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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

25 septembre 2022 7 25 /09 /septembre /2022 04:33

 

Le manora (มโนราห์), est un spectacle drame dansé, danse vivante souvent acrobatique accompagnée de chants improvisés, spécifique au sud de la Thaïlande et aux provinces autrefois siamoises de l’extrême nord de la Malaisie. Souvent appelé nora (โนรา) cela tient uniquement au fait que les Thaïs du sud on la coutume d’avaler la première syllabe des mots qui en comptent plusieurs ce qui rend la dialogue parfois difficile.

 

 

 

Le terme désigne aussi bien la danse que les danseurs. Leur costume est très particulier, l’élément essentiel en est la tiare appelée soet (เทริด) en sus des décorations perlées sur le haut du corps.

 

 

Malgré la concurrence du cinéma et de la télévision, le spectacle reste très populaire. Cette tradition régionale spécifique est inconnue dans le reste du pays. Les costumes obéissent à un rituel précis, pas de fantaisie, le rituel est précis, il y a 14 règles à respecter et leur confection est un art qui se qui se transmet de génération en génération.

 

 

Je n’ai aucune compétence en matières chorégraphique, théâtrale ou musicale.

Par contre, m’’intéressant à sa provenance, j’ai découvert plusieurs légendes sur des origines venues du ciel, les noms propres peuvent changer mais la plupart les font remonter au grand sud. Il s’agit de ces légendes dont le Thaïs, tout au moins ceux du pays profond, restent attachés et peuvent croire dur comme fer, même si nos esprits occidentaux cartésiens peuvent avoir quelques difficultés à leur attribuer une valeur historique !

 

L’une d’entre elle raconte que le prince de Phatthalung (เจ้าเมืองพัทลุง) s'appelait phraya saifafat (พระยา สายฟ้าฟาด

 

 

et avait une fille nommée Si Mala (ศรีมาลา) qui était une remarquable danseuse. Elle se trouva un jour enceinte sans être mariée, une créature céleste s’étant incarné en son sein. Malgré les affirmations des augures selon lesquelles nul être de la race des hommes n’avait approché la princesse et par crainte du scandale, le prince résolut de l’exiler. Elle fut placée sur un radeau que l’on laissa flotter à la dérive au gré du courant.

 

 

Elle arriva bientôt à la mer et, poussée par les brises que firent surgir les créatures célestes, atteignit une grande île. C’est là que, dans un pavillon élevé par miracle, la princesse mit au jour un fils le 15e jour de la lune croissante du sixième mois de l’année du rat. Les divinités en soufflant sur des fleurs célestes créèrent trois femmes qu’elles donnèrent comme nourrice et gardiennes. L’enfant grandit en pleine nature et aimait courir les bois avec ses gardiennes. Un jour, loin dans la forêt, ils arrivèrent près d’un lac ou 400 kinaris (thep kinari - เทพกินรี), ou femmes-oiseaux prenaient leurs ébats et dansaient avec grâce. L’image en resta gravée dans l’esprit des gardiennes.

 

 

Quand il eut atteint sa neuvième année, les créatures célestes lui donnèrent le nom de Thep Singhon (เทพสิงหล).

 

 

Puis, prenant un rocher, elles le transformèrent en un homme à qui elles donnèrent un masque de chasseur en métal précieux. Ainsi fut créé le chasseur qui devint le maître et le compagnon. Pendant une année, il lui enseigna le chant et la danse. Un jour qu’ils étaient endormis tous deux sous un arbre, ils eurent un rêve : des créatures célestes dansèrent et tout en dansant chantèrent les noms des différents attitudes. Ils imaginèrent alors de créer deux tambours, le klong (กลองกลอง)

 

 

et le tap (กลองทับ).

 

Une des créatures céleste se métamorphosa en homme et devint le maître (ตรู – khru souvent transcrit gourou), créateur du manora.

 

 

A leur réveil, le chasseur et le prince se rappelèrent de douze des danses qui leur avaient été révélées pendant leur sommeil. Sur le sol, ils virent les instruments de musique. Près d’eux se tenait le maître qu’ils saluèrent comme tel puis retournèrent à leur demeure. Peu de temps après, les créatures célestes créèrent un navire sur lequel s’embarquèrent la princesse, Thep Singhon, le chasseur et les gardiennes. Les vents favorables poussèrent l’esquif jusque dans leur pays. De là, la troupe alla par tout le pays de maison en maison, chanter et danser comme ils en avaient eu la révélation. Le peuple s’enthousiasma pour ce spectacle et la renommée parvient aux oreilles du roi. Celui-ci fit mander les danseurs et reconnut sa fille. Ayant appris toutes ces aventures, il fit donner à Thep Singhon des ornements royaux, en particulier la tiare royale, le soet (เทริด).

 

 

Une autre version toutefois dit que cette coiffure fut envoyée du haut des cieux par les créatures célestes par un fil blanc torsadé ?

Il lui donna pour mission de jouer le manora pour enseigner aux générations futures la tradition reçue des créatures célestes.
 

 

Le manora est donc né d’une intervention divine miraculeuse. Cette légende dont l’origine est incertaine, quelle que soit sa version, fait de ce spectacle danse une révélation des Dieux.

Les sujet de la pièce peuvent être des scènes des Jatakas, les vies antérieures de Bouddha, du Ramakian encore ou tout simplement de légendes intemporelles datant probablement d’une époque antérieure au bouddhisme, nous en avons étudiées deux (1)

 

 

Le nora fait l’objet d’une remarquable exhaustive étude de Christine Hemmet « Le Nora du sud de la Thaïlande, un culte auix ancêtres » publié dans le bulletin de l’école française d’extrême orient de 1992, tome 79 n°2.

Les deux autres représentatives du patrimoine culturel de l’humanité de Thaïlande sont le Khon, théâtre masqué et dansé en 2018 et le Nuad Thaï, massage thaïlandais traditionnel, en 2019.

 

NOTE

A 271- พระสุธน - มโนราห์ - L’HISTOIRE DE PHRA SUTHON ET DE MANORA – UNE LÉGENDE POPULAIRE DE LA THAÏLANDE

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2018/08/a-271-l-histoire-de-phra-suthon-et-de-manora.html

 

 

A 368- LA LÉGENDE DE SITTHATHEP, « LA HACHE CÉLESTE AU VISAGE NOIR » (ขวางฟ้าหน้าดำ - KWANGFANADAM)

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2020/04/a-368-la-legende-de-sitthathep-la-hache-celeste-au-visage-noir-kwangfanadam.html

 

 


 


 


 

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14 août 2022 7 14 /08 /août /2022 03:50

 

Le voyageur curieux – et argenté – qui parcourait le monde dans les premières décennies du siècle dernier et au siècle précédent n’était pas sans ressources. Il avait naturellement en poche l’incontournable guide Baedeker le plus souvent en anglais ou en allemand, parfois en français. On ne part pas alors visiter le monde sans son Baedeker en poche. Malheureusement pour celui qui voulait visiter le Siam et ne parlait pas langue de Goethe, la seule édition concernant le pays, « Indien » incluant les Indes, la Birmanie, la Malaisie, Java et le Siam n’a été publiée à Leipzig qu’en 1914 en allemand et nous n’avons pas pu la consulter. Mais nous avons notre « Baedeker » français, Claudius Madrolle, qui concurrençait avec avantage Baedeker puisqu’il le faisait en français. Trois de ses publications concernent le Siam mais seule celle de 1902 nous concerne (1). Il a pour nous un avantage exceptionnel par rapport aux guides allemands, c’est que – indépendamment des précisions historiques, linguistiques et culturelles puisées aux meilleures sources, les érudits de l’École française d’extrême orient, Georges Coédès en particulier – et d’une solide bibliographie, Madrolle a systématiquement arpenté lui-même les sites qu’il nous décrit, dans des conditions inconcevables aujourd’hui comme nous allons le voir.

 

 

 

Qui visite alors le Siam ? Ceux qui y sont appelés par leurs fonctions, les missionnaires au premier chef qui ont sur les suivants le mérite d'avoir appris la langue avant leur arrivée et bénéficient d'une structure d'accueil. Les employés de la mission diplomatique et quelque employés de société françaises. Il y a 205 français au Siam en 1902. Ceux qui participent à des missions d'exploration, d'architecture, d’archéologie bénéficient de l'appui des autorités coloniales indochinoise, guides, porteurs, interprètes, escorte armée parfois. Les autres sont de riches oisifs avides de découvrir le monde et ont des relations puissantes. La Marquis de Beauvoir accompagne le Duc de Penthièvre en 1878, le Prince Henry d'Orléans en 1892, ils seront reçus par le roi. Noblesse oblige... Isabelle Massieu en 1901, oisive, curieuse et riche, même si elle n'est pas reçu au Palais royal l'est à l'ambassade avec déroulement du tapis rouge. Madrolle est riche, explorateur. et cartographe, j'ai donné quelques éléments sur sa vie dans un précédent article (2).

 

 

Comment voyager alors au Siam ?

 

Par route ? Que nous dit Madrolle encore en 1926 ? « Routes : Le Siam ne possède pas encore de routes comparables à celles de l'Indochine ou de la Malaisie : il n'est même pas possible de sortir de Bangkok en automobile. Cependant, quelques voies routières ont été aménagées dans certaines provinces. Dans l'est, Khorat est le point de départ d'une série de pistes routières rayonnant vers le nord-est où il serait imprudent de s'aventurer avec une automobile ». Ces pistes ne sont praticables que 6 mois de l’année et les trajets doivent s’effectuer alors par voie d’eau ou en char tiré par des buffles dont la vitesse est de 2 kilomètres à l’heure.

 

 

En chemin de fer ? En 1902, le réseau qui s’étoffera dans les années suivantes. De Bangkok, une ligne de 20 kilomètres part vers le sud jusqu’à Paknam. Une autre rejoint Khorat sur 265 kilomètres et 10 heures de trajet. Une autre enfin à 90 kilomètres de Bangkok rejoint Nakhonsawan. La ligne vers Rachaburi et Petchaburi est alors en construction.

 

Hors Bangkok, la structure hôtelière est inexistante, il ne reste que la solution de s’installer dans une sala peu confortable. Lorsque Madrolle ira visiter le site archéologique de Phimai, il nous apprend que depuis la construction d’un vice-consulat à Khorat, le vice-consul héberge ses compatriotes voyageurs.

 

 

Les voyages de Madrolle tiennent plus de l'exploration que du tourisme proprement dit : une rigoureuse préparation et des guides locaux indigènes et interprètes restent souvent indispensables; la fatigue et les maladies, monnaie courante.

 

 

Mais avant de visiter le Siam, encore faut-il s’y rendre. Il n'y a que la voie de mer

 

Et il faut obligatoirement passer par Saigon. En 1902, la colonie reste difficile d'accès. Seules trois compagnies de navigation offrent le voyage de Marseille à Saigon, soit les Messageries Maritimes, la Compagnie nationale de navigation et les Chargeurs Réunis, qui font la navette mensuellement. Autrement, il faut avoir recours aux navires étrangers pour se rendre d'abord ailleurs en Extrême-Orient (Singapour, Hong Kong, Yokohama) et ensuite attraper la connexion d'une compagnie obligatoirement française; aucune compagnie étrangère n'offre d'escale à Saigon ou Hanoï. Les services sont en général bimensuels.

 

Le trajet depuis Marseille est le suivant d'escales à escales puisqu'il faut faire le plein de charbon: De Marseille à Port-Saïd : 1510 miles – De Port Saïd à Djibouti ; 1224 miles – De Djibouti à Colombo 2217 miles : De Colombo à Singapour : 1570 miles – De Singapour à Saïgon : 648 miles et 1.500 miles de plus jusqu'à Saigon soit un périple de 7.249 miles marins soit 13.425 kilomètres

 

 

Madrolle nous donne un devis significatif : il faut beaucoup de temps et beaucoup d’argent ! Le voyage dure jusqu'à Bangkok un peu moins d'un mois et le prix du passage aller-retour, nourriture et logement, est en première classe de 2.813 de nos anciens francs et de 1.913 en seconde. Les navires comportent 4 classes, les deux dernières étaient probablement destinées aux transports de troupes. Le passager de 1ère classe a droit à 150 kilos de bagages, les autres 75.

 

En première classe tout au moins, une cinquantaine de cabines avec toutes les installations modernes : grand salon, cabines à deux couchettes, cabines pour dames seules, fumoir, salles de bain, glacière.

 

 

L’étude de divers comparateurs dont celui de l’INSEE qui est probablement le meilleur nous apprend que ce bon vieil ancien franc que nous avons connu pèse aujourd’hui (2021) 4,06 euros.

 

Le voyage en première classe vaut donc de 11.420 euros ....e

 

 

 

...et en seconde de près de 7.800 euros.

 

Quels sont les salaires ou émoluments à Paris au début du siècle dernier ? Une cuisinière gagne 350 francs par an, un domestique, 500 francs, les garçons de café ne sont payés qu’au pourboire. Pour ceux qui ont eu la chance d’avoir suivi des études et d’exercer une profession plus privilégiée, un instituteur débutant gagne 875 francs par an, un juge débutant 1.833 francs l’an, dans la justice, le traitement moyen est de 5.000 francs par an. Le prix du voyage le rend donc inaccessible au commun des mortels.

 

Madrolle y ajoute 100 francs de faux frais (406 euros) tout au long du voyage. Qui, fut-il haut magistrat- à la condition qu’il en ait les loisirs, consacrera 6 mois de ses revenus à ce voyage ?

 

Avant l’arrivée à Saigon, parlons de deux monnaies que nous allons voir apparaître. Le bath s’appelle alors le tical et – bien que ce soit sujet à variation - on peut estimer sa contre-valeur à 1,50 francs soit environ 6,10 euros.

 

 

La piastre indochinoise, la fameuse piastre d’argent est également sujette à variations mais on peut d’estimer en moyenne à 1,75 francs soit un peu plus de 7 euros.

 

 

Ces données restent toutefois incertaines d’autant plus que ces dates sont anciennes, je pense qu’il faut les retenir avec une incertitude de plus ou moins 20 % mais elles nous donnent une bonne approximation.


Arrivé à Saigon, le voyageur devra prévoir d’y rester un « certain temps » puisque Bangkok est desservi par la Compagnie de Navigation « Messageries fluviales de Cochinchine » seulement deux fois par mois.

 

 

Le trajet est d’environ deux jours et demi avec deux escales dans la colonie et une autre à Chantaboun avant l’arrivée à Bangkok. C’est un trajet de plus de 1.500 miles, ne l’oublions pas. Madrolle nous donne – en dehors des curiosités à visiter dans la ville, quelques prix : Par exemple, au Grand Hôtel continental la pension dans une chambre confortable coûte de 3 à 4 piastres soit entre 21 et 28 euros. Le prix du trajet est de 200 francs en premières classes et 120 en secondes (812 et 487 euros).

 

 

Arrivé à Bangkok, le courrier français jette l'ancre entre la Légation de France et la Douane siamoise. Les douaniers montent à bord. On devra faire visiter ses bagages et solder les droits d'entrée avant d'être autorisé à les faire débarquer. Les armes sont souvent une cause d'ennuis. De nombreuses barques entourent le vapeur pour conduire à terre passagers et colis.

 

Madrolle signale au premier chef l’Hôtel Oriental dont les taris ont bien changé depuis lors : La pension coûte de 10 à 18 ticals soit environ 40 et 73 euros et 26 ticals pour un couple (105 euro), il voyage en général avec son épouse.

 

 

Par comparaison, pour le voyauer qui doit s'embarquer à Masreille, Madrolle signale Grand Hôtel de Noiailles, alors le plus luxueux de la ville dont le prix des chambres varie de 4 à 16 francs (de 16 à 65 euros) et les repas de 4 à 6 francs (24 euros)

 

 

Il est une formalité signalée : Pour pénétrer dans le Palais royal ou dans la plupart des principaux monuments (pagodes), il faudra une autorisation spéciale demandée par l'intermédiaire du consulat. L’hôtel choisi a le mérite d’en être voisin. Pour circuler dans la ville, on peut pour ses loisirs louer une voiture à deux chevaux pour la journée à 8 ticals soit 33 euros. C’est probablement le transport choisi par Madrolle. Je ne vais pas décrire sa visite – d’ailleurs émerveillée - de Bangkok mais ce qu’il en dit et qu’on ne trouve pas volontiers sinon jamais ailleurs. Accompagné d’un guide, probablement fourni par l’hôtel, en dehors des marchés, il visite de Wat Cham Thevi,

 

 

le Wat Phra kaeo,

 

 

le Wat Mathat,

 

 

le Wat Pho,

 

 

le Wat Saket

 

 

et la ville royale.

 

 

Sa déception commence sur les klongs ou l’on voyage tant mais qui ne remplissent que partiellement leur rôle d’égout collecteur quand la marée est haute mais nullement quand elle est basse, la vue et l’odorat sont offensés. La Venise de l’Orient y perd son charme. Bangkok est une ville qui pue, on pisse et on défèque partout, jusqu’aux porte des temples et des bâtiments royaux. Les klongs qui servent d’égouts y sont le vecteur essentiel des épidémies endémiques de typhus et de choléra.

 

 

Il est permis de penser que lors de son séjour conjugal à Bangkok, Madrolle a passé quelques jours dans les fastes de l’Hôtel Oriental ?

 

 

Une visite à Ayuthaya s’impose : 70 kilomètres, il conseille le voyage par le fleuve en louant une chaloupe à la journée et en prenant la précaution de prendre ses vivres. Le trajet prend de 7 à 9 heures à l’aller et 5 à la descente, de 20 à 25 ticals environ 80 ou 100 euros.

 

Le trajet en chemin de fer, deux ou trois heures, est moins pittoresque et moins onéreux ; 3 ticals pour les premières, 2 pour les seconde et 1 pour les troisièmes (12, 8 et 4 euros).

 

Le touriste est immédiatement attiré par les ruines de l'ancienne capitale, tristement abandonnées aux ravages du temps. Il faut les découvrir dans l'épaisse et vigoureuse végétation qui les a envahies et, en présence de leur importance, on demeure étonné de la facilité et de l'indifférence avec laquelle ce peuple siamois abandonne de si beaux édifices pour porter ses affections sur de nouvelles constructions. Quelqu'un a dit qu'au Siam on n'entretient pas les pagodes; quand elles menacent ruine, on en construit de nouvelles. Cette réflexion de Madrolle est judicieuse et toujours d’actualité mais – faut-il le préciser – si un bon bouddhiste préfère construire plutôt que rénover, c’est pour la raison essentielle qu’il gagnera plus de mérites pour sa prochaine vie.

 

Le devis global donné par Madrolle concernant un séjour de deux mois en Indochine dont il évalue le coût à 1500 francs (6.000 euros), celui du voyage proprement dit et celui du voyage à Bangkok et les « faux frais » à environ 4000 francs (environ 16.000 euros). Si l’on remplace les 500 francs de séjour en Indochine par quelques jours à Bangkok, la note restera sérieuse.

 

Nous ignorons combien de « touristes » recevait le Siam en 1902 ? Une enquête du Touring club de France fait état d'un maigre cumul de 150 touristes qui débarquent annuellement en Indochine en 1913

Vers le tourisme « de masse » ?

 

Le développement de l’aviation ne va toutefois pas ouvrir la Thaïlande au grand tourisme. S’il y eut des vols ponctuels en direction de l’Indochine avec escale à Bangkok, la première ligne commerciale fut créée par Air-Orient qui sera ensuite reprise par Air France. Les conditions même de ce vol laissent à penser que les passagers ne l’empruntaient pas par plaisir mais par obligation.

 

 

Le 4 août 1938, une liaison par semaine de Marseille à Hanoï est assurée en Dewoïtine 338. Le voyage dure 7 jours avec 14 escales dont 6 de nuit : la première à Tunis, la deuxième à Alexandrie après escales à Tripoli et Benghasi, la troisième à Bagdad après escales à Beyrouth et Alep, la quatrième à Karachi après escales à Bouchir et Djask, la cinquième à Calcutta après Jodhpur et Allahabad, enfin la sixième à Rangoon après escale à Akyab. Le septième jour, le vol atteignait Hanoï après escale à Bangkok et continuer ensuite jusqu’au terminus de Hong Kong. Sur les lognues distances, l'appareil contient 12 fauteuils-couchettes. Si Madrolle profitait des nombreuses escales de ses longs voyages pour visiter le pays, nos passagers n’en n’ont pas le loisir.

 

 

 

Le Dewoïtine 338 était un trimoteur performant pour l’époque (vitesse 260 km/h, rayon d’action 1950 km, altitude de croisière 3000 m) mais il offrait une faible charge marchande (2700 kg). Pour les 12 passagers qu’il transportait sur les lignes d’Extrême-Orient, la charge disponible pour le barman, une glacière, 5kg de glace, des boissons plus quelques conserves, s’élevait à 80 kg ! Cette limite excluait tout agent européen d’un poids moyen de 65 à 75 kg. Le barman est donc choisi en fonction de son poids ! Afin de limiter les temps de voyage, déjà assez longs par eux-mêmes, le barman était contraint de faire embarquer les passagers pendant la mise en marche et le chauffage des moteurs (les moteurs à piston de l’époque nécessitaient une période de montée en température de dix à vingt minutes avant le point fixe et le décollage) et ce, à quelques mètres des pots d’échappement : ils étaient complètement dans l’ambiance aéronautique des pionniers avec bruit, souffle, fumée, poussières ! Ces vols, effectués de jour, suivaient principalement les côtes. Ils pouvaient être très pénibles, en particulier en période de mousson (les fronts nuageux s’élèvent jusqu’à 9000 m, alors que le plafond du Dewoitine 338 était limité à 3000 m). La vitesse de croisière de 260 km/h laissait s’écouler les gouttes de pluie sur les hublots. Pour les repas, le barman commandait des cartons-repas froids aux escales et en assurait le service dès l’atteinte de l’altitude de croisière. Son strapontin servait de poubelle ! Le soir, les passagers et l’équipage dînaient à l’hôtel. Le barman s’assurait que les passagers avaient bien les bagages nécessaires pour la nuit, après avoir procédé à leur débarquement au moyen de l’escabeau de l’avion.

 

Le 2 juin 1954 (enfin !) Air France qui a repris ses activités après guerre relie Paris à Bangkok en Constellation en 34 h 50 et 5 escales. Il y a un vol par semaine. Les précisions ci-dessus sont extraites de la belle brochure diffusée par Air-France à l'occasion des cérémonies en commémorant le cinquantenaire.

 

En 1972, la même compagnie propose le vol AR Paris-Bangkok pour 6.040 francs en classe économique mais par sa filiale Jets Tours un séjour de 8 jours à Bangkok pour 1900 francs. Un franc de 1972 correspond à peu près à un euro 2021.

 

Une formidable croissance va catapulter le tourisme parmi les plus importantes activités économiques de la Thaïlande facilité en partit tout au moins par le départ des Américains qui ont laissé leurs infrastructures, les batiments pour loger leurs troupes qui furent jusqu'à 500.000, devenus hôtels et les aéroports, Don Muang, Khonkaen, Utapao, Udonthani qui ne servent plus au départ des bombardiers mais à l'accueil des touristes et du fret..

 

Les Guides touristiques se sont multipliés, je n'en cite aucun, ils vont du meilleur au pire, certains tutoient le néant sans parler d'Internet ou l'on trouve tout et le contraire de tout. L'un d'entre eux appartient à l'histoire, le Guide Nagel, une véritable encyclopédie de 1972 aujourd’hui hélas disparue à la suite de la liquidation de la maison d'édition. Merci à Bernard Ribet qui le me fit découvrir.

 

 

NOTES

  • 1 - La première de 1902 à l’occasion de l’exposition universelle de Hanoï : « Guide du voyageur Indo-Chine, canal de Suez, Djibouti et Harar, Indes, Ceylan, Siam, Chine méridionale », sous les auspices du Comité de l'Asie française et avec l'appui du gouvernement général d'Indochine, puis en 1916 « Chine du Sud. Java. Japon. Presqu'île malaise. Siam. Indo-Chine. Philippines. Ports américains », en 1916 : « De Marseille à Saïgon ; Djibouti, Éthiopie, Ceylan, Malaisie, Cochinchine, Cambodge, Bas-Laos, Sud-Annam, Siam. Cartes et plans » qui limite toutes les découvertes du voyageur à Bangkok, Ayuthyaya, Lopburi et Chiangmai et enfin 1926 plus complet : « Indochine du Sud. De Marseille à Saïgon ; Djibouti, Ethiopie, Ceylan, Malaisie, Cochinchine, Cambodge, Bas-Laos, Sud-Annam, Siam. Cartes et plans ». Nous ne citons que ceux de ses guides qui concernent le Siam, mais Madrolle, après avoir arpenté l’Afrique a également arpenté l’Asie toute entière. Il semble bien avoir été le premier auteur d’un guide pour la Chine et le Japon. Il faudra attendre Nagel pour que soit publié un guide du touriste en Chine en 1974.

 

  • 2 - INSOLITE 15. UNE EXCURSION A PHIMAI … IL Y A UN SIÈCLE.

  • https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2017/01/insolite-15-une-excursion-a-phimai-il-y-a-un-siecle.html

 

 

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31 juillet 2022 7 31 /07 /juillet /2022 02:35

 

 

Les paysans du nord-est  pratiquent le bouddhisme Théravada  qui, au cours des siècles, s'est tellement mêlée au brahmanisme et aux éléments d'un animisme antérieur qu'il est impossible de séparer les éléments purs de chacun. Le bouddhisme et le brahmanisme sont devenus si étroitement liés qu'ils sont indiscernables pour le paysan. Les croyances animistes, si importantes dans la vie quotidienne du paysan, s'est infiltré dans la pratique bouddhique, envahissant même le temple. Afin d'accumuler des mérites pour sa vie dans l'au-delà, le villageois se tourne vers le bouddhisme ; pour se protéger dans son monde actuel, le paysan se tourne vers la multitude d'esprits bons et mauvais qui affectent chacune de ses entreprises.

