Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
  • Contact

Compteur de visite

Rechercher Dans Ce Blog

Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

(suite cliquez)   POURQUOI CE BLOG ?

Pour nous contacter . alainbernardenthailande@gmail.com

Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

24 février 2024 6 24 /02 /février /2024 02:42

 

L’ethnie Tailue a conservé sa langue et ses coutumes. Elle conserve aussi  le souvenir d’une époque où elle occupait son propre État qui réussit à se maintenir contre vents et marées, contre des voisins prédateurs et des états coloniaux tout aussi prédateurs. Elle le doit au moins en partie à la gouvernance d’un administrateur colonial exemplaire, Joseph Vacle, un pionnier de la France au Laos.

 

 

Elle appartient à l’un des 62 groupes ethniques dont l’existence est reconnue en Thaïlande  et à l’intérieur  de ce groupe, au sous-groupe des 22 de langue taï-kadaï (1). Ils y seraient environ 100.000. Ils sont également reconnus plus ou moins bien au sein des 47 groupes ethniques recensés au Laos et aux 56 enregistrés plus ou moins mal en Chine dans le Yunnan dont ils sont probablement originaires et le SIpsongpanna (Xishuangbanna) sous le nom de groupe Daï, ils y seraient 280.000. Sans statut particulier en Birmanie, en nombre indéterminé, ils occupent essentiellement  les États Shan (รัฐฉาน). Quelques milliers vivent au Vietnam proches de la province chinoise du SIpsongpanna ? En Thaïlande, ils vivent essentiellement dans les provinces du nord, Chiangrai, Chiangmai, Phayao,  Lamphun,  Nan et  Lampang et partout dans le pays où ils vont chercher fortune.

 

 

Ils y sont nommés Thailue (ไทลื้อ ou ไทฮลื้อ), Tailue (ไตลื้อ) ou encore Thailueyong  (ไทยลื้อยอง) pour ceux qui vivent dans la Mueangyon (เมืองยอง) près de la frontière entre la Chine et le Laos, dans les états shans (2).

 

 

Cette ethnie est remarquable : dans leur vallée traversée par le Mékong, les Lue ont réussi à assurer la pérennité de leur principauté, un véritable État, bien qu’elle fut soumise à des revendications fortes, anglaise via la Birmanie, française via le Laos, Siamoise depuis Bangkok. Pour les Siamois, elle est « mueang samfaifa » (เมิองสามฝ่ายฟ้า), le pays des trois côtés du ciel, aux trois maîtres, Chiangmai et Nan eux-mêmes tributaires du Siam et Chiang Tung ou Kengtung, tributaire de la Birmanie. Cette principauté dont les contours sont incertains porta d’abord le non de Mueang Chiangkhaeng (เมืองเชียงแขง), la ville de Chiangkhaeng (aujourd’hui en Birmanie) en était la capitale, avant de devenir Mueang Sing (เมืองสิงห์),  la ville de Sing (aujourd’hui au Laos) en était la capitale.

 

 

Nous connaissons l’histoire chaotique de la principauté Lue par les articles de Volker Grabowsky datés de 1999 et 2011 et un autre de Pierre-Bernard Lafont (3) et de façon plus générale, les luttes d’influence dans cette région, Siam, Chine, Birmanie et les luttes des cités-états entre elles,  par les deux volumes de l’encyclopédique ouvrage de notre ami Jean de la Mainate, publiés en 2023 (4).

 

 

N'oubllions pas l'ami Philppe Drillien, animateur de l'Association des collectionneurs de timbres du Laos que nous remercions pour sa contribution

 

La situation se compliqua en 1885/86 lorsque les Britanniques conquirent le royaume d’Ava et poussèrent leur avantage jusqu’à la principauté Lue en se prétendant héritiers des rois birmans auxquels le prince lue rendait hommage, ce qui était faux puisqu’hommage était rendu au Siam depuis au moins 1774. Le monarque de Luang Prabang avait été investi en 1872 par Bangkok  auquel il payait tribut.  Mais comme on sait, la raison du plus fort est toujours la meilleure. De  là, ils voulurent pousser leur avantage en  avril 1895 sur la partie de la principauté située sur l’autre rive du Mékong laquelle appartenait incontestablement au domaine français puisque la rive gauche du Mékong  appartenait au domaine français depuis le traité franco-siamois de 1893.

 

 

Le Prince Sinokham (เจ้าฟ้าสรีหน่อคำ)....

 

 

... qui avait déjà perdu une partie – plus de la moitié -  de son territoire avec des cités importantes comme Chiang Lap, Yu et Luai (เมืองเชียงลา-เมืองยู้ - เมืองหลวยถ se réfugia alors à Luang Namtha (เมืองหลวงน้ำทา).

 

 

La situation devint explosive et la presse française se déchaîne contre les empiétements britanniques. Des débats au ton souvent virulent ont lieu à l’assemble nationale (5). Le 9 mai 1896, une troupe  française accompagna Joseph Vacle, qui avait alors rang de commissaire principal du gouvernement au Laos depuis l’année précédente, rencontre un certain Stirling à la tête d’une délégation anglaise. Les Britanniques avec leurs Gurkhas se retirèrent alors sur la rive droite et le drapeau français fut hissé à Sing que le prince put regagner (6). Il administra alors sa principauté sous la « protection » de la France. Il y mourut le 9 octobre 1901 âgé de 55 ans.

 

 

Le royaume de Luang Prabang jouissait alors non de son indépendance mais d’une autonomie certaine ; l’administration et la justice étant entre les mains des mandarins, on peut penser qu’il en était de même à Sing ; La France s’efforçait en priorité d’obtenir l’émancipation des Khas que les Lao considéraient comme des bâtes de somme.  Son fils aîné, nommé Ong Kham (เจ้าอ่องคำ) lui succéda sans opposition des Français qui lui assurèrent l’appui d’une présence militaire. Mais la tutelle se fit plus lourde lorsqu’une circulaire du gouvernement central de ‘Indochine de février 1906 à tirer des larmes des crocodiles du Mékong demandait d'urgence en termes pathétiques quelles réformes étaient, susceptibles d'apporter à l'indigène le confort, le bien-être, le progrès que lui doit une grande nation... et patati et patata !  Plus simplement, il fut décidé alors d’appliquer aux colonies indochinoises une « politique d’énergie » ; La tutelle se fit plus pesante. En 1914, la France entra en guerre et un groupe chinois appelé Ho (กลุ่มชาวจีนฮ่อ) en profita pour envahir le nord du Laos. Ong Kham tenta alors d’obtenir leur appui pour se dégager de la tutelle française. Il fut déposé le 6 avril 1916 sous l’accusation de s’être rendu  « coupable des crimes et délits de droit commun et de crimes politiques ». De la haute trahison tout simplement ! Il réussit à échapper au peloton d’exécution ou de la décapitation et se réfugia avec nombre de ses fidèles au Sipsongpanna.

 

 

Ainsi prit tristement fin la principauté que Vacle avait fait échapper à la voracité anglaise. Coupée en deux par les vertus de la colonisation mais « le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » n’était pas à l’ordre du jour et les colonisateurs découvrir en pleurant des larmes de sang quelques dizaines d’années plus tard lorsqu’il qu’il leur fut alors retourné.

 

 

QUI ÉTAIT JOSEPH VACLE ?

 

Nous savons par son dossier à la Légion d’honneur (7) qu’il naquit Sébastien Joseph Prosper Vacle le 22 janvier 1857 à Macon. Son père, Joseph Prosper, est agent principal de la Compagnie d’assurances générales, âgé de 30 ans.  Sa mère, Jeanne Marie Verne, est âgée de 27 ans. Le couple habite au 9 de la bourgeoise rue Lamartine. Un milieu évidement aisé mais nous ignorons tout de sa jeunesse et de son éducation.

 

 

Il mourut à Juliénas le 25 novembre 1907, toujours selon son dossier de la légion d’honneur et,  nous apprend lev « le petit journal » du lendemain. Il y était venu en convalescence. Il fut décoré oeu de jours avant sa mort.

 

 

ll bénéficiât d’un très précieux éloge funèbre qui nous éclaire un peu sur sa carrière,  de Jean Louis de Lanessan qui fut Gouverneur général de l’Indochine française mais ne fut pas aimé de tous (8).

 

 

Sa participation à la Mission Pavie nous éclaire sur ses activités coloniales. Les comptes rendus contiennent d’intéressantes photographies (9).

 

 

Sa carrière se déroule avec une sécheresse administrative dans les publications officielles (10),

 

Lanessan nous en donne un portrait singulier ; Il se présenta à lui en 1891 vêtu d’une culotte courte, d’une chemise à jabot, de bas de soie noire et d’escarpins vernis à boucle d’argent. Souriant et bedonnant, d’une politesse exquise, portant un éventail à la main droite et un bracelet d’argent au poignet gauche « Il paraissait sortir d’un bal du XVIIIe siècle ».

 

 

La photographie que nous en donne Pavie est plus conventionnelle.

 

 

Il eut le chagrin de perdre cet accoutrement dans l’incendie accidentel qui détruit la résidence de Luang Prabang, avec, en dehors de ce déguisement avec lequel il recevait les indigènes, tout le mobilier et toutes les archives officielles. Pavie nous dote d’une photographie des lieux !

 

Un autre trait de son caractère dénote une éducation à tout le moins rigoureuse : Lors de son arrivée à Luang Prabang, «  craignant que les hommes de sa petite troupe ne se livrassent à l’égard du beau sexe, à des entreprises illégitimes d’où seraient sortis des conflits peut-être graves, il les réunit dès le premier soir et leur intima l’ordre d’avoir à se marier, tous, dans les vingt-quatre heures selon les rites du pays/ Dès le lendemain, chacun avait sa femme légitime ». Nous ignorons par ailleurs si lui-même arrivé en Indochine, on ne sait trop à quelle date, y prit femme et y fonda une famille ?

 

 

Arrivé dans ce pays « pour y faire du commerce », il rejoignit la mission Pavie avant d’être intégré dans l’administration et tout au long des comptes rendus de mission, celui-ci nous dit qu’ « il  avait toujours eu pour règle à l'égard des indigènes les principes de douceur que je recommandais moi-même ». C’est là un trait essentiel de son caractère : en 1891, il partit avec quelques miliciens réprimer des actes de piraterie sur la Rivière noire, aux confins du nord du Laos et du Vietnam, ce qu’il fit sans utiliser la moindre force (11).

 

En 1893, en exécution du traité franco-siamois du mois d’octobre, Lanessan, sans aucun moyen militaire,  envoya encore Vacle prendre possession du petit royaume de Luang Prabang à partir du Tonkin, deux mois de marche sans incidents !

 

 

Pavie ne parle de lui que comme « ce bon Vacle » ou « mon vieil ami Vacle » et demanda pour lui la légion d’honneur pour « ce compagnon simple et bon.à qui j’ai voué une affection aussi sincère que vive ». Il fut nommé chevalier alors qu’il était porteur du titre de « Commissaire du gouvernement au Laos – Commandant supérieur par intérim du haut Laos » le 17 novembre 1896 au titre du Ministère des affaires étrangères. Il reçut son brevet le 4 novembre 1897 alors qu’il se trouvait à Macon quelques jours avant sa mort. Il avait 50 ans et ramené probablement quelque mal exotique. Le budget général du Laos fait apparaître alors le versement d’une somme de 1750 francs à son père ce qui laisse à penser qu’il ne laissait ni veuve ni héritiers directs ?

 

Son dossier résume sa carrière ; attaché  à la Mission Pavie de 1888 à 1891 – soumission des rebelles de la rivière noire en 1891 – Commissaire du Gouvernement le 1er octobre 1891 – Délégué pour Luang Prabang le 1er janvier 1894 – Commandant supérieur du haut Laos le 21 février 1895.

 

Si les comptes administratifs publiés ne sont pas d’une grande limpidité,  il semble que sa rémunération ait été en son dernier état de 15000 francs (rémunération de  base) et de 18300 francs (indemnités pour frais de service et de représentation) soit 33300 de nos bons vieux francs  ce qui donne au vu du convertisseur de l’INSEE une équivalence à environ 150 000 euros 2024.

 

 

Lanessan souhaitait qu’un monument fût édifié à sa mémoire. Cela ne se fit pas mais la place centrale de Luang Prabang et une avenue portèrent son nom ainsi qu’une avenue à Paklay par arrêté du Gouverneur général de l’Indochine de 1932 mais elles sont probablement débaptisées depuis longtemps ?

 

 

NOTES

 

 (1) Sur les Taîlue de Thailande voir :

La carte ethnolinguistique « Ethnolinguistic maps of Thailand », iremplaçable même si elle date peut-être un peu sur les chiffres, une publication de l’Université Mahidol (2004)

 « The Stateless Tai Lue in Chiang Kham » par Prasit Leepreecha et Songkran Jantakad » in Journal of the sciences and humanities, une publication de l’Universit/ de Chiangmaï de 2020.

 

(2)  Sur les Taïlue en général, voir l’article de Paul Cohen dans « The Journal of the Siam Society » de 1986 « LUE ETHNICITY IN NATIONAL CONTEXT: A COMPARATIVE STUDY OF TAl LUE COMMUNITIES IN THAILAND AND LAOS »

 

Voir aussi une étude toute fraiche, « The Dynamics of Dai Lue Vernacular Houses: A Comparative Study of House Forms and Spatial Organization in Xishuangbanna, Yunnan, China and Mainland Southeast Asia » publié dans Journal of the Mekong societies de décembre 2023

 

 

Cet article nous offre une très belle carte de l'implantation actuelle de l'ethnie

 

 

(3) Volker Grabowsky « lntoduction to the History of Müang Sing (Laos) prior to French Rule : the Fate of a Lü Principality ». (Introduction à l'histoire de Müang Sing (Laos) avant la domination française : le destin d'une principauté Lü)  In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 86, 1999. pp. 233-291;

François Lagirarde, Volker Grabowsky et Renoo Wichasin « Chronicles of Chiang Khaeng: A Tai Lü Principality of the Upper Mekong », in: Aséanie 28, 2011. pp. 201-203;

Pierre-Bernard Lafont «  L'affaire de Muong Sing (1893-1896) vue par la chronique royale de Xieng Kheng ». In: Revue française d'histoire d'outre-mer, tome 72, n°267, 2e trimestre 1985.

 

(4).  Les deux premiers volumes d’une série qui en comportera trois, sont l’œuvre encyclopédique (peut-être trop !) de Jean de la Mainate, infatigable animateur de la page « merveilleuse-chiangmai.com » ; La diffusion est pour l’instant confidentielle et c’est dommage. Il dépasse de très, très loin la seule histoire du Lanna et l’œuvre initiale  de Camille Notton, le très érudit consul de France à  Chiangmaï. Qu’ils ne soient pas dépourvu de critiques est une chose mais il me semble difficile à celui qui s’intéresse à l’histoire du Siam de ne pas l’avoir sur sa table de travail : « CHRONOLOGIE DES EVENEMENTS CONCERNANT CHIANG-MAI, livres I et II.

 

(5) « Journal officiel de la République française. Débats parlementaires. Chambre des députés : compte rendu in-extenso ». Numéro du 24 février 1896.

 

(6) Nous trouvons le récit de cette restitution dans de nombreux organes de presse de cette époque ;  ne citons qu’un récit tardif dans La Dépêche coloniale illustrée du 31 mars 1914 sous le titre « Les royaumes du haut Mékong – chez le Tiao Fa de Luons Sing ».

 

(7) Les dossiers des légionnaires sont numérisés sur le site

https://www.leonore.archives-nationales.culture.gouv.fr/ui/

 

(8) « Un colonial modèle » à la Une du journal Le siècle du 23 décembre 1907.

 

(9)  Nous le trouvons surtout dans deux des volumes du compte rendu de la Mission Pavie :

«  Géographie et voyages – Exposé des travaux de la mission,  première et deuxième périodes, de 1879 à 1899 » publié en 1901.

«  Géographie et voyages – Exposé des travaux de la mission,  troisième et quatrième période, de 1889 à 1895 » publié en 1906.

 

(10) Diverses années de 1882 à 1905  de l’Annuaire général de l’Indochine, du Bulletin administratif du Laos  et du Bulletin officiel de l’Indochine française.

 

(11) Voir à ce sujet l’ouvrage de Philippe Le Failler « La Rivière noire », numérisé :

https://books.openedition.org/editionscnrs/24444

 

 

Partager cet article
Repost0
24 novembre 2023 5 24 /11 /novembre /2023 02:34

 

 

Nous avons publié cet article il y a deux ans mais - bis repetita placent - le rappel de ce parcours singulier m'incite à suggérer la possibilté de faire une bonne action en Thaïlande, pourquoi pas ?

 

Qui se souvient encore du « gang des postiches » qui, entre 1981 et 1986 opéra dans les beaux quartiers de la région parisienne ? On lui prête 27 attaques de banques, l'ouverture de milliers de coffres-forts particuliers et toujours une longueur d'avance sur la police. Ils firent sourire la France entière. On a toujours un faible pour Guignol qui frappe le gendarme, les Pieds Nickelés qui ridiculisent leur éternel adversaire, le commissaire Croquenot et l'inspecteur Duflair  ou Arsène Lupin - qui avait avant eux le génie des déguisements - ridiculise le Commissaire Ganimard et jusqu'au grand Herlock Sholmès lui même. Ils ont la faveur du lecteur, le sang ne coule jamais et, ils ne volent que les riches.

 

 

Les membres de notre gang étaient totalement étrangers au « mitan ». Leur équipe comportait un noyau d'une demi douzaine de durs, originaires de Belleville et de Montreuil issus de milieux modestes sinon défavorisés. Tous amis depuis leur enfance : Sidi Mohamed Badaoui dit « Bada », Bruno Berliner dit « Sœur sourire » un tunisien,  André Bellaïche dit « Dédé », Patrick Geay dit « Pougache », et Robert Marguery dit  Bichon », peut-être fut-il leur chef ou leur inspirateur  ou peut-être était-ce Geay ? ils étaient tombés très vite dans la petite ou moyenne délinquance, vols à la tire, escroqueries à la carte bancaire, leur préférence allant à faire « tomber la marchandise » de camions d’électro-ménager pour fournir à leur famille ce qu'elles ne pouvaient s'offrir. Marguery qui a alors 35 ans a un passé plus solide puisqu'il a commis de petits braquages et subi même une condamnation par la Cour de Sûreté de l'état pour une détention de nombreuses armes de guerre. Ils décident de passer à un cran supérieur agissant avec des méthodes particulières : entrés avec une rare audace en plein jour dans les agences bancaires choisies « au feeling », ils sont déguisés en bourgeois, en rabbin (tenue préférée de Marguery), chapeau, fausses moustaches et fausses barbes, perruques, ils pénètrent dans l'agence, une partie d'entre eux tient en respect, en généralement courtoisement, le personnel et les clients, une autre se fait ouvrir sous la menace la salle des coffres individuels forcés en quelques minutes, s'emparent du contenu, détruisent systématiquement les caméras de vidéo-surveillance.

