

 

 

... a une autre utilisation dans la salle d’un restaurant où j’ai mes habitudes. Longue de 7,50 mètres et large de un mètre, la coque a 2 centimètres d’épaisseur. Elle serait en bois de rose (ต้นไม้ประดู่) mais je ne suis pas certain de ma traduction. D’après le propriétaire des lieux, elle servait jusqu’au début des années cinquante du siècle dernier à aller poser et retirer les nasses et les filets dans le lac voisin.

 

 

Les nasses ont également trouvé une autre utilisation.

 

 

Sur les  pirogues, voie les articles de Madame Dominique Geai-Drillien : « Construction d’une pirogue au Laos » in Philao n° 104 du 3e trimestre 2016

https://www.academia.edu/27708022/Construction_dune_pirogue_au_Laos

« Les liens entre rites et mythes d’origine -  Le rituel associé aux cours de pirogues » in Philao n°114 du 1er trimestre 2019

https://www.academia.edu/38131919/rites_et_mythe_la_course_des_pirogues_au_Laos_pdf

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24 août 2021 2 24 /08 /août /2021 07:52

 

Une publication récente sur le site Isaanrecord que je consulte souvent avec intérêt malgré son caractère souvent iconoclaste que je ne partage pas toujours concernait les « révoltes des Saints » (1).  Nous avons consacré plusieurs articles à ces mouvements que l'on peut, au moins de façon schématique, considérer comme des protestations souvent armées contre la politique centralisatrice forcenée  du gouvernement central de Bangkok (2). Avant d'en arriver au récent mouvement des « chemises rouges » qui en seraient les héritiers au moins spirituels, l'auteur nous rappelle qu'ils furent nombreux. J'ai cherché sans à priori à faire l'inventaire - est-il seulement complet – de ces mouvements sporadiques et centrifuges qui agitent le Nord-est de la Thaïlande depuis plus de 300 ans.

 

 

La rébellion de Bunkwang en 1699 (กบฏบุญกว้าง)

 

Le premier mouvement sur lequel nous avons des sources historiques plus ou moins assurées est la rébellion de Bunkwang en 1699  (กบฏบุญกว้าง). Ce soulèvement s'est produit vers la fin du règne du roi Narai ou au début de celui de Petracha, en une période de confusion politique à la Cour. Bunkwang était de modeste extraction mais avait reçu une solide éducation au temple. Il aurait été originaire de l'est du Laos. Sa légende veut qu'il se soit emparé de Khorat (โคราช), avec un groupe de 28 fidèles seulement et la tint pendant trois ans. Il est toutefois probable qu'il avait le soutien de la population de la ville, aussi appelée Nakhon Ratchasima (นครราชสีมา) alors considérée comme la porte d'entrée vers le royaume siamois d'Ayutthaya. Il aurait réuni une troupe de 4.000 paysans subjugués par ses connaissances religieuses, de 84 éléphants et de 100 chevaux, et marché sur Ayutthaya, à travers les montagnes jusqu'à Lopburi et parvint à moins de soixante kilomètres de la capitale siamoise. Les troupes probablement de Phra Petracha, supérieures en nombre et surtout en armements les dispersèrent et il fut tué. Il reste un héros mythique du Nord-Est ayant laissé le souvenir d'u chef charismatique voulant libérer le Nord-Est du joug d'Ayutthaya et en faire une région autonome, probablement en lien avec les royaumes du Laos.

 

 

Le rebellion de Chiangkeo en 1791 (กบฏเชียงแก้ว)

 

Bangkok est devenue la nouvelle capitale du pays en 1782. Certaines des régions, au Nord-est, considérées comme des États tributaires contestèrent le nouveau pouvoir et quelques groupes locaux se rebellèrent. Chiangkeo venait de la région orientale du Mékong (Saravane au Laos ุ สาละวัน), qui appartenait au royaume de Champassak (จำปาสัก). Le groupe ethnique concerné était celui des Kha (ข้า) que les Siamois considéraient comme une espèce à peine supérieure au crapaud. Ils réussirent à occuper le Champasak mais furent battus par des troupes venues en particulier de Khorat et réduits en esclavage pour plusieurs générations.

 

 

La rebellion de  Sa-Kiad-Ngong en 1820 (กบฏอ้ายสาเกียดโง้ง)

 

Le chef de cette rébellion s'appelait Sa, tandis que Kiad-Ngong était le nom d'une montagne sur la rive orientale du Mékong faisant partie du royaume de Champassak. Sa mère  était une Lao de Vientiane, et lui-même avait été moine pendant un certain temps. Comme d'autres rebelles, Sa utilisa son éducation religieuse pour convaincre les gens qu'il était un phu wiset (ผู้วิเสท - un homme doté d'un pouvoir extraordinaire) et un phu mi bun (ผู้มีบุญ - une personne de grand mérite), capable d'accomplir des exploits miraculeux. Il prétendait également être Thao Chuang (ท้าวจวง), un héros mythique de la littérature locale, renaissant pour sauver les Kha opprimés par les autorités locales. Il établit un temple et rassembla environ 6.000 personnes, principalement des Khas, et marcha et brûla Champassak. Le roi Rama II depuis Bangkok ordonna à Chao Anu de Vientiane (เจ้าอนุ จากเวียงจันทน์) de réprimer la rébellion.

 

 

Finalement, Sa et les Kha se rendirent. Sa fut conduit à Bangkok où il fut emprisonné à vie. Les Kha furent à nouveau réduits en esclavage et leurs descendants s'installèrent sur la rive orientale de la rivière Chao Phraya (แม่น้ำเจ้าพระย). La rébellion de Sa-Kiad-Ngong a été l’une des plus importants soulèvements du Nord-Est, nécessitant une armée de Vientiane pour la réprimer. La population Kha à cette époque était de plus de 300.000 personnes, des milliers furent tués mais les soulèvements ne cessèrent pas.

 

 

 

La bataille de Sambok en 1895 (ยุทธการซัมโบก)

 

Une réaction modeste mais significative au nouveau système d'imposition introduit par le pouvoir central a eu lieu en 1895. Certains anciens moines du village de Sa-at (สะอาด) dans le district de Namphong (น้ำพอง) dans l'actuelle province de Khon Kaen, persuadèrent les villageois de ne pas payer les taxes, ce qui les obligeait à faire un long voyage jusqu'à Khorat, faisant valoir que si une taxe devait être payée, elle devrait l'être à Vientiane mais pas à Bangkok. Pendant trois ans, les villageois résistèrent. Formés par les moines à faire face aux fonctionnaires, ils en recevaient des objets sacrés leur permettant de se battre avec courage sans crainte des blessures ni de la mort. L'arrivée des troupes entraîna la dispersion des rebelles et la mort de trois des chefs de village.

 

La révolte des phu mi bun de 1901-1902 (กบฏภูมีบุญ)

 

C'est un sujet que nous avons longuement traité à diverses reprises, n'y revenons pas (2). Il fut le mouvement le plus solide même s'il ne réussit pas à faire trembler le régime sur ses bases.

 

 

 

La rébellion de Nong Makkeo en 1924 (กบฏหนองมักแก้ว)

 

Ce soulèvement a commencé dans le village de Wiangkeo (เวียงแก้ว)  dans la province de Loei (เลย) avec l'arrivée d'une autre province de trois moines et d'un novice. Ils bénéficiaient de pouvoirs magiques, de guérison en particulier, elles furent nombreuses. La population les honora comme phu mi bun et suivit leurs enseignements. La foi des villageois se reporta rapidement sur Phra Sri-ariyametrai (พระศรีอริยเมตไตรย), le Bouddha du futur qui viendrait sauver le monde de la souffrance et qui serait Nong Makkeo, donc le nom remplaça Wiangkeo. Ils se réunissaient chaque jour au temple pour être instruits sur le royaume du futur. On leur apprit aussi dit que Vientiane retrouverait bientôt son prestige. Le 23 mai 1924, une cinquantaine de villageois armés, guidés par leurs chefs, attaquèrent le bureau de l'administration du district et en chassèrent le chef. Ils croyaient qu'il n'y aurait besoin d'aucune autorité dans leur nouveau royaume. La police riposta rapidement et arrêta les dirigeants ainsi qu'une centaine de villageois. Ils restèrent incarcérés pendant trois ans.

