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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

21 novembre 2021 7 21 /11 /novembre /2021 08:13

 

 

Au Siam, pour instruire une population alors largement analphabète, les moines se servaient de récits et d'images. Leurs histoires illustraient les vertus bouddhistes et la conduite morale, essentiels à la connaissance divine et au bonheur. Toute une tradition de peinture murale s'est ainsi développée et c'est d'ailleurs l'une des plus belles contributions de la Thaïlande à l'art religieux mondial.

 


 

Au Siam, pour instruire une population alors largement analphabète, les moines se servaient de récits et d'images. Leurs histoires illustraient les vertus bouddhistes et la conduite morale, essentiels à la connaissance divine et au bonheur. Toute une tradition de peinture murale s'est ainsi développée et c'est d'ailleurs l'une des plus belles contributions de la Thaïlande à l'art religieux mondial.

Le chevalier de la Loubère écrit en 1691 à son retour du Siam « j'ai vu dans un de leurs temples une agréable Peinture à fresque dont les couleurs étaient fort vives. Il n'y avait nulle ordonnance(ment) Les Siamois & les Chinois ne savent pas peindre en huile, et d'ailleurs ils font de mauvais peintres. Leur goût est de faire peu de cas de tout ce qui n'est que d'après nature. Il leur semble qu'une imitation juste est trop facile …. »

Malheureusement les artistes (moines ou laïcs) utilisaient une technique de peinture à la fresque sèche, rapidement dégradable sous un climat humide. Les plus anciennes peintures murales ne remontent donc qu'au début du XVIIIe siècle. Les plus célèbres, celles de Wat Pho (วัดโพธิ์), datent du dernier quart de ce même siècle.

 

 

Si les motifs sont toujours directement religieux, on trouve souvent en arrière-plan des scènes de la vie quotidienne, traitées avec plus ou moins de fantaisie. Il en est tout particulièrement ainsi dans les peintures murales des chapelles d'ordination de l'Isan (Nord-Est) auxquelles nous avons consacré un article (1).

Elles ne remontent jamais au-delà du début du siècle dernier.

Dans les galeries extérieures de ces temples figurent, toujours pour l'édification des fidèles des épisodes de la légende du Ramakian ...

 

 

...ainsi que des représentations des épisodes de la vie de Bouddha et de ses Jatakas, ses 547 existences antérieures. Ces représentations extérieures ont leur importance puisqu'en principe l'entrée dans la chapelle d'ordination était et est parfois encore interdite aux femmes.

 

 

Nous retrouvons tous ces sujets spécifiquement religieux à l’intérieur de la chapelle où se trouve la statue principale de Bouddha qui doit en principe être dirigée vers l'Est, de là où naît la lumière.

Cette pratique de la peinture murale par des artisans-artistes compétents n'était donc, à quelques exceptions, que dans les chapelles de l'Isan qui est pratiquement tombée en désuétude dans le courant des années 1850.

 

 

Phaibun Suwannakut (1925-1982) lui redonna une nouvelle vie dans ce que l'on a appelé le « néo traditionalisme », dont il est la figure clef.

 

Phaibun Suwannakut (ไพบูลย์ สุวรรณกฏ) dont le prénom se traduit par « prospérité » et le nom patronymique par « montagne d'or » est souvent appelé Thankut (ท่านกูฏ), Than étant l'un des innombrables pronoms personnels utilisé ici avec le sens respectueux de « l'honorable ».

Il est le descendant direct du prince lao chaophraprathumworaratsuriyawong (เจ้าพระประทุมวรราชสุริยวงศ์) qui fonda Ubonrachathani en 1792. Ce prince avait fait allégeance au roi Taksin et ensuite à la dynastie Chakri dans les turbulences politiques de cette époque en trahissant son maître, le roi Suriyawong (สุริยวงศ์). Sa famille est l'une des plus notables parmi celles des gouverneurs de provinces. Son grand-père Khun Borikutkhamket (คุณ บริกุฏคำเกตุ) obtint du roi Rama VI le nom patronymique de « Montagne d'or » en 1917. Son père Mak Suvarnakuta (มาก สุวรรณกฏ) était l'arrière-arrière-petit-fils du fondateur. Il épousa une veuve, ce que désapprouvait la coutume, et il fut désavoué par sa famille. Il était connu pour se livrer au travail de l'or et de l'argent et son épouse pour le travail de la soie.

 

 


 

Phaibun naquit le 1er octobre 1925 à Ubon Ratchathani. Il commença ses études dans un collège des adventistes puis à l'école Benchama Mahart (เบ็ญจะมะมหาราช) dont la réputation était solide. Il était entouré de trois frères et sœur. Il reçut une solide éducation en littérature siamoise, musique et danse traditionnelles et folklore en particulier d'un oncle qui l’éleva à la mort prématurée de son père, en 1936. Nous le retrouverons en suite à Bangkok en 1938 à l'Académie des arts Pho Chang (เพาะช่าง) puis à partir de 1944 à l'Université Silpakorn (ศิลปากร). Il se lie d'amitié avec un peintre et historien de l'art, Prayun Unchuta (ประยูร อุลชุตา) ...

 

 

et le poète, peintre et sculpteur Angkarn Kalayanapong (อังคาร กัลยาณพงศ์) qui devinrent se amis les plus proches.

 

 

Il se lie aussi d'amitié avec Hem Wetchakon (เหม เวชกร), que nous avons déjà rencontré. (2)

 

 

Sa carrière artistique

Marié en 1955, après le séjour traditionnel au temple, il devint père de 7 enfants et mena incontestablement une vie de bohème, totalement étranger au monde de l'argent. Nous le retrouvons même vendant à la sauvette des aquarelles aux touristes

 

 

Tour à tour professeur d'art, peintre et dessinateur, professeur de danse, directeur artistique de film, architecte, journaliste politique engagé. Étudiant la sculpture avec le célèbre artiste italien Corrado Feroci alias Silpa Bhirasri (ศิลป์ พีระศรี), celui-ci l'initie à la musique classique européenne et l'opéra qu'ils écoutent en travaillant (3).

 

 

Reconnaissant un artiste de talent, il lui conseilla d'étudier l'art siamois traditionnel et notamment celui des peintures murales. Pendant des mois, il étudiera celles du temple de Wat Pho (วัดโพธิ์) à Bangkok en 1966 et 1967.

 

 

A la fin des années 1960, il commencera à peindre des peintures murales à Wat Theppol à Talingchan (วัดเทพพล - ตัลิ่งชัน). Captivé par la personnalité de l'abbé du temple, il lui offrit de réaliser gratuitement les peintures murales de l'ubosot (อุโบสถ - salle d'ordination) du temple.

 

 

Nous le voyons ensuite à l'hôtel Montien (โรงแรมมณเฑียร) en 1967-68, où il peint dans un salon un troupeau d'éléphants aujourd'hui disparu. Entre 1974 et 1976, il y peint la suite de la chambre Phimanman puis en 1977, il réalise un grand projet de décoration murale dans le hall de l'hôtel. Elle fut peinte sur soie tendue sur des panneaux de contre plaqué.

 

 

Nous le trouvons ensuite à l'hôtel Dusit Thani (โรงแรมดุสิตธานี) à Bangkok.

 

 

Il travaille au palais Phuphing Rachaniwet à Chiang Mai (พระตำหนัก ภูพิงค ราชนิเวศน์), en 1972 pour réaliser quatre peintures murales avant la visite de la reine Elizabeth II de Grande-Bretagne.

Vint ensuite le palais Dusit Mahaprasat à Muang Bora, la ville ancienne (ดุสิตมหาปราสาท – ในเมืองโบราณ). Entre 1972-75, il entreprit un très grand programme de peintures sur quatorze murs à l'occasion de la reconstruction d'un bâtiment d'époque Rattanakosin.

 

Sa dernière commission à l'hôtel Peninsula aujourd'hui l'hôtel Anantara Siam à Bangkok (โรงแรมเพนนินซูล่า - ปัจจุบันคือ โรงแรมอนันตรา สยาม กรุงเทพฯ) fut terminée par sa fille Phaptawan (ภพวรรณ สุวรรณากุฏ - « image du soleil ») elle-même talentueuse peintre, après sa mort prématurée en 1982.

 

 

Elle fut la première femme à diriger une équipe de peinture murale thaïe. Phaibun n'a jamais vu ses peintures murales et celles du plafond.

 

 

Les anciens et les modernes


Il lui fut reproché de ne pas respecter la culture traditionnelle thaïe en faisant passer l'art de la peinture murale dans les chambres d'hôtels.

 

 

Il fut considéré comme trop influencé par la peinture occidentale. Le rouge, disaient les tenant de la tradition orthodoxe était une couleur de base réservée à la coloration des créatures célestes dans les temples et que le bleu ne devait jamais apparaître comme couleur du plafond.

Lui-même rétorquait que l'art est dû au public en dehors des temples, et les hôtels étaient des espaces publics, des lieux de réunion et d'échanges d'idées notamment entre Thaïs et étrangers.

Mon propos n'est pas d'entrer dans cette querelle dans laquelle je ne me sens pas concerné. Je remarquerais simplement que l'art de Phaibun s'est en fait exercé dans des lieux pratiquement interdits au grand public. Une chapelle d'ordination n'est ouverte qu'à l'occasion des ordinations. Les hôtels qu'il a décorés sont des hôtels de grand luxe interdits à l'immense majorité de la population locale et des touristes. L'intérieur du Palais royal de Chiangmaï ne se visite pas, seuls les jardins sont accessibles.

 

 

Son mépris du mercantilisme dans l'art

Son mépris de l'art mercantile était total : Il mentionna publiquement à plusieurs reprises que les artistes, qui vendaient leur art ne valaient pas mieux que de se prostituer en vendant leur âme. Il vendait des aquarelles quand la famille n'avait pas de nourriture, mais non sans se lamenter qu'il avait vendu son âme. Il n'exposa jamais ses œuvres dans une galerie et ne voulut jamais les envoyer à des concours Il préférait peindre une fresque en échange de nourriture gratuite pour sa famille. Pendant les vacances scolaires, il conduisit ses enfants au Wat Theppol où ils purent être nourris normalement. Il fit une peinture murale en échange de nourriture pour le restaurant d'un ami originaire de l'Isan dans son restaurant populaire de poulet grillé appelé Sriviwat Kaiyang (ศรีวิวัฒน์ ไก่ย่าง – le poulet grillé de Sriviwat).

 

 

Manifestement socialement irresponsable à l'égard des besoins de sa famille,il arriva que ses enfants eussent faim et, à plusieurs reprises, le premier repas de la journée fut tard dans la nuit lorsque lorsqu'il rentrait à la maison avec du poulet et du riz gluant, cadeau de Sriviwat son cousin !

Il brûlait systématiquement ses rouleaux de dessins à l’encre de chine sur papier utilisé comme modèles, qu'il avait mis des mois à produire. C'étaient des dessins en taille réelle avec tous les détails à utiliser comme modèles pour ses peintures murales, transférés ensuite sur la surface à décorer au papier carbone et ce pour éviter par la suite toute répétitivité. Il en était de même pour les pochoirs utilisés pour les motifs répétitifs.

En dehors de ses activité de peintre mural, celles qu'il exerça dans la presse, la musique, l'enseignement et le cinéma, ne l’enrichirent pas, et il resta pauvre (4).

Resté donc pauvre, Il fut été admis à l'hôpital de Mahesak où on lui a retiré des calculs rénaux, mais également il souffrit d'insuffisance rénale. Il commença une dialyse rénale à l'hôpital King Mongkut sous financement du roi entre 1977 jusqu'à sa mort en 1982. Les cérémonies de la crémation furent organisées et financées par le roi.

 

 

 

 

NOTES

 

- 1 - Voir notre article :

A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2015/11/a-196-les-peintures-murales-l-ame-des-temples-du-coeur-de-l-isan.html

- 2 – Voir notre article :

A 261- HEM VEJAKORN (เหม เวชกร), FIGURE MAJEURE DE L’ART « POPULAIRE » THAÏ, FILS SPIRITUEL DE CARLO RIGOLI ET MENTOR DU ROI RAMA IX.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2018/06/a-261-hem-vejakorn-figure-majeure-de-l-art-populaire-thai-fils-spirituel-de-carlo-rigoli-et-mentor-du-roi-rama-ix.html

-3 – Voir notre article :

A 241. CORRADO FERROCI (SILPA BHIRASRI), « LE PÈRE DE L’ART THAÏ CONTEMPORAIN » (1892 – 1962)

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2017/09/a-241.corrado-ferroci-silpa-bhirasri-le-pere-de-l-art-thai-contemporain-1892-1962.html

- 4 - Sur la multiplicité de ses activités, la lecture du très bel article de John Clark cosigné par sa fille Phaptawan Suwannakudt « A History of Phaiboon Suwannakudt (1925-1982) » s'impose. Il est remarquablement illustré : Journal of the Siam Society, Vol. 109, Pt. 1, 2021, pp. 1–36

 

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28 octobre 2021 4 28 /10 /octobre /2021 04:37

Nous avons consacré deux articles à la grammaire de la langue siamoise en soulignant l'apport fondamental ab initio des missionnaires français (1).

 

 

La publication récente d'un ouvrage intitulé « The Languages and Linguistics of Mainland Southeast Asia - A comprehensive guide » contient un chapitre intitulé « French contributions to the study of Mainland Southeast Asian languages and linguistics » sous la signature du profeseur Jean Pacquement que nous avons eu l'occasion de rencontrer à l'occasion d'un article faisant référence à ses profondes connaissances linguistiques (2). Le chapitre porte également la signature de Paul Sidwell et Mathias Jenny. Sidwell est un linguiste australien et Mathais Jenny un linguiste suisse.

 

 

 

Il m'a inspiré la rédaction de ce bref article que je limite à l'apport des missionnaires français à l'étude et à la connaissance de la langue siamoise et de la langue lao puisque je vis dans ce qu'on appelait autrefois le Laos siamois et que la langue qui est toujours pratiquée au quotidien est pratiquement celle du Laos. Les rapports entre les deux langues sont étroits. Peut-être trois mots sur dix sont particuliers au lao et on les trouve surtout dans les termes d'histoire naturelle, oiseaux, poissons, plantes.

 

 

 

Nous leur devons aussi les premiers dictionnaires des langues khmers et annamite. Ils furent ici ce que les Jésuites furent pour le chinois et le japonais.

 

 

La France a une longue histoire d'intérêt pour les langues orientales dont la connaissance est essentielle pour la diplomatie et le commerce. Toutefois, avant la création en 1795 de l'École des Langues orientales, celles-ci ne faisaient en France l'objet d'aucun enseignement officiel si ce n'est au Collège de France fondé en 1529 et à partir de 1721 l'École des Jeunes de Langues désormais rattachée au Collège Louis-le-Grand et destinée à former des interprètes pour les besoins diplomatiques et consulaires du Royaume au Levant, ce qui exigeait essentiellement la connaissance du turc, de l'arabe, et du persan. L'étude d'autres langues ne relevait que de l'initiative individuelle. La création de l’École Nationale des langues orientales en 1795 ne mentionne alors que l'arabe littéral et vulgaire, le turc et le tartare de Crimée, le persan et le malais.

 

 

L’enseignement du siamois ne commençai a l’École Nationale des Langues Orientales qu'en 1874, sous l’impulsion d’Edouard Lorgeou, qui en fut le premier professeur, la chaire de siamois ne fut crée qu'en 1899. Je n'ai pu détemliner en quelle années fut créée la première chaire de lao. Mais les premiers Francais ayant appris le siamois et le lao furent les pères des Missions Étrangères de Paris, arrivés au Siam au XVIIeme siècle. C'était bien avant que la linguistique ne devienne une science « à part entière » marquée par le Cours de Linguistique Générale de Ferdinand de Saussure en 1916, considéré comme le fondateur de la linguistique moderne.

 

 

Le rôle fondamental des Missions étrangères de Paris.

 

Cette société qui n'est formellement pas un ordre religieux reçoit des prêtres séculiers ayant vocation de missionnaires. Elle fut fondée en 1663 et son siège se trouve toujours à la rue du bac à Paris.

 

 

L'initiative en revient directement au père Alexandre de Rhodes bien qu'il ait été jésuite. Il naquit à Avignon le 15 mars 1591, entra chez les Jésuites à Rome le 14 avril 1612 et obtint de ses supérieurs de partir comme missionnaire pour les Indes orientales.

 

 

Destiné au Tonkin, il dota ce pays de langue annamite qui n'avait d'autres écriture que les quelques milliers d’idéogrammes chinois, d'un alphabet romanisé qui, quoique dépoussiéré, est toujours celui qui est utilisé au Vietnam. Considérant non sans raison que pour apporter aux infidèles la vérité du Christ, il fallait le faire dans leur langue. Nous lui devons donc un monumental dictionnaire annamite – portugais-latin (Dictionarium annamiticum – lusitanium et latinum) daté de 1651. La langue latine est utilisée parce qu’elle est celle que tout le monde érudit, catholique ou pas, connaît et pratique et le Portugais est alors la lingua franca de la région (3).

 

 

Depuis Rome, il réussit à convaincre le Pape Alexandre VII d'envoyer en Asie trois évêques français volontaires avec rang de vicaire apostolique. Ils sont à l'origine des Missions étrangères. Ces missionnaires appuyés par le père de Rhodes et destinés à évangéliser « la Chine et les pays voisins » furent François Pallu, évêque d'Héliopolis in partibus, sacré à Rome en 1658, Il participa à l'évangélisation du Siam en 1664 et 1665. Pierre Lambert de la Motte, nommé évêque in partibus de Berythe en 1658. Il se trouve au Siam entre 1662 et 1668 puis entre 1672 et 1676.Le troisième était Ignace Cotolendi,  évèque in partibus de Metellopolis, qui lui ne quittera pas la Chine (4).

 

 

Les missionnaires de la MEP présents dans toute la péninsule, Siam, Cambodge, Cochinchine, Tonkin et sud-est de la Chine depuis des décennies n'étaient pas des linguistes au sens strict mais en tous cas communiquaient avec les populations qu'ils évangélisaient et dont ils connaissaient la langue et les coutumes Ils étaient par contre tous latinistes et probablement hellénistes compétents ce qui n'est pas sans incidence : Nous avons appris, au vu d'un article de l'Universitaire linguiste Jean Philippe BABU « L’influence de la tradition grammaticale gréco-latine sur la grammaire du thaï » daté de 2007 la persistance des notions grammaticales greco-latines reprises jusque dans les ouvrages siamois eux-mêmes (5).

 

Nous retrouvons nos missionnaires latinistes avec en 1838, Monseigneur Pigneaux de Behaine,

 

 

.....qui publie un dictionnaire annamite-latin ( Dictionarium anamitico – latinum).

 

 

En 1877, le père Jean-Louis Taberd publie un dictionnaire Annamite-latin (Dictionarium anamitico – latinum) à partir de celui de son prédécesseur. Il comprend une partie grammaticale en latin. Ces deux ouvrages ne concernent pas spécifiquement le Siamois, je les cite car nous retrouvons toujours le latin  que les missionnaires considèrent comme leur langue maternelle ! Une grammaire annamite écrite en français par Gabriel Aubaret en 1867 ne serait que la traduction des ouvrages précédents ? Il n'était toutefois pas missionnaire mais officier de marine.

 

 

Monseigneur Jean-Baptiste Pallegoix auquel nous avons consacré plusieurs articles bénéficiait de l'amitié du roi Mongkut alors que celui-ci était encore dans son monastère. Il lui a appris le latin et le prince-moine l'a initié au pâli et au sanskrit. Il rédige la première véritable grammaire du siamois accessible à un européen, en latin toujours, Grammatica linguae thai publiée à Bangkok en 1850.

 

 

Il a l'originalité de donner une version musicale des tonalités.

 

Il a vraisemblablement utilisé les leçons du roi Mongkut et un ouvrage siamois de phrahorathibodichut (พระโหราธิบดี), le chindamani (จินดามณี) considéré comme une première normalisation de la langue siamoise et dont la datation est incertaine. L'ouvrage détaille les lettres de l'alphabet, les voyelles, les tonalités, la syntaxe et les nombres. Il est actuellement numérisé sur le site de la bibliothèque Vajirayana (https://vajirayana.org/จินดามณี-เล่ม--/คำเล่าเรื่องจินดามณี)

 

 

Il rédige un premier Dictionarium latinum-thai ad usum missionis siamensis publié à Bangkok en 1851 qui précise qu'il est destiné aux missionnaires.

 

Il est aussi l'auteur d'un ouvrage plus facile d'accès pour les non latinistes, mais toujours fondamental, le premier dictionnaire véritablement utilisable, Dictionarium linguae thai – sive siamensis – interpretationae latina, gallica et anglica publié en 1854 par l'Imprimerie impériale. L'ouvrage se présente en cinq colonnes, la première donne le mot en caractères siamois, la seconde sa transcription en phonétique française, la troisième la traduction en latin, la suivante sa traduction en anglais et la dernière sa traduction en anglais.

 

L'Imprimerie impériale a réalisé de très belles fontes et la transcription utilisée marquant les principales caractéristique du siamois, le son de la consonne et des voyelles, la longueur de la syllabe et sa tonalité, n'a pas vieillie d'un pouce et n'est ni pire ni meilleure que les transcriptions utilisées dans les ouvrages modernes d'apprentissage de la langue thaïe. Monseigneur Jean-Louis Vey publiera en 1896 une nouvelle édition de ce dictionnaire précédé d'une très complète introduction grammaticale bilingue français-anglais et après avoir, dans le dictionnaire proprement dit enlevé la colonne du latin.

 

 

Pour reste de besoin le prélat a encore rédigé une Introduction to the siamese language. English-siamese Vocabulary publiée à Bangkok vers 1851 et un English-siamese Vocabulary enlarged. With an introduction to the siamese language and a supplement, publié à Bangkok en 1877.

 

 

 

Avant lui, Monseigneur Louis Lanneau,  second vicaire apostolique du Siam de 1669 à 1696, date de sa mort à Ayuthaya, avait été immédiatement conscient de la nécessité pour les missionnaires de parler non seulement la langue vernaculaire à l’usage de leurs ouailles mais encore le sanskrit et le pâli pour comprendre ou tenter de comprendre la religion locale. Arrivé au Siam en 1664, il y apprit les deux langues sacrées et le langage commun auprès des moines bouddhistes. Il rédigea en siamois de nombreux ouvrages pieux dont les manuscrits ont pour la plupart disparu ainsi que celui d’un dictionnaire siamois, le tout premier, dont le manuscrit dort probablement dans quelque fonds d’archives et celui d’une grammaire dont  il ne reste que quelques feuillets manuscrits rédigés en latin et en caractères latins à une date indéterminée. Sa notice sur le site des archives de Missions étrangères lui attribue un Dictionarium siamense et peguense, sed hoc postremum nondum absolutum est qui aurait été rédigé en 1687, celui dont il ne subsiste que des vestiges manuscrits.

 

Pour ne plus que parler des langues qui nous intéressent, thaï et lao, Monseigneur Marie-Joseph Cuaz, vicaire apostolique au Laos, nous a donné :

un dictionnaire français-Siamois en 1903

un Lexique français-laocien en 1904, Sous ce titre modeste, le prélat  inclu en introductin une volumineuse grammaire de la langue lao et semble avoir été le premier à utiliser des fontes de l'alphabet lao ?

un Manuel de conversation franco-laocienne en 1906, précédés d'un  Essai de dictionnaire français-siamois en 1903.

Nous lui devons Étude sur la langue laocienne en 1904, dans laquelle il nous donne des précisions sur la langue des Saek et celle des So, des ethnies que nous avons rencontrées (6).

 

 

La père Théodore Guinard a publié en 1912 un dictionnaire laotien – français.

 

 

Nous avons par ailleurs rencontré cet aventurier singulier, Marie Ier, qui prétendit se constituer un royaume dans ces territoires alors sans maître situés entre le Siam, ce qui est aujourd’hui le sud du Laos et la chaîne annamitique, peuplés d'ethnies bahnars, sedangs et stengs qui furent évangélisées par des pionniers des Missions étrangères (7).

