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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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11 juillet 2021 7 11 /07 /juillet /2021 03:31

 

La tradition du bouddhisme Théravada qui est celui de la Thaïlande situe la naissance de Bouddha en 623 et sa mort en 543 av. J.-C. C’est à partir de l’année de sa mort que l’on compte les années. Nous sommes donc en 2564 (2021 + 543). Qu’en est-il exactement ?

 

 

Il est plus aisé de parler du bouddhisme que de Bouddha. D'un côté, nous avons  surabondance de textes et de commentaires échelonnés sur vingt-cinq siècles. En ce qui concerne la vie terrestre, les récits sont également surabondants et sont le plus souvent la narration de prodiges issus de l’imagination des narrateurs. Tous rivalisent de surenchères dans  l'hyperbole et en général l'invraisemblance.

 

 

L’historicité de Bouddha ne peut actuellement plus être mise en doute. Bouddha n’est pas un nom mais désigne celui qui  a atteint le stade le plus élevé de l’évolution spirituelle.

 

 

Il portait en réalité un nom de tribu et un nom de famille en dehors d’une multitude d’autres appellations générées par son éveil. Il appartenait à la vaste tribu des Sakya, dont la capitale était Kapilavatthu, située à la frontière de l’Inde et du Népal actuels. Il lui fut donc souvent attribué le nom de Sakya-muni, « le sage Sakya ». Son nom de famille était celui de son clan Gautama.

 

 

Disparu de l'Inde après le XI siècle, le bouddhisme n'intéressa plus les érudits indiens qui se consacrèrent à l’étude des Védas.

 

 

Ce sont les chercheurs européens qui rencontraient le bouddhisme à peu près partout sauf aux Indes, sous des formes variées selon les peuples et les latitudes qui s’intéressèrent au personnage.

 

 

Ce fut une des grandes occupations de l'Indologie à partir du XIXe et encore de nos jours après la découverte des langues sacrées, sanskrit et pali  au siècle dernier dans le monde érudit.

 

 

De cette volumineuse littérature, ils retirèrent plus qu’une biographie, une légende de Bouddha, les récits de ses vies antérieures, son enseignement oral et une multitude de commentaires. Monseigneur Pallegoix en donne un raccourci percutant : «  Dans les livres sacrés des bouddhistes,  on compte environ cinq cent cinquante générations ou histoires de Bouddha, qu'on dit avoir été racontées par lui-même; ce sont autant de contes ridicules qui représentent Bouddha tantôt comme naga ou serpent, tantôt comme roi des éléphants blancs, moineau, cigogne, singe, bœuf, tortue, cygne, lion, etc. Il a passé par les corps de toutes sortes d'animaux et surtout d'animaux blancs; mais toujours il a été à la tête de ceux de son espèce. Il a aussi été homme dans plusieurs de ses générations il a été ange dans les différents degrés des cieux. Il a même passé plusieurs milliers d'années dans les enfers; enfin il est né roi, et c'est dans cette condition qu'il est parvenu à la sainteté parfaite. »(1).

 

 

Les critiques occidentaux cherchèrent bien à aller plus loin, mais la question de la datation de la vie de Bouddha continua à se poser.

 

 

Sans entrer dans le détail, les traditions chinoises sont contradictoires entre elles,  tantôt de 1029 à 949 av. J.-C., tantôt de 958-878 av. J.-C., ou encore de  686  à 476 av. J.-C. Les Japonais ont d’autres sources, de 463 à 383 av. J.-C. Pour les Tibétains, les dates sont de 961 à 881 av. J.-C.

 

La lecture de quelques ouvrages provenant d’érudits indianistes ne m’a guère éclairé :

 

L’Encyclopédie du bouddhisme publiée en 1990 le fait mourir en 480 av. J.-C.  (2).

Entre 1029 et 950  av. J.-C. nous dit La Châtre (3).

Monseigneur Bigandet le fait mourir  en 437 av. J.-C. (4)

Sophie Egoroff nous dit qu’il vécut vers 390-320 av. J.-C. (5)

Le grand Emile Burnouf situe sa mort en 547 av. J.-C., opinion à laquelle se rallie Pierre Larousse dans son dictionnaire encyclopédique du XIXe siècle (6). 


Monseigneur Pallegoix pour sa part, qui s’est livré à une analyse méticuleuse du bouddhisme et de son histoire écrit : « D'après les calculs des bouddhistes, admis par la plupart des savants, Phra Codom serait né dans une ville de l'Inde appelée Kabilaphat, environ l'an 543 avant Jésus-Christ », mais il est probable qu'il ait confondu l'année de sa naissance et l'année de sa mort. (1)

 

 

L'époque de la mort de Bouddha est donc un point sur lequel ne s'accordent pas les diverses nations professant le Bouddhisme bien que notre tradition Théravada la situe à  peu après au milieu du sixième siècle avant notre ère. Si les Tibétains, les Mongols et les Chinois, placent cet événement plusieurs centaines d'années avant la date susmentionnée et malgré cette divergence, il semble difficile de ne pas adopter la chronologie des Bouddhistes du Sud que nous sommes. Les savants qui ont apporté un degré considérable d'attention à ce sujet, donnent une préférence à  cette opinion, en se rapportant  aux tables chronologiques de rois fournies par les Hindous et aux auteurs grecs qui fournissent indirectement une époque fixée et bien établie avec un degré suffisant de certitude. Après la mort d'Alexandre le Grand, Sélecus, un de ses lieutenants, obtint pour sa part toutes les provinces situées à l'est de l'Euphrate, dans lesquelles étaient inclus les territoires indiens conquis.

 

 

D'abord en personne puis par un ambassadeur, il entra en relations avec un puissant roi Indien, nommé Chandragoupta, qui avait le siège de son empire à Palibolra ou Patalipoutra.

 

 

Ce commerce eut lieu environ 310 ans avant Jésus-Christ. Les tables chronologiques Hindoues mentionnent le nom de ce prince aussi bien que celui de son petit-fils, nommé Athoka, qui, d'après le témoignage des auteurs hindous monta sur le trône de Palibotra 218 ans après la mort de Gautama. Les traditions et les anciennes inscriptions en sanskrit ou en pali ne laissent à peu près aucun doute sur le fait que Gautama mourut sous le règne d'Adzatathat, que les chronologistes Hindous placent le règne de ce monarque environ 250 ou 260 ans avant celui de Chandragoupta, contemporain de Séleucus.

 

 

Les étrangers et les indigènes situent donc la mort du maître durant la première partie du sixième siècle avant l'ère Chrétienne, ou au commencement de la quatrième partie du cinquième siècle, Une très érudite analyse de l'universitaire Srilankais Oliver Abeynayake,, titulaire de la chaire de Bouddhisme et de Pali à l'Université de Sri Lanka au vu d'études méticuleuses des inscriptions épigraphiques et des manuscrits Pali et Sanskrit recueillis par les Anglais lors de la colonisation de l'Inde et du Népal le conduit à retenir pour date de la mort de Bouddha celle de 544 avant notre ère. 543 ou 544 avant Jésus-Christ, l'erreur est dérisoire pour une religion qui a plus de 2500 ans (7).

 

Mais il se greffe une autre difficulté chronologique, c’est que nous situons toutes ces dates « avant Jésus-Christ » alors que nous ignorons toujours la date exacte de la naissance du sauveur de l'humanité ! Il a été depuis longtemps convenu que le premier millénaire avait débuté l'an 1 lui-même commençant l'année suivante la naissance du Christ au solstice d'hiver c'est à dire au 25 décembre. Or, il est acquis que le Christ n'est pas né quelques jours avant le début de l'an I. Tout autant que pour la date de la mort de Bouddha, les spécialistes se déchirent !

 

 

L'historicité du Christ n'est actuellement plus sérieusement mise en doute. Les historiens romains, Tacite ou Suétone, ont parlé de cet agitateur juif mis à mort sous le proconsulat de Ponce-Pilate et sous le règne de l'empereur Tibère. Les Romains ayant des historiens et une chronologie bien établie, commençant le 21 avril de la fondation de Rome en 753 avant notre ère. Or, il est une quasi-certitude historique, c'est que la naissance du Christ a eu lieu sous le règne du roi Hérode dont les historiens romains situent la mort en 749 de leur chronologie c'est à dire 4 ans avant la naissance du Christ.

 

 

Les autres évènements permettant de dater cette naissance donnent lieu à des interprétations contradictoires. Les parents du Christ s'étaient déplacés à l'occasion d'un recensement mais il y en eut plusieurs.

 

 

Les  mages sont venus probablement de Chaldée à l'occasion d'un phénomène astronomique mais il y en eut également plusieurs dans les années précédant la naissance du Christ (conjonctions de planètes ou comète).

 

 

Mieux vaut donc parler  « d'avant notre ère » laquelle a commencé en l'an UN puisqu'il n'y a pas d'année zéro pour les historiens à l'inverse des scientifiques (8).

 

Restons-en là et ne récrivons pas la longue chronologie de l'histoire du monde en faisant démarrer notre ère non à la date présumée de la naissance du Christ mais à sa date réelle qui se situerait entre -7 et -4 !

 

 

NOTES

 

(1) Monseigneur Jean-Baptiste Pallegoix «  Du royaume thaï ou Siam », à Paris, 1854,

(2) « Dictionnaire du bouddhisme », Encyclopédia Universalis, chez Albin Michel, 1990.

(3)« Le Grand dictionnaire Universel de La Châtre (1869).

(4)« Vie et légende de Gautama, le Bouddha des Birmans » (1878),

(5)« Bouddha-Cakya-Mouni, personnage historique qui a vécu vers 390-320 avant Jésus-Christ, premier sublime socialiste, sa vie et ses prédications, son influence bienfaisante sur la civilisation du monde entier » 1906.

(6) « Introduction à l’histoire du bouddhisme indien » (1876)

 

(7) Cette étude qui est destinée à déterminer la date exacte à laquelle Bouddha a atteint l'illumination a été publiée en 2011 et repose sur une impressionnante recherche épigraphique et bibliographique « The Emergence of Buddhism and the 2,600th Anniversary of the Buddha's enlightenment ». Il est numérisé:

https://www.academia.edu/8361561/The_Emergence_of_Buddhism_and_the_2_600_Oliver_Abenayaka

 

(8) On est donc dans l'histoire passé de l'an – 1 à l'an + 1. Le premier siècle d’un calendrier chrétien est l’intervalle de temps d’une durée de cent ans commençant en l’instant zéro qui n'est pas l'année zéro. Il s’étend donc de l’an 1 à l’an 100 inclus. Les siècles suivants s’étendent ainsi de l’an 101 à l’an 200 inclus, de l’an 201 à l’an 300 inclus, de l’an 301 à l’an 400 inclus, de l’an 401 à l’an 500 inclus... du 1er janvier de l’an 1801 au 31 décembre de l’an 1900 inclus, du 1er janvier de l’an 1901 au 31 décembre de l’an 2000 inclus. Nous sommes donc entrés dans le troisième millénaire le 1er janvier 2001, et non le 1er janvier 2000 contrairement à tout ce qui a été claironné à l'époque. Quand Arthur C. Clarke écrit « 2001, l'Odyssée de l'espace », il choisit pour la date de son intrigue... la première année du troisième millénaire.

 

 

 

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10 juin 2021 4 10 /06 /juin /2021 05:10

 

Nous avons parlé de ces chants des rameurs sur les barges royales écrits par le prince Itsarasunthon, futur Rama II, à la fin du XVIIIe siècle, trois hymnes à l’amour qu’il porte à la future reine et à la cuisine qu’elle lui confectionne, le premier concerne les plats salés, le suivant les fruits apprêtés et le dernier les pâtisseries qui sont souvent d’ailleurs des bonbons (1). Il s’agit incontestablement des premiers écrits connus concernant la cuisine siamoise alors que dans notre monde occidental, le premier traité de cuisine connu est celui d’Apicius qui écrivit sous le règne d’Auguste 19 siècles avant (2).

 

Le Prince fait référence à quatorze types de plats salés, quatorze sortes de fruits apprêtés et seize sortes de pâtisseries ou bonbons. Bien que ce soit le thème de l’amour d’un homme pour une femme sous forme de chanson poétique destinée à diriger les rameurs dans le cortège des péniches royales, la description détaillée de la nourriture ne fournit pas seulement leur nom, mais aussi les ingrédients et les techniques de cuisson. Aujourd’hui encore le poème donne une description vivante des plats de la cuisine siamoise.

 

 

Il fallut encore plus d’un siècle pour que soit écrit un véritable traité et livre de recettes de la cuisine siamoise, celui d’une femme exceptionnelle  Plian Phatsakonwong : Elle est pour les Thaïs Thanphuyingplian  Phatsakonwong (ท่านผู้หญิงเปลี่ยน ภาสกรวงศ์) , Than étant un pronom personnel indiquant un profond respect, sans toutefois indiquer la  noblesse. Nous allons y retrouver de façon plus détaillée les recettes des plats qui faisaient les délices de nos deux amoureux.

 

 

C’est à cette cuisine qu’ont gouté les Français des premières ambassades, quelle fut donc leur impression ? La réaction de Forbin est amusante : arrivé à bon port, nous vîmes en abordant trois ou quatre petites maisons de cannes, couvertes de feuilles de palmier. M. Le Vacher me dit que c’était là où demeurait le gouverneur de la barre : nous descendîmes de notre canot, et nous trouvâmes dans l’une de ces maisons trois ou quatre hommes assis à terre sur leur cul, ruminant comme des bœufs, sans souliers, sans bas, sans chapeau, et n’ayant sur tout le corps qu’une simple toile dont ils couvraient leur nudité. Le reste de la maison était aussi pauvre qu’eux ; je n’y vis ni chaises, ni aucun meuble : je demandai en entrant où était le gouverneur ; un de la troupe répondit : C’est moi.   Cette première vue rabattit beaucoup des idées que je m’étais formées de Siam ; cependant j’avais grand appétit, je demandai à manger : ce bon gouverneur me présenta du riz, je lui demandai s’il n’avait pas autre chose à me donner, il me répondit « amay », qui veut dire non. C’est ainsi que nous fûmes régalés en abordant.

 

 

Il s’empresse de railler la flagornerie de Choisy et du Père Tachard qui s’évertuèrent à donner au public des idées aussi brillantes que peu conformes à la vérité. Que mangeait donc le chevalier ? « Quand le roi allait à la campagne ou à la chasse à l’éléphant, il fournissait à la nourriture de ceux qui le suivaient : on nous servait alors du riz et quelques ragoûts à la siamoise ; les naturels du pays les trouvaient bons ; mais un Français peu accoutumé à ces sortes d’apprêts ne pouvait guère s’en accommoder. A la vérité, M. Constance, qui suivait presque toujours, avait soin de faire porter de quoi mieux manger ; mais quand les affaires particulières le retenaient chez lui, j’avais grande peine à me contenter de la cuisine du roi ». Que  conclure ? Au temps de Forbin, le riz était déjà implanté en Camargue depuis Henri IV et Sully, certes, mais la qualité n’était pas encore en rendez-vous et tout comme la pomme de terre servait surtout à nourrir les animaux.

 

 

Mais s’il détestait Phaulkon (M. Constance) ; il appréciait la cuisine de son épouse qui, si elle était remarquable pâtissière était aussi forcément remarquable cuisinière ! (3)

 

 

Le Chevalier de la Loubère est plus nuancé. Il consacre un chapitre du premier tome de son  ouvrage « Du royaume de Siam », « De la table des Siamois ».

 

 

C’est longue description de la table des pauvres qui se limite à du riz et du poisson séché, elle n’est pas somptueuse et celle des riches qui disposent de toutes sortes de ressources, viandes, poissons, fruits, légumes, épices etc…

 

N’oublions toutefois pas que le riz et les poissons sont vantés sur une ligne de la stèle du roi Ramkhamhang à l’époque de Sukothai « Il  y a du poisson dans les rivières, il y a du riz dans les champs » popularisée d’ailleurs par une chanson du très nationaliste Luang Wichit Wathakan (หลวงวิจิตรวาทการ), ในน้ำมีปลา (nai nam mi pla nai na mi khao)  en 1950.

Cette cuisine a – au moins pour celle des riches – subit de nombreuses influences en dehors de ses origines, les Portugais, les Vietnamiens, les Cambodgiens, les Perses, les Japonais, les Malais et les Indiens. Il ne faut évidemment pas oublier les Chinois – il est probable que plus d’un tiers de la population a du sang chinois - dont le chevalier nous dit qu’ils se nourrissent de mets qui nous révulsent, chats, chiens, nids d’oiseaux, chevaux et mulets, répugnantes holothuries, rats, …

 

 

Il nous faut toutefois une réflexion pertinente, il est assurément plus philosophe que Forbin le corsaire :

 

 

« A propos de quoi je ne puis me tenir de faire une remarque fort nécessaire pour bien entendre les relations des pays éloignés.  C’est que les mots de bon, de beau , de magnifique , de grand, de mauvais , de laid, de simple, de petit, équivoques d’eux-mêmes, se doivent toujours entendre par rapport au goût de l'auteur de la relation , si d'ailleurs il n'explique bien en détail ce dont il écrit. Par exemple, si un facteur hollandais ou un moine de Portugal exagèrent la magnificence, et la bonne chère de l'Orient, si le moindre corps de logis du Palais du Roy de la Chine leur parait digne d'un roi européen il faut croire tout au plus que cela est vrai par rapport à la Cour de Portugal et par rapport à celle des Princes d'Orange. Ainsi (parce qu'il ne serait pas juste de mépriser tout ce qui ne ressemble pas à ce que nous voyons aujourd’hui à la Cour de France, et qu'on n'y avait jamais vu avant ce Règne plein de grandes et glorieuses prospérités) j'ai tâché de ne rien dire en termes vagues, mais de décrire exactement ce que j'ai vu, pour ne surprendre personne par mon goût particulier, et afin que chacun puisse juger de ce que je dis presque aussi juste, que s'il avait fait le voyage que j'ai fait »

 

 

Ainsi par exemple rappelle-t-il, en parlant des jérémiades sur la force ou la puanteur de certains mets siamois « … nous ne vidons pas de certains oiseaux pour les manger; et quelquefois les viandes un peu trop avariées nous paraissent de meilleur goût ». Bien évidemment, La Loubère savait que jamais un cuisinier digne de ce nom ne videra une grive ou un rouget de roche et une bécasse ou un lièvre sauvage ne se dégustant que fortement avancés. Si la goutte chez nos riches anciens qui consommaient force gibier sévissait à l’état endémique, la raison en est évidente.

 

 

Tout est relatif évidemment et Alexandre Dumas, fin gourmet, considérait la cuisine italienne comme la plus mauvaise du monde et se régalait comme les Chinois d’holothuries répugnantes.

 

 

Il nous donne une autre pertinente leçon :

 

« Un autre méconte des relations est de ne donner la plupart des choses que par un bout, s'il faut ainsi dire. Le lecteur s’imagine qu’en tout le reste la Nation, dont on lui parle, ressemble à la sienne, et que par cet endroit-là seulement elle ou extravagante ou admirable. Ainsi si l'on disait simplement que le Roy de Siam met sa chemise sur sa veste, cela nous paraîtrait ridicule mais quand tout est entendu, on trouve que, quoique que toutes les Nations agissent presque sur divers principes, tout revient à peu près au même et que nulle part il n’y a guère rien de merveilleux, ni d'extravagant »

 

 

Que mangerait donc le chevalier ? Sans autre critique de la cuisine royale, il nous apprend « Roy de Siam nous faisait  donner la volaille, et les autres animaux envie, c'était à nos gens à les égorger, et à les préparer pour nôtre table »

 

 

De ses explications  nous apprenons, ce que confirme la thèse de Panu Wongcha (2), qu’il y avait – et il y a d’ailleurs toujours – plusieurs sortes de cuisine, la cuisine populaire basée sur la nature et des ingrédients issus du sol, des repas préparés selon des méthodes de cuisson séculaires, transmises de génération en génération.

 

 

En dehors de cette cuisine plébéienne et familiale et en sus des variétés régionales qu’ignorait évidemment La Loubère, il y a une cuisine de professionnels que seuls les chefs passionnés par leur art ont le temps et les connaissances nécessaires pour pratiquer. Cette dichotomie se traduit dans le langage, il y a le riz des seigneurs, le khao chao (ข้าวเจ้า), et celui des serfs, la khao phrai (ข้าวไพร่) ! On ne parle toutefois pas de « fracture sociale » !

 

 

C’est dans ce contexte – résumé rapidement - qu’intervint en 1898 le premier livre de cuisine de  Plian Phatsakonwong après, il est vrai, qu’une partie de la cuisine siamoise a pu avoir tendance à s’occidentaliser à la fois par l’ouverture du pays au commerce à partir de 1855 (traité Bowring) et l’envoi de nombreux privilégiés faire leurs études en Europe. C’est à cette époque que date – paraît-il – l’introduction de la fourchette et que fut publié, en 1890 sous l’égide du roi Rama V un livre de recettes de la cuisine occidentale (Tamrathamkapkhaofarang  (ตำราทำกับข้าวฝรั่ง)

 

 

...le premier livre de cuisine écrit en thaï contenant une série de recettes anglaises et françaises réunies à la demande du roi par l’un de ses nombreuses épouses mineurs, Chao Chom Nom Jotikasthira (เจ้า จอม น้อม โชติกเสถียร).

]

 

QUI ÉTAIT-ELLE ?

 

Les sources sont peu nombreuses et plus la plupart en thaï (4) en dehors de la thèse de Panu Wongcha  (2).

 

 

Plian  Phatsakonwong  est née le mercredi  8 décembre 1847, aînée dans le cocon d’une dans une famille riche de Bangkok. Elle est l’arrière-petite-fille de Dit Bunnag (Somdetchaophrayaborommahaprayunwong - สมเด็จเจ้าพระยาบรมมหาประยูรวงศ์ -  ดิศ บุนนาค) de la puissante famille d’origine persane des Bunnag.

 

 

Il fut une figure politique majeure de la vie politique siamoise au milieu du XIXe siècle et élevé au plus haut rang de la noblesse par Rama II. Elle fut éduquée selon l'ancien modèle de Kulatida (กุลธิดา) que l’on peut traduire plus ou moins bien par fille vertueuse ou fille modèle dans les familles riches, une instruction de haut niveau et l’apprentissage nécessaire pour devenir une bonne épouse et une bomme maitresse de maison, un peu la Julie de Marcel Amont : « Faites de la dentelle, de l’aquarelle, de la tapisserie, de la pâtisserie mais n’allez surtout pas courir le guilledou avant de prendre époux ».

Dans ses multiples talents en sus de la cuisine, elle savait sculpter les fruits et légumes de façon artistique ainsi de créer des fleurs en cire d’abeilles,  dresser des bouquets de fleurs artificielles, de fleurs séchées ou fraiches. Elle excellait aussi dans la broderie.

 

 

Elle joua enfin un rôle majeur dans la fondation de la future Croix Rouge de Thaïlande qui fut l’œuvre de sa vie. Aussi n’eut-elle aucune peine à trouver un mari en 1868 dans la fratrie Bunnag, Phom Bunnag (เจ้าพระยาภาสกรวงศ์ - พร บุนนาค - Chaophraya Phatsakonwong) qui lui donna cinq enfants. Il avait étudié à Londres et devint secrétaire particulier du roi Mongkut à son retour au Siam. Nous le retrouverons ambassadeur à Londres et à Berlin puis titulaire de plusieurs postes de ministre sous le règne de Rama V (5).

 

 

SON ŒUVRE LITTÉRAIRE

 

Elle publie avec probablement l’aide de l’un de ses fils,  Chaochom Phitsa (เจ้าจอมพิศว์) en 1908 son magistral traité de cuisine – toujours depuis lors réédité – sous le titre de Maekhruahuapa (แม่ครัวหัวป่าก์) que l’on peut traduire par « la maitresse de maison modèle ».

 

 

Elle n’est plus toute jeune, c’est à l’occasion de son 40e anniversaire de mariage qu’elle pensa résumer sa carrière de remarquable maitresse de maison. Il ne fut initialement imprimé qu’à 400 exemplaires. Il connut ultérieurement plusieurs éditions avec des modifications dans la présentation, la modernisation du vocabulaire et l’utilisation systématique de mesures métriques.

 

 

N’étant plus sous droits, il est numérisé et facile d’accès sur le site de la Bibliothèque nationale (6). Elle aurait aux dires de Panu Wongcha suivi le modèle de l’ouvrage d'Isabella Beeton « the Book of Household Management » (le livre de la gestion d’un ménage). C’est un guide d'économie domestique destiné aux maîtresses de maison, dont la première édition est parue en 1861. Il se présente  comme un recueil de conseils pour la bonne tenue d'une maison et de son personnel. En dépit de son titre assez général, le guide est consacré en majorité à la cuisine. L’immense succès remporté par l'ouvrage lui a valu de multiples rééditions, souvent substantiellement augmentées, longtemps après la mort de son autoresse. Isabella Beeton devint rapidement une figure de la maîtresse de maison victorienne idéale, parfaite experte en cuisine et en gestion de sa maison. Son ouvrage contient des conseils sur la mode, le soin des enfants, l'élevage d'animaux, les poisons, la gestion des domestiques, la science, la religion et l'industrie Sur les 1.112 pages, plus de 900 sont consacrées à des recettes de cuisine. La plupart d'entre elles sont illustrées de gravures en couleurs. Elle a été accusée d’avoir largement plagiée mais lorsqu’on compile des recettes il faut bien décrire ce que l’on a appris des autres !

 

 

Plian Phasakorawong a également rassemblé les codes culinaires dont elle disposait, ceux de Rama II évidemment mais ses recettes contiennent aussi l’histoire anecdotique de certains plats avec aussi des considérations sur les cuisines régionales. On lui prête toutefois à tort ou à raison l’invention d’une pâtisserie, le luk chup (ลูกชุบ) qui serait d’origine portugaise mais dans laquelle elle remplace les amandes par des graines de haricot mungo (ถั่วเขียว) ?

