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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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15 janvier 2023 7 15 /01 /janvier /2023 07:19

 

Le chevalier de La Loubère fut le premier à  nous  donner un aperçu des « arts » au Siam à l’époque d’Ayutthaya sans distinguer d’ailleurs les « arts mécaniques » de ce qu’on appelle « les beaux-arts », distinction au demeurant plus ou moins fictive puisque « artiste » et « artisan » sont deux mots qui ont la même étymologie latine, « ars – artis », toute chose opposée à la nature. Les bâtisseurs anonymes des cathédrales étaient artisans autant qu’artistes.  Il écrit en  1691 à son retour du Siam « j'ai vu dans un de leurs temples une agréable peinture à fresque dont les couleurs étaient fort vives. Il n'y avait nulle ordonnance. Les Siamois & les Chinois ne savent pas peindre en huile, et d'ailleurs ils font  de mauvais peintres. Leur goût est de faire peu de cas de tout ce qui n'est que d'après nature. Il leur semble qu'une imitation juste est trop facile …. » (« Du Royaume de Siam » tome I).  La peinture à Ayutthaya avant sa description par les Birmans en 1767 était essentiellement constituée de peintures murales (et non des fresques) sur les parois des temples, elle était inséparable de l’architecture. S’il en subsista quelques vestiges, il n’en resterait rien : Les artistes utilisaient une technique de peinture à la fresque sèche, rapidement dégradable sous un climat humide. Les plus anciennes peintures murales (จิตรกรรมฝาผนัง - chittrakam faphanang) ne remontent donc qu'au début du XVIIIe siècle. Les plus célèbres, celles de Wat Pho (วัดโพธิ์), datent du dernier quart de ce même siècle. Le chevalier de La Loubère fut le premier à  nous  donner un aperçu des « arts » au Siam à l’époque d’Ayutthaya sans distinguer d’ailleurs les « arts mécaniques » de ce qu’on appelle « les beaux-arts », distinction au demeurant  plus ou moins fictive puisque « artiste » et « artisan » sont deux mots qui ont la même étymologie latine, « ars – artis », toute chose opposée à la nature. Les bâtisseurs anonymes des cathédrales étaient artisans autant qu’artistes.  Il écrit en  1691 à son retour du Siam « j'ai vu dans un de leurs temples une agréable peinture à fresque dont les couleurs étaient fort vives. Il n'y avait nulle ordonnance. Les Siamois & les Chinois ne savent pas peindre en huile, et d'ailleurs ils font  de mauvais peintres. Leur goût est de faire peu de cas de tout ce qui n'est que d'après nature. Il leur semble qu'une imitation juste est trop facile …. » (« Du Royaume de Siam » tome I).

 

 

La peinture à Ayutthaya avant sa destruction par les Birmans en 1767 était essentiellement constituée de peintures murales sur les parois des temples, elle était inséparable de l’architecture. S’il en subsista quelques vestiges, il n’en resterait rien : Les artistes utilisaient une technique de peinture à la fresque sèche, rapidement dégradable sous un climat humide. Les plus anciennes peintures murales (จิตรกรรมฝาผนัง - chittrakam faphanang) ne remontent donc qu'au début du XVIIIe siècle. Les plus célèbres, celles de Wat Pho (วัดโพธิ์), datent du dernier quart de ce même siècle.

 

 

Si les motifs sont toujours directement religieux pour l’édification des fidèles, épisodes de la vie de Bouddha et de ses Jatakas, ses 547 existences antérieures ou épisodes de la légende du Ramakian, on peut parfois retrouver en arrière-plan des scènes de la vie quotidienne, traitées avec plus ou moins de fantaisie.

 

 

Khrua In Khong (ขรัวอินโข่ง)

 

Khrua In Khong (ขรัวอินโข่ง) -  Khrua c’est un moine bouddhiste très âgé -  ou Phra Achan In  (พระอาจารย์อินทร์) a vécu sous le troisième  et le quatrième règne de l’actuelle dynastie  (Rama III : 1824-1851 et Rama IV : 1851 – 1868). Peintre dans son temple, il est considéré comme un artiste majeur sans équivalent sous le règne de Rama IV par ses contemporains, en particulier le Prince Damrong Rachanupap (พระยาดำรงราชานุภาพ).

 

 

Il considéra à ses débuts que la peinture devait traditionnellement  se consacrer à la représentation de figures liées au bouddhisme et ensuite aux enseignements du Dharma en prenant soin de représenter la nature et la végétation en harmonisant les couleurs et en jouant avec la lumière. Son œuvre la plus connue est constituée par les peintures murales ( à l’intérieur de la chapelle d’ordination du temple Bowonniwet  (วัดบวรนิเวศ)  

 

 

...et  de celle du temple Boromniwat (วัดบรมนิวาส)

 

 

 

Jeunesse  et éducation

 

On ignore tout des débuts de sa vie, même l’année de sa naissance. Nous savons simplement qu’il est né dans le sous-district de Bang Chan, district de Mueang, province de Phetchaburi (ตำบลบางจาน อำเภอเมือง จังหวัดเพชรบุรี), sous le règne du roi Rama III.

 

 

Il vint alors à Bangkok et resta longtemps  novice avant d’être ordonné au temple Rachaburana (วัดราชบูรณะ).

 

 

Enseignement de la peinture

 

On ne sait pas où et quand Krua Inkhong a étudié la peinture ? Nous savons toutefois qu’il était introverti et s’enfermait souvent dans sa cellule pour y méditer sur le motif de ses prochaines peintures murales.

 

 

Développement des techniques de peinture occidentales

 

Le règne de Rama III marque le début de l’influence occidentale au Siam tant sur le plan de la culture que sur celui de la technologie, la culture incluant les formes artistiques occidentales. Le peintre va alors s’écarter des anciennes traditions. Krua Inkhong n’est jamais allé en occident mais l’influence des peintures occidentales proviendrait des estampes apportées par des missionnaires ou des missionnaires de l'étranger ainsi que des photographies venues d’Europe, largement diffusées au Siam à cette époque. Pourtant utilisant les techniques de la perspective inconnues jusqu’alors et un choix spécifique des couleurs, de la lumière et de l’ombre, sa peinture devient réaliste, progressiste dit-on d’elle. La troisième dimension entra alors dans la peinture. Il subit très probablement aussi l’influence du futur roi Mongkut qu’il avait rencontré au temple Rachathiwat Worawihan (วัดราชาธิวาสวรวิหาร).

 

 

Le futur monarque étudiant le bouddhisme en profondeur  pour établir la frange Dhammayut (ธรรมยุติ). Il aurait alors proposé au peintre devenu son familier de devenir son peintre attitré. Il fut d’ailleurs le premier peintre siamois à faire un portrait de son roi actuellement conservé au Musée national.   Si ce portrait est souvent reproduit ; nul ne précise quel en est l’auteur ! Il est difficile de faire un inventaire exhaustif de ses pieuvres qui, par définition ne sont pas signées. Le Musée national conserve toutefois son carnet de croquis.  Il eut probablement de nombreux élèves dont un seul nous est connu Phrakhru Kasinsangvorn (พระครูกสิณสังวร) abbé du temple Thong Noppakhun  (วัดทองนพคุณ).

 

 

On ignore les circonstances et la date de sa mort probablement sous le règne de Rama IV et toujours sous la robe safran avant 1910 puisque c’est à cette date que son carnet d’esquisses fut donné à la bibliothèque nationale par l’un de ses élèves, l’abbé du temple Phlapphlachai, (วัดพลับพลาชัย)  à Petchaburi.

 

 

Il fut le peintre officiel du Roi Rama IV.

Ce carnet ressurgit à l’occasion de l’Exposition Royale de l'Artisanat en 2011 (นิทรรศการงานช่างหลวง)

 

 

... exhumé de la bibliothèque nationale. Il se présente sous forme de livre koi (สมุดข่อย), feuilles de papier pliées les unes à la suite des autres.

 

 

Cette exhibition suscita un grand intérêt dans les milieux artistiques qui après l’avoir redécouvert probablement parce qu’ils ne hantaient pas les temples, considérèrent alors notre moine comme le Michel-Ange siamois. Ils ignoraient que celui-ci était à l’inverse de notre moine d’une incommensurable cupidité.

 

 

En tous cas Rama V successeur de son père numéro IV préféra s’adjoindre les services de peintres et d’architectes italiens tous dotés d’un d’immense talent.

 

Revenons sur les constatations du Chevalier de La Loubère : La tradition avant la révolution apportée par Krua Inkhong était irréaliste : Les vagues sur l’eau étaient par exemple dessinées comme des écailles de poisson qui se chevauchent, les arbres avaient l'air d’être artificiels et les personnages se tenaient en des postures hors du naturel.

 

 

Les motifs artistiques dépendaient de l'utilisation de lignes et de couleurs plates sans utilisation de lumière et d'ombre, les objets étaient de la même taille quelles que soient leurs distances relatives, faisant des personnages et des bâtiments seulement deux dimensions et non trois dimensions comme la peinture occidentale. Khrua In Khong a été le premier artiste siamois à utiliser la technique de la perspective tridimensionnelle. N’oublions pas que la technique de la perspective n’a été découverte qu’au XVe siècle par les artistes de la renaissance italienne : ligne d’horizon, ligne de terre et points de fuite, la géométrie est venue au secours de l’artiste.

 

 

Les matériaux de couleur souvent importés de l’étranger se sont améliorés. Khrua In Khong était célèbre pour son utilisation de couleurs monochromes et utilisait souvent des nuances sombres de bleu et de vert ainsi que des nuances claires de bleu, de rose et de blanc et évitait les couleurs contrastées. Il peignait les fonds de couleurs sombres, des tenues masculines en bleu foncé et blanc, tandis que les robes féminines étaient bleu clair ou rose, ce qui rend les personnages doux et douces parmi un fond ombragé qui ressemble à un paysage de rêve.

 

 

S’il changea fondamentalement le style de la peinture murale traditionnelle, Khrua In Khong peignit des sujets principalement liées au bouddhisme puisqu'il est lui-même resté dans la vie monacale probablement jusqu’à sa mort et évidemment influencé par les croyances du Roi sous le patronage duquel il peignait mais le ne négligea pas les sujets profanes.

 

 

Le concept de l’art pour l’art viendra plus tard en Thaïlande. La notion occidentale de l’art pour l’art n’est pas concevable dans la mentalité thaïe. Les arts comme la peinture, ont un même objectif : le didactisme et l’édification du spectateur. Faire faire construire un temple, l’entretenir, faire exécuter et le décorer est certes un acte de piété pour tout pieux bouddhiste pour le commanditaire comme pour l’artiste ou l’artisan s’acquérir des mérites ou acquérir des mérites pour son entourage.

 

 

A la différence de l’Occident, les artistes siamois sont restés le plus souvent des anonymes. Rares à être reconnus, ces peintres sont souvent des moines  - comme l’indique le titre souvent utilisé -  de Phra Acharn - qui vivent le temps de la commande dans le temple. Pour la construction ou la restauration d’un temple dans les villages, la main d’œuvre est constituée des villageois qui possèdent l’habileté manuelle nécessaire mais elle est supervisée par les moines.

