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  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

5 juin 2022 7 05 /06 /juin /2022 05:08

 

Nous avons consacré plusieurs articles aux « minorités  ethniques » qui bénéficient depuis 2017 d’une reconnaissance officielle, ils sont 62. Nous vous en donnons la liste :

 

 

Les Chams (จาม) que les Thaïs appellent familièrement les khaekcham  (แขกจาม) c’est-à-dire « les invités chams », le terme n’a rien de péjoratif, n’y sont pas spécifiquement inclus, probablement considérés comme appartenant au groupe des Malais dont ils partagent la religion et actuellement la langue.

 

 

La remarquable carte ethno-linguistique de la Thaïlande qui date de 2006 fait état de façon très marginale  d’un groupe Cham à Bangkok dans le village de Ban khaekhrua (บ้านแขครัว) et ajoute qu’actuellement ils ne parlent plus la langue cham, un tout petit point bleu au cœur du pays, entre 1000 et 2000 personnes. Encore faudrait-il savoir, mondialisation  aidant, si ce chiffre peut être maintenu en 2022 ? (1).

 

Quelques mots sur la langue et son écriture

 

La langue n'est plus guère parlée que dans la minorité cham du Vietnam, probablement moins de 100.000 personnes Une population de 200.000 individus réfugiés au Cambodge la parlerait encore mais beaucoup ont fui le pays lors de l’épisode des Khmers rouges qui fut génocidaire pour eux aussi pour trouver refuge en Malaisie.  Ce sont principalement les Chams du Vietnam qui connaissent encore l’écriture et peuvent lire les textes de leur littérature. Ceux du Cambodge connaissant encore leur écriture traditionnelle sont très peu nombreux. L’alphabet des Chams est originaire de l’Inde et apparaît dans les inscriptions autour du Ve siècle de notre ère. Il est utilisé pour des inscriptions en langue sanskrite comme en langue chame.

 

 

Les textes inscrits se trouvent jusqu’au XIIIe siècle. Ils sont rédigés en cham ancien. Les Chams d’aujourd’hui ne savent plus déchiffrer l’écriture des anciennes inscriptions. À partir du XVe siècle, les textes manuscrits sont rédigés en cham moyen et avec une écriture cursive qui s’éloigne fortement de celle des inscriptions sur pierre. Puis à partir du XIXe siècle, les textes sont rédigés en cham moderne et il existe une translittération romanisée du cham employée par les chercheurs occidentaux. On a plusieurs types d’écriture selon le pays dans lequel les Chams écrivent et selon le type de texte (profane ou sacré).

 

 

Les Chams : sources

 

Lointains des descendants des habitants du royaume de Champa, leur présence en Thaïlande mérite quelques lignes d’explications.

 

 

Ils viennent du royaume de Champa qui s’est définitivement écroulé au XIXe siècle face à l’empire Viet. Mon propos n’est pas d’écrire son histoire. Celle-ci l’a été essentiellement sinon exclusivement par des érudits français. De méticuleuses recherches épigraphiques firent l'objet de nombreuses publications dans le Bulletin de l'école française d'extrême orient. Georges Maspero a publié «  le  Royaume de Champa » (2). Il s’était imposé la tâche écrasante de dépouiller méthodiquement les vestiges de  l'épigraphie indigène et les textes étrangers concernant le Champa.  Signalons encore une remarquable synthèse de Louis Finot dans le fascicule publié à l’occasion de l’Exposition coloniale internationale de Partis en 1931 (3).

 

 

Le trésor de ses rois enfin -  au moins ce qui avait échappé au pillage des Viets – a été retrouvé abrité dans les zones tribales par Henri Parmentier et le Père  Eugène Marie Durand, des Missions étrangères.

 

 

L’inventaire de ce fabuleux trésor a été établi par eux (4). Il constitue actuellement les joyaux du Musée de Danang.

 

 

L’article de Nicolas Weber date de 2017 « The Cham Diaspora in Southeast Asia: Patterns of Historical, Political, Social and Economic Development » nous rapproche de nos Chams de Bangkok auquel il consacre un paragraphe au milieu des multiples péripéties des Chams au cours de leur histoire (5). Il est assorti d’une surabondante bibliographie.  Plus ponctuellement, en ce qui concerne l’histoire de la présence des communautés musulmanes à Bangkok, signalons l’article d’Edward Van Roy « Contending identities. Islam and ethnicity in Old Bangkok»   in Journal of the Siam Society , 2016, volume 104. Jean Baffie enfin a consacré il y a quelques années, en 1988, deux articles aux Chams de Bangkok (6).

 

 

Les Chams au Siam

 

L'ancien royaume de Champa, centré sur ce qui est aujourd'hui le littoral sud  vietnamien littoral, était il y a un millénaire déjà reconnu comme l'une des premières puissances maritimes d'Asie du Sud-Est.  Au cours des siècles, il domina le bas bassin du Mékong. Les Chams perfectionnèrent l'art de la construction navale et de la guerre sur les eaux. Au cours des siècles ensuite, le royaume  subit une implacable pression des Vietnamiens qui força un exode vers le haut le bassin du Mékong, jusqu’à la Péninsule malaise et l’archipel indonésien. Certains de ceux qui s’étaient installés à l'intérieur des terres furent capturés par les pillards siamois dès le XVe siècle. D'autres rejoignirent l’armée siamoise comme mercenaires. Ils continuèrent à jouer un rôle majeur dans l’histoire de la marine siamoise jusqu'au XIXe siècle et au-delà.

 

 

 

A Ayutthaya, les guerriers Cham reçurent un site de peuplement le long de la  rive de la rivière Chaophraya au sud de la ville fortifiée,

 

 

là où le plan de La Loubère situe le quartier malais qu’il ne différencie pas, ce sont tous des musulmans et les communautés avaient plus ou moins fusionné.

 

Réputés pour leurs prouesses dans la construction de bateaux, dans la navigation en eau douce et sur mer et dans les combats navals, ils se virent accorder le privilège de pagayer sur les barges royales qui perdura jusqu’au XXe siècle. Le chef de leur communauté a le titre de Phraya (พระยา).

 

 

A environ soixante-dix kilomètres en aval de la rivière Chaophraya depuis Ayutthaya, derrière le dépôt commercial bien fortifié de Thonburi et des douanes, le Siam avait depuis les années 1600 posté une garnison militaire cham. Lors de l’invasion  birmane de 1767, ce poste fut attaqué et détruit, ses défenseurs tués, capturés ou réduits à la fuite.

 

 

À la même époque, des centaines de familles de musulmans d’Ayutthaya – persans, arabes et malais ou  cham – anticipant la chute imminente de la capitale devant les assauts birmans, aménagèrent des radeaux sur lesquels ils s'éloignèrent furtivement, soudoyant parfois les forces assiégeantes pour assurer leur sécurité. Beaucoup se dirigèrent vers Thonburi.Une fois la situation politique stabilisée après le départ des forces birmanes et l'investiture de Phraya Taksin à la tête du Royaume siamois centré à Thonburi, les réfugiés musulmans se virent affecter des sites villageois permanents à terre, à la périphérie de la nouvelle capitale. Ces humbles débuts marquèrent le début d'une remarquable résurrection de la grandeur politique siamoise avec le puissant souvenir d'Ayutthaya comme guide.

 

 

La communauté chame de Thonburi a joué un grand rôle dans cette renaissance par la participation de ses bataillons de marins à de nombreux exploits militaires. Les générations suivantes, qu'ils soient prisonniers de guerre, mercenaires, ou demandeurs d'asile, continuèrent cette tradition. Pour confirmer ce rôle, les chantiers navals royaux et les hangars à barges furent installés  directement face à la colonie cham le long de la rive extérieure du canal. A la fin du 19e siècle on trouvait un groupe de trois établissements chams connus sous le nom de Ban Khaek Khrua - composés de Ban Khrua Nai (Intérieur), Klang (Moyen) et Nok (Extérieur) chacun avec sa propre mosquée et son cimetière, suggérant peut-être des origines et des dates d'établissement distinctes.

 

  Implantation en 1910 (dessin Van Roy) :

 

 

Des dizaines d’années de paix ont passé et la vocation militaire de cette ethnie est devenue caduque, remplacée par une spéciation dans le tissage de la soie pour le marché du luxe local et, plus tard, le marché naissant du commerce touristique.

Après la Seconde Guerre mondiale, en effet, l'industrie de la soie à Ban Khrua s'est rapidement développée sous la direction de Jim Thompson (James Harrison Wilson), colonel de l'armée américaine. Jim Thompson était un collectionneur passionné et la soie de Ban Khrua le fascina. En 1948, il fonde la Thai Silk Company avec cinq familles de tisserands. Il introduisit de nouvelles technologies pour améliorer la production et ce fut le succès. Thompson élargit son entreprise et fit venir des musulmans chams ou non chams d'autres régions de Thaïlande, de Surat Thani (สุราษฎร์ธานี) en particulier.

 

 

Dans le district de Chaiya (ไชยา), au nord de la province,

 

 

le tissage de la soie se pratiquait de tous temps essentiellement dans le sous district totalement musulman de Phumriang  (ตำบลพุมเรียง), célèbre pour la qualité de sa production soyeuse. Situé en bord du golfe de Thaïlande, il n’est d’ailleurs pas exclu que cette enclave musulmane dans une province qui ne l’est pas n’ait pas pour origine des Chams venus des mers ?

 

 

Après la disparition de Thomson en 1967, la Thai Silk Co. entra en déclin. De nos jours, seules deux familles de Ban Khrua se consacrent encore à l'industrie de la soie. Le tissage de la soie fut remplacé par celui du coton. A Phumriang et à Ban Khrua, on trouve des vêtements et des accessoires religieux : La présence d'une importante communauté musulmane au cœur de Bangkok rend probablement nécessaire la présence d'ateliers de tissage de coton pour les chapeaux de prières des hommes (la chéchia) et de leurs longues tuniques (la Kamis)

 

 

...ainsi que du voile des femmes (le hidjab) que les écolières portent avec tant de grâce.

 

 

D'autres groupes de Chams, après la chute d'Ayuthaya, choisirent d'autres destinations que Thonburi mais toujours en bord de mer :

 

Certains rejoignirent le sous-district de Nam Chiao (ตำบลน้ำเชี่ยว),  district de Laem Ngop  (อำเภอแหลมงอบ) dans la province de Trat (จังหวัดตราด). Ils y rejoignirent des musulmans thaïs avec lesquels ils se confondirent.

 

 

D'autres rejoignirent Rayong  (จังหวัดระยอง) et se fondirent également dans la population musulmane locale.

 

 

La communauté de Ban Krua fut fondée en 1787, il y a environ 235 ans, alors que Bangkok possédait encore des forêts et des champs dans une zone qui s'appelait  «  la forêt de bambous de Thung Phaya Thai » (ป่าไผ่ทุ่งพญาไท). Elle conserve seule ou tente de conserver sa spécificité et dut batailler pour éviter qu'un projet autoroutier ne détruise leurs mosquées et leur cimetières.

 

 

Nicolas Weber souligne que, partout où ils sont allé, leurs efforts d’intégration tout en préservant leurs identité culturelle. Jusqu’à quand ?

 

 

 

 

NOTES

 

1 -  « Ethno linguistic map of Thailand » publication de l’Université Thammasat, ISBN 974-7103-58-3

 

 

2 - Une première fois dans plusieurs livraisons de la revue Toung Pao entre 1910 et 1913, puis réunies en 1914 et 1929 sous  ce titre.

 

  1. - « Exposition coloniale Internationale de Paris – commissariat général » à Paris 1931, volume consacré à l’Indochine française.

 

 

  1. - « Le Trésor des rois chams »  In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 5,  905. pp. 1-46.

 

  1. -  Il est numérisé : Thomas Engelbert – 9783631660423  Downloaded from PubFactory at 04/03/2017 11:41:53AM by nicolasweb@yahoo.com

 

  1. - « Naissance et croissance de Ban Khrua: problèmes d’identité des Chams de Bangkok ». In: Ban Khrua, le “village” cham de Bangkok.  Bangkok, 1988.

Nos précédents articles sur les minorités ethniques de Thaïlande

 

INSOLITE 25 - LES ETHNIES OFFICIELLEMENT RECONNUES EN THAÏLANDE POUR LA PREMIÈRE FOIS EN 2017.

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/04/insolite-25-les-ethnies-officiellement-reconnues-en-thailande-pour-la-premiere-fois-en-2017.html

INSOLITE 9 - LES NÉGRITOS DE THAÏLANDE, DERNIERS REPRÉSENTANTS DES HOMMES DU PALÉOLITHIQUE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/12/insolite-9-les-negritos-de-thailande-derniers-representants-des-hommes-du-paleolithique.html

H 9 - LES MȎNS DE THAÏLANDE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/03/h-9-les-m-ns-de-thailande.html

INSOLITE 10. LA MYSTÉRIEUSE TRIBU DES MALABRI, LES « HOMMES NUS » DU NORD-OUEST.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/12/insolite-10.la-mysterieuse-tribu-des-malabri-les-hommes-nus-du-nord-ouest.html

INSOLITE 11 - LES « PEUPLES DES MONTAGNES » DE LA RÉGION DE KHORAT, DERNIERS REPRÉSENTANTS DU DVARAVATI.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/12/insolite-11-les-peuples-des-montagnes-de-la-region-de-khorat-derniers-representants-du-dvaravati.html

INSOLITE 12- LA LANGUE DES SAEK DE NAKHON PHANOM, UN VESTIGE DE LA PROTOHISTOIRE ? http://www.alainbernardenthailande.com/2017/01/insolite-12-la-langue-des-saek-de-nakhon-phanom-un-vestige-de-la-protohistoire.html

INSOLITE 13 - L’ETHNIE SO DE L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE) http://www.alainbernardenthailande.com/2017/01/insolite-13-l-ethnie-so-de-l-isan-nord-est-de-la-thailande.html

INSOLITE 16 - LES PEUPLES DE LA MER DE LA CȎTE OUEST DE LA THAÏLANDE : MYTHES ET RÉALITÉS. http://www.alainbernardenthailande.com/2017/02/insolite-16-les-peuples-de-la-mer-de-la-c-te-ouest-de-la-thailande-mythes-et-realites.html

 

INSOLITE 17. LES PEUPLES DE LA MER DE LA CȎTE OUEST DE LA THAÏLANDE : MYTHES ET RÉALITÉS.

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/02/insolite-17.les-peuples-de-la-mer-de-la-c-te-ouest-de-la-thailande-mythes-et-realites.html

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ? http://www.alainbernardenthailande.com/2017/08/insolite-20-les-phutai-une-ethnie-descendue-du-ciel.html

INSOLITE 21- LES THAI YO, UNE ETHNIE DE COUPEURS DE TÊTES (?) http://www.alainbernardenthailande.com/2018/03/insolite-21-les-thai-yo-une-ethnie-de-coupeurs-de-tetes.html

INSOLITE 22- LES KALŒNG, UNE TRIBU MÉCONNUE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.http://www.alainbernardenthailande.com/2018/03/insolite-22-les-kaloeng-une-tribu-meconnue-du-nord-est-de-la-thailande.html

INSOLITE 26 - L’ÎLE DE NORD-SENTINEL, DERNIER REFUGE DES NÉGRITOS DE LA PÉNINSULE DANS L'ARCHIPEL DES ANDAMAN http://www.alainbernardenthailande.com/2018/12/insolite-26-l-ile-de-nord-sentinel-dernier-refuge-des-negritos-de-la-peninsule-dans-l-archipel-des-andaman.html INSOLITE 27- LES « PEUPLES DE LA MER » D'ASIE DU SUD-EST SONT-ILS VENUS SUR L'ÎLE DE MADAGASCAR ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/08/insolite-27-les-peuples-de-la-mer-d-asie-du-sud-est-sont-ils-venus-sur-l-ile-de-madagascar.html

A.56 Isan : Le Crépuscule Des Ethnies ? http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-56-isan-le-crepuscule-des-ethnies-99202030.html

A145. Les "Minorités Ethniques" Du Nord-Ouest De La Thaïlande.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a145-les-minorites-ethniques-du-nord-ouest-de-la-thailande-123213089.html

A147. Les "Minorités Ethniques" Du Nord-Ouest De La Thaïlande. 2

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a147-les-minorites-etniques-ou-les-populations-montagnardes-du-nord-ouest-de-la-thailande-2-123281023.html

 

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24 avril 2022 7 24 /04 /avril /2022 02:37

 

Dans un amusant article publié dans la très sérieuse revue de la Siam Society dans sa livraison de 2021, le professeur Olivier de Bernon qui appartient à l'école française d'extrème orient, donne à l'invention du parachute une très lointaine origine siamoise. Le titre de son article est évocateur : « The Parachute, a French Invention of Distant Siamese Origin » (Le parachute, une invention française de lointaine origine siamoise - ร่มชูชีพ สิ่งประดิษฐ์ของฝรั่งเศสที่มีต้นกำเนิดจากสยามไกลๆ)

 

 

Selon lui, l'invention du parachute appartient au physicien français Louis-Sébastien Lenormand, né à Montpellier le 25 mai 1757. L'idée est née dans son esprit en lisant un passage de la Description du Royaume de Siam de Simon de La Loubère, envoyé extraordinaire du roi Louis XIV à la cour du roi Phra Narai à Ayutthaya. Le 26 décembre 1783, muni d'un attirail de parasols et de perches, Lenormand se lança du haut d'un arbre de six mètres et vérifié la douceur d'une chute qui était comparable aux acrobaties observées par La Loubère. Il entreprit aussitôt les calculs de résistance de l'air, de volumes, et des surfaces appropriées pour une voile de parachute pour obtenir la plus lente descente. Ce faisant, il a transformé un divertissement acrobatique en une expérience en mécanique physique : l'invention du parachute avait eu lieu.

 

 

Effectivement, ce scientifique revendiqua dans la revue « Annales de chimie » du 30 vendémiaire de l'an IX (22 octobre 1800) la paternité à la fois du mot (« parachûte ») et surtout d'en avoir fait l'essai sur sa personne le 26 novembre 1783.

 

 

L'idée lui en aurait été inspiré par une lecture dans un volume de l' « histoire des voyages » (mais il ne dit pas lequel) où il avait lu que des esclaves, pour amuser leur roi, munis d'un parasol, se laissoient aller d'une hauteur assez grande pour se faira beaucoup de mal ; mais qu'ils étoient retenus par la colonne d'air qui étoit comprimée par ce parasoll ». La revue ne contient malheurement pas le croquis de l'engin. Il indique simplement avoir eu un parasol de 30 pouces de diamètre (75 cm) dans chaque main, l'extrémité des baleines attachés à la poignée pour éviter qu'elles ne se replient.

 

 

Les principes de physiques sur lesquels fonctione le parachute sont effectivement bien connus. Mais s'est-il bien lancé de haut de la tour de la Babotte muni d'un parasol d'un dialètre de 30 pouces dans chaque main et atterrit-il sans dommage ?

 

C'est selon toute apparence Louis Figuier qui a répandu l'idée d'attribuer la paternité du premier saut en parachute à Lenormand . Selon lui « Lenormand avait lu dans quelques relations de voyages que des certains pays, des esclaves pour amuser leur roi se laisaient tomber d'une certaine hauteur munis d'un parasol... ». Il en situe également l'origine de l'idée à une anecdote : une fillette tombée d'une échelle fut sauvée par un vent du nord très violent qui s'engouffra dans sa robe ? Figuier qui n'en est pourtant pas avare ne donne qu'un dessin où l'on voit Lenormand accroché à un seul parasol de diamètres évidement supérieur à 30 pouces ? Pour Figuier, il ne pensait pas à permettre au passager d'un aérostat en danger de s'en échapper mais aux habitants d'une maison en flamme de fuir en sautant dans le vide sans dommage.(1).

 

 

Au demeurant, la paternité de cet exploit fut contestée par un érudit de Montpellier, L.H. Escuret en 1961, où se situe est la vérité ? Voici ce qu'il écrit :

« Louis Figuier... et le parachutiste : En 1945, une plaque commemorative fut fixée sur la tour de la Babote à Montpellier avec cette inscription : « A la mémoire du physicien Sébastien Lenormand qui, en 1783, du balcon de cette tour osa le premier saut en parachute. » C'était trop beau pour être vrai ! En réalité, Lenormand avait seulement décrit dans les Annales de chimie, en 1801, les expériences de parachutage qui furent réalisées à cette époque et à cette tour, mais seulement avec des poids et des animaux. C'est l'étourderie et peut-être le chauvinisme d'un Montpelliérain qui avait fait le reste. Ce Montpelliérain ? Un savant bien connu, Louis Figuier, qui avait ainsi « embelli » la vérité en décrivant cet exploit imaginaire dans ses « Merveilles de la science de 1868 ».