 

 

La révolte du « mo lam » Noi-Chada en 1933 (กบฏหมอลำน้อย-ชฎา)

 

Noi était un molam (หมอลำ) - un spécialiste de la musique traditionnelle de l'Isan – venu d'un village près de la ville de Mahasarakham. Il prétendait être un sage errant en de nombreux endroits pour chanter un message de conversion, demandant aux villageois de s'habiller en blanc en signe de purification. Il prédisait la venue imminente de Phra Sri-ariyametrai (พระศรีอริยเมตไตรย), le nouveau Bouddha qui doit venir sur terre et prétendait avoir été dans une vie précédente l'un des dirigeants de la rébellion de 1901-1902, revenu pour enseigner le peuple. Des centaines de villageois non armés se sont rassemblés pendant deux à trois mois au centre de son village, attendant la venue du nouveau Bouddha. Son groupe propageait son programme à travers des chants folkloriques, des prédications et des divinations. Les paroles de ses chansons encourageaient les gens à défier le système en arrêtant de payer des impôts ou d'envoyer leurs enfants à l'école. Son message consistait aussi à cesser de respecter les moines parce qu'il considérait comme rien d'autre que des hommes portant des robes jaunes cherchant à exploiter les autres. Noi a finalement été arrêté et condamné à quatre ans de prison. Certains de ses partisans ont poursuivi ses activités, mais ont également été poursuivis et arrêtés.

 

 

 

La rébellion de Sopha Phontri « le musicien » dans la province de Khonkaen en 1939 (กบฏหมอลำโสภา พลตรี)

 

Nous avons consacré un article à ce révolté contre le pouvoir central, n'y revenons pas (3)

 

 

La rébellion de Sila Wongsinen en 1959 (กบฏศิลา วงษ์ศิลป์)

 

Fut-il le dernier « saint » autoproclamé ? En 1959, Sila ayant reçu une solide éducation religieuse dans un temple de Khorat, s'est prétendu à tort ou à raison guérisseur. Il eut de nombreux adeptes et prétendait être lui aussi le nouveau Bouddha, Phra Sri-ariyametrai. Il persuada environ 150 villageois du district de Warinchamrap (วารินชำราบ) dans la province de Khorat, de migrer avec lui pour établir une nouvelle colonie dans le district de Chokchai (โชคชัย). Il y établit une communauté « pour le salut du monde » avec ses propres règles et inventa de nouvelles cérémonies pour adorer les dieux et les idoles qu'il avait découverts dans la région. Des villageois le rejoignirent. Les autorités le firent arrêter mais furent attaquées par ses partisans, et des combats violents entraînèrent la mort du chef du district et une autre la mort de douze personnes, dont des femmes et des enfants. Les autorités purent arrêter 44 villageois. Sila et certains de ses partisans ayant toutefois pu s'échapper. Le premier ministre de l'époque, le maréchal Sarit Thanarat, furieux, affirma que Sila et ses partisans étaient plus dangereux que les communistes. Sila fut finalement arrêté alors qu'il tentait de traverser la frontière avec le Laos, condamné à mort et exécuté.

 

 

La guérilla communiste de 1965 à 1980 (กองโจรคอมมิวนิสต์)

 

Elle est née au cœur de l'Isan, il nous faut l'inclure dans cet inventaire. Comme les autres mouvements, les raisons en furent économiques et la lutte contre le pouvoir central. Les mouvements précédents ne connurent pas l'intervention étrangère (Chine, Vietnam, Laos). L'aspect religieux et mystique en est totalement absent, pas de prophéties, pas de messianisme, pas de millénarisme : « Il n'est pas de sauveur suprême, ni Dieu, ni César ni tribun » selon les paroles de l'Internationale évidemment traduites en thaï. Nous lui avons consacré deux articles (4).

 

 

 

Les chemises rouges de 2010 à ? (เสื้อแดง)

 

La majorité des personnes qui ont rejoint le mouvement des chemises rouges étaient originaires de l'Isan. Ils partagent des pensées similaires à celles de phi bun, notamment sur la libération du centralisme de Bangkok et le désir de mettre en place leur propre gouvernement local. Beaucoup s'en revendiquent. Le mouvement n'est pas venu de nulle part et certains ont pu parler d'une nouvelle émergence du mouvement des phi bun. Le qualificatif de phi bun aurait même été prononcé au sujet de l'opposant Wanchalearm Satsaksit (วันเฉลิม สัตย์ศักดิ์สิทธิ์),  mystérieusement disparu du Cambodge où il était réfugié en 2020. Ce mouvement a pris depuis le début du sièle une toute autre ampleur que les précédents, qui ne furent le plus souvent que des jacqueries sporadiques. Les participants remettent en accuse le principe même de ce que l'on appelle la « démocratie » dans ce pays et la manière dont elle est appliquée dans un régime monarchique. Il ne s'agit plus toutefois d'histoire mais d'une actulité brulante, un sujet dans lequel je ne veux pas me lancer d'autant que certains remettent en cause plus ou moins ouvertement le principe même de la monarchie.

 

 


 

NOTES

 

(1) « Folk, ballads, prophecies and ideologies. The arms of tte Holy mans »s rebellion in war with Bangkok » : https://theisaanrecord.co/2021/07/03/phi-bun-rebellion/

(2) Voir nos articles

H 32 - LES SOUVENIRS DU PRINCE DAMRONG SUR LA « RÉVOLTE DES SAINTS » (1900-1902), SAINTS OU BATELEURS ?

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2019/05/h-32-les-souvenirs-du-prince-damrong-sur-la-revolte-des-saints-1900-1902-saints-ou-bateleurs.html

140. La Résistance à la réforme administrative du Roi Chulalongkorn. La révolte des "Saints".

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2021/02/a-419-la-revolte-des-saints-dans-le-nord-est-de-la-thailande-en-1900-des-magiciens-et-des-prophetes.

(3) Voir notre article

A 305- LA RÉBELLION DE SOPHA PONTRI « LE MUSICIEN » DANS LA PROVINCE DE KHON KAEN (1932-1942).

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2019/02/a-305-la-rebellion-de-sopha-pontri-le-musicien-dans-la-province-de-khon-kaen-1932-1942.html

 

(4) Voir nos deux articles

 

H 28- LA GUÉRILLA COMMUNISTE DANS LE NORD-EST DE LA THAÏLANDE (ISAN) DU 7 AOÛT 1965 AU 23 AVRIL 1980 - PREMIÈRE PARTIE.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2018/12/h-28-la-guerilla-communiste-dans-le-nord-est-de-la-thailande-isan-du-7-aout-1965-au-23-avril-1980-premiere-partie-4.html

H 29 - LA GUÉRILLA COMMUNISTE DANS LE NORD-EST DE LA THAÏLANDE (ISAN) DU 7 AOÛT 1965 AU 23 AVRIL 1980. LA FIN.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2019/01/h-29-la-guerilla-communiste-dans-le-nord-est-de-la-thailande-isan-du-7-aout-1965-au-23-avril-1980.la-fin.html


 

 

 

 

 

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18 février 2021 4 18 /02 /février /2021 22:26

Patrick vient donc d'écrire et de publier en 2021, un guide touristique de 96 pages en français sur la province d'Udonthani, située en Isan du Nord ; sa quatrième édition après « L'Isan: Udonthani et sa province » (2010),

 

 

« Isan du nord » (2011),

 

 

et « L'Isan : La province de Nong Khai »(2015).

