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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

20 octobre 2013 7 20 /10 /octobre /2013 03:02

CIJLa Cour internationale de la Haye prolonge son délibéré jusqu’au 11 novembre 2013 !


Nous avions dans notre article intitulé « Le temple Phrea Vihear du Cambodge » ! Que veut la Thaïlande ? » rappelé la décision de la Cour internationale du 15 juin 1962, qui attribuait le temple de Préah Vihéar à la souveraineté du Cambodge; avec les litiges qui persistent depuis, semé d’incidents parfois sanglants. Nous avions présenté le nouveau procès à la Cour internationale de la Haye, d’avril 2013, en interprétation de l’arrêt de 1962 soumise par le Cambodge.*

 

Or, nous apprenions le 12 octobre par un communiqué de S.E. Surapong Towichakchaikul, ministre thaï des affaires étrangères, que la Cour de Justice de La Haye avait décidé de « prolonger son délibéré » jusqu’à l’année prochaine (quelle précision ! plus ou moins 365 jours !) alors qu’une décision aurait du en principe tomber de son siège ce mois-ci (1).


Il était alors à craindre, la décision devant intervenir « l’an prochain », que cela signifie en jargon juridique « sine die » ou en français « aux calendes grecques » ou à « la saint Glinglin ». Ne revenons pas sur le fonds de l’affaire, nous nous y sommes longuement attardés en insistant sur les « manœuvres de couloir » qui ont conduit en 1962 la Cour à attribuer au Cambodge la propriété d’un temple inaccessible du côté cambodgien et sur le fait que le litige ne porte plus que sur la propriété d’une zone de 4,6 kilomètres carrées située autour des ruines.

 

Nous sommes rassurés depuis que nous avons appris par le « Bangkok post » du 16 et « The Nation » du même jour, volte face de la Cour Internationale, que la décision serait en réalité rendue non plus à la Saint Glinglin mais le 11 novembre de cette année à 15 heures (heure thaïe), ainsi que l’a indiqué un courrier remis la veille à l’ambassadeur de Thaïlande à La Haye.


Le motif retenu par ces dignes magistrats pour retarder le prononcé de leur décision ?   « Une surcharge de travail » (« it was busy with many other cases »).  Les plaidoiries ont eu lieu du 15 au 19 d’avril.

 

Alina

 

Mais la Cour n’a pas connaissance de ce dossier depuis simplement six mois. La « requête introductive d’instance » avait été présentée par le Cambodge le 28 avril 2011, deux ans avant les plaidoiries sur le fond. Ce document fait, formellement, 201 pages mais si l’on enlève les « guiliguili » habituels et les pièces annexes, il en fait 30 et comme il est bilingue (français-anglais, les deux langues officielles de la CIJ), il en fait 15.


Comme il y avait en parallèle une certaine urgence puisque les protagonistes en étaient arrivés aux échanges de coups de feu, la Cour eu la sagesse (ils étaient 15 mais il y en eut tout de même 5 qui n’étaient pas d’accord) de rendre le 18 juillet 2011 une décision enjoignant à l’une et l’autre partie de retirer leurs troupes de la zone.


incidents


Depuis lors, en deux ans, les parties ont échangé des montagnes d’écritures représentant quelques milliers de pages d’arguments ou d’arguties que ces messieurs ont eu tout loisir d’étudier avant même que n’interviennent ces quelques jours de plaidoiries et durant les six mois qui les ont suivies.

Si l’information ainsi transmise est exacte, et il n’y a aucune raison qu’elle ne le soit pas, nous nous sommes inquiétés de savoir quel était à ce jour le « rôle » (i.e. la liste des affaires en cours) de la très haute juridiction, si ses quinze magistrats étaient effectivement « surchargés de travail » et la cour « very busy ».


En vérité, ce serait à hurler de rire si ce n’était à pleurer.


Quatre affaires sont présentement « en délibéré » :

Une querelle maritime entre le Chili et le Pérou qui ne trainaille « que » depuis 2008,

Une dispute entre l’Australie, le Japon et la Nouvelle-Zélande concernant l’Antarctique, qui est plus récente (2010),

Une dispute de voisinage entre le Costa-Rica et le Nicaragua introduite en 2013,

Et enfin notre litige entre le Cambodge et la Thaïlande.

Dans ces quatre dossiers, les intéressés attendent qu’une décision tombe du siège de la Cour après que leurs conseils aient plaidé.

Pour le reste, la Cour est effectivement victime d’une énorme « surcharge de travail » puisque restent en cours les affaires suivantes, dont certaines ne sont que des questions de bornage :

 

Bornage

 

Hongrie-Slovaquie, Pérou-Chili, Australie-Japon, Costa-Rica-Nicaragua, Bolivie-Chili, Nicaragua-Colombie et deux affaires probablement plus sensibles mais pas forcément plus complexes, concernant l’Ouganda et les rapports tumultueux entre la Serbie et la Croatie.

Procès fleuves, ils le sont tous, mais cela ne veut pas dire procès interminable ! Dreyfus fut jugé en 4 jours, Landru et Dominici en 12 et le Maréchal Pétain en 3 semaines. Christian Ranucci n’eut que quatre jours de procès à subir pour savoir qu’on allait lui couper la tête et n’a du attendre que quatre mois avant qu’on la lui coupe.


Une simple comparaison, Il y a 163 magistrats pour composer les 6 chambres de notre cour de cassation

 

cassation

 

qui jugent quelque chose comme environ 30.000 affaires par an lesquelles sont par principe au moins aussi complexes que le litige entre la Thaïlande et le Cambodge qui n’est en fait qu’un bornage à grande échelle (2).

 

re bornage


Un calcul comparatif même s’il ne vaut pas grand-chose ? Une moyenne de 185 affaires par magistrat de notre Cour suprême. A la Cour de La Haye, une moyenne (16/15), soit un peu plus d’ une affaire par magistrat ! Disons, à leur décharge évidemment, qu’ils ont une activité extrêmement pesante de « mission-réception » intense.


DaumierLaCourDAppel


La Cour de Justice des communautés européennes a condamné à diverses reprises la France pour les lenteurs de sa Justice et l’Etat français lui-même a été condamné par ses propres tribunaux (Tribunal de Grande Instance de Paris) pour d’inadmissibles lenteurs judicaires. Il n’y a aucune juridiction pour condamner la Cour de Justice de La Haye pour de tels errements.


***


Que cache ce renvoi en touche déguisé sous, de toute évidence, un « fallacieux prétexte » (3) ?

Peut-on penser que, comme au Congrès de Vienne, rien ne se joue dans la salle d’audience et tout dans les couloirs ?

 

L’avenir nous le dira. Le suspens continue donc jusqu’au mois prochain.

 

_______________________________________________________ 

 

Nota.


Nous avons, simple curiosité, cherché à savoir combien gagnent ces hauts magistrats « surchargés de travail », payés par l’ONU pour si peu faire car il faut bien appeler un chat un chat ?Impossible de trouver quelque renseignement que ce soit sur Internet.

Si nous nous en tenons à leur « petit personnel domestique », ils n’en sont pas dépourvus, ils sont plus de 120 à leur disposition pour leur cirer les bottes (une moyenne de 8 pour chacun d’eux). En 2010, la Cour recrutait des greffiers débutants sur la base de 55.000 euros par an (en France à ce jour un greffier à l’échelon maximum gagne environ 50.000 euros par an en fin de carrière).

Nous n’avons rien inventé, toutes ces informations se trouvent sur le site officiel de la CIJ (4), sur celui de la Cour de cassation (5), et sur celui du syndicat majoritaire chez les greffiers, l’UNSA-SJ (6).

 

 

Notes


*http://www.alainbernardenthailande.com/article-a106-le-temple-phrea-vihear-au-cambodge-que-veut-la-thailande-117495698.html


(1) Information dans le « Bangkok post » et « The Nation » du 12 octobre, relayée par le « Cambodge post » du 14 octobre 2013. Il eut été préférable que nous l’apprenions par la presse locale et virtuelle francophone.

(2) Dans le tas et à titre indicatif, du 22 janvier 2013 au 8 octobre 2013, les 2ème et 3ème chambre de la Cour de cassation ont eu à connaître de 65 affaires de bornage, toutes aussi embrouillées les unes que les autres. Vous pouvez pour vous en convaincre les consulter, si le cœur vous en dit, sur le site de « Légifrance » au chapitre de la jurisprudence judiciaire de la Cour de cassation :

http://www.legifrance.gouv.fr/initRechJuriJudi.do

(3) « fallacieux prétexte » expression consacrée chez les juristes pour qualifier tout simplement une contre-vérité.

(4) http://www.icj-cij.org/homepage/index.php?lang=fr

(5) http://www.courdecassation.fr/

(6) « Union Nationale de Syndicats Autonomes - Services Judiciaires » http://www.unsa-sj.fr/

 

 

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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 03:03


titreAujourd’hui, le cours mondial du caoutchouc s’est écroulé.
Le cours moyen du caoutchouc au premier semestre 2013 s’est élevé à 2,05 euros le kilo contre 2,72 euros au premier semestre 2012, soit une chute de 24%. Les petits producteurs thaïlandais croulent sous les dettes et demandent l’aide de l’Etat. Le conflit prend une dimension politique. Nous avons voulu en savoir plus sur cette situation.

En 1931, 28 millions d’automobiles sillonnaient le monde (1). Il y en avait plus d’un milliard en 2011 et 35 millions viennent s’ajouter chaque année (2). On ne  s’étonnera donc pas de savoir que le pneumatique accapare probablement plus de 70 % de la production de caoutchouc naturel.

 

La Thaïlande est aujourd’hui devenue le premier producteur mondial et le premier pays exportateur de caoutchouc naturel avec 33 % du volume échangé annuellement (3,167 millions de tonnes produites et 2,75 millions de tonnes exportées en 2008). (Cf. La remarquable étude de Madame Jocelyne Delarue (3), et un dossier intéressant sur le site du Ministère de l’agriculture français (4). )


 Jocelyne


Les premières plantations d’hévéas avaient déjà été réalisées à la fin du 19ème siècle par des investisseurs sino-thaï et anglais. Le premier hévéa arriva à Phuket en 1903 et les plantations se développèrent si vite qu'elles couvrirent rapidement plus du tiers des terres de l'île, suscitant une vague d'immigration pour faire face aux besoins. La grande majorité des ouvriers de ces plantations étaient alors des musulmans thaïs. Dès cette époque, toutefois, le développement spéculatif des plantations capitalistes avait été interdit par le gouvernement hostile à la cession de terres à des investisseurs étrangers.


Plantation


L’exploitation agricole (donc de l’hévéa) fait toujours partie des activités interdites aux étrangers selon la loi sur le commerce des étrangers B.E. 2542.


Pour cette raison, le Siam ne participa pas au premier boom du caoutchouc qui a eu lieu dans les années 20.

Les plantations d’hévéas « villageois » commencèrent donc dans les années 20 et 30, essentiellement dans le sud et à l’est de Bangkok. Les agriculteurs exploitent alors de très petites parcelles proche de leurs  habitations ou en suite de la riziculture d’abattis-brulis. Ces parcelles sont exploitées avec des semis provenant de grandes plantations avec un investissement en travail minime et produisaient probablement des rendements de l’ordre de 200 à 500 kilos/ha (le rendement correct serait de l’ordre de 1800 kilos à 2000 kilos) (4 bis).

 

La performance est médiocre mais dans les années 1950, le caoutchouc est déjà le deuxième poste d’exportation en valeur après le riz (5). La superficie totale plantée est estimée à 1,2 millions d’hectares (7.500.000 raïs) en 1966.

 

L’Etat décida alors de mettre en place un grand programme de replantation pour favoriser l’utilisation de variétés clonales et améliorer les rendements.  L’ORRAF (Office of the Rubber Replanting Aid Fund ) est créé en 1960 pour soutenir les replantations  à l’image d’une structure équivalente créée en 1952 en Malaisie.

      oraf

 

 

Cette organisation parapublique centralise toutes les activités d’appui à la « culture d’hévéas clonaux et d’autres espèces de plantations pérennes en remplacement total ou partiel de vieux hévéas ». Elle finance intégralement le coût de la plantation, en prenant en charge les plants, tous les « intrants » (c’est-à-dire essentiellement les produits phytosanitaires) et le paiement de la main d’œuvre. Le montant de l’aide versée depuis sa création par l’ORRAF tourne autour d’une moyenne de 57.787 bahts/ha (en bath constant base 2000) c’est-à-dire 9.245 bahts/raï.

 

Depuis 1995, le montant est fixé par une commission tripartite composée des représentants des paysans planteurs, de la Thaï Rubber Association (rassemblant les usiniers et les exportateurs) et les agences gouvernementales concernées.

 

La culture de l’hévéa semble avoir atteint son extension maximale dans les régions du sud, où elle couvre plus de 70% des superficies cultivables totales. Les replantations y sont régulières grâce à l’intervention de l’ORRAF, mais l’Etat encourage aussi la diversification et certains exploitants commencent à remplacer les hévéas par des arbres fruitiers ou des palmiers à huile.

 

 

Le gouvernement commande au milieu des années 80 une étude de faisabilité sur le développement de l’hévéaculture dans le nord et le nord-est, en estimant que cette culture à forte rentabilité potentielle peut être un facteur de développement pour ces zones rurales défavorisées.

Cet objectif s’accompagne du développement de programmes de recherche spécifiques sur les variétés et les moyens techniques à recommander dans ces régions à priori (mais à priori seulement) moins propices à la croissance des hévéas. L’ORRAF fut autorisé, à partir de 1987, à financer de nouvelles plantations, dans une limite de 15 rais (soit 2,4ha) par bénéficiaire dans un premier temps. Ce programme de nouvelles plantations dans le nord-est fut financé sur budget de l’Etat.

 

Le projet gouvernemental « New Planting to Increase Revenues and Stability », mis en place par l’ORRAF, délivre des plants d’hévéas clonaux gratuitement aux agriculteurs du nord et du nord-est pour une nouvelle plantation d’une surface maximale de 30 raïs (4,8 ha). Les autres coûts de plantation sont financés par un prêt de la BAAC. Toutefois, au financement apporté par l’ORRAF et la BAAC peuvent s’ajouter ponctuellement des financements en subvention d’autres administrations (Ministère de l’Intérieur, Ministère de l’Agriculture ou Ministère des Forces Armées).

Bien qu’elles soient en progression constante, les surfaces plantées en hévéas dans les régions Nord et Nord-Est sont toutefois encore limitées puisqu’elles atteignent seulement 3,3 millions de raïs (0, 528 millions d’hectares), soit moins de 20% des surfaces nationales en hévéas et moins de 10% des surfaces cultivables totales de ces régions.

 

L’hévéaculture est assurément en Thaïlande entre les mains de petits agriculteurs ; point de mainmise de Michelin ou de Goodyear sur les dizaines de milliers d’hectares de plantation comme en Indochine (où les plantations Michelin ont été nationalisées à la chute de Saigon), Malaisie, Indonésie ou Afrique.


 

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Les problèmes actuels sont nés de la commercialisation tout autant que de la spéculation. 

 

Dans les années 1960 et 1970, il n’y a guère plus de 20 usiniers-exportateurs dans le secteur du caoutchouc, dont 5 principaux acheteurs rassemblant 60 à 80% de la production nationale. Une telle structure de marché permet alors à ces exportateurs de maintenir les prix payés « bord champ » relativement bas, tout en leur permettant d’exporter du caoutchouc de médiocre qualité.

A l’échelle locale, à cette époque, les intermédiaires-collecteurs sont assez nombreux, ce qui limite leur marge et permet tout de même aux agriculteurs de toucher une part importante du prix de vente international. Mais si l’exploitation est aux mains de petits (ou relativement petits) exploitants, la commercialisation est aux mains de la « finance anonyme et vagabonde ».

 

finance

 

Lorsque le négociant achète « en bord de champ » au « prix du marché » c’est en réalité au prix qu’il a lui-même fixé. Quand le marché est à la hausse, le petit exploitant en profite même pour faible partie. Mais quand le marché est à la baisse ? Ce serait le cas actuellement suite à une surproduction ?

 

ll y aurait donc trop de caoutchouc sur le marché mondial ?

 

Le marché du caoutchouc est éminemment spéculatif (le cours se fait-il à la City de Londres ?). Surproduction ou sous consommation ? Vaste débat dans lequel les économistes, spécialistes de la « science économique » qui est comme chacun sait une « fausse science », qu’ils soient keynésiens ou marxistes n’ont pas apporté de réponse limpide.


L’engagement de l’État en faveur de l’hévéaculture familiale répond à un objectif de lutte contre la pauvreté et il est donc logique qu’il intervienne (il l’a fait déjà en 2009) sur les stocks pour réguler les prix lorsqu’ils sont à la baisse.

