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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

22 janvier 2023 7 22 /01 /janvier /2023 04:43

 

Les Phéniciens étaient présents sur la partie Nord de l’Afrique, en Espagne tout au long de la côte méditerranéenne et partie de la côte atlantique, Carthagène, la nouvelle Carthage d’où partit l’expédition d’Hannibal, ainsi qu’en Provence ou ils possédaient de nombreux comptoirs, toute la côte d’Afrique du Nord et, bien sûr en Asie  La colonisation y répondit au but fondamental d’assurer le contrôle des sources commerciales de métaux (or, étain et surtout d’argent) que les Phéniciens ont acheté dans cette région, pour les revendre à l’Est. Le commerce carthaginois pouvait se faire par terre ou par mer. Aux Grecs par voie de mer et aux Romains par voie de terre, les Carthaginois vendaient des esclaves noirs, de l'ivoire, du bois d'ébène, des pierres précieuses, des tissus, de l’étain dont ils maitrisaient le marché mondial. Ils achetaient les produits du sol, l'huile, le vin, les métaux, revendaient une partie de ceux-ci avec leurs articles manufacturés (poteries, armes de bronze, tissus) aux habitants de la Gaule et de l’Espagne. Il est certain que leur négoce s’exerça dans l’Océan Indien jusqu’aux Indes et à Ceylan.

 

 

Quand on parle d’Hannibal, on pense surtout à ses éléphants avec lesquels il franchit les Alpes jusqu’à faire trembler la république romaine sur ses fondements après sa retentissante victoire à Cannes en 216 avant Jésus-Christ.

 

 

 

L’armée que conduisait Hannibal se composait de 35.000 à 40.000 hommes, 8.000 chevaux et des éléphants, 60 au départ de Carthagène dont 37 arrivèrent à bon port. Depuis Carthagène, le trajet est d’au moins 800 kilomètres  jusqu’au Perthus  Quel que soit le trajet suivant, ce fut depuis les Pyrénées jusqu’aux cols alpins, ’au moins 600 kilomètres.  Or si les éléphants sont forts, ils sont aussi lents qu’un homme au pas. Ils ne galopent que dans des circonstances précises, en cas de guerre en particulier.

Le trajet de la voie romaine suivant l'ancienne voie phénicienne n'est qu'une hypothès

 

Par ailleurs un éléphant adulte, éléphant d’Asie comme l’étaient  certainement ceux d’Hannibal, herbivore, dévore entre 150 et 200 kilos de verdure et absorbe au minimum 100 litres d’eau. Pour les chevaux, c’est moins certes mais ils étaient 8.000. Hannibal dut donc résoudre un énorme problème de logistique, celui de toutes les armées en campagne pour une troupe qui devait s’étirer sur des dizaines de kilomètres en longueur.

 

 

Une autre érudite discussion s’est élevée sur l’origine de ces bêtes de guerre,  c’est celle-ci qui m’intéresse. En attendant d’exhumer les restes d’éléphants morts de froid tout au long du trajet. Aussi curieux que ce soit, cette grande armée n’a pas laissé de traces irréfutables de son passage. Je me contente d’une simple réflexion de bon sens.

 

 

Il y a une certitude, c’est que les éléphants d’Asie sont d’une race ou d’une espèce différente des africains, qu’ils soient de la savane  ou des forêts même s’ils ont un ancêtre commun  et qui peut dire au vu d’une monnaie carthaginoise contemporaine d’où vient la bête ? Le seul cas d’hybridation connu concerne une tentative effectuée dans un zoo anglais en 1978 entre une mère asiatique et un père africain. L’animal n’a survécu que dix jours à sa naissance.

 

 

Nous savons aussi que  depuis des milliers d’années, les éléphants d’Asie étaient domestiqués et en dehors de leur déification, ont été utilisés, et le sont toujours comme moyen de transport, des marchandises et des personnes, comme engin de travaux forestier pour l’exploitation du teck, ils le sont toujours en Birmanie

 

 

....et comme éléphants de guerre dont la charge et les barrissements étaient destinés à faire trembler l’ennemi. Alexandre le grand les utilisa d’abondance.

 

L’hypothèse d’animaux venus d’Afrique pour servir Hannibal me paraît invraisemblable.  Depuis le site où l’on situe généralement Carthage, non loin de Tunis, jusqu’aux savanes ou aux *forêts tropicales de l’Afrique sub-saharienne, il y a environ 2.500 kilomètres dont la plus grande partie se situe dans des zones désertiques compte tenu des nécessité alimentaire de la bête

Certains ont purement et simplement inventé l’éléphant d'Afrique du Nord, désigné sous des pseudo-noms scientifiques qui serait un éléphant aujourd'hui disparu qui aurait alimenté les troupes de Carthage en éléphants de guerre durant l'antiquité romaine. Cette espèce imaginaire n'est pas reconnu par la taxinomie ni plus largement par la paléontologie. Les Egptiens ont évidemment connu l'élphant par ses rapports avec la Nubie - Soudan actuel - l'existence d'une espèce dite éléphant des pharaons" est une aimable fantaisie

 

 

Par ailleurs, les historiens romains ignoraient probablement la différence entre un éléphant d’Asie et son congénère d’Afrique.

 

 

Il est un autre élément irréfutable qui me permet d’écarter sans le moindre doute l’hypothèse africaine. Lorsque Léopold II, deuxième roi des Belges, est devenu propriétaire de l’état libre du Congo ce ne fut pas pour y apporter les bienfaires de notre civilisation occidentale mais pour son seul   profit, l’ivoire des éléphants et le bois. 

 

Les éléphants n’avaient jamais été domestiqués tout simplement parce que les autochtones n’en avaient jamais éprouvé le besoin. Léopold vit à cette domestication un double intérêt, constituer des réserves d’ivoire à bon compte et des animaux travaillant dans les forêts à bon compte puisqu’ils se nourrissaient dur place de la verdure. Les premiers essais de dressage furent tentés sans succès en 1879, le roi qui eut l’idée d’acclimater au Congo Belge des éléphants indiens dressés. Les quatre spécimens qu'il fit venir à ses frais de Bombay périrent pendant le long et dur trajet de Zanzibar où ils avaient été débarqués, au Congo, où la pénétration se faisait alors par la côte orientale. Vingt ans après, le Roi résolut de fonder au Congo une station de domestication de l’éléphant africain.

 

 

Cela se fit avec difficultés avec l’aide de cornacs venus des Indes anglaises. A la veille de la guerre de 14, le Congo belge possédait 35 éléphants domestiqués et les efforts se poursuivirent dans les années 20… (L’éléphant africain  in  Les cahiers coloniaux, publication de l’Institut français d'Outre-Mer, numéro du 1er janvier 1946).

 

 

Les Phéniciens était d’habiles navigateurs et les forêts des cèdres du  Liban, aujourd’hui presque disparues, leur fournissait le bois à suffisance.

 

 

Ils connurent la route des Indes occidentales, avaient établi des comptoirs du le golfe persique qui leur servaient de tête de ligne et d’entrepôts où stationnaient les marchandises venues de Indes. Sans doute servaient-ils de maîtres ou patrons des navires dont les équipages se recrutaient soit parmi les Arabes qui furent de tout temps un peuple essentiellement navigateur. Les phéniciens représentaient ce que l'on peut appeler le capital, le moteur. Leur initiative enfanta dans ces régions une marine régulière et  leurs correspondants s'établirent peut- être dans les pays au-delà de l'Indus. Parmi les matières dont trafiquaient les Phéniciens, on peut placer en première ligne les perles, dont il est si souvent question dans la Bible et qu'ils se procuraient en particulier sur l’île de Ceylan dont les bancs remontent à la plus haute antiquité. Ces routes commerciales soit par voie de terre soit par voie de mer étaient alors inconnues des occidentaux.

 

 

C’est probablement par voie de terre qu’arrivaient les éléphants porteurs de leur cornac qui partageait leur vie.

La représentation sur les monnaies carthaginoises contemporaine d'Hannibal

n'est pas significatives

 

 

Une énigme à résoudre ?

 

 

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2 janvier 2023 1 02 /01 /janvier /2023 05:44

 

 

Le site

 

La ville est située sur le territoire du village actuel de Ban Sema (บ้านเสมา), sous-district de Nong Paen (ตำบลหนองแปน), district de Kamalasai (อำเภอกมลา), province de Kalasin (จังหวัดกาฬสินธุ์). Elle est située dans le bassin de la rivière Lam Pao (แม่น้ำลำปาว)

 

 

...qui alimente l’immense lac artificiel qui porte son nom.

 

 

C’est une alternance de plaines et de collines parsemée d’étendues d’eau naturelles alimentées par de nombreuses sources naturelles. La région est riche en sel de terre (เกลือสินเธาว์) dont les habitants connaissent l’utilité, pour la santé d’abord, la cuisine et la conservation des aliments ensuite et lui attribuent en outre des vertus thérapeutiques. Il existe en  forêt des espèces végétales appelées Teng Rang (เต็งรัง) ou Tabak (ตะแบก) et dans la langue locale plueai (เปลือย) qui sont de la famille des hévéas (ต้นไม้ตระกูลยาง).
 

 

Ces forêts ont plus ou moins disparu mais elles apparaissent dans la toponymie, yang c’est le latex et song c’est une rangée d’arbres en continu. Ainsi Fa Daet Song Yang  devient la ville au ciel resplendissant et aux rangées d’hévéas. Je ne site que Ban Songplueai (บ้านสงเปลือย) ou Ban Songyang (บ้านสงยาง), le  village aux rangées d’hévéas qui ne sont pas loin de notre site.

 

 

La région est fertile car la rivière Lam Pao transporte les alluvions. C'est donc une zone propice à l'installation de communautés et d'habitations humaines depuis l'Antiquité et également de passage depuis la région de transport pratique car la rivière traverse les provinces d’Udonthani (อุดรธานี) à Kumphawapi (กุมภวาปี) ou elle alimente le grand lac situé sur le district de Nonghan (หนองหาน), un haut lieu du tourisme thaï ou il est connu sous le nom de thale buadaeng (ทะเลบัวแดง), la mer aux lotus rouges,
 

 

La ville de Fa Daet Song Yang est située à une altitude d'environ 120 mètres au-dessus du niveau de la mer. La ville est de forme rectangulaire, d'environ 1 075 sur  2 000 mètres, avec un mur d'enceinte et deux fossés, un remblai de 25 à 30 mètres de large,

 

 

...entourée de douves de 20 mètres de large.

 

 

Nous trouvons un étang rectangulaire à l'extérieur de la ville au nord-est, de 400 mètres de large, 650 mètres de long,

 

 

et un étang rectangulaire à Nong nok phuet (หนองนกผืด) au sud, de 480 mètres de large et 995 mètres de long.

