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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

7 septembre 2021 2 07 /09 /septembre /2021 13:06

 

Bouddha, comme tous les êtres d’une grande sainteté, avait la capacité de se remémorer l’ensemble de ses vies passées et n’a pas manqué d’y faire appel pour appuyer certains points de son enseignement. Une toute petite partie du canon pali du bouddhisme theravada contient ainsi, dans la dernière section des sermons, 547 jatakas – les naissances - qui narrent par le menu les vies antérieures de Bouddha, le plus souvent sous forme des naissances du Boddhisattva c'est à dire Bouddha avant son éveil. C'est un corpus hétérogène où l'on trouve des récits brefs, sons forme de fables ou de paraboles dans lesquelles on trouve tantôt de courtes fables, adaptées aux besoins du bouddhisme, et des récits beaucoup plus longs et complexes. La forme même de cet enseignement en dehors de récits qui sont difficiles à comprendre, est la raison de son immense diffusion et de ses débordements probables chez nos fabulistes par l'intermédiaire d'Esope et dans la religion chrétienne à l'occasion des missions de l'empereur Asoka en direction de la méditerranée (1).

 

Ils sont toujours pour les moines un magnifique sujet pour leurs homélies et, d'une simplicité naïve, parfaitement adaptés à un auditoire qui ne se targue pas de métaphysique et plus efficace qu'un complexe discours théologique (2).

 

Les animaux tiennent une place importante dans le bouddhisme, considérés comme égal à l'homme. Tout être vivant et sensible a une attention particulière dans le bouddhisme et chacun se doit d'être respectueux envers la vie, quelle qu’elle soit.

 

Ainsi au cours de ses 547 existences antérieures à sa venue sur terre, Bouddha a connu 75 expériences de vie animale. Il naquit 25 fois sous forme d'une déité ou esprit, esprit de la forêt, esprit des arbres, esprit de l'air, esprit de l'eau ou sous la forme du Dieu Sakka, le roi des Dieux (Indra) qui est par ailleurs omniprésent dans les jataka.

 

 

Lorsqu'il naquit sous forme humaine, le Bodhisattva connut tous les statuts, paria, ouvrier, paysan, artisan, membre d’une famille royale, parfois, ascètes Brahmine souvent.

 

Que ce soit sous forme humaine, divine ou animale, le futur Bouddha a expérimenté à de multiples reprises, sous les formes les plus diverses, la stupidité et à la cruauté de ses semblables et du genre humain.

 

En feuilletant ces récits, en diagonale, je l'avoue, j'ai été étonné de voir que l'animal sous la forme duquel le futur Bouddha renaissait le plus souvent n'était ni l'éléphant (7 récits) ni le lion (7 récits) mais le singe sous la forme duquel le Bodhisattva naquit 10 fois  (3). Ces 10 récits sont d'ailleurs parmi les plus populaires des jataka. Pourquoi le singe ? Il n'est pas pour les bouddhistes un animal de cirque fantasque et capricieux mais symbole de sagesse par rapport aux humains. Il est aussi Hanuman.

 

 

 

Fils de Pavana, le dieu du vent, et de la déesse Anjana, il a l'apparence d'un singe  assez fort pour soulever des montagnes, tuer des démons et rivaliser de vitesse avec Garuda, l'oiseau véhicule de Vishnu. Grand admirateur de Rama, un avatar de Vishnu...

 

 

... Hanuman le rencontre à la recherche de sa femme Sita, perdu dans la forêt de Kishkindha et l'aide à vaincre le roi des démons Ravana, qui avait enlevé Sîta.

 

 

Á la force, il joint la sagesse, ainsi Thot, le dieu singe de l'Égypte antique, le dieu Thot.  

 

 

A Lopburi, à Prachuapkirikan, à Songkla, à Kumpawapi, dans la forêt de Phupan, tous les singes sont des incarnations d'Hanuman. Ils jouissent donc d'une liberté totale malgré les nombreuses nuisances qu'ils créent, il est formellement interdit de les chasser ou de les blesser.

 

 

Toutes ces fables sont le récit de Bouddha à ses disciples en leur rappelant les leçons qu'il avait reçues dans l'une de ses précédentes vies de singe   Dans la plupart des jataka on trouve la phrase « Bouddha disait alors à ses disciples, dans une vie ancienne, j'étais né sous forme de …. »

 

 

....un peu comme nous trouvons dans les Évangiles « Jésus disait un jour à ses disciples… » .

 

 

Les singes et le démon  - La prudence et l’imagination.

 

Il s'agit du Nalapana Jataka, le 20e de la série.

 

A cette époque le bienheureux était né singe de la taille d'un cerf et chef d'une troupe de singes au nombre de 80.000. Il leur avait donné l'ordre de ne manger ni de boire dans un endroit qu'ils ne connaissaient pas sans son consentement. Un jour, les singes étaient altérés et arrivèrent à un lac dans la forêt en un lieu inconnu, mais attendirent l'arrivée de leur chef avant de boire. Lorsque celui-ci arriva, il examina le lac et fixant son attention sur des traces de pas près des rives de l'étang, il vit qu'elles descendaient, mais ne remontaient jamais. Alors il sut qu'il était hanté par un démon quiconque. Il  descendit dans l'eau et dit : « Vous avez bien fait, mes enfants, de ne pas avoir bu l'eau. Cet étang est hanté ! » Quand le démon de l'eau vit qu'ils n'y descendaient pas, il prit la forme horrible d'une créature au ventre bleu, au visage pâle, aux mains rouges et aux pieds rouges, et sortit en pataugeant dans l'eau, et s'écria : « Pourquoi restez-vous assis ici ? Descendez et buvez ! ». Le roi lui demanda « Êtes-vous le démon de l'eau qui hante cet endroit ? ». « Oui ! Je le suis et j'ai pouvoir sur tous ceux qui descendent dans le lac, j'emporte même un oiseau et je ne lâche personne. Vous tous aussi, je vous dévorerai ». - « Nous ne vous permettrons pas de nous manger » - « Eh bien venez »- « Oui, nous boirons mais nous ne tomberons pas entre vos mains » - « Comment y parviendrez-vous ? ».

 

Il fournit alors à tous ses disciples de longs roseaux qui, par la puissance de sa vertu, devinrent immédiatement creux sur toute leur longueur et tous les roseaux autour de ce lac devinrent creux et ainsi ils purent boire sans descendre dans le lac.

 

 

Le singe et le crocodile – La connaissance.

 

Il s'agit du  Vānarinda-jātaka, le 57e de la série.

 

Le Boddhisattva était revenu à la vie sous la forme d'un singe. À l'âge adulte, il était aussi gros qu'un poulain et extrêmement fort. Il vivait seul au bord d'une rivière, au milieu de laquelle était une île où poussaient des manguiers et d'autres arbres fruitiers. A mi-chemin entre l'île et la berge, un rocher solitaire surgissait de l'eau. Étant aussi fort qu'un éléphant, le Boddhisattva avait l'habitude de sauter depuis la berge sur cette roche puis de là, sur l'île. Il y  mangeait à satiété les fruits qui poussaient sur l'île et revenait le soir par le même chemin. Et telle était sa vie au jour le jour.

Or, à cette époque, vivaient dans cette rivière un crocodile et sa compagne. Elle avait été alléchée à la vue du Bodhisattva et conçut le désir de manger son cœur. Elle supplia son seigneur d'attraper le singe. Le crocodile  prit alors position sur le rocher avec l'intention d'attraper le singe lors de son retour le soir.

Après avoir musardé autour de l'île toute la journée, le Boddhisattva  regarda le soir  la roche et se demanda pourquoi elle lui semblait plus élevée que d'habitude. Il soupçonna alors la présence d'un crocodile qui s'y était embusqué. Pour vérifier, il cria comme s'il s'adressait au rocher «  Salut, rocher ! ». Sans réponse, il répéta son cri trois fois. Il s'étonna car le roche répondait toujours lorsqu'il l'appelait. Le crocodile pensa alors que si le rocher avait  l'habitude de répondre au singe, il devait répondre à son tour. Il cria alors « Oui, singe, qu'est-ce que c'est ? » « Qui es-tu ? » dit le Boddhisattva « Je suis un crocodile ». « Pourquoi êtes-vous assis sur ce rocher ? » « Pour vous attraper et manger votre cœur ».  Il n'y avait pas d'autre moyen de revenir sur la berge. Il cria alors au crocodile «  Ouvre ta bouche et attrape-moi quand je saute ». Le Boddhisattva savait que lorsque les crocodiles ouvrent leur gueule, leurs yeux se ferment. Lorsque le crocodile ouvrit sa gueule sans méfiance, ses yeux se fermèrent et il attendit ainsi les yeux fermés et la gueule ouverte.  Voyant cela, le singe  fit un saut sur la tête du crocodile, et de là, avec son ressort vif comme l'éclair, il gagna la rive.

 

La question de savoir si un crocodile qui a la gueule ouverte a les yeux fermés est-conforme à la nature ? Je l’ignore.

 

 

Le fils du roi des singes et l'ogre – la perspicacité et la dextérité.

 

Il s'agit du Tayodhamma-jataka, le 58e de la série.

 

Le Boddhisattva était né fils du roi des singes. Celui-ci avait l'habitude d'émasculer avec ses dents tous ses enfants mâles, de peur qu'ils ne le remplacent un jour, mais la mère du Boddhisattva avait quitté le troupeau avant la naissance de l'enfant et l'avait élevé ailleurs. Quand il eut grandi il vint voir le singe-roi, et celui-ci tenta de l'étouffer dans une fausse étreinte d'affection mais le Boddhisattva était plus robuste que son père et lui échappa. Celui-ci lui demanda d'aller chercher des fleurs de lotus dans un lac voisin qui était habité par un ogre, lui disant qu'il souhaitait le couronner comme roi. Le Bodhisattva devina toutefois la présence de l'ogre. Il cueillit  les fleurs en sautant plusieurs fois d'une rive à l'autre, les saisissant au vol sur son chemin. L'ogre voyant cela exprima son admiration devant cette dextérité et décida de l'accompagner. Lorsque le roi vit son fils revenir avec l'ogre qui portait les fleurs, il mourut le cœur brisé.

 

 

Les singes contre les hommes : la tactique et la stratégie.

 

Il s'agit du Tiṇḍuka-jātaka, le 177e de la série.

 

Le Boddhisattva était né comme un singe au sein d’une troupe de quatre-vingt mille singes, il vivait dans l'Himalaya. Non loin de là se trouvait un village, tantôt habité, tantôt vide. Et au milieu de ce village se trouvait un arbre aux fruits sucrés délicieux. Quand le village était déserté, tous les singes s'y rendaient et en mangeaient les fruits. A l'époque de la saison des fruits, le  village se repeuplait, il était entouré d'une palissade de bambou et ses portes étaient gardées. L'arbre pliait sous le poids des fruits. Les singes par prudence envoyèrent un singe en éclaireur. Il découvrit qu'il y avait des fruits sur l'arbre mais que le village était rempli de monde. Les singes décidèrent de les manger. Ils allèrent prévenir leur roi qui leur demanda si le village était peuplé ou non. Il leur conseilla de se méfier des hommes. Ils répondirent tous qu'ils y iraient au milieu de la nuit quand tout le monde serait profondément endormi. Le roi leur donna son accord, toute la troupe descendit de la montagne et attendit jusqu'à la nuit que la population s'endorme. Ils grimpèrent sur l'arbre et commencèrent à en manger les fruits. Ils furent toutefois surpris par un villageois qui s'était réveillé et furent effrayés. Ils se tournèrent vers leur chef qui leur dit que les hommes avaient bien d’autres occupations et qu’ils pouvaient donc rester. Une fois leur festin terminé, il les rassembla mais s'aperçut qu'il manquait son neveu appelé Senaka. Il pensa alors que si Senaka ne s’était pas joint à eux, c'est qu'il avait quelque idée en tête. Or, Senaka dormait mais en se réveillant, il vit les villageois s'assembler pour poursuivre ses congénères. Il vit alors dans une hutte du village une vieille femme, profondément endormie devant un feu allumé. Il saisit un tison et se tenant bien au vent, mit le feu au village. Alors tous les poursuivants abandonnèrent la poursuite des singes et se précipitèrent pour éteindre le feu. Ainsi sauvés, les singes remirent chacun un fruit à  Senaka pour le remercier.

 

 

Le singe et le crocodile – Victoire sur la bêtise.

 

Il s'agit du Sumsumara jataka, le 208e de la liste.

 

Le Bodhisattva était venu à la vie au pied de l'Himalaya comme roi des singes. Il était fort et robuste et vivait au bord d'une courbe du Gange dans une petite forêt. A cette époque, un crocodile vivait dans le fleuve. Sa compagne avait vu le singe et conçut le désir de manger son cœur. Alors elle dit à son seigneur : « Mon ami, je désire manger le cœur de ce grand roi des singes ! » « Tendre épouse » dit le crocodile « je vis dans l'eau et il vit sur la terre ferme : comment l'attraper ? » « Par ruse » répondit-elle.  « Si vous ne l'attrapez pas, j'en mourrai ». Le crocodile lui répondit alors « ne t'inquiètes pas. J'ai une idée et je te donnerai son cœur à manger ». Le Bodhisattva était assis sur les rives du fleuve. Le crocodile s'approcha et lui dit : « Seigneur Singe, pourquoi vous contentez-vous des fruits de ces lieux vieux ? Sur l'autre rive du Gange, il y a des manguiers et toutes sortes d'arbres portant des fruits doux comme du miel ! Ne vaut-il pas mieux traverser et en manger ? ». Le singe lui répondit  « Seigneur crocodile, le Gange est profond et large : comment vais-je traverser ? ». Le crocodile lui dit alors « Montez donc sur mon dos, je vous ferai traverser ». Le singe lui fit confiance et accepta. Mais dès que le crocodile eut un peu nagé, il se mit à descendre sous les eaux. « Pourquoi me laissez-vous couler  ?» dit alors le singe. Le crocodile lui répondit «  Ne penses pas que je te porte par bonté d'âme, pas du tout ! Ma femme a envie de manger ton cœur, et je veux le lui donner ». « Ami », répondit le singe « mon cœur n'est pas en moi ». « Eh bien, où le gardez-vous ? » demanda le crocodile. Le Boddhisattva lui montra un figuier portant, au loin sur l'autre rive, des grappes de fruits mûrs. Le singe lui répondit «  Vois, mon cœur est pendu dans ce figuier ». « Alors je ne te tuerai pas » répondit le crocodile. Le singe lui répondit  « Amène-moi jusqu'à l'arbre et je te  montrerai où est accroché mon cœur  ». Le Crocodile l'amena. Le singe sauta de son dos et grimpa sur le figuier, s'assit sur une branche élevée et lui dit. « Ô idiot de crocodile ! Si tu croyais qu'il y avait des créatures qui gardaient leur cœur dans la cime d'un arbre, tu es un imbécile, et je t'ai joué ! »  Le Crocodile, se sentant aussi triste et misérable que s'il avait perdu mille pièces d'argent, retourna, affligé à l'endroit où il habitait. Si le bon La Fontaine en avait fait une fable, il aurait conclu « Le crocodile honteux et confus jura mais un peu tard qu'on ne l'y  prendrait plus ».

 

 

Un singe chez les hommes – Ce sont des insensés.

 

Il s'agit su Garahita Jataka, le 219e sur la liste.

 

Le Boddhisattva était autrefois né singe. Un chasseur l'avait capturé dans la forêt où il vivait et donné comme animal de compagnie au roi. Il vécut longtemps dans le palais, faisant consciencieusement des tours, des pirouettes et des grimaces pour le roi et sa cour chaque fois qu'on le lui demandait. Il y apprit beaucoup sur les mœurs des hommes. Satisfait de son service, le roi  demanda plus tard au chasseur de le ramener où il avait été capturé. À son retour, le Boddhisattva raconta à tous les singes d'où il venait et quelle avait été sa vie dans le royaume des humains. Le Bodhisattva ne voulait pas en discuter mais ils insistèrent. Il leur expliqua alors que les humains sont des imbéciles aveugles qui ne saisissent pas l'impermanence des choses et ne s'intéressent qu'à eux. Ils tiennent l'or comme le bien le plus précieux, mais ignorent la religion. Le maître de toutes les maisons se couvre de vêtements magnifiques, se coiffe de coiffures somptueuses mais mènent une vie affligeante pour tous les siens. Les singes demandèrent alors au Boddhisattva de s'arrêter car ils avaient compris, horrifiés de connaître la vie des humains. Les hommes sont des insensés qui ne jettent jamais un regard sur la voie vers la sainteté.

 

 

Les deux singes et le chasseur parjure – les vertus du don de soi.

 

Il s'agit du Cula nadiya Jataka, le 222e de la liste.

 

Nous avons raconté dans un précédent article l'histoire de ces deux singes, Bouddha et son disciple préféré, Ananda, dans une de leurs précédentes existences, qui ont sacrifié en vain leur vie pour sauver celle de leur mère. S'il n'est pas une illustration pour une fable de La Fontaine, il en est une pour la  phrase de Saint Jean dans son évangile (XV-13) Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Bouddha interdit de prendre la vie mais n'interdit pas de l'offrir (4).

 

 

Le singe et le crocodile – Victoire sur la bêtise (bis repetita).

 

Il s'agit du Vanara Jataka qui porte le numéro 342.

 

Il reprend pratiquement mot pour mot la parabole que nous venons de conter du Sumsumara jataka sous le numéro 208.

Le roi des singes et le manguier – les vertus du sacrifice.

 

Il s'agit du Mahakapi Jataka, le 407e de la liste. Il est l’un des plus populaires.

 

Le Boddhisattva était autrefois né singe, roi d'une troupe de quatre-vingt mille singes. Dans le bois où ils vivaient, il y avait un manguier au bord d'une rivière qui portait des fruits au goût divin. Les singes faisaient toujours attention à ne laisser aucun fruit tomber dans la rivière. Ces fruits étaient dignes d’un roi. Le Boddhisattva le savait et craignait que malencontreusement l’un de ses singes en fit tomber un  dans la rivière et l'emportât jusqu’au palais royal. Un jour un fruit, caché par un nid de fourmis, tomba à l'eau et se retrouva à Bénarès où se baignait le roi. Il y goûta et, lui prit  l'envie d'en manger davantage. Il fit fabriquer des radeaux et remonta le fleuve avec une compagnie de soldats. Ils trouvèrent l'arbre et le roi, ayant mangé à satiété,  couché au pied de l'arbre. À minuit, le Boddhisattva vint avec sa suite et ils commencèrent à manger les mangues. Quelle ne fut pas l'irritation du  roi quand il apprit que des singes se délectaient impunément des fruits qu’il estimait devoir lui être réservés ! Il ordonna à ses archers de cerner le bois et de tirer sur tous les singes dès le lever du jour point du jour. Mais le Bodhisattva était un véritable chef. Il tentait désespérément de trouver une solution, avisa soudain sur l’autre rive un arbre susceptible d’offrir un refuge à sa troupe. Ayant enroulé sa queue à l’une des branches du manguier, il s’élança par-dessus les eaux et agrippa une branche de l’arbre opposé, faisant ainsi de son corps une passerelle vers le salut. L’un après l’autre, les singes empruntèrent ce pont improvisé, s’efforçant de se faire le plus léger possible. Le roi n'en crut pas ses yeux et en oublia de donner à ses hommes l’ordre de tirer. Tous les singes se retrouvèrent en sécurité  sur l’autre rive. Un seul restait, il était la réincarnation d'un être malfaisant. Il  s’attarda et, le regard mauvais, s’arrêta sur le dos de son roi, pesant de tout son poids, sautant  jusqu’à ce que le pauvre animal, les reins brisés, lâcha prise et tombe au sol. Infiniment touché par l’édifiant sacrifice du singe, le monarque envoya quelques hommes le recueillir avec le plus grand soin pour tenter de lui porter secours. Mais il était trop tard. Le noble animal expira dans les bras du souverain qui lui fit donner des funérailles royales.

 

 

Le singe et la punition  du méchant.

 

Il s'agit du Mahakapi Jataka, 516e de la liste, il porte le même nom que celui que nous venons de voir au 407e de la liste, mais l’histoire est différente.

 

Il était une fois à Bénarès, un agriculteur brahmane du village de Kasi. Après avoir labouré ses champs, il détela ses bœufs et se mit à travailler avec une bêche. Les bœufs, tout en broutant des feuilles d’arbre s'éloignèrent  peu à peu dans la forêt. L'homme, découvrant qu'il était tard, posa sa bêche pour aller chercher ses bœufs, et ne les trouvant pas, il fut accablé de douleur. Il erra dans la forêt, à leur recherche, jusqu'à ce qu'il soit entré dans la région de l'Himalaya. Là, ayant perdu ses repères, il erra pendant sept jours à jeun, mais voyant un arbre fruitier, il y grimpa pour se nourrir. Toutefois il glissa de l’arbre et tomba de soixante coudées dans un abîme infernal, où il passa dix jours. À ce moment-là, le Bodhisattva vivait sous la forme d'un singe, et tout en mangeant des fruits sauvages, il aperçut l'homme qu’il sortit de son gouffre.  Sakka qui connut cette action lui indiqua le  chemin du retour avant de disparaître dans les montagnes. Toutefois l’homme, parce qu’il avait péché devint lépreux.

 

 

NOTES

 

(1) Voir nos articles

A 432 - LES MISSIONNAIRES BOUDDHISTES DE L’EMPEREUR ASOKA SUR LES RIVES DE LA MÉDITERRANÉE ORIENTALE VERS 250 AVANT NOTRE ÈRE.

A 276 - LES JATAKA BOUDDHISTES (ชาดก) ONT-ILS MIGRÉ VERS LE CHRISTIANISME ?

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2018/10/a-276-les-jataka-bouddhistes-ont-ils-migre-vers-le-catholicisme.html

A 287- LES JATAKAS BOUDDHISTES ONT-ILS MIGRÉ VERS LES FABLES D’ÉSOPE ET CELLES DE LA FONTAINE ?