 

 

Plian a utilisé le code culinaire de Rama II comme point de départ, mais elle a également félicité la princesse Bunrod pour avoir été la pionnière de la tradition culinaire de la cour de Bangkok. Ces louanges reflétaient également le rôle important des femmes chefs de cuisine dans la cour siamoise depuis l’époque d’Ayutthaya. Elle présente une variété de plats issus du répertoire culinaire siamois. Sur plusieurs centaines de pages, elle donne des instructions détaillées, des conseils et de suggestions pour les maîtresses de maison, tant dans l’art de gérer leurs cuisines que celui de diriger leurs maisons. Nous allons des conseils pour choisir le poisson sur le marché aux conseils pour utiliser les mets en conserve venus d’occident ou l’utilisation du système métrique pour doser les ingrédients même si elle utilise des mesures plus concrètes comme une tasse, une cuillère à soupe, une cuillère à café, une cuillère à sucre. Elle est aussi précise sur les temps de cuisson et la façon d'organiser la table quand par exemple on reçoit des moines. Artiste aussi, elle s’intéresse à la décoration des plats et de la table.

 

Dans cette recette de poisson au curry, nous trouvons des mesures au kilo pour le poisson et les pousses de bambou (ก.ก), à la cuillère (ช้อนโตะ), au verre  (แว่น), à la cuillère à thé (ช้อนชา) et à l'unité pour le citron

 

 

Ce mélange de compétences culinaires et de compétences domestiques est caractéristique de ce que doit être une femme convenable, suphap satri (สุภาพ สตริ) dont le correspondant masculin est le suphap burut (สุภาพ บุรุษ).

 

 

La dernière réimpression de 2002 le fut avec le soutien du gouvernement considérant que cet ouvrage appartient au patrimoine culturel du pays.

 

 

Ces recettes traditionnelles ont été reprises par des chefs de prestige qui opèrent essentiellement à Bangkok (peut-être aussi dans les lieux touristiques de province) et offrent des menus à des prix, hors boissons, dont nous nous contenterons de dire qu’ils sont de plusieurs milliers de baths. N’espérez pas y trouver les plats un peu « canaille » que l’on trouve dans des établissements plus modestes avec un zéro en moins sur l’addition et qui ne sont pas sans mérites.

 

 

L’ŒUVRE SOCIALE

 

Son dévouement pour son pays s’est manifesté en 1893 los de la bataille entre la France et son pays, qui fut sanglante du côté siamois autant pour les combattants que pour les civils. Elle a alors pensé créer une organisation de secours en compagnie de femmes de la haute société. Ce groupe de bénévoles réunit la somme considérable pour l’époque de près de 450.000 baths qui fut dépensée en médicaments pour les blessés et en aide pour les familles. Avec la bénédiction du roi, elles créèrent cette année-là une association caritative appelée « le conseil unalom rouge pour le Siam » (Saphaunalomdaenghaengchatsayam - สภาอุณาโลมแดงแห่งชาติสยาม), unalom est le petit cercle sur le front de Bouddha. Ce conseil devint ensuite la  croix rouge thaïe (Saphakachatthaiสภากาชาดไทย) et fut agréé internationalement en 1920. 

La philatélie l’a oubliée lors de la publication de timbres anniversaires !

 

 

Elle eut une triste fin puisqu’elle fut assassinée par un ivrogne le 11 décembre 1911 quelques jours après son 64e anniversaire.

NOTES

 

(1) Voir nos trois articles illustrés par ces chants :

A 424- LE CHANT DES RAMEURS SUR LES BARGES ROYALES PAR LE PRINCE ITSARASUNTHON, FUTUR RAMA II – AMOUR ET GASTRONOMIE (1)

A 425 -  บทเห่ยพระนิพนธ์เจ้าฟ้าธรรมธิเบศร -  LE CHANT DES RAMEURS SUR LES BARGES ROYALES PAR LE PRINCE ITSARASUNTHON, FUTUR RAMA II – AMOUR ET GASTRONOMIE (2)

A 426 -  บทเห่ยพระนิพนธ์เจ้าฟ้าธรรมธิเบศร -  LE CHANT DES RAMEURS SUR LES BARGES ROYALES PAR LE PRINCE ITSARASUNTHON, FUTUR RAMA II – AMOUR ET GASTRONOMIE (3)

 

(2) Voir à ce sujet la thèse de Panu Wongcha publiée à Singapour en 2010 : « What is Thai Cuisine? Thai Culinary Identity Construction From The Rise of the Bangkok Dynasty to Its Revival » numérisé sur le site consacré à la cuisine thaïe https://thaifoodmaster.com/what-is-thai-cuisine.

(3) Voir notre article A 265 - MARIA GUIMAR, ÉPOUSE DE CONSTANTIN PHAULKON ET« REINE DES DESSERTS THAÏLANDAIS  

https://www.alainbernardenthailande.com/2018/07/a-266-maria-guimar-epouse-de-constantin-phaulkon-et-reine-des-desserts-thailandais.html

(4) Voir

https://th.wikipedia.org/wiki/เปลี่ยน_ภาสกรวงศ์

https://www.silpathai.net/ท่านผู้หญิงเปลี่ยน/

https://www.silpa-mag.com/history/article_8961

https://www.chiangmaicitylife.com/clg/food-drink/thai-restaurants/royal-thai-cuisine/royal-cuisine-mae-krua-hua-bpak-cookbook-written-lady-prien-pasakorn-rawong/

« A study of cooking terms in Thai recipe books. A case of hair lady Plain Phassakorawong’s “Mae Krua Hua Pa” receipe book » (en thaï) sur

https://so03.tci-thaijo.org/index.php/jla_ubu/article/view/242445/164410

Qui est le site de l’Université d’Ubon (มหาวิทยาลัยอุบลราชธานี). L’article est de 2016 et porte la signature du professeur Phasopngot  Phiopochai (ภาสพงศ  ผิวพอใช้)

 

 

(5) Un site Internet est dédié à cette puissante famille :

http://www.bunnag.in.th/prarajpannuang009.html

 

 

(6) https://vajirayana.org/แม่ครัวหัวป่าก์

 

 

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13 mai 2021 4 13 /05 /mai /2021 04:38

 

En ce du mois d’avril 2021, la presse locale a claironné avec orgueil :

มัสมั่นไทย ยังคงครองแชมป์อาหารจานเด็ดที่สุดในโลก

Le matsaman thai reste le meilleur plat du monde.

 

 

Nous connaissons bien évidemment ce plat chanté par le prince Itsarasunthon  (พระเจ้า อิศรสุนทร), le futur Rama II, chant d’amour à la gloire de la cuisine de sa bien-aimée et future reine principale, la princesse Bunrot (เจ้าฟ้าบุญรอด) (1).

 

 

Il chante le plat pour les  piroguiers des barges royalees en ses termes, ainsi traduits par Emilie Testard (2)

Ton ragoût au curry de Massaman,  Mon trésor,

Aux effluves de cumin M’enflamme

L’homme qui l’a goûté Aspire,

A s’en frapper le cœur,   Te retrouver.

Massaman, prunelle de mes yeux, Sentant le cumin au goût ardent,

Qui aura goûté à ton ragout  En rêvera nuit et jour.

Ce méli-mélo aux milles ingrédients, Dont les senteurs emplissent l’air,

Me transporte à l’heure de chair Où nous baignons en une seule odeur.

 

 

Comme nous l’avons dit dans notre précédent article, le poème ne nous donnant peu de détail sur la confection de ce plat, il s’agit le plus souvent d’une sauce au curry agrémentant du poulet ou parfois du porc. Il est omni présent dans les restaurants locaux et c’est effectivement un plat de bon aloi.

 

 

Comment donc est-il venu en tête de ce (pseudo) plébiscite dont au demeurant la presse française s’est emparée sans le moindre sens critique en l’assortissant parfois de commentaires qui ne font pas non plus preuve du moindre esprit critique et en s’étonnant sans non plus la moindre réflexion que les plats dits « traditionnels » de notre cuisine nationale soient classés de façon marginale.

 

 

UNE ENQUÈTE FANTAISISTE

 

Il a été effectué par la chaîne américaine d’information (et de propagande) en continu CNN une espèce de « Voice of America » dont le but essentiel est de répandre par le monde les vertus de l’American way of life en donnant souvent dans le sensationnalisme et le catastrophisme. Ne la regarde évidemment que celui qui veut mais c’est une chaine américaine. Il aurait fallu que les médias, qu’elles soient thaïe ou françaises, parlent de sondage à l’américaine.

 

 

Il a ou aurait été effectué via la page Facebook de la chaîne dans des conditions indéterminées et non précisées et serait la synthèse de 35.000 réponses.

 

La page Facebook de la chaine nous dit qu’elle aurait un peu moins de 40 millions d’abonnés ce qui signifie que la plupart ne se sont pas soucié de participer à cette enquête.

]

 

Il est évident que pour donner son opinion  sur ce qui serait le meilleur plat du monde,  il faudrait avoir une large vision de ce que pourrait être la cuisine sur notre planète depuis la Patagonie...

 

 

...jusque chez les Esquimaux.

 

 

Ce n’est de toute évidence pas le cas de ceux qui ont répondu,  probablement tous majoritairement américains.

 

Les réponses de l’année passée, nous ne donnons que les têtes de liste, ont été les suivantes, nous baignons dans l’exotisme :

Le rendang, Indonésie.

Le nasi-Goreng, Indonésie.

Les sushis, Japon.

Le tomyam kung (ต้มยำกุง), Thaïlande.

 

 

Le phat thaï  (ผัดไทย), Thaïlande.

 

 

Le som tam ou Salade de papaye verte, (ส้มต๋ำ) Thaïlande.

 

 

Le dim sum, Hong Kong.

Les ramens, Japon.

Si la Thaïlande ne vient pas en tête, elle emporte trois acessits. Ce sont des plats que nous connaissons, le tomyam est un véritable bouillon de piment, le somtam est en quelque sorte de la quintessence de piment rouge. Il faut pour les avaler bénéficier d’un estomac en acier inoxydable. Il faut bien dire que le piment utilisé à la façon locale ne parfume pas toujours les mets, il en fait disparaître tout simplement la saveur. Salade de papaye verte au piment, soit, piment à la salade de papaye verte, ça ne va plus. L’utilisation d’une telle quantité de piment rouge fait tout simplement qu’un  palais européen n’y saurait gouter même du bout de la langue

 

 

Le Phat thaï à base de nouilles de riz sautées échappe à la pimentisation forcenée, c'est un plat délicieux.

 

 

Le Maréchal Phibun voulut qu’il devienne par excellence le plat national de la Thaïlande. Ne parlons pas des autres plats exotiques des autres pays, que nous ne connaissons pas.

 

 

Le score de cette année nous conduit cette fois à notre matsaman devenu le champion du monde, premier prix et un accessit :

Curry massaman (Thaïlande)

 

 

Pizza napolitaine (Italie)

 

 

Chocolat (Mexique)

 

 

Sushis (Japon)

Canard laqué (Chine)

Hamburger (Allemagne)

 

 

Asam Laksa de Penang (Malaisie)

Soupe Tom Yam (Thaïlande)

 

 

Nous restons partiellement dans l’exotisme mais voyons apparaitre en seconde place d’honneur la pizza napolitaine et plus curieusement plus bas le hamburger, d’origine allemande et devenu emblème de la cuisine américaine ; mais l’exotisme reste la règle.  Mettre le hamburger dans la liste de tête des meilleurs plats du monde est tout du niveau significatif du niveau des sondés américains de base en matière de cuisine. Plats populaires, certes comme la pizza, plats de cuisine de rues ce qui ne veut nullement dire mauvais mais aux antipodes de la vraie cuisine comme notre massaman sur lequel nous allons revenir.

 

 

Compte tenu des  conditions douteuses dans lesquelles ce sondage a été effectué, il n’est pas interdit de se poser la question de l’intervention des groupes de pression, les Italiens pour leur pizza, les puissantes chaines de cuisine rapide qui ont fait du hamburger le plat national des Etats-Unis (Quick, Burger King,  McDonald's et bien d’autres) et peut-être même les « Chicanos » qui sont des millions aux États-Unis, faire du chocolat mexicain l’un des « meilleurs plats au monde » est peut-être faire injure à nos amis Belges et Suisses dont les chocolats ont légitimement acquis une réputation mondiale. Qu‘il soit le meilleur plat au monde ou pas, le matsaman doit incontestablement cette place à ses qualités.

 

 

Et la cuisine française qui n’est peut-être pas la meilleure du monde mais à tout le moins l’une des meilleure ? Elle n’est présente qu’en fin de course loin derrière le peloton de tête. Il y en a au moins deux raisons d’évidence : La première est que pour apprécier la cuisine française, il faut la connaitre. Or, si les Etats Unis ont été peuplés de migrants européens, africains (bien involontaires) et asiatiques, ils n’ont jamais connu d’immigration française. Il existe – parait-il – des restaurants français de très haut niveau à New-York, Washington et ailleurs, il est probable que leur tarifs les rendent inaccessibles aux habitants du Bronx ou de Chinatown ce qui n’est évidemment pas le cas d’une multitude de restaurants asiatiques, des chaines ou des restaurants italiens populaires.

 

 

Revenons donc à notre matsaman.

 

LE MATSAMAN,  POULET AU  CURRY OU POULET  Á L’INDIENNE

 

La presse française reportant ce sondage présente systématiquement le matsaman comme un « plat d’origine musulmane ». C’est probablement le tribut payé au politiquement correct car ce plat n’a rien à vois avec la religion du prophète.

 

Quelle est l’origine du mot ? Le Dictionnaire de l’Académie est malheureusement le plus souvent muet sur l’étymologie.

 

C’est du côté du curry, base essentielle de ce plat, qu’il faut chercher l’origine. Le curry est un mélange d’épices que la colonisation anglaise  fit découvrir à la gastronomie européenne. En 1822, le célèbre Carème ne l’oublie dans la confection de ses menus avec du « poulet au Karic ».

]En 1828, Risbeck, l’un des meilleurs restaurateurs de l’époque inscrit à sa carte au chapitre des poulets le  « Carrick à l’indienne ».

 

 

Il s’agit dans l’un et l’autre cas d’un poulet agrémenté d’une sauce au curry et servi avec du riz blanc. Nous  bénéficions d’une véritable petite encyclopédie du curry tant dans la confection de la pâte que de la manière de l’utiliser pour agrémenter les plats. Nous y trouvons la recette d’un « chicken curry » qui correspond peu ou prou à celle du matsaman (3).

 

 

 

Le curry n’est pas une épice, il est un mélange complexe, une poudre composée dans l'Inde avec différents ingrédients. Il y entre du piment, du curcuma, de la coriandre, du safran, de la noix de coco séchés, réduits en poudre et passés au tamis. Les cuisiniers indiens préparent eux-mêmes leur poudre et les compositions varient selon la fantaisie de chacun.

 

 

Des Indes il est très probablement passé dans la Perse frontalière, les échanges entre les deux empires étant aussi anciens que permanents. Nous connaissons les rapports des Perses avec le Siam probablement dès le XVe siècle, peut-être avant même que le pays ne bascule dans le mahométanisme. Les Perses ont été bien accueillis dans ce pays tolérant en matière religieuse et ont rapidement acquis des places de choix dans l’échelle sociale jusqu’à ce que le roi Naraï ait un premier ministre musulman. Comme les Italiens quittaient la Sicile ou Naples en emmenant avec eux les recettes de cuisine, de même les Persans avaient les leurs (4). Les Perses utilisent toujours de subtils mélanges d’épices pour agrémenter leur cuisine, notamment le poulet mais celui qu’ils appellent adwiya contient en général du curcuma, de la cannelle, de la cardamome, des clous de girofle, des pétales ou des boutons de rose séchés, du cumin et du gingembre.

 

 

La composition des curry est variable.

 

En Thaïlande, nous en connaissons au moins trois espèces, le curry jaune à base de cumin, de coriandre, de curcuma, de fenugrec, d’ail, de sel, de citronnelle, de piment, de  gingembre, de muscade et de cannelle.

 

 

Le curry rouge est composé de piments rouges, d’ail, d’échalote, de galanga, de pâte de crevettes, de sel, de citron vert, de coriandre, de graines de cumin et de poivre et de citronnelle.

 

 

Le curry vert  est composé de piment vert, d’d’échalote, d’ail, de galanga, de citronnelle, de citron vert, de coriandre, de graines de cumin, de poivre blanc et pâte de crevettes. Ce sont les ingrédients qui en déterminent la couleur.

 

 

Un site Internet thaï en inventorie quatre sortes dans la région du nord, trois dans la nôtre, le nord-est, vingt dans la région centrale et sept dans le sud (5).

Il en est toutefois deux dans le monde qui se disputent la faveur des gastronomes, celui de Madras

 

ou celui de Colombo, lequel est le meilleur du monde ?

 

 

Compte tenu de rapports constants entre l’île de Ceylan et l’ancien Siam, tant religieux que commerciaux, il reste deux hypothèses entre les quelles je ne trancherai pas. Le matsaman est un plat d’origine indienne qui a pu venir au Siam soit par l’intermédiaire des Persans soit tout simplement depuis Ceylan.

Il appartient au meilleur de ce que nous offre la cuisine locale en dehors de toutes ces espèces de sondages qui sont parfaitement vains.

 

 

NOTES

 

.(1) Voir notre article A 424 -  บทเห่ยพระนิพนธ์เจ้าฟ้าธรรมธิเบศร -  LE CHANT DES RAMEURS SUR LES BARGES ROYALES PAR LE PRINCE ITSARASUNTHON, FUTUR RAMA II – AMOUR ET GASTRONOMIE  qui sera publiè sur ce blog le 18 mai prochain

 

(2) http://www.inalco.fr/itineraires/8/trois-chants-bateliers-prince-issara-sunthorn-gastronomie-amour-palais

(3) « The curry’s cook assistant ou curries » par Daniel Santiagoe, Londres, 1888.

(4) Voir notre article  76 Avant les Européens, les Perses

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/article-76-avant-les-europeens-les-perses-117277686.html

(5) https://th.wikipedia.org/wiki/แกง

 

         

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10 mai 2021 1 10 /05 /mai /2021 13:43

 

La publication d’une courte histoire commence dans la livraison du 1er mai 1769 du « Journal encyclopédique » sous le titre « The life and adventures etc… Vie et aventures d’Ambroise Gwinett connu sous le nom du mendiant boiteux et qui en 1734 prit l’emploi de balayeur  du pavé de Spring Garden. Dicté par lui-même », à Londres, chez Gadell, 1769. La fin de ces aventures est publiée dans la livraison du 1er juin. L’ensemble ne fait pas plus que 15 pages. Il ne porte pas de signature.

 

 

La référence à une origine anglaise est pure fiction du journal. Il existe effectivement un ouvrage anglais publié sous le titre « THE LIFE AND UNPARALLELED VOYAGES AND ADVENTURES of AMBROSE GWINNET, écrite par lui-même ». La première édition dont nous trouvions  la trace est de 1830, il y en aurait eu une en 1770, il y en a eu des postérieures, et l’éditeur ne fut pas Gadell mais J.Brydon à Londres. Nous n’avons trouvé aucune trace cette édition de 1770 autrement que de façon allusive.

 

 

La revue « Journal encyclopédique » est connue notamment par ceux qui se qualifient souvent à tort et parfois à raison de « lumières ». Ces deux articles sont ainsi commentés dans un ouvrage essentiellement juridique (« Dissertation sur la composition des lois criminelles » par J.H. de Russel de la Berardière, publié à Leyde en 1775 « Tous les hommes sensibles ont dû lire avec un serrement de cœur l’effrayante histoire d’Ambroise Gwinett rapportée dans les journaux encyclopédiques de mai et juin 1769. Il fut condamné au dernier supplice pour avoir tué un homme qui se retrouvé vivant en Amérique longtemps après. Le malheureux Gwinett avait cependant été exécuté. Il est vrai qu’il eut le bonheur d’échapper à la mort après avoir été pendu. Mais est-ce une excuse ? … Une faute de cette espèce ne peut avoir été commise que par l’impéritie du juge ou la défectuosité de la loi … ».

 

 

Tout est dit, il s’agit en fait d’une diatribe – au demeurant justifiée - sur le système judiciaire de cette époque. La localisation en Angleterre est évidemment un masque pour ne pas parler de la France. Pour être encyclopédiste ou « lumière », on n’est pas assez téméraire pour attaquer le système de front. Il fallait le prestige de Voltaire et ses appuis à la Cour pour se le permettre. Il n’est point dans ces quelques pages question du Siam, mais nous allons très vite le retrouver.

 

 

 

En 1770, l’encyclopédiste et contributeur du « Journal encyclopédique » Jean-Louis-Castillon, avocat à Toulouse, publie à Bouillon, aujourd’hui en Belgique, alors siège d’un évêché souverain et pays d’origine de Godefroy du même nom, « Le mendiant boiteux ou les aventures d’Ambroise Gwinett – balayeur du pavé de Spring Garden d’après des notes écrites de sa main ».

 

 

L’année suivante, le même ouvrage paraît à Francfort et Leipzig sous le titre « Candide anglais ou avantures tragi comiques d’Amb. Gwinett avant et dans ses voyages aux deux Indes ». La préface est signée de « L. Castilton ». La publication en terre d’Empire laisse à penser qu’il s’agit tout simplement d’une contrefaçon ce qui était monnaie courante à cette époque où les droits d’auteur n’étaient pas protégés. Dans les deux éditions, Castillon nous explique que ces « ulcères » de la justice ne sont pas rares. « J’ai pris soin de rassembler plusieurs notes sur la vie d’Ambroise Gwinett écrites par lui-même et trouvées après sa mort dans l’une des poches de son unique, très ancien et déchiré vêtementAvant que de songer à travailler d’après ces notes, j’ai voulu m’assurer des faits et j’ai appris que tout ce qu’elles renfermaient étaient de la plus exacte vérité. J’ai inséré quelques-uns de ces faits dans le Journal encyclopédique supprimant presque en entier la relation des voyages de Gwinett mais cette relation me semblant tout aussi intéressante que le petit nombre de faits qu’on a lu dans cet ouvrage périodique, j’ai cru que le public les verrait avec plaisir ».

 

Le seul justificatif que donne Castillon sur ces sources est une lettre anonyme datée de Londres du 17 novembre 1769. Le manuscrit de Gwinett est de toute évidence un  manuscrit fantôme. Le roman s’étale sur près de 400 pages.

 

 

Ce sont ces voyages qui vont nous faire découvrir le Siam. Leur origine est singulière : ils sont dus à une violente colique de notre héros.

 

 

Ambroise Gwinett est né dans un milieu aisé en Angleterre le 25 septembre 1679 à Canterbury. Après de bonnes études, il entre en apprentissage chez un avocat de la ville. Il a une sœur richement mariée dans le Comté de Kent Il entretient avec son couple d’excellentes relations et lui rendait de fréquentes visites. En octobre 1699, il se rend à pied pour les visiter, mais trop fatigué, il s’arrête pour coucher dans la ville portuaire de Deal proche de leur demeure. Mais le port était encombré des navires de la Reine Anne en raison de la guerre avec les Français et les Espagnols et toutes les auberges étaient occupées.

 

 

Dans l’une d’elle, il demande l’autorisation de prendre du repos au coin du feu de la cuisine. Les aubergistes connaissent de réputation sa sœur et son beau-frère, et avec l’autorisation d’un client et habitué, Richard Collins, ils lui installent un lit dans sa chambre. Dans le courant de la nuit il est pris d’épouvantables coliques, ses gémissements réveillent son voisin auquel il demande où sont situées les commodités. Elles sont comme il se doit au fond du jardin, mais pour soulever le loquet, la ficelle étant cassée, il faut glisser une lame entre deux planches  pour le soulever. Il lui confie un canif à cette fin.

 

 

Il se précipite et pour ouvrir la porte, il déplie le couteau, une pièce était glissée dans la rainure. Il n’y prête aucune attention et glisse le tout dans sa poche. Il reste une grande demi-heure sur le siège. Il remonte dans la chambre et s’aperçoit, sans plus s’en soucier, que son compagnon n’est plus là, peut-être est-il reparti ? A son réveil, il s’habille pour se rendre chez sa sœur. En fin de matinée, trois cavaliers galopent en direction de leur demeure. Ils sont venus l’arrêter. Il apprend qu’il est  accusé d’avoir commis un meurtre la nuit. Au matin, l’aubergiste avait constaté la disparition de Richard Collins, de larges traces de sang sur son lit et la disparition d’un gros sac de guinées qu’il lui avait vu compter. Une fouille rapide permet de découvrir dans les poches de Gwinett le canif et la pièce, que l’aubergiste reconnait comme ayant appartenu à la victime. Ambroise est condamné à être pendu pour avoir tué Collins, caché l’argent et fait disparaître son cadavre probablement emporté par les marées.

 

 

Ses dénégations sont évidemment vaines. Les occupants des chambres voisines avaient entendu des gémissements que l’on attribue à Richard Collins en train d’être égorgé et non aux douleurs de coliques d’Ambroise. Au terme de cette procédure expéditive, le jury le condamne à la pendaison 15 jours plus tard. Nous vous épargnons les détails de son exécution et de sa résurrection, sans doute le bourreau était-il malhabile ? Il avait été mal vendu et survivait à son supplice ! Le gibet était placé en un endroit reculé, il surmontait une prairie sur laquelle le fermier de sa sœur faisait paître ses troupeaux. On le découvre, on le dépend et on le met à l’abri dans la maison de sa sœur. Interrogé par le Shérif sur la disparition du cadavre, le beau-frère admet l’avoir dépendu pour lui donner une sépulture décente (1).

 

 

Une solution s’impose toutefois pour lui éviter d’être pendu une seconde fois avec succès car la nouvelle de sa résurrection s’est répandue dans le village, il faut qu’il disparaisse. Par bonheur son beau-frère connaissait le capitaine d’un vaisseau corsaire qui était encore à quai. Il est embarqué sous un pseudonyme pour un long voyage puisqu’il ne retrouvera l’Angleterre qu’en 1730 ! Au bout de six mois d’une navigation émaillée de péripéties diverses, le navire atteint le Japon.

