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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 22:02
A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE

En ce début de mai 2015, la junte a lancé une vaste opération de police  contre les trafiquants d’êtres humains dans la province de Songkhla, près de la frontière avec la Malaisie. Le 1er ministre a fait de multiples déclarations montrant la volonté du gouvernement de faire face à cette vague d’immigration clandestine qui a doublé depuis l’année dernière, comme le confirme un rapport du Haut-commissariat aux réfugiés (HCR) à Bangkok qui indique que, « quelque 25.000 Rohingyas et Bangladais ont pris la mer pour émigrer grâce à des passeurs entre janvier et mars de cette année - presque le double par rapport à l'an dernier. » 

A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE

Le chef de la junte a même pris l’initiative d’organiser un sommet le 29 mai consacré à l'immigration clandestine dans la région. 

 

Au niveau international, la presse relate chaque jour des drames, et  s’alarme des milliers de migrants clandestins bangladais et rohingyas, abandonnés par leurs passeurs en pleine mer près des côtes indonésiennes et malaises, et dont beaucoup périssent avant d’être secourus. On attribue ce nouvel afflux au « durcissement de la lutte contre l’immigration illégale en Thaïlande. » 

 

(Cf. par exemple l’ONG Arakan Project, « ces raids ont conduit les trafiquants à remplacer désormais leurs camps dans la jungle par des bateaux-prisons, dans les eaux internationales au large de la Thaïlande » et « Qui sont les Rohingyas, peuple le plus persécuté au monde selon l'ONU », in  Le Figaro.fr du 12/5/2015*)

A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE

En Thaïlande, de nombreux journaux, magazines, reportages de télévision, reprennent les déclarations des autorités thaïlandaises qui sont censées montrer l’efficacité  de la répression des trafiquants de chair humaine, avec la découverte des camps-prisons, l’arrestation de trafiquants, de fonctionnaires corrompus, des poursuites contre des policiers, et le transfert d’autres policiers « suspects ». (Cf. « Le Petit Journal »* )

 

Pour le chef de la junte, il  s’agit  bien de lutter contre  « (les migrants qui) doivent passer par la Thaïlande lors de leur voyage. (…) Nous sommes le pays du milieu, que devons-nous faire? ». *

A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE

La Thaïlande ne serait donc qu’un pays par où « Chaque année, des dizaines de milliers de candidats à l'exil transitent par le sud de la Thaïlande, vers la Malaisie et au-delà, pour fuir la pauvreté au Bangladesh ou les persécutions dans le cas des Rohingyas de Birmanie, minorité musulmane considéré par l'ONU comme l'une des plus persécutées au monde. » (*PJ du 8 mai 2015)

 

Un pays de transit des migrants bangladais et rohingyas !

 

 

 

 

A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE

Certes, de nombreux Bangladais et Rohingyas musulmans espèrent une vie meilleure en Indonésie et en Malaisie et tentent  « l’aventure » via des réseaux mafieux, qui sera fatale pour nombre d’entre eux,  mais il est d’autres migrants comme les Birmans, les Cambodgiens, les Laotiens, et les réfugiés « montagnards » au Nord, qui eux, sont bien concernés par les différents trafics d’êtres humains qui sévissent en Thaïlande.

                                                          

 

 

 

 

 

 

 

A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE

Nous leur avions  consacrés trois articles à la fin de 2013. (Cf. les liens **)

 

  • Le premier, intitulé  Le travail forcé sur les bateaux de pêche thaïlandais

évoquait un rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT) qui dénonçait une fois de plus les "graves abus" exercés sur les immigrés illégaux cambodgiens et birmans, travaillant sur les bateaux de pêche thaïlandais. ( « Graves abus » ? Un euphémisme pour désigner travail forcé, violences et meurtres)

 

Un rapport qui venait après bien d’autres qui constataient, année après année, le trafic d’êtres humains, et le peu d’entrain du gouvernement, pour mettre fin à cette nouvelle forme d’esclavage qui s’exerçait sur les chalutiers thaïlandais, où les pires exactions étaient commises (marins achetés, violences courantes, meurtres), et où on pouvait voir des hommes travailler 20 heures par jour, sept jours sur sept, avec certains bateaux-mères qui se déplaçaient pour faire le plein des navires, en fuel et en personnel, et  pouvaient être ainsi piégés des mois, jusqu'au large de la Somalie, (Selon l'Office international des migrations (OIM).)

A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE

Nous avions cité de nombreuses sources dénonçant  ce  système, fondé sur le travail forcé dans une industrie qui génère plusieurs milliards de dollars, pour un marché axé sur l’exportation. (Les exportations de poissons, crustacés et mollusques représentaient 2,2 milliards d’€ en 2012 et étaient le deuxième fournisseur de produits de la mer des Etats-Unis)

 

Un crime qui avait amené les USA à classer la Thaïlande  en 2012 au niveau 2 de la liste du Département américain des pays à surveiller en matière de lutte contre le trafic humain, avec le risque de se voir interdire l’accès de  certains produits au territoire américain, et la Communauté Européenne à envisager le boycott de ces produits de la mer.

 

(Depuis, il ne semble pas que les efforts fournis par les différents gouvernements aient été efficaces, car en  2014 la Thaïlande a régressé dans la catégorie Tier 3, la catégorie la plus basse.)

 

De fait, pour revenir en 2012, le gouvernement était impuissant face à la complexité du système et la corruption. On vit peu d’arrestations, peu de personnes jugées ; On vit même la première ministre Yingluck Shinawat, dans le cadre d’un reportage télévision de Cyril Payen pour France24, nier même l’existence de cette dramatique exploitation. (Pour voir le reportage***).

 

Pire encore, nous avions alors appris que le travail forcé ne touchait pas que la pêche hauturière thaïlandaise, mais s’exerçait au sein d’un système de trafics d’êtres humains généralisé qui touchait près de cinq millions de travailleurs étrangers légaux et illégaux, employés dans de nombreux secteurs de l’économie thaïlandaise, comme l’aquaculture de la crevette,  les usines de transformation du poisson, les plantations d’hévéas, le bâtiment, la prostitution, etc. 

A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE
  • Le deuxième article intitulé  « Travailleurs illégaux ou « birmanisation » du sud de la Thaïlande ?», se servait de l’étude de Jacques Ivanoff, Histoire des migrations et ethnicité à partir d’une réflexion en Asie du Sud-Est, Vers une anthropologie des frontières ?****, pour nous aider à mieux comprendre la situation globale, en replaçant cette dramatique réalité  dans le contexte (historique, économique et politique) plus large des migrations transfrontalières, voire dans une ethno-histoire.