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2018/11/a-287-les-jatakas-bouddhistes-ont-ils-migre-dans-les-fables-d-esope-et-celles-de-la-fontaine.html

(2)  J’utilise la traduction du pali vers l’anglais des 6 volumes de la traduction du pali effectuée par une équipe d’érudits sous la direction du professeur Robert E.B. Cowell en 1895. Elle a été numérisée dans son intégralité par de pieux bouddhistes :

http://www.sacred-texts.com/bud/j1/index.htm

http://www.sacred-texts.com/bud/j2/index.htm

http://www.sacred-texts.com/bud/j3/index.htm

http://www.sacred-texts.com/bud/j4/index.htm

https://www.sacred-texts.com/bud/j5/index.htm

http://www.sacred-texts.com/bud/j6/index.htm

 

(3) En respectant l’ordre alphabétique et sauf erreur,  Bouddha fut deux fois antilope, trois fois caille, trois fois cerf, deux fois chacal, une fois cheval, une fois chient, une fois coq, deux fois corbeau, une fois daim, sept fois éléphant, une fois grenouille, une fois iguane deux fois lézard, une fois lièvre, sept fois lion, deux fois oie, 5 fois oiseau, trois fois paon, cinq fois perroquet, une fois pigeon, deux fois pivert,  une fois poisson, deux fois rat, une fois sanglier, dix fois singe, deux fois taureau, une fois vache et quatre fois vautour.

 

(4) Voir notre article   A 438 – DEUX PIEUX BOUDDHISTES S’IMMOLENT PAR LE FEU A BANGKOK EN 1790 ET 1816

 

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31 août 2021 2 31 /08 /août /2021 13:05
A 438 – DEUX PIEUX BOUDDHISTES S'IMMOLENT PAR LE FEU À BANGKOK EN 1790 ET 1816.

Le mardi 11 juin 1963 à 9h17, le moine bouddhiste Thich Quang Duc, 66 ans, émerge d'une Austin bleu marine accompagné de ses disciples et s’assoit en position du lotus un chapelet dans la main au croisement de deux rues fréquentées du centre de Saigon. L'acte qu'il s'apprête à commettre va changer l'histoire de son pays. Les moines avaient contacté les correspondants étrangers de Saigon pour les prévenir de l'imminence d'une action de protestation spectaculaire.  Deux jeunes moines sont sortis d'une voiture. Un moine plus âgé, légèrement appuyé sur l'un d'eux, est sorti aussi, avant de se diriger tout droit vers le centre du carrefour. Les deux jeunes moines ont apporté un jerrican en plastique, qui contenait manifestement de l'essence. Dès que le plus âgé s'est assis, ils l'ont aspergé de liquide. Il a sorti une allumette, l'a craquée, et l'a lâchée sur ses genoux. Aussitôt, les flammes l'ont englouti. Tous les témoins de la scène étaient horrifiés. C'était terrifiant. Ces photos ont fait le tout du monde. Cette immolation fut suivie de nombreuses autres (1).

Ces immolations de moines par le feu étaient historiquement connues au Japon jusqu'au XIIIe siècle avant d'être condamnées par la hiérarchie bouddhiste. Elles n'étaient alors pas des actions de protestation mais un moyen de gagner la sainteté.

 

 

Il est un précédent ignoré de beaucoup de bouddhistes, celui de deux hommes pieux qui se sont immolés par le feu au cœur du temple d'Arunratchawararam (วัดอรุณราชวราราม ราชวรมหาวิหาร) à Bangkok, les laïcs Nai Rueang et Nai Nok (นาย เรือง และ นาย นอก), qui se sont immolés par le feu en offrande à Bouddha et aspiraient à atteindre la « bouddhéité ».

 

 

Il ne s'agissait pas non plus d'une immolation de protestation mais d'un moyens d'atteindre la sainteté. Le premier à se sacrifier fut Nai Rueang, un pieux bouddhiste, dont histoire est écrite dans la Chronique royale de Rattanakosin - Roi Rama II (พระราชพงศาวดารกรุงรัตนโกสินทร์ รัชกาลที่ ๒..Elle est compilée par le Prince Damrong (พระยาดำรง) et numérisée sur le site de la bibliothèque nationale Varirayana dans le chapitre 62 (2).

 

 

L'événement eut lieu le vendredi, du 3e mois lunaire, de la 8e lune croissante, année Rattanakosin 1152 c'est à dire sauf erreur en 1790. Nai Rueang se rendit en compagnie de deux amis, Khun Srikanthat Kromma et Nai Thongrak (ขุนศรีกัณฐัศว์กรมม้า et นายทองรัก) à l'ubosot (chapelle d'ordination - พระอุโบส) de Wat Krut (วัดครุธ) à Bangkok. Ils priaient avec un bouton de lotus dans la main pensant que celui ou ceux dont le fleur s'épanouirait serait Bodhisattva (พระโพธิญาณแล้ว). Seule la fleur de Rueang s'épanouit. Le lendemain, il écouta un sermon à l'ubosot du wat Arun. Lorsqu'il eut fini de l'écouter, il s’imbiba le corps avec un coton d'huile inflammable. Il s'assit les mains jointes et y mit le feu et chanta pendant que les flammes l'engloutissaient. 5 ou 600 personnes assistaient à l'immolation et manifestaient leur respect en criant « สาธุ - satu » qui est un cri d'admiration et d'approbation. Ils enlevèrent une partie de leurs vêtements et les jetèrent sur le feu pour l'alimenter. Ceux des spectateurs qui n'étaient pas bouddhistes manifestaient leur respect aussi en ôtant leur chapeau et le jetant sur le feu. Les fidèles conduisirent ses restes pour qu'ils fussent incinérés après trois jours de prière au Wat Hong Rattanaram (วัดหงส์รัตนารามราชวรวิหาร). Le temple est situé au bord d'un canal et lorsque le feu fut mis au bûcher. Les fidèles aidèrent à transporter le cadavre dans le cercueil pour les funérailles. 12 poissons sautèrent dans le feu et y périrent. Leurs cendres furent réunies aux siennes et transportées au Wat Arun.  La même chronique nous donne moins de détails sur l'immolation par le feu de Nai Nok..Elle eut lieu un mercredi du 7e mois lunaire de l'année 1816. Il se donna la mort au pied de l'arbre sacré de la bodi (ต้นศรีมหาโพธิ์) devant la chapelle d'ordination du wat chaeng (วัดแจ้ง) dans l'enceinte du Wat Arun.

 

 

Ces immolations volontaires n'étaient pas des immolations de protestations. On admet qu'ils voulaient pratiquer le bouddhisme au niveau supérieur (ukrit – อุกฤษฎ์) pour atteindre le Bodhisattva.

 

 

A cette époque, il était admis que sacrifier sa vie pour obtenir le nirvana était considéré comme un acte de grand mérite hautement vénérable. C'est probablement sous le règne de Rama III que furent installées au Wat Arun leurs statues en pierre dorée. Nai Ruang est assis les jambes croisées, les mains jointes

 

 

et Nai Nok est assis les jambes croisées mains entrelacées sur ses genoux en position de méditation pour atteindre le Bodhisattva (3).

 

Si ces auto-immolations étaient saluées et le sont peut-être encore dans une certaine frange du bouddhisme, elles furent interdites avec fermeté par le roi Rama IV qui considérait que ces pratiques n'existaient pas dans les canons pali que d'ailleurs aucun bouddhiste, y compris les moines et les nonnes, ne lisent jamais dans son intégralité et qui ne mentionne pas directement la valeur du sacrifice de soi. Ne parlons que des écrits canoniques dont les Jataka, le récit des 547 existences de Bouddha avant sa venue sur terre comme Gautama. Le roi les connaissait pour sa part ayant passé plus d'un quart de siècle dans un temple à étudier les textes sacrés avant de monter sur le trône

 

.

Les âges du passé sont l'arrière-plan de la vie historique du fondateur en tant que Gautama. Les légendes des Jataka sont généralement reconnues comme étant plus anciens que le Concile de Vesali (380 av. J.-C.) et omniprésent dans la littérature bouddhiste.

 

 

On trouve d'ailleurs des représentations sculptées de scènes des Jataka autour de nombreux sanctuaires. Ces bas-reliefs sont la preuve que les légendes des naissances antérieures de Bouddha étaient connues dès le IIIe siècle av.J-C et étaient alors considérées partie intégrante de l'histoire sacrée de la religion. Elles étaient continuellement rapportées et introduites dans les discours religieux des différents maîtres au cours de leurs pérégrinations, que ce soit pour magnifier la gloire de Bouddha ou pour illustrer les doctrines et les préceptes bouddhistes par des exemples appropriés.

 

Extrait d'un manuscrit sur feuilles de la tanier (1850)

 

 

Il est probable que ces diverses histoires de naissance n'ont pas alors été rassemblées sous une forme systématique comme dans la collection actuelle des Jataka. Elles étaient transmises oralement mais sur la base d'une certaine permanence.

 

La tradition veut que ces légendes, contes, fables ou paraboles furent écrites très tôt en cinghalais à Ceylan puis traduites en pali vers 430 après J-C par Buddhaghosa, une version perdue qui reprenait des traditions connues dès les premiers temps des communautés bouddhistes.

 

 

Ils ne furent diffusés, traduits du pali en langue thaï au Siam que sous le roi Rama V.

 

 

Il y en eut une première traduction du Pali en anglais par le professeur Rhys Davids en 1880.,et d'autres par plusieurs érudits supervisée par le professeur Robert E. B. Cowell publiées à Cambridge en 1895, elle représente 6 volumes d'environ 350 pages chacun.

 

 

Il n'y a que de très partielles traductions en français.

 

Le succès de cette longue tradition orale fut immense puisqu'il est certain qu'elle a gagné le monde grec, le monde chrétien du proche orient et le monde égyptien probablement par le biais des missions de l'Empereur Asoka (4).

 

 

C'est dans le texte canonique des Jataka que nous avons recherché s'il était des légendes concernant le don de soi. Il en est peu peut-être, mais importants puisqu'ils sont canoniques (5). Certains sont très (trop) longs, il semblerait qu’il n’y en a que sept qui concernent le sujet mais je ne suis pas certain d’avoir été exhaustif.

Les seuls textes canoniques du bouddhisme thaï :

 

 

Nigrodhamiga – Jataka

 

 

Le plus connu est celui qui porte le numéro 12 dans la recension classique. Nous savons que Bouddha a passé certaines de ses 547 existences sous forme animale. Il porte le nom de Nigrodhamiga – Jataka Cette histoire est celle de sa vie comme roi des cerfs. Il est probablement l’un des plus connus des fervents bouddhistes. Nous enlevons de ce récit ses très asiatiques hyperboles. Il se passe au temps où Brahmadatta - en réalité Ananda, le disciple préféré de Bouddha  dans une existence antérieure - régnait sur Bénarès.  N'y revenons pas, nous en avons fait une synthèse en enlevant les très asiatiques et très longues hyperboles dans notre article 276 (1). Le roi des cerfs proposa au roi l'échange de sa vie contre celle d'une malheureuse petite biche portant un bébé. Le roi décida alors qu’à ce jour on ne tuerait plus d’animaux dans ses forêts, le Bodhisattva avait transformé sa vie et lui dit « Seigneur roi des cerfs  je n'ai encore jamais vu, même parmi les hommes, un homme aussi abondant en charité, en amour et en pitié que toi. C'est pourquoi je suis content de toi. Levez vous tous deux, vos deux vies sont épargnées ».

Silavanaga Jataka

 

 

Il porte le numéro 72. Brahmadatta régnait à Bénarès, le Bodhisatta devint éléphant dans l'Himalaya, entièrement blanc, avec des yeux qui avaient l'éclat du diamant. Il était paré de toutes les perfections et d'une beauté inégalée. Il devint le chef des éléphants de l'Himalaya. Il était à la tête d'un troupeau de 80.000 éléphants mais s'aperçut que certains avaient le cœur mauvais. Il quitta la troupe et alla vivre dans la forêt où il reçut le nom de « Bon roi des éléphants ». Alors, se détachant du reste de la troupe, il alla habiter dans la solitude de la forêt, et la bonté de sa vie lui valut le nom de Bon Roi Éléphant. Un bucheron de Bénarès vint dans l'Himalaya et se fraya un chemin dans cette forêt à la recherche de bois pour son travail. Perdant ses repères et son chemin, il va et vient, étendant les bras de désespoir et en pleurant, la peur de la mort dans les yeux. En entendant ses cris, le Bodhisatta se déplaça avec compassion et résolut de l'aider et s'approcha de l'homme. Mais à sa vue le bucherons prit peur et s'enfuit. Il s'aperçut toutefois que la bête ne lui voulait pas de mal et souhaiter l'aider. Le Bodhisatta s'approcha et lui dit « Pourquoi, homme, êtes-vous en train d'errer ici en vous lamentant ? » « Seigneur, j'ai perdu mon chemin et j'ai peur de mourir ». Alors l'éléphant amena l'homme dans sa propre demeure, et l'y hébergea pendant quelques jours, le régalant de fruits de toutes sortes. Puis, disant : « N'aie pas peur, ami, je te ramènerai dans le repaire des hommes », l'éléphant le fit asseoir sur son dos et le conduisit là où les hommes habitaient. Mais l'ingrat pensa que, s'il était interrogé, il devrait pouvoir tout révéler. Ainsi, alors qu'il voyageait à dos d'éléphant, il nota les repères des arbres et des collines. Enfin, l'éléphant le fit sortir de la forêt et le déposa sur la grande route de Bénarès, en disant: « Voici ta route, ami homme: Ne dis à personne, que tu sois interrogé ou non, le lieu de ma demeure » et le Bodhisatta reprit la route pour retourner chez lui. Arrivé à Bénarès, l'homme fit le tour des artisans qui travaillaient l'ivoire et leur demanda s'ils étaient intéressés par les défenses à prendre sur un éléphant vivant puisqu'elles valent beaucoup plus cher que celles prises sur un mort. Après accord, il partit vers la demeure du Bodhisatta, avec des provisions pour le voyage, et une scie bien affutée. Il se lamenta alors auprès de l'éléphant en lui disant que son métier n'était d'aucun profit et qu'il était venu lui demander un peu d'ivoire pour lui permettre de gagner sa vie. «Bien » lui dit le Bodhisatta, « Avez-vous une scie avec vous ? » «  Alors prends mes défenses et emporte les avec toi ». Et il fléchit les genoux et couché à terre, laissa le bucheron scier ses deux défenses. Le Bodhisatta lui dit « Ne penses pas, homme, que c'est parce que je n'estime ni n'apprécie ces défenses que je te les donne. Mais mille fois, cent - des milliers de fois, plus chères à moi sont les défenses de l'omniscience qui peuvent comprendre toutes choses. Et donc puisse mon don t'apporter l'omniscience ».

 

 

L'homme les emporta et les vendit. Et quand il eut dépensé l'argent, il revint chez le Bodhisatta, disant que les deux défenses lui avaient permis de payer de vieilles dettes et mendiât le reste de l'ivoire du Bodhisatta. Le Bodhisatta y consentit et abandonna le reste de son ivoire. L'homme les enleva et les vendit et quand il eut dépensé l'argent, il revint «  je ne peux pas gagner ma vie de toute façon. Alors donnez-moi les racines de vos défenses ».

 

 

« Qu'il en soit ainsi », répondit le Bodhisatta, et il s'allongea comme auparavant. Alors le misérable, piétinant le tronc du Bodhisatta, dégagea brutalement les racines des racines des défenses jusqu'à ce qu'il ait dégagé la chair. Puis il scia racines et alla son chemin. Mais à peine le misérable eut-il quitté le Bodhisatta, que la terre se mit à trembler, qu'un gouffre s'ouvrit et il fut emporté dans les flammes de l'enfer. C'est évidemment une belle conclusion pour une fable sur l'ingratitude.

Cula Nandiya Jataka

 

 

L'histoire qui est recensée sous le numéro 222 se déroule toujours à l'époque ou Brahmadatta était roi de Bénarès. Le Bodhisatta était devenu un singe nommé Nandiya et habitait dans la région de l'Himalaya. Son plus jeune frère portait le nom de Jollikin, Ananda son disciple. Ils étaient tous les deux à la tête d'une troupe de quatre-vingt mille singes et ils devaient s'occuper d'une mère vieille et aveugle à la maison dans une forêt de banians. Il y avait un jeune homme mauvais que son maître brahmane avait dû chasser. Il s'était marié et incapable de travailler, gagnait sa vie à la chasse, vendant le gibier qu'il tuait. Un jour, alors qu'il rentrait chez lui bredouille, il aperçut un banian au bord d'une clairière et pensa y trouver du gibier. Les deux frères étaient assis derrière leur mère dans un arbre cachés dans les branches quand ils virent l'homme venir. Il s'apprêtait à tuer la mère singe et leva son arc mais le Bodhisatta le vit et dit à son frère : « mon cher frère, cet homme veut tuer notre mère ! Je lui sauverai la vie. Quand je serai mort, prenez soin d'elle ». En disant ainsi, il descendit de l'arbre et cria : « homme, ne tire pas sur ma mère ! Elle est aveugle, âgée et faible. Je vais lui sauver la vie ; tue-moi à sa place ! » Et quand le chasseur eut promis, celui-ci le tua sans pitié. Il prépara ensuite son arc pour tirer sur la mère singe. Jollikin vit cela et descendit de l'arbre et dit : « homme, ne tirez pas sur ma mère ! Je donne ma vie pour la sienne » et le chasseur le tua et ensuite la vieille mère. Il tira enfin sur la mère; les suspendit tous les trois à une perche et retourna chez lui. A ce moment, la foudre tomba sur sa maison et brûla sa femme et ses deux enfants avec la maison dont il ne restait plus que le toit et les montants de bambou. Le chagrin l'envahit : sur place, il laissa tomber sa perche avec le gibier et son arc, jeta ses vêtements et, nu, il rentra chez lui en gémissant. Alors les montants de bambou se brisèrent, tombèrent sur sa tête et l'écrasèrent. La terre s'ouvrit et une flamme s'éleva de l'enfer. Il pensa alors à l'enseignement de son maître brahmane lui avait donné « Faites attention de ne rien faire dont vous pourriez vous repentir ».

 

Sasa Jataka

 

 

Il porte le numéro 316. Le Bodhisatta était alors un lièvre. Il vivait dans la forêt et avait trois amis : un singe, un chacal et une loutre. Le Bodhisatta conseillait ses amis sur les questions morales et un soir avant un jour saint de jeûne et de prières, il leur rappela que faire l'aumône apportait de grands mérites. Ils devraient donc nourrir tous les mendiants qui s'approcheraient d'eux. Tôt le lendemain matin, ils sortirent tous chercher de la nourriture à rapporter chez eux pour manger plus tard lorsqu'ils pourraient rompre le jeune. La loutre trouva sept poissons dans le filet d'un pécheur. Le chacal entra dans la hutte d'un paysan absent. Le singe ramassa des fruits dans la foret. Le Bodhisatta ne mangeait que de l'herbe et n'avait donc aucune nourriture à offrir aux mendiants et décida alors qu'il donnerait sa propre chair si nécessaire. Lorsque le Dieu Indra apprit le vœu, il décida de se déguiser en brahmane et de mettre le Bodhisatta à l'épreuve. Il rendit d'abord visite à la loutre lui demanda de la nourriture pour rompre son jeûne, elle lui offrit ses sept poissons. Il fit la même demande au chacal et au singe qui lui remirent le fruit de leurs recherches avant d'approcher le Bodhisatta. Après avoir entendu la demande d'Indra, le Bodhisatta fut rempli de joie et lui demanda d'aller préparer un feu, ce qu'il a fait. Lui-même secouant trois fois sa fourrure pour éviter de tuer les insectes qui y vivaient puis sauta dans les flammes comme un cygne atterrissant au milieu des lotus.

 

À sa surprise, il ne ressentit aucune brulure et se demanda ce qui se passait. Indra se dévoila et lui expliqua qu'il était venu tester sa vertu. Celui-ci lui répondit qu'il aurait fait la même chose même la personne la plus humble. Indra dit alors que la vertu du Bodhisatta devrait être connue du monde entier. La loutre, le chacal et le singe étaient des vies antérieures d'Ananda, Moggallana et Sariputta, trois des meilleurs disciples de Bouddha.

 

Ce jataka explique à suffisance pour quoi les Thaïs pieux se refusent à manger du lapin. La langue ne fait pas la différence entre lapin et lièvre qui est le même mot : kratai (กระต่าย). Lorsque vous leur posez la question des raisons de cette aversion, je l'ai faite, sans avoir des commaisances approfondies « C'est Bouddha »... Tout simpelement la crainte de manger une incarnation de Bouddha.

Sivi Jataka

 

 

Il est le 499e. Ce n'est plus le don d'une vie mais celle d'une partie du corps. Le Bodhisatta était a né sous le nom de Sivi, roi d'Aritthapura, son père portant le même nom que lui. Il gouvernait bien et faisait chaque jour six cent mille aumônes. Un jour, le désir lui vint de donner une partie de son corps à qui le lui demanderait. Indra lut dans ses pensées et, apparut devant lui comme un brahmane aveugle, lui demanda ses yeux. Le roi accepta de les donner et fit appeler son chirurgien nommé Sivaka. Lorsque les orbites furent cicatrisées, Sivi souhaita devenir ascète. Indra lui demanda alors s'il avait un souhait. Sivi voulut mourir mais Indra insista pour qu'il choisisse autre chose. Il demanda alors de retrouver la vue. Les yeux réapparurent, mais ce n'étaient ni des yeux naturels ni divins, mais des yeux appelés « Vérité absolue et Perfection ». Sivi retrouva son trône et enseigna à ses sujets la valeur des cadeaux.

Jayadissa Jataka

 

Il est le 513e jataka. Le prince Alinasattu était Bouddha et il offrit sa propre vie à un géant mangeur d'hommes en remplacement de celle de son père. Cette très longue parabole est encombrée de stances originairement en pali mais traduites en vers anglais par Cowell. Si je suis incapable d'apprécier la versification pali, je le suis tout autant d'apprécier la versification anglaise. Disons simplement que Bouddha offrit sa vie à l'ogre en remplacement de celle de Pancala, roi de Kampilla, son père.