Ces dernières années, le cours du caoutchouc était à la hausse et d’éminents économistes nous démontrent de façon péremptoire qu’il s’agit d’un « trend haussier à long terme » (6) ce qui veut dire en bon français que le cours est à la hausse sur le long terme. Mais ce n’est pas le long terme qui intéresse le petit planteur siamois de Nakhonsrithammarat ou de Kalasin vivant au jour le jour comme tout bon paysan thaï.

 

Le marché n’est pourtant plus aujourd’hui à la hausse mais à la baisse.

 

cours caoutchouc Osaka 0512

 

L’an passé (2012) le gouvernement thaïlandais a approuvé mardi un plan de 15 milliards de bahts pour soutenir les prix du caoutchouc. « Le programme d’intervention peut commencer tout de suite et nous recherchons à acheter 200 000 tonnes ou plus pour soutenir les prix », indique, chef de l’Office of Agriculture Economy. Le gouvernement a accepté d’acheter auprès des agriculteurs la feuille de caoutchouc à 120 bahts, un prix plus élevé que le prix de marché qui était début 2012 de 110 bahts et de 90 baths à la fin décembre 2011. Le prix record avait été atteint en février 2011. D’autres éminents économistes (6) nous affirment que «  la tendance à moyen terme est incertaine compte tenu de la crise de la dette en Europe, qui pourrait ralentir la demande de pneumatique, et les perspectives moroses de l’économie mondiale ».


Aujourd’hui, le cours mondial du caoutchouc s’est écroulé.

 

 

Sur le marché mondial, le cours moyen du caoutchouc au premier semestre 2013 s’est élevé à 2,05 euros le kilo contre 2,72 euros au premier semestre 2012, soit une chute de 24%.


Et les petits producteurs croulent sous les dettes. Leur colère monte. Un dossier bien difficile à régler pour la premier ministre aux manettes.

«Je ne sais pas pourquoi les prix ont chuté, mais le gouvernement doit nous aider», explique ce fermier de 41 ans, à la tête d’une petite plantation de 16 hectares dans la région de Suratthani, où il produit caoutchouc et huile de palme » (7).


Le conflit prend une dimension politique, dans ce pays où les manifestations peuvent s’emballer rapidement comme nous le savons.

 

Manif


L’essentiel de la production caoutchoutière vient du sud, une région qui est globalement (90 %) hostile au gouvernement actuel. Ils accusent non sans raisons  le « deux poids deux mesures » du gouvernement, qui dépense des milliards de dollars pour un programme de soutien massif au prix garanti du riz, l’autre grande production agricole du pays, au profit essentiellement de la riziculture du nord et du nord-est, régions majoritairement favorables au gouvernement actuel (8).


A ce facteur purement politique s’en ajoute un autre essentiellement agricole qui ne joue pas en faveur du sud : On ne peut pas saigner les hévéas sous la pluie, or, les grandes régions caoutchoutières du sud ne subissent pas le climat du nord et surtout du nord-est ou la sécheresse est souvent calamiteuse. Deux ou trois moussons annuelles à Phukhet, record de pluviométrie dans la province de Ranong, le pot de chambre de la Thaïlande (8.000 mm d’eau par an alors que le record de sécheresse appartient à la province de Tak, 1.000 mm annuels).


Malgré ce, le gouvernement est resté inflexible face aux manifestations des producteurs de caoutchouc du sud qui refusaient la proposition du gouvernement de leur accorder une subvention bien inférieure à leurs exigences de prix d’achat garanti à 120 bahts le kilo, globalement satisfaisante pour ceux du nord et du nord-est.

Mais une information récente laisse à penser que – peut-être – la situation allait se débloquer: nous lisons sous la plume de Pierre Queffelec :


« Crise du caoutchouc  –  à 5 bahts près… »

 

« La décision du gouvernement de doubler la subvention permet de frôler le montant de l’aide revendiquée par les producteurs de caoutchouc du Sud »… (9). Le gouvernement a donc cédé à l’essentiel des revendications venues du sud.

Mais deux jours plus tard, nouvelle information (10) (relativement) pessimiste : Les sudistes ne baissent pas les pouces et exigent cette fois - entre autre - pleine et entière amnistie au profit des manifestants impliqués dans les débordements. Le dossier est-il est réglé ? Les jours qui viennent nous le dirons.

 

***

 

Des questions restent posées auxquelles nous nous garderons de donner la moindre réponse :


La sinusoïde des cours du caoutchouc provient-elle d’une réalité économique ? Surproduction ? Sous-consommation ? S’il y a surproduction, ne peut-on s’étonner que l’an passé Michelin ait quadruplé ses plantations caoutchoutières au Libéria les portant à 35.000 hectares (11) et qu’un site boursier qui nous a semblé sérieux conseille vivement (il y a trois ans, il est vrai) le « placement caoutchouc » comme excellent placement à long terme (12). Provient-elle (ce n’est qu’une hypothèse évidemment) de manœuvres spéculatives des bourses de Londres, Singapour, Kuala Lumpur, Tokyo et probablement de façon sournoise, de Hanoï ? Le cours du marché s’écroule mais celui de l’action Michelin est en hausse constante ? Doit-on voir dans cette crise l’intervention de la « finance anonyme et vagabonde » ? Il convient selon la formule de Jacques Bonhomme de « voir à voir ».

 

Mais il reste une grande menace : la synthèse, qui conduirait à l’arrêt de mort des plantations.


Qui osera prétendre que le caoutchouc de synthèse adapté à l’utilisation routière ne sortira pas un jour des éprouvettes comme on tire de l’alcool d’un bloc de charbon ?

 chimiste 2

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Notes


Petit historique.


D’où vient donc la gomme indispensable à la formidable expansion de l’industrie automobile ?

On ramassa d’abord le caoutchouc naturel des forêts brésiliennes, qu’il n’y avait qu’à se baisser pour prendre. L’automobile rendit rapidement cette production insuffisante.

 

 

Bo - Seringueiro incisando


Les Anglais, les premiers eurent conscience de l’avenir illimité de cette substance ailleurs que dans les ballons de football (ou autre)

 

capote

 

et dédaignèrent la tâche obscure des seringueiros en commençant à planter l’hévéa dans leurs colonies d’Asie, non sans risques puisque le rendement n’intervient qu’au bout de 7 ans en moyenne.

Au début du siècle dernier, la production mondiale de caoutchouc sauvage était de 65.000 tonnes et celle de caoutchouc cultivé de 500 tonnes. 25 ans plus tard, la cueillette du caoutchouc sauvage n’était plus que de 25.000 tonnes et celle du caoutchouc cultivé de 375.000 tonnes. En 1961, la production mondiale de caoutchouc cultivé est passée à 2,1 millions de tonnes et à 10 millions en 2011.

Les recherches entreprises, notamment par les chimistes allemands dès la première guerre mondiale, pour créer un caoutchouc de synthèse, faute de caoutchouc naturel pour raisons de blocus, ont certes abouti

 

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mais le caoutchouc de synthèse ne présente encore paraît-il pas les qualités du caoutchouc naturel pour assurer la pérennité des pneumatiques de nos automobiles. Grace à l’invention de la vulcanisation et celle du pneu à carcasse radiale par Michelin en 1948, le caoutchouc naturel reste le meilleur.

 

Le caoutchouc sauvage a perdu toute considération autre que touristique et folklorique au Brésil où quelques seringueiros opèrent encore dans ce qui reste de la forêt amazonienne.

 

tintin

 

      ______________________

 

(1) Louis Cros «  L’Indochine française pour tous », Albin Michel, 1931.

(2) Voir l’article dans « le Monde » du 26 août 2011, http://ecologie.blog.lemonde.fr/2011/08/26/un-milliard-de-voitures-dans-le-monde-la-chine-fait-la-course-en-tete/

(3) « La Thaïlande : premier exportateur de caoutchouc naturel grâce à ses agriculteurs familiaux » par Jocelyne Delarue, publication du Département de la Recherche - Agence Française de Développement - 5 rue Roland Barthes – Paris, 2009 sur : www.afd.fr avec une bibliographie très complète.

(4), « Les politiques agricoles à travers le monde, quelques exemples, Thaïlande » in :

http://agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/29-_Thailande_cle81d921.pdf

 

(4 bis) Ce genre de considérations « économiques » nous rappellent irrésistiblement l’histoire contée par Jean Lartéguy dans « Les tambours de bronze » : Lorsque les colons français s’installèrent au Laos, le rendement d’un hectare de riz était (chiffre donné en l’air) de 10 quintaux à l’hectare. Un colon interpelle un paysan et lui explique que sur les deux hectares de son exploitation, travaillés rationnellement, il obtiendrait non plus 20 quintaux (qui le faisaient bien vivre) mais 40 (qui le rendraient riche). L’année suivante, le colon revient, le Lao avait doublé sa production sur un hectare … et vendu le second.

(5) « SECTEUR HEVEICOLE: Les cours du caoutchouc continuent de flamber. » Sur le site de la « Confédération générale des entreprises de Côte d’ivoire », article de septembre 2013 in :

http://www.cgeci.org/cgeci/index.php?option=com_content&view=article&id=586:heveaculture-les-cours-Du

(6) « comod@africa – votre information Afrique – matières premières » in :

http://commodafrica.com/fr/actualites/matieres_premieres/caoutchoucplandinterventionthailande

(7) « Thaïlande: les producteurs de caoutchouc sous les dettes », un excellent reportage de « Libération » en date du 5 septembre 2013 in :

http://www.liberation.fr/economie/2013/09/05/thailande-les-producteurs-de-caoutchouc-sous-les-dettes_929629

(8) Voir notre article A81 : « à qui  profite le riz en Thaïlande ? ».

(9) « Le petit journal de Bangkok » du 11 septembre 2013.

(10) « Le petit journal de Bangkok » du 13 septembre 2013.

« Crise du caoutchouc  –  Les producteurs du Sud lancent un ultimatum 

(11) voir : http://www.boursereflex.com/actu/2012/01/24/caoutchouc_siph_quadruple_la_superficie_de_ses_terres_au_liberia

(12) « Le caoutchouc flambe, est-ce le moment d’investir ? » in :

http://edito-matieres-premieres.fr/le-caoutchouc-flambe-est-ce-le-moment-dinvestir/

 

semelles

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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 03:03

cij.jpgEn ce mois d’avril 2013, Les Thaïlandais ont pu suivre en direct à la télévision, la défense de leurs avocats à la Cour internationale de la Haye concernant leur contentieux avec le Cambodge à propos de la propriété des terres adjacentes au temple Phrea Vihear.  

Pourquoi les medias thaïs ont-ils  porté au pinacle les avocats français qui ont fait « de la belle ouvrage » ?


 1/ Rappel de la décision de la Cour du 15 juin 1962.


Le 6 octobre 1959, le royaume du Cambodge, chaussant allégrement les bottes de l’ancienne puissance coloniale, présente à la Cour internationale de la Haye une « requête introductive d’instance » dont il importe de peser les termes puisqu’ils vont « lier le contentieux » c’est-à-dire poser clairement l’objet du litige. La Cour ne peut donc, c’est un principe général immuable, statuer « ultra petita » (au-delà de ce qui est demandé).

 

« Requête introductive d’instance »


Suivent une vingtaine de pages d’explications, d’argumentations et de références à des pièces justificatives. Nous vous en faisons grâce, vous pouvez les consulter sans la moindre difficulté sur le site de la Cour Internationale de Justice (http://www.icj-cij.org/). Les deux langues officielles de la Cour étant le français et l’anglais, pas de problème pour nous.

 

« Par ces motifs »

 

Le Royaume du Cambodge conclut à ce qu'il plaise à la Cour dire et juger, tant en présence qu'en l'absence du Royaume de Thaïlande,


1) que  le Royaume de Thaïlande devra retirer les éléments de forces armées qu'il a installés depuis 1954 dans les ruines du temple de Préah Vihéar;


2) que la souveraineté territoriale sur le temple de Préah Vihéar appartient au Royaume du Cambodge.

Paris, le 30 septembre 1959.


Ce que nous avons souligné, est à dessein. Pourquoi ?


Pour faire une référence peut-être plus parlante au droit français, la demande ne se présente pas comme un bornage

 

Bornage

 

(fixation de la frontière plus ou moins évanescente en deçà ou en delà des ruines du temple), mais d’une revendication de propriété (les ruines du temple et rien autre, sont placées sous la souveraineté du Cambodge c’est-à-dire sont propriété du Cambodge). Le Cambodge revendiquait les pierres mais pas la terre.

 

62


Après des débats fort techniques et souvent absconds pour le profane, la décision de la Cour va tomber le 15 juin 1962 :


« Par ces motifs »

 

La Cour

par neuf voix contre trois,

 

1 - dit que le temple de Préah Vihéar est situé en territoire relevant de la souveraineté du Cambodge;

dit en conséquence, par neuf voix contre trois,


 2 - que la Thaïlande est tenue de retirer tous les éléments de forces armées ou de police ou autres gardes ou gardiens qu'elle a installés dans le temple ou dans ses environs situés en territoire cambodgien;

par sept voix contre cinq,


3 - que la Thaïlande est tenue de restituer au Cambodge tous objets des catégories spécifiées dans la cinquième conclusion du Cambodge qui, depuis la date de l'occupation du temple par la Thaïlande en 1954, auraient pu être enlevés du temple ou de la zone du temple par les autorités thaïlandaises.

 

Fait en anglais et en français ….. »


Notez que les délibérés de la Cour ne sont pas (comme en France) anonymes, nous connaissons non seulement le nom des « contre » mais aussi leur avis motivé puisqu’ils donnent par écrit les raisons de leur opinion dissidente (que l’on trouve sur le site de la C.I.J loc.cit. et que l’on peut lire avec un certain profit).


Notez que les points n°2 et 3 du « dispositif » (C’est-à-dire ce qui a été exactement jugé et sur quoi, par conséquent, il n’est plus possible de revenir) ne sont que la conséquence du point numéro 1.


Peut-on faire référence à notre législation interne ? Pourquoi pas ? La jurisprudence de la Cour de Cassation est maintenant acquise :


L’ « autorité de la chose jugée » a pour effet d'empêcher les parties de recommencer un nouveau procès qui porterait sur un différend qui aurait été déjà jugé et elle est limitée aux seules énonciations du dispositif et non des motifs, c’est-à-dire l’ensemble des raisons qui ont conduit le Juge à prendre sa décision sous le chapitre « par ces motifs ».


Il est donc acquis depuis le 15 juin 1962, et la Thaïlande ne le conteste nullement, que les ruines du temple sont en territoire cambodgien.

                                          __

 

Pourquoi dès lors, le litige persiste-t-il depuis 50 ans d’incidents parfois sanglants en incidents diplomatiques ?


incidents


L’inscription du site au patrimoine mondial de l’humanité a mis le feu aux poudres. Il est incontestable que l’entrée du temple se situe dans la province de SI SA KET, juste à la frontière avec le Cambodge.


Le temple est situé sur un surplomb, à 600 m au-dessus de la plaine du nord cambodgien. Son accès est très malaisé par cette voie, alors qu'il ne pose aucun problème à partir de la Thaïlande. Il règne depuis lors un incontestable flou frontalier (1).


Il est non moins incontestable que, traditionnellement, « le sud-est asiatique n’a jamais eu de perception de ce qu’est une frontière » (2). Voir l’article de Surachart Bamrungsuk in : « Bangkok post » du 21 février 2008.


La frontière semble suivre la ligne de crête partout sauf à  Preah Vihear où il y a de par les vertus de l’arrêt de 1962 une enclave cambodgienne en territoire thaï. Le Cambodge ne fut donc pas la victime de ce contentieux, bien au contraire, et la Thaïlande n’est pas un « plaideur de mauvaise foi ».

La propriété des terres adjacentes au temple reste litigieuse pour n’avoir pas été concernée par la décision de 1962. Il subsiste un territoire de 4,6 km2 au centre du litige.


La démarcation précise de la frontière, sur la ligne de crête des monts Dangrek, au sommet desquels se trouve le temple, n'a jamais été réalisée.

1804-carteCambodge


Le temple n’est qu’une infirme partie du territoire contestée.


N’épiloguons pas sur les conditions dans lesquelles le roi Sihanouk a réussi à convaincre la Cour en 1962 de la « cambodgianité du temple » (3). Mais il a incontestablement commis une erreur procédurale majeure en ne demandant qu'un jugement sur le temple, et non sur la zone contestée. Le Cambodge revendiquait les pierres mais avait oublié de revendiquer la terre.

       

2/ Le nouveau procès à la Cour internationale de la Haye, d’avril 2013. 

Le litige qui vient de se plaider devant la Cour est issu d’une requête en date du 28 avril 2011 en interprétation de l’arrêt de 1962 soumise par le Cambodge.