 

 

Ces populations misérables avaient aussi leurs missionnaires qui prêchaient dans leur jargon qu'ils avaient appris. Ils disaient la messe dans leurs langages et malgré les difficultés de leur apostolat, trouvèrent-ils le temps de le mettre par écrit.

 

Ainsi le père Pierre Dourisboure, missionnaire chez ces vrais sauvages rédigea-t-il en 1889 un Dictionnaire bahnar -français qu'il avait fait précéder en 1870 d'un Vocabularium apud barbaros Bahnar dont le manuscrit se trouve dans les archives des Missions étrangères.

 

 

Ainsi le père Henri Azémar avait-il publié en 1887 un Dictionnaire Stieng. Recueil de 2.500 mots, fait à Bro-lâm en 1865.

 

 

Ce qui me stupéfait, c'est qu'en dépit de leur mission apostolique difficile et couronnée de peu de succès, en dehors de leurs observations linguistiques, ils trouvent le temps d'écrire. Leur érudition et leur curiosité ne se limitait pas aux dictionnaires, grammaires, et comptes rendus linguistiques.

 

On trouve en effet des dizaines et des dizaines de leurs courriers dans les Annales de Missions étrangères ou dans les Annales de la propagation de le foi. Ce sont des revues répandues dans les milieux catholiques, certes mais dont le contenu déborde dans le monde érudit. Toutes les correspondances de monseigneur Pallegoix s'y retrouvent numéro après numéro par dizaines avant de se retrouver réunies au sein de son monumental ouvrage publié en 1854 en deux volumes Histoire du royaume Thai ou Siam, remarquable synthèse de ce que l'on savait à cette époque de ce pays, de son histoire, de ses coutumes et de sa religion. Il publie dans le Journal asiatique, dans le Bulletin de la société géographique de Paris, dans T'oung Pao, dans Excursions et reconnaissances, dans Le tour du monde. Il en est de même pour Monseigneur Cuaz et Monseigneur Vey. Dans les Annales pour la propagation de la foi, par exemple, la revue est mensuelle, entre 1835 et 1929, 150 correspondances proviennent des Missions du Siam. Si tous les auteurs n'en sont pas des rédacteurs de dictionnaire, de grammaire ou de lexique, ils font part de leurs impressions siamoises ou lao. Chacun d'entre eux envoie des nouvelles dans son diocèse d'origine, elles se retrouvent souvent dans les bulletins paroissiaux de leurs paroisses d'origine dont l'inventaire reste probablement à faire.

 

 

Dans son Histoire de la mission de Siam 1662-1811, documents historiques, publiée en deux épais volumes en 1920, Adrien Launay, alors archiviste de la société de Missions étrangères en publie un grand nombre.

 

 

La fin du XIXe et le début du XXe siècle verra l’apparition des explorateurs, ethnographes, administrateurs et militaires qui tous peu ou prou écrivirent ou se crurent autorisés à écrire sur cette question linguistique. La Mission archéologique d’Indo-Chine créée en 1898 à Saigon, devint en l'École française d’Extrême-Orient qui continua les études linguistiques qui ne seront plus l'apanage des missionnaires mais ce n'est plus mon propos !

 

 

La vocation linguistique des prêtres des Missions Étrangère n'est toutefois pas perdue. Stéphane Duina m'a fait découvrir et je l'en remercie, un prêtres de la mission, Victor Hippolyte Larqué, qui a rédigé ce qu'il appelle en toute modestie des Notes de grammaire thaïe, en réalité une véritable grammaire de près de 500 pages datée de 1974. Il avait dans les années précédentes donné des traductions en thaï des Actes de apôtres, des quatre Évangiles et d'autres ouvrages pieux. Il utilise la transcription de Monseigneur Pallegoix à peine modifiée. Elle présente évidemment par rapport à la grammaire du prélat l'avantage d'être écrite en français et non en latin. En dehors de son prédécesseur, il nous dit s'être inspiré de l'ouvrage de Phraya Upakit sinlapasan (พระยาอุปกิตศิลป) Les principes de la langue thaïe (lakphasathai – หลักภาษาไทย) dont la première édition serait de 1949. Les éditions successives sont nombreuses. L'auteur qui finit sa carrière comme chargé de cours spécial au Département de langue thaï et langues orientales de la Faculté des lettres de l'Université Chulalongkorn semble avoir été le grand spécialiste de la langue et de la grammaire thaïe du siècle dernier. L'ouvrage de 700 pages est numérisé sur le site de la Librairie nationale (8).

 

 

L'ouvrage du père Larqué, mort en 1990, connaît une diffusion restreinte, essentiellement – semble-t-il – à l'usage des membres de la MEP nouveaux venus en Thaïlande, prêtres et de nombreux volontaires laïcs. Sitôt arrivés en Thaïlande, il leur faut rester à Bangkok le temps d'y apprendre la langue (9).

 

 

L'objet premier des Missions étrangères était certes de porter la parole du Christ mais aussi de former un clergé et des catéchumènes locaux. Faute de pouvoir le faire en latin, ce ne fut qu’après de longs efforts que la connaissance de la langue permit aux missionnaires de s’adresser aux populations locales. Dans l'historie de l'Église catholique aucun mot n'a eu plus d'importane comme force motrice que cet ordre de marche selon Saint Mathieu “Allez et faites de toutes les nations des disciples”

 

 

SOURCES

 

En dehors du chapitre du professeur Paquement susvisé qui contient une volumineuse bibliographie, le site des archives des Missions Étrangère

https://www.irfa.paris/fr/Nos%20ressources/Archives)

est une ressource inépuisable puisqu'elles contient une longue notice sur les membres de la Mission depuis sa création.

 

Nous avons publié sur notre blog un article en thaï de  Mademoiselle Sutida Tonlerd (สุธิดา ตันเลิศ). Maître de conférences en sciences humaines à la Faculté des arts libéraux au sein de l’Université d’Ubonratchathani, un article sur les missionnaires français à Ubonrachathani : A 275 - มิชชันนารีชาวฝรั่งเศสในเมืองอุบลราชธานี ช่วงปี พ..2409-2453 (« Les missionnaires français dans le mueang d’Ubonrachathani de 1867 à 1910 »)

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2018/09/a-275.2409-2453-les-missionnaires-francais-dans-le-mueang-d-ubonrachathani-de-1867-a-1910.html

 

NOTES

 

(1) Voir nos deux articles

A.58 Les premières grammaires de la langue thaïe.(1ère Partie)

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/article-a-58-les-premieres-grammaires-de-la-langue-thaie-1ere-partie-100840817.html

A.58 Les premières grammaires de la langue thaïe. (2ème Partie)

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/article-a-58-les-premieres-grammaires-de-la-langue-thaie-2eme-partie-100841578.html

 

(2) Voir notre article 03/insolite-21-les-thai-yo-une-ethnie-de-coupeurs-de-tetes.html"INSOLITE 21- LES THAI YO, UNE ETHNIE DE COUPEURS DE TÊTES (?)

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/article-a-58-les-premieres-grammaires-de-la-langue-thaie-2eme-partie-100841578.html

 

Jean Paquement, diplôme de l’École Normale supérieure, agrégé de grammaire est l'auteur de nombreux et très érudits ouvrage ou articles de linguistique  parmi lesquels Plurilinguismes de Thaïlande - Multilinguisme, plurilinguisme et linguistique chez les Phu Thaï du centre du Laos et du nord-est de la Thaïlande : le cas des étudiants phu thaï de l’Université de Savannakhet - Thai Language as the Linguistic Medium in Learning Languages and Code-Switching among Thailand Educated Minority Language Speakers : The Example of Phu Thai Students at the University Level

 

(3) Voir notre article 508-ans-d-amitie-entre-la-thailande-et-le-portugal.html"H 33 - 508 ANS D’AMITIÉ ENTRE LA THAÏLANDE ET LE PORTUGAL - HYPERLINK "https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2019/06/h-33-508-ans-d-amitie-entre-la-thailande-et-le-portugal.html"มิตรภาพ ๕๐๘ ปี ระหว่างประเทศไทยกับโปรตุเกส

hHYPERLINK "https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2019/06/h-33-508-ans-d-amitie-entre-la-thailande-et-le-portugal.html"ttps://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2019/06/h-33-508-ans-d-amitie-entre-la-thailande-et-le-portugal.html

 

(4) Alexandre de Rhodes est le fils d'un Bernardin « de » Rhodes, établi à Avignon à la fin du XVe siècle et d'une Jeanne « de » Tolède . Ce ne sont pas des noms patronymiques mais des indications d'origine. Ils étaient probablement des « marranes », c'est-à-dire juifs convertis que les Rois Catholiques avaient chassé d’Espagne en 1493. Même les conversos qui avaient adopté des prénoms et des noms chrétiens étaient la cible de l'inquisition. Au début du XVIe, les juifs seront chassés de Provence et nombre d’entre eux, particulièrement ceux d'Arles et de Tarascon purent se réfugier au Comtat. dans les États du Pape, ils savaient y trouver la protection dont bénéficiaient depuis des générations les « Juifs du Pape ».

 

L'origine en est probablement Rhodia, que les éruits espagnols situent aujourd'hui en Catalogne qux environs de Rosas ou Rosès, une colonie grecque de Rhode, fondée par les Marseillais durant le second quart du IVe siècle avant Jésus-Christ. Il y avait une communauté juive importante dans la province de Gérone où se situe Rosas. La ville abrite le Museo de Historia de los Judíos de Gerona.

 

 

Sur ce jésuite, voir la longue notice de l'incontournable Barjavel Bio-bibliographie vauclusienne – Dictionnaire historique, biographique et bibliographie du département de Vaucluse, de 1841. Les Mémoires de l'Académie de Vaucluse ont publié plusieurs articles sur ce Jésuite avignonnais

 

(5) Voir notre article A 365 - LA SINGULIÈRE UTILISATION DE LA GRAMMAIRE LATINE PAR LA GRAMMAIRE THAÏE.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2020/04/a-365-la-singuliere-utilisation-de-la-grammaire-latine-par-la-grammaire-thaie.html

 

(6) Voir nos articles

INSOLITE 12- LA LANGUE DES SAEK DE NAKHON PHANOM, UN VESTIGE DE LA PROTOHISTOIRE ?

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2017/01/insolite-12-la-langue-des-saek-de-nakhon-phanom-un-vestige-de-la-protohistoire.html

INSOLITE 13 - L’ETHNIE SO DE L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE)

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2017/01/insolite-13-l-ethnie-so-de-l-isan-nord-est-de-la-thailande.html

 

(7) Voir nos articles

A 247 - LA COURONNE DU ROI DES SÉDANGS CHERCHE UNE TÊTE SUR LAQUELLE SE POSER.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2017/12/a-247-la-couronne-du-roi-des-sedangs-cherche-une-tete-sur-laquelle-se-poser.html

 

UN FRANÇAIS, « MARIE Ier », ROI « IN PARTIBUS » DES MOÏS ET DES SÉDANGS, « GLORIA IN EXCELSIS MARIA » !

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2016/10/un-francais-marie-ier-roi-in-partibus-des-mois-et-des-sedangs-gloria-in-excelsis-maria.html

 

A 321 - ANDRÉ MALRAUX FASCINÉ PAR DAVID DE MAYRENA, « MARIE 1er » ROI DES SÉDANGS ?

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2019/07/a-321-andre-malraux-fascine-par-david-de-mayrena-marie-1er-roi-des-sedangs.html

 

(8) http://164.115.27.97/digital/items/show/10701

 

(9) Aujourd'hui, les 10 sièges épiscopaux du pays sont tous pourvus par des Thaïs. Une vingtaine de prêtres des MEP de Thaïlande sont présents dans quatre diocèses et travaillent sous leur autorité. Certains poursuivent leur service pastoral en paroisse : trois dans le diocèse de Bangkok, deux dans celui de Nakhon Ratchasima, huit dans celui de Nakon Sawan et neuf dans celui d'Ubon Ratchathani. Trois d'entre eux travaillent respectivement auprès des Karens birmans illégaux et des Karens thaïs dans le vaste diocèse de Nakhon Sawan après avoir été formés à Bangkok aux langues thaïe et karène. Je n'ai pas de chiffres récents, ceux-ci sont donnés dans un article de La Croix du 11 janvier 2008 (https://www.la-croix.com/Religion/Actualite/Les-Missions-etrangeres-de-Paris-une-aventure-de-la-foi-_NG_-2008-01-11-667376).

 

Il ne semble pas que les prêtres des missions étrangères se soient consacré à la langue des Karens. Ce fut l’œuvre des missionnaires baptistes américains de Birmanie, sauf erreur, le premier dictionnaire daté de 1883, The Anglo-Karen dictionary est signé de J. Wade et fut publié à Rangoon.

 

 

 


 
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11 juillet 2021 7 11 /07 /juillet /2021 03:31

 

La tradition du bouddhisme Théravada qui est celui de la Thaïlande situe la naissance de Bouddha en 623 et sa mort en 543 av. J.-C. C’est à partir de l’année de sa mort que l’on compte les années. Nous sommes donc en 2564 (2021 + 543). Qu’en est-il exactement ?

 

 

Il est plus aisé de parler du bouddhisme que de Bouddha. D'un côté, nous avons  surabondance de textes et de commentaires échelonnés sur vingt-cinq siècles. En ce qui concerne la vie terrestre, les récits sont également surabondants et sont le plus souvent la narration de prodiges issus de l’imagination des narrateurs. Tous rivalisent de surenchères dans  l'hyperbole et en général l'invraisemblance.

 

 

L’historicité de Bouddha ne peut actuellement plus être mise en doute. Bouddha n’est pas un nom mais désigne celui qui  a atteint le stade le plus élevé de l’évolution spirituelle.

 

 

Il portait en réalité un nom de tribu et un nom de famille en dehors d’une multitude d’autres appellations générées par son éveil. Il appartenait à la vaste tribu des Sakya, dont la capitale était Kapilavatthu, située à la frontière de l’Inde et du Népal actuels. Il lui fut donc souvent attribué le nom de Sakya-muni, « le sage Sakya ». Son nom de famille était celui de son clan Gautama.

 

 

Disparu de l'Inde après le XI siècle, le bouddhisme n'intéressa plus les érudits indiens qui se consacrèrent à l’étude des Védas.

 

 

Ce sont les chercheurs européens qui rencontraient le bouddhisme à peu près partout sauf aux Indes, sous des formes variées selon les peuples et les latitudes qui s’intéressèrent au personnage.

 

 

Ce fut une des grandes occupations de l'Indologie à partir du XIXe et encore de nos jours après la découverte des langues sacrées, sanskrit et pali  au siècle dernier dans le monde érudit.

 

 

De cette volumineuse littérature, ils retirèrent plus qu’une biographie, une légende de Bouddha, les récits de ses vies antérieures, son enseignement oral et une multitude de commentaires. Monseigneur Pallegoix en donne un raccourci percutant : «  Dans les livres sacrés des bouddhistes,  on compte environ cinq cent cinquante générations ou histoires de Bouddha, qu'on dit avoir été racontées par lui-même; ce sont autant de contes ridicules qui représentent Bouddha tantôt comme naga ou serpent, tantôt comme roi des éléphants blancs, moineau, cigogne, singe, bœuf, tortue, cygne, lion, etc. Il a passé par les corps de toutes sortes d'animaux et surtout d'animaux blancs; mais toujours il a été à la tête de ceux de son espèce. Il a aussi été homme dans plusieurs de ses générations il a été ange dans les différents degrés des cieux. Il a même passé plusieurs milliers d'années dans les enfers; enfin il est né roi, et c'est dans cette condition qu'il est parvenu à la sainteté parfaite. »(1).

 

 

Les critiques occidentaux cherchèrent bien à aller plus loin, mais la question de la datation de la vie de Bouddha continua à se poser.

 

 

Sans entrer dans le détail, les traditions chinoises sont contradictoires entre elles,  tantôt de 1029 à 949 av. J.-C., tantôt de 958-878 av. J.-C., ou encore de  686  à 476 av. J.-C. Les Japonais ont d’autres sources, de 463 à 383 av. J.-C. Pour les Tibétains, les dates sont de 961 à 881 av. J.-C.

 

La lecture de quelques ouvrages provenant d’érudits indianistes ne m’a guère éclairé :

 

L’Encyclopédie du bouddhisme publiée en 1990 le fait mourir en 480 av. J.-C.  (2).

Entre 1029 et 950  av. J.-C. nous dit La Châtre (3).

Monseigneur Bigandet le fait mourir  en 437 av. J.-C. (4)

Sophie Egoroff nous dit qu’il vécut vers 390-320 av. J.-C. (5)

Le grand Emile Burnouf situe sa mort en 547 av. J.-C., opinion à laquelle se rallie Pierre Larousse dans son dictionnaire encyclopédique du XIXe siècle (6). 


Monseigneur Pallegoix pour sa part, qui s’est livré à une analyse méticuleuse du bouddhisme et de son histoire écrit : « D'après les calculs des bouddhistes, admis par la plupart des savants, Phra Codom serait né dans une ville de l'Inde appelée Kabilaphat, environ l'an 543 avant Jésus-Christ », mais il est probable qu'il ait confondu l'année de sa naissance et l'année de sa mort. (1)

 

 

L'époque de la mort de Bouddha est donc un point sur lequel ne s'accordent pas les diverses nations professant le Bouddhisme bien que notre tradition Théravada la situe à  peu après au milieu du sixième siècle avant notre ère. Si les Tibétains, les Mongols et les Chinois, placent cet événement plusieurs centaines d'années avant la date susmentionnée et malgré cette divergence, il semble difficile de ne pas adopter la chronologie des Bouddhistes du Sud que nous sommes. Les savants qui ont apporté un degré considérable d'attention à ce sujet, donnent une préférence à  cette opinion, en se rapportant  aux tables chronologiques de rois fournies par les Hindous et aux auteurs grecs qui fournissent indirectement une époque fixée et bien établie avec un degré suffisant de certitude. Après la mort d'Alexandre le Grand, Sélecus, un de ses lieutenants, obtint pour sa part toutes les provinces situées à l'est de l'Euphrate, dans lesquelles étaient inclus les territoires indiens conquis.

 

 

D'abord en personne puis par un ambassadeur, il entra en relations avec un puissant roi Indien, nommé Chandragoupta, qui avait le siège de son empire à Palibolra ou Patalipoutra.

 

 

Ce commerce eut lieu environ 310 ans avant Jésus-Christ. Les tables chronologiques Hindoues mentionnent le nom de ce prince aussi bien que celui de son petit-fils, nommé Athoka, qui, d'après le témoignage des auteurs hindous monta sur le trône de Palibotra 218 ans après la mort de Gautama. Les traditions et les anciennes inscriptions en sanskrit ou en pali ne laissent à peu près aucun doute sur le fait que Gautama mourut sous le règne d'Adzatathat, que les chronologistes Hindous placent le règne de ce monarque environ 250 ou 260 ans avant celui de Chandragoupta, contemporain de Séleucus.

 

 

Les étrangers et les indigènes situent donc la mort du maître durant la première partie du sixième siècle avant l'ère Chrétienne, ou au commencement de la quatrième partie du cinquième siècle, Une très érudite analyse de l'universitaire Srilankais Oliver Abeynayake,, titulaire de la chaire de Bouddhisme et de Pali à l'Université de Sri Lanka au vu d'études méticuleuses des inscriptions épigraphiques et des manuscrits Pali et Sanskrit recueillis par les Anglais lors de la colonisation de l'Inde et du Népal le conduit à retenir pour date de la mort de Bouddha celle de 544 avant notre ère. 543 ou 544 avant Jésus-Christ, l'erreur est dérisoire pour une religion qui a plus de 2500 ans (7).

 

Mais il se greffe une autre difficulté chronologique, c’est que nous situons toutes ces dates « avant Jésus-Christ » alors que nous ignorons toujours la date exacte de la naissance du sauveur de l'humanité ! Il a été depuis longtemps convenu que le premier millénaire avait débuté l'an 1 lui-même commençant l'année suivante la naissance du Christ au solstice d'hiver c'est à dire au 25 décembre. Or, il est acquis que le Christ n'est pas né quelques jours avant le début de l'an I. Tout autant que pour la date de la mort de Bouddha, les spécialistes se déchirent !

 

 

L'historicité du Christ n'est actuellement plus sérieusement mise en doute. Les historiens romains, Tacite ou Suétone, ont parlé de cet agitateur juif mis à mort sous le proconsulat de Ponce-Pilate et sous le règne de l'empereur Tibère. Les Romains ayant des historiens et une chronologie bien établie, commençant le 21 avril de la fondation de Rome en 753 avant notre ère. Or, il est une quasi-certitude historique, c'est que la naissance du Christ a eu lieu sous le règne du roi Hérode dont les historiens romains situent la mort en 749 de leur chronologie c'est à dire 4 ans avant la naissance du Christ.

 

 

Les autres évènements permettant de dater cette naissance donnent lieu à des interprétations contradictoires. Les parents du Christ s'étaient déplacés à l'occasion d'un recensement mais il y en eut plusieurs.

 

 

Les  mages sont venus probablement de Chaldée à l'occasion d'un phénomène astronomique mais il y en eut également plusieurs dans les années précédant la naissance du Christ (conjonctions de planètes ou comète).

 

 

Mieux vaut donc parler  « d'avant notre ère » laquelle a commencé en l'an UN puisqu'il n'y a pas d'année zéro pour les historiens à l'inverse des scientifiques (8).

 

Restons-en là et ne récrivons pas la longue chronologie de l'histoire du monde en faisant démarrer notre ère non à la date présumée de la naissance du Christ mais à sa date réelle qui se situerait entre -7 et -4 !

 

 

NOTES

 

(1) Monseigneur Jean-Baptiste Pallegoix «  Du royaume thaï ou Siam », à Paris, 1854,

(2) « Dictionnaire du bouddhisme », Encyclopédia Universalis, chez Albin Michel, 1990.

(3)« Le Grand dictionnaire Universel de La Châtre (1869).

(4)« Vie et légende de Gautama, le Bouddha des Birmans » (1878),

(5)« Bouddha-Cakya-Mouni, personnage historique qui a vécu vers 390-320 avant Jésus-Christ, premier sublime socialiste, sa vie et ses prédications, son influence bienfaisante sur la civilisation du monde entier » 1906.

(6) « Introduction à l’histoire du bouddhisme indien » (1876)

 

(7) Cette étude qui est destinée à déterminer la date exacte à laquelle Bouddha a atteint l'illumination a été publiée en 2011 et repose sur une impressionnante recherche épigraphique et bibliographique « The Emergence of Buddhism and the 2,600th Anniversary of the Buddha's enlightenment ». Il est numérisé:

https://www.academia.edu/8361561/The_Emergence_of_Buddhism_and_the_2_600_Oliver_Abenayaka

 

(8) On est donc dans l'histoire passé de l'an – 1 à l'an + 1. Le premier siècle d’un calendrier chrétien est l’intervalle de temps d’une durée de cent ans commençant en l’instant zéro qui n'est pas l'année zéro. Il s’étend donc de l’an 1 à l’an 100 inclus. Les siècles suivants s’étendent ainsi de l’an 101 à l’an 200 inclus, de l’an 201 à l’an 300 inclus, de l’an 301 à l’an 400 inclus, de l’an 401 à l’an 500 inclus... du 1er janvier de l’an 1801 au 31 décembre de l’an 1900 inclus, du 1er janvier de l’an 1901 au 31 décembre de l’an 2000 inclus. Nous sommes donc entrés dans le troisième millénaire le 1er janvier 2001, et non le 1er janvier 2000 contrairement à tout ce qui a été claironné à l'époque. Quand Arthur C. Clarke écrit « 2001, l'Odyssée de l'espace », il choisit pour la date de son intrigue... la première année du troisième millénaire.