En 1958, l'erreur fut démasquée et la plaque modifiée comme il convenait » (2). Cette contestation est sérieuse. En effet, ces parasols ont chacun une superficie d'un peu moins de 2 mètres carrés soit 4 au total. C'est bien inférieur à la superficie de nos parachutes d'une superficie d'environ 10 mètres carrés qui permettent de toucher le sol à 8 mètres par seconde, un peu moins de 30 kilomètres à l'heure. Ceci dit, le « Livre des records » - mais est-ce une bonne référence - fait état d'un atterissage réussi avec un micro-parachute de 3,25 mètres carrés, alors ?

 

 

Dans son article susvisé, Lenormand continue en précisant qu'il a repris son expérience avec un parasol unique mais cette fois-ci de 14 pieds de diamètre soit 4,25 mètres ce qui donne une superficie d'un peu plus de 14 mètres carrés.

 

Que dit donc La Loubère et a-t-il décrit des parachutes au Siam ? Il s'est effectivement régalé du spectacle des acrobates chinois à la cour du roi Naraï et des saltimbanques jugés au sommet de très hauts bambous, les danseurs de bambous (ลอดบ่วง)

« Il en mourut un, il y a quelques années, qui se jetait du cerceau en bas. se soutenant seulement par deux parasols dont les manches étoient bien attachés à sa ceinture : le vent le portait au hasard tantôt à terre, tantôt sur des arbres, ou sur des maisons, et tantôt dans la rivière. Il divertissait si bien le Roi de Siam, que ce Prince l'avait fait grand Seigneur ».

 

 

Nous retrouvons bien là les deux parasols de Lenormand. A-t-il puisé cette idée à la lecture de La Loubère dans le texte ? L' « Histoire générale des voyages » de l'abbé Prevost dont il parle est une énorme collection de 25 volumes publiée à partir de 1746 sous forme de souscription. C'est une compilation de récits de voyageurs qui a connu un fort succès, l'exotisme étant alors fort à la mode. Le récit des voyageurs de l'ambassade de Louis XIV, tome X fut publié en 1752.

 

L'ouvrage a fait l'objet d'une édition abrégée en 1780, peut-être est-ce celle que Lenormand a eu sous les yeux ?

 

 

J'y lis : « On se rappelle qu'à Paris de nos jours un homme a essayé de s'ajuster des ailes et de voler.

 

Si l'on en croit La Loubère, on est plus habile à Siam qu'à Paris. Il vit un saltimbanque se jetant d'un bambou sans autre secours que de deux parasols dont les manches étaient attachés à sa ceinture, se livrait au vent qui le portait au hasard, tantôt sur les arbres, tantôt sur terre et tantôt dans la rivière.... » (3). La Loubère qui avait un joli coup de crayon ne nous a malheureusement pas laissé de gravure.

 

Une invention française venue du Siam qui a sauvé de nombreuses vies et causé de non moins grands ravages puisque les parachutistes d'Hitler en firent un instrument de mort , passant du simple divertissement artistique à l'élaboration scientifique.

 

 

 

NOTES

 

(1) « Merveilles de la science » 1868 repris dans « Les aérostats » 1887

 

 

(2) « Revue de l'histoire de la pharmacie » 1961

(3) « Abrégé de l'histoire générale des voyages », tome VI, 1780

 

 

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15 décembre 2021 3 15 /12 /décembre /2021 05:18

 

La question peut paraître en première lecture saugrenue mais l'est-elle vraiment ?

 

Que ce soient les Rifains du Maroc, les Chleuhs, dans le sud-ouest du Haut Atlas, l’Anti-Atlas et la vallée du Souss, les Kabyles au nord de l’Algérie, ou encore les Touaregs dans le Sahara. Ils semblent appartenir à la même famille ethnique, sinon ethnies sœurs, du moins ethnies proches cousines.

 

 

Sont-ils les premiers occupants du nord de l'Afrique ? Sont-ils descendants des Atlantes réfugiés sur les hauteurs lors du grand cataclysme décrit par Platon comme il a été plaidé avec talent par un avocat érudit – il en reste. Il est d'ailleurs amusant de constater que parmi la foultitude d'hypothèses relatives au continent perdu, l'une d'entre elle le situe au cœur même de la Thaïlande actuelle.

 

 

Viennent-ils enfin d'Asie comme le soutint un éminent ethnologue Suisse ? (1).

 

Ils seraient présents dans le Maghreb depuis plus de 5000 ans. Peuple mystérieux, de nombreux historiens ont tenté de définir leurs origines sans jamais y parvenir.

 

C'est évidement l’hypothèse asiatique qui nous intéresse (2).

 

 

L'Asie, dans les temps reculés, fut probablement la pépinière du genre humain. Les hommes, après avoir pullulé sur les plateaux du Caucase, de L'Altaî et de !'Hima!aya, en descendaient comme l'eau des sources et se répandaient sur les contrées encore libres. Rien n'empêche d'admettre que l'Asie, qui a jeté sur l'Europe des torrents d'envahisseurs, ait également fourni à l'Afrique septentrionale une notable partie de ses habitants.

 

 

Nous avons consacré plusieurs articles (dont nous donnons les références en annexe) écrit plusieurs articles à ce sujet. De solides présomptions permettent de penser que l'île de Madagascar a été partiellement peuplée par les peuples de la mer venus des côtes ouest de l'actuelle Thaïlande.

 

 

Ces échanges n'ont pas été univoques puisque les Romains ont probablement atteint le Siam en route vers la Chine. La venue des Vikings repose aussi sur de singulières présomptions.

 

 

Les missions bouddhistes de l’Empereur Asoka ont probablement atteint le pourtour méditerranéen et peut-être laissé des traces dans la religion chrétienne.

 

 

Nous retrouvons les mythes des Jataka, le récit des 547 existences antérieures de Bouddha dans la littérature occidentale ainsi dans la religion chrétienne qui a été conduite d'une façon singulière à canoniser Bouddha.

 

 

Nous retrouvons peut-être le mythe de Phra Ruang, fondateur mythique de la nation thaïe chez les Amérindiens. Singulièrement, le Svastika, signe magique ou religieux venu des Indes se retrouve en Afrique du nord.

 

 

QUI SONT-ILS ?

 

Est-il besoin de dire que Berbères et Arabes sont deux races entièrement distinctes. Je ne m'y arrêterais même pas si on ne les avait trop longtemps confondus. Il existe, entre les uns et les autres, des différence essentielles, fondamentales, et toutes en faveur des Berbères. Ils ont brillé et brillent dans tous les domaines. Sans écrire leur histoire, ils donnèrent au monde romain plusieurs empereurs (Macrin,

 

 

Albinus, Septime Sévère,

 

 

Caracalla son fils),

 

 

...de grands guerriers, nous y reviendrons ; au monde chrétien plusieurs Papes,

 

 

un docteur de l’Église

 

 

....et au monde moderne des écrivains de talent.

 

Quel liens les unissent ?

,

Le physique ?

 

Cette terre ayant connu en dehors des populations d'origine, des invasions successives, les Romains,

 

 

les Vandales,

 

 

les Arabes ...

 

 

...jusqu'à le la colonisation,

 

 

....il est évident que nous nous trouvons devant un « melting-pot pot » d'autant plus vraisemblable que les femmes berbères sont d'une particulière beauté et de nature à susciter l'avidité des vainqueurs. Elles passent en outre a tort ou a raison pour etre d'une grande lascivité.

 

 

Il se pose à ce sujet une question, celle de ceux d'entre eux qui sont blonds aux yeux bleus qui a donné lieu à plusieurs hypothèses entre lesquelles il est difficile de trancher (3). Certains pensent comme G. Olivier que c'est tout simplement le vestige des populations atlantes, pourquoi pas ? Pour d'autres, ils sont les lointains descendants des envahisseurs vandales qui venaient de la Scandinavie profonde où la population blonde est particulièrement concentrée.

 

 

Pour d'autres encore, la présence de dolmens, monuments celtiques qui seraient venus d'Ibérie au travers du détroit etablirait une ascendance wisigothique ?

 

 

N'oublions pas non plus que de longs siècle de présence arabe a du contribuer à leur noircir la peau de par la présence d'esclaves noirs dont les Arabes faisaient trafic au terme de sanglantes razzias au sud du continent.

 

 

La religion ?

 

Il n'y a pas non plus de véritable unité. Nous ignorons la religion des populations d'origine (pour autant qu'elles ne soient pas venues d'Asie).

 

Les Juifs étaient implantés en Afrique du Nord dès avant la fin de l’État juif en Palestine. bien avant le début de notre ère. Dans cette chaîne formée par les communautés juives de la Cyrénaïque jusqu’en Espagne, les communautés en Afrique du Nord formaient des maillons particulierement importants. Leur implantation dans ce pays avait certainement été favorisée par la proximité géographique et les conversions par l'attrait d'une religion évoluée.

 

 

Les chrétiens s’implantèrent très vite en Afrique du nord, bien avant qu'ils ne le soient en Gaule, l'un des plus grands fut Saint Augustin qui, comme tous les pères de l’Église, entra en lutte acharnée contre les communautés juives.

 

 

Vint ensuite l'Islam qui a passé son niveau sur toutes les têtes et, s'il n'a pas fait des Berbères de bien ardents sectateurs, il a suffi du moins pour effacer chez eux le souvenir de ce qui l'a précédé.

 

 

La langue ?

 

Il en est de nombreux dialectes dont les linguistes, dont je ne suis pas, pensent que tous se rattachent à une même langue et en déduisent que toutes les populations qui les parlent appartiennent à une même race. Dans le nord de l'Afrique la langue est le seul critérium qui permette de distinguer à coup sûr, de nos jours, les populations berbères des tribus arabes. Ils ont tous peu ou prou emprunté des mots à l'envahisseur arabe dont l'écriture a remplacé une écriture archaïque dont il reste des traces épigraphiques.

 

 

Y a-t-il des affinité avec les langues anciennes de l'Asie ? Gérald Olivier trouve de troublantes similitudes entre des mots d'origine sanskrite que l'on retrouve dans les dialectes berbères, il en cite quelques centaines ce qui nous rapproche singulièrement d'une origine asiatique.

 

 

L'hypothèse de l'origine asiatique

 

Elle fut émise à l'origine par un scientifique allemand, le Dr Ernest Hseckel, dans deux ouvrage datant de 1870 (4). Selon lui, une antique migration aurait eu pour point de départ le sud de l'Inde et l'île de Ceylan ; elle aurait remonté la côte de Malabar, le Baloutchistan ou l'Afghanistan et la Perse, tout en jetant des rameaux de côté et d'autre ; puis la Mésopotamie et le nord de l'Arabie. Pénétrant en Afrique par l'isthme de Suez, elle aurait laissé une branche dans la vallée du Nil et se serait répandue dans toute la Libye, d'où elle aurait envoyé des rameaux jusque dans le sud-ouest de l'Europe. enfin, dans tout le nord de l'Afrique, en Espagne et dans le midi de la France. Ces anciennes migrations des peuples de l'Asie sont chose prouvée de nos jours, bien qu'on n'en puisse pas marquer, pour toutes, ni l'époque, ni l'itinéraire. La branche berbère a dès lors pu arriver de bonne heure.

 

 

Probablement plus invasion que migration, il ne faut donc pas s'étonner puisque les Berbères furent et sont probablement encore de farouches guerriers.

 

Genséric, à la tête des Vandales, fondait sur l'Afrique, assiégeait et pillait Carthage, et faisait trembler Rome elle-même. Mais à qui Genséric dut-il ses rapides succès, sinon à ses alliés, les Berbères ? La poignée d'hommes qu'il avait amenée en Afrique, réduite par les privations, les maladies et la guerre, ne lui aurait pas permis d'aller combattre les Romains jusque dans Rome même, si son armée n'eût été grossie par de nombreux auxiliaires.

 

 

C'est aux Berbères, bien plus qu'aux Arabes, qu'est due la conquête de l'Espagne. Une telle entreprise paraissant aux khalifes quelque peu téméraire, Mousa reçut ordre de n'y employer que des Berbères islamisés et probablement peu arabisés, tant qu'il n'y aurait pas certitude de succès. C'est un chef berbère, Tarik, à la tête d'un corps expéditionnaire de douze mille hommes seulement,

 

 

...franchit le détroit, et mit le pied en Espagne, y donner son nom au Djebel Tarik (aujourd'hui Gibraltar), et marcher de conquête en conquête, au point de rendre jaloux Mousa lui-même, qui s'empresse de le suivre, afin de partager, sinon ses périls, du moins sa gloire.

 

 

« Les Arabes n'ont jamais envahi l'Espagne » est le titre volontairement provocateur d'un historien espagnol, Ernesto Olague publié en 1970.

 

 

Citons encore l'émir Abd El Kader, un Berbère du Rif qui donna du fil à retordre aux Français.

 

 

N'oublions pas Abd El Krim, un rifain encore qui infligea des défaites sanglantes aux Espagnols puis aux Français lors de la longue guerre du Rif.

 

 

Il fallut 200.000 Français commandés par Pétain et 300.000 Espagnols commandés par Primo de Rivera pour le vaincre.

 

 

L'armée d'Afrique organisée par Weygand depuis le Maroc incluait de nombreux Rifains. Je ne parle volontairement pas de l'épisode douloureux de la guerre d'Algérie où les Kabyles étaient nombreux du côté des chefs insurgés mais aussi dans les rangs des supplétifs.

 

 

***

Je n'ai pas la pretention d'être ethnologue ou linguiste mais il m'a amusé d'apprendre que l'on parlait (presque) sanskrit dans les Aurès et dans les montagnes de l'Atlas.

 

 

 

NOTES

 

 

- 1 - C'est l'hypothèse soutenue par Gérald Olivier dans « Recherches sur l'origine des Kabyles » publié à Bone en 1888.

 

  • 2 - Elle fut soutenue par le grand ethnologue Kaltbrunner D. « Recherches sur l'origine des Kabyles ». In: Le Globe. Revue genevoise de géographie, tome 10, 1871. pp. 31-75;

     

- 3 - Voir l'article de Bertholon Lucien et Chantre Ernest. « Les yeux des Berbères : leur forme, leurs indices, leur coloration ». In: Bulletin de la Société d'anthropologie de Lyon, tome 31, 1912. pp. 40-44; et l'article de G. Boetsch et J.-N. Ferrié, « Blonds (Berbères) », dans l' Encyclopédie berbère de 1991

 

- 4 ' « Natürliche schöpfungsgeschichte » et « Ueber Die Entstehung Und Den Stammbaum Des Menschengeschlechts «  publiés à Berlin en 1870. Ce sont deux énormes pavés que je n'ai fait que feuilleter.

ANNEXES

 

Les missions bouddhistes vers l'ouest

 

A 432 - LES MISSIONNAIRES BOUDDHISTES DE L’EMPEREUR ASOKA SUR LES RIVES DE LA MÉDITERRANÉE ORIENTALE VERS 250 AVANT NOTRE ÈRE.

 

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2021/06/a-432-les-missionnaires-bouddhistes-de-l-empereur-asoka-sur-les-rives-de-la-mediterranee-orientale-vers-250-avant-notre-ere.html

 

Migrations et échanges commerciaux

 

A.53 Histoire Mystérieuse de la Thaïlande : Les Vikings Au Siam ?

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/article-a-53-histoire-mysterieuse-de-la-thaialnde-les-vikings-au-siam-97571778.html

 

 

A189 - DES COMMERÇANTS ROMAINS SONT-ILS VENUS AU SIAM AU DÉBUT DE NOTRE ERE ?

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2015/08/a189-des-commercants-romains-sont-ils-venus-au-siam-au-debut-de-notre-ere.html

 

 

INSOLITE 27- LES « PEUPLES DE LA MER » D'ASIE DU SUD-EST SONT-ILS VENUS SUR L'ÎLE DE MADAGASCAR ?

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2019/08/insolite-27-les-peuples-de-la-mer-d-asie-du-sud-est-sont-ils-venus-sur-l-ile-de-madagascar.html

 

 

L'Atlantide

 

INSOLITE 29 - LA THAÏLANDE AU CŒUR DE L’ATLANTIDE DE PLATON ?

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2020/01/a-345-la-thailande-au-coeur-de-l-atlantide-de-platon.html

 

Migrations des mythes et des symboles

 

A 392- LA LÉGENDE DE PHRA RUANG, FONDATRICE MYTHIQUE DE LA NATION THAÏE, A-T-ELLE MIGRÉ CHEZ LES AMÉRINDIENS ?

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2020/09/a-392-la-legende-de-phra-ruang-fondatrice-mythique-de-la-nation-thaie-a-t-elle-migre-chez-les-amerindiens.html

 

 

A 238 - LE SVASTIKA, SIGNE BOUDDHISTE DE BIENVENUE ET DE BON AUGURE.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2017/08/a-238-le-svastika-signe-bouddhiste-de-bienvenue-et-de-bon-augure.html

A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?

 

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2016/02/a211-l-eglise-catholique-a-t-elle-canonise-par-erreur-bouddha-en-1583.html

 

A 276 - LES JATAKA BOUDDHISTES (ชาดก) ONT-ILS MIGRÉ VERS LE CHRISTIANISME ?

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2018/10/a-276-les-jataka-bouddhistes-ont-ils-migre-vers-le-catholicisme.html

 

A 287- LES JATAKAS BOUDDHISTES ONT-ILS MIGRÉ VERS LES FABLES D’ÉSOPE ET CELLES DE LA FONTAINE ?

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2018/11/a-287-les-jatakas-bouddhistes-ont-ils-migre-dans-les-fables-d-esope-et-celles-de-la-fontain

 

 

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14 juillet 2021 3 14 /07 /juillet /2021 05:35

 

 

LE PANDANUS

 

Les baquois (ou vaquois), mots probablement d'origine polynésienne, nom commun du pandanus sont de grands végétaux rappelant tout à la fois le palmier, le yucca et l’ananas. Ils sont en réalité toute une famille qui a reçu des botanistes le nom générique de pandanus qui a lui-même donné son nom à la famille nombreuse des pandannées. Le mot pandan n’est d’ailleurs pas d’origine siamoise mais malaise, le végétal portant dans la péninsule le nom de pandang.

 

 

Certaines espèces peuvent atteindre plusieurs mètres de hauteur. Ils présentent tous un phénomène singulier, des racines aériennes qui naissent sur la tige et descendant vers le sol avant de rejoindre le monde souterrain. La tige curieusement diminue de grosseur en allant du sommet vers le sol. Le végétal semble alors porté en l’air par ses racines qui le soutiennent tels les arcs-boutants d’une cathédrale ! Elevé en serre, il doit souvent être étayé. La raison est simple, ce système permet à l’arbre de subsister sans tomber dans les terrains qu’il semble affectionner dont le sous-sol est instable, sablonneux ou marécageux. Ces spectaculaires racines-échasses  consolident la base comme des étais, indispensables pour subsister dans ces sols.

 

 

Il s’agit d’un miracle de la nature et non comme le crurent les premiers observateurs en raison de l’érosion du sol. Présent dans tous les pays tropicaux, Asie, Afrique, Océanie, il est connu de longue date comme un végétal utile, alimentation, vannerie, nattes, cordages, usage médical, cuisine et colorant alimentaire en dehors de son utilité pour retenir les sols côtiers soumis aux cyclones et comme brise-vent.

 

 

En occident, il est devenu le participant obligé de tout beau jardin exotique tel celui de Monaco

 

 

 

Les études des paléontologues nous apprennent  que son apparition remonterait au crétacé supérieur, il y a entre 100 et 60 millions d’années. La famille qui avait autrefois une large distribution géographique sur tous les continents à l'exception de l'Australie, est devenue limitée aux régions tropicales et subtropicales de l'Ancien Monde depuis le milieu du tertiaire c’est-à-dire il y a environ 65 millions d‘années, époque de la disparition des dinosaures.