 

 

On trouve trois collines dans Don Muang ou Don Karma (ดอนเมืองเก่า – ดอนกรรม), Non Wat Sung  (โนนวัดสูง) au sud et Don Mueang kao (ดอนเมืองเก่า) au centre de la ville. La partie orientale est le village de Ban Sema (หมู่บ้านเสมา) incluant le Temple

 

 

... et l’école de Phothichai Semaram (วัดโพธิชัยเสมาราม – โรงเรียนโพธิชัยเสมาราม) tout  au plus quelques centaines d’habitants

 

 

Le site fait l’objet de culte depuis des siècles par les populations locales. Sa découverte par le monde savant a un siècle seulement. Le premier à en avoir signalé l’existence sans la visiter est Erik Seidenfaden en 1922, responsable de la réorganisation de la gendarmerie siamoise et érudit de haut niveau dans son article « Complément à l'Inventaire descriptif des monuments du Cambodge pour les quatre provinces du Siam Oriental ». In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 22, 1922. pp. 55-99. Il baptisa alors la cité du nom légendaire de Kanok nakhon (กนกนคร) la légendaire cité de l’or.

 

 

Le site est devenu lieu historique national depuis 1936. La protection couvre environ 50 hectares ce qui ne couvre pas la totalité de la superficie de l’enceinte qui est d’environ 200 hectares. Il a immédiatement été identifié comme un site majeur de l’empire du Dvaravati. L’écroulement de cet empire – sur lequel on ne sait que peu de choses a partiellement au moins un lien avec  cette légende. Lors de son classement, le site comportait 2000 monolithes, ces bai sema qui ont donné leur nom au village. Un  grand nombre comportait des motifs religieux et se trouvent dans de nombreux temples de la région utilisé comme bornes sacrées pour marquer les huit points cardinaux des  chapelles d’ordination. On peut penser que les pierres qui ne comportaient pas de motifs religieux  ont été utilisés par les habitants à des fins profanes, bornes de délimitation de territoires ou de propriétés, soubassements de constructions voire même piège à tigres ? Le temple  
 

 

...et le  musée du temple dans son enceinte en conservent 172 dont 20 seulement ont des motifs religieux

 

 

La superficie de la ville ancienne abritée derrière ses remparts permet de penser qu’elle abritait au moins 8000 habitants sur 2 hectares autant que tout le sous district actuel qui regroupe 11 villages sur 65 kilomètres carrés c’est-à-dire 6500 hectares en regroupe autant.

 

Les douves entourant la cité ont été remarquablement conservées ainsi que l’enceinte en terre même si elle a été arasée par les siècles, ni urbanisation sauvage ni envahissement par la jungle.

 

 

Le chedi principal, Phrathatyaku (พระธาตูยากุ), est l’objet principal de la vénération les fidèles et des cérémonies au mois de mai. La base est incontestablement daté de l’époque du Dvaravati mais il a fait l’objet d’améliorations ultérieures. Il est censé abriter les cendres du fondateur de la cité à moins que ce ne soit celles des deux amoureux ?

 

 

Nous trouvons encore les soubassements du chedi abritant les cendres de la princesse Fa Yat (ฟ้าหยาด), celle par qui le scandale est arrivé, goutte de rosée,

 

 

...d’un autre abritant les cendres du seigneur de la ville Phaya Fa Daet (พญาฟ้าแดด) c’est-à-dire Phaya Chan. (พญาจันทร์)

 

 

et un autre celles de Nang Khiao khom (นางเขียวค่อม).

 

 

Le gendarme danois, inventeur du site, écrivait en 1951 : « Il est à désirer que le Service archéologique du Département des Beaux-Arts de Bangkok prenne les mesures nécessaires pour que cet ancien site soit correctement et soigneusement exploré le plus tôt possible. Un plan exact de la vieille ville devrait être établi et de bonnes et claires photographies prises de toutes les pierres sculptées. Dans le cas où les photographier ne soit pas possible, un artiste familier avec l'iconographie bouddhique (ce qui ne doit pas être difficile à trouver parmi les artistes siamois) pourrait les copier à l'encre et au crayon. Espérons que cela sera réalisé dans un avenir proche ! » (« Kanôk Nakhon, an ancient Mon Settlement in Northeast Siam (Thailand) and its treasures of art ». In : Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 44 N°2, 1951. pp. 643-648).

A l’extérieur de l’enceinte près du lac au sud de la ville, se trouve une colline historique dont nous parlerons plus bas se trouve un sanctuaire en forme de  Chedi Non Sao-E (เจดีย์โนนสาวเอ้) abritant une statue de Bouddha. Il a été construit en 1956.

 

 

La Légende (ou l'histoire ?) de Mueang Fa Daet Song Yang

 

Elle marque probablement une étape de l’écroulement de l’empire du Dvaravati au XIe siècle. On ignore le nom originaire de la cité, celui de  Mueang Fa Daet Song Yang est donné par les diverses variantes de la légende. On connait l’une sous le nom de légende Chanarat (ตำนาน จันทราช) et l’autre de légende Chantha Devi (ตำนานจันทาเทวี) :

La souveraine de Fa Daet Song Yang s’appelait Nang Khiao khom (นางเขียวค่อม). Dans une autre version, elle est dirigée par Phaya Chan. (พญาจันทร์) son époux. Ils avaient une très belle fille appelée Fa Yat (ฟ้าหยาด), Il y avait trois cités aux environs, Chiang Som (เมืองเชียงโสม),  Chiang Sa (เมืองเชียงสา) et Muang Soi (เมืองสร้อย). Elles étaient dirigées par trois frères, le Phraya Chiang Som (พระยาเชียงโสม), l’aîné, le Phaya Chiang Sa (พญาเชียงสา) et le Phaya Chiang Soi (พญาเชียงสร้อย). Toutes ces cités étaient paisibles et prospères.

Un jour, Phaya Chiang Soi partit à la chasse à la poule sauvage. Son chemin le conduisit au bord d’un lac ou se baignait Fa Yat. Quand elle sortit du bain, elle s’assit, ils tombèrent amoureux et se promirent de se marier. Ce dialogue amoureux eut lieu sur une petite colline situé près du lac au sud de l’enceinte. Elle porte le nom de Non Sao-E (โนนสาวเอ้), เอ้ est un terme de la langue locale signifiant « magnifiquement habillé », traduisons simplement par colline de la belle jeune fille. Le chédi qui y est édifié est également un lieu de pélérinage.

 

 

Phaya Chiang Soi envoya son frère aîné demander la main de la belle Fa Yat. Phaya Chan, considérant que sa fille était trop jeune, refusa. Phaya Chiang Soi, de rage, leva une armée pour combattre Phaya Chan et la ville de Fa Daet Song Yang. Il y perdit la vie.

 

 

Lorsqu’elle l’apprit, Fay Yat mit fin à ses jours.

 

 

Lorsque Phraya Chiang Som et Phaya Chiang Sa apprirent la mort de leur frère dans la bataille avec Phaya Chan, ils menèrent tous deux une armée pour attaquer  Mueang Fa det, rasèrent la ville et tuèrent Phaya Chan et son épouse  Nang Khiao khom. Les cités disparurent au fil des siècles mais non dans la mémoire des habitants et il ne subsista plus que cette légende pieusement transmise pendant des siècles et la persistance d’un culte à tel point que la Ville de Kalasin a depuis 2016  organisé un spectacle son et lumière.

 

 

Le Centre de services universitaires de l'Université de Chulalongkorn (จุฬาลงกรณ์มหาวิทยาลัย) en 2010 a tenté de faire la synthèse sur les légendes sur la ville de Fa Daet en ironisant sur la réalité des faits qu’elles  narrent. C’est peut-être forfanterie de distingués universitaires. Cette lutte fratricide entre des  cités voisines et les destructions qui s’ensuivirent ont pu marquer les esprits et se transmettre pendant des siècles en les embellissant évidemment.

 

 

Lorsqu’on est en présence de ces légendes sur fond historique, il ne faut jamais perdre de vue un exemple remarquable dans notre monde gréco-latin. Homère aurait vécu du VIIIe siècle avant Jésus-Christ. L’épopée qui chantait ou psalmodiait et les aèdes après lui n’a initialement pas laissé de traces écrites. Ils furent ensuite écrits sur papyrus, les fragments les plus anciens sont datés du IIIe siècle avant Jésus – Christ. 500 ans ont passé. Les premiers manuscrits écrits datent du moyen-âge, IXe siècle après Jésus-Christ. 1700 ans ont passé. La légende de cette guerre de 10 ans entre les cités grecques et la ville de Troie entra dans la littérature  comme légende. Et puis au XIXe siècle, un archéologue amateur, Henrich Schliemann, une espèce d’Indiana Jones avant la lettre, crut en la véracité de ces légendes et s’attacha à découvrir l’antique cité en Turquie.et il la découvrit. Les fouilles seront reprises et poursuivies selon des méthodes plus rigoureuses par des savants américains sous la direction de Carl Blegen, de 1932 à 1938. Elles démontrèrent que la septième installation humaine sur le site de Troie, avait été incendiée vers 1250-1240 av. J.-C. précisément à l'époque de la guerre de Troie7 selon la datation fournie par Hérodote qui écrivit aux alentours de 450 avant Jésus-Christ, quelques siècles après Homère

 

 

Sources

 

Nos précédents articles

INSOLITE 6 - AU CŒUR DE LA PROVINCE DE KALASIN, LA CITÉ MYSTÉRIEUSE DE KANOK NAKHON (กนกนคร) « LA VILLE D’OR », CITÉ MAJEURE DU DVARAVATI.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2016/11/insolite-6-au-coeur-de-la-province-de-kalasin-la-cite-mysterieuse-de-kanok-nakhon-la-ville-d-or-cite-majeure-du-dvaravati.html

A 213- LES ORIGINES MYSTÉRIEUSES DES BORNES SACRÉES (BAÏ SÉMA) DES TEMPLES DE L’ISAN EN THAILANDE

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2016/05/a-213-les-origines-mysterieuses-des-bornes-sacrees-bai-sema-des-temples-de-l-isan-en-thailande.html

Le site de la ville de Kalasin

ตำนานเมืองฟ้าแดดสงยาง sur le site de la ville de Kalasin

http://www.kalasin-mu.go.th/sj/images/pdf/Presentation1.pdf

Le spectacle son et lumières organisé par la ville

https://kalasin.prd.go.th/th/content/category/detail/id/33/iid/95404

La brochure   

 

 

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18 décembre 2022 7 18 /12 /décembre /2022 03:21

 

La majorité des habitants des villes ou des villages qui bordent le Mékong voue un culte particulier à  ces deux déesses. Leur culte déborde d’ailleurs sur les autres provinces du Nord-est mais – semble-t-il – nulle part ailleurs dans le pays. De multiples sanctuaires leurs sont consacrés appelés tantôt San Chaomaesongnang (ศาลเจ้าแม่สองนาง) tantôt Ho Chaomaesongnang (หอเจ้าแม่สองนาง) le sanctuaire ou la chapelle des deux déesses.