 

 

 

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10 juin 2021 4 10 /06 /juin /2021 05:10

 

Nous avons parlé de ces chants des rameurs sur les barges royales écrits par le prince Itsarasunthon, futur Rama II, à la fin du XVIIIe siècle, trois hymnes à l’amour qu’il porte à la future reine et à la cuisine qu’elle lui confectionne, le premier concerne les plats salés, le suivant les fruits apprêtés et le dernier les pâtisseries qui sont souvent d’ailleurs des bonbons (1). Il s’agit incontestablement des premiers écrits connus concernant la cuisine siamoise alors que dans notre monde occidental, le premier traité de cuisine connu est celui d’Apicius qui écrivit sous le règne d’Auguste 19 siècles avant (2).

 

Le Prince fait référence à quatorze types de plats salés, quatorze sortes de fruits apprêtés et seize sortes de pâtisseries ou bonbons. Bien que ce soit le thème de l’amour d’un homme pour une femme sous forme de chanson poétique destinée à diriger les rameurs dans le cortège des péniches royales, la description détaillée de la nourriture ne fournit pas seulement leur nom, mais aussi les ingrédients et les techniques de cuisson. Aujourd’hui encore le poème donne une description vivante des plats de la cuisine siamoise.

 

 

Il fallut encore plus d’un siècle pour que soit écrit un véritable traité et livre de recettes de la cuisine siamoise, celui d’une femme exceptionnelle  Plian Phatsakonwong : Elle est pour les Thaïs Thanphuyingplian  Phatsakonwong (ท่านผู้หญิงเปลี่ยน ภาสกรวงศ์) , Than étant un pronom personnel indiquant un profond respect, sans toutefois indiquer la  noblesse. Nous allons y retrouver de façon plus détaillée les recettes des plats qui faisaient les délices de nos deux amoureux.

 

 

C’est à cette cuisine qu’ont gouté les Français des premières ambassades, quelle fut donc leur impression ? La réaction de Forbin est amusante : arrivé à bon port, nous vîmes en abordant trois ou quatre petites maisons de cannes, couvertes de feuilles de palmier. M. Le Vacher me dit que c’était là où demeurait le gouverneur de la barre : nous descendîmes de notre canot, et nous trouvâmes dans l’une de ces maisons trois ou quatre hommes assis à terre sur leur cul, ruminant comme des bœufs, sans souliers, sans bas, sans chapeau, et n’ayant sur tout le corps qu’une simple toile dont ils couvraient leur nudité. Le reste de la maison était aussi pauvre qu’eux ; je n’y vis ni chaises, ni aucun meuble : je demandai en entrant où était le gouverneur ; un de la troupe répondit : C’est moi.   Cette première vue rabattit beaucoup des idées que je m’étais formées de Siam ; cependant j’avais grand appétit, je demandai à manger : ce bon gouverneur me présenta du riz, je lui demandai s’il n’avait pas autre chose à me donner, il me répondit « amay », qui veut dire non. C’est ainsi que nous fûmes régalés en abordant.

 

 

Il s’empresse de railler la flagornerie de Choisy et du Père Tachard qui s’évertuèrent à donner au public des idées aussi brillantes que peu conformes à la vérité. Que mangeait donc le chevalier ? « Quand le roi allait à la campagne ou à la chasse à l’éléphant, il fournissait à la nourriture de ceux qui le suivaient : on nous servait alors du riz et quelques ragoûts à la siamoise ; les naturels du pays les trouvaient bons ; mais un Français peu accoutumé à ces sortes d’apprêts ne pouvait guère s’en accommoder. A la vérité, M. Constance, qui suivait presque toujours, avait soin de faire porter de quoi mieux manger ; mais quand les affaires particulières le retenaient chez lui, j’avais grande peine à me contenter de la cuisine du roi ». Que  conclure ? Au temps de Forbin, le riz était déjà implanté en Camargue depuis Henri IV et Sully, certes, mais la qualité n’était pas encore en rendez-vous et tout comme la pomme de terre servait surtout à nourrir les animaux.

 

 

Mais s’il détestait Phaulkon (M. Constance) ; il appréciait la cuisine de son épouse qui, si elle était remarquable pâtissière était aussi forcément remarquable cuisinière ! (3)

 

 

Le Chevalier de la Loubère est plus nuancé. Il consacre un chapitre du premier tome de son  ouvrage « Du royaume de Siam », « De la table des Siamois ».

 

 

C’est longue description de la table des pauvres qui se limite à du riz et du poisson séché, elle n’est pas somptueuse et celle des riches qui disposent de toutes sortes de ressources, viandes, poissons, fruits, légumes, épices etc…

 

N’oublions toutefois pas que le riz et les poissons sont vantés sur une ligne de la stèle du roi Ramkhamhang à l’époque de Sukothai « Il  y a du poisson dans les rivières, il y a du riz dans les champs » popularisée d’ailleurs par une chanson du très nationaliste Luang Wichit Wathakan (หลวงวิจิตรวาทการ), ในน้ำมีปลา (nai nam mi pla nai na mi khao)  en 1950.

Cette cuisine a – au moins pour celle des riches – subit de nombreuses influences en dehors de ses origines, les Portugais, les Vietnamiens, les Cambodgiens, les Perses, les Japonais, les Malais et les Indiens. Il ne faut évidemment pas oublier les Chinois – il est probable que plus d’un tiers de la population a du sang chinois - dont le chevalier nous dit qu’ils se nourrissent de mets qui nous révulsent, chats, chiens, nids d’oiseaux, chevaux et mulets, répugnantes holothuries, rats, …

 

 

Il nous faut toutefois une réflexion pertinente, il est assurément plus philosophe que Forbin le corsaire :

 

 

« A propos de quoi je ne puis me tenir de faire une remarque fort nécessaire pour bien entendre les relations des pays éloignés.  C’est que les mots de bon, de beau , de magnifique , de grand, de mauvais , de laid, de simple, de petit, équivoques d’eux-mêmes, se doivent toujours entendre par rapport au goût de l'auteur de la relation , si d'ailleurs il n'explique bien en détail ce dont il écrit. Par exemple, si un facteur hollandais ou un moine de Portugal exagèrent la magnificence, et la bonne chère de l'Orient, si le moindre corps de logis du Palais du Roy de la Chine leur parait digne d'un roi européen il faut croire tout au plus que cela est vrai par rapport à la Cour de Portugal et par rapport à celle des Princes d'Orange. Ainsi (parce qu'il ne serait pas juste de mépriser tout ce qui ne ressemble pas à ce que nous voyons aujourd’hui à la Cour de France, et qu'on n'y avait jamais vu avant ce Règne plein de grandes et glorieuses prospérités) j'ai tâché de ne rien dire en termes vagues, mais de décrire exactement ce que j'ai vu, pour ne surprendre personne par mon goût particulier, et afin que chacun puisse juger de ce que je dis presque aussi juste, que s'il avait fait le voyage que j'ai fait »

 

 

Ainsi par exemple rappelle-t-il, en parlant des jérémiades sur la force ou la puanteur de certains mets siamois « … nous ne vidons pas de certains oiseaux pour les manger; et quelquefois les viandes un peu trop avariées nous paraissent de meilleur goût ». Bien évidemment, La Loubère savait que jamais un cuisinier digne de ce nom ne videra une grive ou un rouget de roche et une bécasse ou un lièvre sauvage ne se dégustant que fortement avancés. Si la goutte chez nos riches anciens qui consommaient force gibier sévissait à l’état endémique, la raison en est évidente.

 

 

Tout est relatif évidemment et Alexandre Dumas, fin gourmet, considérait la cuisine italienne comme la plus mauvaise du monde et se régalait comme les Chinois d’holothuries répugnantes.

 

 

Il nous donne une autre pertinente leçon :

 

« Un autre méconte des relations est de ne donner la plupart des choses que par un bout, s'il faut ainsi dire. Le lecteur s’imagine qu’en tout le reste la Nation, dont on lui parle, ressemble à la sienne, et que par cet endroit-là seulement elle ou extravagante ou admirable. Ainsi si l'on disait simplement que le Roy de Siam met sa chemise sur sa veste, cela nous paraîtrait ridicule mais quand tout est entendu, on trouve que, quoique que toutes les Nations agissent presque sur divers principes, tout revient à peu près au même et que nulle part il n’y a guère rien de merveilleux, ni d'extravagant »

 

 

Que mangerait donc le chevalier ? Sans autre critique de la cuisine royale, il nous apprend « Roy de Siam nous faisait  donner la volaille, et les autres animaux envie, c'était à nos gens à les égorger, et à les préparer pour nôtre table »

 

 

De ses explications  nous apprenons, ce que confirme la thèse de Panu Wongcha (2), qu’il y avait – et il y a d’ailleurs toujours – plusieurs sortes de cuisine, la cuisine populaire basée sur la nature et des ingrédients issus du sol, des repas préparés selon des méthodes de cuisson séculaires, transmises de génération en génération.

 

 

En dehors de cette cuisine plébéienne et familiale et en sus des variétés régionales qu’ignorait évidemment La Loubère, il y a une cuisine de professionnels que seuls les chefs passionnés par leur art ont le temps et les connaissances nécessaires pour pratiquer. Cette dichotomie se traduit dans le langage, il y a le riz des seigneurs, le khao chao (ข้าวเจ้า), et celui des serfs, la khao phrai (ข้าวไพร่) ! On ne parle toutefois pas de « fracture sociale » !

 

 

C’est dans ce contexte – résumé rapidement - qu’intervint en 1898 le premier livre de cuisine de  Plian Phatsakonwong après, il est vrai, qu’une partie de la cuisine siamoise a pu avoir tendance à s’occidentaliser à la fois par l’ouverture du pays au commerce à partir de 1855 (traité Bowring) et l’envoi de nombreux privilégiés faire leurs études en Europe. C’est à cette époque que date – paraît-il – l’introduction de la fourchette et que fut publié, en 1890 sous l’égide du roi Rama V un livre de recettes de la cuisine occidentale (Tamrathamkapkhaofarang  (ตำราทำกับข้าวฝรั่ง)

 

 

...le premier livre de cuisine écrit en thaï contenant une série de recettes anglaises et françaises réunies à la demande du roi par l’un de ses nombreuses épouses mineurs, Chao Chom Nom Jotikasthira (เจ้า จอม น้อม โชติกเสถียร).

]

 

QUI ÉTAIT-ELLE ?

 

Les sources sont peu nombreuses et plus la plupart en thaï (4) en dehors de la thèse de Panu Wongcha  (2).

 

 

Plian  Phatsakonwong  est née le mercredi  8 décembre 1847, aînée dans le cocon d’une dans une famille riche de Bangkok. Elle est l’arrière-petite-fille de Dit Bunnag (Somdetchaophrayaborommahaprayunwong - สมเด็จเจ้าพระยาบรมมหาประยูรวงศ์ -  ดิศ บุนนาค) de la puissante famille d’origine persane des Bunnag.

 

 

Il fut une figure politique majeure de la vie politique siamoise au milieu du XIXe siècle et élevé au plus haut rang de la noblesse par Rama II. Elle fut éduquée selon l'ancien modèle de Kulatida (กุลธิดา) que l’on peut traduire plus ou moins bien par fille vertueuse ou fille modèle dans les familles riches, une instruction de haut niveau et l’apprentissage nécessaire pour devenir une bonne épouse et une bomme maitresse de maison, un peu la Julie de Marcel Amont : « Faites de la dentelle, de l’aquarelle, de la tapisserie, de la pâtisserie mais n’allez surtout pas courir le guilledou avant de prendre époux ».

Dans ses multiples talents en sus de la cuisine, elle savait sculpter les fruits et légumes de façon artistique ainsi de créer des fleurs en cire d’abeilles,  dresser des bouquets de fleurs artificielles, de fleurs séchées ou fraiches. Elle excellait aussi dans la broderie.

 

 

Elle joua enfin un rôle majeur dans la fondation de la future Croix Rouge de Thaïlande qui fut l’œuvre de sa vie. Aussi n’eut-elle aucune peine à trouver un mari en 1868 dans la fratrie Bunnag, Phom Bunnag (เจ้าพระยาภาสกรวงศ์ - พร บุนนาค - Chaophraya Phatsakonwong) qui lui donna cinq enfants. Il avait étudié à Londres et devint secrétaire particulier du roi Mongkut à son retour au Siam. Nous le retrouverons ambassadeur à Londres et à Berlin puis titulaire de plusieurs postes de ministre sous le règne de Rama V (5).

 

 

SON ŒUVRE LITTÉRAIRE

 

Elle publie avec probablement l’aide de l’un de ses fils,  Chaochom Phitsa (เจ้าจอมพิศว์) en 1908 son magistral traité de cuisine – toujours depuis lors réédité – sous le titre de Maekhruahuapa (แม่ครัวหัวป่าก์) que l’on peut traduire par « la maitresse de maison modèle ».

 

 

Elle n’est plus toute jeune, c’est à l’occasion de son 40e anniversaire de mariage qu’elle pensa résumer sa carrière de remarquable maitresse de maison. Il ne fut initialement imprimé qu’à 400 exemplaires. Il connut ultérieurement plusieurs éditions avec des modifications dans la présentation, la modernisation du vocabulaire et l’utilisation systématique de mesures métriques.

 

 

N’étant plus sous droits, il est numérisé et facile d’accès sur le site de la Bibliothèque nationale (6). Elle aurait aux dires de Panu Wongcha suivi le modèle de l’ouvrage d'Isabella Beeton « the Book of Household Management » (le livre de la gestion d’un ménage). C’est un guide d'économie domestique destiné aux maîtresses de maison, dont la première édition est parue en 1861. Il se présente  comme un recueil de conseils pour la bonne tenue d'une maison et de son personnel. En dépit de son titre assez général, le guide est consacré en majorité à la cuisine. L’immense succès remporté par l'ouvrage lui a valu de multiples rééditions, souvent substantiellement augmentées, longtemps après la mort de son autoresse. Isabella Beeton devint rapidement une figure de la maîtresse de maison victorienne idéale, parfaite experte en cuisine et en gestion de sa maison. Son ouvrage contient des conseils sur la mode, le soin des enfants, l'élevage d'animaux, les poisons, la gestion des domestiques, la science, la religion et l'industrie Sur les 1.112 pages, plus de 900 sont consacrées à des recettes de cuisine. La plupart d'entre elles sont illustrées de gravures en couleurs. Elle a été accusée d’avoir largement plagiée mais lorsqu’on compile des recettes il faut bien décrire ce que l’on a appris des autres !

 

 

Plian Phasakorawong a également rassemblé les codes culinaires dont elle disposait, ceux de Rama II évidemment mais ses recettes contiennent aussi l’histoire anecdotique de certains plats avec aussi des considérations sur les cuisines régionales. On lui prête toutefois à tort ou à raison l’invention d’une pâtisserie, le luk chup (ลูกชุบ) qui serait d’origine portugaise mais dans laquelle elle remplace les amandes par des graines de haricot mungo (ถั่วเขียว) ?

 

 

Plian a utilisé le code culinaire de Rama II comme point de départ, mais elle a également félicité la princesse Bunrod pour avoir été la pionnière de la tradition culinaire de la cour de Bangkok. Ces louanges reflétaient également le rôle important des femmes chefs de cuisine dans la cour siamoise depuis l’époque d’Ayutthaya. Elle présente une variété de plats issus du répertoire culinaire siamois. Sur plusieurs centaines de pages, elle donne des instructions détaillées, des conseils et de suggestions pour les maîtresses de maison, tant dans l’art de gérer leurs cuisines que celui de diriger leurs maisons. Nous allons des conseils pour choisir le poisson sur le marché aux conseils pour utiliser les mets en conserve venus d’occident ou l’utilisation du système métrique pour doser les ingrédients même si elle utilise des mesures plus concrètes comme une tasse, une cuillère à soupe, une cuillère à café, une cuillère à sucre. Elle est aussi précise sur les temps de cuisson et la façon d'organiser la table quand par exemple on reçoit des moines. Artiste aussi, elle s’intéresse à la décoration des plats et de la table.

 

Dans cette recette de poisson au curry, nous trouvons des mesures au kilo pour le poisson et les pousses de bambou (ก.ก), à la cuillère (ช้อนโตะ), au verre  (แว่น), à la cuillère à thé (ช้อนชา) et à l'unité pour le citron

 

 

Ce mélange de compétences culinaires et de compétences domestiques est caractéristique de ce que doit être une femme convenable, suphap satri (สุภาพ สตริ) dont le correspondant masculin est le suphap burut (สุภาพ บุรุษ).

 

 

La dernière réimpression de 2002 le fut avec le soutien du gouvernement considérant que cet ouvrage appartient au patrimoine culturel du pays.

 

 

Ces recettes traditionnelles ont été reprises par des chefs de prestige qui opèrent essentiellement à Bangkok (peut-être aussi dans les lieux touristiques de province) et offrent des menus à des prix, hors boissons, dont nous nous contenterons de dire qu’ils sont de plusieurs milliers de baths. N’espérez pas y trouver les plats un peu « canaille » que l’on trouve dans des établissements plus modestes avec un zéro en moins sur l’addition et qui ne sont pas sans mérites.

 

 

L’ŒUVRE SOCIALE

 

Son dévouement pour son pays s’est manifesté en 1893 los de la bataille entre la France et son pays, qui fut sanglante du côté siamois autant pour les combattants que pour les civils. Elle a alors pensé créer une organisation de secours en compagnie de femmes de la haute société. Ce groupe de bénévoles réunit la somme considérable pour l’époque de près de 450.000 baths qui fut dépensée en médicaments pour les blessés et en aide pour les familles. Avec la bénédiction du roi, elles créèrent cette année-là une association caritative appelée « le conseil unalom rouge pour le Siam » (Saphaunalomdaenghaengchatsayam - สภาอุณาโลมแดงแห่งชาติสยาม), unalom est le petit cercle sur le front de Bouddha. Ce conseil devint ensuite la  croix rouge thaïe (Saphakachatthaiสภากาชาดไทย) et fut agréé internationalement en 1920. 

La philatélie l’a oubliée lors de la publication de timbres anniversaires !

 

 

Elle eut une triste fin puisqu’elle fut assassinée par un ivrogne le 11 décembre 1911 quelques jours après son 64e anniversaire.

NOTES

 

(1) Voir nos trois articles illustrés par ces chants :

A 424- LE CHANT DES RAMEURS SUR LES BARGES ROYALES PAR LE PRINCE ITSARASUNTHON, FUTUR RAMA II – AMOUR ET GASTRONOMIE (1)

A 425 -  บทเห่ยพระนิพนธ์เจ้าฟ้าธรรมธิเบศร -  LE CHANT DES RAMEURS SUR LES BARGES ROYALES PAR LE PRINCE ITSARASUNTHON, FUTUR RAMA II – AMOUR ET GASTRONOMIE (2)

A 426 -  บทเห่ยพระนิพนธ์เจ้าฟ้าธรรมธิเบศร -  LE CHANT DES RAMEURS SUR LES BARGES ROYALES PAR LE PRINCE ITSARASUNTHON, FUTUR RAMA II – AMOUR ET GASTRONOMIE (3)

 

(2) Voir à ce sujet la thèse de Panu Wongcha publiée à Singapour en 2010 : « What is Thai Cuisine? Thai Culinary Identity Construction From The Rise of the Bangkok Dynasty to Its Revival » numérisé sur le site consacré à la cuisine thaïe https://thaifoodmaster.com/what-is-thai-cuisine.

(3) Voir notre article A 265 - MARIA GUIMAR, ÉPOUSE DE CONSTANTIN PHAULKON ET« REINE DES DESSERTS THAÏLANDAIS  

https://www.alainbernardenthailande.com/2018/07/a-266-maria-guimar-epouse-de-constantin-phaulkon-et-reine-des-desserts-thailandais.html

(4) Voir

https://th.wikipedia.org/wiki/เปลี่ยน_ภาสกรวงศ์

https://www.silpathai.net/ท่านผู้หญิงเปลี่ยน/

https://www.silpa-mag.com/history/article_8961

https://www.chiangmaicitylife.com/clg/food-drink/thai-restaurants/royal-thai-cuisine/royal-cuisine-mae-krua-hua-bpak-cookbook-written-lady-prien-pasakorn-rawong/

« A study of cooking terms in Thai recipe books. A case of hair lady Plain Phassakorawong’s “Mae Krua Hua Pa” receipe book » (en thaï) sur

https://so03.tci-thaijo.org/index.php/jla_ubu/article/view/242445/164410

Qui est le site de l’Université d’Ubon (มหาวิทยาลัยอุบลราชธานี). L’article est de 2016 et porte la signature du professeur Phasopngot  Phiopochai (ภาสพงศ  ผิวพอใช้)

 

 

(5) Un site Internet est dédié à cette puissante famille :

http://www.bunnag.in.th/prarajpannuang009.html

 

 

(6) https://vajirayana.org/แม่ครัวหัวป่าก์

 

 

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13 mai 2021 4 13 /05 /mai /2021 04:38

 

En ce du mois d’avril 2021, la presse locale a claironné avec orgueil :

มัสมั่นไทย ยังคงครองแชมป์อาหารจานเด็ดที่สุดในโลก

Le matsaman thai reste le meilleur plat du monde.

 

 

Nous connaissons bien évidemment ce plat chanté par le prince Itsarasunthon  (พระเจ้า อิศรสุนทร), le futur Rama II, chant d’amour à la gloire de la cuisine de sa bien-aimée et future reine principale, la princesse Bunrot (เจ้าฟ้าบุญรอด) (1).

 

 

Il chante le plat pour les  piroguiers des barges royalees en ses termes, ainsi traduits par Emilie Testard (2)

Ton ragoût au curry de Massaman,  Mon trésor,

Aux effluves de cumin M’enflamme

L’homme qui l’a goûté Aspire,

A s’en frapper le cœur,   Te retrouver.

Massaman, prunelle de mes yeux, Sentant le cumin au goût ardent,

Qui aura goûté à ton ragout  En rêvera nuit et jour.

Ce méli-mélo aux milles ingrédients, Dont les senteurs emplissent l’air,

Me transporte à l’heure de chair Où nous baignons en une seule odeur.

 

 

Comme nous l’avons dit dans notre précédent article, le poème ne nous donnant peu de détail sur la confection de ce plat, il s’agit le plus souvent d’une sauce au curry agrémentant du poulet ou parfois du porc. Il est omni présent dans les restaurants locaux et c’est effectivement un plat de bon aloi.

 

 

Comment donc est-il venu en tête de ce (pseudo) plébiscite dont au demeurant la presse française s’est emparée sans le moindre sens critique en l’assortissant parfois de commentaires qui ne font pas non plus preuve du moindre esprit critique et en s’étonnant sans non plus la moindre réflexion que les plats dits « traditionnels » de notre cuisine nationale soient classés de façon marginale.

 

 

UNE ENQUÈTE FANTAISISTE

 

Il a été effectué par la chaîne américaine d’information (et de propagande) en continu CNN une espèce de « Voice of America » dont le but essentiel est de répandre par le monde les vertus de l’American way of life en donnant souvent dans le sensationnalisme et le catastrophisme. Ne la regarde évidemment que celui qui veut mais c’est une chaine américaine. Il aurait fallu que les médias, qu’elles soient thaïe ou françaises, parlent de sondage à l’américaine.

 

 

Il a ou aurait été effectué via la page Facebook de la chaîne dans des conditions indéterminées et non précisées et serait la synthèse de 35.000 réponses.

 

La page Facebook de la chaine nous dit qu’elle aurait un peu moins de 40 millions d’abonnés ce qui signifie que la plupart ne se sont pas soucié de participer à cette enquête.

]

 

Il est évident que pour donner son opinion  sur ce qui serait le meilleur plat du monde,  il faudrait avoir une large vision de ce que pourrait être la cuisine sur notre planète depuis la Patagonie...

 

 

...jusque chez les Esquimaux.

 

 

Ce n’est de toute évidence pas le cas de ceux qui ont répondu,  probablement tous majoritairement américains.

 

Les réponses de l’année passée, nous ne donnons que les têtes de liste, ont été les suivantes, nous baignons dans l’exotisme :

Le rendang, Indonésie.