 

 

Chaddanta Jataka

 

 

Il est le 514e. Le Bodhisatta était un éléphant du blanc le plus éclatant avec des défenses à six couleurs, il mesurait quarante mètres de haut et vivait le long d'un lac magnifique au cœur de l'Himalaya et dirigeait un troupeau de huit mille têtes. Il avait deux reines. Un jour, alors qu'il se tenait entre les deux, il frappa de la tête un arbre en fleurs. Des fleurs et des feuilles tombèrent sur sa reine préférée et des brindilles sèches mélangées à des feuilles mortes et des fourmis rouges tombèrent sur l'autre ce qui la mit en colère. Une autre fois, en se baignant dans le lac, lI donna la fleur d'un grand lotus à sa reine préférée mettant l'autre en colère. Plus tard, lorsque lui et ses épouses offrirent des fruits sauvages à cinq cents futurs bouddhas, la reine rancunière pria pour renaître en tant que reine humaine. Ainsi elle pourrait envoyer un chasseur pour tuer le Bodhisatta. Puis elle mit son plan à exécution en se laissant mourir de faim et naquit à nouveau en belle princesse. Lorsqu'elle fut majeure, elle épousa un roi et devint reine consort et chef de ses seize mille femmes. La nouvelle reine se souvint de sa vie antérieure et, le moment venu, elle enfila une robe sale et se coucha dans son lit en faisant semblant d'être malade. Le roi vint alors lui offrir tout ce qu'elle pourrait souhaiter afin qu' elle se sentsse mieux. Elle demanda à ce que tous les chasseurs du royaume soient convoqués au palais. Le roi le fit par une proclamation à coups de tambour et peu après soixante mille hommes se rassemblèrent. Là, la reine annonça qu'elle avait besoin d'un chasseur pour lui apporter les défenses à six couleurs d'un éléphant qu'elle avait vu dans un rêve, mais aucun des hommes n'en avait jamais entendu parler. Elle choisit parmi la foule pour être son chasseur le plus dur, imposant, laid, défiguré par des cicatrices et fort comme cinq éléphants parmi la foule pour être son chasseur. Elle lui indiqua sa mission, difficile et dangereuse et lui proposa en récompense la propriété de cinq riches villages. Au début, il était terrifié à mort, mais il accepta la tâche après que la reine lui ait promis le succès et lui eut donné mille pièces d'or avec tout l'équipement dont il aurait besoin pour le long et pénible voyage jusqu'au repaire du Bodhisatt. Il partit en promettant de tuer l'éléphant et de ramener ses défenses. Le chasseur voyagea sept ans, sept mois et sept jours à travers des champs épineux, des forêts denses, des marécages boueux et des montagnes montantes au-delà du royaume des hommes pour atteindre le lac du Bodhisatta. Là, il se cacha non loin de l'endroit où un ascète, attendant avec une flèche empoisonnée. Quant arriva le Bodhisatta, le chasseur lui tira dessus et le reste du troupeau s'enfuit pris de panique tandis que leur roi hurlait de douleur. En voyant le chasseur, le Bodhisatta lui demanda pourquoi il voulait sa mort et le chasseur lui parla du rêve de la reine. Le Bodhisatta comprit que c'était le travail de son ancienne reine et dit la vérité au chasseur. Ne pouvant tacher son karma d'une colère, le Bodhisatta dit au chasseur de couper ses défenses et de les emmener à la reine afin qu'il puisse faire des mérites pour atteindre finalement le nirvana. Le chasseur essaya, provoquant une grande douleur dans la bouche sanglante du Bodhisatta, mais il était si grand que le chasseur ne put y parvenir. Le Bodhisatta prit alors la scie et coupa lui-même ses défenses et mourut peu après en laissant à la bonne reine prendre la tête du troupeau. Grâce au pouvoir magique des défenses, le chasseur revint au palais en seulement sept jours. Il donna à la reine les défenses aux six couleurs mais reprocha avec véhémence sa haine du Bodhisatta. Elle fut alors remplie de remords et de chagrin et mourut ce jour-là.

Je ne prétends pas faire l'exégèse des textes canoniques du bouddhisme, j'en suis incapable mais on conçoit à leur lecture qu'il n'est jamais question de suicides de protestation ni de sacrifices rituels permettant de gagner le nirvana mais de perfection dans la générosité. L'interdiction de Rama IV semble avoir été largement justifiée. Nous rejoignons évidemment la phrase de Saint Jean dans son évangile (XV-13) Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Il y a une différence fondamentale entre l'acte de se donner volontairement la mort et celui d'offrir sa vie. Judas s'est suicidé, suicide égoïste, Jésus ne s'est évidemment pas suicidé, sacrifice oblatif. Bouddha interdit de prendre la vie mais n'interdit pas de l'offrir.

 


 

NOTES

 

(1) Nous avons vu en 2011 et 2012 des moines du Tibet en exil se transformer en torches vivantes aux Indes et en Chine, probablement plusieurs centaines.

 

 

L'immolation par le feu est devenue une arme politique dont l'efficacité reste à démontrer.

 

En 2007, un groupe de moines thaïs a fait vœu de jeûner jusqu'à la mort à moins que le Conseil constitutionnel n'inscrive la déclaration « Le bouddhisme est la religion nationale thaïlandaise » dans la nouvelle constitution. Ils ont revendiqué ce sacrifice de soi comme une offrande au Bouddha. Ce défi audacieux aux autorités laïques n'était peut-être pas simplement un coup publicitaire, il avait ses racines dans la culture, l'histoire et la littérature thaïe. Il n'eut toutefois aucune suite !

 

(2) https://vajirayana.org/พระราชพงศาวดาร-กรงรัตนโกสินทร์-รัชกาลที่-

 

(3) Une nuit, vers les années 1980, les statues ont été décapitées probablement par des pillards à la recherche d'antiquité… ou tout simplement de pieux bouddhistes ? La reconstruction de leur tête actuelle fut immédiate.

 

(4) Voir nos articles :

 

A 432 - LES MISSIONNAIRES BOUDDHISTES DE L’EMPEREUR ASOKA SUR LES RIVES DE LA MÉDITERRANÉE ORIENTALE VERS 250 AVANT NOTRE ÈRE.

A 276 - LES JATAKA BOUDDHISTES (ชาดก) ONT-ILS MIGRÉ VERS LE CHRISTIANISME ?

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2018/10/a-276-les-jataka-bouddhistes-ont-ils-migre-vers-le-catholicisme.html

A 287- LES JATAKAS BOUDDHISTES ONT-ILS MIGRÉ VERS LES FABLES D’ÉSOPE ET CELLES DE LA FONTAINE ?

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2018/11/a-287-les-jatakas-bouddhistes-ont-ils-migre-dans-les-fables-d-esope-et-celles-de-la-fontaine.html

(5) Bien que les volumes de la recension de Robert E. B. Cowell soient parfaitement accessibles puisque numérisés, de pieux bouddhistes en ont fait une numérisation d'accès plus facile. Seuls les commentaires sont différents :

http://www.sacred-texts.com/bud/j1/index.htm

http://www.sacred-texts.com/bud/j2/index.htm

http://www.sacred-texts.com/bud/j3/index.htm

http://www.sacred-texts.com/bud/j4/index.htm

https://www.sacred-texts.com/bud/j5/index.htm

http://www.sacred-texts.com/bud/j6/index.htm

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30 juillet 2021 5 30 /07 /juillet /2021 08:07

 

Nous avons consacré plusieurs articles à Rama VI, avant dernier roi de la monarchie absolue. Nous vous en donnons les références en annexe. Il fut un personnage singulier et pétri de contradictions entre tradition et le « modernisme » ramené de sa très longue éducation anglaise et de ses périples en Europe.

 

 

Nous le savons imbu de sa fonction de monarque absolu, pensant être une réincarnation du roi Naresuan dont il porte l'épée. Il réprime fermement la révolte de 1912 lancée par des militaires qui attendaient de son long séjour en Europe une relative libéralisation du régime. Il avait en effet annoncé dans son discours de couronnement qu’il allait moderniser et occidentaliser le Siam tout en conservant son pouvoir de monarque absolu ; ce qui semblait une parfaite contradiction. 

 

 

Il va lancer tardivement son pays dans la guerre en 1917 en invoquant les principes les plus sacrés avancés par les démocraties alliées. Il n'en croyait probablement pas le premier mot. Les quelques 1500 volontaires partis sur le front conservèrent un souvenir amer de leur expérience, pas mieux traités par les Français, les Anglais et les blancs américains que le furent les noirs des régiments de ces derniers.

 

 

Ils manifestèrent à l'égard de la communauté chinoise des sentiments que l'on peut – mutatis mutandis - comparer à l'antisémitisme qui se développera et s'amplifiera dans la France de l'après-guerre après celui d'avant-guerre.

 

 

 

Rama VI fut un « bon époux », sans oublier une amourette avec une Américaine en Angleterre, peut-être responsable d'une seule égratignure au lien conjugal dans ses probables amours avec une danseuse juive de Russie. Il eut comme tous des prédécesseurs quelques épouses secondaires ce qui alors ne choquait personne, bon père, hélas pour lui, il n'apprit sa paternité que sur son lit de lort et se serait écrié "enfin".  Il est revendiqué sans d'ailleurs de justifications probantes par l'internationale pédérastique. Manifestement, la création du corps des « Tigres sauvages » n'était que celle d'une farouche garde prétorienne et non d'un réservoir de gitons.

 

 

Ecrivain, traducteur, journaliste, il prétendit donner à son pays une écriture romanisée, et tenta même de créer un nouvel alphabet.

 

 

il fut un bâtisseur comme tous les monarques de la dynastie et navigua également entre modernisme et tradition.

 

 

Il n’était pas destiné à régner. 29e fils du roi Chulalongkorn, il fut envoyé vivre et étudier en Angleterre dès son plus jeune âge. Il fut élevé au rang de prince héritier au brusque décès prématuré de son frère Maha Vajirunhis.

 

 

Il lui fallut neuf ans avant de revenir d'Angleterre au Siam en 1902 et hérita ensuite du fardeau de la fonction royale à la mort de son père en 1910. Écrivain par vocation et roi par hasard, il dut passer de ses études artistiques aux matières militaires et à l'administration publique.

 

 

Lorsque nous parlâmes de ses goûts en matière artistique et architecturale, nous pûmes constater un singulier mélange de modernisme et de tradition. C'est à cette occasion que nous découvrîmes l'existence d'une déité – son ange gardien - à laquelle il voua un culte particulier, Thao Hiranpanasura ou Thao Hiranhu (ท้าวหิรัญพนาสูร ou  ท้าวหิรัญฮู)

 

 

. .. découverte ou invention, peu importe, dont il installa une statue dans son palais de Phayathai (วังพญาไท)  à Bangkok. L'histoire de cette déité protectrice mérite quelques développements.

 

 

Il est permis de penser qu'il fut partisan d'une conception moderne du bouddhisme dont l'une des caractéristiques principales était la « démythologisation » du bouddhisme, l'idée que le bouddhisme était une philosophie, qui rendait le bouddhisme compatible avec la société moderne voulue par son père. Or nous allons le découvrir aux antipodes de cette conception rationaliste à l'occasion de la découverte de son « ange gardien ».

 

 

Les sources sur cette anecdote sont rares, exclusivement en thaï dans la mesure où elle se situeen 1902 bien avant sa montée sur le trône en 1910. Elle se situe géographiquement dans le contexte de la révolte dire des « états shans » (กบฏของรัฐฉาน) face à l'expansionnisme de Rama V et sa tentative de créer un état fort et centralisé face aux ambitions colonialistes des Français et des Anglais.

 

 

Qui sont les Shans (ชาน) ?

 

 

Autrement appelés Thai Yai (ทยใหญ่) ils sont un groupe ethnique reconnu comme tel, de langue taï, constituant ce jour la plus grande minorité ethnique de Birmanie, plusieurs millions, toujours en perpétuelle révolte contre l'état central de Rangoon. Ils sont présents au Laos, en Chine, et au Siam bien sûr. La population shan de Thaïlande est principalement concentrée sur la frontière avec la Birmanie, à Chiang Rai, Chiang Mai, Mae Hong Son, Mae Sariang, Mae Sai, Tak et Lampang, où des groupes se sont installés depuis longtemps avec leurs propres communautés et temples, essentiellement bouddhistes. Ils seraient environ actuelle 100.000.

 

La rébellion Shan, éclata dans le nord du Siam en 1902, face aux efforts siamois centralisateurs vers la formation de l'État moderne. Ce ne fut pas l'un des petits troubles facilement réprimés par l'autorité centrale. Sa répression fut la première opération à grande échelle de l'armée siamoise dans les provinces du nord. Partie de la ville siamoise du nord de Phrae en juillet 1902, elle se poursuivit jusqu'en mai 1904 peut-être fomentée par la France puisqu'il s'agissait de régions frontalières du Laos annexé en 1893.

 

 

Le 25 juillet 1902, un chef Shan, dirigea une attaque à la tête de quarante hommes pour piller le centre de Phrae, attaquer le commissariat et la poste pour couper la ligne télégraphique, tuant une vingtaine de fonctionnaires thaïs. D'autres purent prendre la fuite et se cacher mais furent traqués par les habitants et remis aux rebelles, qui leur réservèrent un triste sort.

 

Après cette première attaque réussie, les rebelles se séparèrent en deux groupes, l'un se dirigeant vers le nord pour recueillir le soutien de la communauté Shan dans la zone, qui comptait alors environ 20 000 membres. Un autre groupe descendit vers le sud jusqu'à l'épaisse jungle d'Uttaradit pour ralentir la montée des troupes thaïlandaises et lança de multiples attaques nocturnes de guérilla contre les troupes thaïes.

 

Le fort de ces attaques ne dura que deux semaines avant d'être arrêté par l'arrivée des troupes de Bangkok mais le problème shan ne fut résolu qu'en 1904 (1).

 

Les Siamois dénoncèrent le « complot de Myngoon ». Ce prince était l'un des nombreux fils de l'avant-dernier roi de Birmanie, Mindon contre lequel il avait organisé une rébellion en 1866. Exilé pour le reste de ses jours, en 1902, il vivait sous protection française à Saigon.

 

 

En 1902, Rama VI rentre de son long séjour de 9 ans en Angleterre et en Europe. Il a tout juste 21 ans. Son père l'envoya « faire ses classes » de prince héritier après son séjour temporaire comme moine bouddhiste. Alors que la rébellion n'est pas totalement éradiquée, au cœur de la rébellion des Shans. Le voyage dura trois mois. Le prince héritier dut passer ses nuits en pleine jungle au cœur de la révolte.

 

 

Au cours de l'une de ses nuits, dans la jungle de Lopburi, un membre de son escorte fit un rêve prémonitoire étrange, la vision d'un homme solide appuyé sur un bâton de marche qui lui dit s'appeler Hiran. Il était une divinité protectrice des habitants de la forêt et désormais suivrait le prince partout où résiderait prendrait soin de lui et l'avertirait des dangers.

 

On lui donna son nom que je préfère traduire par Hiran (ou argent) le protecteur des habitants de la forêt. Hiran (หิรัญฮู) signifie « argent » en thaï archaïque, il est le seigneur (thao – ท้าว) des habitants de la forêt, en thaï archaïque phanasura (พนาสูร) C'est une déité protectrice (Sammathithi - สัมมาทิฐิ). Il nous semble difficile de ne pas le comparer à un ange gardien !

 

 

Lorsque le roi eut connaissance de cette vision, il fit immédiatement une prière en faisant bruler des bougies et des bâtons d'encens ainsi que des offrandes d'aliments. Lorsqu'il devint roi, Rama VI ne l'oublia pas. Il en fit couler des représentations en bronze vêtu d'un vêtement à l'ancienne et appuyé sur son bâton de marche et ainsi firent ses courtisans, en particulier son préféré le plus proche, Chamunthep Darunthorn (จมื่นเทพดรุณทร)

 

 

Rama VI fit par ailleurs très rapidement fondre quatre statuettes en argent de la divinité tenant son bâton de marche de la main droite, selon un rituel brahmanique.

 

 

La première installée dans sa chambre sur son chevet le suivait partout. Elle fut à sa mort transmise à la reine Suwatana (พระนางเจ้าสุวัทนา). Elle est actuellement dans la salle de prière du palais Runrudi (วังรื่นฤดี ) qui devint la résidence de la reine après son veuvage.

 

 

Une autre fut attribuée Phraya Aniruttheva (พระยาอนิรุทธเทวา), un militaire de ses proches. Elle est enchâssée dans une tour située sur le mur de Ban Bantomsin (บ้านบรรทัดสิน), un palais que lui avait offert le roi.

 

 

L'autre fut placée sur la calandre de l'un de ses véhicules, une Opel, et se trouve toujours sur le dit véhicule dans les collections des automobiles royales.

 

 

La quatrième est dans la salle du trône.

 

 

Cet ange gardien va être au centre de plusieurs miracles qui contribuèrent largement à la diffusion de son culte.  Le premier se produisit lorsque le roi demanda à Phraya Athonthornsilp (Mom Chuang Kunchorn) (พระยาอาทรธรศิลป์ (ม.ล.ช่วง กุญชร)), l'un de ses cousins, de superviser la construction de la statue destinée à son palais de Bangkok par un artisan italien qui travaillait au Ministère des Beaux-arts, Galetti. Lorsque le moulage fut terminé et destiné à être placé sur son socle au palais, Galletti mit une corde autour du cou de Thao Hiranhu pour faciliter la manutention. Il tomba brusquement malade en raison d'une raideur à la nuque. Phraya Athon en devina la raison : il avait placé une corde autour du cou de la statue. Il lui fit apporter des fleurs en colliers, de l'encens et des bougies pour demander pardon. Lorsque l'artisan italien le fit, il retrouva miraculeusement la santé.

 

D'autres incidents se produisirent sous le règne de Rama VII : Il avait hérité de l'automobile de son prédécesseur qui avait fait placer la statuette de la divinité sur la calandre. Il se produisit des événements étranges  à de multiples reprises : bruits insolites dans le garage, lumière allumées sans raison, véhicule déplacé sans intervention. Il fallut demander pardon à Hiran en lui faisant des offrandes et promettre de ne plus jamais utiliser ce véhicule (2).

 

 

Les anecdotes sur les miracles de cet ange gardien perdurent :

 

Un membre de la famille Diskun (ดิศกุ) urinait du sang et vint se faire soigner à l'hôpital Phyathai. Le chirurgien préconisa une intervention chirurgicale. Ses proches connaissaient l'histoire de Hiran. Ils prirent des fleurs, de l'encens et des bougies pour fleurir la statue incluse dans le périmètre de l'hôpital. Le malade fut instantanément guéri.

 

Un autre événement se produisit en 1979. Une enseignante fut victime d'un accident de la circulation et fut très grièvement blessée, jambe gauche et droite cassées et nécessité d'attelles. Conduite dans un hôpital privé, elle ne pouvait faire face au coût des traitements. Elle se rendit alors à l'hôpital Phramongkutklao – Phayathai (โรงพยาบาลพระมงกุฎฯ พญาไท). Perdant connaissance, elle vit un homme debout à côté du lit qui la regardait. Elle sut immédiatement qu'il s'agissait de Thao Hiranhu. Elle leva alors les mains pour le saluer. Tao Hiranhu hocha la tête, et peu de temps après, la malheureuse fut totalement guérie et pu retourner chez elle sans jamais plus oublier Tao Hiranpanasura.

 

 

Depuis lors de multiples reproductions en furent faites, amulettes, statuettes, gravures et pour tout bon bouddhiste, il est leur ange gardien sur le chemin tortueux de la vie.

 

 

Le roi Vajiravudh a ainsi incorporé des institutions religieuses informelles - le surnaturel - avec le bouddhisme moderne en le rendant compatible avec les discours du rationalisme scientifique. Sa position sur le surnaturel était déterminée par une constatation : le bouddhisme, comme le judéo-christianisme, avait besoin de miracles pour attirer les croyants. Pour lui, miracles et croyances surnaturelles ne devaient pas être étrangers à la religion.

 

Rama VI communiquait souvent avec les « oppatikas » ou « winan » (โอปปาติกะ ou วิญญาณ) c'est à dire les esprits, la tradition lui attribue un sixième sens.

 

 

NOTES

 

 

(1) Sur la révolte shan, voir en particulier Pinyapan Potjanalwan « New Cities and the Penetration of Siamese Colonial Power into the Physical Space of Monthon Payap » in Journal of Mekong Societies, Vol.14 No.3 Septembre-Decembre 2018 .

Sur l 'ethnie Shan proprement dite, voir Thailand Ethno Lingiistic Maps, ๊ำ une publication de l’Université Thammasat de 2004 (en thaï).

 

(2) Ces événements miraculeux sont totalement ignorés d'un pourtant excellent article de Preedee Hongsaton (ปรีดี หงส์สต้น) publié dans le « Thammasat Journal of History » sous le titre « The Silver Guardian Demon of the Jungle: Modern Buddhism in the Suppression of the Shan Rebellion in Thailand, 1900s-1920s » publé en 2018 et numérisé :

https://so05.tci-thaijo.org/index.php/thammasat_history/article/view/167748.

La traduction par « démon » est un pur barbarisme.

Nous trouvons trace de ces événements miraculeux sur des sites thaïs par exemple

http://www.bp.or.th/webboard/index.php?topic=17800.0;wap2

Le site Wikipédia n'en est qu'un résumé : "https://th.wikipedia.org/wiki/HYPERLINK "https://th.wikipedia.org/wiki/"ท้าวหิรัญพนาสันต์

Existent aussi de nombreuses pages Facebook, toutes en thaï et de nombreuses vidéossur Youtube , par exemple https://www.facebook.com/watch/?v=184571496809609

 

NOS ARTICLES SUR RAMA VI

 

Généralités

 

A 86. Le Coup d'Etat manqué de 1912 ?