 

 

En Thaïlande, il est connu sous le nom de bai toei (ใบเตย) ou simplement toei. Sans prétendre donner un cours de botanique n’en ayant pas les compétences, j’ai noté quelques-unes des espèces que l’on trouve ici sans que cette liste soit limitative et sans que mes références à la nomenclature latine soient une certitude : le toeiban  (เตยบ้าน) « du village », le toeihom (เตยหอม)  « parfumé », probablement le pandanus odorus Ridley dont les feuilles sont utilisées pour parfumer le riz. Le toeiyai (เตยใหญ่) « grand » atteint de grandes hauteurs, ses larges feuilles sont utilisées pour toiture des maisons traditionnelles en bois ou en bambou et enfin le toeiton  (เตยต้น) « arbre ».

 

 

Il est une particularité commune à toutes les espèces : elles sont dioïques : les individus sont strictement mono sexués, c'est-à-dire que chaque pied ne porte que des fleurs soit mâles, soit femelles. 

 

 

 

Les fleurs mâles sont très parfumées et colorées en un long épi,

 

 

Les femelles produisent de gros fruits sphériques de couleur brun-jaune à maturité et long de 15 à 20 cm de diamètre (1).

 

 

Quels animaux fournissent cette pollinisation ? C’est ce que nous allons découvrir. Ce fut longtemps un mystère.

 

Nous bénéficions en effet d’une très érudite étude de fort savants botanistes sur la pollinisation du pandanus, qui nous a appris qu’il n’existe dans la littérature aucune étude consacrée spécifiquement au pandanus, que rien n’est connu du mode de pollinisation des pandanus; on ne sait pas même s’il relève de l’anémophilie ou de l’entomophilie (2).

 

Nous étions en 1983.

 

 

 

Le rôle bénéfique des insectes transporteurs de pollen comme l’abeille est bien connu. Celui d’animaux est beaucoup plus rare. C’est ici que nous allons voir apparaître le rôle bénéfique du gecko.

 

 

LE GECKO

 

Nous bénéficions d’études de botanistes de très haut niveau qui ont révélé au début de ce siècle seulement le rôle pollinisateur du gecko pour le pandanus, jusqu’à présent ignoré : c'est une bonne synthèse (3).

 

Les Pandanus sont une précieuse ressource écologique pour plusieurs formes de vie animale qui y trouvent refuge contre les prédateurs, c’est le cas du gecko. Ses deux prédateurs principaux en raison de sa petite taille sont les serpents et les rapaces. Les écailles du tronc rendent l’accès impossible aux serpents et les feuilles barbelées et touffues interdisent l’entrée aux rapaces volants. En langage vernaculaire, les anglais parlent d’ailleurs de « Gecko Plant ».

 

 

Disons quelque mots de ce petit animal de couleur verdâtre ou brunâtre dont la taille peut aller jusqu’à 15 centimètres et parfois plus.

 

 

Une de ses particularités est qu'il peut grimper un peu partout, ses  pattes sont adhésives sur les surfaces lisses et ont des petites griffes pour agripper les surfaces rugueuses. Grimpeur hors du commun, il peut marcher sur des murs verticaux et même au plafond.

 

 

Il est aussi capable de se séparer de sa queue pour distraire l'ennemi et lui permettre de s'échapper. Il la laisse ainsi souvent lorsqu’il est attaqué par un autre de ses prédateurs, la dangereuse scolopendre.

 

 

Il a une alimentation variée, des fruits, des insectes, des petits rongeurs ou des lézards pour les plus grands. Nos maisons ne sont pas son habitat naturel. La présence de ces espèces sur terre à l’époque de la disparition des dinosaures s’est faire bien avant l’arrivée de l’homme. Sa présence dans nos demeures n’est probablement pas permanente mais il y trouve la chaleur et il a le mérite de les purger des araignées, moustiques, mouches, moucherons, scorpions  et cafards dans ses activités toujours nocturnes.

 

Nous entendons parfois son chant qui lui a valu son nom thaï tuk kae  (ตุ๊กแก). Ce cri est fort curieux, on entend d'abord un déclanchement de rouage, puis le cri tôk ké, la première note haute, la deuxième grave, ces deux notes se répètent huit ou neuf fois en diminuant d'intensité. Si le nombre est pair le vœu qu’on n’a pas manqué de former sera exaucé ; il ne le sera pas s'il est impair. Il est ovipare. Est-ce un chant d’amour ? C’est en tous cas ce que pensent certains zoologues. Pour d’autres, il lui s’agit d’alerter d’éventuels intrus, surtout ses congénères puisque c'est un solitaire ?

On lui prêtait longtemps un rôle maléfique et on a vu diffusé à son sujet des contes absurdes. Lacépède, successeur de Buffon et par ailleurs brillant zoologiste, nous dit « Ce lézard funeste, et qui mérite toute notre attention par ses qualités dangereuses, a quelque ressemblance avec le caméléon; sa tête, presque triangulaire, est grande en comparaison du corps; les yeux sont gros; la langue est plate, revêtue de petites écailles, et le bout en est échancré. Les  dents sont aiguës, et si fortes, suivant Bontius, qu'elles peuvent faire impression sur des corps très-durs, et même sur l'acier. Le gecko est presque entièrement couvert de petites verrues plus ou moins saillantes …. Bontius a écrit que sa morsure est venimeuse, au point que si la partie affectée n'est pas retranchée ou brûlée, on meurt avant peu d'heures. L'attouchement seul des pieds du gecko est même très dangereux, et empoisonne, suivant plusieurs voyageurs, les viandes sur lesquelles il marche: l'on a cru qu'il les infectait par son urine, que Bontius regarde comme un poison des plus corrosifs; mais ne serait-ce pas aussi par l'humeur qui peut suinter des tubercules creux placés sur la face inférieure de ses cuisses?... Il est heureux que ce lézard, dont le venin est si redoutable, ne soit pas silencieux, comme plusieurs autres quadrupèdes ovipares, et que ses cris très-distincts et particuliers puissent avertir de son approche, et faire éviter ses dangereux poisons. » (4). 

 

La liste des méfaits qui lui sont attribués est une encyclopédie de la crédulité.

 

Cette mauvaise réputation ne repose que sur des erreurs d’autant qu’il peut - parait-il -  parfaitement s’apprivoiser. Il la doit probablement à sa laideur et encore faut-il se féliciter qu’il n’ait pas la taille d’un crocodile. Diderot le philosophe, une de nos plus célèbres lumières, avait en horreur le crapaud parce qu'il était à ses yeux le comble de la laideur, mais il ne connaissait sans doute pas le gecko, Auprès de lui, le crapaud devient un être élégant. Voilà comment on récompense cet animal aussi utile que le crapaud.

On lui prêtait longtemps un rôle maléfique et on a vu diffusé à son sujet des contes absurdes. Lacépède, successeur de Buffon et par ailleurs brillant zoologiste, nous dit « Ce lézard funeste, et qui mérite toute notre attention par ses qualités dangereuses, a quelque ressemblance avec le caméléon; sa tête, presque triangulaire, est grande en comparaison du corps; les yeux sont gros; la langue est plate, revêtue de petites écailles, et le bout en est échancré. Les  dents sont aiguës, et si fortes, suivant Bontius, qu'elles peuvent faire impression sur des corps très-durs, et même sur l'acier. Le gecko est presque entièrement couvert de petites verrues plus ou moins saillantes …. Bontius a écrit que sa morsure est venimeuse, au point que si la partie affectée n'est pas retranchée ou brûlée, on meurt avant peu d'heures. L'attouchement seul des pieds du gecko est même très dangereux, et empoisonne, suivant plusieurs voyageurs, les viandes sur lesquelles il marche: l'on a cru qu'il les infectait par son urine, que Bontius regarde comme un poison des plus corrosifs; mais ne serait-ce pas aussi par l'humeur qui peut suinter des tubercules creux placés sur la face inférieure de ses cuisses?... Il est heureux que ce lézard, dont le venin est si redoutable, ne soit pas silencieux, comme plusieurs autres quadrupèdes ovipares, et que ses cris très-distincts et particuliers puissent avertir de son approche, et faire éviter ses dangereux poisons. » (4). 

 

 

La liste des méfaits qui lui sont attribués est une encyclopédie de la crédulité.

 

Cette mauvaise réputation ne repose que sur des erreurs d’autant qu’il peut - parait-il -  parfaitement s’apprivoiser. Il la doit probablement à sa laideur et encore faut-il se féliciter qu’il n’ait pas la taille d’un crocodile. Diderot le philosophe, une de nos plus célèbres lumières, avait en horreur le crapaud parce qu'il était à ses yeux le comble de la laideur, mais il ne connaissait sans doute pas le gecko, Auprès de lui, le crapaud devient un être élégant. Voilà comment on récompense cet animal aussi utile que le crapaud.

 

 

LE « MARIAGE »

 

Il y a une incontestable communication entre le gecko et le pandanus. A l’époque de la pollinisation, la saison des amours pour les plantes, pour permettre la fécondation, il faut transporter le pollen du plant mâle au plant  femelle, il y a donc nécessité d’un transporteur. L’animal recouvert de pollen mâle le transporte ensuite sur l’arbre femelle.

 

 

Il se pose alors un mystère que les botanistes n’ont pas encore résolu clairement : Comment le transporteur peut-il savoir qu’il est parti d’un exemplaire mâle pour aller non pas sur un autre mâle mais systématiquement sur une femelle ? Il n’y a aucune explication plausible à ce comportement.

 

Le gecko après avoir transporté le pollen va jouer un autre rôle. Il va manger le fruit qui est le conservateur des graines et destiné à attirer les animaux. C’est un moyen efficace de garantir la propagation. Après avoir mangé le fruit avec ses graines. S’il a une couleur et un gout agréable, prosaïquement c’est pour donner à l‘animal  envie de le manger, l’animal va évacuer les dites graines indigestes dans ses selles qui sont en outre un excellent fertilisant. L’échange est double, l’animal s’est nourri et le végétal a dispersé ses graines par le rôle actif de l’animal. Les études que nous avons citées (3) sont fondées sur de multiples observation en divers pays tropicaux et ne laissent aucun doute sur cette symbiose entre la plante et l’animal.

.

 

Les botanistes considèrent que la masse totale de la population végétale vivante par rapport à celle de l’ensemble des créatures vivantes, humaines et animales, serait de 90 % sinon plus. A une époque où l’homme peut envoyer un drone sur la planète Mars, la plus grande partie du monde végétal reste un mystère qui apporte en permanence des découvertes singulières. N’oublions pas que la vie est apparue sur terre sous forme végétale, que ces végétaux par le phénomène de la photosynthèse ont pu transformer le gaz carbonique (CO2) et l’eau (H20) en s’emparant des molécules de carbone (C) et d’hydrogène (H) pour former les molécules complexes de la chimie organique nécessaire à leur croissance et en relâchant dans l’atmosphère les molécules d’oxygène (O) nécessaires à la vie du monde animal. Si la végétation disparaissant de la terre, ce serait assurément la fin du monde animal.

 

 

NOTES

 

(1) Dioïque se dit d'une plante dont les fleurs mâles et femelles sont portées par des plantes différentes, nécessitant une pollinisation des fleurs femelles par le vent ou les insectes afin que la fécondation puisse se faire, tels sont les palmiers, les asperges ou le houx. Le contraire, c'est à dire lorsque la plante porte, sur le même pied, à la fois des fleurs mâles et des fleurs femelles, elle est appelé monoïque.

(2) l’anémophilie est la pollinisation par l’effet du vent, l’entomophilie est la pollinisation par transport du pollen par des animaux, le plus souvent des insectes.

 

L’étude porte la signature des professeurs Bernard RIO, Guy COUTURIER, Françoise LEMEUNIER et  Daniel LACHAISE : « EVOLUTION D’UNE SPECIALISATION SAISONNIÈRE CHEZ DROSOPHILA ERECTA (DIPT., DROSOPHILIDAE) » in Annales de la Société entomologique de France, 1983, 19, pp 235-248.

(3) Article de Bruno Corbara « Sur le gecko insulaire, pollinisateur et disperseur de graines » in Espèces – Revue d’histoire naturelle, numéro 11 de décembre 2011, Numérisé 

https://especes.org/bibliographies/biblio-gecko/

L’article comprend deux sections :

Sur la pollinisation des fleurs et la dissémination des graines par les geckos :

Avec un article de Olesen J. M. et Valido A., 2003. « Lizards as pollinators and seed dispersers: an island phenomenon ». Trends in Ecology and Evolution, 18 (4), 177-181.

Sur la pollinisation des fleurs et la dissémination des graines par les geckos Phesulma de l’île Maurice :

Avec les articles suivants :

Hansen D. M. & Müller C. B. « Reproductive ecology of the endangered enigmatic Roussea simplex (Rousseaceae) ». International Journal of Plant Sciences, 2009,170m pp. 42–52.

Hansen D. M. & Müller C. B. « Invasive ants disrupt gecko pollination and seed dispersal of the endangered plant Roussea simplex in Mauritius ». Biotropica, 2009, pp. 202-208.

Hansen D. M., Kiesbüy H. C., Jones C. G. & Müller C. B. « Positive indirect interactions between neighboring plant species via a lizard pollinator ». The American Naturalist, 2007 169, pp.534-542.

Deso G., Probst J-M., Sanchez M. & Ineich I. 2008. Contribution à la connaissance de deux geckos de l’île de La Réunion potentiellement pollinisateurs : Phelsuma inexpectata (Mertens, 1966) et Phelsuma borbonica (Mertens, 1966) (Sauria : Gekkonidae). Bulletin de la Société herpétologique de France, 126, 9-23.

(4) Étienne de Lacépède « Oeuvres du comte de Lacépède » Tome 3. 1826-1833. Jacques de Bondt ou Jacob Bontius sur lequel il fonde ses affirmations péremptoires est un médecin néerlandais qui a vécu à Battavia et a écrit des ouvrages de médecine tropicale aux alentours de 1630. Son « Histoire naturelle et médicale des Indes Orientales » dont l'original était en latin a bénéficié d'une traduction en anglais en 1769 dans laquelle Lacépède a probablement puisé sans le moindre esprit critique..

 

 

 

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3 juillet 2021 6 03 /07 /juillet /2021 04:46

 

Dans des régions sèches comme l'Egypte ou l'Asie Centrale, même les cadavres abandonnés se momifient. Mais dans un pays d'hygrométrie élevée comme le nôtre, le sens commun le mieux partagé juge inconcevable la momification sans utilisation de procédés de nature chimique ou de procédés beaucoup plus élaborés scientifiquement comme ceux sur lesquels plane toujours un secret absolu qui permet la conservation de la dépouille de Lénine depuis 1924.

 

 

Les procédures de momification de l'ancienne Egypte sont connues de longue date, qui permirent à la dépouille de Ramsès II de défier le temps depuis 3000 ans.

 

 

Les cas de momification naturelle sans traitement particulier du corps ne sont pas exceptionnels, les moines de Palerme,

 

 

les Cappuccini de Rome (Santa Maria délia Concezione),

 

 

ou encore le corps momifié de Saint Jean de Rilla en Bulgarie,

 

 

ceux du  Monastère des Cavernes (Poscëvskaja Lavra) de Kiev

 

 

ou celui de Sainte Bernadette, découvert intact lors de son exhumation lors des démarches entreprises pour sa béatification puis sa canonisation, trois reconnaissances du corps ont eu lieu en 1909, en 1919 et en 1925. Sa dépouille demeurée intact, est toujours exposée dans la chapelle principale du Sanctuaire.

 

 

La présence de dépouilles intactes et pieusement conservées de moines bouddhistes est connue de longue date au Japon, en Inde, en Chine, en Mongolie, au Tibet. Nous retrouvons le culte des reliques très répandu dans tout le monde bouddhique, Inde comprise en dépit de l'usage de la crémation, lui aussi d'origine indienne qui réduit en principe les reliques aux résidus de la combustion, ossements, cheveux, dents, ongles.

 

 

Elles seraient liées à une pratique de moines observant une ascèse extrême permettant à leur corps de ne pas connaître la putréfaction. Cette momification du vivant du pratiquant devient la preuve de sa foi et de la force de sa pratique, le moine est considéré comme étant devenu Bouddha en ce corps. 

 

 

Il existe en Thaïlande de nombreuses momies de saints moines restées intactes hors tout procédé de conservation. Elles sont abritées dans des cercueils de verre, si elles ont échappé à la putréfaction, elles n'échapperaient pas aux rats !  L'inventaire en reste à faire car elles ne sont pas au centre des circuits touristiques, ignorées en général des guides ou des sites Internet et objet d'un culte qui est incompatible avec une curiosité morbide comme nous pouvons le voir à Koh Samui.

L'un de nos amis fidèles, Loris Curtenaz anime un site exceptionnel consacré à quelques centaines de temples de Thaïlande qu'il considère comme les plus beaux ou les plus spectaculaires, La plupart sont ignorés de tous les guides ou sites touristiques et son seul site « vaut la voyage » (https://temple-thai.com/), Il m'écrit « En ce qui concerne les moines momifiés, il y en a effectivement beaucoup, au moins une centaine. J'avais trouvé un lien qui les répertoriait mais il ne fonctionne plus ». (Notons au passage qu'il y a environ 35000 temples dans notre pays),, « J'en ai croisé une quinzaine en tout. Comme j'ai perçu que le sujet pourrait intéresser, j'ai aussi mis sur pied une rubrique qui recoupe les temples hébergeant un moine momifié. Voici le lien :   https://temple-thai.com/tag/corps-moine/ ,

Une grosse quizaine, Ils sont situés dans toutes les régions du pays,

Les renseignements à leurs sujets sont rarissimes et ne se trouvent généralement qu'en thaï et les reproductions photographiques ne sont pas nombreux même dans les sites Internet ou les pages Facebook des temples. Elles sont en général exposées dans des lieux de culte ouvert au public lors des fêtes bouddhistes mais non ouverts aux profanes. Si d'autres ne sont pas inaccessibles, elles se situent en des lieux ou bâtiments cultuels  non signalés.

 

 

Citons toutefois le Wat Uphairatbamrungbot à Bangkok (วัดอุภัยราชบำรุงโบสถ์) situé dans le quartier chinois. C'est un temple spécifiquement vietnamien qui contient la dépouille d'un moine naturellement momifié.

 

 

D'autres temples de la capitale  exposent ces dépouilles, citons le  Wat Paknam (วัดปากน้ำ),

 

 

le Wat Wetawanthammawat (วัดเวตวันธรรมาวาส)

 

 

et le Wat Liapratbamrung (วัดเลียบราษฎร์บำรุง).

 

 

Hors la capitale, le temple de Bang Pra (วัดบางพระ) à 50 kilomètres à l'ouest de Bangkok  dans la province de Nakon Pathom contient la dépouille conservée intacte de Luang Phor Pern (หลวงพ่อเปิ่น) mort en 2002 à 79 ans.

 

 

Dans la province de Lampun, citons le Wat Phrabat Huaitom (วัดพระบาทห้วยต้ม)

 

 

où se trouve la dépouille de Pou Khruba Chaiyawongsa (ปู่ครูบาชัยยะวงศา), un moine bouddhiste célèbre dans la région, connu sous le nom de Khru Bawong (ครูบาวงศ์), un ascète bouddhiste vénéré qui a quitté son écorce terrestre le 17 mai 2000, le 17 mai, dont le corps, qui ne s’est point décomposé, fait l’objet d’un culte fervent. 

 

 

Il se trouve également la dépouille d'un autre ascète vénéré, Khruba chaoaphichaikhaopi (ครูบาเจ้าอภิชัยขาวปี) Il n'y a pas à ce jour une exploitation touristique morbide. Il est vrai que le temple est à l’écart des circuits touristiques et que l'exposition des dépouilles au public sorties de leur cercueil de verre ne se fait qu'à l'occasion de fêtes bouddhistes.

 

 

Je ne parle dans ce modeste article que de deux dépouilles que j'ai visitées et surtout sur lesquelles j'ai pu obtenir des précisions qui me permettent d'en parler à bon escien.

