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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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15 mai 2022 7 15 /05 /mai /2022 05:06

 

La deuxième moitié du XIXe siècle et le premier quart du XXe virent le Siam passer d’un état bouddhiste quasiment féodal à un état-nation moderne sous le règne de deux grands monarques, Rama IV (1851-1868) le précurseur et surtout Rama V (1868-1910)

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Un train de réformes

 

La Thaïlande d’aujourd’hui doit au roi Rama V un système d’organisation administrative territoriale centralisée, celui des Monthon (ระบบมณฑล) ou Thesaphiban (ระบบเทศาภิบาล) qui est encore très largement en place de nos jours. Il naquit en 1897 sous l’égide du Prince Damrong (พระยาดำรง) sur le modèle de l’organisation coloniale britannique en Birmanie et en Malaisie.

 

 

La création d'une armée permanente moderne fut organisée selon les modèles occidentaux, les rois envoyant les princes et les membres de la haute noblesse étudier dans les académies militaires prussiennes, anglaises et française.

 

 

Le système d’éducation fut réorganisé sur le modèle occidental. L'importance de la langue thaïe comme ciment de l'unité nationale fut concrétisé par l'érection du thaï central par les gouvernements successifs à partir du règne de Chulalongkorn comme langue nationale standard à utiliser dans les écoles et les bureaux du gouvernement, suivi d’un découragement simultané de l'utilisation de nombreux autres dialectes et langues en usage dans tout le royaume. Une enquête sur l'état de l'instruction religieuse dans tout le royaume ordonnée par le roi au tournant du siècle avait révélé les faibles capacités d'alphabétisation des moines en dehors de la capitale.

 

 

 

Ces efforts d'unification et de standardisation de la langue seront continués par Rama VI qui créa le 19 avril 1926 la «  Société – ou institut - royale de la Thaïlande » (Samnakngan ratchabandittayasathan - สำนักงานชบัณฑิตยถาน)  qui publiera en 1927 le premier « Dictionnaire de l'académie royale » qui fait l'objet de mises à jour régulières.

 

 

Fut également développé un système nationalisé d'administration religieuse et mis en œuvre un programme religieux normalisé pour l'enseignement monastique.

 

 

Une autre réforme fut peut-être moins spectaculaire, on en parle peu, elle a pourtant changé la vie des Siamois au quotidien, la création d'un service postal accessible à tous, suivant l’adhésion du Siam à l'Union postale universelle

 

 

Il faut aussi dater de cette époque la naissance d’un sentiment partagé de l'identité territoriale du pays, toujours au cœur des conceptions contemporaines de la nation thaïe. Il fut une évidente réaction du roi Rama V aux menaces coloniales contre l'intégrité territoriale du Siam. Les discours nationalistes du roi Rama VI en furent la suite, véritable vulgarisateur des notions officielles de l'identité nationale dont la monarchie était, avec le bouddhisme l'élément central.

 

 

Tous ces mouvements de réforme ont évidemment suscité une surabondante littérature

 

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La bibliothèque nationale

 

 

Une autre institution a suscité moins d’attention alors que son rôle fut important dans le concept du développement de l*identité nationale, la Bibliothèque nationale de Thaïlande.

Elle fut fondée au début des années 1880 et formalisée en 1883 mais institutionnalisée en tant qu'organisme officiel du Siam officiel par décret royal du 12 octobre 1905, d'abord sous le nom de « Bibliothèque Wachirayan » (หอพระสมุดวชิรญาณ) en l'honneur du roi Rama IV, dont le nom monastique avant de devenir roi était « Wachirayan ».

 

 

Elle regroupe le contenu de trois bibliothèques :

la « Bibliothèque Wachirayan » initiale (ห้องสมุดวชิรญาณ), située dans l'enceinte du palais royal et contenant les collections du roi Mongkut,

 

la « Bibliothèque du Mandira Dharma » (ห้องสมุดมณฑิราธรรม) crée en 1883 dans l'enceinte du temple du Bouddha d’émeraude pour y regrouper les collections royales des saintes écritures,

 

 

et la « Bibliothèque Buddhasasana Sangaha » (หอสมุดพุทธสาสนาสังฆะ) fondée par le roi Rama V le 11 juillet 1900 dans l'enceinte du temple Benchama (วัดเบญจมาศ), le temple de marbre et regroupant non seulement des écrits bouddhistes mais des objets de culte.

 

 

Elle est placée sous le patronage royal. Elle fut placée sous celui du Ministère de la culture après le coup d'état de 1932.

 

 

Devenue « Bibliothèque nationale » (hosamut haengchat – หอสมุดแห่งชาติ) elle joua un rôle fondamental dans la formation d'un savoir et de sa conservation. La « matière première » de ces connaissances fut collectée par l’institution pour sa sauvegarde et sa reproduction. Elle contient tout le patrimoine littéraire du royaume.

 

 

Cela comprenait des manuscrits sur feuilles de palmier (bai Ian - ใบลาน)

 

 

ou de samut khoi (สมุทรข่อ),

 

 

...des inscriptions épigraphiques et, à partir de la fin du XIXe siècle, des volumes imprimés reliés. C'était l'héritage d'une grande diversité de savoirs coexistant dans tout le royaume, discours bouddhistes, brahmanisme, chroniques, contes et légendes, droit et coutume traditionnels, astrologie et divination, magie, médecine, et les nombreux traités ou manuels écrit pour la préservation, l'adaptation et l'application des connaissances pratiques.

 

 

Cette évolution c'est effectuée globalement en plusieurs étapes. La période des menaces coloniales sur le royaume siamois fut à l'origine de ce vent de réformes. En réaction à cette menace, le Siam entreprit ses réformes administratives centralisatrices suivant les modèles coloniaux.

Mais ces mouvements suscitèrent également au moins chez les élites, une vague de recherches sur leur passé.

 

 

Il faut évidemment mentionner la Siam Society dont l'objet annoncé fut d'effectuer des recherches sur les arts, la littérature et les sciences ainsi que sur les relations du Siam avec ses voisins. L'assemblée générale constitutive se tint le 26 février 1904 à l'Hôtel Oriental en présence de tout ce que le Siam comporte d'érudits, tous d'ailleurs étrangers au service du pays. Il est amusant de constater que la première livraison de la revue débute par un article en anglais du Prince Damrong sur la fondation d'Ayutthaya. Nous trouvons la signature d'autres érudits que nous avons rencontrés au fil de nos recherches, Frankfurter, Gérini, et la seule d'un autre siamois, Phraya prachakitkonhak (พระยา ประชากิจกรจักร) qui appartient à la famille Bunnag (บุนนาค) et à la haute administration centrale. Actuellement la revue ne publie qu'en anglais et l'immense majorité des articles restent le fait d'érudits étrangers et parfois Thaïs.

 

 

La colonisation par ailleurs et en parallèle suscita la création d'autres assemblées érudites, l'École française d'Extrême-Orient fondée en 1898 à l'initiative de Paul Doumer alors gouverneur de l'Indochine françaises

 

 

et la Burma Research Society fondée en 1910 mais interdite en 1980.

 

 

La Bibliothèque, plus que la Siam Society, est le pendant de ces organisations « coloniales ». La société ne fonctionnant pratiquement qu'en langue anglaise et n'incluant que des européens n'eut pas le même impact et n'a toujours pas le même impact que la bibliothèque.

Le concept de bibliothèque nationale était inédit à cette époque même s'il existait en dehors des collections privées des collections royales des manuscrits conservées dans les palais, les temples royaux ou les temples du royaume plus ou moins, celles-ci n'avaient pas tout à fait la même fonction. Ils regroupent principalement des ouvrages religieux. Ho Trai (หอไตร), littéralement « la tour triple », c’est la bibliothèque des saintes écritures (phratraipitaka -  พระไตรปิฏก) qui sont triples (mais en quelques centaines de volumes) d’où le nom (ไตรtraï, c’est trois en sanscrit-pali d’où vient notre chiffre trois). Les plus anciennes sont des constructions en bois sur pilotis sur une pièce d’eau pour éviter les attaques des insectes aux attaques desquels les manuscrits traditionnellement sur feuilles de latanier sont sensibles. Tous les temples n’en comportent pas probablement pour la seule raison que l’achat des centaines de volumes de la sainte doctrine est une dépense hors de proportion avec leurs ressources et compte non tenu du fait que fort peu de moines dans les temples de village connaissent encore le pali.

 

 

En fait, tous ces écrits étaient éparpillés et n'avaient jamais été rassemblés en un seul endroit.

La bibliothèque nationale fut donc fondée sur l'idée de conserver toute la variété des œuvres écrites trouvées dans le royaume dépassant bien au-delà l'étude du dharma.

 

 

Par ailleurs les publications de nouveaux livres, manuscrits ou imprimés, se multiplient et ces ouvrages, réceptacles et symboles de la connaissance, la bibliothèque devint un instrument essentiel du processus d'accumulation des connaissances. Au demeurant, ce rôle est devenu essentiel avec l'adhésion du Siam le 17 juillet 1931 à l' « Union internationale pour la protection des œuvres littéraires et artistiques » avec pour corollaire immédiat d'obligation du dépôt légal. Tout ce qui se publie depuis lors en Thaïlande doit s'y retrouver pour protéger ce qu'il est convenu d'appeler le copyright, tout simplement les droits d'auteur.

 

 

Les principales tâches de la Bibliothèque nationale de Thaïlande consistent à collecter, stocker, préserver et organiser la propriété intellectuelle nationale, quel que soit le support. Les collections comprennent des manuscrits thaïlandais, des inscriptions sur pierre, des feuilles de palmier, des livres traditionnels thaïlandais et des publications imprimées ainsi que des documents audiovisuels et des ressources numériques. Elle se présente donc comme source d'information au service des citoyens de tout le pays.

 

 

Il importe de revenir sur les intentions de ses fondateurs qui vont au-delà de ce rôle un peu réducteur.

Le roi Rama V considérait que « l'étude des livres est la forme la plus noble des études » (wicha nangsu pen wicha anprasoet - วิชา นางสุ เพ็ญ วิชา อันประเสริฐ). Telle était l'opinion du « père » de l'histoire thaïe qui fut bibliothécaire en chef de longue date, le prince Damrong, ainsi que d'autres membres de la famille royale ou de la haute hiérarchie religieuse.

 

 

La bibliothèque était alors considérée comme la matière première à partir de laquelle l'histoire pourrait être écrite.

Le roi Rama V lui confia la tâche d'encourager l'écriture de livres en langue thaï. Sous le sixième règne, en 1914, cette responsabilité fut transférée à la Société littéraire (Wannakhadi Samosorn -วรรณคดี สมโสม)

 

 

Pour eux tous, la possession de livres, concrétisée par l'institution de la Bibliothèque, était l'un des attributs d'un pays civilisé ayant une histoire.

La préservation des livres du royaume fut la préoccupation particulière du prince Damrong, qui après sa retraite du ministère de l'Intérieur en 1915, consacra l'essentiel de son énergie au développement de la Bibliothèque. En 1917, le Prince Damrong écrivait «.. il existe de nombreux livres anciens en pays thaï qui n'ont jamais été imprimés. Ces livres sont éparpillés partout et risquent de disparaître complètement à cause du feu, de la pluie, des insectes et des acheteurs de livres étrangers qui les emportent à l'étranger. Ces livres sont un patrimoine important de la nation, et ne se trouvent nulle part ailleurs en dehors de la nation. Ils sont la propriété de la nation thaïe »,

Il faut bien constater que le développement de la bibliothèque Wachirayan à partir des années 1890, en particulier en ce qui concerne l'activité de collecte, coïncida avec la mise en œuvre de réformes administratives destinée à confirmer que le Siam était ou était en passe de devenir un pays civilisé ayant une littérature pas seulement religieuse

 

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En 1884 et jusqu'en 1945, la bibliothèque publia régulièrement une revue appelée Wachirayan Wiset (วชิรญาณวิเศ) contenant un mélange d'œuvres littéraires siamoises, principalement de la poésie, des nouvelles, des collections de proverbes, des articles rédigés par des membres sur une variété de sujets, y compris la science, l'actualité, la religion, le commerce et l'économie en sus des informations locales et internationales.

 

 

A l'initiative de Son Altesse Royale la Princesse Maha Chakri Sirindhorn, les 38 volumes ont été réédités et numérisés en l'honneur du 80e anniversaire de la Reine Sirikit en 2012.

 

 

En sus de cette revue, la Bibliothèque commença à publier sur ses fonds propres de nombreux ouvrages essentiellement de nature historique ou littéraire. La préface était généralement écrite par le Prince Damrong, expliquant le livre au lecteur, notant le genre et la nature de l'œuvre, l'auteur et la date de composition, la raison de sa composition, l'origine du manuscrit, la raison de sa publication, la valeur scientifique de l'ouvrage pour les lecteurs, etc. Nombre de ces préfaces sont elles-mêmes devenues des classiques !

Ces publications étaient systématiquement transcrites en caractères thaïs alors que de nombreux manuscrits l'étaient dans des écritures non thaïes, notamment les ouvrages religieux.

Nous sommes à l'heure où les discours coloniaux insistaient sur le sous-développement culturel des peuples colonisés ou en passe de l'être, et de la nécessité de leur apporter les bienfaits de notre civilisation occidentale. Les érudits des pays coloniaux constituaient des sociétés savantes examinant d'un œil souvent critique et négatif la littérature et l'histoire de ces peuples.

La création de l'institution tendit à démontrer que le Siam possédait les attributs d'une nation civilisée avec une histoire et une tradition littéraire.

 

 

N'oublions pas le rôle essentiel d'un Français, Georges Coédès. Il noua des liens d'amitié avec le Prince Damrong, qui finit par lui demander d'assumer la charge de Conservateur de la Bibliothèque nationale du Siam. Il y fut détaché par l'EFEO à partir de 1918 jusqu'en 1924 et s'appliqua à moderniser les méthodes de la bibliothèque, à l'alimenter en sources européennes, à organiser les collections de stèles et à susciter un inventaire des inscriptions dans l'ensemble du Siam, dont il publie un premier recueil en 1924. Il est l'auteur de « The Vajiranana national library of Siam ». Nous lui devons l'essentiel de cet article. Quoique toujours sous droits d'auteur, l'ouvrage est numérisé.

 

Nous devons à l’Australien Patrik Jory une étude circonstanciée « Books and the Nation: The Making of Thailand's National Library » publiée dans le Journal of southeeast Asian studies en septembre 2000 qui – étayé sur une bibliographie circonstanciée – situe la création de la bibliothèque dans le cadre des réformes centralisatrices du roi Rama V et du prince Damrong son demi-frère.

 

 

Il faut bien évidemment souligner que, copyright ou pas, le Bulletin de l'école française d'extrême orient est numérisé sur le site

https://www.persee.fr

 

 

Tous les volumes de The Journal of Burma Research Society le sont sur le site

https://archive.org/ probablement la plus grande bibliothèque virtuelle du monde duquel j'ai extrait l'ouvrage de Coedès.

 

 

Tous les volumes du Journal of the Siam Society sauf les années les plus récentes, sont numérisés sur le site de la société

https://thesiamsociety.org/

 

 

Le site parallèle à la bibliothèque numérise des ouvrages selon un classement déconcertant mais il semble que ce ne soient que des balbutiements. On y trouve les Annales historiques et les anciennes chroniques réunies par le Prince Damrong imprimées et transcrites en caractères thaïs ainsi que les ouvrages rares et les manuscrits que l'on peut consulter en ligne

https://vajirayana.org/

Les Universitaires par contre, plus novateurs, ont créé leurs propres bibliothèques digitales ainsi en particulier

l'université Chulalongkorn (http://library.car.chula.ac.th)

l'université Kasesart (http://lib.ku.ac.th)

l'université Mahidol (http://li.mahidol.ac.th)

l'université Thammasat (http://library.tu.ac.th)

l'université de Chiang Mai (http://lib.cmu.ac.th)

De nombreuses bibliothèques digitales ont été créées par des organisations gouvernementales non gouvernementales dans les domaines les plus divers. (Voir l'article daté de 2006 du professeur TASANA SALALADYANANT « DIGITAL LIBRARIES IN THAILAND » :

http://hdl.handle.net/10150/105288

 

 

La Bibliothèque Nationale de France, un exemple à suivre

 

 

La Bibliothèque nationale de France est lointainement issue de la collection de livres de Charles V en 1368. En 1537, François Ier enjoignit aux libraires et imprimeurs d'y déposer tous les imprimés mis en vente, c’est le début du dépôt légal. De bibliothèque royale, elle devint bibliothèque nationale puis bibliothèque nationale de France. Dépositaire de plus de 40 millions de volumes et 12.000 incunables, sur plus de 400 kilomètres de rayonnage, elle est l’une des plus importantes d’Europe après la British Library  détachée il y a peu du British Museum lui-même créé en 1759.

Elle numérise depuis 1997 de nombreux documents, à ce jour du mois de mars 2022, 8.928.467 et le chiffre augmente tous les jours mais uniquement les documents hors droits.

Il est vrai que la BN a un budget annuel de 235 millions d'euros et emploie plus de 2000 personnes. La Bibliothèque Nationale de Thaïlande emploie seulement 162 personnes et a un budget annuel de 93.000.000 de bahts, un peu plus de 2.500.000 euros ! Ses collections ne comprennent qu’un peu plus de 5.000.000 de pièces de quelque nature que ce soit.

En dehors du souci de conservation des documents et collections du patrimoine, elle affiche son premier soucis qui est d'être au service de la politique culturelle du gouvernement et ensuite celui de promouvoir l'habitude de l'amour et de la lecture chez le Thaïs de tous âges.

 

 

Quel avenir pour le « support papier » autre que symbolique ?

 

Je m'en tiens à un seul exemple : De 1904 à 2016, dernière année de numérisation libre, la Siam Society a publié sauf erreur de ma part 291 volumes (plusieurs publications par an), plus de 2000 articles, probablement entre 1 et 2 mètres de rayonnage. La numérisation est parfaite, compris les illustrations en couleur souvent superbes, le tout occupe sur une clef USB grande comme un timbre-poste moins dedeux gigas.

 

 

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8 mai 2022 7 08 /05 /mai /2022 05:05

 

 

 

Les Apsaras (อัปสรา) sont des créatures célestes provenant de l'hindouisme qui compterait – dit-on – 330 millions de dieux ou déités, mâles ou femelles. Elles sont destinées à la distraction des dieux et des hommes. On trouve leur légende dans les Pouranas (ปุราณะ), des textes védiques religieux composés en sanskrit dans les premiers siècles de notre ère.

 

 

Elles sont né dans le mythique océan de lait (เกษียรสมุทร – kasiansamut) haut lieu de la cosmologie hindouiste.

 

 

Le monde entier les connaît au travers des sculptures des temples d'Angkor. Elles sont souvent appelées dévata (เทวาดา) en thaï, le mot apsara étant sanskrit

 

 

Elles sont innombrables et se divisent en deux groupes :

Les Thaiwika (ไทวิกา) qui servent dans le palais d'Indra (อินทราเทพ) pour chanter, danser, séduire et choyer voire cuisiner. Elles sont trente-cinq millions de bayadères dans son palais, créées pour le bonheur des dieux.