 

 

Ne pas avoir conservé le nom des artistes est conforme à la religion qui affirme l’impermanence de toute chose. L’architecture, la sculpture, la peinture ne sont pas faits pour durer. Seule compte la dévotion que doit transmettre aux pieux laïcs tout artiste, notamment les peintres. La peinture siamoise est avant tout un art didactique et édifiant dont les thèmes sont choisis par les religieux. Par ailleurs personne ne pouvait penser que tel temple, telle sculpture, tel meuble puisse subsister dans un pays où le climat éprouvant et les diverses agressions –pollution, humaines- rendaient inévitable la dégradation  voire les disparitions des œuvres anciennes. 

 

 

Il est encore un phénomène qui étonne toujours en notre siècle les esprits occidentaux. Si le nom des artistes qui en sont à l’origine d’une construction et de la décoration d’un bâtiment religieux, architectes, peintres et sculpteur restent toujours anonymes, il n’en est pas de même des noms des commanditaires qui restent toujours fièrement affichés.  La chapelle d’ordination du temple du milieu (วัดกลาง) de mon village, Huaymek (หวยเม็ก) a été reconstruite au début du siècle. Une plaque nous indique le montant des dons d’une famille, le plus important est de 99.999  bahts,

 

...une autre est plus modeste, 35.000, mais il y en a beaucoup…mais nous ignorons le nom de l’architecte, du sculpteur et du peintre des vies de Bouddha à l’intérieur.

 

 

Le temple PhraPhutthabatNamthip  (วัดพระพุทธบาทน้ําทิพย์) dans le district forestier (ภูพาน) de Phuphan dans la province de Sakon nakhon (สกลนคร) est un très ancien temple qui abrite une très sainte empreinte du pied de  bouddha. 

 

 

Cette galerie située à l’extérieure de l’enceinte comporte une centaine de statues de Bouddha d’une éclatante blancheur édifiée en 2004.

 

 

Sur le socle de chacune d’elle le nom du donateur pour en général 25.000 bahts.

 

 

Je ne multiplie pas les exemples.

Cette pratique des peintures murales s’est estompée à la fin du XIXe siècle bien que de nombreuses chapelles comportent des scènes de la vie de Bouddha reproduites à l’acrylique avec plus ou moins de talent mais toujours avec la mention du nom du commenditaire, « maître de l’image » (เจ้าภาพ)  le plus souvent, les couleurs acryliques sont cirardes, ainsi le temple de Plailaem (วัดปลายแหลม) sur l’île de Koh Samui  (เกาะสมุย) mais le temple est riche sinon richissime et les artistes sont rarement bénévoles.

 

 

Phaibun Suwannakut (ไพบูลย์ สุวรรณกฏ)1925- 1982 - donna une nouvelle vie à la peinture murale en travaillant bénévolement pour les temples mais aussi pour de nombreux bâtiments civils , le plus souvent des hôtels de luxe (1).

 

A partir de 1939, quand le Siam devient la Thaïlande, les arts qui jusque-là étaient généralement placés sous le patronage royal vont s’émanciper grâce à l’évolution de la société et ainsi le pays fit connaissance avec l’art abstrait.  J’ai beaucoup aimé cette toile inspirée par le tsunami de 2004.

 

 

Il existe certes des galeries et des marchands de tableaux dans ce pays mais il ne semble pas que le marché soit (encore ?) pollué par un mercantilisme spéculatif. Certains artistes contemporains se vendent cher mais c’est le prix du travail, du talent  et de la notoriété et non de l’imposture du barbouillage.

 

 

Il me faut évidement signaler le magnifique article de Paul McBain, de l'Université Thammasat, que je viens découvir après avoir programmé ce bien modeste article : The Murals of Khrua In Khong - Enlightenment is Happening Everywhere dans le numéro du mois de décembre 2022 du Journal of the Siam Society. Il est aussi remarquablement illustré et repose sur une énorme bibliographie

 

 

Note 1

 

A 449 - PHAIBUN SUWANNAKUT (ไพบูลย์ สุวรรณกฏ) ET LA RENAISSANCE DE LA PEINTURE MURALE TRADITIONNELLE

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2021/10/6170dab1-ad49.html

 

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18 décembre 2022 7 18 /12 /décembre /2022 03:21

 

La majorité des habitants des villes ou des villages qui bordent le Mékong voue un culte particulier à  ces deux déesses. Leur culte déborde d’ailleurs sur les autres provinces du Nord-est mais – semble-t-il – nulle part ailleurs dans le pays. De multiples sanctuaires leurs sont consacrés appelés tantôt San Chaomaesongnang (ศาลเจ้าแม่สองนาง) tantôt Ho Chaomaesongnang (หอเจ้าแม่สองนาง) le sanctuaire ou la chapelle des deux déesses.

Ils sont totalement inconnus des bons guides touristiques car n’ayant en général aucun aspect architectural exceptionnel. Ce sont pourtant de ces lieux où soufflent l’esprit et la foi. Une légende s’attache à chacun de ces sanctuaires, en général longuement reproduite sur un panneau à l’entrée de ces lieux de culte. Ce sont des légendes locales qui peuvent varier en fonction de leur migration au fil des siècles.

 

 

 

 

Comment se nomment-elles ?

 

Elles sont parfois simplement nommées « les deux princesses » (นางศรีสอง). Leurs noms varient en fonction des légendes mais ne me semblent pas significatifs. J’ai pu relever les Princesse Matri et Siwan (นางมัทรี -  นางศรีสุวรรณ) ,   les  Princesses Khamphaeng et Khamphan (นางคำแพง - นางคำพัน), les Princesses Lun et La (นางลุน – นางหล้า), les Princesses Lao et (นางเหลา – นางเทา), les Princesses  Princesse Buangoen et  Buathong (นางบัวเงิน  -   นางบัวทอง) c’est-à-dire lotus d’argent et lotus d’or, deux Princesses Hom (นางหอม) c’est-à-dire à l’odeur suave , ce nom unique laisse à penser qu’il s’agit de jumelles, Princesses Phi et Nong (นางพี่ นาง น้อง) ce qui laisse à penser qu’elle ne sont pas jumelles puisque cela signifie aînée et cadette, les Princesses Phimpha et Lomchoima  (นางพิมพา – นางลมโชยมา), les Princesses Koeng  et Thong  (นางเกิ้ง – นางทอง),  les Princesses Bua et Bang (นางบัว นางบาง), les Princesses Mat et Hui  (นางหมัด นางฮุย) ou encore les Princesses Phim et Pa (นางพิม – นางพา). Restons en-là, peu importe leur nom. Avant d’accéder à la divinité, elles furent deux princesses de sang royal, jumelles ou pas.

 

 

 

Quelques sanctuaires

 

Ils jalonnent les provinces situées sur les rives du Mékong, Loei, Nongkhai, Bungkan, Nakhon Phanom et Mukdahan amais mais on les trouve aussi à l’intérieur, en particulier à Khonkaen, Mahasarakam, Udonthani, Yasothon, Roiet, Ubonrachathani et probablement partout ailleurs.

Leur implantation n’est pas toujours liée à un lieu de culte bouddhiste : le plus célèbre, celui de Mukdahan (มุกดาหาร) est situé au bord de la jetée d’embarquement de la navette qui traverse le fleuve dite jetée de la douane (ท่าเรือด่านศุลกากร), emplacement symbolique puisque les déesses protègent en particulier contre les dangers de la navigation. C’est dans un naufrage qu’elles périrent.

 

 

 

Celui de Bungkan (บึงกาฬ)

 

 

...est situé à l’entrée de l’hôpital, c’est parlant.

 

 

Celui de Khonkaen (ขอนแก่น) au bord du lac

 

 

...dans un nid de verdure,

 

 

...ouvert aux oiseaux et aux écureuils.

 

 

Dans la province de Nakhon Rachasima (นครราชสีมา) et le district de Phimai (อ.พิมาย) dans une vaste forêt :  la chapelle est modeste

 

 

mais située à l’ombre d’un ficus géant dont l’arbre mère serait âgé de plusieurs siècles et les ramifications s’étendent sur environ 1500 mètres carrés

 

 

Elles ont leur chapelle dans l’enceinte de l’école Koeng witthayanukun (โรงเรียนเกิ้งวิทยานุกุล) du village de Koeng (บ้านเกิ้ง) dans la province de Mahasarakham (มหาสารคาม). Parmi leurs vertus elles ont celle de favoriser les réussites aux examens.

 

 

Celui qui est situé dans l’enceinte d’un hôtel de luxe de Khonkaen a probablement pour but de susciter l’augmentation de la clientèle ?

On peut en effet leur consacrer une place sur l’autel domestique (thaen bucha – แท่นบูชา que l’on trouve dans tout maison qui se respecte.

 

 

 

Le premier situé dans un temple en amont au bord du Mékong est situé dans la province de Loei (เลย). C’est un modeste édifice dans l’enceinte du temple qui porte leur nom le wat Sisongnang (วัดศรีสองนาง) dans le district de Chiangkhan (อ.ชียงคาน).

 

 

Elles ont leur chapelle dans l’enceinte du Wat Haisok (วัดหายโศก) à Nongkhai (หนองคาย).

 

 

Nous savons – c’est la seule légende qui en fait état - qu’elles devinrent après leur mort Nakhi (นาคี), version femelle des Nagas protecteurs (นาค) qui vivent dons les profondeurs du Mékong.

 

 

Un chédi porte leur nom (เจดีย์ศรีสองนาง) dans l’enceinte du Wat Klang  (วัดกลาง) dans le district de  Sichiangmai (อำเภอศรีเชียงใหม่) dans la même province. C’est là où auraient été enfoui leurs cendres après leur  crémation.

 

 

Les légendes rejoignent-elles l’histoire ?

 

Elles varient toutes sensiblement mais toutes ont un tronc commun qui nous rattache de près ou de loin à l’histoire du royaume de Lan Chang (ล้านช้าง), le royaume du grand Chetthathirat (พระเจ้าชัยเชษฐาธิราช) dont le territoire occupait alors les deux rives du Mékong.

 

 

Les chroniques du royaume nous apprennent qu’en 1564, il s’est rendu en descendant le Mékong, restaurer le chédi de Phra That Phanom (พระธาตุพนม) situé sur les rives du fleuve en amont de la ville de Mukdahan qui est toujours le lieu le plus sacré du bouddhisme dans le Nord-est de la Thaïlande et du Laos et les pèlerins y affluent toujours en masse des deux rives du fleuve.

 

 

Il était accompagné de ses deux petites filles, peu importe leur nom, respectivement nées en 1561 et 1562 qui périrent lorsque l’embarcation chavira dans les rapides du fleuve. Je préfère cette version de deux innocentes mortes accidentellement à l’occasion d’un pieux pèlerinage. D’autres versions, plus guerrières, les font accompagner leur père alors qu’elles étaient adultes lors d’une opération militaire conduite par leur père contre le roi siamois d’Ayutthaya, Chetthathirat (พระเจ้าชัยเชษฐาธิราช).