Sa présentation en est initialement délibérément vicieuse :


« …Il doit tout d'abord être rappelé que le différend entre le Cambodge et la Thaïlande soumis  à la Cour en 1959 était centré sur la question de la souveraineté dans la région du territoire cambodgien où se trouvent les ruines du Temple de Préah Vihéar… »


Quel en est (après 17 pages d’analyse juridique complexe) le « dispositif » c’est à dire l’objet de la demande :


« Le  Cambodge prie respectueusement la Cour de dire et juger que :


« L'obligation pour la Thaïlande de « retirer tous les éléments de forces armées ou de police ou autres gardes ou gardiens qu'elle a installés dans le temple ou dans ses environs situés en territoire cambodgien» (point 2 du dispositif) est une conséquence particulière de l'obligation générale et continue de respecter l'intégrité du territoire du Cambodge, territoire délimité dans la région du Temple et ses environs par la ligne de la carte de l'annexe 1 sur laquelle l'arrêt de la Cour est basé. Le 28 avril 2011. » 


Les débats se sont déroulés du 15 au 18 avril dernier. Ils ont été transmis « en direct » à la télévision thaïe (au moins sur la chaine ASTV) et la défense de la Thaïlande par ses conseils français a enthousiasmé l’opinion générale.


Elle fut conduite par le professeur M. Alain Pellet,


 

alain pellet 2

 

 

professeur à l’Université Paris Ouest, Nanterre-La Défense, qui est actuellement en France le « pape » du droit international. Ce ne sera pas dénigrer les autres défenseurs thaïs, anglais ou américains, de ne citer que lui puisque nous avons eu le plaisir d’entendre ses plaidoiries en français (actuellement disponibles sur « youtube »). Mais il serait désobligeant de ne pas citer sa collaboratrice roumaine Alina Miron parfaitement francophone (en thaï อลินา มิรอง) dont la plaidoirie en français fut un délice. C’est évidemment la favorite des médias !

 

Alina

 

Les débats devant la CIJ ne sont pas ceux d’une Cour d’assises, point d’effets de manche, point de déclarations tonitruantes, point d’incidents d’audience. Alain Pellet plaide « à la parisienne », quand on l’écoute, on a tendance à partager l’opinion de Villon, « Il n’est de bon bec que de Paris ».

 

Francois Villon

 

Les vacheries sont dites, mais en douceur et l’élégance de la forme peut sous-entendre des propos au jus de mancenillier :


 « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément». A lire ses conclusions on ne peut pas dire que le Cambodge soit imprégné de cette sagesse cartésienne. Elles sont rédigées de telle manière que la seule véritable question qui oppose les Parties y est dissimulée par une sorte de rébus qu’il nous faut et qu’il vous faut déchiffrer ; comme pour certains jeux de hasard, il faut gratter pour savoir ... Ceci étant, si l’on gratte, on trouve, sans trop de mal à ce stade, le sens caché, le véritable différend, la vraie question. Car il y en a une seule, Monsieur le président, et qui, se concevant clairement, peut s’énoncer aisément : dans son arrêt de 1962, la Cour a-t-elle décidé, avec force obligatoire pour les Parties, du tracé de la frontière ? »


Il a le mérite de poser clairement la difficulté : « Là où les désaccords commencent peut-être devrais-je plutôt dire le désaccord, mais il est de taille c’est avec la «reconnaissance de la frontière» que le Cambodge impute à l’arrêt de la Cour, lorsqu’il vous demande de dire, en utilisant l’une de ces formules tarabiscotées dont il a le secret, que la souveraineté du Cambodge sur le temple « est la conséquence juridique du fait que le temple est situé du côté cambodgien de la frontière » jusqu’ici pas de problème ni de différend sur l’interprétation : c’est en effet ce que fait la Cour mais la Partie cambodgienne ajoute : « telle qu’elle fut reconnue par la Cour dans son arrêt ». Et à cet égard, nous ne sommes plus du tout d’accord mais ce désaccord n’est pas un différend que vous pouvez trancher dans le cadre d’une demande en interprétation formulée sur la base de l’article 60 du Statut. »


« Le sens du dispositif est « clair comme de l’eau de roche » ou disons « crystal clear » pour rendre la politesse à sir Franklin (avocat anglais du Cambodge)  : le « territoire cambodgien » c’est ... le territoire du Cambodge, Etat souverain dont le territoire est un élément constitutif, sur lequel s’exerce sa souveraineté territoriale ; les deux Parties présentes dans cette salle sont d’accord ;  le temple est situé sur ce territoire ; le paragraphe 1 le décide ; il n’y a pas de contestation sur ce point non plus ; et  il va de soi (mais j’y reviendrai) qu’il en résulte que tous les éléments de forces armées ou de police étrangères stationnées sur ce territoire doivent en être retirés  ce que décide le paragraphe 3 ; c’est évident et ceci n’appelle aucune interprétation  décidément, « in claris non fit interpretatio » ... enfin  mais certainement not least ! Aucun des trois paragraphes du dispositif ne contient le mot frontière, ni une expression équivalente


Rappel insidieux et cruel des termes probablement mal choisis de la requête de 1959.


« Et il n’était nul besoin pour la Cour de 1962 de décider précisément de l’emplacement de la ligne frontalière : il lui était demandé de « dire et juger que le temple de Préah Vihéar est situé en territoire relevant de la souveraineté du Royaume du Cambodge »


Et « in fine », grand seigneur, il est rare qu’un mandarin de cette stature cède la dernière place à un collaborateur « Je vous prie, Monsieur le président, de bien vouloir appeler à cette barre Alina Miron dont je suis honoré d’avoir été le professeur même si, tel Ménalque d’André Gide dans Les nourritures terrestres, je ne veux pas de disciples ».


Celle–ci aura alors la tâche bien ingrate de donner de très complexes explications cartographiques et géographiques que son charme et sa légère pointe d’accent nous firent écouter avec plaisir.


images


En définitive, des débats très techniques et très juridiques, le texte complet des interventions de tous et toutes est depuis quelques jours intégralement disponible sur le site de la CIJ.


La Cour « videra son délibéré » (rendra son arrêt) au mois d’octobre ; L’affaire est donc à suivre et nous la suivrons..Il est évidemment toujours périlleux d’augurer de l’issue d’un débat judiciaire. Citons tout de même le bon La Fontaine :


 «… Tel, comme dit Merlin, cuide engeigner autrui,

Qui souvent s’engeigne soi-même,

J’ai regret que ce mot soit trop vieux aujourd’hui,

Il m’a toujours semblé d’une énergie extrême ».

 

 

 

________________________________________________________________________________________________________________

 

 

(1) Voir un excellent article in « Le monde » du 6 juillet 2007.


(2) Voir l’article de Surachart Bamrungsuk in : « Bangkok post » du 21 février 2008.


(3) Voir notre article 24. « Affaire du Temple Vihear : Et si les Thaïs avaient été floués ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-25-affaire-du-temple-vihear-et-si-les-thais-avaient-ete-floues-72276720.html

 

Nous avons eu le bonheur de retrouver un extrait des mémoires de Samdach Son-Sann, ancien premier ministre du Cambodge de 67 à 69 (http://www.taansrokkhmer.com/temple_de_preah-vihear1.ws ou encore http://fr.scribd.com/doc/50243303/Memoire-de-Son-Sann-sur-Preah-Vihear) qui indique avec un évident cynisme la manière dont le procès a été préparé à l’instigation de Sihanouk,

 

Norodom Sihanouk Caric'actu octobre 2012 semaine 42

la manière dont on a circonvenu Monsieur X : « nous avons été rendre visite à M. X très porté sur l’alcool alors dans une maison de retraire sur la côte d’azur »…. Sous entendu un vieillard gâteux et alcoolique ce qui explique que nous voilons son nom dans la pièce jointe. Samdach Son-Sann a reçu instructions comme adjoint à l’ambassadeur à l’ONU « pendant trois ans de préparer discrètement le procès... Les pays du bloc communiste nous étaient favorables

 

moscou

 

et nous ont promis que leurs juges à La Haye nous soutiendront. Grâce à un banquier américain ami, nous avons pu avoir aussi la promesse de soutien d’un grand pays asiatique ». Soutien du bloc communiste et soutien de la finance américaine, il était également gouverneur à cette époque de la banque du Cambodge ce qui peut laisser un mauvais esprit s’égarer.

 

F02 caricature 1

 

Et soutien du Japon assuré contre la promesse de vote pour un juge japonais lors de l’AG de l’ONU. Restons-en là. 

 

Nous vous laissons continuer cette édifiante lecture :

 

 

 temple 03

 

 temple 04

 

      etc...etc....

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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 04:07

 

mariage homo-261x300Nous habitons depuis longtemps en Thaïlande, mais nous restons français et nous intéressons toujours au destin de la France, à ses œuvres, ses joies, ses drames, ses déboires, son actualité, comme par exemple  « Le mariage pour tous » qui est l’objet de vifs débats, en ce mois de janvier 2012. Mais vu de Thaïlande, c’est-à-dire au sein d’une autre histoire, une autre religion, une autre façon d’aimer et d’envisager les relations  humaines. Une « situation » qui permet de relativiser ce que peuvent en penser les autres religions, les autres peuples. « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà » disait Pascal.


Il est en tous cas, l’occasion pour chacun de s’interroger sur le mariage homosexuel(le), le mariage entre deux personnes du même sexe, leur droit à avoir un enfant ou non,  l’établissement d’une nouvelle norme  en matière de famille, de filiation et de transmission. Il est pour d’autres le signe d’un changement de société profond, une « révolution » qu’ils ne peuvent accepter, tant elle remet en cause leur religion, leurs valeurs fondamentales,  et pour le moins, leur conception de la famille.


Le débat est complexe, mais  peut être l’occasion pour chacun de faire le point sur l’homosexualité, du rôle et du sens du mariage (la survie de l’espèce, la reproduction, la relation de deux familles, la préservation de l ’héritage, l’intérêt,   l’amour, le plaisir, le sexe …), du rôle du père et de la mère dans la famille, de la possibilité ou non pour deux femmes et deux hommes de « réussir » l’épanouissement d’un enfant (le problème de l’équivalence entre les 3 situations), de la naissance et de la place de l’enfant,

 

Homoparentalite m

 

et de la « révolution scientifique » qui permet la contraception, la procréation médicalement assistée, qui dynamitent  tous les repères passés.

 

Le dialogue peut s’avérer difficile, tant les progrès scientifiques permettent de plus en plus  de s’affranchir de ce que l’on considérait auparavant comme « naturel ». « Il deviendra technologiquement de plus en plus facile de dissocier le désir, la sexualité, l’amour, la reproduction, l’éducation des enfants. » (J. Attali*)


Chacune de ces questions a une histoire et est traité différemment selon le pays où l’on se trouve, l’histoire vécue,  le droit en vigueur, la religion pratiquée,  la morale, les valeurs, les mœurs, les coutumes …

 

  1. 1.     Le mariage religieux et le mariage civil n’ont pas toujours existé en France.

A l'origine, il n'y a même pas de rite spécifique du mariage dans l'Église.

 Les chrétiens se marient selon les modalités de leurs différentes cultures et les traditions locales : rôle du père, dot, don d'un anneau, entrée de la femme dans la maison de son mari. En Orient, on tient une couronne de fleurs au-dessus des mariés.

 

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En Occident, il s'agit généralement d'un voile. La présence du prêtre n'est pas obligatoire et peu pratiquée


Ce n'est qu'au XIème siècle en Occident que l'Église institue un rite spécifique du mariage religieux.

 

L'échange des consentements pouvait se faire à la porte de l'église avant la bénédiction nuptiale et la messe. Puis au XIIème le tout se fait dans une même cérémonie. Mais le mariage religieux est considéré clairement comme un sacrement au IVème concile du Latran en 1215 et est intégré dans la liste officielle des sept sacrements de l'Église. Le concile de Trente en 1563 a mis  au premier plan la célébration religieuse du mariage et a décrété que  le mariage n'est valide et sacramentel que s'il est fait en présence du curé compétent et de deux témoins.  

  • La finalité du mariage catholique, elle-même, a évolué. 

L'Église a d'abord adopté la conception de l'antiquité grecque et romaine selon laquelle la procréation et l'éducation des enfants était le seul but du mariage. Pour St Paul, l'union sexuelle dans le mariage était un "remède à la concupiscence".  Il faut attendre le concile Vatican II en 1965 pour que l’Eglise catholique admette que la finalité du mariage n’a pas  seulement pour fin  la procréation, mais aussi  l'amour et le bonheur des époux.

  • Et puis la Révolution française crée le mariage civil en 1791.La liberté religieuse, impensable par beaucoup, est instituée en 1789 par la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, dans son article 10 : « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses »

 

  • 1.2 Le mariage civil. (écrit d’après wikipédia entre autres) 

La Révolution instaure une distinction entre le mariage chrétien, en particulier le mariage catholique et le mariage civil dans la Constitution de 1791  (article 7). Cela permet notamment aux citoyens non catholiques( juifs,protestants…) de bénéficier des mêmes droits  civiques que les citoyens catholiques (Article 1 de la Déclaration des droits del'homme et du citoyen  : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune »). Le mariage devient un contrat entre les époux. La constitution instaure le mariage civil sur des bases similaires à celles du mariage catholique :


Article 7. - « La loi ne considère le mariage que comme contrat civil. - Le Pouvoir législatif établira pour tous les habitants, sans distinction, le mode par lequel les naissances, mariages et décès seront constatés ; et il désignera les officiers publics qui en recevront et conserveront les actes. »

La loi sur le divorce du 30 août 1792 de l’Assemblée législative, va déclarer « que le mariage est dissoluble par le divorce », réhabilitant une  catégorie juridique du droit romain que le droit canonique avait réussi à occulter. Et la loi du 20 septembre 1792 décrétait la laïcisation de l'état-civil et l'autorisation du divorce. Le mariage civil et l'Etat civil sont créés par le Concordat de 1801. En 1804, la promulgation du Code Civil  rend le divorce possible.


Il n’était fait aucune référence à la nécessité d'altérité sexuelle, tant il était évident, à cette époque, que le mariage ne pouvait se contracter qu’entre un homme et une femme.

  • 1.3. La laïcité proclamée  en 1905 en France,  à savoir une organisation de la société fondée sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, va clarifier ce qui est du ressort de l’Eglise, du religieux et de la société civile. La loi sur la laïcité excluait les Eglises de l'exercice de tout pouvoir politique ou administratif, et, en particulier, de l'organisation de l'enseignement.
  • En 1946,  la laïcité devenait même un principe constitutionnel et apparaissait dans le préambule de la Constitution de la IVème République. En 1958, la Constitution de la Vème République définissait la France dans son article 1 comme une « République indivisible, laïque, démocratique et sociale ».

Les Eglises n’avaient plus désormais aucune légitimité pour définir le mariage civil français.


2. Mais me direz-vous, mais où sont les homosexuels dans cette histoire ? (cf. le combat homosexuel**)

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Nous avons vu que le code civil ne faisait aucune référence à l’altérité sexuelle tant il était évident que le mariage ne pouvait  se faire  qu’entre un homme et une femme.


Les temps ont donc changé. 

  • Nous ne sommes donc plus au temps de la Bible, le livre saint commun des trois religions monothéistes, qui condamnait  sans appel  l'homosexualité, comme au temps de Sodome et Gomorrhe, qui furent détruites par le feu du fait de leur "dépravation homosexuelle", au temps du  Lévithique qui proclamait :

"quand un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont commis tous deux une abomination. Ils seront punis de mort".

 

sodome


  • Nous ne sommes plus, du moins en Occident, au temps où l’homosexualité était considéré comme un crime contre la dignité humaine, « un crime contre nature », que les différents pays punissaient, c’était selon, par la castration, la lapidation,  le bûcher comme  en France, ou en les enterrant vivant comme en Angleterre.  

 

  • Mais le chemin fut bien long, le combat bien rude puisqu’il «  faudra attendre le siècle des Lumières pour porter un regard nouveau sur l'homosexualité, pour qu’elle fasse l'objet d'un débat et non plus d'une condamnation sévère. »***

On ne va pas refaire ici l’historique du  combat  homosexuel, qui au cours de l’Histoire a été d’abord la lutte « contre le péché », puis le « crime contre-nature, puis « la maladie mentale » et aujourd’hui « la donnée naturelle ».

 

actes impudiques


Le combat fut vraiment visible en France depuis les années 20 et 30, étouffé et réprimé par la seconde guerre mondiale, le combat des homosexuel(le)s a repris en 1968… Il s’est en priorité focalisé sur  la fin de la répression et l’abolition de la pénalisation, pour s’engager ensuite sur l’obtention de  l’égalité juridique et sociale.