 

Ivanoff nous rappelait la nécessité de comprendre le passé pour comprendre le présent, et de repenser la notion de frontière, avec l’ancrage historique des réseaux et de leurs structures, fondées sur les relations transfrontalières ; de prendre conscience des difficultés des gouvernements de contrôler ces frontières, voire même de leur impuissance face aux réseaux anciens qui se « reconstruisaient », se « modernisaient » en intégrant les nouvelles réalités politiques et économiques.

 

 

A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE

« Ce passé –disait Ivanoff- explique aisément les populations transfrontalières et les « fluidités ethniques » ; la facilité pour les Khmers du Cambodge à se déplacer vers des régions khmérisées du Nord-Est, et les Malais de Patani à retrouver leurs familles dans le Kelantan, par exemple. » et « comment les nouveaux réseaux ont pu s’établir,  dirigés par les forces locales des « puissances sombres » (itthipan muet) comme les appellent les Thaïs », et par certains militaires et « officiels » corrompus, et les réseaux mafieux.

 

Ensuite, le développement de ces régions a favorisé, si on peut dire, l’immigration des Birmans et des Cambodgiens, moins chers que les paysans du Nord-Est,  pour arriver à un phénomène d’une importance majeur :

 

En trente ans, le nombre de réfugiés, et de travailleurs immigrés (légaux et surtout illégaux) est passé de quelques centaines de milliers à environ 5 millions dans le sud de la Thaïlande.

 

Une situation telle, qu’il y voit même la « birmanisation » du Sud de la Thaïlande, avec l’extension des réseaux de trafic humain. 

A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE

Et une question :

 

Le gouvernement peut-il  contrôler ces millions de migrants, mettre à terme à ces réseaux de maffieux, dont bénéficient l’économie thaïlandaise et les potentats locaux.

 

Pour Ivanoff, la réponse est  non.

 

« Certes, il existe des travailleurs réguliers, des tentatives de régularisation des travailleurs (qui à chaque fois pousse davantage de travailleurs dans l’illégalité), des descentes de police, -il faut bien répondre aux attaques internationales (USA, rapports des agences des Nations-Unies, les campagnes des ONG), défendre l’image de la Thaïlande pour ses exportations-, mais les différents gouvernements thaïlandais sont impuissants face au nombre (comment gérer les déplacements de 4 millions de Birmans ?**), et à la corruption généralisée de ses propres agents » (in notre article 129)

 

Et ceci d’autant plus, qu’au-delà du problème des réfugiés, des travailleurs « illégaux », des réseaux maffieux, du système corrompu, nous dit Ivanoff, les gouvernements ne semblent pas avoir vu que :

 

« Nous assistons (alors) à la première colonisation adaptative, celle qui assimile les premiers habitants des zones de passage et jette une passerelle entre deux pays.

 

Entre le laxisme ou l’autoritarisme des gouvernants des pays dont elles relèvent, les populations des frontières construisent leurs nouveaux territoires d’expansion spatiale et d’expression sociale. » En effet, « Ils vivent aux frontières, ont leur langue et leurs traditions, sont rattachés à des groupes « frères » de l’autre côté de la frontière ce qui permet des échanges, ils s’adaptent et construisent des objectifs de solidarité locale pour survivre en tant que groupe. »

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  • Ce qu’il a appelé la « birmanisation du sud de la Thaïlande », dont nous avons rendu compte dans notre article A130.Nous avons alors beaucoup appris en lisant l’étude de Jacques Ivanoff et de Maxime Boutry,  intitulée « La Monnaie des frontières, Migrations birmanes dans le Sud de la Thaïlande, réseaux et internationalisation des frontières »*****

Ils nous ont aidés à comprendre ce qui se joue au sud de la Thaïlande, dans cet espace particulier des frontières, et à identifier les différents éléments des filières clandestines, les différents acteurs de cet espace régional, légaux et illégaux qui profitent du système, et qui assurent le développement du sud de la Thaïlande.  

 

Cette étude, disent-ils, « s’intéresse à la vision de la frontière et à la structure des récits des gens trafiqués. Elle interroge les personnes impliquées, passeurs et passées, elle ne juge pas, mais essaie de définir la structure de la filière et des réseaux. Elle essaie donc de donner une idée concrète de la « marche » birmane vers le sud et de sa dynamique ; elle est en cela aussi historique. »

 

On est loin de la Thaïlande comme pays de transit pour les migrants clandestins, comme le dit Prayut, surtout que depuis les années 80  la Thaïlande est devenue une destination d’immigration, surtout dans le Sud. Après les Chinois, les Malais,  le pouvoir central envoya la main d’œuvre isan, et les Birmans vinrent répondre à la demande de main d’œuvre nécessaire au développement, avec ses différentes vagues de migration et ses différentes ethnies (Môns, Birmans, Arakanais).

 

Ils ont su en 20 ans s’organiser, se structurer, mettre en place, par ethnie, des réseaux villageois, familiaux et régionaux, dans un système, où les migrants construisent des nouveaux territoires, des villages, des  quartiers, comme à Ranong par exemple, que les auteurs ont surtout analysé; et ensuite, à Samut Prakan, Chon Buri, Phèpha à côté de Kura Buri, ou certains quartiers de Phuket, etc, en fonction des besoins du marché.

Une main d’œuvre (légale et illégale) introduite en Thaïlande par des filières et des réseaux le plus souvent mafieux, venant répondre aux besoins exprimés  par les grandes familles chinoises (les Chinois/Thaïs, les Chinois/Birmans), qui ont le pouvoir politique, administratif et économique, et qui savent via les multiples intermédiaires (courtiers, recruteurs, trafiquants), gérer l’illégalité au quotidien avec la complicité des « officiels » et des policiers et militaires corrompus, la légalité n’étant pas rentable.

 

En effet, nous disent Ivanoff et Maxime Boutry,  le gouvernement ne peut pas légaliser 4 millions  de Birmans vivant en Thaïlande et reconnaître l’existence d’une autre minorité ethnique dans une région déjà menacée par des velléités séparatistes. Les tentatives de légalisation dans les années 2000-2009 ont échoué et n’ont fait que renforcer l’illégalité et la rentabilité des filières. Le contrôle plus strict des frontières produit des effets pervers, développent des contraintes qui institutionnalisent l’illégalité. (Voire les cargos-prisons)

A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE

(Concernant la légalisation (connue sous le nom de processus de Vérification Nationale), un progrès évident a cependant été accompli puisqu’on passe de moins de 100,000 travailleurs légaux en 2007 à près de 900,000 en janvier 2013 (Statistiques du Ministère de l’emploi, cité par Supang Chantavanich et Jacques Ivanoff ******)

 

Et il est difficile, pour les différents gouvernements, dans une période d’instabilité politique, d’affronter la puissance des grandes familles « chinoises ».