 

 

La déification de deux gamines innocentes me semble plus adaptée à une déification que celle de deux guerrières ! Les habitants virent apparaître leurs esprits à l’endroit du naufrage, probablement à Sichiangmai et de là, la légende et leur culte se répandit. Il en est ainsi depuis cinq siècles et partout s’édifièrent des temples, des chédis et des sanctuaires pour honorer les deux déesses qui de leur paradis, font tomber des pluies de rose sur ceux qui invoquent leurs bienfaits…

 

 

 

 

 

 

Le sanctuaire de Mukdahan

 

Le sanctuaire de Mukdahan est assurément le plus connu et le plus fréquenté. Situé sur le port, une navette effectue plusieurs fois par jour le trajet depuis le Laos.

 

 

Les habitants du Laos viennent faire leurs emplettes et accomplir leurs dévotions. On vient de très loin de Thaïlande au très célèbre marché indochinois (ตลาดอินโดจีน) ou se pratiquent moins d’arnaques que celui de Nongkhai, véritable piège à touristes.

 

 

On y trouve tout et le contraire de tout et des  statuettes des déesses évidement.

 

 

La province est par ailleurs un haut lieu du tourisme essentiellement thaï Les foules se pressent à Phra That Phanom vénérer les reliques de Bouddha et le très célèbre temple Simongkhonthai (วัดศรีมงคลใต้) qui abrite une statue de Bouddha

 

 

...découverte miraculeusement au pied du gigantesque ficus religiosa, le figuier des pagodes  l’arbre de la bodhi (ต้นโพธิ์), sacré chez les bouddhistes et mitoyen du sanctuaire.

 

 

Le temple est signalé dans les bons guides touristiques mais  ceux-ci négligent le sanctuaire qui est de l’autre côté de la rue et les pèlerins y affluent plus encore qu’au temple. Le sanctuaire est un modeste hangar qui serait placé sous la responsabilité de bouddhistes chinois. Il abrite une statue grandeur nature des deux déesses sœurs qui portent ici les noms de Phimpha et Lomchoima.

 

 

On leur demande fertilité, sécurité, protection  contre les dangers, élimination des catastrophes, réussite aux examens, éviter la conscription.

On les fêtes à Mukdahan tout au moins deux fois l’an : les grandes fêtes du 11e jour du 6e mois lunaire puis du 13e jour du 11e mois lunaire mobilisent la population et toutes les autorités. Ces cérémonies n’ont rien de bouddhiste et ne doivent pas avoir lieu un jour de fête bouddhiste.

 

 

Elles sont égayées par des courses de pirogues.

 

 

Les deux déesses sont évidemment inondées d’offrandes, fleurs, bâtonnets d’encens, fruits et desserts puisqu’elles passent pour être gourmandes de sucrerie

 

 

 

 

 

 

L’université de Mahasarakham a une cellule qui s’intéresse à la conservation de ce patrimoine culturel

L’universitaire Narongrit Sumali (ณรงค์ฤทธิ์ สุมาลี) chargé de cours à l’Université de Nakhon Phanom est l’auteur d’un très bek et surtout très érudit article en thaï The Chao Mae Song Nang : Signification of Belief and the Role in Empowering Local Power  (เจ้าแม่สองนาง : การสร้างความหมายของความเชื่อ และบทบาทการเสริมพลังท้องถิ่น) publié dans le journal  académique Praewa Kalasin et numérisé :

http://praewa.ksu.ac.th/new2017/file/20170317_1870305696.pdf

 

 

 

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4 décembre 2022 7 04 /12 /décembre /2022 04:04

 

 

Il ne s’agit pas d’un temple mais d’un chédi accolé à une chapelle d’ordination de construction récente remplaçant un bâtiment en bois d’origine délabré au milieu d’une enceinte   Son nom thaï signifie « Saint chédi en l’honneur de deux amours » mais ne révèle pas les raisons de sa construction. C’est en réalité un monument en l’honneur de l’amitié entre deux pays et haine à la guerre. Cela est si vrai que dans l’enceinte, il est interdit de porter des vêtements rouges, ou de porter quel qu’objet rouge que ce soit, 

 

 

...couleur qui rappelle celle du sang que font couler les guerres.

 

 

 

L’accès en est interdit aux femmes.

 

 

Elle abrite une petite statue de Bouddha.

 

 

Il n’y pas de moines présents et l’entretien en est assuré par les habitants car il s’agit d’un lieu de culte parmi les vénéré du Nord-est. Il est le symbole de la province de Loei (เลย).

 

 

Situé à une vingtaine de kilomètres au sud de la frontière actuelle avec le Laos, là où la frontière se situait à l’époque, dans le district de Dansaï (ด่านซ้าย) qui fut sn partie occupé par les Français jusqu’au traité du 23 mars 1907.

 

 

Le royaume du Lan Xang occupait alors toute une partie de la rive droite du Mékong, aujourd’hui thaïe.

 

 

Il est classé comme monument historique depuis 1935 non tant pour son aspect architectural qui rappelle le Phrathat Phanom (พระธาตุพนม), que pour sa valeur symbolique.

 

 

.  

 

La légende

 

Il serait dommage qu’une légende ne soit pas attachée à ce monument.  C’est celle de  Chao Phokuan et son épouse  Chao Maenangthiem (เจ้าพ่อกวน -  เจ้าแม่นางเทียม) : Entrés dans le tunnel établi lors de la construction des fondations du monument, ils furent oubliés par les artisans qui fermèrent le tunnel où ils moururent. Ce sont leurs esprits qui veillent et gardent le chédi. Cette légende explique que des couples s’y rendent en pèlerinage pour confirmer leur amour commun ou des célibataires espérant trouver l’âme sœur.

 

 

La réalité historique

 

La stèle qui raconte les circonstances de l’événement et la cérémonie de l’inauguration a été reconnue et sommairement déchiffrée par Aymonier qui l’a datée de 1563. (Le groupe d’Angkor et l’histoire – 1904). C’est la déclaration de l’amitié entre le royaume thaï, le royaume du million d’éléphants (Lan Chang - ล้านช้าง) c’est-à-dire le Laos. La stèle porte du côté du Laos des caractères de l’alphabet Dhamma (อักษรธรรม) et de l’autre du côté d’Ayutthaya des  caractères khmers (อักษรขอม). Il marque les limites entre les deux royaumes. La stèle, ce qui est précieux mais rare en matière d’épigraphie, marque sa date, l’année du pigeon, le sixième mois de la lune croissante. Ce qui se traduit plus clairement par 1563. Quelles reliques ont été enfouies dans le chédi ? De l’or probablement et probablement aussi des reliques de Bouddha. Elle  est un appel à la paix en termes très hyperboliques entre les descendants des descendants et leurs petits-enfants. Cette alliance était aussi destinée à unir les forces des deux royaumes face à l’expansionnisme des Birmans.

 

 

Elle correspond au règne de Chetthathirat (Phrachaochaichetthathirat - พระเจ้าไชยเชษฐาธิราช) au Laos

 

 

....et de Chakraphat à Ayutthaya (somdetphramahachakraphat – สมเด็จพระมหาจักรพรรดิ).

 

 

La stèle fut emportée part Pavie alors que Dansaï appartenait encore au Laos français et se trouve actuellement....

 

 

...en petits morceaux au Musée Ho Phrakaeo (พิพิธภัณฑ์หอพระแก้ว) à Vientiane,

 

 

un ancien temple devenu musée de l’art religieux, là où se trouvait le  célèbre Bouddha d’émeraude présentement à Bangkok.

 

 

Celle qui se trouve dans l’enceinte est une reproduction à l’identique que’ l’on  doit à Phra Kru Lun (พระครูลุน) abbé du temple voisin de Ban Na Thum (วัดบ้านนาทุ่ม). Elle est connue sous le nom de Charuek Wat Phrathat sisongrak (จารึกวัดพระธาตุศรีสองรัก)

 

 

La cérémonie annuelle, le festival de Phrathat sisongrak, (งานสมโภชพระธาตุศรีสองรัก) est célébrée le 15e jour de la lune croissante du 6e mois lunaire c’est-à-dire en mai. Les habitants du district de Dan Sai et de toute la province viennent honorer les reliques.

 

 

Ils  apportent en procession ce qu’on appelle en dialecte local le petit arbre à abeilles ou le grand arbre à abeilles  (tonphueng ou tondokphoeng - ต้นผึ้ง ou ต้นดอกเผิ่ง). Il s’agit d’un petit édifice en bambou dont la forme peut varier. 

 

 

Il est décoré de fleurs d’abeille (dokphung – ดอกผึ้ง) formées à partir de tranche de bougies rondes arrangées en pétales.

 

 

Ainsi gagne-t-on des mérites.

 

 

L’enceinte du monument est trop petite pour contenir la foule.

 

 

Les querelles frontalières entre les deux pays se sont terminées avec la « guerre des collines » en 1987-88. Aujourd'hui ?  Il règne l'harmonie la plus douce entre les deux pays.

Ils sont maintenant reliés étroitement par des ponts sur le grand fleuve Mékong qualifiés de « ponts de l'amitié » (สะพานมิตรภาพ), le premier construit en 1994. 5 Sont aujourd’hui construits et deux autres en projet 

 

 

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27 novembre 2022 7 27 /11 /novembre /2022 02:45

 

 

L’histoire de Thao Khulu et Namg Ua  (ท้าวขูลู et นางอั้ว) est une légende de la littérature populaire dont on ne connaît pas l’auteur. Elle s’est transmise de génération en génération avant que l’on en connaisse au moins une version écrite en écriture traditionnelle de l’Isan sur feuille de latanier 

 

 

...au temple de Nam Kham Daeng (วัดน้ำคำแดง) situé dans le sous district de Toei, district de Muang Samsipcho, province d’Ubon Ratchathani (ต.เตย - อ.ม่วงสามสิบ -จ.อุบลราชธานี).

 

 

 

Chaque  district a sa propre  version  mais elles sont toutes plus ou moins similaires et lourdes de symboles. Elle reste une histoire d’amour entre les deux protagonistes ; En des temps anciens,  il y avait deux villages voisins, l’un appelé Ban Khokkong (บ้านโคกกง), le village sur la colline ronde où était situé un verger d’orangers et l’autre Ban Thungmon (บ้านทุ่งมน), le village au milieu des champs ce qui ne nous éclaire guère sur leur localisation précise. Dans  chacun d’eux, deux familles vivaient en parfaite amitié et s’étaient promis que lorsqu’ils auraient des enfants. Ils resserreraient  Un jour, la dame Nang Kasi (นางกาสี) de Ban Khokkong alors qu’elle recevait la visite de sa voisine, lui interdit d’aller cueillir une orange au motif qu’elles n’étaient pas mures. Sous ce prétexte qui n’était peut-être pas futile, la discorde régna entre les voisins qui se jurèrent que leurs enfants, s’ils en avaient, ne se marieraient pas entre eux. Dix-huit ans plus tard, Nang Kasi avait donné le jour à un fils appelé Khulu et sa voisine à une fille appelée Nang Hua. Les enfants grandirent. Un jour, ils se rencontrèrent lors d'un festival et tombèrent amoureux. « Oh Nang Ua, tu es si belle. Je t’aime. Je t'épouserai ». « Je t'attends » répondit Nang Ua.