 


 

Un autre groupe d'Apsaras, les Luakika (ลัวกิกกา), elles descendent du ciel pour vivre dans le monde humain, habitent les forêts, les montagnes, des nymphes célestes qui peuvent entretenir des relations amoureuses avec les humains et changer de formes à volonté. Indra les a envoyées sur terre afin d'accomplir auprès des hommes pieux la mission que les diablesses accomplirent auprès de Saint Antoine. Bouddha lui-même a connu leur tentation et les fit fuir en tenant ce discours « Celui qui est l'esclave des femmes se détourne de la loi et reste loin de la science et de la méditation. Les qualités des femmes étant d'entraîner, j'ai abandonné les troupes de femmes, demeurant sans trouble et sans passion ». Les Apsaras humiliées s'enfuirent et le Bouddha, resté vainqueur de la lutte, alla conquérir cette intelligence supérieure à laquelle il avait tout sacrifié.

 

 

Leur origine est spécifiquement hindoue – l'hindouisme a imprégné toute la péninsule indochinoise avant qu'elle ne devienne bouddhiste- et non khmères mais leurs représentations au Cambodge y sont innombrables, datées pour les plus anciennes des XIe et XIIe siècles.

L’activité des monarques constructeurs marque le paysage des ruines khmères, essentiellement par l’œuvre du prince qui se fit sacrer, en l’an 1181, « Roi suprême des rois khmers », Jayavarman VII, qui régna une quarantaine d’années.

 

 

Les témoignages subsistent donc au Cambodge et au-delà du Cambodge, au Viêt Nam, au Laos et en Thaïlande. 1800 apsaras subsisteraient qui ornent les temples d'Angkor-Vat,

 

 

Elles sont à l'origine des danses traditionnelles, les danses apsara (บำอัปสรา) qui les ont fait découvrir à la France non plus figées dans la pierre comme pouvaient les admirer les rares visiteurs des sites khmers tout au long du XIXe siècle et au début du siècle dernier. C'était en 1906 lorsque vinrent en France les ballets khmers qui sont en réalité siamois. Elles furent ensuite popularisées par les expositions coloniales, celle de Marseille en 1906 et 1923 en particulier ou celle de Paris en 1931. Elles ont redonné vie aux célèbres frises d'Angkor  dont le mouvement avait disparu, une sorte d'opéra sans livret.

 


 

Les Apsaras de pierre en Thaïlande :

 

Si elles sont innombrables au Cambodge, elles sont présentes dans les vestiges khmers en Thaïlande, fruit de l'expansion de l'empire en particulier dans le nord-est.

 


Je n'ai pas vocation de guide touristique mais signale celles qui sont les plus significatives en note. Beaucoup de ces sculptures se sont estompées ou été brisées avec le temps compte non tenu de celles qui ont disparu perdues ou volées. Beaucoup l'ont été lors de la déconfiture des khmers rouges repoussés sur les zones frontalières du nord-est. Celles des musées occidentaux ne sont pas tombées du ciel. Ne citons Malraux que pour mémoire (1).


 

 

Découvertes et admirées par les premiers visiteurs des sites khmers d'Angkor, il fallut toutefois des décennies pour les voir et les entendent vivre dans leurs danses et leur musique.

 

 

La France découvre les danseuses Apsaras

 

Un bref rappel s'impose concernant les rapports tumultueux du Siam et du Cambodge. Les Khmers ont régné sur une partie de l'actuelle Thaïlande, le nord-est essentiellement, les vestiges qu'ils nous y ont laissés sont innombrables. Après la chute de l'empire de Jayavarman VII et à partir au moins du roi Taksin le grand, les Siamois s'implantent en maîtres au Cambodge.

 

 

Ce sont les Siamois qui couronnent les rois cambodgiens qui sont élevés à Bangkok. Le Cambodge est incontestablement siamois.

 

A la suite de guerres civiles, Norodom Ier s'enfuit au Siam en y emportant les attributs de la royauté : la couronne, l'épée sacrée et le sceau royal. Il put retourner dans son pays en 1862, mais les Siamois gardèrent à Bangkok les insignes de la royauté qui ne furent rendus qu'en 1864 sur la demande du Gouvernement français. En effet, le 11 août 1863, Norodom signa avec la France un traité de Protectorat préparé par l'amiral de la Grandière, gouverneur de la Cochinchine et Doudart de Lagrée, officier de la marine française.

 

 

Les termes en sont suaves « L. MM. L'Empereur des Français et le Roi du Cambodge Maha Obbarach, désirant faire jouir le royaume du Cambodge des bienfaits de la paix et de la civilisation ; considérant que l'intérêt commun des deux États, devenus aujourd'hui limitrophes, exige que le gouvernement du Cambodge s'entende parfaitement et agisse toujours d'accord avec le gouvernement français ; S.M. l'Empereur des Français a nommé pour son représentant M. le contre-amiral de la Grandière, gouverneur et commandant en chef en Cochinchine, à l'effet de régler avec S.M. le Roi du Cambodge, les conditions auxquelles S.M. l'Empereur des Français consent à transformer ses droits de suzeraineté en un protectorat. En conséquence, S.M. le Roi du Cambodge et M. le gouverneur de la Cochinchine sont convenus de ce qui suit :

Article premier. S.M. l'Empereur des Français accorde sa protection à S.M. le Roi du Cambodge.... »

 

 

Les droits de suzeraineté de la France comme venant de l'Annam étaient une pieuse et fuligineuse légende. Ces droits appartenaient incontestablement au Siam qui les revendiqua haut et fort bénéficiant d'une reconnaissance au moins officieuse de ces droits par le roi Norodom que les Siamois accusent non sans quelques raisons d'avoir vendu son pays à la France.

 

 

Le Cambodge ne devint pas pour autant totalement français en 1863 ! Que s'est-il passé ? Il y a incontestablement un revirement sinon une reculade française ?

 

Le 15 juillet 1867 est conclu à Paris un nouveau traité qui annule le précédent :

Article Ier : Sa Majesté le Roi de Siam reconnaît solennellement le protectorat de Sa Majesté l'Empereur des Français sur le Cambodge...

Article III : Sa Majesté le Roi de Siam renonce, pour lui et ses successeurs, a tout tribut, présent ou autre marque de vassalité de la part du Cambodge.

 

C'est de toute évidence dire implicitement mais nécessairement que la France reconnaissait leur existence !

 

Article IV : Les provinces de Battantambang et d' Angkor (Nakhon Siemrap) resteront au Royaume de Siam.

 

Il est évidement essentiel puisque la France reconnaît que ces provinces où se situant les sites sacrés d’Angkor étaient siamoises. Nul ne demanda lors des discussions et de la signature de ce traité l'avis du « roi » cambodgien !

 

 

Le 23 mars 1907 est signé à Bangkok un nouveau traité aux termes duquel selon son article Ier « Le Gouvernement siamois cède a la France le territoire de Battambang, Siem-Reap et Sisophon ... ».

 

Nul n'a demandé non plus l'avis du « roi » cambodgien d'alors, Sisovath, depuis 1904 ! C'est donc bien reconnaître de la part de la France que ces territoires étaient siamois. La partition du Cambodge entre le nord siamois et le sud français est terminée.

 

 

Un résident général veille à Pnom Penh. En 1887, le Cambodge  avait déjà été intégré à l'Indochine française et son roi avait perdu ce qu'il lui restait d'autorité. Il ne lui restait plus que le plaisir de percevoir sa liste civile.

 

 

Norodom, qu'il eut ou non vendu son pays à la France, mourut le 24 avril 1904. Son frère Sisovath lui succéda et fut sacré le 26 avril 1906. Il est le grand père de Norodom Sihanouk dont on a comparé l'esprit tortueux à la souplesse des apsaras !

 

Un an avant que le Cambodge ne devienne totalement français, Sisovath effectue une visite officielle en France. Il va surtout être un sujet de choix pour la presse humoristique qui n'est pas tendre avec lui, loin s'en faut !

 

 

Elle ricane sur ce roi « aux cuisses jaune safran » « tout puissant  mais après la France » et son uniforme qui rappelle celui d'un sous-préfet. (Revue comique normande du mois d'août 1906) L ' « Assiette au beurre » lui consacre au mois d'août un numéro entier de caricatures toutes aussi féroces les unes que les autres.


Je ne cite que ce dialogue entre l'épouse du président Fallières et sa majesté (Le Pêle-mêle : journal humoristique hebdomadaire du 26 août 1906) :

 

LA PRÉSIDENTE (à part.) — Ce n'est pas ; toujours facile de faire les honneurs de la France à un roi nègre.

(Haut.) Je - disais ! Sire, que j'espère que vous garderez un bon souvenir de votre voyage.

SISOVATH. — Moi content, très content, veux plus retourner là-bas.

LA PRÉSIDENTE. — Cependant vos États ont besoin de votre présence.

SISOVATH. — Quoi c'est ça, mes États?

LA PRÉSIDENTE.- Mais..., votre royaume, votre pays!...

SISOVATH. — Moi, malheureux dans mon pays !

LA PRÉSIDENTE. — Est-il possible?

SISOVATH. — Là-bas, chefs français méchants avec moi... Moi être rien di tout là-bas. Ici, moi content..., tout le temps musique, saluts, cadeaux... Moi vouloir rester et venir ici tous li jours

 

 

Le voyage du roi suscita un grand succès de curiosité d'autant surtout qu'il était accompagné de son corps de ballets et le pays découvrit avec émerveillement ces danseuses. Les sculptures d'Angkor reprennent donc vie !

 

 

Auguste Rodin, l’un des maîtres de la sculpture universelle assista le 14 juin 1906, au soir à Marseille, au grand palais de l’Exposition coloniale, à la soirée de gala donnée en l’honneur de Sisowath, au cours de laquelle se produisit le Ballet royal. Il tomba en extase ! Le public admirait la souplesse des danseuses dans leurs costumes exotiques éclatants. On ne parle plus que des ballets khmers. Or, il s'agissait en réalité de ballets siamois !

 

 

On ne peut parler d'elles sans citer les œuvres de Georges Groslier. Il fut – paraît-il – le premier français à naître au Cambodge à Phnom Penh le 4 février 1887 où il mourut assassiné par les Nippons le 18 juin 1945. Il fut fondateur de l’École des Arts décoratifs ouverte en 1912 au sein de la Manufacture royale du Palais elle-même créée par le Roi Sisowath en 1907 ainsi que de l'École des Arts cambodgiens. On lui doit d'être à l'origine de l'arrestation de Malraux et de son épouse qui mit un terme au pillage qu'ils avaient entrepris. Nous lui devons aussi au milieu de nombreux ouvrages sur les danses cambodgiennes, « Danseuses cambodgiennes, anciennes et modernes ».

 

 

Il s'y montre artiste autant qu'historien. L'ouvrage qui connut un modeste tirage serait resté pratiquement introuvable s'il n'avait été exhumé mé par notre ami éditeur de Floride, Kent Davis, qui en fit une somptueuse réédition en 2012 hélas traduite en anglais (2)

 

 

L'ouvrage a fait l'objet en 1914 d'une courtoise critique d’Henri Parmentier, grand spécialiste de l'art khmer en ce qui concerne la partie purement historique (3). Il lui reproche d'être trop poète, reproche singulier ! Mais selon Groslier, rappelle-t-il, les danseuses du Palais ne font que rappeler, sous un costume modifié par l'influence siamoise, des danses extrêmement ancienne. Nous nous rapprochons de ce qui a va être affirmé par plus compétents que moi

 

Nous avions en effet repris avec leur autorisation en 2019 un article en tous points remarquables de Philippe de Lustrac et Sylvie Dancre, tous deux spécialistes incontestés de l'art chorégraphique, un article consacré au collège des arts dramatiques de Bangkok et publié dans le numéro 264 de la revue mensuelle « Danser ». Ils ont le mérite de rétablir la vérité historique :

 

«  Mais qu'est au juste Ia danse siamoise ? En 1906, lors d'une soirée organisée par le ministère des Colonies, Rodin découvrait avec extase les petites danseuses cambodgiennes du roi Sisowath, et le spécialiste de I ‘Asie, Louis Laloy, était « dépassé, ébloui, abasourdi par le miracle de cette danse qui  donne à une femme des souplesses de liane, des épanouissements de fleur, des palpitations de feuillage, de légers essors d'oiseau, ou des glissements de poissons dans l'eau  transparente ». En 1922, c'est avec un éblouissement comparable que le critique  de ballet André Levinson voit les danseuses cambodgiennes invitées sur Ia scène de I ‘Opéra par le directeur, Jacques Rouche. Or, à ces spectateurs émerveillés de jadis  tout comme à leurs successeurs actuels on  se gardera bien d'avouer que Ia danse cambodgienne ne provenait nullement du Cambodge, où Ia tradition en aurait été « miraculeusement préservée pendant neuf  siècles depuis l'époque d'Angkor », comme il est fallacieusement affirmé - mais du  Siam voisin (aujourd'hui Ia  Thaïlande. En effet, après Ia prise d'Angkor en 1431 par les Thaïs, une part essentielle du butin consista dans les troupes de danseuses des  rois khmers que les vainqueurs ramenèrent dans leur capitale d'Ayuthaya. Et tandis que Ia tradition de Ia danse royale khmère allait disparaître totalement du Cambodge même, c'est à Ia cour des rois du Siam qu'elle allait être préservée, pour après une évolution de presque cinq siècles, enrichie de bien d'autres  apports, indiens, javanais, etc. :Un musicologue du début du siècle était par exemple persuadé de reconnaître dans Ia danse siamoise certaines formes du menuet, qu'auraient rapportées selon lui les ambassadeurs siamois venus à Versailles en 1686 - et, bien entendu, siamois- devenir une tradition purement siamoise, avec les lourds et étincelants  costumes pailletés élaborés au XIXe siècle au Siam, avec des sujets, des livrets souvent écrits par les rois du Siam eux- mêmes. Et finalement, au XIXe siècle, les rois d'un Cambodge singulièrement diminué voulant reconstituer leur patrimoine  chorégraphique disparu, c'est par centaines que leur sont envoyées de Ia cour de Bangkok,   maîtresses de ballet et danseuses: ce prétendu legs « touchant à l'identité même du  Cambodge » est donc en réalité une tradition  chorégraphique siamoise, avec des textes composés en siamois, chantés à Pnom Penh en siamois jusqu'à Ia Deuxième Guerre mondiale par des interprètes qui n'y comprenaient  pas grand-chose (4).

 

 

Il est amusant de recevoir une leçon de l'histoire siamoise de spécialistes de la chorégraphie, qu'ils en soient félicités d'autant qu'ils nous apprirent également que les ballet russes de Vaslav Nijinski étaient également siamois (5).

 

 

 

NOTES


 

  1. Pour les thaïs, ce sont des prasat (ปราสาท) qui ne sont pas spécifiquement à usage religieux. La bonne traduction serait château. Hôpitaux et maisons d'accueil, nous leur avons consacré un article :

A 448 - LA ROUTE DES TEMPLES KHMERS D'ANGKOR Á PHIMAI, SES HÔPITAUX ET SES MAISONS D'ACCUEIL: L'AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE DANS L'EMPIRE KHMER PAR JARAVARMAN VII.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2021/10/a-448-la-route-des-temples-khmers-d-angkor-a-phimai-ses-hopitaux-et-ses-maisons-d-accueil-l-amenagement-du-territoire-dans-l-empire

 

Il en subsiste deux superbes, sculptés dans le grés sur le site du prasat sikhonphum (ปราสาทศรรีขขรภูมมิ) dans la province de Surin ( จังหววัดสุรรินนทร์), vestiges d'une décoration probablement plus importante probablement pillée ?


Toujours dans la province de Surin, le prasat tamueanthom (ปราสาทตาเมืมืออนธมม) non loin de la frontière cambodgienne, l'une d'entre elle apparaît à l'entrée d'une porte. Ce site a fait l'objet d'un pillage organisé au temps de Khmers rouges.


Nous pouvons encore en admirer au prasat lungtakhian (ปราสาทหลุ่งงตะะเคีคียยน) dans la Province de Nakhon Ratchasima (จังหวัดนครราชสสีมา), un site qui aurait également surabondamment pillé.

Le somptueux musée national de Phimai (พิพพิธภัณฑสถานแหห่งชาติพพิมาย) abrite deux Apsara qui proviendraient du site du prasat prang phakho (ปราสาทปรางค์พพะโค) ou de celui de prasat mueang khaek (ปราสาทเมืองแขก), tous deux dans la province Nakhon Ratchasima.

Il existe une autre Apsara au Musée national de Bangkok (พิพิธภัณฑ์สถานแห่งชาติพระนคร) qui provient peut-être du prang kusuantaeng (ปรางค์กู่สวนแตง) dans la province de Buriram (จังหวัดบุรีรัมย์)

Un groupe de Facebook est consacré aux apsaras du pays : อัปสรา นาคะบูชา

https://www.facebook.com/586109664733250/posts/2247941381883395/

 

  1. « Cambodian dancers – ancient and modern » ISBN 978-1-934431-12-2

 

  1. Parmentier « G. Groslier : Danseuses cambodgiennes anciennes et modernes » In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême- Orient. Tome 14, 1914.

 

(4) Voir notre article

A 290 - APPRENTIS DANSEURS À BANGKOK

 

 https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2018/12/a-290-apprentis-danseurs-a-bangkok.html


(5) Voir notre article

A 296 - UN DANSEUR SIAMOIS : VASLAV NIJINSKI – วาสลาฟ นิจินสกี้ นักระบำสยาม

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2019/01/a-293-un-danseur-siamois-vaslav-nijinski.html

 

 

 

 

 

 

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15 avril 2022 5 15 /04 /avril /2022 11:25

 

La Thaïlande, voilà bien un sujet de roman qui a donné lieu à des écrits l’on navigue trop souvent dans le nauséabond qui nous plonge au niveau zéro de la littérature, ou en plein prospectus de propagande pour le tourisme sexuel (1).

Il existe toutefois de bons romans de l’époque contemporaine comme le très bon roman policier de l’ami Jeff qui a présentement quitté le pays où il vécut de longues années dans sa thébaïde de l’Isan pour rejoindre son pays natal (2).

Du temps où la Thaïlande s’appelait Siam, elle fut un sujet de choix pour de grands talents (3) :

Paul-Louis Rivière, Georges Sand, Villiers de l’Isle-Adam, Jane de la Vaudère, Robida qui nous plonge dans le burlesque.

Il y a tant de choses merveilleuses à lire… et la vie est courte. Je ne parle donc  que de ce que j’ai lu !

J’ai découvert ainsi le roman de Marc Lasnier intitulé Phrom thep qui nous plonge dans le meilleur.