 

 

Quelques chiffres sur les temples bouddhistes

 

Sur la base du recensement de 1937, De Young estime par extrapolation qu’il y avait en 1950 18.000 temples bouddhistes dans tout le pays. Il ne donne pas de ventilation pour le nord-est. Ils auraient été occupés par environ 400.000 moines ou novice. Rappelons qu’il y avait à cette époque environ 18 millions d’habitants dans le pays dont un tiers dans le nord-est.

Aujourd’hui, mais ces chiffres sont à prendre avec précaution, provenant essentiellement de sites thaïs dont la fiabilité n’est pas toujours assurée :

En 2004, il y aurait 33.902 temples theravada en activité (c’est à dire comportant des moines) le pays comportant alors 60 millions d’habitants. Ils abritaient 365.140 moines et novices à travers le pays, 267.300 moines et 97.840 novices. Ce sont les chiffres  donnés par la hiérarchie officielle (ธรรมะไทย) sur son site Internet. Les temples considérés comme n’était plus en activité le sont faute de moines ce qui ne signifie pas qu’ils soient à l’abandon notamment les jours de fêtes bouddhistes, notamment les temples khmers.

Quelques chiffres ne sont pas sans intérêt même s‘il y a des divergences avec ceux donnés plus haut :

2004 341.687 moines pour 33.902 temples

2005 340.535 moines pour 34.331 temples

2006 313.267 moines pour 34.654 temples

2007 328.288 moines pour 35.271 temples

2008 321.604 moines pour 35.616 temples

2009 333.876 moines pour 36.412 temples

2010 349.627 moines pour 37.075 temples

2011 352.709 moines pour 37.331 temples

2012 355.295 moines pour 37.713 temples.

Ils signifient qu’en 8 ans, on a construit plus de 3800 temples et que le nombre des moines a été augmenté de plus de 14.000.

 

Si l’on tient compte de tous ceux qui ont rejoint les paradis bouddhistes, il y a donc eu de nombreuses ordinations. Il faut évidemment tenir compte de l’augmentation de la population, un tassement, c’est évident  mais il n’est pas certain non plus qu’il y ait véritablement dégringolade ? Par ailleurs, ces chiffres restent aléatoires. Les novices ne deviennent pas tous moines, les moines ne le restent pas tous leur vie durant puisqu’ils peuvent facilement quitter la robe safran (sauf les abbés) et l’on ignore dans ces chiffres le nombre des moines temporaires, un séjour de trois mois en saison des pluies que tout garçon se doit de suivre et en outre lors d’un décès, un séjour dans la robe safran et le crâne rasé que pratiquent toujours aujourd’hui les proches d’un défunt, fils, petit fils ou époux.

 

 

Par ailleurs, si l’on construit toujours des temples, la raison en est simple, les fidèles gagnent plus de mérites pour leur vie future en participant à une construction plutôt qu’à une simple réfection. Construction ou réfection,

 

 

Dans les 20 provinces du nord-est, on enregistre aujourd’hui 11.911 temples dans leurs 16.000 villages. Je ne cite les chiffres que de trois provinces : Khonkaen : 1279 temples 16 phrathat – Kalasin : 670 temples   5 phrathat et Nakohnphanom : 660  temples et 49 phrathat. Je m’en explique.plus bas.

 

 

Le rôle des abbés dans les « superstition ».

 

Lors des cérémonies importantes, telles que les funérailles le jour n’est jamais fixé sans consulter le abbé du temple  local qui fait des calculs lunaires pour s'assurer une date propice qui varie en fonction du cycle lunaire selon le mois, l'année et le cycle de naissance de chacun. Un jour de malchance pour un homme né l'année de la chèvre n'est peut-être pas un jour de malchance pour un homme né l’année du Chien.

 

En novembre, mars et juillet, le mardi est considéré comme un jour de malchance alors que pour les neuf autres mois, il se peut qu'il n'en soit pas ainsi. Certaines dates précises sont chanceuses ou propices, comme le treizième, quatorzième et quinzième jour de chaque mois. La détermination des jours de chance et de malchance est si complexe que seul le les moines avec leurs livres d'astrologie et leurs cartes peuvent faire les calculs corrects. Dans presque tous les incidents de la vie quotidienne, le cycle du zodiaque animal et le calendrier lunaire seront consultés. Certaines combinaisons animaux-années apportent le bonheur dans le mariage, d'autres combinaisons le voueront à l'échec. Une femme née l'année du Rat, par exemple, ne doit pas épouser un homme né l'année du Chien, si l’on souhaite un mariage heureux. Ce qui n’est que superstitions diront les esprits forts persistent dans le nord-est et ne sont pas en déclin.

 

 

Les pèlerinages  purement bouddhistes

 

Si j’ai parlé des trois provinces ci-dessus, de leurs temples et de leurs Phrathat, c’est que trois d’entre eux au moins attirent des foules immenses et plus encore lors des fêtes bouddhistes. La Phrathat, c’est un chédi, un reliquaire contenant les reliques en général d’un saint homme et parfois de Bouddha lui-même.

 

De tous les temples, le plus vénéré est depuis toujours le Phrathat phanom sur les rives du Mékong dans la province de Nakhonphanom. Il est sans conteste depuis toujours le lieu le plus vénéré du nord-est. Construit depuis des siècles, probablement aux alentours de 1690, longuement décrit par les premiers explorateurs du Mékong, il était à l’origine un simple tertre. Au fil des années, des constructions furent édifiées en superposition tant et si bien qu’il s’effondra en 1975 puis immédiatement reconstruit en son état actuel. Il contient des reliques de Bouddha lui-même, des os de sa poitrine, qui aurait séjourné dans la région où il a laissé de saintes empreintes.  Il reçoit tous les jours des centaines de dévots, des dizaines et des dizaines de milliers les jours de fêtes bouddhistes, beaucoup venus du Laos.

 

 

Il est un autre Phra That en Isan qui contient des reliques corporelles également  contemporaines de quelques années seulement après la mort de Bouddha. qui abriterait également des reliques ensevelies peu après celle de That Phanom : Dans la province de Khonkaen, dans le district de Namphong (น้ำพอง) dans l’enceinte du wat chedi phum (วัดเจดีย็ภูมิ) se situe un chedi particulièrement vénéré, le Phra That de Khamken (Phra That Kham Kaen - พระธาตุ ขามแก่น). Son histoire est également légendaire mais son existence assuré depuis au moins le XVIIIe siècle, : Le lieu situé au cœur du nord-est, reçoit depuis toujours au quotidien de longues théories de pèlerins des environs pour lesquels il est plus facile d’accès que That Phanom. Ils sont des milliers les jours de fêtes bouddhistes.

 

 

L’histoire du Phrathaphanom chamlong (พระธาตุพนมจำลอง)  ce qui signifie tout simplement la copie du. Phrathaphanom est plus singulière. Il est situé dans le district de Huaymek et la province de Kalasin. Il est une véritable maquette reproduisant fidèlement et en taille réduite Phrathaphanom. Le 8 février 1977, s’est tenu un concile de moine à Phrathatphanom présidée par l’abbé du temple. La question était de savoir si les reliques de Thatphanom pouvaient être divisées. Il fut répondu par l’affirmative et le temple de ThamPhithak  (วัดธรรมพิทักษ์) fut choisi. Le 10 février 1981, le 6e jour du 3e mois lunaire, se déroula la cérémonie de la pose de la première pierre. Très fréquenté par les habitants de la région de par sa proximité sa construction est trop récente pour qu’il draine les foules de son modèle.

 

 

Les habitants du district de Huai Mek considèrent le jour de la 6ème lune croissante du 3ème mois lunaire chaque année comme le jour de départ de la célébration de la célébration jusqu'à aujourd'hui.

 

L’on vient dans ces trois lieux de culte solliciter la protection de Bouddha et l’accomplissement de miracles bien que Bouddha a toujours nié avoir des dons de thaumaturge mais les paysans du nord-est ont la foi du charbonnier

 

 

Le culte  des nagas, du brahmanisme au bouddhisme

 

Le Naga dans les croyances thaïes est le patron de la fertilité et est toujours représenté comme une divinité puissante dans les peintures murales et la sculpture et un certain nombre de traditions qui relient les mythes hindouistes des Nagas au bouddhisme. Ils sont omni présents de chaque côté de l'escalier d'un temple où ils sont censés servir de porteurs conduisant les fidèles à travers le cycle de l'existence.

 

 

Ces créatures semi-divines vivent dans le monde inférieur et Ils sont aussi souvent associés aux plans d’eau, rivières, fleuves ou puits, comme ceux du Mékong dont des représentations géantes dominent la rive droite du fleuve.

 

 

Les Nagas en particulier ont protégé Bouddha de la pluie pendant qu'il mditait : La sixième semaine après l'Éveil, il était assis sous un arbre, au bord d'un lac. Un violent orage éclata et la pluie fit peu à peu monter dangereusement les eaux. Le Naga Mucilinda, roi des nagas, sortit du lac, enroula ses anneaux sous le corps du bouddha et déploya ses capuchons heptacéphales (à sept têtes) en éventail au-dessus de lui pour le protéger de la pluie durant tout le temps que dura l'orage. Le bouddha, perdu dans sa méditation, les yeux clos, resta dans cette position jusqu'à la fin de l'orage, ignorant du danger qui le guettait. Ces créatures semi-divines qui vivent dans le monde inférieur et peuvent parfois prendre forme humaine ou s’accoupler avec les humains. Ils sont aussi souvent associés aux plans d’eau, rivières, fleuves ou puits, comme ceux du Mékong dont des représentations géantes dominent la rive droite du fleuve.

 

 

Nous les retrouvons associés au bouddhisme dans des temples du nord-est ou l’on croit dur comme fer à leur existence. Ils reçoivent les pélerins qui viennent en foule sans que l’on puisse exactement savoir s’ils viennent révérer le maître ou les nagas ou les deux mais plutôt les nagas.

 

Il existe dans la province d’Udonthani une forêt de palmiers taraw, appelée « le palais du Naga de Khamchanot » (วังนาคินทร์คำชะโนด) dans l’enceinte du temple de Kham Chanot (Wat khamchanot – วัดคำชะโนด).

 

 

Une légende transmise par une longue tradition orale et locale rapporte l’existence d’une quelle entre plusieurs nagas qui demandèrent l’arbitrage du Dieu Indra pour créer une route pour relier le monde céleste, le monde terrestre et les entrailles de la terre. Indra autorisa alors la création de trois points de passage : le premier se trouve au Phrathat Luang à Vientiane (พระธาตุหลวง), aujourd’hui le lieu le plus sacré du bouddhisme lao.
 

 

La seconde voie se trouve au temple de Nong Khanthaesueanam aux Indes (หนองคันแทเสื้อน้ำ).  La troisième voie est à Khamchanot devenu l’un des lieux les plus célèbres du bouddhisme dans la province d’Udonthani. Wat Kham Chanot est célèbre car la croyance que les offrandes faites aux Nagas permettent d’obtenir des miracles est permanente chez tous les visiteurs. Ils peuvent aussi révéler aux fidèles les bons numéros de la loterie nationale. A l’approche des jours de tirage, le 1er et le 16 de chaque mois, la foule afflue ainsi que les vendeurs ambulants de tickets de loterie. Disons pour être honnête que l’affluence est importante aussi les jours de fêtes bouddhistes

 

 

 

Le temple de Phra Phuttabat Manorom

 

Le Wat Roi Phra Phutthabat Phu Manorom dans le district de Mukdahan. (วัดรอยพระพุทธบาทภูมโนรมย์) est un lieu de culte bouddhiste très ancien autour d'une empreinte du pied de Bouddha. Avant que ne soit entreprise la construction d'une gigantesque représentation du Naga, précisons qu'il est dominé aujourd'hui par une statue de Bouddha qui est l'une des plus grandes du pays. La construction en fut décidée en 2011 à l'occasion du septième cycle du Roi Rama IX le 5 décembre de cette année-là.

 

 

La construction de la reproduction tout aussi gigantesque du Naga fut entreprise ensuite, 122 mètres de long, 20 mètres de haut et 1,5 mètre de diamètre. Elle repose sur une légende locale : construisant une digue pour se protéger des débordements du fleuve, les habitants aperçurent un Naga de couleur sombre d'environ 30 mètres de long, qui, les voyant, se précipita dans une grotte. Les villageois pensèrent alors que la grotte était reliée au Mékong car ils y découvrirent des vestiges de bateaux et de nombreux trésors, une image de Bouddha en or, des pousses de bambou dorées, des lingots d'or, des bijoux et des pièces de monnaie. Plusieurs villageois cupides ramenèrent certains de ces objets chez eux, mais une fois arrivés à la maison, tout ce qu'ils avaient emporté se transforma en pierre. Le Naga demanda ensuite à être ordonné après avoir été éclairé par Bouddha lui-même. Ce n'était pas possible car un Naga est un animal et non un être humain et ne peut réciter les incantations. Un jour, un énorme prunier jambolan s'effondra, bloquant l'entrée de la grotte. Les villageois pensèrent que c'était un signe de la détermination du Naga de pratiquer la méditation sans se distraire du monde extérieur. Il fut dès lors considéré comme le successeur et le dépositaire des principes bouddhistes. Entre 2012 et 2018, fut édifiée la statue. Les témoignages relatifs à des vœux exaucés par le Naga et non Bouddha se sont largement répandus sur la toile ! Le plus connu est celui d'un villageois qui gagna le gros lot à la loterie, il devint viral sur les réseaux sociaux puisqu'il affirma que cela s'était produit par l'intervention du Naga. Les témoignages relatifs à des vœux exaucés se sont largement répandus sur Internet ! Le plus connu est celui d'un villageois qui gagna le gros lot à la loterie, il devint viral sur les réseaux sociaux puisqu'il affirma que cela s'était produit par l'intervention du Naga. Les visiteurs s’y rassemblent pour y prier et gagner une bonne fortune. Une zone spéciale pour présenter les offrandes a été prévue et les fidèles sont invités à suivre tout un rituel. Ils doivent d'abord préparer un plateau contenant du bétel et de l'arec, des bâtons d'encens, des bougies et des rubans rouges. Ensuite, ils doivent prier en marchant sous le ventre du Naga divisé en petites sections à des fins différentes, par exemple, la chance, la santé, le travail, l'amour. Après cela, ils allument des bougies et des bâtons d'encens et écrivent leurs vœux sur le ruban rouge, qu'ils nouent autour des arbres :

 

 

Dernier pélérinage aux nagas enfin, cette fois ci, il n'y a presque plus rien de religieux.

 

Les nagas cracheurs de boules de feu

 

 

Les boules de feu crachées par le Naga (บั้งไฟพญานาค - Bangfai Phayanak littéralement les fusées du roi des Nagas) sont très célèbres en Isan et au Laos. Le Mékong est l’endroit où la magie s’opère, et l’une des parties les plus intéressantes de ce phénomène est qu’il semble se produire à un moment donné de l’année… juste au bon moment. Quoi qu’il en soit, les boules de feu ont été observées par beaucoup de gens pendant des années, certains en ont compté parfois plus d’un millier en une seule nuit. Elles sont rougeâtres et varient considérablement en taille. Selon certains observateurs elles peuvent atteindre la taille d’un ballon de basketball même si la plupart d’entre elles sont plus petites. Elles s’élèvent apparemment de la rivière dans le ciel et parcourent une distance de 100 à 200 mètres avant de disparaître. Ce phénomène n’est pas nouveau ; les habitants disent qu’ils l’ont constaté tout au long de leur vie, et les histoires signalant leur présence ont traversé les générations depuis des millénaires. Personne n’a jamais été blessé par les boules de feu ; il n’y a jamais eu non plus de dommages matériels. Les boules de feu arrivent seulement vers la fin du mois d’octobre de chaque année. Il n'y en a aucune explications scientifiques plausible. Il est une explications religieuse : Beaucoup croient - c'est le seule élément bouddhiste - que le Nâga tire ces balles en l’air pour célébrer la fin du carême bouddhiste.

 

La manifestation annuelle n'apparait que dans la province de Nong Khai et celle de Bungkan tout au long du Mékong sur environ 20 kilomètres à une seule période de l'annés. Elle est évidemment visible de l'autre rive du Mékong. Toujours est-il que les manifestations de ce géant du Mékong drainent à cette péridoe de l'année des centainres de milliers de spectateurs.

 

 

LES RITES ANIMISTES

 

Ils perdurent dans le nord-est liès pour une grande partie au monde rural.

 

Les rites pour appeler la pluie

 

Tous ces rituels n’ont pas disparu, l’un d’entre eux est devenu attraction touristique, les autres sont restés plus confidentiels, l’un d’entre eux a disparu pour des raisons qui nous semblent évidentes.

 

Le festival des fusées/

 

 

Le « Festival des fusées » (Bun Bangfai - บุญบั้งไฟ) reste une tradition toujours vivace, le rituel le plus connu, dans l’ensemble des provinces du nord-est et plus particulièrement celle de Yasothon où il perd au moins pour partie son caractère de rituel magique pour devenir un spectacle touristique sinon commercial. A l’origine, il est une probable offrande au Dieu de la pluie, Phraya Thaen (พระยาแถน), qui n’a pas sa place dans l’hagiographie bouddhiste ! Il s’agit donc probablement d’un très vieux rituel animiste bien antérieur au bouddhisme. Leur envoi vers le ciel a-t-il une influence sur la possibilité qu’elles fassent tomber la pluie. . On continue au XXIe siècle en Europe à envoyer vers les nuages des fusées à l’iodure d’argent.

 

 

Le Boudha noir thaumaturge de Kalasin

 

Une cérémonie traditionnelle venait de la province de Kalasin (ฏาฬสินธุ์) : le « temple du milieu de la ville » (วัดหลางเมือง – Wat Klangmuang) ainsi nommé parce qu’il se situe au cœur même de la ville, abrite une très vénérée statue de Bouddha noir appelée « Luang Pho Ong Dam » (หลวงพ่อองค์ดำ).

Son caractère miraculeux se manifesta lors de son installation en 1894 en déclenchant une pluie miraculeuse. Les miracles se multiplièrent : Il fut invoqué par les couples stériles. En cas de sécheresse, tous les villageois faisaient défiler la statue en ville pour appeler la pluie. Dès que la statue sortait du temple, le ciel se couvrait et la pluie tombait. La procession se déroulait lors des fêtes de Songkran ou en cas de sécheresse. La cérémonie ne se pratique plus de nos jours semblant avoir été interdite par le Sangha ?

La question des miracles attribués à Bouddha est en totale contradiction avec la réponse que celui-ci, sollicité de faire des miracles, aurait faite : « je les déteste, les rejette et les méprise ». A-t-il accompli des miracles de son vivant ? Il n’y en a pas eu de témoignages directs. On connaît le bouddhisme beaucoup mieux que Bouddha. Ceux qui lui sont attribués ont été inclus dans des sutras des siècles après sa disparition. Si la question divise les savants érudits et exégètes du bouddhisme, une foule de paysans y croient avec la foi du charbonnier.

 

 

La procession de la chatte

 

Un autre rituel, magique assurément, est propre à la province de Chaiyaphum mais se retrouve dans bien d’autres régions de l’Isan, Khorat en particulier. A l'occasion d'une séchersse, tout un village se mit alors à prier le Dieu de la pluie. Il apparut soudain portant un grand panier contenant une grosse chatte. La population fut stupéfaite : « Que ceux qui veulent la pluie me suivent et que les autres rentrent chez eux. Nous allons passer devant toutes les maisons du village, chacun prendra un verre d’eau et le versera sur la chatte ». Ainsi firent-ils, et bientôt les pluies commencèrent. Peut-on trouver une quelconque logique dans cette cérémonie d’aspersion de ce malheureux animal ? Pourquoi une femelle et pas un mâle ? Probablement parce que la femelle est symbole de fertilité. Comme chacun sait, les chats sont, de tous les animaux domestiques, ceux qui détestent le plus l’eau. Quand il pleut, si un chat est mouillé, il miaule à mort. Ces miaulements brisent alors les nuages et tombe la pluie ! Cette cérémonie ne paraît pas avoir perduré autrement que sous son aspect folklorique..

 

 

La mort du cobra royal

 

Ce rituel existait encore au milieu du siècle dernier et me semble avoir aujourd’hui totalement disparu tant en raison de son danger que de son caractère sanguinaire et éventuellement sacrilège. Il met en scène le cobra royal (งูจงอาง - ngu chongang) un animal certes impressionnant mais qui, comme la plupart des animaux, n’attaque l’homme que lorsqu’il est attaqué ou pense qu’il va l’être. Il n’est pas agressif et évite la confrontation. Il est omniprésent en Thaïlande dans les forêts, les montagnes ou les plaines mais loin de l’agitation des lieux habités. Par ailleurs, ovipare, il est le seul serpent qui construit un nid pour y déposer des œufs. La femelle se love autour de broussailles sèches (feuilles de bambou en général) et en les resserrant, créant un cercle grâce à son grand corps, elle obtient alors un amas de branchages arrondi qui se réchauffe en se décomposant, ce qui assure aux œufs une température stable. Elle pond entre 20 et 40 œufs au printemps, deux mois après l'accouplement ; les œufs mettent entre 60 et 80 jours pour éclore. La mère couve, mais elle quitte le nid peu avant l’éclosion car les cobras royaux sont cannibales par instinct, y compris à l’égard de leus congénères. La mère le sait et veut ainsi éviter de manger sa progéniture d’autant que, couvant depuis deux mois, elle n'a pas mangé et est affamée. Le mâle pour sa part garde le nid jusqu'à l'éclosion des petits, patrouillant dans une vaste zone alentour. Les cobras royaux restent en couple monogame depuis l’accouplement jusqu’à l’éclosion des œufs. Que ce soit la mère lorsqu’elle couve ou le père qui monte la garde autour du nid, ils sont irritables et agressifs et peuvent alors attaquer sans avoir provoqués. Ce rituel est probablement le fruit des constatations des paysans de certaines régions de l’Isan depuis des siècles. Certains attribuent la sécheresse à la faute du cobra royal : Il est capable de manger ses œufs mais seulement en période de sécheresse ? Quand il ne pleut pas, ils pensent que le cobra a fait cesser les pluies pour que ses œufs éclosent ? Le serpent doit donc être tué avant que les pluies ne commencent. Il ne faut évidemment pas chercher là une quelconque logique scientifique ! Mais le rituel nécessite une main d’œuvre abondante et audacieuse : Un homme monte un cheval et traverse les champs à la recherche d’un nid de serpent et des œufs lorsque la mère vient de la quitter avant l’éclosion, repéré par le père qui patrouille. Lorsqu'il a trouvé, il doit prendre un œuf dans le nid, n’oublions pas qu’il est surveillé par le père attentif à sa progéniture. En même temps, d'autres ont fait sur un grand feu bouillir une marmite d’eau. L’homme à cheval se précipite suivi par le serpent qui veut récupérer son œuf, soit pour le manger soit par sollicitude paternelle ? S’il réussit à échapper au cobra, arrivé près du feu, il y jette l’œuf, le serpent saute dans la marmite dans laquelle il finit ainsi tristement ses jours ! Et enfin les pluies vont commencer. Il faut, admettons-le, une certaine dose de courage sinon d’inconscience pour provoquer deux animaux (père et mère) susceptibles de se déplacer en tant que de besoin à 35 kilomètres/heure, rendus fous-furieux comme tous les animaux dont on attaque la progéniture, que ce soit une poule ou un éléphant. Qui peut avoir l’audace de plonger la main dans un nid de cobra pour y voler un œuf ? Ce rituel autrement plus féroce que l’arrosage d’un chat noir nous laisse perplexe d’autant que le bouddhisme ne considère pas le cobra comme un animal maléfique, bien au contraire puisqu’il est considéré comme un symbole et un objet de vénération. Ne voit-on pas parfois, lorsqu’un cobra se hasarde à traverser une route, une file de véhicules arrêtés pour lui laisser terminer sa course ? Il a d'ailleurs le mérite d'être friand de souris ce qui protège les greniers à riz. Faut-il voir dans cette cérémonie féroce la subsistance de très anciennes croyances incontestablement animistes ou chamaniques venues de la nuit des temps et bien antérieures à l’indianisation de la région ? Si ce rituel était encore présent dans les mémoires il y a quelques dizaines d’années, ce ne pouvait être que dans des régions totalement à l’écart de bouddhisme, probablement dans des zones tribales ?

Ainsi donc ces rituels font arriver la pluie et nos paysans de l’Isan auront suffisamment de nourriture pour manger pendant un an. Et s'ils ne réussissent pas ???

 

 

La mère du riz, les rites de fertilité.

 

 

Mae Phosop (แม่โพสพ) parfois appelée « la déesse du riz » est connue depuis des époques lointaines. Dans le nord-est elle est appelée khosok (โคสก) ou encore sueana (เสื้อนา) ou suearai (เสื้อไร่). . Est-ce une déesse, un génie tutélaire, une créature céleste ou un esprit ? Considérons-là comme la mère du riz, et nous l’appellerons Mae Phosop dans cet article, ce qui nous évitera d’entrer dans des discussions théologiques byzantines. On ignore totalement l’origine du nom phosop, peut-être était-ce celui de l’une des femmes d’Indra ? C’est une belle jeune femme aux cheveux longs sertis d’un diadème, en position accroupie, tenant une gerbe de riz dans la main droite et parfois un sac de riz dans la main gauche. Elle porte une robe thaïe à l'ancienne, avec un foulard enroulé dans le style traditionnel autour de la poitrine, une extrémité chevauchant l’épaule gauche jusque sous l’épaule droite. Elle est assise sur une estrade dont les côtés comportent généralement des représentations de fleurs de lotus et de poissons. Lors des cérémonies lui rendant hommage, c’est ainsi que se vêtent les jeunes filles qui la représentent.

 

 

Le riz est un aliment proprement sacré : Jusqu'à une époque récente, probablement dans les années 50, les Thaïs se devaient de rappeler à leurs enfants qu’en prenant leur repas, composé pour l’essentiel de riz et de condiments, ils devaient manifester leur respect envers cette nourriture. Il était alors indécent de ramasser un grain de riz tombé sur le sol. Le riz non consommé à la fin du repas ne devait pas être jeté mais replacé dans la marmite au-dessus du riz en train de cuire ou être mis à sécher au soleil pour ensuite être éventuellement utilisé comme chapelure. Ainsi séché, il pouvait aussi être utilisé comme un aliment que les Thaïs consommaient lorsqu’ils partaient en voyage, l’emportant avec eux dans ce panier que nous connaissons bien !