 

 

Quelques jours plus tard, dit à sa mère et à son père : « Je veux épouser Nang Ua. Veuillez parler à ses parents pour moi ». La mère et le père refusèrent sans discussion possible. Pour couper court, les parents de Nang Ua, tout aussi furieux, projetèrent de marier leur fille à un riche notable voisin, Khun Lang (ขุนลาง). Les deux familles leur interdirent de se rencontrer. Les parentes de Nang Ua commencèrent les préparatifs du mariage. Nang Ua pensait : «  Je ne peux pas épouser un autre homme. Je n'aime que Tao Kulu. Si je dois épouser un autre homme, je me tuerai ». Le jour du mariage, Elle prit son foulard jaune et se  pendit. Lorsque Kulu l’apprit et vit sa dépouille,  il eut un immense chagrin et se dit « Oh ma chérie, pourquoi as-tu fait ça ? Pourquoi? Pourquoi? Comment puis-je vivre sans toi, ma chérie ? »  Puis il sortit  son épée et se suicida.

 

 

Les deux familles eurent grand peine. Ils voulurent faire quelque chose de bien pour leurs enfants alors ils les enterrèrent côte à côte. Sur leur tombe, deux fleurs poussèrent immédiatement. L’une s’appelle Dok Kulu (ดอกกูลู)

 

 

et l’autre Dok Nang Ua (ดอกมางอัว). Les villageois pensent que la tige jaune de cette dernière et que la petite tige de l’autre représente l’épée utilisé par Kulu pour se donner la mort.

 

 

Ces deux fleurs, de très rares orchidées sauvages, poussent toujours ensemble pendant la saison des pluies dans de nombreuses provinces de la région du Nord-est et leur parfum à la tombée du jour est suave.

 

 

Il ne faut évidemment pas voir dans cette légende une histoire de Roméo et Juliette avant la lettre. Signalons au passage que cette tragédie  avait été traduite en thaï par le roi Rama VI.

 

 

Elle est significative des croyances toujours vivantes dans le Nord-est où le bouddhisme côtoie l’animisme et où la croyance en l’esprit des plantes est tenace. Un rituel qui semble avoir aujourd’hui disparu, pour résoudre les questions d’amour et de choix du partenaire entre Khulu, Nang Ua et Khun Lang, était conduit par un chaman qui faisait des offrandes à Phaya Thaen (พญาแถน)

 

 

...un esprit céleste protecteur et bienveillant que certains assimilent au Dieu Indra (พระอินทร์). Il ne faut pas oublier que les deux amoureux qui se sont donné la mort ont commis une faute grave selon les préceptes bouddhistes qui interdisent de prendre la vie de quiconque.

 

 

Intervient ici l’apparition spontanée sur les tombes jumelles de ces précieuses orchidées sauvages. Nous sommes loin de la conception pyramidale, occidentale et traditionnelle du monde : les roches qui sont, les plantes qui sont et qui vivent, les animaux qui sont, qui vivent et qui ont des sentiments, et les êtres humains qui sont, qui vivent, qui ont des sentiments et qui possèdent l'intelligence.

 

 

Dans les croyances traditionnelles toujours vivaces, les plantes, les animaux, les rizières, ont un esprit, un génie protecteur appelé khwan (ขวัญ),  je n’ose dire une âme, auquel on rend hommage et auquel on fait les offrandes rituelles.

 

 

Par ailleurs, l’un des villages est situé au milieu d’un verger d’oranger et l’autre des rizières.

 

 

Ces plantations symbolisent l'environnement qui s’impose aux êtres humains. Ensuite, cette végétation, arbres ou rizières, sont le symbole bouddhiste des piliers du ciel, lien entre le monde terrestre et celui des cieux. Les études récentes sur l’intelligence des plantes sont révélatrices du pouvoir puissant et mystique des plantes qui dépasse encore la compréhension humaine.

 

 

Ces résultats suggèrent que ces légendes impliquent que les humains ne doivent pas profiter de la nature car ils ne la surmonteront jamais. Et n’est-ce pas le cas de la cueillette d’un fruit qui n’est pas à maturité, une offense évidente à l’esprit de l’arbre ?

 

 

 

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13 novembre 2022 7 13 /11 /novembre /2022 04:32

 

La toponymie dans la Thaïlande profonde repose souvent sur de vieilles légendes ayant parfois un fondement historique. Il en est ainsi d’un petit village de la province de Mahasarakham (มหาสารคาม) appelé Ban Songnangyaï (บ้าน ส่องนางใย) que l’on peut traduire par le village ou brille la dame au fil de soie. 

On trouve encore sur le territoire de ce village traversé par une rivière avec une rive en forme de bassin un lieu-dit Kut Nang Yaï (กุดนางใย) ce qui en thaï standard signifie la fin de Nang Yaï mais en dialecte local,  Kut est aussi une source ou un bassin, traduction plus plausible puisque c’est de la que partait l’alimentation en eau la ville de Mahasarakham, le bassin de Nang Yaï.

 

Les deux traductions ne sont pas incompatibles puisque c’est là que Yaï a terminé sa vie. Cette légende est bien une légende  mais elle est significative de ces croyances populaires qui sont loin d’être oubliées. C’est une fable en dehors du réel certes mais doit-on s’en étonner dans ce pays profond ou les croyances bouddhistes sont mêlées d’indouisme, de brahmanisme et d’animisme, où la croyance aux fantômes, multiples, bienfaisants ou malfaisants, aux créatures célestes et aux esprits qui gitent dans les arbres et les animaux ? Nous devons faire abstraction de nos esprits occidentaux imprégnés de cartésianisme pour mieux comprendre – ou tout au moins essayer – les Thaïs qui nous entourent. Il y a d’ailleurs de cette fable une leçon à tirer comme on le fait dans une salle d’école.

 

Voici comment les habitants racontent comment leur village et le bassin ont reçu leur nom.

 

Il y a bien des années, avant que le village  ne soit  construit, deux familles vivaient au bord de la rivière. Dans la première, une mère vivait seule avec son fils appelé Chum (จุ๋ม). Dans l'autre, un père vivait seul avec sa fille nommée Yai (ใย) ce qui signifie fil de soie. C’étaient deux familles de riziculteurs qui vivaient en bonne intelligence et s’entraidaient en  bons voisins. Quand ils eurent l'âge, Chum et Yaï se marièrent et vécurent heureux après avoir construit leur maison entre celles de leurs parents.

 

Chum et Yai étaient très heureux ensemble et ils ont construit une nouvelle maison sur le canal entre les maisons de leurs parents. Un jour,  Chum dut se rendre à Khon Kaen pour affaires et avant de partir, dit à Yai : « Je serai absent plusieurs jours. Si tu as besoin d'aide, ma mère se fera un plaisir de vous aider ». Elle le remercia mais lui dit qu’elle n’aurait pas besoin d’aide. Toutefois, soucieux, il dit à sa mère : « Pendant mon absence, vas-tu t'assurer que Yaï va bien. Elle est jeune et je n’aime pas la laisser seule. Puis Chum dit la même chose au père de Yaï. 

 

Cette nuit-là, la mère de Chum entendit un bruit provenant de la maison de son fils. Elle regarda par la fenêtre et vit une lumière provenant, ainsi que le bruit, de la chambre de Yaï. Il était d'usage alors d’éteindre la lumière dès le coucher. Le lendemain matin, elle demandé à Yaï. « Qu'as-tu fait cette nuit, Yai ? ». Celle-ci répondit « Je n'ai rien fait ». Elle ne la crut pas mais ne savait que faire. La nuit suivante et toutes les nuits qui suivirent, la mère de  Chum vit la lumière et entendit le bruit provenant de la chambre de Yaï. Chaque matin, elle posait la même question : « Qu'as-tu fait cette nuit, Yai ? » Et chaque matin, Yaï donnait la même réponse.

La mère de Chum ne savait pas pourquoi Yai lui mentait. Aussi, la dernière nuit avant le retour de Chum, elle alla chez lui et regarda la chambre de Yai à travers un trou dans le mur. Elle vit Yaï assise au milieu de la pièce derrière un métier à tisser dans la pièce et elle tissait de la soie. Elle utilisait sa main droite pour tirer un nouveau fil de soie de sa bouche ! La mère de Chum fut étonnée, regarda à nouveau Yaï retirer le fil de sa bouche. Elle ne put pas le croire, alors regarda à nouveau. La soie n'était pas ordinaire, c'étaient des fils d'argent et d'or ! 

 

Elle cria alors « Oh ! Yaï, qu'est-ce que tu fais ? ». Alors, la lumière s’éteignit et le bruit s'arrêta. Ne pouvait faire sortir Yaï de sa chambre, elle retourna chez elle en pensant que c’était une sorcière.  Lorsque Chum revint, il alla d’abord saluer sa mère qui lui raconta ce qu'elle avait vu : « Chaque nuit, il y avait de la lumière dans la chambre de Yaï, mais quand je lui ai demandé pourquoi, elle ne m'a pas répondu. Hier soir, je suis allé chez toi et j'ai vu Yaï tisser. Elle tissait de la soie, mais le fil ne sortait pas d'une bobine, il sortait de sa bouche, et c'était de l'argent et de l'or. … Chum, tu dois faire très attention, Yaï est certainement une sorcière. » Chum ne sut pas s'il devait croire sa mère ou non, alors il rentra rapidement chez lui. Il chercha sous sa maison le métier à tisser.

 

Il faut préciser que les maisons traditionnelles étaient construites sur piliers que les pièces à vivre se trouvaient toujours à l’étage. L’espace au sol entre les piliers abritait en général le métier à tisser

Le métier n’y était pas alors qu’il y avait toujours été. Il entra chez lui  et regarda dans la chambre de Yai. Yai n'était pas là, mais une partie de son métier y  était. Chum commença à se demander : « Se peut-il que Yaï soit vraiment une sorcière ? Comment le savoir ? ». Au retour de Yaï, il lui demanda  « Yaï, qu'as-tu fait chaque nuit ? ». Elle ne lui répondit pas et lui jeta un regard furieux. Il pensa alors qu’elle était bien une sorcière. Il lui dit « Yai, tu ne peux plus vivre dans cette maison. Tu ne réponds pas à mes questions et tu as menti à ma mère. Pars, je ne veux plus jamais te revoir ». 

 

 

Yai était triste, mais elle ne pleura pas. Elle sortit lentement de la maison, et toute la journée se promena dans les champs, ne parlant à personne puis elle se jeta à l'eau dans le bassin et sy noya.  Quand son père l’apprit, il dit à Chum : « Tu as tué ma fille. Tu ne lui a pas fait confiance, tu as cru ta mère plus que ta femme. Yaï t'a été fidèle, Et maintenant, elle est morte.