 

 

Il leur est arrivé de glisser une liasse à une vieille cliente qui leur faisait peine, un peu un aspect de Robin des bois ! A cette époque les systèmes d'alarmes ne sont branchés que la nuit et les jours fériés, or, il opèrent toujours en plein jour et en dehors de ces périodes. Leur audace et leur sang froid sont peut-être aussi améliorés par l'utilisation de cocaïne comme le laisse entendre Marguery à demi-mots ?

 

 

Comment connaître le contenu de ces coffres ? Les banquiers demandent officiellement aux victimes dont le coffre a été fracassé d'en donner le détail du contenu à l'intentions des Compagnies d'assurances. Qui dit alors la vérité ? Il en est comme du casse de Nice, on ne la connaîtra jamais.

 


 

Le début des véritables opérations commence en septembre 1981. Le moment fut-il choisi au hasard ? Mitterrand est au pouvoir depuis le mois de mai, Les bourgeois du XVIe ont eu la peur au ventre et les économies plus ou mois avouables sont cachées dans ces petits coffres de leurs agences bancaires qui s'ouvrent – paraît-il avec un marteau et un pied de biche – comme une boite de sardines. Par ailleurs et depuis longtemps, il n'y a plus dans les banques des en-cours autrement que le strict nécessaire, les richesses sont au sous-sol.

 


 

Après une « campagne » qui peut comporter jusqu'à deux attaques le même jour, ils partent se mettre au vert, voyages sous les tropiques, c'est là que Marguery découvre la Thaïlande où il réside aujourd'hui. ils se retrouvent en France et avant de repartir en campagne, mènent un train de vie fastueux, restaurants et hôtels de luxes, Rolex, Ferrari, Porsche, BMW ou Mercédès de haut de gamme. Il semblerait que l'or et les pierres précieuses, même desserties, aient été mise à l'abri – nous y reviendrons – pour constituer une ultime poire pour la soif. Il faut pour s'en débarrasser passer par l'intermédiaire des receleurs qui servent souvent de « balance » à la police et ne prennent qu'à 10 % de la valeur réelle.

 


 

Le montant de leurs méfaits se seraient élevé à 187 millions de francs à la fin de leur course soit 18,7 milliards de centimes de francs, c'est ce qu'a dit la presse à l'époque? Marguery n'a toutefois été condamné par la Cour d'assises qu'à 4 milliards de centimes au profit des parties civiles qui peuvent en faire leur deuil. Cela pourrait, hypothèse hasardeuse, laisser penser que les victimes en auraient dans leurs déclarations oublié 14 !


 

La police est totalement dépassée, les réseaux d'indicateurs aussi nauséabonds qu'utiles, sont désemparés, le milieu n'est manifestement pas concerné. La presse a parlé de guerre des polices entre le Ministère de l'intérieur de Gaston Deffere jusqu'à celui de Joxe.

 


 

Alors que l'équipe s'était juré de ne pas faire couler le sang, c'est le sang qui va les faire tomber. C'est en réalité une bavure que la presse a qualifié de bavure policière qui en est à l'origine. En 1986, un gigantesque dispositif policier (des dizaines de véhicules banalisés) en attente de la sortie des auteurs d'un braquage. Les consignes de ce plan était simple, ne surtout pas utiliser d'armes à feu et ensuite les suivre discrètement jusqu'à leur repaire. Deux d'entre eux sortent, un policier les aperçoit et tire, un malfaiteur s'écroule, l'autre tire sur les policiers et en tue un. Trop c'est trop ! La presse a parlé de bavure judiciaire, au mieux de cafouillage ? Les mésaventures ou les aventures de Marguery qui n'était pas le tireur vont commencer. Il est naturellement incarcéré après mise en détention provisoire. L'attitude intempestive de ce policier fut au demeurant critiquée avec virulence au sein des polices. L'Instruction est interminable tellement que Marguery bénéficie de la législation européenne relative au droit d'être jugé dans un délai raisonnable ce qui entraîne son obligatoire mise en liberté provisoire. Aussi curieux que ce soit (un oubli du juge d'instruction évidemment qui n'a pas mentionné dans l'ordonnance de mise en liberté une interdiction de quitter le territoire), il obtient alors sans difficultés un passeport, vrai cette fois-ci, et part rejoindre sa fille dans le nord le plus sauvage de la Thaïlande. Il revient au pays du sourire se constituer prisonnier pour son passage à la Cour d'assises, le verdict est clément : 20 ans après, la Justice a frisé le ridicule : Le 4 avril 1996, 12 ans pour une série de 7 sur les 27 attribués à son équipe. Partie des années passées en détention provisoire et partie bonne conduite, Il n'est au demeurant pas accusé du meurtre du policier. Le chapeau sera porté par son ami Patrick Geay qui, lui aussi libéré de façon conditionnelle avait préféré se mettre en cavale. Il fut finalement retrouvé à Paris sous une fausse identité et condamné en appel par la Cour d'assises de l’Essonne en 2006 à 17 ans de réclusion pour avoir participé à 5 braquages et complicité dans le meurtre du policier.

 


 

il est libéré en 1998 et rejoint sa fille en Thaïlande où il se trouve toujours !


 

Qu'est devenu leur butin, probablement fabuleux ?


 

Ils dépensèrent des sommes énormes tant dans leurs périples autour du monde que, de retour à Paris dans les dépenses somptuaires, entre les Ferraris et les Rolls. Insouciants, une fois les liquidités dépensées et les vacances terminées, ils repartaient en campagne pour un nouveau tour. Marguery indique que l'un de ses nombreux périples sous les tropiques lui avait couté « 120 briques ». Ils ne purent manifestement pas rompre avec le passé de ces montées d'adrénaline pour bénéficier paisiblement dans quelque paradis exotique du fruit de leurs méfaits. Mais ils s'étaient constitué soigneusement une pelote non pas d'argent liquide, tout avait été dépensé, mais de richesses plus difficiles à négocier que les billets de 500 francs. Les confidences d'un membre du gang détenu à un voisin de cellule lui apprennent que le gang avait déposé un énorme stock de lingots et de pièces d'or dans un cimetière de la région parisienne. De fil en aiguille, je n'entre pas dans les détails, le membre du gang entre en contact avec le tueur-violeur en série, Michel Fourniret, pour l'aider à récupérer le magot. Fourniret le récupère pour son compte pour financer ses turpitudes et l'achat de son château. On n'en retrouvera guère que 25.000 euros en pièces d'or de collection en 2004.

 

 

La rédemption


 

Lors de ses derniers mois de sa détention, il est l'objet d'une singulière crise de mysticisme. Telle qu'il l'a décrite, j'y vois surtout un sombre cauchemar qui semble l'avoir convaincu de la vanité des choses humaines dont il est complètement détaché. Il est dés lors devenu un bon chrétien. A tout péché miséricorde !

 


 

Sophie Marguery, née en 1967 et fille de Robert a découvert la Thaïlande lors des multiples périples touristiques alors qu'elle accompagnait son père. Elle tombe sous le charme du pays et s'y installe en 1987. Elle a connu une vie chaotique entre la vie fastueuse que lui fit mener son père puis l'horreur des attentes interminables dans les parloirs des prisons, rendez-vous avec le juge d'instruction ou les avocats avant de trouver la sérénité thaïe.


 

Elle a 20 ans et lors d'une excursion dans les tribus du nord, notamment la tribu Lahu (1), fascinée par leur vie, elle s'y marie en adoptant leurs coutumes et leurs modes de vie. Elle crée alors une association appelée ABCD POUR TOUS, pour venir en aide aux enfants défavorisés de ces villages et obtient des parrainages pour les aider à acheter du matériel scolaire, participer aux frais de déplacement vers les écoles, leur apporter des colis de provisions et actuellement leur apporter un soutien scolaire. L'association à ce jour intervient dans 22 villages et parraine 600 enfants (2).

 


 

Sitôt libéré, Marguery la rejoint et participe à ses activités, il parle en effet la langue qu'il a appris lors de ses multiples visites. Et après avoir connu le faste des hôtels 5 étoiles du monde entier, vit avec sa fille et sa famille dans une cabane en bambou sur pilotis. C'est aujourd'hui un vieillard de 75 ans que sa fille materne. Il a – dit-elle - un caractère difficile, lors de son procès en Assises, les psychiatres l'ont décrit comme bipolaire et schizophrène, ce ne sont pas de fous mais des personnages difficiles à vivre et surtout à comprendre.


 

Une fin de parcours sans gloire et sans fortune. Ces enfants du XXe arrondissement avaient rêvé d'or et d'aventures. Ils se sont égaré dans un banditisme dur. méritents-ils d'être considérés comme des héros ?


 

Je n'y vois que l'histoire d'un père et de sa fille. membre du gang des postiches, il a payé sa dette et s'est reconstruit ou a tenté de le faire dans le spirituel aux côtés de sa fille alors que celle-ci a trouvé une vie simple consacré à son prochain, dans une tribu au cœur de la profondeur des jungles du nord de la Thaïlande.

 

Le parcours chaotique de ce père et de sa fille a fait l'objet d'un reportage télévisé en 2017 sous le titre « Grand banditisme – le gang des postiches ». Il est en réalité consacré à Marguery et à sa fille. Marguery décrit de son bel accent de Titi parisien, le nuit où il a eu ses visions cauchemardesque qui lui ont fait trouvé le chemin non pas de Damas mais celui de la jungle Thaïlandaise (3).

 

Tous deux ont écrit un livre de souvenirs à quatre mains en 2020 « De l'ombre du gang des postiches jusqu'au pas des éléphants » dont le bénéfice participe au financement de l'association(4).

 

 

Un épisode enfin de la série « Faites entrez l'accusé » a été consacré de façon plus générale au gang par Christophe Hondelatte et son équipe. Son magazine tranche avec de nombreux ersatz sur la télévision française (5).

 

 

 

 

NOTES

 

 

1 – L'ethnie Lahu (ลาหู่ ou  มูเซอ – musoe pour les Thaïs) est originaire de Chine où ils sont quelques centaines de milliers. Ils sont aux environ de 80.000 en Thaïlande le long de la frontière birmane, dans les provinces de Chiang Mai, Chiang Rai, Khamphaengpet, Maehongson, Lampang, Phayao, Nan, Tak et Petchaburi. Ils sont en général bouddhistes mais beaucoup sont christianisés.

 

 

2 - Voir la page web de l'association :

http://www.abcdpourtous.com/ -

- https://www.youtube.com/watch?v=fFxy1jD_pdE&ab_channel=CanalCrime

 

  • 4 – Il est facilement disponible à la vente sur le site https://en.epiceriedusiam.com/ Il est versé une obole à l’association sur chacune de ses livraisons.

 

- 5 - https://www.youtube.com/watch?v=deOIMGbxh5o&ab_channel=Faitesentrerl%E2%80%99accus%C3%A9-Officielle

 

 

 

Partager cet article
Repost0
11 septembre 2023 1 11 /09 /septembre /2023 02:27

 

Nous nous sommes interrogés sur les origines encore mystérieuses de ces bornes sacrées, les bai sema, qui entourèrent aux huit point cardinaux les chapelles d’ordination – la partie la plus sacrée du temple – des tempes du nord-est et du nord. Aujourd’hui le plus souvent gravées de motifs religieux, elles ne le furent pas toujours et n’étaient que des mégalithes, des pierres dressées, à la destination discutée.

 

 

Divers érudits ont émis l’hypothèse – tout aussi – discutée – d’un lien de parenté avec les mégalithes du Laos. Ces monuments préhistoriques ont fait l’objet de solides études de Madeleine Colani  (qui signe parfois Colany), figure marquante et incontournable de l’archéologie et de la préhistoire en Asie-du Sud-est. Elle mérite l’hommage d’un article.

 

 

Elle est née à Strasbourg le 13 août 1866 au domicile de ses parents, 19, rue de hallebardes à deux pas de la Cathédrale.

 

 

Son père, Timothée Colani, alors âgé de 42 ans, est mentionné sur l’acte « professeur à la Faculté de Théologie eu au séminaire protestant ».

 

 

Nous savons qu’il était né le 25 janvier 1824 à Lemé, petite commune de l’Asine où son père était devenu pasteur après avoir quitté la Suisse, pays d’origine de la famille ; probablement le Tessin italophone.  Madeleine n’a pas connu son grand père, mort en 1844 Sa mère – sur laquelle nous ne savons rien – Josèphe Marie Vncente Gauthey (dite « Paquita » ce qui semble bien lui donner une origine partiellement espagnole ?) alors âgée de 23 ans. Il semble qu’il ait été d’usage alors dans les milieux calvinistes purs et durs de marier les garçons alors qu’ils étaient dans la force de l’âge ? Le mariage fut célébré le 29 octobre 1865, à peine plus de 9 mois avant la naissance de Madeleine. Marié sur le tard, le pasteur remplit scrupuleusement ses devoirs conjugaux ! Il est en effet également pasteur de l’église réformée Saint Nicolas à Strasbourg en 1862.

 

 

Cette précision n’est pas sans intérêt ; la France est encore sous le régime concordataire et les pasteurs comme les curés et les rabbins y sont rémunéré comme des fonctionnaires de l’état, pour eux le même salaire qu’un instituteur. Timothée commençât en 1840 des études de théologie à Strasbourg et obtient successivement les grades de bachelier (1845), licencié (1847) et docteur en théologie (1864). Protestant dit « libéral », il bénéficie de l'appui d'Edmond Schérer, grande figure de la théologie protestante. Il fonde la Revue de théologie et de philosophie chrétienne en 1850 : cette revue, dite aussi Revue de Strasbourg, vise à faire connaître la théologie libérale allemande en France. La lecture de la table des matières de l’une de ces revues en démontre le sérieux et l’austérité (premier semestre 1861).

 

 

Ses écrits sont nombreux et ainsi que nous pouvons le constater à’ l’un d’entre eux (le seul numérisé à la Bibliothèque nationale), ne sont pas destinés au grand public et moins encore

 

 

Il entretient des liens étroits avec d’autres figures protestantes en Alsace, le théologien Edward Reuss et Jules Sengenwald qui présidait la Chambre de commerce locale. Après l’annexion de 1870, il quitte l’Alsace pour la France, abandonnant son poste de pasteur rémunéré, probablement plus lucratif que ses activités purement théologiques. Il est incontestablement francophile et les calvinistes n’aiment pas les luthériens que sont les Prussiens. Il avait d’ailleurs lancé des appels à la résistance armée qui ne connurent guère d’échos. Il tente alors de se reconvertir, sans succès, dans les affaires, à Royan et s’établit à Paris en 1874. Il bénéficie de l’appui de Gambetta avec  lequel il a des liens d’amitié. Madeleine petite, aurait joué sur ses genoux ? Il obtiendra un poste de conservateur subalterne à la Bibliothèque nationale. Il meurt inopinément en Suisse, dans le pays de Tessin d’où serait originaire sa famille en 1888.

 

 

Madeleine était l’aînée. La vie à Paris fut difficile. Elle a obtenu le brevet supérieur. Ce diplôme n’est peut-être pas prestigieux mais le passage par l'enseignement primaire supérieur représentait une des principales voies d'accès à la classe moyenne pour des bons élèves issus des classes populaires ou modestes. Contrairement à l'enseignement secondaire de l'époque, l'enseignement y est gratuit et ne comprend pas l'étude du latin. Les matières enseignées comprennent notamment le français, l’histoire et la géographie, les mathématiques, la physique, la chimie, les sciences naturelles et une langue vivante.

 

 

Elle débuta sa carrière dans l'enseignement, avec un maigre salaire qui pourtant augmentait les revenus modestes de son père qui ne s’est pas enrichi par ses droits d’auteur. Elle apportait un soutien financier à un ménage avec trois frères et sœurs encore à l'école primaire ou secondaire. Elle a évidemment continué à la mort de son père en 1888. Nous ignorons tout des dix ans de sa vie jusqu’en 1898, date de son départ en Indochine et du devenir de sa mère et de ses frères et sœur qui poursuivent tous des études secondaires ou supérieures. La notice que lui consacre l’Ecole française d’extrême Orient nous apprend qu’elle fut appelée en Indochine par Paul Doumer. Quels furent les motifs de cet appel ? Probablement parce que le Gouverneur de l’Indochine cherchait des instituteurs et professeurs  pour former les populations de sa colonie ? Elle commence par occuper un poste d'institutrice, puis sera professeur d'histoire naturelle au Lycée Albert Sarraut jusqu'en 1916. Enseigner l’histoire naturelle lorsqu’on n’a pas appris le latin, ne fut probablement pas facile ? Elle ne quitta alors plus l’Indochine jusqu’à sa mort à Hanoï le 2 juin 1943. Elle ne fit que de brefs séjours en métropole pour y obtenir plusieurs diplômes d’enseignement supérieur en géologie en particulier.

 

 

Avec son soutien, Jeanne et André, ses cadets, purent suivre des études supérieures. Sa petite sœur Eléonore, née en 1877, orpheline à l’âge de 11 ans, put bénéficier d’une bourse d’état pour compléter son éducation secondaire. Il semblerait qu’elle ait suivi sa sœur aînée en Indochine pour lui servir de collaboratrice mais elle quitta ce monde 5 ans avant elle.

Nous devons à sa sœur Jeanne une « Histoire nationale et notions sommaires d'histoire générale » écrit en collaboration avec Édouard Driault, publié en 1914. André, docteur ès sciences, enseignait à Paris

Son doctorat ès sciences d'université et d'État lui permit d'entrer en 1917 comme assistante au service géologique, où elle restera jusqu'à sa retraite, en 1927. En 1929, Louis Finot, reconnaissant la valeur de ses recherches préhistoriques, menées en collaboration avec J. Mansuy, décide de l'attacher à l'École comme chargée de mission. Elle effectue de nombreuses tournées dans les provinces de Hoa Binh, Tran Ninh, Hua Pan, dont les résultats sont publiés par l'EFEO. Elle rédige aussi pour l'École et pour l'Institut indochinois pour l'étude de l'homme, dont elle est membre, une série d'articles d'ethnologie comparée. Elle représente l'EFEO aux congrès des préhistoriens d'Extrême-Orient, à Hanoi en 1932, à Manille en 1935 et à Singapour en 1938. Son entrée à l’EFEO Cela lui a également permis d'accéder aux écrits des préhistoriens sur  la recherche de complexes de grottes et de sites mégalithiques en Asie du Sud-Est.