 

Avant de commencer le repas, le chef de famille devait fabriquer une boule de riz et la déposer sur le sol pour nourrir les oiseaux et les fourmis en signe du respect que nous devons à tous les êtres vivants. C’est pour cette raison que l’on ne devait pas ramasser un grain de riz tombé à terre par mégarde. Il faut peut-être y voir une survivance du vieux rite indouiste du Shraddha passé au bouddhisme, qui consiste à donner de la nourriture aux dieux et aux ancêtres. Le repas terminé, les assistants se devaient de faire le salut traditionnel du waï (ไหว้) pour remercier Mae Phosop de leur avoir procuré ce repas. Ces coutumes étaient encore vivaces dans le Thaïlande profonde dans les années 50 mais il en subsiste des traces. Les habitants pensaient qu’il y a une divinité du riz nommée Mae Phosop, qui veille à la survie de l’humanité. Tous ceux qui vivent de la terre doivent l’adorer car elle leur donnera santé et richesse. Celui qui ne l’adore pas en souffrira. Il subira la faim et la maladie et sera harcelé par la pauvreté. Celui qui la respecte doit être attentif, soit en récoltant, soit en battant, à ce qu’aucun grain ne se répande sur le sol. Il sera alors heureux et riche. S’il n’est pas attentif, s’il laisse ses rizières piétinées par les bêtes ou envahir par l’eau, Mae Phosop se mettra en colère et lui refusera son soutien. Si son riz est de qualité médiocre, il doit en demander pardon à Mae Phosop. Si l’on nourrit des animaux avec du riz cru ou bouilli, il ne doit pas être versé sur le sol mais placé par respect dans un récipient. Ne pas le faire et l’éparpiller sur le sol est un manque de respect envers Mae Phosop. Elle en tiendra rigueur au responsable. Le vol de riz étaiit considéré comme un acte gravissime et nul ne s’y risquait.

 

Chaque fois qu'une quantité de riz était sortie de la grange, pardon doit être demandé à Mae Phosop.

 

Quand les plants de riz commençaient à sortir de terre, on disait que Mae Phosop était enceinte. C’est alors qu’il fallait pratiquer dans le champ la cérémonie du tham khwan khao (ทำขวัญข้าว). Il s’agissaitt alors de renforcer le khwam, l’esprit vital que tout être vivant, homme, animal ou arbre, a intrinsèquement dans son corps. Ainsi, lorsque le riz commençait à sortir de terre, un moment difficile dans la vie de la plante. La cérémonie de tham khwan khao va lui redonner force ; elle est donc nécessaire. Un jour propice devait être choisi pour son exécution généralement un vendredi de trois à cinq heures de l'après-midi. Une banane mûre coupée en petits morceaux, une orange ou tout autre agrume, quelques petits morceaux de canne à sucre étaient placés dans une tasse composée de feuilles de bananier appelée krathong (กระทง).

 

 

Cette coupe était placée dans un chaleo ou chalio (เฉลว ou ฉลิว).  On en voit toujours dans les rizières. Ce sont littéralement les yeux du bonheur. C’est une sorte de panier en bambou à mailles ouvertes souvent attaché au cou. Dans ce chaleo seront posés un peigne, de la poudre de toilette et une pommade parfumée pour les cheveux. N’oublions pas en effet que Mae Phosop est une femme ! Tout cela va être accroché au sommet d'un petit poteau planté dans le champ en offrande à Mae Phosop. Le rituel n’est toutefois pas terminé : Le paysan prélève ensuite une petite quantité de poudre de toilette et de pommade parfumée et les étale ensuite sur la feuille d’un plant de riz, puis la peigne comme s'il coiffait les cheveux de Mae Phosop. Il demandait alors à Mae Phosop enceinte que ses offrandes soient gage de prospérité et le mette à l’abri du danger. Cette installation, en dehors de son but rituel, aviat pour but pratique d’avertir que le riz allait sortir de terre et que les passants devaient prendre soin de ne pas laisser leurs buffles, vaches ou autres animaux domestiques entrer dans le champ. On trouve encore aujourd’hui des chalio plantés au bord des champs.

 

 

Après la récolte, il pouvait rester quelques épis dans le champ. Ils étaient alors soigneusement rassemblés en hommage à l’esprit de Mae Phosop. Celui qui les rassemblait s’écriait « Oh Mae Phosop, s'il vous plaît venez et restez dans ma grange. Ne restez pas dans le champ pour que vos épis soient rongés par les souris ou picorés par les oiseaux. Venez donc dans un endroit paisible nourrir vos enfants ». L’invitation, faite après le battage, était accompagnée d’offrandes de riz bouilli, d'œufs de canard bouillis, de bonbons et de fruits, ni viande ni poisson, nourriture d'une personne sacrée ou ordonnée, pas nécessairement un moine bouddhiste. Il s’agissait probablement de l’écho d’un végétarisme hindou ? Après cette offrande, tout ce qui restait dans la rizière et sur l'aire de battage était ramassé et conservé dans un sac ou un panier. On l’appelait le riz de Mae Phosop.

 

On confectionnait alors une poupée faite de paille de riz mélangée avec les épis de riz récoltés sur le terrain comme déjà mentionné. Elle n’était pas vêtue. Elle représentait Mae Phosop, elle-même et était conservée dans la grange familiale. On lui offrait souvent aussi deux pièces de tissu, l'une utilisée comme vêtement inférieur pour la partie inférieure du corps et l'autre comme écharpe pour envelopper la partie supérieure. Ces deux pièces de tissus étaient étalées sur l'aire de battage et la poupée est placée au-dessus pour signifier que Mae Phosop avait revêtu de nouveau vêtements.

 

Lorsque le riz était entreposé dans la grange, rien ne devait en être sorti ni pour la vente ni pour la consommation, sauf les jours propices et avec l'observation de cérémonies appropriées. En général, le fermier réservait une certaine quantité de riz pour sa propre consommation avant qu’il ne soit stocké dans la grange. Si le riz devait en être retiré, quelques tasses étaient d'abord mesurées avant qu’il ne soit consommé  ou vendu. La personne qui mesurait le riz ne devait pas être un homme né l'année du rat ou l'année d'autres animaux qui mangent du riz comme le cheval, le porc ou la vache.

 

Lorsque venait l’époque des semailles, la poupée de Mae Phosop et son riz étaient sortis de la grange. La poupée était cérémonieusement détruite, le riz des épis dans la poupée et le riz de Mae Phosop étaient mélangés avec les autres graines à semer. C’était le gage d’une future bonne récolte. La destruction de la poupée, l’esprit des grains, semble bien être le rappel des anciennes coutumes des sacrifices humains dont le sang répandu sur le sol devaient assurer sa fertilité avant les semailles.

 

Elle n'est pas à proprement parler, une créature céleste ce qui la différencie fondamentalement de la déesse hindouiste du riz Dewi Sri  qui est non seulement déesse du riz mais déessse mère. Il faut probablement y voir la survivance d'un rituel animiste antérieur au bouddhisme. Son culte, même simplifié existe encore dans le nord-est.

 

 

Les « génies protecteurs » (ขวัญ).


 

 

Il est une croyance animiste primitive qui a survécu selon laquelle dans chaque personne, il y a un khwan (ขวัญ) que nous traduisons, faute de mieux, par « génie tutélaire » ou « génie protecteur ». Ce concept n’a pas disparu de la mémoire collective des populations de la Thaïlande profonde. De nombreux sites Internet lui sont toujours consacrés.

 

Peut-on le définir ?  C'est une chose immatérielle, sans substance, censée résider dans le corps physique d'une personne. Quand il est là, la personne jouit d'une bonne santé et du bonheur. S'il quitte le corps, la personne sera malade ou subira des effets indésirables. Un bébé qui a facilement peur, aura un khwan avec les mêmes effets : Si son khwan prend peur, il s'envolera dans une région sauvage et ne reviendra pas tant qu'il n'aura pas retrouvé sa nature normale. S’il ne revient pas, le corps devient celui d’un Phi (un esprit). À mesure que le bébé grandit, le khwan deviendra également plus fort. Il sera plus solide et plus ferme de tempérament comme la personne dans le corps de laquelle il demeure.

 

Le khwan ne se limite pas aux êtres humains.

 

Nous le retrouvons dans les arbres, les animaux et les objets inanimés utiles à l’homme, qui ont des khwans individuels. Par exemple: un éléphant, un cheval, un buffle ou un bœuf, le poteau d'une maison, une charrette à bœufs, une rizière et même une ville, ont chacun un khwan. Nous sommes loin de la conception pyramidale, occidentale et traditionnelle du monde : les roches qui sont, les plantes qui sont et qui vivent, les animaux qui sont, qui vivent et qui ont des sentiments, et les êtres humains qui sont, qui vivent, qui ont des sentiments et qui possèdent l'intelligence.

 

La construction d'une maison traditionnelle était en bois. La partie considérée comme la plus importante était le premier pilier (เสาเอก) appelé « pilier-khwan » (เสา ขวัญ). Les villageois observaient tout un rituel relatif à la sélection de l'arbre et à son implantation. Les piliers sont maintenant en béton mais le rituel demeure en général béni par le Chaman.

 

 

Les arbres utiles ont un esprit féminin appelé « la nymphe des bois » (nang-mai – นางไม้) et les arbres sans intérêt utilitaire et sans valeur économique, comme le pipal ou le banyan, même s'ils sont par ailleurs sacrés, ont un esprit masculin appelé « ange (masculin) de l'arbre » (rukha thewada –).

 

 

La croyance généralisée est que l'esprit demeure dans l'arbre, même une fois abattu. Il n'est donc pas souhaitable d'utiliser des arbres provenant de différentes forêts comme poteaux de la maison, car les esprits féminins qui y résident, venant de différentes localités, se querelleraient naturellement entre eux et il n'y aurait pas de paix pour les occupants. Il en est de même pour un char à bœufs ou une pirogue qui ont un esprit comme les poteaux de maison.

 

Une rizière a donc une « mère du riz » (mae khao – แม่ข้าว) ou encore maekhwankhao (แม่ขวัญญข้าว) ou maephosop, qui est un khwan. Il faut lui demander pardon avant de moissonner la récolte. De même une ville a son esprit tutélaire qui est aussi un khwan.

 

Le khwan était probablement l’âme dans son sens premier ? La négation par le bouddhisme de l'existence d'une âme individuelle permanente n'a pas totalement brisé cette vieille croyance animiste.

 

***

 

Le bouddhisme thaï contemporain ne manque pas de nous étonner. Religion sans dieu créateur mais les représentations des dieux du panthéon hindouistes sont omni présentes dans tous ses temples. Religion sans créatures célestes, les phi (traduit sommairement par esprits fastes ou néfastes) sont toujours omni présent et nagas, garudas, kinaris se retrouvent en permanence dans l’art religieux. Pays dans lequel le monarque doit constitutionnellement être bouddhiste mais où les rites de son ordination sont brahmanistes. Religion sans thaumaturge, Bouddha s’est toujours refusé à accomplir des miracles mais on vient en permanence lui demander d’en accomplir, réussite à un examen, exemption de service militaire ou gain à la loterie

 

 

 

SOURCES


Les reliques et leurs temples


A 253- DES RELIQUES DE BUDDHA  ET DE LEUR BON USAGE.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2018/02/a-253-des-reliques-de-buddha-et-de-leur-bon-usage.html

 A 251- LA LÉGENDE DU TRÉSOR ENFOUI  DU PHRA THATPHANOM SUR LES RIVES DU MÉKONG, LE LIEU LE PLUS SACRÉ DU BOUDDHISME DANS LE NORD-EST.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2019/03/a-307-la-legende-de-phra-that-panom-le-temple-du-respect-symbole-de-l-identite-du-nord-est-de-la-thailande-isan-et-du-laos.html

A 307 – ประวัติศาสตร์พระธาตุพนม - LA LÉGENDE DE PHRA THAT PANOM : « LE TEMPLE DU RESPECT » - SYMBOLE DE L’IDENTITÉ DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE (ISAN) ET DU LAOS.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2019/03/a-307-la-legende-de-phra-that-panom-le-temple-du-respect-symbole-de-l-identite-du-nord-est-de-la-thailande-isan-et-du-laos.html

 A 280 - LA VILLE DE KHONKAEN EN ISAN (NORD-EST DE LATHAILANDE).

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2018/11/a-280-la-ville-de-khonkaen-en-isan-nord-est-de-lathailande.html

 

Les nagas

 

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2017/09/a-240-les-mysterieux-nagas-du-mekong-cracheurs-de-boules-de-feu.html

A 411- LES NAGAS DE KHAM CHANOT

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2021/01/a-411-les-nagas-de-kham-chanot.html

A 396 – LES REPRESENTATIONS GEANTES DES NAGAS DANS LA PROVINCE DE MUKDAHAN, ENTRE PIETE ET COMMERCE

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2020/10/a-396-les-representations-geantes-des-nagas-dans-la-province-de-mukdahan-entre-piete-et-commerce.html

 

Rituels chamanistes

 

A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE ?

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2017/07/a-233-le-festival-des-fusees-en-isan-rituel-magique-ou-technologie-d-avant-garde.html

A 299- LES RITES D’OBTENTION DE LA PLUIE EN ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE)

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2019/01/a-299-les-rites-d-obtention-de-la-pluie-en-isan-nord-est-de-la-thailande.html

A 402- MAE PHOSOP, แม่โพสพ, LA « DÉESSE » DU RIZ.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2020/11/a-402-mae-posop-la-deesse-du-riz.html

 A 216- LES « YEUX DU BONHEUR » EN BAMBOU TRESSÉ.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2016/06/a-216-les-yeux-du-bonheur-en-bambou-tresse.html

A 401- LES « GÉNIES PROTECTEURS » (ขวัญ) : UNE SURVIVANCE ANIMISTE DANS LA THAÏLANDE PROFONDE.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2020/11/a-401-les-genies-protecteurs-une-survivance-animiste-dans-la-thailande-profonde.html

 A151. EN THAILANDE, NOUS VIVONS AU MILIEU DES "PHi"

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/article-a150-nous-vivons-au-milieu-des-phi-en-thailande-123529919.html

A 331- LE CHAMANISME TOUJOURS PRÉSENT DANS LE BOUDDHISME DE L’ISAN.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2019/09/a-331-le-chamanisme-toujours-present-dans-le-bouddhime-de-l-isan.html

 


 


 


 

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24 juillet 2022 7 24 /07 /juillet /2022 05:45

 

FIANÇAILLES ET MARIAGE

 

 

Les villageois se marient jeunes. Une fille est considérée comme mariable à seize ans et un homme à vingt ans, mais la plupart des filles se marient entre dix-huit et vingt et un ans, et les garçons entre vingt et vingt-quatre ans.

 

La ou les célibataires sont rares et le plus souvent sont des inadaptés physique ou mental. C’est le jeune qui fait sa cour et le choix de sa compagne.

 

Les jeunes ont amplement l'occasion d'apprendre à se connaître, car les garçons et les filles vont à l'école ensemble, travaillent ensemble à la plantation et à la récolte et assistent à des fêtes en groupe.

 

 

La cour se fait à la maison de la fille, au crépuscule autour du moulin à riz pendant que les filles pilent le riz pour les repas du lendemain, et en début de soirée sur la véranda. Les garçons y vont en groupes, mais une fois qu'une fille marqué son choix, les amis qui accompagnent le garçon laissent le jeune couple roucouler.

 

Pendant la période de séduction préliminaire, les jeunes hommes font la sérénade à leurs filles, récitent des poèmes d'amour, échangent des compliments et disent des bêtises. Les vieilles chansons et poèmes d'amour, qui faisaient autrefois partie intégrante de la parade nuptiale thaïlandaise, cèdent la place aux chansons d'amour modernes de Bangkok, et même dans les villages les plus reculés, un jeune homme, souvent un conscrit de retour, possède un livre papier bon marché des chansons populaires.

 

 

Parents et enfants se retirent dans la chambre à coucher, mais depuis seul un paravent en bambou ou une fine cloison en bois sépare cette chambre depuis la véranda, les parents peuvent observer le comportement de la fille.

 

Aux moulins, les filles sont souvent par paire et souvent la mère ou une femme plus âgée travaillent à proximité.

 

Bien que les jeunes jouissent d'une liberté remarquable pendant cette période, les caresses occasionnelles ne sont pas autorisées. Traditionnellement, un jeune homme était censé ne pas toucher une fille avant le mariage. Toucher revenait à exprimer un désir de relations sexuelles, et une telle action était considérée comme immorale.

 

Pendant les fêtes, garçons et filles dansent ensemble mais bien que les partenaires restent constamment proches l'un de l'autre et que leurs mains semblent se toucher, elles ne le font pas tout à fait. Seuls les plus audacieux se risquent à effleurer les mains de sa chérie du bout des doigts.

 

Si l’interdiction de ces marques extérieures de tendresse ont disparu des villes, elles sont toujours présentes dans nos campagnes.

 

Des groupes de jeunes villageois peuvent aller dans un village voisin et les couples peuvent marcher ensemble mais ils ne se tiennent pas la main

 

 

Il n'y a pas de prostituées dans les villages. Les hommes ont accès aux prostituées dans les bourgs ou la capitale provinciale, mais ils ne les visitent que lorsqu'ils sont dans l'armée et seulement en groupe lorsqu'ils ont bu.

 

L'absence presque complète de maladies vénériennes dans les villages a longtemps été remarquée par les travailleurs médicaux et confirment que les jeunes du village ne fréquentent généralement pas les prostituées de la ville.

 

Les hommes ne souffrent pas de sentiments d'anxiété pour prouver leur masculinité ; La chasteté pour les jeunes hommes n'est pas considérée comme quelque chose d'extraordinaire, mais comme naturelle et acceptée, et les hommes ne sont pas censés prouver leur virilité avant le mariage.

 

 

LES COUTUMES DU MARIAGE

 

Dans certaines régions reculées, le mariage à l'essai était autorisé mais cette coutume semblait avoir totalement disparu en 1950. Une fois qu'une villageoise a choisi un prétendant avec l'approbation des parents, il peut commencer à coucher avec la fille chez elle maison, mais n’y déménage pas et n’y prends pas ses repas.

 

Après plusieurs nuits passées ensemble, le couple pouvait décider qu'il ne voulait pas se marier et le jeune homme cessait tout simplement d’aller chez la fille

 

La jeune fille ne subissait aucune désapprobation morale mais reprenait la possibilité d’être courtisée par d'autres prétendants. L’usage voulait que le jeune transfère immédiatement ses affaires dans la maison de la jeune fille, y mange et y dorme ; ceci est considéré par le village comme un vrai mariage, et toute séparation doit être faite selon le modèle coutumier régissant le divorce.

 

Il n'y avait pas de cérémonie religieuse du mariage dans la culture villageoise, le fait qu'un jeune couple vive ensemble étant le sceau du mariage aux yeux de la communauté. Depuis 1935, l'enregistrement au bureau de district est devenu obligatoire, mais la formalité était déclarative et de nombreux mariages, en particulier dans les villages isolés, n’étaient jamais enregistrés.

 

« Boire, manger, dormir ensemble, c’est mariage, ce me semble ». Après que le jeune couple ait vécu comme homme et sa femme pendant plusieurs jours, la mère de la mariée envoyait des cadeaux de noix de bétel, de bougies et d'encens à la maison de l'époux par un intermédiaire connu des deux ménages. Si les parents du marié étaient également favorables au mariage, à leur tour, ils envoyaient des cadeaux à la maison de la mariée. Les offrandes à la maison du jeune homme devaient apaiser les « esprits » de la maison et l'échange de cadeaux signifiait à la communauté que les deux familles étaient satisfaites du mariage.

 

Cette coutume était en 1950 en voie de totale disparition.

 

 

Parmi les familles prospères, il y avait autrefois des arrangements matrimoniaux plus élaborés, des mariages de convenance. La cérémonie était alors plus formelle. Amis et parents se réunissaient chez la mariée, les poignets du jeune couple ont été liés en présence des anciens du village, et ils étaient à la chambre nuptiale pendant que les invités festoyaient, chantaient et dansaient.

 

Les cadeaux étaient échangés entre les familles deux ou trois jours après le mariage, et comprenait parfois de l'argent et des biens à l'usage du jeune couple. En outre, un petit apport était conclu par les parents du couple, généralement des terres et des animaux de travail si le couple quittait la maison de la fille pour créer son propre foyer.

 

Un petit paiement « pour le lait maternel » était versé au moment du mariage aux parents de la fille par le marié ou sa famille. Ces anciennes coutumes sont loin d’avoir disparu, notamment le payement du lait maternel, le sinsot, la dot.

 

 

Cette question ne se pose plus en 2022 comme elle se posait en 1950. Si à cette date les paysans vivaient pratiquement en économie de troc, ils sont allégrement passés à l’économie monétaire et l’argent circule. Il ne reste plus guère qu’un usage toujours vivace de cette économie de troc : lorsqu’en période de moisson, une personne – une mère de famille par exemple – s’embauche temporairement pour la récolte, elle préfère le plus souvent être payée en sacs de riz.

 

La pratique de la dot payée par la famille du marié à cette de son épouse ne s’est pas perdue. Le code civil de 1925 traite des fiançailles, des cadeaux d’usage et de la dot avant de traiter du mariage, c’est un sujet que j’ai longuement traité (1). La cérémonie dans le nord-est se déroule dans la maison de la mariée et c’est le chaman qui y préside.

 

 

Bien que les villageois choisissent eux-mêmes leurs compagnes, ils choisissent rarement hors l'approbation parentale ; le jeune couple vit presque toujours chez les parents de la mariée pendant un certain temps, et pour cela l'approbation de ses parents est nécessaire. Les parents comme partout dans le monde, encouragent leurs enfants à se marier dans des familles de statut économique similaire, et une famille prospère approuve rarement le mariage de leur enfant avec une famille pauvre.

 

Il n'y a aucune restriction coutumière aux mariages d'un parent par le sang en dehors de la famille immédiate; le mariage des cousins n'est pas abusif, et dans les petits villages, où les lignées sont très mélangées, il est courant que les mariés aient un certain degré de parenté par le sang.

 

Il n’y avait pas d’état civil avant le début du siècle dernier mais les villageois étaient parfaitement au courant des liens de parenté et du danger d’alliances consanguines trop rapprochées.

 

La polygamie qui n’a formellement été interdite qu’en 1925, a toujours été exceptionnelle dans les villages et elle l’est toujours en 1950 autant qu’en 2022, car seul un villageois prospère peut faire vivre deux familles.

 

Le divorce se faisait d'un commun accord entre les époux. Si le mariage a été enregistré au bureau de district, le divorce doit également être enregistré. Quand un couple se sépare, chacun prend la propriété de ce qu’il a apporté et les biens communs sont divisés en parts égales. Les enfants accompagnent leur mère à la maison familiale ou elle est prise en charge par sa famille. Un ex-mari contribuait rarement à l'entretien de ses enfants. Lui aussi retournait chez ses parents jusqu'à ce qu'il se remarie.

 

Le divorce chez les couples avec enfants étaient; souvent le fait qu’il n’y ait pas d’enfants était le facteur ayant provoqué le divorce.

 

 

LA VIEILLESSE

 

Lorsqu'un individu atteint la soixantaine, il est considéré comme ayant atteint le dernier et le plus ancien groupe d'âge, c'est-à-dire avoir terminé le cinquième des cycles de douze ans du calendrier zodiacal traditionnel.

 

A cet âge, la plupart des hommes du village auront cessé les travaux agricoles actifs, confiant cette responsabilité à un fils, un gendre ou parfois un locataire. Les vieillards ne sont pas oisifs ; ils fabriquent des travaux de vannerie, pièges à poissons et paniers, effectuer de petits travaux de réparation autour de la maison et garder les petits enfants.

 

Ils quittent rarement l'enceinte de la maison, sauf pour aller au temple ou chez un voisin. Les jeunes hommes du village viennent faire appel à leurs conseils et leur montre le respect dû à leur âge. Les femmes se retirent également de la gestion active du ménage à cet âge, bien qu'elles passent encore une grande partie de leur temps à s'occuper des jeunes enfants, à aider à la cuisine et aux tâches ménagères.

 

 

Les personnes âgées peuvent briser de nombreux interdits linguistiques et parler entre elles de choses que les hommes et les femmes plus jeunes ne mentionneraient pas. A l'approche de la fin de leur vie, les paysans se tournent vers la foi religieuse et sont les fidèles les plus assidus du temple.

 

La plupart des paysans âgés font face à la mort avec résignation, et passent une grande partie de leur temps au temple à prier et à se préparer pour la prochaine vie, mais ils ont aussi recours à des moyens de retarder la mort.

 

Une méthode qui était rarement utilisée en 1950 consistait à préparer son cercueil ; vielle croyance selon laquelle avoir un cercueil en attente était de bon augure et prolongerait la vie.

 

Dans le nord-est, une cérémonie bouddhiste pour prolonger la vie consistait à inviter un chapitre de moines à la maison pour réciter l'un des Jataka que Bouddha lisait à ses disciples lorsqu'ils étaient malades et qu'ils lui lisait quand il était malade.

 

 

L'effet sur le patient est fort, et il était aussi lavé avec de l'eau bénite qui est censée avoir une forte vertu curative. Si une personne âgée ou malade décède peu de temps après la cérémonie, l'explication selon la doctrine bouddhiste est que le bon moment pour la fin de la vie était arrivé et que rien n’aurait pu la prolonger.

 

La croyance populaire, fortement teintée d’animisme, est que le phi, l’esprit du vivant, avait déjà quitté le corps et donc rien ne pouvait empêcher la mort. Mais cet esprit plane autour du corps pendant un certain temps après la mort. Lorsqu'une personne meurt, un membre de la famille peut crier le nom du mort plusieurs fois dans le but faire revenir l'âme dans le corps. Un membre de la famille pouvait même grimper sur le toit et crier le nom du défunt dans l'espoir de ramener l'esprit. Une ancienne coutume encore pratiquée par des villageois du nord-est qui croient en la transmigration de l'âme est de faire une marque de suie sur une partie du corps; si une tache de naissance apparaît chez le prochain bébé né dans famille, cela indique que l'âme du défunt a été réincarnée dans l'enfant.