 

 

Le Japon

 

Les étrangers n’y sont alors que tolérés. Gwinett tient des propos qu’il n’aurait pas dû tenir au sujet de l’Empereur. Condamné à périr dans l’huile bouillante, dans sa grande bonté l’Empereur convertit cette peine en deux cent coups de bâton et à l’exil. Il subit la peine, il en est boiteux. Embarqué sur un navire hollandais, il se retrouve à Ava, la capitale du Pegu, présentement en Birmanie.

 

 

Le Pegu

 

 

Pour de tout aussi futiles raisons, il y est condamné à une nouvelle bastonnade et à avoir l’oreille droite tranchée. Embarqué sur un navire portugais, il se retrouve dans la capitale du Siam qu’il appelle Siyothehin.

 

 

Le Siam

 

Il faut situer cette aventure aux environs de 1710 probablement sous le règne de Phra Chao Sua dont nous n’avons pas un portrait flatteur (2). Il fait la connaissance d’un négociant hollandais avec lequel il sympathise et négocie des diamants qu’il avait ramenés du Japon  pour financer son retour en terre civilisée. Celui-ci lui fait découvrir la ville dont il nous fait une très longue description qui au demeurant ne nous apprend rien que nous ne connaissions déjà ; que les généralités sur les mœurs de Siamois et les coutumes du pays. Jean-Louis Castillon n’a pas de peine à puiser ses sources dans les récits des Français ayant visité le pays au temps du roi Naraï.

 

 

 

Mais l’avocat de Toulouse que fut Castillon va s’appesantir sur la description du système judiciaire et des supplices qui s’y attachent pendant quelques dizaines de pages du récit. Il va ensuite s’étendre très longuement sur un triste épisode de l’histoire du Siam, celui de l’épouvantable tyrannie du roi qu’il appelle Chaou Pasa Tong, pour nous Somdet Phrachao Phrasat Thong (ปราสาททอง), une espèce de Caligula, qui mourut en 1656.  Il fait parler un Siamois imaginaire : « Voici ce que me racontait il  y a quelques jours un Siamois qui voulait me donner une idée du pouvoir de son maître et de l’excès ou, sans craindre pour son trône, il peut porter sa tyrannique défiance », un récit sur 10 pages qui glaça Ambroise d’horreur : La sauvagerie du roi se manifesta en 1650 à l’occasion de la mort de sa fille.

 

 

Il est difficile de ne pas voir dans le récit de ce Siamois une véritable reproduction presque à la lettre de ces événements décrits par le voyageur hollandais Jan Struys qui fut le seul européen à en être le témoin direct et à les reporter en détail.  On ne les trouve en effet  nulle part ailleurs que chez lui  autrement que de façon mois morbide chez Van Vliet et Turpin (3)

 

 

 

Ce Siamois était donc en réalité ce Batave appelé Jan Struys dont le récit fut publié en français en 1691 après l’avoir été en anglais en 1684 sur une première édition en néerlandais de 1676. L’ouvrage connut une diffusion spectaculaire et connut de multiples traductions.

 

Comment un écrivain, dans un ouvrage à narration, peut-il parler de voyages qu’il n’a pas accomplis ou décrire une tempête qu’il n’a pas vécue surtout dans un récit de voyages à demi imaginaires et à demi picaresques ?

 

Ou bien le narrateur assume directement la description ou bien il utilise la délégation d’un témoin compétent.

 

 

Le Congo

 

Quittons le Siam pour suivre très rapidement Gwinett dans ses pérégrinations avec son Hollandais. Il quitte le Siam sans regrets, content de n’avoir reçu que quelques coups de bâton plutôt que d’être ébouillanté, par égard pour sa nationalité, une fois encore pour avoir tenu des propos déplacés à l’égard de la monarchie.

 

 

Nous le retrouvons au Congo où son Hollandais l’abandonne aux mains de Hottentots. Il réussit à s’enfuir avant d’être écorché vif et, sur la côte, attire l’attention d’un navire hollandais qui pratique la traite des nègres et se rend aux Amériques.

 

 

Les colonies espagnoles

 

Le navire est appréhendé par les Espagnols sur les côtes de la Floride. Gwinett d’abord retenu comme prisonnier,  sympathise avec le gouverneur espagnol qui lui témoigne son amitié et le fait sous-gouverneur de La Havane. Il y reçoit des prisonniers anglais au milieu desquels il reconnait Richard Collins et s’en fait reconnaître. Celui-ci lui apprend qu’il avait au cours de la nuit été victime de violents saignements et qu’il avait tout simplement quitté l’auberge précipitamment pour chercher un chirurgien ou un apothicaire pour se soigner. Ils conviennent de s’embarquer dans un navire corsaire à destination de Cadix après avoir retenu leur place sur un navire. Le capitaine, un Irlandais  le persuade qu’il n’a aucun intérêt à retourner en Angleterre 15 ans après sa pendaison. Gwinett s’engage dans leur troupe d’autant que l’un des corsaires originaire de Canterbury lui avait appris que son père avait été ruiné à la suite d’un procès inique. Au bout de quatre ans de course, le capitaine fait de Gwinett son héritier et lui transmet son immense fortune avant de quitter de bas-monde.

 

 

L’Espagne

 

Capturé par un navire espagnol, nous le retrouvons dépouillé de ses richesses et condamné aux galères comme corsaire. Il rame pendant quatre ans en recevant encore  des coups de bâton sur le dos.

 

 

Les barbaresques

 

Son navire est alors capturé par un corsaire barbaresque après qu’un boulet de canon lui eut emporté une jambe. Il se retrouve esclave au Maroc. Après un long et douloureux esclavage à Alger, il fut avec beaucoup d’autres captifs anglais, libéré, par accord entre le Dey d’Alger et l’agent de sa Majesté britannique qui avait eu la bonté de lui faire adapter une jambe de bois.

 

 

Le retour

 

En 1730, revenu en Angleterre, la première chose qu’il fit fut de se renseigner sur ses parents, tous étaient morts et lui-même oublié de tous. Il découvrit aussi que M. Collins n'était jamais rentré chez lui et fut probablement mort lors de son passage. « Bien que n'étant pas un vieil homme, j'étais si affligé par les épreuves que j'étais incapable de travailler; et étant sans aucune forme de soutien, je ne pouvais penser à aucun moyen de gagner ma vie mais en balayant le passage entre la porte Mews et Spring Gardens, Charing-Cross, Londres; et finalement, ne pouvant même pas occuper ce poste, je dépendais de la générosité d'un public sensible et bienveillant ».

 

 

Le plagiat

 

Si la version anglaise date de 1770, elle est en tous cas postérieure aux deux articles publiés dans le Journal encyclopédique en 1769 qui étaiten répandus dans l’Europe entière. Elle est aussi brève, et élude ce qui est intéressant pour nous, l’essentiel du périple de Gwinett d’Angleterre au Japon, du Japon au Pegu, du Pegu au Siam et du Siam chez les sauvages du Congo. Gwinett se retrouve dès sa fuite de l’Angleterre sur un navire corsaire qui tombe aux mains des Espagnols en Floride. Il y retrouve dans les mêmes conditions que ci-dessus, Richard Collins. Ils préparent leur retour en Angleterre et se retrouvent esclaves à Alger. Nous voilà ramenés à l’histoire précédente !

 

Elle est en tous cas reproduction presque intégrale des deux articles du Journal encyclopédique. Pour donner l’illusion d’un véritable document, on trouve parfois un mot manquant avec la mention « illisible sur le manuscrit ».

 

Ce n’est en réalité qu’une diatribe au demeurant justifiée sur le système judiciaire de l’époque, qu’il soit français ou anglais, auquel il manque le souffle du roman picaresque qu’en a fait Castillon.

 

Castillon fut un contributeur de la grande Encyclopédie mais nous n’y avons trouvé aucune rubrique qui porte sa signature. Les pages que cette œuvre consacre au Siam sont consternantes mais portent la signature d’un folliculaire qui travaillait à la page, le chevalier de Jaucourt (4). Ce que Castillon écrit sur le Siam est de bon aloi et provient probablement de sources sérieuses en dehors du trop lourd emprunt à Jean Struys.

 

 

Les longues descriptions du système judiciaire et des sanctions qui s’y attachent dans les pays tyranniques qu’a visités Gwinett sont un évident rappel au système judiciaire français sous l’ancien régime dont les magistrats se couvrirent de honte : absence d’enquêtes sérieuses, utilisation systématique de la torture, condamnation injustifiées.

 

 

Rappelons que nous sommes à l’époque de l’affaire Calas terminée en 1765, aucune enquête sérieuse autrement qu’à charge, utilisation de la torture et condamnation à mort dans des conditions abjectes.

 

 

Castillon y fait allusion dans sa préface, n’oublions pas qu’il était avocat à Toulouse dont le Parlement se déshonora par cette affaire. Celle du Chevalier de la Barre éclate en 1766 dans des conditions similaires.

 

 

Les supplices épouvantables subis par Damien en 1757, issus de l’imagination sadique des magistrats du Parlement de Paris n’ont rien à envier à ceux imaginés par le roi Phrasat Thong.

 

 

Ce n’est qu’en 1780 que la torture sera abolie par Louis XVI.

 

 

Castillon déplore enfin l’absence de réparation du préjudice causé au coupable innocenté par l’impéritie et l’incompétence des juges qui conduisit son héros à finir – quoiqu’innocent – dans la mendicité (5). Il fut la voix qui clamait dans le désert puisque l’indemnisation des victimes d’erreurs judiciaires n’est entrée dans le droit positif français que par la Convention européenne des droits de l’homme du 4 novembre 1950 qui n’a été ratifiée qu’en 1974 (6).

 

 

NOTES

 

(1) Ce phénomène de pendus ressuscités n’est pas inconnu de l’histoire. Ne nous attardons pas sur des détails morbides :

https://listverse.com/2008/12/18/top-10-amazing-execution-survival-stories/

 

 

(2) Voir notre article RH 50 - LE ROI LUANG SORASAK, « LE ROI TIGRE » (Phra Chao Sua). (1703-1709) (Ou Somdet Phra Sanphet VIII (สมเด็จพระสรรเพชญ์ที่ ๘)  Ou  Suriyensapdi Ou  Suraçak )

https://www.alainbernardenthailande.com/2019/11/rh-50-le-roi-luang-sorasak-le-roi-tigre-phra-chao-sua.1703-1709-ou-somdet-phra-sanphet-viii-ou-suriyensapdi-ou-suracak.html

 

 

(3) Voir notre article A 263 - JEAN STRUYS (JAN JANSZOON STRUYS), AVENTURIER HOLLANDAIS AU SIAM EN 1650 ET TÉMOIN DES MASSACRES DE LA MÊME ANNÉE.

https://www.alainbernardenthailande.com/2018/06/a-263-jean-struys-jan-janszoon-struys-aventurier-hollandais-au-siam-en-1650-et-temoin-des-massacres-de-la-meme-annee.html

 

 

(4) Voir notre article A 43. « L'Encyclopédie », Voltaire et le Siam.

https://www.alainbernardenthailande.com/article-a-44-l-encyclopedie-voltaire-et-le-siam-83570407.html

 

 

(5)  « Erudimini qui judicatis terram » disent les écritures (Psaume II – 10) « Instruisez-vous, juges de la terre ».

 

 

(6) Article 3 : « Lorsqu’une condamnation pénale définitive est ultérieurement annulée, ou lorsque la grâce est accordée, parce qu’un fait nouveau ou nouvellement révélé prouve qu’il s’est produit une erreur judiciaire, la personne qui a subi une peine en raison de cette condamnation est indemnisée, conformément à la loi ou à l’usage en vigueur dans l’Etat concerné, à moins qu’il ne soit prouvé que la non-révélation en temps utile du fait inconnu lui est imputable en tout ou en partie ».

 

 

 

 

 

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1 mai 2021 6 01 /05 /mai /2021 03:12

 

Le petit enfant dans la foret des fantômes

Sources

 

Nous avons déjà parlé d’une figure majeure de ce que l’on appelle l’art populaire dans un précédent article. La bande dessinée y avait une grande part.

A 261- HEM VEJAKORN (เหม เวชกร), FIGURE MAJEURE DE L’ART « POPULAIRE » THAÏ, FILS SPIRITUEL DE CARLO RIGOLI ET MENTOR DU ROI RAMA IX.

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/06/a-261-hem-vejakorn-figure-majeure-de-l-art-populaire-thai-fils-spirituel-de-carlo-rigoli-et-mentor-du-roi-rama-ix.html

 

 

Un site Internet français est consacré à l’histoire de la bande dessinée thaïe mais la première partie n’a malheureusement pas eu de suites à cette heure :

http://radio.grandpapier.org/No12-Petite-histoire-de-la-Bande-Dessinee-independante-thailandaise-partie-1

 

 

Une « brève histoire de la bande dessinée thaïe » (prawatyo katunthai ประวัติย่อการ์ตูนไทย) de Nirawan Khurathong (นิรวาณ คุระทอง), lui-même dessinateur, date de 2015.

 

 

On ne peut parler de bande dessinée thaïe sans citer la thèse synthétique de Nicolas Verstappen : « Thai comics in the Twenty Firts Century » de janvier 2017. Elle est plus accessible que l’ouvrage précédent qui est en thaï. Même si elle néglige quelque peu cet aspect de la littérature populaire dont nous allons parler (nous en comprendrons rapidement les raisons) elle donne une bonne vision de l’histoire de la bande dessinée en Thaïlande depuis ses débuts. Elle est numérisée :

https://www.commarts.chula.ac.th/upload//2019/05/ThaiComicinthe21stCentury.pdf

 

Jean Baffie, ce grand ethnologue érudit spécialiste de l’Asie du sud-est a consacré un article sur un sujet apparemment récurent dans cette littérature : « LE DRAGON DÉVOREUR DE VILLE » (mangkon klun muang) - Figures de la grande ville dans les bandes dessinées populaires de Thaïlande » In: Journal des anthropologues, n°61-62, Automne 1995. pp. 21-40 (numérisé). Il a scrupuleusement étudié 63 de ces publications.

 

 

Chanokporn Chitikamoltham, universitaire de Londres, a consacré une longue étude à cette littérature, laissons-lui la responsabilité du titre : « Pleasure of Abjection: Cheap Thai Comics as Cultural Catharsis » publié en automne  2014 dans  EXPLORATIONS : a graduate student journal of southeast asian studies, Volume 12, pages 46-58. Nous sommes au cœur de notre sujet même si l’auteur abuse un peu d’analyses freudiennes.

 

 

On les appelle ici « les bandes dessines à un bath le volume »  (khatun lem la baht - การ์ตูน เล่ม ละ บาทlittéralement : bande dessinée à un bath) ou encore « les bandes dessinées de petit format à un bath » (nangsu katun khanat lek lem la bat - หนังสือ การ์ตูน ขนาด เล็ก เล่ม ละ บาท). Une simple observation terminologique s’impose sur les effets néfastes de l’anglomanie thaïe : en anglais, un cartoon est un dessin animé, une bande dessinée est un comic.

 

 

Elles constituent une production culturelle négligée ou regardée du moins avec condescendance. Elles sont un produit culturel subalterne, marginalisé et vernaculaire qui se distingue à l’évidence des normes culturels dominantes de la  « Thainess » (ความเป็นไทย - khwam pen thai) tant par le processus de leur création que celui de leur distribution. Malgré leur visuel, une esthétique de l’horreur et des intrigues grotesques, ce sont aussi des paraboles didactiques bouddhistes, véhiculant des messages bouddhistes tels que la moralité et la loi du karma. Pleines de poncifs, ce ne sont toutefois pas exactement ceux de notre « littérature à quatre sous », triangles amoureux, femmes fatales et coups de foudre comme dans le dans le penny dreadful  britannique

 

...ou le dime novel américain. 

 

 

On les trouve dans de petits stands sur les marchés en plein air, dans des échoppes dans l’enceinte des grandes surfaces ou dans des magasins de proximité comme les Seven Eleven. Vous ne les trouverez évidemment pas dans les librairies érudites mais plus volontiers dans les zones rurales et – ce qui est significatif – dans le coin d’attente des salons de coiffure les plus modestes.

 

 

Ces œuvrettes auraient vu le jour vers 1950 puis plus largement vers 1977, de format 13 x 18 ou 13 x 19 cm alors vendues un baths. Nous n’y trouvons pas toujours de nom d’auteur – dessinateur ni numéro ISBN. Elles sont les conséquences d’un nouveau marché, l’alphabétisation croissante : la plupart des thaïs savent lire sans qu’ils sachent lire la stèle de Ramahkahaeng dans le texte. Les coûts de production sont modestes, médiocre qualité du papier et le marché manque incontestablement de dessinateurs de talent, le plus souvent de simples amateurs. Au plus fort de leur production, dix maisons d’édition s’y consacrent, avec des tirages globaux qui atteignent parfois le million d’exemplaire par mois. Les ouvrages sont courts, au maximum 24 pages, les histoires sont simples, le visuel souvent provoquant insistent souvent sur le surnaturel et une pincée de sexuel. Le choix par Jean Baffie des sujets étudiés est significatif : « le dragon mangeur de ville » (มังครกลืนเมือง - mangkhon kluen Mueang)

 

Reproduction Baffie (page 39)

 

 

 ...  ou dans une autre gamme « aimer avec son cœur » (รักด้วยดวงใจ - rak duai duangchai) 

 

Reproduction Baffie (page 40)

 

Chanokporn Chitikamoltham nous cite « le fantôme de l’étranger » (ผีตางด้าว - phi tangdao) qui nous conte  l’histoire d’un couple birman  venu en Thaïlande en tant que travailleurs migrants illégaux pour le compte d’un homme d'affaires thaï-chinois. Celui-ci est attiré par la femme et tente de la violer. Elle lui résiste mais l'homme d'affaires la tue accidentellement. Son esprit revient pour se venger et le tue. C’est une façon comme une autre de traiter de l’immigration clandestine et de la malveillance des hommes d’affaire d’origine chinoise !

 

Reproduction Chanokporn  (page 51)

 

 

Il nous cite aussi « téléphoner à un fantôme » (โทรหาผี - tho ha phi). C’est l’histoire d’un homme qui veut contacter le propriétaire d'un terrain afin de l'acheter mais qui découvre finalement que le propriétaire et sa fille sont des fantômes meurtriers. Faut-il y voir une manifestation de l’angoisse de la population rurale face à la rencontre avec la technologie moderne ?

 

Reproduction Chanokporn  (page 51)

 

 

Nous avons relevé dans notre « bédéthèque » personnelle « le fantôme mange la tête » (ผีกินหัว - phi kin hua). Elle est l’oeuvre de l’œuvre d’un dessinateur chevronné et prolifique, Tode Kosumphisai (โต้ด โกสุมสัย).  Il a une imagination débridée : C’est l’histoire d'un gang coupant la tête des moines pour les vendre  à des marchands étrangers. La  description du sciage de la tête du moine est digne d’un film d’horreur occidental !

 

 

 

« Le fantôme qui vient ramasser »  (ผีมารับ phi ma rap)

 

 

...« l’hôpital fantôme » (โรงพยาบาลผี - rongphayaban phi)

 

 

ou encore « la maison des ogres » (บ้านผีปอบban phipop) sont de la même farine.

 

 

Point d’histoires de bergères (isan) qui épousent des princes (de Bangkok) !

 

 

Nous remarquons les couleurs criardes des couvertures, le texte est en noir et blanc, et une esthétique basique. Les ouvrages de notre modeste collection comportent des images de sang, de chair en putréfaction, d'entrailles et de cadavres. Nous vous épargnons les pires.

 

La maison des fantômes sauvages (บ้านผีโหด - ban phihot)

 

 

Chanokporn Chitikamoltham analyse l’une de ces bandes dessinées intitulée lai tai (ไหลตาย) qu’il a achetée en 2011 à Bangkok et qui est encore l’une des multiples œuvres de Tot Kosumphisai (โต้ด โกสุมพิสัย).  Elle nous a intéressés car elle rejoint ce que nous savons de la notion de mérites et de démérites dans la morale bouddhiste (1).

 

Reproduction Chanokporn  (page 51) 

 

Lai tai est médicalement une mort subite nocturne et inexpliquée. Elle nous semble correspondre au phénomène que nous connaissons de la mort subite et inexpliquée des nourrissons pendant leur sommeil. Dans nos milieux ruraux de l’Isan, des ban  nok (บ้านนอก), terme à tout le moins négatif utilisé par les rats de villes pour parler de ceux des champs. Cette mort s’explique une rencontre avec des esprits malveillants ou par les « veuves fantômes » (phi maemaiผีแม่ม่าย) qui appartiennent à la race des phi malveillants. Cette histoire est celle d’un orphelin qui après avoir violé une femme s’installe à Bangkok  pour travailler sur un chantier de construction. Au cours de son sommeil, il rêve d’un esprit malveillant à forme humaine, un homme de grande taille qui l’attaque. Ce n’est qu’un rêve mais un collègue de travail lui conseille de changer de lieu pour dormir. Comme chacun sait, dormir sur un site hanté, là en particulier ou une personne est décédée provoque ce type de rêves. Au cours de l’un de ses cauchemars, notre garçon hurle, réveille un voisin qui se fâche et ils se battent.

 Le cauchemar : Reproduction Chanokporn  (page 51) 

 

 

Par ailleurs son employeur sait qu’il a été impliqué dans une affaire de viol. Son agressivité lui plait et il l’engage dans des entreprises illégales. Mais ses cauchemars le suivent dans sa nouvelle résidence. Il lui raconte qu’il est l’esprit de la femme violée qui avait gagné de nombreux mérites dans ses vies précédentes et qui était alors sur le point de réussir dans la vie. Or, sa lubricité y a mis fin. Tueur à gages pour son nouveau patron, il fait la connaissance du chef des tueurs et de la maitresse de celui-ci. Il s’apprête à avoir une liaison avec elle mais le chef des tueurs lui apprend que chaque tueur à gage doit être éliminé après avoir rempli sa mission. Le dit chef était en réalité l’esprit réincarné de la femme violée. Notre garçon meurt alors de cette mort subite pendant son sommeil ainsi que son employeur. C’est l’esprit malveillant qui conclut : « Ils pensent le mal, ils font le mal de diverses manières, ils meurent de la même manière. Ne nous en étonnons pas, dans leurs présentes et passées, ils ont commis des mauvaises actions ».

   La conclusion : Reproduction Chanokporn  (page 54) 

 

 

Nous sommes au cœur de la morale bouddhiste même si l’ouvrage est illustré de scènes de viol d’adultère et de meurtres. Il s’agit d’une parabole bouddhiste sur la notion de karma, bon ou mauvais selon nos actions. ? Sa fonction didactique bouddhiste nous empêche de considérer cet ouvrage comme trivial ce qu’il semble en première analyse ?

 

Dans les bandes analysées par Jean Baffie, c’est Bangkok « ville dépravée », « Ville du danger, de la peur, de la haine et de la mort » et son châtiment  « Le châtiment :  le dragon a mangé la ville ».

 

Produit culturel secondaire peut-être, il s’adresse aux personnes qui se situent au bas de l’échelle sociale par rapport au monde culturel dominant.

 

Ces bandes dessinées semblent depuis le début de ce siècle avoir perdu en popularité auprès des jeunes qui préfèrent de produits culturels plus élaborés pour autant que les mangas puissent être considérés comme un produit culturel. Mais dans ce pays ou le paraître domine sur l’être ces produits dix fois plus coûteux ont la faveur de la marmaille des élites auto proclamées de Bangkok tout autant que les traductions de bandes dessinées d’origine étrangère en langue vernaculaire.

 

Nous continuons à les trouver dans les zones rurales à destination de populations à faible revenu d’autant que les légendes locales sont souvent le sujet de base. Leur prix les rend en tous cas accessibles à tous.

 

Littérature pour roturiers opposée à celle des gens de bien ! 

 

 

Vers la fin des années 90, alors que le prix de ces BD était passé à 5 baths, cette édition en thaïe de « Prince Vaillant », une bande dessinée américaine de grande qualité, était de 120 baths, 24 fois plus cher, un chiffre qui devait alors correspondre à une journée du salaire minimum quotidien légal !

 

 

 

Les albums de Tintin en version thaïe se vendent aux alentours de 200 baths le volume.

 

 

Doit-on pour autant  classer les bandes dessinées à 5 baths à un stade inférieur au niveau culturel ?

 

La définition officielle du terme culture (Watthanatham – วัฒนธรรม),  concerne les qualités qui indiquent les façons de promouvoir la prospérité sociale, l'ordre, l'unité, le développement et la moralité du peuple. Or, la  « Sous-culture » aborde des tabous comme le sexe, le jeu ou la magie, aux antipodes de ces exigences.

 

 

 

Cette littérature vernaculaire ne correspond pas aux exigences de la Thainess officielle qui réprouve la  vulgarité. Or ces histoires de fantômes et de croyances surnaturelles sont profondément ancrées dans la société rurale. Il ne manquera jamais de phi pour écrire ces histoires fantastiques, nous en avons fait l’inventaire mais il est loin d’être exhaustif (2). Si les références de Chanokporn Chitikamoltham à Freud, Lacan ou Julia Kristava sur le genre littéraire de l’horreur nous sont étrangères, il est toutefois certain que ces histoires de fantômes comblent un fossé entre la vision du monde rural et celle du monde moderne face à des modes de vie qui changent rapidement.

 

 

Ne critiquons donc pas cette « littérature à quatre sous » qui est une réalité de civilisation même si sa lecture ne nous enrichit pas outre mesure intellectuellement parlant. La France aussi a sa littérature à quatre sous, elle titre, de Gérard de Villiers à la collection Harlequin, a des centaines de milliers d’exemplaires alors que les romanciers issus du sérail, parfois bons,  peinent à tirer 2000 exemplaires que personne ne lit.