 

 

Un guide unique et indispensable pour qui veut visiter la province et sa capitale Udonthani, en sachant que le Guide vert Michelin, culturellement le plus solide, ne consacre qu'une page et demie à la province et le Lonely Planet, 7 pages avec une grande partie consacrée à l’hébergement. (Pour se  procurer le guide. Cf. (1))

 

 

 

 

Il est le fruit d'une longue expérience, dont nous avions déjà profité en 2011 en présentant son blog, dans le cadre de notre propre recherche sur l'Isan. Il avait en janvier 2011 écrit 480 articles en 3 ans ! Déjà à l'époque, il parcourait la province, visitait dans les villes et villages les temples et les sites les plus connus, participait à toutes les  festivités de la ville d'Udonthani et aux principaux événements culturels de la région, avec toujours ce souci de partager ensuite ce qu'il avait appris et admirer, à l'aide de belles photos. Déjà, à cette époque -il y a 10 ans-  il ne présentait que ce  qu'il avait visité. (2)

 

 

 

Le nouveau  guide ne se limite pas à ce qu'il appelle « Attractions touristiques » (pp. 26-74), mais nous donne auparavant (p.5) une carte et le nom des 20 provinces de l'Isan (La Thaïlande en possède 77 (changwat)) et le nom des 20 districts (amphoe) de la province d'Udonthani avec une carte (p.6), en rappelant qu'elle est composée de 155 sous-districts (tambon), de 1682 villages, avant de présenter rapidement l'Isan en une page (p.7), et la province (pp.8-16) avec quelques observations sur sa géographie, sur quelques symboles, l'économie, le climat, « la petite histoire » en 1 page et demie, avec son passé préhistorique (le parc de Phra Bat, le site de Ban Chiang), sa fondation en 1296 par le roi Mangrai et le Prince Prajak qui en devient le gouverneur en 1894, pour revenir sur la ville d'Udonthani (p.16) avec la composition de sa population  qui est d'environ de 240 000 habitants (Avec ses communautés laos, chinoises, vietnamienne, et d'expatriés), la gastronomie et des informations pratiques (pp.18-20) sur la santé, internet, la poste, la location d'une voiture, l'immigration, les numéros de téléphones importants, et sur les loisirs (pp.20-25) citant 6 activités (l'hypodrome, 2 lieux de pêche, 5 golfs, 4 centres nautiques)   avec leurs coordonnées GPS, et le shopping (1page). (3)

 

 

 

 

Évidemment, ces 23 pages nous donnent de nombreuses informations, mais comment ne pas être superficiel, en voulant traiter tous ces sujets (Histoire, géographie, économie, administration, etc ), des liens  d'internet auraient été ici nécessaires.  Mais  Patrick est évidemment bridé par les contraintes de l’édition sur papier, les exigences de l’imprimeur et des considérations budgétaires.

 

 

 

« Attractions touristiques » (pp. 26-74).

 

Patrick va donc rendre compte des « excursions » touristiques qu'il a effectuées dans les 20 districts de la province, dont l'intérêt porte surtout sur les informations qu'il donne pour parvenir à ces sites en ayant soin de donner les coordonnées GPS et la graphie en caractères thaïs (3)), à l'exception du  9e, le district de Non Sa At et du 16e, le district de Si That, qu'il n'a pas (encore) visités. S'il cite  une quarantaine de temples et édifices sacrés,, ce qui nécessite déjà de nombreuses journées touristiques, il faut savoir que 1187 temples ont été inventoriés par le Sangha dans la province !

 

 

 

Il commence donc par  le 1er district de Muang Udonthani.  (pp. 26-41)

 

 

Il signale 16 visites à effectuer en ville et 13 en dehors de la ville. C'est dire que le touriste qui séjourne à Udonthani aura un emploi du temps bien chargé. 14 sont consacrés à des temples et des « édifices » religieux et lieux sacrés (stupas, chédi, arbre sacré, sanctuaire), en recommandant le Wat Pa Ban Tat, situé à 16 km de la ville, un monastère dédié à Phra Luangta Maha Bua Yannasampanna,  l'un des moines les plus vénérés de Thaïlande décédé le 30 janvier 2011 et  5 aux musées (Retenons deux musées dont la visite est instructive : Le Musée provincial qui est construit dans un bâtiment d’architecture européenne. Il est à l’échelle humaine et particulièrement instructif sur l’histoire de la province.

 

 

Le Musée Militaire Ramesuan est situé dans un ancien centre de renseignement et d’espionnage de la CIA et nous éclaire sur cette période trouble de l’histoire du pays.),

 

 

et des belles balades comme le lac et le parc de Nong Prajak, la ferme d'orchidées, « Udun -Sunshine », le marché de Nong Bua, le village de Ba Na Ka, les villages aux fleurs et aux champignons...

 

 

Le 2e district de Kut Chap (à 24km d'Udonthani) avec 2 temples (Le wat Bunnimit « dans un lieu plein de calme proprice à la méditation » et le temple  aux dinosaures), une grotte avec des peintures rupestres (La Sing Cave) et un parc (« Phuhinjomtat Forest Park »). 

 

 

Le 3e district Nong Han

 

 

(à 35 km d'udonthani) (4p. 1/4) avec 7 temples dont le célèbre site archéologique de BAN CHIANG, inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco en 1992,

 

 

...que Patrick décrit en une page et demie, avec son musée national et en nous nvitant à visiter de sympathiques villages  aux environs (Ban Kham O, Ban Pu Lu, Ban Dong Yen et Ban Tat), spécialisés dans l'artisanat. (Cf. Nos 2 articles sur Ban Chiang  (4) )

 

 

Le 4e district de Nong Saeng.

 

 

3 pages pour 3 sites dont 2 p. consacrées au Parc de Phu Phoilom (situé à 50 km d'Udonthani) et la chute d'eau de Than Ngam que Patrick apprécie particulièrement, avec le bouddha blanc de Phu Foi Lom et la pagode aux 9 bouddhas Suwan Kalaya.

 

 

Le 5e district Prachaksinlapakkhom,

 

 

avec un seul site (en une demi-page) : Le lac aux Lotus.(p. 51)

 

 

(Les Thaïs l'appellent la « mer aux lotus rouges » (ทะเลบัวแดง).  L'occcasion de faire une belle balade en bateau le matin sur le lac parmi les lotus en fleur.

 

 

Le 6e district de Nong Wua So (39km)

 

 

4 pages pour 8 balades dont 6 temples (Dont le wat de Ban  Nong Waeng Yao recommandé par Patrick pour sa beauté et ses sculptures) et le réservoir Huai Luang Dam et le parc d'attractions du PC Ranch. (parc à thème).

 

 

Le 7e district Kumphawapi (43 km) 3 pages pour 4 sites, dont 2 temples.

 

 

Une occasion de voir à Khumphawaphi des singes en liberté et à 3,3 km le Wat Phrathat Don Kaeo, un stupa sacré dont l'origine remonterait aux 12 et 13e siècles. Et une balade à l'Arche de pierre, le plus long pont de pierre de Thaïlande, situé dans une réserve forestière. Patrick nous donne ici (p. 58) tous les contacts nécessaires pour réussir cette excursion.

 

 

Le 8e district Phen

 

 

(43 km) ½ page pour le Chedi PrathatNang Phen du Wat Koh Kaew.

 

 

Le 9e district de Non Sa At.

 

 

Patrick ne mentionne aucun site mais le district en comporte huit qui ont tous leur page Internet !

 

 

 

Le 10e district Ban Phue.

 

 

5 p. ½ pour 9 sites dont 5 temples et stèles, mais avec des particularités. Ainsi dans l'enceinte du temple Pa Maha Chédi ChaloemPhrakat Ban Kho, on trouve aussi un musée des moines à visiter ou dans l'enceinte du temple des supplices et du paradis (avec des sculptures sanguinolentes ou sur  l'Eden), se trouve également le temple aux miroirs. Patrick nous conseille aussi deux belles balades, l'une au Parc Historique de Phutthapat (avec ses grottes  ses falaises), où on peut visiter le wat Phutthabat Bua Bok, et le site de Phra Buddhabat Buaban, un parc qui permet de se promener pour s'arrêter devant un mausolée d'une empreinte de Bouddha, des chédis et des stèles.

 

 

Le 11e district Chai Wan

 

 

(p. 65) avec son Wat Pa Santikawat, son stupa et un musée « en l'honneur de la vie et des enseignements de Luang Pu Bun Chan » qui a séjourné dans ce temple.

 

 

Le 12e district Phibun Rak,

 

 

(En deux pages (pp. 66-67)), avec une seule excursion au Wat Pratan du village de campagne de Phibun Rak, signalé comme magnifique.

 

 

Dans le 13e district Ku Kaeo,

 

 

le Wat Ku Kao Rattanaram avec  une ruine et pagode de l'époque khmère et dans le même village, le Wat Si Kunaram avec « un magnifique chédi au milieu d'un beau jardin »

 

 

Dans le 14e district Thung Fon, l

 

 

le chédi du wat Luanpor Thongkham au centre du village de Thung Fon.

 

 

Dans le 15e district Sang Khom

 

 

(p.68) à 70km d'Udontani vous propose une sortie en famille et/ou amis sur un lac où on peut se restaurer sur une paillote flottante et se baigner.