On peut rappeler que  jusqu’en 1942, la France ne connaît pas de législation homophobe. Le gouvernement de Vichy qui criminalise l’avortement, remédie à cette «lacune» par la loi du 6 août 1942. Elle punit de six mois à trois ans d’emprisonnement les relations sexuelles entre une personne de vingt et un ans et plus et une personne de moins de vingt et un ans, ainsi que les relations entre deux personnes de moins de vingt et un ans. Elle condamne les «actes impudiques et contre-nature».

 

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A la Libération, le nouveau pouvoir renforce le dispositif, les atteintes à la pudeur entre personnes de même sexe deviennent un facteur aggravant. En 1949, le préfet de police de Paris interdit aux hommes de danser entre eux.

Il faudra attendre le 18 juin 1960 pour que  la Chambre des députés autorise le gouvernement à prendre toutes les mesures visant à lutter contre l’homosexualité. (Cf. l’amendement Minguet ***)

  • Toutefois encore en 1968 la France adopte la classification de l’Organisation Mondiale de la Santé selon laquelle l’homosexualité est un dysfonctionnement psychique. 

 

  • Il faudra attendre le 12 juin 1981  pour que l’homosexualité ne figure plus dans la liste des maladies mentales du ministère de la Santé et que soit abrogé le 27 juin 1982, une loi homophobe. ***

 

 

  • En  1999, le Pacte civil de solidarité (Pacs ou PACS) instaurait une autre forme d’union civile et établissait « entre deux personnes majeures (les « partenaires », communément appelés « pacsé(e)s »), indépendamment de leur sexe, et qui a pour objet d'organiser leur vie commune en établissant entre eux des droits et des devoirs en terme de soutien matériel, de logement, de patrimoine, d'impôts et de droits sociaux » (wikipédia) (voté sous le gouvernement Jospin).

Le PACS était proposé à tous les couples, et  avait surtout pour but de donner un statut à ceux qui vivaient en concubinage ainsi qu’aux couples de même sexe.


Le Pacs a connu un fort succès en France  essentiellement chez les couples hétérosexuels, le nombre de pacs signés chaque année est en progression et se rapproche désormais de celui du mariage civil.

 

  • Le nouveau combat des homosexel(les) allait être désormais l’accès au mariage civil au même  titre que les hétérosexuels et donc avec les mêmes droits 

Beaucoup d’homosexuels considèrent que  le régime juridique du PACS comporte de nombreuses  lacunes et aspirent au statut du mariage civil au même titre que les hétérosexuels, avec entre autre le droit à l’enfant, avec la possibilité d’adoption, comme cela existe déjà dans plusieurs pays européens. En effet, le mariage civil est ouvert aux couples homosexuels aux Pays-Bas, en Belgique et en Espagne; les régimes de partenariat en vigueur en Allemagne, au Danemark et en Suède sont très proches du mariage. Seuls les Pays-Bas ont accordé pleinement le droit à l’adoption, au Danemark, le conjoint peut adopter l’enfant de son partenaire.

 

3.

C’est le débat actuel sur le « mariage pour tous », où pour être plus précis, c’est le droit à l’enfant qui pose problème à de nombreux Français, avec l’usage par les homosexuel(le)s de la procréation médicalement assistée.

Mais aussi complexe que soit le débat, il comprend bien trois sujets que l’on peut distinguer :

  • Le mariage homosexuel.
  • La possibilité pour les homosexuels, d’adopter, et/ou d’obtenir un enfant par procréation médicalement assisté.
  • Le problème de « l’équivalence ». En quoi un mariage homosexuel est différent d’un mariage hétérosexuel ? en quoi un enfant d’un mariage  homosexuel est différent d’un mariage hétérosexuel ?
  • En quoi, au nom des différences constatées, faut-il ou non accorder ce droit ?

En sachant, que le débat peut être refusé, interdit, condamné, tabou, pour une autre société et/ou par une religion, une coutume, une philosophie, une morale …


Chacun, selon son Eglise, ou sa philosophie », ou son bord politique avançant ses arguments : la famille naturelle ? l’éducation d’un enfant doit être assuré par un père et une mère ? seuls un père et une mère peuvent assurer une éducation « équilibrée », les limites à la procréation médicalement assistée …


Et de l’autre : l’égalité des droits, la liberté individuelle, le refus de toute intrusion religieuse dans le domaine des mœurs, la prise en compte de l’évolution technologique et de la réalité …


Avec ce concept d’équivalence ?Comment mesurer ce que peuvent donner un père homme  et une mère femme, deux hommes, deux femmes, un homme seul, une femme  seule, une famille recomposée, deux hommes et une femme, deux femmes et un homme …etc.


Il est aisé de montrer comme le fait par exemple le philosophe Bertrand Vergely, in  Le mariage gay ou la dictature de la confusion, «  qu’évidemment un enfant adopté par un couple hétérosexuel n’a pas et n’aura jamais le même sens qu’un enfant adopté par un couple homosexuel. » ou bien  pour l’éducation « Une chose est d’avoir un père et une mère, une autre d’avoir deux pères et deux mères. Obliger un enfant à naître et à grandir dans un couple homosexuel va se confondre avec le fait d’interdire à un enfant de savoir ce qu’est le fait d’avoir un père et une mère. » On crée, dit-il,  une autre catégorie d’enfants. Ce n’est pas rien.

 

Il est vrai.

 

Mais il oublie de rappeler qu’à à l’intérieur de CETTE catégorie « idéale » soit-disante « normale », « naturelle », il y a les enfants orphelins, les enfants battus, les enfants subissant l’inceste, les enfants de divorcés, les enfants violés par des proches, des prêtres, des enfants peu aimés, autistes, handicapés,   ………… (à compléter).

 

La notion de famille « naturelle », n’existe pas; comme semble le croire cette « mission parlementaire de l'Assemblée nationale dominée par les élus de droite, qui en 2006,  sur «la famille et les droits de l’enfant», a rejeté dans son rapport le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels «au nom du principe de précaution et dans l’intérêt supérieur de l’enfant» car ce serait «mettre en cause les principes fondamentaux du droit de la filiation fondés sur le triptyque un père, une mère, un enfant» .(art. cit. ****)


Ce « triptyque » comme disent ces députés n’a d’évidence que leur manque de culture, n’a de fondamental que leur refus de voir la réalité française où les familles mono-parentales, recomposées, homosexuelles, à trois, polygamiques sont légions et majoritaires.


Ils leur suffiraient de lire un livre comme par exemple celui de Jacques Attali en collaboration avec Stéphanie Bonvicin-mais il y en de nombreux-, pour constater que les « Histoires des relations entre les hommes et les femmes » sont multiples et diverses dans le monde, que « l’utopie chrétienne et la norme bourgeoise [s’effacent] » ; « alors que de nombreuses femmes se battent encore dans le monde pour que cessent la poternel, ni exclusif » […] et que  « S’annoncent (…) « le mariage contractuellement provisoire, où la durée de la relation entre deux êtres serait fixée entre eux à l’avance ; le poly-amour, où chacun pourrait avoir, en toute transparence, plusieurs partenaires sentimentaux simultanés, la poly-famille, où chacun appartiendrait ouvertement à plusieurs foyers à la fois ; la polyfidélité, où chacun serait fidèle aux divers membres d’un groupe aux sexualités diverses.  Les enfants, eux vivraient dans des lieux stables où les parents viendraient tour à tour en prendre soin ».

 

Attali


Certes, ces mutations peuvent paraître effrayantes à certains, et les Eglises tenteront de sauvegarder leur influence, d’imposer leur conception de leur ordre moral, leur conception du mariage anachronique à vie, dans l’imposture de la fidélité, de l’éducation des enfants élevés par UN père et UNE mère.  Mais « l’augmentation de l’espérance de vie et la revendication d’une extension des libertés individuelles, pousseront dans ce domaine comme en d’autres au changement permanent, à la tyrannie du neuf, à la précarité des contrats. » […]

« Bien des forces s’opposeront à de telles évolutions aujourd’hui encore impensables, comme l’étaient en France il y a deux siècles encore le divorce, et il y a 10 ans le mariage homosexuel. » (Attali op. cit.)


La famille n’est donc pas une institution immuable ou naturelle, elle est le produit d’une société, des combats qui y sont menés, des nouvelles valeurs, croyances, (hier l’idéologie chrétienne, aujourd’hui les droits de l’homme, hier la soumission forcée à l’Eglise, aujourd’hui le respect de la liberté individuelle, hier une norme familiale, aujourd’hui plusieurs formes, hier un enfant obtenu dans la douleur avec un homme et une femme dans un temps biologique,  aujourd’hui avec la possibilité de la contraception, la péridurale et par la procréation médicale assistée); il en est de même des idées sur la sexualité. « L'évolution socio-culturelle a suivi de très loin l’évolution des lois. La mise à égalité des homosexuels a fait partie de la libération générale de la sexualité des traditions culturelles, qui perdent au XXe siècle de plus en plus d'importance, et s'effacent devant le concept d' autonomie sexuelle ».(wikipédia)*****

 

Hier on voulait tuer les homosexuel(le)s car ils étaient contre-nature, aujourd’hui (dans une partie du monde) ils sont reconnus comme des personnes à part entière, on les diagnostiquait comme des malades mentaux (OMS), on les déclare guéri. Ils se cachaient, ils vont aller désormais se marier.


 Leurs enfants seront étonnés des idées du passé du débat actuel.

 

 

        --------------------------------------------------------

 

 

 

PS. Et la Thaïlande ?


Avec une histoire différente, des peuples différents, le bouddhisme commun pour 90% des habitants, le mariage religieux préside à toutes les unions, mais il n’a  aucune valeur légale et aucune signification juridique. La loi thaïlandaise ne reconnait un mariage légalement que s’il a été enregistré au District Office local (en thaï, Khet ou Amphur). Il est effectué, sans solennité, très rapidement (15mn),  à un bureau dans une salle commune. Le divorce est aussi rapide.

Mais la conception de l’amour ? des couples (les Mia Noïs, les karaokés ?...), la situation des homosexuels ? des transsexuel(le)s (des katoys) ? des couples mixtes ? l’usage de l’internet pour les relations furtives tarifées ?

 Bref une autre façon de vivre les relations entre les hommes et les femmes qui méritent un autre article, qui suivra. (Il est à noter que l’IVG est interdit en Thaïlande).

 

 

______________________________________________________

 

 

*Jacques Attali, Amours, Histoires des relations entre les hommes et les femmes, Fayard, 2007.

 

**Cf. le site http://therealscandy.free.fr/humeur/history3.htm

La loi thaïlandaise ne reconnait un mariage légalement que s’il a été enregistré au District Office local (en thaï, Khet ou Amphur). Les mariages religieux en Thaïlande n’ont aucune valeur légale et aucune signification juridique; de fait ils sont facultatifs au regard de la loi.

***Le député Paul Mirguet, membre du parti gaulliste, propose de classer l’homosexualité comme un des «fléaux sociaux» au même titre que la tuberculose, l’alcoolisme et la prostitution. L’Assemblée vote l’amendement «Mirguet» et dans la foulée une ordonnance ajoute la circonstance aggravante d’homosexualité en matière d’outrage à la pudeur.

****Le 11 juin 1981, Gaston Defferre, ministre de l’Intérieur,

 

deferre

 

envoie une circulaire à la hiérarchie policière interdisant le «fichage des homosexuels, les discriminations et à plus forte raison les suspicions antihomosexuelles». Dans le même temps est mis un terme au «de contrôle homosexuel» dont le travail consistait dans le fichage des personnes homosexuelles. Le 12 juin, l’homosexualité ne figure plus dans la liste des maladies mentales du ministère de la Santé. Durant l’été 1981, le gouvernement amnistie et libère les détenus homosexuels condamnés au titre de l’article 331, ils sont environ cent cinquante. Le 27 juin 1982, l’alinéa 2 de l’article 331 est abrogé par l’Assemblée nationale, et le journal Le Monde peut titrer «La fin de la loi homophobe»

http://revuesocialisme.pagesperso-orange.fr/s15stephane.html

 

Dans le monde mulsuman.

Toute relation sexuelle hors du cadre " sacré et divin " du mariage hétérosexuel est donc interdite dans tous les ouvrages de jurisprudence islamiques Si aucune allusion de la bouche de Mahomet faisant l'unanimité des savants du monde musulman ne condamne clairement l'homosexualité (par une peine légale), il y a en tout cas un consensus général sans divergence entre les Sahabas et l'ensemble des savants de l'islam pour condamner l'homosexualité, d'une façon ou d'une autre, par une poursuite judicaire, pouvant techniquement aller du bûcher à l'abandon de poursuite dans le cadre du fonctionnement juridique de la charia et du fiqh (wikipédia)

 

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*****Wikipédia. L'histoire de l’homosexualité aux États-Unis a été jusqu'au XXe siècle l'histoire de personnes qui ne pouvaient souvent suivre leur orientation sexuelle qu'en cachette, en raison de menaces de poursuites judiciaires, de mépris social et de discrimination. En raison de ce caractère caché, pour lequel s'est fixée en anglais l'expression « in the closet » (« dans le placard »), la recherche historique est confrontée à un manque de sources très important. Jusqu'à la seconde moitié du XXe siècle, la vie des femmes homosexuelles est tout particulièrement mal documentée. À côté de cela, il a existé des niches sous-culturelles, dans lesquelles les homosexuels pouvaient tout à fait mener leur propre style de vie, et ceci, avec des témoignages, dès le début du XXe siècle.

Comme dans beaucoup d'autres pays, l'appréhension culturelle de l'homosexualité a changé au cours de l'histoire de « péché », puis « crime », « maladie » jusqu'à « donnée naturelle ». À cause de la structure fédérale des États-Unis, chaque État possèdant ses propres lois pénales, la décriminalisation des conduites homosexuelles s'est accomplie en un grand nombre d'étapes indépendantes. L'Illinois est, en 1962, le premier État qui abolit sa loi contre les perversions sexuelles (angl. « sodomy »), parmi lesquelles était comptée l'homosexualité. Jusqu'en 2003, le nombre d'États où l'homosexualité est condamné décroit.

L'évolution socio-culturelle a suivi de très loin l’évolution des lois. La mise à égalité des homosexuels a fait partie de la libération générale de la sexualité des traditions culturelles, qui perdent au XXe siècle de plus en plus d'importance, et s'effacent devant le concept d'autonomie sexuelle. Aux États-Unis, l'émancipation des homosexuels commence à l’époque de la Seconde Guerre mondiale

 

 

L'ouverture du mariage et de l'adoption aux couples homosexuels en France s'inscrit dans un combat, né aux USA à la fin des années 1960, pour la reconnaissance des droits des gays dans le monde.


1969 : naissance du mouvement de défense des droits homosexuels
Le 27 juin, les policiers new-yorkais font une descente au bar du Stonewall Inn, alors fréquenté essentiellement par des jeunes des rues et des travestis, dans le quartier de Greenwich village. La loi interdisait alors à un barman de servir les homosexuels. A la surprise générale, les interpellés ripostent. Trois jours d'émeutes suivent donnant naissance au mouvement pour l'égalité des droits des homosexuels. Les Gay Pride célèbrent chaque année cette protestation.
 
1989 : premières unions civiles
Le 1er octobre, le Danemark est le premier pays à autoriser des unions civiles entre personnes de même sexe. En 2001, les Pays-Bas accordent aux couples homosexuels les mêmes droits et devoirs que les couples hétérosexuels, leur ouvrant ainsi le mariage civil et la possibilité d'adopter des enfants.
 
1990 : l'homosexualité retirée des maladies mentales
Le 17 mai, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) retire l'homosexualité de la liste des maladies mentales. La journée internationale contre l'homophobie, instaurée en 2005, se réfère à cette date.
 
2008 : appel d'un tiers des pays du monde à la dépénalisation
Le 18 décembre, 66 des 192 Etats membres de l'ONU lancent devant l'Assemblée générale des Nations unies, un appel historique à la dépénalisation universelle de l'homosexualité. En juin 2011, le Conseil des droits de l'homme de l'ONU adopte une résolution pour promouvoir l'égalité des individus sans distinction de leur orientation sexuelle, alors que l'homosexualité reste interdite, et souvent fortement réprimée, dans 76 pays (Amnesty International).

011 : abolition du tabou gay dans l'armée américaine

 

loi homophobe

 


Le 20 septembre, la loi de 1993, dite "Don't ask, don't tell" ("ne rien demander, ne rien dire"), qui obligeait les militaires gays et lesbiennes à dissimuler leur homosexualité sous peine de renvoi, est abrogée après des années d'activisme des associations, de procès pour discrimination et une promesse de campagne de Barack Obama. En 18 ans, cette loi aura conduit au renvoi de 14.000 soldats en raison de leur homosexualité, selon des sources associatives

Source sur TF1 News : Les cinq grandes dates du combat homosexuel 

L'ONU adopte une résolution "historique" sur les droits des homosexuels

Le Monde.fr avec AFP | 17.06.2011 à

UN TEXTE PRÉSENTÉ PAR L'AFRIQUE DU SUD

Ce texte présenté par l'Afrique du Sud "affirme que tous les êtres humains sont nés libres et égaux en ce qui concerne leur dignité et leurs droits et que chacun doit pouvoir bénéficier de l'ensemble des droits et des libertés (...) sans aucune distinction" selon un document préliminaire.