Ils sont totalement inconnus des bons guides touristiques car n’ayant en général aucun aspect architectural exceptionnel. Ce sont pourtant de ces lieux où soufflent l’esprit et la foi. Une légende s’attache à chacun de ces sanctuaires, en général longuement reproduite sur un panneau à l’entrée de ces lieux de culte. Ce sont des légendes locales qui peuvent varier en fonction de leur migration au fil des siècles.

 

 

 

 

Comment se nomment-elles ?

 

Elles sont parfois simplement nommées « les deux princesses » (นางศรีสอง). Leurs noms varient en fonction des légendes mais ne me semblent pas significatifs. J’ai pu relever les Princesse Matri et Siwan (นางมัทรี -  นางศรีสุวรรณ) ,   les  Princesses Khamphaeng et Khamphan (นางคำแพง - นางคำพัน), les Princesses Lun et La (นางลุน – นางหล้า), les Princesses Lao et (นางเหลา – นางเทา), les Princesses  Princesse Buangoen et  Buathong (นางบัวเงิน  -   นางบัวทอง) c’est-à-dire lotus d’argent et lotus d’or, deux Princesses Hom (นางหอม) c’est-à-dire à l’odeur suave , ce nom unique laisse à penser qu’il s’agit de jumelles, Princesses Phi et Nong (นางพี่ นาง น้อง) ce qui laisse à penser qu’elle ne sont pas jumelles puisque cela signifie aînée et cadette, les Princesses Phimpha et Lomchoima  (นางพิมพา – นางลมโชยมา), les Princesses Koeng  et Thong  (นางเกิ้ง – นางทอง),  les Princesses Bua et Bang (นางบัว นางบาง), les Princesses Mat et Hui  (นางหมัด นางฮุย) ou encore les Princesses Phim et Pa (นางพิม – นางพา). Restons en-là, peu importe leur nom. Avant d’accéder à la divinité, elles furent deux princesses de sang royal, jumelles ou pas.

 

 

 

Quelques sanctuaires

 

Ils jalonnent les provinces situées sur les rives du Mékong, Loei, Nongkhai, Bungkan, Nakhon Phanom et Mukdahan amais mais on les trouve aussi à l’intérieur, en particulier à Khonkaen, Mahasarakam, Udonthani, Yasothon, Roiet, Ubonrachathani et probablement partout ailleurs.

Leur implantation n’est pas toujours liée à un lieu de culte bouddhiste : le plus célèbre, celui de Mukdahan (มุกดาหาร) est situé au bord de la jetée d’embarquement de la navette qui traverse le fleuve dite jetée de la douane (ท่าเรือด่านศุลกากร), emplacement symbolique puisque les déesses protègent en particulier contre les dangers de la navigation. C’est dans un naufrage qu’elles périrent.

 

 

 

Celui de Bungkan (บึงกาฬ)

 

 

...est situé à l’entrée de l’hôpital, c’est parlant.

 

 

Celui de Khonkaen (ขอนแก่น) au bord du lac

 

 

...dans un nid de verdure,

 

 

...ouvert aux oiseaux et aux écureuils.

 

 

Dans la province de Nakhon Rachasima (นครราชสีมา) et le district de Phimai (อ.พิมาย) dans une vaste forêt :  la chapelle est modeste

 

 

mais située à l’ombre d’un ficus géant dont l’arbre mère serait âgé de plusieurs siècles et les ramifications s’étendent sur environ 1500 mètres carrés

 

 

Elles ont leur chapelle dans l’enceinte de l’école Koeng witthayanukun (โรงเรียนเกิ้งวิทยานุกุล) du village de Koeng (บ้านเกิ้ง) dans la province de Mahasarakham (มหาสารคาม). Parmi leurs vertus elles ont celle de favoriser les réussites aux examens.

 

 

Celui qui est situé dans l’enceinte d’un hôtel de luxe de Khonkaen a probablement pour but de susciter l’augmentation de la clientèle ?

On peut en effet leur consacrer une place sur l’autel domestique (thaen bucha – แท่นบูชา que l’on trouve dans tout maison qui se respecte.

 

 

 

Le premier situé dans un temple en amont au bord du Mékong est situé dans la province de Loei (เลย). C’est un modeste édifice dans l’enceinte du temple qui porte leur nom le wat Sisongnang (วัดศรีสองนาง) dans le district de Chiangkhan (อ.ชียงคาน).

 

 

Elles ont leur chapelle dans l’enceinte du Wat Haisok (วัดหายโศก) à Nongkhai (หนองคาย).

 

 

Nous savons – c’est la seule légende qui en fait état - qu’elles devinrent après leur mort Nakhi (นาคี), version femelle des Nagas protecteurs (นาค) qui vivent dons les profondeurs du Mékong.

 

 

Un chédi porte leur nom (เจดีย์ศรีสองนาง) dans l’enceinte du Wat Klang  (วัดกลาง) dans le district de  Sichiangmai (อำเภอศรีเชียงใหม่) dans la même province. C’est là où auraient été enfoui leurs cendres après leur  crémation.

 

 

Les légendes rejoignent-elles l’histoire ?

 

Elles varient toutes sensiblement mais toutes ont un tronc commun qui nous rattache de près ou de loin à l’histoire du royaume de Lan Chang (ล้านช้าง), le royaume du grand Chetthathirat (พระเจ้าชัยเชษฐาธิราช) dont le territoire occupait alors les deux rives du Mékong.

 

 

Les chroniques du royaume nous apprennent qu’en 1564, il s’est rendu en descendant le Mékong, restaurer le chédi de Phra That Phanom (พระธาตุพนม) situé sur les rives du fleuve en amont de la ville de Mukdahan qui est toujours le lieu le plus sacré du bouddhisme dans le Nord-est de la Thaïlande et du Laos et les pèlerins y affluent toujours en masse des deux rives du fleuve.

 

 

Il était accompagné de ses deux petites filles, peu importe leur nom, respectivement nées en 1561 et 1562 qui périrent lorsque l’embarcation chavira dans les rapides du fleuve. Je préfère cette version de deux innocentes mortes accidentellement à l’occasion d’un pieux pèlerinage. D’autres versions, plus guerrières, les font accompagner leur père alors qu’elles étaient adultes lors d’une opération militaire conduite par leur père contre le roi siamois d’Ayutthaya, Chetthathirat (พระเจ้าชัยเชษฐาธิราช).

 

 

La déification de deux gamines innocentes me semble plus adaptée à une déification que celle de deux guerrières ! Les habitants virent apparaître leurs esprits à l’endroit du naufrage, probablement à Sichiangmai et de là, la légende et leur culte se répandit. Il en est ainsi depuis cinq siècles et partout s’édifièrent des temples, des chédis et des sanctuaires pour honorer les deux déesses qui de leur paradis, font tomber des pluies de rose sur ceux qui invoquent leurs bienfaits…

 

 

 

 

 

 

Le sanctuaire de Mukdahan

 

Le sanctuaire de Mukdahan est assurément le plus connu et le plus fréquenté. Situé sur le port, une navette effectue plusieurs fois par jour le trajet depuis le Laos.

 

 

Les habitants du Laos viennent faire leurs emplettes et accomplir leurs dévotions. On vient de très loin de Thaïlande au très célèbre marché indochinois (ตลาดอินโดจีน) ou se pratiquent moins d’arnaques que celui de Nongkhai, véritable piège à touristes.

 

 

On y trouve tout et le contraire de tout et des  statuettes des déesses évidement.

 

 

La province est par ailleurs un haut lieu du tourisme essentiellement thaï Les foules se pressent à Phra That Phanom vénérer les reliques de Bouddha et le très célèbre temple Simongkhonthai (วัดศรีมงคลใต้) qui abrite une statue de Bouddha

 

 

...découverte miraculeusement au pied du gigantesque ficus religiosa, le figuier des pagodes  l’arbre de la bodhi (ต้นโพธิ์), sacré chez les bouddhistes et mitoyen du sanctuaire.

 

 

Le temple est signalé dans les bons guides touristiques mais  ceux-ci négligent le sanctuaire qui est de l’autre côté de la rue et les pèlerins y affluent plus encore qu’au temple. Le sanctuaire est un modeste hangar qui serait placé sous la responsabilité de bouddhistes chinois. Il abrite une statue grandeur nature des deux déesses sœurs qui portent ici les noms de Phimpha et Lomchoima.

 

 

On leur demande fertilité, sécurité, protection  contre les dangers, élimination des catastrophes, réussite aux examens, éviter la conscription.

On les fêtes à Mukdahan tout au moins deux fois l’an : les grandes fêtes du 11e jour du 6e mois lunaire puis du 13e jour du 11e mois lunaire mobilisent la population et toutes les autorités. Ces cérémonies n’ont rien de bouddhiste et ne doivent pas avoir lieu un jour de fête bouddhiste.

 

 

Elles sont égayées par des courses de pirogues.

 

 

Les deux déesses sont évidemment inondées d’offrandes, fleurs, bâtonnets d’encens, fruits et desserts puisqu’elles passent pour être gourmandes de sucrerie

 

 

 

 

 

 

L’université de Mahasarakham a une cellule qui s’intéresse à la conservation de ce patrimoine culturel

L’universitaire Narongrit Sumali (ณรงค์ฤทธิ์ สุมาลี) chargé de cours à l’Université de Nakhon Phanom est l’auteur d’un très bek et surtout très érudit article en thaï The Chao Mae Song Nang : Signification of Belief and the Role in Empowering Local Power  (เจ้าแม่สองนาง : การสร้างความหมายของความเชื่อ และบทบาทการเสริมพลังท้องถิ่น) publié dans le journal  académique Praewa Kalasin et numérisé :

http://praewa.ksu.ac.th/new2017/file/20170317_1870305696.pdf

 

 

 

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11 décembre 2022 7 11 /12 /décembre /2022 03:06

DU TRIANGLE D’OR Á BANGKOK, DE BANGKOK Á SAIGON ET DE SAIGON Á HARLEM.