 

Puis il partit et personne ne l'a jamais revu. Chum retourna chez lui, il était triste. Il chercha le métier à tisser mais il avait entièrement disparu. Il ne put le trouver nulle part. Il pensa : « Si Yaï tissait, il y aura du tissu quelque part », mais il n'en trouva pas. Seul et inquiet, Il ne savait pas si Yaï était une sorcière ou non. N’ayant plus goût à rien, Il ne pouvait plus travailler, se promenait tout le temps dans la campagne et même la nuit, il ne s'arrêtait pas de marcher. Une nuit au clair de lune, il marchait près du bassin où Yai s'était noyé. Il regarda dans l'eau, et il lui sembla que Yaï tissait au fond de l’eau. Il courut chercher ses voisins, et ils virent la même chose. 

 

Personne ne savait quoi croire. Cependant, chaque nuit au clair de lune, ils pouvaient voir Yaï tisser dans le bassin mais le jour, il n'y avait rien que de l'eau et quelques poissons.  Chum changea et ne s’inquiéta plus. Il devint un riche fermier et, bien des années plus tard, il raconta à ses enfants la triste histoire de sa première épouse et elle se répandit dans les environs.

Le bassin reçut alors son nom ainsi que le village qui se construit peu à peu.

Beaucoup encore aujourd’hui vont au bord du bassin les nuits de pleine lune et sont persuadés d’y voir Yaï tisser. Seul Chum savait probablement qui était réellement sa femme et ce qui lui était arrivé, rongé par le remord  mais il ne l'a jamais dit à personne, pas même à ses enfants.

 

 

Comme il se doit, cette fable fait l’objet de multiples versions en édition populaire ou de montages vidéo,

 

 

l’un des meilleurs est le dessin animé 2D intitulé « กุดนางใย » qui fait partie de l'étude du projet de sciences de l'information 2 organisé par M. Apiwat Tulthaisong, étudiant au département des sciences de l'information. Faculté des sciences de l'information de l’Université Mahasarakham

 

 

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6 novembre 2022 7 06 /11 /novembre /2022 05:45

 

Cette légende qui a probablement un fonds historique se situe dans le temps à une époque incertaine, probablement à l’époque du royaume d’Ayutthaya (1351 – 1767) et dans l’espace plus précisément dans ce qui est aujourd’hui la province d’Udonthani (อุดรธานี) l’une des plus importantes de la région du Nord-est (Isan – อิสาน), dans quatre mueang (cités) devenus aujourd’hui des districts (amphoeอำเภอ) ou des sous districts (tambonอำเภอ)  : Mueang Phen (เมืองเพ็ญ la cité de Pheng) s’appelait alors Mueang Nongpedphowiang (หนองเป็ดโพธิ์เวียง). Elle avait pour voisines Mueang  Nongkhai (เมืองหนองคา), Mueang Phungoen (เมืองภูเงิน) aujourdhui Nong Bua Lamphu (หนองบัวลำภู), Mueang Nonghan (เมืองหนองหาน). Ces villes qui ne devaient avoir la taille que d’un village, il est difficile de parler de royaume, étaient dirigées par des princes (chao เจ้า).

 

 

Il est vraisemblable qu’ils étaient comme dans les cités de la Grèce antique, souvent en conflit… La preuve ….

Sur la cité de Nongpedphowiang régnait le prince Worapita  (พระวรปิตตา) marié à la princesse Chantra (พระนางจันทราla princesses de la lune).

Ce règne était paisible pour le plus grand bonheur de la population. Le prince était un  pieux bouddhiste, ne croyait pas aux vertus des guerres, iI n'aimait pas les armées. Il savait que c'était mal de tuer. Il disait à son peuple  : «  Bouddha nous enseigne à ne pas faire le mal. Il nous enseigne à ne pas suivre les voies de la plupart des gens dans le monde, mais à faire du mérite ». Il décida donc que sa cité n’aurait pas d’armée.

 

 

La princesse donna le jour à une fille resplendissante de beauté, belle comme la pleine lune (nous dirions aujourd’hui belle comme le jour). Elle était leur seule enfant. On lui donna donc le nom de princesse Phen (างเพ็ญprincesse pleine lune). La princesse grandit en âge, en sagesse et en beauté et cette réputation déborda bien au-delà les frontières de la cité. C’est alors que plusieurs princes de cités voisines prétendirent à son alliance. Le prince  Khattiyarat (เจ้าชายขัดติยะราช) de la lointaine cité de Fainuea (เมืองฝายเหนือ) proche de Chiangmai, fils préféré et réputé pour sa beauté du prince Thao Khamsing (ท้าวคำสิงห์) et de la princesse Nang Khiaokhom (นางเขียวค่อม), le prince qui dirigeait la cité de  Nonghan, Thao Chaiyasena (ท้าวสุริยน) et le prince Chiangngam (เจ้าชายเชียงงาม), de la cité de Muang Phugoen (เมืองภูเงิน). Le prince Worapita était désemparé car chacun des trois prétendants conduisait une armée pour investir sa ville. Ils avaient convenu qu’il devraient tous se rendre à Nongpedphowiang et que la querelle se réglerait entre eux par les armes, le vainqueur gagnant la main de la princesse.

 

S’il agréait l’un des prétendants, il devait s’attendre à ce que les deux autres ne lui fassent la guerre et ne se la fassent entre eux. La princesse Chantra penchait pour donner la main de sa fille au plus fort et au plus puissant ce que sa fille refusa. Quel que soit le choix de ses parents, il s’ensuivrait des guerres sanglantes. Elle leur dit qu’elle préférait donner sa seule vie plutôt que de voir beaucoup d’autres perdre la leur à cause d’elle. Elle a dit : « Père, nous devons faire quelque chose pour montrer notre foi. Alors le Bouddha nous aidera. Allez au temple et construisez une tour. Il doit faire dix mètres de haut et d'un côté il doit y avoir une porte. Il ne doit y avoir aucune fenêtre et une seule porte donnant sur la tour. Mais vous devez le construire rapidement car il doit être terminé avant l'arrivée des armées ». Worapita fit donc construire le bâtiment. Quand il fut presque terminé, il apprit que les armées des prétendants étaient aux portes de la ville. Il demanda alors à sa fille ce qu’il devait faire.  Elle lui répondit « Enfermez-moi dans la tour. J'y resterai jusqu'à ma mort ». Son père lui répondit « Tu es mon seul enfant, Je ne peux pas te laisser mourir ». Elle lui répondit « Père, je dois mourir. Quand je suis né, je ne voulais pas être belle. Je voulais seulement être bonne. Mais cette beauté fut notre malheur. Si je meurs, alors peut-être que les prétendants verront à quel point ils sont stupides et ils ne se battront pas. Vaut-il mieux pour moi mourir ou les laisser se battre et tuer beaucoup de gens? » Worapita malgré sa peine accepta parce qu'il savait que c'était la meilleure chose à faire. Avant que Phen n'entre dans la tour, elle mit une robe de soie rouge et elle  dit: « Si vous pensez à moi, donnez mon nom à cette ville ».

Bientôt, les trois princes et leurs armées arrivèrent à la ville, pressés d’en  découdre mais ils allèrent d’abord au palais pour trouver le prince et sa fille. Ils virent Worapita en pleurs. « Pourquoi es-tu triste? » demandèrent-ils.

« Je suis triste parce que vous voulez vous battre mais avant que vous ne commenciez, il y a déjà eu une victime, venez avec moi ». Il les emmena devant la tour, puis et reprit la parole : « Si vous ouvrez cette porte, vous serez triste aussi, Phen est là et elle est morte. Elle est morte parce qu'elle pensait que si vous vous battiez pour elle, ce serait très mal. Elle est morte pour que vous ne vous battiez pas et pour que vous ne fassiez pas le mal. »

Ils ne le crurent pas et pensait que Phen était dans la tour, toujours en vie en se cachant et firent ouvrir la porte.

Lorsque la porte fut ouverte, ils virent la belle Phen dans sa robe rouge allongée sur le sol. Ils furent remplis de tristesse et de confusion et l’un d’entre eux dit « Phen avait raison, nous avons été insensés. Worapita, nous avons honte de ce que nous vous avons fait. Pourrez-vous nous pardonner un jour ? »

 

Les trois hommes devinrent  amis et retournèrent dans leur cité après avoir licencié leurs troupes.

Worapita, malgré son chagrin, sut que sa fille avait raison, elle avait sauvé la ville et évité une guerre qui aurait été destructrice.  Aussi décida-r-il de donner à sa cité le nom de Mueang Phen (เมอืงเพ็ญ) et pour marquer leur reconnaissance, les habitants firent construire le chédi tel que nous le voyons …  

 

…et tel qu’il figure sur le seau du district.

 

 

Il porte bien sûr le nom de chédi de la princesse Phen (phra that nang phen – พระธาตุนางเพ็ญ). Un festival en l’honneur de Phen a lieu tous les ans en juillet.

 

 

Le chedi se situe dans l’enceinte du temple Kokaeo (วัดเกาะแก้ว  - wat kokaeo) dans le petit village de Sisawangwong (บ้านศรีสว่างวงค์) sous-district et district Phen (ตำบล เพ็ญ -  อำเภอ เพ็ญ)

 

 

Elle a sa statue dans une petite chapelle

 

Quoique puissant, le royaume siamois d’Ayutthaya connaissait la difficulté des civilisations anciennes à maîtriser leur espace. Pour la seule région  du Nord-est, nous connaissons le détail des mueang, ils étaient plus de 150 (https://th.wikipedia.org/wiki/หัวเมืองลาวอีสาน). Dans le passé, ces cités étaient dirigées par des princes (chao – เจ้า) qui avaient le pouvoir absolu de gouverner leurs terres et le seul devoir d'envoyer des hommages à la cour royale de Siam pour montrer leur loyauté. Comment le pouvoir central aurait-il pu alors à empêcher les cités qui lui étaient soumises à guerroyer entre elles ?

 

 

La croyance des thaïs en la véracité de récit reste constante et comme il se doit, il fait l’objet de nombreux récits illustrés ou de bandes dessinées. Il en est différentes versions qui ne diffèrent que sur des points de détail. Celle que je donne provient du panneau situé dans l’enceinte du temple.