 

 

Ses recherches effectuées dans le nord du Laos, des régions où ne s’aventuraient que rarement les voyageurs les plus curieux qui en général s’arrêtaient à Luang Prabang se firent dans des conditions spartiates et plus encore la firent reconnaitre dans le monde érudit comme une préhistorienne de talent. Peu de voyageurs s'étaient aventurés au-delà de Vientiane, Luang Prabang ou Champasak, Elle vivait comme les ouvriers, sachant se contenter d’un bol de riz et d’une banane dans des conditions météorologique souvent difficiles, dormant souvent à la hâte sur un lit de feuilles près des jarres. Elle s'est toujours abstenue de déplorer les conditions spartiates de son travail de terrain dans des coins inexploités du Laos au début du XXe siècle. Nous ne les connaissons que par le récit de ses proches et – hélas – de riches oraisons funèbres. Petite et maigrichonne, elle était d’une résistance physique étonnante. Nous avons une photographie datée de 1932, quatrième à partir de la droite sur le parvis du Musée de Hanoï, elle est malgré son ridicule chapeau-cloche, minuscule.

 

 

Elle l’est plus encore sur une autre photographie de 1938 sans ce couvre-chef grotesque mais un foulard sur la tête.

 

Comme tous les petits par la taille, dans un milieu où les attitudes misogynes paternalistes étaient monnaie courante, elle réagissait avec bec et ongles : « Je ne suis pas Ici pour cuisiner, je suis ici pour creuser »

 

 

Discrète sinon secrète, nous ignorons tout ce que fut sa vie entre la mort de son père et son départ pour l’Indochine qui la dégagea de tout souci financier, probablement consacré à sa mère et à l’éducation de ses frères et sœurs ?

 

Elle ne fera guère parler d’elle dans la presse en dehors du bulletin de l’EFEO et de revues spécialisés mais  peut-être une exception dans l’Eveil économique de l’Indochine, hebdomadaire très lu dans le milieu colonial.

 

 

Faut-il voir dans sa signature dont nous avons quelques spécimens, fortement inclinée vers la droite, un signe de modestie ? Probablement.

 

 

Elle est l’incontestable fruit de son éducation dans un milieu proche du piétisme. La vie en semaine est consacrée à l’étude ou au travail et le dimanche aux activités religieuses. Prières en famille le matin, avant les repas et avant le coucher et le dimanche, les offices en famille. Elle est toujours vêtue comme une nomme protestante, une stricte robe grise descendant jusqu’aux talons, rien qui puisse attirer un œil égrillard. On n’y rit guère, Dieu ne rit pas. Les photographies d’elle sont rares, elle déteste probablement se faire photographier, jamais un sourire, un vague sourire esquissés sur celle qui est reproduite en tête de cet article est numérisée sur le site de la Bibliothèque Nationale qui n’en donne malheureusement pas l’origine.

 

 

Elle restera fidèle au culte de ses pères, en liens constant avec l’église protestante d’Indochine.

 

Par ailleurs, une jeunesse passée au milieu de difficultés financières lui a appris à se contenter de peu.

 

C’est l’histoire atypique d’une fille qui vivait à une époque où l’image traditionnelle de la femme était de devenir épouse, mère de famille et maitresse de maison.

 

Elle fut d’un désintéressement total à une époque où l’archéologie était souvent, en particulier chez les égyptologues, une chasse au trésor. On insinue d’ailleurs que chez ces derniers, beaucoup se constituaient  leur propre musée personnel et sont volontiers avides de droits d’auteur.

 

Elle reçut une récompense républicaine en recevant la croix de chevalier de la Légion d’honneur au titre du Ministère des colonies en 1937.

 

 

Tous les objets qu'elle a collectés ont été transportés au Musée d’Hanoï, en particulier ceux venant de la Plaine des Jarres qui appartient depuis 2019 au patrimoine mondial de l’humanité dans que ses secrets aient été percés. Il est un problème auquel elle n’avait pas pensé, celui des discussions entre les deux états sur le retour au Laos des objets en provenant.

Sur les pierres sacrées

Voir notre article

A 213- LES ORIGINES MYSTÉRIEUSES DES BORNES SACRÉES (BAÏ SÉMA ) DES TEMPLES DE L’ISAN EN THAILANDE.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2016/05/a-213-les-origines-mysterieuses-des-bornes-sacrees-bai-sema-des-temples-de-l-isan-en-thailande.html

Les écrits de Madeleine Colani

Le site de la BNF data.bnf  en enregistre 38 sur les sujets les plus divers, histoire naturelle, botanique, zoologie, paléontologie et surtout préhistoire. Quelques-uns ont été publiés dans le Bulletin de l’école française d’extrême orient et sont donc numérisés. Son œuvre maitresse est évidemment son ouvrage sur « les mégalithes du haut Laos », deux épais volumes publiés en 1935 assortis de milliers de dessins, croquis ou plans. Cet ouvrage nous a permis de découvrir son existence. Il est d'autant plis précieux que de nolbreux sites visités ont été détruits par les guerres.

 

 

Le journal de la Siam society

Il lui a consacré trois articles récents sous la signature de Lia Génovèse :

« Madeleine Colani and the Deprat Scandal at the Geological Survey of Indo­china » (volume 99 de 2011).

«  Listing the Plain of Jars of Laos as World Heritage » (volume 109/2 de 2o21)

« Katherine Routledge and Madeleine Colani: Victorian Trowel Blazers or Honorary Men ? »  (volume 101 de 2023)

Oraisons funèbres

« Le nouveau Laos » du 7 janvier 1943 sous la signature de Georges Coédès.

« L’écho annamite » du 12 juin 1943 sous la même signature

« Le lien de l’église protestante d’Indochine » du 11 janvier 1943 article de G. Bois sous le titre « Le protestantisme et l’Indochine – Mademoiselle Madeleine Colani ».

Sur la famille Colani

Antoine et Timothée Colani sont des figures marquantes dans cette difficile et ardue discipline qu’est la théologie protestante. Les sources qui les concernent sur Internet sont innombrables. Nous y renvoyons, sans les citer, ceux que cette austère discipline intéresserait. Elle n’est pas au centre de nos préoccupations.

Partager cet article
Repost0
9 juillet 2023 7 09 /07 /juillet /2023 02:37

 

Il y a dix ans, son Altesse sérénissime la Princesse Marsi Paribarta  s’est éteinte à l’âge de 82 ans dans sa thébaïde de la petite ville d’Annot entourée de ses animaux, au milieu des lavandes du département des Alpes-de-Haute-Provence. Cette femme hors du commun était née sur les marches du Palais, elle aurait pu devenir Reine de Thaïlande si les circonstances tortueuses de la vie politique avaient été autres. Elle appartenait intégralement la famille royale, proche cousine de feu de Roi Rama IX et de son épouse la Reine Sirikit, elle-même cousine de son époux.  D’une immense culture, elle vivait sans faste dans sa bergerie ayant consacré une partie de sa vie à la peinture, une peinture surréaliste qu’elle exposait de temps à autre dans des galeries de Nice ou de la Côte d’azur où elles recevaient meilleur accueil que dans son département de résidence où la vie culturelle et artistique sont un peu étriquées.
 

 

Nous lui avons consacré plusieurs articles

« HOMMAGE RENDU À LA PRINCESSE MARSI PAR UN AMI QUI L’ESTIMAIT ».

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2015/08/hommage-rendu-a-la-princesse-marsi-par-un-ami-qui-l-estimait.html

A 122 - HOMMAGE A S.A.R. LA PRINCESSE MARSI PARIBATRA (1931-2013), « PRINCESSE DES LAVANDES ».

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/article-a122-hommage-a-s-a-r-la-princesse-marsi-paribatra-1931-2013-119264451.html

A123. La Princesse Marsi Paribatra, Un Parcours Intellectuel Et Artistique Étonnant ! (1931-2013)

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/article-a123-la-princesse-marsi-paribatra-un-parcours-intellectuel-et-artistique-etonnant-1931-2013-119339418.html

Partager cet article
Repost0
21 mai 2023 7 21 /05 /mai /2023 03:27

 

L’intérêt des archéologues français dans la péninsule indochinoise a commencé avec le Vietnam et le Cambodge.

Il faut préciser et ne pas oublier qu’à l’époque de ces pionniers, Le Siam n’avait pas encore été amputé de nombreux territoires. Si le sud du Cambodge avait été accapare par la France en 1866, la partie nord comprenant les sites d’Angkor resta siamoise jusqu’en 1907. Le Laos fut perdu en 1893, annus horribilis pour le Siam puisqu’il y perd la rive gauche du Mékong et une partie de la rive droit en 1904.Qu’on le veuille ou non, ces territoires étaient bien sous la suzeraineté siamoise au sens ou l’entendait le droit internationale de l’époque. De là l’utilisation systématique à cette époque de « Cambodge siamois » ou « Laos Siamois »

 

 

Étienne Aymonier (1844-1929) fut tout à la fois  spécialiste de la langue et de la culture Khmères, capitaine d'infanterie de marine, administrateur en Cochinchine, archéologue, explorateur, chargé de mission scientifique en Indochine, résident de France en Annam en 1886-1887.et de surcroît photographe amateur.

 

 

Le Cambodge est alors  partiellement sous protectorat français. Il est le premier à s’intéresser à la langue et aux sites anciens lassés à l’abandon. En dehors de l‘archéologie, nous lui devons un dictionnaire khmer-français publié en 1878 et de nombreux ouvrages sur le Cambodge dont « Le groupe d’Angkor et l’histoire en 1904 ». Sa détermination dans l’étude de la langue le conduisit à rassembler et à traduire les inscriptions trouvées sur les sites qu’il utilisera pour écrire une histoire du Cambodge. De là le voilà conduit à s’intéresser aux sites anciens du Siam où avaient été repérés des sites khmers. En 1884, il comment à recopier les inscriptions du Wat Bovorrniwet Rachavihan (วัดบวรนิเวศวิหารราชวรวิหาร) et étendra ses investigations jusqu’à la province de Nakon Phathom (นครปฐม). Il émet l’hypothèse qu’il s’agit peut-être du berceau du bouddhisme siamois. Les chercheurs locaux n’y avaient jamais fait de réels travaux d’investigation ? La rénovation du grand chedi avait été effectuée par le roi pour les motifs exclusivement religieux. En 1911 il publie «  Le Cambodge – les provinces siamoises ». Sa description des monuments anciens, depuis Bangkok et Ayuthaya se poursuit en réalité dans tout le pays siamois. Une grande partie de l’ouvrage porte sur l’épigraphie khmère, palie et sanskrite. Le plateau de Korat est détaillé  ainsi que toute la région du nord-est, le Laos alors siamois. Plans, cartes, gravures, photographies, transcription et traduction des inscriptions, l’ouvrage est fondamental. Les photographies nous montrent dans quel état de délabre,ent  il a découvert les sites, ici Phimaï.

 

 

Il avait été précédé par Lucien Fournereau (1846-1906) lui-même explorateur et ethnologue auquel nous devons une longue description des « ruines khmers du Cambodge siamois » (communication à la société de géographie du 16 novembre 1888. Il publie en 1890 « Les Ruines khmères, Cambodge et Siam, documents complémentaires d'architecture, de sculpture et de céramique », intéressant car il comporte plus de 100 planches photographiques. Nous lui devons enfin, publié en 1908 par le Musée Guimet « Le Siam ancien », fondé sur des recherches épigraphiques, assorti de plans et photographies. Sa fin prématurée a malheureusement interrompu la publication des relevés consciencieux et très « architecte », commentés par un texte descriptif scrupuleusement objectif.

 

 

Étienne Lunet de la Jonquières est un militaire envoyé en poste au Tonkin en 1901. Il s’intéresse tant à l’histoire qu’à l’archéologie. Il se lie d’amitié avec Louis Finot, premier directeur de l’École français d’extrême orient, basée à Saigon puis à Hanoi. Il mène alors de vastes explorations archéologique seul ou avec Finot, dont les rapports ont été publiés par le Bulletin de la Commission archéologique de l’Indochine (1909 et 1912) et dont l’Inventaire descriptif des Monuments du Cambodge, traitant de toute la partie orientale du Siam, a paru dans les Publications de l’École Française d'Extrême-Orient (vol. VII, VIII, IX de 1907 à 1909) et réunies en un seul volume en 1912.

 

 

Son soucis de préserver les monuments anciens du Sam en particulier est partagé par le Prince Damrong (พระยาดำรงราชานุภาพ), demi-frère du roi Rama V et son homme de confiance. Lunet sous son égide participera aux recherches archéologiques jusqu’en 1908. En dehors d’un dictionnaire français-siamois en 1904 toujours et encore utile, nous lui devons cet  « Inventaire descriptif des monuments du Cambodge ». Il ne se limite pas à ce qui est aujourd’hui le Cambodge : Le Laos français qui n’est plus siamois depuis 1893 et ce qu’on appelait alors le Laos siamois c’est-à-dire en gros la région actuelle du nord-est de la Thaïlande, plans détaillés, vues cavalières, gravures et photographies des centaines de vestiges, compris les plus modestes, certains à l’état d’abandon aujourd’hui Tout est inventorié sans le moindre oubli, d’une modeste chapelle perdue au milieu des rizières

 

 

... ou le chedi perdu dans la forêt dont il ne subsiste plus que les soubassements.

 

 

Environ trois cent sites, aussi modeste fussent-ils, n’ont pas échappé à sa curiosité.  Il est l’auteur de bien d’autres ouvrages tous d’une grande érudition.

Georges Coedès (1886-1969)  succède en 1918 à Oskar Frankfurter, allemand arrêté en 1917 à la déclaration de guerre du Siam aux puissances centrales à la tête de la bibliothèque nationale du Siam.

 

 

Il est lui aussi lié d’amitié au Prince Damrong, passionné d’archéologie. Les plus importantes de ses études concernant la civilisation du Dvaravati (ทวาราวดี) dont il a dévoilé l’existence au monde savant en 1922.

 

 

Jean Yves Clayes ‘1896-1978) se voir confier certaines recherches par Coedès « L’archéologie du Siam » publié en 1931 dans le Bulletin de l’école française d’extrême orient, une véritable synthèse illustrée de croquis et de photographies et assortie d’une volumineuse bibliographie : Bulletin de l'École française d'Extrême-Orient  Année 1931  n° 31  pp. 361-448

 

 

Pierre Dupont (1908-1955), conservateur au Musée Guimet entreprit plusieurs campagnes de fouilles concernant les sites du Dvaravati.

 

Jean Boisselier (1912 – 1996), fut un historien de l'art français spécialiste des Khmers. Il était membre de l'École française d'Extrême-Orient (EFEO) de 1949 à 1955 et responsable de la restauration d'Angkor. Il mena ensuite des opérations de fouilles en Thaïlande et nous a doté de nombreux articles sur ses découvertes par exemple : « Récentes recherches archéologiques en Thaïlande. Rapport préliminaire de mission (25 juillet-28 novembre 1964) in  Arts Asiatiques 1965 n°  12.

 

 

Bernard-Philippe Groslier (1926-1986), conservateur des monuments d’Angkor fut chargé en particulier de la restauration du site de Phimai et de Phanomrung.

 

 

Ces restaurations sont effectuées actuellement selon le procédé de l’anastylose, la science du relèvement des monuments anciens,  qui consiste à reconstruire un monument à partir de ses ruines, une espèce de puzzle en trois dimensions : le monument est rétabli avec ses propres matériaux, et selon les méthodes de construction propres à chacun que monument. Elle  s'autorise de l'emploi discret et justifié de pièces neuves, en remplacement des pièces manquantes, sans lesquels on ne pourrait remonter les éléments antiques. Par ailleurs, des matériaux nouveaux ont pu être utilisés, le ciment, par exemple, plus adéquat, par son aspect et sa plasticité, à l'esthétique des temples.

 

 

Si nous parlons de ces pionniers, n’ayons garde d’oublier évidemment Auguste Pavie (1847-1925)  dont les 11 volumes de ses comptes rendus de Mission publiés entre 1898 et 1919 de sa plume ou de celle des membres de la mission comporte de nombreuses analyses archéologiques.

 

 

Le général de Beylié (1849-1910) consacra au Siam un chapitre de son ouvrage sur l'Architecture hindoue en Extrême-Orient somptueusement illustré, en 1907.

 

 

Henri Parmentier (1871-1949) fut un spécialiste de l’architecture khmère. Ses communications furent multiples, par exemple « La construction dans l'architecture khmère classique » In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 35, 1935. pp. 243-311.

 

 

Un allemand, Oskar Frankfurter (1852-1922) mérite d’être cité, fondateur de la Siam Society en 1904, allemand d’une profonde érudition, connaissant pali et sanskrit, ce qui le rendait précieux pour les traductions épigraphiques, fut incarcéré à la déclaration de guerre de 1917 puis expulsé du Siam. Il avait commencé à classer l’immense collection des manuscrits palis de la bibliothèque nationale.

 

 

Mais nous sommes au XXIe siècle et l’archéologie thaïe est devenue adulte.

Ne revenons pas sur ce passé !

Les études archéologiques n'ont été entreprises par le Gouvernement siamois que depuis à peine un siècle. Le service chargé de ces recherches fut créé par un édit du roi Rama VI en date du 17 janvier 1924 et les travaux commencèrent l'année suivante. Le roi Rama VII portait portait un très vif intérêt aux questions touchant à l'histoire et à l'art de son pays, mais en fait, c'est son oncle, S. A. R. le Prince Damrong, qui fut l'âme des études historiques au Siam. A l'époque où il était encore ministre de l'Intérieur, le Prince collectionnait déjà, avec une érudition passionnée, les vestiges artistiques qu'il lui était donné de rencontrer au cours de ses tournées. Cet éminent homme d'état, savant autant qu'infatigable, fut la force agissante qui se donna sans compter aux recherches archéologiques. Une organisation homogène groupait, à partir de février 1926, sous la dénomination d'« Institut royal de littérature, d'archéologie et des beaux-arts », la Bibliothèque nationale, le Service archéologique, le Musée et l'ancien Département des Beaux-Arts. La présidence de cette institution fut donnée naturellement à S.A.R. le Prince Damrong. Le 14 novembre 1926, S. M. le Roi Rama VII inaugurait le Musée national. Depuis ce Musée a conquis une place que l'on peut considérer comme l'une des plus importantes parmi les Musées se rapportant à l'Extrême-Orient. Et c'est grâce à la cohésion des services groupés sous le nom d'Institut royal, que l'étude de l'archéologie au Siam a pu, d'un bond extrêmement rapide, prendre cette place prépondérante.