 

 

Leslie dit « Ike » Atkinson, né le 19 novembre 1925 à Goldsboro en Caroline du Nord ou il mourut le 11 novembre 2014,  était un ancien  sergent-chef de l’armée américaine qui passe pour avoir été une figure majeure du trafic d’héroïne entre la Thaïlande et les États-Unis de 1968 à 1975. Il fut aussi surnommé on ne sait trop pourquoi « le sergent smack »

 

 

Le destinataire de son trafic était Frank Lucas. Celui-ci, né le 9 septembre 1930 dans l’Oregon et mort le 30 mai 2019 dans le New Jersey, fut entre 1960 et 1975 le maître du marché de l’héroïne à Harlem de la fin des années 1960 au milieu des années 1970.

 

 

Ils n’auraient été que des trafiquants ordinaires s’ils ne devaient une partie de leur gloire au film de Ridley Scott en 2007 qui doit beaucoup au talent de Denzel  Washington dans le rôle de Lucas et de Roger Guenveur Smith dans celui d’Atkinson mais rien à la vérité. 

 

 

C’est de là que le trafic fut qualifié de « cadaver connexion » alors qu’il était celui de la « black american connection » puisque tous les protagonistes étaient des noirs américains tout comme les consommateurs de Harlem.

 

 

Ce n’est que l’histoire de sinistres voyous. Nous trouvons Atkinson avec un associé également nord-américain, le sergent William Herman « Jack » Jackson,  en 1966 exploitant sous couvert d’un prête nom thaï appelé Lichaï Ruwiwat, un établissement sur Petchaburi road à Bangkok, le Jack's American Star Bar. Il est très fréquenté par les noirs de l’armée en goguette, il est constant qu’ils n’étaient pas admis partout et moins encore dans ce genre d’établissement. Vous ne verrez certainement pas à l‘entrée de l’établissement un panneau du style « Black People Are Not Allowed » mais on sait vous le faire comprendre.

 

En dehors des activités propres aux établissements de ce quartier de Bangkok, Atkinson trafique avec les certificats de paiement militaires (MPC) auprès de marchands de Saigon à prix réduits, puis les encaisser à leur valeur nominale en quittant le pays. Les commerçants locaux préféraient évidemment être payés en dollars plutôt que dans la monnaie de singe locale. Ils acceptaient donc ces papiers alors que régnait un taux de change fluctuant entraînant un vaste trafic contre lequel les autorités eurent de la peine à lutter.

 

 

Par ailleurs, Atkinson avait de tous temps la passion du jeu et organisait à l’attention de son amiable clientèle des parties de poker effrénées, on n’ose penser que la chance y était un peu aidée ?

Il n’y avait là rien que de vulgaire et de subalterne.

 

 

Jackson et Atkinson se lassèrent vite de faire la navette entre Saigon et Bangkok pour leur arnaque sur les MPC et de gagner de l’argent sur des parties de poker véreuses. Ils décidèrent de voir grand dans une entreprise encore plus lucrative : le commerce de l'héroïne.  Ils eurent vite leur source d'approvisionnement chinoise. Tirant parti de leur connaissance des opérations militaires et de leurs contacts au sein de la communauté militaire noires de Bangkok, les deux hommes commencèrent à acheminer de l'héroïne vers les États-Unis. Atkinson a tenté sa chance dans la contrebande d'héroïne dans des sacs de sport à double fond confiés aux passagers des avions militaires. Parmi ces soldats retournant aux États-Unis, certains ne se doutaient peut-être de rien, d’autres, victimes de leur malchance organisée à la table de poker virent leur dette annulée s'ils transportaient une charge d'héroïne et d'autres l'ont fait uniquement pour de l'argent.

Jakson fut arrêté à Denver en 1972. Atkinson reprit toute l'opération et fut contraint de faire la navette entre Goldsboro et Bangkok. Puis ses sources d'approvisionnement chinoises se sont taries, il mit alors Luchai Ruviwat en service pour se procurer son héroïne.

Atkinson fut à son tour arrêté en 1977. Ces arrestations sont consécutives aux errements habituels en la matière, informateurs, dénonciations de transporteurs bénéficiant de l’indulgence et surtout du statut de témoin protégé, filatures, maladresses, sacs portant une étiquette au nom d’Atkinson ou d’autres ses empreintes. Il fut alors établi que cette marchandise était destinée au « Baron » Frank Lucas avec lequel Atkinson avait ou aurait des liens de famille. Atkinson fut après diverses péripéties, condamnée à 31 ans de prison et fut libéré par anticipation en 2007.

Lucas avait été arrêté en 1976 et condamné à 70 ans de prison, mais après être devenu un informateur, lui et sa famille furent placés dans le programme de protection des témoins et il fut libéré en 1991. Un article du New York Magazine de 2000 l’avait fait sortir de l’obscurité en  affirmant qu'il était le premier gangster de Harlem à avoir rompu avec La Cosa Nostra

 

 

...et qu’il avait imaginé  le transport de l’héroïne dans des cercueils de soldats morts au Vietnam., l'a fait sortir de l'obscurité.

 

 

C’est lui qui fut à l’origine de la légende de la « cadaver connexion » selon laquelle il avait quelque fois, et non systématiquement utilisé des cercueils pour faire expédier de l'héroïne. Il est certain d’une part qu’il n’est jamais venu en Thaïlande  et que cette opération aurait dû être effectuée par Atkinson ce que celui-ci a toujours contesté avec virulence.

 

 

Les dépouilles des soldats morts au Vietnam se trouvaient à Saigon. Il aurait été presque impossible d'acheminer l'héroïne du Triangle d'or ou de Bangkok vers le Sud-Vietnam en temps de guerre. Et même s'ils l'avaient fait, il aurait alors fallu la complicité de dizaines d'employés militaires et civils de la morgue pour contourner la sécurité et implanter l'héroïne, et des dizaines d'autres aux États-Unis pour coordonner sa récupération. Comme Atkinson l'expliqua à un journaliste  « Pourquoi aurai-je fait quelque chose d'aussi horrible que de placer de l'héroïne dans des cercueils? J'avais tellement de façons plus simples et plus efficaces de faire passer ma drogue ».

Hors films et romans, ce qui a été écrit de plus sérieux sur ce sujet se trouve dans le très long récit de Charles Lutz l'agent de la DEA qui a traqué pendant plusieurs années ses vendeurs de mort : https://www.historynet.com/the-cadaver-connection/

 

 

 

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9 décembre 2022 5 09 /12 /décembre /2022 07:47

Nous savons que la Thaïlande reconnaît officiellement depuis quelques années l’existence de 62 ethnies qui vivent sur son sol, certaines malheureusement en voie de disparition. Les savants ethnologues et anthropologues des prestigieuses universités de Bangkok ne se sont pas encore penchés sur une ethnie qu’ils pourraient nommer l’Homo farangus erectus gallicus : Peut-être rejoindraient-ils la définition de Platon selon laquelle l’homme est un bipède sans plumes ce à quoi Diogène le cynique répondît qu’il devrait être un poulet déplumé. Laissons les Grecs à leur philosophie. En première analyse, l’ethnologue thaï définirait cet individu comme l’homo ab occidente qui loquitur Gallica faisant sommairement l’impasse sur trois sous-espèces, l’homo belgicus, l’homo helveticus et l’homo canadicus qui d’ailleurs ont d’autres langages officiels que le nôtre. Combien sont-ceux qui ont la même origine géographique que moi ? Officiellement, environ 10.000 sont enregistrés à notre consulat mais pour différentes raisons, tous ne le sont pas, pourquoi ? Phobie administrative car l’inscription à ce registre n’a pas, il faut bien l’admettre, une utilité assurée 

 

 

Vient ensuite la longue théorie des chefs de gare qui ont abandonné leur matrone,  épiciers qui n’ont pas payé la TVA, jésuites défroqués, vieux garçons qui ont quitté leur maman, proxénète, escrocs, flics, politiciens en vadrouille, cocus, éboueurs et notaires en faillite. Cette heureuse définition est de la plume de l’auteur de Tintin en Thaïlande lequel d’ailleurs est, comme Tintin, un homo belgicus.

 

 

Bref, nous serions 40.000 mais les sources sont incertaines. Il ne faut évidemment pas oublier que dans cette incertaines population, il y a ceux dont ne parle pas le Général Alcazar, ceux qui travaillent, ils ont peut-être moins de contraintes qu’en France mais elles restent lourdes, les enseignants, les missionnaires francophones, les nombreux  retraités et bien sûr, le personnel de l’Ambassade et du consulat, population paisible qui ne se fait pas remarquer et échappent aux quelques réflexions qui suivent

 

 

Pourquoi éprouvent-ils le besoin de chercher à prouver qu’ils étaient ce qu’ils n’étaient pas dit un ami, homo helveticus, lui.

« On peut tromper quelques personnes pendant quelque temps, mais on ne peut tromper tout le monde tout le temps » disait Abraham Lincoln.

 

 

Les titulaires de diplômes prestigieux ne manquent pas. Ce gaillard parlant haut et fort et tranchant de tout se disait Commandant de gendarmerie à la retraite. Ce grade élevé nécessite soit qu’il fut issu de Saint-Cyr soit qu’il ait passé un concours interne difficile.

 

 

En réalité, il avait fait carrière comme motard et avait terminé ses 15 ans de bons et loyaux services comme adjudant. Il savait effectivement conduire avec habileté une grosse motocyclette et suffisamment de notre belle langue, mais pas plus, pour rédiger un procès-verbal pour excès de vitesse, d’où évidemment son surnom …..

 

 

Devant lui, on n’osait pas étaler des théories éculées et passe partout. Il  balayait vos vaines remarques d’un geste de la main, accompagné d’un sourire en coin, à peine méprisable, condescendant, hautain et vous reprenant comme un chenapan. Il lui prit ensuite l’idée d’ouvrir via son épouse, un restaurant à tel endroit en affirmant péremptoirement qu’il fallait prendre l’argent là où il était. Je vous laisse réfléchir une seconde, pas plus, sur cet axiome inébranlable, et vous serez sans doute d’accord sur le fait que prendre l’argent là où il n’est pas, c’est un peu plus difficile. D’où l’importance de sa réflexion gendarmesque.  La Gendarmerie semble être attirée par le district  où sévissait le juteux. Nous y avons déjà rencontré deux ou trois retraités de cette noble arme, ayant appartenu le plus souvent à la garde rapprochée du Président (évidemment !). L’un d’entre eux  devait incessamment être désigné comme Consul honoraire  du coin dans les jours qui venaient. Nous avons même vu sur ses cartes imprimées un peu prématurément le logo de notre république.    