Alors que l'homosexualité demeure interdite dans 76 pays selon Amnesty International, le Conseil a également demandé une étude sur les lois discriminatoires et les violences contre les personnes en raison de leur orientation et leur appartenance sexuelle.

Pour Peter Splinter, le représentant de l'ONG Amnesty International auprès des Nations unies :"l'adoption de cette résolution sera historique, car elle sera la première résolution de l'ONU répondant aux problèmes de violation des droits de l'homme en raison de l'orientation et appartenance sexuelle". Le texte sera "très important pour les lesbiennes, les gays, les bisexuels et les transgenres dans leur lutte pour une pleine reconnaissance de leurs droits", a-t-il dit à l'Agence France Presse.

 


homophobie IDAHO Valere-20ab6

 

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 04:05

titre «  La dette moyenne d’un riziculteur et de son ménage s’élèverait à 100.000 baht », nous apprend en utilisant un prudent conditionnel «  Le petit journal de Bangkok ». (1) Et de poursuivre, avec la précision « chirurgicale » du « Bangkok post », « la loi et les prophètes » pour certains :


« ... selon une étude du « Centre de prévisions économiques et d’affaires de l’Université de la Chambre de commerce thaïlandaise » menée sur 1.211 fermiers du 8 au 12 août. .... la part de dette informelle dans la dette moyenne d’un riziculteur est en augmentation chaque année depuis 2008 signe que les fermiers ont moins recours aux banques mais empruntent de plus en plus à la famille, à des connaissances ou à des usuriers. »


usurier


Comme nous le savions, les banquiers (siamois ou pas) ne prêtent donc plus qu’aux riches et les usuriers aux pauvres.

 

banquier


Nous ne sommes ni l’un ni l’autre des « économistes » et avons parfois tendance à penser que la « science économique » n’en est pas une (au sens que Mallebranche donnait à la « science », « Il y a science dès qu’une proposition est vraie sans aucune doute ». Constatons-donc et gardons-nous de prétendre avoir trouvé LA solution.


Pour ces « Experts » les causes sont limpides : « la hausse des matières premières et de l’engrais, celle du coût de la vie, et l’ échec de la politique rizicole du gouvernement de Yingluck Shinawat. L’Etat a augmenté en octobre à 15.000 bahts son prix d’achat aux fermiers de la tonne de riz paddy alors que son ancien tarif était d’environ 10.000 bahts Selon le Parti Démocrate et l’Institut de Recherche du Développement de la Thaïlande, ce programme bénéficie en grande majorité aux grands propriétaires terriens et non aux petits agriculteurs ». Ils se font un plaisir de faire un parallèle avec les subventions européennes de la « PAC » (Politique agricole commune).


 

pactl


Suites judiciaires  de cette politique d’assistance attaquée par « des universitaires et étudiants » ?  La Cour constitutionnelle s’est déclarée incompétente. (2)


A qui profitent les subventions ?


En Europe, c’est (presque) transparent.Un riziculteur camarguais exploitant 1.733 hectares et un producteur de maïs d’Aquitaine en exploitant 1.500 se sont partagés en 2004, 1,7 millions d’euros. L’un de nous a connu une exploitation agricole exploitant 1.700 hectares sise sur le plateau de Valensole (qui fut un temps le grenier à blé de l’Empire romain mais aujourd’hui le paradis terrestre de l’agriculture assistée) qui recevait annuellement dans le milieu des années 80 un peu moins de 4 millions de francs, (primes diverses, primes pour arracher, primes pour planter, subventions pour les terres laissées en jachère, montants compensatoires, etc... etc...)

.

La transparence n’est complète que depuis 2009. Consultez le site www.telepac.agriculture.gouv.fr pour connaître ce qu’a touché votre voisin. La France publie donc la liste des exploitations agricoles subventionnées, geste à haut risque, car ce système bénéficie aux plus gros.   Dassault, Rothschild, Besnier (Lactalis), Doux, ou Albert de Monaco. Les Allemands s’y opposent toujours (au prétexte de la « protection de la vie privée » mais l’on sait qu’il y avait parmis les bénéficiaires des clubs d'équitation et de ski et le magnat de l'automobile Porsche. L’Angleterre pourfend la politique agricole commune mais la reine d'Angleterre a perçu 769.000 livres pour 2003 et 2004, tandis que son fils Charles, en a reçu 300.000 livres. (3)


 

prince charles caricature 373475

 

Vous saurez au moins où passent une partie de vos impôts. 8,4 milliards d’euros de subventions européennes.


La Thaïlande ouvrira-t-elle sur Internet la liste des bénéficiaires des subventions ?


Il a fallu attendre 2009 pour que la transparence en Europe communautaire soit une obligation (respectée par seulement 7 pays !), elle devrait donc l’être en Thaïlande dans une trentaine d’années ?


La politique d’assistance est-elle irréversible ?


Dans les pays dits « émergents » la Thaïlande se trouve aux côtés du Brésil, de l’Inde et de la Turquie pour le « soutien massif » apporté à ses agriculteurs. D’après des experts américains « l’effet distorsif de ces aides au marché intérieur affecte le commerce mondial en faussant les échanges », qu’en termes élégants ces choses là sont dites. (4) Les USA pourfendent ces politiques d’assistance mais ne se gênent pas pour subventionner leurs producteurs de blé et de maïs à coup de milliards de dollars.


Les réformes agricoles des années 1980 en Nouvelle-Zélande, « la plus grande ferme du monde » ont prouvé le contraire de façon spectaculaire. Face à une crise budgétaire, le gouvernement néo-zélandais décida de supprimer presque toutes les subventions à l’agriculture. Ce fut une révolution, les agriculteurs néo-zélandais étaient habitués aux subventions massives et l’économie du pays dépendait beaucoup plus étroitement de l’agriculture que celle des États-Unis. Malgré les protestations, hurlements et vociférations, les subventions furent abrogées en 1984, subventions à la production et incitations à l’exportation. Les oiseaux de mauvaise augure prédirent alors un abandon massif de l’agriculture et la fin des exploitations familiales ? Que non pas ! Période de transition difficile, mais peu d’entre eux quittèrent leurs terres, seulement 1% ne réussirent pas à s’adapter et durent abandonner.


L’arrêt des subventions à l’agriculture a donné naissance à une économie rurale dynamique et diversifiée et a discrédité le mythe selon lequel l’agriculture ne peut vivre sans subvention. Auparavant, beaucoup d’agriculteurs exerçaient leur profession simplement pour recevoir des subventions. 40% des revenus bruts des éleveurs de bœufs et de moutons provenaient des aides publiques. (5)


stat


 

Et en Thaïlande ?


Le prix d’achat du riz assuré aux paysans par le gouvernement  de Mme Shinawat, au-dessus des prix mondiaux est-il un mauvais choix économique ? un soutien aux paysans ? une décision politique ?

 

Olivier Durand, souligne le poids électoral de l’agriculture (plus de 65 % de la population en Isan, 40 % dans tout le pays), ceci expliquant évidemment cela. Même aux Etats-unis (moins de 2 % de la population active) ou en France (1 million d’actifs), on doit caresser les agriculteurs dans le sens du poil... (6) Politique « populiste » peut-être mais Madame Shinawat a été élue et bien élue.

 

Notre propos n’est évidemment pas de donner de doctes solutions (« Faut qu’on... Y a qu’à ... ) mais de nous borner à de simples constatations, ce qui ne veut nullement dire (évidemment) que nous insinuons que les aides thaïes ne profiteraient qu’aux riches et que l’exemple néo-zélandais soit exportable.

 

***

Au moment de clôre cet article, nous lisons avec intérêt l’article du blog de notre ami Titi « Thaïlande, quand les Bangkokois retournent à la terre » (7). Ces citadins qui retournent à la terre sont-ils pénétrés des vers du vieux Virgile « O fortunatos agricolas nimium sua si bon norint ! » (8) ou ont-ils eux-aussi l’arrière pensée de devenir chasseurs de primes ?


 

chasseur

 

__________________________________________________________________

 

(1) «  Le petit journal de Bangkok » numéro du 22 août.


(2) «  Le petit journal de Bangkok » numéro du 11 octobre.


(3) article du « Nouvel observateur » du 30 avril 2006  et « Groupe d’économie mondiale », Sciences-po, « la réalité de la distribution des subventions en France » par Pierre Boulanger).


(4) Centre d’études et de prospectives,  numéro 51 de janvier 2012 pointant une étude américaine.


(5) « La réforme de la politique agricole en Nouvelle Zélande, un modèle ou un cas spécifique ? » par John H. Fairweather, Noelle Jean et Daniel Gouin in « économie rurale, 1998, volume 277.


(6) « Lorsque la terre ne peut plus nourrir ses paysans : Cultiver ou migrer, le défi des paysans du Nord-Est de la Thaïlande » Département d'anthropologie, Faculté des arts et sciences, Université de Montréal, Mémoire présenté à la Faculté des études supérieures en vue de l'obtention du grade de Maître en anthropologie, août, 2008. »


(7) http://www.titiudon.com/article-thailande-quand-les-bangkokois-retournent-a-la-terre-111455087.html


(8) « Heureux les agriculteurs s’ils connaissaient leur bonheur » (Virgile, « les bucoliques »).

 

piratas bretaña

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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 08:08

livreIl suffit de lire la table des matières du livre de Pierre-Arnaud Chouvy et Joël Meissonnier « Yaa Baa: Production, trafic et consommation de méthamphétamine en Asie du Sud-Est continentale »*, pour constater que la consommation de yaa baa est un véritable phénomène de société en Thaïlande,  et qu’elle touche tous les milieux, les milieux modestes et les ados des classes aisées ; les ouvriers, les étudiants, les prostitué(e)s, les travailleurs émigrés … et aussi, les jeunes du milieu Isan de la province de Kalasin. Elle est, c’est selon, une  « drogue de travail » ou  une « drogue de loisir », et même, disent-ils,  un  élément fédérateur d’une classe d’âge.


Elle est dans tous les cas, ici comme dans d’autres pays, un véritable fléau, qui est difficile à appréhender et encore plus à combattre.


1/ Tout le monde se souvient de « la guerre contre la drogue »menée par le  1er ministre Thaksin en 2003.


guerre contre la drogue


« Pendant la principale offensive contre la drogue, entre février et avril 2003, le pays avait vu le nombre de meurtres augmenter de 88%, selon une commission consacrée à ce dossier qui a enregistré plus de 2.800 meurtres, dont quelque 1.400 liés à la drogue. Le gouvernement avait évoqué des règlements de compte entre trafiquants. Mais beaucoup de ces meurtres étaient intervenus après que des suspects figurant sur une liste noire de la police se sont présentés dans les commissariats pour se rendre ou se disculper, selon Amnesty » (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html avec AFP) mercredi 29 juin 2011.)


Cette « guerre contre la drogue » avait été effectivement  « expéditive » et ne « s’encombrait » pas avec le respect des droits de l’homme. Elle  avait reçu des critiques sévères des organisations des droits de l’homme.  Elle avait permis à des policiers peu scrupuleux de commettre des exactions extra-judiciaires.(Cf. ci-dessous).


 Elle  avait aussi l’inconvénient de n’être efficace que dans le court terme. Les trafiquants ou d’autres trafiquants demeuraient, les drogués n’étaient pas soignés, l’offre  des amphétamines augmentait … le fléau subsistait.


Pire, il est dit que « le nombre de toxicomanes a triplé depuis 4 ans et est aujourd’hui estimé à 1,2 millions de personnes. Sur les 80 000 villages que compte le pays, 60 000 seraient touchés directement ou indirectement touchés. » (Thailander du 11 septembre 2011).


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Elle est un problème national  (57 % des détenus thaïlandais  sont liés à la drogue.).


Elle touche aussi, évidemment, nos villages d’Isan. Les familles discutent souvent des drames arrivés dans telle et telle famille par les effets désastreux du yaa baa (une amphétamine, le médicament qui rend fou en thai). « Un tel a volé, frappé, voire tué …… tel membre de la famille.


2/ Aussi le nouveau gouvernement du 1ère ministre Yingluck , à peine élu, décidait en septembre 2011 de lancer un vaste programme national de lutte  contre la drogue (« Force of the Land »), qui visait à la fois à la réinsertion des toxicomanes via des centres de désintoxication et la répression des trafiquants et dealers avec une  lutte particulière contre le  blanchiment de l’argent sale.


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Ce plan déploie une nouvelle stratégie et se veut respectueuse des droits de l’homme, contrairement aux méthodes musclés de 2003. Il vise à réduire de 80 % le nombre de drogués dans l’année en voyant dans le drogué un malade à guérir et non un criminel que l’on peut éliminer sans respecter les lois. Wasant Panich, ancien président des droits de l’homme en Thaïlande, en rappelant qu’ « il ne doit y avoir ni torture, ni meurtre extra-judiciaire des suspects », semble indiquer que les risques sont toujours présents.(Cf.Thailander du 13 septembre 2011 par ex.)


3/ Qu’en est-il à Kalasin, province de l’Isan ?


On peut douter de l’efficacité de ce nouveau plan, et de l’absence de  « bavures » à Kalasin, quand on constate comment la justice est rendue.


On peut en juger par la sentence rendue  au tribunal de Kalasin en ce mois d’août 2012, envers « Cinq policiers de haut-rang, reconnus coupables d’être impliqués dans le meurtre et la torture d’un adolescent de 17 ans (Kiattisak Thitboonkhrong, la jeune victime de 17 ans originaire de la province de Kalasin (nord-est), avait été retrouvée pendue dans un champ de riz dans la province voisine de Roi Et en juillet 2004, quelques jours après son arrestation pour vol de moto) durant la guerre sanglante contre la drogue menée par Thaksin Shinawatra, ont été relâchés temporairement sous caution mardi, un jour après le jugement de la Cour criminelle. Trois d’entre eux ont été condamnés à mort, un autre à la prison à vie, le dernier à sept années d’emprisonnement.(Cf. Y.F. (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html du jeudi 2 août 2012).


Vous avez bien lu : des condamnés à mort, enfin des "policiers" condamnés à mort, relâchés sous caution !!!**


Certes, la police et la justice sont deux institutions en principe indépendantes ( !), mais on ne peut douter que cette liberté sous caution accordée à des condamnés à mort, ne soit pas le signe d’une forme d’impunité accordée à la police.  De plus, pour une affaire traitée, combien sont restées impunies ?


Aujourd'hui, à l'hôtel de ville de Kalasin, une plaque se félicite d'une "province sans drogue". Mais pour les défenseurs des droits de l'Homme, il n'y a pas de quoi être fier. "La couverture systématique des policiers de haut rang à tous les niveaux a permis à des officiers ayant commis des abus de rester en poste et de continuer à terroriser le public", dénonce Sunai Phasuk, de Human Rights Watch. Sur la trentaine d'affaires répertoriées à Kalasin par les ONG, une seule a donné lieu à des poursuites: six policiers sont actuellement jugés pour l'assassinat d'un jeune de 17 ans, retrouvé pendu en juillet 2004, quelques jours après son arrestation pour vol de moto. (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html avec AFP) mercredi 29 juin 2011.


4/ Et pourtant, je peux témoigner d’une campagne  de prévention effective dans la province de Kalasin. Les habitants de mon village ont été conviés à une réunion d’information sur les méfaits du yaa baa et sur la nécessité de lutter collectivement contre ce fléau. Toutes les maisons de mon village ont d’ailleurs accrochées un drapeau blanc à leur portail  sur lequel est inscrit : « Cette maison n'est pas concernée parle  le yaa sèp tip" (drogue qui crée une dépendance en thai).


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Il n’est pas sûr qu’elle soit suffisante.

5/ On peut même être pessimiste.
Thailander du 13 juillet 2012*** confirme que le trafic de yaa baa se porte bien et que sa consommation en Thaïlande a augmenté.
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Le  livre dePierre-Arnaud Chouvy et Joël Meissonnier « Yaa Baa: Production, trafic et consommation de méthamphétamine en Asie du Sud-Est continentale », nous montre entre autres  (Cf. l’introduction) :
·        La singularité du yaa baa vient du fait que cette drogue renverse les clivages communs.
·        Le succès du yaa baa est aussi indéniable parmi les « enfants des rues » que parmi la « jeunesse dorée ».
·        Le yaa baa est consommé par une écrasante majorité de jeunes voire de très jeunes thaïlandais ― écoliers, lycéens ou étudiants ―, c’est le fruit d’un étonnant renversement de tendance.
·        Et surtout : Pour le moins énigmatique, ce produit aux multiples propriétés jouit d’une représentation favorable qui le hisse au rang des substances vertueuses et idéales dont peu d’effets secondaires sont connus ou reconnus.
Nous n’en avons pas fini  avec ce fléau.

      poison qui rend fou

Nota. " Le dictionnaire insolite de laThaïlande" de Jean baffie et Thanida Boonwanno, fait remarquer que, jusque dans les années 1980, le ya ba "drogue des fous" était surtout la drogue des camionneurs qui "pouvaient acheter les comprimés dans toutes les stations services du pays". Du fait de cette accessibilité, les drogués au ya ba étaient deplusieurs millions".