Le nasi-Goreng, Indonésie.

Les sushis, Japon.

Le tomyam kung (ต้มยำกุง), Thaïlande.

 

 

Le phat thaï  (ผัดไทย), Thaïlande.

 

 

Le som tam ou Salade de papaye verte, (ส้มต๋ำ) Thaïlande.

 

 

Le dim sum, Hong Kong.

Les ramens, Japon.

Si la Thaïlande ne vient pas en tête, elle emporte trois acessits. Ce sont des plats que nous connaissons, le tomyam est un véritable bouillon de piment, le somtam est en quelque sorte de la quintessence de piment rouge. Il faut pour les avaler bénéficier d’un estomac en acier inoxydable. Il faut bien dire que le piment utilisé à la façon locale ne parfume pas toujours les mets, il en fait disparaître tout simplement la saveur. Salade de papaye verte au piment, soit, piment à la salade de papaye verte, ça ne va plus. L’utilisation d’une telle quantité de piment rouge fait tout simplement qu’un  palais européen n’y saurait gouter même du bout de la langue

 

 

Le Phat thaï à base de nouilles de riz sautées échappe à la pimentisation forcenée, c'est un plat délicieux.

 

 

Le Maréchal Phibun voulut qu’il devienne par excellence le plat national de la Thaïlande. Ne parlons pas des autres plats exotiques des autres pays, que nous ne connaissons pas.

 

 

Le score de cette année nous conduit cette fois à notre matsaman devenu le champion du monde, premier prix et un accessit :

Curry massaman (Thaïlande)

 

 

Pizza napolitaine (Italie)

 

 

Chocolat (Mexique)

 

 

Sushis (Japon)

Canard laqué (Chine)

Hamburger (Allemagne)

 

 

Asam Laksa de Penang (Malaisie)

Soupe Tom Yam (Thaïlande)

 

 

Nous restons partiellement dans l’exotisme mais voyons apparaitre en seconde place d’honneur la pizza napolitaine et plus curieusement plus bas le hamburger, d’origine allemande et devenu emblème de la cuisine américaine ; mais l’exotisme reste la règle.  Mettre le hamburger dans la liste de tête des meilleurs plats du monde est tout du niveau significatif du niveau des sondés américains de base en matière de cuisine. Plats populaires, certes comme la pizza, plats de cuisine de rues ce qui ne veut nullement dire mauvais mais aux antipodes de la vraie cuisine comme notre massaman sur lequel nous allons revenir.

 

 

Compte tenu des  conditions douteuses dans lesquelles ce sondage a été effectué, il n’est pas interdit de se poser la question de l’intervention des groupes de pression, les Italiens pour leur pizza, les puissantes chaines de cuisine rapide qui ont fait du hamburger le plat national des Etats-Unis (Quick, Burger King,  McDonald's et bien d’autres) et peut-être même les « Chicanos » qui sont des millions aux États-Unis, faire du chocolat mexicain l’un des « meilleurs plats au monde » est peut-être faire injure à nos amis Belges et Suisses dont les chocolats ont légitimement acquis une réputation mondiale. Qu‘il soit le meilleur plat au monde ou pas, le matsaman doit incontestablement cette place à ses qualités.

 

 

Et la cuisine française qui n’est peut-être pas la meilleure du monde mais à tout le moins l’une des meilleure ? Elle n’est présente qu’en fin de course loin derrière le peloton de tête. Il y en a au moins deux raisons d’évidence : La première est que pour apprécier la cuisine française, il faut la connaitre. Or, si les Etats Unis ont été peuplés de migrants européens, africains (bien involontaires) et asiatiques, ils n’ont jamais connu d’immigration française. Il existe – parait-il – des restaurants français de très haut niveau à New-York, Washington et ailleurs, il est probable que leur tarifs les rendent inaccessibles aux habitants du Bronx ou de Chinatown ce qui n’est évidemment pas le cas d’une multitude de restaurants asiatiques, des chaines ou des restaurants italiens populaires.

 

 

Revenons donc à notre matsaman.

 

LE MATSAMAN,  POULET AU  CURRY OU POULET  Á L’INDIENNE

 

La presse française reportant ce sondage présente systématiquement le matsaman comme un « plat d’origine musulmane ». C’est probablement le tribut payé au politiquement correct car ce plat n’a rien à vois avec la religion du prophète.

 

Quelle est l’origine du mot ? Le Dictionnaire de l’Académie est malheureusement le plus souvent muet sur l’étymologie.

 

C’est du côté du curry, base essentielle de ce plat, qu’il faut chercher l’origine. Le curry est un mélange d’épices que la colonisation anglaise  fit découvrir à la gastronomie européenne. En 1822, le célèbre Carème ne l’oublie dans la confection de ses menus avec du « poulet au Karic ».

]En 1828, Risbeck, l’un des meilleurs restaurateurs de l’époque inscrit à sa carte au chapitre des poulets le  « Carrick à l’indienne ».

 

 

Il s’agit dans l’un et l’autre cas d’un poulet agrémenté d’une sauce au curry et servi avec du riz blanc. Nous  bénéficions d’une véritable petite encyclopédie du curry tant dans la confection de la pâte que de la manière de l’utiliser pour agrémenter les plats. Nous y trouvons la recette d’un « chicken curry » qui correspond peu ou prou à celle du matsaman (3).

 

 

 

Le curry n’est pas une épice, il est un mélange complexe, une poudre composée dans l'Inde avec différents ingrédients. Il y entre du piment, du curcuma, de la coriandre, du safran, de la noix de coco séchés, réduits en poudre et passés au tamis. Les cuisiniers indiens préparent eux-mêmes leur poudre et les compositions varient selon la fantaisie de chacun.

 

 

Des Indes il est très probablement passé dans la Perse frontalière, les échanges entre les deux empires étant aussi anciens que permanents. Nous connaissons les rapports des Perses avec le Siam probablement dès le XVe siècle, peut-être avant même que le pays ne bascule dans le mahométanisme. Les Perses ont été bien accueillis dans ce pays tolérant en matière religieuse et ont rapidement acquis des places de choix dans l’échelle sociale jusqu’à ce que le roi Naraï ait un premier ministre musulman. Comme les Italiens quittaient la Sicile ou Naples en emmenant avec eux les recettes de cuisine, de même les Persans avaient les leurs (4). Les Perses utilisent toujours de subtils mélanges d’épices pour agrémenter leur cuisine, notamment le poulet mais celui qu’ils appellent adwiya contient en général du curcuma, de la cannelle, de la cardamome, des clous de girofle, des pétales ou des boutons de rose séchés, du cumin et du gingembre.

 

 

La composition des curry est variable.

 

En Thaïlande, nous en connaissons au moins trois espèces, le curry jaune à base de cumin, de coriandre, de curcuma, de fenugrec, d’ail, de sel, de citronnelle, de piment, de  gingembre, de muscade et de cannelle.

 

 

Le curry rouge est composé de piments rouges, d’ail, d’échalote, de galanga, de pâte de crevettes, de sel, de citron vert, de coriandre, de graines de cumin et de poivre et de citronnelle.

 

 

Le curry vert  est composé de piment vert, d’d’échalote, d’ail, de galanga, de citronnelle, de citron vert, de coriandre, de graines de cumin, de poivre blanc et pâte de crevettes. Ce sont les ingrédients qui en déterminent la couleur.

 

 

Un site Internet thaï en inventorie quatre sortes dans la région du nord, trois dans la nôtre, le nord-est, vingt dans la région centrale et sept dans le sud (5).

Il en est toutefois deux dans le monde qui se disputent la faveur des gastronomes, celui de Madras

 

ou celui de Colombo, lequel est le meilleur du monde ?

 

 

Compte tenu de rapports constants entre l’île de Ceylan et l’ancien Siam, tant religieux que commerciaux, il reste deux hypothèses entre les quelles je ne trancherai pas. Le matsaman est un plat d’origine indienne qui a pu venir au Siam soit par l’intermédiaire des Persans soit tout simplement depuis Ceylan.

Il appartient au meilleur de ce que nous offre la cuisine locale en dehors de toutes ces espèces de sondages qui sont parfaitement vains.

 

 

NOTES

 

.(1) Voir notre article A 424 -  บทเห่ยพระนิพนธ์เจ้าฟ้าธรรมธิเบศร -  LE CHANT DES RAMEURS SUR LES BARGES ROYALES PAR LE PRINCE ITSARASUNTHON, FUTUR RAMA II – AMOUR ET GASTRONOMIE  qui sera publiè sur ce blog le 18 mai prochain

 

(2) http://www.inalco.fr/itineraires/8/trois-chants-bateliers-prince-issara-sunthorn-gastronomie-amour-palais

(3) « The curry’s cook assistant ou curries » par Daniel Santiagoe, Londres, 1888.

(4) Voir notre article  76 Avant les Européens, les Perses

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/article-76-avant-les-europeens-les-perses-117277686.html

(5) https://th.wikipedia.org/wiki/แกง

 

         

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10 mai 2021 1 10 /05 /mai /2021 13:43

 

La publication d’une courte histoire commence dans la livraison du 1er mai 1769 du « Journal encyclopédique » sous le titre « The life and adventures etc… Vie et aventures d’Ambroise Gwinett connu sous le nom du mendiant boiteux et qui en 1734 prit l’emploi de balayeur  du pavé de Spring Garden. Dicté par lui-même », à Londres, chez Gadell, 1769. La fin de ces aventures est publiée dans la livraison du 1er juin. L’ensemble ne fait pas plus que 15 pages. Il ne porte pas de signature.

 

 

La référence à une origine anglaise est pure fiction du journal. Il existe effectivement un ouvrage anglais publié sous le titre « THE LIFE AND UNPARALLELED VOYAGES AND ADVENTURES of AMBROSE GWINNET, écrite par lui-même ». La première édition dont nous trouvions  la trace est de 1830, il y en aurait eu une en 1770, il y en a eu des postérieures, et l’éditeur ne fut pas Gadell mais J.Brydon à Londres. Nous n’avons trouvé aucune trace cette édition de 1770 autrement que de façon allusive.

 

 

La revue « Journal encyclopédique » est connue notamment par ceux qui se qualifient souvent à tort et parfois à raison de « lumières ». Ces deux articles sont ainsi commentés dans un ouvrage essentiellement juridique (« Dissertation sur la composition des lois criminelles » par J.H. de Russel de la Berardière, publié à Leyde en 1775 « Tous les hommes sensibles ont dû lire avec un serrement de cœur l’effrayante histoire d’Ambroise Gwinett rapportée dans les journaux encyclopédiques de mai et juin 1769. Il fut condamné au dernier supplice pour avoir tué un homme qui se retrouvé vivant en Amérique longtemps après. Le malheureux Gwinett avait cependant été exécuté. Il est vrai qu’il eut le bonheur d’échapper à la mort après avoir été pendu. Mais est-ce une excuse ? … Une faute de cette espèce ne peut avoir été commise que par l’impéritie du juge ou la défectuosité de la loi … ».

 

 

Tout est dit, il s’agit en fait d’une diatribe – au demeurant justifiée - sur le système judiciaire de cette époque. La localisation en Angleterre est évidemment un masque pour ne pas parler de la France. Pour être encyclopédiste ou « lumière », on n’est pas assez téméraire pour attaquer le système de front. Il fallait le prestige de Voltaire et ses appuis à la Cour pour se le permettre. Il n’est point dans ces quelques pages question du Siam, mais nous allons très vite le retrouver.

 

 

 

En 1770, l’encyclopédiste et contributeur du « Journal encyclopédique » Jean-Louis-Castillon, avocat à Toulouse, publie à Bouillon, aujourd’hui en Belgique, alors siège d’un évêché souverain et pays d’origine de Godefroy du même nom, « Le mendiant boiteux ou les aventures d’Ambroise Gwinett – balayeur du pavé de Spring Garden d’après des notes écrites de sa main ».

 

 

L’année suivante, le même ouvrage paraît à Francfort et Leipzig sous le titre « Candide anglais ou avantures tragi comiques d’Amb. Gwinett avant et dans ses voyages aux deux Indes ». La préface est signée de « L. Castilton ». La publication en terre d’Empire laisse à penser qu’il s’agit tout simplement d’une contrefaçon ce qui était monnaie courante à cette époque où les droits d’auteur n’étaient pas protégés. Dans les deux éditions, Castillon nous explique que ces « ulcères » de la justice ne sont pas rares. « J’ai pris soin de rassembler plusieurs notes sur la vie d’Ambroise Gwinett écrites par lui-même et trouvées après sa mort dans l’une des poches de son unique, très ancien et déchiré vêtementAvant que de songer à travailler d’après ces notes, j’ai voulu m’assurer des faits et j’ai appris que tout ce qu’elles renfermaient étaient de la plus exacte vérité. J’ai inséré quelques-uns de ces faits dans le Journal encyclopédique supprimant presque en entier la relation des voyages de Gwinett mais cette relation me semblant tout aussi intéressante que le petit nombre de faits qu’on a lu dans cet ouvrage périodique, j’ai cru que le public les verrait avec plaisir ».

 

Le seul justificatif que donne Castillon sur ces sources est une lettre anonyme datée de Londres du 17 novembre 1769. Le manuscrit de Gwinett est de toute évidence un  manuscrit fantôme. Le roman s’étale sur près de 400 pages.

 

 

Ce sont ces voyages qui vont nous faire découvrir le Siam. Leur origine est singulière : ils sont dus à une violente colique de notre héros.

 

 

Ambroise Gwinett est né dans un milieu aisé en Angleterre le 25 septembre 1679 à Canterbury. Après de bonnes études, il entre en apprentissage chez un avocat de la ville. Il a une sœur richement mariée dans le Comté de Kent Il entretient avec son couple d’excellentes relations et lui rendait de fréquentes visites. En octobre 1699, il se rend à pied pour les visiter, mais trop fatigué, il s’arrête pour coucher dans la ville portuaire de Deal proche de leur demeure. Mais le port était encombré des navires de la Reine Anne en raison de la guerre avec les Français et les Espagnols et toutes les auberges étaient occupées.

 

 

Dans l’une d’elle, il demande l’autorisation de prendre du repos au coin du feu de la cuisine. Les aubergistes connaissent de réputation sa sœur et son beau-frère, et avec l’autorisation d’un client et habitué, Richard Collins, ils lui installent un lit dans sa chambre. Dans le courant de la nuit il est pris d’épouvantables coliques, ses gémissements réveillent son voisin auquel il demande où sont situées les commodités. Elles sont comme il se doit au fond du jardin, mais pour soulever le loquet, la ficelle étant cassée, il faut glisser une lame entre deux planches  pour le soulever. Il lui confie un canif à cette fin.

 

 

Il se précipite et pour ouvrir la porte, il déplie le couteau, une pièce était glissée dans la rainure. Il n’y prête aucune attention et glisse le tout dans sa poche. Il reste une grande demi-heure sur le siège. Il remonte dans la chambre et s’aperçoit, sans plus s’en soucier, que son compagnon n’est plus là, peut-être est-il reparti ? A son réveil, il s’habille pour se rendre chez sa sœur. En fin de matinée, trois cavaliers galopent en direction de leur demeure. Ils sont venus l’arrêter. Il apprend qu’il est  accusé d’avoir commis un meurtre la nuit. Au matin, l’aubergiste avait constaté la disparition de Richard Collins, de larges traces de sang sur son lit et la disparition d’un gros sac de guinées qu’il lui avait vu compter. Une fouille rapide permet de découvrir dans les poches de Gwinett le canif et la pièce, que l’aubergiste reconnait comme ayant appartenu à la victime. Ambroise est condamné à être pendu pour avoir tué Collins, caché l’argent et fait disparaître son cadavre probablement emporté par les marées.

 

 

Ses dénégations sont évidemment vaines. Les occupants des chambres voisines avaient entendu des gémissements que l’on attribue à Richard Collins en train d’être égorgé et non aux douleurs de coliques d’Ambroise. Au terme de cette procédure expéditive, le jury le condamne à la pendaison 15 jours plus tard. Nous vous épargnons les détails de son exécution et de sa résurrection, sans doute le bourreau était-il malhabile ? Il avait été mal vendu et survivait à son supplice ! Le gibet était placé en un endroit reculé, il surmontait une prairie sur laquelle le fermier de sa sœur faisait paître ses troupeaux. On le découvre, on le dépend et on le met à l’abri dans la maison de sa sœur. Interrogé par le Shérif sur la disparition du cadavre, le beau-frère admet l’avoir dépendu pour lui donner une sépulture décente (1).

 

 

Une solution s’impose toutefois pour lui éviter d’être pendu une seconde fois avec succès car la nouvelle de sa résurrection s’est répandue dans le village, il faut qu’il disparaisse. Par bonheur son beau-frère connaissait le capitaine d’un vaisseau corsaire qui était encore à quai. Il est embarqué sous un pseudonyme pour un long voyage puisqu’il ne retrouvera l’Angleterre qu’en 1730 ! Au bout de six mois d’une navigation émaillée de péripéties diverses, le navire atteint le Japon.

 

 

Le Japon

 

Les étrangers n’y sont alors que tolérés. Gwinett tient des propos qu’il n’aurait pas dû tenir au sujet de l’Empereur. Condamné à périr dans l’huile bouillante, dans sa grande bonté l’Empereur convertit cette peine en deux cent coups de bâton et à l’exil. Il subit la peine, il en est boiteux. Embarqué sur un navire hollandais, il se retrouve à Ava, la capitale du Pegu, présentement en Birmanie.

 

 

Le Pegu

 

 

Pour de tout aussi futiles raisons, il y est condamné à une nouvelle bastonnade et à avoir l’oreille droite tranchée. Embarqué sur un navire portugais, il se retrouve dans la capitale du Siam qu’il appelle Siyothehin.

 

 

Le Siam

 

Il faut situer cette aventure aux environs de 1710 probablement sous le règne de Phra Chao Sua dont nous n’avons pas un portrait flatteur (2). Il fait la connaissance d’un négociant hollandais avec lequel il sympathise et négocie des diamants qu’il avait ramenés du Japon  pour financer son retour en terre civilisée. Celui-ci lui fait découvrir la ville dont il nous fait une très longue description qui au demeurant ne nous apprend rien que nous ne connaissions déjà ; que les généralités sur les mœurs de Siamois et les coutumes du pays. Jean-Louis Castillon n’a pas de peine à puiser ses sources dans les récits des Français ayant visité le pays au temps du roi Naraï.

 

 

 

Mais l’avocat de Toulouse que fut Castillon va s’appesantir sur la description du système judiciaire et des supplices qui s’y attachent pendant quelques dizaines de pages du récit. Il va ensuite s’étendre très longuement sur un triste épisode de l’histoire du Siam, celui de l’épouvantable tyrannie du roi qu’il appelle Chaou Pasa Tong, pour nous Somdet Phrachao Phrasat Thong (ปราสาททอง), une espèce de Caligula, qui mourut en 1656.  Il fait parler un Siamois imaginaire : « Voici ce que me racontait il  y a quelques jours un Siamois qui voulait me donner une idée du pouvoir de son maître et de l’excès ou, sans craindre pour son trône, il peut porter sa tyrannique défiance », un récit sur 10 pages qui glaça Ambroise d’horreur : La sauvagerie du roi se manifesta en 1650 à l’occasion de la mort de sa fille.

 

 

Il est difficile de ne pas voir dans le récit de ce Siamois une véritable reproduction presque à la lettre de ces événements décrits par le voyageur hollandais Jan Struys qui fut le seul européen à en être le témoin direct et à les reporter en détail.  On ne les trouve en effet  nulle part ailleurs que chez lui  autrement que de façon mois morbide chez Van Vliet et Turpin (3)

 

 

 

Ce Siamois était donc en réalité ce Batave appelé Jan Struys dont le récit fut publié en français en 1691 après l’avoir été en anglais en 1684 sur une première édition en néerlandais de 1676. L’ouvrage connut une diffusion spectaculaire et connut de multiples traductions.

 

Comment un écrivain, dans un ouvrage à narration, peut-il parler de voyages qu’il n’a pas accomplis ou décrire une tempête qu’il n’a pas vécue surtout dans un récit de voyages à demi imaginaires et à demi picaresques ?

 

Ou bien le narrateur assume directement la description ou bien il utilise la délégation d’un témoin compétent.

 

 

Le Congo

 

Quittons le Siam pour suivre très rapidement Gwinett dans ses pérégrinations avec son Hollandais. Il quitte le Siam sans regrets, content de n’avoir reçu que quelques coups de bâton plutôt que d’être ébouillanté, par égard pour sa nationalité, une fois encore pour avoir tenu des propos déplacés à l’égard de la monarchie.

 

 

Nous le retrouvons au Congo où son Hollandais l’abandonne aux mains de Hottentots. Il réussit à s’enfuir avant d’être écorché vif et, sur la côte, attire l’attention d’un navire hollandais qui pratique la traite des nègres et se rend aux Amériques.

 

 

Les colonies espagnoles

 

Le navire est appréhendé par les Espagnols sur les côtes de la Floride. Gwinett d’abord retenu comme prisonnier,  sympathise avec le gouverneur espagnol qui lui témoigne son amitié et le fait sous-gouverneur de La Havane. Il y reçoit des prisonniers anglais au milieu desquels il reconnait Richard Collins et s’en fait reconnaître. Celui-ci lui apprend qu’il avait au cours de la nuit été victime de violents saignements et qu’il avait tout simplement quitté l’auberge précipitamment pour chercher un chirurgien ou un apothicaire pour se soigner. Ils conviennent de s’embarquer dans un navire corsaire à destination de Cadix après avoir retenu leur place sur un navire. Le capitaine, un Irlandais  le persuade qu’il n’a aucun intérêt à retourner en Angleterre 15 ans après sa pendaison. Gwinett s’engage dans leur troupe d’autant que l’un des corsaires originaire de Canterbury lui avait appris que son père avait été ruiné à la suite d’un procès inique. Au bout de quatre ans de course, le capitaine fait de Gwinett son héritier et lui transmet son immense fortune avant de quitter de bas-monde.

 

 

L’Espagne

 

Capturé par un navire espagnol, nous le retrouvons dépouillé de ses richesses et condamné aux galères comme corsaire. Il rame pendant quatre ans en recevant encore  des coups de bâton sur le dos.

 

 

Les barbaresques

 

Son navire est alors capturé par un corsaire barbaresque après qu’un boulet de canon lui eut emporté une jambe. Il se retrouve esclave au Maroc. Après un long et douloureux esclavage à Alger, il fut avec beaucoup d’autres captifs anglais, libéré, par accord entre le Dey d’Alger et l’agent de sa Majesté britannique qui avait eu la bonté de lui faire adapter une jambe de bois.

 

 

Le retour

 

En 1730, revenu en Angleterre, la première chose qu’il fit fut de se renseigner sur ses parents, tous étaient morts et lui-même oublié de tous. Il découvrit aussi que M. Collins n'était jamais rentré chez lui et fut probablement mort lors de son passage. « Bien que n'étant pas un vieil homme, j'étais si affligé par les épreuves que j'étais incapable de travailler; et étant sans aucune forme de soutien, je ne pouvais penser à aucun moyen de gagner ma vie mais en balayant le passage entre la porte Mews et Spring Gardens, Charing-Cross, Londres; et finalement, ne pouvant même pas occuper ce poste, je dépendais de la générosité d'un public sensible et bienveillant ».

 

 

Le plagiat

 

Si la version anglaise date de 1770, elle est en tous cas postérieure aux deux articles publiés dans le Journal encyclopédique en 1769 qui étaiten répandus dans l’Europe entière. Elle est aussi brève, et élude ce qui est intéressant pour nous, l’essentiel du périple de Gwinett d’Angleterre au Japon, du Japon au Pegu, du Pegu au Siam et du Siam chez les sauvages du Congo. Gwinett se retrouve dès sa fuite de l’Angleterre sur un navire corsaire qui tombe aux mains des Espagnols en Floride. Il y retrouve dans les mêmes conditions que ci-dessus, Richard Collins. Ils préparent leur retour en Angleterre et se retrouvent esclaves à Alger. Nous voilà ramenés à l’histoire précédente !