L’immense contribution de nos compatriotes savants, archéologues et architectes en ce XXI siècle  et la collaboration active entre les français et les Thaïs fait l’objet d’un chapitre circonstancié dans l’ouvrage bilingue publié sous l’égide de l’Ambassade de France en 2021, à diffusions malheureusement restreinte « Deux siècles de relations franco-thaïlandaises » - สองศตวรรษแห่งความสัมพันธ์ระหว่างประเทศางฝรั่งเศสและประเทศไทย (ISBN 978-974-641-785-3). La collaboration entre les Français du CNRS en particulier et les universitaires thaïs de l’Université Siiapakorn essentiellement est présentement sans failles.

 

 

SOURCES

 

Les ouvrages ou les articiles que nous citons sont numérisés soit sur le site de la BNF soit sur le site persée.fr. La qualité des photographies du début du siècle dernier n'est pas toujours au rendez-vous

 

Partager cet article
Repost0
14 mai 2023 7 14 /05 /mai /2023 03:59

 

Élément éminent de la vie de cour, la musique occupe une place particulièrement importante dans la stratégie culturelle de Louis XIV, qui, avec la complicité de Lully, en fait un des médias utilisés pour l'établissement de sa gloire aux yeux du monde. La musique semble devenir ainsi un élément de sa diplomatie française, bien qu'il ne soit pas toujours évident de distinguer, au sein des célébrations festives en l'honneur du roi, de sa famille et de ses armées. Si Louis XIV aimait avant tout la guerre, il aimait aussi la musique, la danse, les ballets et les opéras. Elle est alors un élément essentiel de l’identité culturelle du pays à une époque où elle est marquée par la création d'une musique typiquement française, en réaction à la domination musicale italienne sur l'Europe. C'est paradoxalement un Italien, Jean-Baptiste Lully, qui se chargea de cette création originale, fondée sur des formes musicales particulières, le grand motet et la tragédie en musique, et sur un orchestre proprement inouï par sa composition (à cinq, avec trois parties intermédiaires) et par ses effectifs, luxe que peu d'autres princes européens pleuvaient s'offrir. Elle porte en elle la majesté du roi Soleil.

 

 

Elle est omniprésente pour les bals et les spectacles. Ceux-ci s'inscrivent dans la catégorie des événements exceptionnels qui ne sauraient se passer de musique : Te Deum à la Cour ou dans les cathédrales qui disent la cohésion de la monarchie autour de son roi, à l'occasion d'une victoire militaire, d'une naissance principale ou d'une guérison royale ; de profundis pour les funérailles des grands ; cérémonies religieuses liées au sacre du roi, au mariage ou aux funérailles des rois et de leur famille. Les fêtes profanes qui suivent ces cérémonies dynastiques sollicitent la nouvelle musique mais le succès repose autant sur le spectacle, mise en scène et décors. Ces festivités, religieuses ou profanes, sont largement ouvertes aux étrangers, elles doivent les impressionner pour qu'ils rapportent chez eux l'écho de la grandeur de la France. C'est plus encore le cas lorsque ces étrangers sont des souverains ou des ambassadeurs.

 

 

Quel fut l’impact de cette politique sur les rapports avec le Siam ?

Les programmes musicaux proposés aux ambassadeurs siamois lors de leur visite, intéréssèrent-ils Kosa Pan,  le principa;l qui semble avoir été un mélomane consommé. Bref, la musique fut un élément parmi d'autres dans les spectacles destinés à les éblouir. À ce titre, elle joua sans doute son rôle dans l'image valorisante d'une France glorieuse et puissante.

 

 

Les voyageurs de cette époque et évidemment les membres de nos deux ambassades eurent de leur côté une visions mitigée de la musique siamoise qu’ils eurent tout loisir d’écouter à suffisance. Ne revenons pas sur ce sujet que nous avons abordé dans un article déjà ancien (Is 30- La musique traditionnelle thaïlandaise vue par les voyageurs : https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/article-is-30-la-musique-traditionnelle-thailandaise-vue-par-les-voyageurs-85320934.html)

Tous ont noté qu’ils jouent d’instinct et ne savent pas la noter. Une simple citation suffira extraite de l’énorme « Essai sur la musique ancienne et moderne » de  Jean-Benjamin de La Borde de 1780, tome I en son chapitre  « Musique des Siamois » « Quoiqu'un peu mélancolique ce peuple aime assez la joie : souvent il fait des courses sur la rivière, et les rend fort agréables par des concerts de voix, d'instruments, des battements de main qu'il fait en cadence. Celui de tous les instruments siamois qui peut plaire  davantage, rend un son à-peu-près semblable â celui que rendraient ici deux violons d'un parfait accord que l’on toucherait en même teins. Mais il n'y a rien de plus désagréable que le diminutif de cet instrument, qui est une espèce de violon à trois cordes de fil d'archal. Leurs trompettes de cuivre ressemblent assez par le son qu'elles rendent aux cornets dont nos paysans se fervent pour appeler leurs vaches. Leurs flûtes ne font guère plus douces, ils font d'ailleurs un carillon avec de petites clochettes qui réjouit assez quand il ne se mêle point au son de leur tambour d'airain qui désole ceux qui n'y font point accoutumés. Ils ont aussi un tambour de terre qui ne fait pas tant de bruit : c'est un pot de terre bien cuite, qui a une gueule longue et fort étroite, mais qui n*a point de fond, ils le couvrent d'une peau de buffle, et le battent avec la main de telle manière qu'il leur sert ordinairement de basse dans leurs concerts. Ils n'ont pas la voix désagréable et on ferait assez satisfait si on pouvait leur entendre chanter la chanson suivante.

 

 

Nous avons souvent dit que l’œuvre de Simon de La Loubère, « Du royaume de Siam » datée de 1691 est une source irremplaçable pour la  connaissance de ce pays en cette fin du XVIIe siècle. Il nous dit succinctement tout en dénigrant d’ailleurs la musique siamoise« Le roi de Siam entendit sans se montrer plusieurs d’air de violon de nos opéras et l’on nous dit qu’il ne les avait pas trouvé d’un mouvement assez grave ».

 

 

Il est probable qu'il s'agissait de mouvements instrumentaux d'œuvres de Lully, dont la nomination royale et le monopole de l'opéra auraient alors influencé les choix musicaux des ambassadeurs de Louis XIV au Siam. Surintendant de la musique de la Chambre du roi,  en 1661, il avait obtenu le monopole du théâtre en musique. Sa carrière était à son apogée et il éclipsait grâce à son monopole tous les autres compositeurs aussi talentueux fussent-ils. Curieusement, le musicologue norvégien K. Skyllstad, a publié en 1987 une étude « Barokken – Et universelt fenomen ? », Le baroque, un phénomène universel, faisant un parallèle singulier entre l'opéra baroque français et la musique dramatique siamoise, utilisant les visites de diplomates français et siamois dans leurs pays respectifs comme fil conducteur et se concentrant sur l'idée d'universalité dans l'esthétique et l'expression musicales. Soit ! Il existe des lacunes dans la connaissance de la musique siamoise ancienne, principalement parce que toutes les archives siamoises de l'ancienne capitale Ayutthaya ont brulé lorsque la ville a été saccagée et détruite au cours de l’invasion birmane de 1767, événement qui marqua la chute du royaume d'Ayutthaya.

 

 

Ne revenons pas sur l’histoire de ces ambassades respectives. Nous savons par le journal de voyage de l’abbé de Choisy de 1685 que la musique tenait une grande place à bord, le voyage est long sur la frégate l'Oiseau, on meurt d’ennui, et a fréquemment mentionné la création musicale qui avait lieu à bord : trompettes animant les repas ou danses au son du violon. Il affectionnait la compagnie d’Étienne Manuel des Missions étrangères « Il a une voix fort belle et il sait la musique comme Lully ».

 

 

Ils chantaient des airs de dévotion, probablement des airs composés par François Berthod publiés sous le titre « livre d’airs de dévotion » entre 1656 et 1662.   

 

 

Choisy ajoute « peut-être ne me croirez-vous pas que la petite musique que je connais m'aide avec la prononciation de la langue siamoise », se référant évidemment à son apprentissage des cinq tons de la phonétique siamoise. Le père Tachard  fait également référence au fait qu'au cours du voyage, les Jésuites à bord de l'Oiseau disaient la messe tous les jours, en plus de chanter les Vêpres pour les dimanches et jours de fêtes; trois fois par semaine, un jésuite dirigeait un exercice de catéchèse qui se terminait avec un cantique spirituel chanté par deux matelots avec de bien belles voix, auxquelles la compagnie se joignait. Lors de la réception de l’ambassadeur de Chaumont, celui-ci commente l’accompagnement musical « Il y avait beaucoup d’instruments comme trompettes, tambours, timbales, musettes, des manières de petites cloches, et de petits cors dont le bruit ressemblait à ceux des pasteurs en France. Toute cette Musique faisait assez de bruit… »

 

 

 

Le roi Narai décida d’envoyer à son tour une ambassade en France quand Chaumont et Choisy amorçaient leur retour en France composée de quatre mandarins et huit nobles de haut rang. Lorsque cette ambassade arriva en France  à Brest le 18 juin 1686, les Français firent de  leur mieux pour reproduire les coutumes siamoises en accueillant leurs distingués visiteurs. Chaumont fut alors interrogé sur la nature exacte de son accueil au Siam, ses observations sur les processions et trompettes et tambours siamois. L'ambassade resta en France jusqu'au 1er mars 1687; Elle fut largement suivie par Jean Donneau de  Vizé dans le Mercure galant.

Ils furent accueillis à grand renforts de prestations musicales depuis Brest jusqu’à Paris. Ce fut la réception la plus spectaculaire que le Roi Soleil ait jamais accordé à une ambassade pendant son long règne pour que les siamois aient une idée exaltée de Sa grandeur. Au lieu que l'ambassade soit reçue dans le salon d’Apollon devant le roi et un groupe restreint de personnes, comme il était d’usage, elle fut reçue dans la Galerie des glaces devant une foule immense. Trompettes et tambours étaient censés présenter une homologie entre les traditions culturelles, qui avaient été observés à la Cour siamoise. Beaucoup de pièces ont très probablement été jouées ce jour-là, avant et après l'audience. Michel-Richard de Lalande est connu pour avoir  composé deux pièces intitulées « Entrée des Siamois » et « Air des Siamois » qui ne sont pas perdues.

 

Le 24 septembre 1686, les ambassadeurs siamois rencontrèrent Jean-Baptiste Lully et ils le supplièrent de dîner avec eux, ayant entendu parler de l'estime dont le roi l’honorait. C’est ainsi que Lully prit contact avec le Siam. Ils assistèrent à l’opéra Acis et Galatée,

 

 

et purent féliciter Marie Le Rochois, cantatrice préférée de Lully.

 

 

Ils assistèrent à une représentation de l'opéra Armide, toujours de Lully.

 

 

Ils visitèrent aussi de nombreuses églises et assistèrent à des concerts de musique sacrée. Curieux de tout, ils entendirent des violons à Dunkerque jouer un air « Folie d'Espagne », un classique de la musique baroque mais nul ne peut leur donner les raisons de ce nom.

 

 

Les ambassadeurs assistèrent encore à un concert organisé par le luthiste qu’ils vantèrent comme le meilleur luthiste parmi les nombreux qu'ils avaient entendus en France.

L'ambassade de France au Siam de 1687 transportait un total de  1361 personnes sur six navires ; L'un de ces navires, le Gaillard, transportait  74 passagers, dont des musiciens, parmi lesquels figurait l'adolescent André Cardinal Destouches qui devint plus tard célèbre. Nous en reparlerons. Tous ces voyageurs emportaient avec eux des partitions dont les titres n’ont pas été identifiés, probablement les succès les plus récents de Lully ?

Un autre navire, l'Oiseau, transportait de nombreux instruments de musique, dont un grand et un petit orgue, peint et sculpté … Un clavecin peint, deux basses de viole. Un petit organe  ou clavecin avec son soufflet attaché… etc…. en dehors des instruments astronomiques et des objets destinés au culte.

Fait intéressant, la musique siamoise a été transcrite, puis publié et diffusé en Europe par Nicolas Gervaise (Histoire naturelle et politique du royaume de Siam, paru en 1688). Il comprend la première notation connue d’une musique imprimée en en Europe, la chanson « Sout Chai ».

 

 

Celle de La Loubère intervint deux ans plus tard.  

 

 

Outre la remise d'instruments et l'échange d’informations musicales ces contacts entre la France et le Siam a donné lieu à des discussions sur les matériaux utilisés dans la construction d'instruments. En 1687, l'Académie Royale des  sciences examina l’or amené en France par l'un des navires arrivés l'année précédente. Le compte rendu de cette réunion scientifique rapporte que « en parlant de différents types d'or, Monsieur L'Abbé Galloys dit que l'or du Siam est plus flexible et moins susceptible de se casser que le nôtre ; le son des cordes de clavecin qui sont faites d'elle » (Mémoires de l’Académie des sciences de l’Institut de France (1687), in Histoire de l’Académie Royale des Sciences depuis 1686 jusqu’à son renouvellement en 1699 - Paris, 1733 II, p.13.)

 

La haute densité de l'or signifiait que les cordes fabriquées à partir de ce métal sonnaient plus bas que des cordes de même longueur en alliages de cuivre ou de fer; donc la longueur dans un clavier  pourrait être considérablement réduite.  Les cordes en or étaient naturellement prestigieuses mais couteuses donc probablement relativement rare mais nous ne savons pas combien d'or siamois a été utilisé dans de cette façon. Giovanni Battista Doni, grand théoricien de la musique italienne recommandait l'utilisation de l'or des Indes espagnoles (Compendio del trattato de generi et de modi della musica, Rome, Fei, 1635).  

D’autres artisans européens se sont aussi penché sur le potentiel d'autres métaux de la péninsule dans la construction d'instruments de musique, et certains eurent un usage durable. Dom François Bédos de Celles a discuté de l'utilisation de l'étain de Malacca et Siam dans son célèbre traité de construction d'orgues : L’art du facteur d’orgues (Paris, 1766–8).

 

En 1828, Samuel Frédéric Gray note que « l'étain de Malacca, importé des Indes orientales… est considéré comme le plus pur ainsi que celui du Siam pour être utilisé dans la fabrication de tuyaux d'orgue et d'autres beaux travaux » in : « The operative chemist: being a practical display of the arts and manufactures which depend upon chemical principles »

.

La Société des Missions Étrangères avait installé ses orgues dans ses propres églises : François Henri Turpin publia  en 1771 une histoire du royaume de Siam et nous dit « l'orgue est l’instrument  préféré car c'est celui  qui fait le plus de bruit, et afin d'avoir le plaisir de l'entendre, les Siamois viennent avec volonté à l'église des chrétiens. Beaucoup ont appris l'art d'en jouer, juste en ayant entendu régulièrement. Ils apprennent aussi facilement le chant; mais à peine ai-je encore vu une voix passable; et je ne sais si dans tous ces royaumes ici il y en a une qui puisse être admise à la musique de Notre Dame de Paris, sur tout pour y servir de basse … »

 

 

L'impact de ces échanges franco-siamois nous a valu au moins deux pièces amusantes de la littérature française de l'ancien régime contenant une critique réflexive de la société française et les mœurs à travers les yeux d'un personnage réel ou imaginaire. Nous avons précédemment découvert celui de Charles- Rivière Dufresny qui date de 1699  (Voir notre article En 1699 A 227 - LE « VOYAGEUR SIAMOIS » VISITE PARIS EN 1699 EN COMPAGNIE D’UN PETIT COUSIN DE LOUIS XIV

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2017/06/a-227-le-voyageur-siamois-visite-paris-en-1699-en-compagnie-d-un-petit-cousin-de-louis-xiv.html)

Nous devons à Voltaire pour sa part dans ses « Dialogues et entretiens philosophiques », dont la première édition semble être apparue en 1784, un bref dialogue « André Destouches à Siam », dialogue entre le musicien Destouches, qui participa à la seconde ambassade de 1687 et un fonctionnaire siamois nommé Croutef ? Ne citons que le début et la fin, elles concernent la musiqué et nous y avons l’opinion de Voltaire à la fois sur la musique de Destouches (donc sur celle de Lully) et sur la musique siamoise.

« André Destouches était un musicien très agréable dans le beau siècle de Louis XIV, avant que la musique eût été perfectionnée par Rameau, et gâtée par ceux qui préfèrent la difficulté surmontée au naturel et aux grâces.  Avant d’avoir exercé ses talents il avait été mousquetaire; et avant d’être mousquetaire, il fit, en 1688, le voyage de Siam avec le jésuite Tachard, qui lui donna beaucoup de marques particulières de tendresse pour avoir un amusement sur le vaisseau; et Destouches parla toujours avec admiration du P. Tachard le reste de sa vie ». 

Notons que si l’existence de Destouches à bord est une certitude, Tachard n’y fait pas allusion et Destouches n’a laissé aucun écrit.

 Croutef : … « on était beaucoup plus dévot à Sammonocodom et à son éléphant que dans nos jours, où tout le monde se mêle de prétendre au sens commun avec une indiscrétion qui fait pitié. Cependant tout va; on se réjouit, on danse, on joue, on dîne, on soupe, on fait l’amour: cela fait frémir tous ceux qui ont de bonnes intentions ». 

André Destouches : « Et que voulez-vous de plus ? Il ne vous manque qu’une bonne musique. Quand vous l’aurez, vous pourrez hardiment vous dire la plus heureuse nation de la terre ». 

 

 

Apparemment son voyage au Siam n’a pas eu la moindre incidence sur sa fulgurante carrière musicale ?