 

(Cf. par exemple Jean Baffie in, « Femmes prostituées dans la région du Sud de la Thaïlande », qui montrait que quatre grandes familles chinoises, en les nommant,  étaient à l’origine du développement de Hat Yai, avec les  liens qui existaient entre le pouvoir politique, le développement économique et la prostitution.)

 

                                                -----------------------------------

Après ce bref rappel, il n’est pas sûr qu’une seule opération de police engagée en ce mois de mai, avec la découverte de quatre camps-prisons désertés, l’arrestation de quelques trafiquants, de quelques fonctionnaires corrompus, et des poursuites contre quelques dizaines de policiers, soit à la hauteur du trafic d’êtres humains dans le royaume. Les opérations de police ont d’ailleurs montré dans le passé leur inefficacité.

 

Et encore, nous n’avons pas évoqué les trafics humains qui fournissent les bordels, massages, karaoké et autres bars à bière du royaume.

 

Le chef de la junte arrivera-t-il à convaincre les USA, l’Union Européenne, les Natons-Unies, les multiples ONG entre autres, que les actions engagées en ce mois de mai 2015, sont un début de réponse efficace pour lutter contre tous les trafics humains qui minent le royaume ? (Cf. ******)

 

Nous pouvons en douter.  Mais ce n’est pas en ignorant le problème comme le fit Madame Yinluk Shinawat et d’ailleurs aussi ses prédécesseurs, que l’on peut le résoudre. Que valent les solutions de la junte ? L’enfer est pavé de bonnes intentions.

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La Thaïlande a déjà eu à faire face au douloureux problème des réfugiés « clandestins »  Vietnamiens en 1975 après la chute de Saigon, qu’elle fut partiellement incapable de résoudre autrement qu’en refoulant des milliers de « boat people », envoyant ainsi ses malheureux passagers à une mort certaine. (Cf. *******).

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L’Europe, éternelle donneuse de leçon, est elle-même actuellement dans l’incapacité manifeste de faire face au triste et poignant problème de l’afflux des réfugiés venus des pays du sud autrement qu’en citant à suffisance (en la travestissant  - ignorance ou malhonnêteté intellectuelle ou les deux cumulées ?) la phrase de Michel Rocard : « la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde  ».    (Cf. ******** )

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Notes

 

*Cf. Le « Petit Journal »

Ainsi par exemple, les autorités ont découvert « quatre camps secrets (des camps –prisons) dans la jungle depuis le 1er mai, ainsi que 33 corps » ; «  199 victimes ont été retrouvées dans la seule province de Songkhla", qu’il a été procédé à 11 arrestations. 

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On a appris également que des poursuites ont été engagées « contre plus d’une douzaine de responsables de l’Etat, parmi lesquels des policiers et un haut gradé de la Marine », « que plus de  50 policiers, parmi lesquels des officiers supérieurs, ont été transférés pour complicité ou pour n’avoir pas agi contre ce sinistre commerce. »

http://www.lepetitjournal.com/bangkok/societe/actualite/214923-trafic-humain-la-chasse-aux-camps-prison-s-accelere-mais-de-nouveaux-dangers-emergent

http://www.lepetitjournal.com/bangkok/societe/en-bref/215178-trafic-humain-quatre-camps-prison-decouverts-200-migrants-retrouves-a-songkhla

Et le :

http://www.lefigaro.fr/international/2015/05/11/01003-20150511ARTFIG00259-qui-sont-les-rohingyas-peuple-le-plus-persecute-au-monde-selon-l-onu.php

**Les trois articles déjà publiés :

·   A128. Le travail forcé sur les bateaux de pêche thaïlandais.

 

  • A129. Travailleurs illégaux ou « birmanisation » du sud de la Thaïlande ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a129-travailleurs-illegaux-ou-birmanisation-du-sud-de-la-thailande-120218930.html

Et une question :

 

  • A130. La « birmanisation » du sud de la Thaïlande est-elle inéluctable ?

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a130-la-birmanisation-du-sud-de-la-thailande-est-elle-ineluctable-120323933.html

 

***  http://www.france24.com/fr/20120719-profession-pecheur-esclave-thailande-cambodge-laos

****8/9 | 2010 : Des migrations aux circulations transnationales Dossier : Des migrations aux circulations transnationales. http://transcontinentales.revues.org/791

Transcontinentales [En ligne], 8/9 | 2010, document 6, mis en ligne le 31 décembre 2010

 

*****Carnet de l’IRASEC, Série observatoire 02, déc. 2009.

 

******Pour une mise au point récente, voir : Supang Chantavanich et Jacques Ivanoff, « Le trafic humain en Thaïlande : situation actuelle et défis », L'Espace Politique [En ligne], 24 | 2014-3, mis en ligne le 12 janvier 2015, consulté le 07 mai 2015. URL : http://espacepolitique.revues.org/3205 ; DOI : 10.4000/espacepolitique.3205

 

« Et lorsque pour éviter d’être encore classée dans la catégorie infamante Tier 3 la Thaïlande fait des efforts pour appliquer la loi, on découvre que sur 1000  inspections à bord de bateaux de pêche, la marine royale n’a pas identifiée un seul cas de trafic, on s’aperçoit qu’on est encore loin d’une réelle application des nouvelles règles et que la volonté politique n’est pas là. »

A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE

*******  Au début de l’exode indochinois en 1975, aucun pays de la région n’était partie à la Convention de 1951 sur les réfugiés ni au Protocole de 1967.  Beau prétexte : aucun des pays recevant des « boat people » vietnamiens ne les autorisa à s’installer de manière permanente et certains ne leur accordèrent même pas le refuge temporaire. Singapour refusa de débarquer tout réfugié qui n’avait pas de garantie de réinstallation dans les quatre-vingt-dix jours. La Malaisie et la Thaïlande procédèrent systématiquement au renvoi des bateaux hors de leurs zones côtières. Lorsque les bateaux de Vietnamiens se multiplièrent en 1979 (plus de 54.000 nouveaux départs pour le seul mois de juin), les renvois furent courants, précipitant des milliers de Vietnamiens vers une mort certaine. Fin juin 1979, cinq membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE), l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, Singapour et la Thaïlande, firent savoir qu’ils avaient « atteint la limite de leurs capacités et décidèrent de ne plus accepter de nouveaux arrivants ». Le principe de l’asile étant menacé, le Secrétaire général des Nations Unies réunit une conférence internationale sur « les réfugiés et les personnes déplacées en Asie du Sud-Est », à Genève, en juillet ». L’Asie du Sud-Est connaît une grave crise », rapporta le Haut-Commissaire Poul Hartling dans une note de référence préparée pour la conférence, ajoutant que pour « des centaines de milliers de réfugiés et personnes déplacées les droits fondamentaux à l’existence et à la sécurité étaient menacés ».  