 

 

Son parcours est atypique

 

Après un cursus scientifique et un passage à la prestigieuse Ecole des Mines de Paris, il intégra l’entreprise familiale de bâtiment. Détenteur de plusieurs brevets d’invention, passionné de photographie et de cinéma, il dirigea en parallèle une entreprise de production audiovisuelle, ce qui le conduisit pour la première fois en Thaïlande en 1987. De nombreux voyages en Asie suivront, mais c’est à Phuket qu’il choisit de poser définitivement bagages. Marié à une Thaïe, il vit à deux kilomètres du Cap Phrom Thep dans le village de Rawaï. Associé à un ami français expatrié, ils ont créé « L’épicerie du Siam » ou l’on trouve tout à la fois des bons produits d’épicerie fine et de bonnes lectures, ce qui n’est pas incompatible.

Par ailleurs, admirateur de Jean-Christophe Grangé, j’expliquerai plus bas pourquoi,

Il écrit les pieds dans l’eau de la mer d’Andaman.

 

 

Le roman

 

Ni sa couverture ni son titre ne nous éclaire ; Phromthep est le nom thaï du Dieu Brahma...

 

 

... vénéré dans un temple hindouiste proche qui a donné son nom au cap mais nous ne verrons pas apparaître le Dieu créateur au cours du livre.

 

 

Le résumé qu’il nous en donne ne nous éclaire guère plus : « Quand il s’est envolé pour la Thaïlande, Alain n’imaginait pas rencontre Wannapa. Voilà peut-être le signe qu’il en attendait… Seulement la jolie Thaïe semble écrasée par son passé. Qui est cet inconnu qui la poursuit ? D’où viennent ces étranges cicatrices ? Pourquoi est-elle en proie à des angoisses, de plus en plus envahissantes ? Qui est vraiment la femme qu’Alain veut épouser. Des collines de Phuket aux frontières du Myanmar, il va remonter le fil du passé et découvrir dans toute son horreur … la vérité ».

 

 

En dehors du joli visage de la photo de couverture, elle porte la mention « thriller », je préfère celle de « Roman à suspense ». Il a choisi de s’autoéditer ce qui est courageux pour échapper à la cupidité des maisons d’édition mais nécessite de s’entourer de bons conseils, il nous le dit en toute modestie « Pour un auteur autoédité,  le principal piège est la tentation de tout faire soi-même… Attention danger ! Dans mon cas, pas de correction par des bénévoles, mais un vrai pro reconnu par la profession. Pas de couverture « maison », celle de Phrom Thep a été réalisée par David Forrest, dont le travail a contribué au succès de plusieurs bestsellers… Pour un auteur autoédité, le principal piège est la tentation de tout faire soi-même ». Voir :

https://www.enviedecrire.com/marc-lasnier-pour-un-auteur-autoedite-le-principal-piege-est-la-tentation-de-tout-faire-soi-meme/

Son exerce était d’autant plus difficile qu’il a choisi de croiser deux intrigues dont le lien n’apparaitra que tardivement dans le roman, même si on peut le subodorer partiellement à mi lecture. C’est un exercice délicat tout autant que celui des sous intrigues, auquel se livre souvent Jean-Christophe Grangé.

 

 

Cela nécessite une construction solide et le difficile maintien d’un équilibre entre les deux sujets au cours des 500 pages qui fait le roman, sur 38 chapitres et 4 saisons. C’est une réussite car on ne perd pas le fil une seconde.

Mais il n’y a pas de bonnes intrigues sans bons personnages et là encore nécessité de trouver un bon équilibre. Je n’ai pas l’intention de faire un résumé de l’ouvrage. L’exercice de la contraction de texte fait partie de ce l’on enseigne dans les Instituts d’études politiques pour tenter de synthétiser sans trahir, j’y étais mauvais.

Je m’intéresse surtout aux personnages qui sont dépeints tout en finesse dans leurs caractères bien trempés.

Je ne cite évidemment que les principaux

 

 

Les bons

 

 

Alain, le héros, il a 48 ans, une vie personnelle, professionnelle et sentimentale qui avait été difficile. Il est photographe professionnel, nous lui découvrirons au fil des pages d’autres talents, tireur d’élite...

 

 

,...rude boxeur, nageur émérite, adepte du parapente ...

 

 

et manieur occasionnel de Photoshop pour de légitimes motifs. Il y a, je présume, une part d’autobiographie dans le roman de Marc ?

Vincent Vignault est le propriétaire d’un hôtel à Rawaï qu’Alain a découvert par hasard en pianotant sur Internet, il ne le regrettera pas !

 

 

Marc Lehj est l’ami parisien dont les relations vont calmer l’ardeur des fonctionnaires municipaux pour permettre l’obtention de documents administratifs. Marc qui n’est pas né de la dernière pluie rendra de grands sévices avec l’aide d’un petit génie de l’informatique surnommé « ouvre boite ».

Chang, animateur du club de tir local deviendra l’ami thaï auquel Alain sauvera la vie lorsqu’ils furent pris dans une tempête à bord d’un bateau à longue queue sur la mer d’Andaman. Toon, le jeune fils de Chang qui a perdu sa mère prend Alain en affection

 

 

Wannapa est toujours resplendissante bien qu’elle approche de la cinquantaine. Elle est coiffeuse à Rawaï à la pointe sud de l’île de Phuket, au bord du Cap Phromthep qui a donné son titre au roman. Elle n’est pas une fidèle du temple hindouiste mais du temple bouddhiste voisin. Elle tombera rapidement sous le charme d’Alain qui s’apercevra rapidement qu’elle porte en elle un passé douloureux autant dans sa tête que dans son corps.

 

 

Les brutes : le clan Sung

 

 

Nous allons rapidement faire la connaissance de Sung, une petite frappe originaire de Kanchanaburi devenu à la tête d’un empire du mal, drogues et bordel. Il est installé dans la région de Kanchanaburi où il a bâti une forteresse proche de la frontière birmane. Le pays voisin en effet lui fournit de la main d’œuvre pour ses cultures et usine de fabrication du crack et de la main d’œuvre féminine pour ses maisons de passe.

 

 

Probablement atteint lui aussi dans sa tête puisqu’il a la passion des serpents, il en élève des centaines et trouve plaisir à les voir avaler vivantes des proies, souris ou lapins qu’il lâche dans leur vivarium.

 

 

 

Lek, un tueur psychopathe impuissant, sadique et accroché au crack, cette cocaïne du pauvre, est son jeune frère et exécuteur de ses basses-œuvres.

 

 

Alain se débarrassera de lui au cours d’une bagarre, il cache le corps que Vincent donnera plus tard à manger aux crabes et aux requins. Exit Lek.

Sung par l’intermédiaire de son frère poursuit Wannapa d’une haine farouche, nous saurons pourquoi.

 

 

Les truands : l’ancien premier ministre Xwatra et sa clique

 

 

L’intrigue se croise avec l’intervention Surgit ensuite un ancien premier ministre « rouge » qui navigue entre le Georges V et le Raffles Royal Hôtel de Phnom Penh

 

 

...concoctant soigneusement son retour au pouvoir par le biais d’un coup d’état – procédure habituelle dans ce pays –

 

mais en mettant en cause par le biais de documents vrais ou faux, la personne même du monarque par l’intermédiaire de celle de Wannapa. Il traîne évidemment une suite de militaires de haut rang et une horde de fonctionnaires ou policiers pourris avec des complicités en France

 

 

 

L’épilogue

 

Alain et Wannapa ont fini par pouvoir se marier malgré de lourdes difficultés administratives. Le retour à Rawaï est donc prévu. Sung ayant réussi à empêcher l’embarquement d’Alain à Roissy, Wannapa part donc seule et est réceptionnée à Bangkok par un faux ami qui travaille en réalité pour l’ancien premier ministre.

Sung de son côté sans nouvelles de son frère dont il ignore la mort, réussit à faire enlever Wannapa au nez et à la barbe du faux ami.

Arrive enfin Alain à Bangkok. Les gadgets installés par « Ouvre boite » lui permettent de retrouve la trace de son épouse dans le château de Sung à Kanchanaburi à la frontière birmane. Une expédition commando est montée avec l’aide du faux ami, d’un policier thaï ripou ainsi que celle de Chang. Cette seule opération pourrait déjà faire l’objet d’un magnifique film d’action. Si Chang y trouve la mort froidement assassiné par un des ripoux. Tout est bien qui finit bien, Sung est révolvérisé, le ripou aussi, l’autre est en fuite et traine un mandat d’arrêt international. Wannapa est libérée de ses chaines autant que de ses fantasmes et le couple récupéré par Marc et Vincent arrivés en sauveur en hélicoptère. Nous apprenons alors son grade de capitaine au service « action » de la DGSE. La France n'est pas indifférente au maintien du régime en place à Bangkok.

 

 

 

 

Pourquoi ce tir croisé entre Sung et Xwatra ?

 

Le premier veut se venger férocement mais lentement de Wannapa et la faire mourir dans des souffrances atroces, des liens de haine vieux de trente ans…

Le suivant veut s’emparer de documents présentement détenus par Sung établissant des liens de sang entre Wannapa pouvait mettre en cause la légitimité du souverain ce qui faciliterait la réussite de son coup d’état. Tout a disparu dans la destruction du château.

 

 

Tout est bien qui finit bien ?

Il apparait en effet un dernier personnage, SM le roi, qui fait remettre au couple par une avocate de Rawaï une carte d’identité thaïe pour Alain, un titre de propriété sur 8000 mètres carrés dans la zone la plus huppée de Rawaï et les documents validant par le couple du petit Toon

 

 

Je vous laisse à une lecture qui ne vous laissera pas indifférents. Personnellement, je n’ai pas lâché le livre du début à la fin au milieu de multiples intrigues, des sentiments délicats et des actions souvent violentes, le tout entre la réalité et l’imaginaire débridé de Marc.

 

 

Si Jeff donne de l'Isan, la région la plus défavorisée et la moins touristique du pays, Marc fait découvrir une Thaïlande qui n'est ni celle de ses bordels, ni celle des paradis touristiques

 

 

 

Le roman de Jeff et celui de Marc sont disponible sur le site

https://www.epiceriedusiam.com/

Ils sont également disponibles sur Amazon

Celui de Marc l’est sur www.diffusia.fr

Il ne postule ni pour le Goncourt ni le Fémina, le bénéfice des droits est totalement affecté à une œuvre de bienfaisance.

Tous ceux que je cite plus bas sont numérisés sur le site de la Bibliothèque nationale (Gallica.fr)

 

Notes

 

(1) Je ne cite que Michel Houellebecq auteur d’un mélange de sexe et de misogynie, intitulé « Plateforme »soutenue par une campagne de promotion magistralement orchestrée, une opération mercantile dont la littérature se serait bien passée mais il y a pire.

(2) Parmi les contemporains j’ai cité avec plaisir le très bon roman policier de l’ami Jeff qui nous donne une bonne vision de l’Isan, la région du Nord-est, la plus deshéritée du pays

A186- UN ROMAN POLICIER ISAN DE JEFF : « UN OS DANS LE RIZ – UNE ENQUÊTE DE L’INSPECTEUR PRIK »

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2015/07/a186-un-polar-isan-de-jeff-un-os-dans-le-riz-une-enquete-de-l-inspecteur-prik.html

(3) Paul Louis Rivière : Il avait vécu de longues années au service du pays.

A 255. POH-DENG, « ROMAN SIAMOIS » DE PAUL-LOUIS RIVIÈRE, MAGISTRAT ET POÈTE

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2018/04/a-256.poh-deng-roman-siamois-de-paul-louis-riviere-magistrat-et-poete.html

Il a fait l’objet d’une très belle réédition par mon ami Kent Davis, éditeur américain qui vit présentement en Floride. Il est disponible sur Amazon.

 

 

Georges Sand

Elle est l’auteur d’un merveilleux conte destiné à sa petite fille.

A 357- L’ÉLÉPHANT BLANC DE GEORGES SAND

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2020/03/a-357-l-elephant-blanc-de-georges-sand.html

Villiers de l’Isle-Adam

Son singulier roman était bien dans le style du personnage.

A 393- L’ÉLÉPHANT BLANC MEURT D’AMOUR : UN CONTE D’AUGUSTE DE VILLIERS DE L’ISLE-ADAM.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2020/09/a-393-l-elephant-blanc-meurt-d-amour-un-conte-d-auguste-de-villiers-de-l-isle-adam.html

Jane de la Vaudère

Elle connait un immense succès à son époque avec ses romans le plus souvent exotiques, elle est bien oubliée de nos jours. Elle nous a parlé des mythiques amazones du roi de Siam.

A 390- « L’AMAZONE DU ROI DE SIAM » : UN ROMAN DE JANE DE LA VAUDÈRE

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2020/09/a-390-l-amazone-du-roi-de-siam-un-roman-de-jane-de-la-vaudere.html

 

 

Robida

A 262 - VOYAGES TRÈS EXTRAORDINAIRES DE SATURNIN FARANDOUL À LA RECHERCHE L'ÉLÉPHANT BLANC

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2018/06/a-262-voyages-tres-extraordinaires-de-saturnin-farandoul-a-la-recherche-l-elephant-blanc.html

 

 

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10 avril 2022 7 10 /04 /avril /2022 03:58

 

Lorsque je vous ai fait part de mes réflexions plus ou moins goguenardes sur les mythomanes dans notre petit monde des expatriés, j'avais écrit en note :- « Pour les non-initiés, le sinsot, c’est la dot payée par le futur mari dont le montant varie selon la région, l’état de la marchandise, le nombre de ses enfants etc.… une jeune vierge se dote 1 million de bahts à Bangkok, une vieille déjà utilisée, quelques dizaines de milliers selon les régions, outre en toute hypothèse, de l’or en bijoux, un cochon à rôtir et quelques dizaines de bouteilles de Tchang... »

 

 

Ce paragraphe m'a valu un amusant commentaire – que j'ai publié – de Sylvie, fidèle lectrice, qui me dit avoir sursauté à la lecture de la fin de l'article : «... Un peu misogyne comme réflexion, non, surtout quand on connaît le nombre d'hommes retraités (des vieux déjà utilisés ?) qui s'installent en Thaïlande et convolent en justes noces avec une femme beaucoup plus jeune qu'eux... ». Elle anime un blog fort bien ficelé :  Le blog de la Thaïlande autrement

  (https://thaietvoustravel.wordpress.com/).

 

 

Sa première reflexion sur ce blog est judicieuse ;

« Oubliez vos réflexes d’Occidental(e) lorsque vous arrivez à Bangkok. Plongez dans la culture thaïe.... ».

 

 

C'est la raison pour laquelle j'ai souhaité revenir sur ce fameux sinsot (สินสอด) que l'on traduit souvent par « dot de la mariée ». C'est une erreur fondamentale. puisqu'Il n'est pas lié au mariage mais aux fiançailles : C'est la somme donnée aux parents de la futur mariée par le futur marié lors de la cérémonie des fiançailles. On pourrait le traduire de façon plus littérale par « cadeau pour être admis ».

 

Beaucoup d'occidentaux qui n'ont pas oublié leurs reflexes d'occidentaux s'indignent en considérant que le payement du sinsot revient à acheter sa femme.

 

 

Or, nous ne sommes pas chez les bédouins éleveurs de chameaux chez lesquels on achète toujours – paraît-il - une épouse en la payant en chèvres ou en brebis !

 

 

Pour en parler sereinement, j'ai pensé consulter le code civil local, tout simplement.

 

 

Fiançailles ou « mariage traditionnel » ?

 

Les fiançailles sont inconnues du droit positif français, elles n'ont pas place dans notre code civil. Nous en trouvons toutefois trace dans la Jurisprudence à l'occasion de procédures relatives à des fiançailles rompues et du préjudice que peut subir ou prétend avoir subi l'un des deux promis. Hypothèse classique, mais il y en a d'autres, celle de la jeune fille séduite et abandonnée par le fiancé une fois qu'il a obtenu d'elle ce qu’il désirait non sans lui laisser un souvenir vivant.

 

 

Elles sont par contre incluses dans le droit positif thaï, le code civil (ประมวลกฎหมายแพ่งไทย) qui leur consacre, avant le chapitre relatif au mariage, par moins de 20 articles, du 1435 au 1447-2 sous le nom de kanman (การหมั้น) ce qui signifie tout simplement « engagement ».

 

 

Elles ne peuvent avoir lieu que lorsque les promis ont atteint l'âge de 17 ans révolus et nécessitent l'accord des parents ou des personnes ayant autorité lorsqu'ils sont mineurs : l'article 19 du même code fixe la majorité à 20 ans.

 

Intervient alors l'article 1437 qui est fondamental : pour que ces fiançailles soient valides, le fiancé doit impérativement avoir transféré à son épouse la propriété du khongman (ของหมั้น) qu'il est difficile de traduire autrement que par « prix de l'engagement ». Cadeau de fiançailles assurément ressemblant étrangement à notre bague de fiançailles traditionnellement offert par le fiancé ou sa famille. Les Thaïes préfèrent leur bijoux en or, la parure traditionnelle offerte sera bague, collier et bracelet dont le poids varie en fonction de la richesse du donateur mais il peut consister en toute autre espèce de cadeau !

 

 

Soyons clair, pour que les fiançailles aient valeur de promesse juridiquement valide, le payement de ce cadeau est légalement obligatoire.

 

 

Le même article en arrive au sinsot. Il ne parle pas de formellement de dot et le définit comme un bien donné par l'homme aux parents ou aux personnes ayant autorité sur le promise en échange de leur accord. Nous verrons plus bas que ce concept ne correspond nullement à celui de l'achat d'une mule. I

 

Si le mariage n'a pas lieu, le sinsot doit être restitué. Il ne s'agit donc nullement d'une obligation comme pour le khongman. Celui-ci devra être restitué si l'affaire ne se conclut pas du fait de la femme.

 

Toutefois ces fiançailles ne donnent pas lieu à une action en exécution forcée à l'encontre d'un ou d'une réfractaire mais à d'éventuelles actions en dommages et interêts. Tout comme en droit français, toute obligationde faire ou de ne pas faire se résoud en dommages et intérêts en cas d'inexécution de la part du débiteur dit l'article 1142 de notre code.

 

 

La suite de la section du code détaille les diverses situations dans lesquelles le mariage n'a pas eu lieu et les indemnités éventuellement encourues. Je vous en fait évidemment grâce.

 

Ce cérémonial se déroule dans ce que nous appelons par abus de langage le « mariage traditionnel ». Il ne constitue qu'une promesse de mariage.

 

Pour le code civil (article 1458), il n'y a de mariage que lorsque l'homme et la femme ont convenu publiquement devant l'officier d'état civil  qu'ils étaient d'accord pour se prendre comme mari et femme. La cérémonie des fiançailles ne change pas la statut juridique des fiancés. Elle est toutefois très symbolique par la pose du lien qui doit unir le couple.

Il y a d'ailleurs une différence termoinologique, le mariage civil, la simple signature sur le registre du chef de district et simple papier, c'est kan somrot (การสมรส). Le mariage (ou les fiançailles) traditionnel sont kan taengngan – (การแต่งงาน) ce qui signifie literallement les festivités du mariage.

 

 

Selon les régions le mariage traditionnel est célébré par les moines ou le chaman qui n'ont aucun des deux le moindre pouvoir en matière d'état civil

 

 

Les origines du sinsot ?