 

           

Tel autre avait fait de hautes études à la faculté du Mirail mais une simple comparaison de dates (j’ai un ami de Toulouse) démontrait que c’était avant qu’elle ne soit constituée après le chaos de 1968. Ses diplômes qui avaient permis d’être à la tête d’une importante affaire de matériel hôtelier. Il était en réalité, ce qui est d’ailleurs à son honneur, permanent au Restaurant du cœur de sa ville d’origine.

 

 

Nous l’appelions le « magnifique », l’homme qui n’a naturellement jamais payé une « fille de bar », Il allait tous les week-ends jouir de sa Ferrari Testa rossa sur le circuit Paul Ricard. Vérifications-faites (pas bien difficile) notre homme jouait avec sa Ferrari Dinky toy  et se déplaçait en 104 diesel ! Comme le dit l’un de mes amis « celui qui prétend ici ne jamais payer une fille, c’est un menteur ou un misérable ». Parlons au passage des exploits sexuels de ce vaillant septuagénaire capable, après sa douzaine de pastis, de damner le pion au grand Sultan Saladin, lequel – suivant les préceptes du Prophète –  ne buvait que du lait et était capable de rendre une femme heureuse six fois la nuit !

 

Cela lui valut d’ailleurs un sobriquet que rigoureusement ma mère m’interdit de prononcer ici. Je me souviens avoir lu je ne sais plu quand un article du très docte Bangkok Post dans lequel une autorité médicale locale se plaignait de devoir soigner nombre d’entre eux victimes de malaises cardiaques consécutifs à l’abus de Viagra de contrefaçon.

 

 

Bon souvenir aussi de cet « Avocat international », muni d’une carte impressionnante (il était même titulaire des palmes académiques, devenues sous sa plume de fin lettré les palmes « accadémique »), ayant sévi dans le coin ou je résidais alors. J’ai eu l’insigne honneur d’être présenté à ce maître du Barreau (de Paris, bien sûr) avant qu’il ne doive prendre une fuite précipitée, pérorant dans les bars du coin sur ses exploits judiciaires. Il me fallut peu de temps pour constater qu’il maniait le Droit comme moi un bathyscaphe. J’ai eu la pudeur de ne pas révéler mes propres qualités d’ancien Avocat (petit avocat d’une petite ville d’un petit département). Vérification rapide sur le site Internet des Barreaux français, qui vous livre les noms de nos maîtres du Barreau ! Victime d’une regrettable erreur, il n’y figurait pas ! Si le « cher maître » avait fréquenté la barre, c’était probablement celle des prévenus devant la chambre spécialisée dans les affaires d’escroquerie. S’il remet ici, il y est fermement attendu par ses victimes qui seront probablement moins indulgentes qu’une chambre correctionnelle de Paris si l’on s’y présente muni d’un (vrai) bon avocat.

 

 

Il se trouve, et j’en reste là, que le monde est petit et que dans notre microcosme, d’autant qu’on y vit facilement en ghettos, tout finit par se savoir. Il y a 100 départements ou territoires français, Certains en Océanie, d’autres en Afrique et d’autre en Amérique et il y aura toujours non loin un gaillard qui a la même origine géographique que nous et qui se souviendra  qu’il n’a jamais rencontré X dans la faculté d’où il prétend venir et que Y a – croit-il se souvenir– fait l’objet d’une petite page dans la chronique judiciaire du canard de sa région du style " :::: disparu après l'enquête. aujourd'hui nul ne sait ou il se trouve, à Bali ou en Thailande::::"

 

 

Ces menteurs invétérés autant que compulsifs sont hypnotisés par leurs discours qui essaient de nous en mettre plein la vue pour pas un rond en s’écoutant parler, s’imaginant que nous les prenons pour des génies. Cet Olympe de forfanteries cache malheureusement le monde immense de tous ceux, qu’ils soient 10.000 ou 40.000, qui préfèrent « être », tout simplement, plutôt que de « paraître », malheureusement peu visibles derrière ces cas pathologiques.

 

 

 

Vous entendrez parfois l’un d’entre eux vous dire « MA maison » à un auditeur béat alors que, il ne faut pas beaucoup de temps pour l’apprendre, que l’accès à la propriété immobilière nous est interdit quelles que soient les affirmation péremptoires d’attorney at law peu scrupuleux ou d’agents immobiliers (profession hélas non réglementée en Thaïlande) selon lesquelles « il n’y a aucun problème » ….. Ben voyons ! Il y en a tout de même de solides:

 

 

Souhaitons que les Thaïs ne s’y trompent pas mais je pense qu’ils ne se trompent pas encore que…. Je parle un peu thaï, cela ne m'évite pas des mauvaises surprises et ne me permet pas de conserver encore des illusions car j’ai parfois entendu et un peu compris des réflexions peu amènes sur nos Tartarins de Thaïlande, l’arbre qui cache la forêt. Pauvres Français ! Mais ne vous moquez pas, les Belges, les Canadiens et les Suisses, car pour les Thaïs, vous êtes Français !

 

 

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27 novembre 2022 7 27 /11 /novembre /2022 02:45

 

 

L’histoire de Thao Khulu et Namg Ua  (ท้าวขูลู et นางอั้ว) est une légende de la littérature populaire dont on ne connaît pas l’auteur. Elle s’est transmise de génération en génération avant que l’on en connaisse au moins une version écrite en écriture traditionnelle de l’Isan sur feuille de latanier 

 

 

...au temple de Nam Kham Daeng (วัดน้ำคำแดง) situé dans le sous district de Toei, district de Muang Samsipcho, province d’Ubon Ratchathani (ต.เตย - อ.ม่วงสามสิบ -จ.อุบลราชธานี).

 

 

 

Chaque  district a sa propre  version  mais elles sont toutes plus ou moins similaires et lourdes de symboles. Elle reste une histoire d’amour entre les deux protagonistes ; En des temps anciens,  il y avait deux villages voisins, l’un appelé Ban Khokkong (บ้านโคกกง), le village sur la colline ronde où était situé un verger d’orangers et l’autre Ban Thungmon (บ้านทุ่งมน), le village au milieu des champs ce qui ne nous éclaire guère sur leur localisation précise. Dans  chacun d’eux, deux familles vivaient en parfaite amitié et s’étaient promis que lorsqu’ils auraient des enfants. Ils resserreraient  Un jour, la dame Nang Kasi (นางกาสี) de Ban Khokkong alors qu’elle recevait la visite de sa voisine, lui interdit d’aller cueillir une orange au motif qu’elles n’étaient pas mures. Sous ce prétexte qui n’était peut-être pas futile, la discorde régna entre les voisins qui se jurèrent que leurs enfants, s’ils en avaient, ne se marieraient pas entre eux. Dix-huit ans plus tard, Nang Kasi avait donné le jour à un fils appelé Khulu et sa voisine à une fille appelée Nang Hua. Les enfants grandirent. Un jour, ils se rencontrèrent lors d'un festival et tombèrent amoureux. « Oh Nang Ua, tu es si belle. Je t’aime. Je t'épouserai ». « Je t'attends » répondit Nang Ua.

 

 

Quelques jours plus tard, dit à sa mère et à son père : « Je veux épouser Nang Ua. Veuillez parler à ses parents pour moi ». La mère et le père refusèrent sans discussion possible. Pour couper court, les parents de Nang Ua, tout aussi furieux, projetèrent de marier leur fille à un riche notable voisin, Khun Lang (ขุนลาง). Les deux familles leur interdirent de se rencontrer. Les parentes de Nang Ua commencèrent les préparatifs du mariage. Nang Ua pensait : «  Je ne peux pas épouser un autre homme. Je n'aime que Tao Kulu. Si je dois épouser un autre homme, je me tuerai ». Le jour du mariage, Elle prit son foulard jaune et se  pendit. Lorsque Kulu l’apprit et vit sa dépouille,  il eut un immense chagrin et se dit « Oh ma chérie, pourquoi as-tu fait ça ? Pourquoi? Pourquoi? Comment puis-je vivre sans toi, ma chérie ? »  Puis il sortit  son épée et se suicida.

 

 

Les deux familles eurent grand peine. Ils voulurent faire quelque chose de bien pour leurs enfants alors ils les enterrèrent côte à côte. Sur leur tombe, deux fleurs poussèrent immédiatement. L’une s’appelle Dok Kulu (ดอกกูลู)

 

 

et l’autre Dok Nang Ua (ดอกมางอัว). Les villageois pensent que la tige jaune de cette dernière et que la petite tige de l’autre représente l’épée utilisé par Kulu pour se donner la mort.

 

 

Ces deux fleurs, de très rares orchidées sauvages, poussent toujours ensemble pendant la saison des pluies dans de nombreuses provinces de la région du Nord-est et leur parfum à la tombée du jour est suave.

 

 

Il ne faut évidemment pas voir dans cette légende une histoire de Roméo et Juliette avant la lettre. Signalons au passage que cette tragédie  avait été traduite en thaï par le roi Rama VI.

 

 

Elle est significative des croyances toujours vivantes dans le Nord-est où le bouddhisme côtoie l’animisme et où la croyance en l’esprit des plantes est tenace. Un rituel qui semble avoir aujourd’hui disparu, pour résoudre les questions d’amour et de choix du partenaire entre Khulu, Nang Ua et Khun Lang, était conduit par un chaman qui faisait des offrandes à Phaya Thaen (พญาแถน)

 

 

...un esprit céleste protecteur et bienveillant que certains assimilent au Dieu Indra (พระอินทร์). Il ne faut pas oublier que les deux amoureux qui se sont donné la mort ont commis une faute grave selon les préceptes bouddhistes qui interdisent de prendre la vie de quiconque.

 

 

Intervient ici l’apparition spontanée sur les tombes jumelles de ces précieuses orchidées sauvages. Nous sommes loin de la conception pyramidale, occidentale et traditionnelle du monde : les roches qui sont, les plantes qui sont et qui vivent, les animaux qui sont, qui vivent et qui ont des sentiments, et les êtres humains qui sont, qui vivent, qui ont des sentiments et qui possèdent l'intelligence.

 

 

Dans les croyances traditionnelles toujours vivaces, les plantes, les animaux, les rizières, ont un esprit, un génie protecteur appelé khwan (ขวัญ),  je n’ose dire une âme, auquel on rend hommage et auquel on fait les offrandes rituelles.

 

 

Par ailleurs, l’un des villages est situé au milieu d’un verger d’oranger et l’autre des rizières.

 

 

Ces plantations symbolisent l'environnement qui s’impose aux êtres humains. Ensuite, cette végétation, arbres ou rizières, sont le symbole bouddhiste des piliers du ciel, lien entre le monde terrestre et celui des cieux. Les études récentes sur l’intelligence des plantes sont révélatrices du pouvoir puissant et mystique des plantes qui dépasse encore la compréhension humaine.