 
_____________________________________________________________

*Yaa Baa: Production, trafic et consommation de méthamphétamine en Asie du Sud-Est continentale, Pierre-Arnaud Chouvy et Joël Meissonnier, L’Harmattan - IRASEC, Paris – Bangkok (ISBN 2-7475-2397-7)


QUATRIEME DE COUVERTURE 

Yaa baa, « le médicament qui rend fou ». En Thaïlande le surnom de la méthamphétamine sonne comme un avertissement, mais il n’a pas dissuadé des centaines de milliers de Thaïlandais, jeunes pour la plupart, de s’y adonner avec plus ou moins de retenue. « Drogue de travail » ou « drogue de loisir », il s’agit d’un véritable phénomène de société qui n’est pas étranger aux évolutions économiques et aux mutations culturelles qu’à connu le royaume au cours de ces dernières décennies. Ce livre s’efforce de donner des explications à un engouement qui touche également d’autres pays de la région. Il replace la consommation de méthamphétamine dans les logiques du narcotrafic dont les ressorts sont à rechercher aux marges orientales de la Birmanie, en plein cœur du Triangle d’Or.

Cf. par ex.  CHAPITRE 6 : CONSOMMATION DANS LES MILIEUX MODESTES

6.1. En milieu ouvrier, un fortifiant qui encourage l’effort. Une culture du stimulant. Risques sociaux. 6.2. La drogue de l’indigence. Un réservoir de main d’œuvre au service du trafic. De l’ouvrier au chômeur. Les enfants sans domicile fixe. Les prostituées et les victimes du trafic d’êtres humains. Les réfugiés et les travailleurs immigrés

CHAPITRE 7 : LES JEUNES, CIBLE PRINCIPALE DU YAA BAA. 7.1. L’usage de méthamphétamine cimente le groupe de jeunes. Processus d’identification au groupe de pairs. Just for fun ?. Le yaa baa : élément fédérateur d’une classe d’âge ?. Une consommation ritualisée. Drogue ou médicament : le piège des représentations. Une drogue pas si nouvelle. Une politique de prévention contre-productive 

**« D’après le quotidien anglophone The Nation, la caution avait été fixée à un million de bahts pour chacun, soit plus de 25.000 euros. Les policiers ont interdiction de quitter le pays. Le directeur-général des juges de la Cour criminelle, Thawee Prachuablarb, a indiqué que malgré les peines de mort prononcées, la liberté sous caution pouvait être accordée sur la base d’une décision propre au juge qui prononce la libération. » (cité par le Petit Journal).

 

Bien qu’en 2012 les tendances mondiales de la production, de l’usage et des conséquences sanitaires des drogues illicites soient restées largement stables, le dernier rapport de  l’UNODC a attiré l’attention sur le fait qu’en Asie du Sud -Est et en Thaïlande la consommation de drogue de synthèse, de type amphétamine est en forte augmentation.

D’une manière générale, la réduction de la culture et de la production d’opium et de coca a été contrecarrée par un accroissement de la production de drogues de synthèse.

 
 
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16 août 2012 4 16 /08 /août /2012 03:06

ichtyosaureL’événement : la découverte d’un nouveau dinosaure carnivore. 

 

« La » nouvelle du 23 avril 2012, un communiqué du Muséum national d’histoire naturelle nous apprend la découverte d’un nouveau dinosaure carnivore avec voile dorsale au Laos.   


comuniqué


Nous vous avons conté l’histoire des dinosaures de l’Isan, avec les « conseils techniques » éclairés de Romain, notre ami paléontologue :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-8-notre-isan-au-temps-des-dinosaures-71522507.html


Si l’histoire des dinosaures en  isan est récente, leurs découvertes datent des années 70, des chantiers de fouille avaient été ouverts au Laos français dès les années 30 dans la région voisine de Savannakhet. Nous connaissons les dinosaures d’Asie du Sud-Est grâce, notamment, aux travaux du géologue français J.H. Hoffet dans le Bassin de Savannakhet au Laos. (1)  


Josué-Hoffet-ancien


Découvertes fortuites : diplomé de l’école de géologie de Nancy, Josué Hoffet fut mandaté par l’autorité coloniale pour rechercher des hydrocarbures et établir une carte géologique du Laos français. Il décrivit le fémur d’un saurien inconnu, nomma en 1942 une nouvelle espèce de titanosaure, le titanosaurus falloti alias tangvayosaurus hoffeti

tibias

 

et en 1943 une nouvelle espèce d’hadrosaure, le mandschurosaurus laosensis, curieux dinosaure à bec de canard.


 

Hadrosaurus2

 

Il trouvera la mort à la tête d’un groupe franc dans un combat contre les japonais en 1945. Le lycée français de Vientianne et la petite école communale du village natal de son épouse, Oberhausbergen, portent son nom. (2)


accueil-lycee


En 1991, une équipe franco-laotienne a entrepris de nouvelles recherches dans les  « couches rouges » datées du Crétacé inférieur du Bassin de Savannakhet. Depuis lors, des ossements et des empreintes de pas de dinosaures sauropodes, théropodes et ornithopodes, ainsi que des restes de tortues, de bivalves d’eau douce et de plantes fossiles ont été collectés et décrits dans la région de Tang Vay (Province de Savannakhet). Tous ces fossiles font partie du patrimoine paléontologique laotien et sont actuellement conservés au Musée des Dinosaures de Savannakhet, construit en 1996 grâce au soutien de la Fondation de France et des instances politiques de la République démocratique populaire Lao. Après une pause de quelques années (2000-2008), de nouvelles missions de terrain ont été entreprises dans le cadre d’un projet intitulé « dinOsavan : les Dinosaures du Paradis ».

      Logo

 

Son principal objectif est de relancer la coopération franco-laotienne autour de ce patrimoine exceptionnel que sont les dinosaures, par l’intermédiaire de l’association « Formation et Recherche au Laos » et avec le concours des autorités de la République démocratique populaire Lao et du Muséum national d’Histoire naturelle.   


Grâce au soutien de la National Geographic Society, une campagne de fouille a pu être réalisée en janvier et février dernier. L’équipe composée de six chercheurs et techniciens du Muséum national d’Histoire naturelle (en particulier Ronan Allain, Philippe Richir, Monette Véran)  et  d’un dessinateur de bandes dessinées, Mazan (3) ainsi que de onze fonctionnaires du Musée des Dinosaures de Savannakhet, a mis au jour d’autres parties du squelette d’Ichthyovenator.  Cette équipe franco-laotienne est dirigée par Ronan Allain, paléontologue au Centre de recherche sur la paléobiodiversité et les paléoenvironnements (Muséum national d’histoire naturelle) et Thiengkham Xaisanavong du Musée des dinosaures de Savannakhet.


En 2010, deux nouveaux gisements contenant des restes de dinosaures ont été découverts dans la région de Tang Vay (Laos). Le premier de ces gisements a livré une partie du squelette d’un nouveau dinosaure bipède et herbivore appartenant au groupe des hadrosauroïdes (« dinosaures à bec de canard »). Le second gisement a, quant à lui, livré les restes spectaculaires d’un dinosaure carnivore appartenant au groupe des spinosaures. Ces restes se composent du bassin et du sacrum ainsi que de nombreuses vertèbres dorsales et caudales. Les vertèbres de ce nouveau spinosaure baptisé Ichthyovenator laosensis  en référence à son régime alimentaire essentiellement piscivore (mangeur de poissons), sont particulièrement extraordinaires. Elles possèdent de très grandes épines neurales élargies à leur sommet qui montrent qu’Ichthyovenator possédait une voile sinusoïdal dorsale qui surmonte ses vertèbres dorsales, sacrées et caudales. Les résultats de cette découverte viennent de paraître dans la revue Naturwissenschaften et ont été annoncés par un communiqué de presse du muséum national d’histoire naturelle en date du 23 avril 2012. (4)

 

Sans titre-1


Parce qu'ils possèdent un crâne au museau allongé très spécialisé, les spinosaures sont très facilement identifiables. En revanche, les scientifiques connaissent très peu de choses sur leur squelette postcrânien.

id


Notre Ichthyovenator est le premier spinosaure asiatique décrit. Grâce à cette découverte, le groupe des Spinosauridés a désormais une répartition quasi mondiale au Crétacé. Mais il n’est connu que par de très rares fossiles, on ne recense aujourd’hui que cinq espèces représentées par des squelettes très incomplets :


-  Egypte : les premiers restes de spinosaure, vieux d’environ 95 millions d’années, ont été découverts en 1912 dans l’ouest de l’Egypte (près de l’Oasis de Bahariya). Rapporté en Allemagne et monté au Paläontologische Staatssammlung de Münich, le squelette de Spinosaurus fut détruit pendant la seconde guerre mondiale en 1944. Il ne reste aujourd’hui que des photos du squelette original et la description faite par Stromer. Alors que la voile deSpinosaurus est centrée sur le dos du dinosaure, celle d’Ichthyovenator a une position plus reculée et se prolonge au-dessus du bassin.


 -  Angleterre : En 1983 seulement, un nouveau spinosaure, Baryonyx, est découvert dans le Surrey. Son squelette est nettement plus complet que celui de Spinosaurus, mais il ne possédait pas de grande voile dorsale. 


-   Niger et Brésil : deux autres spinosaures Suchomimus et Irritator ont été également découverts à la fin des années 1990. Suchomimus possédait une voile de faible amplitude au-dessus du bassin. 


Sans titre-2 

 _________________________________________________________________________________________

 

(1) J.-H. Hoffet. 1943. « Description des ossements les plus caractéristiques appartenant à des Avipelviens du Sénonien du Bas-Laos ». Comptes Rendus des Séances du Conseil des Recherches Scientifiques de l'Indochine 1944, pp 179-186.


(2) Voir le site du Lycée français de Vientiane :

www.lyceehoffet.org


(3) Vous trouverez les dessins de Mazan ci-dessus, dessous


caricature

et sur le site

http://dinonews.net/forum/creations.php?msg=166318  


(4) Ronan Allain, Tiengkham Xaisanavon, Philippe Richir, Bounsou Khentavong. « The first definitive Asian spinosaurid (Dinosauria: Theropoda) from the early cretaceous of Laos. Naturwissenschaften », 2012


titanosaurus faletti       

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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 03:03

nitiratNon, ce n’est pas un groupe de rock, mais des professeurs de droit dont on parle beaucoup dans la presse anglophone thaïlandaise.  Il nous a paru intéressant, en lisant l’interview réalisée par G. Poissonnier* pour le Petit Journal, de Piyabutr Seangkanokkul du groupe Nitirat, de connaître leur point de vue dans le débat actuel concernant  la loi de lèse-majesté qui divise la Thaïlande ou plutôt les différentes forces politiques du pays.


1/ Nous étions d’autant plus intéressés que nous avions été choqués de voir le chef de l’armée (et les forces d’opposition qu’ils représentent) intervenir dans le débat public pour décider ce qui  doit être réformé ou pas, et pour vouloir interdire au groupe Nitirat (un groupe de 7 professeurs de droit) de réfléchir sur la Constitution et  sur l'amendement des lois qui concernent le lèse-majesté.


« Le chef de l’armée, le général Prayuth Chanocha, a demandé au groupe Nitirat d’arrêter de travailler sur l'amendement des lois qui concernent la lèse-majesté.« La société thaïlandaise ne pourra pas continuer d’exister si nous laissons les gens violer la loi sur la diffamation (ndlr : de la monarchie), a déclaré Prayuth, dont les propos ont été rapportés par le Bangkok Post. » ». **


Le chef de l’armée allait même plus loin, en invitant ceux qui veulent réformer les lois qui protègent la monarchie  à quitter le pays et trouvait « inconvenant » et « inapproprié » que les médias et les réseaux sociaux puissent « en discuter ». Il reconnaissait quand même que la Thaïlande  était une démocratie, mais qu’ « il ne faut pas aller trop loin ».***


2/ Le chef de l’Armée aurait gagné à expliciter ce qu’il entendait  par « ne pas aller trop loin ». On aurait pu ainsi lui rappeler qu’il est dans une monarchie constitutionnelle, qui a donc de fait une constitution. Une constitution**** qui définit donc (ou doit définir)  les droits et les libertés des citoyens ainsi que l'organisation et les séparations du pouvoir  politique (législatif, exécutif, judiciaire) .

On aurait pu lui rappeler l’Article 16 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789, qui disait :


"Toute Société dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n' a point de Constitution."


Mais à quoi bon.


Il sait bien que la monarchie constitutionnelle thaïlandaise  a une histoire … plutôt militaire.

(Cf. notre article  http://www.alainbernardenthailande.com/article-a30-les-elections-du-3-juillet-2011-en-thailande-75353534.html


Déjà la révolution de palais qui avait mis fin à la monarchie absolue le 24 juin 1932 avait vu  la mise à l’écart des « civils » et à la prise en main du Pouvoir par les militaires. Nous avons décrit cette  « démocratie » singulière : souvent  « interrompue » (18 fois), avec de nombreuses règles du jeu politique modifiées (18 fois) et depuis 1932 dirigée pendant plus de 50 ans par des militaires (sur 80 ans !), avec 10 officiers supérieurs  comme 1er ministres depuis 1946. (in  notre article A 50. Clés pour comprendre la politique en Thaïlande.)


Le roi actuel a donc connu 18 coups d’Etat, dont le dernier organisé par le  le général Sonthi  Boonyaratglin remonte au 19 septembre 2006, et avalisé  le lendemain par un décret royal légitimant le renversement d'un gouvernement considéré comme responsable de dérives affairistes et autocratiques menant le pays au "désastre". Sonthi prend alors la tête d'un gouvernement provisoire et du Conseil pour une Réforme Démocratique sous l'égide de la Monarchie Constitutionnelle …


Depuis il y a eu les élections du 3 juillet 2011 et le retour de la démocratie.


3/ Une démocratie très encadrée.


Une démocratie où le chef de l’Armée intervient dans le débat public, et utilise la loi de lèse-majesté pour faire taire les opposants, avec toujours la menace à peine voilée d’un futur coup d’Etat.


general


Le combat politique choisi par le général et les opposants se fait donc actuellement à l’aide de la loi dite de  lèse-majesté instrumentalisée à des fins politiques, et du refus de la proposition d’une loi d’amnistie (censée légitimer, pour les opposants,  le retour de l’ancien premier Thaksin, frère de l’actuelle première ministre).


Il s’agit bien de discréditer le gouvernement en place qui pour l’instant est sur la défensive et pour ne pas être en reste, intervient auprès des réseaux sociaux (Facebook et Twitter)  pour faire effacer des milliers de pages et auprès du navigateur Google pour retirer des vidéos de Youtube considérées comme insultantes pour la monarchie ». Reporters Sans Frontières a estimé que depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement de la Premier ministre Yingluck Shinawatra s’est montré pire que son prédécesseur en termes de censure de l’Internet. "Si la Thaïlande continue d’emprisonner des internautes au nom du lèse-majesté, elle  rejoindra le clan des pays les plus liberticides envers le Web. (cité dans le Petit Journal)****


Dans ce contexte le groupe Natirat (la « loi pour le peuple) est vu, actuellement, comme une menace par l’opposition. Pourquoi ?


4/ Qui est ce groupe Natirat et qu’ont-ils fait ? (Cf. l’interview, in Le Petit Journal*)


Le groupe a été officiellement constitué le 19 septembre 2010. Il est composé de sept membres, sept professeurs de droit, tous enseignants à la faculté de droit de Thammasat à Bangkok. Ils ont tous étudié à l’étranger, en France ou en Allemagne.

 

thibaudet


Ils se sont donnés deux objectifs :

  • créer une véritable idéologie de l’Etat de droit en Thaïlande et contribuer à réformer en profondeur la vie politique thaïlandaise.
  • « Réformer la vie politique (…) : il faut que le peuple thaïlandais prenne en main son destin et ne le confie plus à des institutions (armée, monarchie, pouvoir judiciaire) qui ne doivent pas être des acteurs politiques.

Ils ont déjà à leur actif des actions conséquentes.