 

 

Dans le 16e district de Si Thaht,

 

 

aucune excursion effectuée.

 

 

Dans le  17e district de Ban Dung,

 

 

de nombreuses excursions sont proposées. (3p.)

 

On peut visiter des sites d'exploitations de sel « Le plus intéressant est celui sur la route 2022 » nous conseille Patrick.

(Elles sont nombreuses non seulement dans la province mais en Isan. Nous avons consacré plusieurs articles tant aux légendes qui s’y attachent qu’aux menaces chinoises qui pèsent sur elles (5)).

 

 

Le temple de  Ban Dung, un grand Bouddha et un autre temple très populaire le Kham Chanod, où on vient pour se faire bénir et faire des offrandes ; et trois sanctuaires,  son pont naga et les nagas qui se trouvent  dans le lac près de la forêt... (Cf. Notre article sur ce temple (6)).  Puis le Wat Pa Aranya dans le village de Ban Lao Luang, et un peu plus loin le chédi du wat Pa Don tat.

 

 

Le 18e district de Wang Sam Mo.

 

 

Patrick nous cite un seul temple, le Wat Tham Sumontha Pawana (วัดถ้ำสุมณฑาภวนา) sans explication et ajoute « trop difficile à expliquer pour s’y rendre. Utiliser les coordonnées GPS ».

 

 

(Il s’agit d’un temple du « bouddhisme de la forêt » dont la vocation n’est pas d’accueillir de simples visiteurs dévots mais de proposer des stages de formation à la méditation bouddhiste.) (Cf. Notre article 7)

 

 

Le 19e district Nam Som.

 

 

Là encore aucun commentaire si ce n'est que le chemin pour aller à la grotte et au wat de Tham Pha Dam à à 100 km d'Udonthani et le temple San Poo Som de la ville Nam Son.

 

 

Et enfin au 20e district de Na Yung

 

 

(pp.73-74), à 130 km d'Udonthani près du village de Na Yung, le wat Pa phu Kon avec son chédi et au sommet de la montagne un temple avec un bouddha couché en marbre blanc que Patrick considère comme le plus beau de la Province. Ensuite deux itinéraires sont proposés pour admirer les  chutes d'eau dans  le parc forestier de Na Yung.

 

 

Si le guide de Patrick nous aide à trouver le chemin de nombreuses « Attractions touristiques » de la Province d'Udonthani, on peut regretter ses commentaires lacunaires. Des liens internet auraient pu y suppléer, surtout que de nombreux temples ont leurs propres pages Facebook avec de nombreuses photographies.

 

 

Événements, commémorations, fêtes et festivals. (pp .75-83)

 

Patrick en cite une trentaine en donnant les dates du calendrier et en mêlant les fêtes d'Udonthani et nationales et en précisant à la fin qu'il ne donne ici  « qu'un aperçu des manifestations les plus importantes ». On peut signaler que si vous suivez son blog « Patrick en Thaïlande », vous aurez une idée de son insatiable curiosité et de son désir de partager toutes les festivités du peuple thaïlandais. (http://udonthani-en-isan.over-blog.com/)

 

Il termiine son guide (pp.83-92) sur les différents moyens pour se rendre à Udonthani, un petit lexique de thaï, la monnaie utilisée en Thaïlande, un glossaire et enfin le plan de la ville d'Udonthani  (p. 92).

 

 

Vous aurez compris que cet article ne vise qu'à vous encourager à vous procurer ce nouveau guide de Patrick D. qu'il met gratuitement à votre disposition. (Cf. (1))

 

 

   NOTES ET RÉFÉRENCES.

 

(1) Le guide est distribué gratuitement et est disponible chez deux annonceurs :

« Thai-french backery » 288/5-6 - Nong Bua – Muang Udonthani  - Udonthani 41000 (lat.  17° 25’ 45’’ et long.  102° 48’36’’)

« Zig-Zag restaurant » 333/69 -  Sam Phrao – 2410- Ban Nong Bu – Udonthani 41000

Au Musée d’Udinthani

Au centre d’informations touristiques, place Thung Si Muang (Udonthani)

Et chez l’auteur : udonthanifrancophone@hot;qil.co;

 

(2) 2. Notre Isan : découvrir l’Isan via les blogs

http://www.alainbernardenthailande.com/article-notre-isan-2-decouvrir-l-isan-via-les-blogs-71317647.html

un forum : http://udonthani.les-forums.com/forums/

 

(3) Regrettons l’absence d’une carte développée, due essentiellement à des considérations techniques, mais Patrick y supplée en nous donnant les coordonnées GPS. Ceux que l’utilisation de cet instrument rebute trouverons sans difficultés la carte (bilingue) de Thinknet à une bonne échelle (1/550.000e) beaucoup plus utile que la carte Michelin au 1/1.3700.000eThinknet diffuse par ailleurs un carte (bilingue) sous forme de CD qui atteint un grossissement d’une précision diabolique puisqu’il part d’une échelle de 1.4.000.000e pour descendre, mieux que le cadastre français, au 1/1000e.

Patrick donne aussi le nom des temples en thaï qui est parfois nécessaire pour le trouver.

 

(4) Voir nos articles :

9. La civilisation est-elle née en Isan ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-la-civilisation-est-elle-nee-en-isan-71522720.html

A 327- LE PILLAGE DU SITE DE BAN CHIANG (THAÏLANDE)

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/08/a-327-le-pillage-du-site-de-ban-chiang-thailande.html

A 323 - UDONTHANI, UNE VILLE D'ISAN QUI DOIT SON EXISTENCE À LA COLONISATION FRANÇAISE ET SA PROSPÉRITÉ À LA GUERRE DU VIETNAM.

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/07/a-323-udonthani-une-ville-d-isan-qui-doit-son-existence-a-la-colonisation-francaise-et-sa-prosperite-a-la-guerre-du-vietnam.html

 

(5) Voir nos articles :

LA LÉGENDE INSOLITE DE LA DÉCOUVERTE DES VERTUS DU SEL PAR LES HABITANTS DE L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE)

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/02/la-legende-insolite-de-la-decouverte-des-vertus-du-sel-par-les-habitants-de-l-isan-nord-est-de-la-thailande.html

A 300- LA LÉGENDE INSOLITE DE LA DÉCOUVERTE DU SEL PAR LES HABITANTS DE L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE)

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/02/a-300-la-legende-insolite-de-la-decouverte-du-sel-par-les-habitants-de-l-isan-nord-est-de-la-thailande.html

A 325 - ชาวอีสานไม่ต้องการให้มีเหมืองโปแตชในนาข้าว - LES HABITANTS DE L'ISAN NE VEULENT PAS DE MINES DE POTASSE DANS LEURS RIZIÈRES –

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/07/a-325-les-habitants-de-l-isan-ne-veulent-pas-de-mines-de-potasse-dans-leurs-rizieres.html

 

(6) Cf. Notre article A 411- LES NAGAS DE KHAM CHANOT

http://www.alainbernardenthailande.com/2021/01/a-411-les-nagas-de-kham-chanot.html

(7) Sur le bouddhisme de la forêt voir notre article :

A 239 - LE « BOUDDHISME DE LA FORÊT » OU « LA VOIE DES ANCIENS » DANS LA THAÏLANDE CONTEMPORAINE

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/09/a-239-le-bouddhisme-de-la-foret-ou-la-voie-des-anciens-dans-la-thailande-contemporaine.html

 

 

 

 

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11 février 2021 4 11 /02 /février /2021 22:28

 

Nous connaissons la ville de Khonkaen qui ne fut pendant des années qu’un  modeste point de passage assoupi et poussiéreux sur la route du nord, à peine connu et signalé par les visiteurs du XIXe siècle. « Khon Kaen, siège d'un Ampheu, a l'allure d'un grand village, bâti des deux côtés d'une large avenue plantée d'arbres. Les bâtiments administratifs sont tous eu bois, les anciens sont couverts en tôles ondulées ou en tuiles de  bois, les nouveaux en tuiles de ciment confectionnées sur place » écrit le journal hebdomadaire l’Éveil économique de l’Indochine en 1932 (1).