 

Elle est en tous cas reproduction presque intégrale des deux articles du Journal encyclopédique. Pour donner l’illusion d’un véritable document, on trouve parfois un mot manquant avec la mention « illisible sur le manuscrit ».

 

Ce n’est en réalité qu’une diatribe au demeurant justifiée sur le système judiciaire de l’époque, qu’il soit français ou anglais, auquel il manque le souffle du roman picaresque qu’en a fait Castillon.

 

Castillon fut un contributeur de la grande Encyclopédie mais nous n’y avons trouvé aucune rubrique qui porte sa signature. Les pages que cette œuvre consacre au Siam sont consternantes mais portent la signature d’un folliculaire qui travaillait à la page, le chevalier de Jaucourt (4). Ce que Castillon écrit sur le Siam est de bon aloi et provient probablement de sources sérieuses en dehors du trop lourd emprunt à Jean Struys.

 

 

Les longues descriptions du système judiciaire et des sanctions qui s’y attachent dans les pays tyranniques qu’a visités Gwinett sont un évident rappel au système judiciaire français sous l’ancien régime dont les magistrats se couvrirent de honte : absence d’enquêtes sérieuses, utilisation systématique de la torture, condamnation injustifiées.

 

 

Rappelons que nous sommes à l’époque de l’affaire Calas terminée en 1765, aucune enquête sérieuse autrement qu’à charge, utilisation de la torture et condamnation à mort dans des conditions abjectes.

 

 

Castillon y fait allusion dans sa préface, n’oublions pas qu’il était avocat à Toulouse dont le Parlement se déshonora par cette affaire. Celle du Chevalier de la Barre éclate en 1766 dans des conditions similaires.

 

 

Les supplices épouvantables subis par Damien en 1757, issus de l’imagination sadique des magistrats du Parlement de Paris n’ont rien à envier à ceux imaginés par le roi Phrasat Thong.

 

 

Ce n’est qu’en 1780 que la torture sera abolie par Louis XVI.

 

 

Castillon déplore enfin l’absence de réparation du préjudice causé au coupable innocenté par l’impéritie et l’incompétence des juges qui conduisit son héros à finir – quoiqu’innocent – dans la mendicité (5). Il fut la voix qui clamait dans le désert puisque l’indemnisation des victimes d’erreurs judiciaires n’est entrée dans le droit positif français que par la Convention européenne des droits de l’homme du 4 novembre 1950 qui n’a été ratifiée qu’en 1974 (6).

 

 

NOTES

 

(1) Ce phénomène de pendus ressuscités n’est pas inconnu de l’histoire. Ne nous attardons pas sur des détails morbides :

https://listverse.com/2008/12/18/top-10-amazing-execution-survival-stories/

 

 

(2) Voir notre article RH 50 - LE ROI LUANG SORASAK, « LE ROI TIGRE » (Phra Chao Sua). (1703-1709) (Ou Somdet Phra Sanphet VIII (สมเด็จพระสรรเพชญ์ที่ ๘)  Ou  Suriyensapdi Ou  Suraçak )

https://www.alainbernardenthailande.com/2019/11/rh-50-le-roi-luang-sorasak-le-roi-tigre-phra-chao-sua.1703-1709-ou-somdet-phra-sanphet-viii-ou-suriyensapdi-ou-suracak.html

 

 

(3) Voir notre article A 263 - JEAN STRUYS (JAN JANSZOON STRUYS), AVENTURIER HOLLANDAIS AU SIAM EN 1650 ET TÉMOIN DES MASSACRES DE LA MÊME ANNÉE.

https://www.alainbernardenthailande.com/2018/06/a-263-jean-struys-jan-janszoon-struys-aventurier-hollandais-au-siam-en-1650-et-temoin-des-massacres-de-la-meme-annee.html

 

 

(4) Voir notre article A 43. « L'Encyclopédie », Voltaire et le Siam.

https://www.alainbernardenthailande.com/article-a-44-l-encyclopedie-voltaire-et-le-siam-83570407.html

 

 

(5)  « Erudimini qui judicatis terram » disent les écritures (Psaume II – 10) « Instruisez-vous, juges de la terre ».

 

 

(6) Article 3 : « Lorsqu’une condamnation pénale définitive est ultérieurement annulée, ou lorsque la grâce est accordée, parce qu’un fait nouveau ou nouvellement révélé prouve qu’il s’est produit une erreur judiciaire, la personne qui a subi une peine en raison de cette condamnation est indemnisée, conformément à la loi ou à l’usage en vigueur dans l’Etat concerné, à moins qu’il ne soit prouvé que la non-révélation en temps utile du fait inconnu lui est imputable en tout ou en partie ».

 

 

 

 

 

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1 mai 2021 6 01 /05 /mai /2021 03:12

 

Le petit enfant dans la foret des fantômes

Sources

 

Nous avons déjà parlé d’une figure majeure de ce que l’on appelle l’art populaire dans un précédent article. La bande dessinée y avait une grande part.

A 261- HEM VEJAKORN (เหม เวชกร), FIGURE MAJEURE DE L’ART « POPULAIRE » THAÏ, FILS SPIRITUEL DE CARLO RIGOLI ET MENTOR DU ROI RAMA IX.

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/06/a-261-hem-vejakorn-figure-majeure-de-l-art-populaire-thai-fils-spirituel-de-carlo-rigoli-et-mentor-du-roi-rama-ix.html

 

 

Un site Internet français est consacré à l’histoire de la bande dessinée thaïe mais la première partie n’a malheureusement pas eu de suites à cette heure :

http://radio.grandpapier.org/No12-Petite-histoire-de-la-Bande-Dessinee-independante-thailandaise-partie-1

 

 

Une « brève histoire de la bande dessinée thaïe » (prawatyo katunthai ประวัติย่อการ์ตูนไทย) de Nirawan Khurathong (นิรวาณ คุระทอง), lui-même dessinateur, date de 2015.

 

 

On ne peut parler de bande dessinée thaïe sans citer la thèse synthétique de Nicolas Verstappen : « Thai comics in the Twenty Firts Century » de janvier 2017. Elle est plus accessible que l’ouvrage précédent qui est en thaï. Même si elle néglige quelque peu cet aspect de la littérature populaire dont nous allons parler (nous en comprendrons rapidement les raisons) elle donne une bonne vision de l’histoire de la bande dessinée en Thaïlande depuis ses débuts. Elle est numérisée :

https://www.commarts.chula.ac.th/upload//2019/05/ThaiComicinthe21stCentury.pdf

 

Jean Baffie, ce grand ethnologue érudit spécialiste de l’Asie du sud-est a consacré un article sur un sujet apparemment récurent dans cette littérature : « LE DRAGON DÉVOREUR DE VILLE » (mangkon klun muang) - Figures de la grande ville dans les bandes dessinées populaires de Thaïlande » In: Journal des anthropologues, n°61-62, Automne 1995. pp. 21-40 (numérisé). Il a scrupuleusement étudié 63 de ces publications.

 

 

Chanokporn Chitikamoltham, universitaire de Londres, a consacré une longue étude à cette littérature, laissons-lui la responsabilité du titre : « Pleasure of Abjection: Cheap Thai Comics as Cultural Catharsis » publié en automne  2014 dans  EXPLORATIONS : a graduate student journal of southeast asian studies, Volume 12, pages 46-58. Nous sommes au cœur de notre sujet même si l’auteur abuse un peu d’analyses freudiennes.

 

 

On les appelle ici « les bandes dessines à un bath le volume »  (khatun lem la baht - การ์ตูน เล่ม ละ บาทlittéralement : bande dessinée à un bath) ou encore « les bandes dessinées de petit format à un bath » (nangsu katun khanat lek lem la bat - หนังสือ การ์ตูน ขนาด เล็ก เล่ม ละ บาท). Une simple observation terminologique s’impose sur les effets néfastes de l’anglomanie thaïe : en anglais, un cartoon est un dessin animé, une bande dessinée est un comic.

 

 

Elles constituent une production culturelle négligée ou regardée du moins avec condescendance. Elles sont un produit culturel subalterne, marginalisé et vernaculaire qui se distingue à l’évidence des normes culturels dominantes de la  « Thainess » (ความเป็นไทย - khwam pen thai) tant par le processus de leur création que celui de leur distribution. Malgré leur visuel, une esthétique de l’horreur et des intrigues grotesques, ce sont aussi des paraboles didactiques bouddhistes, véhiculant des messages bouddhistes tels que la moralité et la loi du karma. Pleines de poncifs, ce ne sont toutefois pas exactement ceux de notre « littérature à quatre sous », triangles amoureux, femmes fatales et coups de foudre comme dans le dans le penny dreadful  britannique

 

...ou le dime novel américain. 

 

 

On les trouve dans de petits stands sur les marchés en plein air, dans des échoppes dans l’enceinte des grandes surfaces ou dans des magasins de proximité comme les Seven Eleven. Vous ne les trouverez évidemment pas dans les librairies érudites mais plus volontiers dans les zones rurales et – ce qui est significatif – dans le coin d’attente des salons de coiffure les plus modestes.

 

 

Ces œuvrettes auraient vu le jour vers 1950 puis plus largement vers 1977, de format 13 x 18 ou 13 x 19 cm alors vendues un baths. Nous n’y trouvons pas toujours de nom d’auteur – dessinateur ni numéro ISBN. Elles sont les conséquences d’un nouveau marché, l’alphabétisation croissante : la plupart des thaïs savent lire sans qu’ils sachent lire la stèle de Ramahkahaeng dans le texte. Les coûts de production sont modestes, médiocre qualité du papier et le marché manque incontestablement de dessinateurs de talent, le plus souvent de simples amateurs. Au plus fort de leur production, dix maisons d’édition s’y consacrent, avec des tirages globaux qui atteignent parfois le million d’exemplaire par mois. Les ouvrages sont courts, au maximum 24 pages, les histoires sont simples, le visuel souvent provoquant insistent souvent sur le surnaturel et une pincée de sexuel. Le choix par Jean Baffie des sujets étudiés est significatif : « le dragon mangeur de ville » (มังครกลืนเมือง - mangkhon kluen Mueang)

 

Reproduction Baffie (page 39)

 

 

 ...  ou dans une autre gamme « aimer avec son cœur » (รักด้วยดวงใจ - rak duai duangchai) 

 

Reproduction Baffie (page 40)

 

Chanokporn Chitikamoltham nous cite « le fantôme de l’étranger » (ผีตางด้าว - phi tangdao) qui nous conte  l’histoire d’un couple birman  venu en Thaïlande en tant que travailleurs migrants illégaux pour le compte d’un homme d'affaires thaï-chinois. Celui-ci est attiré par la femme et tente de la violer. Elle lui résiste mais l'homme d'affaires la tue accidentellement. Son esprit revient pour se venger et le tue. C’est une façon comme une autre de traiter de l’immigration clandestine et de la malveillance des hommes d’affaire d’origine chinoise !

 

Reproduction Chanokporn  (page 51)

 

 

Il nous cite aussi « téléphoner à un fantôme » (โทรหาผี - tho ha phi). C’est l’histoire d’un homme qui veut contacter le propriétaire d'un terrain afin de l'acheter mais qui découvre finalement que le propriétaire et sa fille sont des fantômes meurtriers. Faut-il y voir une manifestation de l’angoisse de la population rurale face à la rencontre avec la technologie moderne ?

 

Reproduction Chanokporn  (page 51)

 

 

Nous avons relevé dans notre « bédéthèque » personnelle « le fantôme mange la tête » (ผีกินหัว - phi kin hua). Elle est l’oeuvre de l’œuvre d’un dessinateur chevronné et prolifique, Tode Kosumphisai (โต้ด โกสุมสัย).  Il a une imagination débridée : C’est l’histoire d'un gang coupant la tête des moines pour les vendre  à des marchands étrangers. La  description du sciage de la tête du moine est digne d’un film d’horreur occidental !

 

 

 

« Le fantôme qui vient ramasser »  (ผีมารับ phi ma rap)

 

 

...« l’hôpital fantôme » (โรงพยาบาลผี - rongphayaban phi)

 

 

ou encore « la maison des ogres » (บ้านผีปอบban phipop) sont de la même farine.

 

 

Point d’histoires de bergères (isan) qui épousent des princes (de Bangkok) !

 

 

Nous remarquons les couleurs criardes des couvertures, le texte est en noir et blanc, et une esthétique basique. Les ouvrages de notre modeste collection comportent des images de sang, de chair en putréfaction, d'entrailles et de cadavres. Nous vous épargnons les pires.

 

La maison des fantômes sauvages (บ้านผีโหด - ban phihot)

 

 

Chanokporn Chitikamoltham analyse l’une de ces bandes dessinées intitulée lai tai (ไหลตาย) qu’il a achetée en 2011 à Bangkok et qui est encore l’une des multiples œuvres de Tot Kosumphisai (โต้ด โกสุมพิสัย).  Elle nous a intéressés car elle rejoint ce que nous savons de la notion de mérites et de démérites dans la morale bouddhiste (1).

 

Reproduction Chanokporn  (page 51) 

 

Lai tai est médicalement une mort subite nocturne et inexpliquée. Elle nous semble correspondre au phénomène que nous connaissons de la mort subite et inexpliquée des nourrissons pendant leur sommeil. Dans nos milieux ruraux de l’Isan, des ban  nok (บ้านนอก), terme à tout le moins négatif utilisé par les rats de villes pour parler de ceux des champs. Cette mort s’explique une rencontre avec des esprits malveillants ou par les « veuves fantômes » (phi maemaiผีแม่ม่าย) qui appartiennent à la race des phi malveillants. Cette histoire est celle d’un orphelin qui après avoir violé une femme s’installe à Bangkok  pour travailler sur un chantier de construction. Au cours de son sommeil, il rêve d’un esprit malveillant à forme humaine, un homme de grande taille qui l’attaque. Ce n’est qu’un rêve mais un collègue de travail lui conseille de changer de lieu pour dormir. Comme chacun sait, dormir sur un site hanté, là en particulier ou une personne est décédée provoque ce type de rêves. Au cours de l’un de ses cauchemars, notre garçon hurle, réveille un voisin qui se fâche et ils se battent.

 Le cauchemar : Reproduction Chanokporn  (page 51) 

 

 

Par ailleurs son employeur sait qu’il a été impliqué dans une affaire de viol. Son agressivité lui plait et il l’engage dans des entreprises illégales. Mais ses cauchemars le suivent dans sa nouvelle résidence. Il lui raconte qu’il est l’esprit de la femme violée qui avait gagné de nombreux mérites dans ses vies précédentes et qui était alors sur le point de réussir dans la vie. Or, sa lubricité y a mis fin. Tueur à gages pour son nouveau patron, il fait la connaissance du chef des tueurs et de la maitresse de celui-ci. Il s’apprête à avoir une liaison avec elle mais le chef des tueurs lui apprend que chaque tueur à gage doit être éliminé après avoir rempli sa mission. Le dit chef était en réalité l’esprit réincarné de la femme violée. Notre garçon meurt alors de cette mort subite pendant son sommeil ainsi que son employeur. C’est l’esprit malveillant qui conclut : « Ils pensent le mal, ils font le mal de diverses manières, ils meurent de la même manière. Ne nous en étonnons pas, dans leurs présentes et passées, ils ont commis des mauvaises actions ».

   La conclusion : Reproduction Chanokporn  (page 54) 

 

 

Nous sommes au cœur de la morale bouddhiste même si l’ouvrage est illustré de scènes de viol d’adultère et de meurtres. Il s’agit d’une parabole bouddhiste sur la notion de karma, bon ou mauvais selon nos actions. ? Sa fonction didactique bouddhiste nous empêche de considérer cet ouvrage comme trivial ce qu’il semble en première analyse ?

 

Dans les bandes analysées par Jean Baffie, c’est Bangkok « ville dépravée », « Ville du danger, de la peur, de la haine et de la mort » et son châtiment  « Le châtiment :  le dragon a mangé la ville ».

 

Produit culturel secondaire peut-être, il s’adresse aux personnes qui se situent au bas de l’échelle sociale par rapport au monde culturel dominant.

 

Ces bandes dessinées semblent depuis le début de ce siècle avoir perdu en popularité auprès des jeunes qui préfèrent de produits culturels plus élaborés pour autant que les mangas puissent être considérés comme un produit culturel. Mais dans ce pays ou le paraître domine sur l’être ces produits dix fois plus coûteux ont la faveur de la marmaille des élites auto proclamées de Bangkok tout autant que les traductions de bandes dessinées d’origine étrangère en langue vernaculaire.

 

Nous continuons à les trouver dans les zones rurales à destination de populations à faible revenu d’autant que les légendes locales sont souvent le sujet de base. Leur prix les rend en tous cas accessibles à tous.

 

Littérature pour roturiers opposée à celle des gens de bien ! 

 

 

Vers la fin des années 90, alors que le prix de ces BD était passé à 5 baths, cette édition en thaïe de « Prince Vaillant », une bande dessinée américaine de grande qualité, était de 120 baths, 24 fois plus cher, un chiffre qui devait alors correspondre à une journée du salaire minimum quotidien légal !

 

 

 

Les albums de Tintin en version thaïe se vendent aux alentours de 200 baths le volume.

 

 

Doit-on pour autant  classer les bandes dessinées à 5 baths à un stade inférieur au niveau culturel ?

 

La définition officielle du terme culture (Watthanatham – วัฒนธรรม),  concerne les qualités qui indiquent les façons de promouvoir la prospérité sociale, l'ordre, l'unité, le développement et la moralité du peuple. Or, la  « Sous-culture » aborde des tabous comme le sexe, le jeu ou la magie, aux antipodes de ces exigences.

 

 

 

Cette littérature vernaculaire ne correspond pas aux exigences de la Thainess officielle qui réprouve la  vulgarité. Or ces histoires de fantômes et de croyances surnaturelles sont profondément ancrées dans la société rurale. Il ne manquera jamais de phi pour écrire ces histoires fantastiques, nous en avons fait l’inventaire mais il est loin d’être exhaustif (2). Si les références de Chanokporn Chitikamoltham à Freud, Lacan ou Julia Kristava sur le genre littéraire de l’horreur nous sont étrangères, il est toutefois certain que ces histoires de fantômes comblent un fossé entre la vision du monde rural et celle du monde moderne face à des modes de vie qui changent rapidement.

 

 

Ne critiquons donc pas cette « littérature à quatre sous » qui est une réalité de civilisation même si sa lecture ne nous enrichit pas outre mesure intellectuellement parlant. La France aussi a sa littérature à quatre sous, elle titre, de Gérard de Villiers à la collection Harlequin, a des centaines de milliers d’exemplaires alors que les romanciers issus du sérail, parfois bons,  peinent à tirer 2000 exemplaires que personne ne lit.

 

Notre propos était simplement de décrire un aspect tout à fait particulier sinon marginal de la bande dessinée thaï. Son histoire a débuté en balbutiant au début du siècle dernier.

 

Bd publiée dans un quotidien de 1907 (reproduction Nicolas Verstappen page 24)

 

 

Elle se poursuit en celui-ci avec une pléiade d’artistes de talent, nous y reviendrons.

 

Art Jeenon est l'un d'eux

 

NOTES

 

(1) Voir à ce sujet notre article sur les Saints qui avaient des mérites : 

A 419- กบฏผู้มีบุญ - LA RÉVOLTE DES « SAINTS » DANS LE NORD-EST DE LA THAÏLANDE EN 1900

(2) Voir notre article A151. EN THAILANDE, NOUS VIVONS AU MILIEU DES « PHI»

https://www.alainbernardenthailande.com/article-a150-nous-vivons-au-milieu-des-phi-en-thailande-123529919.html

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14 mars 2021 7 14 /03 /mars /2021 22:06

 

Nous avons déjà rencontré le père François-Joseph Schmitt, premier rédacteur d’une traduction française de la stèle de Ramkhamhaeng (1). Ce missionnaire hors du commun méritait que nous lui consacrions un article.

 

Son parcours de missionnaire.

 

François-Joseph SCHMITT naquit le 1er avril 1839 à Gougenheim (Bas-Rhin), un petit village de quelques centaines d’habitants au cœur de l’Alsace, situé à égale distance de Strasbourg, Haguenau, Molsheim et Saverne.

 

 

Son père, François-Antoine est né le 21 février 1807. Il épouse le 12 janvier 1830 Marie-Catherine Kuhn dont nous savons seulement qu’elle mourut le 31 décembre 1846. Le village – et la famille aussi – sont germanophones : sur son acte de naissance, le père de notre ecclésiastique n’est pas « François-Antoine » mais « Franz-Anton » (2). Nous ne savons rien de sa famille, probablement modeste, sinon que le père est agriculteur et son père avant lui. Le village appartient à cette partie de l’Alsace restée profondément catholique lors de la réforme au XVIe siècle. Il est à cette époque un lieu de pèlerinage pour prier Saint-Laurent dans la petite chapelle qui porte son nom. On y venait de l’Alsace entière lors de la fête du Saint le 10 août (3). Nous ignorons tout de son enfance et de son adolescence.

 

 

Il entra laïc au Séminaire des Missions étrangères « la maison de la rue du bac » à Paris le 21 mai 1860,

 

 

...reçut le sacerdoce le 30 mai 1863, et partit le 16 juillet suivant pour la mission du Siam (4). Tous les érudits avec lesquels il va travailler nous apprennent qu’il parlait déjà « à peu près toutes les langues européennes », où les avait-il apprises en dehors du français et de l’allemand qu’il devait pratiquer de naissance ? Dès son arrivée au Siam en tous cas, il est sous l’égide de Monseigneur Pallegoix auprès duquel il a très certainement appris le sanscrit, le pali, le khmer et bien évidemment le siamois qu’il enseignera par la suite aux jeunes arrivants.

 

 

 

Pendant deux ans, il travailla à la procure de Bangkok (l’intendance du diocèse) et à la paroisse de l’Assomption dans la même ville. Il y est « chef de paroisse », c’est une énorme responsabilité et il n’a que 25 ans, de mai 1864 à mars 1866 (5), où il précède le père Jean-Louis Vey dont nous avons longuement parlé, qui sera vicaire apostolique de 1875 à partir de 1875 (6), poste où il avait été précédé par Monseigneur Pallegoix et Monseigneur Ferdinand Dupond.

 

 

En 1866, il fut chargé de la paroisse de Thakian (ตะเคียน) dans la province de Nakhonrachassima (นครราชสีมา) la présence catholique est ancienne et relativement importante. En 1868, il y joignit Pétriou (แปดริ้ว), autre nom que les occidentaux préfèrent à Chachoensao (ฉะเชิงเทรา) d’où il rayonna dans toute la province et au-delà après avoir fondé  l’église Saint-Antoine.

 

 

Cette même année, une parenthèse diplomatique, compte tenu de sa connaissance de la langue, il fut attaché comme interprète à la mission extraordinaire du diplomate Gustave Duchesne de Bellecourt, venu au Siam pour discuter de la conclusion d’un nouveau traité mais ses fonctions sont purement officieuses.

 

 

Sa santé est défaillante, les « Annales de la société des Missions étrangères » nous font part de ses misères. Jeune missionnaire à peine acclimaté, mal logé, mal nourri, il ne pouvait supporter  impunément les fatigues que lui occasionnait l'administration de son district. Aussi, atteint de la dysenterie, doit-il, de l'avis de ses supérieurs, retourner en France où recouvra rapidement la santé. Considéré comme le meilleur théologien de l’ordre, il rencontre à Paris, Monseigneur Paul Bigandet qui le choisit pour être son conseiller théologien au Concile de Vatican I où celui-ci représentait les Missions étrangères.

 

 

 

 

Il était retourné à Strasbourg pour prendre congé de sa famille lorsqu’éclata la guerre de 1870. Il échappe à la mobilisation en tant que prêtre. Ils sont alors dispensés des obligations militaires. Il est encore en Alsace lorsque les troupes de l’infanterie de marine, qu’il a rejoint comme aumônier militaire, sont défaites à la sanglante bataille de Bazeilles.