Ils ont :

  • proposé en mars 2011 de réformer l’article 112 du code pénal thaïlandais qui réprime le crime de lèse-majesté.

 

A-protester-against-article-112-of-Thailands-criminal-code-

 

  • commenté dans les revues juridiques les décisions de la Cour constitutionnelle. 

 « Nous étions parvenus au constat commun que les décisions rendues par les juges constitutionnels après le 19 septembre 2006 avaient finalement abouti à valider le coup d’Etat et toutes les normes juridiques qui ont été adoptées par le pouvoir issu de ce coup d’Etat. Il s’agit d’une situation d’instrumentalisation du droit à des fins politiques. Nous critiquions dans nos commentaires de jurisprudence cette réalité, mais nous étions impuissants face à cela.

  • décidé de parler au public et de formuler des propositions, « bref de devenir un acteur au lieu d’être juste commentateur ». 

«  Nous ne sommes plus aux conférences/débats  organisés dans le cadre de l’Université, aux revues, CD, vidéos disponibles sur Youtube(…)  Nitirat a rencontré un écho et un soutien auprès de journalistes, artistes,  intellectuels. « Et la presse anglophone présente en Thaïlande (ndlr : The Nation et Bangkok Post), la presse internationale ainsi que les ambassades ont commencé à s’intéresser à nos travaux. ».

  • lancé une campagne pour déposer au Parlement, dans le cadre du droit constitutionnel de pétition, une proposition de loi visant à réformer l’article 112.

« Grâce à l’aide d’associations, nous avons recueilli près de 30.000 signatures et nous les avons déposées au bureau du président du Parlement en mai 2012. »

  • publié un rapport en septembre 2011 « proposant aux pouvoirs publics et aux juristes de constater l’illégalité du coup d’Etat et la nullité de tous les actes juridiques adoptés par le gouvernement issu du putsch ». « Ce rapport, suivi d’une conférence à l’Université de Thammasat en janvier 2012, a fait beaucoup de bruit ».

5/ Et de constater : 

  • «  C’est à partir de ce moment-là que nous avons été critiqués par les élites. Elles se sont senties menacées parce que ce sont elles qui ont "validé" le coup d’Etat : juges, personnel politique, militaires, entourage du roi, hauts fonctionnaires etc. »  
  • « Du jour au lendemain, le groupe Nitirat a été accusé d’être un allié de Thaksin et d’être financé par les "Chemises rouges". « 
  • « Les menaces et les insultes dans les médias et sur internet ont commencé ».

On pouvait s’en douter.


 On peut comprendre désormais, pourquoi « le chef de l’armée, le général Prayuth Chanocha, a demandé au groupe Nitirat d’arrêter de travailler ».

 

6/  Un projet révolutionnaire ?


On peut dire à la lecture des propos de Piyabutr Seangkanokkul du groupe Nitirat, que leurs projets sont révolutionnaires dans le contexte actuel, et au vue de l’Histoire du pays. Il l’avoue d’ailleurs en disant « Soyons raisonnables : ce n’est pas envisageable avec le roi actuel, qui est vénéré par la population ».


piyabutr a 69


Le groupe Nitirat veut en effet » proposer, à partir d’une réécriture de la constitution de 2007, une nouvelle constitution, « vraiment démocratique que tous les représentants institutionnels, y compris le roi, devront s’engager à respecter par une prestation de serment », une constitution qui indiquera clairement la séparation des pouvoirs, (ou l’armée, la monarchie et le pouvoir judiciaire n’auront aucun rôle politique à jouer).

 

Une constitution où les juges seront indépendants,  jugeront au nom du peuple et non du roi. Ils ne seront plus au service d’une élite, ils ne devront plus  « instrumentaliser le droit à des fins politiques », ne plus intervenir pour éliminer des « adversaires » politiques.


Il donne trois exemples qui montrent que la Cour constitutionnelle n’a pas hésité à se mettre au service de l’armée ou d’un camp politique, oubliant que son rôle était de s’en tenir aux règles de l’Etat de droit ( comme : En mai 2007, la Cour constitutionnelle a pris la décision de dissoudre le parti Thai Rak Thai et de déclarer inéligibles 111 membres de son bureau politique pour 5 ans. Cette décision a été prise en application d’un décret-loi adopté par le général Sonthi autorisant la dissolution d’un parti et le bannissement de la vie politique dans certains cas.)


Révolutionnaire ?


Le groupe veut donc que le Roi n’ait plus de rôle politique, que l’Armée reste dans les casernes, que les juges soient indépendants, que le Pouvoir ne soit plus au service des élites et des grands groupes financiers de Bangkok, que la  nouvelle monarchie constitutionnelle soit comme en Belgique, aux Pays-Bas, en Norvège, en Grande-Bretagne.


Bref, il veut une autre Thaïlande.


Et ce ne sont pas les quatre nouveaux projets du groupe qui vont rassurer l’Armée, le pouvoir royal, et les « opposants » du gouvernement, des « rouges » et de Thaksin.

Certes, celui d’écrire et de proposer une nouvelle constitution, qui remplacera celle de 2007, (dépourvue de légitimité, précise-t-il), peut se concevoir . Ce ne serait après tout que la 19 ème depuis 1932.


Mais quand on propose une réconciliation tout en voulant juger les auteurs du coup d’Etat de 2006 (du moins c’est ainsi que nous lisons « une réconciliation ne pourra se faire sans une remise en cause de l’impunité complète dont bénéficient les auteurs d’actes illégaux »), on peut se douter que les généraux et officiers supérieurs impliqués ne seront pas d’accord !

 

Quand ensuite  on se propose de « vulgariser auprès de la population thaïlandaise les sciences juridiques et l’histoire politique du pays », on ne peut qu’approuver ce vaste et ambitieux programme éducatif.


image


Mais quand on précise  «  Il s’agit d’aller au-delà de ce qui est proposé le plus souvent dans les médias ou à l’école et qui s’apparente plus à une histoire de la royauté qu’à une histoire du peuple et de ses dirigeants politiques », on semble ignorer que l’on s’en prend à la Thainess, au pouvoir royal, à l’Histoire « officielle » de l’idéologie nationaliste, (maintes fois présenté dans ce blog). On propose ni  plus ni  moins une véritable révolution.   


Enfin, quand on croit qu’il suffit « de promouvoir un projet de loi constitutionnelle qui reconnaîtra que tous les actes juridiques pris en application du gouvernement issu d’un coup d’Etat sont nuls et sans effet. », on se décrédibilise et on avoue son ignorance historique et géopolitique, et au mieux une naïveté étonnante. Comme si, qu'il suffisait d’écrire une « belle » constitution pour qu’elle soit respectée.

 

En attendant, les élections du 3 juillet 2011 n’ont pas éliminé les anciens  « putchistes » et leurs complices. Ils sont toujours en place et comptent bien revenir au Pouvoir. Ils tiennent leur légitimité du pouvoir royal, et ont donc intérêt à brandir quotidiennement  l’article de lèse-majesté pour faire taire, discréditer, emprisonner … et faire croire que leurs adversaires politiques (la majorité actuelle, les « Rouges », l’ancien 1er ministreThaksin) … ainsi que le groupe Nitarat menacent la monarchie.


On peut constater que cette tactique est efficace et musèle pour l’instant les velléités réformatrices politiques du gouvernement, qui  joue « l’apaisement » pour faire voter sa loi d’amnistie qui permettrait ainsi le retour de Thaksin.


Et le général Prayuth Chanocha, chef des Armées est toujours en place !


 

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*INTERVIEW – Piyabutr Saengkanokkul, membre du groupe contreversé Nitirat,

Écrit par Ghislain Poissonnier

(http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html) mardi 26 juin 2012

** Y.F. (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html) mercredi 21 décembre 2012


*** Le chef de l'armée thaïlandaise, le général Prayuth Chanocha, a défendu vigoureusement hier les lois qui protègent l'image de la monarchie, en invitant à quitter le pays ceux qui veulent les réformer. Le général a jugé le débat public, qui a lieu actuellement notamment dans les médias et les réseaux sociaux, inconvenant. "Il est inapproprié d'en discuter. Personnellement, je contribuerai à la sécurité nationale par la protection" de la monarchie, a-t-il déclaré aux journalistes (…) "Bien que nous soyons une démocratie, il ne faut pas aller trop loin".


****Ou bien encore à propos des réseaux sociaux et de Google :


Les réseaux sociaux tels Facebook ou Twitterfournissent aux pourfendeurs de la législation une plate-forme pour la critiquer, alimentant le débat sur la lèse-majesté. En novembre dernier, le gouvernement avait demandé à Facebook d'effacer plus de 10.000 pages qui contiennent des photos ou commentaires considérés comme insultants envers la monarchie.
(
http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html avec AFP) vendredi 16 mars 2012


Le groupe Internet Google a révélé dimanche soir que le ministère thaïlandais de l'Information, des Communications et des Technologies lui avait demandé de retirer de son site YouTube 149 vidéos considérées comme insultantes pour la monarchie. Le célèbre moteur de recherche s’est plié aux exigences du gouvernement de Yingluck Shinawatra et a restreint le visionnage pour 70% de ses requêtes.Y.F. (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html avec AFP) mardi 19 juin 2012 

Y.F. (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html avec AFP) mardi 19 juin 2012


Les autorités thaïlandaises ont bloqué plus de 5.064 pages Internet depuis décembre car elles contenaient des éléments jugés insultants envers la monarchie, a annoncé mercredi la police. "Entre décembre et mars, nous avons remarqué que les posts inappropriés ou insultants envers la monarchie sont de moins en moins nombreux", a néanmoins révélé le porte-parole de la police nationale, Piya Utayo, sans expliquer les causes de cette baisse.

Le roi Bhumibol, hospitalisé depuis septembre 2009 et âgé de 84 ans, jouit auprès de certains de ses sujets d’un statut de demi-dieu. Le crime de lèse-majesté est puni de 15 ans de prison, pour toute atteinte à l'image de la famille royale. Et au nom du Computer Crime Act, adopté en 2007, les actes de diffamation et la publication de fausses rumeurs en ligne sont passibles de cinq ans d’emprisonnement. Dans son rapport annuel sur la liberté sur Internet publié lundi, l’organisation non gouvernementale Reporters Sans Frontières a estimé que depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement de la Premier ministre Yingluck Shinawatra s’est montré pire que son prédécesseur en termes de censure de l’Internet. "Si la Thaïlande continue d’emprisonner des internautes au nom du lèse-majesté, elle  rejoindra le clan des pays les plus liberticides envers le Web", indique le rapport. Les réseaux sociaux tels Facebook ou Twitter fournissent aux pourfendeurs de la législation une plate-forme pour la critiquer, alimentant le débat sur la lèse-majesté. En novembre dernier, le gouvernement avait demandé à Facebook d'effacer plus de 10.000 pages qui contiennent des photos ou commentaires considérés comme insultants envers la monarchie.
(http://www.lepetitjournal.com/bangkok.htmlavec AFP) vendredi 16 mars 2012

 

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25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 03:01

chars Le 24 juin 1932, coup d’Etat ou  complot ? 

Voilà bien un sujet d’une actualité brulante. Le parti des « rouges »  a organisé, ce dimanche 24 juin, un grand rassemblement pour célébrer le 80ème anniversaire du coup d’ Etat du 24 juin 1932 qui avait transformé, sans effusion de sang,  une monarchie absolue, vieille de sept siècles, en monarchie constitutionnelle. (Cf. le sujet déjà traité  en nos articles A.5 et A.30 (1))


Que faut-il penser de ce coup d’Etat qui ne fit aucune victime et fit passer le Siam de l’état de monarchie de droit divin à celui de monarchie constitutionnelle ?

Nous en avons au moins une analyse sereine, provenant du grand juriste Robert Lingat, conseiller juridique du gouvernement siamois jusqu’en 1940, professeur de droit comparé à Bangkok et parfait analyste de la législation siamoise ancienne ou moderne (2).


lingat


Le déroulement des opérations :


A l’aube du 24 juin 1932, le roi est en villégiature à Hua-Hin où il joue au golf avec son épouse. La salle du trône est investie par des troupes venues en bon ordre, le bâtiment est cerné d’auto mitrailleuses et de tanks. Tous les princes et quelques hauts fonctionnaires y sont conduits manu militari. Pas de casse apparemment. Peut-être un mort ? Selon « Le Figaro » et « L’Humanité », le chef d’état-major aurait été massacré ? Dans la journée « le parti du peuple » fait diffuser dans les rues de la capitale un factum expliquant les raisons de cette action. Rappelons-les brièvement :

  • Le roi gouverne comme ses prédécesseurs en monarque absolu.
  • Tous les postes importants sont entre les mains des membres de la famille royale ou de ses « favoris ». (Cf  * en note)
  • Les princes, ne s’intéressent qu’à leurs intérêts particuliers sans se soucier de la grave crise économique que traverse le pays.
  • Les actes de corruption de l’administration sont couverts de façon systématique.

Les promoteurs du mouvement font savoir qu’ils ne craignent pas l’instauration d’une république si le monarque n’accepte pas les réformes. Ils lui font aussi savoir qu’ils ont en otages un grand nombre de princes de la famille royale. Il est donc « invité » à revenir à Bangkok approuver le projet de constitution qui lui sera soumis.

D’après Lingat, qui était sur place, la population reste entièrement passive.

« La paysannerie siamois, dont l'esprit est à peine touché encore par l'occidentalisation, et dont les impôts ont été effectivement allégé, semble avoir été des spectateurs passifs » confirme « The economist ». (4) 


Le roi revient de Hua Hin et accepte la constitution le 27.

constitution

Elle marque un effacement à peu près complet de ses pouvoirs dans la conduite des affaires du royaume. Même le droit de grâce, celui que les rois de France considéraient comme « le plus beau fleuron de la couronne », lui est supprimé. Il ne bénéficie en outre d’aucune immunité pénale puisqu’il est responsable sinon devant les tribunaux du moins devant l’assemblée. Les membres de la famille royale sont déclarés « au-dessus des partis », moyen élégant de les exclure de toute fonction officielle.

Le « monument de la démocratie » à Bangkok glorifie cet événement.


Plaisante « démocratie » toutefois !


La première assemblée est composée de 70 députés désignés par le parti du peuple. Lorsque le calme sera revenu, une assemblée élue sera composée moitié des membres de la première (donc désignés par le parti du peuple, moitié par élection au suffrage universel (hommes et femmes de plus de 20 ans) universel certes mais... indirect à trois degrés.


En réalité, une autre camarilla a remplacé celle de la pléthorique famille royale.


Les réactions de la presse française ? 

 

Le coup d’état est annoncé avec un renvoi en troisième page par « Petit parisien » le 25. « La Ville est calme ». Des explications qui en valent d’autres : « Il semble que la civilisation occidentale, dont le roi Chulalongkorn s’est fait le défenseur, ait été insuffisamment assimilé par un peuple qui n’était peut-être pas encore préparé à la recevoir ». Le lendemain, est annoncée l’acceptation par le roi de ces conditions « imposées ». Le 27, confirmation que tout est calme à Bangkok. Le « Petit parisien » quoique clairement marqué à droite est surtout un journal d’information (qui tire alors à un million d’exemplaires)


PE Petit Parisien 3b


« Le temps » qui est alors LE journal dont l'information est jugée de qualité, sérieuse et objective, devenu rapidement quotidien officieux du Quay d'Orsay donne les mêmes observations le 25 juin mais note (nous allons y revenir) que le mouvement a été accueilli avec une grande satisfaction par le Foreign Office.

 

Le complot ?


L’oeil de Moscou ?

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Curieusement, le quotidien des très actifs royalistes français, « l’Action française » le 26 juin ne voit pas dans ces événements un « complot judéo-bolchévique » mais une manifestation du mécontentement des militaires rebelles à la suite des compressions du traitement des fonctionnaires pour répondre à la crise mondiale. Naturellement, l’acceptation par le roi du régime constitutionnel est preuve de sa grande sagesse et des vertus du régime monarchique.

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« Le Figaro » qui appartient alors à François Coty dont les sympathies pour les régimes fascistes sont notoires, rend un compte chronologique des événements (rejoignant « le Petit journal », leurs sources sont l’agence Havas et l’agence Reuter).


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L’actualité politique en France et en Europe est lourde. Il nous faudra attendre le 18 août pour avoir une analyse de P. Louis-Rivière, Président de la Cour d’appel de Caen et ancien conseiller législatif du gouvernement siamois. Il fait un parallèle avec la révolution de 1688 qui chassa le roi Naraï « La révolution d’avant-hier avait eu un caractère xénophobe et ses réactions furent sanglantes. Celle d’hier, qui tient surtout à des causes économiques et financières, est, jusqu’à ce jour restée pacifique et fort heureusement a épargné les étrangers. Nous devons souhaiter que le peuple thaï persévère dans le calme et la modération qui ont été son apanage depuis que la dynastie Chakri préside à ses destinées ».