 

 

Ces résultats suggèrent que ces légendes impliquent que les humains ne doivent pas profiter de la nature car ils ne la surmonteront jamais. Et n’est-ce pas le cas de la cueillette d’un fruit qui n’est pas à maturité, une offense évidente à l’esprit de l’arbre ?

 

 

 

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20 novembre 2022 7 20 /11 /novembre /2022 04:55

 

La ville d’Udonthani (อุดรธานี) est de création récente, consécutive à la prise de possession du Laos par la France en 1893. Elle reçut ce nom qui signifie – ce n’est pas bien original – la cité du nord. Elle s’est construite et développée autour d’un village appelé Ban Makkhaeng (บ้านหมากแข้งLe Dictionnaire de l’Académie royale, la meilleure source à utiliser en cas de doute, donne au mot makkhaeng (หมากแข้ง) le sens de makhueaphuang  (มะเขือพวง) en précisant qu’il s’agit du dialecte du Nord-est, justement là où nous sommes.

 

 

Makhueaphuang, c’est bien une aubergine de la même famille que l’aubergine mais une aubergine sauvage, Solanum torvum. Le fruit qui ressemble plus à un pois qu’à une aubergine, est fort utilisé dans de nombreux mélanges d’épices comme le curry rouge ou le curry vert, consommée crue ou consommée cuite. Il est évidement que l’on ne peut creuser de tambour dans sa tige ! Ses vertus gastronomiques sont douteuses et plus encore et ses buissons souvent envahissants. Elle est toutefois utilisée comme porte-greffe pour les aubergines plus rentables. Il n’y aurait rien d’étonnant à ce qu’elle ait donné son nom à  un village tout comme il y a des mimosas à Bormes-les-Mimosas.

 

 

Ban Makhaeng (บ้านหมากแข้ง) serait donc le village de l’aubergine ? Ce n’est plus aujourd’hui qu’un quartier du centre d’Udonthani qui porte ce nom. Les français installèrent un vice consulat à Makhaeng qui n’était pas encore Udonthani en 1897. Le premier vice-consul ignorait certainement que son consulat était celui de l’aubergine. Ce nom est d’autant plus singulier qu’il ne s’agissait pas, selon la légende, d’une aubergine-fruit mais d’une aubergine-plante et que selon la légende toujours, celle-ci était géante ! Il y avait dans le village un plan d’aubergine gigantesque qui faisait 40 centimètres de diamètre ce qui fait si mes souvenirs de géométrie sont bons une circonférence de 1,25 mètre. Il existe dans le village un temple appelé Wat Matchimawat (วัดมัชฌิมาวาส). On l’appelait autrefois Wat Non Makkhaeng (วัดโนนหมากแข้งcar il est édifié sur une petite butte (non – โนน).  On trouve dans ce temple un chédi qui aurait été édifié sur le tronc du plan d’aubergine une fois que celui-ci fut coupé dans les circonstances suivantes :

 

 

Le maître de la vie et seigneur du Lang Chang, royaume du parasol blanc (Chaomahachiwithaenglanchangromkhao - เจ้ามหาชีวิตแห่งล้านช้างร่มขาว) en apprit l’existence  et envoya ses hommes l’abattre pour en faire trois tambours. Le premier, le plus gros, était destiné à servir de tambour d’alertes pour la ville de Vientiane (เวียงจันทร์). Le son en était si fort qu’il portait jusqu’aux enfers et devait alerter le roi des Nagas du Mékong (พญานาค) pour qu’il vienne au secours de la ville. Il fallut le détruire subrepticement et par traitrise pour que les Siamois puissent s’emparer de Vientiane en 1828. Le second fut envoyé par voie fluviale à Luang Prabang (หลวงพระบาง). Le troisième, le plus petit, devait être envoyé dans un temple situé au bord du lac d’abord appelé Wat Nong Bua klong (วัดหนองบัวกลอง) le temple du lac aux lotus au tambour.  Quad le tambour disparut, il devint Wat Nong Bua (วัดหนองบัว)  aujourd’hui le temple abandonné du lac aux lotus (Wat Nong Bua rang - วัดหนองบัวราง) et aujourd’hui, réhabilité, Wat Atsurawihan (วัดอาจสุรวิหาร).

 

 

Cette légende est singulière et les siamois du passé n’avaient peut-être pas le sens de la mesure, ils ne l’ont pas toujours aujourd’hui. La légende est répandue à suffisance sur le Net. A la demande ตำนานบ้านหมากแข้ง (la légende de Ban Makhaeng), il y a sur le moteur de recherches de Google un nombre invraisemblable de réponses toutes en thaï et d’après les sondages que j’ai pris soin d’effectuer, toutes font référence à ce pied d’aubergine géant.  Or, si l’aubergine est cultivée dans ce pays, la plante n’a jamais un diamètre de 40 cm. Le troisième abbé du Wat Matchimawat, Phrathepphawisuthachan (พระเทพวิสุธาจารย์), aujourd’hui décédé, donnait une version plus plausible que l’on trouve sans difficultés sur Internet, n’en déplaise aux amateurs de mystère.

 

 

Dans le passé, il y avait dans ce quartier de nombreux palmiers à bétel. Alors, y-a-r-il une erreur de traduction plus ou moins involontaire ? Le palmier à bétel s’appelle en thaï maksong (หมากสง) mais dans le langage familier, son nom est abrégé en mak (หมาก) tout simplement. Quant à Khaeng (แข้ง), il signifie fort. Nous aurions donc un grand palmier à bétel  puisque la taille de l’arbre atteint souvent 10 mètres. Il n’y a rien d’invraisemblable à ce qu’un tambour puisse y être creusé ?

 

 

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28 septembre 2022 3 28 /09 /septembre /2022 06:06

 

C’est une découverte toute récente non pas des villageois qui connaissaient ce lieu mystérieux de tous temps mais du monde érudit ou curieux,  qui vient seulement de le découvrir car  il est évidement à l’écart de tout lieu touristique et surtout fort difficile d’accès au milieu d’une forêt épaisse.

 

 

Ce lieu singulier se trouve à environ 5 km de Ban Huai Daeng (บ้านห้วยแดง), sous-district de Kut Wa (ต.กุดหว้า) district de Kuchinarai (อ.กุฉินารายณ์), province de Kalasin (จ.กาฬสินธุ์). Il n’y a pas de route d’accès, il faut la remorque du tracteur, moyen de transport d’ailleurs souvent utilisé ici....

 

 

puis marcher quelques centaines de mètres

 

 

.... et remarcher.

l est à quelques distances du temple de Silamani (วัดศิลามณี)

 

 

Le lieu se singularise par la présence d’un rocher en forme de serpent géant et aussi d’autres rochers de forme étrange, en forme de tortue, de spermatozoïdes ou de sphère.

 

 

Il est évident qu’on y voir ce que l’on veut bien y voir. Certains sont honorés d’offrandes des villageois qui considèrent donc que ces rochers sont de nature surnaturelle.

 

 

L’un d’entre surtout va probablement générer toutes sortes de commentaires, car il comporte de singulier pétroglyphes représentant probablement  des animaux.

Il y aurait d’autres pierres semblables à des serpents dans cette région ?

Celui –ci mesure 6 mètres de long et 2,5 mètres de haut avec sa bouche,  ses écailles et ses yeux.

 

 

Il se situe en bordure d’un ruisseau.

 

 

Avant de transformer ce lieu en site touristique, les autorités du district ont la sagesse de faire vérifier si le phénomène est naturel ? Les pétroglyphes en tous cas sont d’origine humaine. Quant à les interpréter ?

Les photographies proviennent de la page Facebook de la proivince

 

 

 

 

 

 

 

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5 juin 2022 7 05 /06 /juin /2022 05:08

 

Nous avons consacré plusieurs articles aux « minorités  ethniques » qui bénéficient depuis 2017 d’une reconnaissance officielle, ils sont 62. Nous vous en donnons la liste :

 

 

Les Chams (จาม) que les Thaïs appellent familièrement les khaekcham  (แขกจาม) c’est-à-dire « les invités chams », le terme n’a rien de péjoratif, n’y sont pas spécifiquement inclus, probablement considérés comme appartenant au groupe des Malais dont ils partagent la religion et actuellement la langue.

 

 

La remarquable carte ethno-linguistique de la Thaïlande qui date de 2006 fait état de façon très marginale  d’un groupe Cham à Bangkok dans le village de Ban khaekhrua (บ้านแขครัว) et ajoute qu’actuellement ils ne parlent plus la langue cham, un tout petit point bleu au cœur du pays, entre 1000 et 2000 personnes. Encore faudrait-il savoir, mondialisation  aidant, si ce chiffre peut être maintenu en 2022 ? (1).

 

Quelques mots sur la langue et son écriture

 

La langue n'est plus guère parlée que dans la minorité cham du Vietnam, probablement moins de 100.000 personnes Une population de 200.000 individus réfugiés au Cambodge la parlerait encore mais beaucoup ont fui le pays lors de l’épisode des Khmers rouges qui fut génocidaire pour eux aussi pour trouver refuge en Malaisie.  Ce sont principalement les Chams du Vietnam qui connaissent encore l’écriture et peuvent lire les textes de leur littérature. Ceux du Cambodge connaissant encore leur écriture traditionnelle sont très peu nombreux. L’alphabet des Chams est originaire de l’Inde et apparaît dans les inscriptions autour du Ve siècle de notre ère. Il est utilisé pour des inscriptions en langue sanskrite comme en langue chame.

 

 

Les textes inscrits se trouvent jusqu’au XIIIe siècle. Ils sont rédigés en cham ancien. Les Chams d’aujourd’hui ne savent plus déchiffrer l’écriture des anciennes inscriptions. À partir du XVe siècle, les textes manuscrits sont rédigés en cham moyen et avec une écriture cursive qui s’éloigne fortement de celle des inscriptions sur pierre. Puis à partir du XIXe siècle, les textes sont rédigés en cham moderne et il existe une translittération romanisée du cham employée par les chercheurs occidentaux. On a plusieurs types d’écriture selon le pays dans lequel les Chams écrivent et selon le type de texte (profane ou sacré).

 

 

Les Chams : sources

 

Lointains des descendants des habitants du royaume de Champa, leur présence en Thaïlande mérite quelques lignes d’explications.