 

UNE MOMIE UNIVERSELLEMENT CONNUE ET UNE AUTRE À L'ÉCART DES VISITES INTEMPESTIVES

 

LE WAT KUNARAM DE KOH SAMUI

 

Il en est  un qui est (trop) connu de tous, celui du Wat Kunaram (วัดคุณาราม) dans l'île dite « paradis touristique » de Koh Samui, qui contient la dépouille incorruptible de  Luang Phor Daeng Piasilo  (หลวงพ่อแดง ปิยสีโ) ou Phrakhru Somthakittikhun (พระครูสมถกิตติคุณ) en position de méditation dans une cage de verre, les yeux abrités derrière des lunettes de soleil peut-être parce qu’il est mort les yeux grand ouverts ?

 

 

Originaire de l'île, il passa 29 ans et 8 mois dans ce temple, célèbre par sa vie ascétique, sa piété et sa connaissance du Vipassana Thura(วิปัสสนาธุระ), le travail de méditation. Il mourut à 79 ans et 8 mois ayant annoncé sa mort à ses disciples le 6e mois de 1973 en leur demandant de lui réserver un cercueil dans lequel il serait assis dans la position qu'il aurait eu à sa mort, assis les jambes croisées, ce qu'il advint.

 

 

A cette date, l'île déjà connue des « routards » attirés non pas pour son charme alors sauvage mais tout simplement parce qu'il y prolifère un champignon hautement hallucinogène, le Psilocybe cubensis....

 

 

.....s'ouvrit rapidement au « tourisme de masse » par la multiplication des services de ferries puis la terminaison de la construction de son aéroport en 1989.

 

 

Les autorités du temple firent de cette relique une curiosité touristique fort lucrative. Il y a des marchands dans tous les temples. Pour trouver le site, il suffit de suivre les processions de minibus et d'autocars de touristes, étape obligée d'une visite de l'île pour des visiteurs animés d'une curiosité morbide. Il existe, soit dit en passant, deux autres temples bouddhistes sur cette île qui en compte une trentaine, contenant la relique d'un moine momifié dans des bâtiments cultuels soigneusement fermés au public. Inconnus des guides, je n'ai pu les visiter qu'accompagné d'une personnalité locale mais je n'ai pu recueillir la moindre explication à l'expresse condition de ne pas prendre de photographies. Il y aurait dans la ville même de Suratthani deux autres temples contenant la dépouille non putréfiée de moines vénérés mais je n'ai trouvé aucune précision autre que la quasi-certitude de leur existence.

 

La vie même de ce moine démontre qu'il aurait lui-même de son vivant refusé à ce qu'il devienne post mortem non pas un enseignement aux générations futures pour la méditation mais une source de profits (1).

 

 

LE WAT  KHAO SUWAN PRADIT DE DONSAK

 

Á quelques encablures de Koh Samui, sur le continent, se trouve le village de Donsak (ดอนสัก) où se situe le port d'arrivée et de départ des ferries pour l'île.

 

 

Nul touriste ne s'y arrête. C'est une bénédiction pour le respect dû à la dépouille mortelle d'un autre moine vénérée. La curiosité m'y a conduit sur les conseils, faut-il le dire, du propriétaire d'un restaurant où j'avais quelques habitudes pour y déguster des fruits de mer dont je suis friand à des prix qui ne sont pas ceux que l'île concocte à des touristes.

 

 

On y vénère dans le Wat Khao Suwan Khao Pradit (วัดเขาสุวรรณประดิษฐ์)....

 

 

.... le corps momifié de Phrakhru Suwanpraditkan ou Luang Pho Choi Thitapunyo (พระครูสุวรรณประดิษฐ์การ หลวงพ่อจ้อย ฐิตปุญโญ) mort en 1993 abrité dans un cercueil de verre. Il doit sa réputation tout autant à sa piété qu'aux œuvres purement civiles accomplies avec le soutien de la famille royale (2).

 

 

UNE OU PLUSIEURS EXPLICATIONS SCIENTIFIQUES OU RATIONELLES ?

 

Il peut paraître singulier qu’un corps humain se conserve ainsi au fils des ans sans signe de décomposition et sans qu’il y ait eu un processus manuel de momification. Il n'apparait pas qu'aucune de ces momies ait fait l'objet d'analyses médicales poussées ce qui pourrait d'ailleurs être considéré comme un sacrilège pur et simple. Cela a pourtant été fait au Japon où il y a même eu des momies disséquées ce qu'il n'est même pas permis d'envisager chez nous ! (3)

 

 

L'explication des fidèles se résume à ceci : des états spirituels supérieurs, atteints par une intense méditation, agissent sur la conservation des corps. Cet état spirituel est alors proche de celui du Bouddha historique. La conscience, sous une forme subtile, voyage hors du corps grossier.

 

Nous relevons que ces momies sont celles de bonzes ayant atteint un âge avancé, ayant subi un régime alimentaire ascétique qui les déshydrate, toutes graisses disparaissant de leur corps, ils n'ont plus que la peau sur les os. Leurs pratiques ascétiques favorisent la dessiccation du corps qui deviendra comme la fleur d'un herbier.

 

 

L'explication la plus plausible m'a été donnée par mon vieil ami, le « chimiste » de Koh Samui serait  la formation d'adipocire qui n'est pas incompatible avec le climat tropical interdisant une simple dessiccation. Les lipides du cadavre se transforment en atmosphère humide en ce qu'on appelle « le gras du cadavre » qui recouvre son épiderme.  Cette gangue étanche qui aurait la consistance de la cire empêche les bactéries responsables de la putréfaction de prospérer ? C'est ce qui aurait permis la conservation de la dépouille de Napoléon, intacte à l'ouverture de son cercueil 20 ans après sa mort avant son transfert pour la France. Fort légitimement, le Ministre des armées s'est opposé à toute ouverture de son cercueil pour que des scientifiques puissent le disséquer et rechercher les raisons de sa conservation dont on ne sait si elle subsiste à ce jour.

 

 

Ceci dit, les analyses effectuées sur des moines momifiées au Japon (4) ont révélé que des procédés de conservation chimique avaient été utilisés et que beaucoup avaient été éviscéré ce qui avait été probablement le cas de Napoléon avant sa première inhumation.

 

 

Pour nos saints moines de Thaïlande, il est certain que leurs viscères sont toujours à l'intérieur de leur dépouille, qu'aucun procédé de momification artificielle n'a été utilisé, qu'ils ne seront jamais disséqués et resteront probablement longtemps encore objet de la vénération des fidèles.

 

 

NOTES

 

(1) Né sous le nom de Daeng Sichan (แดง สีชั้น), dans le petit village de  Ban Tapho (บ้านตะพ้อ) dans le sous district de Na Mueang (ตำบลหน้าเมือง), district de Koh Samui (อำเภอเกาะสมุย), province de Surat Thani (จังหวัดสุราษฏร์ธานี), fils de Luang Phithak (หลวงพิทักษ์) et de son épouse Nang Noihit Sangarat (นางน้อยหีต สง่าราษฏร์). Il fut ordonné moine à l'âge de 20 ans et quitta le Sika (สิกขา – la robe) pour se marier à Nang Khiao Thonghip (นางเขียว ทองทิพย์) à Lamai (ละไม), sous district de Maret (ตำบลมะเร็ต) toujours sur son île. Retourné à la vie civile, ils eurent six enfants. À l'époque de la Seconde Guerre mondiale, le riz était rare et la population subissait des restrictions alimentaires. Il se signala par son aide à ses voisins en nourriture, vêtements, médicaments. A la fin de la guerre avec un ami Nai Roi (นายโรย), ils furent tous deux ordonnés moines par Phra Kru Thipajanakunarak (พระครูทีปาจารคุณารักษ์) originairement Mibunsin(มีบุญสิน), l'un des abbés les plus respectés de l'île, en son temple de  Wat Samret (วัดสำเร็จ), probablement l'un des temples les plus anciens de l'île. C'était en 1944, il avait alors 50 ans.

 

Il alla ensuite pratiquer la méditation sur le continent, dans la grotte de Tham Yai (ถ้ำยาย) au pied de la colline de Khao Mangaeng (เขาหมาแหงน), située dans le district de ThungTako (ทุ่งตะโก) dans la province de Chumphon (ชุมพร). Il y suit l'enseignement de Phrakhru Prayut Thammasophit (พระครูประยุตธรรมโสภิต) (ou ทองไหล สิริวฑฺฒโน- Thonglai Siriwattano), abbé du temple de Lamai qui lui enseigne les règles des méditations. Il y vécut deux ans. Il se place ensuite sous la protection de Luang Phod Daeng Tiso (หลวงพ่อแดง ติสฺโ) au monastère de Hua Laem So (หัวแหลมสอ) aujourd'hui connu sous le nom de Wat Phra Chedi Laemso  (วัดพระเจดีย์แหลมสอ).  Ce temple abrite dans son enceinte un chedi contenant des reliques de Bouddha venues de Ceylan

 

 

.....et un ex-voto singulier à rendre jaloux les marins qui ont décoré Notre-Dame-de-la Garde, la réplique d'un navire grandeur nature construite il y a une dizaine d'années par un patron-pêcheur remerciant ainsi Bouddha d'avoir échappé à un naufrage. 

 

 

Il y reste 5 ans et se trouve ensuite au Wat Sila Ngu (วัดศิลางู) à Lamai, où il pratique la méditation dans une modeste cabane pendant trois ou quatre ans.

 

 

Apprenant que Chao Khun Phra Phimoltham (เจ้าคุณพระพิมลธรรม) enseigne la méditation Vipassana (วิปัสสน) au Wat Mahathat (วัดมหาธาตุฯ) à Bangkok il s'y rend pour suivre cet enseignement et entraîner son esprit à parfaire sa pratique de la méditation Vipassana et de l'introspection jusqu'à pouvoir méditer jusqu'à 15 jours sans bouger autrement qu'en prenant un seul repas par jour et avoir un corps dur comme une buche.

 

 

Il acquiert une totale maitrise et le corps professoral du temple le renvoie alors enseigner la méditation sur son île. Le Sangha achète des terres dans le sous district de Bo-Phut (ตำบลบ่อผุด) pour y construire un temple de Vipassana, le Wat Boontharikaram (วัดบุญฑริการาม) ou encore Wat Phang Bua (วัดพังบัว) où il enseignera la méditation à une foule de novices et de moines upasaka et upasikas (อุบาสกและอุบาสิกา) et ce pendant vingt ans.

 

 

Vieillissant, il tomba gravement malade. Les voies de communication sur l'île à cette époque étaient inexistantes et le médecin ne put venir à temps. Remis sur pieds, des disciples et sa famille l'invitèrent à rester au Wat Kunaram (วัดคุณาราม) dans le district de Na Mueang (ตำบลหน้าเมือง), le temple de son village natal. Se sentant mourir, alors que ses proches le savaient vieux mais en bonne santé, il demanda à deux profanes de lui préparer un cercueil ou il pourrait être placé dans la position assise de la méditation. Il annonça sa mort pour le 6 mai 1973. Elle survint à la date annoncée, il avait 79 ans et 8 mois.

 

 

(2) Wat Khao Suwan Khao Pradit (วัดเขาสุวรรณประดิษฐ์) s'appelait à l'origine Wat Khao Lan (วัดเขาล้าน), situé sur une colline du village de Ban Thong Mai (บ้านท้องไม) dans le sous-district et district de Donsak (ดอนสัก) dans la province de Surat Thani (สุราษฎร์ธานี) un lieu où réside selon les croyances locales la déité protectrice de la région, Pho Than Yot khao (พ่อท่านยอดเขา), tout simplement le père de la montagne. A en croire les explications que nous ont donné un sacristain du temple, il aurait délivré la région d'un monstre marin dont le squelette est toujours conservé ? Se non è vero è ben trovato ! Il s'agit probablement d'un rorqual, l'espèce est toujours présente dans le golfe.

 

 

La construction fut entreprise par le premier abbé, Phra Achan Thong Inthasuwanno, (อาจารย์ทอง อินทสุวณโณ), originaire de la province sudiste de Songkla (จังหวัดสงขลา) qui mourut en 1957. Plus tard, l'abbé Phra Det (พระเดช), probablement pour éviter le rappel d'une déité animiste, changea son nom en Wat Khao Suwan Khao Pradit que l'on peut traduire par temple de la montage de bon augure.

 

 

Les rares visiteurs peuvent être attirés essentiellement par la vue imprenable sur les « cent îles » qui émergent de la mer, que l'on a du pied du Chedi où sont conservé des reliques de Bouddha.

 

 

Au bas de la colline dans un petit oratoire à l'écart de la route qui conduit au sommet de la colline et non signalé sur les rares sites consacrés au temple, se trouve donc sur un autel dans un cercueil de verre le corps momifié de Phrakhru Suwanpraditkan ou Luang Pho Choi Thitapunyo (พระครูสุวรรณประดิษฐ์การ หลวงพ่อจ้อย ฐิตปุญโญ) mort en 1993. Né en 1905 dans la province de Songkla et à la suite d'événements familiaux et d'une jeunesse difficiles, son père l'envoya vivre chez une parente à Donsak. Il revint à l'âge de 20 ans à Songkla où il fut ordonné moine temporaire pour la durée du carême bouddhiste. Il se maria et eux neuf enfants et ensuite, revint à Donsak. Il y vécut d'agriculture, de jardinage, de la combustion de charbon de bois et devint ensuite médecin. Le 10 décembre1947, il fut ordonné pour la deuxième fois au temple Don Yang (วัดดอนยาง), sous-district de Tha Thong  (ตำบลท่าทอง), district de Kanchanadit  (อำเภอกาญจนดิษฐ) toujours dans la province de Surat Thani avec en particulier comme professeur Phra Khru Prajak Worakhun (พระครูประจักษ์วรคุณ), abbé du temple Prasop (วัดประสพ) à Kanchanadit et reçoit le surnom de Chitpunyo (จิตปุญฺโญ). Il annonça alors renoncer définitivement à l'esclavage de la vie profane.

 

 

Revenu à Donsak et en dehors de son ministère religieux, il s'occupe activement de la vie du village dirigeant la construction de routes par des accords amiables avec des propriétaires fonciers. Il participe à l'électrification du village. Il organise la distribution d'eau de la ville au robinet. Il effectue d'importants travaux dans l'enceinte du temple, construction d'abris pour les moines, construction d'une école Phra Pariyat Thamma (โรงเรียนพระปริยัติธรรม), construction de bâtiments conventuels et d'un crématorium et naturellement construction du chedi contenant les reliques de Bouddha et construction d'un monument à la gloire de  Son Altesse  le prince  Vibhavadi Rangsit (พระเจ้าวรวงศ์เธอ พระองค์เจ้าวิภาวดีรังสิต), régent en 1946 et qui lui apporta de larges secours ainsi d'ailleurs que la famille royale.

 

 

Bénéficiant de nombreuses distinctions civiles et religieuses, il reçut en 1987 la distinction de prélat royal (พระราชาคณะชั้นสามัญ) seul de la province de Surat Thani. qui ait été élevé à cette dignité. Elle en fit  le moine le plus élevé dans la hiérarchie bouddhiste de la province.

 

 

Durant les 46 ans qu'il passa au temple, son prestige dépassa largement les frontières de sa province : Du 21 au 23 mars 1970, Son Altesse Royale  Vibhavadi Rangsit lui rendit visite au temple.

Le 16 mai 1970, Sa Majesté le Roi et sa majesté Sa majesté la reine virent assister à une cérémonie religieuse dans l'Ubosot.

Le 17 mai 1976, Sa Majesté le Roi, Sa majesté la reine et Son Altesse Royale la Princesse Maha Chakri Sirindhorn vinrent inaugurer le système d'alimentation en eau du village.

Le 20 septembre 1983, Son Altesse Royale la princesse Maha Chakri Sirindhorn vint poser la première pierre  du Chedi Chaturamuk contenant les reliques du Bouddha

Le 26 avril 1985, Son Altesse Royale la princesse Maha Chakri Sirindhorn et le prince héritier sont venus effectuer la cérémonie de l'installation des reliques de Bouddha.

Il mourut paisiblement le 15 février 1993 à l'âge de 89 ans, recevant l'hommage unanime de ses disciples, de la hiérarchie, des fonctionnaires civils et militaires et de la population.

Ses vertus évitèrent la décomposition de sa dépouille toujours intacte.

Le 16 février 1997, Son Altesse Royale la Princesse Maha Chakri Sirindhorn est venu officiellement présider à l'installation  de sa dépouille dans son cercueil de verre et inaugurer son buste.

 

 

(3) Voir l'article d'Andō Kōsei « Des momies au Japon et de leur culte ». In: L'Homme, 1968, tome 8 n°2. pp. 5-18.

 

(4) Voir l'article de Paul. Demiéville  « Momies d'Extrême-Orient ». In: Journal des savants, 1965, n° pp. 144-170;

 

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5 juin 2021 6 05 /06 /juin /2021 03:11

 

"Nous, c'est vous, vous, c'est nous" (Temple de Samret à Kho Samui)

 

Nous avons de temps à autre le plaisir d'accueillir des « invité(e)s » qui nous font part de leurs recherches et de leur érudition d'autant plus intéressantes qu'elles proviennent d'érudits qui ont une formation différente de celle que nous reçûmes, Alain et moi ; un littéraire et un juriste qui ne sont pas des historiens de profession mais des « vocations tardives ». J'ai aujourd'hui la satisfation d'ouvrir nos colonnes à Madame Dominique Le Bas, une universitaire distinguée, Docteur en Etudes indiennes, option art et archéologie. Chercheur associé à l’Institut thématique interdisciplinaire d’histoire, de sociologie, d’archéologie et d’anthropologie des religions,de l'Université de Strasbourg, elle prépare un article sur « La méditation sur la décomposition des corps dans l’art siamois », actuellement en cours de publication à l'Université de Strasbourg. Elle nous en livre un aperçu que j'ai plaisir à partager ce jour.

 

Vous trouverez en fin d'article le résumé de sa carrière universitaire et la liste des publications qui sont les siennes.

 

 

Au cours de votre pérégrination dans certains temples thaïs, vous pourriez découvrir une particularité qu’il n’existe plus qu’au Sri Lanka et en Thaïlande : la méditation sur des ossements. Cette méditation appelée en pāli, langue utilisée dans la religion theravāda, « asubha kammaṭṭhāna » (อสุภกรรมฐา) qui signifie « exercices sur la répugnance des corps » consiste à contempler des cadavres humains dans différents états de décomposition.

 

 

A quelles fins ? En prenant le cadavre comme support visuel, et en pensant que son propre corps est voué au même devenir, le pratiquant doit développer de la répulsion envers l’objet contemplé mais aussi envers son propre corps afin d’aboutir à la cessation de tout désir et prendre conscience de l’impermanence des corps. Cette pratique peut mener au nibbana (นิพพาน.)

 

 

Cette méditation était pratiquée par les moines de Thaïlande, Birmanie, Cambodge et Laos depuis environ le 18e siècle jusqu’au milieu du 20e siècle, et l’est encore en Thaïlande et au Sri Lanka.

 

 

Le thème de la méditation sur la décomposition des corps est évoqué dans les littératures canoniques et post-canoniques de langue pālie. Le discours le plus important qu’aurait prononcé le Buddha sur le thème de la « méditation » ou le développement mental est le Mahāsatipaṭṭhana-sutta (มหาสติปัณณสูตร) « texte de la grande mise en jeu de la présence d’esprit » qui est le 22e sutta que compte le Dīghanikāya « corpus des longs ». Le Mahāsatipaṭṭhana-sutta est pour le Theravada un texte fondamental pour la pratique, décrivant les différents éléments qui doivent être travaillés pour développer l’attention. Ce texte recense 9 contemplations sur la décomposition des corps. Pour chacune de ces neuf contemplations, le texte est construit selon un schéma identique : le cadavre est décrit selon son état de décomposition, s’ensuit toujours jusqu’à la prochaine description de contemplation le même texte : le moine réfléchit à son propre corps en se disant «  ce corps qui est le mien a la même nature ; il deviendra de même ; il ne peut l’éviter ». En constatant que son corps n’est pas différent que celui qu’il observe, et qu’il subira un jour un sort identique, son esprit doit se libérer de l’attachement au corps. La présence d’un cadavre n’est pas obligatoire pour le moine pratiquant. L’impératif est ce que nous dit le refrain « ce corps qui est le mien a la même nature ; il deviendra de même ; il ne peut l’éviter ».

 

 

Le moine doit accepter sa propre évanescence.