 

 

 

 

 

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30 octobre 2022 7 30 /10 /octobre /2022 06:13

 

 

La présence ancienne de royaumes ou principautés khmers dans le nord-est est attesté par la présence de nombreux vestiges inventoriés par le s par le commandant Lunet de Lajonquière dans son Inventaire descriptif des monuments du Cambodge, tome II (1902) partiellement consacré à ce qu’on appelait alors le Laos siamois. Il a été complété par Erik. Seidenfaden : Complément à l'Inventaire descriptif des monuments du Cambodge pour les quatre provinces du Siam Oriental. In: Bulletin de l’École française d'Extrême-Orient. Tome 22, 1922. pp. 55-99. Vestiges architecturaux dont peu sont remarquablement conservés, comme le site de Phimai ou vestiges épigraphiques dont le défrichement pose des difficultés aux érudits, ils nous apprennent peu de choses sur l’histoire de ces royaumes, il nous reste les légendes qui reflète peut-être une vérité souvent mêlée à de l’invraisemblable. Telle est celle qui s’attache au lieu le plus sacré du bouddhisme dans la province de Sakonnakhon (สกลนคร), le temple Wat Phrathat Choeng Chun (วัดพระธาตุเชิงชุม) souvent appelé dans le langage familier le temple aux quatre empreintes (วัดพระพุทธบาทสี่รอย). Cette légende est probablement liée à celle liée à la cité engloutie dans le grand lac de Sakon, le lac Nong Han (ทะเลสาบหนองหาน),

 

 

duquel émerge seulement une île, Ko Donsawan (เกาะ ดอนสวรรค์) « l'île du paradis »  sur laquelle subsistent quelques vestiges que Seidenfaden  considère comme incontestablement khmers. Nous avons conté en son temps l’histoire de cette cité disparue, légendaire ou pas (1).

 

La légende

 

 


 

Il existait un grand prince khmer, Phraya Khom (พระยาขอม), qui régnait sur une grande ville du nord-est appelée Nakhon Ekkachathita (นครเอกชะทีตา), Elle semblerait avoir été située dans l'actuel district de Phonnakaeo (อำเภอ โพนนาแก้ว) situé face à la ville actuelle de Sakon Nakhon sur la rive Est du grand lac. D’autres versions de la légende du temple parlent de la ville d’Indraprasat (อินทรปรัสถ์) le temple d’Indra et attribuent un autre nom au monarque mais le fonds reste le même

 

 

Ce roi avait deux fils auquel il dit un jour « Vous êtes maintenant assez âgé pour quitter mon palais. Je voudrais que vous fondiez tous les deux de nouvelles villes ». L’un d’entre eux construisit sa ville là où se trouve aujourd'hui la ville de Kumpawapi (กุมภวาปี). Le second sur les rives du lac. Un jour Bouddha vint sur ces rives. Il trouva la ville belle et paisible et s’y attarda pour dispenser son enseignement. Quelque temps plus tard, des habitants découvrirent des empreintes de pas sur une colline et furent surpris car elles étaient gravées dans la pierre et non dans le sable. Ils allèrent alors en informer le roi. Celui-ci trouva la chose étrange et décida d’interroger le maître en lui demandant si c’étaient ses empreintes ? Le Bouddha regarda le prince et répondit : « Une seule des empreintes de pas est la mienne. Les autres appartiennent aux trois illuminés qui m'ont précédé ». Nous savons que Bouddha par les Jataka qui sont canoniques (ชาดก) a connu 547 vies terrestres soit sous forme humaine, prince ou mendiant, prêtres ou artisan, soit sous forme animale. D’autres textes non canoniques nous apprennent qu’il a été précédé par d’autres sains qui ont atteint le stade le plus élevés dans l’évolution spirituelle, il en est de multiples versions mais l’une d’entre elle donne une liste de 28 dont les 3 derniers, des pré-bouddha en quelque sorte le précédent auraient été Phra Tanhangkon (พระตัณหังกร), Phra Methangkon (พระเมธังกร) et Phra Kkonakmon (พระโกนาคมน), lui-même étant Phra Gotama (พระโคตม).

 

D’autres versions tout aussi peu canoniques font référence à un nombre de bouddhas incalculable et attribuent aux trois précédents des vocables différents.

 

 

Bouddha ajouta alors « la quatrième est la mienne car je suis le quatrième homme éclairé dans ce monde. Ils doivent rappeler à votre peuple l'histoire passée du monde, et aussi l'avenir du monde. Car, avant que le cinquième éclairé, Siaryanetai (ศรีอารยานไต) puisse venir, ce monde doit être détruit pour que le monde puisse renaître ».

 

N’allons pas plus avant, Bouddha lui-même a dit qu’il est de choses que l’on ne peut appréhender avec une logique ordinaire.

 

La construction du temple

 

Le prince fut impressionné et voulut faire connaître à son peuple cette histoire et afin que nul ne l’oublie, il fit construire un sanctuaire à l’emplacement des empreintes. On l’appela le temple aux quatre empreintes, il est aujourd’hui situé dans l’enceinte du Wat Phrathat Choeng Chun. On y trouve un prasat khmer (ปราสาท) daté du 10e ou 11e siècle et partiellement abrité et recouvert sous l’actuel chedi.

 

 

L’aspect le plus sacré des lieux est marqué par le nom du monastère qui fait explicitement référence au chedi (Phrathat – พระธาตุ). Ce chedi qui fait 24 mètres de haut recouvre sous sa structure blanche l’ancienne construction khmère abritant les quatre empreintes. Les vestiges khmers sont pratiquement invisibles. Le sommet est en or pur et pèse 247 bahts soit très exactement 3 kilos 744,52 grammes (2)

 

 

Signe de son prestige pour le royaume, une représentation du Phrathat figure au verso des pièces de dix centimes de bahts (satang - สตางค์) qui existent mais ne sont pas en circulation effective au quotidien (3).

 

 

Il existe encore dans l’enceinte du temple un puits sacré (bonamsaksit- บ่อน้ำศักดิ์สิทธิ์) qui serait relié au lac. Le temple enfin vit sous la protection d’un naga qui vit dans les entrailles de la terre mais parfois rejoint le lac par cet intermédiaire sans passer sur terre, le lac étant tout proche.

 

 

Le temple est d’ailleurs tout proche de la rive Est du lac. Certains prétendent d’ailleurs l’avoir vu batifoler dans les eaux du lac et d’autre, avoir jeté un seau dans le puits et l’avoir retrouvé quelques temps plus tard dans le lac.

 

 

Que conclure de cette légende ? Sakonnakhon fut de toute évidence un puissant royaume khmer dont le roi pouvait envoyer l’un de ses fils créer ou plutôt envahir un nouveau royaume à Kumpawapi qui est à plus de 100 kilomètres vers l’ouest. La structure même de la ville ancienne, en forme d’un carré de plus d’un kilomètre de côté laisse à penser que cela correspond à une vaste enceinte fortifiée sur laquelle s’est construite la cité actuelle.

 

 

Les vestiges d’un pont de pierre khmer, malheureusement vandalisés par l’un des maires de la ville, d’une longueur de 16 mètres sur 4 de large et dont il reste 5 arches connu sous le nom de pont de pierre (Saphan himสะพานหิน) ou pont khmer (Saphan khonสะพานขอม)

 

 

.... annonce le départ d’une voie de circulation importante vers l’est en direction du That Phanom (ธาตุพนม) sur les rives du Mékong, ou les vestiges khmers sont nombreux.

 

 

Sans un autre registre, la croyance prophétique en la venue d’un nouveau bouddha aussi appelé Maitriya (ไมตรียา) qui semble n’être apparue dans le bouddhisme théravada que tardivement rappelle évidemment la croyance des chrétiens au retour du Christ sur terre et tout comme chez les chrétiens surgissent de « faux Christs et de faux prophètes », que ce soit au Népal

 

 

....ou à Montfavet dans le Vaucluse, ce ne sont que des exemples

 

 

NOTES

 

(1) A 310 - NAKHON EKKACHATHITA, LA CITÉ KHMÈRE ENGLOUTIE DANS LE GRAND LAC DE SAKON NAKHON : MYTHE OU RÉALITÉ ?

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2019/03/a-309-nakhon-ekkachathita-la-cite-khmere-engloutie-dans-le-grand-lac-de-sakon-nakhon-mythe-ou-realite.html

(2) Le système métrique n’est pas utilisé pour la mesure de l’or et de l’argent. L’unité de compte est le bath qui équivaut à 15 ,16 grammes

 

(3) Les pièces de monnaie sont de 10, 5, 2 et 1 bath et pour les centimes, de 50, 25, 10, 5 et 1 satang. Elles comportent à l’avers le portrait du roi et au revers, systématiquement un monument religieux.

 

 

Les pièces de 1, 5 et 10 satangs ne sont généralement pas mises en circulation mais utilisées dans les systèmes comptables uniquement. Elles sont vendues dans des boutiques de numismates beaucoup plus cher que leur valeur faciale.

 

 

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16 octobre 2022 7 16 /10 /octobre /2022 03:31

 

Il y a environ 540 temples bouddhistes homologués pas la hiérarchie dans la province de Yasothon  550.000 habitants. 

Parmi ceux-ci, le guide vert Michelin qui est – culturellement le plus sérieux en signale 4

Notre chedi est signalé comme « monument ancien mêlant le style laotien et du Lan   Na. Il se dresse au milieu des rivières ». Le Guide fait une très rapide légende qui entoure sa construction, nous y reviendrons.

Le Lonely Planet est moins loquace puisqu’il ne signale que deux temples auquel il attribue « un style fort inhabituel datant de la fin de la période d’Ayutthaya ».

Le site de Loris Curtenaz qui s’attache à donner la liste des 1300 plus beaux temples de Thaïlande en a inventorié 12 dans la province dont ce chedi (https://temple-thai.com/yasothon/phrathat-kong-khao-noi/)

 

 

Nous n’avons pas vocation de guide touristique et si nous parlons d’un bâtiment religieux, c’est parce qu’il s’y rattache une légende qui est peut être un événement historique. Tel est le cas de ce saint chedi (reliquaire).

Il n’est pas dans l’enceinte d’un temple mais à environ 2 kilomètres du temple Thungsadao (วัดทุ่งสะเดา) dont il dépend.

 

 

Il est aujourd’hui entouré par une enceinte et diverses constructions religieuses.

 

 

On le trouve dans le village de Ban Thathong (บ้านตาดทอง) dans le sous district de Thatthong (ตำบลตาดทอง), district de Mueang (อําเภอเมือง) dans la province de Yasothon (จังหวัดยโสธร) à environ  9 kilomètres de la ville, au milieu des rizières.

 

 

Il s’agit de l’un des lieux de culte les plus sacrés de la province et les pèlerins y affluent les dimanches et les jours de fête bouddhiste

Naturellement, les abords abritent des échoppes de produits locaux, notamment des objets en osier et évidemment des paniers pour le riz !

 

 

Il ne fait pas partie des attractions touristiques signalées par les panneaux bleus « Tourist attraction » apposés par la TAT (Tourism autority of Thailand). La province elle-même est d’ailleurs  hors tout  circuit touristique

Je n’étais pas à la recherche de ce temple mais de celle de vestiges khmers, ceux du Ku Ban Ngiu (กู่บ้านงิ้ว) dont il ne reste que peu de choses.

 

 

C’est en musardant que mon attentions a été attirée par les panneaux indiquant (en thaï) That kongkhaonoi (ธาตุก่องข้าวน้อย), ce qui signifie le chedi du petit panier de riz  ou  phrathat lukkhamae (พระธาตุธาตุลูกฆ่าแม่) ce qui signifie le saint chedi du fils qui a tué sa mère.