 

La tradition de la « dot » et du « mariage » thaïlandais remonte probablement à l'Antiquité. Il en est diverses versions : remercier les parents de la fiancée pour les soins qu'ils ont apporté à son éducation ? Payer « le prix du  lait de la mère » (kha namnom khong mae - ค่าน้ำนมของแม่) ou « le prix du riz qui l'a nourrie » (khaopon – ข้าวป้อน), deux explications données sommairement par le Dictionnaire de l'Académie royale ? Nécessité pour le futur mari de prouver qu'il a la capacité de conduire son ménage avec responsabilité ? Nous sommes toute de même loin de mesurer la valeur pécuniaire d'une femme.

 

 

Le montant ?

 

Il n'y a rien de misogyne dans ce que j'avais écrit à ce sujet. Ce sont tout simplement les propos que m'a tenu une thaïe de mes amis lorsque je la consultais avant de prendre la décision d'accomplir la cérémonie traditionnelle.

 

Tout est affaire de discussion entre les deux familles.ou leurs hommes d'affaire. N'en était-il pas ainsi chez nous avant que le régime dotal soit purement et simplement supprimé en 1965 ? Les gens distingués s'épargnaient ces discussions et laissaient leurs notaires respectifs s'en charger.

 

 

Il y a de nombreux sites Internet à ce sujet. L'un d'entre eux utilise une formule que j'ai retrouvé ailleurs de façon différente :

 

 

On effectue le calcul en fonction ds revenus mensuels respectifs, on les additionne et on multiplie le tout par un coefficient qui varie de 5 à 10. Par exemple, le mari gagne 45.000, l'épouse 30.000, le tout fait 75.000 auquel on affecte en fonction du niveau social de ce couple, le facteur 7, la sinsot sera donc de 525.000 bahts (environ 13.000 euros)

 

 

 

 

Beaucoup de mariages (mais dans quelles proportions?) sont encore dans ce pays des unions non de passion mais de raison, organisées par les deux familles au moins dans les sphères les plus aisées de la population. Les mariages de raison ne font pas forcément de mauvaises unions.

L'utilisation ?

 

Cette ancienne tradition a sa confirmation légale et en réalité profite autant aux hommes qu'aux femmes. Il est en effet une autre tradition dont j'ai eu confirmation à plusieurs reprises : Lors de la cérémonie, les billets représentant le montant du sinsot ont été comptés et recomptés puis étalés avec complaisance par le maître de cérémonie, tous les assistants ou ainsi pu voir et vérifier, les Thaïs aiment bien le paraître !

 

Mais lorsque tous les rituels sont terminées, le beau-père rencontre le marié à l'abri des regards et lui restitue en réalité tout ou partie du sinsot pour aider le jeune couple dans son départ dans la vie !

 

 

Les occidentaux placés devant cette situation peuvent avoir peine à comprendre et parlent volontiers de cupidité alors que celle-ci peut évidemment exister mais ne voit-on pas aussi de manifestes symptomes de cupidité en occident lors des ruptures du lien conjugal et des batailles acharnées sur les prestations compensatoires, les pensions alimentaires et  dommages et intérêts ?

 

 

Que me semble ?

 

Il n'y a rien de choquant à offrir à sa promise, lorsqu'on a l'intention de conclure une union durable, un cadeau qui pourrait être une bague de fiançailles, une parure en or ou tout autre bien comme le précise le code.

 

 

La question du mariage dit traditionnel est différente. Beaucoup de Thaïes sont incontestablement attachées à cette cérémonie, beaucoup plus qu'à la cérmonie très formelle du mariage civil au district qui ne prend que quelques minutes. Elle peut d'ailleurs être célébré dans n'importe quel district du pays. Les français qui effectuent les formalités administratives à l'Ambasssade choisissent le plus souvent le district le plus proche d'autant qu'il porte le nom de district de l'amour ! (bangrak – บางรัก) mais c'est une simple commodité.

 

 

Le kan somrot est obligatoire certes pour être fiancés ou mariés au sens traditionnel du terme mais la loi thaïe n'impose pas comme la notre de souscrire le mariage civil avant le mariage religieux. Elle n'est pas loin l'époque où – dans un certain monde – il était procédé par principe au mriage civil longtemps avant le mariage religieux considéré comme le seul valable pour marquer l'indifférence à la loi civile face à celle de la religion.

 

Le sinsot n'est pas une obligation juridique, tout au plus morale, un domaine dont chacun pense ce qu'll veut.

 

 

Il appartient à l'Occidental confronté à cette question de faire la part entre ce qui peut être éventuellement de la cupidité et ce qui peut n'être que le désir de respecter une traditon séculaire.

 

Du côté des Thaïs, l'institution fait lobjet de critiques pour être un obstacle au souhait d'un jeune homme peu argenté de fonder une famille solide ? Il faut aussi dire que, l'évolution des moeurs aidant, beaucoup d'entre eux n'hésitent plus à célébrer Pâques avant les Rameaux ou plutôt le nouvel an thaï avant le nouvel an chinois.

 

 

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6 mars 2022 7 06 /03 /mars /2022 05:55

 

Ainsi, nos autorités ont décidé que Bangkok ne serait plus Bangkok et redeviendrait Krungthepmahanakhon (กรุงเทพมหานคร). La belle affaire, elle n’a jamais cessé de l’être ! Jamais un thaï ne parle de Bangkok mais de Krungthep ou en abréviation familière de Thep. Les plaques d’immatriculation des véhiculés, les panneaux de signalisation bilingue portent toujours la mention กรุงเทพมหานคร ๆ le dernier signe signifiant qu’il s’agit d’une abréviation du nom cérémoniel qui est beaucoup plus long, ce qui sera l’objet d’un prochain article.

 

 

Vous lirez souvent et entendrez aussi que le nom de la ville de Bangkok (บางกอก) serait une déformation de son nom d’origine Ban Makok (บ้านมะกอก) ou Bang Makok (บางมะกอก) c’est-à-dire « le village des makok » ou encore « le village des oliviers sauvages », interprétation donnée à notre connaissance pour la première fois par Monseigneur Pallegoix dans le premier volume de sa « description du royaume thaï ou Siam » en 1854. Il a depuis été suivi d’abondance ! Or, il ne signale pas de « makok » dans sa description de la végétation du royaume, le mot dans son premier dictionnaire daté de 1854 et dans la seconde version revue par Monseigneur Vey de 1896 est mal traduit en olivier sauvage. Nous ne trouvons pas d’oliviers non plus dans la description de la végétation du royaume par La Loubère en 1695. Il est permis de penser que si le chevalier de Forbin né au cœur de la Provence des oliviers dont le tronc torturé et la couleur des feuilles sont à nulles autres pareilles, eut remarqué des oliviers même sauvages, il n’eut pas manqué de s’en étonner.

 

 

D’où vient cette erreur reproduite depuis lors à profusion ? Du prélat tout simplement, né dans un petit village de la Côte d’or qui n’avait pas bénéficié de la civilisation de l’olivier, où les riches cuisinaient au beurre et les pauvres au saindoux. Ce qu’il certainement vu, c’était tout simplement des มะกอก - makok que le dictionnaire de l’Académie royale nous définit comme spondias pinata ou peut-être des มะกอกฝรั่ง - makokfarang que la même autorité nous définit comme spondias cytherea. Ce sont des espèces de pruniers sauvages qui existent toujours ici, dont les fruits ont effectivement la forme d’une olive sans en avoir la couleur. C’est tout simplement le « prunier à cochons » (1).

 

 

D’où vient cette erreur reproduite depuis lors à profusion ? Du prélat tout simplement, né dans un petit village de la Côte d’or qui n’avait pas bénéficié de la civilisation de l’olivier, où les riches cuisinaient au beurre et les pauvres au saindoux. Ce qu’il certainement vu, c’était tout simplement des มะกอก - makok que le dictionnaire de l’Académie royale nous définit comme spondias pinata ou peut-être des มะกอกฝรั่ง - makokfarang que la même autorité nous définit comme spondias cytherea. Ce sont des espèces de pruniers sauvages qui existent toujours ici, dont les fruits ont effectivement la forme d’une olive sans en avoir la couleur. C’est tout simplement le « prunier à cochons » (1). Voilà de quoi faire frémir Giono, poète des vrais oliviers ! Mais si l’on peut mordre dans une prune sur l’arbre, on peut le faire sur une olive mais pas deux fois. L’olivier de Provence et du pourtour méditerranéen est l’Olea europaea (oulivié en provençal) et sa variété sylvestris, l’oléastre  est sa forme originaire sauvage dont il est probablement issu et qui subsiste peut-être encore dans l’extrême sud de la France et certainement en Afrique du Nord (oulivastre en provençal). Aucun des deux arbres n’a jamais prospéré au Siam.

 

 

Pour autant qu’il y ait eu des tentatives d'acclimatation, ce que nous ignorons, elles se sont heurtées à toutes les tentatives d’acclimatation d'espèces en dehors des zones de culture originaires. Il est d’autres explications sur l’origine du mot, l’une fuligineuse qui donne une origine khmère, l’autre plus sérieuse en fait un dérivé de Bang Ko (บางเกาะ – le district des îles), puisque le paysage de la région est sculpté par les rivières et les canaux.

 

 

L’explication la plus plausible car la seule érudite reste celle de Monseigneur Pallegoix sans parler d’oliviers ! N’oublions tout de même pas qu’il est le tout premier à avoir rédigé une grammaire thaï et un dictionnaire multilingue thaï-latin-français et anglais. Son erreur n’est pas sémantique : il n’a probablement jamais vu d’oliviers (de vrais) ni dans son enfance ni au séminaire des missions étrangères où on ne lui a pas appris la botanique ni au cours de ses pérégrinations asiatiques. Les fruits du makok ressemblent à des olives, la confusion vient de là. Un œil non averti peut effectivement s’y tromper. Notons toutefois que cette erreur est actuellement répandue au point que ce qui vient d’olives de chez nous par voie d’importation est qualifié de makok, ainsi l’huile d’olive devient น้ำมะกอก (nammakok). Or, si l’on tire d’excellent alcool des prunes, on n’en tire pas de l’huile. Il serait judicieux que l’Académie royale crée un nouveau mot pour ce fruit inconnu ici comme elle l’a fait pour bien d’autres fruits importés, faisant de la pomme une aeppoen (venant de l’anglais torturé appel - แอปเปิล) ou d’une fraise une satroboerri (venant de l’anglais tout aussi torturé strawberry - สตรอเบอร์รี่). Nous avons une proposition qui en vaut une autre et qui vient tout autant de l’anglais que du français pour ne fâcher personne : tous les petits thaïs et même les grands connaissent Popeye et son épouse Olive, bandes dessinées et dessins animées qui continuent à être diffusés régulièrement sur les chaines de télévision destinées aux gamins. Ils sont ป๊อปอาย (Popaï) et โอลีฟ (Olif). Ne parlons donc plus de makok mais de olif

 

 

 

NOTE

 

(1) L’explication de ce nom est simple, lorsque les cochons pouvaient paître en toute liberté dans nos campagnes, l’animal se régalait des fruits tombés à terre.

 

 

On le trouvait dans le midi de la France, plus spécialement en Ardèche. Il est présent dans les pays tropicaux : voir par Louis-Élie Moreau de Saint-Méry : « Recueils de pièces imprimées concernant les colonies », 1799. Il est signalé par Stanley qui l’a consommé lors de son périple en Afrique : « Dans les ténèbres de l’Afrique » in Le Figaro littéraire, supplément du dimanche du 28 juin 1890.

 

 

Les fruits des arbres tropicaux sont plus petits que ceux de l’Europe et l’arbre proprement dit ressemble plus à un frêne qu’à un olivier !

 

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27 février 2022 7 27 /02 /février /2022 04:16

 

Il y aura eu une bonne nouvelle pour notre pays d'adoption : Pour la deuxième année consécutive la Conférence mondiale sur le riz qui s'est tenue à Dubaï au début du mois de décembre a attribué le label du meilleur riz au monde 2021 au riz Hom Mali (le riz – fleur de jasmin ou riz au jasmin variété 105 -  ข้าวหอมมะลิ 105) qui a battu d'autres variétés de riz provenant des États-Unis (leur fameux Uncle Ben's), de Chine, d'Inde (son très célèbre Basmati), du Vietnam et du Myanmar. 

 

 

La Commission Internationale du riz qui existe depuis 1949 comprend actuellement 62 pays membres producteurs de riz y compris la France. Ils représentent 98 pour cent de la production mondiale de riz. Je ne sais si elle a concouru pour obtenir le label ? Le seul pays producteur qui en soit absent me semble être la Corée du Nord.

 

 

Pour plus de la la moitié de la population mondiale, le riz constitue l'alimentation de base comme le maïs aux Amériques ou les céréales dans les pays occidentaux. Les mangeurs de riz sont probable supérieurs en nombre dans le monde aux mangeurs de pain mais en l'état actuel des transports les contrées les plus reculées du monde participent au grand mouvement des échanges. Et si l'Europe accepte les riz asiatiques l'Asie n'est pas indifférente au pain de froment des Européens.
 

 

En Thaïlande, sa culture prend un caractère religieux  et fait l'objet d'un très ancien rituel, la cérémonie du premier labour. Nous lui avons consacré un article tant son importance est grande (1). Il s'agit du Raeknakhwan (แรกนาขวัญ) « Cérémonie du premier labour » et plus formellement Phraratcha phithi Charotphranangkhan Raeknakhwan (พระราชพิธีจรดพระนังคัลแรกนาขวัญ) « cérémonie du premier labour royal » puisqu'à l’origine, c'est le roi lui même qui poussait la charrue . 

 

 

C’est évidemment le premier labour de printemps. Elle se déroule le « Jour du labour » (วันพืชมงคล -Wan Phutcha Mongkhon) qui est actuellement férié.

 

C'est tout simplement le jour de la fête des

agriculteurs, quel pays honore-t-il ainsi ses

paysans ?

 

 

Sa date est déterminée par le calendrier lunaire, en 2021 elle fut célébrée le 10 mai.Un rituel similaire avait lieu dans la Chine impériale :Chaque année, le 24 de la onzième lune, l'Empereur de Chine (qui ne fut pas suivi par les Présidents de la République chinoise)  nommait trois princes, neuf présidents des cours souveraines, cinquante vieillards et cinquante jeunes gens laboureurs de profession qui, avec les membres de sa cour devaient en sa compagnie pratiquer les premiers labours. A l'aube, les charrues et les grains étaient amenés, ceux-ci enfermés dans des coffres précieux et portés, par des grands dignitaires. L'Empereur saisissait une charrue et labourait, aussitôt imité par toute son escorte. Puis le monarque semait le riz, le mil, le froment et les fèves. En fin de journée, des récompenses étaient distribuées aux paysans qui, au cours de l'année précédente avaient défriché 15 à 80 arpents de terres incultes. Au-dessus de ce chiffre, le mandarinat était accordé. Chez les Fils du Ciel, on pratiquait toujours une agriculture qui n'avait positivement, rien d'hermétique. C'est ainsi que le fait de ne point exiger de la terre le maximum de ce qu'elle peut produire était qualifié de « crime contre la nation ».

 

 


 

Le riz était connu des anciens Grecs, depuis les expéditions d'Alexandre le Grand en Perse. Le riz est mentionné dès 1393 en France, dans Le Mesnagier de Paris, mais c'était encore un produit d'importation.

 

 

Ce sont les musulmans qui l'introduisent en Espagne vers le XIe siècle d'où il s'étendit en Italie. Les Turcs quant à eux le firent pénétrer dans la plus grande partie de l'Europe du Sud-Est.

 

Chez nous, Sully, comme ministre de Henri IV, a voulu démarrer la culture du riz ainsi d'ailleurs que de la canne à sucre et de la garance en Camargue, mais ce ne fut pas un succès.. En ce qui concerne le riz, il s'agissait de bénéficier d'une céréale de substitution au cas où la récolte de blé aurait été désastreuse pour éviter les disettes. Il revint dans cette région dans le courant du XVIIIe car les les agronomes estimaient que la terre et le climat lui étaient très favorables en raison d'une amplitude thermique plutôt réduite. Mais à cette époque, le riz n'était pas récolté, ou servait de nourriture aux cochons. Sa culture n'était qu'accidentelle. La France bénéficiait alors du riz de ses colonies, Indochine, Casamance et Madagascar. La récolte s'y développa lorsque le gouvernement de Vichy fit venir de gré ou de force, mais pas toujours force, des travailleurs indochinois afin de soutenir l'effort de guerre en les envoyant en Camargue travailler dans des rizières déjà existantes.

 

 

On a beaucoup glosé sur cette utilisation des peuples colonisés comme « esclaves », peut-être mais beaucoup sont restés sur place après la guerre s'y trouvant beaucoup mieux que dans leur pays d'origine ravagé par une autre guerre. Lorsque la France eut perdu ses colonies productrices, Indochine, Casamance et Madagascar, la riziculture connut une évolution exponentielle en qualité et en quantité avec l'aide aussi non pas d' « esclaves » mais de travailleurs immigré d'Italie et d'Espagne. Des essais dans d'autres régions tournèrent court compte tenu du fait que – tout simplement – le riz n'aime pas les grands froids, ainsi – en particulier – des tentatives dans la vallée de la Durance à la hauteur de Manosque.

 

 

 

 

 

La plaine a ses préférences, mais — ses variétés étant innombrables, il y en aurait plus de 800 — ni la colline ni la montagne ne lui déplaisent, pourvu que les précipitations atmosphériques lui apportent sa ration d'eau. Son avidité pour l'aqua simplex lui fait rechercher les marécages. Au demeurant, cette plante est à ce point vaseuse qu'on s'efforce toujours de lui procurer par irrigations artificielles les boues favorables à sa vie aquatique.

 


 

Les grands fleuves de l'Asie aux crues fécondantes et les deltas enrichis de limons fertiles dans un climat torride devaient nécessairement se révéler comme son habitat préféré. 90 pour cent de la récolte mondiale de riz vient de l'Asie des moussons .La plante est annuelle. Certains riz sont trop hâtifs, d'autres tardifs permettent la maturation en des temps qui peuvent varier de quatre à sept mois. Après fumure, labourage et façonnage du terrain préalablement rendu accessible, on inonde la pièce pour l'amener à consistance marécageuse. Selon les pays on procède par semis à la volée ou par repiquage après semis.

 

 

Cette dernière méthode est la plus généralement employée en Thaïlande. Puis, c'est la série des travaux propres à toutes les céréales : fauchage encore souvent à la main à la faucille (khiao - เคียว),

 

...gerbage, mise en meules, battage et nettoyage au tarare.

 

 

Toutes ces opérations s'accomplissent soit en ayant recours au machinisme agricole, partout où son intervention est possible et avantageuse, soit par les moyens archaïques en usage encore dans notre pays d'adoption chez les indigènes. A ne nous en tenir qu'à la Thaïlande, on désigne sous le nom de paddy le riz tel qu'il est récolté

 

 

...et sous le nom de riz cargo le riz décortiqué débarrassé de sa balle, ses enveloppes extérieures adhérentes non comestibles.mais encore non blanchi. En Asie, il est associé à la pauvreté et aux temps de guerre. En Occident, il est associé à une alimentation saine du fait de la place très importante qu'il tient dans la cuisine macrobiotique sous le nom de « riz complet », chacun ses goûts. Les riz dits gluants - je vais y revenir – très riches en sucre sont la base de la distillation, alcool de riz ou vin de riz et sont utilisés pour la confections des pâtisseries locales. La consommation systématique de notre riz gluant n'est probablement pas étrangère au diabète qui sévit à l'état plus ou moins endémique dans le nord-est du pays.