 

Notre propos était simplement de décrire un aspect tout à fait particulier sinon marginal de la bande dessinée thaï. Son histoire a débuté en balbutiant au début du siècle dernier.

 

Bd publiée dans un quotidien de 1907 (reproduction Nicolas Verstappen page 24)

 

 

Elle se poursuit en celui-ci avec une pléiade d’artistes de talent, nous y reviendrons.

 

Art Jeenon est l'un d'eux

 

NOTES

 

(1) Voir à ce sujet notre article sur les Saints qui avaient des mérites : 

A 419- กบฏผู้มีบุญ - LA RÉVOLTE DES « SAINTS » DANS LE NORD-EST DE LA THAÏLANDE EN 1900

(2) Voir notre article A151. EN THAILANDE, NOUS VIVONS AU MILIEU DES « PHI»

https://www.alainbernardenthailande.com/article-a150-nous-vivons-au-milieu-des-phi-en-thailande-123529919.html

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14 mars 2021 7 14 /03 /mars /2021 22:06

 

Nous avons déjà rencontré le père François-Joseph Schmitt, premier rédacteur d’une traduction française de la stèle de Ramkhamhaeng (1). Ce missionnaire hors du commun méritait que nous lui consacrions un article.

 

Son parcours de missionnaire.

 

François-Joseph SCHMITT naquit le 1er avril 1839 à Gougenheim (Bas-Rhin), un petit village de quelques centaines d’habitants au cœur de l’Alsace, situé à égale distance de Strasbourg, Haguenau, Molsheim et Saverne.

 

 

Son père, François-Antoine est né le 21 février 1807. Il épouse le 12 janvier 1830 Marie-Catherine Kuhn dont nous savons seulement qu’elle mourut le 31 décembre 1846. Le village – et la famille aussi – sont germanophones : sur son acte de naissance, le père de notre ecclésiastique n’est pas « François-Antoine » mais « Franz-Anton » (2). Nous ne savons rien de sa famille, probablement modeste, sinon que le père est agriculteur et son père avant lui. Le village appartient à cette partie de l’Alsace restée profondément catholique lors de la réforme au XVIe siècle. Il est à cette époque un lieu de pèlerinage pour prier Saint-Laurent dans la petite chapelle qui porte son nom. On y venait de l’Alsace entière lors de la fête du Saint le 10 août (3). Nous ignorons tout de son enfance et de son adolescence.

 

 

Il entra laïc au Séminaire des Missions étrangères « la maison de la rue du bac » à Paris le 21 mai 1860,

 

 

...reçut le sacerdoce le 30 mai 1863, et partit le 16 juillet suivant pour la mission du Siam (4). Tous les érudits avec lesquels il va travailler nous apprennent qu’il parlait déjà « à peu près toutes les langues européennes », où les avait-il apprises en dehors du français et de l’allemand qu’il devait pratiquer de naissance ? Dès son arrivée au Siam en tous cas, il est sous l’égide de Monseigneur Pallegoix auprès duquel il a très certainement appris le sanscrit, le pali, le khmer et bien évidemment le siamois qu’il enseignera par la suite aux jeunes arrivants.

 

 

 

Pendant deux ans, il travailla à la procure de Bangkok (l’intendance du diocèse) et à la paroisse de l’Assomption dans la même ville. Il y est « chef de paroisse », c’est une énorme responsabilité et il n’a que 25 ans, de mai 1864 à mars 1866 (5), où il précède le père Jean-Louis Vey dont nous avons longuement parlé, qui sera vicaire apostolique de 1875 à partir de 1875 (6), poste où il avait été précédé par Monseigneur Pallegoix et Monseigneur Ferdinand Dupond.

 

 

En 1866, il fut chargé de la paroisse de Thakian (ตะเคียน) dans la province de Nakhonrachassima (นครราชสีมา) la présence catholique est ancienne et relativement importante. En 1868, il y joignit Pétriou (แปดริ้ว), autre nom que les occidentaux préfèrent à Chachoensao (ฉะเชิงเทรา) d’où il rayonna dans toute la province et au-delà après avoir fondé  l’église Saint-Antoine.

 

 

Cette même année, une parenthèse diplomatique, compte tenu de sa connaissance de la langue, il fut attaché comme interprète à la mission extraordinaire du diplomate Gustave Duchesne de Bellecourt, venu au Siam pour discuter de la conclusion d’un nouveau traité mais ses fonctions sont purement officieuses.

 

 

Sa santé est défaillante, les « Annales de la société des Missions étrangères » nous font part de ses misères. Jeune missionnaire à peine acclimaté, mal logé, mal nourri, il ne pouvait supporter  impunément les fatigues que lui occasionnait l'administration de son district. Aussi, atteint de la dysenterie, doit-il, de l'avis de ses supérieurs, retourner en France où recouvra rapidement la santé. Considéré comme le meilleur théologien de l’ordre, il rencontre à Paris, Monseigneur Paul Bigandet qui le choisit pour être son conseiller théologien au Concile de Vatican I où celui-ci représentait les Missions étrangères.

 

 

 

 

Il était retourné à Strasbourg pour prendre congé de sa famille lorsqu’éclata la guerre de 1870. Il échappe à la mobilisation en tant que prêtre. Ils sont alors dispensés des obligations militaires. Il est encore en Alsace lorsque les troupes de l’infanterie de marine, qu’il a rejoint comme aumônier militaire, sont défaites à la sanglante bataille de Bazeilles.

 

 

Il accompagne 24.000 prisonniers français regroupés à Dresde en Saxe. Son intervention bénéfique est soulignée dans les états de service déposés lors du dépôt de son dossier pour obtention de la Légion d’honneur en 1894.

 

 

Son rôle fut certainement facilité par la reine Augusta de Prusse née catholique et versée dans les œuvres de charité : Avant la guerre de 1870, un des princes de la maison de Prusse, voyageant au Siam, y tomba dangereusement malade et fut soigné avec dévouement par le Père Schmitt, ce dont la reine lui fut reconnaissante.

 

 

Il bénéficia par ailleurs du soutien de la reine Caroline de Saxe qui s’occupa activement du sort des blessés saxons ou prisonniers français pendant et après la guerre.

 

 

Il intervint auprès des deux reines qui firent envoyer du ravitaillement et des vêtements chauds. Il refusa de quitter ses camarades « marsouins » et resta parmi eux jusqu’à la paix et le retour des prisonniers au début de l’année 1871.

 

 

De retour au Siam, il effectue un long périple depuis le port de Moulmein en Birmanie (aujourd’hui Mawlamyine) jusqu’à Bangkok et Nakon Nayok (นครนายก) pour se rendre compte si cette région était accessible à l’évangélisation. Il revient enfin définitivement, s’occupe activement de la construction de la nouvelle église Saint-Paul ouverte au culte le 17 novembre 1873, construit encore un presbytère et deux écoles tout en continuant activement son œuvre d’évangélisation dans la province.

 

 

Mais à partir de cette époque, il était contraint chaque année de faire un séjour à l'hôpital Saint-Louis de Bangkok. En 1904, deux mois après la fête de saint Paul, patron de l'église de Pétriou, le 29 juin, se sentant plus fatigué, il partit pour Bangkok. Il ne devait plus retourner vivant à Pétriou. Il entra à l'hôpital le 28 août. Il reçut l'extrême-onction des mains de Monseigneur Vey qui l’assista jusqu’à son dernier souffle le 19 septembre. Il fut inhumé dans l’église de Pétriou.

 

 

Sans entrer dans le détail de l’évolution de sa religion au Siam, contentons-nous des chiffres de l’année 1894, avant que la maladie ne le fasse décliner. Il y a alors au Siam 24.000 catholiques inventoriés pour une population d’environ 7 millions d’habitants. Les « Missions étrangères » y adjoignent 600 « hérétiques ou schismatiques » (les protestants ou anglicans) dont 4 ont été convertis. Il y eut 1.110 baptêmes dont 1.070 d’enfants de chrétiens et 1.249 d’enfants de païens « in articulo mortis ». Ce dernier chiffre est intéressant puisqu’il a été reproché aux missionnaires de baptiser les morts pour améliorer leurs statistiques. Si l’on compare la même année avec les missions de Chine administrées essentiellement par les jésuites : 1.905 baptêmes, 3.195 d’enfants de chrétiens et 85.507 d’enfants de païens « in articulo mortis », on peut dire qu’en Chine, les jésuites baptisaient les morts !

 

 

Les catholiques dépendent d’un seul évêque, celui de Bangkok. Il y a 43 missionnaires, 14 prêtres indigènes, 70 catéchistes, 35 églises, 1 séminaire abritant 62 postulants, 66 écoles de 3.654 élèves. Quelle est la part contributive de notre missionnaire dans ces résultats ?

 

 

Un exceptionnel parcours érudit.

 

Le « Free Press » de Bangkok écrivit de lui au lendemain de sa mort : « Le P. Schmitt était, en même temps, un savant théologien, un érudit et un linguiste hors  ligne. Sa connaissance de plusieurs langues orientales et occidentales lui permettait de « converser avec presque tout le monde ». Son activité érudite fut tout aussi débordante que son activité missionnaire.

 

Nous ignorons malheureusement les conseils qu’il put donner à Monseigneur Paul Bigandet au sujet de la discussion primordiale sur le dogme de l’infaillibilité pontificale. Toujours est-il que le prélat vota « pour ». La question théologique agite des notions qui dépassent nos connaissances. Elle nécessite une parfaire connaissance de la patrologie latine ou grecque, langues que le père Schmitt pratique avec aisance. Sans doute dorment-ils dans les archives des missions étrangères ?

 

 

Il avait également en préparation sous l’égide de la Siam society dont il était membre honoraire un « essai sur les différentes races du sud de l’Inde » qu’il ne put terminer. On peut encore penser que ses manuscrits se retrouvent dans les archives des missions étrangères ?

 

En 1893, il est désigné comme « secrétaire et interprète » de notre plénipotentiaire Le Myre de Villers lors de la discussion du traité du 3 octobre 1893. Ses fonctions sont toujours officieuses puisqu’il n’y a pas alors d’interprète désigné à la légation. Elles lui valurent par décret du 19 novembre sa nomination de chevalier de la Légion d’honneur au titre du Ministère des affaires étrangères, une rapidité stupéfiante alors même que la république franc-maçonne et anti-cléricale répugne à décorer les ecclésiastiques catholiques.

 

 

Mais la carrière érudite du Père Shmitt avait commencé en mai 1883 lorsqu’il avait été désigné comme attaché à la mission Pavie en qualité de « traducteur des documents paléographiques ». Lucien Fournereau écrit en 1895, l’hommage est appuyé, « Seul le R. P. Schmitt est capable de traduire les monuments de cette langue ». Pour lui comme pour Pavie, la langue thaïe est « lettre close », à fortiori le thaï archaïque, le pali et le sanscrit.

 

Ce dernier nous narre cette rencontre : « Quand, en 1879, je me préparais à ma première excursion dans l'intérieur de l'Indo-Chine, j'interrogeai longuement M. Harmand, un de mes plus distingués devanciers dans la voie des explorations de cette région, sur ses voyages au Cambodge, au Siam, au Laos et en Annam.

 

 

Sa grande expérience faisait de ses conseils des enseignements utiles. Notre ministre actuel au Japon représentait alors la France à Bangkok. Il appela en particulier, et d'une manière toute spéciale, mon attention sur M. Schmitt, missionnaire à Pétriou (Siam) comme étant le seul pouvant traduire les inscriptions en vieille écriture thaïe que je trouverais à relever au cours de mes pérégrinations. Fixé au Siam depuis plus de vingt ans, M. Schmitt joignait à une connaissance approfondie de la langue thaïe, celle du chinois et des langues de l'Indo-Chine, celle du sanscrit, du pâli et de la plupart des langues d'Europe. Depuis longtemps déjà il se préparait au déchiffrage des écritures anciennes du pays. L'indication de mon affectionné maître et ami n'était pas seulement un avis précieux, elle contenait l'expression de la plus vive sympathie et de la meilleure amitié pour l'homme qu'il désirait que je connusse et qu'il me donnait pour collaborateur. Aussi j'eus tout de suite le désir extrême de le rencontrer. Les circonstances firent que l'occasion ne s'en présenta que quatre ans plus tard. Ce fut M. Harmand qui me l'offrit. C'était en mai 1883; traçant la ligne télégraphique qui allait, deux mois plus tard unir notre colonie de Cochinchine au Siam, je longeais le fleuve de Pétriou lorsqu'un matin, un coup de sifflet mit tout mon monde sur la berge. On me cria : « Un vapeur ! Le pavillon français ! »

 

Un instant après, j'embrassais M. Harmand et il me disait : « Je vous emmène chez M. Schmitt, sa chrétienté est à trois heures d'ici ! » Prévenu, M. Schmitt nous attendait sur la rive. Des drapeaux français, des fleurs à profusion décoraient sa toute rustique habitation. Deux vieux canons chinois, reliques du temps où les bateaux marchands étaient armés dans ces parages, saluèrent notre arrivée. Trois mille chrétiens, étonnante confusion de Siamois, de Chinois et d'Annamites, rangés sur le bord et sur notre passage ou debout sur le seuil des portes, s'inclinaient contents, nous regardaient avec complaisance et pour nous mieux voir se pressaient sur nos pas, envahissaient la case. Notre séjour fut court chez le missionnaire, vingt-quatre heures à peine. Comme tous ceux qui le connaissent je fus séduit par son regard doux et sa bonté touchante, par son caractère enjoué et sa science du pays, enfin j'eus pour lui, dès ce jour, la sincère affection que je lui ai gardée.

 

Je lui laissai les deux premières inscriptions que j'avais recueillies; quand nous le quittâmes, il travaillait déjà…. (7)

 

Revenu au Siam en 1871 M. Schmitt reprit au milieu de ses chrétiens la vie d'activité qui lui est familière, consacrant ses heures de repos à l'étude qu'il affectionne, des langues utiles pour son rôle de missionnaire. C'est là qu'avec M. Harmand je vins lui demander d’être mon collaborateur. Bien souvent je l'ai revu depuis celle visite que nous lui fîmes à Pétriou. Plus d'une fois, au temps des grandes marches sans fin, j'ai séjourné sous son toit comme aussi sous celui de plusieurs de ses confrères, laissant passer la fièvre, reprenant des forces, retrouvant auprès de lui la France pour quelques jours. Les inscriptions que je recueillais en cours de route je les envoyais à mon ami par les occasions sûres. Il les a toutes traduites au fur et à mesure et les présente lui-même dans la seconde partie de ce volume avec ses idées personnelles. Il en a ajouté quatre que M. Archer, consul d'Angleterre, a relevées aux environs de Xieng-Maï et que mon distingué collègue m'a autorisé à joindre à cette publication ». 

 

 

Ce volume (8) porte en exergue la mention « contenant la transcription et la traduction des inscriptions par M. Schmitt ».

 

 

L’ouvrage (page 167 s.) inclut un énorme chapitre de près de 400 pages intitulé «  Transcription et traduction par M. Schmitt des inscriptions en pali, en khmer et en thaï des inscriptions recueillies au Siam et au Laos par Auguste Pavie ». La première, la plus connue, est bien évidemment la stèle de Ramakhamhaeng, assurément la plus importante, dont il nous est donné des photographies, une transcription en caractères romains et une traduction qui complète ou améliore celle que le père Schmitt avait donnée en 1884. Celui-ci y rectifie en effet des erreurs qu’il avait relevées sur son texte initial. C’est celle « dont on parle ».

 

Il en est trente autres dont nul ne parle et que nul n’a jamais critiqué (9).

 

Le père Schmitt a examiné ces documents épigraphiques, soit directement pour ceux de Bangkok soit au vu des photographies ou des estampages effectués par Pavie lui-même à Chiangmaï, à Chiangraï, à Luangprabang soit sur des estampages effectués par le consul britannique de Chiangmaï. Pour chacun de ces documents il nous donne un photographie du document ou de l’estampage, une description précise (dimensions), une estimation sur sa date, des précisions sur les caractères et le vocabulaire utilisé, il nous fait part de ses doutes, donne une transcription en caractères romains et enfin la traduction avec des variantes possibles. Il nous donne même son interprétation des carrés magiques...

 

  que nul n’avait songé à étudier depuis La Loubère (10).

 

 

La plupart des inscriptions sont en thaï archaïque dont certains ont des caractères correspondant à ceux de la stèle de Ramakhamhaeng, l’un est en khmer archaïque et un en pali.

 

On se demande comment le prêtre parvenait à cumuler les devoirs de sa charge et ceux de ses recherches érudites même si, au cours de ses dix dernières années, il ne quittait plus guère sa résidence de Pétriou. Levé à 4 heures et demi du matin, il célébrait sa messe, lisait son bréviaire, recevait ou confessait ses ouailles, réglait comme « juge de paix » leurs petits litiges et se consacrait à ses travaux sans jamais en parler à quiconque. Au cours d’un bref voyage à Singapour en 1897, il en profite même pour apprendre le Malais. Sa modestie était exemplaire, une rare photographie que nous ayons de lui, nous ne le devons pas à son ordre mais à Pavie ! Il n’a pratiquement rien publié sous sa signature, ni dans le prestigieux Bulletin de l’école française d’Extrême-Orient ni dans le journal de la Siam society.

 

Louis Fournereau n'a pu en dessiner qu'un portrait gravé :

 

 

Nous ne lui connaissons que ses participations à la très confidentielle revue Excursions et reconnaissances, en 1884 sur l’inscription de Ramakhamhaeng (1) et en 1886 sur l’ « inscription de la statue de Siva trouvée par Rastmann dans la forêt qui recouvre de l’ancienne ville de Kamphëngpet » et « Sur l’inscription siamoise du vat Pamokha au nord de Juthia »

 

 

...ainsi que des articles purement ethnographiques dans la non moins confidentielle « Revue Indo-chinoise ».

 

 

Sa disparition ne fit pas la une de la presse nationale, pas une ligne dans « La Croix », le journal des bien-pensants, un bref avis dans « le Figaro » du 1er novembre 1904 et quelques lignes plus ou moins « mélo » dans le numéro du 3 novembre (11).

 

 

Les critiques.

 

Lucien Fournereau (12) dans le premier volume de son œuvre (1895), l’utilise d’abondance à tel point que l’on se demande parfois si l’ouvrage ne devrait pas être co-signé. La seule critique est d’ailleurs une auto-critique du père Schmitt lui-même qui rectifie spontanément une erreur dans la traduction de la stèle de Ramakhamhaeng.

 

Aymonier l’utilise en 1901 et 1904 aussi d’abondance (13) et s’il est souvent critique, ses critiques ne portent guère que sur des détails de vocabulaire.

 

En 1909 intervient la traduction de Bradley qui lui rend hommage tout et émettant des critiques, toujours de détail sur l’interprétation que fait le père Schmitt du positionnement des voyelles dans la stèle (14). Petithuguenin considère la traduction du missionnaire américain comme plus fidèle que celle du père Schmitt.

 

Dans un énorme article de 1915, Louis Finot, après avoir critiqué son mode de transcription en caractères romains qui est « déconcertant » – ce qui est vrai - nous dit «  Le travail de ce digne et savant missionnaire n'est pas à l'abri de la critique, mais il a rendu trop de services pour qu’on ne l'absolve pas volontiers de quelques erreurs. S'il ne rappelle que de loin la haute tenue scientifique du Corpus, il en a du moins imité la scrupuleuse bonne foi. On n'y rencontre aucun de ces faciles escamotages qui dissimulent l'embarras de l'épigraphiste » (15).

 

Un article de Georges Coédès en 1917 est très critique. (16)

 

En 1918, celui-ci donne ce qui est toujours considéré comme une interprétation définitive de la stèle mais il est cette fois beaucoup plus critique  à l’égard de Bradley qu’à l’égard du Père Schmitt (17).

 

En 1919, Coédès reste certes critique à l’égard du missionnaire mais plus encore à l’égard de ceux qui le critiquent (en l’occurrence vraisemblablement Petithuguenin) :« La traduction du P. Schmitt, faite à l'aurore des études siamoises, a besoin d'une sérieuse révision. Mais c'est aussi parce que, dans des travaux plus récents, certains auteurs, sous prétexte de corriger les contre-sens du P. Schmitt, sont tombés dans de nouvelles erreurs et ont de Ia sorte abouti à des traductions nettement inférieures à celles qu'ils se proposaient de critiquer » (18).

 

 

Que conclure ?

 

Il ne faut pas perdre de vue que nous parlons d’un document épigraphique de la fin du XIIIe siècle écrit dans une écriture que l’on ne connait que par quelques dizaines d’inscriptions lapidaires, dans une langue dont on ne connait le vocabulaire que par les mêmes inscriptions.

 

Qui peut prétendre posséder pleinement le langage de Sukhotaï ? Un texte français de la même époque (XIVe), Christine de Pisan par exemple est, imprimé, déjà difficile à comprendre, c’est le moins que l’on puisse dire. Il est antérieur à l’introduction de l’imprimerie, les manuscrits de cette époque sont purement et simplement illisibles hors les spécialistes de la paléographie. On lit encore facilement le français du XVIIe, plus difficilement parfois celui du XVIe. On ne traduit pas Pascal, mais on doit traduire Rabelais, par exemple :

 

« Adoncques partirent luy et Prelonguand, escuyer de Vauguyon, et sans effroy espièrent de tout coustez » devient « Il partit donc avec Prelinguand, écuyer de Vauguyon, et sans crainte ils observèrent de tous côtés ».

 

 

Le latin est une langue parfaitement connue depuis des siècles. Il fut un temps point si lointain où tous les érudits le pratiquaient aussi bien que le grec, parfois le sanscrit et bien sûr le français. Classique parmi les classiques, le grand Virgile écrit dans la langue la plus pure. Il a été traduit par Paul Valery en 1956, par Marcel Pagnol en 1958 après l’avoir été par le normalien Maurice Rat et Eugène de Saint-Denis pour les éditions « Les belles lettres » qui se flattent de donner les traductions les plus fidèles. Toutes ses traductions divergent sur beaucoup de points même s’ils ne sont que de détail. Il y a mieux, sur des questions purement techniques. Ainsi, le vocabulaire latin pour définir les liens de parenté est beaucoup plus précis et surtout beaucoup plus complexe que le français… Arrière-grand-père ou arrière grand-oncle ? Oncle ou grand-oncle ? Sœur ou cousine ? La lecture des généalogies données par les historiens, Suétone en particulier devient un calvaire (19). Un dernier exemple puisé dans le bon vieux « Gaffiot » et le non moins bon vieux « Quicherat » : le mot  puer peut signifier « enfant, garçon ou fille » mais aussi « jeune homme » ou encore « fils » ou encore « garçon célibataire » ou encore « esclave » ou enfin « serviteur ». Comment s’y retrouver ? « En fonction du contexte » disaient nos maîtres. Facile à dire sur un texte de Cicéron, probablement beaucoup moins sur un texte en thaï archaïque vieux de 750 ans.

 

 

Restons-en là. Selon l’heureuse expression de Coédès la traduction du P. Schmitt, faite à l'aurore des études siamoises ….et citons Louis Finot dans l’éloge qu’il fit de lui quelques semaines après sa mort : « Si tout, dans les écrits du P. Schmitt, n'est pas également sûr, si la critique peut y relever des théories hasardées et même des erreurs, il n'en reste pas moins que l'histoire de l'Extrême-Orient s'est enrichie, par son labeur, de documents précieux. La collection des inscriptions thaï qu'il a donnée dans un des volumes de la Mission Pavie et que personne n'a continuée après lui demeure un titre solide et indiscutable à la reconnaissance du monde savant » (20).

 

 

Le père Schmitt – en dehors de son activité pastorale – est responsable d’un monumental travail d’érudition dont l’histoire du Siam ancien lui est redevable. Si Monseigneur Pallegoix, rédacteur de la toute première grammaire de la langue siamoise, du premier dictionnaire thaï – français – latin – anglais et de sa monumentale histoire du Siam est mieux connus par ces ouvrages car ils ont bénéficiés d' une large diffusion via leur impression par l’Imprimerie nationale avec la protection du gouvernement de Napoléon III.

 

Nous nous devions de rendre hommage à cet modeste érudit aux connaissances encyclopédiques. Dans les discours diplomatiques remplis de mots fleuris sur la prétendue éternelle amitié entre la France et le Siam, il est toujours un oubli fondamental : Les premiers à s’être consacré à l’étude de l’histoire siamoise au  cours du XIXe siècle et au début du XXe, ce sont des érudits français, explorateurs, archéologues, scientifiques et de nombreux missionnaires dont fut le père Scmhitt.

 

SOURCES

 

« Notes d'épigraphie » par Louis Finot In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 15, 1915. pp. 1-135.

« Documents sur la dynastie de Sukhodaya » par Geprges Coédès  In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 17, 1917.  pp. 1-47;

« Siam », article anonyme. In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 21, 1921. pp. 313-318.

«  Recueil des inscriptions du Siam. Première partie : Inscriptions de Sukhodaya »  par Louis Finot et Georges Coédès In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 24, 1924. pp. 265-268.

« Compte rendu des travaux – société des Missions étrangères » 1872, 1874,  1877, 1894, 1904, 1917, 1920, 1924, 1941,

« Annales des Missions étrangères » 1900, 1901, 1903, 1905, 1911, 1920, 1923.

NOTES

 

(1) Voir notre article RH -10 : « Le roi de Sukhotai Ramkhamhaeng, selon la stèle de 1292 ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/03/rh-10-le-roi-de-sukhotai-ramkhamhaeng-selon-la-stele-de-1292.html

 

(2) Les renseignements d’état civil sont accessibles sur le site numérisé des archives du Bas-Rhin  (http://archives.bas-rhin.fr/registres-paroissiaux-et-documents-d-etat-civil/). La consultation n’est pas facilitée du fait que dans ce petit village un quart de la population porte le patronyme de Schmitt et l’autre de Kuhn et que par ailleurs, selon les années, les registres sont tenus en dialecte germanique.