 

L’autre texte, non canonique, qui est la principale référence du Theravāda, est le Visuddhimaggha (วิสุทธิมัคกา) « chemin de la complète purification » rédigé au Ve siècle au monastère Mahāvihāra (มหาวีฮาราน) à Ceylan

 

 

... et attribué à Buddhaghosa (พุทธโฆษะ). Dix exercices ou réflexions sur la répugnance du corps sont recensés en fonction de l’état du cadavre : gonflé, bleui, ulcérés, déchiquetés, rongés, éparpillés, mutilés et éparpillés, saignants, infestés de vers, et les squelettes.

 

 

Où le moine trouvait-il un corps ? A l’époque où le texte a été rédigé, les corps se trouvaient dans la nature, sur les champs de bataille, à la porte du village etc.. Au 19e siècle, au Siam, le Wat Saket (วัดสระเกศราชวรมหาวิหาร) était connu pour disposer d’un charnier où les corps des plus pauvres et ceux des condamnés de la prison voisine étaient donnés en pâture aux vautours et aux chiens.

 

 

Carl Bock nous fournit une description précise de sa visite en 1881 au Wat Saket où il assiste à l’arrivée d’un corps sur une litière de bambou, puis à son traitement immédiat. Un officiant muni d’un énorme couteau va ouvrir le corps, couper la chair des jambes, bras et poitrine. Puis un moine tenant dans sa main gauche un éventail et dans la main droite un bâton en bambou avec lequel il touche le corps chante quelques mantras. Dès qu’il a fini, les vautours se jettent sur le corps. Au bout de 10 minutes, l’officiant et le moine interviennent de nouveau pour s’occuper du dos du défunt de la même manière ; puis les animaux mettront 8 minutes à dévorer le corps ; Les os et le crâne sont collectés par les amis qui les brûleront. Le devenir de ces restes nous est expliqué par Monseigneur Pallegoix en 1853 : les ossements recueillis par les parents et amis seront soit gardés dans une urne ou broyés avec de l’argile pour faire des statuettes en souvenir du défunt.

 

 

 

Carl Bock va découvrir un autre lieu dans l’aire du monastère où se dresse un autel circulaire sur lequel il découvre des os humains, des crânes et deux cadavres d’enfants récemment décédés mais dans un état de décomposition avancé

(Carl Bock, « Carl. Temples and elephants : the narrative journey of exploration through upper Siam and Lao ». London: Sampson Low, 1884. P. 551).

 

 

On peut supposer que ces ossements servaient comme support pour la méditation des bonzes.

 

Les charniers ont disparu car l’évolution de la société, sous l’influence occidentale à partir du milieu du XIXè siècle, a amené une prise de conscience sur l’hygiène publique et sur les règles sanitaires à appliquer dans la capitale, Bangkok, qui a connu en 1884 une épidémie de choléra au cours de laquelle le Wat Saket a accueilli 60 à 120 cadavres par jour. De nos jours, les pratiquants ont toujours à leur disposition des cadavres mais peuvent désormais disposer de supports de substitution que sont les photos. Ainsi au Wat Khao Yai (วัดเขาใหญ่ - พิจิตร) dans la province de Phichit et au Wat Hualompong (วัดหัวลำโพง) à Bangkok, les moines pratiquent la contemplation sur des corps suspendus à des crochets. Ce sont les familles qui font don du corps de leur proche – enfant ou adulte- à des fins de mérites spirituels. Pour pratiquer la méditation dénommée « coupé et éparpillé », les moines se rendent dans les salles d’autopsies. Les pratiquants achètent aussi dans des boutiques spécialisées des photos de personnes accidentées ou suicidées à des étapes variées de décomposition. Il y a un impératif dans le texte non canonique qui doit être respecté : le pratiquant ne doit jamais toucher le corps. Le Visuddhimagga précise, après bien des tergiversations, qu’il ne conviendrait pas qu’un homme contemple un cadavre de femme, ni une femme un cadavre d’homme «car l’objet n’est pas présent dans un cadavre de sexe opposé, lequel peut même susciter de l’agitation ».

 

Somdet Phra Wanarat Buddhasiri Thap (สมเด็จพระวนารัตน์พุทธสิริทับ), abbé du Wat Sommanat Vihara (วัดโสมนัสวิหาร), familier du roi Mongkut lorsqu'il était moine (1806-1891)

 

 

Cette pratique est illustrée dans des manuscrits du centre de la Thaïlande, réalisés essentiellement au 19e siècle, mais rarement sur les peintures murales de monastères. Le peintre peut utiliser le folio pour illustrer deux méditations ou disposer le corps dans l’une des vignettes, le moine dans l’autre.

Manuscrit Or.13703 fol.7v, 19è s., British Library

 

 

Dans les manuscrits, la première méditation « cadavre gonflé »  est l’une des plus représentée. Le corps gonflé présente généralement une iconographie identique : outre le gonflement, les yeux sont exhorbités et globuleux, et la langue tirée. Il est nu ou revêtu d’une pièce de tissu toujours disposée d’une manière sinueuse autour de la partie inférieure et la partie supérieure du corps.

Or 14838 fol.7, vignette droite, British Library

 

 

 

Le cadavre gonflé est celui qui est le plus difficile à trouver parce que son état ne perdure qu’un à deux jours. Les dix contemplations sont mises en corrélation avec les subdivisions du tempérament voluptueux du pratiquant. Ainsi la première contemplation convient aux moines qui s’attachent aux formes car le cadavre gonflé met en évidence la détérioration des formes corporelles.

 

L’autre méditation la plus représentée est la 5e «  cadavre dévoré par des chiens, chacals ou autres animaux ». L’artiste représente soit des chiens soit des corbeaux, ou au Wat Somanat vihāra chien, corbeaux et un vautour. Souvent dans cette représentation, il ajoute le déversement des entrailles. Le cadavre dévoré convient à ceux qui s’attachent à l’accumulation de chair en certaines parties du corps comme les seins, car il montre comment la plénitude de cette accumulation de chair est détruite

 

Mss Coll.990 item 5 fol.3 Penn Library, Philadelphie

 

 

Aucune sculpture ancienne ne représente une de ces méditations. Représenter un cadavre « horrible » n’aurait pas été un obstacle pour les sculpteurs comme en témoignent les damnés torturés sur le socle du bronze Phra Malai (พระมาลั) conservé au Musée de Nakhom Pathom (นครปฐม) Photo phra Malai

(Sur Phra Malai, voir notre article : A 375 - DES ENFERS BOUDDHISTES À L’ENFER DES CHRÉTIENS : LA LÉGENDE DE PHRA MALAIhttps://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2020/06/a-375-des-enfers-bouddhistes-a-l-enfer-des-chretiens-la-legende-de-phra-malai.html).

 

 

Quant aux peintures murales, les dix méditations qui ornaient les murs du vihāra Est de Wat Phra Chetuphon (Wat Po, Bangkok) sous le règne de Rāma Ier (1782-1809) ont complètement disparu. Il faudra attendre le règne de Rama IV Mongkut (1851-1868) pour que l’intégralité de la contemplation sur le «  non-beau » soit de nouveau représentée sur les murs de deux monastères royaux de Bangkok : le Wat Boworniwet et le Wat Somanat viharā. S’ils possèdent ces représentations, c’est parce qu’ils sont liés à la réforme du bouddhisme siamois menée par le roi Mongkut - Rama IV alors qu’il était moine de 1824 à 1851 avant d’accéder au trône.

Voir l'article  de Dominique Le Bas :  « Les armoires et les coffres à manuscrits laqués et dorés de Thaïlande »  in Histoire d’objets extra-européens :collecte, appropriation, médiation. Villeneuve d’Ascq : Publications de l’Institut de recherches historiques du Septentrion, 2021. Le texte est numérisé : http://books.openedition.org/irhis/5892 

 

****

 

Qui est Madame Dominique Lebas ?

 

 

Elle a consacré une partie de sa carrière en tant que conservateur de bibliothèques, au développement de la lecture publique (Seine Saint Denis, Berry) et sillonné le département du Puy de Dôme en qualité de directrice de la bibliothèque départementale de Prêt pendant dix ans. Elle fut ensuite pendant 14 ans à l’Université de Rouen directrice d’une Bibliothèque Universitaire. Elle rédigea ensuite une thèse sous la direction de Madeleine Giteau, disparue en 2005, historienne et en particulier historienne des arts de l'Asie du Sud-Est française, membre de l'École française d'Extrême Orient de 1956 à 1981.

 

 

Cette thèse de doctorat, soutenue en 1987 porte le titre « Les armoires et les coffres à manuscrits de Thaïlande » ( Université de Paris III Sorbonne Nouvelle) et a été publiée en 1988 par l’Université de Lille III.

 

 

 

Elle la présente comme suit : « Les plus anciennes armoires qui nous soient parvenues ne sont pas antérieures au règne de phra narai (vers 1657-1688). Parmi les différentes techniques de décorations utilisées, nous nous sommes attachées a celle de la laque dorée. D'usage profane a l'origine, les armoires et les coffres a manuscrits laqués et dorés sont offerts aux monastères a la mort de leurs propriétaires. Nous avons pu distinguer sept catégories d'armoires selon la typologie de leur piètement et trois types de coffres. Les artistes ont orné ce mobilier de scênes empruntées à la littérature religieuse et épique. Nous nous sommes apercues que la vie du buddha et les dix précedentes existences - les dasa jataka- y étaient illustrees d'une manière exceptionnelle. Aussi nous sommes-nous attachées a cette étude. Les artistes ont représenteé des scênes essentielles de la vie du bienheureux mais également des faits apparemment secondaires. Il convient de souligner qu'aucune scêne de la vie du buddha ne décore les coffres a manuscrits. Nous assistons a l'époque de ratanakosin à une miniaturisation et a une multiplication des scênes sur une même surface. Ce fait est lié au role didactique et édifiant des laques qui n'a fait que s'affirmer depuis la fin de l'eépoque d'ayuthya. L'art de la laque appliqué aux armoires et aux coffres a manuscrits peut etre considéré comme un art à part entière au même titre que la peinture murale qu'il complète ou répète »

Nous lui devons encore

« Le mobilier cultuel de Thaïlande : les chaires à prêcher », Mémoire de maîtrise, Paris I.

« Le Vessantara Jataka sur le mobilier thaï », in  Asie, n°1, Donner et recevoir, 1992, Paris- Sorbonne (revue du Centre de Recherche sur l’Extrême-Orient de Paris-Sorbonne)

« L’enfance du futur Buddha sur les armoires laquées et dorées de Thaïlande » in Asie, n°4 Enfances, 1997, Paris- Sorbonne (revue du Centre de Recherche sur l’Extrême-Orient de Paris-Sorbonne)

« Jenny de Vasson : 1872-1920 : photographe ». – Clermont-Ferrand, 1998.

(Jenny de Vasson, amie de Georges Sand, fut la première femme photographe de France).

« La venue de l’ambassade siamoise en France en 1861 » in Aséanie, n° 3, mai 1999, Bangkok (Centre d’Anthropologie Sirindhorn)

« La renaissance artistique en Thaïlande de Rama Ier à Rama IV », Turin, CESMEO, 2007

 

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21 décembre 2020 1 21 /12 /décembre /2020 23:38

 

On a beaucoup glosé sur l’origine de ce signe étrange @ qui a envahi notre univers depuis quelques dizaines années. Il est convenu de l’appeler arobase Il est utilisé au sein des adresses électroniques sur internet. Il suffit à lui seul d’évoquer la toile. Il n'est pas, comme beaucoup le croient, une création récente de l'univers numérique. Son origine probable, c’est tout au moins la version la plus plausible est qu’il remonterait à l’époque où les moines copistes ont contracté le « a » et le « d » du mot latin « ad » signifiant tout simplement « vers ». Le terme arobase aurait été ultérieurement forgé par les imprimeurs français pour désigner le caractère né de cette contraction. Notre propos n’est pas de nous intéresser ni à son origine ni à son étymologie bien qu’elle soit probablement espagnole ou peut être provençale. Dans son dictionnaire languedocien-français qui date de 1785 l’abbé Pierre-Augustin Boissier de Sauvages, traduit arobas  par « reste à savoir » !

 

 

Dans son Trésor du Félibrige qui date de 1868, Frédéric Mistral nous apprend que l’aro-bast est un « crochet en bois qu’on ajoute au bât des bêtes de somme pour porter les fardeaux ».

 

 

Nous sommes loin d’Internet. Il semble que ce caractère s’appelait du terme pittoresque de « a niché » comme une autre lettre de l’alphabet également nichée, le « « c niché » du copyright  © ou le « r niché » ® de la marqué déposée. Mais ces expressions évocatrices datent d’un temps où les instituteurs nous apprenaient le français et le faisaient bien.

 

 

Nous ne  nous serions pas interrogés sur l’origine de ce signe si certains n’y avaient vu une origine thaïe sur un site qui lui est dédié (1). Ils pêchent toutefois par une insuffisance certaine dans leur connaissance de l’écriture thaïe. Pour les Thaïs, arobase c’est thi (ที่) c’est à dire « vers - à » tout comme l’anglais « at » qui a le même sens. Un contributeur de ce site fait le lien avec « certains chiffres utilisés dans les langues asiatiques comme le 1 ou le 6 en thaï » c’est-à-dire ou  ce  qui n’est tout de même pas la même chose. Un autre trouve au signe une « étrange ressemblance » avec l’une des quatre consonnes thaïes S  soit ส (mais il y en a trois autre : ษ ศ ซ). L’idée était intéressante, elle n’a pas été approfondie et c’est dommage.

 

1 = ๑      6  =   ๖     S = ส (ษศซ)

 

Notre « a niché » ne ressemble pas à l’un de nos S thaïs, il ressemble par contre étrangement au chiffre 1 soit qui a d’ailleurs la même graphie en lao. Les chiffres thaïs que les locaux n’utilisent malheureusement plus guère sauf dans les documents administratifs viennent du sanskrit et sont lourds de symbole : leur zéro qui a la même graphie que notre 0 est aussi le symbole philosophique du néant et le c’est la représentation de la spirale de l’infini. Et l’univers de la toile nous conduit bien vers l’infini !

 

 

Pur hasard, peut-être mais ce qu’il est amusant de noter  que sur les claviers de nos ordinateurs qui sont à la fois QWERTY et thaïs, les informaticiens ont soigneusement placé les deux caractères sur la même touche ce qui n’est probablementpeut-être pas un hasard ?

 

 

NOTES

 

 

 

(1) https://www.arobase.org/culture/arobase-contributions.htm

 

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5 octobre 2020 1 05 /10 /octobre /2020 22:09

 

Nous connaissons le rôle important que jouent les nagas (นาค), ces serpents  infernaux dans la religion des peuples bouddhistes. Ils habitent un monde souterrain, gardent les trésors de la nature, sont attachés à l'eau et apportent la prospérité. Le naga a sa forme féminine, ce sont les nakhis (นาคี), le génie des eaux, représentés comme un serpent à tête humaine. Ils peuvent aussi prendre forme humaine, voyager sous terre, nager dans l'eau et voler dans les airs. On leur doit la fertilité du sol et la fécondité des femmes.

 

 

Plusieurs fois, les femmes de cette race, prenant forme humaine, contractèrent des unions avec les fils des hommes. L’un de ces nagas devint même, selon la légende roi du Siam et  voici à quelle occasion. L’histoire est un classique dans le folklore thaï. Elle nous est contée par Monseigneur Pallegoix en particulier (1). Il l’a puisée des Annales des royaumes du nord  (pongsavada mueang nuaพงศาวดาร เมือง เหนือ). Elles sont un abrégé de l’histoire avant la fondation d’Ayutthaya. « Cette première partie est pleine de fables, et présente peu de faits historiques » nous dit-il mais il se complet manifestement à nous narrer ces fables.

 

 

Nous retrouvons l’histoire chez d’autres érudits, Charles Lemire (2) ou l’explorateur Raoul Postel qui en donne une version cambodgienne plus ou moins similaire (3). Cette légende a connu  de nombreuses adaptations modernes, l'une des plus connues est une pièce de théâtre de 1917 du roi Vajiravudh (Rama VI) dont nous connaissons les goûts et les talents littéraires.

 

 

Elle est l’histoire de Phra Ruang (พระร่วง), figure légendaire de l'histoire thaïe et fondateur du premier royaume thaï qui a libéré le peuple du joug de l'ancien empire khmer et ce bien avant que ne commence l’histoire officielle qui débute avec Si Inthrathit (ศรีอินทราทิตย์) qui régna sur le royaume de Sukhothai entre 1238 et 1270,

 

 

fondateur de la dynastie qui porte le nom de Phra Ruang au sein de laquelle nous trouvons en troisième position Rama Khamhaeng (รามคำแหง), inventeur de l’écriture thaïe.  Cette légende est considérée avec une condescendance par les érudits (4). C’est pourtant lui qui a donné son nom à la dynastie (ราชวงศ์พระร่วง - ratchawong Phra Ruang

 

 

La légende commence à l’époque de Bouddha. Il était à prendre son repas, près du village sur l’emplacement duquel fut construite plus tard, la ville de Haripunchai (หริภุญชัย) l’actuelle Lamphun (ลำพูน). 

 

 

Cependant, le saint homme ne pouvait trouver d’eau pour faire ses ablutions et se désaltérer, un naga vint lui en apporter. D’autres sources affirment que sur l’ordre de ce reptile, l’eau jaillit aux pieds de Bouddha. C'est pourquoi il lui prédit, qu'en récompense de cette charitable action, au bout de mille ans, il établirait un empire qui embrasserait toute la contrée arrosée par la rivière qu'il venait de faire jaillir, et que les rois des pays voisins lui rendraient hommage, et que jamais l’eau ne manquerait dans les limites de son royaume. Il le posséderait comme prince indépendant, ne reconnaissant la suprématie de personne. Le feu et l’eau constituent une aumône aussi efficace que les autres, lorsqu’ils sont donnés avec cette grâce qui découle des services rendus. Au nombre des avantages promis par Bouddha, au reptile charitable se trouvait celui de recevoir les hommages de tous les princes des régions transgangétiques.

 

 

Environ neuf siècles et demi plus tard, régnait à Haripunchai dans le pays de Sayam ou Siam, un roi d’une grande piété nommé Phraya-Aphayakha-Munirat ou plus simplement Aphayakha-Muni. Fidèle observateur de tous les préceptes de la religion bouddhiste, il se retirait de temps à autre, sur une montagne très élevée pour y faire ses méditations et mener la vie d’un anachorète. Une reine des nagas, Nang, avait l’habitude de se rendre au même endroit pour s’y divertir ou pour y accomplir des actes de dévotion. Attirée par la renommée du prince siamois, elle passa trois jours et trois nuits en sa compagnie et eut commerce avec lui.

 

 

Avant de reprendre le chemin de ses états et de se séparer de son amante, Aphayakha-Muni donna à cette dernière son manteau royal richement orné et un anneau précieux. Cependant la princesse des nagas se retrouva enceinte dans son royaume souterrain. Elle pensa bien que son fils ne naîtrait point d’un œuf, ainsi que cela a lieu d’ordinaire chez les nagas, mais qu’elle allait donner le jour à un être vivant. Un sentiment de pudeur lui fit craindre que son aventure ne se trouvât divulguée parmi ses sujets, et elle se rendit de nouveau sur la montagne. L’enfant vint au jour dans l’ermitage même où elle avait rencontré le monarque siamois. La mère le revêtit du riche costume laissé par celui-ci, plaça l’anneau à son doigt, puis regagna son palais sous terre. Un chasseur qui passait non loin de là, entendit les cris poussés par le nourrisson.

 

 

Il l’emporta chez lui, ainsi que les objets destinés à le faire  reconnaître, puis, il le confia à sa femme, lui recommandant de le nourrir comme son propre fils. Le jeune prince fut élevé dans la pratique de toutes les vertus commandées par la loi. Quelque temps après, il arriva que le roi Aphayakha fit expédier à ses ministres et à sa noblesse, l’ordre de lui élever un palais. Par toute l’étendue du royaume, le peuple siamois se trouva mis en réquisition. Chaque maison fut conviée à fournir son contingent de travailleurs corvéables. Le chasseur, lui aussi, se trouva appelé. Il prit son fils adoptif avec lui, et comme il faisait une chaleur accablante, le jeune homme fut placé à l’ombre, dans l’intérieur même du palais. Cependant l’édifice se mit à trembler, le dôme s’inclina comme pour rendre hommage au fils de la nakhi et l’ombre du palais, elle-même, paraissait voltiger. Le palais semblait avoir reconnu son futur maître légitime. Informé de ce prodige, le roi demanda au chasseur, quel était le père de l’enfant trouvé au milieu de la forêt qu’il avait élevé comme son fils. Puis, sur la demande du monarque, il lui remit les objets déposés auprès du jeune enfant. Le roi, éclairé sur sa question de paternité, retint l’enfant après avoir fait donner une récompense au chasseur. Le fils de la naga reçut alors le nom de Arunnarat et Aphayakha le fit élever avec un autre de ses enfants.