 

 

 

LA MORT

 

 

C’est la seule étape dans la vie d’un homme qui soit organisée par les moines et dont la plus grande partie se déroule au temple.

 

Le cadavre est baigné dès que possible par les membres de la famille et préparé pour l'onction finale avec de l'eau bénite. Il est revêtu d'habits propres, généralement blancs, étendus sur une natte, et enveloppés d'un linge blanc, une main laissée tendue hors de l'emballage, afin que parents et amis puissent l'asperger d'eau bénite.

 

Pendant les trois nuits pendant lesquelles le corps sera gardé à la maison, une lampe à huile ou une bougie de cire est maintenue à la tête du cadavre. Cette lumière montre comment l'animisme et le bouddhisme se sont imbriqués. La lumière est le symbole de la vie : lorsque la mèche de la bougie s'éteint, la lumière s'éteint ; la vie d'un homme est ainsi éteinte.

 

Les paysans du nord-est ont une vision plus animiste : la « lumière de la mort » doit guider l'âme afin qu'elle ne se perde pas sur le chemin du ciel et être condamné à errer dans le monde comme un mauvais esprit. La mort a été annoncée aux voisins immédiats, au médecin du village et au chef ainsi qu'au temple. Un groupe de moines viendra cette nuit-là chanter des services pour les morts.

 

Les funérailles sont les plus élaborées de toutes les cérémonies religieuses dans les campagnes. Les préparatifs pour la crémation prennent de trois à sept jours, bien que le plus souvent la crémation ait lieu le troisième jour.

 

Le premier soir, un service du soir dirigé par un groupe de moines est organisé à la maison en présence d'amis et de parents. Après le service, les personnes en deuil peuvent bavarder, fumer, mâcher du bétel et jouer toute la nuit. Les jeux d’argent qui sont interdits sont tolérés ces quelques jours.

 

Pour aider la famille endeuillée à payer les frais funéraires, les assistants apportent de petits cadeaux en argent glissés dans un cône de fleurs ou pliées dans un paquet soigné. Un membre de la famille reçoit les offrandes d'argent et tient un registre des familles qui contribuent, pour rendre plus tard la pareille.

 

Le deuxième jour est consacré à la préparation du cercueil, à la cueillette du bois pour la crémation et à préparer de la nourriture pour le prochain festin funéraire. Un autre groupe de moines vient à la maison suivi des fidèles pour prier.

 

 

Le matin du jour de la crémation, amis et parents sont rassemblés rassembler tôt, les hommes pour compléter le cercueil, terminer le portage charpente et dais pour le cercueil, et mis en place le bûcher funéraire. Les femmes commencent à préparer la nourriture spéciale qui sera présentée ce midi aux moines. Ces activités occupent le plus du matin.

 

Vers onze heures, un groupe de personnes porte la nourriture au temple en procession au temple. Pendant que les moines mangent, ce groupe se retirent dans le vihan (parfois transcrit Vihara c’est une salle de réunion et de prière qui, à l’inverse de la chapelle d'ordination n'est pas interdite aux femmes).

 

Puis les fidèles retournent au domicile du défunt prendre part au repas funéraire. La dépouille mortelle a été placée dans un cercueil en bois brut. Un groupe de moines revient encore prier à la maison.

 

 

Après la cérémonie, les moines descendent et attendent dans l'enceinte de la maison que la procession vers le lieu de crémation se forme. Le cercueil est apporté de la maison et placé sur baldaquin en bambou décoré qui a été fabriqué et décoré par les hommes du village. Autrefois, on considérait que c'était de mauvaise augure de  sortir le cercueil par la porte et lui faire descendre l'escalier ce permettrait à l'esprit du mort, qui pourrait devenir malfaisant, de retrouver le chemin de la maison.

 

Le premier soir, un service du soir dirigé par un groupe de moines est organisé à la maison en présence d'amis et de parents. Après le service, les personnes en deuil bavarder, fumer, mâcher du bétel et jouer aux échecs toute la nuit.

 

 

Pour aider la famille endeuillée à payer les frais funéraires, les appelants apportez de petits cadeaux en argent qui sont glissés dans un cône de fleurs ou pliées dans un paquet soigné. Un membre de la famille reçoit les offrandes d'argent et tient un registre approximatif des familles qui contribuent, pour ultérieurement rendre la réciproque.

 

 

Le matin du jour de la crémation, amis et parents se rassemblent très tôt, les hommes pour compléter le cercueil, terminer le portage charpente et dais pour le cercueil, et mis en place le bûcher funéraire. Les femmes commencent à préparer la nourriture spéciale qui sera présentée ce midi aux moines. Ces activités occupent le plus du matin.

 

 

Vers onze heures, des plateaux de nourriture spéciale sont préparés, et un groupe de personnes en deuil les porte en procession au temple où ils sont offerts aux moines pour leur repas du midi. Pendant que les moines mangent, ce groupe des personnes en deuil se retirent au vihara où plus tard les moines leur tiennent un service spécial. Le cadavre a été placé dans un cercueil couvert en bois brut.

 

 

Après la cérémonie dans la maison, les moines descendent et attendent dans l'enceinte de la maison que la procession vers le lieu de crémation se forme. Le cercueil est apporté de la maison et placé sur le baldaquin en bambou décoré qui a été fabriqué et décoré par les hommes du village. Autrefois, on considérait que c'était de la malchance prenez le cercueil par la porte et descendez les marches, pour cela permettrait à l'esprit du mort, qui pourrait devenir mauvais, de retrouver le chemin de la maison.

 

 

Par conséquent, le cercueil était souvent passé par une fenêtre ou un trou percé dans le mur. Cette vieille coutume semble bien avoir disparu.

 

 

 

Une corde sacrée, bénie par les moines, est attaché au baldaquin au niveau pied du pied cercueil. Les novices qui participent à la procession portent le cordon, tandis que les moines conduisent la procession. Quelques hommes portent le cercueil sur son baldaquin suivi en procession par le reste des personnes en deuil. Sur le terrain de crémation, qui est généralement une zone inutilisée à quelque distance du village, une pyramide inversée de plusieurs couches de planches ou de rondins a été construites par les hommes. Le cercueil est retiré du baldaquin et placé au sommet de ce bûcher. Les moines continuent à chanter. Une autre vieille coutume du nord-est est qu'un des membres de la famille frappe sur le cercueil avant le les moines commencent à réciter les dernières incantations afin que l'esprit du défunt soit averti. Il s'attarde en effet autour du corps jusqu'à ce qu'il soit consumé par les flammes.

 

 

Les prêtres quittent le lieu de crémation avant que le feu ne soit allumé.

 

 

Le couvercle du cercueil est retiré avant que le bûcher soit enflammé. Les assistants forment une procession qui tourne trois fois autour du cercueil avant d'allumer le feu.

 

 

La plupart des assistants retournant à la maison où les moines les attendent. Quelques hommes restent simplement pour surveiller la combustion.

 

 

La famille se rend sur les lieux de la combustion qui peut prendre de longues heures accompagnée d'un moine pour recueillir les cendres. Celles-ci ne sont pas conservées à la maison mais placées dans un cénotaphe en forme de cheddite que l’on trouve dans l’enceinte des temples. Naturellement, la richesse de la famille apparaît dans la taille et les décorations du cénotaphe.

 

Les paysans ne portent pas de vêtements de deuil mais il faut éviter les couleurs vives lors des cérémonies, Les femmes portent des jupes noires avec une veste blanche ou noire, tandis que les hommes portent leur pantalon ordinaire avec une chemise blanche ou une veste grise ou noire.

 

 

Des trois grandes étapes de la vie d'un paysan - naissance, mariage, et mort - la naissance et le mariage sont importants, car la naissance apporte un nouveau membre à la communauté, et le mariage assure la continuité de la famille. Mais d'un point de vue social, ce sont affaires familiales qui n'impliquent aucune cérémonie religieuse qui concerne le village dans son ensemble.

 

 

L’inhumation dans un terrain éloigné du village était autrefois pratiquée pour ceux qui mourraient de mauvaise mort, enfants mort-nés, victimes de maladies contagieuses, femmes en couche, criminels, morts de mort violente, victimes d’un accident, suicidé. Elle n’existe actuellement plus sauf dans les mémoires et il n’y a pas de cimetière. La raison en est simple : les conditions de la mise en terre à fleur de sol faisaient que les dépouilles étaient rapidement déterrées par les chiens – l’un des fléaux de la Thaïlande – qui se disputaient ensuite leurs restes avec les vautours. S’ils ne l’étaient pas par les chiens, ils l’étaient par les sorciers avides de cadavres frais pour composer leur pommade magique

 

 

La question s’est toutefois posée il y a quelques années à la suite de la mort accidentelle d’un jeune garçon dans un village un peu reculé. La famille craignait que les moines refusent la crémation. Il n’y eut pas de difficultés. Les musulmans qui interdisent la crémation, les catholiques qui y sont hostiles, ont leurs cimetières et général proches de leur lieu de culte.

 

 

.Qu’y-a-t-il de changé aujourd’hui dans le nord-est ? Rien sinon des modifications dues aux progrès de la technologie :

 

 

- Le cercueil de bois brut contenant la dépouille est lui-même placé dans un monumental cercueil très décoré et surtout réfrigéré. Dans la mesure où le rituel s’étend sur plusieurs jours, je suppose qu’auparavant, les paysans avaient quelques recettes pour éviter la décomposition trop rapide du cadavre et l’invasion par les insectes ?

 

 

- le dernier voyage ne s’effectue plus à dos d’homme mais sur un corbillard automobile.

 

 

 

 

- La crémation ne s’effectue plus sur un bûcher (encore qu’il peut y en avoir de temps à autre en des endroits très reculés). Le spectacle en est – paraît-il – horrible : « ... le cadavre étant mis sur le bûcher, on allume le feu. Les nerfs étant contractés, le mort semble s’agiter et rouler au milieu des flammes. C’est un spectacle horrible à voir… ». Elle fut d’ailleurs interdite par Rama V au moins dans la capitale.

 

 

 

 

Actuellement elle se déroule dans un crématorium sommaire, tenant du four de boulanger, toujours placé dans l’enceinte de tous les temples. La crémation est évidemment plus rapide et permets la récupération des cendre dès le lendemain ce qui n’est pas la partie la plus agréable du rituel car on ne trouve pas que des cendres. Ni les assistants ni la famille n’assistent à la crémation qui dure plusieurs heures et le seul spectacle si l’on peut dire consiste à voir une fumée noirâtre qui s’échappe de la cheminée

 

 

 

 

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10 juillet 2022 7 10 /07 /juillet /2022 05:42

 

 

La plupart des paysans thaïs sont des agriculteurs indépendants vivant en économie de subsistance économique. Si la moyenne pour tout le pays est de 80 % de terres appartenant de petits agriculteurs indépendants, elle est de plus de 86 % dans le nord-est. Le métayage n’est pas une institution locale. Par contre, si la superficie moyenne des exploitations est d’environ 4 hectares dans les riches plaines du centre, elle se situe dans le nord-est à un peu plus ou un peu moins d’un hectare.

 

 

Quand on, parle de droit de propriété, il faut préciser de quoi on parle. La propriété  immobilière est totalement différente de ce qu’elle est en France et comporte une hiérarchie incluse dans l’édit constitutif du statut de la propriété foncière du 17 février 1901 et créant les bureaux fonciers (สำนักงานที่ดิน). Ils sont appelés No.So (abréviation de น. –หนังสือ). On trouve au bas de l’échelle un titre qui permet tout au plus d’exploiter et en haut, le sixième qui confère la pleine propriété. Il est difficile de savoir si ces « propriétaires » avaient seulement pris la peine d’aller se faire enregistrer au Bureau Foncier comme ils en avaient en principe l’obligation.

 

 

LA VIE COMMUNAUTAIRE DANS LE VILLAGE

 

C’est une caractéristique fondamentale qui a pratiquement disparu aujourd’hui. Nous l’avons découvert dans notre article précédent en ce qui concerne la construction des habitations dans le village.

 

Il s’agit de l’échange de main-d'œuvre dans la riziculture. Dans ces villages qui ne comprennent que de 300 à 500 habitants probablement tous liés par des liens du sang plus ou moins étroits, des équipes de travail réciproques s’aident à préparer les semis, à planter et récolter le riz. Ce sont en général les voisins ou les parents proches. Cette forme de travail coopératif est réfractaire au chiffrage puisque l'arrangement est informel.

 

 

Ces obligations réciproques sont systématiquement respectées. Si un agriculteur a nécessité d’une aide supplémentaire au cas où il exploite une grande superficie, il fait appel aux familles pauvres comme journaliers, la rémunération est toujours une part du riz à la récolte.

 

Cette vie communautaire ne porte pas seulement sur la culture du riz en toutes ses étapes.

 

Les chemins carrossables et les rues des villages sont réparés en commun sous la direction du chef de village ; les travaux nécessaires sur les terrains et les bâtiments du temple sont également effectués en commun. Pour ces tâches, chaque ménage fournit autant d'hommes valides qu'il le peut. Dans le nord-est la nécessité d'entretenir les systèmes d'irrigation élaborés s'est traduite par une tâche communale assez formellement organisée : les villages d'une zone donnée se voient affecter la responsabilité des canaux d'alimentation et des petits fossés de leur secteur. De plus, chaque village doit envoyer de temps en temps une main-d'œuvre pour travailler sur l'irrigation principale. C’est tout un travail considérable. Les chefs de village qui inspecte nt régulièrement les systèmes d’irrigation reçoivent des villageois une rémunération en riz.

 

 

 

 

LA VIE DU PAYSAN

 

Le riz

 

 

Elle tourne autour de la culture principale, celle du riz qui produit une récolte par an : il se sème en pépinière début juin, établit les digues de terre, désherbe en août et septembre, récolte fin novembre ou décembre. Le battage a lieu en décembre ou en janvier. Elle est l’essentiel de son travail et toutes les cultures secondaires sont cultivées entre les cycles du riz.

 

Les rizières représentent 14,86 % du sol utilisé, autant que dans la plaine centrale mais la production y est en gros la moitié de celle de la plaine centrale. Avec les autres cultures qui couvrent 10,58 % de la surface agricole le total est de, 25,44 %, dans la plaine centrale, il n’est que de 21,51 %, c’est le record du pays ainsi que les forêts à feuillage caduque qui occupent 61,45 % des terres, plus que partout ailleurs. C’est une région de rizières et de forêts.

 

 

 

 

 

 

Un système traditionnel d'irrigation

 

On ne cultivait alors en Isan que le riz gluant : la raison en est double, il constitue encore et toujours l’aliment de base. La raison initiale de son développement exclusif a probablement pour origine sa période de croissance plus courte, de 4 à 41/4 mois. Dans la zone nord-est, où les pluies sont rares un riz à maturation rapide est essentiel. S’il y a du surplus, il est vendu sur les marchés locaux. Il ne s’exporte pas et les citadins le considèrent comme la nourriture des gueux. Sa riche teneur en sucre permet de le distiller pour produire un farouche alcool de riz qui échappe totalement à la législation sur les alcools.

 

 

Les champs sont divisés en plusieurs petites parcelles, chacune entourée d’un petit cordon de digues. L'eau est amenée dans les champs à partir de nombreux petits fossés qui sont connectés avec un plus grand, qui à son tour se dirige vers un canal puis la rizière. Dans tout le nord-est, l'eau se répand dans les rizières par gravité : ni noria ni éoliennes comme dans les plaines centrales et encore moins de pompes électrique puisqu’il n’y a pas d’électricité.

 

En dehors de l’utilisation du buffle d'eau pour le labour, le paysan dépend entièrement de son travail manuel et des outils primitifs. Sauf pour les pièces en acier ou en fer, la plupart des outils agricoles sont fabriqués à la maison par l'agriculteur lui-même ou par un charpentier du village. Les pièces en fer sont achetées dans le bourg ou le plus souvent chez les marchands ambulants qui pullulent.

 

 

Le battage et le vannage à la machine sont inconnus. Dans le nord-est tout le riz est repiqué. Il faut procéder au labourage des champs après le début des pluies. C’est le travail des buffles d’eau, le paysan derrière les pieds dans la boue pour ramollir le sol de tuer les mauvaises herbes. Si la terre n’est pas trop lourde, on utilise un bœuf.

 

 

La charrue est de bois faite à la maison et munie d'un soc d'acier; ordinairement, plusieurs labours sont nécessaires, réservés aux hommes et aux garçons plus âgés. Après les labours ; il faut inonder la parcelle pour ramollir encore le sol ; de pourrir les mauvaises herbes. Le hersage se fait ensuite, lourde planche de bois avec des dents en bois pointues. Plusieurs hersages sont souvent nécessaires. Le repiquage peut avoir lieu. La solidarité commun ale dont nous allons parler entre alors en jeu.

 

 

Une clôture temporaire en bambou est construite autour de la parcelle ensemences pour éloigner les buffles d'eau, et si le champ est près du village, un pour empêcher les canards et les poulets d'entrer. Par ailleurs, souvent un jeune de la famille, reste pour chasser les oiseaux en général au lance- pierres.

 

Toutes ces tâches nécessitent un savoir-faire considérable. Elles sont monotones et pénibles mais se font en chanson jusqu’aux fêtes de la moisson. Celle-ci se fait à la main avec de petites faucilles. C’est le travail des femmes. Vient ensuite le battage avec de lourds maillets de bois. Suit le vannage : Le grain est lancé en l'air avec une bêche en bois ou un pour laisser le vent emporter la paille.

 

Les hommes et les femmes âgés sont restés à la pour s'occuper des petits enfants et préparer les repas des travailleurs.

 

 

Les arbres dans les rizières

 

La région du nord-est est bien connue pour son agrosystème unique « d'arbres dans les rizières ». Il s'agit d'un système élaboré localement dans lequel les agriculteurs conservent délibérément de nombreux grands arbres dans leurs rizières. L'ombrage réduit les rendements de riz à certaines étendues sous les cimes des arbres, mais l'amélioration de la fertilité des sols résultant du recyclage de la litière de feuilles d'arbres augmente le rendement global du champ. De plus, les arbres fournissent de nombreux avantages précieux aux agriculteurs, bois pour la cuisine, fruits, ombre pour les personnes et bétail. Cette croyance populaire a toutefois une validité scientifique confirmée par des spécialistes de l'agriculture qui souligne que les racines des arbres descendant dans la zone des roches altérées ou elles obtiennent des nutriments qui sont éventuellement ajoutés à la couche arable sous forme d'abats simples... Une expérience probablement millénaire singulièrement confirmée par la science moderne

 

 

Les cultures « itinérantes »

 

Ce procédé a totalement disparu mais se pratiquait volontiers dans les nord-est : Il consiste à défricher par le feu une parcelle de la forêt un l’utiliser pour pan ter du riz, du maïs ou des légumes. Elle complète la riziculture irriguée et l'élevage, mais est totalement réfractaires à toutes statistiques. Une seule récolte épuise le sol, il faut donc aller plus loin. Mais là aussi la solidarité villageoise joue à plein. Cette forme de culture primitive a actuellement totalement disparu mais a longtemps perduré dans les zones tribales des collines.

 

 

LE RÔLE DES ANIMAUX

 

Chaque paysan thaïlandais a besoin d'au moins un buffle d'eau pour travailler sa terre. S'il n'en possède pas, il doit en louer un. Le buffle est essentiel pour le labour et le hersage.

 

Bien que les bœufs soient utilisés presque exclusivement pour le transport, en quelques endroits du nord-est, ils peuvent être utilisés occasionnellement pour labourer un sol léger et sablonneux. Ils ne peuvent pas travaillent dans la boue profonde de la rizière ordinaire.

 

 

Les bœufs et les bovins dans le nord-est fournissent la quasi-totalité de la viande bovine locale du pays, mais dans aucune zone villageoise, même dans le nord-est, il n'y a de bovins ou de buffles d'eau abattus. Le villageois mange du porc, acheté dans un marché. Et bien que le lait de la bufflonne soit riche il ne fait pas partie du régime alimentaire du paysan thaï.

 

Le soin du buffle d'eau est la tâche des hommes et des garçons; les femmes ne s'occupent généralement des animaux de trait qu'en cas d'urgence.

 

Lorsque l'animal est en pâture dans les champs, un petit garçon de la famille accompagne toujours la bête, assis ou même endormi sur son dos quand ce n’est pas le fermer lui-même.

 

Les buffles d'eau sont souvent hébergés sous les piliers la maison toujours construite sur pilotis.

 

Ils sont un capital précieux et ils se volent plus facilement que les maisons. Au moins une fois par jour pendant la saison sèche, le buffle d'eau est autorisé à se vautrer dans un point d'eau ou un canal, le larmier le frottant souvent d’une brosse en paille pour l’épouiller.

 

Lorsque le riz est planté, le buffle d'eau ne peut plus paître dans les champs. Il faut le nourrir, en général de l’herbe qui pousse au bord des rizières. Au besoin, on l’attache à un pieu sur un morceau de terre élevé ou il y a même un abri sommaire pour lui épargner la grosse chaleur mais il y aura toujours un surveillant jour et nuit.

 

Des estimations que valent ce qu’elles valent évaluent à cinq millions le nombre des buffles dans le nord-est en 1939.

 

 

LES FERTILISANTS

 

 

Les cultures ont besoin d’azote pour prospérer mais on ne le cherche pas dans les engrais chimiques.

 

Dans la région les paysans utilisent le fumier du buffle comme fertilisant. Il permet dans les enclos entourant les maisons de cultiver les légumes, le coton et le tabac, les mûriers pour l’élevage des vers à soie, les bananiers les papayers et l’arbuste qui produit le volcanique piment rouge.

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La pauvreté du sol dans le nord-est a conduit le paysan à utiliser un autre engrais naturel, les termitières, qui atteignent souvent 2 à 3 mètres de hauteur et peuvent atteindre 5 à 7 mètres de diamètre.

 

 

Il ne s'agit pas des infernales fourmis rouges qui nichent dans les arbres et dont les œufs tout autant que les insectes grillés constituent un incontestable apport en protéines même si leur valeur gastronomique laisse à désirer.

 

 

Ces termitières sont faites d'une argile sableuse apportée par les termites d'une profondeur d'un mètre ou plus sous la terre arable sablonneuse, assez riches en éléments nutritifs pour les plantes et en outre enrichis par l'activité des termites. Les termitières fournissent souvent la seule terre disponible pour les cultures secondaires : Les agriculteurs aplatissent les monticules et les étalent sur le sol pour former un lit dans lequel ils vont faire pousser les cultures secondaires.

 

La fin de la saison du riz ne rend toutefois pas les paysans oisifs. Il doit réparer les bâtiments, les clôtures, entretenir ses outils, s’occuper du potager. Les cultures secondaires constituent un ajout appréciable. Si la culture du tabac est sous monopole, celui que le paysan cultive pour son usage personnel y échappe et peut-être plus encore : je me souviens avoir vu dans de petits marchés locaux du tabac vendu en vrac et au kilo et ne portant pas l‘estampille de la régie mais plus depuis quelques années probablement en raison de la lutte anti-tabagique ? Les cigarettes étaient alors roulées non pas dans du papier mais en général dans des feuilles de bananier séchées.

 

 

Le soja est une autre culture importante dans la région. Il pousse bien dans les rizières et ne nécessite pas de labour. Les graines sont plantées en décembre à l'air libre dans les espaces entre les tiges de riz sèches et la récolte s’effectue en mai. Les fèves sont vendues au poids à des marchands dans les villages et les tiges et les coques de gousse sont entassées dans un coin du potager.

 

 

Après le début des pluies, les champignons poussent du tas moisi et approvisionnent la cuisine. Les oignons, l'ail, le chou et les arachides sont cultivé après la récolte du riz, en partie pour un usage domestique, en partie pour la vente sur le marché. Les légumes destinés à la consommation familiale sont cultivés dans l'enceinte de la maison toute l'année.

 

Les paysans achètent des porcelets environ un mois et demi ou deux mois à vendeurs ambulants dont la plupart sont encore chinois, Ils les engraissent pendant huit ou douze mois et les revende souvent au même chinois.

 

Ce sont les femmes qui s’occupent des cochons. Elles les nourrissent de légumes grossiers, de mauvaises herbes, de tiges de bananier et de paille de riz cuites sur un feu extérieur.

 

 

Leur abatage est strictement réglementé par le chef de village après que l’état sanitaire de la bête ait été vérifié par le « médecin du village ». On est conscient des maladies qui transmet le porc notamment la peste porcine. Nous parlerons plus bas de ce personnage singulier qu'est le médecin du village.

 

Presque tous les ménages élèvent de la volaille. La poule est un animal rustique. Les poulets sont élevés partie pour être vendus au marché et partie pour la consommation familiale ainsi que les œufs.

 

Les agriculteurs élèvent également des canards, car les œufs de cane sont plus prisés que ceux de poule.

 

 

Le canard est un moyen utile de lutte contre les ravageurs dans les rizières : ils se nourrissent de crabes de rizière, d'escargots et d'insectes qui infectent les champs.

 

Les poulets et les canards doivent chercher une grande partie de leur nourriture, bien que les poulets soient nourris avec des restes de paddy.

 

 

 

LA PÊCHE

 

La richesse de la Thaïlande est proverbialement le couple riz et poisson.

 

Chaque famille agricole consacre une partie de son temps à la pêche, le poisson est la source de protéines la plus importante de la vie paysanne.

 

La plupart des paysans pêchent dans les eaux intérieures - lacs, rivières, canaux,

 

Le poisson peut être conservé par fermentation ou par séchage au sel, les salines de sel gemme sont surabondantes dans le nord-est.

 

 

Les paysans thaïlandais pêchent avec des filets,

 

 

.....des épuisettes, des nasses des harpons de bambou et de petites arbalètes. La pêche à est le travail des femmes Les hommes pêchent au harpon ou à la canne. Tous les instruments de pèche sont fabriqués en famille. Pour la pèche à la ligne, le fil est fourni par les cocons de vers à soie, on n’achète que les hameçons au marché.

 

 

Les crabes de rizière agrémentent (si l'on peut dire) la cuisine locale.