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/article-a86-le-coup-d-etat-manque-de-1912-112832034.html

155. Que savons-nous de Rama VI (1910-1925) ?

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/article-155-que-savons-nous-de-rama-vi-1910-1925-124661814.html

RH 57.5 INTRODUCTION À L'HISTOIRE DE LA DYNASTIE CHAKRI : RAMA VI (1910-1925)

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2020/09/rh-57.5-introduction-a-l-histoire-de-la-dynastie-chakri-rama-vi-1910-1925.html

 

La première guerre mondiale

 

28 -Le Siam Et La 1 Ère Guerre Mondiale.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/article-28-les-relations-franco-thaies-la-1-ere-guerre-mondiale-67543426.html

168. le-nationalisme-du-roi-rama-vi-1910-1925

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/article-168-le-nationalisme-du-roi-rama-vi-1910-1925-125257916.html

164. Le Siam participe à la 1ère guerre mondiale.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/article-164-le-siam-particpe-a-la-1ere-guerre-mondiale-125175819.html

H 20 - UNE AUTRE VISION DE LA PARTICIPATION DES SIAMOIS A LA 1ERE GUERRE MONDIALE EN 1917.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2018/06/h-20-une-autre-vision-de-la-participation-des-siamois-a-la-1ere-guerre-mondiale-en-1917.html

H 30- LE ROI VAJIRADUDH OU UN RÊVE MILITAIRE CONTRARIÉ

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2019/05/h-30-le-roi-vajiradudh-ou-l-histoire-d-un-reve-militaire-contrarie.html

 

Les contraditctions internes

 

170. Rama VI face à deux modèles -  Le modèle « occidental » et  le modèle « Siamois ».

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2015/02/1-171-rama-vi-face-a-deux-modeles-le-modele-occidental-et-le-modele-siamois-2-le-modele-siamois.html

 

Les réalisations

 

 

162. Les tigres sauvages de-rama VI 910-1925

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/article-162-les-tigres-sauvages-de-rama-vi-1910-1925-125174342.html

163. Rama VI crée le mouvement des scouts en 1911.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/article-163-rama-vi-cree-le-mouvement-des-scouts-en-1911-125174353.html

169. Rama VI crée l’état-civil siamois.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2015/02/169-rama-vi-cree-l-etat-civil-siamois.html

172. Rama VI et l’économie du Siam. (1910-1925)

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2015/03/172-rama-vi-et-l-economie-du-siam-1910-1925.html

177 - Le Siam de Rama VI retrouve tous ses droits souverains en 1925

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2015/04/177-le-siam-de-rama-vi-retrouve-tous-ses-droits-souverains-en-1925.html

 

La vie privée

 

159. L'éducation anglaise du roi Rama VI

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/article-159-l-education-anglaise-du-roi-rama-vi-125066391.html

A88. Un bracelet de Rama VI offert à une danseuse, réapparaît.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/article-a88-un-bracelet-de-rama-vi-offert-a-une-danseuse-reapparait-113269810.html

157. La Vie Privée De Rama VI, Un Règne De Transition ? (1910-1925). (1)

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/article-157-la-vie-privee-de-rama-vi-un-regne-de-transition-1910-1925-1-124775080.html

 

Les arts et les lettres

 

244-Les peintres et les sculpteurs italiens au siam sous Rama V et Rama VI

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2017/10/a-244-les-peintres-et-les-sculpteurs-italiens-au-siam-sous-rama-v-et-rama-vi.html

A91. La romanisation du Thaï ?

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/article-a91-la-romanisation-du-thai-114100330.html

165. Le Roi Rama VI et la romanisation du thaï.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/article-165-le-roi-rama-vi-et-la-romanisation-du-thai-125174362.html

A 415- UNE RÉFORME DE L’ORTHOGRAPHE VOULUE PAR LE MARÉCHAL PHIBUN, AUJOURD’HUI OUBLIÉE.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2021/01/a-414-une-reforme-de-l-orthographe-voulue-par-le-marechal-phibun-aujourd-hui-oubliee.html

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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23 juillet 2021 5 23 /07 /juillet /2021 08:06

 

Le bouddhisme fascine de longue date notre monde occidental, une fascination qui  se fonde sur la confrontation Jésus-Bouddha, dogme-dharma, Église-Sangha. Nous avons consacré trois articles à ces coïncidences au moins troublantes entre le bouddhisme et le christianisme (1).

 

 

 

Nous trouvons de nombreux écrits selon lesquels le Christianisme ne serait qu'un schisme Bouddhique, fondé par les disciples de Jésus sous le nom de leur maître, dont ils ont fait leur Bouddha. Il descendrait par une filiation directe des religions de l'Inde. La première manifestation de sentiments religieux qui nous soit connue sont les Védas et le Brahmanisme. Les Védas sont probablement les plus anciens livres religieux du passé.  Transmises oralement avant d'être écrites, il est impossible d'évaluer leur âge, probablement le deuxième millénaire avant Jésus-Christ. Le Brahmanisme a donné naissance au Mazdéïsme ...

 

 

 ... et au Bouddhisme. De ceux-ci seraient issus le Mosaïsme et l'Essénisme. De ces deux derniers serait né le Christianisme.

 

 

Charles Dollfus en 1872 écrit  « De même qu’il y a des affinités visibles entre la doctrine de Jésus et celle des esséniens, il y en a d’évidentes entre celle de Bouddha et de Kapila » (2).

 

 

Louis Jacolliot dans un ouvrage à tout le moins fuligineux mais qui a connu grand succès en 1876 voit un lien entre Manou le législateur,

 

 

Ménès le premier pharaon historiquement connu,

 

 

Minos le crétois

 

 

et Moïse,

 

 

le Christ devenant en quelque sorte un avatar de Khishna (3).

 

 

Nous retrouvons cette théorie dans un « Jésus-Bouddha » anonyme de 1881.

 

 

Cornelis Petrus Tiele en 1882 relève mutatis mutandis les mêmes liens (4).

 

 

Plus récent, en 1933 Ernest Zyromski, nous dote d'un chapitre sur « LE SENTIMENT CHRETIEN DANS LES LOIS DE MANOU, LES CONSEILS DE BOUDDHA, ET LA BHAGAVADGITA » (5).

 

 

Nous devons encore en 1998 à un théologien jésuite B. Sénécal, un « Jésus le Christ à la rencontre de Gautama le Bouddha » (6).

 

 

Retenons enfin la publication en 1999 de l'ouvrage de Raphaël Liogier, enseignant à l'Institut d'études politiques à Paris (est-ce une bonne référence?) et chercheur à l'Observatoire du religieux de l'Université d'Aix-Marseille III « Jésus, Bouddha d'Occident » pour lequel  le christianisme serait un bouddhisme gréco-juif (7). L'ouvrage ne repose que sur des hypothèses ce qui est singulier pour un historien mais il ne faut pas s'en étonner connaissant la sous-jacence de cet Observatoire ouvertement gauchiste et islamophile.

 

 

Devons-nous voir dans ses liens entre ces religions une filiation directe ou le simple rappel de tout ce que peut ramener le règne de la saine morale de l'humanité ? Y a-t-il un lien direct entre les règles morales du bouddhisme et de l''évangile dont l'authenticité est la plus assurée, celle de Saint Mathieu et sa partie majeure, le sermon sur la montagne ?

 

 

Il y a en tous cas une certitude, c'est que s'il (je dis bien SI) y a eu passage du bouddhisme au christianisme, il s'est fait par les Esséniens, en quelque sorte le « châinon manquant », singulière frange du judaïsme, inconnue des écritures bibliques, apparue tardivement et rapidement disparue.

 

 

Qui étaient-ils ?

 

Avant la découverte des manuscrits de la mer Morte, ce que nous en savions se limitait pour l’essentiel, aux écrits de Philon d’Alexandrie, de Flavius Josèphe et de Pline l’Ancien, seul non juif, ce qui suffisait d'ailleurs à Voltaire en particulier d'affirmer péremptoirement qu'ils étaient les vrais représentants de la religion du Christ débarassée de sa gangue de dogmes conciliaires et d'excommunications et d'en faire des Luthériens du christianisme primitif.

 

 

Le premier à s'être penché en véritable historien, qu'il était est évidemment, Ernest Renan dans sa monumentale « Histoire du peuple d'Israël » en 1893 au vu de toutes ses sources qui dataient de l'antiquité. (8). Il les voit apparaître aux environ de 150 avant Jésus Christ. Leur disparition du fait essentiellement des persécutions romaines, se situe aux environs du Ier ou IIe siècle de notre ère. Pour lui, décrivant leurs mœurs et rites austères, ils donnent un « avant goût du christianisme ». Il se pose naturellement la question de savoir s'il n'y avait-il pas, dans cette apparition si originale, quelque influence étrangère qui expliquerait certains traits qui détonnent à première vue dans le judaïsme? Ces traits se réduisent au fond à bien peu de choses, et « presque toutes les particularités dont on a voulu chercher la raison dans le parsisme, dans le bouddhisme, dans le pythagorisme, proviennent, sauf peut-être la magie et l'angélologie, toujours d'origine persane, des fausses couleurs de Josèphe ou d'une germination naturelle du judaïsme ». Sa réponse est claire, pas d'antécédents bouddhistes.

 

Ce n'est pas dans le passé, c'est en avant qu'il faut chercher les parentés de l'essénisme. Renan a incontestablement le sens de la formule :

« Le christianisme est un essénisme qui a largement réussi ».

« L'esprit est le même, et certainement, quand les disciples de Jésus et les esséniens se rencontraient, ils devaient se croire confrères »...

 

«  Cette fois encore, il faut être très sobre de conjectures en ce qui concerne les emprunts directs »

 

 

Bonne leçon d'un historien de profession à l'historien du dimanche que je reste.

 

En ce qui concerne les Esséniens, une dissidence du judaïsme classique avide de pureté rituelle, la littérature est surabondante. Renan en fait des piétistes avant la lettre. Nous ne citerons que ce qu'en a dit Pline l'ancien dans la cinquième partie de son Histoire naturelle (17-73), ce qui a très largement été corroboré par la découverte à partir de 1947 des manuscrits de la Mer morte et de leur traduction :

 

 

 

« À l’occident (de la mer Morte), les Esséniens s’écartent des rives sur toute la distance où elles sont nocives. C’est un peuple unique en son genre et admirable dans le monde entier au-delà de tous les autres : sans aucune femme, et ayant renoncé entièrement à l’amour ; sans argent ; n’ayant que la société des palmiers. De jour en jour, il renaît en nombre égal, grâce à la foule des arrivants ; en effet, ils affluent en très grand nombre, ceux que la vie amène, fatigués par les fluctuations de la fortune, à adopter leurs moeurs. Ainsi, durant des milliers de siècles, chose incroyable, subsiste un peuple qui est éternel et dans lequel, cependant, il ne naît personne : si fécond est pour eux le repentir qu’ont les autres de leur vie passée ! Au-dessous des Esséniens fut la ville d’Engada (Engaddi), qui ne le cédait qu’à Jérusalem pour sa fertilité et pour ses palmeraies, mais devenue aujourd’hui un second bûcher. De là, on arrive à la forteresse de Massada, située sur le rocher, et elle-même voisine du lac Asphaltite. » (9)

Renan, avons-nous vu, ne fait qu'une brève allusion à une possible influence bouddhiste.

 

 

Les bouddhistes chez les Esséniens ?

 

Cette question a fait l'objet d'une très importante communication d'André Dupont-Sommer, orientaliste français qui a particulièrement étudié les manuscrits de la mer Morte, sur lesquels il a fait paraître à partir de 1959  plusieurs ouvrages importants comportant la traduction d'une grande partie des manuscrits connus à cette date (10). Ce ne sont plus des sources d'auteurs étrangers à la secte mais des documents internes aux Esséniens.

 

 

Une constatation préalable s'impose, les Esséniens pratiquent un judaïsme strict dont ils ne s'écartèrent pas. Renan parle à juste titre de piétisme.

 

 

Dupont-Sommer donne un aperçu des ouvrages d'érudition qui, dès le XIXe siècle font état de contacts entre les Esséniens et les bouddhistes. Ils furent de toute évidence en rapports étroits avec le zèle missionnaire de l'empereur Asoka qui s'étendait à la terre entière, non seulement vers l'asie orientale (Ceylan, Birmanie, prninsule indochinoise, Chine et Japon) mais aussi vers l'asie occidentale jusqu'aux rives de la méditerranée. Asoka, roi du Magadha et empereur de l'Inde entière se convertit au bouddhisme aux environs de 250 avant Jésus-Christ. Il fit graver dans tout son empire des inscriptions lapidaires pour le rappeler. Elles furent progressivement découvertes au XXe siècle dans le Pakistan occidental, en Afghanistan, en écriture indienne, araméene ou grecque. Dupont-Sommer en a publié et traduite plusieurs. Certaines font référence aux frontières de son empire avec celui du roi grec Antiochos, monarque séleucide et roi d'Antioche,

 

 

 

Ptolémée II, roi d'Alexandrie,

 

 

Magas, roi de Cyrène, Antigone Gonatas, roi de Macédoine, Alexandre de Corinthe... La bonne nouvelle fut donc colportée jusque dans les royaumes de la méditérranée orientale. Sont-ce les missionnaires d'Asoka qui ont semé jusqu'à la Palestine ce monachisme bouddhiste ? Cette vie communautaire perdura pendant trois siècle chez les Esséniens  et l'on retrouve sans difficultés ses commandements dans le sermon sur la montagne.

 

«  Le christianisme est un essénisme qui a réussi » écrivit Renan avons-nous dit, mais ce qui semble une boutade doit-elle être prise au pied de la lettre ? Nous ignorons tout de la vie cachée du Christ qui dura 30  ans en dehors de légendes transmises par les évangiles apocryphes ? Les évangiles n'en disent rien avant sa rencontre avec Jean-le-baptiste. Il ne coûte donc rien de dire qu'il fut en contact avec les Esséniens sans crainte d'être contredit.

 

 

Bouddhisme, Essénisme, Christianisme, les parallèles, les ressemblances et les coïncidences peuvent être troublants.

 

L'apparition des esséniens coïncide avec la période missionnaire d'Asoka, certes mais les parallèles, les ressemblances et les coïncidences n'impliquent pas toujours des relations entre elles.

 

L'un des meilleurs exemples de ces assimilations pseudo-historiques est l'ouvrage de l'occultiste théosophe Edouard Schuré qui continue à être réédité à l'attention des curieux d'étrangetés (11). Il a été traduit dans toutes les langues de l'univers et consacre un chapitre aux Esséniens, fruit d'une imagination débridée.

 

 

Nous ne retirons de ces explications, qu’une certitude, les missionnaires bouddhistes ont atteint les royaumes de la méditerranée orientale et ont de toute évidence rencontré les esséniens en Palestine. Il y a donc eu de toute évidence des interférences. Le Christ pour sa part connaissait les esséniens comme les autres franges du judaïsme, pharisiens et saducéens  et sa doctrine était plus proche de celle des esséniens que des autres.

NOTES

 

(1) Voir nos trois articles :

 

A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2016/02/a211-l-eglise-catholique-a-t-elle-canonise-par-erreur-HYPERLINK "https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2016/02/a211-l-eglise-catholique-a-t-elle-canonise-par-erreur-bouddha-en-1583.html"bouddha-en-1583.html

A 276 - LES JATAKA BOUDDHISTES (HYPERLINK "https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2018/10/a-276-les-jataka-bouddhistes-ont-ils-migre-vers-le-catholicisme.html"ชาดกHYPERLINK "https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2018/10/a-276-les-jataka-bouddhistes-ont-ils-migre-vers-le-catholicisme.html") ONT-ILS MIGRÉ VERS LE CHRISTIANISME ?

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2018/10/a-276-les-jataka-bouHYPERLINK "https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2018/10/a-276-les-jataka-bouddhistes-ont-ils-migre-vers-le-catholicisme.html"ddhistes-ont-ils-migre-vers-le-catholicisme.html

A 375 - DES ENFERS BOUDDHISTES ÀHYPERLINK "https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2020/06/a-375-des-enfers-bouddhistes-a-l-enfer-des-chretiens-la-legende-de-phra-malai.html" L’ENFER DES CHRÉTIENS : LA LÉGENDE DE PHRA MALAI

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2020/06/a-375-des-enfers-bouddhistes-a-l-enfer-des-chretiens-la-legende-de-phra-malai.html

 

(2)  Charles Dollfus «  Considérations sur l'histoire : le monde antique » 

 

(3) Louis Jacolliot  « La Bible dans l'Inde – vie de Iezeus-Christna »,  1876

 

(4) Cornelis Petrus Tiele «  Histoire comparée des anciennes religions de l'Égypte et des peuples sémitiques », 1882.

 

(5) Ernest Zyromski « Le message oriental » 1933.

 

(6) B. Sénécal, « Jésus le Christ à la rencontre de Gautama le Bouddha » Identité chrétienne et bouddhisme, Paris, Cerf.

 

(7) Raphaël Liogier « Jésus Bouddha d'Occident » – Calman Levy, 24 mars 1999

 

(8) « Histoire du peuple d'Israël », tome V dans laquelle il consacre deux chapitres à la secte, chapitre VI « Les Esséniens » et chapitre VII « Avant-goût du christianisme » (pp.55-77).

 

(9) La traduction est celle que donne André Dupont-Sommer dans un article dont nous parlons plus bas :

« Ab occidente litora Esseni fugiunt usque qua nocent, gens sola et in toto orbe praeter ceteras mira, sine ulla femina, omni venere abdicata, sine pecunia, socia palmarum. in diem ex aequo convenarum turba renascitur, large frequentantibus quos vita fessos ad mores eorum fortuna fluctibus agit. ita per saeculorum milia – incredibile dictu – gens aeterna est, in qua nemo nascitur. tam fecunda illis aliorum vitae paenitentia est ! infra hos Engada oppidum fuit, secundum ab Hierosolymis fertilitate palmetorumque memoribus, nunc alterum bustum. Inde Masada castellum »

 

(10) « Essénisme et Bouddhisme » In: Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 124 année, N. 4, 1980. pp. 698-715;

 

 

(11) Edouard Schuré « Les grands initiés -esquisse de l'histoire secrète des religions : Rama, Khrisna, Hermès, Moïse, Orphée, Pythagore, Platon, Jésus 

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11 juillet 2021 7 11 /07 /juillet /2021 03:31

 

La tradition du bouddhisme Théravada qui est celui de la Thaïlande situe la naissance de Bouddha en 623 et sa mort en 543 av. J.-C. C’est à partir de l’année de sa mort que l’on compte les années. Nous sommes donc en 2564 (2021 + 543). Qu’en est-il exactement ?

 

 

Il est plus aisé de parler du bouddhisme que de Bouddha. D'un côté, nous avons  surabondance de textes et de commentaires échelonnés sur vingt-cinq siècles. En ce qui concerne la vie terrestre, les récits sont également surabondants et sont le plus souvent la narration de prodiges issus de l’imagination des narrateurs. Tous rivalisent de surenchères dans  l'hyperbole et en général l'invraisemblance.

 

 

L’historicité de Bouddha ne peut actuellement plus être mise en doute. Bouddha n’est pas un nom mais désigne celui qui  a atteint le stade le plus élevé de l’évolution spirituelle.

 

 

Il portait en réalité un nom de tribu et un nom de famille en dehors d’une multitude d’autres appellations générées par son éveil. Il appartenait à la vaste tribu des Sakya, dont la capitale était Kapilavatthu, située à la frontière de l’Inde et du Népal actuels. Il lui fut donc souvent attribué le nom de Sakya-muni, « le sage Sakya ». Son nom de famille était celui de son clan Gautama.

 

 

Disparu de l'Inde après le XI siècle, le bouddhisme n'intéressa plus les érudits indiens qui se consacrèrent à l’étude des Védas.

 

 

Ce sont les chercheurs européens qui rencontraient le bouddhisme à peu près partout sauf aux Indes, sous des formes variées selon les peuples et les latitudes qui s’intéressèrent au personnage.

 

 

Ce fut une des grandes occupations de l'Indologie à partir du XIXe et encore de nos jours après la découverte des langues sacrées, sanskrit et pali  au siècle dernier dans le monde érudit.

 

 

De cette volumineuse littérature, ils retirèrent plus qu’une biographie, une légende de Bouddha, les récits de ses vies antérieures, son enseignement oral et une multitude de commentaires. Monseigneur Pallegoix en donne un raccourci percutant : «  Dans les livres sacrés des bouddhistes,  on compte environ cinq cent cinquante générations ou histoires de Bouddha, qu'on dit avoir été racontées par lui-même; ce sont autant de contes ridicules qui représentent Bouddha tantôt comme naga ou serpent, tantôt comme roi des éléphants blancs, moineau, cigogne, singe, bœuf, tortue, cygne, lion, etc. Il a passé par les corps de toutes sortes d'animaux et surtout d'animaux blancs; mais toujours il a été à la tête de ceux de son espèce. Il a aussi été homme dans plusieurs de ses générations il a été ange dans les différents degrés des cieux. Il a même passé plusieurs milliers d'années dans les enfers; enfin il est né roi, et c'est dans cette condition qu'il est parvenu à la sainteté parfaite. »(1).

 

 

Les critiques occidentaux cherchèrent bien à aller plus loin, mais la question de la datation de la vie de Bouddha continua à se poser.

 

 

Sans entrer dans le détail, les traditions chinoises sont contradictoires entre elles,  tantôt de 1029 à 949 av. J.-C., tantôt de 958-878 av. J.-C., ou encore de  686  à 476 av. J.-C. Les Japonais ont d’autres sources, de 463 à 383 av. J.-C. Pour les Tibétains, les dates sont de 961 à 881 av. J.-C.

 

La lecture de quelques ouvrages provenant d’érudits indianistes ne m’a guère éclairé :

 

L’Encyclopédie du bouddhisme publiée en 1990 le fait mourir en 480 av. J.-C.  (2).

Entre 1029 et 950  av. J.-C. nous dit La Châtre (3).

Monseigneur Bigandet le fait mourir  en 437 av. J.-C. (4)

Sophie Egoroff nous dit qu’il vécut vers 390-320 av. J.-C. (5)

Le grand Emile Burnouf situe sa mort en 547 av. J.-C., opinion à laquelle se rallie Pierre Larousse dans son dictionnaire encyclopédique du XIXe siècle (6). 


Monseigneur Pallegoix pour sa part, qui s’est livré à une analyse méticuleuse du bouddhisme et de son histoire écrit : « D'après les calculs des bouddhistes, admis par la plupart des savants, Phra Codom serait né dans une ville de l'Inde appelée Kabilaphat, environ l'an 543 avant Jésus-Christ », mais il est probable qu'il ait confondu l'année de sa naissance et l'année de sa mort. (1)

 

 

L'époque de la mort de Bouddha est donc un point sur lequel ne s'accordent pas les diverses nations professant le Bouddhisme bien que notre tradition Théravada la situe à  peu après au milieu du sixième siècle avant notre ère. Si les Tibétains, les Mongols et les Chinois, placent cet événement plusieurs centaines d'années avant la date susmentionnée et malgré cette divergence, il semble difficile de ne pas adopter la chronologie des Bouddhistes du Sud que nous sommes. Les savants qui ont apporté un degré considérable d'attention à ce sujet, donnent une préférence à  cette opinion, en se rapportant  aux tables chronologiques de rois fournies par les Hindous et aux auteurs grecs qui fournissent indirectement une époque fixée et bien établie avec un degré suffisant de certitude. Après la mort d'Alexandre le Grand, Sélecus, un de ses lieutenants, obtint pour sa part toutes les provinces situées à l'est de l'Euphrate, dans lesquelles étaient inclus les territoires indiens conquis.

 

 

D'abord en personne puis par un ambassadeur, il entra en relations avec un puissant roi Indien, nommé Chandragoupta, qui avait le siège de son empire à Palibolra ou Patalipoutra.