Nous savons qu’il fut baptisé le 6 avril 1672, fils d’une riche famille de la bourgeoisie parisienne. Il fit ses études au Collège de jésuite Louis le Grand  ainsi que tous les garçons de bonne famille. Il a pour professeur le père Tachard qui l’emmène avec lui lors de la seconde expédition de mars 1687. Il servait probablement enfant de chœur et servait les messes de tous les prêtres mais nous ignorons qu’elles furent ses occupations pendant le voyage d’aller, lors de son séjour  et lors du voyage de retour. Ces voyages, à en croire le père Tachard, fut épouvantable et tous les passagers subirent les pénibles désagréments de la mer. Rien ne le destinait à la prêtrise et encore moins aux missions danse les terres lointaines. A son retour, il entra dans l’armée, nous ignorons dans quelles conditions. Nous savons qu’il participa au siège de Namur en 1692 mais préféra rapidement le son du violon au brut du canon. Il connait déjà la musique du fait de ses études, l’enseignement des jésuites y inclut l’étude de la musique. Il étudie sous la direction de Campra et entame sa carrière musicale qui le conduira au poste prestigieux de surintendant de la musique. Nous connaissons quelques aspects de sa vie par ses dossiers qui se trouèrent au hasard de successions aux archives de la  bibliothèque municipale d’Arles. Elles ont été étudiées par L.G. Pelissier dans un fort bel article « Famille, fortune et succession d’André Cardinal Destouches »  publié dans les « Mémoires de la société de l’histoire de Paris », tome 26 de 1899. Nous n’y découvrons ni musique ni Siam. Il apparait comme un homme gérant scrupuleusement sa fortune. Il vivait licencieusement et fréquentais de mauvaises compagnies et aurait été impliqué dans une sombre affaire d’escroquerie ? Il se montre désagréablement chicanier.  Le testament de son père est daté de 1692 et il manifeste de la défiance à son égard. Nous sommes loin  de la pieuse légende qui en fait un « ancien missionnaire au Siam »

 

 

Indéniablement présente dans ces relations bilatérales, qu'elle fut en réalité la place de la musique ? Elle vient flatter l'ouïe lors des événements majeurs, mais alors on la retient moins que les décors ou les costumes. En tant que cadeau diplomatique ? Une partition, aussi splendidement se réalise soit-elle, pourrait-elle jamais lutter avec un tableau, une sculpture ou tout autre objet d'art. Bref, la musique est un élément parmi d'autres dans les spectacles destinés à éblouir les étrangers. À ce titre, elle joua sans doute son rôle dans l'image valorisante d'une France glorieuse et puissante, mais il est douteux qu'elle ait pu jamais faire emporter une décision diplomatique.

 

Partager cet article
Repost0
7 mai 2023 7 07 /05 /mai /2023 04:05

 

Nous avons souvent ouvert nos colonnes à nos très érudits amis de l’Association internationale des collectionneurs de timbres-poste du Laos en particulier Philippe Drillien et son épouse Dominique et Jean-Michel Strobino, l’infatigable érudit niçois. Leur activité qui ne se limite pas à ces vignettes nous offre le fruit de recherches concernant au moins pour partie le nôtre tant l’histoire et la culture de l’ancien Siam sont étroitement liés à l’ancien Laos. Ainsi en est-il de Jean-Michel Strobino dont nous avons partagé les découvertes « au fil du Mékong », découvertes in situ, de monuments ou lieux de souvenirs perdus de vue mais aussi de pionniers oubliés de cette épopée coloniale. En voici la liste (1)

Le personnage dont il a purement et simplement découvert l’œuvre et l’existence est un photographe français. La photographie a été introduite en Asie dès les années 1840, et plus largement à partir des années 1850, dans le sillage des conquêtes occidentales. Elle fut dans un premier temps pratiquée par des opérateurs européens qui vont ensuite transmettre leur technique et former des opérateurs locaux. Il faudra attendre les années 1970, et beaucoup de recul pour que les historiens s’y intéressent et lui redonnent sa place dans l’histoire mondiale de la photographie.

Nous reproduisons l’article relatant cette découverte avec son amicale autorisation. Il nous livre quelques explications sur l’exploitation de forêts de tek par les concessionnaires occidentaux et surtout de magnifiques photographies provenant des exploitations de tek dans le nord de la Thaïlande.  Laissons-lui la parole au bénéfice de quelques observations préalables

 

Observations préliminaires

 

Sur le teck de Thaïlande (ต้นไม้สัก tonmaisak)

 

Le teck se trouve surtout dans les provinces du nord de la Thaïlande, Chiang Mai (เชียงใหม่), Chiang Rai (เชียงราย), Lamphun (ลำพูน), Lampang, (ลำปาง), Phrae (แพร่) et Nan (น่าน). Phrae est la province la plus réputée pour ses bois précieux. Il en est d’autres, citons les pour mémoire, une liste non limitative : Le Pradu (ไม้ประดู่), le Daeng ไม้แดง, le Makha (ไม้มะค่า), le Tabaek (ไม้ตะแบก) et bien d'autres. Tout est dit et aussi bien dit que remarquablement illustré sur le site de notre ami Jean de la Mainate dont l’érudition est sans failles

https://www.merveilleusechiang-mai.com/teck-le-a-teack-a-360536573609362636333585-tone-sak

 

 

Sur son exploitation

 

Nous trouvons cette longue histoire détaillées dans l’incontournable « Directory for Bangkok and Siam – 1914 » dans le chapitre « Forest law » sur https://archive.org/details/bangkoksiamdirec1914bank.

 

 

Elle concerne le premier tiers du siècle dernier, celui où opérèrent nos pionniers. Elle ne fut sérieusement réglementée qu’à partir de 1896 sous l’égide d’un fonctionnaire de l’administration britannique des Indes, M. H. Slade, officier de l'Imperial Forest Service des Indes, qui fit prendre diverses diverses mesure pour protéger les précieuses propriétés forestières du gouvernement :

La création d'un département des forêts, avec un personnel initialement européen recruté autant que possible dans le service forestier impérial et provincial de l'Inde et de la Birmanie, dont la tâche non la moindre était  la formation de jeunes siamois sélectionnés avec en vue de pourvoir à l'avenir des postes de responsabilité au sein du Ministère.

La promulgation au fil des ans de divers arrêtés royaux par Sa Majesté, prévoyant une meilleure protection et un meilleur contrôle des forêts, et interdisant absolument tout travail sauf en vertu d'un bail.

 

Sur l’East Asiatic Company

Voir https://en.wikipedia.org/wiki/EAC_Invest_A/S

 

 

L’activité de nos deux pionniers se situe partiellement au cœur de cette Compagnie danoise. Elle a été créée à partir d'Andersen & Co., une société que Hans Niels Andersen et son collègue, le capitaine Peter Andersen, ont créée à Bangkok en 1884. Les activités de la société comprenaient le commerce et l'expédition de teck et sont également devenues plus tard le propriétaire de l'hôtel Mandarin Oriental à Bangkok. Elle est toujours en activité sous forme d’une holding tentaculaire.

 

 

Il en reste un vestige historique dans le nord de la Thaïlande avec le Musée du teck (พิพิธภัณฑ์ไม้สัก - Phiphitthaphan maisak) situé dans la province de Phrae. Les bâtiments du musée servaient de bureau à l'entreprise et de logement pour les cadres et officiers pendant sa concession de teck. Le musée expose également des photos de l'histoire du travail du bois et des équipements utilisés et exportés dans le passé. Le site Internet du Musée (en thaï) donne d’intéressantes précisions et quelques bonnes photographies non attribués :

https://www.museumthailand.com/th/3536/storytelling/พิพิธภัณฑ์ไม้สัก/

 

 

 

 

Jean-Michel Strobinoe : Félix AGASSIZ : sur la piste d’un photographe français oublié

En 2013 j’ai eu le plaisir de faire connaître en France la vie singulière de Peter Hauff à travers une notice biographique intitulée «Peter HAUFF (1873–1951) - Les aventures d‘un marchand norvégien en Indochine au début du XXe siècle» :

https://www.academia.edu/11781072/Peter_HAUFF_1873_1951_un_pionnier_du_Laos
 

 

Ce travail a été rendu possible grâce la collaboration active de Fleur Brofos Asmussen, sa petite-fille avec qui je suis toujours en contact et qui m’a beaucoup aidé dans mes recherches. Elle a eu la gentillesse de me faire partager ses souvenirs en mettant à ma disposition de nombreuses photographies de famille ainsi que le manuscrit -jamais publié à ce jour- des mémoires indochinoises de son grand-père.

En relisant récemment ce récit passionnant, un passage a attiré mon attention. En 1903, la maison de négoce Denis Frères de Saigon vient de signer un important contrat d’achat de bois de teck auprès du vice-roi de Luang Prabang. Elle confie à Peter Hauff, fort de sa grande connaissance de la région et de la navigation sur le Mékong, le soin d’organiser le convoyage des troncs (environ 1.200) sur le grand fleuve jusqu’à Saigon. (Fig.1 et 2)

 

 

Après bien des péripéties, les billes de teck arrivent aux chutes de Khone où Peter Hauff supervise leur franchissement dans la passe de Sadam, l’un des innombrables bras que forme le Mékong à cet endroit avant de se fracasser en cascades quelques dizaines de mètres en contrebas. Cette opération délicate nécessite deux mois entiers de travail, d’octobre à novembre 1903, durant lesquels Peter est contraint de vivre dans une cabane de bambou qu’il s’est construite à l’extrémité sud de l’île de Sadam (Don Sadam).

Lors de ce séjour forcé, il rencontre deux voyageurs danois qui souhaitent visiter les différentes chutes alentour. Messieurs Vilhelm Guldberg et Jørgen Fenger effectuent un voyage de reconnaissance du Mékong laotien pour le compte de l’East Asiatic Company (en danois Det Østasiatiske Kompagni ou ØK), une importante société danoise de transport maritime et de négoce de bois (Fig.3 à 7).

Peter Hauff accepte volontiers de  leur servir de guide à travers ce site grandiose. (Fig.8 et 9)

 

Voici précisément ce que Peter Hauff écrit dans son journal au sujet de cette rencontre :

« Alors que je séjournais à Don Sadam, je reçus la visite de deux voyageurs danois, messieurs Guldberg et Fenger de la East Asiatic Company de Bangkok, qui voyageaient pour leur plaisir et étaient accompagnés d’un photographe français, monsieur Azassiz, que j’avais déjà eu l’occasion de rencontrer à Singapour. »

Poussé par la curiosité, j’ai cherché à en savoir plus sur ces trois personnages qui ont croisé l’espace d’un instant la route de Peter Hauff. Si j’ai pu trouver assez facilement certains éléments biographiques concernant les deux voyageurs danois, j’ai par contre rencontré plus de difficultés à obtenir des renseignements sur ce photographe français dont je n’avais jamais entendu parler auparavant. (Fig.10)

 

C’est en fait le hasard (on dit qu’il fait parfois bien les choses !) qui m’a mis sur sa piste.

Au mois de mars 2022, j’ai reçu un message de Monsieur Antoine Hiemisch, responsable du fonds ASEMI (Asie du Sud-Est et Monde Insulindien) de la bibliothèque Lettres, Arts, Sciences humaines de l’Université Nice-Côte d’Azur. Hébergé par cette dernière depuis 1988, le fonds ASEMI est constitué d’une précieuse collection de plus de 20.000 documents dont près de 10.000 issus de l’ancien Musée des colonies, 6.000 photographies prises entre 1860 et 1960 et un millier de cartes et plans. L’aire géographique couvre de nombreux pays : Vietnam, Cambodge, Laos, Inde, Chine, Japon, Corée, Philippines, Indonésie, Madagascar… En raison de leur importance pour l’histoire coloniale française, les documents du fonds ASEMI ont reçu le label « Collection d’excellence pour la recherche ». Depuis 2019, une bonne partie de ces photos a été numérisée et mise en ligne progressivement sur la bibliothèque numérique de l'université :

https://humazur.univ-cotedazur.fr/

Monsieur Hiemisch venait d’être contacté par un chercheur danois travaillant sur l'histoire de l'East Asiatic Company au Siam qui s’était connecté à la bibliothèque numérique de l’Université pour y consulter un album de photographies anciennes sur les activités au Siam et au Laos de la société danoise. Aucun élément dans l’album ne permettant d’identifier son propriétaire ni l’auteur des clichés, le Danois suggérait qu’il pouvait avoir appartenu à Peter Hauff.

Monsieur Hiemisch qui ne connaissait pas Peter Hauff auparavant, se lance alors dans des recherches sur internet et découvre l’existence de mon article (encore le hasard…). Constatant que nous résidions dans la même ville (toujours le hasard…), il me contacte et nous ne tardons pas à nous rencontrer à la bibliothèque pour que je puisse examiner le document et son contenu en détail.

Quel plaisir de parcourir les 54 planches de ce magnifique album et étudier chacune des 350 photographies exceptionnelles qui le composent ! L’ouvrage numérisé est consultable sur :

http://humazur.univ-cotedazur.fr/omeka-s-dev/s/humazur/ark:/17103/2tpf

L’album retrace dans l’ordre chronologique le voyage effectué en 1903 par Messieurs Guldberg et Fenger pour le compte de l’East Asiatic Company qui leur avait confié la mission de réaliser un reportage les activités au Siam de la compagnie et de rechercher de nouveaux marchés pour ses produits et services. On suit leur parcours depuis Bangkok en remontant la rivière Chao Phraya, jusqu’aux forêts de tecks du nord du Siam où ils séjournent dans les exploitations de l’East Asiatic Company. Ils arrivent ensuite sur les bords du Mékong et redescendent son cours à travers tout le Laos jusqu’à Khone à l’extrême sud du pays, après avoir visité en chemin Luang Prabang, Pak Lay, Vientiane, Savannakhet et Paksé.

Les clichés sont d’une qualité remarquable et d’une grande valeur tant pour leur intérêt historique que par la richesse des sujets abordés : vie quotidienne dans les exploitations de teck, éléphants au travail, portraits de populations locales, scènes de transport fluvial par pirogues, vues inédites de chaloupes à vapeur des Messageries fluviales de Cochinchine : La Grandière, Trentinian, Garcerie, scènes de paysages le long du Mékong laotien : grotte de Pak Ou, marché à Luang Prabang, Vientiane, rapides de Khemmarat, chutes de Khone. (Fig.11 à 24)

 

 

Contrairement à l’hypothèse émise par le chercheur danois, je ne pense pas que l’auteur des photographies de l’album soit Peter Hauff mais plutôt le photographe français qu’il évoque dans son récit, recruté par les deux voyageurs danois pour assurer le reportage photographique durant leur périple. Il est par contre encore difficile de savoir à qui appartenait l’album (Azassiz, Guldberg, Fenger, Hauff ou quelqu’un d’autre ?), ni comment il a pu arriver dans les collections du fonds ASEMI. J’ai été très étonné de constater que plusieurs clichés de l’album étaient identiques à certains que Fleur Brofos Asmussen avait retrouvés dans la collection de son grand-père et avait mis à ma disposition pour illustrer ma notice biographique. Je pense qu’il pourrait s’agir de tirages que le photographe aurait offerts à Peter Hauff en souvenir de leur rencontre à Khone et en remerciement de l’aide apportée sur place.

Après avoir examiné en détail ces magnifiques photographies, j’étais curieux d’en savoir plus sur leur auteur, cet étrange «Monsieur Azassiz», tel qu’il est orthographié dans le manuscrit de Peter Hauff. Malheureusement, toutes les recherches que j’effectuais à ce nom restaient infructueuses. J’en ai alors déduit que Peter Hauff n’avait sans doute pas retranscrit correctement le nom du photographe…

Et puis le hasard (toujours lui !) m’a permis de découvrir un livre fort bien documenté sur l’histoire des débuts de la photographie à Singapour, écrit par John Falconer : A VISION OF THE PAST, A history of early photography in Singapore and Malaya : The photographs of G.R. Lambert & Co., 1880-1910 (Times Editions, Singapour, 1987). (Fig.25)

A la fin de l’ouvrage, un index alphabétique répertorie tous les photographes qui ont exercé à Singapour et en Malaisie de 1813 à 1914. En parcourant attentivement les noms de cette liste, j’ai eu la surprise d’en trouver un qui ressemblait de très près à Azassiz, un certain F. Agassiz qui, entre 1895 et 1897, a été photographe-assistant à Singapour chez G.R. Lambert & Co., le plus célèbre studio photographique de l’époque et éditeur de cartes postales (Fig.26 et 27), puis propriétaire de son propre atelier, The Photographic Studio, de 1898 à 1905. (Fig.28)

 

 

Les coïncidences de dates, lieux et activités professionnelles sont trop nombreuses pour ne pas croire que F. Agassiz est bien cet Azassiz décrit par Hauff. Pour autant, même après avoir retrouvé l’orthographe exacte du nom, il n’a pas été facile d’obtenir plus de renseignements sur ce photographe méconnu.

Mon ami William Gibson, grand spécialiste de l’Indochine, auteur, artiste, chercheur associé à la Bibliothèque nationale de Singapour et membre de notre association, que j’ai questionné à ce sujet m’a répondu qu’il n’avait jamais entendu parler de ce photographe auparavant. Les recherches qu’il a effectuées pour moi dans les collections de photographies sur Singapour au XIXe siècle ne lui ont pas permis de trouver des clichés d’Agassiz. Son nom ne figure pas dans l’ouvrage The Directory & Chronicle for China, Japan, Corea, Indo-China, Straits Settlement…, pour les années 1880 à 1900, pas plus que dans The French in Singapore: An Illustrated History - 1819-today (Didier Millet Pte. Ltd., Singapour, 2012).

William a néanmoins réussi à retrouver quelques rares articles concernant le photographe parus dans la presse locale de l’époque. On y apprend que son prénom était Félix, que son studio photographique était situé 56 Hill street, à l’angle de Stamford Road, et qu’il était spécialisé dans les portraits et les scènes de paysages. Parallèlement à la photographie, il avait investi dans des opérations d’extraction minière dans la vallée de Sungei Kerpan, à proximité de Lipis en Malaisie continentale, mais avait rapidement dû abandonner le projet qui ne s’est pas avéré être une bonne affaire. Un avis de décès paru dans l’hebdomadaire The Singapore Free Press and Mercantile Advertiser du 14 Février 1907 indique qu’il est mort le 11 février 1907 à l’hôpital de Singapour.

L’histoire de ce photographe encore bien mystérieux s’arrête ici pour le moment, faute de n’avoir pu trouver plus d’informations à son sujet. Espérons que le hasard, une nouvelle fois, nous permette de découvrir d’autres pistes de recherches…

Jean-Michel Strobino (numéro 131 de Philao,  2e trimestre 2023).

Numérisé :

https://www.academia.edu/9626874/Félix_AGASSIZ_sur_la_piste_laotienne_d_un_photographe_français_oublié

 

Les articles de Jean- Michel Strobino concernan le Laos se retrouvent sur

https://independent.academia.edu/STROBINOJeanMichel

 

La contribution de Jean-Miche Strobino à notre blog :

Aménagement du chemin de fer sur le cours du Mékong

Invité 1- LAOS : LE CHEMIN DE FER DES CANONNIÈRES. Un Article De Jean-Michel STROBINO.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2015/05/invite-1-laos-le-chemin-de-fer-des-canonnieres-un-article-de-jean-michel-strobino.html

Réhabilitation de la sépulture d’Henri Mouhot, découvreur d’Angkor.