A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE

********  Citons les propos exacts que le premier ministre Rocard a eu le courage de tenir à l’Assemblée nationale : «  Il y a, en effet, dans le monde trop de drames, de pauvreté, de famine pour que l'Europe et la France puissent accueillir tous ceux que la misère pousse vers elles. Aussi bien, et si pénible que cela soit pour les fonctionnaires quotidiennement confrontés à des situations humaines déchirantes, nous faut-il résister à cette poussée constante. Pour autant, nous savons tous que nul gouvernement n'a le pouvoir, quand bien même il en  aurait l'intention, de faire de notre pays une sorte de bunker parfaitement étanche ». (Séance du 8 juin 1989 in J.O « débats de l’Assemblée nationale », page 1797).

 

 

 

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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 04:00
A180. La Thaïlande est le paradis des jeunes des cités françaises.
A180. La Thaïlande est le paradis des jeunes des cités françaises.
A180. La Thaïlande est le paradis des jeunes des cités françaises.
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A180. La Thaïlande est le paradis des jeunes des cités françaises.
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14 mars 2015 6 14 /03 /mars /2015 22:00
A179. Vol de la couronne du roi du Siam au château de Fontainebleau, en ce dimanche 1er mars 2015.
A179. Vol de la couronne du roi du Siam au château de Fontainebleau, en ce dimanche 1er mars 2015.
A179. Vol de la couronne du roi du Siam au château de Fontainebleau, en ce dimanche 1er mars 2015.
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16 octobre 2014 4 16 /10 /octobre /2014 03:01

Titre-copie-1.jpg A Phuket, une île du sud de la Thaïlande; 35% de ses  habitants sont originaires de Chine, plus précisément de l’île de Hokkien. Beaucoup sont venus au XIX ème siècle pour travailler dans les mines d’étain. Depuis, ils ont prospéré, ont épousé des femmes thaïes. On les dit intégrés, et pourtant ils continuent de suivre les traditions et les rites de leurs Anciens.


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L’une  de ses traditions est le festival végétarien organisée chaque année au neuvième mois lunaire, pour se protéger des esprits maléfiques et porter chance aux différentes communautés « chinoises » installées en Thaïlande (comme à Bangkok, Trang, Hat Yai, Phangnga, Nakhon Sri Thammarat, Pattaya). Mais le festival le plus spectaculaire est celui organisé à Phuket, qui attire  selon l'Autorité du tourisme de Thaïlande 300.000 visiteurs.*


Emmanuel Rets et Vincent Moreno ont assisté aux grandes cérémonies annuelles qui viennent de s’achever sur l’île de Phuket. Ils ont présenté leur reportage à l’émission « De sept à huit » du 5 octobre 2014. 


                             ----------------------------

 

 

« Dans un temple taoïste, une religion d’origine chinoise, des hommes torses nus se préparent à entrer en transe.


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« Cela commence comme ça, on est tous réunis en attendant le signal ». « Et vous faites quoi en attendant ? ». « Rien de particulier ». La transe peut commencer en pleine conversation.

(Et l’homme interviewé se met d’un coup à produire sons et gestes saccadés et entre dans le temple.)


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Quand ça commence, c’est toujours le même rituel, il faut se diriger vers l’autel, et enfiler un tablier. C’est la tenue officielle de ces hommes, qu’on appelle les masongs, en thaïlandais, cela veut dire « cheval possédé ».

 

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(La cérémonie commence au son du tambour et de la cymbale). Ces hommes ne sont pas fous. D’après eux, ils ont été choisis par leurs dieux, pour être possédés pendant le festival qui est un des plus bizarres au monde, le festival végétarien de Phuket.


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(On voit plusieurs hommes en début de transe) Il s’appelle Hé, il a 36 ans. Cela fait déjà une heure que son dieu le possède. A ce moment précis, il est dans un état second. Lorsqu’il est en transe, Hé parle avec une voix de petit garçon ;

 

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il est Thaïlandais mais il s’exprime dans un dialecte chinois, le hokkien, une langue que pourtant il ne connait pas. Son assistant fait la traduction ; « Il est d’accord pour qu’on l’accompagne ?», demande le journaliste.  « Il dit que oui. Il est d’accord. »

 

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Quelques minutes plus tard, la possession touche à sa fin. Hé tombe inconscient.

 

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Le dieu serait sorti de son corps. L’homme reprend peu à peu connaissance. Trois minutes plus tard, sa voix est redevenue normale. (Et il dit) « Demain, je pars de chez moi à 6 heures, et c’est le dieu Hakon qui décidera seul à quelle heure il me possédera à nouveau.


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Cette transe, c’est la première étape d’une cérémonie d’hommage à des dieux chinois ;

 

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une tradition qui dure depuis près de deux siècles.


L’histoire commence en 1825, une troupe d’opéra pékinoise, de passage à Phuket pour distraire de nombreux émigrés chinois contaminés par la malaria.

 

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Les artistes décident pour calmer leurs dieux, de ne plus manger de viande. Neuf jours plus tard, ils guérissent tous de cette maladie incurable à l’époque. Depuis chaque année, les descendants de la communauté chinoise remercient leurs dieux.


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Il est 5 heures du matin, on retrouve Hé dans la banlieue de Phuket. Ce Thaïlandais de 36 ans, professeur de dessin dans le civil pense être possédé par deux divinités depuis 7 ans.

« Lui, c’est Hakkon. La première fois qu’il m’a possédé, je l’ai vu et il avait cette tête-là » (Il montre son portrait).


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Dans la religion taoïste Hakkon, c’est le dieu de la médecine traditionnelle. Pour le reconnaître, c’est facile, il ne sépare jamais d’un hache et de son cobra.

 

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Dans la maison, il est présent à toutes les sauces, rouge ou vert lorsqu’il est en colère.

 

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L’autre divinité qui prend possession de lui, c’est un dieu enfant, Kotia ; et c’est à cause de Kotia que le professeur thaï prend parfois une voix de petit garçon.

 

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Pour son père, un commerçant aisé à la retraite, c’est une fierté : « Moi, je n’ai jamais été masong, mais dieu, un jour, dans un rêve m’a dit : « Je veux ton fils, et si tu n’acceptes pas, il va mourir cette année. ».

 

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Pas de sexe, pas d’alcool, et pas de viande. Cela fait deux mois que Ké se prépare pour défiler dans les rues de Phuket. Une fois en transe, il devra se percer le visage avec ces broches que lui prépare l’un de ses assistants. Elles représentent des têtes de divinité, accrochées sur des tiges en métal ou en or ; elles sont frottées avec du papier béni après avoir été désinfectées à l’alcool.


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L’assistant : « C’est le dieu qui a décidé seul, à quel endroit je dois le percer avec  ces broches. La verte, ce sera –ici- dans la joue, la noire et la jaune, je les mettrais-ici- dans les oreilles »


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Le jour se lève, il faut rejoindre Jui Tui, le temple le plus important de la région.