 

 

Ils viennent du royaume de Champa qui s’est définitivement écroulé au XIXe siècle face à l’empire Viet. Mon propos n’est pas d’écrire son histoire. Celle-ci l’a été essentiellement sinon exclusivement par des érudits français. De méticuleuses recherches épigraphiques firent l'objet de nombreuses publications dans le Bulletin de l'école française d'extrême orient. Georges Maspero a publié «  le  Royaume de Champa » (2). Il s’était imposé la tâche écrasante de dépouiller méthodiquement les vestiges de  l'épigraphie indigène et les textes étrangers concernant le Champa.  Signalons encore une remarquable synthèse de Louis Finot dans le fascicule publié à l’occasion de l’Exposition coloniale internationale de Partis en 1931 (3).

 

 

Le trésor de ses rois enfin -  au moins ce qui avait échappé au pillage des Viets – a été retrouvé abrité dans les zones tribales par Henri Parmentier et le Père  Eugène Marie Durand, des Missions étrangères.

 

 

L’inventaire de ce fabuleux trésor a été établi par eux (4). Il constitue actuellement les joyaux du Musée de Danang.

 

 

L’article de Nicolas Weber date de 2017 « The Cham Diaspora in Southeast Asia: Patterns of Historical, Political, Social and Economic Development » nous rapproche de nos Chams de Bangkok auquel il consacre un paragraphe au milieu des multiples péripéties des Chams au cours de leur histoire (5). Il est assorti d’une surabondante bibliographie.  Plus ponctuellement, en ce qui concerne l’histoire de la présence des communautés musulmanes à Bangkok, signalons l’article d’Edward Van Roy « Contending identities. Islam and ethnicity in Old Bangkok»   in Journal of the Siam Society , 2016, volume 104. Jean Baffie enfin a consacré il y a quelques années, en 1988, deux articles aux Chams de Bangkok (6).

 

 

Les Chams au Siam

 

L'ancien royaume de Champa, centré sur ce qui est aujourd'hui le littoral sud  vietnamien littoral, était il y a un millénaire déjà reconnu comme l'une des premières puissances maritimes d'Asie du Sud-Est.  Au cours des siècles, il domina le bas bassin du Mékong. Les Chams perfectionnèrent l'art de la construction navale et de la guerre sur les eaux. Au cours des siècles ensuite, le royaume  subit une implacable pression des Vietnamiens qui força un exode vers le haut le bassin du Mékong, jusqu’à la Péninsule malaise et l’archipel indonésien. Certains de ceux qui s’étaient installés à l'intérieur des terres furent capturés par les pillards siamois dès le XVe siècle. D'autres rejoignirent l’armée siamoise comme mercenaires. Ils continuèrent à jouer un rôle majeur dans l’histoire de la marine siamoise jusqu'au XIXe siècle et au-delà.

 

 

 

A Ayutthaya, les guerriers Cham reçurent un site de peuplement le long de la  rive de la rivière Chaophraya au sud de la ville fortifiée,

 

 

là où le plan de La Loubère situe le quartier malais qu’il ne différencie pas, ce sont tous des musulmans et les communautés avaient plus ou moins fusionné.

 

Réputés pour leurs prouesses dans la construction de bateaux, dans la navigation en eau douce et sur mer et dans les combats navals, ils se virent accorder le privilège de pagayer sur les barges royales qui perdura jusqu’au XXe siècle. Le chef de leur communauté a le titre de Phraya (พระยา).

 

 

A environ soixante-dix kilomètres en aval de la rivière Chaophraya depuis Ayutthaya, derrière le dépôt commercial bien fortifié de Thonburi et des douanes, le Siam avait depuis les années 1600 posté une garnison militaire cham. Lors de l’invasion  birmane de 1767, ce poste fut attaqué et détruit, ses défenseurs tués, capturés ou réduits à la fuite.

 

 

À la même époque, des centaines de familles de musulmans d’Ayutthaya – persans, arabes et malais ou  cham – anticipant la chute imminente de la capitale devant les assauts birmans, aménagèrent des radeaux sur lesquels ils s'éloignèrent furtivement, soudoyant parfois les forces assiégeantes pour assurer leur sécurité. Beaucoup se dirigèrent vers Thonburi.Une fois la situation politique stabilisée après le départ des forces birmanes et l'investiture de Phraya Taksin à la tête du Royaume siamois centré à Thonburi, les réfugiés musulmans se virent affecter des sites villageois permanents à terre, à la périphérie de la nouvelle capitale. Ces humbles débuts marquèrent le début d'une remarquable résurrection de la grandeur politique siamoise avec le puissant souvenir d'Ayutthaya comme guide.

 

 

La communauté chame de Thonburi a joué un grand rôle dans cette renaissance par la participation de ses bataillons de marins à de nombreux exploits militaires. Les générations suivantes, qu'ils soient prisonniers de guerre, mercenaires, ou demandeurs d'asile, continuèrent cette tradition. Pour confirmer ce rôle, les chantiers navals royaux et les hangars à barges furent installés  directement face à la colonie cham le long de la rive extérieure du canal. A la fin du 19e siècle on trouvait un groupe de trois établissements chams connus sous le nom de Ban Khaek Khrua - composés de Ban Khrua Nai (Intérieur), Klang (Moyen) et Nok (Extérieur) chacun avec sa propre mosquée et son cimetière, suggérant peut-être des origines et des dates d'établissement distinctes.

 

  Implantation en 1910 (dessin Van Roy) :

 

 

Des dizaines d’années de paix ont passé et la vocation militaire de cette ethnie est devenue caduque, remplacée par une spéciation dans le tissage de la soie pour le marché du luxe local et, plus tard, le marché naissant du commerce touristique.

Après la Seconde Guerre mondiale, en effet, l'industrie de la soie à Ban Khrua s'est rapidement développée sous la direction de Jim Thompson (James Harrison Wilson), colonel de l'armée américaine. Jim Thompson était un collectionneur passionné et la soie de Ban Khrua le fascina. En 1948, il fonde la Thai Silk Company avec cinq familles de tisserands. Il introduisit de nouvelles technologies pour améliorer la production et ce fut le succès. Thompson élargit son entreprise et fit venir des musulmans chams ou non chams d'autres régions de Thaïlande, de Surat Thani (สุราษฎร์ธานี) en particulier.

 

 

Dans le district de Chaiya (ไชยา), au nord de la province,

 

 

le tissage de la soie se pratiquait de tous temps essentiellement dans le sous district totalement musulman de Phumriang  (ตำบลพุมเรียง), célèbre pour la qualité de sa production soyeuse. Situé en bord du golfe de Thaïlande, il n’est d’ailleurs pas exclu que cette enclave musulmane dans une province qui ne l’est pas n’ait pas pour origine des Chams venus des mers ?

 

 

Après la disparition de Thomson en 1967, la Thai Silk Co. entra en déclin. De nos jours, seules deux familles de Ban Khrua se consacrent encore à l'industrie de la soie. Le tissage de la soie fut remplacé par celui du coton. A Phumriang et à Ban Khrua, on trouve des vêtements et des accessoires religieux : La présence d'une importante communauté musulmane au cœur de Bangkok rend probablement nécessaire la présence d'ateliers de tissage de coton pour les chapeaux de prières des hommes (la chéchia) et de leurs longues tuniques (la Kamis)

 

 

...ainsi que du voile des femmes (le hidjab) que les écolières portent avec tant de grâce.

 

 

D'autres groupes de Chams, après la chute d'Ayuthaya, choisirent d'autres destinations que Thonburi mais toujours en bord de mer :

 

Certains rejoignirent le sous-district de Nam Chiao (ตำบลน้ำเชี่ยว),  district de Laem Ngop  (อำเภอแหลมงอบ) dans la province de Trat (จังหวัดตราด). Ils y rejoignirent des musulmans thaïs avec lesquels ils se confondirent.

 

 

D'autres rejoignirent Rayong  (จังหวัดระยอง) et se fondirent également dans la population musulmane locale.

 

 

La communauté de Ban Krua fut fondée en 1787, il y a environ 235 ans, alors que Bangkok possédait encore des forêts et des champs dans une zone qui s'appelait  «  la forêt de bambous de Thung Phaya Thai » (ป่าไผ่ทุ่งพญาไท). Elle conserve seule ou tente de conserver sa spécificité et dut batailler pour éviter qu'un projet autoroutier ne détruise leurs mosquées et leur cimetières.

 

 

Nicolas Weber souligne que, partout où ils sont allé, leurs efforts d’intégration tout en préservant leurs identité culturelle. Jusqu’à quand ?

 

 

 

 

NOTES

 

1 -  « Ethno linguistic map of Thailand » publication de l’Université Thammasat, ISBN 974-7103-58-3

 

 

2 - Une première fois dans plusieurs livraisons de la revue Toung Pao entre 1910 et 1913, puis réunies en 1914 et 1929 sous  ce titre.

 

  1. - « Exposition coloniale Internationale de Paris – commissariat général » à Paris 1931, volume consacré à l’Indochine française.

 

 

  1. - « Le Trésor des rois chams »  In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 5,  905. pp. 1-46.

 

  1. -  Il est numérisé : Thomas Engelbert – 9783631660423  Downloaded from PubFactory at 04/03/2017 11:41:53AM by nicolasweb@yahoo.com

 

  1. - « Naissance et croissance de Ban Khrua: problèmes d’identité des Chams de Bangkok ». In: Ban Khrua, le “village” cham de Bangkok.  Bangkok, 1988.

Nos précédents articles sur les minorités ethniques de Thaïlande

 

INSOLITE 25 - LES ETHNIES OFFICIELLEMENT RECONNUES EN THAÏLANDE POUR LA PREMIÈRE FOIS EN 2017.

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/04/insolite-25-les-ethnies-officiellement-reconnues-en-thailande-pour-la-premiere-fois-en-2017.html

INSOLITE 9 - LES NÉGRITOS DE THAÏLANDE, DERNIERS REPRÉSENTANTS DES HOMMES DU PALÉOLITHIQUE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/12/insolite-9-les-negritos-de-thailande-derniers-representants-des-hommes-du-paleolithique.html

H 9 - LES MȎNS DE THAÏLANDE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/03/h-9-les-m-ns-de-thailande.html

INSOLITE 10. LA MYSTÉRIEUSE TRIBU DES MALABRI, LES « HOMMES NUS » DU NORD-OUEST.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/12/insolite-10.la-mysterieuse-tribu-des-malabri-les-hommes-nus-du-nord-ouest.html

INSOLITE 11 - LES « PEUPLES DES MONTAGNES » DE LA RÉGION DE KHORAT, DERNIERS REPRÉSENTANTS DU DVARAVATI.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/12/insolite-11-les-peuples-des-montagnes-de-la-region-de-khorat-derniers-representants-du-dvaravati.html

INSOLITE 12- LA LANGUE DES SAEK DE NAKHON PHANOM, UN VESTIGE DE LA PROTOHISTOIRE ? http://www.alainbernardenthailande.com/2017/01/insolite-12-la-langue-des-saek-de-nakhon-phanom-un-vestige-de-la-protohistoire.html

INSOLITE 13 - L’ETHNIE SO DE L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE) http://www.alainbernardenthailande.com/2017/01/insolite-13-l-ethnie-so-de-l-isan-nord-est-de-la-thailande.html

INSOLITE 16 - LES PEUPLES DE LA MER DE LA CȎTE OUEST DE LA THAÏLANDE : MYTHES ET RÉALITÉS. http://www.alainbernardenthailande.com/2017/02/insolite-16-les-peuples-de-la-mer-de-la-c-te-ouest-de-la-thailande-mythes-et-realites.html

 

INSOLITE 17. LES PEUPLES DE LA MER DE LA CȎTE OUEST DE LA THAÏLANDE : MYTHES ET RÉALITÉS.