 

 

 

 

LES ARTISANS

 

Chaque village quelques personnes ont d’autres moyens de subsistance autres qu’agricoles, même si la quasi-totalité de ces spécialistes deviennent paysans à temps partiel. Maîtres d'école, médecins de village et commerçants sont à peu près les seuls qui s'adonnent rarement ou jamais à l'agriculture. Les autres sont régulièrement agriculteurs à temps partiel et poursuivent leurs spécialisations pendant la saison sèche quand d'autres cultivent des cultures secondaires.

 

Parmi eux aux le menuisier est le plus important. Presque chaque abrite quelques hommes qui, pendant la saison sèche, se louent pour construire ou réparer et qui forment des hommes plus jeunes (souvent leurs fils ou gendres) comme charpentiers dans une sorte d'apprentissage informel. Mais on trouve aussi la fabrication de tuiles en argile, de balais de paille, de tissage de chapeaux.

 

 

Pendant la Seconde Guerre mondiale, une pénurie de produits importés a fait ressortir un temps quelques-uns des vieux rouets et métiers à tisser, et du fil de coton était filé à la maison par des vieilles femmes (peu de jeunes d'aujourd'hui savent pas tisser), mais à la fin de la guerre le retour des textiles bon marché a rapidement banni le métier à tisser.

 

Quelques vieilles femmes de la région tissaient encore de minuscules mèches de coton pour les lampes à huile en étain faites maison, avant l’introduction systématique de l’électricité. Quelques jeunes filles apprirent à tisser les filets de pêche de leurs mères ou grands-mères. De nombreux petits objets ménagers étaient encore fabriqués à la maison en bois, cuillères, balais, éventails, louches de noix de coco. Ce sont les hommes, surtout les vieillards, qui tissaient les paniers en vannerie, les nattes et tapis de sol, les pièges en bambou.. Cet artisanat est loin d'avoir disparu aujourd’hui même si ces objets purement utilitaires deviennent des objets de décoration pour les touristes qui se hasardent dans l'Isan profond. J'ai constaté avec horreur que l'on en trouve présentement en plastique, notamment les paniers ou l'on sert traditionnellement le riz gluant !

 

 

LES MARCHÉS DES VILLAGES

 

Dans tout le pays, des marchés ont toujours lieu tous les matins dans la plupart des villages. Les femmes apportent des œufs, des légumes, des fruits, du poisson et de nombreux autres articles à vendre ou à échanger car l’essentiel est fait par et les transactions en espèces ne produisent que les sommes dérisoires.

 

 

Les marchands ambulants circulent en permanence troquant pousses de bambou, champignons, poivrons, ail et sel, contre du riz, du tabac, du bétel et des légumes.

 

D’autres toujours dans le nord-est s'engagent dans une activité saisonnière de colportage ambulant. Ils traversent les villages pour vendre des socs de charrue, des houes, des couteaux et d'autres outils agricoles forgés avec de la ferraille de récupération. Ils voyagent souvent en groupes pour se protéger et dorment généralement dans des maisons de repos des temples et y exposent leurs marchandises dans les enceintes. D'autres colportent du tabac séché à la maison, des chapeaux de pluie et des parasols ou d’autres produits de l'industrie domestique. Tout cela est marginal et ne concurrence pas le fournisseur chinois tout aussi ambulant.

 

 

LES CHINOIS

 

Dans le nord-est, ils sont d’abord détaillants et courtiers en riz - deux activités sur lesquels ils ont acquis un contrôle étendu. Ils circulent en vélo, à pieds ou en bateau en saison des pluies.

 

L’archétype est le vendeur transportant deux plateaux faits de boîtes à savon suspendues à des cordes sur une perche de transport ; ceux-ci sont remplis d'aiguilles, de fil, de boutons, de savon, d’allumettes, de ceintures, et bien d'autres petites marchandises. Ses plus grosses ventes interviennent pendant les saisons de plantation et de récolte, lorsque les villageois sont occupés et ne peuvent se rendre sur les marchés. Ce colportage itinérant est resté longtemps toujours rentable puisqu’il pouvait desservir les villages les plus reculés. Ils se mirent même à la vente de produits pharmaceutiques.

 

 

Pour le paysan, le Chinois, qu'il soit colporteur, meunier, boutiquier, ou courtier en riz, était un lien essentiel avec l'économie du pays et un moyen de fournir les services et l’accès à des prestations bénéfiques. Il est en général bien accueilli car apporte non seulement des denrées nécessaires, mais des nouvelles et des ragots des bourgs et des autres villages. La figure du Chinois usurier déraisonnable facturant des intérêts exorbitants, et saignant le paysan sans pitié n’apparaît pas dans le nord-est. Bien au contraire les unions avec eux étaient recherchées.

 

Combien étaient-ils ? Le recensement de 1947 ne ventile pas selon les ethnies mais par profession. Nous savons que les paysans représentaient 84,10 % de la population. Les exploitations forestières 0,09 %, les activités de pêche 0,59 %, les activités des mines et des carrières 0,05 %, les usines de produits alimentaires, 0 ,36 %, les usines de boisson et de tabac, 0,12 %, les manufactures de produits du bois, 0,27 %, les manufactures de textiles, 0,58 %, les autres manufactures 0,85 %, activités de constructions, 0,11 %, commerce de gros et de détail, 7,86 %, transports et communications, 0,73 %, services du gouvernement 2,27 %, personnel de service 0,48 %, autres services 0,29 %, activités non décrites , 1,24 %.

 

Cette ventilation, est bien évidement insuffisantes. Que recouvre exactement l’appellation « manufacture » ? Il y a des milliers de temples dans le nord-est, nous y reviendrons, les moines sont-ils recensés comme je le pense dans les « services du gouvernement », le poste le plus important après celui des activités agricoles, celui du « commerce de gros et de détail », représente-t-il celui de la communauté chinoise ?

 

 

LA STRUCTURE AMINISTRATIVE : LA DÉMOCRATIE AU VILLAGE

 

Disons en quelques mots car au niveau de la structure de base, nous allons retrouver la force de cette structure communautaire. Jusqu'en 1932, la Thaïlande était divisée à des fins administratives en dix grandes zones régionales appelées monthons (มณฑล - cercles), avec un haut-commissaire (เทศาภิบาล - thetsaphiban) nommé par la couronne responsable de l'administration générale du cercle ensuite de la réforme du Prince Damrong de 1896.

 

 

Ils sont eux-mêmes divisés en mueang (เมือง - structure actuellement inexistante que l'on peut traduire par cité). Ces cercles sont quatre dans le nord-est : Nakhon Rachasima qui inclut les mueang de Buriram et Chayaptum, celui d'Ubonrachathani incluant les mueangde Kukan et Surin, celui d'Udonthani comprenant les mueang de Sakonnakhon, Loei, Khonkaen et Nahonphanom  et celui de Roiet à l'intérieur duquel nous trouvons les mueang de Kalasin et Mahasarakham. Nous trouvons ensuite comme aujourd'hui les districts (amphoe), les sous-districts (tambon) et les villages . Comment le passage à une monarchie constitutionnelle a été ressenti ? Il n'y a pas d'électricité donc pas de radio et les informations ne peuvent transiter que par les chefs de district, les chefs de villa et les moines qui sont en rapport plus ou moins directs avec Bangkok.

 

La révolution de 1932, a aboli le monthon et rendu le changwat (จังหวัด - province) la division administrative de base. Pour tout le pays, Il y en eut initialement 70 puis 71 en 1947, divisés en districts ; un province supplémentaire a été créée en 1947, et les districts ont été redivisés, de sorte qu'il y a aujourd'hui 71 provinces, 411 districts (อำเภอ - amphoe) et 3327 sous-districts (ตำบล - tambon). Le nombre de districts dans chaque province varie de cinq à dix. Il ne semble pas y avoir de réglementation spécifique de la taille d'un tambon, qui varie tout au long de la pays et est apparemment déterminée par des considérations topographiques et par la facilité de communication. Le tambon moyen est divisé en groupe de villages et villages individuels (บ้าน - ban). Le nombre total de villages dans le recensement de 1947 alors le plus récent le plus récent était de 49.832.

 

La province est dirigée par un gouverneur (ผู้ว่าราชการจังหวัด - phuwaratchakan changwat) nommé par le ministre de l'Intérieur dont il relève. Le pays a été divisé actuellement en 6 régions (nord – nord-est - ouest – centre – est et sud) chacune dirigée par un commissaire régional qui coordonne les activités des gouverneurs de province.

 

Chaque province, selon l'importance de sa population, élit un ou plusieurs membres de l'assemblée des représentants du peuple. Il est permis de penser que le choix des électeurs et électrices dépend largement des « conseils » des chefs de district, de tambon et de villages ? L'institution en 1932 d'élections nationales, fut une expérience entièrement nouvelle pour les paysans. Les comptes rendus de la première élection nationale rapportent que seulement un dixième de la population adulte a voté. . Ce pourcentage est passé à 39 % aux élections de 1952. Il faut tout de même en déduire que les paysans ne manifestaient pas un intérêt marqué pour ces élections nationales. La moitié d'entre eux étaient alors analphabètes et n'avaient aucun moyens d'accès à une quelconque information. Ils étaient probablement beaucoup plus sensibles aux « cadeaux » qu'effectuaient les candidats, pratique détestable qui n'a pas disparu aujourd'hui mais il faut le dire tout bas.

 

Le district est dirigé par un chef (นายอำเภอ - nai-amphoe) assisté d’une équipe de fonctionnaires dépendant des divers ministères. Il est nommé par le ministère de l’intérieur. En ce qui nous concerne, il peut être appelé à régler des différends entre villageois concernant les limites de leurs rizières et juger les différends entre propriétaire et locataire. Il agit alors en véritable juge de paix

 

Le tambon est dirigé par un chef de tambon (กำนัน – kamnan). Il est lui choisi par les chefs de village de son territoire. Ce n’est pas un fonctionnaire. Il organise de fréquentes réunions informelles avec l'aide des chefs de village pour entretenir les paysans des divers problèmes, irrigation au premier chef. Les femmes y participent volontiers surtout lorsque les hommes sont aux champs, rien d'étonnant dans une société largement matriarcale.

 

Les chefs de village (ผู้ใหญ่บ้าน – phuyaiban). Il nous plonge au cœur de la démocratie villageoise. Il est élu par les hommes et femmes du village sans que son mandat ait eu alors une durée fixe. Il peut servir en permanence sans élection tant qu'il conserve la confiance et le respect de ses villageois. Il n'est pas rare qu'un chef de village respecté conserve son poste jusqu'à son décès ou sa retraite, en général à la soixantaine.

 

Les chefs à la retraite ainsi que quelques vieillards du village constituent une espèce de conseil des anciens totalement informel et aucune entreprise importante n’est lancée sans discussion avec eux. Les villageois peuvent demander le retrait d'un chef qui a perdu confiance en s'adressant au chef de district qui a le pouvoir de révoquer les chefs et d'appeler pour une nouvelle élection. En votant pour le chef du village, une réunion est tenue de tous les adultes qui souhaitent voter. Il n'y a pas de campagne; le chef sortant et le conseil informel des anciens recommandent un ou deux candidats issus de familles respectées du village. L'élection se fait généralement au cours d’une assemblée par un vote à main levée à la majorité simple élire. Le scrutin secret n’est pratiquement jamais utilisé. Cette forme même de scrutin interdit toute forme de statistiques puisqu'il n'y avait pas de listes électorales et pas de registre d'émargement parfaitement inutiles puisque dans ce cadre restreint, tous se connaissent.

 

L'élection du chef de village et du kamnan doit être confirmée par le gouverneur de province par l'intermédiaire de son représentant, le chef de district mais on ne cite pas d’exemple d’un refus d’approbation.

 

En dehors de l’informel conseil des anciens, nous trouvons un autre fonctionnaire au sein des villages, le « médecin du village » (หมอประจำบ้าน - mo pracham ban). Actuellement, il s’agit d’un corps de volontaire bénévoles ayant reçu une formation médicale et participant au règlement des problèmes de santé au niveau du village et du tambon. A cette époque, il était fonctionnaire rémunéré sous la direction du responsable des services de santé du district. Le mot de médecin est largement surévalué. Il ignore en général tout de la médecine moderne mais n’ignore pas les traditions locales. Chaman, guérisseur, rebouteux, parfois traité de charlatan, il est bien présent.

 

 

L'aspect religieux qui est toujours un mélange de bouddhisme, de chamanisme et d'animisme est toujours présent, j'en parlerai dans le dernier volet de ces articles sur la vie paysanne dans le nord-est.

 

 

 

Monseigneur Pallegoix écrivait en 1854 « .. De temps en temps il y a des années où les pluies sont bien moins abondantes que de coutume; alors le fleuve n'inonde qu'une partie de la plaine; toutes les rizières où l'eau n'arrive pas sont perdues, parce que la plante du riz se dessèche et meurt sans porter de fruits, ce qui occasionne la cherté du riz, mais jamais la famine ».

Il cite toutefois deux famines, la première en 1443 dont l'on ignore les causes, probablement les ravages des guerres et de l'incendie systématique des récoltes. Celle de 1769 est due aux ravages causés par les invasions birmanes pour les mêmes raisons. Je n'ai trouvé trace que d'une autre en 1893 (ce n'est pas dire qu'il n'y en a pas eu d'autres) dans la revue des catholiques américains de Chiangmai (The Sacred Heart Review, Volume 9, Number 23, 29 April 1893) :

« Un missionnaire écrit de Chiangmai, au Siam, qu'il est impossible dans une courte lettre de donner un compte rendu adéquat de la famine dont le peuple Lao souffre depuis un an. Lorsque le riz est la seule nourriture, un échec presque complet de la récolte survenant après deux courtes années laisse les gens sans aucune ressource ; et la difficulté et les frais de transport sont si grands que l'importation sur une grande échelle a été hors de question. Une sorte de tubercule qui pousse à l'état sauvage a été le seul substitut tolérable depuis quatre ou cinq mois, depuis que l'approvisionnement en graines de bambou s'est tari ; mais beaucoup de gens ont été poussés à manger même des coques de noix de coco, qui servent à donner à l'estomac une distension confortable jusqu'à ce que la famine entraîne la mort. Combien de morts il y a eu à cause de la famine, il serait téméraire de le deviner. Ils seraient probablement plusieurs milliers. Dans les endroits les plus démunis, il est presque impossible d'entrer dans les maisons, tant est écœurante la puanteur venant des morts, que les mourants n'ont pas pu enterrer, tandis que les routes menant de ces régions aux provinces les moins malheureuses ont été jonchées de cadavres. Dans la province de Chiangmai à l'heure actuelle, il doit y avoir environ 15 000 ou 20 000 réfugiés de la famine des provinces de l'Est, une immense ponction sur un peuple qui a eu environ la moitié de ce qu'il avait d'habitude pour sa propre subsistance. Ces réfugiés partent en troupes, parfois au nombre de plus d'une centaine. Hier à notre porte, il y en avait plus de trente à midi. Heureusement, le riz y est un peu moins cher qu'il ne l'a été, bien qu'il soit encore quatre fois plus cher les bonnes années ». J'en déduis que cette catastrophe – s'il elle a frappé le Laos a moins frappé le nord-est du Siam puisque ne touchant que 15 ou 20.000 réfugiés sur une population qui devait alors avoisiner les 10 millions d'habitants ?

 

 

 

Que conclure ?

 

Ces paysans vivaient dans une économie de subsistance, certes mais en symbiose avec la nature avec laquelle ils vivent étroitement leur procure ce qui est nécessaire à la vie quotidienne que ce soit le bois pour construire, les cultures essentiellement du riz, le pain quotidien, un peu d'élevage et beaucoup de cueillette, la chasse et la pèche. Ils échappent pour une grande partie à l'économie monétaire et à l'envahissement des publicités créatrices de besoins. La vie familiale, la vie religieuse et la vie communautaire étaient intenses. Cela signifie-t-il le bonheur ?

 

A suivre .../....

 

Sources

 

En dehors de celles que j'ai citées dans la première partie, j'ai utilisé tout en restant prudents sur les chiffres relatifs à cette période

 

Carle C Zimmerman : « Siam: Rural Economic Survey », Bangkok, 1931.

Phya Anuman Rajthon. «ชีวิตชาวนาไทย – Vie du paysan thaï ». en thaï - Bangkok, 1948.

 

 

 

 

 

 

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3 juillet 2022 7 03 /07 /juillet /2022 05:41

 

1950, je n’ai pas choisi cette date au hasard. Elle marque le début d’une période de cinq décennies au cours de laquelle la Thaïlande a bénéficié d’une phénoménale évolution démographique, technique et technologique, architecturale autant qu’intellectuelle – en particulier dans l’éducation - et politique notamment dans la politique agraire. Nous connaissons le recensement de 1947 qui a fait l’objet de plusieurs études facilement accessibles en dehors de celles en langue thaï qui le sont moins.

 

Nous bénéficions d’une étude effectuée sur le terrain pendant deux ans (1948-1949) par un anthropologue américain, John De Young, de l’Université de Berkeley concernant au moins pour partie le nord-est et ses unités villageoises compactes, établies de longue date, pratiquant une agriculture de subsistante, économie rizicole autonome et dépendant de cultures secondaires et d’autres sources pour équilibrer leurs faibles revenus. J’ai également utilisé d’autres études universitaires concernant au moins en partie le nord-est et étudiant les résultats du recensement (1).Nous bénéficions d’une étude effectuée sur le terrain pendant deux ans (1948-1949) par un anthropologue américain, John De Young, de l’Université de Berkeley concernant au moins pour partie le nord-est et ses unités villageoises compactes, établies de longue date, pratiquant une agriculture de subsistante, économie rizicole autonome et dépendant de cultures secondaires et d’autres sources pour équilibrer leurs faibles revenus. J’ai également utilisé d’autres études universitaires concernant au moins en partie le nord-est et étudiant les résultats du recensement (1).

 

 

 

Le dernier recensement de 1947 évaluait la population du pays à 17.343.714 habitants. Le pays en compte actuellement 70 millions Les 15 provinces du nord-est comportaient alors 5.850.010 habitants que nous pouvons arrondir à 6 millions (2).

 

Elles sont d’importance inégale, de la plus peuplée, celle d’Ubonrachathani, 856.373 habitants, actuellement un peu plus du double à celle de Loei, 136191 habitants, actuellement près de 650.000.

 

C’est toujours la plus grande des quatre régions de la Thaïlande, d’une superficie de 167.000 km2, un tiers de la superficie totale du pays. Ces 6 millions d’habitants soit 35% de la population du pays y gagnait difficilement leur vie. Très exactement 84,10% vivaient de la terre. Pauvres assurément mais plus de 90% étaient propriétaires de leur terre exactement à l’inverse du reste du pays. Il y avait alors environ 12.000 villages chacun de quelques dizaines de famille, mais leur nombre varie en fonction des nécessités administratives. Il y en actuellement 30.764, une moyenne de 500 habitants par village, peut-être un peu moins nous faisons abstraction des populations des villes qui commençaient lentement à se peupler (Khonkaen, Udonthani, Khorat et Ubonrachathani) bien que n’étant guère que des grands villages : Il faut en effet moduler même si ma source date de 1927, ce n’était probablement guère mieux en 1950. : Khon Kaen, siège d'un Ampheu, a l'allure d'un grand village, bâti des deux côtés d'une large avenue plantée d'arbres. Les bâtiments administratifs sont tous en bois, les anciens sont couverts en tôles ondulées ou en tuiles de  bois, les nouveaux en tuiles de ciment confectionnées sur place » (3)

 

Carte postale des années 40 non située probablement Khonkaen :

 

 

 

Aujourd’hui la région serait peuplée d’environ 20 millions d’habitants. Ce chiffre généralement annoncé est à prendre avec précautions : Les habitants partis chercher fortune dans le reste du pays restent toutefois inscrits dans leur village auquel ils restent profondément attaché et où ils retournent au moins une fois l’an pour les fêtes du nouvel an bouddhiste. Les provinces sont actuellement 20, contenant 334 districts (amphoe), 2642 sous-districts (tambon) et 30764 villages ce qui donne une moyenne de 650 habitants mais si l’on exclut de cette moyenne la population des quatre grandes villes qui sont devenues des mégalopoles tentaculaires, on retrouvera probablement la même moyenne qu’en 1950 soit 500.

 

 

La topographie du nord-est affecte toujours considérablement la température pendant la saison fraîche : bien que les journées soient chaudes, les températures nocturnes peuvent descendre jusqu’à 10 degrés Celsius, parfois moins dans la province de Loei, à la limite du gel. Pendant la saison chaude, entre mars et mai, les températures peuvent atteindre une température supérieure à 38 degrés Celsius. La saison des pluies tombe principalement en Isan entre juin et octobre. La région reçoit moins de précipitations que le reste du pays car les montagnes situées au sud-ouest et à l'ouest agissent en partie comme une barrière anti-pluie mais les inondations y sont fréquentes.

 

Les villages y sont implantés depuis des temps immémoriaux en général autour du temple où se trouve le puits d'eau potable et aujourd’hui le château d’eau. Cette implantation ne se fit pas au hasard, déterminée par l’exigence de l’eau et la proximité de la forêt.

 

Dessins De Young :

 

 

L’EAU A DÉTERMINÉ L’EMPLACEMENT DES VILLAGES

 

Les villages (ban – บ้าน en isan) sont composés de maisons (huan เฮือน en isan) regroupées, il n’y a pas d’habitat dispersé dans nos 20 provinces actuelles comme il peut y en avoir dans la Thaïlande centrale, au centre de vastes propriétés dans les régions de culture intensive du riz. Le choix de l’emplacement répond à un impératif d’évidence, la présence de l’eau tout simplement. Sur les 15 provinces d’alors, seules celles de Loei (pour partie), Nongkhai (qui incluait l’actuelle province de Bungkan), Nakonphanom, Mukdahan et Ubonrachathani sont riveraines du Mékong. Les villages s’y alignent toujours tout en longueur sur la rive droite. Dans l’intérieur, soumis aux aléas climatiques dont le pire est la sécheresse, il y a plusieurs types de regroupement : un groupe de maisons le long d'une voie navigable ou d'une route, ou un groupe de maisons parmi des arbres fruitiers, des cocotiers et des rizières ou le long d'une large rivière, des maisons construites sur une seule rive, le long d'une rivière étroite, d'un canal ou d'une route, des maisons peuvent être situées des deux côtés; le village peut s’étendre sur un ou plusieurs kilomètres. Rien n’a d’ailleurs changé à ce jour. L'observateur occasionnel ne peut souvent pas dire où un village s'arrête et où commence le suivant bien qu’il y ait une démarcation administrative entre les limites.

 

Toute la vie tournait autour de l’eau. Il est permis de penser que cette implantation autour d’un point d’eau suffisait alors aux besoins quotidiens puisque l’absence de gouttières destinées à recevoir les eaux de pluie de la toiture était alors constante. Leur apparition sur les toitures en matériaux modernes destinées à alimenter les énormes cuves en ciment constituant de précieuses réserves d’eau avant l’apparition de l’eau au robinet doit donc dater de la seconde moitié du XXe siècle ?

 

 

N’oublions pas les difficultés de circulation pendant la saison des pluies malgré une expansion constante du réseau routier dans le dernier quart du siècle dernier. En saison des pluies, une grande partie du transport se faisait toujours par voie d’eau. Et on n’avait pas peur de marcher à pieds ! Mon épouse (née en 1959) se rappelait avec un vieux cousin qu’il leur arrivait d’aller à Kalasin, le chef-lieu à 30 kilomètres à vol d’oiseau, à travers champs lorsqu’ils devaient y accompli quelques démarches faute d’avoir les moyens de se payer une bicyclette !

 

L’extension du réseau de voies ferrées depuis Bangkok n’a atteint Khonkaen qu’en 1938,  938, Udonthani en 1941 et Nongkhai en 1958. Les projets d’extension depuis Khonkaen jusqu’à Nakhonphanom n’ont jamais vu le jour et ne le verrons probablement jamais compte tenu de l’actuelle densité du réseau routier et de la pléthore de transports en commun routiers.

 

 

Il existait certes un réseau de transports aériens commencé probablement dès la fin de la grande guerre qui reposait sur des aéroports dont le coût de construction était dérisoire compte tenu des exigences des appareils de l’époque, de simples pistes. Il y eut ainsi des « aéroports » - en réalité de simples pistes - à Nongkhai, Loei, Sakhonnakon, Nakhonphanom, Khonkaen, Mahasarakham, Kalasin, Roiet, Chayaphum, Buriran, Sisaket, Khorat, Surin et Ubon mais ils ne concernaient que des services internes au Siam (courriers et éventuellement médicaments) mais ni le transport des marchandises ni celui des personnes.

 

 

 

Deux éléments ponctuels justifient cette importance de l’eau dans une région qui subit la sécheresse plus durement que dans le reste du pays:

 

- Lorsque les hasards de la climatologie ou de la géologie font surgir une source, elle devient volontiers immédiatement « Bonam Saksit » (บ่อน้ำศักด์สิทธิ์) en quelque sorte, traduction libre, « source miraculeuse » et se trouve aussi vite placée sous la protection des moines. J’en ai eu l’exemple vivant avec celle de Ban Nonsung dans le district de Yangtalat dans la province de Kalasin (บ้านโนนสุง -อำเภอยางตลาด จังหวัดกาฬสินธุ์), après sa découverte il y a quelques années, elle fut rapidement insérée dans le périmètre d’un temple construit par des moines venus du prestigieux sanctuaire de Nakhonphanom.

 

 

- Plus généralement sur le plan de l’onomastique, quatre de nos vingt provinces actuelle font référence à l’eau : Kalasin (กาฬสินธุ์) « les eaux noires », Buengkan (บึงกาฬ) « l’étang noir » (alors district de la province de Nongkhai), Nongbualamphu (หนองบัวลำภู) « le lac des lotus » et Nongkhai (หนองคาย) « le lac qui crache » (?). Nous le retrouvons dans tout le pays, puisque sur les 7.500 districts de la Thaïlande, 652 portent le nom de huay (ห้วย) « le ruisseau », 33 celui de bo (บ่อ) « la source », 70 celui de nam (น้ำ) « l’eau », 42 celui de bueng (บึง) « l’étang », 501 celui de nong (หนอง) « le lac » et 145 celui de klong (คลอง) « le canal ». S’il existe une liste officielle des districts, nous ne bénéficions pas (à ma connaissance du moins) de l’équivalent français du « dictionnaire des communes » qui me permettrait de peaufiner cette recherche !