 

 

(3)  Colette Hautman  « Pays d'Alsace » publication de la Société d'histoire et d’archéologie de Saverne, 1991.

 

 

(4) Tous les renseignements sur sa carrière religieuse de trouvent sur le site des Missions étrangères :

http://archives.mepasie.org/fr/notices/notices-biographiques/schmitt

http://archives.mepasie.org/fr/notices/notices-necrologiques/schmitt-1839-1904

… ainsi que dans de nombreux numéros des deux revues « Annales de la société des Missions étrangères de Paris » et « Compte-rendu des travaux – Société des missions étrangères ».

 

(5) C’est le cœur et le poumon du catholicisme au Siam. L’emplacement fut acquis en 1801-1802, en aval de la ville de Bangkok, pour y établir le séminaire de la Mission. En 1809 une église en briques y fut érigée sous le vocable de l'Assomption de Notre-Dame ; ce fut depuis cette époque le lieu de résidence des évêques-vicaires apostoliques. Ce quartier étant alors dans la banlieue de Bangkok, les quelques familles chrétiennes, qui dans la suite des temps s'y fixèrent, remontèrent comme paroissiens à l'église voisine, Notre-Dame-du-Saint-Rosaire, connue sous le nom de Calvaire (située au-dessus de l’Assomption), jusqu'à l'année 1864. A cette époque, la ville s'étant étendue de ce côté et les chrétiens étant devenus plus nombreux, il devint nécessaire d'ériger ce quartier en paroisse. C'est là que se trouvent le Collège de l'Assomption, fondé par M. Colombet et tenu par les Frères laïcs de Saint-Gabriel, (institutum Fratrum instructionis Christianae a Sancto Gabriele)

 

 

 

 

... ainsi que le couvent de l'Assomption, externat pour jeunes filles, tenu par les Sœurs missionnaires de Saint-Paul de Chartres (Congregatio Sororum Carnutensium a Sancto. Paulo).

 

 

(6) Voir notre article relatif à ce prélat :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a140-1898-le-premier-hopital-fran-ais-catholique-a-bangkok-122232355.html

 

(7) « Le Siam ancien » volume I, introduction.

 

(8) « Mission Pavie – Indochine – II - Etudes diverses – Recherches sur l’histoire du Cambodge, du Laos et du Siam », 1898.

 

 

(9) Les inscriptions 2 et 3 ont été étudiées sur le site à Bangkok : Nous les citons toutes en respectant la transcription utilisée par le Père Schmitt :  

2 - INSCRIPTION KHMERE DU ROI KAMRATEN AN ÇRI SURYA VANÇA RAMA MAHA DHARMIKA RAJADHIRAJA  - GROUPE SAJ.TANALAYA SUKHODAYA au Vat Prakéo à Bangkok.

3 - INSCRIPTION THAÏE DU ROI ÇRI SURYA-MAHA- HARMARAJADH1RAJA - CROUPE SAJJAKALAÏA-SUKHODAYA à la Bibliothèque royale de Bangkok.

4 - INSCRIPTION THAÏE DU ROI DE XIENG-MAI SOMDEC-SETHA-PARAMA, PAVITRA-CHAO DU VAT VIHAR SANTHAN SINTIA

5 - INSCRIPTION THAÏE DU ROI DE XIENG-MAI SOMDEC PAVITRÀ MATRA RAJA CHAO DU VAT SUVAKNA AHAMA

6 - INSCRIPTION THAÏE ÇRI SADDHARMA MAHÂ PARAMA AKRAVATTÎ DHARMARAJÂ DHARMARAJÂ DU VAT LAMPOEUNG

7 -  INSCRIPTION THAÏE DE DHARMIKA RÂJÂDHIRAJÂ, ROI D'AYUTHIA, SUZERAIN DE XIENG-MAI DU VAT XIENG-MAN

8 - INSCRIPTION THAÏE DU VAT PAT-PINH - GROUPE DE XIENG-MAI

9 - INSCRIPTION THAÏE DU ROI PHAHMLUA DE LA CAVERNE DU MONT DOI-THAM-PHRA

10 -  INSCRIPTION PÂLIE EMPREINTE DU PIED DE PHRAYÂ MENG-LAI AU VAT PHRA: SING LUANG

11 à 14 - QUATRE INSCRIPTIONS THAÏES - GROUPE  DE LUANG-PRABANG

Ces quatre inscriptions thaïes ont été scrupuleusement relevées par Pavie, au mois de février 1887 dans les pagodes de Luang-Prabang.  L’opinion du père Schmitt est tranchée : Les deux plus anciennes n'ont pas cent ans et les deux dernières sont contemporaines, l'une étant datée de 1884, l'autre de 1885 de notre ère. Elles ont par conséquent peu de valeur comme documents historiques. Cela ne l’a pas empêché de les transcrire et de les traduire par soucis d’exactitude.

15 – INSCRIPTION THAÏE DU ROI PHRA RAJÂ AYAKÂ – MAHÂ – DEVA AU VAT THAT

16 -  INSCRIPTION THAÏE DU ROI PRA-CRÎ-SIDDHI AU VAT WISOUN

17 -  INSCRIPTION THAÏE DU VAT KET

18 et 19 -  INSCRIPTIONS THAÏES DE LAMPOUN-HARIPUNJAPURA VAT LOUANG ET PA-M A-DA B-TAO

20 et 21 - INSCRIPTIONS THAÏES DU VAT CHAY DIE CHETYOT (CHETI CET YOT);  et DU VAT PRA-MUANG-KËO

22 à 25 - INSCRIPTIONS THAÏES DU GROUPE XIENG-MAI - CARRÉS MAGIQUES

26 et 27 - INSCRIPTIONS THAÏES DU VAT CHAY DIE SUPHAN

28 - INSCRIPTION THAÏE DE LA PRINCESSE SËN ÂMACHA

29 à 31 - INSCRIPTIONS THAÏES CALQUÉES SUR ESTAMPAGES DE M. ARCHER, CONSUL BRITANNIQUE A XIENG-MAI

 

(10) « Du royaume de Siam » volume II pages 235 s.

 

(11) « Le R. P. François-Joseph Schmitt, dont nous avons annoncé la mort à Bangkok, vint très jeune au Siam et fut associé par Mgr Pallecroix à ses savants travaux d'épigraphie siamoise. Avant la guerre de 1870, un des princes de la maison de Prusse, voyageant au Siam, y tomba dangereusement malade et fut soigné avec dévouement par le P. Schmitt. La reine Augusta,  reconnaissante, l'en fit remercier. Plus tard, en 1870, le P. Schmitt, se trouvant en convalescence en son pays d'Alsace, n'hésita pas à se joindre à notre infanterie de marine en qualité d'aumônier militaire. Fait prisonnier  à Bazeilles, interné à Dresde, témoin des misères de nos braves marsouins pendant le rigoureux hiver, il en écrivit à la Reine, qui sur-le-champ fit envoyer deux wagons remplis de vêtements de lame-pour nos soldats, avec ordre de mettre le P. Schmitt en liberté ; celui-ci cependant ne quitta, ses camarades qu'après la paix et rentra, au Siam où M.Doumer s'est honoré en le faisant chevalier de la Légion d'honneur. »

 

(12) « Le Siam ancien » volume I, 1895 et II, 1908.

 

(13)  «  Le Cambodge – les provinces siamoises », 1901 et « Le Cambodge III – le groupe d’Angkor et l’histoire », 1904 :

« On ne connaît pas de textes épigraphiques et nul fil conducteur ne se retrouve, dans cette histoire, plus haut que le XIIIème siècle. A partir du milieu de ce siècle nous avons largement utilisé les traductions d'inscriptions thaïes que le P. Schmitt, missionnaire français au Siam, a publiées, soit dans Le Siam ancien de M. Fournereau, soit dans le IIème volume de la Mission Pavie, qui est consacré à des recherches sur l'histoire du Cambodge, du Laos et du Siam ».

 

(14) CORNELIUS BEACH BHADLEY « THE OLDEST KNOWN WRITING IN SIAMESE THE INSCRIPTION OF PHRA RAM KHAMHJENG OF SUKHOTHAI 1293 A.D. » Bangkok, 1909.

 

(15) « Notes d'épigraphie »  In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 15, 1915. pp. 1-135.

 

(16)  «  Documents sur la dynastie de Sukhodaya »  In  Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 17, 1917. pp. 1-47;

 

(17) « NOTES CRITIQUES SUR L'INSCRIPTION DE RAMA KHAMHENG » in Journal de la Siam society, 1918-I.

 

(18) « L'INSCRIPTION DE NAGARA JUM » in Journal de la Siam Society, 1919-III.

 

(19) Voir John Scheid. « Scribonia Caesaris et les Julio-Claudiens. Problèmes de vocabulaire de parenté » In: Mélanges de l'Ecole française de Rome. Antiquité, tome 87, n°1. 1975. pp. 349-375.

 

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27 février 2021 6 27 /02 /février /2021 22:09

 

Il est un aspect méconnu de l’œuvre du Maréchal Phibun lors de sa première gouvernance de 1938 à 1944, c’est la réforme de l’orthographe qu’il tenta d’imposer au pays. Il n’en est pas d’autres sources qu’en thaïe ce qui explique qu’elle soit passée sous silence.

 

 

Revenons très rapidement sur l’histoire de l’écriture thaïe qui a ou aurait commencé en 1289 il y a plus de sept cent ans. Nous en avons longuement parlé (1).

 

 

La langue est l'un des outils que les êtres humains utilisent pour communiquer entre eux. Toute langue se compose de mots, associés d'après les règles  de sa grammaire. Tout mot représentant une idée se compose d'un ou de  plusieurs sons de voix, appelés syllabes. Pour figurer graphiquement les syllabes, on se sert de signes appelés lettres.

 

 

Les difficultés de la langue écrite.

 

De même que l'arithmétique possède neuf chiffres effectifs et un chiffre sans valeur propre (zéro), de même la langue thaïe possède soixante-quinze lettres effectives et une lettre sans valeur propre (อ). De ces soixante-quinze lettres, trente-deux représentent les variations de la voix humaine : on les nomme voyelles pour celte raison.

 

 

Quarante-quatre autres lettres ne servant qu'à modifier les sons des voyelles, ont, à cause de cela, reçu le nom de consonnes.

 

 

 

Les raisons de cette complexité sont multiples :

 

En dehors de consonnes dites irrégulières, fruits de l’étymologie, il existe 20 sons consonantiques fondamentaux répartis entre 44 consonnes lesquelles sont divisées en trois classes, normale, haute et basse, chaque son consonantique doit ou devrait avoir sa consonne dans chacune des classes. La multiplicité de certaines consonnes, il existe par exemple 6 formes de TH, est l’un  des paramètres de cette complexité.

 

 

Il existe enfin 32 sons vocaliques, voyelles simples, diphtongues ou triphtongues qui doivent tous avoir une forme brève et une forme longue, ce qui est essentiel pour déterminer le ton sur lequel doit être prononcé la syllabe. Ces sons vocaliques présentent sinon une difficulté, on s’y habitue, du moins un  aspect déconcertant, c’est que la voyelle n’est pas écrite après la consonne comme dans notre langue, elle peut l’être devant, derrière, dessus, dessous ou autour. Il existe une autre difficulté pas toujours facile à surmonter, il existe trois voyelles (a, o et ô) qui ne sont parfois pas écrites.

 

 

Cette complexité se justifie au moins pour partie car elle permet à l’écrit de donner le ton sur lequel la syllabe doit être prononcée, neutre, haut, bas, montant et descendant et cela selon un mécanisme véritablement mathématique.

 

 

Notons encore une difficulté, c’est l’absence de majuscules pour les noms propres ce qui rend parfois pénible la lecture d’un simple quotidien.   Il est enfin une difficulté majeure qui n’existe pas dans le langage parlé, l’écriture ne sépare pas les mots entre eux mais seulement les phrases. Nous avons parlé de cette dernière difficulté qui cause bien des difficultés au traducteur (2).

 

notonsencoreunedifficultéc’estl’absencedemajusculespourlesnomsproprescequirend parfoispéniblelalectured’unsimplequotidienilestenfinunedifficultémajeurequin’xistepas danslelangageparlé l’écritureneséparepaslesmotsentreeuxmaisseulementlesphrasesnousavonsparlédecettedernièredifficultéquicausebiendesdifficvultésautraducteur                    

L’évolution de l’écriture depuis le XIIIe siècle.

 

L’époque de Sukhothai.

 

La langue thaïe est la langue nationale de la société thaïlandaise, elle a évidemment  changé depuis la période Sukhothai (environ 1238-1350), la période d’Ayutthaya (environ 1350-1767) et l’ère Rattanakosin à partir de 1782. Ces changements sur plus de sept siècles sont allés et venus progressivement en fonction de divers facteurs pouvant modifier la prononciation, le système sonore, le sens des mots. Ramkhamhaeng le Grand qui régna à partir de 1289 est le créateur présumé de l’écriture actuelle. Quelle langue parlait-il alors et pourrait-elle être comprise d’un Thaï du XXIe siècle qui utilise pourtant – toutes proportions gardées – son écriture. Ramkhamhaeng régna à l’époque de Philippe le Bel, et qui comprend aujourd’hui, sauf les spécialistes, cet ancien français et peut en déchiffrer les écrits ?

 

 

On pense qu’antérieurement à l’ère de Sukhothai, les habitants utilisaient des écritures venues des Indes (Pallawa) ou de l’empire khmer.  Nous n’en connaissons rien autre que par l’épigraphie. Khun Sri Intharathit fut le fondateur du royaume en 1279 et son fils Ban Muang lui succéda un an seulement. On pense que ces deux règnes s’appuyèrent sur la culture traditionnelle de l'empire khmer et utilisaient ses systèmes linguistiques et alphabétiques. Ramkhamhaeng  succèda à son frère Ban Muang en 1279 et régna jusqu’en 1298. Il est considéré comme le créateur de l’écriture thaï si l’on en croit la stèle qui porte son nom et qui fut découverte en 1833 par le roi Mongkut alors qu’il était moine et que l’on date approximativement de 1292.

 

Cette écriture serait selon les érudits un mélange des scripts des Môns et de l’écriture khmère archaïque.  Elle s’écrit sur la ligne de gauche à droite. Elle comprenait trente-neuf consonnes (quarante-quatre aujourd’hui) et vingt voyelles (trente-deux aujourd’hui). Curieusement, on n’y trouve que sept chiffres, 1, 2, 4, 5, 7 et 0  alors que ces Thaïs savaient évidemment compter sur leurs dix doigts. Ces découvertes épigraphiques à venir nous donneront peut-être une explication. Il comporte deux signes de tonalités seulement (quatre de nos jours) le signe de tonalité EK (เอก) et THO โท). EK et THO signifient un et deux en sanskrit. Les voyelles sont placées devant, derrière et autour de la consonne  qui les supportent. Il n’y a pas alors de voyelles dessus ou dessous comme aujourd’hui. Les formes sont plus arrondies que celles de lettres actuelles avec lesquelles la comparaison n’est pas facile pour un non initié !

 

 

 

 

La période d’Ayutthaya.

 

Rien ne semble avoir été changé au début de la période d’Ayutthaya (1350). La plupart des rares documents anciens transmis à ce jour sont sur du matériel dur, argent, étain, pierre. Ce sont de brèves inscriptions sur des sujets religieux.

 

L’âge d’or débute avec le règne de Ramathibodi II  en 1491 jusqu’à celui de Naraï qui se termine en 1688. C’est un âge d’or et le pays s’ouvre à l’étranger. Le développement des affaires génère la prospérité et la nécessité de trouver à l’écriture des supports plus commodes que la pierre, le kradat farang ou papier de goyave (กระดาษฝรั่ง) ou les feuilles de latanier. Beaucoup des documents de cette époque sont des documents commerciaux datant du roi Naraï et conservés essentiellement dans des archives occidentales. Nous voyons toutefois apparaître deux nouvelles consonnes : ฑ (TH) et ฮ (H) (3).

 

 

Depuis lors, le nombre des consonnes reste stable.

 

Surgissent aussi deux nouveaux signes de tonalité ตรี (TRI) et จัตวา (JATTAWA) qui signifient trois et quatre en thaï archaïque et en sanskrit (4).

 

Apparaissent aussi cinq voyelles composées, เอะ  (OE au son bref) เอียะ (IA au son bref)  เอือะ (UA au son bref)  อัวะ (OUA au son bref), เออะ  (autre OE au son bref).

 

En 1732, l’alphabet des consonnes et la liste des voyelles est le  même que de nos jours.

 

 

A quelques détails près, la description que donne de l’écriture thaïe le chevalier de La Loubère recueillie lors de sa mission de 1688 conserve toute sa valeur. (5)

 

 

La fin de la période d’Ayutthaya commence sous le règne de période du roi Phra Phet Racha (1788) et se termine avec la chute d’Ayutthya en 1767. C’est une période néfaste pour le commerce avec les étrangers, la guerre avec la Birmanie fait perdre son indépendance au pays ce qui ne favorise pas le développement de l'écriture et de la littérature. Rares sont les documents de la fin de la période d’Ayutthaya, car une grande partie a été détruite et brulée par les Birmans.

 

Le roi Taksin rétablit l’indépendance du pays et installe la capitale à Thonburi. Il se préoccupa de la restauration ou de la récupération de documents anciens. Il n’y aura pas de changement majeur à l'époque Rattanakosin mais la forme des caractères évolue en fonction en particulier du développement des documents écrits et de l’apparition de l’imprimerie qui entraîne l’élaboration de fontes et du développement des polices thaïes. Il en sera évidemment de même avec l’apparition massive de l’informatique dans le dernier quart du siècle dernier.

 

 

Les projets de réforme de l’écriture.

 

Nous en connaissons trois :

L’alphabet Ariyaka du roi Rama IV (อักษรอริยกะ)

La nouvelle méthode du roi Rama VI (อักษรวิธีแบบใหม่)

La méthode du Maréchal Phibun  (อักษรสมัยจอมพล ป. พิบูลย์สงคราม)

 

L’alphabet arikaya.

 

Nous lui avons consacré un article (6).  Il n’a pas été inventé en 1847 par le roi spécifiquement pour écrire sa langue mais pour écrire les textes sacrés du pali. Le pali n’a en effet pas d’écriture dédié et est transcrit dans l’alphabet du pays où il est lu. Il faut aussi préciser, ce qui en simplifie l’écriture,  que ce n’est pas une langue à tons. Nous en parlons à nouveau  car certaines des règles qu’il préconise seront reprises dans le projet de Rama VI. Il est évidement plus simple que l’alphabet thaï puisqu’il ne comporte que 33 consonnes et 8 voyelles.

 

 

Les consonnes et les voyelles sont placées sur une seule ligne et les voyelles sont écrites derrière la consonne comme dans les alphabets romains. Il sépare les mots entre eux et utilise des signes de ponctuation. Enfin, ce qui n’est pas le cas en thaï, lorsqu’une consonne termine une syllabe, elle est prononcée comme elle doit l’être ; par exemple dans une syllabe qui aura pour consonne finale un R,  celui-ci se prononcera N. Cette écriture fut utilisée un temps dans son ordre mais ne lui a pas survécu d’autant que l’alphabet thaï permet de transcrire parfaitement le pali.

 

Méthode d'écriture du pali avec l'alphabet thaï  :

 

 

La nouvelle méthode du roi Rama VI.

 

Nous savons qu’il est le premier à avoir lancé sur le plan académique l’idée de la romanisation du Thaï (7). Mais romaniser dans le but de transcrire en  caractères romains les noms propres, géographiques en particulier, était une nécessité qui est réglée depuis le début du siècle dans le  cadre d’une convention internationale. Il n’y a rien à voir avec une simplification de l’écriture.

 

Le Roi Rama VI avait remarqué que l'écriture thaïe était déconcertante pour les étrangers, en particulier par l’écriture sans espaces entre les mots et l’existence de voyelles non écrites. Il décida donc d’écrire sur une seule ligne, les voyelles posées après les consonnes comme dans l’alphabet romain.

 

 

Ne pouvant utiliser les voyelles thaïes, il utilisa non pas de nouvelles voyelles mais tout simplement celles de l’alphabet arikaya, un bien peu harmonieux mélange. Le projet qui ne fut utilisé que chez ses proches, une espèce de sabir qu’eux seuls pouvaient comprendre, fit long feu. Nous n’en avons pas trouvé d’autre exemple qu’une carte de vœux de bonne année.

 

La méthode du Maréchal Phibun.

 

Ce fut assurément la plus sérieuse et aurait peut-être pu et dû perdurer. Il ne s’agissait pas en effet de bouleverser l’écriture mais de la simplifier.

 

Nous sommes en 1942, il bénéficie depuis 1938 du pouvoir absolu. Il a créé le 18 mai 1842 dans le  cadre de sa politique culturelle le Comité de promotion de la culture et de la langue thaïe  (คณะกรรมการส่งเสริมวัฒนธรรมภาษาไทย - Khanakammakansongsoem Watthanathamphasathai).

 

Le but en est d’améliorer  la culture, et de promouvoir la langue thaïe et les livres et de proposer une nouvelle orthographe. Ce fut peut-être aussi à l’instigation des occupants japonais qui éprouvaient quelques difficultés à la lecture des caractères thaïs ne fut-ce que sur les panneaux de signalisation.

 

Ce comité est composé de 26 personnes, tous universitaires érudits de haut niveau.  Le 14 juillet 1942, le Comité a établi des règles pour l'utilisation des caractères thaïs et a publié un nouveau dictionnaire d'orthographe. Cette simplification de l’orthographe ne durera malgré une propagande massive que deux ans et trois mois. Le comité considéra que l’écriture était l’un des trésors culturels de la langue mais devait être amélioré compte tenu de l’existence de nombreux caractères répétitifs voire inutiles.

 

 

Les voyelles.

 

Voici le premier exemple d’une voyelle inutile, le son AÏ se transcrit par une voyelle brève, posée avant la consonne qui la supporte. Il en est une autre forme, , également brève, également posée avant la consonne. Elle se trouve dans 20 mots d’usage quotidien que les petits thaïs apprennent par cœur dans une comptine dont ils encombrent peut-être inutilement leur mémoire. Nul ne peut en dire l’origine et donner des explications à ce doublon.

 

 

L’exemple suivant est plus caractéristique encore. La liste des 32 voyelles en comprend quatre venues directement du sanscrit ; , ฤๅ, et ฦๅ se prononcent respectivement RU (bref), RU (long), LU (bref), LU (long). Elles sont bien grammaticalement considérées comme des voyelles aussi curieux que ce soit. Les deux dernières sont devenues totalement obsolètes et ne se trouvent que dans des textes archaïques. Les deux autres se trouvent dans de nombreux mots d’usage quotidien, citons l’ermite qui a deux orthographes possibles, ฤๅษี (RU long) ou ฤษี (RU bref). Les choses vont se compliquer; ฤๅ se prononce toujours RU (long).  se prononce au gré des circonstances RI, RU ou RE bref, selon des règles qui ne sont pas bien logiques mais grammaticalement immuables: Il est rarissime en position initiale et sa prononciation est aléatoire mais le plus souvent RU. Nous le rencontrons dans deux mots courant (et leurs composés bien sûr) prononcée RU : ฤดู (rudou) la saison et ฤษี (rusi), que nous connaissons.

 

– Elle se prononce RI lorsqu'elle suit les consonnes ก (K), ต(T), ท (TH), ป (P), ศ (S) et ส (autre S). Nous aurons ainsi อังกฤษ angkrit anglais.

 

– Elle se prononce RU lorsqu'elle suit les consonnes ค (KH),  น(N),  พ (PH),  ม (M)  et (H). Nous trouvons ainsi toujours dans des mots du quotidien ainsi วันพฤหัสบดี wanphruhatboodii (jeudi), et encore พฤษภาคม phrutsaphaakôm (le mois de mai).

 

Et enfin RE dans un seul mot, ฤกษ์ rek, le moment propice.

 

Dans tous ces mots, la voyelle-consonne sanskrite devra (avantageusement) être remplacée par la lettre R (ร) assortie de la voyelle qui convient !

 

Un dernier exemple enfin et vous comprendrez le souci du Maréchal. Nous avons parlé plus haut de l’introduction de la voyelle composée เอือะ (UA au son bref). Elle est en principe nécessaire puisque chaque voyelle doit avoir sa forme brève et sa forme longue, soit. Plusieurs ouvrages français ou anglais vous diront qu’elle est « rare ». C’est une erreur car vous ne le trouverez nulle part dans aucun écrit. Pourquoi donc l’inclure dans la liste des voyelles que doivent apprendre les gamins ? Tout simplement, nous dit une petite grammaire à l’usage des jeunes gens,  car elle pourra servir un jour ! Quelle prévoyance inutile !

 

Voilà donc six voyelles qui pourraient parfaitement disparaître de la liste des trente-deux. Il en resterait 27 ce qui serait déjà suffisant

 

Précisons que ce que nous venons d’écrire ne provient pas d’un ouvrage de grammaire érudit mais d’un ouvrage de vulgarisation destinés non pas aux savants mais aux écoliers.

 

Et on peut difficilement lire sans sourire que la grammaire thaïe est basique !

 

Manuel de lecture  :

 

 

Les consonnes.

 

Dans l’alphabet des 44 consonnes dont déjà deux sont obsolètes, le Maréchal préconise la suppression de 13 d’entre elles et la simplification d’une dernière : ฃ (KH), ฅ (TH), ฆ (KH),  ฌ (N),  ฎ (D), ฏ (T), ฐ  (TH), ฑ (TH),  ฒ (TH), ณ (CH), ศ (S),  ษ(S) et  ฬ (L).

 

La dernière qui est un deuxième Y est maintenue mais on supprimera l’appendice qui est en dessous et qui interdit de l’écrire d’un seul trait de plume comme les autres. 