 

 

Ce nom singulier m’a évidemment interpelé. Un monument religieux portant le nom d’un panier de riz et accessoirement de la mort d’une mère, voilà qui est singulier. Voilà qui méritait un détour. Le monument n’a rien de singulier. Il aurait selon les panneaux explicatifs environ 200 ans. D’autres sites thaïs le font remonter à la période Dvaravati ce qui lui donnerait quelques siècles de plus ?

C’est la légende (ตำนาน) qui s’y attache qui explique son caractère sacré et sa situation au milieu des rizières. Elle est sommairement rappelée sur un panneau à l’entrée de l’enceinte.

 

 

Je l’ai trouvée plus détaillées sur de nombreux sites thaïs

À cette époque au village de Ban Thathong, tous les habitants étaient des riziculteurs et cultivaient. Tous les matins, les hommes partaient aux champs pour labourer, planter, cultiver et cueillir. Cela pouvait prendre des heures. D’autres, femmes et vieillards, restaient à la mais, surveiller les enfants et préparer à manger pour ceux qui étaient dans les champs. Dans une famille, il ne restait que la mère, veuve, et son fils qui avait dix-sept ans et se rendait tous les jours aux champs laissant sa mère lui préparer sa nourriture. Un matin, il partit très tôt avec son buffle d'eau pour labourer.

Après avoir travaillé de longues heures sous un soleil de plomb, il alla se reposer à  l‘ombre d’un arbre. Il attendait que sa mère lui apporte son repas mais elle tardait. Il se remit donc au travail fort en colère contre sa mère. Lorsqu’elle arriva avec le panier de riz, il pensa qu’il était trop petit. Furieux, il prit le joug du buffle et courut vers sa mère et la frappa sur la tête.

 

Puis il prit le panier de riz gluant qu'elle avait apporté et alla le manger à l’ombre de l’arbre. Pendant ce temps, sa mère était mourante. Elle lui dit : « Pardonne-moi, fils pour mon retard. Je suis désolé d'être en retard. Je pensais que ce panier te suffirait ». Le fils se mit à manger et s’aperçut après s’être rassasié qu’il encore beaucoup de riz dans le panier. Il chercha sa mère et la vit allongée sur le sol. Elle était morte ! Il réalisa ce qu'il avait fait, s'assit et pleura. Ne sachant que faire, il alla voir l’abbé du temple. Celui-ci lui dit « tu t’es mal conduit et tu dois construire un chedi à l’endroit ou u as tué ta mère. Tuer son père ou sa propre mère est un péché grave qui vaut l’enfer. Il n'y a qu'une seule façon d'alléger ton péché,  c’est de construire un chedi pour y enterre les cendres de ta mère. Ainsi fit-il.

 

 

Cette légende est-elle la trace d’une vieille histoire ? Pourquoi pas ?

Le département des beaux-arts a enregistré le site du chedi comme important monument national en 1936. Les brochures illustrées rapportant cette triste histoire sont multiples et d’ailleurs vendues sur place.

 

 

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2 octobre 2022 7 02 /10 /octobre /2022 03:56

 

La légende de Kaeo Na Ma est l'une des légendes thaïes les plus connues. Elle est populaire car son héroïne est différente des autres héroïnes des contes thaïs, elle brise des normes sociales

Les érudits discutent sur son origine. Ce débat me dépasse. Elle vient probablement des tréfons de l'âme siamoise même si elle n'a été mise en forme » écrite que tardivement

Une intéressante étude mérite d’être citée : « THE MEANINGS OF THE HORSE-FACED MASK IN THE STORY OF KAEO NA MA » par Cholada Ruengruglikit de l’Université Chulalongkorn, publiée en 2005 et numérisée

http://www.manusya.journals.chula.ac.th/wp-content/uploads/2021/06/45.pdf

 

 

La version la plus connue, mais il y en a d’autres, est celle en vers de Son Altesse Royale Kromluang Phuwanatnarinrit (พระเจ้าบรมวงศ์เธอ กรมหลวงภูวเนตรนรินทรฤทธิ์) qui vécut de 1801 à 1856, fils de Rama II. Il est l'auteur de nombreux autres poèmes. Elle fait l’objet de nombreuses rééditions et – à ma connaissance – n’a jamais été traduite. Elle est accessible (en thaï) sur le site de la Librairie Nationale Vajirayana

https://vajirayana.org/บทละครนอกเรื่องแก้วหน้าม้า/บทนำเรื่อง

 

 

Elle a fait et fait toujours l’objet de multiples interprétations, en prose, filmées, dansées, chantées, bandes dessinées et dessins animés. Ce texte est la simple traduction de l'une de ces bandes dessinées à l'uage de tous.

 

 

 

ll était une fois, il y a très longtemps, sur la ville de Mithila (มิถิลา) régnait le roi Phuwadon mongkhonrat (ภูวดลมงคลราช) dont l’épouse s'appelait Phra Nang Nantha (พระนางนันทา). Tous deux avaient un fils nommé Pinthong (ปิ่นทอง). La ville était prospère et paisible.

 

 

Il y avait dans cette ville une famille du peuple dont la fille avait un visage semblable à celui d’un cheval. Avant d’accoucher, sa mère avait rêvé qu’un ange lui apportait un verre en cristal. Elle l’avait do nc nommée Mani (มณี) ce qui signifie pierre précieuse mais on l’appelait aussi Kaeo nama (แก้วหน้าม้า) ce qui signifie cristal à face de cheval.

 

 

 

« kaeo » et « mani » sont deux mots qui ont la même signification, mais ils indiquent une hierarchie différente. « kaeo » est un mot courant. Elle est appelée ainsi lorsqu'elle est simple villageoise avant de devenir reine. Le nom « mani » est d’un rang supérieur à « kaeo ». Ce nom est utilisé lorsque Nang Kaeo change de forme, toute en beauté et lorsqu'elle est deviendra reine, elle sera Nang Mani Sri Mueang (นางมณีศรีเมือง).

Elle était dotée de pouvoirs magiques lui permettant de prévoir le temps ferait ce qui lui permettait de conseiller les paysans sur leurs cultures en fonction des conditions météorologiques. Ses connaissances apportèrent l’aisance à sa famille et à la communauté.

Un jour, le prince Pinthong jouait avec son cerf-volant préféré et un coup de vent le lui arracha des mains. Il tomba aux pieds de Mani qui prit la décision de le garder pour elle. Toutefois, un instant plus tard, les courtisans qui jouaient avec le prince vinrent le lui réclamer. Elle refusa en disant qu’elle ne le rendrait qu’à son propriétaire. Le prince arriva fort en colère contre ces propos mais désirer de récupérer son cerf-volant, il feignit d’être aimable. Il lui promit de la récompenser avec générosité mais elle refusa. Sa seule exigence était que le prince la conduise au palais et l’épouse. Pour récupérer son cerf-volant le prince accepta mais disparut ensuite sans tenir sa promesse. Kaeo l’attendit en vain pendant plusieurs jours. Elle demanda alors à ses parents d’aller interroger le roi sur le sort que son fils réserverait à ses promesses. Le roi et son épouse leur rappelèrent la modestie de leur rang. Quelle audace de prétendre à la main d’un prince !

 

 

Kaeo tomba alors malade et refusa de s’alimenter. Ses parents revirent alors au palais ce qui rendit le roi furieux. Cependant la reine les prit en pitié et leur promit d’interroger son fils sur la promesse qu’il aurait faite. Celui-ci lui raconta l’histoire. Elle lui enjoignit de respecter sa parole et envoya une servante chercher Kaeo pour la conduire au palais. Celle-ci exigea alors que lui soit attribué une litière en or comme celles des membres de la famille royale.

 

 

Elle obtint satisfaction mais le prince ne l’avait toujours pas demandée en mariage.

 

 

Le roi mit alors une condition à son consentement : Si elle était capable d’apporter le Mont Meru (พระสุเมรุ) dans les jardins du palais, il organiserait les cérémonies de ses noces mais si elle ne le pouvait, elle serait mise à mort. Sans réfléchir une seconde, Kaeo accepta avec joie et partit à la recherche du Mont Meru. Elle traversa des forêts et des jungles peuplées de bêtes féroces, en vain. Epuisée par un long périple, elle perdit connaissance et tomba au sol. Lorsqu’elle reprit connaissance elle rencontra un ermite qui la prit en pitié. Voyant qu’elle était trop naïve pour avoir compris le piège que lui avait tendu le roi, l’ermite décida de l’aider. Il lui conféra le don de pouvoir à sa guise retirer son visage de cheval et le remplacer par celui d’une belle fille. Il lui donna également un livre qui pouvait se transformer en char volant ou en serpent et un bâton qui pouvait se transformer en couteau magique.

 

 

Il lui conseilla ensuite de ne prendre qu’une pierre du Mont Meru, ce qui suffirait puisque le roi n’avait pas mentionné toute la montagne ! Ainsi fit Kaew ce qui rendit le roi perplexe. La reine ordonna alors que l’on prépare les cérémonies du mariage ce qui rendit furieux le roi et son fils. Le roi conçut une autre ruse pour se débarrasser de Kaew.

 

 

Il envoya une lettre au roi Phrachao Phromthat (พระเจ้าพรหมทัต) qui régnait sur la ville de Romwithi (โรมวิถี) pour lui demander au nom de son fils la main de sa fille Thatsamali (ทัสมาลี) ce qu’il accepta et consulta alors les augures pour connaître les dates fastes pour organiser la cérémonie.

 

 

Quand le prince Pinthong s'apprêtait à quitter la ville en bateau, Kaew vint lui exprimer son mécontentement et lui reprocha de ne pas lui être fidèle. Le prince en colère lui ordonna de lui donner un fils, il voulait voir son fils à son retour et si elle ne pouvait pas avoir de fils, elle serait mise à mort. Bien qu'elle se soit sentie sentait désespéré, n’ayant jamais connu d’homme, elle se détermina à accepter ce défi. Elle quitta la ville et se rendit à Romwithi sur son char volant magique.

 

 

C’est qu’habituaient ses grands-parents. Après avoir retiré sa face de cheval, elle alla vivre chez près d’une rivière à l'extérieur de la ville. Un jour alors qu’elle s’y baignait, le prince Pinthong la vit et en tomba follement amoureux mais sa nouvelle épouse était allongée non loin. Le lendemain, il sortit du palais, se déguisa en paysan pour aller faire la cour à Kaew en lui disant qu’il voulait avoir des enfants avec elle. Elle consentit d’être à lui de crainte de le perdre et tomba alors enceinte.

 

 

Quant au prince, avant de quitter Romwithi pour retourner à Mithila sans emmener la princesse Tasmali avec lui, il lui donna sa bague. Après avoir attaché l’anneau au bras du bébé, Kaew revint trouver l’ermite qui l’avait aidée. Il était en méditation et eut la vision que le prince Pinthong était en grand danger sur le chemin du retour. Il était qu’il était entouré d’une armée de géants conduite par le roi des géants nommé Phalarat (พาละราช).