En dehors des besoins domestiques et de ceux de l’irrigation, c’est l’eau qui fournit également partie de la nourriture, les poissons, les anguilles et les grenouilles au premier chef, et diverses espèces végétales de nos jours en voie de presque disparition en Isan du fait de la pollution des cours d’eau. Je connais les algues d’eau douce, une gourmandise appréciée Ces kaipaen (ไคแผ่น) ne coûtaient que la peine de les ramasser dans les cours d’eau et de les préparer mais elles ne prospèrent que dans des eaux claires et aérées et que tel n’est hélas  plus le cas des rivières de l’Isan intérieur. On en trouve encore difficilement sur les marchés locaux.

 

 

LES RESSOURCES DE LA FORÊT

 

Je ne parle pas du bambou qui pousse partout comme et aussi vite que du chiendent et de diverses plantes souples qui servent toujours à la confection de multiples objets du quotidien, cage pour les poules , nasses pour la pêche, nattes pour le coucher, paniers, ustensiles de cuisine, récipients, tuyauterie, etc…

La forêt était proche partout et omniprésente. Elle procurait des compléments alimentaires appréciés, champignons, fruits sauvages et bien sur le gibier. On chasse à l’arc ou à l’arbalète, quelques rares artisans locaux savent encore les confectionner. Elles sont probablement utilisées puisque silencieuses pour braconner. L’élasticité du bambou est utilisée pour la confection de nombreux pièges destinés à attraper le gibier à plumes et à poil. L’ingéniosité des paysans dans la confection de ces pièges est sans bornes. Il y a ceux qui étranglent, ceux qui transpercent par le jet d'une flèche acérée et ceux qui assomment par la chute d'un lourd rocher en équilibre instable. Elle a fait l’objet d’un bel article illustré dans le très érudit journal de la Siam society en sa partie Histoire naturelle en 1932 (4).

 

 

 

Elle était la source principale des matériaux servant à la construction.

Ce n’est plus possible aujourd’hui à la fois en raison de la construction des barrages qui ont noyé des milliers de kilomètres carrés (3) et aussi de la législation sur la protection du domaine forestier.

 

Les habitations

 

Je ne reviens pas sur un sujet que nous avons longuement traité en son temps (5)

 

Il y avait en réalité plusieurs styles de construction des maisons (huan – เฮือน) en Isan en fonction de leur utilisation : les constructions temporaires, en réalité des abris (chuakhrao) Leur construction ne fait intervenir que du bois, la brique ou la pierre sont réservées aux temples.

 

 

Elles comportent toutes des terrasses couvertes qui sont les véritables pièces à vivre.

 

La maison était située en général au milieu d’une enceinte clôturée où l’on trouvait un potager et quelques arbres fruitiers, cocotier, bananier, papayer, palmier à bétel ainsi que le grenier à riz. Il s’y trouvait également un petit lieu de baignade sans toiture mais avec une enceinte en bambou tressé atteignant la hauteur des épaules.

 

 

La volaille (poulets et canards) caquette et roucoule en jouissant des bienfaits de la vie au grand air en cherchant sa nourriture au hasard des épluchures accumulées par le balais des ménagères et ne regagnent leur abri dans l’enclos que le soir tombé.   

 

Si le village était éloigné d’une voie d’eau ou d’un étang, ils se trouvaient des puits à utilisation collective le plus souvent dans l’enceinte du temple. C’était cependant toujours là que l’on allait chercher à dos d’homme (ou de femme) l’eau à boire et pour la cuisine.

 

Dans les régions mieux desservies en eau, une cour de ferme contenait souvent un petit étang servant à la fois d'approvisionnement en eau pour irriguer le potager et de vivier à poissons pour la nourriture.

 

On ne trouvait jamais ni latrines ni feuillées. Si l’on sait que Rama V s’est escrimé tout au long de son règne à organiser une politique de défécation à Bangkok, il est permis de se demandent ce qu’il en était dans nos campagnes… Un coin du champ un peu éloigné de la maison. Nous savons en effet que les habitants de Bangkok pissaient et déféquaient partout, y compris aux portes du palais ou des temples, y compris dans les canaux de la ville où ils se baignaient et se lavaient. .

 

 

Traditionnellement, la construction des logements était affaire de coopération villageoise, la vie sociale y était intense : Amis, cousins et voisins, ceux qui aidaient également aux plantations et aux récoltes, se réunissaient à la famille pour couper les bambous ou les arbres de teck (maisak - ไม้สัก) dans la forêt ou pour tisser les nattes et les cloisons. Toutes ces constructions sont faites par emboîtage et chevillage sans utilisation de clous. Ceci explique la présence d’un important outillage.

 

Elles sont en outre parfaitement démontables, transportables et reconstructibles. De nombreuses maisons de bois dans la région ont été démontées et vendues vers d’autres régions, ainsi le propriétaire se donnait les moyens de construire une nouvelle maison « moderne ». J’ai été stupéfait en lisant pour divers motifs des journaux siamois du début du siècle dernier d’apprendre que les tribunaux avaient souvent à juger des affaires de vol de maison.

 

Dans la dernière moitié du siècle dernier, cette pratique coutumière disparut peu à peu et l’intervention d’artisans professionnels commença à se généraliser. Les autorités locales se battaient alors pour interdire les coupes sauvages de bois dans les forêts. La première loi destinée à lutter contre la déforestation et les abattages sauvages date du 14 octobre 1941. Il ne restait plus guère que la possibilité de construire une simple maison en bambou au toit de chaume ce qui ne prenait jamais plus de deux jours, les matériaux étant abondants et sinon gratuits du moins peu onéreux. La construction des deux gigantesques barrages dans le nord-est essentiellement sur des surfaces boisées a coupé l’accès à une immense source d’approvisionnement en matériaux essentiels pour la construction de la maison traditionnelle, le bois dur qui est le premier composant de l’architecture traditionnelle (6).

 

Il y avait peu de meubles même dans les ménages aisés, puisqu’on vit et dort le plus souvent par terre.

 

à suivre .......

 

 

 

L’ELECTRIFICATION FUT UNE REVOLUTION MAIS N’INTERVIENDRA QUE DANS LE DERNIER QUART DU SIECLE DERNIER.

L’électricité en 1950 était inexistante dans nos campagnes. Elle n’a atteint mon village et celui d’Alain qu’aux environs de 1980. On s’éclairait à la lanterne à pétrole (takiang – ตะเกียง) ce qui n’est pas dramatique puisque l’on vivait essentiellement dehors, dans les champs ou sur la véranda mais les jours tombent vite en Isan, on se couche avec le soleil et on se lève avec lui. La situation de la région fait, qu’à une demi heure près ce qui n’est pas dramatique, le jour point à 6 heures et le crépuscule à 18 heure.

 

Avec l’arrivée de l’électricité va suivre celle de l’eau courante avec l’édification des châteaux d’eau. L’eau de la ville (namprapa - น้ำประปา – « l’eau publique » ou namkok -  น้ำก๊อก - « l’eau du robinet ») existait dans les villes dès le début du XXe siècle.

 

 

Aujourd’hui, le coût excessif du bois et aussi la nécessité d’un entretien méticuleux entraîne l’utilisation systématique de matériaux classiques : piliers en béton ferraillé, parpaings ou briques, charpentes métalliques et tuiles industrielles mais nous retrouvons quelques constantes, l’omni présence des terrasses couvertes qui restent les pièces à vitre.

 

Que penser de la construction fréquente dans nos campagnes de spectaculaires maisons répondant plus ou moins aux standards occidentaux ? Tout simplement qu’une maison de Pompéi est charmante sous le ciel de Naples et pour des gens qui vivaient il y a deux mille ans, ce n'est pas une raison pour qu'elle convienne à notre temps et à notre climat.

 

 

 

NOTES

 

(1) Voir :

John E. De Young : «Village life in modern Thailand », Institute of East Asiatic Studies - University of California, étude publiée tardivement en 1955.

Jean-Pierre Lainé « La réforme agraire en Thaïlande ». In: Cahiers d'outre-mer. N° 139 - 35e année, Juillet-septembre 1982. pp. 293-305;

Pascale Phélinas « La fin de la frontière agricole en Thaïlande » in Economie rurale n° 229, septembre-octobre 1995.

(2) Les provinces sont alors Ubon, Nakhornaratchsima, Khon-kaen, Roi-Et, Srisaket, Surin, Maha Sarakham, Udonthani, Buriram, Kalasin, NakornPanom, Chayaphum, Sakon Nakon, Nongkhai et Loei

        (3) « Le constructeur de routes du Laos français sur les pistes du Laos siamois en 1927 »,      article    signé Mariage in « Éveil économique de l’Indochine » du 11 septembre 1932).

(4) « Note of somes traps by the hill people of siam » par H.B Garett in Journal of the Siam Society - Natural history supplement volume VIII

(5) : A 278 - LES MAISONS TRADITIONNELLES DU NORD-EST DE LA THAILANDE– UN ASPECT DE LA VIE DANS NOS VILLAGES EN 1950. (บ้านแบบดั้งเดิมของอีสาน (ปี 2493)

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2018/10/a-278-les-maisons-traditionnelles-du-nord-est-de-la-thailande-un-aspect-de-la-vie-dans-nos-villages-en-1950.2493.html

(6) La construction du barrage de Lampaodam sur la province de Kalasin terminée en 1968 a créé un plan d’eau qui ferait avec toutes ses ramifications et en pleines eaux près de 7.000 kilomètres carrés, plus vaste que la plupart des départements français et probablement la plus grande pièce d’eau artificielle du pays. Il est d’ailleurs oublié dans le palmarès des plus grands lacs artificiels du monde.

 

 

La construction du barrage d’Ubonrat dans la province de Khonkaen en 1964 a créé un lac artificiel dont les riverains sont très fiers de dire qu’il est plus grand que le lac Léman (ou de Genève si vous préférez), la belle affaire ! Il n’est par rapport au précédent qu’une mare à crapauds de 580 kilomètres carrés.

 

 

Il ne s’agit -bien évidemment- pas de nier de quelque façon que ce soit l’utilité de ces travaux pharaoniques qui ont permis tout à la fois de procurer l’électricité à une région qui en était dépourvue (Ubonrat) et de réguler les caprices des eaux en faveur des paysans (Lampaodam).

Mais l’immersion essentiellement de surfaces boisées a coupé l’accès à une immense source d’approvisionnement en matériaux essentiels pour la construction de la maison traditionnelle, le bois dur qui est le premier composant de l’architecture traditionnelle. Nous ne parlons évidemment pas du bambou qui pousse partout comme et aussi vite que du chiendent

 

 

 

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12 juin 2022 7 12 /06 /juin /2022 05:09

 

 

Bons à rien tire-au-flanc, paresseux, vivant de magouilles, farceurs, roublards, astucieux, les légendaires Ribouldingue, Filochard et Croquignol, de joyeux bandits prêts à toutes les combines pour parvenir à leur fin, bien vivre sans trop se fatiguer. Ils furent promis à une grande destinée dessinée, toujours présents en librairie depuis leurs premières aventures en 1908 dans le journal d'illustrés humoristiques L'Épatant.

 

 

En 1908, la bande dessinée est une discipline émergente, dont les codes ne sont même pas encore proprement fixés. Tout reste à inventer. Loin d'être vue comme une forme d'expression immorale prompte à corrompre la jeunesse, la BD est alors largement ignorée du discours public, conférant une assez grande marge de manœuvre à ses premiers auteurs. La première loi sur la censure des publications destinées à la jeunesse n’interviendra qu’en 1949 au moment où les tenants des bonnes mœurs commencent à s'intéresser d'un peu plus près à cette presse qui fait rire les enfants et le monde ouvrier mais peut-être aussi les bourgeois ?

 

Forton fut ainsi un des premiers auteurs à se battre pour la reconnaissance de l'utilisation de la bulle pour faire parler les personnages, une technique de mise en scène qui semble aujourd'hui évidente mais qui à l'époque était perçue comme peu élégante, voire vulgaire, réservée aux illustrés américains qui n'avaient pas bonne presse chez les éditeurs. Il n’y viendra partiellement que dans ses dernières publications. Le mode d’expression privilégié se fait sous la forme des images d’Épinal. Cependant, le sens de la mise en page et la justesse des gags, parfois très vulgaires et riches en allusions sexuelles ou scatologiques, va conquérir toute une génération de lecteurs.

 

 

Les Pieds nickelés vont rapidement vivre de aventures autour du monde, jusqu’à escroquer la reine d'Angleterre... et rejoindre les poilus dans les tranchées, où ils seront mis en scène en train de saboter les lignes adverses à coup de farces vengeresses. Au sortir de la guerre, Croquignol, Ribouldingue et Filochard sont au faîte de leur popularité...

 

 

Les critiques contre ces journaux d’où vint la Loi de 1949 proviennent alors autant de la droite catholique que de la gauche laïque, accusant les Pieds nickelés  de faire dévier les enfants de la morale républicaine, en glorifiant et valorisant le vol, la dérision envers la police ou l'argot des marins et des bagnards.


Rien n'entachera cependant la popularité des Pieds nickelés.

 

Forton mourut en 1934, toutes ses publications sont libres de droits ce qui a suscité de multiples rééditions. Ils reprirent vie avec diverses tentatives dont la seule digne d’intérêt est celle de Pellos

.

 

Ils seront balayés par la vague des nouveaux héros et des nouveaux journaux pour la jeunesse qui déboulent dans les années 50 et 60 : Spirou, Tintin, Vaillant ou Mickey les vedettes de la jeunesse, Croquignol, Ribouldingue et Filochard ceux de leurs parents nostalgiques dont je fus à une époque où l’on trouvait des exemplaires de l’Épatant sur les marchés aux puces pour des prix dérisoires

 

 

Les personnages sont bien typés : Ribouldingue est le bavard sympathique dont le bagout est essentiel pour la réussite de leurs arnaques. Il porte une casquette verte assortie au pull vert et une écharpe rouge autour du cou.

Le petit Filochard n’a qu’un œil mais il est d’une force herculéenne lorsqu'il est en colère. Il porte le béret, un col roulé rouge et une veste noire.

Croquignol est généralement le chef du groupe élégant. Il porte le monocle, un petit chapeau, une veste et un nœud papillon.

 

 

N’oublions pas Manounou, l'épouse africaine de Ribouldingue, complice des divers larcins de ses acolytes.

 

 

Pas d’armes, pas de violences, leurs seules victimes sont de riches imbéciles, on a beaucoup parlé d’eux à l’occasion du fameux casse de Nice et de Spaggiari. Pas Robin des bois non plus, ils n’œuvrent que pour leur profit. Ils apparurent à l’époque de Ravachol et de la Bande à Bonnot mais ce ne sont pas des anarchistes.

 

 

L’aventure de l’éléphant blanc débute en avril 1914 et va occuper plusieurs numéros de la revue. Le Siam est alors toujours à la mode. Tout le monde connaît le fameux éléphant blanc qui orne le drapeau siamois. Il a alimenté une littérature souvent à l’eau de rose mais aussi humoristique, l’éléphant blanc vu par Robida, la nouvelle de Mark Twain « The solen white elephant » publiée en 1882 mais souvent traduites et de nombreuses fois rééditées, elle a fait hurler de rire tous les États-Unis. J'y reviendrai bientôt. Villiers de l’Isle-Adam nous a dotés d’une nouvelle toute en humour féroce et Armand Dubarry en a fait un feuilleton.

 

 

Nos trois amis se trouvent à la recherche de nouvelles aventures. Ils ont réussi à délester un paysan bien lourdaud de son cheval et de ses sacs d’écus, revenant ivre-mort du marché ou il avait vendu ses récoltes.

 

 

Pour éviter que le canasson ne soit reconnu, ils le transforment en zèbre dont ils espéraient tirer profit. Fatigués de marcher à pied, ils trouvent en route une roulotte de bohémiens dont les propriétaires étaient absents. Pas de scrupules puisque la réputation de ces gens-là l’est plus à faire !

 

Après avoir organisé un spectacle de présentation du fabuleux zèbre dans un village pendant que Croquignol exerce ses talents ...
 

 

...la présence d’un cirque aux environs leur donne l’idée d’aller y barboter l’éléphant.

Chose faite mais que va-t-on en faire ?

 

 

Organiser des voyages à dos d’éléphants pour les touristes, ils se terminent assez mal pour ces derniers.

 

 

Mais le bénéfice des voyages à dos d’éléphant est vite dépensé, Croquignol a alors l’idée de faire de l’éléphant Jim l’un des rarissimes éléphants blancs du Siam.

 

 

Ils organisent alors un grand spectacle, le zèbre géant et l’éléphant blanc du Siam. Ribouldingue fait le bateleur.

 

 

Au cours de leurs diverses et lucratives tournées, ils rencontrent un « barnum », propriétaire de cirque, qui souhaiterait faire l‘acquisition de ces deux phénomènes de la nature. Ribouldingue demande 5000 francs, prix fort modeste et barnum se félicite de l’avoir roulé d’autant que le zèbre était en prime.

 

 

La suite, vous la devinez, barnum rentre à son cirque à la nuit

 

...mais il fut pris dans un violent orage

 

 

Le lendemain en allant visiter son cheptel, il s’apercevra de la duperie.

 

 

Nos amis sont déjà loin !

 

 

 

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5 juin 2022 7 05 /06 /juin /2022 05:08

 

Nous avons consacré plusieurs articles aux « minorités  ethniques » qui bénéficient depuis 2017 d’une reconnaissance officielle, ils sont 62. Nous vous en donnons la liste :

 

 

Les Chams (จาม) que les Thaïs appellent familièrement les khaekcham  (แขกจาม) c’est-à-dire « les invités chams », le terme n’a rien de péjoratif, n’y sont pas spécifiquement inclus, probablement considérés comme appartenant au groupe des Malais dont ils partagent la religion et actuellement la langue.

 

 

La remarquable carte ethno-linguistique de la Thaïlande qui date de 2006 fait état de façon très marginale  d’un groupe Cham à Bangkok dans le village de Ban khaekhrua (บ้านแขครัว) et ajoute qu’actuellement ils ne parlent plus la langue cham, un tout petit point bleu au cœur du pays, entre 1000 et 2000 personnes. Encore faudrait-il savoir, mondialisation  aidant, si ce chiffre peut être maintenu en 2022 ? (1).

 

Quelques mots sur la langue et son écriture

 

La langue n'est plus guère parlée que dans la minorité cham du Vietnam, probablement moins de 100.000 personnes Une population de 200.000 individus réfugiés au Cambodge la parlerait encore mais beaucoup ont fui le pays lors de l’épisode des Khmers rouges qui fut génocidaire pour eux aussi pour trouver refuge en Malaisie.  Ce sont principalement les Chams du Vietnam qui connaissent encore l’écriture et peuvent lire les textes de leur littérature. Ceux du Cambodge connaissant encore leur écriture traditionnelle sont très peu nombreux. L’alphabet des Chams est originaire de l’Inde et apparaît dans les inscriptions autour du Ve siècle de notre ère. Il est utilisé pour des inscriptions en langue sanskrite comme en langue chame.

 

 

Les textes inscrits se trouvent jusqu’au XIIIe siècle. Ils sont rédigés en cham ancien. Les Chams d’aujourd’hui ne savent plus déchiffrer l’écriture des anciennes inscriptions. À partir du XVe siècle, les textes manuscrits sont rédigés en cham moyen et avec une écriture cursive qui s’éloigne fortement de celle des inscriptions sur pierre. Puis à partir du XIXe siècle, les textes sont rédigés en cham moderne et il existe une translittération romanisée du cham employée par les chercheurs occidentaux. On a plusieurs types d’écriture selon le pays dans lequel les Chams écrivent et selon le type de texte (profane ou sacré).

 

 

Les Chams : sources

 

Lointains des descendants des habitants du royaume de Champa, leur présence en Thaïlande mérite quelques lignes d’explications.

 

 

Ils viennent du royaume de Champa qui s’est définitivement écroulé au XIXe siècle face à l’empire Viet. Mon propos n’est pas d’écrire son histoire. Celle-ci l’a été essentiellement sinon exclusivement par des érudits français. De méticuleuses recherches épigraphiques firent l'objet de nombreuses publications dans le Bulletin de l'école française d'extrême orient. Georges Maspero a publié «  le  Royaume de Champa » (2). Il s’était imposé la tâche écrasante de dépouiller méthodiquement les vestiges de  l'épigraphie indigène et les textes étrangers concernant le Champa.  Signalons encore une remarquable synthèse de Louis Finot dans le fascicule publié à l’occasion de l’Exposition coloniale internationale de Partis en 1931 (3).

 

 

Le trésor de ses rois enfin -  au moins ce qui avait échappé au pillage des Viets – a été retrouvé abrité dans les zones tribales par Henri Parmentier et le Père  Eugène Marie Durand, des Missions étrangères.

 

 

L’inventaire de ce fabuleux trésor a été établi par eux (4). Il constitue actuellement les joyaux du Musée de Danang.

 

 

L’article de Nicolas Weber date de 2017 « The Cham Diaspora in Southeast Asia: Patterns of Historical, Political, Social and Economic Development » nous rapproche de nos Chams de Bangkok auquel il consacre un paragraphe au milieu des multiples péripéties des Chams au cours de leur histoire (5). Il est assorti d’une surabondante bibliographie.  Plus ponctuellement, en ce qui concerne l’histoire de la présence des communautés musulmanes à Bangkok, signalons l’article d’Edward Van Roy « Contending identities. Islam and ethnicity in Old Bangkok»   in Journal of the Siam Society , 2016, volume 104. Jean Baffie enfin a consacré il y a quelques années, en 1988, deux articles aux Chams de Bangkok (6).

 

 

Les Chams au Siam

 

L'ancien royaume de Champa, centré sur ce qui est aujourd'hui le littoral sud  vietnamien littoral, était il y a un millénaire déjà reconnu comme l'une des premières puissances maritimes d'Asie du Sud-Est.  Au cours des siècles, il domina le bas bassin du Mékong. Les Chams perfectionnèrent l'art de la construction navale et de la guerre sur les eaux. Au cours des siècles ensuite, le royaume  subit une implacable pression des Vietnamiens qui força un exode vers le haut le bassin du Mékong, jusqu’à la Péninsule malaise et l’archipel indonésien. Certains de ceux qui s’étaient installés à l'intérieur des terres furent capturés par les pillards siamois dès le XVe siècle. D'autres rejoignirent l’armée siamoise comme mercenaires. Ils continuèrent à jouer un rôle majeur dans l’histoire de la marine siamoise jusqu'au XIXe siècle et au-delà.

 

 

 

A Ayutthaya, les guerriers Cham reçurent un site de peuplement le long de la  rive de la rivière Chaophraya au sud de la ville fortifiée,

 

 

là où le plan de La Loubère situe le quartier malais qu’il ne différencie pas, ce sont tous des musulmans et les communautés avaient plus ou moins fusionné.

 

Réputés pour leurs prouesses dans la construction de bateaux, dans la navigation en eau douce et sur mer et dans les combats navals, ils se virent accorder le privilège de pagayer sur les barges royales qui perdura jusqu’au XXe siècle. Le chef de leur communauté a le titre de Phraya (พระยา).

 

 

A environ soixante-dix kilomètres en aval de la rivière Chaophraya depuis Ayutthaya, derrière le dépôt commercial bien fortifié de Thonburi et des douanes, le Siam avait depuis les années 1600 posté une garnison militaire cham. Lors de l’invasion  birmane de 1767, ce poste fut attaqué et détruit, ses défenseurs tués, capturés ou réduits à la fuite.

 

 

À la même époque, des centaines de familles de musulmans d’Ayutthaya – persans, arabes et malais ou  cham – anticipant la chute imminente de la capitale devant les assauts birmans, aménagèrent des radeaux sur lesquels ils s'éloignèrent furtivement, soudoyant parfois les forces assiégeantes pour assurer leur sécurité. Beaucoup se dirigèrent vers Thonburi.Une fois la situation politique stabilisée après le départ des forces birmanes et l'investiture de Phraya Taksin à la tête du Royaume siamois centré à Thonburi, les réfugiés musulmans se virent affecter des sites villageois permanents à terre, à la périphérie de la nouvelle capitale. Ces humbles débuts marquèrent le début d'une remarquable résurrection de la grandeur politique siamoise avec le puissant souvenir d'Ayutthaya comme guide.

 

 

La communauté chame de Thonburi a joué un grand rôle dans cette renaissance par la participation de ses bataillons de marins à de nombreux exploits militaires. Les générations suivantes, qu'ils soient prisonniers de guerre, mercenaires, ou demandeurs d'asile, continuèrent cette tradition. Pour confirmer ce rôle, les chantiers navals royaux et les hangars à barges furent installés  directement face à la colonie cham le long de la rive extérieure du canal. A la fin du 19e siècle on trouvait un groupe de trois établissements chams connus sous le nom de Ban Khaek Khrua - composés de Ban Khrua Nai (Intérieur), Klang (Moyen) et Nok (Extérieur) chacun avec sa propre mosquée et son cimetière, suggérant peut-être des origines et des dates d'établissement distinctes.

 

  Implantation en 1910 (dessin Van Roy) :

 

 

Des dizaines d’années de paix ont passé et la vocation militaire de cette ethnie est devenue caduque, remplacée par une spéciation dans le tissage de la soie pour le marché du luxe local et, plus tard, le marché naissant du commerce touristique.

Après la Seconde Guerre mondiale, en effet, l'industrie de la soie à Ban Khrua s'est rapidement développée sous la direction de Jim Thompson (James Harrison Wilson), colonel de l'armée américaine. Jim Thompson était un collectionneur passionné et la soie de Ban Khrua le fascina. En 1948, il fonde la Thai Silk Company avec cinq familles de tisserands. Il introduisit de nouvelles technologies pour améliorer la production et ce fut le succès. Thompson élargit son entreprise et fit venir des musulmans chams ou non chams d'autres régions de Thaïlande, de Surat Thani (สุราษฎร์ธานี) en particulier.