 

 

Ce commerce eut lieu environ 310 ans avant Jésus-Christ. Les tables chronologiques Hindoues mentionnent le nom de ce prince aussi bien que celui de son petit-fils, nommé Athoka, qui, d'après le témoignage des auteurs hindous monta sur le trône de Palibotra 218 ans après la mort de Gautama. Les traditions et les anciennes inscriptions en sanskrit ou en pali ne laissent à peu près aucun doute sur le fait que Gautama mourut sous le règne d'Adzatathat, que les chronologistes Hindous placent le règne de ce monarque environ 250 ou 260 ans avant celui de Chandragoupta, contemporain de Séleucus.

 

 

Les étrangers et les indigènes situent donc la mort du maître durant la première partie du sixième siècle avant l'ère Chrétienne, ou au commencement de la quatrième partie du cinquième siècle, Une très érudite analyse de l'universitaire Srilankais Oliver Abeynayake,, titulaire de la chaire de Bouddhisme et de Pali à l'Université de Sri Lanka au vu d'études méticuleuses des inscriptions épigraphiques et des manuscrits Pali et Sanskrit recueillis par les Anglais lors de la colonisation de l'Inde et du Népal le conduit à retenir pour date de la mort de Bouddha celle de 544 avant notre ère. 543 ou 544 avant Jésus-Christ, l'erreur est dérisoire pour une religion qui a plus de 2500 ans (7).

 

Mais il se greffe une autre difficulté chronologique, c’est que nous situons toutes ces dates « avant Jésus-Christ » alors que nous ignorons toujours la date exacte de la naissance du sauveur de l'humanité ! Il a été depuis longtemps convenu que le premier millénaire avait débuté l'an 1 lui-même commençant l'année suivante la naissance du Christ au solstice d'hiver c'est à dire au 25 décembre. Or, il est acquis que le Christ n'est pas né quelques jours avant le début de l'an I. Tout autant que pour la date de la mort de Bouddha, les spécialistes se déchirent !

 

 

L'historicité du Christ n'est actuellement plus sérieusement mise en doute. Les historiens romains, Tacite ou Suétone, ont parlé de cet agitateur juif mis à mort sous le proconsulat de Ponce-Pilate et sous le règne de l'empereur Tibère. Les Romains ayant des historiens et une chronologie bien établie, commençant le 21 avril de la fondation de Rome en 753 avant notre ère. Or, il est une quasi-certitude historique, c'est que la naissance du Christ a eu lieu sous le règne du roi Hérode dont les historiens romains situent la mort en 749 de leur chronologie c'est à dire 4 ans avant la naissance du Christ.

 

 

Les autres évènements permettant de dater cette naissance donnent lieu à des interprétations contradictoires. Les parents du Christ s'étaient déplacés à l'occasion d'un recensement mais il y en eut plusieurs.

 

 

Les  mages sont venus probablement de Chaldée à l'occasion d'un phénomène astronomique mais il y en eut également plusieurs dans les années précédant la naissance du Christ (conjonctions de planètes ou comète).

 

 

Mieux vaut donc parler  « d'avant notre ère » laquelle a commencé en l'an UN puisqu'il n'y a pas d'année zéro pour les historiens à l'inverse des scientifiques (8).

 

Restons-en là et ne récrivons pas la longue chronologie de l'histoire du monde en faisant démarrer notre ère non à la date présumée de la naissance du Christ mais à sa date réelle qui se situerait entre -7 et -4 !

 

 

NOTES

 

(1) Monseigneur Jean-Baptiste Pallegoix «  Du royaume thaï ou Siam », à Paris, 1854,

(2) « Dictionnaire du bouddhisme », Encyclopédia Universalis, chez Albin Michel, 1990.

(3)« Le Grand dictionnaire Universel de La Châtre (1869).

(4)« Vie et légende de Gautama, le Bouddha des Birmans » (1878),

(5)« Bouddha-Cakya-Mouni, personnage historique qui a vécu vers 390-320 avant Jésus-Christ, premier sublime socialiste, sa vie et ses prédications, son influence bienfaisante sur la civilisation du monde entier » 1906.

(6) « Introduction à l’histoire du bouddhisme indien » (1876)

 

(7) Cette étude qui est destinée à déterminer la date exacte à laquelle Bouddha a atteint l'illumination a été publiée en 2011 et repose sur une impressionnante recherche épigraphique et bibliographique « The Emergence of Buddhism and the 2,600th Anniversary of the Buddha's enlightenment ». Il est numérisé:

https://www.academia.edu/8361561/The_Emergence_of_Buddhism_and_the_2_600_Oliver_Abenayaka

 

(8) On est donc dans l'histoire passé de l'an – 1 à l'an + 1. Le premier siècle d’un calendrier chrétien est l’intervalle de temps d’une durée de cent ans commençant en l’instant zéro qui n'est pas l'année zéro. Il s’étend donc de l’an 1 à l’an 100 inclus. Les siècles suivants s’étendent ainsi de l’an 101 à l’an 200 inclus, de l’an 201 à l’an 300 inclus, de l’an 301 à l’an 400 inclus, de l’an 401 à l’an 500 inclus... du 1er janvier de l’an 1801 au 31 décembre de l’an 1900 inclus, du 1er janvier de l’an 1901 au 31 décembre de l’an 2000 inclus. Nous sommes donc entrés dans le troisième millénaire le 1er janvier 2001, et non le 1er janvier 2000 contrairement à tout ce qui a été claironné à l'époque. Quand Arthur C. Clarke écrit « 2001, l'Odyssée de l'espace », il choisit pour la date de son intrigue... la première année du troisième millénaire.

 

 

 

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3 juillet 2021 6 03 /07 /juillet /2021 04:46

 

Dans des régions sèches comme l'Egypte ou l'Asie Centrale, même les cadavres abandonnés se momifient. Mais dans un pays d'hygrométrie élevée comme le nôtre, le sens commun le mieux partagé juge inconcevable la momification sans utilisation de procédés de nature chimique ou de procédés beaucoup plus élaborés scientifiquement comme ceux sur lesquels plane toujours un secret absolu qui permet la conservation de la dépouille de Lénine depuis 1924.

 

 

Les procédures de momification de l'ancienne Egypte sont connues de longue date, qui permirent à la dépouille de Ramsès II de défier le temps depuis 3000 ans.

 

 

Les cas de momification naturelle sans traitement particulier du corps ne sont pas exceptionnels, les moines de Palerme,

 

 

les Cappuccini de Rome (Santa Maria délia Concezione),

 

 

ou encore le corps momifié de Saint Jean de Rilla en Bulgarie,

 

 

ceux du  Monastère des Cavernes (Poscëvskaja Lavra) de Kiev

 

 

ou celui de Sainte Bernadette, découvert intact lors de son exhumation lors des démarches entreprises pour sa béatification puis sa canonisation, trois reconnaissances du corps ont eu lieu en 1909, en 1919 et en 1925. Sa dépouille demeurée intact, est toujours exposée dans la chapelle principale du Sanctuaire.

 

 

La présence de dépouilles intactes et pieusement conservées de moines bouddhistes est connue de longue date au Japon, en Inde, en Chine, en Mongolie, au Tibet. Nous retrouvons le culte des reliques très répandu dans tout le monde bouddhique, Inde comprise en dépit de l'usage de la crémation, lui aussi d'origine indienne qui réduit en principe les reliques aux résidus de la combustion, ossements, cheveux, dents, ongles.

 

 

Elles seraient liées à une pratique de moines observant une ascèse extrême permettant à leur corps de ne pas connaître la putréfaction. Cette momification du vivant du pratiquant devient la preuve de sa foi et de la force de sa pratique, le moine est considéré comme étant devenu Bouddha en ce corps. 

 

 

Il existe en Thaïlande de nombreuses momies de saints moines restées intactes hors tout procédé de conservation. Elles sont abritées dans des cercueils de verre, si elles ont échappé à la putréfaction, elles n'échapperaient pas aux rats !  L'inventaire en reste à faire car elles ne sont pas au centre des circuits touristiques, ignorées en général des guides ou des sites Internet et objet d'un culte qui est incompatible avec une curiosité morbide comme nous pouvons le voir à Koh Samui.

L'un de nos amis fidèles, Loris Curtenaz anime un site exceptionnel consacré à quelques centaines de temples de Thaïlande qu'il considère comme les plus beaux ou les plus spectaculaires, La plupart sont ignorés de tous les guides ou sites touristiques et son seul site « vaut la voyage » (https://temple-thai.com/), Il m'écrit « En ce qui concerne les moines momifiés, il y en a effectivement beaucoup, au moins une centaine. J'avais trouvé un lien qui les répertoriait mais il ne fonctionne plus ». (Notons au passage qu'il y a environ 35000 temples dans notre pays),, « J'en ai croisé une quinzaine en tout. Comme j'ai perçu que le sujet pourrait intéresser, j'ai aussi mis sur pied une rubrique qui recoupe les temples hébergeant un moine momifié. Voici le lien :   https://temple-thai.com/tag/corps-moine/ ,

Une grosse quizaine, Ils sont situés dans toutes les régions du pays,

Les renseignements à leurs sujets sont rarissimes et ne se trouvent généralement qu'en thaï et les reproductions photographiques ne sont pas nombreux même dans les sites Internet ou les pages Facebook des temples. Elles sont en général exposées dans des lieux de culte ouvert au public lors des fêtes bouddhistes mais non ouverts aux profanes. Si d'autres ne sont pas inaccessibles, elles se situent en des lieux ou bâtiments cultuels  non signalés.

 

 

Citons toutefois le Wat Uphairatbamrungbot à Bangkok (วัดอุภัยราชบำรุงโบสถ์) situé dans le quartier chinois. C'est un temple spécifiquement vietnamien qui contient la dépouille d'un moine naturellement momifié.

 

 

D'autres temples de la capitale  exposent ces dépouilles, citons le  Wat Paknam (วัดปากน้ำ),

 

 

le Wat Wetawanthammawat (วัดเวตวันธรรมาวาส)

 

 

et le Wat Liapratbamrung (วัดเลียบราษฎร์บำรุง).

 

 

Hors la capitale, le temple de Bang Pra (วัดบางพระ) à 50 kilomètres à l'ouest de Bangkok  dans la province de Nakon Pathom contient la dépouille conservée intacte de Luang Phor Pern (หลวงพ่อเปิ่น) mort en 2002 à 79 ans.

 

 

Dans la province de Lampun, citons le Wat Phrabat Huaitom (วัดพระบาทห้วยต้ม)

 

 

où se trouve la dépouille de Pou Khruba Chaiyawongsa (ปู่ครูบาชัยยะวงศา), un moine bouddhiste célèbre dans la région, connu sous le nom de Khru Bawong (ครูบาวงศ์), un ascète bouddhiste vénéré qui a quitté son écorce terrestre le 17 mai 2000, le 17 mai, dont le corps, qui ne s’est point décomposé, fait l’objet d’un culte fervent. 

 

 

Il se trouve également la dépouille d'un autre ascète vénéré, Khruba chaoaphichaikhaopi (ครูบาเจ้าอภิชัยขาวปี) Il n'y a pas à ce jour une exploitation touristique morbide. Il est vrai que le temple est à l’écart des circuits touristiques et que l'exposition des dépouilles au public sorties de leur cercueil de verre ne se fait qu'à l'occasion de fêtes bouddhistes.

 

 

Je ne parle dans ce modeste article que de deux dépouilles que j'ai visitées et surtout sur lesquelles j'ai pu obtenir des précisions qui me permettent d'en parler à bon escien.

 

UNE MOMIE UNIVERSELLEMENT CONNUE ET UNE AUTRE À L'ÉCART DES VISITES INTEMPESTIVES

 

LE WAT KUNARAM DE KOH SAMUI

 

Il en est  un qui est (trop) connu de tous, celui du Wat Kunaram (วัดคุณาราม) dans l'île dite « paradis touristique » de Koh Samui, qui contient la dépouille incorruptible de  Luang Phor Daeng Piasilo  (หลวงพ่อแดง ปิยสีโ) ou Phrakhru Somthakittikhun (พระครูสมถกิตติคุณ) en position de méditation dans une cage de verre, les yeux abrités derrière des lunettes de soleil peut-être parce qu’il est mort les yeux grand ouverts ?

 

 

Originaire de l'île, il passa 29 ans et 8 mois dans ce temple, célèbre par sa vie ascétique, sa piété et sa connaissance du Vipassana Thura(วิปัสสนาธุระ), le travail de méditation. Il mourut à 79 ans et 8 mois ayant annoncé sa mort à ses disciples le 6e mois de 1973 en leur demandant de lui réserver un cercueil dans lequel il serait assis dans la position qu'il aurait eu à sa mort, assis les jambes croisées, ce qu'il advint.

 

 

A cette date, l'île déjà connue des « routards » attirés non pas pour son charme alors sauvage mais tout simplement parce qu'il y prolifère un champignon hautement hallucinogène, le Psilocybe cubensis....

 

 

.....s'ouvrit rapidement au « tourisme de masse » par la multiplication des services de ferries puis la terminaison de la construction de son aéroport en 1989.

 

 

Les autorités du temple firent de cette relique une curiosité touristique fort lucrative. Il y a des marchands dans tous les temples. Pour trouver le site, il suffit de suivre les processions de minibus et d'autocars de touristes, étape obligée d'une visite de l'île pour des visiteurs animés d'une curiosité morbide. Il existe, soit dit en passant, deux autres temples bouddhistes sur cette île qui en compte une trentaine, contenant la relique d'un moine momifié dans des bâtiments cultuels soigneusement fermés au public. Inconnus des guides, je n'ai pu les visiter qu'accompagné d'une personnalité locale mais je n'ai pu recueillir la moindre explication à l'expresse condition de ne pas prendre de photographies. Il y aurait dans la ville même de Suratthani deux autres temples contenant la dépouille non putréfiée de moines vénérés mais je n'ai trouvé aucune précision autre que la quasi-certitude de leur existence.

 

La vie même de ce moine démontre qu'il aurait lui-même de son vivant refusé à ce qu'il devienne post mortem non pas un enseignement aux générations futures pour la méditation mais une source de profits (1).

 

 

LE WAT  KHAO SUWAN PRADIT DE DONSAK

 

Á quelques encablures de Koh Samui, sur le continent, se trouve le village de Donsak (ดอนสัก) où se situe le port d'arrivée et de départ des ferries pour l'île.

 

 

Nul touriste ne s'y arrête. C'est une bénédiction pour le respect dû à la dépouille mortelle d'un autre moine vénérée. La curiosité m'y a conduit sur les conseils, faut-il le dire, du propriétaire d'un restaurant où j'avais quelques habitudes pour y déguster des fruits de mer dont je suis friand à des prix qui ne sont pas ceux que l'île concocte à des touristes.

 

 

On y vénère dans le Wat Khao Suwan Khao Pradit (วัดเขาสุวรรณประดิษฐ์)....

 

 

.... le corps momifié de Phrakhru Suwanpraditkan ou Luang Pho Choi Thitapunyo (พระครูสุวรรณประดิษฐ์การ หลวงพ่อจ้อย ฐิตปุญโญ) mort en 1993 abrité dans un cercueil de verre. Il doit sa réputation tout autant à sa piété qu'aux œuvres purement civiles accomplies avec le soutien de la famille royale (2).

 

 

UNE OU PLUSIEURS EXPLICATIONS SCIENTIFIQUES OU RATIONELLES ?

 

Il peut paraître singulier qu’un corps humain se conserve ainsi au fils des ans sans signe de décomposition et sans qu’il y ait eu un processus manuel de momification. Il n'apparait pas qu'aucune de ces momies ait fait l'objet d'analyses médicales poussées ce qui pourrait d'ailleurs être considéré comme un sacrilège pur et simple. Cela a pourtant été fait au Japon où il y a même eu des momies disséquées ce qu'il n'est même pas permis d'envisager chez nous ! (3)

 

 

L'explication des fidèles se résume à ceci : des états spirituels supérieurs, atteints par une intense méditation, agissent sur la conservation des corps. Cet état spirituel est alors proche de celui du Bouddha historique. La conscience, sous une forme subtile, voyage hors du corps grossier.

 

Nous relevons que ces momies sont celles de bonzes ayant atteint un âge avancé, ayant subi un régime alimentaire ascétique qui les déshydrate, toutes graisses disparaissant de leur corps, ils n'ont plus que la peau sur les os. Leurs pratiques ascétiques favorisent la dessiccation du corps qui deviendra comme la fleur d'un herbier.

 

 

L'explication la plus plausible m'a été donnée par mon vieil ami, le « chimiste » de Koh Samui serait  la formation d'adipocire qui n'est pas incompatible avec le climat tropical interdisant une simple dessiccation. Les lipides du cadavre se transforment en atmosphère humide en ce qu'on appelle « le gras du cadavre » qui recouvre son épiderme.  Cette gangue étanche qui aurait la consistance de la cire empêche les bactéries responsables de la putréfaction de prospérer ? C'est ce qui aurait permis la conservation de la dépouille de Napoléon, intacte à l'ouverture de son cercueil 20 ans après sa mort avant son transfert pour la France. Fort légitimement, le Ministre des armées s'est opposé à toute ouverture de son cercueil pour que des scientifiques puissent le disséquer et rechercher les raisons de sa conservation dont on ne sait si elle subsiste à ce jour.

 

 

Ceci dit, les analyses effectuées sur des moines momifiées au Japon (4) ont révélé que des procédés de conservation chimique avaient été utilisés et que beaucoup avaient été éviscéré ce qui avait été probablement le cas de Napoléon avant sa première inhumation.

 

 

Pour nos saints moines de Thaïlande, il est certain que leurs viscères sont toujours à l'intérieur de leur dépouille, qu'aucun procédé de momification artificielle n'a été utilisé, qu'ils ne seront jamais disséqués et resteront probablement longtemps encore objet de la vénération des fidèles.

 

 

NOTES

 

(1) Né sous le nom de Daeng Sichan (แดง สีชั้น), dans le petit village de  Ban Tapho (บ้านตะพ้อ) dans le sous district de Na Mueang (ตำบลหน้าเมือง), district de Koh Samui (อำเภอเกาะสมุย), province de Surat Thani (จังหวัดสุราษฏร์ธานี), fils de Luang Phithak (หลวงพิทักษ์) et de son épouse Nang Noihit Sangarat (นางน้อยหีต สง่าราษฏร์). Il fut ordonné moine à l'âge de 20 ans et quitta le Sika (สิกขา – la robe) pour se marier à Nang Khiao Thonghip (นางเขียว ทองทิพย์) à Lamai (ละไม), sous district de Maret (ตำบลมะเร็ต) toujours sur son île. Retourné à la vie civile, ils eurent six enfants. À l'époque de la Seconde Guerre mondiale, le riz était rare et la population subissait des restrictions alimentaires. Il se signala par son aide à ses voisins en nourriture, vêtements, médicaments. A la fin de la guerre avec un ami Nai Roi (นายโรย), ils furent tous deux ordonnés moines par Phra Kru Thipajanakunarak (พระครูทีปาจารคุณารักษ์) originairement Mibunsin(มีบุญสิน), l'un des abbés les plus respectés de l'île, en son temple de  Wat Samret (วัดสำเร็จ), probablement l'un des temples les plus anciens de l'île. C'était en 1944, il avait alors 50 ans.

 

Il alla ensuite pratiquer la méditation sur le continent, dans la grotte de Tham Yai (ถ้ำยาย) au pied de la colline de Khao Mangaeng (เขาหมาแหงน), située dans le district de ThungTako (ทุ่งตะโก) dans la province de Chumphon (ชุมพร). Il y suit l'enseignement de Phrakhru Prayut Thammasophit (พระครูประยุตธรรมโสภิต) (ou ทองไหล สิริวฑฺฒโน- Thonglai Siriwattano), abbé du temple de Lamai qui lui enseigne les règles des méditations. Il y vécut deux ans. Il se place ensuite sous la protection de Luang Phod Daeng Tiso (หลวงพ่อแดง ติสฺโ) au monastère de Hua Laem So (หัวแหลมสอ) aujourd'hui connu sous le nom de Wat Phra Chedi Laemso  (วัดพระเจดีย์แหลมสอ).  Ce temple abrite dans son enceinte un chedi contenant des reliques de Bouddha venues de Ceylan

 

 

.....et un ex-voto singulier à rendre jaloux les marins qui ont décoré Notre-Dame-de-la Garde, la réplique d'un navire grandeur nature construite il y a une dizaine d'années par un patron-pêcheur remerciant ainsi Bouddha d'avoir échappé à un naufrage. 

 

 

Il y reste 5 ans et se trouve ensuite au Wat Sila Ngu (วัดศิลางู) à Lamai, où il pratique la méditation dans une modeste cabane pendant trois ou quatre ans.

 

 

Apprenant que Chao Khun Phra Phimoltham (เจ้าคุณพระพิมลธรรม) enseigne la méditation Vipassana (วิปัสสน) au Wat Mahathat (วัดมหาธาตุฯ) à Bangkok il s'y rend pour suivre cet enseignement et entraîner son esprit à parfaire sa pratique de la méditation Vipassana et de l'introspection jusqu'à pouvoir méditer jusqu'à 15 jours sans bouger autrement qu'en prenant un seul repas par jour et avoir un corps dur comme une buche.

 

 

Il acquiert une totale maitrise et le corps professoral du temple le renvoie alors enseigner la méditation sur son île. Le Sangha achète des terres dans le sous district de Bo-Phut (ตำบลบ่อผุด) pour y construire un temple de Vipassana, le Wat Boontharikaram (วัดบุญฑริการาม) ou encore Wat Phang Bua (วัดพังบัว) où il enseignera la méditation à une foule de novices et de moines upasaka et upasikas (อุบาสกและอุบาสิกา) et ce pendant vingt ans.

 

 

Vieillissant, il tomba gravement malade. Les voies de communication sur l'île à cette époque étaient inexistantes et le médecin ne put venir à temps. Remis sur pieds, des disciples et sa famille l'invitèrent à rester au Wat Kunaram (วัดคุณาราม) dans le district de Na Mueang (ตำบลหน้าเมือง), le temple de son village natal. Se sentant mourir, alors que ses proches le savaient vieux mais en bonne santé, il demanda à deux profanes de lui préparer un cercueil ou il pourrait être placé dans la position assise de la méditation. Il annonça sa mort pour le 6 mai 1973. Elle survint à la date annoncée, il avait 79 ans et 8 mois.