 

 

Elle bénéficia ensuite des gigantesques travaux de désenclavement, œuvres des rois Rama V, Rama VI et Rama VII, ligne télégraphique, chemin de fer qui ne l’atteignit qu’en 1942, aéroport. Elle bénéficia encore des efforts du Maréchal Sarit (สฤษดิ์ ธนะรัชต์), premier ministre de 1959 en 1963.

 

 

Personnage controversé, adulé ou vilipendé, il reste toujours à ce jour le plus jeune « field marshall » de sang roturier non sorti du sérail dans l’histoire de l’armée thaïe. Il est encore à  le seul premier ministre de sang partiellement Isan-Lao par sa mère. Il se considérait comme Isan, il en parlait la langue dont il avait conservé l’accent ce dont il se flattait. Bénéficiant du soutien royal, il est à l’origine de la création de l’Université de Khonkaen, qui vit le jour un an après sa mort en 1964. Elle fut la toute première Université d’État créée en dehors de Bangkok. 

 

 

Le choix de l'Isan et  Khonkaen furent un choix de passion et de raison dû à sa position centrale.  Khonkaen lui doit son surnom de « porte d’accès à l’Isan » (ปสระตูสู่อีสาน). 

 

 

La création de l’université fut pour l’essentiel à l’origine de l’expansion de la ville à partir des années 60, et est due en grande partie à Sarit. Sa statue, toujours fleurie, est érigée  au centre du « Ratchada Memorial Park » de Khonkaen (สวนรัชดานุสรณ์). Personnage complexe, il cultiva l'image d'un père bienveillant à travers sa rhétorique et ses fréquentes visites dans des villages reculés où il dormait dans une tente et cherchait à connaître les besoins des gens.

 

 

 

Les années suivant la création de l’Université virent le développement de la ville, l’accent étant mis sur le développement des infrastructures et le désir d'inculquer le  sentiment d'identité nationale et d'unité parmi ses citoyens.  Les us et coutumes étaient dictés par Bangkok, et les écoliers par exemple n'étaient pas autorisés à parler la langue locale. Le pays connut ensuite une brève période de démocratie de 1973 à 1976, puis intervient le régime militaire après un coup d'État sanglant en 1976. Militants et étudiants fuirent Bangkok pour se cacher dans les régions reculées du pays, beaucoup en Isan.

 

 

Les années de réconciliation vinrent dans les années 80 avec le général Prem Tinsulanonda (เปรม ติณสูลานนท์) et l'amnistie des insurgés communistes.

 

 

Après la fin de la guerre froide, de nouvelles attitudes se sont développées chez les anciens adversaires. Les gouvernements de  la Thaïlande et du Laos, après une série de crises ponctuées par plusieurs escarmouches aux frontières, établirent des relations commerciales qui ont abouti à l'ouverture du marché indochinois en 1988, Des échanges universitaires, touristiques et commerciaux ont rapidement vu le jour avec protocoles d'entente entre les établissements d'enseignement des deux côtés de la frontière. Les échanges comprenaient non seulement des marchandises mais aussi le patrimoine culturel. Le premier pont de l’amitié thaï-lao sur le Mékong fut achevée en 1992,

 

 

suivi d'uneautre en 1997, reliant Mukdahan à Suvannakhet

 

 

et d'un troisième en 2011, reliant Nakhon Phanom avec Khammouan.

 

 

De manière significative, la zone bordant le fleuve a commencé à être reconnue  comme une région de diversité écologique, ethnique et culturelle, comme le montre la création au sein de l’Université du Centre de recherche sur la pluralité dans la région du Mékong qui gère des programmes d'études sur le  Mékong dans d'autres universités. On y met en valeur la sagesse locale, les connaissances locales, les produits, l'artisanat, les dialectes et les coutumes et les divers sous-groupes ethniques.

 

Mais il manquait encore à cette identité retrouvée un symbole culturel et un héros en dehors du khaen (cette orgue à bouche en bambou),

 

 

des dinosaures de Phuwiang

 

 

ou du très controversé Sarit.

 

 

Au début du XXIe siècle, des changements importants commençaient à se produire qui transformèrent Khonkaen en l'un des principaux centres urbains de croissance et d'investissement en Thaïlande. Ils se manifestèrent par une augmentation en flèche du nombre des  nouveaux hôtels, des restaurants, des établissements de loisir, des lotissements et des immeubles collectifs.

 

 

Il en fut de même dans le campus universitaire ou se construisirent de nouvelles résidences étudiantes, des condominiums, des lotissements et de nombreux petits commerces.

 

 

Les rizières sont devenues des lotissements et dans toute la ville, d'innombrables bâtiments vieux de quelques décennies seulement furent démolis pour faire place à de nouveaux. L'entrée principale de la ville a été redéfinie par la construction du centre commercial Central Plaza, d'une nouvelle porte et la rénovation du sanctuaire du pilier de la ville, faisant de ce qui était autrefois un marais la partie la plus animée de la ville.

 

 

Le palladium

 

Khonkaen a finalement trouvé et adopté un symbole significatif, celui de l’histoire épique et légendaire du prince Sinchai (ท้าวสินไซ)

 

 

et celle du mythique prince Siho (ท้าวสีโห), à la fois éléphant et lion.

 

 

De couleur bleue, couleur royale, ces personnages ornent le sanctuaire remodelé du pilier de la ville (lak muang - หลักเมือง),

 

 

plusieurs  carrefours et des lampadaires tout le long du large boulevard bien éclairé devant le centre commercial Central Plaza.

 

 

En 2006, le choix de ce symbole fut le fruit de la collaboration de dirigeants de la municipalité,  de membres du corps professoral de l'Université de Khonkaen  ainsi que de l'influent abbé d'un monastère bouddhiste situé à la périphérie de la ville, le Wat Chaisi (วัดไชยศรี).

 

 

Tous souhaitaient promouvoir la ville et inculquer à ses habitants un sentiment de civisme, de cohésion et de fierté de leur patrimoine local. Cherchant  de plaire aux jeunes en alternative aux super-personnages bioniques des mangas  japonais et coréens,  hélas populaires, la municipalité organisa un concours pour que les habitants soumettent leurs idées. Le choix porta sur le personnage de Sinchai  correspondant à la perfection à ces objectifs.

 

 

Qui était-il ?

 

L'épopée de Sinchai est depuis longtemps l'une des aventures préférées des habitants des deux rives du Mékong.  On en attribue la paternité à un auteur dont nous ignorons tout, Thao Pang Kham, qui vivait sous le règne de Phra Chao Suriyawongsa Thammikaratch (พระเจ้าสุริยวงศาธรรมิกราช) qui régna de 1643 à 1698.

 

 

Ce fut l’âge d’or de paix et de prospérité dans l'histoire de Lan Xang, un empire qui s’étendait de l’actuel Laos bien sûr et sur la rive droite du Mékong englobant pratiquement toute la province thaïe du Nord-est, l’actuel Isan. C’est également l’âge d’or de la littérature lao. Ce texte est considéré comme un  jataka non canonique, récit d’une vie antérieure de Bouddha en la personne de Sinchai. L’histoire est en effet un résumé de l’éthique bouddhiste et de ses valeurs intemporelles, justice, honnêteté, convivialité, souci des autres et esprit civique.

 

 

Lue dans les sermons par les moines, elle était aussi interprétée  dans les théâtres d’ombres locaux et dans le chant traditionnel lao-isan du molam (หมอลำ). Elle est probablement née d'une tradition orale locale, transmise par le biais des sermons de moines. La première version la plus connue est celle de Thao Pang Kham dont nous venons de parler.

 

 

Ces textes étaient traditionnellement transcrits sur des manuscrits en feuilles de latanier que l’on trouve dans les bibliothèques des temples de l’Isan et du Laos. Cette épopée est représentée sur les peintures murales sur de nombreuses salles d’ordination (sim - สิม) datant pour la plupart du début du XXe siècle (2). Nous en donnons un très bref résumé en fin d’article.

 

 

Le développement

 

L’opération municipale constitua tout un réseau : elle obtint le soutien de l'université bouddhiste nationale dont l’un des membres avait passé plus de dix ans aux Indes pour y étudier le bouddhisme. Ce réseau mit également en train les fonctionnaires municipaux en contact avec l'abbé du temple Wat Chaisi, qui utilisait les peintures murales de Sinchai sur les murs de la salle d'ordination pour enseigner l'histoire et ses principes aux jeunes adolescents.