 

 

Il transforma Kaew en homme et lui donna le nom de Manop (มานพ) ce qui n’est pas un nom propre, mais seulement un nom signifiant « un homme ». Il lui ordonna d’aller au secours du prince. Kaew réussit à tuer le géant et à s’emparer de sa ville. La reine des géants avait deux belles filles nommées respectivement Soi Suwan (สร้อยสุวรรณ) et Chansuda (จันทร์สุดา) qu’elle offrit en mariage au prince Pinthong. Celui-ci refusa en indiquant qu’il n’avait pas été vainqueur et que les deux filles étaient destinées à Kaew qui accepta sans hésiter. Elle demanda au prince de rester dans la ville des géants pendant quelque temps. Elle conduisit les deux filles du géant à la hutte de l’ermite et lui raconta l’histoire. Elle ramena ensuite les deux princesses à Pinthong pour qu’il les épouse et revint chez l’ermite retrouver son fils.

 

 

Le prince pour sa part ramena ses deux femmes dans sa ville de Mithila et fut surpris d’y retrouver Kaew qui lui présenta son fils. L’anneau attaché au poignet de l’enfant le convainquit et il l’accepta pour son fils. Il le nomma Pinkaeo (ปิ่นแก้ว).

 

 

La princesse abandonnée, Tasmali, pensait toujours au prince Pinthong. Alors elle vint le retrouver dans sa ville mais fut blessée de voir qu’il montrait plus d’amour à Soi Suwan et Chansuda qu’à elle. Elle retourna donc dans sa propre ville, toute à sa colère mais plus tard donna naissance à un fils appelé Prince Pinsinchai (เจ้าชายปิ่นศิลป์ไชย).

 

 

Thao Kaymat (ท้าวกายมาต) était seigneur de la ville de Krai Chak (ไกรจักร). Il était parent de Thao Phalanrat qui avait été tué par Kaew. Plein de ressentiment, il conduisit une armée à Mithila. Pinthong n’avait pas une âme de guerrier. Soi Suwan et Chantsuda pensèrent à demander l’aide Kaew. Celle-ci, alors sur le pont d'accoucher, redevint homme et remporta la bataille sous cette forme masculine. Elle retrouva ensuite sa forme d’origine et devint l'épouse de Pinthong sous le nouveau nom de Mani Rattana (มณีรัตนา) c’est à dire pierre très précieuse. Elle tomba à nouveau enceinte et donna le jour à trois princesses Chemchan, Hiranrat et Prapatsorn (เจมจันทร์ - หิรัญรัตน์ – ประภัสสร). Tout le monde vécut alors en harmonie dans la ville de Mithila. L'histoire va se continuer, longument, toujours dans le même registre. J'en reste là mais à bientôt pour la suite.

 

 

Quel est la morale à en tirer ?

Il est tout d’abord des masques qui cachent la beauté ! Nous retrouvons le vieux conte de « la belle et la bête » ou encore Saint-Exupery « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux ». L'héroïne qui cache son vrai visage et sa beauté sous son visage de cheval.

 

 

Avant que l'ermite ne lui apprenne à se défaire de ce visage, nul y compris sa mère et le prince Phinthong, ne pouvait voir sa beauté. La beauté d'une femme peut être dangeureuse : Pendant la guerre à la fin de la période d'Ayutthaya, les femmes siamoises se rasèrent la tête et s'habillèrent en hommes afin de se protéger contre le viol par les envahisseurs birmans.

Kaew utilise toutes sortes de subterfuges pour accéder à l'amour du prince et devient Mani puis Mani Rattana lorsqu'elle est reine.

Mère et épouse aimante, la chatte se transforme en tigresse pour défendre son prince contre les géants, elle devint Manop sous forme masculine avant de retrovuer sa forme de Mani Rattana

Notons enfin que ce n'est pas le héros mais l'héroine qui sauve la vie du héros. C'est elle et non le héros qui protège la survie du peuple de Mithila contre les envahisseurs. A chaque fois qu'elle est attaquée, c'est Manop qui mène l'armée pour lutter contre les ennemis alors même qu'elle est prête à accoucher.

L.'aspect le plus singulier est que cette légende proclame étonnamment la capacité des femmes comme supérieure à celle des hommes.

 

 

La ville de Mithila , située au nord de l’Inde, a reçu à plusieurs reprises l’enseignement de Bouddha. Les autres villes sont imaginaires.

 

 

Le mont Meru est une montagne mythique, considérée comme l'axe du monde dans la mythologie hindoue.

 

 

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25 septembre 2022 7 25 /09 /septembre /2022 04:33

 

Le manora (มโนราห์), est un spectacle drame dansé, danse vivante souvent acrobatique accompagnée de chants improvisés, spécifique au sud de la Thaïlande et aux provinces autrefois siamoises de l’extrême nord de la Malaisie. Souvent appelé nora (โนรา) cela tient uniquement au fait que les Thaïs du sud on la coutume d’avaler la première syllabe des mots qui en comptent plusieurs ce qui rend la dialogue parfois difficile.

 

 

 

Le terme désigne aussi bien la danse que les danseurs. Leur costume est très particulier, l’élément essentiel en est la tiare appelée soet (เทริด) en sus des décorations perlées sur le haut du corps.

 

 

Malgré la concurrence du cinéma et de la télévision, le spectacle reste très populaire. Cette tradition régionale spécifique est inconnue dans le reste du pays. Les costumes obéissent à un rituel précis, pas de fantaisie, le rituel est précis, il y a 14 règles à respecter et leur confection est un art qui se qui se transmet de génération en génération.

 

 

Je n’ai aucune compétence en matières chorégraphique, théâtrale ou musicale.

Par contre, m’’intéressant à sa provenance, j’ai découvert plusieurs légendes sur des origines venues du ciel, les noms propres peuvent changer mais la plupart les font remonter au grand sud. Il s’agit de ces légendes dont le Thaïs, tout au moins ceux du pays profond, restent attachés et peuvent croire dur comme fer, même si nos esprits occidentaux cartésiens peuvent avoir quelques difficultés à leur attribuer une valeur historique !

 

L’une d’entre elle raconte que le prince de Phatthalung (เจ้าเมืองพัทลุง) s'appelait phraya saifafat (พระยา สายฟ้าฟาด

 

 

et avait une fille nommée Si Mala (ศรีมาลา) qui était une remarquable danseuse. Elle se trouva un jour enceinte sans être mariée, une créature céleste s’étant incarné en son sein. Malgré les affirmations des augures selon lesquelles nul être de la race des hommes n’avait approché la princesse et par crainte du scandale, le prince résolut de l’exiler. Elle fut placée sur un radeau que l’on laissa flotter à la dérive au gré du courant.

 

 

Elle arriva bientôt à la mer et, poussée par les brises que firent surgir les créatures célestes, atteignit une grande île. C’est là que, dans un pavillon élevé par miracle, la princesse mit au jour un fils le 15e jour de la lune croissante du sixième mois de l’année du rat. Les divinités en soufflant sur des fleurs célestes créèrent trois femmes qu’elles donnèrent comme nourrice et gardiennes. L’enfant grandit en pleine nature et aimait courir les bois avec ses gardiennes. Un jour, loin dans la forêt, ils arrivèrent près d’un lac ou 400 kinaris (thep kinari - เทพกินรี), ou femmes-oiseaux prenaient leurs ébats et dansaient avec grâce. L’image en resta gravée dans l’esprit des gardiennes.

 

 

Quand il eut atteint sa neuvième année, les créatures célestes lui donnèrent le nom de Thep Singhon (เทพสิงหล).

 

 

Puis, prenant un rocher, elles le transformèrent en un homme à qui elles donnèrent un masque de chasseur en métal précieux. Ainsi fut créé le chasseur qui devint le maître et le compagnon. Pendant une année, il lui enseigna le chant et la danse. Un jour qu’ils étaient endormis tous deux sous un arbre, ils eurent un rêve : des créatures célestes dansèrent et tout en dansant chantèrent les noms des différents attitudes. Ils imaginèrent alors de créer deux tambours, le klong (กลองกลอง)

 

 

et le tap (กลองทับ).

 

Une des créatures céleste se métamorphosa en homme et devint le maître (ตรู – khru souvent transcrit gourou), créateur du manora.

 

 

A leur réveil, le chasseur et le prince se rappelèrent de douze des danses qui leur avaient été révélées pendant leur sommeil. Sur le sol, ils virent les instruments de musique. Près d’eux se tenait le maître qu’ils saluèrent comme tel puis retournèrent à leur demeure. Peu de temps après, les créatures célestes créèrent un navire sur lequel s’embarquèrent la princesse, Thep Singhon, le chasseur et les gardiennes. Les vents favorables poussèrent l’esquif jusque dans leur pays. De là, la troupe alla par tout le pays de maison en maison, chanter et danser comme ils en avaient eu la révélation. Le peuple s’enthousiasma pour ce spectacle et la renommée parvient aux oreilles du roi. Celui-ci fit mander les danseurs et reconnut sa fille. Ayant appris toutes ces aventures, il fit donner à Thep Singhon des ornements royaux, en particulier la tiare royale, le soet (เทริด).

 

 

Une autre version toutefois dit que cette coiffure fut envoyée du haut des cieux par les créatures célestes par un fil blanc torsadé ?

Il lui donna pour mission de jouer le manora pour enseigner aux générations futures la tradition reçue des créatures célestes.
 

 

Le manora est donc né d’une intervention divine miraculeuse. Cette légende dont l’origine est incertaine, quelle que soit sa version, fait de ce spectacle danse une révélation des Dieux.

Les sujet de la pièce peuvent être des scènes des Jatakas, les vies antérieures de Bouddha, du Ramakian encore ou tout simplement de légendes intemporelles datant probablement d’une époque antérieure au bouddhisme, nous en avons étudiées deux (1)

 

 

Le nora fait l’objet d’une remarquable exhaustive étude de Christine Hemmet « Le Nora du sud de la Thaïlande, un culte auix ancêtres » publié dans le bulletin de l’école française d’extrême orient de 1992, tome 79 n°2.

Les deux autres représentatives du patrimoine culturel de l’humanité de Thaïlande sont le Khon, théâtre masqué et dansé en 2018 et le Nuad Thaï, massage thaïlandais traditionnel, en 2019.

 

NOTE

A 271- พระสุธน - มโนราห์ - L’HISTOIRE DE PHRA SUTHON ET DE MANORA – UNE LÉGENDE POPULAIRE DE LA THAÏLANDE

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2018/08/a-271-l-histoire-de-phra-suthon-et-de-manora.html

 

 

A 368- LA LÉGENDE DE SITTHATHEP, « LA HACHE CÉLESTE AU VISAGE NOIR » (ขวางฟ้าหน้าดำ - KWANGFANADAM)

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2020/04/a-368-la-legende-de-sitthathep-la-hache-celeste-au-visage-noir-kwangfanadam.html

 

 


 


 


 

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