 

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Devant l’autel mille masongs attendent d’être possédés par leurs dieux.

 

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Pour Hé cela commence toujours par des nausées.

 

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Le rire, c’est le signal ; le dieu est entré dans son corps.

 

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On pourrait croire qu’il est sous l’influence d’une drogue, mais ce n’est pas le cas, nous n’avons pas quitté Hé depuis qu’il s’est réveillé, et il n’a absolument rien avalé.


Le rituel va pouvoir commencer.

 

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« Je suis prêt » (dit Hé). L’assistant : On va percer sa bouche, mais le dieu ne veut pas que vous filmiez cela, mais il dit que vous pouvez filmer les oreilles.».  « Il faut respecter les consignes du dieu Hakkon, sinon une malédiction pourrait tomber sur votre équipe ». Après la joue, M. Tchoun, l’assistant,  s’occupe des oreilles, sans aucun anesthésiant, en fredonnant une vieille chanson chinoise, pour rassurer le dieu-enfant.


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Hé ne montre aucun signe de douleurs, et il n’y a aucune goutte de sang.


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(Hé, avec sa voix d’enfant-dieu) : « Merci pour votre aide, que le dieu Tfou vous bénisse et vous porte chance. » (rires d’enfant).


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Selon le protocole imposé par son dieu, Hé doit se rendre dans la maison d’un ami de son père. Toute la journée, il sera encadré par ses assistants, car il n’est plus lui-même. « Attention le voilà ».


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Pour l’ami de la famille, c’est un honneur de recevoir sous son toit un masong, pour la dernière face de la préparation : 18 épingles que M. Tchoun va lui poser, toujours en chanson. 

 

 

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(Hé parle) Tchoun : « Il dit que les femmes ne doivent pas regarder. ». C’est la tradition. Seuls les hommes peuvent assister à ces séances de piercing. 30 mn plus tard, c’est terminé. 

 

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(Hé en riant ) «  Merci. ». (Hé avec sa voix d’enfant-dieu) : « Le dieu Tfou est prêt maintenant à commencer cette grande fête. Il vous protégera de tous les  accidents ».


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C’est parti pour de longues heures de défilé. Dans la rue, tous les Thaïlandais se prosternent devant Hé et les autres masongs. (Au son des cymbales et tambours)

 

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Certains dieux sont plus exigeants que d’autres, ils ont demandé à leurs dévots de se transpercer avec des dizaines de broches.

 

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Les secours ne sont jamais loin, mais ils ne sont pas débordés.

 

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(Un secouriste) : « Cela paraît fou, mais ils ne saignent pas, et il y a peu de complications. Cela fait 20 ans que je suis là ; je pense que c’est leurs dieux qui guérissent leurs blessures.

 

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Quand ils  sont possédés, on dirait qu’ils possèdent des pouvoirs surnaturels. Regardez Tiphon, 19 ans  a retiré son piercing, il y a 2 jours ». Aucun point de suture, un morceau d’adhésif transparent fait l’affaire. « Je ne sens rien du tout. »


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Nous avons montré ces images à de grands chirurgiens français, ils n’expliquent pas ce phénomène, car les joues sont une région très vascularisée.

 

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Les sectionner peut même provoquer une paralysie faciale. Le mystère des masongs reste entier.

La majorité des blessures vient en fait des pétards, qui percent les tympans et provoquent des brûlures.


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Hé toujours possédé distribue des tissus sacrés à l‘effigie de son dieu, ainsi que des petites amulettes censées protéger contre les mauvais esprits. (Le journaliste demande à une jeune passante thaïe, non-chinoise ayant reçu un tissu de Hé) « Il y a quoi sur ce tissu ? » « Je ne sais pas de quel dieu, il s’agit. » « Alors pourquoi vous le prenez ? » ; « Je sais que cela va me porter chance. » ;  « Vous allez en faire quoi ? », « Je vais l’accrocher chez moi. »


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Chaque jour du festival, les processions se terminent sur cette plage de Phuket à l’endroit précis où la légende est née, il y a deux siècles.

 

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Après 4 heures de marche, les derniers instants de transe pour Hé et les autres masongs. Les femmes possédées,

 

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les dieux bébés,

 

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ou les enfants-dieux comme Ning, 11 ans.


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Il n’y a pas de conditions pour devenir masong. Pour les dieux, peu importe l’âge, le sexe ou la classe sociale.


(On voit M. Chart dans un champ d’ananas) M. Chart est un modeste agriculteur de 60 ans.  (Il cueille un ananas en disant) « Ils sont croquants les ananas de Phuket. »

 

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mais lorsqu’il quitte son champ d’ananas, il devient un des masongs les plus respectés de la ville. Possédé par son dieu depuis 40 ans,  c’est lui qui va présider la cérémonie de clôture du festival. « Masong, ce n’est pas ça qui fait vivre. Il faut que je continue à travailler tous les jours dans les champs, mais quand on m’appelle, je suis toujours prêt, j’y vais. »


Chart est le grand maître des rituels au temple d’ Avandornana.


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Sa montée en transe est très impressionnante.


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Avant de lancer la dernière procession, la plus spectaculaire du festival, M. Chart, la bave aux lèvres, entame la danse du masong, celle qui fait descendre les divinités.

 

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On organise un diner pour remercier les centaines  de fidèles qui ont fait le voyage jusqu’à Phuket. Le temple a mis les petits plats végétariens dans les grands ; 200 kilos d’offrande, de quoi rassasiés les dieux chinois jusqu’à l’année prochaine.


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Depuis quelques années, au nom de leurs dieux, les mutilés vont de plus en plus loin ; ils  se transpercent avec des objets  insolites,

 

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inquiétants,

 

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parfois même complètement farfelus.

 

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Avec cette surenchère, les masongs espèrent augmenter leur notoriété, car pendant le reste de l’année, ces dieux vivants reçoivent des dons en échange de leurs  bénédictions. Le spectacle est permanent. Chaque soir, les masongs doivent montrer leurs pouvoirs, en réalisant des défis insensés, Au temple Vataroé, la cérémonie de l’échelle coupante va commencer. On a remplacé les barreaux par des lames aiguisées comme des couteaux.

 

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Les masongs escaladent 18 mètres, pieds nus, sans se couper

 

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Juste à côté se prépare un autre défi. Toujours en transe,   Chart, le cueilleur d’ananas, va marcher sur des braises incandescentes. Certains le font en courant, d’autres plus téméraires en marchant.

 

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Les masongs sont de plus en plus nombreux à participer au festival végétarien. Cette année, à Phuket, ils  étaient près de 11 000. » 

Les dieux chinois ont été au rendez-vous.