INVITÉ 2 - HISTOIRE DE LA SÉPULTURE D’HENRI MOUHOT ET DE SON MONUMENT FUNÉRAIRE 1861-1990

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2015/07/histoire-de-la-sepulture-d-henri-mouhot-et-de-son-monument-funeraire-1861-1990.html

INVITÉ 2 (SUITE) - LE MONUMENT FUNÉRAIRE D’HENRI MOUHIOT VU PAR LE « BANGKOK POST »… RENDONS DONC Á CÉSAR CE QUI APPARTIENT A CÉSAR

La cartographie ancienne de la région

A 336 - LE LAOS, CARTES SUR TABLE. UN ARTICLE DE JEAN-MICHEL STROBINO

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2019/10/a-336-le-laos-cartes-sur-table.article-de-jean-michel-strobino.html

Un pionnier méconnu

A 191 – LE COMMANDANT JULES DIACRE (1864 – 1903) UN HÉROS OUBLIÉ DU MÉKONG.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2015/08/a-191-le-commandant-jules-diacre-1864-1903-un-heros-oublie-du-mekong.html

Monuments retrouvés : Le monument commémoratif du naufrage du La Grandière La tombe du caporal Jean Dumont

NOUVELLES TROUVAILLES AU FIL DU MEKONG - PAR JEAN-MICHEL STROBINO

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2016/01/nouvelles-trouvailles-au-fil-du-mekong-par-jean-michel-strobino.html

Le temple de Thatphanom

DES HOLLANDAIS DU WAT PA KE DE LUANG PRABANG AUX HOLLANDAIS DU TEMPLE DE THAT PHANOM EN ISAN (NORD-EST)

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2017/06/des-hollandais-du-wat-pa-ke-de-luang-prabang-aux-hollandais-du-temple-de-that-phanom-en-isan-nord-est.html

Gastronomie

INSOLITE 8 - KHAÏ PHAEN : SPÉCIALITÉ GASTRONOMIQUE DE LUANG-PRABANG ET DÉLICE SUR LES DEUX RIVES DU MÉKONG.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2016/12/insolite-8.khai-phaen-specialite-gastronomique-de-luang-prabang-et-delice-sur-les-deux-rives-du-mekong.html

Vincent Rouffiandis

UN « PIONNIER » MÉCONNU DU MÉKONG, VINCENT ROUFFIANDIS, « LE BON DOCTEUR DU LAOS »

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2017/08/un-pionnier-meconnu-du-mekong-vincent-rouffiandis-le-bon-docteur-du-laos.html

UN « PIONNIER » MÉCONNU DU MÉKONG, VINCENT ROUFFIANDIS, « LE BON DOCTEUR DU LAOS » - DEUXIÉME PARTIE.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2017/08/un-pionnier-meconnu-du-mekong-vincent-rouffiandis-le-bon-docteur-du-laos-deuxieme-partie.html

Partager cet article
Repost0
26 février 2023 7 26 /02 /février /2023 02:36

Dans le premier quart du siècle dernier, lorsque le Siam s’appelait encore le Siam, il n’y avait pas de touristes mais seulement des voyageurs, hommes d’affaire, diplomates ou simplement curieux riches et oisifs. Lors de leur séjour à Bangkok, le choix hôtelier est limité. Dans le Guide de Claudius Madrolle en 1902, trois hôtels sont signalés, en tête l’Oriental « sur le bord du fleuve, près de la légation de France », suivis du Continental et l’hôtel du Palais (Royal Thai Palace) près du Palais. En 1926, il nous signale encore, en tête, l’Oriental suivi de l’hôtel Royal, tous deux « confortables et avec agencement moderne ». Il en signale encore deux autres, de catégorie inférieure à celle des précédents, l’hôtel Gay et l’hôtel de l’Europe. Dans l’Eveil économique de l’Indochine, dans la livraison du 12 février 1928, Henri Cucherousset qui a souvent la dent dure nous dit « à Bangkok, on a le choix entre deux bons hôtels : En tête vient le Phaya thai palace animé par les chemins de fer royaux du Siam ...

 

 

...et l’Oriental. Nul ne parle de luxe mais tout simplement de confort moderne. Hors la capitale, la structure hôtelière est inexistante, il ne reste que la solution de s’installer dans une sala peu confortable. Lorsque Madrolle ira visiter le site archéologique de Phimai, il nous apprend que depuis la construction d’un vice-consulat à Khorat, le vice-consul héberge ses compatriotes voyageurs.

 

 

L’HOTEL ORIENTAL DE BANGKOK

 

 

Il est difficile de ne pas parler de l’Hôtel Oriental de Bangkok, véritable monument historique, « Grande dame » de l’hôtellerie asiatique et considéré comme l’un des plus beaux du monde. Si les prix sont actuellement pharaoniques, il est permis, sans trop se ruiner, prendre un petit déjeuner en terrasse au bord de la rivière ou s’offrir un apéritif du mythique « Bamboo Bar »

 

 

...pour tomber sous son charme, celui de ce pays, parquets en bois de teck ou suage de tissues précieux des collections du « roi de la soie thaïlandaise », Jim Thomson qui en fut l’un des copropriétaires. S’il est devenu ce qu’il est, c’est en grande partie du aux efforts pendant 20 ans d’une autre grande dame, Germaine Krull qui fut notre compatriote sinon sur son passeport, du moins par une partie de sa vie passée en France où elle acquit la célébrité dans un tout autre domaine que celui de l’hôtellerie de prestige. L’hôtel a été construit au cœur de la première enclave occidentale sur la rive droite de la Chao Phraya, non loin de la cathédrale de l’Assomption et de l’Ambassade de France. Une première construction, une auberge pour marins, daterait de 1863 et fut le fait d’un homme d’affaire batave et portait déjà le nom d’Oriental. Le bâtiment fut détruit par un incendie quelques années plus tard. Il fut reconstruit en 1866 par un Allemand nommé Flack. Il comportait l’éclairage au gaz déjà installé dans les rues de Bangkok. Il fut revendu en 1870 à un Danois qui l’a équipé du confort aux goûts occidentaux, chambres familiales, salles de bain, salle de billard et bar « américain ». L’hôtel fut repris en 1881 par un Danois, Hans Niels Andersen, magnat de la navigation, fondateur de la Compagnie d'Asie de l'Est. Il avait pour partenaire le Pince Prisdang (พระองค์เจ้าปฤษฎางค์), petit fils du roi Rama III et par ailleurs premier ambassadeur du Siam en Angleterre. L’hôte devint alors le meilleur endroit ou séjourner à Bangkok ce qui conduisit à de nombreuses extensions du bâtiment d’origine. L’ « aile des auteurs » hébergea de nombreux auteurs de renom, le premier fut le marin polonais Josef Korzeniowski, surnommé « Polish Joe«

 

 

...qui devint plus tard mondialement connu sous le nom de Joseph Conrad et dont le roman « Lord Jim » a donné son nom au restaurant de fruits de mer de l'hôtel

 

 

 

Graham Greene y écrivit des extraits de son roman sur le Vietnam « The quiet American – Un américain bien tranquille »

 

 

et William Somerset Maugham se plaignait d’y faire des cauchemars dus au paludisme. Il y rencontra Jim Thompson, ami de Germaine Krull, dont nous parlerons plus bas. Celle-ci avait était correspondante de guerre après la guerre et pendant ses vacances en Thaïlande décida d’y rester pour trois ans, elle y resta 20 ans. « Coup du destin » « expérience amusante » elle s’associa avec Jim Thompson et plusieurs partenaires thaïlandais dont Phot Sarasin  pour relancer l'Oriental délabré, qui pendant la guerre avait d'abord été occupé par les japonais, puis par la soldatesque américaine.

 

 

Elle apparaît comme directrice de l’établissement sur les documents officiels en 1947. Elle se livra à un travail titanesque pour faire de cette « vieille dame » un palace. Quelques semaines seulement après son entrée dans les lieux, elle ouvre le « Bamboo bar » qui devint rapidement l’endroit le plus « branché » de Bangkok où il fallait être vu. Sous sa gouverne, l’hôte devint ce qu’il est aujourd’hui. Elle y resta jusqu’en 1967, elle avait alors 70 ans. Elle passa le relais en 1967 au charismatique Kurt Wachtveitl, richissime homme d’affaire teuton qui resta à la tête de l’hôtel pendant 41 ans. Mais c’est elle qui nous intéresse !

 

GERMAINE KRULL


 

 

Germaine Luise Krull est née le 20 novembre 1897 est à Posen-Wilda, un district de Posen alors en Allemagne, aujourd'hui Poznań en Pologne depuis 1919. A famille est allemande, probablement aisée et peut-être d’origine juive. Elle ne reçut aucune éducation sinon à domicile par son père, ingénieur anarchiste et libre penseur

 

 

 

Elle n'a pas reçu d'éducation formelle, mais a plutôt reçu l'enseignement à domicile de son père, un ingénieur accompli et un libre penseur que certains ont qualifié de « ne'er-do-well » que l’on pourrait traduire librement par va-nu-pieds irresponsable. Son père l’habille en garçon, ce qui a peut-être contribué à ses idées sur le rôle des femmes dans la vie. Les opinions de son père sur la justice sociale l’ont évidemment prédisposée à s'impliquer dans la politique la radicale ; Aux environs de 1915, nous trouvons la famille à Munich. Elle y fréquente alors la Lehr- und Versuchsanstalt für Photographie.

 

 

On y enseigne le picturalisme selon lequel l'art photographique doit simuler la peinture et l'eau-forte. Elle fréquente alors Rainer Maria Rilke, Friedrich Pollock et Max Horkheimer. Elle se lance dans la politique activiste jusqu’en 1921 passant du Parti socialiste indépendant de Bavière et de la trés éphémre république des soviets de Bavière (Bayerische Räterepublik)

 

 

...aux côté de Kurt Eisner qui en fut le dirigeant

 

 

...au Parti communiste d'Allemagne. Elle aurait participé à un projet d’assassinat du Kaiser ?, Elle est arrêtée et emprisonnée pour avoir aidé un émissaire bolchevique à tenter de s'évader en Autriche. Expulsée de Bavière en 1920 pour ses activités communistes, elle se rend en Union soviétique avec son amant, un dénommé Samuel Levit.

Cela ne la guérit pas de son attachement à la cause prolétarienne.


 


 

Nous la retrouvons à Berlin entre 1922 et 1925 où elle a repris sa carrière photographique.

Après avoir rencontré le cinéaste et communiste néerlandais Joris Ivens en 1923, elle s'installe à Amsterdam en 1925. Celui-ci est un propagandiste, représentatif de l'attitude de certains milieux intellectuels à l'égard du communisme entre les années 1930 et 1970. Il l’épouse ce qui lui procure un passeport néerlandais et pourrait avoir un vernis de respectabilité sans sacrifier son autonomie. Nous la retrouvons ensuite à Paris entre 1926 et 1928, elle s’y lie d'amitié avec Sonia Delaunay, Robert Delaunay, Eli Lotar, André Malraux, Colette, Jean Cocteau, André Gide. Toujours photographe professionnelle elle travaille à la fois dans les photos de mode, les portraits, les nus et les photos publicitaires. Elle publie en particulier en 1928 le portfolio Métal dot le sujet est essentiellement masculin du paysage industriel tourné à Paris, Marseille et en Hollande.

 

Les sujets vont des ponts, des bâtiments, par exemple, la tour Eiffel, et des navires aux roues de vélo. Célébration des machines ou critique de celles-ci ? En 1928 également l’homme de presse Lucien Vogel, très marqué à l’extrême gauche, lance, en 1928, le magazine Vu. Cette publication révolutionne la presse en accordant une place centrale aux images photographiques, présentées à travers une mise en page au dynamisme inédit.

 

 

Entre 1935 et 1940, elle vit à Monte Carlo où elle avait un studio photographique. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle doit quitter la France et chercha à rejoindre les Forces françaises libres en Afrique : Le 24 mars 1941, le cargo Capitaine-Paul-Lemerle quitte le port de Marseille pour la Martinique. A son bord, ceux qui fuient l'Europe en guerre depuis la France de Vichy : juifs, immigrés d'Europe de l'Est, républicains espagnols en exil, apatrides, écrivains et artistes. Parmi eux on trouve André Breton, Claude Lévi-Strauss, Anna Seghers, et Germaine Krull qui photographiera tout le trajet, à bord du cargo, et aux escales successives.

 

 

En 1941 et 1942, elle est au Brésil puis ensuite à Brazzaville et Alger avant de revenir en France. Elle dirige le service de photographie de la France Libre et réalise des reportages de propagande sur ses activités.

 

 

Après la Seconde Guerre mondiale, elle voyagea en Asie du Sud-Est comme photographe correspondante de guerre. En 1947 jusqu’en 1967, elle consacra 20 ans de sa vie à l’hôtel Oriental, dans quelle conditions rencontra-telle Jim Thomson et fut-elle sa maitresse ?

 

 

Elle n’abandonne toutefois pas la photographie en publiant plusieurs et collaborant avec Malraux sur un projet concernant la sculpture et l'architecture de l'Asie du Sud-Est. Elle fait alors un bref séjour à Paris, puis, atteinte probablement d’une crise de mysticisme aigüe, en 1968, elle s’installe au nord de l’Inde, près de Dehradun au sein de la communauté de Sakya Trizin de bouddhisme tibétain, ce qui lui donnera l’occasion de photographier le Dalaï Lama

 

 

Après un accident vasculaire cérébral, elle déménagea dans une maison de retraite à Wetzlar, en Allemagne, où vivait sa sœur. Elle y décéda le 31 juillet 1985.

Le parcours de cette jeune révolutionnaire bolchevique, fleuron de l’avant-garde photographique française, reporter, correspondante de guerre, dirigeante d’un hôtel qui passe pour être l’un des plus du monde et le certainement le plus cher de Thaïlande,

 

 

...puis nonne d’une communauté de bouddhistes tibétains, fut erratique. Elle fut polonaise, allemande, néerlandaise et peut être française : Une exposition que lui consacra le Centre Pompidou la qualifie de française et polonaise à la naissance.

 

 

Elle est bien oubliée mais reste à la fois le symbole de la photographie moderniste française dans les années 1920 et d’un fastueux hôtel de Bangkok.

 

 

Une dernière précision, le prix d’une nuitée à l’hôtel est – nous sommes au début de l’année 2023 -t de l’ordre de 30.000 bahts soit environ 800 euros, probablement le triple du salaire mensuel de l’un des plus de 1000 employés. C’est tout de même deux fois moins que celui d’une nuit dans un autre des plus beaux hôtels du monde, le Ritz de Paris.

 

 


 

SOURCES

Guide Madrolle, éditions 1902 et 1926

« DEUTSCHE SPUREN IN BANGKOK, THAILÄNDISCHE SPUREN IN BERLIN », publication de Goethe Institut de Bangkok, 2011

« Les photographes étrangers dans la France d’entre-deux-guerres » par Annie-laure Wanaverbecq. In: Histoire de l'art, N°15, 1991. Varia. pp. 61-77

Le site https://wnfdiary.com/mandarin-oriental-bangkok-history-part-2/

 

Partager cet article
Repost0
5 février 2023 7 05 /02 /février /2023 03:15

 

Eric Seidenfaden est né à Copenhague le 28 mars de Frederik Julius Seidenfaden, ingénieur civil dans une sucrerie  et d'Emmy Jacobine Philipsen. Obéissant à son père, il quitte l’école après la scolarité obligatoire et travaille comme commis dans un bureau dans un bureau d'assurance maritime à Copenhague. Il poursuit néanmoins en parallèle ses études au niveau supérieur en apprenant en particulier l’allemand, l’anglais et le français, la physique et la chimie. Il réussit des examens et en 1898 devient fonctionnaire de l’état. Tel n’était pas son ambition. Pensant probablement à l’époque où ses ancêtres étaient partis à la conquête du monde connu, la Scandinavie, l’Angleterre, l’Irlande, l’Islande, la Normandie, la Sicile. le Groenland, la côté canadienne, Kiev, Constantinople les steppes de l’Asie centrale…

 

 

Au Danemark, l’avenir d’un jeune homme qui rêve d’aventures est étriqué. Le pays compte deux millions et demi d’habitants. Une armée de moins de 3000 hommes ne permet pas d’envisager un rêve colonial. Les comptoirs des Indes ont été vendus aux Anglais depuis longtemps.

 

 

Les trois iles des Antilles encore en la possession du pays ont interdit l’esclavage depuis quelques dizaines d’années ce qui interdit de facto de faire fortune dans la culture du café, du coton ou du tabac.

 

 

La perspective de pêcher la morue en Islande (encore en possession du Danemark) ou dans les îles Féroé n’a rien d’exaltant pas plus que celle de la chasse au phoque au Groenland.

 

 

S’il passa la moitié de sa vie au Siam, de 1906 à 1947, ce ne fut pas son projet d’origine. Au tournant du XXe siècle, un beaucoup de Scandinaves travaillaient dans ce qu’on appelait l’État du libre du Congo libre, colonial du roi belge Léopold en Afrique. On y rencontre médecins, ingénieurs, juges ou missionnaires, ils y étaient des acteurs importants dans le quotidien du projet colonial. Le rêve de Seidenfaden fut de servir comme officier dans l'armée coloniale au Congo. À la mort de son père en 1899, il n’est plus sous sa férule et décide de suivre sa vocation. Il s’enrôle dans l’armée danoise de 1902 à 1906 pour y apprendre les rudiments de l’art militaire. Nous connaissons son projet et ses rêves dans un article publié dans la quotidien danois Nationaltitende en 1904 sous le titre Kongo.