 

Il est d’autres curiosités dont le Maréchal préconise la suppression, le lettre R doublée (รร) devient voyelle et se prononce en fonction des circonstances A ou AN ainsi l’oncle s’écrit peut-être BRR mais se prononce BAN (บรร). La lettre R cause aussi des perturbations au bon sens ; associée à la lettre TH (ทร) elle devient S tout simplement ! ทราย  ce n’est pas THRAÏ mais SAÏ (le sable).    

 

 

Le système ne règle toutefois pas la difficulté majeure des mots qui ne sont pas séparés dans la phrase.

 

Il ne règle pas non plus la difficulté née de l’absence de majuscule.

 

Notons que la ponctuation se répand, surtout dans la presse, elle fait l’objet d’explications dans les grammaires, en ce qui concerne du moins les signes qui nous sont familiers, guillemets, parenthèses, point d’interrogation, d’exclamation, de suspension et final, virgule.

 

Notons encore que ce système allégé ne porte pas atteinte à la possibilité de déterminer l’origine palie ou sanskrite du mot. L’étymologie reste respectée (8).

 

Les éditions successives du Dictionnaire de l’Académie royale postérieures à 1942 n’ont pas tenu compte de ces possibles modifications (9).

 

Ces propositions reçurent du public un accueil fort peu chaleureux paraît-il, plus encore dans le monde érudit, tous attachés à leurs caractères thaïs traditionnels. L’abandon fut consacré en 1944 et le Maréchal ne reprit pas son projet lorsqu’il revint au pouvoir en 1948.

 

Il faut préciser que l’écriture traditionnelle a fort bien passé le cap informatique. Tout se trouve sur le clavier, les caractères usuels, les caractères obsolètes, divers signes diacritiques également tombés en désuétude ainsi que ceux qui permettent les petites modifications  de l’écriture pour transcrire le pali. Le positionnement des voyelles qui peut se faire sur plusieurs niveaux avec éventuellement un signe diacritique encore au niveau supérieur s’est fait sans difficultés

 

Il est toutefois une préconisation du Maréchal qui perdure, l’utilisation des chiffres internationaux improprement appelés chiffres arabes, qui était au demeurant déjà largement pratiquée. Les chiffres traditionnels ne se trouvent plus guère que dans des documents administratifs comme les titres de propriété. Il est difficile de trouver une horloge portant les chiffres thaïs et, à notre connaissance du moins, aucune calculatrice.

 

Rappelons que le nombre d’alphabets réellement créés ex-nihilo est relativement restreint, comme celui de Ramkhamhaeng. Les peuples ont souvent préféré adopter et éventuellement adapter un système existant plutôt que de réinventer la roue (10). Il est permis de penser que les Thaïs sont légitimement fiers d’une écriture qui s’est forgée au fil des siècles aussi complexe soit elle.

 

 

SOURCES

 

Sur l’écriture

 

« Contribution à l'étude du système phonétique des langues thaï » d’Henri Maspero In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 11, 1911. pp. 153-169.

 « Méthodes de segmentation et d’analyse automatique de textes thaï » par Krit Kosawat, thèse de doctorat, Université de Marne-la-Vallée, 8 septembre 2003.

« MÉTHODES POUR INFORMATISER DES LANGUES ET DES GROUPES DE LANGUES « PEU DOTÉES » par  Vincent BERMENT, thèse de doctorat, Grenoble, 18 mai  2004.

Il nous faut remercier tout particulièrement un fidèle lecteur suisse du blog, Stéphane Duina, qui a eu l’amabilité de nous transmettre un ouvrage exceptionnel très modestement baptisé « Notes de grammaire thaïe » et daté de 1974. C’est l’œuvre d’un missionnaire des Missions étrangères, Victor Hippolyte Larqué  en poste à Bangkok où il décède en 1990. L’auteur reprend et complète la grammaire en latin de Monseigneur Pallegoix qui date de 1854, bien plus que de modestes notes, c’est une somme grammaticale. Cet ouvrage monumental ne porte pas de mention ISBN et ne semble pas voir été déposé à la Bibliothèque nationale . Il est probablement au seul usage interne des Missionnaires, sa communication n’en fut que plus précieuse.

 

Sur les réformes de l’écriture.

 

L’ouvrage universitaire de Madame Milika Mapha est fondamental,

 

 

il est en thaï :

 

« เอกสารประกอบการสอน วิวัฒนาการภาษาไทย » (Matériel pédagogique, évolution de la langue thaïe) par มัลลิกา มาภา, en thaï. Publication de l’Université Rajabhat d’Udonthani, département de langue thaï, Faculté des sciences humaines et sociales, 2016.

 

En dehors de cet ouvrage :

 

Sur l’alphabet arikaya, voir notre article visé note 6. La page Wikipédia en thaï est bien ficelée :

https://th.wikipedia.org/wiki/อักษรอริยกะ#:~:text=อักษรอริยกะ%20เป็นอักษรที่,รับความนิยมจนเลิก

 

Sur l’alphabet de Rama VI, la page Wikipédia en thaï est bien construite :

https://th.wikipedia.org/wiki/การปรับรูปแบบการเขียนอักษรไทยโดยรัชกาลที่_6

 

Sur l’alphabet du Maréchal la page Wikipédia en thaï est remarquable :

https://th.wikipedia.org/wiki/ภาษาไทยสมัยจอมพล_ป._พิบูลสงคราม#:~:text

 

Tous les ouvrages universitaires sont numérisés.

 

NOTES

 

(1) Voir notre article A 353 - LES ORIGINES DE L’ÉCRITURE THAÏ CONTEMPORAINE

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/02/a-353-les-origines-de-l-ecriture-thai-contemporaine-5.html

(2) Voir notre article A 377- DES DIFFICULTÉS DE TRADUIRE LE THAÏ EN FRANÇAIS ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/06/a-377-des-difficultes-de-traduire-le-thai-en-francais.html

(3)  Ce ฑ (TH) est l’un des nombreux TH. Il a probablement été ajouté pour transcrire des mots issus du pali ou du  sanscrit. Il est rarissime, heureusement d’ailleurs car en fonction des circonstances, il se prononce D ou TH !

La lettre ฮ (H) est un deuxième H qui semble avoir été créé pour transcrire des mots d’importation, par exemple ฮ่องกง (Hong Kong) ou แฮมเอร์เกอร์ (hamburger), ce qui est concevable à une époque où les échanges diplomatiques et commerciaux se sont multipliés et plus encore de nos jours : Curieusement, elle remplace parfois le ร (R) dans la langue Isan, du Nord-est. Cette précision n’est pas inutile, il y a plus de 20 millions de thaïs qui parlent cette langue locale, très proche du Lao, lui-même très proche du thaï. รถ (rốt – auto) deviendra ainsi ฮถ (hốt)

(4) On ne les trouve guère que dans des mots d’importation,  chinois pour le premier qui est également utilisé dans des mots que ma mère m’a interdit de prononcer ici.

(5) « Du royaume de Siam » tome second, 1691.

(6)  Voir notre article A 352 - อักษรอริยกะ - LE ROI RAMA IV CRÉE L’ALPHABET ARIYAKA – L’« ALPHABET DES ARYENS » – POUR TRANSCRIRE LES TEXTES SACRÉS DU PALI.

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/02/a-352-le-roi-rama-iv-cree-l-alphabet-ariaka-l-alphabet-des-aryens-pour-transcrire-les-textes-sacres-du-pali.html

 (7) Voir nos articles A91. La romanisation du Thaï ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a91-la-romanisation-du-thai-114100330.html

et 165. Le Roi Rama VI et la romanisation du Thaï.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-165-le-roi-rama-vi-et-la-romanisation-du-thai-125174362.html

(8) La question de l’étymologie se pose par contre dans les projets de simplification de l’orthographe en français. Les personnes lettrées  d'Italie, d'Espagne, de Portugal et de tant d'autres  pays, savent comme nous que philosophe vient du grec φιλόσοφος, cependant elles ont le bon esprit d'écrire filosofo. Le mal est-il si grand ? Le France comprend 67 millions d’habitants dont 66,500 millions ne soupçonnent pas même l’existence du grec. Est-ce pour satisfaire à quelques dizaines de milliers de savants qui peuvent lire le grec à livre ouvert que notre langue est grevée du PH ?

(9) Voir notre article A 204 - LE DICTIONNAIRE DE L’ « INSTITUT ROYAL » AU SERVICE DE LA LANGUE THAÏE, DU BON SENS … ET DE LA POLITIQUE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/11/a-204-le-dictionnaire-de-l-institut-royal-au-service-de-la-langue-thaie-du-bon-sens-et-de-la-politique.html

(10) Ainsi « nos ancêtres les Gaulois » dont la civilisation druidique était orale et utilisaient en tant que de besoin l’alphabet grec.

 

 

 

 

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18 février 2021 4 18 /02 /février /2021 22:26

Patrick vient donc d'écrire et de publier en 2021, un guide touristique de 96 pages en français sur la province d'Udonthani, située en Isan du Nord ; sa quatrième édition après « L'Isan: Udonthani et sa province » (2010),

 

 

« Isan du nord » (2011),

 

 

et « L'Isan : La province de Nong Khai »(2015).

 

 

Un guide unique et indispensable pour qui veut visiter la province et sa capitale Udonthani, en sachant que le Guide vert Michelin, culturellement le plus solide, ne consacre qu'une page et demie à la province et le Lonely Planet, 7 pages avec une grande partie consacrée à l’hébergement. (Pour se  procurer le guide. Cf. (1))

 

 

 

 

Il est le fruit d'une longue expérience, dont nous avions déjà profité en 2011 en présentant son blog, dans le cadre de notre propre recherche sur l'Isan. Il avait en janvier 2011 écrit 480 articles en 3 ans ! Déjà à l'époque, il parcourait la province, visitait dans les villes et villages les temples et les sites les plus connus, participait à toutes les  festivités de la ville d'Udonthani et aux principaux événements culturels de la région, avec toujours ce souci de partager ensuite ce qu'il avait appris et admirer, à l'aide de belles photos. Déjà, à cette époque -il y a 10 ans-  il ne présentait que ce  qu'il avait visité. (2)

 

 

 

Le nouveau  guide ne se limite pas à ce qu'il appelle « Attractions touristiques » (pp. 26-74), mais nous donne auparavant (p.5) une carte et le nom des 20 provinces de l'Isan (La Thaïlande en possède 77 (changwat)) et le nom des 20 districts (amphoe) de la province d'Udonthani avec une carte (p.6), en rappelant qu'elle est composée de 155 sous-districts (tambon), de 1682 villages, avant de présenter rapidement l'Isan en une page (p.7), et la province (pp.8-16) avec quelques observations sur sa géographie, sur quelques symboles, l'économie, le climat, « la petite histoire » en 1 page et demie, avec son passé préhistorique (le parc de Phra Bat, le site de Ban Chiang), sa fondation en 1296 par le roi Mangrai et le Prince Prajak qui en devient le gouverneur en 1894, pour revenir sur la ville d'Udonthani (p.16) avec la composition de sa population  qui est d'environ de 240 000 habitants (Avec ses communautés laos, chinoises, vietnamienne, et d'expatriés), la gastronomie et des informations pratiques (pp.18-20) sur la santé, internet, la poste, la location d'une voiture, l'immigration, les numéros de téléphones importants, et sur les loisirs (pp.20-25) citant 6 activités (l'hypodrome, 2 lieux de pêche, 5 golfs, 4 centres nautiques)   avec leurs coordonnées GPS, et le shopping (1page). (3)

 

 

 

 

Évidemment, ces 23 pages nous donnent de nombreuses informations, mais comment ne pas être superficiel, en voulant traiter tous ces sujets (Histoire, géographie, économie, administration, etc ), des liens  d'internet auraient été ici nécessaires.  Mais  Patrick est évidemment bridé par les contraintes de l’édition sur papier, les exigences de l’imprimeur et des considérations budgétaires.

 

 

 

« Attractions touristiques » (pp. 26-74).

 

Patrick va donc rendre compte des « excursions » touristiques qu'il a effectuées dans les 20 districts de la province, dont l'intérêt porte surtout sur les informations qu'il donne pour parvenir à ces sites en ayant soin de donner les coordonnées GPS et la graphie en caractères thaïs (3)), à l'exception du  9e, le district de Non Sa At et du 16e, le district de Si That, qu'il n'a pas (encore) visités. S'il cite  une quarantaine de temples et édifices sacrés,, ce qui nécessite déjà de nombreuses journées touristiques, il faut savoir que 1187 temples ont été inventoriés par le Sangha dans la province !

 

 

 

Il commence donc par  le 1er district de Muang Udonthani.  (pp. 26-41)

 

 

Il signale 16 visites à effectuer en ville et 13 en dehors de la ville. C'est dire que le touriste qui séjourne à Udonthani aura un emploi du temps bien chargé. 14 sont consacrés à des temples et des « édifices » religieux et lieux sacrés (stupas, chédi, arbre sacré, sanctuaire), en recommandant le Wat Pa Ban Tat, situé à 16 km de la ville, un monastère dédié à Phra Luangta Maha Bua Yannasampanna,  l'un des moines les plus vénérés de Thaïlande décédé le 30 janvier 2011 et  5 aux musées (Retenons deux musées dont la visite est instructive : Le Musée provincial qui est construit dans un bâtiment d’architecture européenne. Il est à l’échelle humaine et particulièrement instructif sur l’histoire de la province.

 

 

Le Musée Militaire Ramesuan est situé dans un ancien centre de renseignement et d’espionnage de la CIA et nous éclaire sur cette période trouble de l’histoire du pays.),

 

 

et des belles balades comme le lac et le parc de Nong Prajak, la ferme d'orchidées, « Udun -Sunshine », le marché de Nong Bua, le village de Ba Na Ka, les villages aux fleurs et aux champignons...

 

 

Le 2e district de Kut Chap (à 24km d'Udonthani) avec 2 temples (Le wat Bunnimit « dans un lieu plein de calme proprice à la méditation » et le temple  aux dinosaures), une grotte avec des peintures rupestres (La Sing Cave) et un parc (« Phuhinjomtat Forest Park »). 

 

 

Le 3e district Nong Han

 

 

(à 35 km d'udonthani) (4p. 1/4) avec 7 temples dont le célèbre site archéologique de BAN CHIANG, inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco en 1992,

 

 

...que Patrick décrit en une page et demie, avec son musée national et en nous nvitant à visiter de sympathiques villages  aux environs (Ban Kham O, Ban Pu Lu, Ban Dong Yen et Ban Tat), spécialisés dans l'artisanat. (Cf. Nos 2 articles sur Ban Chiang  (4) )

 

 

Le 4e district de Nong Saeng.

 

 

3 pages pour 3 sites dont 2 p. consacrées au Parc de Phu Phoilom (situé à 50 km d'Udonthani) et la chute d'eau de Than Ngam que Patrick apprécie particulièrement, avec le bouddha blanc de Phu Foi Lom et la pagode aux 9 bouddhas Suwan Kalaya.

 

 

Le 5e district Prachaksinlapakkhom,

 

 

avec un seul site (en une demi-page) : Le lac aux Lotus.(p. 51)

 

 

(Les Thaïs l'appellent la « mer aux lotus rouges » (ทะเลบัวแดง).  L'occcasion de faire une belle balade en bateau le matin sur le lac parmi les lotus en fleur.

 

 

Le 6e district de Nong Wua So (39km)

 

 

4 pages pour 8 balades dont 6 temples (Dont le wat de Ban  Nong Waeng Yao recommandé par Patrick pour sa beauté et ses sculptures) et le réservoir Huai Luang Dam et le parc d'attractions du PC Ranch. (parc à thème).

 

 

Le 7e district Kumphawapi (43 km) 3 pages pour 4 sites, dont 2 temples.

 

 

Une occasion de voir à Khumphawaphi des singes en liberté et à 3,3 km le Wat Phrathat Don Kaeo, un stupa sacré dont l'origine remonterait aux 12 et 13e siècles. Et une balade à l'Arche de pierre, le plus long pont de pierre de Thaïlande, situé dans une réserve forestière. Patrick nous donne ici (p. 58) tous les contacts nécessaires pour réussir cette excursion.

 

 

Le 8e district Phen

 

 

(43 km) ½ page pour le Chedi PrathatNang Phen du Wat Koh Kaew.

 

 

Le 9e district de Non Sa At.

 

 

Patrick ne mentionne aucun site mais le district en comporte huit qui ont tous leur page Internet !

 

 

 

Le 10e district Ban Phue.

 

 

5 p. ½ pour 9 sites dont 5 temples et stèles, mais avec des particularités. Ainsi dans l'enceinte du temple Pa Maha Chédi ChaloemPhrakat Ban Kho, on trouve aussi un musée des moines à visiter ou dans l'enceinte du temple des supplices et du paradis (avec des sculptures sanguinolentes ou sur  l'Eden), se trouve également le temple aux miroirs. Patrick nous conseille aussi deux belles balades, l'une au Parc Historique de Phutthapat (avec ses grottes  ses falaises), où on peut visiter le wat Phutthabat Bua Bok, et le site de Phra Buddhabat Buaban, un parc qui permet de se promener pour s'arrêter devant un mausolée d'une empreinte de Bouddha, des chédis et des stèles.

 

 

Le 11e district Chai Wan

 

 

(p. 65) avec son Wat Pa Santikawat, son stupa et un musée « en l'honneur de la vie et des enseignements de Luang Pu Bun Chan » qui a séjourné dans ce temple.

 

 

Le 12e district Phibun Rak,

 

 

(En deux pages (pp. 66-67)), avec une seule excursion au Wat Pratan du village de campagne de Phibun Rak, signalé comme magnifique.

 

 

Dans le 13e district Ku Kaeo,

 

 

le Wat Ku Kao Rattanaram avec  une ruine et pagode de l'époque khmère et dans le même village, le Wat Si Kunaram avec « un magnifique chédi au milieu d'un beau jardin »

 

 

Dans le 14e district Thung Fon, l

 

 

le chédi du wat Luanpor Thongkham au centre du village de Thung Fon.

 

 

Dans le 15e district Sang Khom

 

 

(p.68) à 70km d'Udontani vous propose une sortie en famille et/ou amis sur un lac où on peut se restaurer sur une paillote flottante et se baigner.

 

 

Dans le 16e district de Si Thaht,

 

 

aucune excursion effectuée.

 

 

Dans le  17e district de Ban Dung,

 

 

de nombreuses excursions sont proposées. (3p.)

 

On peut visiter des sites d'exploitations de sel « Le plus intéressant est celui sur la route 2022 » nous conseille Patrick.

(Elles sont nombreuses non seulement dans la province mais en Isan. Nous avons consacré plusieurs articles tant aux légendes qui s’y attachent qu’aux menaces chinoises qui pèsent sur elles (5)).

 

 

Le temple de  Ban Dung, un grand Bouddha et un autre temple très populaire le Kham Chanod, où on vient pour se faire bénir et faire des offrandes ; et trois sanctuaires,  son pont naga et les nagas qui se trouvent  dans le lac près de la forêt... (Cf. Notre article sur ce temple (6)).  Puis le Wat Pa Aranya dans le village de Ban Lao Luang, et un peu plus loin le chédi du wat Pa Don tat.

 

 

Le 18e district de Wang Sam Mo.

 

 

Patrick nous cite un seul temple, le Wat Tham Sumontha Pawana (วัดถ้ำสุมณฑาภวนา) sans explication et ajoute « trop difficile à expliquer pour s’y rendre. Utiliser les coordonnées GPS ».

 

 

(Il s’agit d’un temple du « bouddhisme de la forêt » dont la vocation n’est pas d’accueillir de simples visiteurs dévots mais de proposer des stages de formation à la méditation bouddhiste.) (Cf. Notre article 7)

 

 

Le 19e district Nam Som.

 

 

Là encore aucun commentaire si ce n'est que le chemin pour aller à la grotte et au wat de Tham Pha Dam à à 100 km d'Udonthani et le temple San Poo Som de la ville Nam Son.

 

 

Et enfin au 20e district de Na Yung

 

 

(pp.73-74), à 130 km d'Udonthani près du village de Na Yung, le wat Pa phu Kon avec son chédi et au sommet de la montagne un temple avec un bouddha couché en marbre blanc que Patrick considère comme le plus beau de la Province. Ensuite deux itinéraires sont proposés pour admirer les  chutes d'eau dans  le parc forestier de Na Yung.

 

 

Si le guide de Patrick nous aide à trouver le chemin de nombreuses « Attractions touristiques » de la Province d'Udonthani, on peut regretter ses commentaires lacunaires. Des liens internet auraient pu y suppléer, surtout que de nombreux temples ont leurs propres pages Facebook avec de nombreuses photographies.

 

 

Événements, commémorations, fêtes et festivals. (pp .75-83)

 

Patrick en cite une trentaine en donnant les dates du calendrier et en mêlant les fêtes d'Udonthani et nationales et en précisant à la fin qu'il ne donne ici  « qu'un aperçu des manifestations les plus importantes ». On peut signaler que si vous suivez son blog « Patrick en Thaïlande », vous aurez une idée de son insatiable curiosité et de son désir de partager toutes les festivités du peuple thaïlandais. (http://udonthani-en-isan.over-blog.com/)

 

Il termiine son guide (pp.83-92) sur les différents moyens pour se rendre à Udonthani, un petit lexique de thaï, la monnaie utilisée en Thaïlande, un glossaire et enfin le plan de la ville d'Udonthani  (p. 92).

 

 

Vous aurez compris que cet article ne vise qu'à vous encourager à vous procurer ce nouveau guide de Patrick D. qu'il met gratuitement à votre disposition. (Cf. (1))

 

 

   NOTES ET RÉFÉRENCES.

 

(1) Le guide est distribué gratuitement et est disponible chez deux annonceurs :

« Thai-french backery » 288/5-6 - Nong Bua – Muang Udonthani  - Udonthani 41000 (lat.  17° 25’ 45’’ et long.  102° 48’36’’)

« Zig-Zag restaurant » 333/69 -  Sam Phrao – 2410- Ban Nong Bu – Udonthani 41000

Au Musée d’Udinthani

Au centre d’informations touristiques, place Thung Si Muang (Udonthani)

Et chez l’auteur : udonthanifrancophone@hot;qil.co;

 

(2) 2. Notre Isan : découvrir l’Isan via les blogs

http://www.alainbernardenthailande.com/article-notre-isan-2-decouvrir-l-isan-via-les-blogs-71317647.html

un forum : http://udonthani.les-forums.com/forums/

 

(3) Regrettons l’absence d’une carte développée, due essentiellement à des considérations techniques, mais Patrick y supplée en nous donnant les coordonnées GPS. Ceux que l’utilisation de cet instrument rebute trouverons sans difficultés la carte (bilingue) de Thinknet à une bonne échelle (1/550.000e) beaucoup plus utile que la carte Michelin au 1/1.3700.000eThinknet diffuse par ailleurs un carte (bilingue) sous forme de CD qui atteint un grossissement d’une précision diabolique puisqu’il part d’une échelle de 1.4.000.000e pour descendre, mieux que le cadastre français, au 1/1000e.

Patrick donne aussi le nom des temples en thaï qui est parfois nécessaire pour le trouver.

 

(4) Voir nos articles :

9. La civilisation est-elle née en Isan ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-la-civilisation-est-elle-nee-en-isan-71522720.html

A 327- LE PILLAGE DU SITE DE BAN CHIANG (THAÏLANDE)

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/08/a-327-le-pillage-du-site-de-ban-chiang-thailande.html

A 323 - UDONTHANI, UNE VILLE D'ISAN QUI DOIT SON EXISTENCE À LA COLONISATION FRANÇAISE ET SA PROSPÉRITÉ À LA GUERRE DU VIETNAM.

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/07/a-323-udonthani-une-ville-d-isan-qui-doit-son-existence-a-la-colonisation-francaise-et-sa-prosperite-a-la-guerre-du-vietnam.html

 

(5) Voir nos articles :

LA LÉGENDE INSOLITE DE LA DÉCOUVERTE DES VERTUS DU SEL PAR LES HABITANTS DE L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE)

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/02/la-legende-insolite-de-la-decouverte-des-vertus-du-sel-par-les-habitants-de-l-isan-nord-est-de-la-thailande.html

A 300- LA LÉGENDE INSOLITE DE LA DÉCOUVERTE DU SEL PAR LES HABITANTS DE L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE)

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/02/a-300-la-legende-insolite-de-la-decouverte-du-sel-par-les-habitants-de-l-isan-nord-est-de-la-thailande.html

A 325 - ชาวอีสานไม่ต้องการให้มีเหมืองโปแตชในนาข้าว - LES HABITANTS DE L'ISAN NE VEULENT PAS DE MINES DE POTASSE DANS LEURS RIZIÈRES –

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/07/a-325-les-habitants-de-l-isan-ne-veulent-pas-de-mines-de-potasse-dans-leurs-rizieres.html

 

(6) Cf. Notre article A 411- LES NAGAS DE KHAM CHANOT

http://www.alainbernardenthailande.com/2021/01/a-411-les-nagas-de-kham-chanot.html

(7) Sur le bouddhisme de la forêt voir notre article :

A 239 - LE « BOUDDHISME DE LA FORÊT » OU « LA VOIE DES ANCIENS » DANS LA THAÏLANDE CONTEMPORAINE

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/09/a-239-le-bouddhisme-de-la-foret-ou-la-voie-des-anciens-dans-la-thailande-contemporaine.html

 

 

 

 

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11 février 2021 4 11 /02 /février /2021 22:28

 

Nous connaissons la ville de Khonkaen qui ne fut pendant des années qu’un  modeste point de passage assoupi et poussiéreux sur la route du nord, à peine connu et signalé par les visiteurs du XIXe siècle. « Khon Kaen, siège d'un Ampheu, a l'allure d'un grand village, bâti des deux côtés d'une large avenue plantée d'arbres. Les bâtiments administratifs sont tous eu bois, les anciens sont couverts en tôles ondulées ou en tuiles de  bois, les nouveaux en tuiles de ciment confectionnées sur place » écrit le journal hebdomadaire l’Éveil économique de l’Indochine en 1932 (1).