 

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*Cf. http://www.lepetitjournal.com/bangkok) jeudi 2 octobre 2014 et l’article du 18 septembre 2014 Le Festival végétarien voit double cette année!

 

Et www.phuketvegetarian.com


Et nos articles :


A134. Les « esprits » thaïlandais sont toujours vivants.


A151. Nous vivons au milieu des « Phi » en Thaïlande.

 

 

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3 août 2014 7 03 /08 /août /2014 03:02

 MoiseBouddha avait révélé le Dharma pour aller au Nirvana, le Dieu des Juifs avait donné les dix commandements à Moïse pour aller au paradis* ; et en Thaïlande, le « général » vient de rappeler les 12 valeurs fondamentales pour réconcilier le pays et atteindre « le bonheur ».


Nous avions fait l’éloge du « général » thaïlandais dans un précédent article **, qui, pour assurer le « bonheur à son peuple » avait accompli le 19ème coup d’Etat de Thaïlande le 22 mai 2014. Il avait en direct à la télévision indiquer le chemin, établit la feuille de route avec ses trois principales étapes : la réconciliation nationale, la mise en œuvre de réformes fondamentales, qui aboutiront à  des élections générales avec un système démocratique absolu qui soit acceptable par toutes les parties. (sic)


Certes, en attendant, nul n’était autorisé à donner son opinion, à se réunir, mais pouvait écouter tous les vendredis la voix du général qui diffuserait sur tous les médias, les progrès réalisés, et ce qu’est « l’intérêt général ». Le vendredi 6 juin 2014 par exemple, il avait estimé qu’il faudrait renforcer la notion de "thaïté", la fierté nationale et le respect pour l’institution monarchique. Et le vendredi 11 juillet, il rappelait les 12 principales valeurs thaïlandaises : ***


Hercule

 

1-L'amour pour la nation, la religion et la monarchie.
2- L'honnêteté, la patience et une bonne attention pour autrui.
3- La gratitude envers les parents, les tuteurs et les enseignants.
4- La persévérance dans l'apprentissage.
5- La conservation de la culture thaïlandaise.
6- La moralité et le sens du partage.
7- La compréhension correcte de la démocratie avec à sa tête la monarchie.
8- La discipline et le respect pour la loi et les aînés.
9- Les compétences pour penser et faire des choses suivant l'orientation de Sa Majesté le Roi.
10- La vie dans la suffisance économique et philosophique aiguillée par Sa Majesté le Roi.
11- La force physique et mentale face à l'avidité.
12- L'attention pour autrui et pour le bien national plus que pour soi-même.

Le « général » avait omis la 13ème valeur, mais elle allait de soi : « Tu aimeras ton armée, et jamais ne la critiqueras. »


J'aime l'armée

 

Le Conseil national pour la paix et l'ordre (NCPO) (organe militaire au pouvoir),  annonçait qu’il fallait inclure « cette nouvelle table de la Loi », dans les réformes du secteur éducatif dès la rentrée prochaine.

NCOP

Le Ministère de l’Education nationale allait manifester son enthousiasme et se mettre  à la tâche et comptait même ajouter l’enseignement du Dharma dans toutes les écoles, sachant comme son secrétaire général, que la connaissance des préceptes bouddhistes suffirait à éviter les tentations. (Lesquelles ?) (Cf. *** et ****)


precerptes bouddhistes

 

Certes, on oubliait quelque peu la crise politique, la crise sociale, la crise  du bouddhisme. (Cf. notre article A137. Et les articles de Gabaude : « Bouddhisme et politique en Thaïlande », « La triple crise du bouddhisme en Thaïlande (1990-1996»), « Religion et politique en Thaïlande : dépendance et responsabilité ».) ***** Mais nous n’étions plus dans l’analyse mais dans l’incantation.


incantations

 

Il ait des mots magiques qui rassurent certains, ainsi en va-t-il pour le devoir, la discipline, la moralité, le patriotisme, la "thaïté", la fierté nationale et le respect de l’institution royale. L’Oracle avait parlé. Le général était la nouvelle Pythie.

 

Phytie

 

Il s’agissait de  s’exécuter …  dans le respect de la nouvelle Loi martiale. 

Certes, il reste à savoir comment cela va se réaliser dans la pratique, car il faudrait pour le moins au préalable définir ces valeurs, ces concepts si disparates, si « énigmatiques » pour certains.


Ainsi par exemple, que signifie « correcte » dans « La compréhension correcte de la démocratie avec à sa tête la monarchie. », « choses » dans « Les compétences pour penser et faire des choses suivant l'orientation de Sa Majesté le Roi. »,  « suffisance » dans « La vie dans la suffisance économique et philosophique aiguillée par Sa Majesté le Roi. » ?


Le général fait-il référence à la théorie de « l’autosuffisance » prônée par le roi après la crise de 1997 ?  Mais depuis, tous les Thaïlandais veulent accéder à la société de consommation, au numérique, avec une économie plus moderne,  des instruments financiers sophistiqués, de nombreuses industries qui exportent avec succès sur le marché mondial,  et une plus grande ouverture sur les pays de l’ASEAN …

ASEAN

 

Il est bien de recommander « L'amour pour la nation, la religion et la monarchie», mais il faut aussi que les Thaïlandais puissent en débattre afin qu’ils puissent tous devenir de bons patriotes, de bons bouddhistes, de bons monarchistes, de « bons citoyens » … dans le respect de la Constitution.


Mais le débat est interdit, la Constitution suspendue, la démocratie « correcte » n’a pas été encore trouvée …


Mais la Pythie peut encore parler.


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Alain.


 ALAIN

 

Par exception, cet article est signé d'un seul d'entre nous, son second ayant, comme on dit à la Cour de Justice de la Haye "une opinion divergente".


divergences


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*"Que sont les Dix Commandements ?" Cf. :

 http://www.gotquestions.org/Francais/DixCommandements.html#ixzz37allS4Yw

 

tqbles de lq loi

 

**A152. Eloge du Général.


*** Cf. « Le petit journal » du 12 juin et du mardi 15 juillet : http://www.lepetitjournal.com/bangkok/societe/en-bref/190301-education-vertu-et-sagesse-morale-dans-les-nouveaux-programmes-scolaires et Virage patriotique dans les manuels scolaires


Le journal « The Nation » du 17 juillet 2014 : http://www.nationmultimedia.com/politics/Moral-soundness-to-be-included-in-education-reform-30238509.html


****Ethique bouddhiste et préceptes. (Wkipédia)

 

ethiaue

 

Dans le bouddhisme, l’éthique est basée sur le fait que les actions du corps, de la parole et de l’esprit ont des conséquences pour nous-mêmes et pour ce qui nous entoure, les autres comme notre environnement. Il y a deux sortes d’actions, les actions kusala (mot pali signifiant sain, habile, favorable, positif) et les actions akusala (malsain, malhabile, défavorable, négatif).