 

 

Dans le district de Chaiya (ไชยา), au nord de la province,

 

 

le tissage de la soie se pratiquait de tous temps essentiellement dans le sous district totalement musulman de Phumriang  (ตำบลพุมเรียง), célèbre pour la qualité de sa production soyeuse. Situé en bord du golfe de Thaïlande, il n’est d’ailleurs pas exclu que cette enclave musulmane dans une province qui ne l’est pas n’ait pas pour origine des Chams venus des mers ?

 

 

Après la disparition de Thomson en 1967, la Thai Silk Co. entra en déclin. De nos jours, seules deux familles de Ban Khrua se consacrent encore à l'industrie de la soie. Le tissage de la soie fut remplacé par celui du coton. A Phumriang et à Ban Khrua, on trouve des vêtements et des accessoires religieux : La présence d'une importante communauté musulmane au cœur de Bangkok rend probablement nécessaire la présence d'ateliers de tissage de coton pour les chapeaux de prières des hommes (la chéchia) et de leurs longues tuniques (la Kamis)

 

 

...ainsi que du voile des femmes (le hidjab) que les écolières portent avec tant de grâce.

 

 

D'autres groupes de Chams, après la chute d'Ayuthaya, choisirent d'autres destinations que Thonburi mais toujours en bord de mer :

 

Certains rejoignirent le sous-district de Nam Chiao (ตำบลน้ำเชี่ยว),  district de Laem Ngop  (อำเภอแหลมงอบ) dans la province de Trat (จังหวัดตราด). Ils y rejoignirent des musulmans thaïs avec lesquels ils se confondirent.

 

 

D'autres rejoignirent Rayong  (จังหวัดระยอง) et se fondirent également dans la population musulmane locale.

 

 

La communauté de Ban Krua fut fondée en 1787, il y a environ 235 ans, alors que Bangkok possédait encore des forêts et des champs dans une zone qui s'appelait  «  la forêt de bambous de Thung Phaya Thai » (ป่าไผ่ทุ่งพญาไท). Elle conserve seule ou tente de conserver sa spécificité et dut batailler pour éviter qu'un projet autoroutier ne détruise leurs mosquées et leur cimetières.

 

 

Nicolas Weber souligne que, partout où ils sont allé, leurs efforts d’intégration tout en préservant leurs identité culturelle. Jusqu’à quand ?

 

 

 

 

NOTES

 

1 -  « Ethno linguistic map of Thailand » publication de l’Université Thammasat, ISBN 974-7103-58-3

 

 

2 - Une première fois dans plusieurs livraisons de la revue Toung Pao entre 1910 et 1913, puis réunies en 1914 et 1929 sous  ce titre.

 

  1. - « Exposition coloniale Internationale de Paris – commissariat général » à Paris 1931, volume consacré à l’Indochine française.

 

 

  1. - « Le Trésor des rois chams »  In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 5,  905. pp. 1-46.

 

  1. -  Il est numérisé : Thomas Engelbert – 9783631660423  Downloaded from PubFactory at 04/03/2017 11:41:53AM by nicolasweb@yahoo.com

 

  1. - « Naissance et croissance de Ban Khrua: problèmes d’identité des Chams de Bangkok ». In: Ban Khrua, le “village” cham de Bangkok.  Bangkok, 1988.

Nos précédents articles sur les minorités ethniques de Thaïlande

 

INSOLITE 25 - LES ETHNIES OFFICIELLEMENT RECONNUES EN THAÏLANDE POUR LA PREMIÈRE FOIS EN 2017.

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/04/insolite-25-les-ethnies-officiellement-reconnues-en-thailande-pour-la-premiere-fois-en-2017.html

INSOLITE 9 - LES NÉGRITOS DE THAÏLANDE, DERNIERS REPRÉSENTANTS DES HOMMES DU PALÉOLITHIQUE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/12/insolite-9-les-negritos-de-thailande-derniers-representants-des-hommes-du-paleolithique.html

H 9 - LES MȎNS DE THAÏLANDE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/03/h-9-les-m-ns-de-thailande.html

INSOLITE 10. LA MYSTÉRIEUSE TRIBU DES MALABRI, LES « HOMMES NUS » DU NORD-OUEST.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/12/insolite-10.la-mysterieuse-tribu-des-malabri-les-hommes-nus-du-nord-ouest.html

INSOLITE 11 - LES « PEUPLES DES MONTAGNES » DE LA RÉGION DE KHORAT, DERNIERS REPRÉSENTANTS DU DVARAVATI.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/12/insolite-11-les-peuples-des-montagnes-de-la-region-de-khorat-derniers-representants-du-dvaravati.html

INSOLITE 12- LA LANGUE DES SAEK DE NAKHON PHANOM, UN VESTIGE DE LA PROTOHISTOIRE ? http://www.alainbernardenthailande.com/2017/01/insolite-12-la-langue-des-saek-de-nakhon-phanom-un-vestige-de-la-protohistoire.html

INSOLITE 13 - L’ETHNIE SO DE L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE) http://www.alainbernardenthailande.com/2017/01/insolite-13-l-ethnie-so-de-l-isan-nord-est-de-la-thailande.html

INSOLITE 16 - LES PEUPLES DE LA MER DE LA CȎTE OUEST DE LA THAÏLANDE : MYTHES ET RÉALITÉS. http://www.alainbernardenthailande.com/2017/02/insolite-16-les-peuples-de-la-mer-de-la-c-te-ouest-de-la-thailande-mythes-et-realites.html

 

INSOLITE 17. LES PEUPLES DE LA MER DE LA CȎTE OUEST DE LA THAÏLANDE : MYTHES ET RÉALITÉS.

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/02/insolite-17.les-peuples-de-la-mer-de-la-c-te-ouest-de-la-thailande-mythes-et-realites.html

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ? http://www.alainbernardenthailande.com/2017/08/insolite-20-les-phutai-une-ethnie-descendue-du-ciel.html

INSOLITE 21- LES THAI YO, UNE ETHNIE DE COUPEURS DE TÊTES (?) http://www.alainbernardenthailande.com/2018/03/insolite-21-les-thai-yo-une-ethnie-de-coupeurs-de-tetes.html

INSOLITE 22- LES KALŒNG, UNE TRIBU MÉCONNUE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.http://www.alainbernardenthailande.com/2018/03/insolite-22-les-kaloeng-une-tribu-meconnue-du-nord-est-de-la-thailande.html

INSOLITE 26 - L’ÎLE DE NORD-SENTINEL, DERNIER REFUGE DES NÉGRITOS DE LA PÉNINSULE DANS L'ARCHIPEL DES ANDAMAN http://www.alainbernardenthailande.com/2018/12/insolite-26-l-ile-de-nord-sentinel-dernier-refuge-des-negritos-de-la-peninsule-dans-l-archipel-des-andaman.html INSOLITE 27- LES « PEUPLES DE LA MER » D'ASIE DU SUD-EST SONT-ILS VENUS SUR L'ÎLE DE MADAGASCAR ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/08/insolite-27-les-peuples-de-la-mer-d-asie-du-sud-est-sont-ils-venus-sur-l-ile-de-madagascar.html

A.56 Isan : Le Crépuscule Des Ethnies ? http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-56-isan-le-crepuscule-des-ethnies-99202030.html

A145. Les "Minorités Ethniques" Du Nord-Ouest De La Thaïlande.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a145-les-minorites-ethniques-du-nord-ouest-de-la-thailande-123213089.html

A147. Les "Minorités Ethniques" Du Nord-Ouest De La Thaïlande. 2

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a147-les-minorites-etniques-ou-les-populations-montagnardes-du-nord-ouest-de-la-thailande-2-123281023.html

 

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22 mai 2022 7 22 /05 /mai /2022 05:07

J'ai dans un précédent article situé le création de la Bibliothèque nationale de Thaïlande dans le cadre des efforts du roi Rama V suivant ceux de son père le quatrième, dans le cadre d'une transformation du Siam pour le faire entrer dans le concert des nations dites civilisées ce qui lui donna un caractère au moins partiellement nationaliste en sus du soucis de conserver un patrimoine écrit religieux mais aussi  historique, littéraire, médical, scientifique recouvrant tous les domaines de l'ancienne civilisation siamoise.

 

Photo Georges Coédès (1924)  :

 

 

La situation est toutefois fondamentalement différente de celle de notre Bibliothèque nationale qui conserve depuis François Ier l'intégralité de ce qui est imprimé. Or, il n'y avait pas d'imprimerie au Siam avant les années 1830, du moins utilisant les caractères siamois, alors que la première imprimerie française a été créée en 1470. Ce savoir n'était donc pas conservé par l'imprimerie mais par les manuscrits (1).

 

 

Les manuscrits recueillis en France

 

Les colonisateurs français, ainsi que les missionnaires, s'y sont intéressés. Les archives de la société des Missions étrangères en contiennent 125 dont l'inventaire en a été fait  par Jacqueline Filliozat, ils proviennent de donations, d'achats effectués auprès des moines par les missionnaires. Ils sont pour l'essentiel en Pali et regroupent  des documents majoritairement bouddhiques, produits entre le XVIIe et le XIXe siècles en Asie du Sud-Est, sur des supports végétaux (en particulier sur des feuilles de latanier ou de palmier nommées « ôles ») ainsi que quelques  manuscrits sur papier, reliés à la chinoise ou la japonaise ou pliés sur le modèle des orihons (reliure en accordéon)

 

 

.Une grande partie de ces précieux documents (343) avait été transférée à la Bibliothèque nationale de France (2)

 

 

Celle-ci contient 1.878 manuscrits en sanskrit, essentiellement en écriture devanagari, bengali, grantha, telugu, sur papier indien ou sur feuilles de palme (ôles). Le fonds contient aussi des grammaires et des lexiques rédigés par des pères missionnaires ou des savants européens.

Le fonds Pâli contient 885 manuscrits en langue pâli et en écriture birmane, thaïe, khmère ou cinghalaise, principalement sur feuilles de palmier. Le catalogage systématique de ces documents est en cours ! Un premier inventaire sommaire a été effectué en 1907 par l'érudit A. Cabaton en deux volumes, l'un des manuscrits palis et l'autre des manuscrits sanskrits. Il détaille 1102 manuscrits sanskrits et 880 en pâli.  Quelques dizaines sont numérisés sur son site Gallica.fr

Par ailleurs, le catalogue général des manuscrits sur Internet décrit 545 manuscrits palis et 398 manuscrits sanskrit  : https://catalogue.bnf.fr/index.do

 

 

L’École Française d'extrême orient détient également quelques centaines de manuscrits provenant essentiellement du Cambodge et du Laos réunis et étudiés par Georges Coedès et Louis Finot, dont la plupart sont d'origine siamoise compte tenu des liens jadis étroits entre les trois pays. Le détail en a été donné par Jacqueline Filliozat  (3)

 

La Société Asiatique dépend du collège de France. Elle possède un fonds de manuscrits laos sur feuilles de latanier regroupés sous 40 titres qui représentent la plus grande part de cette collection à laquelle s'ajoute sept liasses de textes divers sans rapport apparent les unes avec les autres. Ces documents sont probablement tout autant laos que siamois. Ils sont signalés dans trois articles du regretté François de Grailly dans Philao, la bulletin trimestriel de nos amis de l'Association Internationale des collectionneurs de timbres-poste du Laos  dont le contenu va bien au-delà de la simple collection des vignettes (« Les manuscrits traditionnels laotiens »  -  «  Les manuscrits sur ôles » - « Les manuscrits sur ôles dans les bibliothèques françaises », nn° 112, 115 et 116 du troisième trimestre 2018, deuxième et troisième trimestre 2019). Nous reproduisons avec leur accord quelques unes des illustrations de cet article.

 

L’École Française d'extrême orient détient également quelques centaines de manuscrits provenant essentiellement du Cambodge et du Laos réunis et étudiés par Georges Coedès et Louis Finot, dont le plupart sont d'origine siamoise compte tenu des liens jadis étroits entre les trois pays. Le détail en a été donné par Jacqueline Filliozat  (3)

La Société Asatique dépend du collège de France. Elle possède un fonds de manuscrits laos sur feuilles de latanier regroupés sous 40 titres qui représentent la plus grande part de cette collection à laquelle s'ajoute sept liases de textes divers sans rapport apparent les unes avec les autres.

Il faut relever que la simple description de ces documents en quelques lignes est difficile dans la mesure où un seul manuscrit sur feuille de palmier peut comporter des dizaines sinon des centaines de folios.

Le même articile nous signale la présence de manuscrits sur feuilles de latanier dans la bibliothèque du Musée Guimet qui proviendraient de la Mission Pavie ou de donations de particuliers ?

 

 

Dans son mémoire que je cite en note 6, Jacqueline Lee-Fung-Kai nous apprend qu'il existe encore en France quelques dizaines de manuscrits en pâli conservés dans des bibliothèqes municipales :

La Bibliothèque municipale d’Epernay conserve trois manuscrits pâlis en écriture birmane.

La Bibliothèque municipale de Rouen contient cinq manuscrits d'origines et d'écitures diverses.

La Bibliothèque municipale d’Orléans possède un manuscrit en pâli.

La Bibliothèque municipale de Laval, détient également un manuscrit sur feuillets.

La Bibliothèque municipale de Perpignan contient un manuscrit pâli en provenance du Laos en écriture lao.

La Bibliothèque de Grenoble conserve un recueil de pièces imprimées et manuscrites siamoises.

La Bibliothèque municipale de Bordeaux a reçu en don, en 1836, un Evangile de Saint-Luc en pâli et en caractères singhalais, daté du XVIIIe siècle et comporte 69 folios..

La Bibliothèque municipale de Besançon possède un luxueux manuscrit religieux datant du XVIIe ou du XVIIIe siècle.

Il est le seul sur lequel nous avons quelques précisions :

Kammavâcâ (kammavâtchâ) : rituel pour la réception des moines bouddhistes : Ce texte est un rituel pour la réception des moines bouddhistes, datant du XVIIe ou du XVIIIe siècle et venant de Birmanie. Lorsqu’un garçon entre dans une communauté, il est d’usage qu’on lui offre un recueil de textes qui règlent la vie monastique : il s’agit du Kammavaça. Son support : 8 lames de tissu, enduites de résine sur les deux faces. L’écriture court dans le sens de la longueur des lames, et des décorations en dorure, parfois sous la forme de fleurs, d’oiseaux, de papillons, ornent les parties non remplies par l’écriture. Chaque lame est percée d’un trou pour le passage du cordon qui les reliait entre elles.

 

 

 

 


 

Les manuscrits conservés en Thaïlande

 

La Siam Society

 

Ses collections contiennent de nombreux manuscrits. François Lagirarde les détaille sommairement, 204, dans un article récent (« Les manuscrits en thaï du Nord de Ia Siam Society » in Journal of the Siam Society, volume 84-1 de 1996).

 

 

Les temples

 

Il y a plus de 30.000 temples en activité en Thaïlande (c'est à dire occupant des moines) dispersés dans tout le pays et administrés en toute indépendance.

 

 

Il y subsiste probablement des dizaines sinon des de milliers de manuscrits représentant un millénaire et demi de savoir pas seulement religieux. Le nombre de manuscrits conservés dans chaque temple varie. Dans certains temples, les manuscrits sont négligés et tombent en lambeaux par l'humidité, les insectes, les rongeurs et souvent aussi par manque d'intérêt ou absence de moines pouvant les utiliser car tous sont loin d'être rédigés en écriture contemporaine et en langage standard. Tous les moines ne connaissent pas le pâli.

Ils sont parfois conservés dans de très belles bibliothèques en laque..

 

 

et parfois non classés en vrac !

 

Photo Georges Coédès 1924 :

 

 

Beaucoup utilisent l'écriture khom Pāli (อักษรขอมบาลี).

 

 

Ceux qui sont écrits en thaï et non en pâli utilisent l'écriture khom thaï (อักษรขอมไทย), encore plus complexe.

 

 

D'autres dans le nord utilisent l’écriture traditionnelle du Lanna (อักษรล้านนา)

 

 

.....et dans le nord-est l'écriture traditionnelle de l'Isan (อักษรอีสาน)

 

 

Certains ont fait des efforts pour collecter et conserver les précieux manuscrits :

J'ignore dans quelles conditions les Abbés en laissent l'accès aux érudits intéressés ?

 

 

Tel est le cas du Wat Sung Men (วัดสงแม่น) dans la province de Phrae (แพร่). Il conserve la plus grande collection de manuscrits en langue Lanna du nord grâce à un travail intense de conservation réalisé sous l’égide du moine Khru Bammahathen (ครูบามหาเถร), des milliers à la fois religieux et historiques.

 

 

Le Wat Lai Hin (วัดลายหิน) dans la province de Lampang (ลำปาง) est réputé pour les efforts de ses abbés pour la conservation de ses manuscrits.

 

 

Citons également le Wat Mahathat (วัดมหาธาตุ) dans la province de Yasothon (ยโสธร) dont la bibliothèque est considéré comme un modèle de l'architecture traditionnelle du nord-est. Elle est inaccessible au public.

 

 

N'oublions pas le Wat Phra Chetuphon ou Wat Pho (วัดพระเชตุพน - วัดโพธิ์) dans la capitale célèbre aussi pour sa bibliothèque

 

 

Le Wat Muang Folk Museum (พิพิธภัณฑ์พื้นบ้านวัดม่วง) à Rachaburi (ราชบุรี)

 

 

...comprend une salle d'exposition de manuscrits sur feuilles de palmier en écriture mône (อักษรมอญ)

 

 

Dans la province sudiste de Suratthani (จังหวัดสุราษฎร์ธานี) et le district de Chaya (ชยา), le Wat Samuhani (วัดสมุหนิมิต) est également célèbre pour sa collection de manuscrits.

 

 

Relevons l'existence du site Internet

https://digital.crossasia.org/digital-library-of-northern-thai-manuscripts/?lang=en

qui a digitalisé 6.137 manuscrits de la région nord sous l'égide de plusieurs organismes publics ou privés (German Federal Foreign Office - The Henry Luce Foundation -University of Pennsylvania - The Andrew W. Mellon Foundation - National Library of Laos - Chiang Mai University Library - Berlin State Library)

 

 

D'autres projets ont été conduits pour la préservation et la numérisation de ce patrimoine dans le nord (Thaïlande Projet Manuscrits (PNTMP) - Dokumentarische Erfassung literarischer Materialien in den Nordprovinzen Thailands (DELMN) et the Digital Library of Northern Thai Manuscripts (DLNTM)). 5.005 manuscrits sur feuilles de latanier ont été numérisés à partir de 115 temples dans les provinces du nord de Chiang Mai, Chiang Rai, Lampang, Lamphun, Nan, Phayao, Phrae et Tak et sont désormais disponibles en ligne.

 

Le Social Research Institute (SRI) de l'Université de Chiang Mai a également répertorié et microfilmé des manuscrits pour la plupart liés à des domaines profanes du savoir tels que le droit et la médecine traditionnels.

 

Citons enfin Fragile Palm Leaves Foundation un organisme purement privé qui se livre à un travail de terrain dans les temples tant pour capturer des images de manuscrits que des inscriptions sur pierre ou des peintures murales. Elle les mets à la disposition des chercheurs sur demande. On se doute de la lourdeur de la tâche dans la mesure – avons-nous dit – où un seul manuscrit peut comporter plusieurs centaines de feuilles (4).

 

La Bibliothèque nationale de Thaïlande

 

Elle contient – le chiffre est ahurissant - 225.733 titres de manuscrits sur feuilles de latanier. C'est un fabuleux trésor qui éclipse toutes les collections de tous les temples du pays.  Nous vous avons raconté son histoire telle que narrée par Georges Coédès qui fut son conservateur de 1919 à 1928. Elle contient incontestablement la plus vaste collection de manuscrits palis du monde.

 

 

La majorité des manuscrits ne sont pas datés et sont généralement considérés comme de la période des débuts de l'ère Rattanakosin en 1782. Le sac de l'ancienne capitale Ayutthaya en 1767 par les Birmans a entraîné les destructions d'un grand nombre de manuscrits mais la Bibliothèque en possède un certain nombre en pali copiés au cours du 17 e, 16 e et même 15 e siècle.

 

Photo Coédès 1924 ;

 

La majeure partie des manuscrits ainsi que ceux des temples a été écrit en écriture khom pali ou khom thaï mais on trouve des écritures Mon, Isan, Lao, Lanna et bien sûr écriture thaïe central. Certains sont monolingues en pali et d'autres bilingues avec une traduction en thaï.

 

Photo Coédès 1924 ;

 

 

 

Les catalogues

 

Plusieurs catalogues des collections de manuscrits sur feuilles de palmier, ont été publiés. Ils ne sont cependant que de simples listes de titres et n'indiquent pas le nombre d'éléments matériels sous chaque titre ce qui ne facilite pas la tâche du chercheur.

Plusieurs catalogues ont été publiés, dont deux par la bibliothèque elle-même. Le premier a été publié en 1916, en thaï intitulé Catalogue des ouvrages de la Bibliothèque Vajiranaṇa, Partie 1, Section Pali, 1916 (บาญชีเรึ่องหนังสือในหอพระสมุดวชิรญาณ ภาคที ๑ แพนกบาฬี พ.ศ. ๒๔๕๙). Le suivant a été édité en 1920 sous le titre Catalogue des ouvrages pali et sanskrit disponibles dans la bibliothèque Vajirayana, année du singe 1920 (บาญชีคัมภีร์ภาษาบาลี แล ภาษาสันสกฤต อันมีฉบับในหอพระสมุดวชิรญาณสำหรับพระนคร เมื่อปีวอก พ.ศ. ๒๔๖๓). Il est possible de les consulter plus ou moins facilement sur le site de la bibliothèque.

 

Ces catalogues ne sont évidemment pas inutiles pour le chercheur. Toutefois, dans sa préface au catalogue de 1919, le prince Damrong a souligné qu'il s'agissait d'une liste de textes et non du nombre de manuscrits de chacun des œuvres dont le nombre peut-être beaucoup plus grand puisque la plupart des titres sont disponibles en plusieurs exemplaires qui ne sont pas forcément similaires entre eux comme les nombreuses éditions royales du Tripiṭaka ou complets. Eng Jin Ooi, professeur de l'Université Mahidol de Bangkok en donne un exemple concernant les manuscrits du Milindapanha (มิลินทปัณหา). Cet ouvrage est un grand classique du canon pali theravada. Il relate l'entretien entre le roi indo-grec Ménandre Ier (Milinda) et le moine bouddhiste Nagasena, originaire du Cachemire, reconnu comme un  saint. Le texte aurait été écrit au début de notre ère. Il a été traduit par Louis Finot en 1929 et ensuite à de nombreuses reprises dans toutes les langues.

 

 

Or, notre professeur fait remarquer que les manuscrits de Milindapanha sont répertoriés sous une seule entrée alors que la Bibliothèque en compte soixante-dix, certaines complètes et d'autres non. Ces soixante-dix manuscrits ne sont pas nécessairement des copies directes les unes des autres ou d'un seul exemplaire original : ce sont plutôt des différentes recensions qui ont été copiées à différentes périodes de l'histoire thaïe.

 

Je ne reproduis qu'une seule page cite qu'une seule page du premier catalogue qui démontre son caractère sommaire même évidemment quand on lit le thaï ce qui est mon cas.

 

Si je prends au hasard une page des inventaires des manuscrits de la BNF par Caboton, je suis un peu mieux éclairé !

Par ailleurs, le catalogue général des manuscrits sur Internet décrit 545 manuscrits palis et 398 manuscrits sanskrit : https://catalogue.bnf.fr/index.do

 

Par ailleurs, elle numérise quelques une de ses manuscrits palis sur son site Gallica. Ils sont accompagnés d'explications encore plus précises dont exemple en note 8...

Un exemple à suivre pour les Thaïs !

 

 

Restons en là car je doute que l'un ou l'autre de nous tous puisse un jour accéder à ce haut lieu de l'histoire et de la culture siamoise, en effet.....

L’accès à la bibliothèque

 

Celui à la Bibliothèque proprement dit n'est déjà pas facile. Mon ami Rippawat Chirapong est l'auteur d'une remarquable thèse de doctorat soutenue avec brio en 2016 à l'Université de Paris Sorbonne. Je lui ai consacré d'ailleurs deux articles. Il n'a lors de ses recherches en France, jamais éprouvé de difficultés. Le sujet de son étude exigeait qu'il prenne connaissance de la presse siamoise de cette époque. Je me contente de la citer ; « ...de nombreux documents d’archives concernant les relations franco-siamoises, notamment ceux ayant trait aux protégés français au Siam sont interdits de consultation. Quelques rares documents, d’une importance pourtant capitale pour notre travail, ont été difficiles d’accès. Mais heureusement une recommandation de la Directrice de l’École royale de Chitralada nous a permis d’y accéder sous certaines conditions. Ce fut pour nous une excellente occasion de les consulter et de les exploiter bien qu’il nous ait fallu y passer beaucoup de temps. Lors de la consultation de chaque document, nous n’avons pu faire aucun enregistrement sonore ni aucune photographie, seulement des prises de note au crayon. Nous dûmes travailler aux côtés de la Directrice du Centre des Archives nationales de Thaïlande ce afin d’éviter tout préjudice, toute tricherie ou tout vol d’archives. Cependant, la consultation de ces documents nous a permis d’affiner notre réflexion » (5)

 

 

Qu'en est-il pour le département des manuscrite ? Je me contente encore de citer le professeur Eng Jin Ooi,

« La Bibliothèque nationale de Thaïlande est située …..Le département des manuscrits est au quatrième sol. Les entrées des titres des manuscrits sur feuille de latanier peuvent être parcourues à partir d'un catalogue sur fiches... Il est accessible au public. Cependant, les fiches du catalogue sont écrites à la main en caractères thaïs, y compris l'entrée du titre : elles donnent le code du manuscrit, le titre, le numéro, le type d'écriture, le type de langue, le nombre de lignes par page, le type de présentation... Les catalogues sur fiches des éditions royales des manuscrits sont conservés séparément. Chaque règne a un ou plusieurs tiroirs séparés. ...La permission d'accéder à ces manuscrits est généralement accordée aux étudiants et chercheurs d'institutions thaïlandaises (publiques) d'enseignement supérieur. Le chercheur doit produire une lettre de l'établissement dont il dépend indiquant le but de la recherche, le nom du projet, la liste des manuscrits qu'il veut examiner et/ou faire des copies numériques, La lettre sera ensuite transmise au Directeur de la bibliothèque seront ensuite transmises au Directeur de la Bibliothèque Nationale via le Service des Manuscrits pour approbation. L'autorisation, si elle accordée, interviendra dans les cinq jours ouvrables. Si l'on souhaite examiner plusieurs manuscrits, il faut une nouvelle demande selon la même procédure. Pour les chercheurs étrangers, l'approbation du National Research Council of Thailand, Office of international affaires, est nécessaire»

 

Ces précautions sont indispensables du seul fait que la conservation de ces manuscrits - qui sont en péril dans les temples- nécessite de grandes précautions. Par ailleurs, ces manuscrits peuvent être démembrés et vendus sans possibilité de contrôle car ils ne sont pas identifiables. Si des recensements partiels ont été entrepris en Thaïlande, aucun catalogue n’a été publié ou mis en ligne, ce qui ouvre la porte au trafic de manuscrits en Asie du Sud-Est. On en trouve dans toutes les ventes aux enchères en dehors d'un marché parallèle interne (6) Il suffit de deux coups de ciseaux pour extraire deux folios d'un manuscrit complet et les voilà sur Internet permettant à un imbécile d'en faire un sous-verre !