 

 

 

Ce jeune prince si miraculeusement reconnu avait vu le jour en l’an 950 de l’ère Bouddhiste,  soit au quatrième siècle de notre ère. Il n’était autre qu’une incarnation du serpent charitable dont Bouddha avait prophétisé la gloire future.  Son père qui l’aimait beaucoup lui donna pour épouse la reine de Satchanalai (ศรีสัชนาลัย). Elle était  la dernière de sa lignée et son mari devint ainsi gouverneur ou plutôt prince feudataire du pays en question. C’est alors que son père lui donné le nom de Phra Ruang ou Phraya-Luang dont Monseigneur Pallegoix nous donne deux traductions possibles, il s’agit de thaï archaïque « l’auguste prince » mais aussi « le moine serpent » L’histoire même du personnage prouve à quel point cette dénomination lui convenait.

 

 

On lui attribue la fondation d’un grand nombre de pagodes et de temples. On lui doit notamment un édifice religieux construit à Satchanalai, en un endroit où jadis avaient été déposées des reliques de Bouddha.

 

 

En ce temps-là, l’état de Sayam (ce qui signifierait « peuples bruns ») se trouvait sous la domination du roi du Cambodge et lui payait tribut. Phra Ruang alla en personne, présenter ses hommages et porter des présents au monarque cambodgien. Les cadeaux étaient splendides : Boîtes, corbeilles, plateaux en or  massif  aux délicates sculptures, ceintures, bijoux enrichis de pierreries, langouti de soie, vêtements richement brodés soulevèrent l’admiration de tous. L'offre de deux éléphants blancs accrut encore l'enthousiasme général. Mais ce qui attira principalement les regards du roi cambodgien et des mandarins de sa cour fut un panier rempli d'eau lustrale, laquelle ne coulait point par les fentes. Les Siamois devaient en effet fournir de l'eau à la capitale khmère à titre de taxe, une eau sacrée puisée dans un lac non loin de Lopburi. En effet, les cérémonies khmères exigeaient l'emploi d'eaux sacrées provenant de toutes les parties de l'empire. Phra Ruang avait utilisé ses pouvoirs pour rendre les paniers en bambou imperméables afin qu'ils puissent être utilisés pour transporter l'eau au lieu de lourds pots en argile. Tous les trois ans en effet le tribut d'eau, contenu dans de grandes jarres en terre cuite, était acheminé par chariots tirés par des bœufs. Bien évidemment des jarres se brisaient en cours de route ce qui obligeait les tributaires à faire un second voire un troisième voyage pour honorer les demandes du souverain.


Surpris de ce prodige extraordinaire, le roi consulta du regard ses prêtres mais ceux-ci tinrent leurs yeux obstinément baissés, n'ayant trouvé aucune explication d'une telle merveille.

 

Le soir, la reine dit à son époux : « Sire, avez-vous donc oublié que l'aïeul de Phra-Ruang fit à votre aïeul don d'une épée à poignée d'ivoire et d'or, ce glaive étincelant indiquait aux rois khmers qu'ils eussent à se garder des princes Siamois. Aujourd'hui, votre vassal relève la tête ; ses présents ne sont qu'un prétexte. Il veut étudier par lui-même les dispositions de vos sujets et les ressources de vos états, Par bonheur, le Ciel a daigné vous avertir par un nouveau prodige : il vous fait entendre que, si vous laissez vivre cet homme, il ne tardera pas à vous surpasser en mérite et en vertu ». 

 

Au point du jour, les soldats du roi  entourèrent traîtreusement le monarque siamois, mirent à mort son escorte, puis, l'ayant chargé de chaînes, le traînèrent au palais ou le roi ordonna qu'on lui  tranchât la tête.

 

Mais, au moment où les gardes allaient exécuter cet ordre, Phra Ruang, qui appartenait par sa mère à la race des nagas, disparut tout à coup dans les entrailles de la terre qui s'entrouvrît. Et une voix terrible retentit dans la salle : « O roi, parce que tu as été avide, parce que tu n'as pas redouté le mensonge,  parce que ton âme s'est montrée aveugle pour le crime et que tu as insulté au vœu sacré de tes ancêtres, le Roi des Anges te condamne ! Les chiens et les vautours dévoreront implacablement tes chairs ! ».

 

 

A partir de cette heure fatale, l'étoile du Cambodge s'obscurcit. Quelques jours après, Phra Ruang, de retour dans sa capitale, déclara la guerre au roi cambodgien. Depuis lors, non  seulement le Siam ne paya plus de tribut, mais encore il contraignit le Cambodge à reconnaître son indépendance et à lui payer tribut.

 

C'est alors en effet que le Siam s'affranchit de la domination cambodgienne et se constitua en pays libre. Les Siamois victorieux commencèrent à prendre le titre de Thaïs, c’est-à-dire « libres ». Phra Ruang inventa ensuite l’alphabet thaï pour ne plus avoir à utiliser les caractères cambodgiens qu’il modifia dans la forme, ou l’antique écriture tham (ธรรม) des livres bouddhistes qui ne fut plus utilisée que pour les ouvrages religieux. Il aurait donc précédé Rama Khamhaeng de plusieurs siècles !

 

 

Il est de cette libération une version différente : Grâce à sa connaissance approfondie des textes sacrés  Phra Ruang avait rendu son corps invulnérable et acquis le pouvoir de donner la vie ou la mort par de simples paroles, en sorte que ce qu’il commandait devait nécessairement avoir lieu. Le roi Cambodgien le considérant comme un rebelle qui refusait le tribut d’une certaine quantité d’eau qui lui était due. Il envoya alors contre son vassal insoumis l’un des seigneurs de sa cour qui creusa une galerie souterraine allant du Cambodge qui jusqu’au Siam, débouchant dans le couvent oú Phra Ruang s’était retiré après avoir été ordonné moine pour y placer une sorte de poudre explosive. A peine l’émissaire sortant de sa cachette se fut-il présenté aux regards du prince Siamois que celui-ci, d’un seul mot, le changea en pierre ainsi que les troupes qui l’accompagnaient, que l’on reconnaît dans les « pierres levées » de Sukhothai ! C’est l’explication qui a le mérite du pittoresque de l’origine qui reste mystérieuse  des bornes sacrées que l’on retrouve essentiellement dans la Lanna (nord-ouest) et l’Isan (nord-est) dont on ne sait si elles sont des mégalithes pré-bouddhistes. Nous leur avons consacré un article ignorant alors cette interprétation probablement fantaisiste (5). Restons-en là !

 

 

 

 

LA MIGRATION DU MYTHE CHEZ LES AMÉRINDIENS ?

 

Cette légende par contre a été analysée par des érudits, le premier fut l’abbé Brasseur de Bourbourg en 1857 (6) 

 

 

et par le comte Hyacinthe de Charencey en 1871, ethnologue et linguiste   qui connaissait à peu près toutes les langues de la création (7).

 

 

L’abbé pour sa part connaissait parfaitement (ignorants que nous sommes !) le quiché, le cackchiquèle, le tzendalc, le maya, le nahualt et avait vécu pendant plus de 15 ans en Amérique centrale. Il put y découvrir, déchiffrer et traduire des manuscrits qui avaient échappé à la rage destructrice des Espagnols.

 

 

L’histoire primitive de l’Amérique centrale avant la découverte de Christophe Colomb est attachée au personnage légendaire de Votan (autre nom de Quetzalcoatl) sur lequel nous devons une étude à cet autre érudit que fut Léon de Rosny (8). Votan était le dieu-serpent des Aztèques. Personnage évidemment mythique et fils d’une serpente, il arriva en Amérique centrale venant on ne sait d’où, on ne sait quand (9).

 

Ne nous penchons par sur le mythe de Votan qui excède le cadre de ce blog. Nos érudits trouvent la trace du mythe de Phra Ruang en terre de Nouvelle Espagne par des coïncidences certes troublantes mais sans  en déterminer la filiation.

 

 

Il est au moins actuellement une certitude, c’est que ces civilisations amérindiennes  n’étaient pas d’origine autochtone mais incontestablement d’origine asiatique. Il suffit de regarder les portraits de ces amérindiens pour se convaincre que ce ne sont ni des Bantous ni des Caucasiens !

 

 

Venus d’Asie quand ? Nul ne le sait. Comment ? Probablement par voie de terre via le détroit de Béring (10).  Ce qui est devenu une certitude avec les analyses ADN effectuées par des généticiens américains au début de ce siècle n’était à l’époque de l’abbé Brasseur de Bourbourg et du comte Hyacinthe de Charencey qu’une hypothèse hardie mais séduisante. Elle valut au premier quelques sarcasmes (11).

 

Nous savons en tous cas que les Chinois avaient ou auraient découvert l’Amérique bien avant Christophe Colomb mais mille ans après l’existence de Phra Ruang , ce ne sont donc pas eux qui ont importé de mythe (12).

 

 

Y-a-t-il une communauté d’origine du mythe ? Votan et Phra Ruang sont tous deux considérés comme des sortes de demi-dieux bienfaisants, de véritables civilisateurs et des réformateurs. Tous deux sont donnés comme appartenant à la race des serpents et ce qui est plus significatif encore, c’est en cette qualité qu’ils peuvent pénétrer dans les entrailles de la terre même si nous ne connaissons pas les raisons pour lesquelles Votan se rattache à la race des reptiles. Ce culte du serpent n’a probablement pas été de toutes pièces, enseigné aux Américains par des colons d’origine Asiatique. Il faut évidemment faire sa part aux tendances naturelles de l’esprit humain.

 

Doit-on s’étonner de retrouver ainsi une légende égarée au fond du Siam ancien jusqu’en Amérique ?  Les découvertes utiles ont parfois bien de la peine à faire leur chemin, elles rencontrent souvent sur leur route d’insurmontables obstacles, mais rien en revanche n’est plus contagieux qu’un conte de nourrice qui finit toujours par se répandre au loin, en dépit des différences de langue, de race, de climat. Les symboles et les mythes voyagent plus vite que les inventions

 

Notons enfin que ce mythe du serpent, en dehors de son interprétation  freudienne se retrouve en d’autres lieux : pour ne parler que de l’Europe, le serpent souterrain des Celtes et des Gaulois

 

 

ou la Vouivre, selon les régions tantôt femme-serpent tantôt femme dragon.

 

 

NOTES

 

(1) « Histoire du royaume thaï ou Siam », volume 2, pages 58 s.

(2) « Exposé chronologique des relations du Cambodge avec le Siam, l’Annam et la France », 1879.

(3) « Sur les bords du Mékong », 1884.

(4) « THE ORIGINS OF THE SUKHODAYA DYNASTY » par Georges Coédès dans un article du Journal de la Siam Society de 1921, volume 14-1.

(5)  A 213- LES ORIGINES MYSTÉRIEUSES DES BORNES SACRÉES (BAÏ SÉMA) DES TEMPLES DE L’ISAN EN THAILANDE :

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/05/a-213-les-origines-mysterieuses-des-bornes-sacrees-bai-sema-des-temples-de-l-isan-en-thailande.html

(6) « Histoire des nations civilisées du Mexique et de l'Amérique centrale,, durant les siècles antérieurs à Christophe Colomb, écrite sur des documents originaux et entièrement inédits, puisés aux anciennes archives des indigènes  - Tome premier, comprenant les temps héroïques et l'histoire de l'empire des Toltèques ». L’ouvrage a été réédité en 2010

(7) « LE MYTHE DE VOTAN - ÉTUDE SUR LES ORIGINES ASIATIQUES DE LÀ CIVILISATION AMÉRICAINE ». L’ouvrage a été réédité en 2014.

(8)  « Le Mythe de Quetzalcoatl » 1888.

(9) Voir l’article de l’abbé Domenech (« L’Amérique avant sa découverte » dans la Revue de Léon de Rosny « Revue orientale et américaine » en 1860.

(10) En mars 2006, Karl Bushby et l'aventurier français Dimitri Kieffer ont franchi le détroit à pied. Ils ont traversé une section gelée de 90 kilomètres de long en 15 jours. Pendant la dernière ère glaciaire, le niveau de la mer était suffisamment bas pour permettre le passage à pied entre l'Asie et l'Amérique du Nord à l'emplacement de l'actuel détroit. Cette voie aurait été empruntée par les premiers hommes ayant peuplé  le continent américain. Il y a entre 12 000 et 30 000 ans ?

 

 

(11) Voir l’article de l’historien, géographe et ethnologue Ernest Desjardins  dans la « Revue de l'instruction publique en France et dans les pays étrangers » du 11 février 1858.

(12) L'hypothèse de la circumnavigation chinoise fut soutenue en 2002 par un auteur britannique Gavin Menzies, marin de formation mais non historien. Selon lui, en 1421 sous le règne de l'empereur chinois Ming Yongle, la flotte de l'amiral Zheng He, un eunuque musulman, aurait contourné le sud du continent africain pour remonter l'Atlantique jusqu'aux Antilles. Une autre partie de l'expédition aurait franchi le détroit de Magellan pour explorer la côte ouest de l'Amérique et une troisième aurait navigué dans les eaux froides de l'Antarctique. Son ouvrage « Who discovered America » a été traduit en français en 2007 sous le titre « 1421, l'année où la Chine a découvert l'Amérique ». Il fit l’objet de critiques virulentes. S’il ne semble pas y avoir de traces concrètes de cette découverte, il ne faut pas oublier – et c’est une certitude – que bien  avant lui les Vikings avaient mis les pieds en Amérique

 

 

 

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8 janvier 2020 3 08 /01 /janvier /2020 22:42
 Terror Antiquus, peint vers 1908 par le peintre russe Léon Bakst

Terror Antiquus, peint vers 1908 par le peintre russe Léon Bakst

La littérature sur l’Atlantide est un abîme aussi profond que celui dans lequel elle aurait été engloutie sous les eaux ou sous le sable. C’est le plus souvent un Inextricable fouillis, fatras philosophique et bric-à-brac pour occultistes de foire, ou merveilleux pandémonium ? L’érudit de la fin du XVIe, Loys le Roy qui fut le premier à traduire le Timée de Platon en français en 1551, fut aussi le premier à la considérer comme un mythe. Mais par la suite les savants, vrais ou faux, se mirent en quête de ce continent disparu et le situèrent pour les uns aux bouches occidentales de la Méditerranée au voisinage du Portugal ou du Maroc, les autres dans les eaux lointaines de l’Atlantique Nord-Ouest ou au coeur de la Méditerranée ...

 

 

... et autres encore dans les parages des Amériques ou dans les glaces du pôle. Bailly, le futur maire de Paris le situait dans le centre de l’Asie sur les plateaux de la Tartarie. Citons par simple curiosité la version de l’Encyclopédie de d’Alembert qui parle d’île atlantique et non d’Atlantide comme le fait d’ailleurs Larousse dans son dictionnaire du XIXe siècle qui ne mettent ni l’un ni l’autre son existence  en doute (1).

 

 

Ne parlons pas des romans,  un lieu secret, caché ou ignoré,  l’inoubliable Pierre Benoît le situe enfoui sous les sables du Sahara
 

 

Jules Verne avant lui dans une fantastique descente dans les abysses que le Capitaine Nemo fait découvrir à  Aronnax dans Vingt mille lieues sous les mers. Dans son roman posthume, l’éternel Adam, il devint plus philosophique : un archéologue du futur retrouve le journal d'un groupe de survivants à un cataclysme ayant entièrement submergé le globe et retombés dans la barbarie.

 

 

Platon est au centre du mythe de l’Atlantide.

 

Nous connaissons peu de choses sur le philosophe. Né en 428 ou 427 avant Jésus Christ et mort en 348 ou 347 ; il fut l’élève de Socrate. Ce que nous savons de sa vie provient d’écrivains qui lui sont postérieurs de  plusieurs centaines d’années après sa mort.

 

 

Aucun original de ses écrits n’a été conservé. Il ne subsiste que des fragments sur papyrus des IIIe - IVe siècles. Les originaux, aujourd'hui perdus, ont été recopiés sur parchemin par des moines à partir de la renaissance carolingienne, mais la grosse majorité des manuscrits datent des XII-XIII-XIV-XVe siècles. -

 

 

Les manuscrits ne s'accordent que rarement entre eux du fait que les copies antiques présentaient déjà des variantes et que les moines ont souvent fait des fautes. Il arrive parfois aussi qu'ils ajoutent du leur pour combler une lacune du texte qu'ils copient ou pour placer un commentaire (glose). Certains moines connaissent mal le grec ; ils déforment les mots, leur en substituent d'autres... D’autres l’ignorent et ajoutaient simplement la mention « grecum est, non legitur ». Les textes que nous utilisons sont des reconstitutions dont la fiabilité peut être douteuse. En outre, l’authenticité de certains textes est parfois contestée dans le monde érudit (2). Quoi qu’il en soit, les deux dialogues concernant l’Atlantide sont Le Timée et le Critias – ce dernier n’est connu que partiellement. Il se serait agi d’une trilogie, le troisième volet Hermocrate, est perdu. Ils sont le point de départ de la légende. Les exemplaires traduits en français dont nous disposons proviennent des Classiques Garnier qui font autorité. La traduction est celle du grand helléniste Emile Chambry.

 

 

Les premières pages du Timée ont une coloration politique. Nous apprenons que Socrate s’était entretenu la veille avec trois de ses invités : Timée, Critias, et Hermocrate. L’entretien avait porté sur la politique : Socrate leur avait exposé quelle était, d’après  lui, la constitution la plus parfaite. Il leur avait demandé ensuite si l’État qu’il avait décrit la veille correspondait à quelque chose ou si ce n’était qu’utopie. Chacun des trois interlocuteurs (Timée, Critias et Hermocrate) est invité à répondre à Socrate. Le premier est Critias. Cet état de rêve avait existé autrefois à Athènes. Il tenait l’information de l’un de ses ancêtres alors âgé de 90 ans, ami du grand Solon (3).

 

 

Celui-ci, revenu d’Égypte lui raconta qu’un vieux prêtre égyptien lui avait appris qu’Athènes avait eu neuf mille ans auparavant les plus belles institutions politiques. La cité avait produit des hommes héroïques qui défendirent l’Europe et l’Asie contre les rois de l’Atlantide, grande île qui émergeait au-delà des colonnes d’Héraclès (les montagnes qui bordent le détroit de Gibraltar ?). 

 

 

Ces rois entreprirent de soumettre à leur domination tous les peuples riverains de la Méditerranée. Ils furent battus par les seuls Athéniens, et leur défaite fut suivie d’un cataclysme qui engloutit subitement leur île, et avec elle l’armée des Athéniens (4).

 

 

Critias promet de compléter son récit, mais le lendemain, le dialogue prenant un tour philosophique. Il reviendra au mythe de l’Atlantide et dépeindra la civilisation des Atlantes et leur bonheur, tant qu’ils restèrent fidèles à la justice. Mais le jour vint où ils abandonnèrent la vertu de leurs ancêtres. Zeus, résolu de les châtier, assembla les dieux et leur dit : L’ouvrage finit à ces derniers mots. Le reste devait être le récit de la guerre, contre les Atlantes, dont Athènes sortit victorieuse. La trilogie n’est pas terminée, la suite étant perdue. Le texte est évocateur mais interrompu ce qui crée un immense sentiment de frustration, suspendu sur la parole de condamnation de Zeus, alors qu’il a encore la bouche ouverte pour prononcer sa sentence. Le Critias ne satisfait que très partiellement l’attente créée dans le Timée comme brisé dans son moment décisif, coupé exactement à l’instant du cataclysme.