 

 

L'abbé avait obtenu un tel succès dans le village où se trouve le temple que les villageois renommèrent leurs rues d'après des personnages de l’épopée. Le réseau s'est rapidement élargi pour inclure des universitaires et des artistes de la province voisine de Maha Sarakham ainsi que de l'autre côté de la frontière au Laos.

À Vientiane, le groupe de ces érudits a rencontré les descendants d'un érudit isan de haut niveau, feu Mahasila Viravong (มหาสิลา วีระวงส์), qui avait atteint un rang élevé dans la hiérarchie bouddhiste, et avait étudié avec des intellectuels d'élite thaïs à Bangkok, avant de déménager au Laos où il a édité une édition en prose de l’épopée en langage contemporain.

 

 

Ses héritiers ont créé au Laos une association qui se consacre à l'épopée tant sur le plan de l’éthique que comme source d'enseignements. L’étude de l’histoire fait d’ailleurs partie des programme de l'enseignement secondaire.

 

 

La première spectaculaire apparition de Sinchai et de Sang Thond fut celle de l’implantation de plus de cent lampadaires dans la ville de Khonkaen représentant les personnages de l’histoire dans la grande avenue et divers carrefours de la ville

 

 

 

Dans ses efforts pour faire connaître et expliquer le contexte de l’épopée et sa signification, la ville a parrainé la publication de plusieurs ouvrages par des universitaires locaux sur son histoire et sa signification et sa représentation dans les peintures murales des chapelles d’ordination  dans les temples. Pour atteindre les jeunes - l'un des objectifs du maire - Sinchai est devenu le thème des « Jeux Sinchai ». Un programme relatif à l'histoire de Sinchai qui comprend des exercices de lecture et d'écriture en Thai Noi, le script local mais obsolète, sous forme de cours d’abord facultatifs puis obligatoires en 2013 dans les écoles municipales de la ville.

 

 

La municipalité a également parrainé la création de versions animées de l'histoire de Sinchai disponibles sur CD et Youtube. Elle a incorporé des scènes de l'histoire, basées sur les peintures murales d'un temple bouddhiste voisin (Wat Sanuan Wari dans le district de Ban Phai, province de Khonkaen) dans les bancs des arrêts de bus de la ville (2). Les représentations de Siho sur les lampadaires proviennent également  de ce temple. Un colloque a été organisé entre les membres du corps enseignant de Khonkaen et de Maha Sarakham, des élèves des écoles municipales de Khonkaen et d’autres de Vientiane.

 

 

Une troupe d’étudiants de Mahsarakham y représenta une dans théâtrale avec la participation des élèves du secondaire de Khonkaen. Une exposition de dessins d’enfants incluant la récitation de versets du Sinchai a été parrainée par une douzaine d’entrepreneurs locaux.

 

 

Durable ou pas ?

 

L'épopée de Sinchai continuera-t-elle à prospérer à Khonkaen au point qu'elle deviendra finalement son symbole?  Dans quelle mesure est-il durable ? 

 

La question de savoir si un symbole émanant d'une ancienne épopée laotienne peut être adoptée et estimée par une population urbaine thaïlandaise dépend de nombreux facteurs. On peut penser que compte-tenu du contexte, la collaboration entre les élus municipaux, les universitaires locaux et les moines, Sinchai a de bonnes chances de survie, plus que les dinosaures ou le Maréchal Sarit !

 

 

L’épopée

 

Nous ne prétendons pas reprendre les 6000 couplets du texte complet de la légende et nous contenterons d’un modeste résumé (4).

 

Il y a longtemps, dans la ville royale de Pengchan (นครเป็งจาล)  vivaient un roi nommé Kusarat (พญากุศราช)

 

 

et sa femme, Chanthathewi (นางจันทาทวี).

 

 

Le roi avait une belle-sœur cadette nommée Sumontha (นางสุมณฑาqui lui était très chère ainsi qu’à tous ceux qui la connaissaient.

 

 

Un jour, un yak (ยักษ์ - géant souvent traduit par ogre) venu du royaume des géants, doté de pouvoirs magiques, transforma son corps et prit la forme d'un oiseau géant puis s'envola pour Pengchan.

 

 

En survolant la ville, il vit Nang Sumontha se promener dans les jardins du palais. Il tomba immédiatement  amoureux d'elle, la captura  et l'emmena dans son palais.

 

 

Quand le roi l’apprit et après être devenu moine, il décida de partir à la recherche de sa sœur bien aimée. Il alla au loin sans la trouver  mais en cours de route, il prit sept nouvelles et belles épouses qui rejoignirent sa première femme dans son palais. Elles étaient filles de Nanthaset (นันทเศรษฐี).  Finalement, deux des épouses de Kusarat, par l'intercession du dieu Indra, donnèrent naissance à des garçons, extraordinaires tant par leur formes que par leurs pouvoirs magiques.

 

 

L’épouse principale Chantha donna naissance à un garçon mi-éléphant mi-lion qu’on appela le prince Siho  (ท้าวสีโห).

 

Une autre, Lun (นางลุน) donna le jour à des jumeaux, le premier muni d’armes magiques, un arc et une épée, s’appela le prince  Sinchaï (ท้าวสินไซ). L’autre  avait le bas du corps enfermé dans une coquille, on l’appela donc le prince  Sang Thong (ท้าวสังข์ทอง) ce qui signifie « Conque d'Or ». 

 

 

A la même époque, les six autres épouses donnèrent le jour à des garçons sans caractéristiques particulières.

 

Craignant qu’ils ne soient évincés du pouvoir au profit de ceux qui étaient dotés de pouvoirs magiques, elles complotèrent avec l’aide d’une diseuse de bonne aventure. Celle-ci fit croire au monarque que ses trois fils seraient de mauvais augure pour son royaume et fit chasser de la ville  les deux épouses et les trois enfants.

 

Ils s’installèrent alors dans la forêt où le Dieu Indra  leur fit construire un   palais magnifique. Lorsque  Sinchai atteignit l’âge de sept ans, il avait déjà acquis une grande sagesse et une exceptionnelle habileté dans le tir à l’arc,  ce qui lui valut l’amitié des garudas

 

 

et des nagas.

 

 

Pendant ce temps à Pengchan, les six autres fils du roi grandissaient également. Le roi déplorait toujours la perte de sa sœur cadette et envoya les six jeunes hommes à sa recherche.

 

 Ils partirent alors dans la forêt où ils rencontrèrent Sinchai, Sang Thong. Ils découvrirent alors qu’ils étaient tous du même sang. Les six princes de  forme ordinaire en furent ravis et préparèrent un plan pour inciter les autres à rechercher leur tante.

 

 

Les neuf frères partirent alors dans la forêt et en chemin furent attaqués par des créatures féroces, fantômes, arbres magiques, Yak, serpents, éléphants gigantesques. Les six princes étaient terrifiés mais les trois autres triomphèrent de tous,  tant par leurs pouvoirs magiques que par leur courage.

 

 

Sinchai atteignit alors la ville du yak en partant à la recherche de nourriture. Il en profita pour demander à sa tante de revenir à Pengchan. Elle refusa car elle était tombée depuis longtemps amoureuse de son ravisseur.

 

Lorsque le Yak  fut de retour, il se battit avec  Sinchai, mais n’eut pas le dessus. Toutefois l’arrivée et l’aide de Siho lui permirent de vaincre le yak et de la tuer.

 

 

Le retour fut difficile, les frères s’étant heurtés à une armée d’un million de Yak qu’ils purent anéantir avec l’aide du roi des nagas.

 

 

Leur tante accepta alors de revenir avec ses neveux à Pengchan, où elle retrouva son frère avec une immense joie.

 

La vie reprit son cours et tous vécurent heureux.

 

 

En cours de route, Sinsai diffusa les enseignements bouddhistes à ceux qu’il combat itavec succès, donnant ainsi à l'épopée la qualité moraliste recherchée par les édiles.

 

 

On retrouve des épisodes de Sinchai dans de nombreux temples de l’Isan.