 

 

En dehors de ces contraintes administratives parfaitement justifiées en ce qui concerne les manuscrits, il y a un autre élément fondamental, aucun n'est rédigé en thaï contemporain mais en pali qui n’a pas d'alphabet, sans utilisation de l'alphabet thaï mais de l'un ou l'autre des alphabets khom. Il faut donc connaître à la fois la langue et un ou plusieurs alphabets. Où peut-on apprendre le pali en Thaïlande ? Il n'est pas enseigné, sauf erreur de ma part, dans les Universités mais dans certains temples. Un site religieux s'y consacre pour une raison essentielle est que le pali est la langue dans laquelle Bouddha avait ou aurait délivré son enseignement. Il nous donne les références de 11 temples à Bangkok, 12 dans le nordn 14 dans le nord-est, 21 dans le centre et 8 dans le sud (7).

 

En ce qui concerne le sanskrit, il existe un enseignement en ligne organisé par le Centre de services académiques en collaboration avec le Département des langues sud-asiatiques, département des langues orientales de l'Université Chulalongkorn. Son apprentissage nécessite celui du bel alphabet Devanagari, d'une grammaire et d'un vocabulaire. Le pali n'en est d'ailleurs en quelque sorte qu'un patois puisqu'il utilise son vocabulaire, une grammaire simplifiée et pas d'écriture dédiée, ce que l'on peut comprendre puisque pendant des siècles l'enseignement de Bouddha n'a été transmis qu'oralement.

En France, il ne semble enseigné qu'à l'INALCO, au Collège de France et dans quelques Universités et nulle part le pali ?

Combien y-a-t-il d'érudits thaïs susceptibles de lire ces textes même s'ils étaient digitalisés ? Probablement pas plus que d'érudits français susceptibles de lire et texte en latin ou en grec pas plus qu'un manuscrit en français antérieur au XVIe siècle ? Quelques milliers tout au plus.

Alors, il faudra longtemps avant que les trésors manuscrits de la Bibliothèque puissent livrer tous leurs secrets.

L'article du professeur Eng Jin Ooi a été publié sous un titre trop réducteur « Survey of the Pāli Milindapañha Manuscripts kept at the National Library of Thailand: A Brief Catalogue » car il contient de précieux renseignements dépassant le cadre de cet ouvrage. Il est publié dans le Journal of the Siam Society, volume 109-1 de 2021. J'y ai puisé de nombreux renseignements notamment sur le chiffre stupéfiant des documents manuscrits détenus à la Bibliothèque.

« The National Library of Thailand, Manuscript Collection | Dissertation Reviews », notice qui provient de la Bibliothèque, nous dit « La collection de manuscrits contient environ 250 000 manuscrits sur feuilles de palmier. Les manuscrits sur feuilles sont classés d'abord par écriture : en thaï, khom, tham lanna, tham isan, mon, etc. Dans chaque catégorie d'écriture, les textes sont classés par ordre alphabétique de titre ou de contenu (c'est-à-dire un titre attribué par le personnel de la bibliothèque) et peut être écrit en pali, une langue locale, ou une combinaison » :

https://www.academia.edu/27349625/The_National_Library_of_Thailand_Manuscript_Collection

En ce qui concerne le Laos voisin, nous bénéficions, nous bénéficions de l'étude de P.B. Lafont « Inventaire des manuscrits des pagodes du Laos » in: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 52 N°2, 965. pp. 429-545; L'auteur de ce travail de romain divise son inventaire en plusieurs chapitres : Liste des manuscrits transférés par l'EFEO au giuvernement royal et ensuite : Pagodes de Luang Prabang – Pagodes de Vientiane – Province du Champassak ce qui recouvre une cinquantaine de temples alors qu'il y en a des milliers dans tout le pays. Ce résultat, s'il n'est donc que partiel, aboutit à donner une liste de plus de 5000 documents.

 

 

NOTES

 

(1) https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2018/07/a-270-les-debuts-de-l-imprimerie-au-siam.html

  1. https://irfa.paris/archives/serie-h-manuscrits-asiatiques/

  1. « Pour mémoire d'un patrimoine sacré ». In: Bulletin de l’École française d'Extrême-Orient. Tome 87 N°2, 2000. pp. 445-471;

(4) https://khyentsefoundation.org/the-delicate-future-of-pali-texts/

(5) Voir

H 53 - LES TENTATIVES DE COLONISATION FRANÇAISE DU SIAM DE L’INTÉRIEUR DE 1856 A 1939 PAR LE RÉGIME DES PROTÉGÉS: L’ANALYSE D’UN UNIVERSITAIRE THAÏ.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2020/01/h-53-les-tentatives-de-colonisation-francaise-du-siam-de-l-interieur-par-le-regime-des-proteges-l-analyse-d-un-universitaire-thai.ht

NOTRE AMI RIPAWAT CHIRAPHONG, DÉSIGNÉ MEILLEUR PROFESSEUR DE FRANÇAIS DE THAÏLANDE POUR 2019

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2020/01/notre-ami-ripawat-chiraphong-designe-meilleur-professeur-de-francais-de-thailande-pour-2019.html

  1. Sur toutes ces questions, voir « Les manuscrits pali dans leur environnement et le cas particulier de leur gestions dans les bibliothèques françaises » par Jacqueline Lee-Fung-Kai, mémoire d'études de 2009 pour le diplôme de conservateur de bibliothèques.

  1. http://balisuksa.or.th/dhamma-school.html : Le site donne le nom du temple, son adresse et son site Web.

  1. « Notice complète : Titre :  Milindapañhā (fragment, pāli-khmer) - Date d'édition :  1801-1900 -Contributeur :  Missions étrangères de Paris. Ancien possesseur - Notice du catalogue : http://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc985580 - Type :  manuscrit -

    Langue   pali - Langue :  khmer central - Format :  Feuilles de palmier. - 30 feuillets. - entre 2 ais de bois blond moderne. - 535 x 50 mm. - tranche dorée aux extrémités, rougie au milieu, 2 trous d'enfilage, 5 lignes, environ 62 car. - Écriture mūl. - Num. lettres mūl - Description :  Numérisation effectuée à partir d'un document de substitution : R 28200. - Description :  ôle 1a, au centre : milindapaṇhā phūk 2 + khmer ; ôle 1b, bl. Début, ôle 2a(ka) : atha kho milindho rājā khmer Fin, ôle 30a[gu] milindhapaṇho(!) nitthitā phūk 2 | nibbānapacañatiyo hoti | anāgate kāle | ôle 30b[gu] au centre: milindhapaṇha phūk 2 - D roits :  Consultable en ligne - Droits :  Public domain- Identifiant :  ark:/12148/btv1b10082409c -Source :  Bibliothèquenationale de France. Département des Manuscrits. Pali 364 - Conservation numérique :  Bibliothèque nationale de France - Date de mise en ligne :  23/06/2019. »

    Le lien « notice du catalogue » donne le détail des possibilités d'accès – L'écriture mül est une écriture khmère archaïque


 


 


 

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15 mai 2022 7 15 /05 /mai /2022 05:06

 

La deuxième moitié du XIXe siècle et le premier quart du XXe virent le Siam passer d’un état bouddhiste quasiment féodal à un état-nation moderne sous le règne de deux grands monarques, Rama IV (1851-1868) le précurseur et surtout Rama V (1868-1910)

.

 

Un train de réformes

 

La Thaïlande d’aujourd’hui doit au roi Rama V un système d’organisation administrative territoriale centralisée, celui des Monthon (ระบบมณฑล) ou Thesaphiban (ระบบเทศาภิบาล) qui est encore très largement en place de nos jours. Il naquit en 1897 sous l’égide du Prince Damrong (พระยาดำรง) sur le modèle de l’organisation coloniale britannique en Birmanie et en Malaisie.

 

 

La création d'une armée permanente moderne fut organisée selon les modèles occidentaux, les rois envoyant les princes et les membres de la haute noblesse étudier dans les académies militaires prussiennes, anglaises et française.

 

 

Le système d’éducation fut réorganisé sur le modèle occidental. L'importance de la langue thaïe comme ciment de l'unité nationale fut concrétisé par l'érection du thaï central par les gouvernements successifs à partir du règne de Chulalongkorn comme langue nationale standard à utiliser dans les écoles et les bureaux du gouvernement, suivi d’un découragement simultané de l'utilisation de nombreux autres dialectes et langues en usage dans tout le royaume. Une enquête sur l'état de l'instruction religieuse dans tout le royaume ordonnée par le roi au tournant du siècle avait révélé les faibles capacités d'alphabétisation des moines en dehors de la capitale.

 

 

 

Ces efforts d'unification et de standardisation de la langue seront continués par Rama VI qui créa le 19 avril 1926 la «  Société – ou institut - royale de la Thaïlande » (Samnakngan ratchabandittayasathan - สำนักงานชบัณฑิตยถาน)  qui publiera en 1927 le premier « Dictionnaire de l'académie royale » qui fait l'objet de mises à jour régulières.

 

 

Fut également développé un système nationalisé d'administration religieuse et mis en œuvre un programme religieux normalisé pour l'enseignement monastique.

 

 

Une autre réforme fut peut-être moins spectaculaire, on en parle peu, elle a pourtant changé la vie des Siamois au quotidien, la création d'un service postal accessible à tous, suivant l’adhésion du Siam à l'Union postale universelle

 

 

Il faut aussi dater de cette époque la naissance d’un sentiment partagé de l'identité territoriale du pays, toujours au cœur des conceptions contemporaines de la nation thaïe. Il fut une évidente réaction du roi Rama V aux menaces coloniales contre l'intégrité territoriale du Siam. Les discours nationalistes du roi Rama VI en furent la suite, véritable vulgarisateur des notions officielles de l'identité nationale dont la monarchie était, avec le bouddhisme l'élément central.

 

 

Tous ces mouvements de réforme ont évidemment suscité une surabondante littérature

 

.

La bibliothèque nationale

 

 

Une autre institution a suscité moins d’attention alors que son rôle fut important dans le concept du développement de l*identité nationale, la Bibliothèque nationale de Thaïlande.

Elle fut fondée au début des années 1880 et formalisée en 1883 mais institutionnalisée en tant qu'organisme officiel du Siam officiel par décret royal du 12 octobre 1905, d'abord sous le nom de « Bibliothèque Wachirayan » (หอพระสมุดวชิรญาณ) en l'honneur du roi Rama IV, dont le nom monastique avant de devenir roi était « Wachirayan ».

 

 

Elle regroupe le contenu de trois bibliothèques :

la « Bibliothèque Wachirayan » initiale (ห้องสมุดวชิรญาณ), située dans l'enceinte du palais royal et contenant les collections du roi Mongkut,

 

la « Bibliothèque du Mandira Dharma » (ห้องสมุดมณฑิราธรรม) crée en 1883 dans l'enceinte du temple du Bouddha d’émeraude pour y regrouper les collections royales des saintes écritures,

 

 

et la « Bibliothèque Buddhasasana Sangaha » (หอสมุดพุทธสาสนาสังฆะ) fondée par le roi Rama V le 11 juillet 1900 dans l'enceinte du temple Benchama (วัดเบญจมาศ), le temple de marbre et regroupant non seulement des écrits bouddhistes mais des objets de culte.

 

 

Elle est placée sous le patronage royal. Elle fut placée sous celui du Ministère de la culture après le coup d'état de 1932.

 

 

Devenue « Bibliothèque nationale » (hosamut haengchat – หอสมุดแห่งชาติ) elle joua un rôle fondamental dans la formation d'un savoir et de sa conservation. La « matière première » de ces connaissances fut collectée par l’institution pour sa sauvegarde et sa reproduction. Elle contient tout le patrimoine littéraire du royaume.

 

 

Cela comprenait des manuscrits sur feuilles de palmier (bai Ian - ใบลาน)

 

 

ou de samut khoi (สมุทรข่อ),

 

 

...des inscriptions épigraphiques et, à partir de la fin du XIXe siècle, des volumes imprimés reliés. C'était l'héritage d'une grande diversité de savoirs coexistant dans tout le royaume, discours bouddhistes, brahmanisme, chroniques, contes et légendes, droit et coutume traditionnels, astrologie et divination, magie, médecine, et les nombreux traités ou manuels écrit pour la préservation, l'adaptation et l'application des connaissances pratiques.

 

 

Cette évolution c'est effectuée globalement en plusieurs étapes. La période des menaces coloniales sur le royaume siamois fut à l'origine de ce vent de réformes. En réaction à cette menace, le Siam entreprit ses réformes administratives centralisatrices suivant les modèles coloniaux.

Mais ces mouvements suscitèrent également au moins chez les élites, une vague de recherches sur leur passé.

 

 

Il faut évidemment mentionner la Siam Society dont l'objet annoncé fut d'effectuer des recherches sur les arts, la littérature et les sciences ainsi que sur les relations du Siam avec ses voisins. L'assemblée générale constitutive se tint le 26 février 1904 à l'Hôtel Oriental en présence de tout ce que le Siam comporte d'érudits, tous d'ailleurs étrangers au service du pays. Il est amusant de constater que la première livraison de la revue débute par un article en anglais du Prince Damrong sur la fondation d'Ayutthaya. Nous trouvons la signature d'autres érudits que nous avons rencontrés au fil de nos recherches, Frankfurter, Gérini, et la seule d'un autre siamois, Phraya prachakitkonhak (พระยา ประชากิจกรจักร) qui appartient à la famille Bunnag (บุนนาค) et à la haute administration centrale. Actuellement la revue ne publie qu'en anglais et l'immense majorité des articles restent le fait d'érudits étrangers et parfois Thaïs.

 

 

La colonisation par ailleurs et en parallèle suscita la création d'autres assemblées érudites, l'École française d'Extrême-Orient fondée en 1898 à l'initiative de Paul Doumer alors gouverneur de l'Indochine françaises

 

 

et la Burma Research Society fondée en 1910 mais interdite en 1980.

 

 

La Bibliothèque, plus que la Siam Society, est le pendant de ces organisations « coloniales ». La société ne fonctionnant pratiquement qu'en langue anglaise et n'incluant que des européens n'eut pas le même impact et n'a toujours pas le même impact que la bibliothèque.

Le concept de bibliothèque nationale était inédit à cette époque même s'il existait en dehors des collections privées des collections royales des manuscrits conservées dans les palais, les temples royaux ou les temples du royaume plus ou moins, celles-ci n'avaient pas tout à fait la même fonction. Ils regroupent principalement des ouvrages religieux. Ho Trai (หอไตร), littéralement « la tour triple », c’est la bibliothèque des saintes écritures (phratraipitaka -  พระไตรปิฏก) qui sont triples (mais en quelques centaines de volumes) d’où le nom (ไตรtraï, c’est trois en sanscrit-pali d’où vient notre chiffre trois). Les plus anciennes sont des constructions en bois sur pilotis sur une pièce d’eau pour éviter les attaques des insectes aux attaques desquels les manuscrits traditionnellement sur feuilles de latanier sont sensibles. Tous les temples n’en comportent pas probablement pour la seule raison que l’achat des centaines de volumes de la sainte doctrine est une dépense hors de proportion avec leurs ressources et compte non tenu du fait que fort peu de moines dans les temples de village connaissent encore le pali.

 

 

En fait, tous ces écrits étaient éparpillés et n'avaient jamais été rassemblés en un seul endroit.

La bibliothèque nationale fut donc fondée sur l'idée de conserver toute la variété des œuvres écrites trouvées dans le royaume dépassant bien au-delà l'étude du dharma.

 

 

Par ailleurs les publications de nouveaux livres, manuscrits ou imprimés, se multiplient et ces ouvrages, réceptacles et symboles de la connaissance, la bibliothèque devint un instrument essentiel du processus d'accumulation des connaissances. Au demeurant, ce rôle est devenu essentiel avec l'adhésion du Siam le 17 juillet 1931 à l' « Union internationale pour la protection des œuvres littéraires et artistiques » avec pour corollaire immédiat d'obligation du dépôt légal. Tout ce qui se publie depuis lors en Thaïlande doit s'y retrouver pour protéger ce qu'il est convenu d'appeler le copyright, tout simplement les droits d'auteur.

 

 

Les principales tâches de la Bibliothèque nationale de Thaïlande consistent à collecter, stocker, préserver et organiser la propriété intellectuelle nationale, quel que soit le support. Les collections comprennent des manuscrits thaïlandais, des inscriptions sur pierre, des feuilles de palmier, des livres traditionnels thaïlandais et des publications imprimées ainsi que des documents audiovisuels et des ressources numériques. Elle se présente donc comme source d'information au service des citoyens de tout le pays.

 

 

Il importe de revenir sur les intentions de ses fondateurs qui vont au-delà de ce rôle un peu réducteur.

Le roi Rama V considérait que « l'étude des livres est la forme la plus noble des études » (wicha nangsu pen wicha anprasoet - วิชา นางสุ เพ็ญ วิชา อันประเสริฐ). Telle était l'opinion du « père » de l'histoire thaïe qui fut bibliothécaire en chef de longue date, le prince Damrong, ainsi que d'autres membres de la famille royale ou de la haute hiérarchie religieuse.

 

 

La bibliothèque était alors considérée comme la matière première à partir de laquelle l'histoire pourrait être écrite.

Le roi Rama V lui confia la tâche d'encourager l'écriture de livres en langue thaï. Sous le sixième règne, en 1914, cette responsabilité fut transférée à la Société littéraire (Wannakhadi Samosorn -วรรณคดี สมโสม)

 

 

Pour eux tous, la possession de livres, concrétisée par l'institution de la Bibliothèque, était l'un des attributs d'un pays civilisé ayant une histoire.

La préservation des livres du royaume fut la préoccupation particulière du prince Damrong, qui après sa retraite du ministère de l'Intérieur en 1915, consacra l'essentiel de son énergie au développement de la Bibliothèque. En 1917, le Prince Damrong écrivait «.. il existe de nombreux livres anciens en pays thaï qui n'ont jamais été imprimés. Ces livres sont éparpillés partout et risquent de disparaître complètement à cause du feu, de la pluie, des insectes et des acheteurs de livres étrangers qui les emportent à l'étranger. Ces livres sont un patrimoine important de la nation, et ne se trouvent nulle part ailleurs en dehors de la nation. Ils sont la propriété de la nation thaïe »,

Il faut bien constater que le développement de la bibliothèque Wachirayan à partir des années 1890, en particulier en ce qui concerne l'activité de collecte, coïncida avec la mise en œuvre de réformes administratives destinée à confirmer que le Siam était ou était en passe de devenir un pays civilisé ayant une littérature pas seulement religieuse

 

.

En 1884 et jusqu'en 1945, la bibliothèque publia régulièrement une revue appelée Wachirayan Wiset (วชิรญาณวิเศ) contenant un mélange d'œuvres littéraires siamoises, principalement de la poésie, des nouvelles, des collections de proverbes, des articles rédigés par des membres sur une variété de sujets, y compris la science, l'actualité, la religion, le commerce et l'économie en sus des informations locales et internationales.

 

 

A l'initiative de Son Altesse Royale la Princesse Maha Chakri Sirindhorn, les 38 volumes ont été réédités et numérisés en l'honneur du 80e anniversaire de la Reine Sirikit en 2012.

 

 

En sus de cette revue, la Bibliothèque commença à publier sur ses fonds propres de nombreux ouvrages essentiellement de nature historique ou littéraire. La préface était généralement écrite par le Prince Damrong, expliquant le livre au lecteur, notant le genre et la nature de l'œuvre, l'auteur et la date de composition, la raison de sa composition, l'origine du manuscrit, la raison de sa publication, la valeur scientifique de l'ouvrage pour les lecteurs, etc. Nombre de ces préfaces sont elles-mêmes devenues des classiques !

Ces publications étaient systématiquement transcrites en caractères thaïs alors que de nombreux manuscrits l'étaient dans des écritures non thaïes, notamment les ouvrages religieux.

Nous sommes à l'heure où les discours coloniaux insistaient sur le sous-développement culturel des peuples colonisés ou en passe de l'être, et de la nécessité de leur apporter les bienfaits de notre civilisation occidentale. Les érudits des pays coloniaux constituaient des sociétés savantes examinant d'un œil souvent critique et négatif la littérature et l'histoire de ces peuples.

La création de l'institution tendit à démontrer que le Siam possédait les attributs d'une nation civilisée avec une histoire et une tradition littéraire.

 

 

N'oublions pas le rôle essentiel d'un Français, Georges Coédès. Il noua des liens d'amitié avec le Prince Damrong, qui finit par lui demander d'assumer la charge de Conservateur de la Bibliothèque nationale du Siam. Il y fut détaché par l'EFEO à partir de 1918 jusqu'en 1924 et s'appliqua à moderniser les méthodes de la bibliothèque, à l'alimenter en sources européennes, à organiser les collections de stèles et à susciter un inventaire des inscriptions dans l'ensemble du Siam, dont il publie un premier recueil en 1924. Il est l'auteur de « The Vajiranana national library of Siam ». Nous lui devons l'essentiel de cet article. Quoique toujours sous droits d'auteur, l'ouvrage est numérisé.

 

Nous devons à l’Australien Patrik Jory une étude circonstanciée « Books and the Nation: The Making of Thailand's National Library » publiée dans le Journal of southeeast Asian studies en septembre 2000 qui – étayé sur une bibliographie circonstanciée – situe la création de la bibliothèque dans le cadre des réformes centralisatrices du roi Rama V et du prince Damrong son demi-frère.

 

 

Il faut bien évidemment souligner que, copyright ou pas, le Bulletin de l'école française d'extrême orient est numérisé sur le site

https://www.persee.fr

 

 

Tous les volumes de The Journal of Burma Research Society le sont sur le site

https://archive.org/ probablement la plus grande bibliothèque virtuelle du monde duquel j'ai extrait l'ouvrage de Coedès.

 

 

Tous les volumes du Journal of the Siam Society sauf les années les plus récentes, sont numérisés sur le site de la société

https://thesiamsociety.org/

 

 

Le site parallèle à la bibliothèque numérise des ouvrages selon un classement déconcertant mais il semble que ce ne soient que des balbutiements. On y trouve les Annales historiques et les anciennes chroniques réunies par le Prince Damrong imprimées et transcrites en caractères thaïs ainsi que les ouvrages rares et les manuscrits que l'on peut consulter en ligne

https://vajirayana.org/

Les Universitaires par contre, plus novateurs, ont créé leurs propres bibliothèques digitales ainsi en particulier

l'université Chulalongkorn (http://library.car.chula.ac.th)

l'université Kasesart (http://lib.ku.ac.th)

l'université Mahidol (http://li.mahidol.ac.th)

l'université Thammasat (http://library.tu.ac.th)

l'université de Chiang Mai (http://lib.cmu.ac.th)

De nombreuses bibliothèques digitales ont été créées par des organisations gouvernementales non gouvernementales dans les domaines les plus divers. (Voir l'article daté de 2006 du professeur TASANA SALALADYANANT « DIGITAL LIBRARIES IN THAILAND » :

http://hdl.handle.net/10150/105288

 

 

La Bibliothèque Nationale de France, un exemple à suivre

 

 

La Bibliothèque nationale de France est lointainement issue de la collection de livres de Charles V en 1368. En 1537, François Ier enjoignit aux libraires et imprimeurs d'y déposer tous les imprimés mis en vente, c’est le début du dépôt légal. De bibliothèque royale, elle devint bibliothèque nationale puis bibliothèque nationale de France. Dépositaire de plus de 40 millions de volumes et 12.000 incunables, sur plus de 400 kilomètres de rayonnage, elle est l’une des plus importantes d’Europe après la British Library  détachée il y a peu du British Museum lui-même créé en 1759.

Elle numérise depuis 1997 de nombreux documents, à ce jour du mois de mars 2022, 8.928.467 et le chiffre augmente tous les jours mais uniquement les documents hors droits.

Il est vrai que la BN a un budget annuel de 235 millions d'euros et emploie plus de 2000 personnes. La Bibliothèque Nationale de Thaïlande emploie seulement 162 personnes et a un budget annuel de 93.000.000 de bahts, un peu plus de 2.500.000 euros ! Ses collections ne comprennent qu’un peu plus de 5.000.000 de pièces de quelque nature que ce soit.

En dehors du souci de conservation des documents et collections du patrimoine, elle affiche son premier soucis qui est d'être au service de la politique culturelle du gouvernement et ensuite celui de promouvoir l'habitude de l'amour et de la lecture chez le Thaïs de tous âges.

 

 

Quel avenir pour le « support papier » autre que symbolique ?

 

Je m'en tiens à un seul exemple : De 1904 à 2016, dernière année de numérisation libre, la Siam Society a publié sauf erreur de ma part 291 volumes (plusieurs publications par an), plus de 2000 articles, probablement entre 1 et 2 mètres de rayonnage. La numérisation est parfaite, compris les illustrations en couleur souvent superbes, le tout occupe sur une clef USB grande comme un timbre-poste moins dedeux gigas.

 

 

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