 

 

Elle bénéficia ensuite des gigantesques travaux de désenclavement, œuvres des rois Rama V, Rama VI et Rama VII, ligne télégraphique, chemin de fer qui ne l’atteignit qu’en 1942, aéroport. Elle bénéficia encore des efforts du Maréchal Sarit (สฤษดิ์ ธนะรัชต์), premier ministre de 1959 en 1963.

 

 

Personnage controversé, adulé ou vilipendé, il reste toujours à ce jour le plus jeune « field marshall » de sang roturier non sorti du sérail dans l’histoire de l’armée thaïe. Il est encore à  le seul premier ministre de sang partiellement Isan-Lao par sa mère. Il se considérait comme Isan, il en parlait la langue dont il avait conservé l’accent ce dont il se flattait. Bénéficiant du soutien royal, il est à l’origine de la création de l’Université de Khonkaen, qui vit le jour un an après sa mort en 1964. Elle fut la toute première Université d’État créée en dehors de Bangkok. 

 

 

Le choix de l'Isan et  Khonkaen furent un choix de passion et de raison dû à sa position centrale.  Khonkaen lui doit son surnom de « porte d’accès à l’Isan » (ปสระตูสู่อีสาน). 

 

 

La création de l’université fut pour l’essentiel à l’origine de l’expansion de la ville à partir des années 60, et est due en grande partie à Sarit. Sa statue, toujours fleurie, est érigée  au centre du « Ratchada Memorial Park » de Khonkaen (สวนรัชดานุสรณ์). Personnage complexe, il cultiva l'image d'un père bienveillant à travers sa rhétorique et ses fréquentes visites dans des villages reculés où il dormait dans une tente et cherchait à connaître les besoins des gens.

 

 

 

Les années suivant la création de l’Université virent le développement de la ville, l’accent étant mis sur le développement des infrastructures et le désir d'inculquer le  sentiment d'identité nationale et d'unité parmi ses citoyens.  Les us et coutumes étaient dictés par Bangkok, et les écoliers par exemple n'étaient pas autorisés à parler la langue locale. Le pays connut ensuite une brève période de démocratie de 1973 à 1976, puis intervient le régime militaire après un coup d'État sanglant en 1976. Militants et étudiants fuirent Bangkok pour se cacher dans les régions reculées du pays, beaucoup en Isan.

 

 

Les années de réconciliation vinrent dans les années 80 avec le général Prem Tinsulanonda (เปรม ติณสูลานนท์) et l'amnistie des insurgés communistes.

 

 

Après la fin de la guerre froide, de nouvelles attitudes se sont développées chez les anciens adversaires. Les gouvernements de  la Thaïlande et du Laos, après une série de crises ponctuées par plusieurs escarmouches aux frontières, établirent des relations commerciales qui ont abouti à l'ouverture du marché indochinois en 1988, Des échanges universitaires, touristiques et commerciaux ont rapidement vu le jour avec protocoles d'entente entre les établissements d'enseignement des deux côtés de la frontière. Les échanges comprenaient non seulement des marchandises mais aussi le patrimoine culturel. Le premier pont de l’amitié thaï-lao sur le Mékong fut achevée en 1992,

 

 

suivi d'uneautre en 1997, reliant Mukdahan à Suvannakhet

 

 

et d'un troisième en 2011, reliant Nakhon Phanom avec Khammouan.

 

 

De manière significative, la zone bordant le fleuve a commencé à être reconnue  comme une région de diversité écologique, ethnique et culturelle, comme le montre la création au sein de l’Université du Centre de recherche sur la pluralité dans la région du Mékong qui gère des programmes d'études sur le  Mékong dans d'autres universités. On y met en valeur la sagesse locale, les connaissances locales, les produits, l'artisanat, les dialectes et les coutumes et les divers sous-groupes ethniques.

 

Mais il manquait encore à cette identité retrouvée un symbole culturel et un héros en dehors du khaen (cette orgue à bouche en bambou),

 

 

des dinosaures de Phuwiang

 

 

ou du très controversé Sarit.

 

 

Au début du XXIe siècle, des changements importants commençaient à se produire qui transformèrent Khonkaen en l'un des principaux centres urbains de croissance et d'investissement en Thaïlande. Ils se manifestèrent par une augmentation en flèche du nombre des  nouveaux hôtels, des restaurants, des établissements de loisir, des lotissements et des immeubles collectifs.

 

 

Il en fut de même dans le campus universitaire ou se construisirent de nouvelles résidences étudiantes, des condominiums, des lotissements et de nombreux petits commerces.

 

 

Les rizières sont devenues des lotissements et dans toute la ville, d'innombrables bâtiments vieux de quelques décennies seulement furent démolis pour faire place à de nouveaux. L'entrée principale de la ville a été redéfinie par la construction du centre commercial Central Plaza, d'une nouvelle porte et la rénovation du sanctuaire du pilier de la ville, faisant de ce qui était autrefois un marais la partie la plus animée de la ville.

 

 

Le palladium

 

Khonkaen a finalement trouvé et adopté un symbole significatif, celui de l’histoire épique et légendaire du prince Sinchai (ท้าวสินไซ)

 

 

et celle du mythique prince Siho (ท้าวสีโห), à la fois éléphant et lion.

 

 

De couleur bleue, couleur royale, ces personnages ornent le sanctuaire remodelé du pilier de la ville (lak muang - หลักเมือง),

 

 

plusieurs  carrefours et des lampadaires tout le long du large boulevard bien éclairé devant le centre commercial Central Plaza.

 

 

En 2006, le choix de ce symbole fut le fruit de la collaboration de dirigeants de la municipalité,  de membres du corps professoral de l'Université de Khonkaen  ainsi que de l'influent abbé d'un monastère bouddhiste situé à la périphérie de la ville, le Wat Chaisi (วัดไชยศรี).

 

 

Tous souhaitaient promouvoir la ville et inculquer à ses habitants un sentiment de civisme, de cohésion et de fierté de leur patrimoine local. Cherchant  de plaire aux jeunes en alternative aux super-personnages bioniques des mangas  japonais et coréens,  hélas populaires, la municipalité organisa un concours pour que les habitants soumettent leurs idées. Le choix porta sur le personnage de Sinchai  correspondant à la perfection à ces objectifs.

 

 

Qui était-il ?

 

L'épopée de Sinchai est depuis longtemps l'une des aventures préférées des habitants des deux rives du Mékong.  On en attribue la paternité à un auteur dont nous ignorons tout, Thao Pang Kham, qui vivait sous le règne de Phra Chao Suriyawongsa Thammikaratch (พระเจ้าสุริยวงศาธรรมิกราช) qui régna de 1643 à 1698.

 

 

Ce fut l’âge d’or de paix et de prospérité dans l'histoire de Lan Xang, un empire qui s’étendait de l’actuel Laos bien sûr et sur la rive droite du Mékong englobant pratiquement toute la province thaïe du Nord-est, l’actuel Isan. C’est également l’âge d’or de la littérature lao. Ce texte est considéré comme un  jataka non canonique, récit d’une vie antérieure de Bouddha en la personne de Sinchai. L’histoire est en effet un résumé de l’éthique bouddhiste et de ses valeurs intemporelles, justice, honnêteté, convivialité, souci des autres et esprit civique.

 

 

Lue dans les sermons par les moines, elle était aussi interprétée  dans les théâtres d’ombres locaux et dans le chant traditionnel lao-isan du molam (หมอลำ). Elle est probablement née d'une tradition orale locale, transmise par le biais des sermons de moines. La première version la plus connue est celle de Thao Pang Kham dont nous venons de parler.

 

 

Ces textes étaient traditionnellement transcrits sur des manuscrits en feuilles de latanier que l’on trouve dans les bibliothèques des temples de l’Isan et du Laos. Cette épopée est représentée sur les peintures murales sur de nombreuses salles d’ordination (sim - สิม) datant pour la plupart du début du XXe siècle (2). Nous en donnons un très bref résumé en fin d’article.

 

 

Le développement

 

L’opération municipale constitua tout un réseau : elle obtint le soutien de l'université bouddhiste nationale dont l’un des membres avait passé plus de dix ans aux Indes pour y étudier le bouddhisme. Ce réseau mit également en train les fonctionnaires municipaux en contact avec l'abbé du temple Wat Chaisi, qui utilisait les peintures murales de Sinchai sur les murs de la salle d'ordination pour enseigner l'histoire et ses principes aux jeunes adolescents.

 

 

L'abbé avait obtenu un tel succès dans le village où se trouve le temple que les villageois renommèrent leurs rues d'après des personnages de l’épopée. Le réseau s'est rapidement élargi pour inclure des universitaires et des artistes de la province voisine de Maha Sarakham ainsi que de l'autre côté de la frontière au Laos.

À Vientiane, le groupe de ces érudits a rencontré les descendants d'un érudit isan de haut niveau, feu Mahasila Viravong (มหาสิลา วีระวงส์), qui avait atteint un rang élevé dans la hiérarchie bouddhiste, et avait étudié avec des intellectuels d'élite thaïs à Bangkok, avant de déménager au Laos où il a édité une édition en prose de l’épopée en langage contemporain.

 

 

Ses héritiers ont créé au Laos une association qui se consacre à l'épopée tant sur le plan de l’éthique que comme source d'enseignements. L’étude de l’histoire fait d’ailleurs partie des programme de l'enseignement secondaire.

 

 

La première spectaculaire apparition de Sinchai et de Sang Thond fut celle de l’implantation de plus de cent lampadaires dans la ville de Khonkaen représentant les personnages de l’histoire dans la grande avenue et divers carrefours de la ville

 

 

 

Dans ses efforts pour faire connaître et expliquer le contexte de l’épopée et sa signification, la ville a parrainé la publication de plusieurs ouvrages par des universitaires locaux sur son histoire et sa signification et sa représentation dans les peintures murales des chapelles d’ordination  dans les temples. Pour atteindre les jeunes - l'un des objectifs du maire - Sinchai est devenu le thème des « Jeux Sinchai ». Un programme relatif à l'histoire de Sinchai qui comprend des exercices de lecture et d'écriture en Thai Noi, le script local mais obsolète, sous forme de cours d’abord facultatifs puis obligatoires en 2013 dans les écoles municipales de la ville.

 

 

La municipalité a également parrainé la création de versions animées de l'histoire de Sinchai disponibles sur CD et Youtube. Elle a incorporé des scènes de l'histoire, basées sur les peintures murales d'un temple bouddhiste voisin (Wat Sanuan Wari dans le district de Ban Phai, province de Khonkaen) dans les bancs des arrêts de bus de la ville (2). Les représentations de Siho sur les lampadaires proviennent également  de ce temple. Un colloque a été organisé entre les membres du corps enseignant de Khonkaen et de Maha Sarakham, des élèves des écoles municipales de Khonkaen et d’autres de Vientiane.

 

 

Une troupe d’étudiants de Mahsarakham y représenta une dans théâtrale avec la participation des élèves du secondaire de Khonkaen. Une exposition de dessins d’enfants incluant la récitation de versets du Sinchai a été parrainée par une douzaine d’entrepreneurs locaux.

 

 

Durable ou pas ?

 

L'épopée de Sinchai continuera-t-elle à prospérer à Khonkaen au point qu'elle deviendra finalement son symbole?  Dans quelle mesure est-il durable ? 

 

La question de savoir si un symbole émanant d'une ancienne épopée laotienne peut être adoptée et estimée par une population urbaine thaïlandaise dépend de nombreux facteurs. On peut penser que compte-tenu du contexte, la collaboration entre les élus municipaux, les universitaires locaux et les moines, Sinchai a de bonnes chances de survie, plus que les dinosaures ou le Maréchal Sarit !

 

 

L’épopée

 

Nous ne prétendons pas reprendre les 6000 couplets du texte complet de la légende et nous contenterons d’un modeste résumé (4).

 

Il y a longtemps, dans la ville royale de Pengchan (นครเป็งจาล)  vivaient un roi nommé Kusarat (พญากุศราช)

 

 

et sa femme, Chanthathewi (นางจันทาทวี).

 

 

Le roi avait une belle-sœur cadette nommée Sumontha (นางสุมณฑาqui lui était très chère ainsi qu’à tous ceux qui la connaissaient.

 

 

Un jour, un yak (ยักษ์ - géant souvent traduit par ogre) venu du royaume des géants, doté de pouvoirs magiques, transforma son corps et prit la forme d'un oiseau géant puis s'envola pour Pengchan.

 

 

En survolant la ville, il vit Nang Sumontha se promener dans les jardins du palais. Il tomba immédiatement  amoureux d'elle, la captura  et l'emmena dans son palais.

 

 

Quand le roi l’apprit et après être devenu moine, il décida de partir à la recherche de sa sœur bien aimée. Il alla au loin sans la trouver  mais en cours de route, il prit sept nouvelles et belles épouses qui rejoignirent sa première femme dans son palais. Elles étaient filles de Nanthaset (นันทเศรษฐี).  Finalement, deux des épouses de Kusarat, par l'intercession du dieu Indra, donnèrent naissance à des garçons, extraordinaires tant par leur formes que par leurs pouvoirs magiques.

 

 

L’épouse principale Chantha donna naissance à un garçon mi-éléphant mi-lion qu’on appela le prince Siho  (ท้าวสีโห).

 

Une autre, Lun (นางลุน) donna le jour à des jumeaux, le premier muni d’armes magiques, un arc et une épée, s’appela le prince  Sinchaï (ท้าวสินไซ). L’autre  avait le bas du corps enfermé dans une coquille, on l’appela donc le prince  Sang Thong (ท้าวสังข์ทอง) ce qui signifie « Conque d'Or ». 

 

 

A la même époque, les six autres épouses donnèrent le jour à des garçons sans caractéristiques particulières.

 

Craignant qu’ils ne soient évincés du pouvoir au profit de ceux qui étaient dotés de pouvoirs magiques, elles complotèrent avec l’aide d’une diseuse de bonne aventure. Celle-ci fit croire au monarque que ses trois fils seraient de mauvais augure pour son royaume et fit chasser de la ville  les deux épouses et les trois enfants.

 

Ils s’installèrent alors dans la forêt où le Dieu Indra  leur fit construire un   palais magnifique. Lorsque  Sinchai atteignit l’âge de sept ans, il avait déjà acquis une grande sagesse et une exceptionnelle habileté dans le tir à l’arc,  ce qui lui valut l’amitié des garudas

 

 

et des nagas.

 

 

Pendant ce temps à Pengchan, les six autres fils du roi grandissaient également. Le roi déplorait toujours la perte de sa sœur cadette et envoya les six jeunes hommes à sa recherche.

 

 Ils partirent alors dans la forêt où ils rencontrèrent Sinchai, Sang Thong. Ils découvrirent alors qu’ils étaient tous du même sang. Les six princes de  forme ordinaire en furent ravis et préparèrent un plan pour inciter les autres à rechercher leur tante.

 

 

Les neuf frères partirent alors dans la forêt et en chemin furent attaqués par des créatures féroces, fantômes, arbres magiques, Yak, serpents, éléphants gigantesques. Les six princes étaient terrifiés mais les trois autres triomphèrent de tous,  tant par leurs pouvoirs magiques que par leur courage.

 

 

Sinchai atteignit alors la ville du yak en partant à la recherche de nourriture. Il en profita pour demander à sa tante de revenir à Pengchan. Elle refusa car elle était tombée depuis longtemps amoureuse de son ravisseur.

 

Lorsque le Yak  fut de retour, il se battit avec  Sinchai, mais n’eut pas le dessus. Toutefois l’arrivée et l’aide de Siho lui permirent de vaincre le yak et de la tuer.

 

 

Le retour fut difficile, les frères s’étant heurtés à une armée d’un million de Yak qu’ils purent anéantir avec l’aide du roi des nagas.

 

 

Leur tante accepta alors de revenir avec ses neveux à Pengchan, où elle retrouva son frère avec une immense joie.

 

La vie reprit son cours et tous vécurent heureux.

 

 

En cours de route, Sinsai diffusa les enseignements bouddhistes à ceux qu’il combat itavec succès, donnant ainsi à l'épopée la qualité moraliste recherchée par les édiles.

 

 

On retrouve des épisodes de Sinchai dans de nombreux temples de l’Isan.

 

Citons en particulier le wat Phochaïnaphung (วัด โพธิ์ชัยนาพึง) situé dans la province de Loei,

 

 

le Wat Pumin dans la province de Nan (วัดภูมินทร์),

 

 

le Wat Chaisi (วัดไชยศรี) situé à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Khonkaen

 

 

auquel une section de l’Université de cette ville consacre une activité d’étude et de sauvegarde,

 

 

le Wat Sa Bua Kaeo (วัด สระบัวแกว) dans la province de Mahasarakham,

 

 

le Wat Sanuan Wari (วัดสนวนวารีพัฒนาราม) toujours dans la province de Khonkaen, district de Pai,

 

 

le Wat Burapha à Roi Et (วัดบูรพาพิราม),

 

 

le Wat Klang Ming Muang (วัดกลางมิ่งเมือง) à Roi Et,

 

 

le Wat Pratu Chai (วัดประตูชัย) à Roi Et

 

 

le Wat Thung Si Muang  (วัดถึงศรีเมือง) à Nakhon Phanom.

 

 

Les peintures murales du  Wat Chaisi sont les plus étendues puisque couvrant les quatre côtés des murs extérieurs et intérieurs de la chapelle et ont été réalisées par un moine qui voulait inciter les laïcs n’ayant pas le temps ou la possibilité d’étudier dharma à prendre exemple sur les vertus de Sinchai et tentent donc de représenter l'histoire complète sans toutefois être disposées de façon séquentielle.

 

 

Celles du Wat Sanuan Wari sont les plus souvent utilisées pour illustrer l'histoire dans les livres ou les médias.

 

 

dans son article du Journal de la Siam society, volume 103 de 2015. Madame Brereton  en a inventorié dans 74 chapelles  (voir nos sources). Nous  ne citons pas les temples du Laos, où les peintures et les sculptures ne manquent pas.

(3) Nous avons consacré un  article à cet érudit tout autant Isan que Lao :

A 366 - มหาสิลา วีระวงส์ - MAHA SILA WIRAWONG, UN GRAND ÉRUDIT DE L’ISAN ET DU LAOS (1905 1987 ) 

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/04/a-366-maha-sila-wirawong-un-grand-erudit-de-l-isan-1905-1987.html

 

 

(4) L'un des manuscrits de feuille de palmier de Sinchai a été découvert à la Bibliothèque nationale thaïe de Bangkok par Mahasila Viravong qui y travaillait.. Il a translittéré le manuscrit sur feuille de palmier en lao.

 

 

Après son retour au Laos, il a publié la première édition de Sang Sinxay en 1949. La deuxième édition a été publiée en 1951. Sa dernière édition en 1969, combina les deux premières éditions en un seul volume. Le poème a été réimprimé sept fois au total entre 1949 et 1983.

 

 

Dans les années 1980, il a commencé à traduire Sinchai en lao contemporain espérant qu'une nouvelle édition en prose aiderait les générations futures à comprendre et à apprécier le poème. Il mourut avant d'avoir terminé la traduction, qui fut achevée par son gendre. La nouvelle édition, intitulée Sinxay, a été publiée pour la première fois en 1991 sa fille. En 2009, pour commémorer le 450e anniversaire de la fondation de Vientiane, celle-ci a publié le premier volume commémoratif et le deuxième en 2011. Le poème a été traduit pour la première fois en français par Nhouy Abhay et Pierre Somchinne Nginn en 1965, sous le titre Sinsay: chef d’œuvre de la littérature lao.

 

 

Une autre traduction en français de Dominique Menguy, basée sur la version lao moderne de 1991, a été publiée en deux volumes en 2003 et 2004 sous le nom de Sinxay: L’épopée de Pangkham. Ne parlons pas des versions anglaises.

 

 

Il existe naturellement une foule de versions Internet en thaï.

 

SOURCES

 

« Will Khon Kaen Become "Sinsai City"? Using an Ancient Lao Epic to Inspire a Modern Thai Municipality » par Bonnie Pacala Brereton in Journal of African & Asian Local Government Studies, 2012.

« Preserving Temple Murals in Isan : Wat Chaisi, Sawatthi Villagem Khonkaen, sustainable model » par Bonnie Pacala Brereton, in Journal de la Siam society, volume 103 de 2015.

« Sinxay as a Jataka Nauk Nibat – A Jataka Outside the Circle » par Peter Whittlesey in The Journal of the International Association of Buddhist Universities, volume IX de 2016

 

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28 janvier 2021 4 28 /01 /janvier /2021 22:08

 

Nous avons rencontré à diverses reprises le roi Vajiravudh (Rama VI) intervenant par des discours, des essais, des articles de journaux, des poèmes, des pièces de théâtre, traducteur de nombreuses œuvres littéraires en thaï,

 

 

...sur la scène politique littéraire, artistique et sociale de son royaume pour défendre sa politique nationaliste, le bouddhisme et le passé glorieux du Siam. Il n’était pas destiné à régner. 29e fils du roi Chulalongkorn, il fut envoyé vivre et étudier en Angleterre dès son plus jeune âge. Il fut élevé au rang de prince héritier au brusque décès prématuré de son frère Maha Vajirunhis. Il lui fallut neuf ans avant de revenir d'Angleterre au Siam en 1902 et hériter ensuite du fardeau de la fonction royale à la mort de son père en 1910. Écrivain par vocation et roi par hasard, il dut passer de ses études artistiques aux matières militaires et à l'administration publique. Tout au long de son règne, sous le pseudonyme de « Asvabhahu », il publiera de nombreux articles sur les sujets les plus divers dans le journal «  Siam Observateur », le premier quotidien du pays (1).

 

 

 Sa conception du monde résumée dans le slogan «  la nation, la religion, le roi »  (le roi étant au niveau supérieur) dont il fut le créateur se retrouve dans sa conception des œuvres artistiques dont il a inspiré ou dirigé l’édification.

 

 

Nous bénéficions sur ce sujet d’une très fine analyse du professeur Nuaon Khrouthongkhieo qui enseigne l’histoire de l’art à la faculté  des sciences humaines et sociales à l’Université Suan Dusit de Bangkok (2). 

 

 

Il a sélectionné les œuvres d'art créées selon les souhaits et à l'initiative royale du roi Vajiravudh pour en tirer la conclusion que ses modèles artistiques préférés comprenaient l'art traditionnel thaïlandais, l'art occidental et la combinaison des deux.   Ses intentions étaient à travers la création de monuments ou d'œuvres d’art, de diriger le nationalisme et de préserver, diriger et créer l’identité thaïlandaise. Le choix de l’adaptation de styles occidentaux contemporains représente la prospérité du Siam et son entrée dans la modernité.

 

 

Nuaon Khrouthongkhieo cite l’un de ses articles écrit en anglais dans le Siam Observer du 13 mai 1914: « ...When “Young Siam” became obsessed with the idea of “Civilization-at-any-price! It was but natural for them to think that in order to become effectively civilized, they would have to turn back upon everything that belonged to the old order of things. It appeared that the most effective way to become civilized was to start with a clean slate… ». Ne traduisons que les deux derniers mots « table rase ».

 

N’oublions toutefois pas que ce mouvement vers un art moderne avait connu une  préparation précoce sous les règnes précédents du roi Mongkut et du roi Chulalongkorn, son grand-père et son père.

 

 

Certes,  l’introduction de la culture occidentale dans la société siamoise était censée être un outil de modernisation du Siam mais elle  affectait aussi la tradition artistique thaïe. Ainsi de nombreux artistes traditionnels thaïs furent négligés car ne pouvant pas s'adapter à ce nouveau style de goût moderne occidental.

 

 

C’est néanmoins au roi que l’on doit la création du Département des Beaux-arts visant à préserver les arts et l'artisanat thaïs et à rassembler des divisions mineures s'occupant des arts, dont certaines relevaient du Ministère des travaux publics et du Département des musées du Ministère de l'éducation. Le Département des Beaux-Arts nouvellement créé relevait du ministère des Palais, de sorte que le roi lui-même avait sur lui un contrôle direct.

 

 

 

 

Il créa également l'École académique des beaux-arts, plus tard intitulée Académie des arts de Pohchang. Il commença également à favoriser l’organisation d’expositions annuelles d'art et d'artisanat comme événements pour promouvoir la préservation des arts et de l'artisanat thaïlandais.

 

 

Lui-même a dirigé la conception par ses architectes occidentaux, de divers palais, planifié et dessiné lui-même la salle du trône de Phimanchakri dans le palais de Phayathai

 

 

ainsi que la construction de la salle du trône du Palais Sanamchan dans le style traditionnel thaï. Il avait sans conteste des compétences artistiques exceptionnelles dans de nombreuses branches. Mais ce faisant, il contribua aussi  par l’art à forger l’identité thaïe. C’est en quelque sorte un message caché que Nuaon Khrouthongkhieo met à son crédit

 

 

Quelles sont donc les œuvres qu’il situe dans cette perspective ?

 

Elles concernent à la fois des œuvres architecturales proprement dites, palais et temple, établissements d'enseignement, une série de ponts, des sculptures et des peintures, Bouddha ou déités traditionnelles, peintures murales ou fresques ainsi – et ce qui n’est guère connu, ses propres peintures ou dessins.

 

 

Nous y retrouverons à la fois l'architecture traditionnelle, l'architecture d'influence occidentale,  mélange des deux notamment dans le choix des techniques et des matériaux.

.

Son long séjour dans un pays étranger l'avait éloigné de ses parents plus âgés et du monde des courtisans. Dès après le couronnement, il sentit que son statut royal de monarque absolu était contesté par différents groupes, en particulier le groupe de militaires qui conspira pour faire le coup d'État manqué de 1912, tous jeunes militaires censés être fidèles à leur roi. Le contexte mondial fait encore que les esprits progressistes de la société s’éloignent de la monarchie absolue.

 

 

Il doit encore faire face aux troubles persistants causés par les immigrants chinois (3).