 

 

(2) Wat Khao Suwan Khao Pradit (วัดเขาสุวรรณประดิษฐ์) s'appelait à l'origine Wat Khao Lan (วัดเขาล้าน), situé sur une colline du village de Ban Thong Mai (บ้านท้องไม) dans le sous-district et district de Donsak (ดอนสัก) dans la province de Surat Thani (สุราษฎร์ธานี) un lieu où réside selon les croyances locales la déité protectrice de la région, Pho Than Yot khao (พ่อท่านยอดเขา), tout simplement le père de la montagne. A en croire les explications que nous ont donné un sacristain du temple, il aurait délivré la région d'un monstre marin dont le squelette est toujours conservé ? Se non è vero è ben trovato ! Il s'agit probablement d'un rorqual, l'espèce est toujours présente dans le golfe.

 

 

La construction fut entreprise par le premier abbé, Phra Achan Thong Inthasuwanno, (อาจารย์ทอง อินทสุวณโณ), originaire de la province sudiste de Songkla (จังหวัดสงขลา) qui mourut en 1957. Plus tard, l'abbé Phra Det (พระเดช), probablement pour éviter le rappel d'une déité animiste, changea son nom en Wat Khao Suwan Khao Pradit que l'on peut traduire par temple de la montage de bon augure.

 

 

Les rares visiteurs peuvent être attirés essentiellement par la vue imprenable sur les « cent îles » qui émergent de la mer, que l'on a du pied du Chedi où sont conservé des reliques de Bouddha.

 

 

Au bas de la colline dans un petit oratoire à l'écart de la route qui conduit au sommet de la colline et non signalé sur les rares sites consacrés au temple, se trouve donc sur un autel dans un cercueil de verre le corps momifié de Phrakhru Suwanpraditkan ou Luang Pho Choi Thitapunyo (พระครูสุวรรณประดิษฐ์การ หลวงพ่อจ้อย ฐิตปุญโญ) mort en 1993. Né en 1905 dans la province de Songkla et à la suite d'événements familiaux et d'une jeunesse difficiles, son père l'envoya vivre chez une parente à Donsak. Il revint à l'âge de 20 ans à Songkla où il fut ordonné moine temporaire pour la durée du carême bouddhiste. Il se maria et eux neuf enfants et ensuite, revint à Donsak. Il y vécut d'agriculture, de jardinage, de la combustion de charbon de bois et devint ensuite médecin. Le 10 décembre1947, il fut ordonné pour la deuxième fois au temple Don Yang (วัดดอนยาง), sous-district de Tha Thong  (ตำบลท่าทอง), district de Kanchanadit  (อำเภอกาญจนดิษฐ) toujours dans la province de Surat Thani avec en particulier comme professeur Phra Khru Prajak Worakhun (พระครูประจักษ์วรคุณ), abbé du temple Prasop (วัดประสพ) à Kanchanadit et reçoit le surnom de Chitpunyo (จิตปุญฺโญ). Il annonça alors renoncer définitivement à l'esclavage de la vie profane.

 

 

Revenu à Donsak et en dehors de son ministère religieux, il s'occupe activement de la vie du village dirigeant la construction de routes par des accords amiables avec des propriétaires fonciers. Il participe à l'électrification du village. Il organise la distribution d'eau de la ville au robinet. Il effectue d'importants travaux dans l'enceinte du temple, construction d'abris pour les moines, construction d'une école Phra Pariyat Thamma (โรงเรียนพระปริยัติธรรม), construction de bâtiments conventuels et d'un crématorium et naturellement construction du chedi contenant les reliques de Bouddha et construction d'un monument à la gloire de  Son Altesse  le prince  Vibhavadi Rangsit (พระเจ้าวรวงศ์เธอ พระองค์เจ้าวิภาวดีรังสิต), régent en 1946 et qui lui apporta de larges secours ainsi d'ailleurs que la famille royale.

 

 

Bénéficiant de nombreuses distinctions civiles et religieuses, il reçut en 1987 la distinction de prélat royal (พระราชาคณะชั้นสามัญ) seul de la province de Surat Thani. qui ait été élevé à cette dignité. Elle en fit  le moine le plus élevé dans la hiérarchie bouddhiste de la province.

 

 

Durant les 46 ans qu'il passa au temple, son prestige dépassa largement les frontières de sa province : Du 21 au 23 mars 1970, Son Altesse Royale  Vibhavadi Rangsit lui rendit visite au temple.

Le 16 mai 1970, Sa Majesté le Roi et sa majesté Sa majesté la reine virent assister à une cérémonie religieuse dans l'Ubosot.

Le 17 mai 1976, Sa Majesté le Roi, Sa majesté la reine et Son Altesse Royale la Princesse Maha Chakri Sirindhorn vinrent inaugurer le système d'alimentation en eau du village.

Le 20 septembre 1983, Son Altesse Royale la princesse Maha Chakri Sirindhorn vint poser la première pierre  du Chedi Chaturamuk contenant les reliques du Bouddha

Le 26 avril 1985, Son Altesse Royale la princesse Maha Chakri Sirindhorn et le prince héritier sont venus effectuer la cérémonie de l'installation des reliques de Bouddha.

Il mourut paisiblement le 15 février 1993 à l'âge de 89 ans, recevant l'hommage unanime de ses disciples, de la hiérarchie, des fonctionnaires civils et militaires et de la population.

Ses vertus évitèrent la décomposition de sa dépouille toujours intacte.

Le 16 février 1997, Son Altesse Royale la Princesse Maha Chakri Sirindhorn est venu officiellement présider à l'installation  de sa dépouille dans son cercueil de verre et inaugurer son buste.

 

 

(3) Voir l'article d'Andō Kōsei « Des momies au Japon et de leur culte ». In: L'Homme, 1968, tome 8 n°2. pp. 5-18.

 

(4) Voir l'article de Paul. Demiéville  « Momies d'Extrême-Orient ». In: Journal des savants, 1965, n° pp. 144-170;

 

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30 juin 2021 3 30 /06 /juin /2021 13:24

พระอิสระมุนี

 

Nous vous avons parlé il y a quelques semaines de l’ « affaire » du moine Phra  Nikonthammawadi (พระนิกรธรรมวดี) qui – au début des années 90 - fit l’objet d’une intense couverture médiatique, pas toujours de bon aloi, tenant au moins pour partie à l’appartenance de ce prédicateur charismatique à une branche controversée et activiste du bouddhisme.

 

 

Il avait enfreint l’une des règles essentielles, s’abstenir de l’œuvre de chair, et avait succombé à la tentation.  Nous avons ensuite parlé de celle de Phra Yangtra (พระยันตระ), ayant lui aussi enfreint la règle de l’abstention de l’œuvre de chair, mais qui se trouvait peut-être aussi au centre de querelles entre les diverses sensibilités du bouddhisme thaï. (1).

 

 

Dix ans plus tard éclata un autre scandale qui fut à peine moins médiatisé mais qui concernait un moine devenu par ses talents de prédicateur le « Directeur spirituel » de la famille de celui qui était alors le lieutenant-colonel Thaksin  Chinnawat  (พ.ต.ท.ทักษิณ ชินวัตร), l’étoile politique montante dans la vie politique thaïe.

 

 

Phra Isaramuni (พระอิสระมุนี) connu aussi sous le nom de Phraphiraphon  Techapanyo (พระพีระพล เตชะปัญโญ), de son nom de naissance Banharn (นายบรรหาร) fut d’abord abbé du temple de Thammavihari situé dans le district de Kaeng Krachan (อำเภอแก่งกระจาน) dans la province de Phetchaburi (จังหวัดเพชรบุรี).

 

 

Il appartient à une tradition vouée à la méditation, le Vipassana. Il devint rapidement directeur de conscience non seulement de Thaksin mais aussi de son épouse Photchaman  Chinnawat (พจมาน ชินวัตร).

 

 

Il fut initialement adjoint de Phra Phothiyanthen (พระโพธิญาณเถร) connu aussi sous le nom de Luangpucha Suphattho (หลวงปู่ชา สุภัทโท), maître de méditation et prédicateur célèbre, pur Isan originaire de la province d’Ubon Ratchathani (อุบลราชธานี) et ce dans le temple de Nongpaphong  (วัดหนองป่าพง)  dans le district de Warincharap (อำเภอวารินชำราบ) dans la province d'Ubon Ratchathani (จังหวัดอุบลราชธานี).

 

Au début des années 90, un conflit éclata avec les moines reposant – semble-t-il – sur de fausses accusations de détournement de fonds  à son encontre. Il se rend alors dans la province de Phetchaburi (จังหวัดเพชรบุรี). Il s’installe dans la région de Pala-u (ป่าละอู) dans le sous-district de Padaeng (ตำบลป่าแดง), district de  Kaeng Krachan (อำเภอแก่งกระจาน) et crée un temple Thamwihari (วัดธรรมวิหารี) destiné à la méditation, qui n’a depuis lors cessé de prospérer. Il devint très rapidement célèbre pour ses prêches sur l’éthique bouddhiste. Ses sermons sont diffusés massivement sur cassettes. En dehors de toute philosophie, il n’a pas étudié dans l’une des prestigieuses universités bouddhistes, de toute distinction flatteuse et de toute science exégétique, il s’en est libéré et conseille d’apprendre le Dharma de façon concrète. Il y acquiert le nom d’Isaramuni.

Il y a incontestablement du Saint Bernard en lui : Au lent cheminement de la raison vers la vérité je préfère  l’envol de la pensée sous l’impulsion du cœur. Que m‘importe la philosophie ! Mes maitres ne m’ont pas appris à lire Platon ni à démêler les subtilités d’Aristote mais ils m’ont appris à vivre, et, croyez-moi, ce n’est pas une petite science.

 

En 1996, un beau-frère de Thaksin  lui donna l’enregistrement de l’un de ses sermons. À cette époque, il était parvenu à la tête du Palang Dharma Party  (พรรคพลังธรรม) que l’on peut traduire par parti des forces morales, parti alors associé au groupe bouddhiste fondamentaliste Santi Asok (กลุ่มสันติอโศก) auprès duquel, sans en être membre, il cherchait à étendre son influence.

 

En 1996, au milieu des bouleversements politiques, il était victime de stress, d’insomnies et de manque d’appétit. Après avoir écouté le sermon enregistré, il lui sembla avoir trouvé la lumière directrice et rendit immédiatement visite à l’abbé du temple de Dhammavihari à Phetchaburi. Au cours d'un entretien d'une heure, le moine lui dit de cesser de souffrir. Peu de temps après, il décida de démissionner de ses fonctions de chef du parti Palang Dharma. Il fonda alors le parti Thai rak thai (ไทยรักไทย), les Thaïs aiment les Thaïs. Ce fut le début de sa fortune politique. En janvier 2001, le parti remporta une victoire éclatante aux élections et Thaksin devint Premier ministre. Il continua à se tourner vers Phra Isaramuni. pour recueillir ses conseils, déclarant par exemple en juin 2001  que le moine était « son médecin pour la maladie de l’âme ».

Lui-même et son épouse suivaient son enseignement alors fort répandu dans les médias ainsi que ceux de Buddhadasa Bhikkhu (พุทธทาสภิกขุ) fondateur d’un temple voué à la méditation appelé Wat Suanmokphalaram (วัดสวนโมกขพลาราม) situé au sud à Chaya (ไชยา) dans la province de Suratthani (สุราษฎร์ธานี).

 

Ainsi, le couple se rendait souvent consulter le saint moine Phra Isaramunui. L’année 2000, le fils de Thaksin, Phanthongthae  Chinnawat (พานทองแท้ ชินวัตร) fit son temps de moine temporaire en étant ordonné et étudiant le Dharma avec Phra Isaramunui.

 

Lui et son épouse lui ont apporté un soutien matériel en faisant une donation de 6 millions de baths (environ 160.000 euros) pour la construction d’une salle de réunion dans l’enceinte du temple. Ils lui offrirent  une berline Mercedes Benz et une Honda Civic pour faciliter ses voyages de prédication.

 

En octobre 2001, la chaîne de télévision ITV dévoilait l’existence de relations sexuelles avec une Dame Sikasao (สีกาสาว) en produisant comme justificatifs une correspondance de 10 pages et des cassettes audio.  Ces documents avaient pour origine une employée licenciée de la société qui diffusait les cassettes des sermons, qui avait probablement dérobé les correspondances. 

 

Cette  relation surnommée Nit (นิด) aurait été divorcée, âgée d’une quarantaine d’années et employée d’une organisation internationale. Elle aurait eu un enfant du moine.

 

Cette information reposant sur ces origines douteuses valut à la chaîne ITV en 2001 le prix du meilleur documentaire « Sangchai Sunthornwat » (รางวัล แสงชัย สุนทรวัฒน์) décerné par l'Association des journalistes de Thaïlande en 2001 (samakhomnakkhaonaknangsuephimhaengprathetthai สมาคมนักข่าวนักหนังสือพิมพ์แห่งประเทศไทย)

 

Lorsque l’affaire a éclaté, Phra Isaramuni, après avoir brièvement tenté de se dire victime d’une cabale, a discrètement quitté la robe safran et a disparu de la vue du public. 

 

Cabale probablement dans le but évident de déstabiliser Thaksin qui continuera à occuper ses fonctions de premier ministre avant d’en être chassé par le coup d’État de 2006.

 

Il s’est contenté de faire part de sa stupéfaction et de faire savoir à la communauté bouddhiste que ce qui comptait pour lui, c’était l’enseignement.

 

En dehors de ses homélies, toujours diffusées sur cassettes ou Internet, Phra Isaramuni a également écrit plusieurs ouvrages de spiritualité :  Un guide de la pratique du Dharma pour échapper à la souffrance et à la mort (คู่มือการปฏิบัติธรรมเพื่อพ้นความทุกข)Philosophie au-dessus des nuages (ปรัชญาเหนือเมฆ), et bien d’autres parfois sous le nom de plume  de Asanyi  Winyu (อสัญญี วิญญู). 

 

Contrairement à l’affaire de Phra Nikonthammawadi antérieure de dix ans, et de celle de Phrayangtra, cette affaire a rapidement disparu de la presse. Il ne semble pas d’ailleurs qu’elle ait choqué beaucoup de monde. Doit-on conclure que les moines restent des êtres humains de sexe masculin jusqu'à leur mort. Dans une société où l'on s'attend à ce que les hommes laïcs soient sexuellement actifs jusqu'à ce que le grand âge les atteigne, et même alors avec la vente pratiquement libre de médicaments contre les défaillances, faut-il s’étonner de nombreux moines subissent la tension entre leur célibat monastique et leurs désirs sexuels masculins ?

 

Ce n’est de toute évidence que par l’implication au demeurant très indirecte de Thaksin que la presse s’empara de l’affaire alors qu’il s’agit effectivement d’un scandale qui en réalité ne le concernait pas et qu’il en eut bien d’autres à son actif.

 

Les sources au sujet de Phra Isaramuni sont d’ailleurs squelettiques en dehors de Wikipédia en thaï.

 

https://th.wikipedia.org/wiki/อิสระมุนี

 

L'article ne nous donne aucune précision sur la vie de Phra Isaramuni avant et après le scandale. Il conclut en demandant l’aide de contributeurs qui ne semblent pas s’être manifestée à cette heure.

NOTES

 

(1) Voir nos articles

A 428 - L’AFFAIRE DE PHRA NIKONTHAMMAWADI (พระนิกรธรรมวดี) : LE PRÉDICATEUR A LA VOIX D’OR (พระนักเทศน์เสียงทองแห่งยุค)

A 429 - L’AFFAIRE DE PHRA YANGTRA (พระยันตระ), MOINE « CRIMINEL » ET SES SINGULIÈRES ZÔNES D’OMBRE

 

 

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26 juin 2021 6 26 /06 /juin /2021 12:53

พระยันตระ

 

Cette affaire qui suit celle de quelques années celle du moine Phra Nikon qui avait violé son obligation canonique de célibat fit grand bruit à son époque dans la presse locale en particulier mais elle fut relayée de façon souvent délibérément erronée par la presse occidentale, française en particulier, qui s’est répandu en sarcasmes sur ce moine « criminel » (1).  

 

 

L’impact dans la presse locale, ce sont essentiellement les deux quotidiens anglophones, The Nation et le Bangkok Post ouvertement hostiles. On peut s’interroger sur l’impact réel de ces deux quotidiens dont le tirage est au maximum de 75.000 exemplaires dans un pays de 70 millions d’habitants. Quant à la presse occidentale, il s’agit essentiellement de journaux à. scandale qu’il est inutile de citer.

 

 

Avant d’entrer dans le vif du sujet, un bref préalable s’impose.

 

En droit français, nous faisons la différence entre un crime qui rend son responsable justiciable de la Cour d’assises et un délit qui rend son responsable justiciable du tribunal correctionnel. Un assassin est un criminel, un voleur de poules est un délinquant.

 

 

Le droit pénal thaï est régie par la « Loi criminelle » (กฎหมายอาญา) et celui qui la viole, que ce soit un assassin ou un voleur de poules devient un « criminel » alors que nous préférons parler de « délinquant » quand il ne s’agit pas d’un « criminel » Tout ceci va sans dire mais va mieux en le disant !

 

 

Il y a plus d’un quart de siècle donc,  un moine avait gagné la ferveur des  bouddhistes de la Thaïlande et de l’étranger. Nombreux étaient les politiciens nationaux qui venaient lui rendre hommage. Jeune et bien de sa personne, il prêchait le dharma à tel point qu’il remplissait Sanam Luang (สนามหลวง) lorsque l’occasion lui était offerte d’y prêcher. Son nom de moine était Phrayantra  Omrophikkhu  (พระยันตระ อมโรภิกขุ).

 

 

 Il est né sous le nom de Winai Laongsuwan (วินัย ละอองสุวรรณ) le 14 octobre 1951, dans le village de Banbangbo  (บ้านบางบ่อ) dans le district de Pak Phanang (อ.ปากพนัง) dans la province sudiste de Nakhon Si Thammarat (นครศรีธรรมราช). Il était le plus jeune de sept enfants d'une famille de la classe moyenne propriétaire d’une exploitation de cocotiers. Il effectua ses études secondaires à Pak Phanang puis poursuivit ses études à Bangkok au Bangkok Technical College où il se spécialisa dans le tourisme. Après avoir obtenu son diplôme en 1970, il travailla pendant quatre mois comme guide touristique et hôtelier à l'hôtel Dusit Thani. Il aurait été influencé par la lecture de l’ouvrage en anglais Handbook of Mankind (Manuel de l’humanité) de Buddhadasa Bhikkhu  (พุทธทาสภิกขุ), le théologien et guide spirituel, voix dominante en thaï pendant une grande partie de la seconde moitié du XXe siècle bien que controversé par une partie de la communauté bouddhiste. Il devint triste face à la détresse de l'humanité et décida de poursuivre le chemin de la liberté spirituelle.

 

 

.Il  quitta son emploi et se rendit avec un ami sur l'île de Koh Samet (เกาะเสม็ด) où il passa un an dans un isolement presque complet comme ermite. Grâce à la méditation et à la pratique des disciplines yogiques, il acquit la réputation d’avoir acquis des pouvoirs surnaturels. Il quitta Koh Samet et se rendit au Népal où il continua ses pratiques ascétiques. Il y apprit que dans une vie antérieure, il avait été un brahmane népalais dont il prit le nom, Yantra. Revenu en Thaïlande en 1972, il passa les deux années suivantes à alterner entre étudier avec Bouddhadsa au Wat Suanmokphalaram (วัดสวนโมกขพลาราม) situé au sud à Chaya (ไชยา) dans la province de Suratthani (สุราษฎร์ธานี) et à pratiquer l'ascétisme dans des régions reculées du sud de la Thaïlande.

 

 

Le 6 mai 1974, il fut été ordonné sous le nom de Phrayantra  Omrophikkhu  (พระยันตระ อมโรภิกขุ) au temple Rattanaram (วัดรัตนาราม) dans son village de naissance. Il continua alors à suivre un régime strict de méditation, souvent dans la forêt, renforçant ainsi sa réputation de moine d’un niveau spirituel élevé.

 

 

Il commença à être crédité par certains comme ayant des pouvoirs miraculeux. Son temple d’origine appartient à la branche traditionaliste Songthamyutinikai (สงฆ์ธรรมยุตินิกาย).

 

 

Ses prêches déchainent l’enthousiasme tant dans le pays qu’à l’étranger. Sous sa direction, plusieurs temples sont construits, portant tous le nom de Suyontaram : Watpa suyontaram (วัดป่าสุญญตาราม) dans la province de  Kanchanaburi (กาญจนบุรี) ou le Watpa suyontaram  en Australie. Il fut invité à prêcher dans le monde bouddhiste et à l’étranger.

 

 

Il est essentiel de noter qu’il a commencé sa carrière religieuse en suivant les traces d’un moine de la forêt qui acquiert un pouvoir spirituel en adhérant strictement à la discipline, en se consacrant à la méditation et en vivant une vie ascétique pendant de longues périodes presque isolé de la vie sociale normale. Pendant la période où il était en retrait du monde, le pays subissait un bouleversement politique qui a commencé avec le renversement de la dictature militaire sous l'action des étudiants en 1973, qui a conduit à la contre-révolution militaire de 1976 et une quasi-guerre civile en 1977-80. A cette époque, beaucoup dans le pays se tournaient vers les moines qui renonçaient au monde pour un bénéficier d’un réconfort spirituel en temps de crise.

 

 

Rappelons un épisode de sa vie monastique : En 1979, lors d'un pèlerinage en Birmanie, il fut arrêté en raison d'un malentendu sur son statut à l’égard de l’immigration. Il passa plusieurs mois dans les prisons birmanes où il gagna un immense prestige parmi les détenus et même les gardiens. Il revint en Thaïlande en héros.