 

 

Le rendement moyen en Thaïlande serait actuellement de l'ordre de 35 quintaux à l'hectare soit 560 kilos par raï de 1600 mètres carrés. Mais Il en est du riz comme de toutes les céréales. Certaines années sont bonnes, d'autres déficitaires, d'autres franchement mauvaises. Ces rendements sont évidemment contrastés, cultivé sous pluie et de façon extensive, dans le cadre d’agricultures itinérantes sur brûlis telles qu’elles sont encore parfois pratiquées dans certaines montagnes asiatiques comme celles du Laos ou les zones tribales du nord, où le riz donne des rendements de l’ordre de 5 quintaux à l’hectare. Le rendement en riz a doublé, en moyenne et à l’échelle mondiale, entre les années 1950 et les années 1990, passant de 20 quintaux à l'hectare à 40 . Dans les Amériques, le riz est cultivé en mettant en œuvre de très puissants moyens mécaniques sur des exploitations de très grande dimension, couvrant plusieurs centaines d’hectares. Grâce à des apports massifs et forcenés d’intrants, des rendements de 80 à 90 quintaux par hectare y sont obtenus. Est-ce au détriment de la qualité ? (2)

 

 

LA CULTURE DU RIZ APPARAÎT AVEC LA

NAISSANCE DE LA CIVILISATION DANS LA VALLÉE

DU MÉKONG


 

Les découvertes archéologiques, pour ne nous en tenir qu' à celle de notre région, démontrent l'évidence d'une culture du riz il y a environ 6000 ans : le site de Non Nok Tha (โนนนกทา)dans la province de Khonkaen ou celui de Ban Chiang (บ้านเชียง) dans celle d'Udonthani (3). Ces découvertes battent en brèche l’idée que l’âge du bronze est né en Mésopotamie, qu’il est de bon ton de considérer toujours comme le « berceau de la civilisation ». Ces populations cultivaient le riz, élevaient des porcs et pratiquaient des rites funéraires...

 

 

 

On cultivait donc le riz dans le Nord-est (Isan) il y a 6 ou 7000 ans.: Une simple comparaison s'impose : La civilisation chinoise a 5.000 ans d’histoire tout comme les civilisations de l’Indus.

 

 

Menés, premier pharaon à l’aube de l’époque historique a vécu aux environ de 2.400 AJC, à cette époque, l’Égypte est à l’âge de la pierre polie.

 

 

Moïse serait né aux environs de 1.500 avant notre ère, contemporain de Ramsès II. A cette époque, le « peuple élu » pratique les sacrifice humains.

 

 

La grande pyramide de Khéops est datée de 1.200 AJC

 

 

La civilisation sumérienne a disparu aux environ de 2.000 ans AJC.

 

 

La civilisation de Ninive et de Babylone se situe aux environs de 1.200 ou 1.300 avant Jésus Christ.

 

 

Les guerriers d’Homère se battaient avec des armes de bronze aux environs de 1.200 AJC.

 

 

 

A l’époque de Ban Chiang, sur notre terre de France, les hommes de Cro-Magnon massacraient ceux de Neandertal à coups de bâtons et de haches de pierre, peut-être bien pour les manger selon des théories récentes, vivaient dans des grottes et se vêtaient de peaux d'aurochs  ?

 

 

LE RIZ «  FLEUR DE JASMIN »

 

Tel est son nom officiel « ข้าวดอกมะลิ - khao dokmali» bien que l'on utilise aussi le riz à l'odeur de jasmin (ข้าวหอมมะลิ - khao hom mali). Il n'a en effet pas l'odeur pénétrante de la fleur de jasmin et ne doit son nom qu'à la blancheur éclatante de ses grains.

 

 

D'autres espèces moins savoureuses n'en bénéficient pas pouvant tourner autour du jaune, du vert, du rouge ou du brun.

 

 

Son parfum s'approche plutôt de celui du pandan ou baquois (ใบเตย - bai toei - Pandanus amaryllifolius) assez proche de celui d'une amande douce Tous les amateurs de plantes exotiques connaissent le pandan mais je ne suis pas persuadé que les espèces cultivées dans nos jardins exotiques européens produisent des fruits ?

 

 

Sa naissance dans nos rizières n'a pas un siècle

 

En 1954, M. Sapthana Hempijit (นายทรัพธนา เหมพิจิ), directeur de la société d'exportation de riz de la province de Chachoengsao (บริษัทการส่งออกข้าว จังหวัดฉะเชิงเทรา - Chachoengsao Province Rice Export Company) - a collecté 199 variétés de riz parfumé dans le district de Bang Khla (อำเภอบางคล้า) situé dans cette province. Il y aurait 803 espèces de riz inventoriées en Thaïlande dont 202 sont du riz parfumé. Ensuite, le Dr Krui Bunyasing (ดร.ครุย บุณยสิงห์), directeur de la division de sélection du riz (บำรุงพันธุ์ข้าว) a envoyés divers échantillons pour plantation et comparaison à la station expérimentale de riz de Khok Samrong (สถานีทดลองข้าวโคกสำโรง) devenue Station de riz de Lopburi (สถานีข้าวลพบุรี). Des études y furent effectuées par des experts agricoles de renom, Mangkorn Joomthong (นายมังกร จูมทอง) sous la supervision de M. Opas Polsilp (โอภาส พลศิลป์), le chef de la station expérimentale de riz de Khok Samrong.

 

 

En 1959 cette variété pure de riz blanc fut homologuée sous le nom de « khaodocmali 4-2-105 »ainsi qu'une autre variété, toujours de riz – fleur de jasmin, le et le comité de sélection Le riz a été approuvé pour être une variété promue pour les agriculteurs le 25 novembre 1959 par les agriculteurs généralement appelés Khao Dok Mali 105.

 

 

Plus tard, une autre variété de même qualité fut homologuée sous le nom de khao ko koh -15 (ข้าว กข 15 ) Sa maturité est plus précoce que celle du 105. Il est le préféré des paysans de l'Isan. Le rendement est supérieur : 36 quintaux à l'hectare contre 24 (2).


 

 

C'est un mutant du précédent. Ces deux seules variétés ont droit au titre de riz-fleur de jasmin de Thaïlande.

 

Il est d'autres versions de la découverte du riz-fleur de jasmin. Inutile d'entrer dans des discussions d'experts !

 

Les Thaïs le font systématiquement cuire à grande eau, je n'ai pas eu connaissance de cuisson pilaf ? La cuisson s'effectue dans une marmite appelée « Mohungkhao » (หม้อหุงข้าว) autrefois en fonte ou en terre tenant le feu, aujourd'hui de façon pratiquement systématique dans des marmites électriques de toutes tailles. On les trouve dans les foyers les plus modestes.

 


 

LE RIZ GLUANT

 

Si la Conférence mondiale sur le riz confère au riz fleur de jasmin la qualité de meilleur riz au monde, il est une autre espèce de riz que des millions d'individus doivent considérer comme tel, le riz gluant (khao niao - ข้าวเหนียว). La meilleure cuisine au monde n'est-celle pas celle de sa mère ? Ce sont les habitants de toutes les provinces du nord-est de la Thaïlande, du Laos, d'une partie ouest de la Birmanie, du sud-ouest de la Chine, de l’extrême nord du Cambodge et de l'ouest du Vietnam. S'agit-il d'une mutation du riz sauvage originaire ou une mutation du riz non gluant ? Sa viscosité à la cuisson explique son nom.

 

 

Sa cuisson ne se fait pas à grande eau mais à la vapeur : Après trempage une nuit pour éliminer la plus grande partie de l’amidon, il est cuit à la vapeur une bonne heure dans un panier également en lattes de bambou (nguat nueng – งวดนึ่ง) placé au-dessus d’une marmite à la forme caractéristique (mo nueng – หม้อนึ่ง). Dans nos campagnes, une bonne ménagère s'estimerait déshonorée de ne pas le faire cuire sur un feu de bois mais ce n'est peut-être pas facile en ville ?

 

 

Il n'est pas servi dans un bol ou sur une assiette mais dans des petits paniers en lattes de bambou tressées (kratip – กระติบkongkhao en langage Isan – ก่องข้าว) soit individuels soit volumineux pour la table familiale.

 

 

Il est traditionnellement consommé des trois doigts de la main droite même d’ailleurs par les nombreux Thaïs qui sont gauchers. Il sert de nourriture de base à ces populations et il a le mérite d'atténuer la virulence de leurs cuisines pimentées à l’extrême.

 

Il est d'une telle importance que nous lui avons consacré un article (4).

 

Richissime en amidon, donc en glucides, donc en glucose (sucre), le riz gluant se prête parfaitement à la transformation du sucre en alcool :

 

La simple fermentation produit ce que l’on appelle abusivement le « vin de riz », le sato (สาโท), la présence d’amidon permet la fermentation sans utilisation de levures. Il est consommable « avec modération », bien entendu. Ça ressemble à du « vin » comme la production du Biterrois des années 60 ressemblait à du Romanée-Conti. Le terme « bière » serait plus approprié. Titrant entre 10 et 13 °, il faut, avant de le critiquer, l’essayer. Il sert par ailleurs à confectionner par macération des « vins de fruits », qui n’ont rien à voir avec les vins de pèche, de noix ou d’orange de nos grands-mères, mais c’est tout aussi surprenant que buvable.

 

 

Une autre technique, la distillation, La deuxième technique pour fabriquer non plus du « vin » mais de l’alcool de riz, le le เห้ลาข้าว (laokhao – alcool de riz) ...

 

 

.....que vous trouvez partout, celui du commerce  officiel à 35° ou le « vrai » à 60° sinon plus, de distillation plus ou moins clandestine en de petites distilleries artisanales (rong tom klan – โรงต้มกลั่น), il est probable qu'on y ignore tout les dangers de la distillation, le passage du méthanol initial qui rend aveugle à l’éthanol, alcool primaire générateur tout au plus de cirrhose.

 

 

Sa teneur en amidon permets de multiples utilisation non alimentaires, poudre de riz en particulier.

 

 

Une légende voudrait que les pierres et les moellons qui ont servi à la construction de la Grande muraille de Chine aient été liés par un mortier à base de riz gluant.

 

 

Oui, pour les habitants du nord-est, il est bien le meilleur riz du monde !

 

La variété essentiellement cultivée de riz gluant blanc est le  khaoniao ubon (ข้าวเหนียวอุบล).

 

Mais il existe aussi sous forme de riz noir !

 


 

LES RIZ NOIRS


 

Une première espèce non gluante proviendrait d'une mutation du riz blanc ? Elle est essentiellement cultivée dans les provinces du nord, le Lanna. C'est le riz noir tout simplement khaodam (ข้าวดำ). Il est plus long à cuire que le blanc et a en particulier un délicieux goût que je situe entre celui de noisette et de pain chaud.

 


 

Il en est deux autres espèces gluantes que je cite dans les avoir goûté puisque mon intendante préfère très loin le blanc. Elles n'ont donc pas accès à mon garde-manger : Le khaoniao sanpatong (ข้าวเหนียวสันป่าตอง) et le khaoniao kam (ข้าวเหนียวก่ำ). Ce sont des riz gluants noir ou violet de couleur plus ou moins sombre distincts du riz gluant blanc.

 

 

Nous sommes dans les couleurs, restons-y avec les riz de couleur ou tout au moins ceux que j'ai essayé, je ne veux pas parler en l'air et ne cite que le riz bleu

 


 


 

LE RIZ BLEU-CIEL


 

Contrairement à ce que laisse à penser son aspect, ce riz bleu ciel (ข้าวสีฟ้า), s'il ne pousse pas bleu, le devient par des procédés naturels. Connaissant un peu les Thaïs, on pourrait penser qu'il est coloré au bleu de méthylène (remède utilisé par nos grands-mères) ou au bleu Guimet ..

 

 

... alors qu'il l'est (ou devrait l'être) avec un produit naturel. On utilise la fleur bleue d'une plante qui pousse ici comme du chiendent et devient envahissante, celle du pois papillon (anchan - อัญชัน).

 

 

Cette « fleur clitoris » doit son nom latin à sa forme évocatrice (Clitoria ternatea).


 

 

Les fleurs fraîches servent à faire des tisanes qui ont des vertus souveraines : renforcer le système immunitaire du corps, aider à ralentir le vieillissement, nourrir le cerveau. augmenter le flux sanguin, dissoudre les caillots sanguins, prévenir les maladies cérébrovasculaires, traiter la chute des cheveux, réduite le risque d'obstruction des artères, réduire le risque de maladie cardiaque et de maladie coronarienne.

 


 

Par ailleurs, il s'agit de l'un des rares colorants bleus alimentaire. La méthode pour bleuir le riz est simple ; Il suffit de faites bouillir les fleurs fraiches pour obtenir de l'eau bleue,, dans laquelle il suffit de cuire le riz. Au niveau du goût, le bleuissement, s'il a des vertus thérapeutiques, n'ajoute à mon modeste avis, rien.

 

 

NOTES

 

 

-1 -  Voir notre article INSOLITE 7 - LA CÉRÉMONIE DU LABOUR ROYAL EN THAÏLANDE, HIER ET AUJOURD’HUI ?

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2016/11/insolite-7-la-ceremonie-du-labour-royal-en-thailande-hier-et-aujourd-hui.html

 

Le chevalier de la Loubère écrit ( « Du royaume de Siam », volume I, 1691 p.70 et 161)  : « Le roi de Siam mettait aussi autrefois la main à la charrue, un certain jour de l’année : depuis près d’un siècle et pour quelque observation superstitieuse d’un mauvais augure, il ne laboure plus mais il laisse cette Cérémonie à un roi imaginaire qu’on crée exprès toutes les années… Il est monté sur un bœuf et il va ou il doit labourer suivi d’un grand cortège d’officiers qui lui obéissent. Cette mascarade d’un jour lui vaut de vivre toute l’année… ».


- 2 - En ce qui concerne les rendements, j'ai extrait les chiffres suivants sur le site officiel du département du riz (กรมการข้าว- kromkankhao) dépendant du ministère de l'agriculture : http://webold.ricethailand.go.th/rkb3/title-rice_yield_per_rai.htm

Il donne le rendement moyen de 77 espèces de riz non gluants connus sous le terme générique de khaochao (ข้าวเจ้า) et de 16 espèces de riz gluant (khaoniao - ข้าวเหนียว). Je présume que ce sont toutes les espèces de riz cultivées en Thaïlande ? Les chiffres sont donnés par kilo par raï (1600 mètres carrés), je les convertis en quintaux à l'hectare ; Pour les premiers, une espèce produit 98 quintaux et une autre seulement 15. Pour les seconds, les écarts ne sont que de 43 à 25 quintaux. 

Dans la mesure oú le cycle du riz est de quatre mois, il peut y avoir dans les régions non soumises à la sécheresse deux voire trois récoltes dans l'année.

- 3 - Voir notre article 9 : La civilisation est-elle née en Isan ?

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/article-la-civilisation-est-elle-nee-en-isan-71522720.html

-4 – Voir notre article /05/a-226-decouvrons-le-riz-gluant-de-thailande-et-de-l-isan-en-particulier.html"A 226 - DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2017/05/a-226-decouvrons-le-riz-gluant-de-thailande-et-de-l-isan-en-particulier.html


 


 


 

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10 février 2022 4 10 /02 /février /2022 06:34

 

 

 

Ce  monument, impressionnant par sa taille, 21,50 mètres de hauteur sur un socle circulaire de 10,50 mètres auquel on accède par deux marches, Devenu monument historique en 1949, il a été entièrement refait en 2006. Il est magnifiquement sculpté et peint de couleur vermillon. La balançoire se compose de deux grands mats en teck légèrement inclinés vers intérieur et réunis au somme par une traverse sculptée.

 

Il est situé au cœur de la vieille ville de Bangkok, n'apparait guère dans les guides touristiques au titre de la foultitude de monuments « qu'il faut avoir vus ». Le guide vert de Michelin, le meilleure guide en français sur le pays se contente de nous dire qu'il était autrefois au cœur d'une cérémonie brahmanique et qu'il porte – ce qui est exact – le nom de « grande balançoire ». Le Guide Lonely Planet donne tout aussi brièvement les mêmes observations. Le Guide du Routard n'y voit aucun caractère religieux ce qui démontre – si besoin était - l'incommensurable inculture de se rédacteurs !

 

 

 

Une version plus plausible et surtout plus sérieuse – en fait l'une de ces portes sacrées que l'on trouve en Asie bouddhiste, notamment au Japon et qui signifie qu'elles marquent le passage vers le spirituel et l'entrée dans un lieu sacré (1). Il existe effectivement une ressemblance étonnante entre cette porte dite « balançoire » et ces portes sacré du Japon bouddhiste mais l'explication n'est pas là comme nous allons le voir.

 

 

 

 

 

 

 

Ce monument était au cœur d'une cérémonie singulière d’ailleurs bien antérieure à sa construction. Elle porte le nom de cérémonie royale de Triyamphawaitripawai (พระราชพิธีตรียัมพวาย ตรีปวาย), des mots tirés du sanskrit. Le monument porte le nom officiel de Sao chingcha (เสาชิงช้า) ce que l'on peut traduite par « les piliers de la balançoire » ou sous le nom populaire de Lo chingcha (โล้ชิงช้า) ce qui signifie à peu près « pousser la balançoire ». Les cérémonies actuelles se déroulent entre la place Isuan (สถานพระอิศวร) - Isuan est tout simplement le nom local de Shiva

 

 

– et la place phra maha wikhanesuan (สถานพระมหาวิฆเนศวร). Wikhanesuan est le nom thaï du dieu Ganesh à tête d'éléphant.

 

 

Cette céréonie longtemps spectaculaire n'avait guère été étudiée de façon sérieuse avant que ne le fasse H. G. QUARITCH WALES en 1931 (2) qui annonçait d'ailleurs le fin de son aspect le plus spectaculaire, la fameuse balançoire géante.

 

Elle fut en tous cas inconnue des visiteurs européens des XVII et XVIIIe siècles. Notre anglais a pu assister aux cérémonies et a puisé par ailleurs à des sources sûres, notamment l'ouvrage du Roi Chulalongkorn, « Les cérémonies des douze mois » (3)

 

 

et une source plus ancienne remontant à l'époque de Sukhothai, « L'histoire de la princesse Nabamasa » (4).

 

 

Le monument proprement a été construit en 1784 par le roi Rama Ier alors que la cérémonie proprement dite, purement brahmanique, existait déjà à l'époque de Sukhothai et Ayuthaya. Il voulait en faire le symbole de sa nouvelle capitale au centre de la ville en utilisant la balançoire au cœur d'une cérémonie pratiquée par les brahmanes depuis l'Antiquité

 

 

 

 

 La cérémonie se déroulait au cours du deuxième mois lunaire (เดือนยี่), le mois Yi mais initialememt au cours du premier, le mois Ay (เดือนอ้าย). Les raisons et la date de ce changement sont inconnues.