 

Citons en particulier le wat Phochaïnaphung (วัด โพธิ์ชัยนาพึง) situé dans la province de Loei,

 

 

le Wat Pumin dans la province de Nan (วัดภูมินทร์),

 

 

le Wat Chaisi (วัดไชยศรี) situé à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Khonkaen

 

 

auquel une section de l’Université de cette ville consacre une activité d’étude et de sauvegarde,

 

 

le Wat Sa Bua Kaeo (วัด สระบัวแกว) dans la province de Mahasarakham,

 

 

le Wat Sanuan Wari (วัดสนวนวารีพัฒนาราม) toujours dans la province de Khonkaen, district de Pai,

 

 

le Wat Burapha à Roi Et (วัดบูรพาพิราม),

 

 

le Wat Klang Ming Muang (วัดกลางมิ่งเมือง) à Roi Et,

 

 

le Wat Pratu Chai (วัดประตูชัย) à Roi Et

 

 

le Wat Thung Si Muang  (วัดถึงศรีเมือง) à Nakhon Phanom.

 

 

Les peintures murales du  Wat Chaisi sont les plus étendues puisque couvrant les quatre côtés des murs extérieurs et intérieurs de la chapelle et ont été réalisées par un moine qui voulait inciter les laïcs n’ayant pas le temps ou la possibilité d’étudier dharma à prendre exemple sur les vertus de Sinchai et tentent donc de représenter l'histoire complète sans toutefois être disposées de façon séquentielle.

 

Celles du Wat Sanuan Wari sont les plus souvent utilisées pour illustrer l'histoire dans les livres ou les médias.

 

dans son article du Journal de la Siam society, volume 103 de 2015. Madame Brereton  en a inventorié dans 74 chapelles  (voir nos sources). Nous  ne citons pas les temples du Laos, où les peintures et les sculptures ne manquent pas.

(3) Nous avons consacré un  article à cet érudit tout autant Isan que Lao :

A 366 - มหาสิลา วีระวงส์ - MAHA SILA WIRAWONG, UN GRAND ÉRUDIT DE L’ISAN ET DU LAOS (1905 1987 ) 

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/04/a-366-maha-sila-wirawong-un-grand-erudit-de-l-isan-1905-1987.html

 

 

(4) L'un des manuscrits de feuille de palmier de Sinchai a été découvert à la Bibliothèque nationale thaïe de Bangkok par Mahasila Viravong qui y travaillait.. Il a translittéré le manuscrit sur feuille de palmier en lao.

 

 

Après son retour au Laos, il a publié la première édition de Sang Sinxay en 1949. La deuxième édition a été publiée en 1951. Sa dernière édition en 1969, combina les deux premières éditions en un seul volume. Le poème a été réimprimé sept fois au total entre 1949 et 1983.

 

 

Dans les années 1980, il a commencé à traduire Sinchai en lao contemporain espérant qu'une nouvelle édition en prose aiderait les générations futures à comprendre et à apprécier le poème. Il mourut avant d'avoir terminé la traduction, qui fut achevée par son gendre. La nouvelle édition, intitulée Sinxay, a été publiée pour la première fois en 1991 sa fille. En 2009, pour commémorer le 450e anniversaire de la fondation de Vientiane, celle-ci a publié le premier volume commémoratif et le deuxième en 2011. Le poème a été traduit pour la première fois en français par Nhouy Abhay et Pierre Somchinne Nginn en 1965, sous le titre Sinsay: chef d’œuvre de la littérature lao.

 

 

Une autre traduction en français de Dominique Menguy, basée sur la version lao moderne de 1991, a été publiée en deux volumes en 2003 et 2004 sous le nom de Sinxay: L’épopée de Pangkham. Ne parlons pas des versions anglaises.

 

 

Il existe naturellement une foule de versions Internet en thaï.

 

SOURCES

 

« Will Khon Kaen Become "Sinsai City"? Using an Ancient Lao Epic to Inspire a Modern Thai Municipality » par Bonnie Pacala Brereton in Journal of African & Asian Local Government Studies, 2012.

« Preserving Temple Murals in Isan : Wat Chaisi, Sawatthi Villagem Khonkaen, sustainable model » par Bonnie Pacala Brereton, in Journal de la Siam society, volume 103 de 2015.

« Sinxay as a Jataka Nauk Nibat – A Jataka Outside the Circle » par Peter Whittlesey in The Journal of the International Association of Buddhist Universities, volume IX de 2016

 

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4 février 2021 4 04 /02 /février /2021 22:36

 

Nous avons rencontré ces créatures semi divines qui vivent dans le monde inférieur et qui peuvent parfois prendre forme humaine ou s’accoupler avec les humains. Nous connaissons l’histoire légendaire de Phra Ruang (พระร่วง), fondateur mythique du premier royaume thaï, né des amours d’un monarque indou avec la reine des Nagas (1).

 

 

Ils sont aussi souvent associés aux plans d’eau, rivières, fleuves ou puits, ainsi ceux du Mékong dont des représentations géantes dominent la rive droite du fleuve (2).

 

 

Il existe dans la province d’Udonthani une forêt de palmiers taraw,  parfois appelé dans nos départements d’outre-mer « palmier crocodile » (le nom scientifique est Livistona saribus) dont le nom en thaï est chanot (ชะโนดฃ) (3). 

 

 

Elle s’étend sur trois tambon (sous districts) : Wang Thong, Ban Muang et Ban Chan (ตำบลวังทอง, ตำบลบ้านม่วง, ตำบลบ้านจันทร์). Elle est parfois appelée « le palais du Naga de Khamchanot » (วังนาคินทร์คำชะโนด). C’est dans le district de Ban Dung (อำเภอบ้านดุง) que se situe plus précisément le domaine du Naga sur une île arborée de ces palmiers, sur le réservoir de Kut Kam (อ่างเก็บน้ำกุดขาม). Elle est située dans le domaine du temple de Kham Chanot (Wat khamchanot - วัดคำชะโนด ou Wat Srisuttho  -  วัดศริสุทโธ)  qui s’étend sur une vingtaine de raïs,  un peu plus de 3 hectares (4).

 

 

On s’y rend en pèlerinage du pays tout entier en raison de la présence de ce Naga dont l’histoire légendaire vaut d’être contée.

 

 

Il en existe des versions diverses transmise essentiellement par la tradition orale, vous ne les trouverez guère que sur des sites Internet en thaï. Nous vous donnons quelques références en fin d’article. Elles sont probablement à l’origine du succès de ces lieux mais la ressemblance de l’arbre chanot dont le tronc ressemble aux écailles du Naga y est probablement aussi pour beaucoup ?

 

 

Autrefois (« il était une fois » !) la région était verdoyante et il y poussait un grand nombre d’arbres et de végétaux dont certains ont depuis disparu : bambou, rotin, toutes sortes de fougères, de légumes et de graminées, coriandre, banians …

 

 

Si la flore était riche, la faune ne l’était pas moins, espèces terrestres ou aquatiques. Les anciens appelaient cette région « la forêt des éléphants de Dong Sua » (ป่าช้างดงเสือ).

 

 

Aujourd’hui beaucoup de ces espèces ont disparu, notamment les porcs-épics dont nous allons parler, on ne les trouve plus que dans les zoos en Thaïlande. Le site reste toutefois un magnifique puits de verdure et un paradis pour les botanistes.

 

 

Il y avait deux Nagas. L’un d’entre eux s’appelait Sisuttho (ศริสุทโธ), c’est celui qui a donné son nom au temple, l’autre se nommait Suwannak (สุวรรณนาค).

 

 

Chacun d’eux avaient 5.000 serviteurs à sa disposition, ils vivaient tous en paix. Il était convenu que si l’un des clans partait en chasse, l’autre restait chez lui et ils se partageraient ensuite le produit de la chasse. Il s’agissait le plus souvent d’éléphants et de porcs-épics.

 

 

Malheureusement une querelle éclata au sujet d’un partage refusé par l’un des deux Nagas auquel on voulut faire prendre de la viande de porc-épic pour de la viande d’éléphant. Une guerre éclata alors entre eux, elle dura sept ans, pour savoir qui aurait la maîtrise des eaux du lac. Ils perturbèrent les créatures célestes (thevada ou deva -  เทวดา) des trois mondes (Sam Phop – สามภพ) (5). Cette référence purement hindouiste  laisse à penser que la légende est antérieure à l’introduction du bouddhisme dans la région ?

 

 

Ceux-ci allèrent alors se plaindre au grand dieu Indra. Celui-ci descendit sur terre dans le monde des marais.