 

 

C’est alors que le nombre de ses adeptes lui permit d’établir en 1985 son premier monastère de la forêt à la frontière birmane, le Suyontaram dans la province de Kanchanaburi dans le village de Kroeng Kravia (บ้านเกริงกระเวีย) district de Sangkhlaburi  (สังขละบุรี) dans une réserve forestière avons-nous dit. Ce monastère allait devenir le centre d'un réseau de monastères, en Thaïlande et à l'étranger, dédiés à la pratique du Dharma, temples que Phra Yantra appelait Sunyonta ce qui en pali signifie le « vide » ou le « néant». En 1994, il y avait 20 monastères Suyontaram  dont beaucoup à l'étranger. La même année que le premier monastère Suyontaram  fut fondé, il entreprit une série de voyages à l'étranger financés par des disciples pour enseigner son interprétation du Dharma : Finlande (1986), Yougoslavie (1987), aux États-Unis- Californie, (1988), Australie (1989 et 1990). À son retour en Thaïlande en août 1991, le journal Matichon de Bangkok le décrit comme la nouvelle « superstar »

 

 

A la fin de 1993 toutefois, alors qu’il était âgé de 40 ans, le scandale éclata. Son aspect physique avantageux et son charisme lui avait acquis le dévouement admiratif de nombreuses femmes. A cette date plusieurs portèrent plainte auprès du conseil d'administration du sangha en affirmant qu’il avait eu des relations sexuelles avec elles. L’une d’entre elle l'accusa d'avoir vécu avec elle pendant de nombreux mois alors qu'ils étaient en Europe et d'avoir engendré une fille, née au Cambodge et maintenant citoyenne américaine. Elle affirma que Yantra l'avait séduite sur le pont d'un bateau de croisière alors qu'elle naviguait de la Suède à la Finlande. Ce groupe de dévotes parla alors de comportement inapproprié. Deux européennes, une musicienne danoise, et une psychologue allemande, affirmèrent alors qu’il avait eu des rapports sexuels avec elles. Ces plaignantes produisirent pour preuves des enregistrements téléphoniques sur bande magnétique sans préciser dans quelles conditions ces documents avaient été obtenus. Phra Yantra  se défendit farouchement en prétendant être victime d’une organisation de chantage provenant d’une organisation de racketteurs ayant l'intention de le détruire.

 

 

Les accusatrices trouvèrent le soutien d'un autre moine charismatique, également disciple de Buddhadasa qui avait acquis une réputation de prêcheur émérite pour ses sermons à la télévision. Vilipendant les moines dotés de pouvoirs surnaturels, il suggéra au début de l’année 1994 que les accusations portées contre Phra Yantra dont il était ouvertement jaloux, étaient réelles. Tout au long de l’année 1994, l'histoire se répandit dans la presse qui ira même jusqu’à la comparer à celle de O.J. Simpson aux États-Unis, ce joueur de football américain accusé d’un double meurtre.

 

 

La dame séduite et sa fille subirent des tests ADN et défirent Phra Yantra de s’y soumettre. Il refusa  catégoriquement et le Conseil du  Sangha affirma que son statut l’empêchait de le forcer à le faire. La presse ne craignit pas d’inviter le Premier ministre Chuan Leekpai (ชวน หลีกภัย) à intenter une action en justice contre lui, mais le gouvernement déclara  qu'il n'avait aucune compétence en la matière.

 

 

On se demande sur quels fondements il aurait pu le faire puisque, quoiqu’en ait pu affirmer péremptoirement la presse occidentale, un « comportement inapproprié »  religieusement n’est pas un viol. Viol ou « comportement inapproprié » ? La différence est tout de même substantielle. Le code pénal thaï en son article 276 stipule « Quiconque a des rapports sexuels avec une femme qui n'est pas épouse, contre son gré, en la menaçant par quelque moyen que ce soit, en commettant un acte de violence, en profitant du fait que la femme se trouve dans l'incapacité de résister, ou en faisant en sorte que la femme le prenne pour une autre personne, sera puni d'un emprisonnement de quatre à vingt ans et d'une amende de huit mille à quarante mille bahts ».

 

 

Il semble évident que s’il y avait eu crime de viol et non une simple infraction, aussi grave soit-elle à la Vinaya, des rapports sexuels, là où les victimes auraient raisonnablement du aller porter plainte à la police et non aux autorités religieuses.

 

Au début de l’année 1995, d'autres preuves surgirent confirmant que Yantra avait rompu son vœu de célibat. Il fut produit des reçus d’un compte American Express qui lui avait été ouvert par l’une de ses richissimes admiratrices. Ces reçus, portaient la signature et le nom de Yantra tel qu'il apparaissait sur son passeport. Ces dépenses concernaient des « services » contractés dans des bordels en Nouvelle-Zélande et en Australie. Le Conseil suprême du Sangha, considérant que ces preuves étaient solides, décida de défroquer Yantra.  Cette décision prévalut sur celle d’un conseil monastique local de la province natale de Yantra, Nakhorn Sithammarat, qui l’avait lavé de ces accusations. Yantra ne se plia pas directement à cette décision canonique. Il abandonna certes la robe safran mais la remplaça par une robe verte pour continuer sa mission religieuse sous son nom de Winai Laongsuwan : Les médias lui attribuèrent alors les sobriquets de Ching le vert (จิ้งเขียว), Samiyanda (สมียันดะ) ou encore Yanda (ยันดะ).

 

 

Mais la loi « criminelle » va le poursuivre ! Que sa robe ne soit plus safran mais verte l’expose éventuellement aux sanctions des dispositions de l’article 208 « Quiconque, s'habillant ou utilisant à tort un symbole qui le fait apparaitre comme un moine ou un novice bouddhiste, un saint homme ou un ecclésiastique de quelque religion que ce soit de manière à tromper une autre personne qu'il est lui-même, sera emprisonné pendant un an ou une amende de deux mille bahts ».

 

Jusque-là, ce n’est pas bien méchant. Par contre, il fut accusé d’avoir diffamé le patriarche suprême. Faribole direz-vous ? Il se trouve que cette diffamation, pour autant qu’elle existe- nous ignorons les termes utilisés à l’égard de ce dignitaire - le rend justiciable d’une peine de 5 à 15 ans de prison et d’une amende allant de 10 à 30.000 baths, autant qu’un viol. La première accusation au sens de notre droit est un délit, l’autre un crime. Mis en liberté sous caution, il l’abandonne et se réfugie à Singapour d’abord, aux Etats-Unis ensuite. Il lui y est d’abord reproché de n’avoir pas déclaré qu’il avait fait l’objet de poursuites pénales dans son pays d’origine mais comme nous le verrons, les faits qui lui sont reprochés en Thaïlande, ne sont pas répréhensibles aux États-Unis.

 

Le gouvernement thaï se donna toutefois le ridicule de demander son extradition. Ridicule ? Il suffit de lire le traité d’extradition entre la Thaïlande et les États-unis du 30 décembre 1922, bientôt centenaire. Pour qu’un national thaï soit extradé, encore faut-il que les infractions commises en Thaïlande le soient également aux Etats Unis.

 

Or, se parer du costume d’un religieux bouddhiste ou pas ne semble pas répréhensible outre-Atlantique et le délit de diffamation n’y est pas sanctionné en vertu du principe constitutionnel que la liberté de la parole et des écrits est sacrée. L’extradition fut naturellement refusée. Il conservait malgré ses problèmes judiciaires un grand nombre de partisans essentiellement dans sa province natale de Nakhon Sithammarat - le considérant comme victime centrale d’un complot organisé pour affaiblir le bouddhisme.

 

 

Aux États-Unis, sous son nom de Winai Laongsuwan, il reprit la robe jaune, se laissa pousser les cheveux et la barbe ! Il continua à jouer son rôle de maître spirituel bénéficiant de nombreux fidèles dans la communauté d’origine thaï dans son centre spirituel de Los Angeles.

 

 

 

En avril 2014, il effectua un retour spectaculaire en Thaïlande. Il bénéficie en effet  de la prescription de 15 ans pour les faits qualifiés de criminels.

 

 

 

A-t-il bénéficié de l’asile politique ? Nous avons des réponses contradictoires. Il lui aurait été accordé par le juge de l’immigration en 1997 par une décision dont le gouvernement américain aurait relevé appel. Nous n’avons pas pu en savoir plus (2). Au demeurant, cette décision, aurait été parfaitement moralement et juridique justifiée, les deux faits pour lesquels il était poursuivi en Thaïlande ne pouvaient être réprimés par la loi américaine. Il était parfaitement plausible de parler de persécutions religieuses.

 

 

Son retour au pays n’est pas passée inaperçue. Il n’est plus moine au sens ou l’entend le Sangha mais il a ouvert dans sa région natale un centre de méditation, un ashram (อาศรม) où les fidèles qui viennent écouter son enseignement du Dharma sont nombreux.

 

 

Il est permis sans porter atteinte au respect que nous devons au bouddhisme thaï et à sa représentation officielle, de poser quelques questions.

 

Il fut traité de criminel ? Il y a une certitude, c’est qu’il n’a pas été poursuivi pour viol mais pour avoir été en infraction avec les canons bouddhistes. Une faute certes mais qui peut s’expliquer sans que nous ayons à la justifier par un physique avantageux et un incontestable talent oratoire.

 

Ne peut-on, eu égard à l’acharnement manifesté à son égard y voir une traduction des différentes querelles internes qui agitent le bouddhisme thaï comme ce fut peut être le cas pour Phra Nikon.

 

A-t-il ou n’a-t-il pas bénéficié de l’asile politique aux Etats Unis ? L’admettre ouvertement serait alors admettre qu’il peut y avoir des persécutions religieuses en Thaïlande.

 

 

NOTES

 

(1) Voir notre article A 428 - L’AFFAIRE DE PHRA NIKONTHAMMAWADI (พระนิกรธรรมวดี) : LE PRÉDICATEUR A LA VOIX D’OR (พระนักเทศน์เสียงทองแห่งยุค)

(2) Quelques sites consultés, tous en Thaï :

https://www.thairath.co.th/tags/วินัย%20ละอองสุวรรณ

https://www.thairath.co.th/content/418465

https://www.posttoday.com/social/local/290729

https://www.komchadluek.net/news/scoop/234913

https://th.wikipedia.org/wiki/วินัย_ละอองสุวรรณ

 

 

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18 juin 2021 5 18 /06 /juin /2021 05:42

พระนิกรธรรมวดี

 

Lorsque nous avons parlé de ce qu’il est convenu, à tort ou à raison d’appeler « la crise du bouddhisme contemporain en Thaïlande », nous avons fait référence à la triste influence de la « société de consommation » et aussi à quelques scandales d’ordre sexuel à l’intérieur de certains temples mettant en cause certains moines  dont se sont emparés les médias parfois avec complaisance. Notre propos n’est pas de revenir sur un sujet d’ordre théologique qui ne nous concerne pas mais d’examiner d’un œil critique ce que furent certains de ces scandales, les plus criants essentiellement (1).

 

 

Il faut toutefois au préalable s’interroger sur ce que sont les obligations canoniques des moines.

Nous savons que tout bouddhiste doit respecter cinq préceptes que nous pouvons traduire sous cette forme  susceptible de multiples interprétations :

Ne pas prendre la vie - Ne pas prendre ce qui n'est pas donné. - S’abstenir du plaisir sensuel déplacé. - S’abstenir de prononcer de faux discours. -S’abstenir d’absorber des substances intoxicantes qui font perdre la tranquillité de l’esprit.

Nous nous sommes intéressés au point de savoir comment ils étaient interprétés dans la région du Nord-est ou nous vivons  (2). 

A ces cinq commandements généraux communs aux laïques, il est convenu d’en ajouter trois aux novices dans les temples  (Sammanen – สามเณร) : Ne pas manger depuis midi jusqu'à l'aurore du jour suivant - Ne pas savourer le parfum des fleurs et ne pas en porter sur soi - Ne pas s'asseoir sur des matelas ou sur des sièges qui auraient plus de douze pouces de haut.

 

 

Pour les moines, tout au moins ceux du bouddhisme theravada immensément majoritaire en Thaïlande, en Birmanie, au Sri Lanka et au Laos,  il en est 227 très longuement exposés dans le Vinaya (วินายา) qui provient directement de l’enseignement du Bouddha transmis oralement- et de façon probablement fidèle pendant des siècles et ensuite couchés par écrit en Pali au début de notre ère. C’est le détail des règles de vie auxquelles les moines doivent se soumettre, les plus contraignantes sont les quatre du Parajika (พาราจิกา) : un moine expulsé de la Sangha (สังฆะ) pour la violation de ces quatre préceptes ne pourra plus jamais entrer dans les ordres.

 

 

L’ensemble de ces préceptes se trouvent sans difficultés sous une forme ou sous une autre sur Internet (3). Chacun  de ces sites donne avec force détail les sermons de Bouddha qui sont à l’origine de la règle. Nous nous contentons de donner en annexe la liste résumée qu’en donne Monseigneur Pallegoix qu’il a probablement directement traduit des manuscrits originaux en pali. Il n’en donne qu’un bon tiers qu’il considère comme les plus saillants et évitant les sujets plus ou moins.  Nous soulignons  ceux de ces commandements qui con cernent plus ou moins directement les rapports des moines avec les femmes (4).

 

 

Si ces préceptes sont destinés à régler la vie des moines dans le moindre détail, il n’est pas évident (pour nous) qu’ils aient correspondu à une nécessité au temps du prélat et encore moins en 2021.

« Cette règle est si sévère et  si minutieuse » nous dit le prélat « qu'il est impossible aux phra de l'observer tout entière et avec fidélité. Elle donne une grande idée du détachement, de la mortification, de la patience et des autres vertus morales de Bouddha qui en est l'auteur ».

 

 

Lorsque les croyants n’étaient concernés que par les dix commandements dictés par Dieu à Moïse,  il était communément admis que même le juste péchait sept fois par jour (5).

Pour en revenir à ce qui est notre sujet, le premier de ces préceptes que l’on peut considérer comme l’équivalent du plus grave des péchés chez un moine bouddhiste est l’interdiction des relations sexuelles entre les êtres humains, ou des humains avec des animaux ou avec des cadavres. Chasteté donc hors toute tentation zoophile ou nécrophile ! D’autres interdits sont d’ailleurs directement liés à cette interdiction. Nous les avons soulignés dans l’extrait du texte de Monseigneur Pallegoix.

La raison de ces interdits est d’évidence et sans équivoque, elles rejoignent celles du célibat des prêtres : Pour un homme entré dans la vie monastique bouddhiste, le désir sexuel est considéré sans comme un obstacle à sa capacité à se consacrer à suivre le chemin de purification de Bouddha le Wisutthimakka (วิสุทธิมัคกา)

 

 

Or, la Thaïlande est un pays où la sexualité est fortement ancrée  dans la culture populaire : concours de beauté fréquents, femmes peu vêtues ornant les publicités omniprésentes pour le whisky et la bière, modes masculines et féminines mettant l'accent sur l'attrait sexuel. Plus encore que les simples représentations de la sexualité, il y a la facilité, en particulier pour les hommes, de trouver des partenaires sexuels hors mariage. Le pays a l'un des taux de prostitution les plus élevés au monde  généralement à peine déguisés en massage. A Bangkok par exemple, où plusieurs grands monastères bouddhistes sont pratiquement à côté de Patpong, le centre du commerce du sexe. Cette juxtaposition ne choque pas les Thaïs, mais ils s’indigneront lorsque certains moines succombent à la tentation, ce qu’ont dévoilé des scandales relativement récents  peut-être amplifiés avec complaisance par les médias.

 

 

L’AFFAIRE DE PHRA NIKONTHAMMAWADI (พระนิกรธรรมวดี) : LE PRÉDICATEUR A LA VOIX D’OR (พระนักเทศน์เสียงทองแห่งยุค)

 

Elle a éclaté dans les années 90-91. Né en 1956 dans la petite ville de Doinanglae Bansanpong (ดอยนางแล บ้านสันปง), tambon de Sansai (สันทราย), amphoe de Phrao (พร้าว), province de Chiang Mai (เชียงใหม่). Il fut ordonné à Phrao et devint abbé du temple de Doinanglae Bansanpong, un monastère ou la pratique de la méditation était avancée. Il poursuit ses études religieuses au Chittaphawan College (จิตตภาวันวิทยาลัย) situé dans la province de Chonburi (จังหวัดชลบุรี). Nous avons parlé de cet établissement fondé par le moine Kittiwuthotphikkhu (กิตติวุฑโฒ ภิกขุ) (6) et devint l’un de ses principaux partisan. N’oublions pas que c’est le moine qui au cours de ses sermons affirmait que tuer un communiste n’était pas un péché.

 

 

Nouvel abbé du temple, il en conduit la rénovation et devint rapidement célèbre comme prédicateur et ce bien au-delà de sa communauté locale. On vient de tout le pays pour l’entendre prêcher, ses sermons font souvent couler des larmes, et il y eut nécessité d'ouvrir sous son  patronage des dizaines de centres de pratique religieuse à travers le pays

 

 

En 1984 dans le collège de Bangkok, il rencontre une jeune étudiante de 17 ans, Onpavina Butkhunthong (นางอรปวีณา บุตรขุนทอง) qui devient l’une de ses ferventes adeptes. Pendant des années, leurs relations furent celles d’une disciple avec son maître spirituel.

 

Le scandale éclate en juin 1990 : il porte plainte contre Onpavina et sa famille pour l'avoir séquestré alors qu'il s'apprêtait à quitter Bangkok pour un voyage en Allemagne, l'avoir forcé à passer par un mariage simulé avec elle et a tenté de lui extorquer 5 millions de bahts qui étaient les fonds de son temple. Onpavina et les membres de la famille furent arrêtés à Phrao puis remis aux autorités de la banlieue de Bangkok, à Don Muang, là où les actes incriminés auraient eu lieu. De tels agissements contre l’un des moines les plus respectés du pays font rapidement le « Une » de la presse. C’est une véritable onde de choc. Onpavina et sa famille ripostèrent rapidement en déposant une accusation auprès d'un moine âgé de Don Muang affirmant que Phra Nikorn avait enfreint la règle du parajika en ayant des rapports sexuels avec elle à plusieurs reprises depuis 1988, mais était, en outre, le père de son enfant à naître. Elle avait effectivement bloqué son voyage vers l’Allemagne car elle pensait qu’il allait y nouer des relations avec une autre femme et souhaitait s’assurer que l’enfant aurait un père ? Les autorités judiciaires civiles refusèrent de poursuivre sur les accusations que Phra Nikorn en raison du manque de preuves. Les autorités religieuses par contre considérèrent, malgré ses dénégations, qu’il y avait eu violation de la règle du parajika. A la naissance de l’enfant, un petit garçon, le 11 octobre 1990, la presse en général hostile aux disciples de Kittiwuthotphikkhu prétendit voir dans les photographies en preuve évidente de la paternité. Phra Nikorn persista dans ses dénégations. Un tribunal monastique conclut à la reconnaissance de la paternité et considéra les témoins de Phra Nikorn avaient été incohérents. Il se vit donc  défroqué d’office mais avec possibilité d’appel devant la juridiction ecclésiastique supérieure et ensuite, devant le Conseil suprême de la Sangha. La procédure d’appel dura plusieurs mois. Phra Nikorn par ses avocats reprit alors les accusations d’origine contre Onpavina et sa famille. Ils obtinrent une réouverture des débats et l’autorisation de faire entendre de nouveaux témoins. Toutefois, avant que l'affaire ne puisse être jugée, le Conseil suprême de la Sangha, le 18 mars 1991, avait statué en considérant que Phra Nikorn avait effectivement violé la règle du parajika, devait déposer son habit monastique et quitter le monastère dans les 24 heures.

 

 

 

Après avoir passé quelques temps au Chittaphawan College, il retourna à Phrao échangeant la robe safran  contre la robe blanche d'un ascète religieux en jurant de suivre la discipline incombant aux moines même s'il n'était plus membre de l'ordre. Il a continua à proclamer son innocence et en engageant de nouvelles procédures contre Onpavina et sa famille qui aboutirent toutefois à un rejet définitif en 1993. Entretemps, il avait été poursuivi par le Département des forêts pour avoir construit un centre de méditation dans une réserve forestière en violation de la loi sur les réserves forestières nationales et condamné pour cela à un an de prison avec sursis. Il continua pendant un certain temps à mener sa vie d’ascète en robe blanche dans son centre de Phrao en étant entouré d’un  cercle de fidèles venant écouter ses homélies bien que son autorité morale ait été sapée. Ses procédures contre Onpavina et sa famille aboutirent en 1996 et 1997 à une condamnation pour parjure et déclarations mensongères à 22 mois de prison. Il connut d’autres mésaventures judiciaires en faisant l’objet de poursuites pour s’être présenté à un hôpital muni d’une carte d’identité périmée !

 

 

Il mourut paisiblement le 11 septembre 2014 d’un accident vasculaire cérébral et reçut un vibrant hommage des habitants de son village.

 

 

Son histoire fit l’objet d’un film (sous des pseudonymes évidemment) ce qui n’était peut-être pas du meilleur goût. Beaucoup de bouddhistes con sidérèrent que si le moine avait effectivement enfreint l’un de ses obligations et  non la moindre,  Onpavina n’était pas elle-même sans reproches. Le moine l’a-t-il séduite par son charisme ou l’a-t-elle fait tomber machiavéliquement dans ses rets ? Elle reste évidemment dans l’esprit d’une partie du public comme la femme qui a eu une histoire d'amour avec un moine - ce que la plupart des femmes thaïes n'oseraient pas faire.

Cette triste histoire est évidemment le fruit des multiples tentations qu'offre la société contemporaine et a été largement aussi médiatisée d'une façon souvent et systématiquement malveillante. Elle traduit souvent un « antimonachisme » parfois faisant apparaitre les moines souvent comme des pourceaux d'Épicure, gourmands et égrillards, dont l'hédonisme fait parfois un peu oublier le parasitisme. Même Monseigneur Pallegoix n’y échappe pas au moins indirectement : « Parmi la multitude des phra, on en rencontre quelques-uns qui sont vraiment d'une grande austérité, ils sont fidèles à leur règle, ne mangent que des légumes et surtout des pois ou des haricots….   L'oisiveté, la paresse, le vagabondage, l'orgueil, l'arrogance, la vanité, la gourmandise et l'immoralité sont autant de vices qu'il n'est pas rare de rencontrer chez les talapoins ».

Pour de nombreux bouddhistes, le meilleur moyen de ne pas succomber à la tentation se trouve dans le « bouddhisme de la forêt »  (7).

 

 

Il y a eu de tous temps de mauvais moines, de mauvais prêtres, de mauvais rabbins ou de mauvais Imans mais la presse n'était pas là pour répandre leurs erreurs. Contentons-nous de conclure que tout péché a sa miséricorde

 

 

Ses sermons enflammés sont toujours largement diffusés sur Internet

ANNEXE

 

Nous avons marqué de rouge dans cette liste reproduite de l’ouvrage de Monseigneur Pallegoix les préceptes qui concernent directement ou pas les rapports des moines avec les femmes :

 

 

Vous ne tuerez point les animaux et vous ne les frapperez pas.

Ne dérobez pas ce qui appartient à autrui.

Abstenez-vous des plaisirs charnels.

Ne vous attribuez pas vos mérites et ne-tirez pas vanité de votre sainteté.