L’éthique bouddhiste propose donc à l'être humain de prendre conscience des états d’esprit dans lesquels il se trouve et à partir desquels il agit, parle, pense et à devenir ainsi responsable tant de ses états d’esprit que des conséquences de ses actions. La pratique de l'éthique est donc une purification du corps, de la parole et de l'esprit.


Elle se décline sous forme de préceptes - les cinq préceptes et les dix préceptes sont les plus fréquemment rencontrés - qui ne sont pas des règles absolues mais des principes, des guides de comportement éthique. L'application de certains d'entre eux varie selon les personnes mais aussi selon les traditions.


Ces préceptes sont le plus souvent présentés sous une forme négative en tant qu'entraînement à ne pas faire quelque chose, mais les textes canoniques font aussi référence à leur formulation positive en tant qu'entraînement à faire le contraire.

Cinq préceptes

Les cinq préceptes, communs à tous les bouddhistes (laïcs et moines) de toutes les traditions, sont :

  • S'efforcer de ne pas nuire aux êtres vivants ni prendre la vie (le principe d'ahiṃsā, « non-violence ») ;
  • S'efforcer de ne pas prendre ce qui n'est pas donné ;
  • S'efforcer de ne pas avoir une conduite sexuelle incorrecte ─ plus généralement garder la maîtrise des sens ;
  • S'efforcer de ne pas user de paroles fausses ou mensongères ;
  • S'efforcer de s'abstenir d'alcool et de tous les intoxicants.
Dix préceptes

Les dix préceptes se retrouvent dans plusieurs textes canoniques (par exemple le Kûtadana Sutta, dans le Dīgha Nikāya).

  • S'efforcer de ne pas nuire aux êtres vivants, ni retirer la vie,
  • S'efforcer de ne pas prendre ce qui n'est pas donné,
  • S'efforcer de ne pas avoir une conduite sexuelle incorrecte ─ plus généralement garder la maîtrise des sens,
  • S'efforcer de ne pas user de paroles fausses ou mensongères,
  • S'efforcer de ne pas user de paroles dures ou blessantes,
  • S'efforcer de ne pas user de paroles inutiles,
  • S'efforcer de ne pas user de paroles calomnieuses,
  • S'efforcer de ne pas avoir de convoitise,
  • S'efforcer de ne pas user d'animosité,
  • S'efforcer de ne pas avoir de vues fausses.

Sous leur forme positive, ce sont :

  • Avec des actions bienveillantes, je purifie mon corps,
  • Avec une générosité sans réserve, je purifie mon corps,
  • Avec calme, simplicité et contentement, je purifie mon corps,
  • Avec une communication véritable, je purifie ma parole,
  • Avec des paroles utiles et harmonieuses, je purifie ma parole,
  • Avec des mots bienveillants et gracieux, je purifie ma parole,
  • Abandonnant la convoitise pour la tranquillité, je purifie mon esprit,
  • Changeant la haine en compassion, je purifie mon esprit,
  • Transformant l’ignorance en sagesse, je purifie mon esprit

***** Cf. Notre article « A137. Bouddhisme et politique en Thaïlande. » http://www.alainbernardenthailande.com/article-a137-bouddhisme-et-politique-en-thailande-121285295.html


Et surtout les articles de Gabaude : « La triple crise du bouddhisme en Thaïlande (1990-1996»), BEFEO 83, p. 241-257. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/befeo_0336-1519_1996_num_83_1_2412


Voir aussi son article Fractures sociales et bouddhisme : le regard de Buddhadasa Bhikkhu,  in GAVROCHE, 27/06/2011.

« Religion et politique en Thaïlande : dépendance et responsabilité », Extrait de : Revue d’études comparatives Est-Ouest, Vol. 32, n° 1 (mars 2001), pp. 141-173

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13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 03:01

 DSC00642ห้วยเม็ก Huaymek est un petit amphoe situé à l’extrême ouest de la province de Kalasin, au mileu des rizières et des champs de canne à sucre, 9 tambon, 80 petits villages pour une population totale de moins de 50.000 habitants.

Le tambon de Huaymek proprement dit comprend 12 petits villages pour une population de 9.000 habitants environ. Il est, à vol d’oiseau, à 35 kilomètres de Kalasin et à 60 de Khonkaen. Vous ne le trouverez sur aucun guide touristique, mais il présente le charme de tous ces petits villages assoupis de notre Isan.


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Les " attractions touristiques " les plus proches, ce sont d’abord bien sûr le Musée des dinosaures (Sirindhorn museum - พิพิธภัณฑ์ไดโนเสาร์สิรินธร) de Sahatasakan (สหัสขันธ์)

 

 

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dont Tida, l’épouse de notre ami paléontologue Romain Liard est l’une des géologues. La construction du magnifique pont de Thépsuda (สะพานเทพสุดา)

 

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sur une branche du grand lac artificiel Lampaodam, (ลำเปาดำ) nous en facilite l’accès (une cinquantaine de kilomètres). Les dimanche et jours fériés, les habitants se retrouvent volontiers sur la plage aménagée au sud du lac à une quarantaine de kilomètres, Hatdokkét (หาดดอกเกด).

 

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Citons encore pour les pieux bouddhistes et les amateurs d’antiquité le djedi (phrathat) Ya khu (พระธาตุยาคู), vestige de l’ère Dvaravati, situé à une quarantaine de kilomètres sur le territoire de Kamalasaï (กมลาไสย).

 

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S’agissant d’un « phrathat », ce n’est pas un vestige ordinaire puisqu’il contient des reliques de Bouddha. Il existe enfin un lieu de pèlerinage vénéré et non encore dépravé par les « marchands du temple » la fontaine miraculeuse de Sakdisit, (บ่อน้ำศักดิ์สิทธ์) ce qui signifie tout simplement « le puit sacré » à une quinzaine de kilomètres de l’amphoe, à proximité du village de Ban krabak (บ้านกระบาก).

 

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Les dévots viennent « boire à la fontaine et s’y laver », comme à Lourdes, ils sont de plus en plus nombreux mais les lieux sont encore (pour combien de temps ?) dans la même état de simplicité que devait être Lourdes en 1859.

N’ayons enfin garde d’oublier ce que nous considérons comme l’un des plus beaux temples de la région, pratiquement inconnu de tous les guides anglo ou francophones, le Wat Phuthanimit


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(วัดพุทธนิมิต) appelé aussi Wat phoukhao (วัดภูค่าว) situé à une vingtaine de kilomètres de Sahatasakan et pour les coquets et les coquettes Banphon (บ้านโพน), village de la soie où de nombreux artisans proposent de la belle marchandise… même s’il faut un peu chercher.