 

 

 

La question de l’historicité de l’existence d’une civilisation avancée détruite par un  cataclysme géologique 9000 ans auparavant, 11000 ans aujourd’hui (mais s’agissait-il bien d’années solaires ?) reste bien évidemment posée. Les explications du Critias vont peut-être nous apporter une réponse en situant la localisation de ce continent perdu non pas à l’ouest de Gibraltar mais peut-être au cœur de l’Asie.

 

Dans une correspondance entre Voltaire et Bailly, faisant référence à Diodore de Sicile – historien du premier siècle avant Jésus-Christ – Bailly fait des Siamois qui adorent le ciel éternel sous le nom de Sommona Kodom les disciples des Atlantes et des adorateurs d’Uranus sous un autre nom.

 

 

Pour lui, l’Asie est le berceau du monde, le centre de l’antiquité, et c’est là que nous aurions d’abord cherché les Atlantes. Si l’on a nommé Atlantique la mer où font les Canaries, d’où l’on a voulu faire sortir les Atlantes, cette dénomination est moderne ; l’Asie nous offre aussi une mer atlantique revêtue de ce nom depuis un teins qui remonte à Hérodote, il y a près de 2.200 ans (5). Cette hypothèse asiatique  - non encore exactement située semble peu ou prou dans un article de l’anthropologue et paléontologue René Verneau (6). Pour des motifs tirés de constatations géologiques, celui-ci conclut à l’impossibilité de situer le continent perdu dans une zone dont les Canaries et les Açores seraient les restes non engloutis. Il est une question purement sémantique. Il faudrait encre savoir de quel Océan Atlantique parlait Platon, le grand Océan de la géographie de Ptolémée correspond-t-il à ce que nous appelons l’Océan Atlantique ce n’est pas certain puisqu’il correspondrait plutôt à l’Océan Indien ou à une grande mer située à l’Est, celle que chercha à atteindre Alexandre le macédonien. Pour les Grecs, l'océan atlantique était celui qui cernait les terres, ne faisant pas de distinction comme aujourd'hui entre l'océan atlantique, l'océan indien et l'océan pacifique.

 

 

Dans un contexte moderne, les « piliers d’Héraclès » correspondent au détroit de Gibraltar mais Ptolémée a vraisemblablement décrit d’autres détroits qui semblent être celui d’Ormuz

 

 

et le Bab-el-Mandeb, au sud de la mer rouge. Par ailleurs, comment faut-il comprendre « devant » ou « au-delà » qui peut tout simplement signifier « loin de »... Il nous faudrait pour cela avoir l’une ou l’autre des différentes versions du texte grec sous les yeux et des connaissances profondes de la langue ce qui n’est pas le cas. Toutes les hypothèses sont alors permises

 

 

Nous voilà donc conduits à nous poser la question de savoir si une localisation de l’Atlantide en Asie est possible. Y situer l’Atlantide relève d’une simple hypothèse, nous ne franchirons pas le pas. Y situer un continent englouti relève actuellement d’une certitude. fut-il l’Atlantide ?

 

 

 

La plaque de la Sonde

 

Ce que les scientifiques appellent le Sundaland est une région de l'Asie du Sud-Est qui englobe la plateforme de la Sonde et une partie du plateau continental asiatique. Il comprend la péninsule malaise, les îles de Kalimantan (Bornéo), Java et Sumatra.  Elle inclut la péninsule indochinoise et le sud de la Chine (le Hainan).

 

 

Il semble actuellement acquis que cette région qui constituait une vaste plaine a été submergée il y a environ 12.000 ans par une brutale montée des eaux de plus de 150 mètres consécutive à la fin de l’une des périodes glaciaires. Cette question a fait en 2019 l’objet d’une étude de Dhani Irwanto, un indonésien ingénieur civil spécialiste incontestable en hydrologie, en structures hydraulique, en barrages et en hydroélectricité. Cet ouvrage ne relève pas de la fantaisie mais de recherches approfondies. Le titre en est évocateur « Sundaland, tracing the cradle of civilizations » (Sundaland, traçant le berceau des civilisations ») (7).

 

 

Cette hypothèse avait été avancée avant lui mais à mettre au rang des affirmations douteuses et gratuites, celle de l’origine extraterrestre par exemple qui est pourtant répandue.

 

 

 

Elle fait toutefois  l’objet d’une simple allusion dans l’ouvrage de Sir Thomas Stramford Raffles, ancien gouverneur de Java, daté de 1817 (8).

 

 

L’intérêt de la thèse de Dhani Irwanto est qu’il étudie méticuleusement les coïncidences troublantes entre la grande île décrite dans le Critias et le riche pays tropical que devait être le Sundaland à cette époque.

 

Il situe le cataclysme entre les années 12800 et 11600 avant notre ère ce qui correspond peu ou prou aux dates indiquées par Platon (9000 ans + 200)

 

Il s’est agi d’un déluge comme on en trouve la trace dans de multiples traditions conservées dans la mémoire humaine, à commencer par celui de la bible, déluges dont l’historicité est  difficile à mettre en doute, sans qu’ils soient des mythes étiologiques causés par  une pluviométrie exceptionnelle et catastrophiques, fonte subite d’énormes glaciers due à un dérèglement climatique, agrémenté dans cette région par les risques sismiques comme ce fut le cas en 2004.

 

 

Faisons donc référence au Critias :

 

L’Atlantide aurait donc été plus grande que la Libye et l'Asie réunies, a été perdue en un seul jour et une nuit de malheur. A l’époque de Platon, l'Asie était simplement l'Asie Mineure (la Turquie actuelle), et la Libye la côte nord-méditerranéenne de l'Afrique. C’était évidemment une masse considérable susceptible de soutenir un continent antédiluvien perdu.

 

Cette île était un chemin vers les autres îles; et de celles-ci, vous pouviez passer au continent opposé, qui englobe le véritable océan. Faut-il y voir une référence à l’Australie la Tasmanie et la Nouvelle-Guinée  dans compter le chapelet d’îles polynésiennes et le continent opposé était-il une référence au continent américain ?

 

 

La date de l’effondrement selon Critias cadre avec les recherches de l’Indonésien qui situe en réalité trois cataclysmes, une première inondation il y a 14000 ans suivie d’une deuxième il y a environ 11000 ans et encore une troisième il y a environ 7 500 ans qui aurait marqué l'ouverture du détroit de Malacca entre la Malaisie et Sumatra. Plusieurs cataclysmes ? « Vous ne vous souvenez que d'un seul déluge, mais il y en a eu de nombreux précédents » dit encore Critias !

Le déluge de la Bible ;

 

 

Et il ajoute «… La mer dans ces parties est infranchissable et impénétrable, car il y a un banc de boue sur le chemin; et cela a été causé par l'affaissement de l'île ». Or, la mer de Chine méridionale actuelle à proximité du plateau de Sunda est peu profonde quoique d’une grande étendue, jamais plus de 50 à 60 mètres C’est un contraste avec les profondeurs de l'Atlantique ou du Pacifique.

 

Le déluge de l'épopée de Gilgamesh

 

 

 

« L'île elle-même fournissait tout ce qui est utile à la vie explique » dit encore le Critias. Un paradis, fruits, légumes et épices.

 

« Deux fois dans l'année, ils récoltaient les fruits de la terre - en hiver bénéficiant des pluies des cieux, et en été l'eau que la terre fournissait en construisant  des ruisseaux et des canaux ».

 

 

C’est évidemment là la description d’un climat marqué par une mousson saisonnière, comme c'est le cas dans une grande partie de l'Asie du Sud-Est et du Sud, une saison des pluies en « hiver »  et une saison des pluies en « été ». Les Atlantes avaient conçu des systèmes d'irrigation efficaces.

 

Apparemment, l'Atlantide était largement boisée :

 

« Il y avait en abondance des bois pour les charpentes .... et il y avait beaucoup de bois de toutes sortes, abondant pour chaque type de travail et même dans un bosquet» de la capitale ... il y avait toutes sortes d'arbres d'une hauteur et d'une beauté merveilleuses en raison de l'excellence du sol ».

 

 

Voilà bien l’image d’une forêt tropicale. Les forêts des îles indonésiennes et les forêts tropicales de Malaisie recouvrent encore malgré une surexploitation intensive des millions d’hectares. Qui sait ce qu’il en était avent le cataclysme ?

 

La faune est abondante : « Il y avait un grand nombre d'éléphants sur l'île; car il y avait suffisamment de nourriture pour toutes sortes d'animaux, à la fois pour ceux qui vivent dans les lacs, les marais et les rivières, et aussi ceux qui vivent dans les montagnes et dans les plaines, il y en avait donc pour l'animal qui est le plus grand et le plus vorace de tous».

 

 

La description géographique du pays est précise « Tout le pays était élevé et escarpé du côté de la mer, mais les terres qui l’entourait et entouraient immédiatement la ville étaient  une plaine plate».

 

Nous retrouvons probablement les montagnes qui subsistent le long de la côte sud, dans les îles actuelles de Sumatra et Java, et à l'est, à Bornéo. Ces trois régions auraient été délimitées par l'océan principal, mais la partie centrale, formant maintenant le plateau immergé de la Sunda, aurait en effet été une plaine plate.

 

« Près de la plaine à nouveau, au centre de l'île… .il y avait une montagne pas très élevée » 

 

Dhani Irwanto y voit une référence à l'île indonésienne actuelle de Natuna Besar, à mi-chemin entre l’ouest de la péninsule malaise et le nord de Bornéo. Le point le plus élevé de l'île se situe à 959 mètres au-dessus du niveau de la mer en fait une montagne d’environ 1100 mètres ?

 

 

 

Le Critias fait encore référence à un vaste réseau commercial dans la région:

 

« ... Car à cause de la grandeur de leur empire, beaucoup de choses leur ont été apportées de pays étrangers…. Pendant ce temps, ils ont continué à construire leurs ports et leurs quais». Existe-t-il des preuves que l'Asie du Sud-Est fut une plaque tournante du commerce océanique dans l'antiquité la plus profonde ?  Il devait donc exister le type de navires capables de traverser l'océan Indien puisque nous savons – à minima – que la population de Madagascar est intimement liée à celle de l’Asie  du sud Est (9).

 

 

 

Le pays connaît encore une métallurgie avancée : « Ils ont creusé de la terre tout ce qui s'y trouvait, solide et fusible ».

 

Les murs de la citadelle de la capitale relevant d’une architecture élabore étaient recouverts de divers types de métaux:

 

« L'ensemble des murs extérieurs étaient recouverts d'une couche de bronze, et le mur suivant, ils étaient recouverts d'étain, et le troisième, qui englobait la citadelle, brillait de la lumière rouge de l’orichalque ».

 

 

On a beaucoup discuté sur la nature de  l’orichalque, probablement  une sorte de laiton (un alliage de cuivre et de zinc ou de bronze (un alliage de cuivre et d'étain). Les Atlantes disposaient d'une quantité considérable de cuivre et d'étain puisqu’ils en  couvraient des murs entiers. L’Indonésie, la Malaisie et la Thaïlande sont de grands producteurs d’étain, pays riches en cuivre et en d’autres métaux. D’après Dhani Irwanto de gigantesques réserves potentielles d’étain se trouvent au large, sur le plateau de la Sunda.

 

 

Nous en resterons là de ces explications pour évite de renter dans un ésotérisme de plus ou moins mauvais aloi.

 

Dhani Irwanto établit une liste impressionnante (plus de 60) de points de comparaison  tous justifiés entre ce que l'on peut savoir de cette région incontestable tropicale et celle du Critias. Si son ouvrage qui fait près de 400 pages n’avait été sérieusement argumenté, nous l’aurions lu qu’avec un certain sourire comme on peut lire Pierre Benoît ou Jules Verne. Il nous a intéressés car il place l’île mystérieuse dans un territoire qui inclut l’actuelle Thaïlande ainsi d’ailleurs que le Vietnam, le Cambodge et le Laos.

 

 

Quelques conclusions s’imposent.

 

Dhani Irwanto est indonésien. Situer la cité perdue – la plus vieille civilisation connue par les écrits d’un philosophe prestigieux - au cœur de la péninsule indonésienne est évidemment flatteur pour le prestige de l’histoire de son pays, mais il n’apparaît dans ses écrits aucun sentiment irrédentiste. Il est d’ailleurs permis de s’étonner que les Thaïs à la recherche de leurs racines historiques sans parler des Cambodgiens et des Viets aient laissé passer un tel sujet d’orgueil ?

 

L’historicité de l’Atlantide ?

 

La question reste évidemment posée et déchire toujours les hellénistes spécialistes de Platon. S’agit-il d’une parabole morale et  instructive pour décrire une cité idéale et imaginaire – un paradis perdu – détruite par la faute des hommes ou repose-t-elle sur une réalité historique transmise par une longue tradition orale pendant des millénaires ? La question de savoir si les 9000 ans dont parlait Solon et les sages de l’Égypte étaient des années solaires ou si elle signifie simplement « il était une fois, il y a très longtemps » ?

 

Si l'ethnographie et la préhistoire nous montrent l'efficacité de la tradition orale chez les peuples sans écritures – il n’y a aucune trace d’écriture chez les Atlantes - et l'aptitude à transmettre sur des millénaires le souvenir d'événements naturels catastrophiques, alors pourquoi refuserons-nous cette possibilité aux peuples antiques ?

 

La Bible écrite aux environs du VIIe siècle avant Jésus-Christ a transcrit des traditions orales, échos d’événements historiques vérifiables et probablement des faits géologiques très anciens comme le déluge. L’utilisation d’un style hyperbolique comme l’âge de Mathusalem mort à 969 ans signifie tout au plus que ce patriarche est mort très vieux pour autant qu’il s’agisse encore d’années solaires.

 

Platon fut un voyageur mais dans le pourtour Méditerranéen, Sicile et l’Égypte oú il a pu prendre connaissance de légendes et de faits historiques sur le bassin occidental et peut être sur les régions océanes. Pourquoi une tradition de ce type n'aurait-elle pas pu parvenir aux premiers scribes égyptiens pour être ensuite lui être transmise ? Peut-être faut-il croire le philosophe grec quand il affirme la véracité de son histoire !

 

Retenons en tous cas de ses écrits comme de la Bible que leur chronologie n'a aucune  intention historique au sens moderne.

 

La question se pose évidemment de savoir comme il a pu dans le Critias décrire un pays tropical, dans sa flore, dans sa faune et dans son climat – pays qu’il n’a jamais visité – sans en avoir eu connaissance par des descriptions directes ou indirectes ?

 

Ne parlons pas des merveilles hydrologiques, architecturales et commerciales qui par contre relèvent probablement d’une hyperbolique exagération.

 

 

La localisation dans le Sundaland ?

 

L’affirmation classique d’une localisation dans l’Océan Atlantique à l’ouest du détroit de Gibraltar ne peut, avons-nous dit, devenir une certitude. Dans la mesure où le Critias nous apporte la preuve par 9 que l’Atlantide – si elle a existé bien sûr - était un pays tropical, la localisation dans ce périmètre de l’Asie du Sud-est, dans un vaste « far east  » devient la plus plausible. Il n’y a pas de climat tropical ni aux Canaries ni dans les glaces du pôle. Il est tout de même singulier que les milliers ou les dizaines de milliers d’ouvrages qui se sont évertué à situer l’Atlantide ne se soient jamais soucié de ce paramètre fondamental : l’île était en pays tropical.

 

L’archéologie sous-marine pourrait-elle nous éclairer ? Les mers qui entourent les terres et îles de la plateforme de la Sonde ont peu de profondeur,  quelques dizaines de mètres, les fonds sont donc accessibles. Si les vestiges de la grande capitale gisent au fond des mers depuis quelques milliers d’années, ils ont depuis lors été noyés sous les sédiments. En outre, la région est soumise à des éruptions volcaniques fréquentes. Celle du  Samala en 1257 est considérée comme la plus importante de notre ère. Elle aurait déposé 10 kilomètres cubes de roches et de cendres au fond des mers aux alentours de Lombok. Celle du Tambora en 1815 sur l’île de Sumbawa est considérée comme la seconde plus importante. Elle aurait envoyé dans les airs 45 kilomètres  cubes de roches et cendres ?  Celle du Kratakoa de 1883 sur l’île du même nom fut la mieux connue même si elle fut moins importante que les précédentes.

 

 

Elles ont contribué à  accroître la couche de sédiments qui recouvrent les ruines de la grande cité pour autant qu’elle se trouve dans les environs.

 

 

Or, et à ce jour, en dehors de fuligineuses considérations dont nous faisons grâce,  l’hypothèse de la localisation dans le Sundaland au cœur duquel se trouve la Thaïlande nous a semblé à tout le moins troublante. C’est la raison pour laquelle nous vous avons livré ces observations cum grano salis. 

 

 

 

NOTES

 

(1) Ile atlantique : île célèbre dans l'antiquité dont Platon et d'autres écrivains ont parlé et dont ils ont dit des choses  extraordinaires. Cette île est fameuse aujourd'hui par la dispute qu'il y a entre les modernes sur son  existence ce fur le lieu où elle êtoit située : L’île Atlantique prit son nom d'Atlas, fils aîné de Neptune, qui succéda à fon père dans le gouvernement de cette île.  Platon est de tous les anciens auteurs qui nous restent, celui qui a parlé le plus clairement de cette île. Voici en substance ce qu on lit dans son Timée et dans son Critias. Certains la situent en Suède et en Norvège comme le scientifique suédois, Olaus Rudbeck, professeur à l’Université d’Upssala. Pour d’autres, ce serait une île située entre l’Europe et l’Amérique que connaissaient donc les anciens. Le père Kircher dans son Mundus subterraneus ...

 

 

...et Beckmann dans son Histoire des îles le situent sur une grande ile qui s’étendait des Canaries jusqu’aux Açores dont ces îles sont les vestiges non engloutis par les eaux. L’île atlantique êtoit une grande île dans l'Océan occidental  située vis-à-vis du détroit de Gades (Cadix). De cette île on pouvait aisément en gagner d'autres, qui étaient proche d’un grand continent plus vaste que l'Europe et l'Asie. Neptune régnait dans l'Atlantique, qu'il distribua à ses dix enfants. Le plus jeune eut en partage l'extrémité de cette île appelée Gades, qui en langue du pays signifie fertile  ou abondant en moutons. Les descendants de Neptune y régnèrent de père en fils durant l'espace de 9000 ans. Ils possédaient aussi différentes autres îles et ayant passé en Europe et en Afrique ils subjuguèrent toute la Lybie et l’Égypte, et toute l'Europe jusqu’à l'Asie mineure. Enfin l’ile Atlantique fut engloutie sous les eaux et longtemps après la mer était encore pleine de bas-fonds et de bancs de fable à l'endroit où cette île avait été.

 

(2) Voir de Ladevi-Roche, professeur de philosophie « LE VRAI ET LE FAUX PLATON OU LE TIMÉE DÉMONTRÉ APOCRYPHE » en 1867 et A. Vieira Pinto « Note sur la traduction de Platon, Timée 43 b ». In: Revue des Études Grecques, tome 65, fascicule 306-308, Juillet-décembre 1952. pp. 469-473;

 

(3)  Solon , le législateur, a vécu de 630 à 560 avant Jésus-Christ.

 

(4) Le géologue Pierre Termier avait  prouvé qu’un vaste effondrement s’était produit à la fin de l’âge quaternaire à l’ouest du détroit de Gibraltar. L’antiquité ne s’en était évidemment pas doutée et Platon lui-même n’aurait pu le deviner. Il se trouve qu’il y aurait jadis existé une terre là où Platon a placé son mythe et que son invention n’est pas dénuée de fondement, du moins en ce qui concerne l’existence d’un continent en face des côtes du Maroc et du Portugal. Mais Platon a pu tomber juste par un pur hasard ?

 

(5) « LETTRES  SUR L’ATLANTIDE DE PLATON ET SUR L’ANCIENNE  HISTOIRE DE L’ASIE. Pour servir de suites aux Lettres sur  l’origine des Sciences adressées à M. de Voltaire  par M. Bailly » de 1779.

 

 

(6) René Verneau «  A propos de l'Atlantide » In: Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris, IV° Série. Tome 9, 1898. pp. 166-171;

 

(7) Le texte de plusieurs centaines de pages a été publié en 2019 en Indonésie par Indonesia hydro media

 

(8) « The History of Java » publié à Londres en deux volumes en 1817.