Ne cultivez point la terre de peur de tuer quelque ver ou autre insecte.

Ne coupez pas les arbres parce qu'ils sont doués de vie.

Ne buvez pas de liqueur distillée, ni vin, ni aucune boisson enivrante.

Ne prenez point de nourriture quelconque  après-midi.

N'allez pas voir les comédies;

N'écoutez pas les concerts d'instruments.

Abstenez-vous des parfums et des eaux de senteur.

Ne vous asseyez pas dans un lieu de plus de douze pouces de haut.

Ne touchez ni or ni argent.

Ne vous entretenez pas de choses futiles.

Ne portez point de fleurs à vos oreilles.

Passez à travers un linge l'eau que vous voulez boire, de peur qu'il ne s'y trouve des animalcules.

Quand vous irez faire vos nécessités, portez de l'eau pour vous laver.

N'empruntez rien des laïques.

N'ayez avec vous ni couteau, ni lance, ni épée, ni aucune espèce d'armes.

Ne faites pas d'excès dans le manger. Ne dormez pas au-delà du nécessaire.

Ne chantez pas de chansons amoureuses.

Ne jouez pas des instruments de musique.

Ne jouez pas aux dés, aux échecs et autres jeux quelconques.

Prenez garde de branler les bras en marchant,

Ne faites pas de feu avec le bois de peur de brûler quelques insectes qui y sont logés.

Vous vivrez d'aumônes seulement et non du travail de vos mains.

N'administrez pas de médecine aux femmes enceintes, de peur de faire mourir l'enfant dans leur sein.

Ne portez point vos regards sur les femmes.

Ne faites aucune incision qui fasse sortir le sang.

Ne vous livrez pas au commerce; ne vendez rien

N'achetez rien.

Ne faites point claquer vos lèvres en mangeant.

Quand vous marchez dans les rues, il faut avoir les sens recueillis et tenir le talapat devant vous de  manière à ne pas voir au-delà de quatre coudées.

Tous les quatorzièmes de la lune, vous vous raserez les cheveux et les sourcils avec un rasoir de cuivre.

Quand vous êtes assis, vous devez avoir les jambes croisées et non étendues.

Après avoir pris votre nourriture, ne gardez point les restes pour le lendemain, mais donnez les aux animaux.

N'ayez pas plusieurs vêtements.

Ne caressez point les enfants.

Ne parlez point à une femme dans un lieu secret.

Ne nourrissez ni canards, ni poules, ni vaches,  ni buffles, ni éléphants, ni chevaux, ni cochons, ni chiens, ni chats.

En prêchant, quand vous expliquerez le bali, prenez garde de changer le sens.

Gardez-vous de dire du mal d'autrui.

Quand vous vous réveillez, levez-vous aussitôt,  pourvu toutefois qu'il fasse assez jour pour distinguer les veines de vos mains.

Ne vous asseyez pas sur une même natte avec une femme.

Ne montez pas une jument ou un éléphant femelle.

N'allez pas dans une barque qui aurait servi à  une femme.

Ne touchez pas une femme ni même une toute petite fille

Ne faites pas cuire du riz, parce qu'il a un germe de vie

Ne prenez rien les mains jointes qui ne vous ait été d'abord offert

Ne montez pas dans une maison à moins que quelqu'un ne vous invite à le faire.

Si en dormant vous songez à une femme, c'est un péché qu'il faut expier.

Ne désirez pas ce qui appartient aux autres.

Gardez-vous de maudire la terre, le vent, l'eau ou le feu.

Ne mettez pas la mésintelligence et la discorde parmi les autres.

Ne portez pas d'habillements précieux.

Ne vous frottez pas le corps contre quoi que ce  soit.

Ne portez pas de souliers qui cachent les talons.

Ne recevez aucune offrande des mains des femmes; elles doivent seulement les déposer devant vous.

 

 

Ne mangez rien qui ait vie, ni des légumes et des grains qui peuvent encore pousser ou germer.

Quand vous aurez mangé quelque chose, ne dites pas ceci est bon, cela n'est pas bon, ces discours sentent la sensualité.

Ne riez jamais aux éclats.

Ne pleurez pas la mort de vos parents et ne vous en attristez pas.

Ne retroussez pas votre langouti pour passer l'eau ou bien en marchant dans les rues.

Quand vous prenez votre nourriture, ne causez avec qui que ce soit.

En mangeant, ne laissez pas tomber du riz de côté et d'autre.

Ne ceignez pas votre langouti au-dessous du nombril.

Vous ne mangerez pas de la chair d'homme, d'éléphant, de cheval, de serpent, de tigre, de crocodile, de chien ou de chat.

Ne dormez pas dans un même lit avec une autre personne quelconque.

Quand vous allez demander l'aumône ou que vous marchez dans les rues, ne toussez pas pour attirer les regards sur vous.

Quand vous irez réciter des prières auprès d'un mort, vous devez réfléchir sur l'instabilité des  choses humaines.

Vous ferez descendre votre langouti à huit pouces   au-dessous du genou.

Vous ne direz pas de paroles grossières en présence des femmes.

Vous ne branlerez pas la tête en marchant.

Vous ne garderez pas l'arec et le bétel dans la bouche pendant la nuit.

Quand vous aurez commis des péchés, vous devrez les confesser au supérieur.

Tous les soirs vous balayerez la pagode.

Vous aurez soin de bien laver votre marmite.

Quand vous irez quelque part, prenez garde de fouler aux pieds sciemment des fourmis ou d'autres insectes.

En marchant dans les rues ou en allant recevoir l'aumône, vous ne saluerez personne.

 

NOTES

 

(1) Voir notre article  A.41 La crise du bouddhisme en Thaïlande ?

https://www.alainbernardenthailande.com/article-a-41-la-crise-du-bouddhisme-en-thailande-82673729.html

(2) Voir notre article A 320 - LES CINQ PRÉCEPTES BOUDDHISTES DANS LES PROVINCES RURALES DU NORD-EST ET LEUR INCIDENCE SUR LA VIE EN SOCIÉTÉ. (ปัญจ ศีล - Pancasila)

https://www.alainbernardenthailande.com/2019/06/a-320-les-cinq-preceptes-bouddhistes-dans-les-provinces-rurales-du-nord-est-et-leur-incidence-sur-la-vie-en-societe.pancasila.html

(3) Ceux qui s’y intéressent trouverons le détail de ces contraintes en thaï sur le site en thaï :

https://th.wikipedia.org/wiki/%E0%B8%A8%E0%B8%B5%E0%B8%A5_227#:~:text=พระวินัยปิฎก,เป็นสิกขาบทในพระปาติโมกข์

Il en est une version anglaise

https://en.dhammadana.org/sangha/vinaya/227.htm

(4) La liste en est donnée dans le second volume de sa « Description du royaume thaï ou Siam » qui date de 1854.

(5) c’est tout au moins l’interprétation que les exégètes donnent au Livre des Psaumes (XXIV – 16) « Car sept fois le juste tombe, et il se relève, Mais les méchants sont précipités dans le malheur »

(6) Voir notre article

A 418 - ฆ่าคอมมิวนิสต์ ไม่บาป- UNE FRANGE DU BOUDDHISME EN THAÏLANDE JUSTIFIE LA VIOLENCE EXTRÊME: « TUER UN COMMUNISTE N'EST PAS UN PÉCHÉ »

https://www.alainbernardenthailande.com/2021/02/a-417-une-frange-du-bouddhisme-en-thailande-justifie-la-violence-extreme-tuer-un-communiste-n-est-pas-un-peche.html

 

 

(7) Voir notre article

A 239 - LE « BOUDDHISME DE LA FORÊT » OU « LA VOIE DES ANCIENS » DANS LA THAÏLANDE CONTEMPORAINE

https://www.alainbernardenthailande.com/2017/09/a-239-le-bouddhisme-de-la-foret-ou-la-voie-des-anciens-dans-la-thailande-contemporaine.html

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5 juin 2021 6 05 /06 /juin /2021 03:11

 

"Nous, c'est vous, vous, c'est nous" (Temple de Samret à Kho Samui)

 

Nous avons de temps à autre le plaisir d'accueillir des « invité(e)s » qui nous font part de leurs recherches et de leur érudition d'autant plus intéressantes qu'elles proviennent d'érudits qui ont une formation différente de celle que nous reçûmes, Alain et moi ; un littéraire et un juriste qui ne sont pas des historiens de profession mais des « vocations tardives ». J'ai aujourd'hui la satisfation d'ouvrir nos colonnes à Madame Dominique Le Bas, une universitaire distinguée, Docteur en Etudes indiennes, option art et archéologie. Chercheur associé à l’Institut thématique interdisciplinaire d’histoire, de sociologie, d’archéologie et d’anthropologie des religions,de l'Université de Strasbourg, elle prépare un article sur « La méditation sur la décomposition des corps dans l’art siamois », actuellement en cours de publication à l'Université de Strasbourg. Elle nous en livre un aperçu que j'ai plaisir à partager ce jour.

 

Vous trouverez en fin d'article le résumé de sa carrière universitaire et la liste des publications qui sont les siennes.

 

 

Au cours de votre pérégrination dans certains temples thaïs, vous pourriez découvrir une particularité qu’il n’existe plus qu’au Sri Lanka et en Thaïlande : la méditation sur des ossements. Cette méditation appelée en pāli, langue utilisée dans la religion theravāda, « asubha kammaṭṭhāna » (อสุภกรรมฐา) qui signifie « exercices sur la répugnance des corps » consiste à contempler des cadavres humains dans différents états de décomposition.

 

 

A quelles fins ? En prenant le cadavre comme support visuel, et en pensant que son propre corps est voué au même devenir, le pratiquant doit développer de la répulsion envers l’objet contemplé mais aussi envers son propre corps afin d’aboutir à la cessation de tout désir et prendre conscience de l’impermanence des corps. Cette pratique peut mener au nibbana (นิพพาน.)

 

 

Cette méditation était pratiquée par les moines de Thaïlande, Birmanie, Cambodge et Laos depuis environ le 18e siècle jusqu’au milieu du 20e siècle, et l’est encore en Thaïlande et au Sri Lanka.

 

 

Le thème de la méditation sur la décomposition des corps est évoqué dans les littératures canoniques et post-canoniques de langue pālie. Le discours le plus important qu’aurait prononcé le Buddha sur le thème de la « méditation » ou le développement mental est le Mahāsatipaṭṭhana-sutta (มหาสติปัณณสูตร) « texte de la grande mise en jeu de la présence d’esprit » qui est le 22e sutta que compte le Dīghanikāya « corpus des longs ». Le Mahāsatipaṭṭhana-sutta est pour le Theravada un texte fondamental pour la pratique, décrivant les différents éléments qui doivent être travaillés pour développer l’attention. Ce texte recense 9 contemplations sur la décomposition des corps. Pour chacune de ces neuf contemplations, le texte est construit selon un schéma identique : le cadavre est décrit selon son état de décomposition, s’ensuit toujours jusqu’à la prochaine description de contemplation le même texte : le moine réfléchit à son propre corps en se disant «  ce corps qui est le mien a la même nature ; il deviendra de même ; il ne peut l’éviter ». En constatant que son corps n’est pas différent que celui qu’il observe, et qu’il subira un jour un sort identique, son esprit doit se libérer de l’attachement au corps. La présence d’un cadavre n’est pas obligatoire pour le moine pratiquant. L’impératif est ce que nous dit le refrain « ce corps qui est le mien a la même nature ; il deviendra de même ; il ne peut l’éviter ».

 

 

Le moine doit accepter sa propre évanescence.

 

L’autre texte, non canonique, qui est la principale référence du Theravāda, est le Visuddhimaggha (วิสุทธิมัคกา) « chemin de la complète purification » rédigé au Ve siècle au monastère Mahāvihāra (มหาวีฮาราน) à Ceylan

 

 

... et attribué à Buddhaghosa (พุทธโฆษะ). Dix exercices ou réflexions sur la répugnance du corps sont recensés en fonction de l’état du cadavre : gonflé, bleui, ulcérés, déchiquetés, rongés, éparpillés, mutilés et éparpillés, saignants, infestés de vers, et les squelettes.

 

 

Où le moine trouvait-il un corps ? A l’époque où le texte a été rédigé, les corps se trouvaient dans la nature, sur les champs de bataille, à la porte du village etc.. Au 19e siècle, au Siam, le Wat Saket (วัดสระเกศราชวรมหาวิหาร) était connu pour disposer d’un charnier où les corps des plus pauvres et ceux des condamnés de la prison voisine étaient donnés en pâture aux vautours et aux chiens.

 

 

Carl Bock nous fournit une description précise de sa visite en 1881 au Wat Saket où il assiste à l’arrivée d’un corps sur une litière de bambou, puis à son traitement immédiat. Un officiant muni d’un énorme couteau va ouvrir le corps, couper la chair des jambes, bras et poitrine. Puis un moine tenant dans sa main gauche un éventail et dans la main droite un bâton en bambou avec lequel il touche le corps chante quelques mantras. Dès qu’il a fini, les vautours se jettent sur le corps. Au bout de 10 minutes, l’officiant et le moine interviennent de nouveau pour s’occuper du dos du défunt de la même manière ; puis les animaux mettront 8 minutes à dévorer le corps ; Les os et le crâne sont collectés par les amis qui les brûleront. Le devenir de ces restes nous est expliqué par Monseigneur Pallegoix en 1853 : les ossements recueillis par les parents et amis seront soit gardés dans une urne ou broyés avec de l’argile pour faire des statuettes en souvenir du défunt.

 

 

 

Carl Bock va découvrir un autre lieu dans l’aire du monastère où se dresse un autel circulaire sur lequel il découvre des os humains, des crânes et deux cadavres d’enfants récemment décédés mais dans un état de décomposition avancé

(Carl Bock, « Carl. Temples and elephants : the narrative journey of exploration through upper Siam and Lao ». London: Sampson Low, 1884. P. 551).

 

 

On peut supposer que ces ossements servaient comme support pour la méditation des bonzes.

 

Les charniers ont disparu car l’évolution de la société, sous l’influence occidentale à partir du milieu du XIXè siècle, a amené une prise de conscience sur l’hygiène publique et sur les règles sanitaires à appliquer dans la capitale, Bangkok, qui a connu en 1884 une épidémie de choléra au cours de laquelle le Wat Saket a accueilli 60 à 120 cadavres par jour. De nos jours, les pratiquants ont toujours à leur disposition des cadavres mais peuvent désormais disposer de supports de substitution que sont les photos. Ainsi au Wat Khao Yai (วัดเขาใหญ่ - พิจิตร) dans la province de Phichit et au Wat Hualompong (วัดหัวลำโพง) à Bangkok, les moines pratiquent la contemplation sur des corps suspendus à des crochets. Ce sont les familles qui font don du corps de leur proche – enfant ou adulte- à des fins de mérites spirituels. Pour pratiquer la méditation dénommée « coupé et éparpillé », les moines se rendent dans les salles d’autopsies. Les pratiquants achètent aussi dans des boutiques spécialisées des photos de personnes accidentées ou suicidées à des étapes variées de décomposition. Il y a un impératif dans le texte non canonique qui doit être respecté : le pratiquant ne doit jamais toucher le corps. Le Visuddhimagga précise, après bien des tergiversations, qu’il ne conviendrait pas qu’un homme contemple un cadavre de femme, ni une femme un cadavre d’homme «car l’objet n’est pas présent dans un cadavre de sexe opposé, lequel peut même susciter de l’agitation ».

 

Somdet Phra Wanarat Buddhasiri Thap (สมเด็จพระวนารัตน์พุทธสิริทับ), abbé du Wat Sommanat Vihara (วัดโสมนัสวิหาร), familier du roi Mongkut lorsqu'il était moine (1806-1891)

 

 

Cette pratique est illustrée dans des manuscrits du centre de la Thaïlande, réalisés essentiellement au 19e siècle, mais rarement sur les peintures murales de monastères. Le peintre peut utiliser le folio pour illustrer deux méditations ou disposer le corps dans l’une des vignettes, le moine dans l’autre.

Manuscrit Or.13703 fol.7v, 19è s., British Library

 

 

Dans les manuscrits, la première méditation « cadavre gonflé »  est l’une des plus représentée. Le corps gonflé présente généralement une iconographie identique : outre le gonflement, les yeux sont exhorbités et globuleux, et la langue tirée. Il est nu ou revêtu d’une pièce de tissu toujours disposée d’une manière sinueuse autour de la partie inférieure et la partie supérieure du corps.

Or 14838 fol.7, vignette droite, British Library

 

 

 

Le cadavre gonflé est celui qui est le plus difficile à trouver parce que son état ne perdure qu’un à deux jours. Les dix contemplations sont mises en corrélation avec les subdivisions du tempérament voluptueux du pratiquant. Ainsi la première contemplation convient aux moines qui s’attachent aux formes car le cadavre gonflé met en évidence la détérioration des formes corporelles.

 

L’autre méditation la plus représentée est la 5e «  cadavre dévoré par des chiens, chacals ou autres animaux ». L’artiste représente soit des chiens soit des corbeaux, ou au Wat Somanat vihāra chien, corbeaux et un vautour. Souvent dans cette représentation, il ajoute le déversement des entrailles. Le cadavre dévoré convient à ceux qui s’attachent à l’accumulation de chair en certaines parties du corps comme les seins, car il montre comment la plénitude de cette accumulation de chair est détruite

 

Mss Coll.990 item 5 fol.3 Penn Library, Philadelphie

 

 

Aucune sculpture ancienne ne représente une de ces méditations. Représenter un cadavre « horrible » n’aurait pas été un obstacle pour les sculpteurs comme en témoignent les damnés torturés sur le socle du bronze Phra Malai (พระมาลั) conservé au Musée de Nakhom Pathom (นครปฐม) Photo phra Malai

(Sur Phra Malai, voir notre article : A 375 - DES ENFERS BOUDDHISTES À L’ENFER DES CHRÉTIENS : LA LÉGENDE DE PHRA MALAIhttps://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2020/06/a-375-des-enfers-bouddhistes-a-l-enfer-des-chretiens-la-legende-de-phra-malai.html).

 

 

Quant aux peintures murales, les dix méditations qui ornaient les murs du vihāra Est de Wat Phra Chetuphon (Wat Po, Bangkok) sous le règne de Rāma Ier (1782-1809) ont complètement disparu. Il faudra attendre le règne de Rama IV Mongkut (1851-1868) pour que l’intégralité de la contemplation sur le «  non-beau » soit de nouveau représentée sur les murs de deux monastères royaux de Bangkok : le Wat Boworniwet et le Wat Somanat viharā. S’ils possèdent ces représentations, c’est parce qu’ils sont liés à la réforme du bouddhisme siamois menée par le roi Mongkut - Rama IV alors qu’il était moine de 1824 à 1851 avant d’accéder au trône.

Voir l'article  de Dominique Le Bas :  « Les armoires et les coffres à manuscrits laqués et dorés de Thaïlande »  in Histoire d’objets extra-européens :collecte, appropriation, médiation. Villeneuve d’Ascq : Publications de l’Institut de recherches historiques du Septentrion, 2021. Le texte est numérisé : http://books.openedition.org/irhis/5892 

 

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Qui est Madame Dominique Lebas ?

 

 

Elle a consacré une partie de sa carrière en tant que conservateur de bibliothèques, au développement de la lecture publique (Seine Saint Denis, Berry) et sillonné le département du Puy de Dôme en qualité de directrice de la bibliothèque départementale de Prêt pendant dix ans. Elle fut ensuite pendant 14 ans à l’Université de Rouen directrice d’une Bibliothèque Universitaire. Elle rédigea ensuite une thèse sous la direction de Madeleine Giteau, disparue en 2005, historienne et en particulier historienne des arts de l'Asie du Sud-Est française, membre de l'École française d'Extrême Orient de 1956 à 1981.

 

 

Cette thèse de doctorat, soutenue en 1987 porte le titre « Les armoires et les coffres à manuscrits de Thaïlande » ( Université de Paris III Sorbonne Nouvelle) et a été publiée en 1988 par l’Université de Lille III.

 

 

 

Elle la présente comme suit : « Les plus anciennes armoires qui nous soient parvenues ne sont pas antérieures au règne de phra narai (vers 1657-1688). Parmi les différentes techniques de décorations utilisées, nous nous sommes attachées a celle de la laque dorée. D'usage profane a l'origine, les armoires et les coffres a manuscrits laqués et dorés sont offerts aux monastères a la mort de leurs propriétaires. Nous avons pu distinguer sept catégories d'armoires selon la typologie de leur piètement et trois types de coffres. Les artistes ont orné ce mobilier de scênes empruntées à la littérature religieuse et épique. Nous nous sommes apercues que la vie du buddha et les dix précedentes existences - les dasa jataka- y étaient illustrees d'une manière exceptionnelle. Aussi nous sommes-nous attachées a cette étude. Les artistes ont représenteé des scênes essentielles de la vie du bienheureux mais également des faits apparemment secondaires. Il convient de souligner qu'aucune scêne de la vie du buddha ne décore les coffres a manuscrits. Nous assistons a l'époque de ratanakosin à une miniaturisation et a une multiplication des scênes sur une même surface. Ce fait est lié au role didactique et édifiant des laques qui n'a fait que s'affirmer depuis la fin de l'eépoque d'ayuthya. L'art de la laque appliqué aux armoires et aux coffres a manuscrits peut etre considéré comme un art à part entière au même titre que la peinture murale qu'il complète ou répète »

Nous lui devons encore

« Le mobilier cultuel de Thaïlande : les chaires à prêcher », Mémoire de maîtrise, Paris I.

« Le Vessantara Jataka sur le mobilier thaï », in  Asie, n°1, Donner et recevoir, 1992, Paris- Sorbonne (revue du Centre de Recherche sur l’Extrême-Orient de Paris-Sorbonne)

« L’enfance du futur Buddha sur les armoires laquées et dorées de Thaïlande » in Asie, n°4 Enfances, 1997, Paris- Sorbonne (revue du Centre de Recherche sur l’Extrême-Orient de Paris-Sorbonne)

« Jenny de Vasson : 1872-1920 : photographe ». – Clermont-Ferrand, 1998.

(Jenny de Vasson, amie de Georges Sand, fut la première femme photographe de France).

« La venue de l’ambassade siamoise en France en 1861 » in Aséanie, n° 3, mai 1999, Bangkok (Centre d’Anthropologie Sirindhorn)

« La renaissance artistique en Thaïlande de Rama Ier à Rama IV », Turin, CESMEO, 2007

 

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