 

 

Ce n'était pas seulement une importante cérémonie d'État à Bangkok et dans les anciennes capitales, Ayuthaya et Sukhothai mais elle était autrefois pratiquée dans les autres grandes villes du royaume. À Nakhon Sri Thammarat (นครศรีธรรมรา) dans le su, la balançoire est toujours en place, mais il n'y a actuellement plus de cérémonie d'État.

 

 

La cérémonie n'a rien de bouddhiste, elle est brahmanique. Une fois par an en effet, le Dieu Shiva (ou Isuan – พระอิศวร) descend sur terre visiter le monde et il y reste 10 jours le septième jour de la lune croissante et le quitte le premier jour de la lune décroissante. Le Dieu doit attendre que les gardiens des clefs du ciel lui en ouvrent la porte. Or, traditionnellement, Shiva est un Dieu jovial qui aime s'amuser. Ainsi le le balancement et les acrobaties qui accompagnent la cérémonie religieuse sont conçus pour son divertissement. Au contraire, Vishnou (พระวิษณุ), qui arrive sur le jour Shiva part et ne reste que cinq jours, est d'une disposition plus placide. tranquille et retirée. En conséquence, il n'est honoré que par les rites accomplis chaque nuit par les brahmanes dans le temple qui lui est dédié.

 

 

Shiva est reçu avec éclat, attendus par d’autres créatures célestes, le Soleil, la Lune, la Terre et le Gange représentés par les panneaux sculptés que les brahmanes fixent devant les pavillons d'où Shiva jouira du balancement. Pour cette cérémonie, le roi nomme un noble pour représenter Shiva, et pendant que dure la fête, il bénéficie de droits presque illimités sur certains revenus de l'État. Il était, en fait, un roi temporaire ou un Dieu temporaire !

 

Selon la version du roi Chulalongkorn, la cérémonie se serait développée sous le règne du roi Naraï (พระนารายณ์) qui aurait été plus brahmanisme que bouddhiste. 

 

 

Le septième jour de la lune décroissante, le matin, la procession de Shiva part du temple bouddhiste de Vat Rajapurana (วัดราชบูรณะ) en longeant les remparts de la ville, jusqu'à la balançoire. Le Dieu venait d'arriver au monde.

 

 

Selon QUARITCH WALES, le sens d'un rituel compliqué échappait déjà aux siamois modernes qui n'y voyaient qu'une occasion d'assister au spectacle du balancement. À l'occasion de la fête en effet, une immense planche était suspendue sur la traverse au moyen de cordes. Avant l'arrivée du cortège, les brahmanes effectuaient le balancement proprement dit, nous lui devons l'une des très rares photographies où apparaissent quatre joueurs (?) ce balancement aurait pour but de conjurer le sort ? Sur un bambou accroché sur l'un des mats était suspendu des sacs contenant des pièces d'or qu'il s’agissait de décrocher au passage, tout cela pour amuser Shiva. Les accidents mortels étaient fréquents ce qui conduira à l'interdiction de partie de cette cérémonie en 1935 !

 

 

La coutume ancienne voulait que le roi reste dans son palais pendant la cérémonie mais c'est le roi Rama IV qui y rajouté des modifications purement bouddhiste et assista aux cérémonies. Il ajouta des prières purement bouddhistes en préalable aux rites purement brahmanistes. N’oublions pas que pour certains, Bouddha aurait été l'un des multiples avatars de Vishnou ?

 

 

QUARITCH WALES, voyait dans cet ensemble de cérémonies des rites d'origine solaire en référence à des cérémonies purement indiennes et védiques de balancement qui seraient également d'origine solaire ? Son explication est plausible, puisqu'en effet la cérémonie a lieu approximativement à l'époque du solstice d'hiver, la période où le soleil, ayant terminé sa course vers le l'hémisphère sud, tourne à nouveau vers le nord. Par ailleurs le balancement est effectué d'est en ouest, la direction de la course du soleil .Les danses enfin qui accompagnent le balancement symboliseraient la révolution du soleil à l'occasion de son retour dans l'hémisphère nord.

 

QUARITCH WALES décrit sur plusieurs dizaines de pages la partie ludique de la cérémonie, destinée à amuser le Dieu  mais aussi la partie purement religieuse et brahmanique.

 

Je n'en ai trouvé que deux vieux films, l'un daté de 1904

https://www.youtube.com/watch??v=HTDYbAfIyGs&ab_channel=ไร้ตัวตน๒๕๐๐

et l'autre du règne de Rama VII sans autre précisionet l'autre du règne de Rama VII sans autre précision

 

 

 

 

Une autre explication nous est donnée sur une page Wikipédia en thaï : https://th.wikipedia.org/wiki/พระราชพิธีตรียัมพวาย_ตรีปวาย

Selon la tradition indienne, après que le Dieu Brahma (พระพรหม), maître de l'univers ait créé le monde terrestre, il envoya Shiva pour contrôler son œuvres.

 

 

Des nagas s'enroulèrent autour des montagnes pour maintenir la terre en place. Lorsque Shiva eut estimé que la construction était inébranlable, il renvoya les Nagas dans leur monde souterrain. La cérémonie en aurait été une reconstitution, les piliers représentant les montagnes et la base circulaire, la terre et les mers ? Nous avons déjà rencontré Shiva et Vishnou, Voilà la troisième divinité de la sainte trinité hindouiste (trimurati - ตรีมูรติ), les trois Dieux créateur . protecteur et destructeur.

 

 

Je me garderai bien à titre tout à fait personnel de me lancer sur le terrain dangereux et semé d’embûches d'une interprétation différente de celles-ci.

 

QUARITCH WALES remarque sans aller plus avant que la cérémonie se déroule aux environs du solstice d'hiver. C'est aléatoire s'il s'agit de la cérémonie du deuxième mois lunaire, l'écart avec le solstice est à mon avis trop important (5). J'ai ainsi relevé pour le deuxième mois les écarts suivants : du 20 décembre au 18 janvier - du 27 décembre au 25 janvier – du 31 décembre au 29 janvier – du 8 janvier au 6 février - du 10 janvier au 8 février.

 

Par contre pour le premier mois lunaire au cours duquel se déroulait initialement la cérémonie, j'ai relevé les dates suivantes : du 21 novembre au 19 décembre - du 28 novembre au 26 décembre - du 2 décembre au 30 décembre - du 10 décembre au - 7 janvier - du 12 décembre au 9 janvier – du 31 décembre au 29 janvier.

 

Or, le solstice d'hiver survient selon les années le 20, 21, 22 ou 23 décembre donc au cours du premier mois lunaire. C'est le moment où le soleil, vu de la Terre, atteint sa position la plus septentrionale. Il a survécu à ses jours les plus noirs, les plus courts et il va continuer à nous éclairer, chaque jour un peu plus. Cet événement, car c’en est un, se déroule autour du 21 décembre et il est fêté depuis la nuit des temps dans toutes les civilisations. De nos jours, on appelle cette fête Noël.

 

Chez les Celtes, les Vikings, chez les Perses et les Hindous, le solstice d’hiver (comme celui d’été qui marque le jour le plus long de l’année) est fêté comme il se doit : durant des semaines ! Mais c’est à Rome que nous allons nous arrêter. Là-bas, durant l’Antiquité, la fête se nomme Les Saturnales et célèbrent le dieu Saturne.

 

 

Jésus est-il né un 25 décembre ? Personne n’en saura jamais rien. Ce qui est certain, c’est que la fête chrétienne s’installe sur les cendres des célébrations liées au solstice d’hiver.

 

Il y a trois divinité suprêmes chez les hindouistes et un Dieu mais en trois personnes chez les chrétiens, faut-il n'y voir qu'un hasard ?

 

 

L'un des Dieux indouhiste descend sur terre à l'époque du solstice d'hiver et l'une des divinitésd chrétienne naquit sur terre à la même époque, faut-il n'y voir qu'un hasard ? Ou ces hasards proviennent-ils d'une tradition primordiale ?

.

.

 

NOTES

 

 

  • 1 - Voir l'article de Katalin Puskas Khetani «  The Sacred Asian Gate Tradition in Europe (Symbolic Crossings from the Mundane to the Sacred) » in Academia Letters, juin 2021, Article 1335 numérisé : https://doi.org/10.20935/AL1335.

  • 2 - SIAMESESTATE CEREMONIES THEIR HISTORY AND FUNCTION par Horace Geoffrey Quaritch Wales, publié à Londres en 1831.

Quaritch Wales a fait ses études à Cambridge. Il fut conseiller de Rama VI et Rama VII 1924 à 1928. Son ouvrage est une toujours une référence fondamentale y compris pour les Thaïs.

  • 3 - พระราชร้อย จุฬาลงกรณ์ : พิธีกรรมของ สิบสองเดือน écrit en 1838.

L'ouvrage est numérisé sur le site de la Bibliothèque Vajirayana :

https://vajirayana.org/พระราชพิธีสิบสองเดือน/พระราชพิธีเดือนอ้าย

  • 4 - เรื่องของนางนพมาศ : Le texte original a été reconstitué en 1914.

    L'ouvrage est également numérisé :

    https://board.postjung.com/998755

  •  

 

 

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21 novembre 2021 7 21 /11 /novembre /2021 08:13

 

 

Au Siam, pour instruire une population alors largement analphabète, les moines se servaient de récits et d'images. Leurs histoires illustraient les vertus bouddhistes et la conduite morale, essentiels à la connaissance divine et au bonheur. Toute une tradition de peinture murale s'est ainsi développée et c'est d'ailleurs l'une des plus belles contributions de la Thaïlande à l'art religieux mondial.

 


 

Au Siam, pour instruire une population alors largement analphabète, les moines se servaient de récits et d'images. Leurs histoires illustraient les vertus bouddhistes et la conduite morale, essentiels à la connaissance divine et au bonheur. Toute une tradition de peinture murale s'est ainsi développée et c'est d'ailleurs l'une des plus belles contributions de la Thaïlande à l'art religieux mondial.

Le chevalier de la Loubère écrit en 1691 à son retour du Siam « j'ai vu dans un de leurs temples une agréable Peinture à fresque dont les couleurs étaient fort vives. Il n'y avait nulle ordonnance(ment) Les Siamois & les Chinois ne savent pas peindre en huile, et d'ailleurs ils font de mauvais peintres. Leur goût est de faire peu de cas de tout ce qui n'est que d'après nature. Il leur semble qu'une imitation juste est trop facile …. »

Malheureusement les artistes (moines ou laïcs) utilisaient une technique de peinture à la fresque sèche, rapidement dégradable sous un climat humide. Les plus anciennes peintures murales ne remontent donc qu'au début du XVIIIe siècle. Les plus célèbres, celles de Wat Pho (วัดโพธิ์), datent du dernier quart de ce même siècle.

 

 

Si les motifs sont toujours directement religieux, on trouve souvent en arrière-plan des scènes de la vie quotidienne, traitées avec plus ou moins de fantaisie. Il en est tout particulièrement ainsi dans les peintures murales des chapelles d'ordination de l'Isan (Nord-Est) auxquelles nous avons consacré un article (1).

Elles ne remontent jamais au-delà du début du siècle dernier.

Dans les galeries extérieures de ces temples figurent, toujours pour l'édification des fidèles des épisodes de la légende du Ramakian ...

 

 

...ainsi que des représentations des épisodes de la vie de Bouddha et de ses Jatakas, ses 547 existences antérieures. Ces représentations extérieures ont leur importance puisqu'en principe l'entrée dans la chapelle d'ordination était et est parfois encore interdite aux femmes.

 

 

Nous retrouvons tous ces sujets spécifiquement religieux à l’intérieur de la chapelle où se trouve la statue principale de Bouddha qui doit en principe être dirigée vers l'Est, de là où naît la lumière.

Cette pratique de la peinture murale par des artisans-artistes compétents n'était donc, à quelques exceptions, que dans les chapelles de l'Isan qui est pratiquement tombée en désuétude dans le courant des années 1850.

 

 

Phaibun Suwannakut (1925-1982) lui redonna une nouvelle vie dans ce que l'on a appelé le « néo traditionalisme », dont il est la figure clef.

 

Phaibun Suwannakut (ไพบูลย์ สุวรรณกฏ) dont le prénom se traduit par « prospérité » et le nom patronymique par « montagne d'or » est souvent appelé Thankut (ท่านกูฏ), Than étant l'un des innombrables pronoms personnels utilisé ici avec le sens respectueux de « l'honorable ».

Il est le descendant direct du prince lao chaophraprathumworaratsuriyawong (เจ้าพระประทุมวรราชสุริยวงศ์) qui fonda Ubonrachathani en 1792. Ce prince avait fait allégeance au roi Taksin et ensuite à la dynastie Chakri dans les turbulences politiques de cette époque en trahissant son maître, le roi Suriyawong (สุริยวงศ์). Sa famille est l'une des plus notables parmi celles des gouverneurs de provinces. Son grand-père Khun Borikutkhamket (คุณ บริกุฏคำเกตุ) obtint du roi Rama VI le nom patronymique de « Montagne d'or » en 1917. Son père Mak Suvarnakuta (มาก สุวรรณกฏ) était l'arrière-arrière-petit-fils du fondateur. Il épousa une veuve, ce que désapprouvait la coutume, et il fut désavoué par sa famille. Il était connu pour se livrer au travail de l'or et de l'argent et son épouse pour le travail de la soie.

 

 


 

Phaibun naquit le 1er octobre 1925 à Ubon Ratchathani. Il commença ses études dans un collège des adventistes puis à l'école Benchama Mahart (เบ็ญจะมะมหาราช) dont la réputation était solide. Il était entouré de trois frères et sœur. Il reçut une solide éducation en littérature siamoise, musique et danse traditionnelles et folklore en particulier d'un oncle qui l’éleva à la mort prématurée de son père, en 1936. Nous le retrouverons en suite à Bangkok en 1938 à l'Académie des arts Pho Chang (เพาะช่าง) puis à partir de 1944 à l'Université Silpakorn (ศิลปากร). Il se lie d'amitié avec un peintre et historien de l'art, Prayun Unchuta (ประยูร อุลชุตา) ...

 

 

et le poète, peintre et sculpteur Angkarn Kalayanapong (อังคาร กัลยาณพงศ์) qui devinrent se amis les plus proches.

 

 

Il se lie aussi d'amitié avec Hem Wetchakon (เหม เวชกร), que nous avons déjà rencontré. (2)

 

 

Sa carrière artistique

Marié en 1955, après le séjour traditionnel au temple, il devint père de 7 enfants et mena incontestablement une vie de bohème, totalement étranger au monde de l'argent. Nous le retrouvons même vendant à la sauvette des aquarelles aux touristes

 

 

Tour à tour professeur d'art, peintre et dessinateur, professeur de danse, directeur artistique de film, architecte, journaliste politique engagé. Étudiant la sculpture avec le célèbre artiste italien Corrado Feroci alias Silpa Bhirasri (ศิลป์ พีระศรี), celui-ci l'initie à la musique classique européenne et l'opéra qu'ils écoutent en travaillant (3).

 

 

Reconnaissant un artiste de talent, il lui conseilla d'étudier l'art siamois traditionnel et notamment celui des peintures murales. Pendant des mois, il étudiera celles du temple de Wat Pho (วัดโพธิ์) à Bangkok en 1966 et 1967.

 

 

A la fin des années 1960, il commencera à peindre des peintures murales à Wat Theppol à Talingchan (วัดเทพพล - ตัลิ่งชัน). Captivé par la personnalité de l'abbé du temple, il lui offrit de réaliser gratuitement les peintures murales de l'ubosot (อุโบสถ - salle d'ordination) du temple.

 

 

Nous le voyons ensuite à l'hôtel Montien (โรงแรมมณเฑียร) en 1967-68, où il peint dans un salon un troupeau d'éléphants aujourd'hui disparu. Entre 1974 et 1976, il y peint la suite de la chambre Phimanman puis en 1977, il réalise un grand projet de décoration murale dans le hall de l'hôtel. Elle fut peinte sur soie tendue sur des panneaux de contre plaqué.

 

 

Nous le trouvons ensuite à l'hôtel Dusit Thani (โรงแรมดุสิตธานี) à Bangkok.

 

 

Il travaille au palais Phuphing Rachaniwet à Chiang Mai (พระตำหนัก ภูพิงค ราชนิเวศน์), en 1972 pour réaliser quatre peintures murales avant la visite de la reine Elizabeth II de Grande-Bretagne.

Vint ensuite le palais Dusit Mahaprasat à Muang Bora, la ville ancienne (ดุสิตมหาปราสาท – ในเมืองโบราณ). Entre 1972-75, il entreprit un très grand programme de peintures sur quatorze murs à l'occasion de la reconstruction d'un bâtiment d'époque Rattanakosin.

 

Sa dernière commission à l'hôtel Peninsula aujourd'hui l'hôtel Anantara Siam à Bangkok (โรงแรมเพนนินซูล่า - ปัจจุบันคือ โรงแรมอนันตรา สยาม กรุงเทพฯ) fut terminée par sa fille Phaptawan (ภพวรรณ สุวรรณากุฏ - « image du soleil ») elle-même talentueuse peintre, après sa mort prématurée en 1982.

 

 

Elle fut la première femme à diriger une équipe de peinture murale thaïe. Phaibun n'a jamais vu ses peintures murales et celles du plafond.

 

 

Les anciens et les modernes


Il lui fut reproché de ne pas respecter la culture traditionnelle thaïe en faisant passer l'art de la peinture murale dans les chambres d'hôtels.

 

 

Il fut considéré comme trop influencé par la peinture occidentale. Le rouge, disaient les tenant de la tradition orthodoxe était une couleur de base réservée à la coloration des créatures célestes dans les temples et que le bleu ne devait jamais apparaître comme couleur du plafond.

Lui-même rétorquait que l'art est dû au public en dehors des temples, et les hôtels étaient des espaces publics, des lieux de réunion et d'échanges d'idées notamment entre Thaïs et étrangers.

Mon propos n'est pas d'entrer dans cette querelle dans laquelle je ne me sens pas concerné. Je remarquerais simplement que l'art de Phaibun s'est en fait exercé dans des lieux pratiquement interdits au grand public. Une chapelle d'ordination n'est ouverte qu'à l'occasion des ordinations. Les hôtels qu'il a décorés sont des hôtels de grand luxe interdits à l'immense majorité de la population locale et des touristes. L'intérieur du Palais royal de Chiangmaï ne se visite pas, seuls les jardins sont accessibles.