 

 

(9) Voir notre article INSOLITE 27 « LES « PEUPLES DE LA MER » D'ASIE DU SUD-EST SONT-ILS VENUS SUR L'ÎLE DE MADAGASCAR ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/08/insolite-27-les-peuples-de-la-mer-d-asie-du-sud-est-sont-ils-venus-sur-l-ile-de-madagascar.html

 

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2 décembre 2019 1 02 /12 /décembre /2019 22:03

 

Un amusant article publié il y a un peu plus d’un an sur le site isaanrecord sous le titre « Depuis quand le pla ra est-il une nourriture thaïe » sous la signature de Paul Bierman a attiré notre attention avec un certain sourire (1). Le pla ra est originairement un condiment spécifique à la cuisine isan mais il vient – nous allons le voir – de beaucoup plus loin, probablement du pourtour méditerranéen. Nous avons déjà dit quelques mots de ce que certains appellent « la gastronomie » en Isan sans méchanceté mais toujours au second degré (2). Le titre de l’article susvisé vient simplement du fait que, depuis l’Isan, le pla ra ou pla daek (ปลาร้า  - ปลา แดก) qui est, avant le kapi puant (กะปี) à base de chair de crevettes fermentées ...

 

 

ou le nam pla (นำปลา) moins puant, le roi des condiments de la cuisine isan, s’est répandu dans tout le pays.

 

 

Il en est probablement deux raisons, la première est que la capitale et le reste du pays abritent nombre d’habitants de notre région, venus y chercher fortune. La suivante est probablement née d’un certain snobisme des bourgeois de Bangkok qui viennent s’encanailler dans les échoppes des bords de rues, les Ranahan rimthang (ร้านอาหารริมทาง), souvent tenues pas des habitants de l’Isan et fréquentés par leurs compatriotes compte tenu de la modicité des prix pratiqués, au milieu des vapeurs méphitiques des gaz d’échappement des véhicules et en général réfractaires à toute hygiène. Ils sont ou prétendent être à la recherche de mets authentiques et exotiques, à la fois de nouvelles expériences gustatives et aussi de nouvelles façons de se faire valoir sur les réseaux sociaux !

 

 

 

L’importance du pla ra dans la cuisine isan - généralement relevée - est essentielle pour relever la fadeur de certains aliments comme le riz gluant ou les poissons de rivière. Un proverbe local dit (en dialecte local) « Si une femme sait bien cuisiner avec le pla daek, alors même si elle était esclave, elle doit être libérée »

 

(ญิงใด เฮ็ดกินพร้อมพอเกลือทั้งปลาแดกแมนเป็นข้อยเพิ่นฮ้อยชั้นควรให้ไถ่เอา

Yingdai hetkinphromphoklueathangpladaek  maenpenkhoiphoenhoichan  khuanhaithai-ao ).

 

 

 

Passons sur la trop sèche définition du Dictionnaire de l’Académie royale : « Nom d’un condiment à base de sel et de poisson fermenté » (ชื่ออาหารชนิดหนึ่งทำด้วยปลาหมักเกลือ)

 

Le pla ra qui devient pla daek au Laos est depuis longtemps – mais depuis quand ? – un condiment de base en Asie du sud-est et spécifiquement en Isan même s’il a fait son chemin au travers du pays. On le trouve le plus souvent agrémentant le somtam (ส้มตำ), cette salade de papaye verte chère au cœur des Isan-Laos.

 

 

 

L’article de Paul Bierman fait référence à une émission de télévision faisant intervenir un chef de cuisine de Bangkok, un paysan de Mahasarakham et divers consommateurs. Certains étaient dégoûtés puisque le pla ra a effectivement une odeur fétide plus encore que le kapi et n’est par ailleurs peut-être pas mauvais pour la santé Mais il ne s’agit pas là d’un argument gastronomique : il est permis de se régaler d’une bécasse fortement avancée, 


 

 

 

d’un camembert ou d’un munster aux senteurs persuasives ou tout simplement d’un malodorant durian. Pour d’autres, il s’agissait du meilleur aliment qu’ils n’avaient jamais goûté. Une odeur puissante n’est pas incompatible avec une saveur suave. 

 

 

D’autres intervenants ont fait référence au phatthaï (ผัดไทย) : Nous apprenons que le Maréchal Phibun Songkhram en avait promu la consommation pour en faire en quelque sorte le plat national du pays dans le cadre de ses efforts pour promouvoir la Thainess en marginalisant tout ce qui ne cadrait pas avec la vision de ce à quoi devait ressembler la Thaïlande. Ceux-là, fervents du pla ra reprochèrent au plat préféré du Maréchal d’être trop fade !

 

 

Mais Paul Bierman ne nous éclaire pas sur l’origine de ce condiment, peut-être venu avec les groupes Taïs du sud de la Chine mais l’origine des Taïs se perd dans les brumes des légendes. Si toutefois cette hypothèse est exacte, l’arrivée du pla ra se situerait aux environs de l’an 1000. Nous allons tenter de démontrer en plusieurs étapes qu’elle est beaucoup plus ancienne et surtout beaucoup plus lointaine.

 

 

 

LES RECETTES

 

Il est confectionné en faisant fermenter du poisson avec du son de riz ou de la poudre de riz grillé et du sel dans un récipient clos pendant au moins six mois.  Il en est plusieurs espèces que les amateurs distinguent fort bien : Le pla ra fermenté avec de la poudre de riz grillé devient jaune avec une texture molle et une odeur caractéristique (parait-il ?).

 

 

 

 

L’ingrédient principal en est des têtes de poisson-chat. Il se présente sous forme de pâte. Celui constitué de petits poissons fermentés avec du son de riz  est d'un noir franc et a une odeur plus volcanique. Celui confectionné à base de de poisson frais est appelé pla ra sot (ปลาร้าสด). L’autre, le pla ra lom (ปลาร้าลม) utilise des poissons morts ayant subi une réaction d'autolyse jusqu'à avoir une odeur pénétrante ou des poissons qui ont trempé dans l'eau pendant 12 à 24 heures jusqu'à devenir plus tendre. La préparation en est, en tous cas, longue et se fait en plusieurs étapes.

 

 

 

 

La première étape consiste à faire fermenter le poisson coupé en petits morceaux avec du sel jusqu'à ce qu'il soit ramolli. La suivante consiste à le faire fermenter avec du son de riz ou de la poudre de riz grillé pour le parfumer et lui donner de la saveur . Après 24 heures, le poisson est soigneusement rangé bien serré dans un récipient (généralement un bocal) qui est ensuite rempli avec de la saumure. Le récipient est scellé pendant trois mois. Après cela, le pla ra est mélangé avec du son de riz ou de la poudre de riz grillé. Puis, il sera replacé dans son contenant et conservé fermé pour deux mois ou plus encore. Si nous vous donnons les bases de cette recette, ce n’est pas pour vous suggérer de cuisiner du pla ra chez vous .

 

C’est tout simplement parce qu’elle est exactement similaire à celle du nuoc-mâm que nous ont fait découvrir les Vietnamiens ; ce qui va nous permettre de remonter aux sources.

 

 

 

 

Notons l’existence dans le commerce local l’existence d’un pla ra végétarien (pla ra  che -  ปลาร้า เจ) à base de pourriture non pas de poissons mais de soja, de champignons ou de haricots locaux fermentés avec les mêmes conséquences olfactives. La saveur  très salée est un peu acide est similaire au condiment traditionnel et n’a pas non plus l’agressivité du piment local qui est absent.

 

 

 

 LE  NUOC NÂM

 

 

 

 

Les Français s’y sont intéressés dès leur installation en Indochine française. La similitude avec le pla ra est évidente et troublante :

 

Atelier  artisanal dans les années 30 :

 

 

 

 

Nous avons entre de multiples descriptions celle d’un missionnaire, le père Legrand-de-la-Liraye qui écrivait le 25 octobre 1869 en en vantant les vertus : « Le nuoc-mâm est pris généralement en horreur par tout Européen arrivant dans le pays. Au bout d'un certain temps d'existence au milieu de ce peuple pauvre et rustique, on s'aperçoit, si on n'y met pas d'entêtement, que le nuoc-mâm n'a au fond contre lui que  son odeur et qu'on peut se faire à cette odeur comme on se fait à celle du fromage et du dourian quand on y a pris goût. Il est facile d'apprécier que sa saveur proprement dite n'est pas désagréable, qu'elle rend certains mets excellents et qu'il faudrait peu d'industrie pour la rendre, en tous points, exquise. Cette liqueur, très forte et très substantielle, est parfaitement appropriée aux besoins d'un peuple qui n'a que riz pour nourriture « et qui n'use pas d'alcool ou de vin dans l'usage ordinaire de la vie. Le nuoc-mâm est précieux pour l'hygiène : on est très heureux de  le trouver souvent comme excitant de l'appétit dans les dégoûts de toute nature auxquels l'anémie nous expose, comme digestif dans certains embarras gastriques, comme sudorique très puissant dans les coliques et refroidissements ». Il est présenté comme la macération de poissons (Clupéidés et aussi Scombridés) liquéfiés  dans une saumure fermentée. Rien d’étonnant à cela à la différence que la recette indochinoise utilise des poissons de mer et la recette de chez nous des poissons de rivière. Mais ces mêmes observateurs coloniaux, tous pétris de culture classique, vont nous faire remonter dans le temps jusqu’à l’antiquité gréco-romaine ce qui nous permet d’y trouver l’origine du pla ra en constatant la parfaite similitude entre le nuoc-mâm et le garum des anciens !

 

Atelier contemporain : 

 

 

 

LE GARUM

 

 

 

 

Si la littérature siamoise ignore totalement la description au quotidien de la population et notamment de ses goûts culinaires, il n’en est pas de même chez les anciens oú elle est surabondante. Nous en connaissons l’existence depuis au moins Eschyle qui vivait au cinquième siècle avant Jésus-Christ, par Pline qui vécut au début de notre ère et un édit de Dioclétien qui régna de 284 à 305  pour en régler le négoce. Nombreux sont ceux qui nous en ont transmis la recette : on salait jusqu'à un certain point les intestins des poissons et même plusieurs petits poissons tels qu'athérines, anchois, mules, etc.. On les mettait dans un vase, on les exposait au soleil et on y favorisait une fermentation ; quand le moment convenable était venu, on faisait entrer dans le vase qui contenait ces matières à demi corrompues un panier long et d’un tissu serré, la portion liquide était la garum. Il y en avait de toutes sortes, Le garum préparé avec des scombres (essentiellement des maquereaux) était le plus réputé et atteignait des prix exorbitants. Apicius, le célèbre gastronome de l’antiquité et auteur de nombreux ouvrages de cuisine avait imaginé d’y noyer vivant les petits rougets de roche – le meilleur des poissons de la Méditerranée - pour les manger dans toute la perfection possible. On peut voir ici dans des restaurants locaux servir une coupe d’alevins de crevettes d’eau douce que l’on noie vivantes dans le pla ra avant de les déguster.

 

 

 

En dehors des goûts raffinés d’Apicius, nous savons que l'alimentation des anciens reposait essentiellement sur le pain, c'est-à-dire les  glucides, et même si la ration de pain que consommait l'esclave était suffisante pour un travailleur de force, elle entraînait des carences alimentaires si elle n'était pas accompagnée des protides qu'offrent les poissons. L'absorption de garum était nécessaire et générale : les maîtres, soucieux d'entretenir leur main-d’œuvre servile ou libre, prévoyaient un tel accompagnement salé.

 

Or, ce garum qui avait une longue conservation, était gardé dans des amphores scellées et pouvait donc accompagner les romains dans leurs pérégrinations.

 

On trouve à Pompéi une mosaïque représentant une amphore contenant du meilleur garum dans l'atrium dans la villa d'Aulus Umbricius Scaurus. Celui-ci vendait, du garum de maquereau. Elle est marquée : G(ari) F(los) SCOM(bri) SCAURI EX OFFICINA SCAUR. 

 

 

 

 

Le garum le plus réputé, dit garum des alliés (garum sociorum), était fabriqué en Bétique dans le sud de l'Espagne actuelle, à partir du thon rouge qui migre de l'Atlantique à la Méditerranée. Il s'en faisait une grande pêche, dont le produit était commercialisé salé. Le garum lui, était élaboré avec le sang, les œufs et le système digestif des poissons, mélangés à une grande quantité de sel (au moins 50 % du volume total). La présence de sel inhibant la décomposition naturelle, la macération se produisait probablement sous l'action des sucs digestifs du thon. Il ne s'agit donc pas d'une putréfaction.

 

 

Des garums de moindre qualité, préparés directement à partir de la chair du thon, ou d'un autre poisson (comme le maquereau) étaient fabriqués dans tout le bassin méditerranéen. Tous ces garums étaient commercialisés dans des amphores de petite taille, en raison du prix du contenu (4).

 

La Loubère qui savait certainement ce qu’était le garum ne fait toutefois pas le lien avec cette mixture (5). Il en a ramené un bocal en France mais ne nous dit pas l’avoir goûté.

 

Monseigneur Pallegoix nous en fait aussi la description mais ne fait pas non plus le lien avec le condiment romain. (6)

 

Cuves de macératiuon de garum à Pompéi  :

 

 

 

LE GARUM EST-IL PARVENU JUSQU’Á LA PÉNINSULE INDOCHINOISE ?

 

Les romains, nous le savons, voyageaient. Ils allèrent jusqu’en Chine par voie de terre probablement, chercher la soie pour les élégantes et les épices pour les gourmands. Ils voyagèrent aussi très probablement par mer au moins jusqu’à Ceylan et probablement jusqu’en Chine aussi en passant par le Siam (7). Ces voyages duraient plusieurs mois. De toute évidence par mer, ils emportaient leur eau potable et de la nourriture qui se conservait longtemps dans leurs amphores, très certainement leur garum. L’ont-ils fait découvrir aux populations qu’ils rencontrèrent ? C’est plausible. C’était peut-être inutile en Chine à cette époque oú elle plongeait déjà dans une civilisation multi séculaire mais ce n’était très certainement pas le cas de la péninsule indochinoise d’alors tout au moins sur le plan de la gastronomie.

 

 

 

 

AUJOURD’HUI ?

 

Sans parler de l’Asie-du sud-est, il s’est perpétué pendant des siècles en Europe   sous forme de ce que certains esprits délicats considéraient comme une pourriture répugnante, bonne tout au plus pour des palais barbares évoquant au mieux les sauces d'anchois chères aux marins provençaux, une perversion du goût, générale dans tout le monde méditerranéen et continuée sur des siècles. Cette opinion était purement et simplement rhétorique telle celle de Sénèque le stoïcien, qui considérait que l’utilisation de ce genre de condiment prouvait la corruption d’une époque qui ne savait pas se contenter des simples présents de la nature. Il subsiste toujours en Provence et en pays niçois sous le nom de pèis sala (poisson salé), peissala à Nice,  peissara dans le  Var ou peissarouet en Marseillais. Dans son « Lou Tresor dou Felibrige » qui date de 1878, Frédéric Mistral le décrit : « une conserve de petits poissons broyés et salés ; sauce piquante provenant de la macération du poisson salé ». Il subsiste incontestablement dans la gastronomie niçoise sous le nom actuel de pissalat.

 

 

 

Il est tout simplement le garum des Romains ! C’est une sauce obtenue par macération dans le sel de têtes et d’intestins de maquereauxsardinesanchois et plantes aromatiques. La sauce ainsi obtenue, passée au tamis fin, était récupérée à la louche et vendue au prix du parfum. Consommée pendant des siècles dans le Comté de Nice, elle semble avoir disparue depuis le début de ce siècle, remplacée par la purée d’anchois. Elle était élaborée à bas de sardines et d’anchois. Dans une grande terrine de terre, on disposait successivement une couche de poisson, du sel, du poivre, de la cannelle et des clous de girofle moulus ensemble en terminant par une couche de sel. Le mélange, conservé dans un endroit frais, devait être remué tous les jours et formait rapidement une pâte. Toutes les semaines, il fallait écumer l'huile qui remontait à la surface. Un mois après, le mélange était passé au tamis le plus fin de la moulinette, mis dans des bocaux en verre et recouvert d'huile. Il n’est pas certain que cette vieille recette traditionnelle soit strictement conforme aux normes drastiques des communautés européennes.

 

 

 

Notre ami et contributeur niçois Jean-Michel Strobino est responsable du patrimoine de la ville de Nice, ce qui inclut le patrimoine immatériel en ce compris les vieilles recettes de la gastronomie locale. Voilà ce qu’il nous dit : « L'authentique pissalat, fabriqué selon la recette traditionnelle qui consiste à faire macérer pendant des mois des anchois, sardines et viscères de poissons dans le sel, n'est malheureusement plus commercialisé à Nice pour des raisons évidentes de normes d'hygiène (l'Europe est passée par là...). Aujourd'hui le pissalat est donc très souvent remplacé par de la simple pâte d'anchois. Il y a encore quelques rares familles qui le fabriquent sous le manteau pour leur propre consommation, mais je n'ai pas la chance d'en connaître... Une antique et réputée poissonnerie de Nice commercialise un pissalat qui serait celui qui se rapprocherait le plus de l'antique recette. (8)

 

Il nous écrit ce 20 décembre :

 

En complément de mon message précédent, je vous envoie ces quelques photos (en plusieurs envois) prises ce matin au marché aux poissons de la place Saint-François, en plein coeur du vieux-Nice. Pour la petite histoire, la brave dame au bonnet blanc est la poissonnière la plus célèbre du marché, où elle officie depuis plus de 50 ans, connue et appréciée de tous les vrais Niçois. Elle fabrique un pissalat maison qu'elle vend dans de vieux pots de confitures ou sauces tomate recyclés. La conversation que j'ai eue avec elle, mi en français, mi en niçois, m'a appris que c'était le meilleur pissalat au monde ! Of course...

 

 

 

 

Garum, nuoc mân, pla ra, pissalat, une même recette, il nous était difficile de ne pas faire le lien.

NOTES

 

 

(1) https://isaanrecord.com/2018/04/28/since-when-is-pla-ra-thai-food/

 

(2) Voir notre article 27 «Gastronomie en Isan ? » http://www.alainbernardenthailande.com/article-27-notre-isan-gastronomie-en-isan-80673180.html

 

(3) J. Guillerm : « L'Industrie du Nuoc-Mam en Indochine » - Section scientifique. Instituts Pasteur d'Indochine. 1931.

 

(4) Voir en particulier :

P. Grimal  et Théodore  Monod  «  Sur la véritable nature du  garum ». In: Revue des Études Anciennes. Tome 54, 1952, n°1- 2. pp. 27-38;

Robert Etienne et Françoise Mayet : « Le garum à Pompéi. Production et commerce ». In: Revue des Études Anciennes, Tome 100, 1998, n°1-2. pp. 199-215.

 

(5) « Entre les poissons  d'eau-douce ils ont de petits de deux sortes, qui méritent que l’on en fasse mention. Ils les appellent pla cut  (?) et pla  cadi  (?). L'on m'a assuré, à ne me permettre pas d'en douter, qu'après qu'on les a salés  ensemble, comme les Siamois ont coutume de faire, si on les laisser dans une cruche de terre en leur saumure, où ils pourrissent bientôt, parce qu'on sale mal à Siam, alors,  c'est à dire quand ils sont pourri  et comme en pâte fort liquide , ils suivent exactement le flux et le reflux de la mer, haussant et baissant dans la cruche à mesure que la mer croît, ou décroît ». (« Du royaume de Siam », volume I, 1691, page 130).

 

(6 ) « Un mets qui est fort du goût des Siamois, c'est  du poisson à demi pourri qu'ils préparent de la manière  suivante ils attendent que le poisson sente mauvais, puis ils l'entassent dans une cruche de terre qu'ils finissent de remplir d'eau salée; quand on cuit ce poisson, il se résout en pâte liquide,  qu'ils mangent alors en y trempant des gousses de poivre-long, des sommités de menthe, des quartiers de melongène (aubergine) crus ou des pousses tendres de manguier, d'oranger et d'autres arbres ». (« Description du royaume thaï ou Siam », volume 1, 1854, page 214).

 

(7) Voir notre article « Des commerçants romains sont-ils venus au Siam au début de notre ère ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/08/a189-des-commercants-romains-sont-ils-venus-au-siam-au-debut-de-notre-ere.html

 

(8) http://www.deloye-maree.com/pissalat-deloye-maree/ 

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