 

 

Il doit aussi faire face aux occidentaux, toujours colonisateurs virtuels. La situation dans la société siamoise est partiellement alors fondée sur le manque de solidarité du peuple. À travers ses écrits dans divers médias, il s'est accroché à l'idéologie bouddhiste et a utilisé des analogies bouddhistes pour élever son statut à celui de roi vertueux tout en niant fermement l'idéologie occidentale comme le socialisme et la démocratie. Bouddhiste aussi, il partageait également les croyances brahmanes et hindoues.

 

 

 

L’ARCHITECTURE CIVILE – LES PALAIS.

 

LE PALAIS DE SANAMCHANDRA  (พระราชวัง สนาม จันทร์).

 

 

Le palais de Sanamchandra  (พระราชวัง สนาม จันทร์), le « palais du jardin de la lune » est un complexe de palais construit dans la province de Nakhon Pathom, à 56 km à l'ouest de Bangkok et à environ un kilomètre du sanctuaire du Phra Pathommachedi.

 

 

Il comporte cinq bâtiments

 

 

et un sanctuaire au dieu Ganesh (พระพิฆเนศ) 

 

 

Avant sa montée  sur le trône, le prince héritier Vajiravudh venait dans cette ville pour rendre hommage au Phra Pathommachedi. Il souhaita y construire un palais pour lui servir de résidence lors de ses pèlerinages. Il en dessina les plans. Il considérait la région comme sacrée. En 1907, il a acheté environ 135 hectares de terre à la population locale autour de Noen Prasart Hill (เนิน ปราสาท) probablement sur le site d’un ancien palais disparu. 

 

 

Il fit ensuite concevoir et superviser la construction du palais par un architecte de Bangkok. La construction fut achevée en 1911. Son nom choisi par le roi vient du fait que l’ensemble inclut une pièce d’eau naturelle appelée « Sanam Chand » (สระน้ำ จันทร์).

 

 

Le roi aurait également destiné ce palais à lui servir de place forte en période de crise. Il y tenait régulièrement les réunions de ses « tigres sauvages ».

 

 

Devenu ensuite après sa mort  et selon ses  volontés le site de l'académie militaire, il devint ensuite en 1965, une annexe de l'Université de Silpakorn, spécialisée dans les études archéologiques, artistiques et architecturales, qui avait un besoin urgent d'une grande surface. L’expansion se fit d’autant plus volontiers que le palais avait appartenu à un monarque artiste lui-même. Le sceau de l’Université représente d’ailleurs Ganesh, dieu de l'art.

Ce choix fut d’autant plus approprié que Nakhon Pathom est un site archéologique important du Dvaravati. En 1981, le Département des Beaux-Arts a inscrit le Palais Sanam Chandra comme site historique et en entreprit la restauration sous la direction de la princesse Bejaratana Rajasuda, la fille unique de Vajiravudh (เพชรรัตนราชสุดา) morte en 2011.

 

 

On trouve dans ce gigantesque ensemble (actuellement fermé au public) plusieurs catégories de style, style thaï traditionnel avec des décorations représentant des œuvres d'art de l’époque Sukhothai et d’Ayutthaya et d’autres aux influences khmères.

 

 

D’autres constructions sont de style occidental, leur but est utilitaire plutôt que de glorifier le statut royal.  La décoration des salles varie en fonction de leur destination, soit des cérémonies rituelles souvent de style chinois, soit plus « décontracté » en fonction des nécessités de la vie quotidienne.

 

 

LE PALAIS PHAYATHAI (วังพญาไท) 

 

 

Ce palais est situé au cœur de Bangkok non loin du monument de la victoire.

 

 

Il ne reste aujourd'hui qu'un seul bâtiment du palais d'origine construit par le roi Chulalongkorn. La reine mère Saovabha l’occupa jusqu’à sa mort. Le roi Vajiravudh fit démolir la plupart des bâtiments du palais et construire de nouvelles structures dont il fit sa résidence préférée. Il est caractéristique des goûts du monarque. L’extérieur est comparable à une gentilhommière de campagne en Europe. La construction utilise des poutres de béton armé  ce qui réduit l’épaisseur des murs et procure un environnement plus spacieux. La décoration intérieure est de goût moderne, fleurs et motifs géométriques.

 

 

Le design intérieur se distingue par des couleurs vives, une décoration de style art nouveau de plantes et des motifs géométriques. L’agencement privilégie le confort.

 

 

LE PALAIS MRIGADAYAVAN  (พระราชนิเวศน์มฤคทายวัน).

 

 

Le mot « Mrigadayavan » est celui du parc aux cerfs en Inde où Bouddha a prononcé son premier sermon.

 

 

Il est situé à Chaam à environ 175 kilomètres au sud de Bangkok sur les rives du golfe de Thaïlande. Le roi n’y fait que de brefs séjours, au cours de l'été 1924 où il resta trois mois et deux mois à l'été 1925, après quoi il mourut. Le roi souhaitait en faire un lieu de vacances. Il dessina lui-même les plans   des seize bâtiments en teck élevés sur des piliers en béton et reliés entre eux par une série de passerelles. La construction a eu lieu entre 1923 et 1924, sous la direction de l'architecte italien Ercole Manfredi (4).

 

 

Il est une exceptionnelle combinaison des styles thaï et occidental.  La disposition du palais ressemble à celle d’un temple thaï traditionnel, un bâtiment central entouré d'une galerie sur quatre côtés. Le style occidental est visible dans la structure modulaire, les balcons et les ouvertures en toiture particulièrement adaptés au climat tropical.

 

 

En dehors de ses constructions nouvelles conformes à ses goûts, le roi Vajiravudh entreprit la restauration de certains bâtiments construits à l'époque de son père dans de nouveaux styles occidentaux. Les choix de styles occidentaux étaient variés, comme la salle du trône Ananta Samakhom (ห้องบัลลังก์อนันตสมาคม) dans le style de la renaissance néo-italienne

 

 

et Phra Ram Ratchaniwet (พระรามราชนิเวศน์) dans le style du baroque allemand.

PHRA RAM RATCHANIWET (พระรามราชนิเวศน์)

 

 

Il est également connu sous le nom de palais de Ban Puen (พระราชวัง บ้าน ปืน), est situé dans la province de Phetchaburi. Il fut commandé en 1910  par le roi Chulalongkorn qui mourut avant son achèvement. Son fils le fit achever en 1916. Il est l’œuvre de l'architecte allemand Karl Döhring.

 

 

Ces bâtiments alliant l’art traditionnel à celui des occidentaux place le roi entre la tradition et la modernité vers laquelle marche son pays. L’utilisation de technologies de constructions difficiles montrent à quel point les Siamois s'adaptèrent au monde occidental moderne mais la majesté n’en est pas absente non plus.

 

 

Ces constructions tendent moins vers le faste que le fonctionnel et la simple convivialité. Elles démontrent ou sont censées démontrer  l’attachement du peuple à son roi 

 

 

L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE

 

LE  WAT PHRA PATHOM CHEDI  (วัดพระปฐมเจดีย์ราชวรมหาวิหาร) est un ancien monastère restauré depuis les règnes de Rama IV jusqu'à Rama VI.

 

 

Il avait été construit en même temps que le Phrapathom Chedi (พระปฐมเจดีย์).

 

 

La reconstruction de Phra Pathom Chedi et le développement d’une ville nouvelle à l’ouest du site ancien a été accompagné de creusage de canaux, création d’une ligne de voie ferrée, l'aménagement du palais de Sanam Chan (พระราชวังสนามจันทร์) pour le roi Rama VI à partir de 1907 dont il dessina lui-même les plans (transformé aujourd’hui en centre administratif), le développement du réseau de communication et l’urbanisation qui interdisent d’avoir une vision de ce qu’était la ville primitive, citée majeure du Dvaravati.

 

Mais nous ne savons que peu de choses sur l’état du monument lorsque fut décidé sa réhabilitation.

 

 

Ce site est la preuve  de l’existence d’un passé long et glorieux du Siam. De nombreux artefacts découverts autour du site, plaques et inscriptions en pierre, ainsi que des amulettes imprimées à l'image de Bouddha.

 

 

Le roi Chulalongkorn pour sa part les rattachait à l’époque des envoyés du roi Asoka venus évangéliser le pays,  porteurs de reliques de Bouddha et ayant construit le stupa pour les y abriter. La restauration de Phra Pathom Chedi s'avérerait donc essentielle  pour prouver l'antique civilisation du Siam.

 

 

L’ARCHITECTURE CIVILE

 

 L’ÉCOLE ROYALE DES PAGES (โรงเรียนมหาดเล็ก)

 

 

Elle est devenue le collège Vajiravudh College (วชิราวุธวิทยาลัย) dépendant de l’Université Chulalongkorn, dont la construction a commencé sous Rama V et s’est poursuivie après sa mort. Le roi souhaitait en faire le phare de l’éducation moderne pour le bien être de la nation. Il préféra manifestement construire des bâtiments éducatifs, plutôt que des monastères, comme sous les règnes précédents.

 

 

La disposition a été conçue pour placer des bâtiments à chaque extrémité des quatre coins; ces bâtiments renfermaient alors l'auditorium central qui servait à rassembler les étudiants dans les rituels de prière. Le roi Vajiravudh avait l'intention de créer une atmosphère semblable à un monastère afin que les quatre bâtiments de chaque côté soient comme des cellules de moines, adaptées pour être des logements pour les enseignants, et l'auditorium était la salle de sermon d'un monastère. L'auditorium a été conçu par l'architecte anglais Edward Healey, combinant le style d’une église chrétienne et d’un temple siamois. Le tracé est celui d’une croix romaine. Les portes et les fenêtres étaient  en forme d’arc gothique, les décorations dans la tradition siamoise et les frontons ornés de symboles royaux.

 

 

Le grand bâtiment de la Faculté des arts (คณะ อักษรศาสตร์) fut construit pour préserver l’architecture traditionnelle à l’intention des générations futures. Le bâtiment, également conçu par Edward Healey, est un bâtiment sur deux étages utilisant du béton armé. Il est sous la forme de la lettre E, entouré de balcons communicants. Son toit triangulaire pointu comporte les décorations architecturales siamoises  traditionnelles ainsi que des figures mythiques de Vishnu chevauchant un Garuda, considéré comme un symbole royal et national.

 

 

LES MONUMENTS

 

LE MONUMENT DES VOLONTAIRES DE LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE (อนุสาวรีย์ทหารอาสาสงครามโลกครั้งที่ ๑) fut édifié  à la mémoire des 19 soldats siamois morts des suites de la Première Guerre mondiale (5).

 

 

Sa forme est celle des stupas de Sukhothai, son importance n'est pas dans son aspect traditionnel mais dans le message qu'il véhicule. Dans la tradition siamoise,  construire un stupa est un acte vertueux pour se souvenir des ancêtres ou des événements spéciaux. En général, les stupas sont construits dans des temples ou des espaces sacrés, celui-ci l’a été dans un espace public ainsi accessible à tous.

 

 

LE MONUMENT DE DON CHEDI (พระบรมราชานุสรณ์ดอนเจดีย์est situé à Donchedi dans la province de Suphan Buri et relève du même concept.

 

Le projet d'origine non réalisé extrait de l'article du  professeur Nuaon Khrouthongkhieo

 

 

L’idée en est venue au roi à la lecture des chroniques siamoises sur la bataille d’éléphants entre le roi Naresuan et le grand vice-roi de Birmanie. Il a demandé alors au gouverneur de Suphan Buri de retrouver le site de cette bataille. On trouva les ruines d’un stupa  qui fit penser au roi que c'était le lieu de la victoire, là  où le roi Naresuan avait regagné l'indépendance de la nation.

 

La découverte de cet  ancien stupa en 1913 fut considérée comme un signe du ciel. Le roi ordonna la construction d'un nouveau stupa pour couvrir l'ancien sous forme de bourgeon de lotus dans le style de Sukhothai et le projet ne vit pas le jour faute de financement. La découverte eut lieu peu après la rébellion militaire de 1912. Le but du monument fut alors de renforcer l'unité et la solidarité au sein de  la nation,

 

 

LES PONTS

 

Le roi Vajiravudh commanda six ponts dont les noms commencent par « Charoen - เจริญ » c’est-à-dire « prospère ». Il y en eut cinq à Bangkok : Charoen Rat 31  (สะพานเจริญรัช ๓๑),

 

 

Charoen Rat 32 (สะพานเจริญราษฎร์ ๓๒),

 

 

Charoen Phat 33 (สะพานเจริญพาศน์ ๓๓),

 

 

Charoen Sri 34 (สะพานเจริญศรี ๓๔)

 

 

et Charoen Sawat 36 (สะพานเจริญสวัสดิ์ ๓๖),

 

 

un pont à Nakhonpathom, Charoen Sattra  (สะพานเจริญศรัทธา).

 

 

Il ordonna enfin la construction d'un autre pont appelé Pont Rama VI (สะพานพระราม ๖).  

 

 

Les ponts « Charoen » sont tous constitués d'une structure en béton ferraillé avec une belle décoration,   initiales ou symboles du roi Vajiravudh  comme Charoen Rat 31 qui  porte les initiales royales au centre du pont.

 

 

Cette plaque est placée contre le bouclier d'un tigre portant une épée,  symbole des tigres sauvages. Nous trouvons les nagas sur Charoen Rat 32.

 

 

Le pont Rama VI utilisa la technologie la plus récente, une construction en porte-à-faux de poutres en acier. La construction dû s'arrêter à mi-chemin pendant la Première Guerre mondiale, puis s'est poursuivie jusqu'à son achèvement sous Rama VII.

 

 

Tout  comme son père, Rama VI continua à construire des ponts dans Bangkok et dans le pays. À partir de 1895, Rama V, son père, construisit chaque année de nouveaux ponts tant dans l’intérêt évident du public que pour orner la ville. La construction de ces ponts était considérée comme un bienfait majeur et acte de bienveillance émanant d'une personne vertueuse.

 

 

SCULPTURE

 

LES STATUES DE BOUDDHA

 

Comme ses prédécesseurs, le roi Vajiravudh  continua à faire sculpter ou fondre des représentations de Bouddha en particulier à chacun de ses anniversaires.

 

 Relevons en particulier le Phra Nirokantrai  (พระพุทธนิรโรคันตรายชัยวัฒน์

 

 
ou Phra Ruang Rojnarit (พระร่วงโรจนฤทธิ์) au temple de Phrapathomchedin ramené de Si Satchanalai (ศรีสัชนาลัย_ en triste état puis restaurée. Les intentions religieuses sont évidentes mais le roi s’intéressa aux techniques modernes de moulage des sculptures anciennes. 

 

 

LES DÉITÉS

 

Le roi Vajiravudh  quoique fervent bouddhiste , comme la plupart des Thaïs avait des  croyances multiculturelles. Il a commandé une statue de la divinité hindoue Ganesh, combinaison d’un style idéaliste hindoue et des figures humaines réalistes occidentales. Cette statue est comme protectrice et son sanctuaire au palais de Sanamchandra.

 

 

Thao Hirunphanasun était une divinité qu’il pensait être son propre protecteur. Elle a une histoire singulière : Quelques années après la répression de la rébellion Shan par l’armée du Siam en 1902, le jeune prince héritier du royaume, Vajiravudh a effectué en 1905 une visite officielle dans le nord où la rébellion avait eu lieu. Le voyage dura trois mois avec des grandes difficultés. Il passait ses nuits dans la jungle où la rébellion avait eu lieu, la région n'était pas entièrement pacifiée et il put plusieurs fois craindre pour sa vie,

 

 

Il était protégé par Thao Hirunphanasun (Le gardien d'argent - Démon de la Jungle). Peu de temps après son retour, il ordonna qu’une statue du démon gardien soit érigée dans le palais Phayathai de Bangkok (6).

 

 

C'est l’un des aspects ambigu du bouddhisme thaï. Le prince qui avait passé neuf ans à faire ses études en Grande-Bretagne et avait voyagé à travers l'Europe, agit d'une manière quelque peu contradictoire à la forme moderne du bouddhisme qu'il défendrait en tant que futur roi du Siam !

 

Cette statue a été installée  au palais Phyathai en tant que protecteur régional, dans le même but que l'image de Ganesh au palais de Sanamchandra.

 

Une autre statue remarquable fut fondue sous son règne. Elle se situe au sanam luang (สนามหลวง). C’est celle de la déesse de l’eau, Nang Thorani  (พระแม่ธรณี) à laquelle notre ami Philippe Drillien a consacré un très bel article (7). Cette construction n’est pas innocente : La reine mère s’intéressait à la distribution d’eau potable à la population. Le roi engagea d’énormes travaux à cette fin avec pour symbole la déesse se tordant la chevelure.

]

 

La statue a été dessinée par le Prince Narit dans un style thaï traditionnel. Mélange de croyances et de réalisation de travaux publics, elle symbolise une pensée du roi selon laquelle il n’y a pas de beauté sans fonction.    

 

 

PEINTURES

 

LA SALLE DU TRÔNE  (พระที่นั่งอนันตสมาคม  - Ananta Samakhom)

 

 

Le roi Vajiravudh a lui-même décidé du contenu et la structure des peintures. Il voulut représenter les principales fonctions des rois de la dynastie Chakri sous le dôme du plafond.

 

 

 

Les peintures combinent des techniques occidentales, notamment des perspectives et des figures humaines réalistes, ainsi que des ornements d'art traditionnel comme les créatures mythiques, un garuda, le grand naga et Erawan l'éléphant, véhicule du dieu hindou Indra. Ces peintures symbolisent la stabilité et la prospérité du royaume de Siam sous la monarchie absolue.

 

 

Elles sont l'oeuvre de l'italien Galileo Andrea Maria Chini (8).

 

 

LE VIHAN DU  WAT PHRA PATHOM CHEDI

 

Le roi Vajiravudh engagea la rénovation du Vihan principal, en supprimant le mur de séparation et en pénétrant le mur au fond de la pièce pour faire une plus grande ouverture de sorte que la vue de Phrapathomchedi soit dégagée.

 

 

Son peintre en chef supervisa d’autres dessins d’anges en position de salut tirés de sculptures trouvées autour de Phrapathom chedi.

 

 

Ces peintures n'imitaient pas directement les anciennes mais étaient plutôt une combinaison de styles thaïlandais occidental et traditionnel. On y retrouve des techniques occidentales telles que la variation des tons de la lumière à l'ombre et  des traits du visage et d’anatomie réalistes, mais on y trouve aussi l'art traditionnel, anges et créatures mythiques telles que garuda et naga. Un autre détail distinctif du Vihan principal est que l'image de Bouddha n'a pas été placée à l'arrière du temple comme elle devrait l'être dans une disposition thaïlandaise traditionnelle. Au lieu de cela, la représentation de Bouddha est placée au bout de la salle avec vue sur le Phra Pathom Chedi à l'arrière. Sur le côté opposé du mur, nous trouvons une peinture représentant la restauration de Phra Pathom Chedi du passé à l'époque contemporaine.

 

 

LES PROPRES DESSINS DU ROI

 

C’est un aspect du roi que nous fait découvrir le professeur Nuaon Khrouthongkhieo ; Le roi écrivain, traducteur, concepteur, architecte et maître d’ouvrage.  Non seulement il dessinait les esquisses de ses constructions ou le plan des fresques mais dessinait lui-même. Ses premiers dessins datent de peu de temps après la déclaration de guerre à l’Allemagne et à l’Autriche en 1917. Il s’agit essentiellement de caricatures exposées dans des expositions auxquelles il participait. Certaines ont été publiées dans le Dusit Smith Journal et d’autres vendues aux enchères ce qui lui permit d’acheter un navire de combat et des armes pour ses tigres sauvages.

 

La plupart des dessins du roi Vajiravudh étaient des caricatures de ses proches courtisans et étaient célèbres pour leurs ressemblances, de sorte qu'il était facile de reconnaître qui était le modèle. Par exemple, le dessin de l’un de ses proches, nous dit Nuaon Khrouthongkhieo était particulièrement ressemblant. Nous le croyons sur parole. C’est en réalité un rébus dont la solution nous échappa évidemment. Tous ces dessins se trouvent aux Archives Royales auxquelles Nuaon Khrouthongkhieo a eu accès et ne semblent pas avoir été diffusés.

 

 

Le message laissé par le roi est triple :

 

1) La construction de plusieurs bâtiments véhiculent des symboles de la monarchie : Palais de Sanamchandra, principaux bâtiments du Vajiravudh College et de la Faculté des arts de l'Université Chulalongkorn, tous construits pour célébrer le roi Chulalongkorn et lui-même.

 

 

Le Monument des Volontaires de la Première Guerre mondiale a été construit à l’occasion de l’entrée du Siam aux côtés des alliés dans la Première Guerre mondiale. La série de ponts « Charoen » a été construite sur plusieurs années consécutives à l’occasion de son anniversaire. Ils sont décorés de plusieurs symboles qui lui sont propres. La représentation de la mission des rois Chakri est mise en évidence dans le dôme de la salle du trône d'Ananta Samakhom. Toutes ces œuvres constituent des souvenirs communautaires pour le peuple thaï et marquent l’importance de la nation et la nécessité de manifester sa gratitude envers la monarchie.

 

 

2) Le roi Vajiravudh soutient le nationalisme par ses choix, ce qui est manifeste dans la comparaison des styles architecturaux entre l’époque de son père et la sienne. Il était clair qu’il préférait adapter les caractéristiques traditionnelles thaïes dans les bâtiments plutôt que d'adopter tout le style occidental. Son intérêt pour les arts traditionnels siamois s'est développé parallèlement à son étude de l'archéologie et de l'histoire des royaumes siamois, en particulier du royaume de Sukhothai. En raison de son idéal nationaliste et de sa fierté de la longue histoire du royaume siamois, sans adopter directement l'ancien style traditionnel, il a essayé ce style pour qu'il soit compatible avec un usage moderne.

 

 

Peu de temps après sa montée sur le trône, le royaume connut des problèmes sociaux et politiques, notamment les difficultés économiques et la rébellion militaire en 1912 marquant le ressentiment de la classe moyenne envers l’autoritarisme du régime monarchique absolu. Il a tenté de les résoudre en revendiquant la légitimité de son pouvoir et en mettant l’accent sur le nationalisme pour soutenir son statut de chef de file du pays et pour susciter la fierté nationale au vu d’une longue histoire et de la prospérité du Siam. La préservation des arts anciens est destinée à maintenir le sentiment national et la fierté de la nation.

 

 

3) Les choix artistiques du roi vont dans le sens du maintien sinon de la création de l'identité thaïlandaise alliés à la sauvegarde d’ouvrages d’art anciens, alors que la préférence des élites étaient pour les styles occidentaux. Ils négligeaient les arts traditionnels populaires donc peu populaires. Son intention fut  d'encourager les Siamois à prendre conscience de la valeur esthétique des arts de leur pays qu’ils soient tangibles ou immatériels comme les spectacles, représentation de l'identité nationale qui devait durer avec le temps. Or  il fut confronté à un manque de solidarité dans la population et ainsi utilisa les arts pour encourager le sentiment national en créant une histoire nationale et des souvenirs communautaires à travers des sites commémoratifs et des monuments avec lui-même au centre.

 

Sa culture occidentale lui avait appris que le mont « Monument » est tiré d'un mot latin « monumentum » qui vient de « monere » signifiant « avertir ou rappeler ». Les monuments fonctionnent comme un pont pour transférer les souvenirs sociaux et leurs héritages du passé au présent.

 

 

Il mourut trop jeune, à 44 ans, pour résoudre cette question purement métaphysique de la possibilité de cumuler la tradition et la modernité en conciliant les différents paramètres qui la composent. Le caractère pusillanime de son frère  qui lui succéda conduisit le pays à une ouverture à la démocratie en 1932, laquelle repose toujours depuis 89 ans sur des bases chancelantes (9).

 

 

NOTES

 

(1)  Voir notre article 173. Rama VI, Écrivain, Traducteur, Journaliste, Promoteur De La Littérature Au Siam.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/03/173-rama-vi-ecrivain-traducteur-journaliste-promoteur-de-la-litterature-au-siam.html

 

(2) THE ROYAL INTENTION TO PRODUCE WORKS OF ART IN KING VAJIRAVUDH’S REIGN par Nuaon Khrouthongkhieo in

 Humanities, Arts and Social Sciences Studies Vol.20(1): 90-118, 2020,  publication de l’Université Silipakorn 

 

(3) Voir notre article  167. La Grève Générale Des Chinois De 1910 Au Siam. Quelques mois avant la mort du roi Chulalongkorn (Rama V), se déroule à Bangkok en juin 1910,

http://www.alainbernardenthailande.com/article-167-la-greve-generale-des-chinois-de-1910-au-siam-125257905.html

 

(4) Sur cet architecte capable d’incroyables prouesses techniques notamment dans la salle du trône, voir notre article :

A 244 - LES ARCHITECTES ET LES INGENIEURS ITALIENS AU SIAM SOUS RAMA V ET RAMA VI

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/10/a-243-les-architectes-et-les-ingenieurs-italiens-au-siam-sous-rama-v-et-rama-vi.html

 

(5) Voir notre article A 176 - พวกเขาถึงตายทำไม ? LE MEMORIAL DE BANGKOK A LA MEMOIRE DES 19 MILITAIRES SIAMOIS MORTS AU COURS DE LA GRANDE GUERRE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/02/le-memorial-de-bangkok-a-la-memoire-des-19-militaires-siamois-morts-au-cours-de-la-grande-guerre.html

 

(6) Sur ce singulier épisode, voir l’article de  Preedee Hongsaton (ปรีดี หงส์สต้นin The Thammasat Jiournal of History , 2019.

 

(7) Voir l’article de Philippe Drillien : 

A 361- LE BOUDDHISME DE PART ET D’AUTRE DU MÉKONG. 4- LES LÉGENDES LIÉES AU BOUDDHISME LAO, LA LÉGENDE DE NANG THORANI (Philippe Drillien)

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/03/a-361-le-bouddhisme-de-part-et-d-autre-du-mekong.4-les-legendes-liees-au-bouddhisme-lao-la-legende-de-nang-thorani-philippe-drillien

 

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