 

 

Son mépris du mercantilisme dans l'art

Son mépris de l'art mercantile était total : Il mentionna publiquement à plusieurs reprises que les artistes, qui vendaient leur art ne valaient pas mieux que de se prostituer en vendant leur âme. Il vendait des aquarelles quand la famille n'avait pas de nourriture, mais non sans se lamenter qu'il avait vendu son âme. Il n'exposa jamais ses œuvres dans une galerie et ne voulut jamais les envoyer à des concours Il préférait peindre une fresque en échange de nourriture gratuite pour sa famille. Pendant les vacances scolaires, il conduisit ses enfants au Wat Theppol où ils purent être nourris normalement. Il fit une peinture murale en échange de nourriture pour le restaurant d'un ami originaire de l'Isan dans son restaurant populaire de poulet grillé appelé Sriviwat Kaiyang (ศรีวิวัฒน์ ไก่ย่าง – le poulet grillé de Sriviwat).

 

 

Manifestement socialement irresponsable à l'égard des besoins de sa famille,il arriva que ses enfants eussent faim et, à plusieurs reprises, le premier repas de la journée fut tard dans la nuit lorsque lorsqu'il rentrait à la maison avec du poulet et du riz gluant, cadeau de Sriviwat son cousin !

Il brûlait systématiquement ses rouleaux de dessins à l’encre de chine sur papier utilisé comme modèles, qu'il avait mis des mois à produire. C'étaient des dessins en taille réelle avec tous les détails à utiliser comme modèles pour ses peintures murales, transférés ensuite sur la surface à décorer au papier carbone et ce pour éviter par la suite toute répétitivité. Il en était de même pour les pochoirs utilisés pour les motifs répétitifs.

En dehors de ses activité de peintre mural, celles qu'il exerça dans la presse, la musique, l'enseignement et le cinéma, ne l’enrichirent pas, et il resta pauvre (4).

Resté donc pauvre, Il fut été admis à l'hôpital de Mahesak où on lui a retiré des calculs rénaux, mais également il souffrit d'insuffisance rénale. Il commença une dialyse rénale à l'hôpital King Mongkut sous financement du roi entre 1977 jusqu'à sa mort en 1982. Les cérémonies de la crémation furent organisées et financées par le roi.

 

 

 

 

NOTES

 

- 1 - Voir notre article :

A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2015/11/a-196-les-peintures-murales-l-ame-des-temples-du-coeur-de-l-isan.html

- 2 – Voir notre article :

A 261- HEM VEJAKORN (เหม เวชกร), FIGURE MAJEURE DE L’ART « POPULAIRE » THAÏ, FILS SPIRITUEL DE CARLO RIGOLI ET MENTOR DU ROI RAMA IX.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2018/06/a-261-hem-vejakorn-figure-majeure-de-l-art-populaire-thai-fils-spirituel-de-carlo-rigoli-et-mentor-du-roi-rama-ix.html

-3 – Voir notre article :

A 241. CORRADO FERROCI (SILPA BHIRASRI), « LE PÈRE DE L’ART THAÏ CONTEMPORAIN » (1892 – 1962)

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2017/09/a-241.corrado-ferroci-silpa-bhirasri-le-pere-de-l-art-thai-contemporain-1892-1962.html

- 4 - Sur la multiplicité de ses activités, la lecture du très bel article de John Clark cosigné par sa fille Phaptawan Suwannakudt « A History of Phaiboon Suwannakudt (1925-1982) » s'impose. Il est remarquablement illustré : Journal of the Siam Society, Vol. 109, Pt. 1, 2021, pp. 1–36

 

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28 octobre 2021 4 28 /10 /octobre /2021 04:37

Nous avons consacré deux articles à la grammaire de la langue siamoise en soulignant l'apport fondamental ab initio des missionnaires français (1).

 

 

La publication récente d'un ouvrage intitulé « The Languages and Linguistics of Mainland Southeast Asia - A comprehensive guide » contient un chapitre intitulé « French contributions to the study of Mainland Southeast Asian languages and linguistics » sous la signature du profeseur Jean Pacquement que nous avons eu l'occasion de rencontrer à l'occasion d'un article faisant référence à ses profondes connaissances linguistiques (2). Le chapitre porte également la signature de Paul Sidwell et Mathias Jenny. Sidwell est un linguiste australien et Mathais Jenny un linguiste suisse.

 

 

 

Il m'a inspiré la rédaction de ce bref article que je limite à l'apport des missionnaires français à l'étude et à la connaissance de la langue siamoise et de la langue lao puisque je vis dans ce qu'on appelait autrefois le Laos siamois et que la langue qui est toujours pratiquée au quotidien est pratiquement celle du Laos. Les rapports entre les deux langues sont étroits. Peut-être trois mots sur dix sont particuliers au lao et on les trouve surtout dans les termes d'histoire naturelle, oiseaux, poissons, plantes.

 

 

 

Nous leur devons aussi les premiers dictionnaires des langues khmers et annamite. Ils furent ici ce que les Jésuites furent pour le chinois et le japonais.

 

 

La France a une longue histoire d'intérêt pour les langues orientales dont la connaissance est essentielle pour la diplomatie et le commerce. Toutefois, avant la création en 1795 de l'École des Langues orientales, celles-ci ne faisaient en France l'objet d'aucun enseignement officiel si ce n'est au Collège de France fondé en 1529 et à partir de 1721 l'École des Jeunes de Langues désormais rattachée au Collège Louis-le-Grand et destinée à former des interprètes pour les besoins diplomatiques et consulaires du Royaume au Levant, ce qui exigeait essentiellement la connaissance du turc, de l'arabe, et du persan. L'étude d'autres langues ne relevait que de l'initiative individuelle. La création de l’École Nationale des langues orientales en 1795 ne mentionne alors que l'arabe littéral et vulgaire, le turc et le tartare de Crimée, le persan et le malais.

 

 

L’enseignement du siamois ne commençai a l’École Nationale des Langues Orientales qu'en 1874, sous l’impulsion d’Edouard Lorgeou, qui en fut le premier professeur, la chaire de siamois ne fut crée qu'en 1899. Je n'ai pu détemliner en quelle années fut créée la première chaire de lao. Mais les premiers Francais ayant appris le siamois et le lao furent les pères des Missions Étrangères de Paris, arrivés au Siam au XVIIeme siècle. C'était bien avant que la linguistique ne devienne une science « à part entière » marquée par le Cours de Linguistique Générale de Ferdinand de Saussure en 1916, considéré comme le fondateur de la linguistique moderne.

 

 

Le rôle fondamental des Missions étrangères de Paris.

 

Cette société qui n'est formellement pas un ordre religieux reçoit des prêtres séculiers ayant vocation de missionnaires. Elle fut fondée en 1663 et son siège se trouve toujours à la rue du bac à Paris.

 

 

L'initiative en revient directement au père Alexandre de Rhodes bien qu'il ait été jésuite. Il naquit à Avignon le 15 mars 1591, entra chez les Jésuites à Rome le 14 avril 1612 et obtint de ses supérieurs de partir comme missionnaire pour les Indes orientales.

 

 

Destiné au Tonkin, il dota ce pays de langue annamite qui n'avait d'autres écriture que les quelques milliers d’idéogrammes chinois, d'un alphabet romanisé qui, quoique dépoussiéré, est toujours celui qui est utilisé au Vietnam. Considérant non sans raison que pour apporter aux infidèles la vérité du Christ, il fallait le faire dans leur langue. Nous lui devons donc un monumental dictionnaire annamite – portugais-latin (Dictionarium annamiticum – lusitanium et latinum) daté de 1651. La langue latine est utilisée parce qu’elle est celle que tout le monde érudit, catholique ou pas, connaît et pratique et le Portugais est alors la lingua franca de la région (3).

 

 

Depuis Rome, il réussit à convaincre le Pape Alexandre VII d'envoyer en Asie trois évêques français volontaires avec rang de vicaire apostolique. Ils sont à l'origine des Missions étrangères. Ces missionnaires appuyés par le père de Rhodes et destinés à évangéliser « la Chine et les pays voisins » furent François Pallu, évêque d'Héliopolis in partibus, sacré à Rome en 1658, Il participa à l'évangélisation du Siam en 1664 et 1665. Pierre Lambert de la Motte, nommé évêque in partibus de Berythe en 1658. Il se trouve au Siam entre 1662 et 1668 puis entre 1672 et 1676.Le troisième était Ignace Cotolendi,  évèque in partibus de Metellopolis, qui lui ne quittera pas la Chine (4).

 

 

Les missionnaires de la MEP présents dans toute la péninsule, Siam, Cambodge, Cochinchine, Tonkin et sud-est de la Chine depuis des décennies n'étaient pas des linguistes au sens strict mais en tous cas communiquaient avec les populations qu'ils évangélisaient et dont ils connaissaient la langue et les coutumes Ils étaient par contre tous latinistes et probablement hellénistes compétents ce qui n'est pas sans incidence : Nous avons appris, au vu d'un article de l'Universitaire linguiste Jean Philippe BABU « L’influence de la tradition grammaticale gréco-latine sur la grammaire du thaï » daté de 2007 la persistance des notions grammaticales greco-latines reprises jusque dans les ouvrages siamois eux-mêmes (5).

 

Nous retrouvons nos missionnaires latinistes avec en 1838, Monseigneur Pigneaux de Behaine,

 

 

.....qui publie un dictionnaire annamite-latin ( Dictionarium anamitico – latinum).

 

 

En 1877, le père Jean-Louis Taberd publie un dictionnaire Annamite-latin (Dictionarium anamitico – latinum) à partir de celui de son prédécesseur. Il comprend une partie grammaticale en latin. Ces deux ouvrages ne concernent pas spécifiquement le Siamois, je les cite car nous retrouvons toujours le latin  que les missionnaires considèrent comme leur langue maternelle ! Une grammaire annamite écrite en français par Gabriel Aubaret en 1867 ne serait que la traduction des ouvrages précédents ? Il n'était toutefois pas missionnaire mais officier de marine.

 

 

Monseigneur Jean-Baptiste Pallegoix auquel nous avons consacré plusieurs articles bénéficiait de l'amitié du roi Mongkut alors que celui-ci était encore dans son monastère. Il lui a appris le latin et le prince-moine l'a initié au pâli et au sanskrit. Il rédige la première véritable grammaire du siamois accessible à un européen, en latin toujours, Grammatica linguae thai publiée à Bangkok en 1850.

 

 

Il a l'originalité de donner une version musicale des tonalités.

 

Il a vraisemblablement utilisé les leçons du roi Mongkut et un ouvrage siamois de phrahorathibodichut (พระโหราธิบดี), le chindamani (จินดามณี) considéré comme une première normalisation de la langue siamoise et dont la datation est incertaine. L'ouvrage détaille les lettres de l'alphabet, les voyelles, les tonalités, la syntaxe et les nombres. Il est actuellement numérisé sur le site de la bibliothèque Vajirayana (https://vajirayana.org/จินดามณี-เล่ม--/คำเล่าเรื่องจินดามณี)

 

 

Il rédige un premier Dictionarium latinum-thai ad usum missionis siamensis publié à Bangkok en 1851 qui précise qu'il est destiné aux missionnaires.

 

Il est aussi l'auteur d'un ouvrage plus facile d'accès pour les non latinistes, mais toujours fondamental, le premier dictionnaire véritablement utilisable, Dictionarium linguae thai – sive siamensis – interpretationae latina, gallica et anglica publié en 1854 par l'Imprimerie impériale. L'ouvrage se présente en cinq colonnes, la première donne le mot en caractères siamois, la seconde sa transcription en phonétique française, la troisième la traduction en latin, la suivante sa traduction en anglais et la dernière sa traduction en anglais.

 

L'Imprimerie impériale a réalisé de très belles fontes et la transcription utilisée marquant les principales caractéristique du siamois, le son de la consonne et des voyelles, la longueur de la syllabe et sa tonalité, n'a pas vieillie d'un pouce et n'est ni pire ni meilleure que les transcriptions utilisées dans les ouvrages modernes d'apprentissage de la langue thaïe. Monseigneur Jean-Louis Vey publiera en 1896 une nouvelle édition de ce dictionnaire précédé d'une très complète introduction grammaticale bilingue français-anglais et après avoir, dans le dictionnaire proprement dit enlevé la colonne du latin.

 

 

Pour reste de besoin le prélat a encore rédigé une Introduction to the siamese language. English-siamese Vocabulary publiée à Bangkok vers 1851 et un English-siamese Vocabulary enlarged. With an introduction to the siamese language and a supplement, publié à Bangkok en 1877.

 

 

 

Avant lui, Monseigneur Louis Lanneau,  second vicaire apostolique du Siam de 1669 à 1696, date de sa mort à Ayuthaya, avait été immédiatement conscient de la nécessité pour les missionnaires de parler non seulement la langue vernaculaire à l’usage de leurs ouailles mais encore le sanskrit et le pâli pour comprendre ou tenter de comprendre la religion locale. Arrivé au Siam en 1664, il y apprit les deux langues sacrées et le langage commun auprès des moines bouddhistes. Il rédigea en siamois de nombreux ouvrages pieux dont les manuscrits ont pour la plupart disparu ainsi que celui d’un dictionnaire siamois, le tout premier, dont le manuscrit dort probablement dans quelque fonds d’archives et celui d’une grammaire dont  il ne reste que quelques feuillets manuscrits rédigés en latin et en caractères latins à une date indéterminée. Sa notice sur le site des archives de Missions étrangères lui attribue un Dictionarium siamense et peguense, sed hoc postremum nondum absolutum est qui aurait été rédigé en 1687, celui dont il ne subsiste que des vestiges manuscrits.

 

Pour ne plus que parler des langues qui nous intéressent, thaï et lao, Monseigneur Marie-Joseph Cuaz, vicaire apostolique au Laos, nous a donné :

un dictionnaire français-Siamois en 1903

un Lexique français-laocien en 1904, Sous ce titre modeste, le prélat  inclu en introductin une volumineuse grammaire de la langue lao et semble avoir été le premier à utiliser des fontes de l'alphabet lao ?

un Manuel de conversation franco-laocienne en 1906, précédés d'un  Essai de dictionnaire français-siamois en 1903.

Nous lui devons Étude sur la langue laocienne en 1904, dans laquelle il nous donne des précisions sur la langue des Saek et celle des So, des ethnies que nous avons rencontrées (6).

 

 

La père Théodore Guinard a publié en 1912 un dictionnaire laotien – français.

 

 

Nous avons par ailleurs rencontré cet aventurier singulier, Marie Ier, qui prétendit se constituer un royaume dans ces territoires alors sans maître situés entre le Siam, ce qui est aujourd’hui le sud du Laos et la chaîne annamitique, peuplés d'ethnies bahnars, sedangs et stengs qui furent évangélisées par des pionniers des Missions étrangères (7).

 

 

Ces populations misérables avaient aussi leurs missionnaires qui prêchaient dans leur jargon qu'ils avaient appris. Ils disaient la messe dans leurs langages et malgré les difficultés de leur apostolat, trouvèrent-ils le temps de le mettre par écrit.

 

Ainsi le père Pierre Dourisboure, missionnaire chez ces vrais sauvages rédigea-t-il en 1889 un Dictionnaire bahnar -français qu'il avait fait précéder en 1870 d'un Vocabularium apud barbaros Bahnar dont le manuscrit se trouve dans les archives des Missions étrangères.

 

 

Ainsi le père Henri Azémar avait-il publié en 1887 un Dictionnaire Stieng. Recueil de 2.500 mots, fait à Bro-lâm en 1865.

 

 

Ce qui me stupéfait, c'est qu'en dépit de leur mission apostolique difficile et couronnée de peu de succès, en dehors de leurs observations linguistiques, ils trouvent le temps d'écrire. Leur érudition et leur curiosité ne se limitait pas aux dictionnaires, grammaires, et comptes rendus linguistiques.

 

On trouve en effet des dizaines et des dizaines de leurs courriers dans les Annales de Missions étrangères ou dans les Annales de la propagation de le foi. Ce sont des revues répandues dans les milieux catholiques, certes mais dont le contenu déborde dans le monde érudit. Toutes les correspondances de monseigneur Pallegoix s'y retrouvent numéro après numéro par dizaines avant de se retrouver réunies au sein de son monumental ouvrage publié en 1854 en deux volumes Histoire du royaume Thai ou Siam, remarquable synthèse de ce que l'on savait à cette époque de ce pays, de son histoire, de ses coutumes et de sa religion. Il publie dans le Journal asiatique, dans le Bulletin de la société géographique de Paris, dans T'oung Pao, dans Excursions et reconnaissances, dans Le tour du monde. Il en est de même pour Monseigneur Cuaz et Monseigneur Vey. Dans les Annales pour la propagation de la foi, par exemple, la revue est mensuelle, entre 1835 et 1929, 150 correspondances proviennent des Missions du Siam. Si tous les auteurs n'en sont pas des rédacteurs de dictionnaire, de grammaire ou de lexique, ils font part de leurs impressions siamoises ou lao. Chacun d'entre eux envoie des nouvelles dans son diocèse d'origine, elles se retrouvent souvent dans les bulletins paroissiaux de leurs paroisses d'origine dont l'inventaire reste probablement à faire.

 

 

Dans son Histoire de la mission de Siam 1662-1811, documents historiques, publiée en deux épais volumes en 1920, Adrien Launay, alors archiviste de la société de Missions étrangères en publie un grand nombre.

 

 

La fin du XIXe et le début du XXe siècle verra l’apparition des explorateurs, ethnographes, administrateurs et militaires qui tous peu ou prou écrivirent ou se crurent autorisés à écrire sur cette question linguistique. La Mission archéologique d’Indo-Chine créée en 1898 à Saigon, devint en l'École française d’Extrême-Orient qui continua les études linguistiques qui ne seront plus l'apanage des missionnaires mais ce n'est plus mon propos !

 

 

La vocation linguistique des prêtres des Missions Étrangère n'est toutefois pas perdue. Stéphane Duina m'a fait découvrir et je l'en remercie, un prêtres de la mission, Victor Hippolyte Larqué, qui a rédigé ce qu'il appelle en toute modestie des Notes de grammaire thaïe, en réalité une véritable grammaire de près de 500 pages datée de 1974. Il avait dans les années précédentes donné des traductions en thaï des Actes de apôtres, des quatre Évangiles et d'autres ouvrages pieux. Il utilise la transcription de Monseigneur Pallegoix à peine modifiée. Elle présente évidemment par rapport à la grammaire du prélat l'avantage d'être écrite en français et non en latin. En dehors de son prédécesseur, il nous dit s'être inspiré de l'ouvrage de Phraya Upakit sinlapasan (พระยาอุปกิตศิลป) Les principes de la langue thaïe (lakphasathai – หลักภาษาไทย) dont la première édition serait de 1949. Les éditions successives sont nombreuses. L'auteur qui finit sa carrière comme chargé de cours spécial au Département de langue thaï et langues orientales de la Faculté des lettres de l'Université Chulalongkorn semble avoir été le grand spécialiste de la langue et de la grammaire thaïe du siècle dernier. L'ouvrage de 700 pages est numérisé sur le site de la Librairie nationale (8).

 

 

L'ouvrage du père Larqué, mort en 1990, connaît une diffusion restreinte, essentiellement – semble-t-il – à l'usage des membres de la MEP nouveaux venus en Thaïlande, prêtres et de nombreux volontaires laïcs. Sitôt arrivés en Thaïlande, il leur faut rester à Bangkok le temps d'y apprendre la langue (9).