 

 

Il accompagne 24.000 prisonniers français regroupés à Dresde en Saxe. Son intervention bénéfique est soulignée dans les états de service déposés lors du dépôt de son dossier pour obtention de la Légion d’honneur en 1894.

 

 

Son rôle fut certainement facilité par la reine Augusta de Prusse née catholique et versée dans les œuvres de charité : Avant la guerre de 1870, un des princes de la maison de Prusse, voyageant au Siam, y tomba dangereusement malade et fut soigné avec dévouement par le Père Schmitt, ce dont la reine lui fut reconnaissante.

 

 

Il bénéficia par ailleurs du soutien de la reine Caroline de Saxe qui s’occupa activement du sort des blessés saxons ou prisonniers français pendant et après la guerre.

 

 

Il intervint auprès des deux reines qui firent envoyer du ravitaillement et des vêtements chauds. Il refusa de quitter ses camarades « marsouins » et resta parmi eux jusqu’à la paix et le retour des prisonniers au début de l’année 1871.

 

 

De retour au Siam, il effectue un long périple depuis le port de Moulmein en Birmanie (aujourd’hui Mawlamyine) jusqu’à Bangkok et Nakon Nayok (นครนายก) pour se rendre compte si cette région était accessible à l’évangélisation. Il revient enfin définitivement, s’occupe activement de la construction de la nouvelle église Saint-Paul ouverte au culte le 17 novembre 1873, construit encore un presbytère et deux écoles tout en continuant activement son œuvre d’évangélisation dans la province.

 

 

Mais à partir de cette époque, il était contraint chaque année de faire un séjour à l'hôpital Saint-Louis de Bangkok. En 1904, deux mois après la fête de saint Paul, patron de l'église de Pétriou, le 29 juin, se sentant plus fatigué, il partit pour Bangkok. Il ne devait plus retourner vivant à Pétriou. Il entra à l'hôpital le 28 août. Il reçut l'extrême-onction des mains de Monseigneur Vey qui l’assista jusqu’à son dernier souffle le 19 septembre. Il fut inhumé dans l’église de Pétriou.

 

 

Sans entrer dans le détail de l’évolution de sa religion au Siam, contentons-nous des chiffres de l’année 1894, avant que la maladie ne le fasse décliner. Il y a alors au Siam 24.000 catholiques inventoriés pour une population d’environ 7 millions d’habitants. Les « Missions étrangères » y adjoignent 600 « hérétiques ou schismatiques » (les protestants ou anglicans) dont 4 ont été convertis. Il y eut 1.110 baptêmes dont 1.070 d’enfants de chrétiens et 1.249 d’enfants de païens « in articulo mortis ». Ce dernier chiffre est intéressant puisqu’il a été reproché aux missionnaires de baptiser les morts pour améliorer leurs statistiques. Si l’on compare la même année avec les missions de Chine administrées essentiellement par les jésuites : 1.905 baptêmes, 3.195 d’enfants de chrétiens et 85.507 d’enfants de païens « in articulo mortis », on peut dire qu’en Chine, les jésuites baptisaient les morts !

 

 

Les catholiques dépendent d’un seul évêque, celui de Bangkok. Il y a 43 missionnaires, 14 prêtres indigènes, 70 catéchistes, 35 églises, 1 séminaire abritant 62 postulants, 66 écoles de 3.654 élèves. Quelle est la part contributive de notre missionnaire dans ces résultats ?

 

 

Un exceptionnel parcours érudit.

 

Le « Free Press » de Bangkok écrivit de lui au lendemain de sa mort : « Le P. Schmitt était, en même temps, un savant théologien, un érudit et un linguiste hors  ligne. Sa connaissance de plusieurs langues orientales et occidentales lui permettait de « converser avec presque tout le monde ». Son activité érudite fut tout aussi débordante que son activité missionnaire.

 

Nous ignorons malheureusement les conseils qu’il put donner à Monseigneur Paul Bigandet au sujet de la discussion primordiale sur le dogme de l’infaillibilité pontificale. Toujours est-il que le prélat vota « pour ». La question théologique agite des notions qui dépassent nos connaissances. Elle nécessite une parfaire connaissance de la patrologie latine ou grecque, langues que le père Schmitt pratique avec aisance. Sans doute dorment-ils dans les archives des missions étrangères ?

 

 

Il avait également en préparation sous l’égide de la Siam society dont il était membre honoraire un « essai sur les différentes races du sud de l’Inde » qu’il ne put terminer. On peut encore penser que ses manuscrits se retrouvent dans les archives des missions étrangères ?

 

En 1893, il est désigné comme « secrétaire et interprète » de notre plénipotentiaire Le Myre de Villers lors de la discussion du traité du 3 octobre 1893. Ses fonctions sont toujours officieuses puisqu’il n’y a pas alors d’interprète désigné à la légation. Elles lui valurent par décret du 19 novembre sa nomination de chevalier de la Légion d’honneur au titre du Ministère des affaires étrangères, une rapidité stupéfiante alors même que la république franc-maçonne et anti-cléricale répugne à décorer les ecclésiastiques catholiques.

 

 

Mais la carrière érudite du Père Shmitt avait commencé en mai 1883 lorsqu’il avait été désigné comme attaché à la mission Pavie en qualité de « traducteur des documents paléographiques ». Lucien Fournereau écrit en 1895, l’hommage est appuyé, « Seul le R. P. Schmitt est capable de traduire les monuments de cette langue ». Pour lui comme pour Pavie, la langue thaïe est « lettre close », à fortiori le thaï archaïque, le pali et le sanscrit.

 

Ce dernier nous narre cette rencontre : « Quand, en 1879, je me préparais à ma première excursion dans l'intérieur de l'Indo-Chine, j'interrogeai longuement M. Harmand, un de mes plus distingués devanciers dans la voie des explorations de cette région, sur ses voyages au Cambodge, au Siam, au Laos et en Annam.

 

 

Sa grande expérience faisait de ses conseils des enseignements utiles. Notre ministre actuel au Japon représentait alors la France à Bangkok. Il appela en particulier, et d'une manière toute spéciale, mon attention sur M. Schmitt, missionnaire à Pétriou (Siam) comme étant le seul pouvant traduire les inscriptions en vieille écriture thaïe que je trouverais à relever au cours de mes pérégrinations. Fixé au Siam depuis plus de vingt ans, M. Schmitt joignait à une connaissance approfondie de la langue thaïe, celle du chinois et des langues de l'Indo-Chine, celle du sanscrit, du pâli et de la plupart des langues d'Europe. Depuis longtemps déjà il se préparait au déchiffrage des écritures anciennes du pays. L'indication de mon affectionné maître et ami n'était pas seulement un avis précieux, elle contenait l'expression de la plus vive sympathie et de la meilleure amitié pour l'homme qu'il désirait que je connusse et qu'il me donnait pour collaborateur. Aussi j'eus tout de suite le désir extrême de le rencontrer. Les circonstances firent que l'occasion ne s'en présenta que quatre ans plus tard. Ce fut M. Harmand qui me l'offrit. C'était en mai 1883; traçant la ligne télégraphique qui allait, deux mois plus tard unir notre colonie de Cochinchine au Siam, je longeais le fleuve de Pétriou lorsqu'un matin, un coup de sifflet mit tout mon monde sur la berge. On me cria : « Un vapeur ! Le pavillon français ! »

 

Un instant après, j'embrassais M. Harmand et il me disait : « Je vous emmène chez M. Schmitt, sa chrétienté est à trois heures d'ici ! » Prévenu, M. Schmitt nous attendait sur la rive. Des drapeaux français, des fleurs à profusion décoraient sa toute rustique habitation. Deux vieux canons chinois, reliques du temps où les bateaux marchands étaient armés dans ces parages, saluèrent notre arrivée. Trois mille chrétiens, étonnante confusion de Siamois, de Chinois et d'Annamites, rangés sur le bord et sur notre passage ou debout sur le seuil des portes, s'inclinaient contents, nous regardaient avec complaisance et pour nous mieux voir se pressaient sur nos pas, envahissaient la case. Notre séjour fut court chez le missionnaire, vingt-quatre heures à peine. Comme tous ceux qui le connaissent je fus séduit par son regard doux et sa bonté touchante, par son caractère enjoué et sa science du pays, enfin j'eus pour lui, dès ce jour, la sincère affection que je lui ai gardée.

 

Je lui laissai les deux premières inscriptions que j'avais recueillies; quand nous le quittâmes, il travaillait déjà…. (7)

 

Revenu au Siam en 1871 M. Schmitt reprit au milieu de ses chrétiens la vie d'activité qui lui est familière, consacrant ses heures de repos à l'étude qu'il affectionne, des langues utiles pour son rôle de missionnaire. C'est là qu'avec M. Harmand je vins lui demander d’être mon collaborateur. Bien souvent je l'ai revu depuis celle visite que nous lui fîmes à Pétriou. Plus d'une fois, au temps des grandes marches sans fin, j'ai séjourné sous son toit comme aussi sous celui de plusieurs de ses confrères, laissant passer la fièvre, reprenant des forces, retrouvant auprès de lui la France pour quelques jours. Les inscriptions que je recueillais en cours de route je les envoyais à mon ami par les occasions sûres. Il les a toutes traduites au fur et à mesure et les présente lui-même dans la seconde partie de ce volume avec ses idées personnelles. Il en a ajouté quatre que M. Archer, consul d'Angleterre, a relevées aux environs de Xieng-Maï et que mon distingué collègue m'a autorisé à joindre à cette publication ». 

 

 

Ce volume (8) porte en exergue la mention « contenant la transcription et la traduction des inscriptions par M. Schmitt ».

 

 

L’ouvrage (page 167 s.) inclut un énorme chapitre de près de 400 pages intitulé «  Transcription et traduction par M. Schmitt des inscriptions en pali, en khmer et en thaï des inscriptions recueillies au Siam et au Laos par Auguste Pavie ». La première, la plus connue, est bien évidemment la stèle de Ramakhamhaeng, assurément la plus importante, dont il nous est donné des photographies, une transcription en caractères romains et une traduction qui complète ou améliore celle que le père Schmitt avait donnée en 1884. Celui-ci y rectifie en effet des erreurs qu’il avait relevées sur son texte initial. C’est celle « dont on parle ».

 

Il en est trente autres dont nul ne parle et que nul n’a jamais critiqué (9).

 

Le père Schmitt a examiné ces documents épigraphiques, soit directement pour ceux de Bangkok soit au vu des photographies ou des estampages effectués par Pavie lui-même à Chiangmaï, à Chiangraï, à Luangprabang soit sur des estampages effectués par le consul britannique de Chiangmaï. Pour chacun de ces documents il nous donne un photographie du document ou de l’estampage, une description précise (dimensions), une estimation sur sa date, des précisions sur les caractères et le vocabulaire utilisé, il nous fait part de ses doutes, donne une transcription en caractères romains et enfin la traduction avec des variantes possibles. Il nous donne même son interprétation des carrés magiques...

 

  que nul n’avait songé à étudier depuis La Loubère (10).

 

 

La plupart des inscriptions sont en thaï archaïque dont certains ont des caractères correspondant à ceux de la stèle de Ramakhamhaeng, l’un est en khmer archaïque et un en pali.

 

On se demande comment le prêtre parvenait à cumuler les devoirs de sa charge et ceux de ses recherches érudites même si, au cours de ses dix dernières années, il ne quittait plus guère sa résidence de Pétriou. Levé à 4 heures et demi du matin, il célébrait sa messe, lisait son bréviaire, recevait ou confessait ses ouailles, réglait comme « juge de paix » leurs petits litiges et se consacrait à ses travaux sans jamais en parler à quiconque. Au cours d’un bref voyage à Singapour en 1897, il en profite même pour apprendre le Malais. Sa modestie était exemplaire, une rare photographie que nous ayons de lui, nous ne le devons pas à son ordre mais à Pavie ! Il n’a pratiquement rien publié sous sa signature, ni dans le prestigieux Bulletin de l’école française d’Extrême-Orient ni dans le journal de la Siam society.

 

Louis Fournereau n'a pu en dessiner qu'un portrait gravé :

 

 

Nous ne lui connaissons que ses participations à la très confidentielle revue Excursions et reconnaissances, en 1884 sur l’inscription de Ramakhamhaeng (1) et en 1886 sur l’ « inscription de la statue de Siva trouvée par Rastmann dans la forêt qui recouvre de l’ancienne ville de Kamphëngpet » et « Sur l’inscription siamoise du vat Pamokha au nord de Juthia »

 

 

...ainsi que des articles purement ethnographiques dans la non moins confidentielle « Revue Indo-chinoise ».

 

 

Sa disparition ne fit pas la une de la presse nationale, pas une ligne dans « La Croix », le journal des bien-pensants, un bref avis dans « le Figaro » du 1er novembre 1904 et quelques lignes plus ou moins « mélo » dans le numéro du 3 novembre (11).

 

 

Les critiques.

 

Lucien Fournereau (12) dans le premier volume de son œuvre (1895), l’utilise d’abondance à tel point que l’on se demande parfois si l’ouvrage ne devrait pas être co-signé. La seule critique est d’ailleurs une auto-critique du père Schmitt lui-même qui rectifie spontanément une erreur dans la traduction de la stèle de Ramakhamhaeng.

 

Aymonier l’utilise en 1901 et 1904 aussi d’abondance (13) et s’il est souvent critique, ses critiques ne portent guère que sur des détails de vocabulaire.

 

En 1909 intervient la traduction de Bradley qui lui rend hommage tout et émettant des critiques, toujours de détail sur l’interprétation que fait le père Schmitt du positionnement des voyelles dans la stèle (14). Petithuguenin considère la traduction du missionnaire américain comme plus fidèle que celle du père Schmitt.

 

Dans un énorme article de 1915, Louis Finot, après avoir critiqué son mode de transcription en caractères romains qui est « déconcertant » – ce qui est vrai - nous dit «  Le travail de ce digne et savant missionnaire n'est pas à l'abri de la critique, mais il a rendu trop de services pour qu’on ne l'absolve pas volontiers de quelques erreurs. S'il ne rappelle que de loin la haute tenue scientifique du Corpus, il en a du moins imité la scrupuleuse bonne foi. On n'y rencontre aucun de ces faciles escamotages qui dissimulent l'embarras de l'épigraphiste » (15).

 

Un article de Georges Coédès en 1917 est très critique. (16)

 

En 1918, celui-ci donne ce qui est toujours considéré comme une interprétation définitive de la stèle mais il est cette fois beaucoup plus critique  à l’égard de Bradley qu’à l’égard du Père Schmitt (17).

 

En 1919, Coédès reste certes critique à l’égard du missionnaire mais plus encore à l’égard de ceux qui le critiquent (en l’occurrence vraisemblablement Petithuguenin) :« La traduction du P. Schmitt, faite à l'aurore des études siamoises, a besoin d'une sérieuse révision. Mais c'est aussi parce que, dans des travaux plus récents, certains auteurs, sous prétexte de corriger les contre-sens du P. Schmitt, sont tombés dans de nouvelles erreurs et ont de Ia sorte abouti à des traductions nettement inférieures à celles qu'ils se proposaient de critiquer » (18).

 

 

Que conclure ?

 

Il ne faut pas perdre de vue que nous parlons d’un document épigraphique de la fin du XIIIe siècle écrit dans une écriture que l’on ne connait que par quelques dizaines d’inscriptions lapidaires, dans une langue dont on ne connait le vocabulaire que par les mêmes inscriptions.

 

Qui peut prétendre posséder pleinement le langage de Sukhotaï ? Un texte français de la même époque (XIVe), Christine de Pisan par exemple est, imprimé, déjà difficile à comprendre, c’est le moins que l’on puisse dire. Il est antérieur à l’introduction de l’imprimerie, les manuscrits de cette époque sont purement et simplement illisibles hors les spécialistes de la paléographie. On lit encore facilement le français du XVIIe, plus difficilement parfois celui du XVIe. On ne traduit pas Pascal, mais on doit traduire Rabelais, par exemple :

 

« Adoncques partirent luy et Prelonguand, escuyer de Vauguyon, et sans effroy espièrent de tout coustez » devient « Il partit donc avec Prelinguand, écuyer de Vauguyon, et sans crainte ils observèrent de tous côtés ».

 

 

Le latin est une langue parfaitement connue depuis des siècles. Il fut un temps point si lointain où tous les érudits le pratiquaient aussi bien que le grec, parfois le sanscrit et bien sûr le français. Classique parmi les classiques, le grand Virgile écrit dans la langue la plus pure. Il a été traduit par Paul Valery en 1956, par Marcel Pagnol en 1958 après l’avoir été par le normalien Maurice Rat et Eugène de Saint-Denis pour les éditions « Les belles lettres » qui se flattent de donner les traductions les plus fidèles. Toutes ses traductions divergent sur beaucoup de points même s’ils ne sont que de détail. Il y a mieux, sur des questions purement techniques. Ainsi, le vocabulaire latin pour définir les liens de parenté est beaucoup plus précis et surtout beaucoup plus complexe que le français… Arrière-grand-père ou arrière grand-oncle ? Oncle ou grand-oncle ? Sœur ou cousine ? La lecture des généalogies données par les historiens, Suétone en particulier devient un calvaire (19). Un dernier exemple puisé dans le bon vieux « Gaffiot » et le non moins bon vieux « Quicherat » : le mot  puer peut signifier « enfant, garçon ou fille » mais aussi « jeune homme » ou encore « fils » ou encore « garçon célibataire » ou encore « esclave » ou enfin « serviteur ». Comment s’y retrouver ? « En fonction du contexte » disaient nos maîtres. Facile à dire sur un texte de Cicéron, probablement beaucoup moins sur un texte en thaï archaïque vieux de 750 ans.

 

 

Restons-en là. Selon l’heureuse expression de Coédès la traduction du P. Schmitt, faite à l'aurore des études siamoises ….et citons Louis Finot dans l’éloge qu’il fit de lui quelques semaines après sa mort : « Si tout, dans les écrits du P. Schmitt, n'est pas également sûr, si la critique peut y relever des théories hasardées et même des erreurs, il n'en reste pas moins que l'histoire de l'Extrême-Orient s'est enrichie, par son labeur, de documents précieux. La collection des inscriptions thaï qu'il a donnée dans un des volumes de la Mission Pavie et que personne n'a continuée après lui demeure un titre solide et indiscutable à la reconnaissance du monde savant » (20).

 

 

Le père Schmitt – en dehors de son activité pastorale – est responsable d’un monumental travail d’érudition dont l’histoire du Siam ancien lui est redevable. Si Monseigneur Pallegoix, rédacteur de la toute première grammaire de la langue siamoise, du premier dictionnaire thaï – français – latin – anglais et de sa monumentale histoire du Siam est mieux connus par ces ouvrages car ils ont bénéficiés d' une large diffusion via leur impression par l’Imprimerie nationale avec la protection du gouvernement de Napoléon III.

 

Nous nous devions de rendre hommage à cet modeste érudit aux connaissances encyclopédiques. Dans les discours diplomatiques remplis de mots fleuris sur la prétendue éternelle amitié entre la France et le Siam, il est toujours un oubli fondamental : Les premiers à s’être consacré à l’étude de l’histoire siamoise au  cours du XIXe siècle et au début du XXe, ce sont des érudits français, explorateurs, archéologues, scientifiques et de nombreux missionnaires dont fut le père Scmhitt.

 

SOURCES

 

« Notes d'épigraphie » par Louis Finot In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 15, 1915. pp. 1-135.

« Documents sur la dynastie de Sukhodaya » par Geprges Coédès  In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 17, 1917.  pp. 1-47;

« Siam », article anonyme. In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 21, 1921. pp. 313-318.

«  Recueil des inscriptions du Siam. Première partie : Inscriptions de Sukhodaya »  par Louis Finot et Georges Coédès In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 24, 1924. pp. 265-268.

« Compte rendu des travaux – société des Missions étrangères » 1872, 1874,  1877, 1894, 1904, 1917, 1920, 1924, 1941,

« Annales des Missions étrangères » 1900, 1901, 1903, 1905, 1911, 1920, 1923.

NOTES

 

(1) Voir notre article RH -10 : « Le roi de Sukhotai Ramkhamhaeng, selon la stèle de 1292 ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/03/rh-10-le-roi-de-sukhotai-ramkhamhaeng-selon-la-stele-de-1292.html

 

(2) Les renseignements d’état civil sont accessibles sur le site numérisé des archives du Bas-Rhin  (http://archives.bas-rhin.fr/registres-paroissiaux-et-documents-d-etat-civil/). La consultation n’est pas facilitée du fait que dans ce petit village un quart de la population porte le patronyme de Schmitt et l’autre de Kuhn et que par ailleurs, selon les années, les registres sont tenus en dialecte germanique.

 

 

(3)  Colette Hautman  « Pays d'Alsace » publication de la Société d'histoire et d’archéologie de Saverne, 1991.

 

 

(4) Tous les renseignements sur sa carrière religieuse de trouvent sur le site des Missions étrangères :

http://archives.mepasie.org/fr/notices/notices-biographiques/schmitt

http://archives.mepasie.org/fr/notices/notices-necrologiques/schmitt-1839-1904

… ainsi que dans de nombreux numéros des deux revues « Annales de la société des Missions étrangères de Paris » et « Compte-rendu des travaux – Société des missions étrangères ».

 

(5) C’est le cœur et le poumon du catholicisme au Siam. L’emplacement fut acquis en 1801-1802, en aval de la ville de Bangkok, pour y établir le séminaire de la Mission. En 1809 une église en briques y fut érigée sous le vocable de l'Assomption de Notre-Dame ; ce fut depuis cette époque le lieu de résidence des évêques-vicaires apostoliques. Ce quartier étant alors dans la banlieue de Bangkok, les quelques familles chrétiennes, qui dans la suite des temps s'y fixèrent, remontèrent comme paroissiens à l'église voisine, Notre-Dame-du-Saint-Rosaire, connue sous le nom de Calvaire (située au-dessus de l’Assomption), jusqu'à l'année 1864. A cette époque, la ville s'étant étendue de ce côté et les chrétiens étant devenus plus nombreux, il devint nécessaire d'ériger ce quartier en paroisse. C'est là que se trouvent le Collège de l'Assomption, fondé par M. Colombet et tenu par les Frères laïcs de Saint-Gabriel, (institutum Fratrum instructionis Christianae a Sancto Gabriele)

 

 

 

 

... ainsi que le couvent de l'Assomption, externat pour jeunes filles, tenu par les Sœurs missionnaires de Saint-Paul de Chartres (Congregatio Sororum Carnutensium a Sancto. Paulo).

 

 

(6) Voir notre article relatif à ce prélat :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a140-1898-le-premier-hopital-fran-ais-catholique-a-bangkok-122232355.html

 

(7) « Le Siam ancien » volume I, introduction.

 

(8) « Mission Pavie – Indochine – II - Etudes diverses – Recherches sur l’histoire du Cambodge, du Laos et du Siam », 1898.

 

 

(9) Les inscriptions 2 et 3 ont été étudiées sur le site à Bangkok : Nous les citons toutes en respectant la transcription utilisée par le Père Schmitt :  

2 - INSCRIPTION KHMERE DU ROI KAMRATEN AN ÇRI SURYA VANÇA RAMA MAHA DHARMIKA RAJADHIRAJA  - GROUPE SAJ.TANALAYA SUKHODAYA au Vat Prakéo à Bangkok.

3 - INSCRIPTION THAÏE DU ROI ÇRI SURYA-MAHA- HARMARAJADH1RAJA - CROUPE SAJJAKALAÏA-SUKHODAYA à la Bibliothèque royale de Bangkok.