 

 

Aucun des deux clans ne pouvant terrasser l’autre, les deux protagonistes  convinrent à l’instigation du dieu d’une zone neutre appelée Nong kra (l’étang de kra – หนองกระ) et creusèrent chacun une rivière de leur côté, l’une d’entre elle se dirigeant vers la mer qui s’appela  le Mékong. Ses méandres reproduisent d’ailleurs les sinuosités du corps des Nagas.

 

 

L’autre fut  la rivière Nan (แม่น้ำน่าน).

 

 

Indra ne pouvant rester longtemps sur terre remonta dans son paradis de Daodung (สวรรค์ชั้นดาวดึงส์).

 

 

L’un et l’autre lui demandèrent de leur créer une route pour relierle monde céleste, le monde terrestre et les entrailles de la terre. Indra autorisa alors la création de trois points de passage : le premier se trouve au Phrathat Luang à Vientiane (พระธาตุหลวง), aujourd’hui le lieu le plus sacré du  bouddhisme lao.

 

 

La seconde voie se trouve au temple de Nong Khanthaesueanam aux Indes (หนองคันแทเสื้อน้ำ). La troisième voie est à Khamchanot devenu l’un des  lieux les plus célèbres du bouddhisme dans la province d’Udonthani.

 

 

Dans l’enceinte du temple se trouve un étang sacré appelé Bo Kham Chanot (บ่อคำชะโนด). C’est de là selon certains, que le Naga de Khamchanot,  la dernière pleine lune du mois d’octobre rejoint le Mékong pour y cracher ses boules de feu  aux côtés de ses frères du fleuve ? (6).

 

 

]D’autres versions nous parlent d’un couple de Nagas qui vivent de nos jours au fond du lac, le père Srisuttho (ปู่ศรีสุทโธ) et la mère Yasipathumma (แม่ย่าศรีปทุมมา). Ils sortent la nuit et errent dans les jardins du temple.

 

 

Il y a une certitude, c’est que le nombre de personnes qui croient dur comme fer à l’existence de ce ou de ces Nagas ne cesse de croître comme on peut le voir le jour des grandes fêtes bouddhistes. Le jour où les Nagas crachent leurs boules de feu depuis les profondeurs du Mékong, depuis en aval de Nongkhai jusqu’à Bungkhan, les spectateurs se pressent par dizaines de milliers sur les rives du fleuve (6).

 

 

Wat Kham Chanot est célèbre car la croyance que les offrandes faites aux Nagas permettent d’obtenir des miracles est répandue chez tous les visiteurs. Ils peuvent aussi révéler aux fidèles les bons numéros de la loterie nationale. A l’approche des jours de tirage, le 1er et le 16 de chaque mois, la foule afflue. Pour atteindre l’île, il faut emprunter un pont bordé d’une balustrade en forme de Nagas. Il est nécessaire de passer la main sur la balustrade pour conserver la chance.

 

 

Près du sanctuaire sur l’île se trouve un gigantesque arbre chanot sur le tronc duquel peut apparaître au fidèle en pleine concentration spirituelle le numéro gagnant. Au retour dans l’enceinte du temple les vendeurs ambulants de tickets de loterie affluent et le plus difficile va être de trouver celui qui vend le billet au numéro présumé gagnant car on se les arrache.

 

 

Le temple est encore au centre d’une mystérieuse histoire de fantômes. La nuit apparaîtraient des femmes toutes vêtues de blanc sur le côté droit, les hommes tous enveloppés de noir sur la gauche, aucun ne disant un mot. Cette légende a même inspiré un film d’horreur ayant connu en énorme succès en 2007, พีจ้างหนัง (phichagnang). Il a suscité de nombreuses visites du site non plus de fidèles mais de curieux. N’y revenons pas, les histoires de fantômes nous sont bien connues (7).

 

 

Mais les moines du temple, ils sont une dizaine en permanence, ont-ils perdu tout sens du spirituel ? Il existe un gourou qui est ou se dit fils non physique mais spirituel du Naga, Pu Thepnimitnaga (ปู่เทพนีมิตต์นาค) qui a fondé dans la province de Khonkaen un centre spirituel de méditation (Ashram) qui ne dénie pas à Khamchanot son caractère sacré mais réprouve ce qu’il considère comme l’utilisation commerciale du site occupé par des marchands vendant des amulettes et des objets sacrés.

 

 

Il existe effectivement environ 300 stands et circulent environ 200 ambulants vendant essentiellement des billets de loterie pour les raisons que nous savons mais aussi de la nourriture ou des boissons. Il réprouve l’édification de parkings, la construction de toilettes, de boutiques de souvenirs, de salas pour que se reposent les vendeurs ou les visiteurs. Notons simplement qu’il est tout de même difficile de proscrire la construction de toilettes, les pèlerins aussi ont des besoins ! Par ailleurs, il fait foi aux légendes puisqu’il indique que le financement de son groupe provient à la fois des dons de ses fidèles et de ses gains au loto car il ne nie pas se rendre au temple pour y prier et peut-être aussi rechercher les numéros gagnants. S’agit-il d’un pieux maître à penser qui instruit des fidèles dans la foi bouddhiste ou du fondateur d’une société commerciale ? Nous nous garderons d’en discuter (8).

 

Sources en thaï :

 

 

Le moteur de recherches ตำนานคำชะโนด (la légende de Khamchanot) affiche près de 50.000 résultats que nous n’avons évidemment pas tous consultés.

http://club.sanook.com/42435/ตำนานลึกลับ-ผีจ้างหนัง/

https://www.thairath.co.th/content/813876

http://www.khamchanod.in.th/history.php

https://www.sanook.com/horoscope/103709/

https://sites.google.com/site/akanapansri/tanan

https://www.dailynews.co.th/article/801738

https://www.tqm.co.th/blog/ตำนานคำชะโนดที่คนเล่นหวยต้องอ่าน/

Relevons une source en anglais, elle ne manque pas d’humour :

http://www.giunca.com/EdWorld/2019/10/30/wat-kham-chanot-and-the-legend-of-the-giant-serpents/

 

NOTES

 

(1) Voir notre article A 392- LA LÉGENDE DE PHRA RUANG, FONDATRICE MYTHIQUE DE LA NATION THAÏE, A-T-ELLE MIGRÉ CHEZ LES AMÉRINDIENS ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/09/a-392-la-legende-de-phra-ruang-fondatrice-mythique-de-la-nation-thaie-a-t-elle-migre-chez-les-amerindiens.html

 

(2) Voir notre article A 396- LES REPRÉSENTATIONS GÉANTES DES NAGAS DANS LA PROVINCE DE MUKDAHAN, ENTRE PIÉTÉ Et COMMERCE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/10/a-396-les-representations-geantes-des-nagas-dans-la-province-de-mukdahan-entre-piete-et-commerce.html

 

(3) C’est une espèce de palmier dont la taille est souvent impressionnante et dont les pétioles portent de longues épines que les femmes utilisaient et utilisent peut être encore pour peigner dans le métier à tisser ...

 

 

... et dont les fruits de la taille d’une grappe de raisins ne sont pas un plaisir gastronomique.

 

 

Aujourd’hui rarissime en Thaïlande, sauf dans le sud, il y est connu sous le nom de kho ou sirong (ค้อ​ ou สิ​เหรง). Les branches sont utilisées pour couvrir des paillotes ou confectionner des chapeaux.

 

 

(4) Les coordonnées Google Earth sont plus précisément latitude 17° 44’ 41’’ et longitude 103° 21’ 40’’.

 

(5) Les trois mondes sont les trois sphères hindouistes et non bouddhistes, le ciel, la terre et l’enfer ou le monde souterrain.

 

 

(6) Voir notre article A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/09/a-240-les-mysterieux-nagas-du-mekong-cracheurs-de-boules-de-feu.html

Il est de la plume de notre ami Philippe Drillien.

(7) Voir notre article A151. EN THAILANDE, NOUS VIVONS AU MILIEU DES "PHI"

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a150-nous-vivons-au-milieu-des-phi-en-thailande-123529919.html

(8) Voir à ce sujet l’article de Supee Samornammm un universitaire d’Udonthani que nous supposons ne pas être un fantaisiste « The Naga Lineage of Kham Chanod Forest and the Creation of Community » dans Journal of the Mekong societies n° 16-3 de novembre décembre 2020.

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