 

Ses intentions n’étaient pas seulement de maintenir la paix et l’ordre mais de participer à un vaste projet humanitaire et civilisationnel parmi les peuples d'Afrique, un projet philanthropique : libérer la population locale des marchands d'esclaves et apporter le christianisme, la civilisation et le libre-échange. Il percevait alors Léopold comme le « bienfaiteur des nègres » ou «  la lumière et le soleil de l'Afrique ». Selon lui, dans une vision aussi chrétienne que colonialiste, toutes les races sur terre issues de la même origine, étaient capables de progresser et d'atteindre un statut « civilisé ». Pour les Africains, cependant, cela impliquait la christianisation et la domination coloniale blanche. Comme il l'a dit, « les noirs ne sont pas paresseux - sous la direction de blancs intelligents, ils peuvent tout accomplir ». Le Congo deviendrait une autre Inde avec ses Rajas. Des routes, des ponts, des maisons de repos, des lignes télégraphiques seraient construits. Le cannibalisme serait éradiqué en donnant aux indigènes du bétail et des petites chèvres. L'œuvre missionnaire devait être soutenue par tous les moyens... afin que le Congo soit évangélisé en l'espace d'une vie humaine. Les indigènes devraient être pourvus d'une tenue nationale adéquate  en aucun cas une tenue européenne laide et ridicule.

 

 

Le Congo deviendrait le paradis de la race noire !

Sa candidature ne tut pas retenue. Il apprit rapidement les atrocités commises contre les populations locales. Il en donnait une interprétation sui generis : Ce n'est pas le système colonial en tant que tel qui est à l'origine de ces violences. Au contraire, il l'a lié à la déficience morale des individus belges au Congo - officiers et commerçants - qu'il a qualifiés de « racaille ». « Si seulement tous étaient chrétiens », proclame-t-il, le projet colonial adhérerait au cadre philanthropique auquel il croyait. Seidenfaden croyait en la supériorité culturelle et raciale de l'Europe : « Je ne remettais pas en question le droit des Blancs de coloniser et d'assujettir d'autres peuples, tant que les projets coloniaux étaient liés aux valeurs chrétiennes, à l'évangélisation et à la régénération» des peuples primitifs ».

 

 

Le Siam lui ouvre ses portes : En 1897, lorsque le ministre de l'Intérieur, le prince Damrong Rachanuphab, prit l'initiative de créer une gendarmerie provinciale, il nomma Gustave Schau, un Danois, inspecteur général, qui employa un total de vingt et un Danois comme officiers jusqu'en 1926.

 

 

Erik Seidenfaden en fut et servit dans la gendarmerie de 1906 jusqu’en 1920 avec rang final de major, date à laquelle il devint comptable à la Siam Electricity Company à Bangkok. Il fut manifestement atteint du virus siamois : Il y épouse à Bangkok une  siamoise, Malé Maria Praivichitr, le 6 octobre 1908. Son prénom de Maria laisse à penser qu’elle était luthérienne comme lui.

 

 

La création de la gendarmerie faisait partie des réformes administratives au tournant du XXe siècle. L'élite royale a travaillé pour créer un État-nation siamois sous la direction de la monarchie absolue.  Cette transformation englobe à la fois l'intégration territoriale et la centralisation administrative. La gendarmerie était un corps de police militaire patrouillant dans la campagne à cheval, aidant les autorités civiles locales dans leurs efforts pour faire face à la criminalité et au banditisme.

 

 

Au cours des dix premières années d'existence de la gendarmerie, sous l’égide de Schau, le ministère de l'Intérieur établit des postes de gendarmerie dans toutes les provinces du pays  au niveau provincial et local - et la gendarmerie passa à environ 10 000 hommes en 1915. Au cours de sa période « gendarmesque » Seidenfaden a servi dans la gendarmerie provinciale, il était basé principalement sur le plateau de Korat : Prachin Buri (1907-1908), Korat (1908-1909, 1917-1920), Udon (1909-1910) et Ubon (1910-1917). Il fut chargé des tâches confiées aux  officiers danois qui avaient le statut d'instructeurs (khru- ครุ). Cela couvrait la formation de nouveaux gendarmes dans les gendarmeries provinciales et des tournées d'inspection dans son district, vérifiant les conditions dans les postes locaux. Il fut inscrit au consulat danois à Bangkok le 29 septembre 1906, premier lieutenant dans la gendarmerie provinciale siamoise 1906, capitaine en 1907, major en 1914, directeur de l'école des officiers de gendarmerie en 1914-15, jusqu’à sa démission en 1920. Saluant les réformes lancées par le gouvernement siamois, il pensait que la gendarmerie pouvait jouer un rôle central dans ce projet, non seulement en tant qu'institution de maintien de l'ordre, mais aussi en tant qu'organe disciplinaire. Il percevait la population du Siam dans son ensemble comme « indifférente, apathique et paresseuse » et espérait que la gendarmerie pourrait contribuer à sortir la population de cet état de léthargie en transformant les gendarmes en sujets loyaux et disciplinés, et en nourrissant un sentiment de patriotisme en même temps mais avait aussi de grands doutes sur le succès possible de ce projet. Le rêve congolais, était étroitement lié à la christianisation de la population locale : le christianisme devrait constituer le fondement du progrès moral et matériel. Le développement et la modernisation du Siam seraient selon lui difficiles à réaliser, car il ne croyait pas que le bouddhisme puisse fournir à la population une moralité appropriée pour soutenir une telle transformation.

 

 

Après son retour au Danemark, en 1946, il expliqué ainsi le bouddhisme à un journaliste danois : « Le bouddhisme  rend  les Siamois quelque peu insouciants, mais cette religion n'exige pas exactement de l'énergie et de l'initiative. Je veux dire que son but est essentiellement de lutter contre l'envie d'exister ! Cela ne fonctionne pas tout à fait ainsi dans une société moderne... Peut-être pourrait-on dire que le Siamois moyen manque dans une certaine mesure la détermination qui caractérise les gens du nord de l'Europe. Ce sont les enfants du soleil ». La référence aux Vikings est explicite !

 

 

Sa carrière dans la gendarmerie ne fut pas de tout repos. Le fonctionnement de l’institution était alors constamment entravé par des conflits avec les fonctionnaires locaux - officiers de district ou chefs de village - qui, selon lui, étaient de connivence avec des gangs criminels locaux ou abusaient de leur position à des fins économiques. Il entra aussi souvent en conflits avec l'armée siamoise, qui, selon lui, constituait un État dans l'État. Il fut ainsi blessé en 1910 à Udon en tentant d’intervenir contre des actions illégales menées par l’armée dans la ville. Il dut constater l'opposition généralisée des officiers de gendarmerie  siamois à la présence des officiers danois. Ils supportaient mal le fardeau de l’homme blanc le fardeau de l'homme blanc et considéraient que tout comme le travail d'autres Européens au Siam, leur travail était un exercice inutile.

 

 

Les sites thaïs qui lui sont consacrés (อีริค ไซเดนฟาเดน) ne citent son rôle comme capitaine de gendarmerie que de façon allusive. Son compatriote Gustave Schau (กุสตาฟ เชา) finit sa carrière avec rang de général de division (Phontri – พลตรี), un titre de haute noblesse  de Phrayawasuthep (พระยาวาสุเทพ) et une superbe brochette de décorations, avec en tête l’Ordre de l’éléphant blanc de première classe.

 

 

Seidenfaden ne bénéficia d’aucun de ces honneurs mais si son rôle de gendarme ne fut pas éclatant, c’est celui d’érudit. Il écrivit une histoire de la gendarmerie au Siam qui fut publiée au Danemark post mortem en 1999  dans sa langue natale (Det Kongelige Siamesiske Provinsgendarmeri og dets Danske Officer - La gendarmerie provinciale royale siamoise et ses officiers danois)

 


Schau savait que Seidenfaden s'intéressait à l'ethnographie et à l'archéologie du Siam. Il lui conseilla de poursuivre sérieusement cette voie qui lui ouvrait  la possibilité d'une autre carrière au Siam : « Deviens membre de la Siam Society. Écris et fais-toi un nom ».Ainsi fit-il et se transforma en érudit dans le cadre de la Siam Society. La Siam Society a été fondée en 1904 par un groupe d'expatriés vivant à Bangkok : La plupart de ses membres d'origine étaient des conseillers du gouvernement siamois.

 

 

Dans le premier numéro du Journal en 1904 , Oskar Frankfurter, futur bibliothécaire de la Wachirayan Library (หอสมุดวชิรญาณ) et futur président de la Société, exposait le projet aux  membres de la Société et aux contributeurs: « Je considère que nous sommes les ouvriers pour recueillir les matériaux sur lesquels le maître bâtisseur pourra un jour ériger aux l'édifice, sous la forme d'un ouvrage encyclopédique sur le Siam » Les auteurs ont été invités à s'intéresser à une longue liste de sujets comprenant, entre autres, les races et les tribus aborigènes, les villes et les monuments anciens, l'anthropologie et les mesures anthropométriques, l'ethnographie, les inscriptions épigraphiques… Le journal de la Siam society était publié en anglais, il l’est toujours, pour offrir une fenêtre internationale aux ensembles de connaissances sur le Siam et constitua et constitue toujours la source la plus importante des connaissances faisant autorité sur le pays. Une  masse énorme d'informations précieuses fut collectée grâce à la coopération de tous, universitaires ou pas mas peu de Siamois y furent impliqués..

 

 

Au cours de son séjour, Seidenfaden s'est profondément impliqué dans la Siam Society. Il publié de nombreux articles sur les deux sujets qui lui sont chers, l’ethnologie et l’archéologie. Il en fut président de 1938 à 1940. Il est enfin l’auteur de plusieurs guides touristiques qui n’ont pas pris une ride. Il envisageait en effet un avenir touristique pour le Siam.

 

 

L’ethnologue : une vision rétrograde et d’avant-garde.

S’il ne fut pas un gendarme exemplaire, il profitait de ses tournées professionnelles pour accumuler les observations. Il projetait d’rn écrire une encyclopédie, À titre posthume, la Siam Society a publié en 1958 son livre, The Thai Peoples, qui en constitue l’embryon. Ses connaissances furent acquises lors de ses déplacements dans les parties « extérieures » du Siam. Il établit une grille de classification assez souple sur divers paramètres tels que la langue, les caractéristiques physiques et les facteurs culturels. Il bénéficie aussi des recensements locaux bien que ceux-ci, conséquence de la politique centralisatrice de Bangkok aient tendance à effacer les différences ethniques, non seulement sur la population lao mais sur d’autres groupes. Il est hostile à ce qu’il appelle un « nationalisme mensonger » orchestré par le prince Damrong, qui menaçait d'abolir toutes ethnies au Siam au profit de la seule ethnie thaïe. Il est souvent critique et plus encore. « Plus longtemps vous êtes avec eux,  les Lao, moins vous les aimez ». Il parle encore du « Laos stupide dont l'envie de destruction ne connaît pas de limites. Il trouve lors de ses tournées sur le plateau de Khorat « les Laos misérables et paresseux détruisent qui les pavillons (sala) car ils ne se soucient pas de trouver du bois de chauffage dans la forêt, mais utilisent les murs et même les planchers des pavillons qui sont déjà jonchés de salive de bétel et autres laideurs ». Lorsque certaines de ses affaires ont été volées lors d'une tournée d'inspection, il s'est exclamé « les Laos sont des rats voleurs, léthargiques et très peu fiables ».  S'adressant à un groupe de nouveaux gendarmes, il leur déclare « Les nègres sont certainement plus aptes que ces Laos laids et dégénérés ». Il ne fait toutefois pas une fixation sur les Laos. Il consacre un article à l’ethnie Kui dans le Journal of the Siam Society de 1952 (The Kui People of Cambodia and Siam). L’ethnie kui (กูย) aussi appelée Kwai ou Sawei  (กวย – สวย) représente actuellement 400.000 habitants dans les provinces de Buriram, Surin, Sisaket, Ubon et Roi-et tout au long de la frontière avec le Cambodge ainsi que de l’autre côté de la frontière.

 

 

Sa description est sans pitié : les villages sont « le paradis de la saleté et de la vermine », les gens « des coquins et des voleurs incarnés » et les maisons des « huttes sales et misérables remplies de puces ». Les considérations raciales ne font guère de différence aux les autres populations indigènes du plateau de Khorat. Mais Seidenfaden constate que linguistiquement ils représentent un groupe de population en danger. Les Kui sont en train de perdre leur langue et leurs marqueurs culturels. Les étudier les préserverait non seulement leur langue et leur culture pour la postérité, mais leur fournirait également une connaissance d'eux-mêmes qu'il découvrit qu'ils ne possédaient pas.

 

 

On peut penser à sa décharge et dans sa vision très négative de des ethnies que Seidenfaden fait toujours référence à un groupe spécifique de personnes dans un endroit spécifique à un moment précis et en fait une généralisation. Nous trouvons le plus souvent plus de mépris que d’éloges ! Le leitmotiv de son travail ethnographique au sein de  la Siam Society était que dans cinquante ans, tout le monde sera Thaï et personne ne connaîtra un mot des ethnies. Le Siam – disait-il -  était un « creuset de nombreuses races, peuples et langues qui sont en train de s'unifier – il est donc important de les étudier maintenant avant que les caractéristiques ethnologiques ne disparaissent »

Les ethnies seront officiellement reconnues par la Thaïlande en 2017

 

 

L’archéologue

Le plateau de Korat est jonché de ruines datant de l'époque de la domination khmère, temples, villes fortifiées, statues et inscriptions lapidaires. Lors de ses tournées d’inspection, Seidenfaden a visité de nombreux sites qu’il étudia de façon systématique. Les travaux archéologiques au Siam, en sont à leurs balbutiements. C’est une œuvre française. Lors de ses tournées d'inspection, Seidenfaden a rencontré bon nombre de ces sites et artefacts archéologiques et a rapidement entrepris de les étudier de manière plus systématique. A cette époque, les travaux archéologiques au Siam en étaient encore à leurs balbutiements et l'étude des monuments khmers du plateau de Korat fut une entreprise exclusivement  française. Étienne Aymonier avait arpenté les ruines khmères au Cambodge et dans les régions sous autorité siamoise (Le Cambodge II: Les provinces Siamoises – 1901). 

 

 

Étienne Lunet de Lajonquière suivit ses traces  (Inventaire Descriptif des Monuments du Cambodge, Tome I. et II, 1907).

 

 

Au bénéfice des découvertes lors de ses tournées, nous lui devons un « Complément à l'Inventaire descriptif des monuments du Cambodge pour les quatre provinces du Siam Oriental »  (In : Bulletin de l’École française d'Extrême-Orient, tome 22, 1922. pp. 55-99). Cet article fut publié avec le soutien de Georges Coédès. La prestigieuse revue n’ouvre pas ses colonnes à n’importe qui et toutes ses publications y sont par ailleurs sOuvent commentées de façon élogieuse :

 

 

Il bénéficia des conseils de Lunet de Lajonquière et de Sanphasit Prasong (สรรพสิทธิ์ ประสงค์), haut-commissaire du gouvernement central dans le cercle de l’Isan. Ce dernier redécouvrit en 1899 le fameux temple de Phra Viharn (พระวิหาร) qui fit tant couler d’encre à la Cour Internationale de justice. Il y grava son nom sur une stèle pour marquer l’appartenance de ce temple à son pays.

 

 

Ainsi Seidenfaden visita-t-il les sites de  Phimai (พิมาย), Ban Prasat (บ้านปราสาท), Mueang Tam (เมืองทาม), Phra Viharn susnommé  et Phanom Rung (พนมรุ้ง). Sa visite à Phimai, une excursion difficile à l’époque a fait l’objet d’un très bel article dans le journal de la Siam Society en 1923 (An Excursion to Phimai). Ayant visité des dizaines de vestiges khmers, il envisageait d’un faire un livre. Ce rêve ne s’est jamais concrétisé en raison de plusieurs obstacles. Il fallait tout d’abord localier, arpenter, mesurer, dessiner ou photographier. Il fallait ensuite interpréter alors qu’il n’y avait aucune aide à attendre de la population locale qui avait tout oublié de son passé. Il est d’ailleurs stupéfait entre l’abime qu’il constate entre les anciens bâtisseurs khmers et la population actuelle. Visitant Phra Vihan , il écrivit : « Hélas ! Où est votre splendeur, où est votre civilisation et votre pouvoir maintenant ? Quels tristes restes dégénérés, ces habitants à la peau foncée et aux cheveux noirs ! Sont-ils des descendants khmers ? C'est difficile à croire ». Visitant Ban Prasat,  il écrit « Ces pitoyables Khmers ignorants aux traits de visage brutaux et grossiers, ces esclaves vivant dans des huttes basses miteuses, sont-ils des descendants de bâtisseurs de temples ? Presque incroyable ». Nous allons retrouver le rêve congolais, une régénération des Khmers  sous l'influence du christianisme. « La luxure, l'extravagance et la barbarie thaïlandaise conduisirent à la chute de l'âge d'or khmer. Après des siècles de stérilité, les Khmers renaîtront par l'Evangile ». Seul le colonialisme français représente la force nécessaire pour y parvenir. Son article sur la visite de Phimai préfigure un vaste projet de transformation des plus spectaculaires ruines khmères en attractions touristiques. C’est un véritable guide comme sera celui qu’il fit de Bangkok en 1927.

 

 

Il fut un modèle d’érudit amateur dont les publications s'étendent sur près d'un demi-siècle (1918-1958). Ses considérations raciales, coloniales et religieuses ne sont peut-être plus de notre temps mais elles sont de son époque. Il aurait pu écrire « On ne peut se mettre dans l'idée que Dieu, qui est un être sage, ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps tout noir » mais Montesquieu ironisait ce qui n’était pas le genre de notre gendarme danois !

Il reste un pionnier :

Dans la mesure où il voulut ouvrir le pays à un tourisme intelligent, son guide de Bangkok est un modèle souvent réédité.

 

 

Je n’ai pas pu dénicher ceux qu’il consacra à Nakon Phatom en 1929 et à Petchaburi en 1931 sinon sa couverture

 

 

Dans la mesure où il pressentit la nécessité de retrouver et conserver l’histoire des minorités ethnique, leurs coutumes et leur langue rappelant qu’elles avaient une histoire.

Il quitta le Siam devenu la Thaïlande en 1946 à la suite de probables difficultés, n’ayant pu obtenir du Prince Damrong le poste de directeur de la Bibliothèque Vajirañana de Bangkok qui fut attribué à Georges Coédès.

Il mourut dans la petite ville danoise de Gentofte, le 22 septembre 1958.

Son épouse, née à Bangkok le 15 septembre 1892, mourut le 15mai 1973 au Danemark où elle l’avait suivi avec leurs six enfants.