 

 

L'objet premier des Missions étrangères était certes de porter la parole du Christ mais aussi de former un clergé et des catéchumènes locaux. Faute de pouvoir le faire en latin, ce ne fut qu’après de longs efforts que la connaissance de la langue permit aux missionnaires de s’adresser aux populations locales. Dans l'historie de l'Église catholique aucun mot n'a eu plus d'importane comme force motrice que cet ordre de marche selon Saint Mathieu “Allez et faites de toutes les nations des disciples”

 

 

SOURCES

 

En dehors du chapitre du professeur Paquement susvisé qui contient une volumineuse bibliographie, le site des archives des Missions Étrangère

https://www.irfa.paris/fr/Nos%20ressources/Archives)

est une ressource inépuisable puisqu'elles contient une longue notice sur les membres de la Mission depuis sa création.

 

Nous avons publié sur notre blog un article en thaï de  Mademoiselle Sutida Tonlerd (สุธิดา ตันเลิศ). Maître de conférences en sciences humaines à la Faculté des arts libéraux au sein de l’Université d’Ubonratchathani, un article sur les missionnaires français à Ubonrachathani : A 275 - มิชชันนารีชาวฝรั่งเศสในเมืองอุบลราชธานี ช่วงปี พ..2409-2453 (« Les missionnaires français dans le mueang d’Ubonrachathani de 1867 à 1910 »)

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2018/09/a-275.2409-2453-les-missionnaires-francais-dans-le-mueang-d-ubonrachathani-de-1867-a-1910.html

 

NOTES

 

(1) Voir nos deux articles

A.58 Les premières grammaires de la langue thaïe.(1ère Partie)

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/article-a-58-les-premieres-grammaires-de-la-langue-thaie-1ere-partie-100840817.html

A.58 Les premières grammaires de la langue thaïe. (2ème Partie)

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/article-a-58-les-premieres-grammaires-de-la-langue-thaie-2eme-partie-100841578.html

 

(2) Voir notre article 03/insolite-21-les-thai-yo-une-ethnie-de-coupeurs-de-tetes.html"INSOLITE 21- LES THAI YO, UNE ETHNIE DE COUPEURS DE TÊTES (?)

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/article-a-58-les-premieres-grammaires-de-la-langue-thaie-2eme-partie-100841578.html

 

Jean Paquement, diplôme de l’École Normale supérieure, agrégé de grammaire est l'auteur de nombreux et très érudits ouvrage ou articles de linguistique  parmi lesquels Plurilinguismes de Thaïlande - Multilinguisme, plurilinguisme et linguistique chez les Phu Thaï du centre du Laos et du nord-est de la Thaïlande : le cas des étudiants phu thaï de l’Université de Savannakhet - Thai Language as the Linguistic Medium in Learning Languages and Code-Switching among Thailand Educated Minority Language Speakers : The Example of Phu Thai Students at the University Level

 

(3) Voir notre article 508-ans-d-amitie-entre-la-thailande-et-le-portugal.html"H 33 - 508 ANS D’AMITIÉ ENTRE LA THAÏLANDE ET LE PORTUGAL - HYPERLINK "https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2019/06/h-33-508-ans-d-amitie-entre-la-thailande-et-le-portugal.html"มิตรภาพ ๕๐๘ ปี ระหว่างประเทศไทยกับโปรตุเกส

hHYPERLINK "https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2019/06/h-33-508-ans-d-amitie-entre-la-thailande-et-le-portugal.html"ttps://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2019/06/h-33-508-ans-d-amitie-entre-la-thailande-et-le-portugal.html

 

(4) Alexandre de Rhodes est le fils d'un Bernardin « de » Rhodes, établi à Avignon à la fin du XVe siècle et d'une Jeanne « de » Tolède . Ce ne sont pas des noms patronymiques mais des indications d'origine. Ils étaient probablement des « marranes », c'est-à-dire juifs convertis que les Rois Catholiques avaient chassé d’Espagne en 1493. Même les conversos qui avaient adopté des prénoms et des noms chrétiens étaient la cible de l'inquisition. Au début du XVIe, les juifs seront chassés de Provence et nombre d’entre eux, particulièrement ceux d'Arles et de Tarascon purent se réfugier au Comtat. dans les États du Pape, ils savaient y trouver la protection dont bénéficiaient depuis des générations les « Juifs du Pape ».

 

L'origine en est probablement Rhodia, que les éruits espagnols situent aujourd'hui en Catalogne qux environs de Rosas ou Rosès, une colonie grecque de Rhode, fondée par les Marseillais durant le second quart du IVe siècle avant Jésus-Christ. Il y avait une communauté juive importante dans la province de Gérone où se situe Rosas. La ville abrite le Museo de Historia de los Judíos de Gerona.

 

 

Sur ce jésuite, voir la longue notice de l'incontournable Barjavel Bio-bibliographie vauclusienne – Dictionnaire historique, biographique et bibliographie du département de Vaucluse, de 1841. Les Mémoires de l'Académie de Vaucluse ont publié plusieurs articles sur ce Jésuite avignonnais

 

(5) Voir notre article A 365 - LA SINGULIÈRE UTILISATION DE LA GRAMMAIRE LATINE PAR LA GRAMMAIRE THAÏE.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2020/04/a-365-la-singuliere-utilisation-de-la-grammaire-latine-par-la-grammaire-thaie.html

 

(6) Voir nos articles

INSOLITE 12- LA LANGUE DES SAEK DE NAKHON PHANOM, UN VESTIGE DE LA PROTOHISTOIRE ?

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2017/01/insolite-12-la-langue-des-saek-de-nakhon-phanom-un-vestige-de-la-protohistoire.html

INSOLITE 13 - L’ETHNIE SO DE L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE)

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2017/01/insolite-13-l-ethnie-so-de-l-isan-nord-est-de-la-thailande.html

 

(7) Voir nos articles

A 247 - LA COURONNE DU ROI DES SÉDANGS CHERCHE UNE TÊTE SUR LAQUELLE SE POSER.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2017/12/a-247-la-couronne-du-roi-des-sedangs-cherche-une-tete-sur-laquelle-se-poser.html

 

UN FRANÇAIS, « MARIE Ier », ROI « IN PARTIBUS » DES MOÏS ET DES SÉDANGS, « GLORIA IN EXCELSIS MARIA » !

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2016/10/un-francais-marie-ier-roi-in-partibus-des-mois-et-des-sedangs-gloria-in-excelsis-maria.html

 

A 321 - ANDRÉ MALRAUX FASCINÉ PAR DAVID DE MAYRENA, « MARIE 1er » ROI DES SÉDANGS ?

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2019/07/a-321-andre-malraux-fascine-par-david-de-mayrena-marie-1er-roi-des-sedangs.html

 

(8) http://164.115.27.97/digital/items/show/10701

 

(9) Aujourd'hui, les 10 sièges épiscopaux du pays sont tous pourvus par des Thaïs. Une vingtaine de prêtres des MEP de Thaïlande sont présents dans quatre diocèses et travaillent sous leur autorité. Certains poursuivent leur service pastoral en paroisse : trois dans le diocèse de Bangkok, deux dans celui de Nakhon Ratchasima, huit dans celui de Nakon Sawan et neuf dans celui d'Ubon Ratchathani. Trois d'entre eux travaillent respectivement auprès des Karens birmans illégaux et des Karens thaïs dans le vaste diocèse de Nakhon Sawan après avoir été formés à Bangkok aux langues thaïe et karène. Je n'ai pas de chiffres récents, ceux-ci sont donnés dans un article de La Croix du 11 janvier 2008 (https://www.la-croix.com/Religion/Actualite/Les-Missions-etrangeres-de-Paris-une-aventure-de-la-foi-_NG_-2008-01-11-667376).

 

Il ne semble pas que les prêtres des missions étrangères se soient consacré à la langue des Karens. Ce fut l’œuvre des missionnaires baptistes américains de Birmanie, sauf erreur, le premier dictionnaire daté de 1883, The Anglo-Karen dictionary est signé de J. Wade et fut publié à Rangoon.

 

 

 


 
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11 juillet 2021 7 11 /07 /juillet /2021 03:31

 

La tradition du bouddhisme Théravada qui est celui de la Thaïlande situe la naissance de Bouddha en 623 et sa mort en 543 av. J.-C. C’est à partir de l’année de sa mort que l’on compte les années. Nous sommes donc en 2564 (2021 + 543). Qu’en est-il exactement ?

 

 

Il est plus aisé de parler du bouddhisme que de Bouddha. D'un côté, nous avons  surabondance de textes et de commentaires échelonnés sur vingt-cinq siècles. En ce qui concerne la vie terrestre, les récits sont également surabondants et sont le plus souvent la narration de prodiges issus de l’imagination des narrateurs. Tous rivalisent de surenchères dans  l'hyperbole et en général l'invraisemblance.

 

 

L’historicité de Bouddha ne peut actuellement plus être mise en doute. Bouddha n’est pas un nom mais désigne celui qui  a atteint le stade le plus élevé de l’évolution spirituelle.

 

 

Il portait en réalité un nom de tribu et un nom de famille en dehors d’une multitude d’autres appellations générées par son éveil. Il appartenait à la vaste tribu des Sakya, dont la capitale était Kapilavatthu, située à la frontière de l’Inde et du Népal actuels. Il lui fut donc souvent attribué le nom de Sakya-muni, « le sage Sakya ». Son nom de famille était celui de son clan Gautama.

 

 

Disparu de l'Inde après le XI siècle, le bouddhisme n'intéressa plus les érudits indiens qui se consacrèrent à l’étude des Védas.

 

 

Ce sont les chercheurs européens qui rencontraient le bouddhisme à peu près partout sauf aux Indes, sous des formes variées selon les peuples et les latitudes qui s’intéressèrent au personnage.

 

 

Ce fut une des grandes occupations de l'Indologie à partir du XIXe et encore de nos jours après la découverte des langues sacrées, sanskrit et pali  au siècle dernier dans le monde érudit.

 

 

De cette volumineuse littérature, ils retirèrent plus qu’une biographie, une légende de Bouddha, les récits de ses vies antérieures, son enseignement oral et une multitude de commentaires. Monseigneur Pallegoix en donne un raccourci percutant : «  Dans les livres sacrés des bouddhistes,  on compte environ cinq cent cinquante générations ou histoires de Bouddha, qu'on dit avoir été racontées par lui-même; ce sont autant de contes ridicules qui représentent Bouddha tantôt comme naga ou serpent, tantôt comme roi des éléphants blancs, moineau, cigogne, singe, bœuf, tortue, cygne, lion, etc. Il a passé par les corps de toutes sortes d'animaux et surtout d'animaux blancs; mais toujours il a été à la tête de ceux de son espèce. Il a aussi été homme dans plusieurs de ses générations il a été ange dans les différents degrés des cieux. Il a même passé plusieurs milliers d'années dans les enfers; enfin il est né roi, et c'est dans cette condition qu'il est parvenu à la sainteté parfaite. »(1).

 

 

Les critiques occidentaux cherchèrent bien à aller plus loin, mais la question de la datation de la vie de Bouddha continua à se poser.

 

 

Sans entrer dans le détail, les traditions chinoises sont contradictoires entre elles,  tantôt de 1029 à 949 av. J.-C., tantôt de 958-878 av. J.-C., ou encore de  686  à 476 av. J.-C. Les Japonais ont d’autres sources, de 463 à 383 av. J.-C. Pour les Tibétains, les dates sont de 961 à 881 av. J.-C.

 

La lecture de quelques ouvrages provenant d’érudits indianistes ne m’a guère éclairé :

 

L’Encyclopédie du bouddhisme publiée en 1990 le fait mourir en 480 av. J.-C.  (2).

Entre 1029 et 950  av. J.-C. nous dit La Châtre (3).

Monseigneur Bigandet le fait mourir  en 437 av. J.-C. (4)

Sophie Egoroff nous dit qu’il vécut vers 390-320 av. J.-C. (5)

Le grand Emile Burnouf situe sa mort en 547 av. J.-C., opinion à laquelle se rallie Pierre Larousse dans son dictionnaire encyclopédique du XIXe siècle (6). 


Monseigneur Pallegoix pour sa part, qui s’est livré à une analyse méticuleuse du bouddhisme et de son histoire écrit : « D'après les calculs des bouddhistes, admis par la plupart des savants, Phra Codom serait né dans une ville de l'Inde appelée Kabilaphat, environ l'an 543 avant Jésus-Christ », mais il est probable qu'il ait confondu l'année de sa naissance et l'année de sa mort. (1)

 

 

L'époque de la mort de Bouddha est donc un point sur lequel ne s'accordent pas les diverses nations professant le Bouddhisme bien que notre tradition Théravada la situe à  peu après au milieu du sixième siècle avant notre ère. Si les Tibétains, les Mongols et les Chinois, placent cet événement plusieurs centaines d'années avant la date susmentionnée et malgré cette divergence, il semble difficile de ne pas adopter la chronologie des Bouddhistes du Sud que nous sommes. Les savants qui ont apporté un degré considérable d'attention à ce sujet, donnent une préférence à  cette opinion, en se rapportant  aux tables chronologiques de rois fournies par les Hindous et aux auteurs grecs qui fournissent indirectement une époque fixée et bien établie avec un degré suffisant de certitude. Après la mort d'Alexandre le Grand, Sélecus, un de ses lieutenants, obtint pour sa part toutes les provinces situées à l'est de l'Euphrate, dans lesquelles étaient inclus les territoires indiens conquis.

 

 

D'abord en personne puis par un ambassadeur, il entra en relations avec un puissant roi Indien, nommé Chandragoupta, qui avait le siège de son empire à Palibolra ou Patalipoutra.

 

 

Ce commerce eut lieu environ 310 ans avant Jésus-Christ. Les tables chronologiques Hindoues mentionnent le nom de ce prince aussi bien que celui de son petit-fils, nommé Athoka, qui, d'après le témoignage des auteurs hindous monta sur le trône de Palibotra 218 ans après la mort de Gautama. Les traditions et les anciennes inscriptions en sanskrit ou en pali ne laissent à peu près aucun doute sur le fait que Gautama mourut sous le règne d'Adzatathat, que les chronologistes Hindous placent le règne de ce monarque environ 250 ou 260 ans avant celui de Chandragoupta, contemporain de Séleucus.

 

 

Les étrangers et les indigènes situent donc la mort du maître durant la première partie du sixième siècle avant l'ère Chrétienne, ou au commencement de la quatrième partie du cinquième siècle, Une très érudite analyse de l'universitaire Srilankais Oliver Abeynayake,, titulaire de la chaire de Bouddhisme et de Pali à l'Université de Sri Lanka au vu d'études méticuleuses des inscriptions épigraphiques et des manuscrits Pali et Sanskrit recueillis par les Anglais lors de la colonisation de l'Inde et du Népal le conduit à retenir pour date de la mort de Bouddha celle de 544 avant notre ère. 543 ou 544 avant Jésus-Christ, l'erreur est dérisoire pour une religion qui a plus de 2500 ans (7).

 

Mais il se greffe une autre difficulté chronologique, c’est que nous situons toutes ces dates « avant Jésus-Christ » alors que nous ignorons toujours la date exacte de la naissance du sauveur de l'humanité ! Il a été depuis longtemps convenu que le premier millénaire avait débuté l'an 1 lui-même commençant l'année suivante la naissance du Christ au solstice d'hiver c'est à dire au 25 décembre. Or, il est acquis que le Christ n'est pas né quelques jours avant le début de l'an I. Tout autant que pour la date de la mort de Bouddha, les spécialistes se déchirent !

 

 

L'historicité du Christ n'est actuellement plus sérieusement mise en doute. Les historiens romains, Tacite ou Suétone, ont parlé de cet agitateur juif mis à mort sous le proconsulat de Ponce-Pilate et sous le règne de l'empereur Tibère. Les Romains ayant des historiens et une chronologie bien établie, commençant le 21 avril de la fondation de Rome en 753 avant notre ère. Or, il est une quasi-certitude historique, c'est que la naissance du Christ a eu lieu sous le règne du roi Hérode dont les historiens romains situent la mort en 749 de leur chronologie c'est à dire 4 ans avant la naissance du Christ.

 

 

Les autres évènements permettant de dater cette naissance donnent lieu à des interprétations contradictoires. Les parents du Christ s'étaient déplacés à l'occasion d'un recensement mais il y en eut plusieurs.

 

 

Les  mages sont venus probablement de Chaldée à l'occasion d'un phénomène astronomique mais il y en eut également plusieurs dans les années précédant la naissance du Christ (conjonctions de planètes ou comète).

 

 

Mieux vaut donc parler  « d'avant notre ère » laquelle a commencé en l'an UN puisqu'il n'y a pas d'année zéro pour les historiens à l'inverse des scientifiques (8).

 

Restons-en là et ne récrivons pas la longue chronologie de l'histoire du monde en faisant démarrer notre ère non à la date présumée de la naissance du Christ mais à sa date réelle qui se situerait entre -7 et -4 !

 

 

NOTES

 

(1) Monseigneur Jean-Baptiste Pallegoix «  Du royaume thaï ou Siam », à Paris, 1854,

(2) « Dictionnaire du bouddhisme », Encyclopédia Universalis, chez Albin Michel, 1990.

(3)« Le Grand dictionnaire Universel de La Châtre (1869).

(4)« Vie et légende de Gautama, le Bouddha des Birmans » (1878),

(5)« Bouddha-Cakya-Mouni, personnage historique qui a vécu vers 390-320 avant Jésus-Christ, premier sublime socialiste, sa vie et ses prédications, son influence bienfaisante sur la civilisation du monde entier » 1906.

(6) « Introduction à l’histoire du bouddhisme indien » (1876)

 

(7) Cette étude qui est destinée à déterminer la date exacte à laquelle Bouddha a atteint l'illumination a été publiée en 2011 et repose sur une impressionnante recherche épigraphique et bibliographique « The Emergence of Buddhism and the 2,600th Anniversary of the Buddha's enlightenment ». Il est numérisé:

https://www.academia.edu/8361561/The_Emergence_of_Buddhism_and_the_2_600_Oliver_Abenayaka

 

(8) On est donc dans l'histoire passé de l'an – 1 à l'an + 1. Le premier siècle d’un calendrier chrétien est l’intervalle de temps d’une durée de cent ans commençant en l’instant zéro qui n'est pas l'année zéro. Il s’étend donc de l’an 1 à l’an 100 inclus. Les siècles suivants s’étendent ainsi de l’an 101 à l’an 200 inclus, de l’an 201 à l’an 300 inclus, de l’an 301 à l’an 400 inclus, de l’an 401 à l’an 500 inclus... du 1er janvier de l’an 1801 au 31 décembre de l’an 1900 inclus, du 1er janvier de l’an 1901 au 31 décembre de l’an 2000 inclus. Nous sommes donc entrés dans le troisième millénaire le 1er janvier 2001, et non le 1er janvier 2000 contrairement à tout ce qui a été claironné à l'époque. Quand Arthur C. Clarke écrit « 2001, l'Odyssée de l'espace », il choisit pour la date de son intrigue... la première année du troisième millénaire.

 

 

 

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