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/02/insolite-17.les-peuples-de-la-mer-de-la-c-te-ouest-de-la-thailande-mythes-et-realites.html

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ? http://www.alainbernardenthailande.com/2017/08/insolite-20-les-phutai-une-ethnie-descendue-du-ciel.html

INSOLITE 21- LES THAI YO, UNE ETHNIE DE COUPEURS DE TÊTES (?) http://www.alainbernardenthailande.com/2018/03/insolite-21-les-thai-yo-une-ethnie-de-coupeurs-de-tetes.html

INSOLITE 22- LES KALŒNG, UNE TRIBU MÉCONNUE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.http://www.alainbernardenthailande.com/2018/03/insolite-22-les-kaloeng-une-tribu-meconnue-du-nord-est-de-la-thailande.html

INSOLITE 26 - L’ÎLE DE NORD-SENTINEL, DERNIER REFUGE DES NÉGRITOS DE LA PÉNINSULE DANS L'ARCHIPEL DES ANDAMAN http://www.alainbernardenthailande.com/2018/12/insolite-26-l-ile-de-nord-sentinel-dernier-refuge-des-negritos-de-la-peninsule-dans-l-archipel-des-andaman.html INSOLITE 27- LES « PEUPLES DE LA MER » D'ASIE DU SUD-EST SONT-ILS VENUS SUR L'ÎLE DE MADAGASCAR ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/08/insolite-27-les-peuples-de-la-mer-d-asie-du-sud-est-sont-ils-venus-sur-l-ile-de-madagascar.html

A.56 Isan : Le Crépuscule Des Ethnies ? http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-56-isan-le-crepuscule-des-ethnies-99202030.html

A145. Les "Minorités Ethniques" Du Nord-Ouest De La Thaïlande.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a145-les-minorites-ethniques-du-nord-ouest-de-la-thailande-123213089.html

A147. Les "Minorités Ethniques" Du Nord-Ouest De La Thaïlande. 2

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a147-les-minorites-etniques-ou-les-populations-montagnardes-du-nord-ouest-de-la-thailande-2-123281023.html

 

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24 avril 2022 7 24 /04 /avril /2022 02:37

 

Dans un amusant article publié dans la très sérieuse revue de la Siam Society dans sa livraison de 2021, le professeur Olivier de Bernon qui appartient à l'école française d'extrème orient, donne à l'invention du parachute une très lointaine origine siamoise. Le titre de son article est évocateur : « The Parachute, a French Invention of Distant Siamese Origin » (Le parachute, une invention française de lointaine origine siamoise - ร่มชูชีพ สิ่งประดิษฐ์ของฝรั่งเศสที่มีต้นกำเนิดจากสยามไกลๆ)

 

 

Selon lui, l'invention du parachute appartient au physicien français Louis-Sébastien Lenormand, né à Montpellier le 25 mai 1757. L'idée est née dans son esprit en lisant un passage de la Description du Royaume de Siam de Simon de La Loubère, envoyé extraordinaire du roi Louis XIV à la cour du roi Phra Narai à Ayutthaya. Le 26 décembre 1783, muni d'un attirail de parasols et de perches, Lenormand se lança du haut d'un arbre de six mètres et vérifié la douceur d'une chute qui était comparable aux acrobaties observées par La Loubère. Il entreprit aussitôt les calculs de résistance de l'air, de volumes, et des surfaces appropriées pour une voile de parachute pour obtenir la plus lente descente. Ce faisant, il a transformé un divertissement acrobatique en une expérience en mécanique physique : l'invention du parachute avait eu lieu.

 

 

Effectivement, ce scientifique revendiqua dans la revue « Annales de chimie » du 30 vendémiaire de l'an IX (22 octobre 1800) la paternité à la fois du mot (« parachûte ») et surtout d'en avoir fait l'essai sur sa personne le 26 novembre 1783.

 

 

L'idée lui en aurait été inspiré par une lecture dans un volume de l' « histoire des voyages » (mais il ne dit pas lequel) où il avait lu que des esclaves, pour amuser leur roi, munis d'un parasol, se laissoient aller d'une hauteur assez grande pour se faira beaucoup de mal ; mais qu'ils étoient retenus par la colonne d'air qui étoit comprimée par ce parasoll ». La revue ne contient malheurement pas le croquis de l'engin. Il indique simplement avoir eu un parasol de 30 pouces de diamètre (75 cm) dans chaque main, l'extrémité des baleines attachés à la poignée pour éviter qu'elles ne se replient.

 

 

Les principes de physiques sur lesquels fonctione le parachute sont effectivement bien connus. Mais s'est-il bien lancé de haut de la tour de la Babotte muni d'un parasol d'un dialètre de 30 pouces dans chaque main et atterrit-il sans dommage ?

 

C'est selon toute apparence Louis Figuier qui a répandu l'idée d'attribuer la paternité du premier saut en parachute à Lenormand . Selon lui « Lenormand avait lu dans quelques relations de voyages que des certains pays, des esclaves pour amuser leur roi se laisaient tomber d'une certaine hauteur munis d'un parasol... ». Il en situe également l'origine de l'idée à une anecdote : une fillette tombée d'une échelle fut sauvée par un vent du nord très violent qui s'engouffra dans sa robe ? Figuier qui n'en est pourtant pas avare ne donne qu'un dessin où l'on voit Lenormand accroché à un seul parasol de diamètres évidement supérieur à 30 pouces ? Pour Figuier, il ne pensait pas à permettre au passager d'un aérostat en danger de s'en échapper mais aux habitants d'une maison en flamme de fuir en sautant dans le vide sans dommage.(1).

 

 

Au demeurant, la paternité de cet exploit fut contestée par un érudit de Montpellier, L.H. Escuret en 1961, où se situe est la vérité ? Voici ce qu'il écrit :

« Louis Figuier... et le parachutiste : En 1945, une plaque commemorative fut fixée sur la tour de la Babote à Montpellier avec cette inscription : « A la mémoire du physicien Sébastien Lenormand qui, en 1783, du balcon de cette tour osa le premier saut en parachute. » C'était trop beau pour être vrai ! En réalité, Lenormand avait seulement décrit dans les Annales de chimie, en 1801, les expériences de parachutage qui furent réalisées à cette époque et à cette tour, mais seulement avec des poids et des animaux. C'est l'étourderie et peut-être le chauvinisme d'un Montpelliérain qui avait fait le reste. Ce Montpelliérain ? Un savant bien connu, Louis Figuier, qui avait ainsi « embelli » la vérité en décrivant cet exploit imaginaire dans ses « Merveilles de la science de 1868 ».

En 1958, l'erreur fut démasquée et la plaque modifiée comme il convenait » (2). Cette contestation est sérieuse. En effet, ces parasols ont chacun une superficie d'un peu moins de 2 mètres carrés soit 4 au total. C'est bien inférieur à la superficie de nos parachutes d'une superficie d'environ 10 mètres carrés qui permettent de toucher le sol à 8 mètres par seconde, un peu moins de 30 kilomètres à l'heure. Ceci dit, le « Livre des records » - mais est-ce une bonne référence - fait état d'un atterissage réussi avec un micro-parachute de 3,25 mètres carrés, alors ?

 

 

Dans son article susvisé, Lenormand continue en précisant qu'il a repris son expérience avec un parasol unique mais cette fois-ci de 14 pieds de diamètre soit 4,25 mètres ce qui donne une superficie d'un peu plus de 14 mètres carrés.

 

Que dit donc La Loubère et a-t-il décrit des parachutes au Siam ? Il s'est effectivement régalé du spectacle des acrobates chinois à la cour du roi Naraï et des saltimbanques jugés au sommet de très hauts bambous, les danseurs de bambous (ลอดบ่วง)

« Il en mourut un, il y a quelques années, qui se jetait du cerceau en bas. se soutenant seulement par deux parasols dont les manches étoient bien attachés à sa ceinture : le vent le portait au hasard tantôt à terre, tantôt sur des arbres, ou sur des maisons, et tantôt dans la rivière. Il divertissait si bien le Roi de Siam, que ce Prince l'avait fait grand Seigneur ».

 

 

Nous retrouvons bien là les deux parasols de Lenormand. A-t-il puisé cette idée à la lecture de La Loubère dans le texte ? L' « Histoire générale des voyages » de l'abbé Prevost dont il parle est une énorme collection de 25 volumes publiée à partir de 1746 sous forme de souscription. C'est une compilation de récits de voyageurs qui a connu un fort succès, l'exotisme étant alors fort à la mode. Le récit des voyageurs de l'ambassade de Louis XIV, tome X fut publié en 1752.

 

L'ouvrage a fait l'objet d'une édition abrégée en 1780, peut-être est-ce celle que Lenormand a eu sous les yeux ?

 

 

J'y lis : « On se rappelle qu'à Paris de nos jours un homme a essayé de s'ajuster des ailes et de voler.

 

Si l'on en croit La Loubère, on est plus habile à Siam qu'à Paris. Il vit un saltimbanque se jetant d'un bambou sans autre secours que de deux parasols dont les manches étaient attachés à sa ceinture, se livrait au vent qui le portait au hasard, tantôt sur les arbres, tantôt sur terre et tantôt dans la rivière.... » (3). La Loubère qui avait un joli coup de crayon ne nous a malheureusement pas laissé de gravure.

 

Une invention française venue du Siam qui a sauvé de nombreuses vies et causé de non moins grands ravages puisque les parachutistes d'Hitler en firent un instrument de mort , passant du simple divertissement artistique à l'élaboration scientifique.

 

 

 

NOTES

 

(1) « Merveilles de la science » 1868 repris dans « Les aérostats » 1887

 

 

(2) « Revue de l'histoire de la pharmacie » 1961

(3) « Abrégé de l'histoire générale des voyages », tome VI, 1780

 

 

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