4 - INSCRIPTION THAÏE DU ROI DE XIENG-MAI SOMDEC-SETHA-PARAMA, PAVITRA-CHAO DU VAT VIHAR SANTHAN SINTIA

5 - INSCRIPTION THAÏE DU ROI DE XIENG-MAI SOMDEC PAVITRÀ MATRA RAJA CHAO DU VAT SUVAKNA AHAMA

6 - INSCRIPTION THAÏE ÇRI SADDHARMA MAHÂ PARAMA AKRAVATTÎ DHARMARAJÂ DHARMARAJÂ DU VAT LAMPOEUNG

7 -  INSCRIPTION THAÏE DE DHARMIKA RÂJÂDHIRAJÂ, ROI D'AYUTHIA, SUZERAIN DE XIENG-MAI DU VAT XIENG-MAN

8 - INSCRIPTION THAÏE DU VAT PAT-PINH - GROUPE DE XIENG-MAI

9 - INSCRIPTION THAÏE DU ROI PHAHMLUA DE LA CAVERNE DU MONT DOI-THAM-PHRA

10 -  INSCRIPTION PÂLIE EMPREINTE DU PIED DE PHRAYÂ MENG-LAI AU VAT PHRA: SING LUANG

11 à 14 - QUATRE INSCRIPTIONS THAÏES - GROUPE  DE LUANG-PRABANG

Ces quatre inscriptions thaïes ont été scrupuleusement relevées par Pavie, au mois de février 1887 dans les pagodes de Luang-Prabang.  L’opinion du père Schmitt est tranchée : Les deux plus anciennes n'ont pas cent ans et les deux dernières sont contemporaines, l'une étant datée de 1884, l'autre de 1885 de notre ère. Elles ont par conséquent peu de valeur comme documents historiques. Cela ne l’a pas empêché de les transcrire et de les traduire par soucis d’exactitude.

15 – INSCRIPTION THAÏE DU ROI PHRA RAJÂ AYAKÂ – MAHÂ – DEVA AU VAT THAT

16 -  INSCRIPTION THAÏE DU ROI PRA-CRÎ-SIDDHI AU VAT WISOUN

17 -  INSCRIPTION THAÏE DU VAT KET

18 et 19 -  INSCRIPTIONS THAÏES DE LAMPOUN-HARIPUNJAPURA VAT LOUANG ET PA-M A-DA B-TAO

20 et 21 - INSCRIPTIONS THAÏES DU VAT CHAY DIE CHETYOT (CHETI CET YOT);  et DU VAT PRA-MUANG-KËO

22 à 25 - INSCRIPTIONS THAÏES DU GROUPE XIENG-MAI - CARRÉS MAGIQUES

26 et 27 - INSCRIPTIONS THAÏES DU VAT CHAY DIE SUPHAN

28 - INSCRIPTION THAÏE DE LA PRINCESSE SËN ÂMACHA

29 à 31 - INSCRIPTIONS THAÏES CALQUÉES SUR ESTAMPAGES DE M. ARCHER, CONSUL BRITANNIQUE A XIENG-MAI

 

(10) « Du royaume de Siam » volume II pages 235 s.

 

(11) « Le R. P. François-Joseph Schmitt, dont nous avons annoncé la mort à Bangkok, vint très jeune au Siam et fut associé par Mgr Pallecroix à ses savants travaux d'épigraphie siamoise. Avant la guerre de 1870, un des princes de la maison de Prusse, voyageant au Siam, y tomba dangereusement malade et fut soigné avec dévouement par le P. Schmitt. La reine Augusta,  reconnaissante, l'en fit remercier. Plus tard, en 1870, le P. Schmitt, se trouvant en convalescence en son pays d'Alsace, n'hésita pas à se joindre à notre infanterie de marine en qualité d'aumônier militaire. Fait prisonnier  à Bazeilles, interné à Dresde, témoin des misères de nos braves marsouins pendant le rigoureux hiver, il en écrivit à la Reine, qui sur-le-champ fit envoyer deux wagons remplis de vêtements de lame-pour nos soldats, avec ordre de mettre le P. Schmitt en liberté ; celui-ci cependant ne quitta, ses camarades qu'après la paix et rentra, au Siam où M.Doumer s'est honoré en le faisant chevalier de la Légion d'honneur. »

 

(12) « Le Siam ancien » volume I, 1895 et II, 1908.

 

(13)  «  Le Cambodge – les provinces siamoises », 1901 et « Le Cambodge III – le groupe d’Angkor et l’histoire », 1904 :

« On ne connaît pas de textes épigraphiques et nul fil conducteur ne se retrouve, dans cette histoire, plus haut que le XIIIème siècle. A partir du milieu de ce siècle nous avons largement utilisé les traductions d'inscriptions thaïes que le P. Schmitt, missionnaire français au Siam, a publiées, soit dans Le Siam ancien de M. Fournereau, soit dans le IIème volume de la Mission Pavie, qui est consacré à des recherches sur l'histoire du Cambodge, du Laos et du Siam ».

 

(14) CORNELIUS BEACH BHADLEY « THE OLDEST KNOWN WRITING IN SIAMESE THE INSCRIPTION OF PHRA RAM KHAMHJENG OF SUKHOTHAI 1293 A.D. » Bangkok, 1909.

 

(15) « Notes d'épigraphie »  In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 15, 1915. pp. 1-135.

 

(16)  «  Documents sur la dynastie de Sukhodaya »  In  Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 17, 1917. pp. 1-47;

 

(17) « NOTES CRITIQUES SUR L'INSCRIPTION DE RAMA KHAMHENG » in Journal de la Siam society, 1918-I.

 

(18) « L'INSCRIPTION DE NAGARA JUM » in Journal de la Siam Society, 1919-III.

 

(19) Voir John Scheid. « Scribonia Caesaris et les Julio-Claudiens. Problèmes de vocabulaire de parenté » In: Mélanges de l'Ecole française de Rome. Antiquité, tome 87, n°1. 1975. pp. 349-375.

 

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27 février 2021 6 27 /02 /février /2021 22:09

 

Il est un aspect méconnu de l’œuvre du Maréchal Phibun lors de sa première gouvernance de 1938 à 1944, c’est la réforme de l’orthographe qu’il tenta d’imposer au pays. Il n’en est pas d’autres sources qu’en thaïe ce qui explique qu’elle soit passée sous silence.

 

 

Revenons très rapidement sur l’histoire de l’écriture thaïe qui a ou aurait commencé en 1289 il y a plus de sept cent ans. Nous en avons longuement parlé (1).

 

 

La langue est l'un des outils que les êtres humains utilisent pour communiquer entre eux. Toute langue se compose de mots, associés d'après les règles  de sa grammaire. Tout mot représentant une idée se compose d'un ou de  plusieurs sons de voix, appelés syllabes. Pour figurer graphiquement les syllabes, on se sert de signes appelés lettres.

 

 

Les difficultés de la langue écrite.

 

De même que l'arithmétique possède neuf chiffres effectifs et un chiffre sans valeur propre (zéro), de même la langue thaïe possède soixante-quinze lettres effectives et une lettre sans valeur propre (อ). De ces soixante-quinze lettres, trente-deux représentent les variations de la voix humaine : on les nomme voyelles pour celte raison.

 

 

Quarante-quatre autres lettres ne servant qu'à modifier les sons des voyelles, ont, à cause de cela, reçu le nom de consonnes.

 

 

 

Les raisons de cette complexité sont multiples :

 

En dehors de consonnes dites irrégulières, fruits de l’étymologie, il existe 20 sons consonantiques fondamentaux répartis entre 44 consonnes lesquelles sont divisées en trois classes, normale, haute et basse, chaque son consonantique doit ou devrait avoir sa consonne dans chacune des classes. La multiplicité de certaines consonnes, il existe par exemple 6 formes de TH, est l’un  des paramètres de cette complexité.

 

 

Il existe enfin 32 sons vocaliques, voyelles simples, diphtongues ou triphtongues qui doivent tous avoir une forme brève et une forme longue, ce qui est essentiel pour déterminer le ton sur lequel doit être prononcé la syllabe. Ces sons vocaliques présentent sinon une difficulté, on s’y habitue, du moins un  aspect déconcertant, c’est que la voyelle n’est pas écrite après la consonne comme dans notre langue, elle peut l’être devant, derrière, dessus, dessous ou autour. Il existe une autre difficulté pas toujours facile à surmonter, il existe trois voyelles (a, o et ô) qui ne sont parfois pas écrites.

 

 

Cette complexité se justifie au moins pour partie car elle permet à l’écrit de donner le ton sur lequel la syllabe doit être prononcée, neutre, haut, bas, montant et descendant et cela selon un mécanisme véritablement mathématique.

 

 

Notons encore une difficulté, c’est l’absence de majuscules pour les noms propres ce qui rend parfois pénible la lecture d’un simple quotidien.   Il est enfin une difficulté majeure qui n’existe pas dans le langage parlé, l’écriture ne sépare pas les mots entre eux mais seulement les phrases. Nous avons parlé de cette dernière difficulté qui cause bien des difficultés au traducteur (2).

 

notonsencoreunedifficultéc’estl’absencedemajusculespourlesnomsproprescequirend parfoispéniblelalectured’unsimplequotidienilestenfinunedifficultémajeurequin’xistepas danslelangageparlé l’écritureneséparepaslesmotsentreeuxmaisseulementlesphrasesnousavonsparlédecettedernièredifficultéquicausebiendesdifficvultésautraducteur                    

L’évolution de l’écriture depuis le XIIIe siècle.

 

L’époque de Sukhothai.

 

La langue thaïe est la langue nationale de la société thaïlandaise, elle a évidemment  changé depuis la période Sukhothai (environ 1238-1350), la période d’Ayutthaya (environ 1350-1767) et l’ère Rattanakosin à partir de 1782. Ces changements sur plus de sept siècles sont allés et venus progressivement en fonction de divers facteurs pouvant modifier la prononciation, le système sonore, le sens des mots. Ramkhamhaeng le Grand qui régna à partir de 1289 est le créateur présumé de l’écriture actuelle. Quelle langue parlait-il alors et pourrait-elle être comprise d’un Thaï du XXIe siècle qui utilise pourtant – toutes proportions gardées – son écriture. Ramkhamhaeng régna à l’époque de Philippe le Bel, et qui comprend aujourd’hui, sauf les spécialistes, cet ancien français et peut en déchiffrer les écrits ?

 

 

On pense qu’antérieurement à l’ère de Sukhothai, les habitants utilisaient des écritures venues des Indes (Pallawa) ou de l’empire khmer.  Nous n’en connaissons rien autre que par l’épigraphie. Khun Sri Intharathit fut le fondateur du royaume en 1279 et son fils Ban Muang lui succéda un an seulement. On pense que ces deux règnes s’appuyèrent sur la culture traditionnelle de l'empire khmer et utilisaient ses systèmes linguistiques et alphabétiques. Ramkhamhaeng  succèda à son frère Ban Muang en 1279 et régna jusqu’en 1298. Il est considéré comme le créateur de l’écriture thaï si l’on en croit la stèle qui porte son nom et qui fut découverte en 1833 par le roi Mongkut alors qu’il était moine et que l’on date approximativement de 1292.

 

Cette écriture serait selon les érudits un mélange des scripts des Môns et de l’écriture khmère archaïque.  Elle s’écrit sur la ligne de gauche à droite. Elle comprenait trente-neuf consonnes (quarante-quatre aujourd’hui) et vingt voyelles (trente-deux aujourd’hui). Curieusement, on n’y trouve que sept chiffres, 1, 2, 4, 5, 7 et 0  alors que ces Thaïs savaient évidemment compter sur leurs dix doigts. Ces découvertes épigraphiques à venir nous donneront peut-être une explication. Il comporte deux signes de tonalités seulement (quatre de nos jours) le signe de tonalité EK (เอก) et THO โท). EK et THO signifient un et deux en sanskrit. Les voyelles sont placées devant, derrière et autour de la consonne  qui les supportent. Il n’y a pas alors de voyelles dessus ou dessous comme aujourd’hui. Les formes sont plus arrondies que celles de lettres actuelles avec lesquelles la comparaison n’est pas facile pour un non initié !

 

 

 

 

La période d’Ayutthaya.

 

Rien ne semble avoir été changé au début de la période d’Ayutthaya (1350). La plupart des rares documents anciens transmis à ce jour sont sur du matériel dur, argent, étain, pierre. Ce sont de brèves inscriptions sur des sujets religieux.

 

L’âge d’or débute avec le règne de Ramathibodi II  en 1491 jusqu’à celui de Naraï qui se termine en 1688. C’est un âge d’or et le pays s’ouvre à l’étranger. Le développement des affaires génère la prospérité et la nécessité de trouver à l’écriture des supports plus commodes que la pierre, le kradat farang ou papier de goyave (กระดาษฝรั่ง) ou les feuilles de latanier. Beaucoup des documents de cette époque sont des documents commerciaux datant du roi Naraï et conservés essentiellement dans des archives occidentales. Nous voyons toutefois apparaître deux nouvelles consonnes : ฑ (TH) et ฮ (H) (3).

 

 

Depuis lors, le nombre des consonnes reste stable.

 

Surgissent aussi deux nouveaux signes de tonalité ตรี (TRI) et จัตวา (JATTAWA) qui signifient trois et quatre en thaï archaïque et en sanskrit (4).

 

Apparaissent aussi cinq voyelles composées, เอะ  (OE au son bref) เอียะ (IA au son bref)  เอือะ (UA au son bref)  อัวะ (OUA au son bref), เออะ  (autre OE au son bref).

 

En 1732, l’alphabet des consonnes et la liste des voyelles est le  même que de nos jours.

 

 

A quelques détails près, la description que donne de l’écriture thaïe le chevalier de La Loubère recueillie lors de sa mission de 1688 conserve toute sa valeur. (5)

 

 

La fin de la période d’Ayutthaya commence sous le règne de période du roi Phra Phet Racha (1788) et se termine avec la chute d’Ayutthya en 1767. C’est une période néfaste pour le commerce avec les étrangers, la guerre avec la Birmanie fait perdre son indépendance au pays ce qui ne favorise pas le développement de l'écriture et de la littérature. Rares sont les documents de la fin de la période d’Ayutthaya, car une grande partie a été détruite et brulée par les Birmans.

 

Le roi Taksin rétablit l’indépendance du pays et installe la capitale à Thonburi. Il se préoccupa de la restauration ou de la récupération de documents anciens. Il n’y aura pas de changement majeur à l'époque Rattanakosin mais la forme des caractères évolue en fonction en particulier du développement des documents écrits et de l’apparition de l’imprimerie qui entraîne l’élaboration de fontes et du développement des polices thaïes. Il en sera évidemment de même avec l’apparition massive de l’informatique dans le dernier quart du siècle dernier.

 

 

Les projets de réforme de l’écriture.

 

Nous en connaissons trois :

L’alphabet Ariyaka du roi Rama IV (อักษรอริยกะ)

La nouvelle méthode du roi Rama VI (อักษรวิธีแบบใหม่)

La méthode du Maréchal Phibun  (อักษรสมัยจอมพล ป. พิบูลย์สงคราม)

 

L’alphabet arikaya.

 

Nous lui avons consacré un article (6).  Il n’a pas été inventé en 1847 par le roi spécifiquement pour écrire sa langue mais pour écrire les textes sacrés du pali. Le pali n’a en effet pas d’écriture dédié et est transcrit dans l’alphabet du pays où il est lu. Il faut aussi préciser, ce qui en simplifie l’écriture,  que ce n’est pas une langue à tons. Nous en parlons à nouveau  car certaines des règles qu’il préconise seront reprises dans le projet de Rama VI. Il est évidement plus simple que l’alphabet thaï puisqu’il ne comporte que 33 consonnes et 8 voyelles.

 

 

Les consonnes et les voyelles sont placées sur une seule ligne et les voyelles sont écrites derrière la consonne comme dans les alphabets romains. Il sépare les mots entre eux et utilise des signes de ponctuation. Enfin, ce qui n’est pas le cas en thaï, lorsqu’une consonne termine une syllabe, elle est prononcée comme elle doit l’être ; par exemple dans une syllabe qui aura pour consonne finale un R,  celui-ci se prononcera N. Cette écriture fut utilisée un temps dans son ordre mais ne lui a pas survécu d’autant que l’alphabet thaï permet de transcrire parfaitement le pali.

 

Méthode d'écriture du pali avec l'alphabet thaï  :

 

 

La nouvelle méthode du roi Rama VI.

 

Nous savons qu’il est le premier à avoir lancé sur le plan académique l’idée de la romanisation du Thaï (7). Mais romaniser dans le but de transcrire en  caractères romains les noms propres, géographiques en particulier, était une nécessité qui est réglée depuis le début du siècle dans le  cadre d’une convention internationale. Il n’y a rien à voir avec une simplification de l’écriture.

 

Le Roi Rama VI avait remarqué que l'écriture thaïe était déconcertante pour les étrangers, en particulier par l’écriture sans espaces entre les mots et l’existence de voyelles non écrites. Il décida donc d’écrire sur une seule ligne, les voyelles posées après les consonnes comme dans l’alphabet romain.

 

 

Ne pouvant utiliser les voyelles thaïes, il utilisa non pas de nouvelles voyelles mais tout simplement celles de l’alphabet arikaya, un bien peu harmonieux mélange. Le projet qui ne fut utilisé que chez ses proches, une espèce de sabir qu’eux seuls pouvaient comprendre, fit long feu. Nous n’en avons pas trouvé d’autre exemple qu’une carte de vœux de bonne année.

 

La méthode du Maréchal Phibun.

 

Ce fut assurément la plus sérieuse et aurait peut-être pu et dû perdurer. Il ne s’agissait pas en effet de bouleverser l’écriture mais de la simplifier.

 

Nous sommes en 1942, il bénéficie depuis 1938 du pouvoir absolu. Il a créé le 18 mai 1842 dans le  cadre de sa politique culturelle le Comité de promotion de la culture et de la langue thaïe  (คณะกรรมการส่งเสริมวัฒนธรรมภาษาไทย - Khanakammakansongsoem Watthanathamphasathai).

 

Le but en est d’améliorer  la culture, et de promouvoir la langue thaïe et les livres et de proposer une nouvelle orthographe. Ce fut peut-être aussi à l’instigation des occupants japonais qui éprouvaient quelques difficultés à la lecture des caractères thaïs ne fut-ce que sur les panneaux de signalisation.

 

Ce comité est composé de 26 personnes, tous universitaires érudits de haut niveau.  Le 14 juillet 1942, le Comité a établi des règles pour l'utilisation des caractères thaïs et a publié un nouveau dictionnaire d'orthographe. Cette simplification de l’orthographe ne durera malgré une propagande massive que deux ans et trois mois. Le comité considéra que l’écriture était l’un des trésors culturels de la langue mais devait être amélioré compte tenu de l’existence de nombreux caractères répétitifs voire inutiles.

 

 

Les voyelles.

 

Voici le premier exemple d’une voyelle inutile, le son AÏ se transcrit par une voyelle brève, posée avant la consonne qui la supporte. Il en est une autre forme, , également brève, également posée avant la consonne. Elle se trouve dans 20 mots d’usage quotidien que les petits thaïs apprennent par cœur dans une comptine dont ils encombrent peut-être inutilement leur mémoire. Nul ne peut en dire l’origine et donner des explications à ce doublon.

 

 

L’exemple suivant est plus caractéristique encore. La liste des 32 voyelles en comprend quatre venues directement du sanscrit ; , ฤๅ, et ฦๅ se prononcent respectivement RU (bref), RU (long), LU (bref), LU (long). Elles sont bien grammaticalement considérées comme des voyelles aussi curieux que ce soit. Les deux dernières sont devenues totalement obsolètes et ne se trouvent que dans des textes archaïques. Les deux autres se trouvent dans de nombreux mots d’usage quotidien, citons l’ermite qui a deux orthographes possibles, ฤๅษี (RU long) ou ฤษี (RU bref). Les choses vont se compliquer; ฤๅ se prononce toujours RU (long).  se prononce au gré des circonstances RI, RU ou RE bref, selon des règles qui ne sont pas bien logiques mais grammaticalement immuables: Il est rarissime en position initiale et sa prononciation est aléatoire mais le plus souvent RU. Nous le rencontrons dans deux mots courant (et leurs composés bien sûr) prononcée RU : ฤดู (rudou) la saison et ฤษี (rusi), que nous connaissons.

 

– Elle se prononce RI lorsqu'elle suit les consonnes ก (K), ต(T), ท (TH), ป (P), ศ (S) et ส (autre S). Nous aurons ainsi อังกฤษ angkrit anglais.

 

– Elle se prononce RU lorsqu'elle suit les consonnes ค (KH),  น(N),  พ (PH),  ม (M)  et (H). Nous trouvons ainsi toujours dans des mots du quotidien ainsi วันพฤหัสบดี wanphruhatboodii (jeudi), et encore พฤษภาคม phrutsaphaakôm (le mois de mai).

 

Et enfin RE dans un seul mot, ฤกษ์ rek, le moment propice.

 

Dans tous ces mots, la voyelle-consonne sanskrite devra (avantageusement) être remplacée par la lettre R (ร) assortie de la voyelle qui convient !

 

Un dernier exemple enfin et vous comprendrez le souci du Maréchal. Nous avons parlé plus haut de l’introduction de la voyelle composée เอือะ (UA au son bref). Elle est en principe nécessaire puisque chaque voyelle doit avoir sa forme brève et sa forme longue, soit. Plusieurs ouvrages français ou anglais vous diront qu’elle est « rare ». C’est une erreur car vous ne le trouverez nulle part dans aucun écrit. Pourquoi donc l’inclure dans la liste des voyelles que doivent apprendre les gamins ? Tout simplement, nous dit une petite grammaire à l’usage des jeunes gens,  car elle pourra servir un jour ! Quelle prévoyance inutile !

 

Voilà donc six voyelles qui pourraient parfaitement disparaître de la liste des trente-deux. Il en resterait 27 ce qui serait déjà suffisant

 

Précisons que ce que nous venons d’écrire ne provient pas d’un ouvrage de grammaire érudit mais d’un ouvrage de vulgarisation destinés non pas aux savants mais aux écoliers.

 

Et on peut difficilement lire sans sourire que la grammaire thaïe est basique !

 

Manuel de lecture  :

 

 

Les consonnes.

 

Dans l’alphabet des 44 consonnes dont déjà deux sont obsolètes, le Maréchal préconise la suppression de 13 d’entre elles et la simplification d’une dernière : ฃ (KH), ฅ (TH), ฆ (KH),  ฌ (N),  ฎ (D), ฏ (T), ฐ  (TH), ฑ (TH),  ฒ (TH), ณ (CH), ศ (S),  ษ(S) et  ฬ (L).

 

La dernière qui est un deuxième Y est maintenue mais on supprimera l’appendice qui est en dessous et qui interdit de l’écrire d’un seul trait de plume comme les autres. 

 

Il est d’autres curiosités dont le Maréchal préconise la suppression, le lettre R doublée (รร) devient voyelle et se prononce en fonction des circonstances A ou AN ainsi l’oncle s’écrit peut-être BRR mais se prononce BAN (บรร). La lettre R cause aussi des perturbations au bon sens ; associée à la lettre TH (ทร) elle devient S tout simplement ! ทราย  ce n’est pas THRAÏ mais SAÏ (le sable).    

 

 

Le système ne règle toutefois pas la difficulté majeure des mots qui ne sont pas séparés dans la phrase.

 

Il ne règle pas non plus la difficulté née de l’absence de majuscule.

 

Notons que la ponctuation se répand, surtout dans la presse, elle fait l’objet d’explications dans les grammaires, en ce qui concerne du moins les signes qui nous sont familiers, guillemets, parenthèses, point d’interrogation, d’exclamation, de suspension et final, virgule.

 

Notons encore que ce système allégé ne porte pas atteinte à la possibilité de déterminer l’origine palie ou sanskrite du mot. L’étymologie reste respectée (8).

 

Les éditions successives du Dictionnaire de l’Académie royale postérieures à 1942 n’ont pas tenu compte de ces possibles modifications (9).

 

Ces propositions reçurent du public un accueil fort peu chaleureux paraît-il, plus encore dans le monde érudit, tous attachés à leurs caractères thaïs traditionnels. L’abandon fut consacré en 1944 et le Maréchal ne reprit pas son projet lorsqu’il revint au pouvoir en 1948.