Le choix des mots a son importance, le roi a eu la sagesse « d’octroyer » une constitution à son peuple, rappel innocent ou pas de la chartre que Louis XVIII a « octroyé » au bon peuple français. Le même P. Louis-Rivière donne dans « Le temps » le 28 novembre une analyse assez serrée dont les termes rejoignent (ou sont rejoints) par ceux de Robert Lingat. Il était aussi sur place et note l’apparente indifférence de la population.


Il nous faudra attendre l’année suivante, en juillet 1933, pour en avoir dans « le Figaro » une analyse politique sous la signature du Docteur A. Legendre qui y écrit de nombreuses chroniques d’un esprit très « colonialiste ». Pour lui, c’est « l’oeil de Moscou », un « clan révolutionnaire sans aucune attache avec le pays, un groupe de mécontents éduqués à l’étranger ». Derrière eux ? Les Chinois, « des individus des plus suspects, des nationalistes bolchévisants ... influence activée d’ailleurs par Moscou ».


Les fascistes ?


Ces propos nous ayant semblé, avec un peu de recul, un peu excessifs, il nous a amusé d’aller voir ce qu’en disait l’oeil de Moscou en France, « L’humanité » alors en pleine ébullition antifasciste entre l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne.


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L’événement est annoncé dans les numéros des 25 et 26 juin, l’information vient de Reuter et de Havas « Une révolte militaire éclate au Siam » mais les commentaires sont chaleureux :

« ... Les chefs de la révolution sont des officiers de l’armée de terre et de la marine qui demandent l’établissement d’une monarchie constitutionnelle. Plusieurs membres de la famille royale et des ministres ont été fait prisonniers par les rebelles. Au moment où la révolution a éclaté, le roi se trouvait à  Huahin en villégiature. Un groupe d’officiers révolutionnaire a ramené le souverain à Bangkok. Le commandant en chef de la partie de l’armée loyaliste a été passé par les armes. Cette révolution a éclaté notamment à la suite de compressions financières et à la suite du renvoi d’un grand nombre de fonctionnaires notamment de militaires. Il y avait d’autre part un marasme général des affaires et un grand nombre de chômeurs. Le parti populaire siamois a lancé une proclamation dans laquelle il dit que la vie des membres de la famille royale ne sera en danger que si des mesures de représailles sont prises contre les troupes révolutionnaires. Celles-ci occupent et sont actuellement maitresses de presque tous les bâtiments publics. A Bangkok la foule porte en triomphe les soldats et les matelots révolutionnaires.


Mais très vite le journal déchante et y voit « une soumission à l’impérialisme britannique subissant aussi l’influence de la France » « Le 27 juin de l’année dernière à l’instigation des agents britanniques qui voyaient monter la vague d’une révolte, une insurrection de militaires avait eu lieu et le roi acceptait une constitution qui accordait une représentation aux masses quoi que mutilée ».


De fait, il est tout de même singulier que le tract distribué le jour du coup de force dans les rues de Bangkok ait été rédigé en thaï ... et en anglais ainsi que le projet de constitution soumis au roi ? Et l’approbation chaleureuse du Foreign office a-t-elle un sens ? Il est vrai aussi que « le Parti du Peuple » a été fondé à Paris. Ces constatations ne sont pas des conclusions.

Et les « fascistes japonais » vont vite être mis dans le bain, dès avant que le journal ne dénonce à juste titre (seul, soit dit en passant, de la presse française) les persécutions dont sont victimes les Chinois « cette politique semble être le résultat de l’augmentation de l’influence japonaise au Siam ». La dénonciation par la suite de la collusion entre le régime « fasciste » siamois et le Japon sera récurrente jusqu’à l’interdiction du journal en juin 1940.


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Notons (au passage) une certaine mauvaise foi des « moscoutaires », comme disait François Coty, lorsqu’ils prétendent que le monarque dut abdiquer car il ne voulait pas renoncer « au droit de vie et de mort que la constitution lui reconnaissait sur ses sujets ».

 

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Il ne faut toutefois pas avoir une vision manichéenne de ces événements, le Roi a été mis devant le fait accompli, c’est une certitude, mais il est aussi établi qu’il était lui- même soucieux, imprégné de culture occidentale, ancien élève de notre Ecole de guerre de Fontainebleau, de donner à son pays une constitution écrite, qu’il a probablement été pris de vitesse  et qu’en ce sens, il n’est pas faux de dire qu’il a été pour partie le père de la « démocratie » siamoise (5).

Terminons sur une note d’humour (il arrivait qu’il y en ait dans « L’Humanité »), lorsque le Siam est devenu la Thaïlande en 1939, le journal s’est inquiété de savoir comment on appellerait nos compagnons félins qui allaient comme les Siamois devenir des « chats libres » et si les « frères siamois » quoique restant attachés deviendraient « libres » ?


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Journaux consultés : « l’Action française », « le Figaro », « le Temps », « le Petit parisien », « l’Humanité », « the Economist ».


(1)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-5-une-tradition-thaie-chartes-et-coups-d-etats-65017684.html

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a30-les-elections-du-3-juillet-2011-en-thailande-75353534.html

 

* Signalons au passage que si le monarque n’a pas eu d’enfants et Rama VI non plus, le « grand ancêtre » Rama V en eut 77 officiels et Rama IV, 82 (3). Le roi avait plusieurs centaines de cousins, petits-cousins et arrière-petits cousins à caser. Nous eûmes aussi au moins deux monarques trousseurs de jupon, mais Louis XIV ne légitimât que 8 de ses batards et Louis XV un seul.


(2) « Chronique de Siam 1932 » in « bulletin de l’école française d’extrême orient, 1933 volume 33 p. 536 s.


(3) พระราชประวัติ ๙ รัช แห่ง ราชวง ทีปะปาล petit fascicule en vente dans toutes les bonnes librairies pour 7 baths (ni date ni référence ISBN)


(4) Numéro du 2 juillet 1932, traduction non garantie.


(5) « The legend of king Prajadhipok : tall tells and stubborn facts on the seventh reign in Siam » Frederico Ferrara (universitaire à Singapour) in « Journal of south east asian studies » n° 43 février 2012 (Singapour)

 

fric    

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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 03:07

esclavage4 C’est un étonnement que je veux exprimer, et une question : « Comment font-ils ? » 

 

Oui, comment font-ils  pour prévoir une croissance de 6% après avoir subi une catastrophe nationale en octobre 2011  avec des inondations qui ont coûté la vie à plus de huit cents personnes, touchées 13 millions de personnes, mis sous l’eau 34 provinces pendant 4 mois, et provoqué la fermeture d’une dizaine de mille d’entreprises,  d’un coût estimé  de 2 à 3% du PIB selon les « experts » ?


Certes le gouvernement a mis en place un programme de 148 millions de baths pour aider 5664 entreprises qui ont déposé un dossier demande d’aide. Mais enfin !


Oui, comment font-ils alors que la France espère un 0,5 % de  croissance en 2012 ! et que le nouveau président français, toute l’Europe, et le G 8  en ce mois de mai 2012  implorent partout « la croissance ! la croissance ! » ; espérant ce « miracle » pour réduire et la dette et le chômage.

On se souvient du mot célèbre du président Mitterrand avouant son échec pour le chômage : « On a tout essayé », et du président Sarkosy promettant en début de mandat, et augmentation du pouvoir d’achat et diminution conséquente du chômage ! Et notre nouveau président de commencer son règne avec de nouveau : « la croissance ! la croissance ! » Bref, nous avons là un mot magique.


Pourquoi  les Français n’arrivent pas à obtenir ce que les Thaïlandais réussissent ?


Interrogeant nos amis expats de Thaïlande, les réponses fusent (personne ne se disant incompétent) : « Le coût de la main d’œuvre est peu élevé»,  « beaucoup d’investisseurs étrangers », « peu de taxes » « les heures  de travail » « peu d’impôts sur les entreprises », « pas de syndicat », « ils se sont endettés »…


J’ai voulu vérifier l’assurance de  mes compatriotes et constaté que le bon sens français avait encore du bon.


Si beaucoup d’experts  signalent la qualification des travailleurs thaïlandais dans les filières spécialisées du textile (de la confection), de l'informatique par la fabrication minutieuse des pièces d'ordinateurs ou encore de la maniabilité des matières plastiques, on se doute que le « secret » de la croissance est ailleurs.


1/ Le coût du travail.


Un travailleur en Thaïlande coûterait 15 fois moins cher qu’un travailleur français. Une augmentation récente de 40 % du salaire minimum provoque la colère  des patrons et de l’opposition. Bien que modulé selon les régions, le salaire minimum journalier est passé depuis avril 2012 de 215 baths (5,3 euros) à 300 baths (7,5 euros), soit moins d’un euro de salaire horaire pour 9,22 euros de smic/horaire français !!! Tout en sachant que la législation sociale thaïlandaise est assez « flexible » et que l’inspection du travail n’est pas reconnue pour son efficacité, il faudra un certain temps pour que cette décision gouvernementale soit vraiment effective dans toutes les régions et dans  tous les secteurs. On pense aux petites entreprises et au secteur informel, à nos villages d’Isan où nous sommes encore aux 200 baths/jour.


2/ A ce faible coût horaire s’ajoute une « flexibilité » du travail,  avec une main-d'œuvre disponible et malléable, comme disent les « économistes ».


Si la durée « officielle » du travail est  de 8h/jour et de 48h/semaine, nous savons tous ici que les journées de 12 heures sont communes. Les grands magasins sont ouverts de 10 h à 22h (voire 23h) le plus souvent. On peut imaginer les horaires dans les entreprises de bâtiments, de textiles, de pêche, de pièces d'ordinateurs … Selon un rapport publié par UNI Tesco Global Union Alliance (un syndicat qui regroupe les employés de la société dans douze pays à travers le monde), Tesco forcerait ses salariés à effectuer des heures supplémentaires non rémunérées. En Thaïlande, la chaîne aurait demandé à ses salariés d’effectuer deux sessions de travail de 18 heures à la suite (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html jeudi 2 juillet 2009).

 

De plus la Thaïlande emploie 1,5 million travailleurs clandestins (Cf. Le magazine « Thailander » du 21 mai 2012), et utilise le travail des enfants.Les chiffres officiels donnent, quelque 300 000 enfants âgés de 15 à 17 ans légalement employés, mais le BIT reconnait  « que  ces statistiques ne comptent pas les nombreux enfants migrants de moins de 15 ans qui travaillent illégalement 12 heures par jour pour moins de 25 euros par semaine, dans des exploitations agricoles familiales ou de façon clandestine dans les zones urbaines. La majorité d’entre eux sont des enfants pauvres, clandestins ou mal recensés, dont les familles sont originaires des zones montagnardes de la République démocratique populaire lao ou du Myanmar ».


 Le BIT évoque aussi le travail forcé « interdit par la loi mais reste présent en Thaïlande. Les exemples incluent notamment le trafic de femmes et de filles destinées à la prostitution ou au travail domestique et l'asservissement par l'endettement, où l'on voit parfois des familles entières réduites en esclavage par la dette ».


3/ La répression syndicale.


Aux faibles salaires, aux heures de travail démentiels, à l’exploitation des clandestins et du travail des enfants, il faut ajouter des syndicats muselés et une répression sévère des représentants syndicalistes (voire des assassinats) dans les grandes entreprises, dans un contexte politique (coup d’Etat en 2005) où encore récemment les opposants « rouges » étaient considérées comme des terroristes et où le lèse-majesté est employé sans discernement pour faire taire les critiques.( 478 pour la seule année 2010). De plus, les employeurs ont le droit d’embaucher du personnel pour remplacer leurs employés en grève.


 Dans ces conditions, on comprend que seulement 4% de la population active soit membre d’un syndicat. Les fonctionnaires, y compris les enseignants, n’ayant  pas le droit de se syndiquer. (source : Bureau de la démocratie, des droits de l’Homme et du travail du Département d’Etat américain). (Cf. in  Emmanuelle Michel**, « Le petit journal », jeudi 30 avril 2009). La Thaïlande d’ailleurs,  n’a pas ratifié les Conventions fondamentales de l’OIT concernant les droits syndicaux.


4/ Des mesures étatiques incitatives***


 La Thaïlande pratique également des politiques incitatives pour attirer les productions étrangères. On ne paie pas de droits de douane sur les importations si les marchandises sont exportées après transformation. A Bangkok et sa région les entreprises obtiennent 50 % de réduction sur les droits de douane et trois années d'exonération d'impôt sur les bénéfices et le chiffre d'affaires. Dans les provinces autour de Bangkok la durée de l'exonération d'impôt sur les sociétés est portée à cinq ans. Et dans les 58 autres provinces, cette durée d'exonération totale est portée à huit années, plus cinq années au cours desquelles l'impôt sur les sociétés est réduit de 50 %. 


On comprend ainsi pourquoi par exemple :  la Thaïlande constitue la principale base de production de Tokyo en Asie du Sud-Est : le Japon  y possède 7 000 entreprises, soit cinq fois plus qu'en Indonésie (1 300) ou qu'en Malaisie (1 400), et a investi 3,14 milliards de dollars durant les sept premiers mois de 2011.( Malo Servan, 12 mai 2012, in http://asie-info.fr/actualite)

 

5/Alors la croissance en Thaïlande, un modèle pour la France ?


Evidemment, notre question est ironique.


Il n’est pas sûr que les Français soient prêts à accepter que les entreprises étrangères ne paient pas d’impôts pendant 5 ans ou 8 ans et soient exonérées de droit de douane sur les importations si les marchandises sont exportées après transformation.


Il n’est pas sûr que les ouvriers et employés français soient prêts à accepter un salaire de 200 euros par mois, en travaillant bien souvent 12 heures par jour, dans des conditions de santé et de sécurité souvent aléatoires, avec le dimanche comme seul jour de repos, une semaine de congés payés, et où se syndiquer et faire la grève constituent un acte « héroïque ». Il n’est pas sûr que nos paysans français  soient prêts une fois les moissons faites à s’exiler 6 mois pour travailler sur les chantiers pour un salaire de misère.


 

Il n’est pas sûr que nos compatriotes après une vie de labeur acceptent de partir sans retraite. En effet, la retraite est quasiment inexistante en Thaïlande à l’exception des fonctionnaires et des cadres supérieurs des grandes entreprises. 90%  de la population comptent sur la solidarité familiale****, le gouvernement allouant généreusement à ses vieux 20 euros par mois !

 

Il n’est pas  sûr, en plus, que les Français acceptent le travail des enfants  et soient prêt à envoyer leurs « filles »  travailler dans les bars, salons de massage et  bordels pour survivre et pour qui le seul rêve soit de trouver un « farang « à marier (Cf. notre article 17. Notre Isan : les « filles  tarifées »  d’Isan et leur apport économique http://www.alainbernardenthailande.com/article-17-l-apport-economique-des-filles-tarifees-en-isan-76544762.html

 

 

Certes, la Thaïlande va faire 6% de croissance, mais nous en connaissons le prix à payer pour ses habitants. Nous savons désormais qu’il y a croissance et croissance. Et que nos 0,5 % espérés sont plus enviables que les 6 % à la thaïlandaise.

 

 

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*Y.F. (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html) mercredi 11 avril 2012 

 Pour en savoir plus : http://www.missioneco.org/thailande/

**Emmanuelle Michel (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html) jeudi 30 avril 2009 

 

***Avec toutes ces mesures, on pourrait penser le pays plus endetté que la France. Or la dette publique de la Thaïlande a été en  2011 de 41,7%  et en 2012 la prévision est de 44,2%.

Alors que la dette française de la France  à fin 2011 est de 1 717,3 milliards d'euros, soit 85,8% du PIB (INSEE)


****La retraite en Thaïlande.


Cf. par exemple fiche de la mission économique de l’Ambassade de France :

http://www.lhotellerierestauration.fr/hotellerierestauration/Articles/2007/3051_18_Octobre_2007/Securite_sociale_Thailande.pdf

La réflexion concernant la mise en place d’un système de retraite généralisé est relativement récente en Thaïlande.

D’une manière générale, on constate que la population thaïlandaise est peu sensibilisée à cette question :

_ Seuls les cadres moyens et supérieurs thaïlandais ont commencé, dès les années 90, à cotiser à des fonds de

pension privés.

_ Les populations rurales, majoritairement agricoles, exercent souvent leur activité jusqu’à un âge très avancé et

la solidarité familiale permet de faire face aux éventuelles difficultés financières.

_ Les citadins disposant de salaires moyens ou faibles utilisent souvent leurs économies pour s’installer, lors de leur retraite, à la campagne et exercer, éventuellement, des activités agricoles.

 

Le GPF compte environ 1 150 000 membres.

Pour plus d’informations, consultez : www.gpf.or.th

 

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