SOURCES

 

Le Journal de la Siam Society dans son numéro 110 de 2022 a publié un très bel article de deux universitaires de l’Université de Chaintmaï, le danois  Søren Ivarsson et Sing Suwannakij : Erik Seidenfaden and his Quest for Knowledge: Gendarmerie Officer, Amateur Scholar and the Siam Society. Ils ont eu le privilège de bénéficier de documents non publiés, le Journal de route de Seidenfaden de 1900 à 1958 et le récit de sa vie écrit en 1932

 

 

Tous les articles du Journal de la Siam society sont numérisés et accessible sur le site de la société :

https://thesiamsociety.org/publications/journal-of-the-siam-society/

Tous les articles du Bulletin de l’Ecole française d’extrême Orient sont également numérisés sur le site

https://www.persee.fr/collection/befeo

Quelques précisions sur le site des généalogistes danois (Danske Slægtsforskere) :

https://slaegtsbibliotek.dk

Le guide de Bangkok de 1927 avec notes sur le Siam (Guide to Bangkok with Notes on Siam. Bangkok) est numérisé sur le site  :  

https://archive.org/details/in.ernet.dli.2015.13539/mode/2up?q=Guide+to+Bangkok+with+Notes+on+Siam.

 

Nous avons par ailleurs consacré de nombreux articles concernant en tout ou en partie, directement ou indirectement, Erik Seidenfaden

 

LA « LONGUE MARCHE » D’ERIK SEIDENFADEN, DANOIS GENDARME ET ÉRUDIT AU SERVICE DU SIAM

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2016/11/la-longue-marche-d-erik-seidenfaden-danois-gendarme-et-erudit-au-service-du-siam.html

INSOLITE 6 - AU CŒUR DE LA PROVINCE DE KALASIN, LA CITÉ MYSTÉRIEUSE DE KANOK NAKHON (กนกนคร) « LA VILLE D’OR », CITÉ MAJEURE DU DVARAVATI.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2016/11/insolite-6-au-coeur-de-la-province-de-kalasin-la-cite-mysterieuse-de-kanok-nakhon-la-ville-d-or-cite-majeure-du-dvaravati.html

INSOLITE 7 - LA CÉRÉMONIE DU LABOUR ROYAL EN THAÏLANDE, HIER ET AUJOURD’HUI ?

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2016/11/insolite-7-la-ceremonie-du-labour-royal-en-thailande-hier-et-aujourd-hui.html

INSOLITE 10. LA MYSTÉRIEUSE TRIBU DES MALABRI, LES « HOMMES NUS » DU NORD-OUEST.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2016/12/insolite-10.la-mysterieuse-tribu-des-malabri-les-hommes-nus-du-nord-ouest.html

INSOLITE 11 - LES « PEUPLES DES MONTAGNES » DE LA RÉGION DE KHORAT, DERNIERS REPRÉSENTANTS DU DVARAVATI.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2016/12/insolite-11-les-peuples-des-montagnes-de-la-region-de-khorat-derniers-representants-du-dvaravati.html

INSOLITE 12- LA LANGUE DES SAEK DE NAKHON PHANOM, UN VESTIGE DE LA PROTOHISTOIRE ?

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2017/01/insolite-12-la-langue-des-saek-de-nakhon-phanom-un-vestige-de-la-protohistoire.html

INSOLITE 13 - L’ETHNIE SO DE L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE)

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2017/01/insolite-13-l-ethnie-so-de-l-isan-nord-est-de-la-thailande.html

INSOLITE 15 - UNE EXCURSION A PHIMAI … IL Y A UN SIÈCLE.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2017/01/insolite-15-une-excursion-a-phimai-il-y-a-un-siecle.html

INSOLITE 22- LES KALŒNG, UNE TRIBU MÉCONNUE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2018/03/insolite-22-les-kaloeng-une-tribu-meconnue-du-nord-est-de-la-thailande.html

INSOLITE 25 - LES ETHNIES OFFICIELLEMENT RECONNUES EN THAÏLANDE POUR LA PREMIÈRE FOIS EN 2017.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2018/04/insolite-25-les-ethnies-officiellement-reconnues-en-thailande-pour-la-premiere-fois-en-2017.html

A 213- LES ORIGINES MYSTÉRIEUSES DES BORNES SACRÉES (BAÏ SÉMA) DES TEMPLES DE L’ISAN EN THAILANDE

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2016/05/a-213-les-origines-mysterieuses-des-bornes-sacrees-bai-sema-des-temples-de-l-isan-en-thailande.html

Partager cet article
Repost0
25 décembre 2022 7 25 /12 /décembre /2022 04:04

 

Genest Émile Auguste Colombet naquit  le 26 mai 1849 à Gap (Hautes-Alpes), fils de Jean –Baptiste et de Julie Bonnabel, dans le quartier de la  cathédrale de l’Assomption. C’est une famille patriarcale de dix enfants pieuse et nombreuse.

 

 

L’un de ses frères, Jean-Baptiste choisit la prêtrise et devint organiste de la cathédrale. Émile était de santé précaire, sa mère le conduisit au curé d’Ars qui la rassura en lui prophétisant encore 80 ans de vie, ce qui se réalisa.

 

 

A 9 ans il fréquenta l’école de l’église Saint-Lazare à Marseille, puis, de retour à Gap, ses parents le confièrent à la Maîtrise de la cathédrale pour qu’il y apprenne le chant, tout en lui faisant suivre, comme externe, les cours du collège de la ville. A la maîtrise il s’initia à la musique sacrée, qu’il aima et pratiqua toute sa vie, comme d’ailleurs son frère aîné.  

 

 

Après ses études  un  passage au petit séminaire de Gap, il entre laïc aux Missions Etrangères le 31 juillet 1867. Il est ordonné prêtre le 23 décembre 1871, il part pour la Mission du Siam le 31 janvier 1872 et arrive à Bangkok le 5 avril suivant. Tout au long du voyage en compagnie d’autres jeunes gens voués à la mission, Martin Brillet et Aristide Letort qui partaient pour la Chine, Jean-Marie Bertho et Jacques Viccac qui partaient pour les Indes.

 

 

Les relayions de leur voyage nous apprennent qu’ils organisaient des séances musicales animées par le cornet à piston du père  Colombet qui charmaient les passagers au cours de  ce long voyage de plus de deux mois.

 

 

Après deux ans de séjour au Séminaire de Bangxang, il est nommé en 1875, curé de la Cathédrale de Bangkok et le restera jusqu’à sa mort. Ses talents n’étaient ni plus brillants ni plus nombreux que ceux accordés à la plupart de ses confrères, mais il sut les faire valoir et en tirer le meilleur parti. Il fut en effet un initiateur dans un pays dans les années 70  n’avait pas encore abandonné ses vieilles méthodes de gouvernement, mais cherchait déjà la voie qui le conduirait vers le progrès matériel que les nations occidentales cherchaient à réaliser chez ses plus proches voisins.  Lorsque le jeune missionnaire devint curé de l’église de l’Assomption, cette soi-disant cathédrale n’était qu’une modeste bâtisse, construite en 1809 sur le modèle des pagodes siamoises de l’intérieur du pays ; les paroissiens étaient pauvres et peu nombreux, 300 à peine.

 

 

Il comprit l'importance de l'instruction dans le développement du pays. Il n’y avait pas encore d’école paroissiale, il en créera une en 1877. En 1879, il adjoignit une section anglaise à la section française. En 1885, son école était  ouverte à tous les enfants de Bangkok

 

 

Le nombre des élèves augmenta régulièrement et le Collège de l'Assomption reçut bientôt les Frères de Saint Gabriel :

 

 

Le père Colombet vint en France s’entendre avec les Frères de Saint-Gabriel, qui acceptèrent ses propositions et envoyèrent des professeurs. 

 

 

Ceux-ci arrivèrent au Siam le 20 octobre 1901, ils étaient cinq.

 

 

Ils continuent à ce jour à assumer la responsabilité  de la direction du collège. Ils ne sont pas prêtres mais forment une communauté masculine de religieux disciples de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort qui travaillent en priorité auprès de la jeunesse des milieux scolaires.

 

 

Le collège connut un développement fulgurant avec l’aide de la hiérarchie, Monseigneur Vey, vicaire apostolique en particulier.  

 

 

Les débuts avaient été peu encourageants. Au lieu de reculer, en 1879 il adjoignit à la section française une section anglaise. Il décida en 1885 que l’école paroissiale allait place à un Collège ouvert à tous les enfants de Bangkok. Le jour de la rentrée 33 élèves se présentèrent : le père Colombet ne se troubla point ; il attendit l’heure de la Providence et eut raison ; à la fin de l’année le Collège comptait 80 élèves, et l’année suivante il en accueillait 130, répartis en 6 classes anglaises et 3 françaises. Le 6 janvier 1887 il présenta les plans de son futur collège au prince Dewavongse qui les approuva.  La première pierre fut posée le 15 août 1887 par le prince héritier, et, au début de 1889, le nouveau collège était  ouvert. En 1891 il ne comptait encore, il est vrai, que 400 élèves ; mais les princes, les mandarins et l’élite de la société de la capitale lui confiaient leurs enfants.  En 1900 le collège comptait 1.000 élèves;

 

 

en 1920, 1.800, et aujourd’hui plus de 2.000. Dans toutes les branches de l’administration, dans tous les domaines de l’activité, on rencontre au Siam des hommes qui ont fréquenté le collège de l’Assomption et s’en montrent fiers.

 

 

 

Après l’arrivée des frères religieux, le père Colombet continua à diriger l’Association des Anciens élèves, qu’il venait d’établir, et à s’occuper plus activement des œuvres paroissiales de la cathédrale, dont il était toujours chargé. La vieille église ne suffisait aux besoins du culte,  car la population chrétienne indigène s’était accrue, et les Européens catholiques étaient devenus, eux aussi, plus nombreux. Il put jeter les fondements de la nouvelle cathédrale en 1906. Monseigneur Bouchut, vicaire apostolique du Cambodge, en bénissait solennellement en 1910 la première pierre. Huit ans après, l’édifice était terminé et livré au culte, en 1918.

 

 

Condamné au repos par ses infirmités en 1926, il avait élu domicile à l’hôpital de la Mission.

 

 

A partir de cette époque ses forces allèrent en déclinant, il ne put assister aux cérémonies du 15 août 1933 dans la cathédrale. Il s’éteignit le 23, à 84 ans selon la prédiction du curé d’Ars ! Sa dépouille mortelle fut aussitôt exposée dans le salon de l’évêché, où les chrétiens vinrent en foule prier pour leur pasteur et de nombreux bouddhistes, saluer une dernière fois celui qu’ils vénéraient.

 

 

La cérémonie des obsèques eut lieu le 26 août : 2.000 personnes au moins se pressèrent dans la cathédrale ; Après la messe de Requiem et l’absoute, le cercueil fut porté autour de la cathédrale et dans la cour du Collège : Tout le corps diplomatique était présent ainsi que le chef du gouvernement, Phraya Phahon, et de nombreuses personnalités officielles.

 

 

Le cercueil fut ensuite dans la crypte ou il est inhumé.

 

 

Le Siam lui avait déjà rendu hommage en le décorant de l’ordre de l’éléphant blan en 1923.

 

 

Guère avant sa mort,  le 23 décembre 1932, célébrant dans l’intimité le 60e anniversaire de son  ordination, il apprit qu’il était le doyen d’âge des européens au Siam.

Un journal de Marseille publia  sur lui un article élogieux sous ce titre qui a valeur d’éloge funèbre : Un grand Français est mort au Siam - Ce provençal clairvoyant comprit que le Siam, pays libre, avide de progrès,  gouverné par un roi éclairé, allait bientôt sortir de son apathie. Il ne voulut point suivre le  mouvement, mais le guider. Il y parvint en procurant l’instruction à l’élite de la société  siamoise. Il n’y avait encore aucune école à Bangkok ; il en fondera une, et les élèves « formés par lui seront les premiers capables de parler les langues étrangères. Ardent comme  un méridional, tenace comme un breton, le père Colombet, malgré bien des obstacles, dont le  plus grand fut la difficulté de recruter son personnel eiseig nant. Il pur mener à bien cette oeuvre qui est maintenant l'une des plus belles parmi celles créées âr les Pères des missions etrangères de Paris en Exrème-Orient.

 

 

Les autres hommages :

 

La légion d’honneur

 

La France le fit, au titre des affaires étrangères chevalier de la légion d’honneur le 31 octobre 1922 « Son œuvre durant 50 ans a contribué grandement à maintenir et à resserrer les liens de sympathie qui unissent la France et le Siam ».

 

 

La visite du roi et de la reine

 

« Le 7 mai 1926, à 10 heures et demi du matin, le Roi et la Reine, avec leurs suites d'aides de camp et de dames d'honneur, franchissaient dans leur somptueuse limousine le portail du collège de l'Assomption et s'avançaient jusqu'au préau central transformé, en salon d'honneur, où deux trônes sous un baldaquin avaient été préparés. Après les dis cours d’usage prononcés par les élèves, après les souhaits de bienvenue et les remerciements présentés au nom de toute la Mission par Monseigneur Perros, le roi répondit avec  tact et simplicité ni la réponse pleine de tact et de simplicité. Il convia  les élèves à suivre des carrières industrielles et commerciales, de préférence à des professions libérales et administratives. L'essor économique futur du Siam réclamera des hommes d'action; Sa Majesté compte sur le collège de l'Assomption pour les former moralement et techniquement. La réception officielle terminée, les 1.700 élèves regagnèrent immédiatement leurs classes respectives, qui toutes furent visitées  « par Leurs Majestés. Des questions furent posées aux élèves par le roi, et des cahiers furent feuilletés. La salle des machines à écrire Underwood, dont plus de 20 résonnaient sous les doigts agiles des dactylos, fut particulièrement remarquée… La mission du Siam n'oubliera pas de longtemps la visite solennelle et charmante de Leurs Majestés et l'intérêt si vif qu'ils ont manifesté envers ses œuvres. Les souverains du beau royaume de Siam ont droit à notre respectueuse reconnaissance, et leur présence durant près de deux heures nous reste un précieux encouragement pour continuer avec plus d'ardeur que jamais l'œuvre de culture religieuse et nationale, l'œuvre aussi de rapprochement franco-siamois que nous ne cessons de désirer, pour la plus grande prospérité matérielle et morale du pays que nous évangélisons »

 

 

La visite du Gouverneur général de l’Indochine

 

Le 25 août 1926, le  Gouverneur général  de l'Indochine Alexandre Varenne accompagné des Résidents supérieurs du Cambodge, du Laos, et de l'Annam rendit visite aux établissements catholiques de Bangkok. Dans le discours qu'il prononça devant les 2.000 élèves du collège de l'Assomption, il manifesta sa satisfaction de voir les magnifiques résultats obtenus par les Frères de Saint- Gabriel, ajoutant que ce résultat  ne pouvait être obtenu que grâce au dévouement de religieux qui connaissent et savent inculquer des principes de pédagogie chrétienne à leurs élèves.

 

 

La récompense de l’Académie française

 

Un autre hommage s’adresse autant au père Colombet qu’aux frères de Saint Gabriel qui ont continué sa tâche : en 1935, l’Académie française attribue au Collège de l’Assomption le prix de la fondation Charles Kommann,  créé en 1932 et destiné à contribuer aux frais de propagande et de diffusion de la langue française à l’étranger, sous forme de subventions à des institutions ou à des personnes s'occupant de l'enseignement de la langue française à l'étranger.

 

 

Les anciens du collège

 

Le collège est catholique assurément, une Vierge Marie en marbre blanc brille se dresse au fond de la cour avec à ses pieds, des couronnes de fleurs fraîches à la mode bouddhiste. Partout dans l’établissement, une Vierge Marie, une sainte Thérèse de Lisieux ou un Sacré-Cœur de Jésus surgit. Le mantra chrétien « Labor Omnia vincit » est omni présent.

 

 

Mais le collège n’est pas confessionnel. Les représentants des familles chrétiennes – un peu plus néanmoins que dans la société thaïe, moins de 2 à 3 % des élèves – ont la possibilité d’aller à la messe dans la cathédrale de l’Assomption qui donne directement dans la cour de l’école. Les messes ont lieu le vendredi pour permettre aux musulmans – 1 à 2 % des élèves – d’aller à la mosquée à deux rues de là. Quant aux bouddhistes, l’écrasante majorité des étudiants, ils reçoivent chaque premier vendredi du mois la visite des moines des très distingués temples situés dans les environs.

Mais le collège n’est pas confessionnel : 90% des étudiants ne s’y trouvent que par la qualité exceptionnelle de l’enseignement. On trouve parmi les anciens quatre anciens premiers ministres, quinze membres du Conseil royal, les plus grands noms du monde des affaires, mais aussi des artistes, des écrivains et même des moines célèbres, tous au sommet de leur discipline. A ce jour 50.000 personnes vivantes ou mortes ont fréquenté le collège. Dans leur jargon, ce sont des « โอแม็ก » (OMAC Old Man Assumption College).

 

 

Aujourd’hui, j’écris à la fin de l’année 2022 et j’en resterai évidemment là, le Ministre de la culture depuis le 10 juillet 2019 est encore un OMAC, Itthiphol Khunpluem (อิทธิพล คุณปลื้ม) ; après avoir quitté le collège et suivi des études de droit à l'Université Chulalongkorn, il obtint une maîtrise en droit de la Golden Gate University, aux États-Unis et suivit depuis une carrière politique.

 

 

Il  vient de se rendre très populaire dans le microcosme catholique au mois d’août 2022 ensuite d’un décret de l’année précédente : Le département des affaires religieuses placé sous son autorité a reconnu officiellement le statut d’Église comme lieu de culte approuvé à trois églises catholiques ce qui ne s’était plus vu depuis 1929, comprend l’église Saint-Thomas l’Apôtre à Bangkok,

 

 

l’église Sainte-Monique dans la province de Nan

 

 

et l’église Saint-Joseph Travailleur dans la province de Phrae. Le ministre a souligné que la reconnaissance des églises était une mesure visant à répondre au besoin d’harmonie religieuse et un moyen de promouvoir et d’encourager les religions en Thaïlande, afin de les mettre en conformité avec la situation actuelle. Il ajoutait que cette mesure visait à encourager les gens à disposer de lieux pour leurs activités religieuses et leur permette de recevoir une éducation et à inculquer une morale conforme aux principes religieux.

 

 

 

 

Sources

De nombreux numéro des Annales de la société des Missions étrangères de Paris et du Bulletin des Missions étrangères de Paris

Le dossier du père Colombet sur le site de la Légion d’honneur

Sur le site des Frères de Saint Gabriel, le dossier commémoratif du 50e anniversaire de leur installation à Bangkok

Le site (en thaï)

https://th.wikipedia.org/wiki/รายนามศิษย์เก่าจากโรงเรียนอัสสัมชัญ

donne une liste de plusieurs centaines anciens qui se sont illustré dans tous les domaines d’activité

Partager cet article
Repost0