 

Il faut préciser que l’écriture traditionnelle a fort bien passé le cap informatique. Tout se trouve sur le clavier, les caractères usuels, les caractères obsolètes, divers signes diacritiques également tombés en désuétude ainsi que ceux qui permettent les petites modifications  de l’écriture pour transcrire le pali. Le positionnement des voyelles qui peut se faire sur plusieurs niveaux avec éventuellement un signe diacritique encore au niveau supérieur s’est fait sans difficultés

 

Il est toutefois une préconisation du Maréchal qui perdure, l’utilisation des chiffres internationaux improprement appelés chiffres arabes, qui était au demeurant déjà largement pratiquée. Les chiffres traditionnels ne se trouvent plus guère que dans des documents administratifs comme les titres de propriété. Il est difficile de trouver une horloge portant les chiffres thaïs et, à notre connaissance du moins, aucune calculatrice.

 

Rappelons que le nombre d’alphabets réellement créés ex-nihilo est relativement restreint, comme celui de Ramkhamhaeng. Les peuples ont souvent préféré adopter et éventuellement adapter un système existant plutôt que de réinventer la roue (10). Il est permis de penser que les Thaïs sont légitimement fiers d’une écriture qui s’est forgée au fil des siècles aussi complexe soit elle.

 

 

SOURCES

 

Sur l’écriture

 

« Contribution à l'étude du système phonétique des langues thaï » d’Henri Maspero In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 11, 1911. pp. 153-169.

 « Méthodes de segmentation et d’analyse automatique de textes thaï » par Krit Kosawat, thèse de doctorat, Université de Marne-la-Vallée, 8 septembre 2003.

« MÉTHODES POUR INFORMATISER DES LANGUES ET DES GROUPES DE LANGUES « PEU DOTÉES » par  Vincent BERMENT, thèse de doctorat, Grenoble, 18 mai  2004.

Il nous faut remercier tout particulièrement un fidèle lecteur suisse du blog, Stéphane Duina, qui a eu l’amabilité de nous transmettre un ouvrage exceptionnel très modestement baptisé « Notes de grammaire thaïe » et daté de 1974. C’est l’œuvre d’un missionnaire des Missions étrangères, Victor Hippolyte Larqué  en poste à Bangkok où il décède en 1990. L’auteur reprend et complète la grammaire en latin de Monseigneur Pallegoix qui date de 1854, bien plus que de modestes notes, c’est une somme grammaticale. Cet ouvrage monumental ne porte pas de mention ISBN et ne semble pas voir été déposé à la Bibliothèque nationale . Il est probablement au seul usage interne des Missionnaires, sa communication n’en fut que plus précieuse.

 

Sur les réformes de l’écriture.

 

L’ouvrage universitaire de Madame Milika Mapha est fondamental,

 

 

il est en thaï :

 

« เอกสารประกอบการสอน วิวัฒนาการภาษาไทย » (Matériel pédagogique, évolution de la langue thaïe) par มัลลิกา มาภา, en thaï. Publication de l’Université Rajabhat d’Udonthani, département de langue thaï, Faculté des sciences humaines et sociales, 2016.

 

En dehors de cet ouvrage :

 

Sur l’alphabet arikaya, voir notre article visé note 6. La page Wikipédia en thaï est bien ficelée :

https://th.wikipedia.org/wiki/อักษรอริยกะ#:~:text=อักษรอริยกะ%20เป็นอักษรที่,รับความนิยมจนเลิก

 

Sur l’alphabet de Rama VI, la page Wikipédia en thaï est bien construite :

https://th.wikipedia.org/wiki/การปรับรูปแบบการเขียนอักษรไทยโดยรัชกาลที่_6

 

Sur l’alphabet du Maréchal la page Wikipédia en thaï est remarquable :

https://th.wikipedia.org/wiki/ภาษาไทยสมัยจอมพล_ป._พิบูลสงคราม#:~:text

 

Tous les ouvrages universitaires sont numérisés.

 

NOTES

 

(1) Voir notre article A 353 - LES ORIGINES DE L’ÉCRITURE THAÏ CONTEMPORAINE

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/02/a-353-les-origines-de-l-ecriture-thai-contemporaine-5.html

(2) Voir notre article A 377- DES DIFFICULTÉS DE TRADUIRE LE THAÏ EN FRANÇAIS ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/06/a-377-des-difficultes-de-traduire-le-thai-en-francais.html

(3)  Ce ฑ (TH) est l’un des nombreux TH. Il a probablement été ajouté pour transcrire des mots issus du pali ou du  sanscrit. Il est rarissime, heureusement d’ailleurs car en fonction des circonstances, il se prononce D ou TH !

La lettre ฮ (H) est un deuxième H qui semble avoir été créé pour transcrire des mots d’importation, par exemple ฮ่องกง (Hong Kong) ou แฮมเอร์เกอร์ (hamburger), ce qui est concevable à une époque où les échanges diplomatiques et commerciaux se sont multipliés et plus encore de nos jours : Curieusement, elle remplace parfois le ร (R) dans la langue Isan, du Nord-est. Cette précision n’est pas inutile, il y a plus de 20 millions de thaïs qui parlent cette langue locale, très proche du Lao, lui-même très proche du thaï. รถ (rốt – auto) deviendra ainsi ฮถ (hốt)

(4) On ne les trouve guère que dans des mots d’importation,  chinois pour le premier qui est également utilisé dans des mots que ma mère m’a interdit de prononcer ici.

(5) « Du royaume de Siam » tome second, 1691.

(6)  Voir notre article A 352 - อักษรอริยกะ - LE ROI RAMA IV CRÉE L’ALPHABET ARIYAKA – L’« ALPHABET DES ARYENS » – POUR TRANSCRIRE LES TEXTES SACRÉS DU PALI.

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/02/a-352-le-roi-rama-iv-cree-l-alphabet-ariaka-l-alphabet-des-aryens-pour-transcrire-les-textes-sacres-du-pali.html

 (7) Voir nos articles A91. La romanisation du Thaï ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a91-la-romanisation-du-thai-114100330.html

et 165. Le Roi Rama VI et la romanisation du Thaï.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-165-le-roi-rama-vi-et-la-romanisation-du-thai-125174362.html

(8) La question de l’étymologie se pose par contre dans les projets de simplification de l’orthographe en français. Les personnes lettrées  d'Italie, d'Espagne, de Portugal et de tant d'autres  pays, savent comme nous que philosophe vient du grec φιλόσοφος, cependant elles ont le bon esprit d'écrire filosofo. Le mal est-il si grand ? Le France comprend 67 millions d’habitants dont 66,500 millions ne soupçonnent pas même l’existence du grec. Est-ce pour satisfaire à quelques dizaines de milliers de savants qui peuvent lire le grec à livre ouvert que notre langue est grevée du PH ?

(9) Voir notre article A 204 - LE DICTIONNAIRE DE L’ « INSTITUT ROYAL » AU SERVICE DE LA LANGUE THAÏE, DU BON SENS … ET DE LA POLITIQUE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/11/a-204-le-dictionnaire-de-l-institut-royal-au-service-de-la-langue-thaie-du-bon-sens-et-de-la-politique.html

(10) Ainsi « nos ancêtres les Gaulois » dont la civilisation druidique était orale et utilisaient en tant que de besoin l’alphabet grec.

 

 

 

 

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18 février 2021 4 18 /02 /février /2021 22:26

Patrick vient donc d'écrire et de publier en 2021, un guide touristique de 96 pages en français sur la province d'Udonthani, située en Isan du Nord ; sa quatrième édition après « L'Isan: Udonthani et sa province » (2010),

 

 

« Isan du nord » (2011),

 

 

et « L'Isan : La province de Nong Khai »(2015).

 

 

Un guide unique et indispensable pour qui veut visiter la province et sa capitale Udonthani, en sachant que le Guide vert Michelin, culturellement le plus solide, ne consacre qu'une page et demie à la province et le Lonely Planet, 7 pages avec une grande partie consacrée à l’hébergement. (Pour se  procurer le guide. Cf. (1))

 

 

 

 

Il est le fruit d'une longue expérience, dont nous avions déjà profité en 2011 en présentant son blog, dans le cadre de notre propre recherche sur l'Isan. Il avait en janvier 2011 écrit 480 articles en 3 ans ! Déjà à l'époque, il parcourait la province, visitait dans les villes et villages les temples et les sites les plus connus, participait à toutes les  festivités de la ville d'Udonthani et aux principaux événements culturels de la région, avec toujours ce souci de partager ensuite ce qu'il avait appris et admirer, à l'aide de belles photos. Déjà, à cette époque -il y a 10 ans-  il ne présentait que ce  qu'il avait visité. (2)

 

 

 

Le nouveau  guide ne se limite pas à ce qu'il appelle « Attractions touristiques » (pp. 26-74), mais nous donne auparavant (p.5) une carte et le nom des 20 provinces de l'Isan (La Thaïlande en possède 77 (changwat)) et le nom des 20 districts (amphoe) de la province d'Udonthani avec une carte (p.6), en rappelant qu'elle est composée de 155 sous-districts (tambon), de 1682 villages, avant de présenter rapidement l'Isan en une page (p.7), et la province (pp.8-16) avec quelques observations sur sa géographie, sur quelques symboles, l'économie, le climat, « la petite histoire » en 1 page et demie, avec son passé préhistorique (le parc de Phra Bat, le site de Ban Chiang), sa fondation en 1296 par le roi Mangrai et le Prince Prajak qui en devient le gouverneur en 1894, pour revenir sur la ville d'Udonthani (p.16) avec la composition de sa population  qui est d'environ de 240 000 habitants (Avec ses communautés laos, chinoises, vietnamienne, et d'expatriés), la gastronomie et des informations pratiques (pp.18-20) sur la santé, internet, la poste, la location d'une voiture, l'immigration, les numéros de téléphones importants, et sur les loisirs (pp.20-25) citant 6 activités (l'hypodrome, 2 lieux de pêche, 5 golfs, 4 centres nautiques)   avec leurs coordonnées GPS, et le shopping (1page). (3)

 

 

 

 

Évidemment, ces 23 pages nous donnent de nombreuses informations, mais comment ne pas être superficiel, en voulant traiter tous ces sujets (Histoire, géographie, économie, administration, etc ), des liens  d'internet auraient été ici nécessaires.  Mais  Patrick est évidemment bridé par les contraintes de l’édition sur papier, les exigences de l’imprimeur et des considérations budgétaires.

 

 

 

« Attractions touristiques » (pp. 26-74).

 

Patrick va donc rendre compte des « excursions » touristiques qu'il a effectuées dans les 20 districts de la province, dont l'intérêt porte surtout sur les informations qu'il donne pour parvenir à ces sites en ayant soin de donner les coordonnées GPS et la graphie en caractères thaïs (3)), à l'exception du  9e, le district de Non Sa At et du 16e, le district de Si That, qu'il n'a pas (encore) visités. S'il cite  une quarantaine de temples et édifices sacrés,, ce qui nécessite déjà de nombreuses journées touristiques, il faut savoir que 1187 temples ont été inventoriés par le Sangha dans la province !

 

 

 

Il commence donc par  le 1er district de Muang Udonthani.  (pp. 26-41)

 

 

Il signale 16 visites à effectuer en ville et 13 en dehors de la ville. C'est dire que le touriste qui séjourne à Udonthani aura un emploi du temps bien chargé. 14 sont consacrés à des temples et des « édifices » religieux et lieux sacrés (stupas, chédi, arbre sacré, sanctuaire), en recommandant le Wat Pa Ban Tat, situé à 16 km de la ville, un monastère dédié à Phra Luangta Maha Bua Yannasampanna,  l'un des moines les plus vénérés de Thaïlande décédé le 30 janvier 2011 et  5 aux musées (Retenons deux musées dont la visite est instructive : Le Musée provincial qui est construit dans un bâtiment d’architecture européenne. Il est à l’échelle humaine et particulièrement instructif sur l’histoire de la province.

 

 

Le Musée Militaire Ramesuan est situé dans un ancien centre de renseignement et d’espionnage de la CIA et nous éclaire sur cette période trouble de l’histoire du pays.),

 

 

et des belles balades comme le lac et le parc de Nong Prajak, la ferme d'orchidées, « Udun -Sunshine », le marché de Nong Bua, le village de Ba Na Ka, les villages aux fleurs et aux champignons...

 

 

Le 2e district de Kut Chap (à 24km d'Udonthani) avec 2 temples (Le wat Bunnimit « dans un lieu plein de calme proprice à la méditation » et le temple  aux dinosaures), une grotte avec des peintures rupestres (La Sing Cave) et un parc (« Phuhinjomtat Forest Park »). 

 

 

Le 3e district Nong Han

 

 

(à 35 km d'udonthani) (4p. 1/4) avec 7 temples dont le célèbre site archéologique de BAN CHIANG, inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco en 1992,

 

 

...que Patrick décrit en une page et demie, avec son musée national et en nous nvitant à visiter de sympathiques villages  aux environs (Ban Kham O, Ban Pu Lu, Ban Dong Yen et Ban Tat), spécialisés dans l'artisanat. (Cf. Nos 2 articles sur Ban Chiang  (4) )

 

 

Le 4e district de Nong Saeng.

 

 

3 pages pour 3 sites dont 2 p. consacrées au Parc de Phu Phoilom (situé à 50 km d'Udonthani) et la chute d'eau de Than Ngam que Patrick apprécie particulièrement, avec le bouddha blanc de Phu Foi Lom et la pagode aux 9 bouddhas Suwan Kalaya.

 

 

Le 5e district Prachaksinlapakkhom,

 

 

avec un seul site (en une demi-page) : Le lac aux Lotus.(p. 51)

 

 

(Les Thaïs l'appellent la « mer aux lotus rouges » (ทะเลบัวแดง).  L'occcasion de faire une belle balade en bateau le matin sur le lac parmi les lotus en fleur.

 

 

Le 6e district de Nong Wua So (39km)

 

 

4 pages pour 8 balades dont 6 temples (Dont le wat de Ban  Nong Waeng Yao recommandé par Patrick pour sa beauté et ses sculptures) et le réservoir Huai Luang Dam et le parc d'attractions du PC Ranch. (parc à thème).

 

 

Le 7e district Kumphawapi (43 km) 3 pages pour 4 sites, dont 2 temples.

 

 

Une occasion de voir à Khumphawaphi des singes en liberté et à 3,3 km le Wat Phrathat Don Kaeo, un stupa sacré dont l'origine remonterait aux 12 et 13e siècles. Et une balade à l'Arche de pierre, le plus long pont de pierre de Thaïlande, situé dans une réserve forestière. Patrick nous donne ici (p. 58) tous les contacts nécessaires pour réussir cette excursion.

 

 

Le 8e district Phen

 

 

(43 km) ½ page pour le Chedi PrathatNang Phen du Wat Koh Kaew.

 

 

Le 9e district de Non Sa At.

 

 

Patrick ne mentionne aucun site mais le district en comporte huit qui ont tous leur page Internet !

 

 

 

Le 10e district Ban Phue.

 

 

5 p. ½ pour 9 sites dont 5 temples et stèles, mais avec des particularités. Ainsi dans l'enceinte du temple Pa Maha Chédi ChaloemPhrakat Ban Kho, on trouve aussi un musée des moines à visiter ou dans l'enceinte du temple des supplices et du paradis (avec des sculptures sanguinolentes ou sur  l'Eden), se trouve également le temple aux miroirs. Patrick nous conseille aussi deux belles balades, l'une au Parc Historique de Phutthapat (avec ses grottes  ses falaises), où on peut visiter le wat Phutthabat Bua Bok, et le site de Phra Buddhabat Buaban, un parc qui permet de se promener pour s'arrêter devant un mausolée d'une empreinte de Bouddha, des chédis et des stèles.

 

 

Le 11e district Chai Wan

 

 

(p. 65) avec son Wat Pa Santikawat, son stupa et un musée « en l'honneur de la vie et des enseignements de Luang Pu Bun Chan » qui a séjourné dans ce temple.

 

 

Le 12e district Phibun Rak,

 

 

(En deux pages (pp. 66-67)), avec une seule excursion au Wat Pratan du village de campagne de Phibun Rak, signalé comme magnifique.

 

 

Dans le 13e district Ku Kaeo,

 

 

le Wat Ku Kao Rattanaram avec  une ruine et pagode de l'époque khmère et dans le même village, le Wat Si Kunaram avec « un magnifique chédi au milieu d'un beau jardin »

 

 

Dans le 14e district Thung Fon, l

 

 

le chédi du wat Luanpor Thongkham au centre du village de Thung Fon.

 

 

Dans le 15e district Sang Khom

 

 

(p.68) à 70km d'Udontani vous propose une sortie en famille et/ou amis sur un lac où on peut se restaurer sur une paillote flottante et se baigner.

 

 

Dans le 16e district de Si Thaht,

 

 

aucune excursion effectuée.

 

 

Dans le  17e district de Ban Dung,

 

 

de nombreuses excursions sont proposées. (3p.)

 

On peut visiter des sites d'exploitations de sel « Le plus intéressant est celui sur la route 2022 » nous conseille Patrick.

(Elles sont nombreuses non seulement dans la province mais en Isan. Nous avons consacré plusieurs articles tant aux légendes qui s’y attachent qu’aux menaces chinoises qui pèsent sur elles (5)).

 

 

Le temple de  Ban Dung, un grand Bouddha et un autre temple très populaire le Kham Chanod, où on vient pour se faire bénir et faire des offrandes ; et trois sanctuaires,  son pont naga et les nagas qui se trouvent  dans le lac près de la forêt... (Cf. Notre article sur ce temple (6)).  Puis le Wat Pa Aranya dans le village de Ban Lao Luang, et un peu plus loin le chédi du wat Pa Don tat.

 

 

Le 18e district de Wang Sam Mo.

 

 

Patrick nous cite un seul temple, le Wat Tham Sumontha Pawana (วัดถ้ำสุมณฑาภวนา) sans explication et ajoute « trop difficile à expliquer pour s’y rendre. Utiliser les coordonnées GPS ».

 

 

(Il s’agit d’un temple du « bouddhisme de la forêt » dont la vocation n’est pas d’accueillir de simples visiteurs dévots mais de proposer des stages de formation à la méditation bouddhiste.) (Cf. Notre article 7)

 

 

Le 19e district Nam Som.

 

 

Là encore aucun commentaire si ce n'est que le chemin pour aller à la grotte et au wat de Tham Pha Dam à à 100 km d'Udonthani et le temple San Poo Som de la ville Nam Son.

 

 

Et enfin au 20e district de Na Yung

 

 

(pp.73-74), à 130 km d'Udonthani près du village de Na Yung, le wat Pa phu Kon avec son chédi et au sommet de la montagne un temple avec un bouddha couché en marbre blanc que Patrick considère comme le plus beau de la Province. Ensuite deux itinéraires sont proposés pour admirer les  chutes d'eau dans  le parc forestier de Na Yung.

 

 

Si le guide de Patrick nous aide à trouver le chemin de nombreuses « Attractions touristiques » de la Province d'Udonthani, on peut regretter ses commentaires lacunaires. Des liens internet auraient pu y suppléer, surtout que de nombreux temples ont leurs propres pages Facebook avec de nombreuses photographies.

 

 

Événements, commémorations, fêtes et festivals. (pp .75-83)

 

Patrick en cite une trentaine en donnant les dates du calendrier et en mêlant les fêtes d'Udonthani et nationales et en précisant à la fin qu'il ne donne ici  « qu'un aperçu des manifestations les plus importantes ». On peut signaler que si vous suivez son blog « Patrick en Thaïlande », vous aurez une idée de son insatiable curiosité et de son désir de partager toutes les festivités du peuple thaïlandais. (http://udonthani-en-isan.over-blog.com/)

 

Il termiine son guide (pp.83-92) sur les différents moyens pour se rendre à Udonthani, un petit lexique de thaï, la monnaie utilisée en Thaïlande, un glossaire et enfin le plan de la ville d'Udonthani  (p. 92).

 

 

Vous aurez compris que cet article ne vise qu'à vous encourager à vous procurer ce nouveau guide de Patrick D. qu'il met gratuitement à votre disposition. (Cf. (1))

 

 

   NOTES ET RÉFÉRENCES.

 

(1) Le guide est distribué gratuitement et est disponible chez deux annonceurs :

« Thai-french backery » 288/5-6 - Nong Bua – Muang Udonthani  - Udonthani 41000 (lat.  17° 25’ 45’’ et long.  102° 48’36’’)

« Zig-Zag restaurant » 333/69 -  Sam Phrao – 2410- Ban Nong Bu – Udonthani 41000

Au Musée d’Udinthani

Au centre d’informations touristiques, place Thung Si Muang (Udonthani)

Et chez l’auteur : udonthanifrancophone@hot;qil.co;

 

(2) 2. Notre Isan : découvrir l’Isan via les blogs

http://www.alainbernardenthailande.com/article-notre-isan-2-decouvrir-l-isan-via-les-blogs-71317647.html

un forum : http://udonthani.les-forums.com/forums/

 

(3) Regrettons l’absence d’une carte développée, due essentiellement à des considérations techniques, mais Patrick y supplée en nous donnant les coordonnées GPS. Ceux que l’utilisation de cet instrument rebute trouverons sans difficultés la carte (bilingue) de Thinknet à une bonne échelle (1/550.000e) beaucoup plus utile que la carte Michelin au 1/1.3700.000eThinknet diffuse par ailleurs un carte (bilingue) sous forme de CD qui atteint un grossissement d’une précision diabolique puisqu’il part d’une échelle de 1.4.000.000e pour descendre, mieux que le cadastre français, au 1/1000e.

Patrick donne aussi le nom des temples en thaï qui est parfois nécessaire pour le trouver.

 

(4) Voir nos articles :

9. La civilisation est-elle née en Isan ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-la-civilisation-est-elle-nee-en-isan-71522720.html

A 327- LE PILLAGE DU SITE DE BAN CHIANG (THAÏLANDE)

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/08/a-327-le-pillage-du-site-de-ban-chiang-thailande.html

A 323 - UDONTHANI, UNE VILLE D'ISAN QUI DOIT SON EXISTENCE À LA COLONISATION FRANÇAISE ET SA PROSPÉRITÉ À LA GUERRE DU VIETNAM.

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/07/a-323-udonthani-une-ville-d-isan-qui-doit-son-existence-a-la-colonisation-francaise-et-sa-prosperite-a-la-guerre-du-vietnam.html

 

(5) Voir nos articles :

LA LÉGENDE INSOLITE DE LA DÉCOUVERTE DES VERTUS DU SEL PAR LES HABITANTS DE L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE)

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/02/la-legende-insolite-de-la-decouverte-des-vertus-du-sel-par-les-habitants-de-l-isan-nord-est-de-la-thailande.html

A 300- LA LÉGENDE INSOLITE DE LA DÉCOUVERTE DU SEL PAR LES HABITANTS DE L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE)

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/02/a-300-la-legende-insolite-de-la-decouverte-du-sel-par-les-habitants-de-l-isan-nord-est-de-la-thailande.html

A 325 - ชาวอีสานไม่ต้องการให้มีเหมืองโปแตชในนาข้าว - LES HABITANTS DE L'ISAN NE VEULENT PAS DE MINES DE POTASSE DANS LEURS RIZIÈRES –

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/07/a-325-les-habitants-de-l-isan-ne-veulent-pas-de-mines-de-potasse-dans-leurs-rizieres.html

 

(6) Cf. Notre article A 411- LES NAGAS DE KHAM CHANOT

http://www.alainbernardenthailande.com/2021/01/a-411-les-nagas-de-kham-chanot.html

(7) Sur le bouddhisme de la forêt voir notre article :

A 239 - LE « BOUDDHISME DE LA FORÊT » OU « LA VOIE DES ANCIENS » DANS LA THAÏLANDE CONTEMPORAINE

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/09/a-239-le-bouddhisme-de-la-foret-ou-la-voie-des-anciens-dans-la-thailande-contemporaine.html

 

 

 

 

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