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Notons, pour en terminer que le village (ห้วย huay, c’est un ruisseau) titre son nom du เม็ก (mek), « syzigium gratum », un grand arbre qui pousse volontiers au bord des champs, dont les feuilles ont des vertus médicinales et le fruits sont comestibles.

 

ดาวน์โหลด

 

La découverte !


Le samedi 28 juin toutefois, une nouvelle retentissante va sortit le village de sa torpeur tropicale. Nous y apprenons que le matin, le propriétaire d’un champ au milieu des rizières y avait déterré de « gros os » (กระดูกใหญ่) et que, s’agissant probablement de dinosaures, les autorités avaient fait arrêter le chantier.

 

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Nous nous précipitons sur les lieux, tout le village était là et ne parlait que de dinosaures, nous prenons quelques photos et les envoyons en fin d’après midi à Romain pour avis. Sur photographies, évidemment, son diagnostic est réservé. Le dimanche, les lieux sont déjà aménagés mais la découverte d’une molaire démontre clairement que c’est une dent d’éléphant


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et non pas de dinosaure !

 

 

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Romain, son épouse et leurs collaboratrices et collaborateurs du musée sont présents sur les lieux le lundi au petit matin. Le lendemain le site était recouvert et protégé par une pancarte comminatoire rappelant qu’il s’agit d’un « site ancien » sur lequel il est interdit de fouiller.

 

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Alors, Romain, éléphant ou tyrannosaure ? Laissons lui donc la parole :


« Quel est la différence entre un tibia d'éléphant et un tibia de tyrannosaure ?

Lorsqu'on choisit d’étudier la paléontologie, science qui étudie les restes d'animaux du passé, c'est une question que l'on se voit poser assez fréquemment. Je me souviens qu'en 2007, lors de l'inauguration du Musée de Kalasin par la princesse Sirindhorn, l'on m'avait demandé de mettre un place une table d'exposition présentant succintement les différences anatomiques entre un éléphant et un dinosaure. Je ne me doutais pas alors que quelques années plus tard ces compétence acquises au laboratoire me serviraient à expertiser un squelette découvert au fond d'un rizière : « Quel est la différence entre un tibia d'éléphant et un tibia de tyrannosaure? » Voila en gros la nature de la question posée par l'un des mes historiens locaux favoris et qui accompagnait des photos d'un spécimen visiblement fossile fraîchement découvert au sein de son village. Je me dois d’être honnête et confesser qu'une première observation de ces photos laissait planer un certain doute quant à la nature des os. Bernard eut tôt fait de m'expliquer le contexte de la découverte et par là-même de dissiper mes doutes : ce n’était pas des couches mésozoïques et certainement pas du dinosaure (j'y reviendrais par la suite). Un reste de méchoui géant a base de bovidés ? Les photos de dents publiées le dimanche après midi sur la page Facebook de Live Kalasin nous permit de découvrir la nature du spécimen :

l'on avait affaire à un éléphant.

Le lendemain donc, direction Huai Mek avec un chauffeur, les géologues du musée et une petite bande d’étudiants. Un court arrêt au poste de police pour signaler notre arrivée et rejoindre Bernard, notre guide local et nous voilà partis enquêter.

Le site étant inondé lors de notre passage nous ne verrons pas grand chose mais un détail va de suite attirer mon attention : des morceaux de céramique dans la boue autour du spécimen.

 

DSC00848

 

La présence de poterie associées à un spécimen articulé n'est pas anodine puisque la plupart du temps cela dénote une sépulture. Une sépulture associée à un éléphant ? A ma connaissance rien dans la littérature ne laisse entrevoir que de telles sépultures aient un jour existé ? L'inhumation de Gaur, « Bos gaurus », (1) en compagnie de leur propriétaire est avérée en Asie du Sud- est et notamment en Thaïlande. Pour un éléphant cela paraît douteux compte tenu du symbole que représente un tel animal. Un éléphant de guerre tué durant une bataille et enterrée avec son chef de guerre ? Je divague bien sûr car nous ne pourrons pas en savoir plus sans une fouille détaillée du site.


La suite des événements appartient donc au Département des Beaux Arts qui en Thaïlande est le seul organisme habilité a menés des fouilles archéologiques, quelle soient programmées ou de sauvetage. La première étape consistera probablement en une fouille diagnostique qui permettra de connaître la nature du site et l'ampleur de la fouille à prévoir.  En attendant si jamais vous trouvez un os long dans votre jardin ou votre rizière, avant de crier au dinosaure, rappeler vous ceci :


- Premièrement on ne peut trouver du dinosaure que dans une zone contenant des roches dites "mésozoïque" c'est à dire correspondant à la période durant laquelle les dinosaures ont vécus sur Terre. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, c'est finalement assez courant et étendue comme « zone », surtout en Isan.


- ensuite ces roches doivent être « continentales » c'est à dire quelles doivent s'être formées sur les continents de l'époque à partir des sédiments de l'érosion et ne pas être des dépôts de fonds marins d'époque (aucun dinosaure ne s'étant adapté à la vie marine). Ce type de roche est déjà plus rare.


- finalement, et c'est le point de cette affaire, on ne peut trouver du dinosaure que dans des zones à élévations moyenne voir fortes car il faut que l'érosion actuelle puisse mettre à jour de vaste zone rocheuse afin de simplement  « voir » le fossile.


Un peu partout en Isan les deux premiers points apparaissent clairement sur les cartes géologiques. Le troisième point lui est beaucoup plus localisé puisqu'en dehors des zones montagneuses et des collines témoins du relief passé, point d'affleurement propice à la découverte.


Revenons pour le coup sur l'histoire géologique qui explique un peu la spécificité de notre région.


Dés le Trias (2) l'Isan était un micro-continent perdu au milieu de la Téthys (3)

 

Thétis

 

mais lié à la Chine du sud. Bref une grosse île à très faible élévation globale mais avec possibilité d’une chaîne de montagne située quelque part et alimentant un vaste réseau fluvial. La pénétration de l'inde au milieu du continent eurasiatique a mis fin à cette isolation et a aggloméré tout un tas de micro-continents qui dérivaient vaguement. L'Isan s'est alors trouvé séparé de la Chine via une faille que suit aujourd'hui la rivière rouge, et s'est retrouvé par la même en position élevée (entre 100 et 200 m au-dessus du niveau de la mer). Cette position a donné au passage ce climat si particulier et ce biome (écorégion) de savane tropicale assez propices à la recherche de fossile (précipitation condensée sur une courte période de l'année, humidité réduite en milieu tropical). On remarquera aussi l'influence de l''homme qui s'est chargé au passage de la déforestation malheureusement nécessaire pour mettre à jour la roche contenant les fossiles.


J'aimerais rajouter un dernier point : cette histoire est due au fait qu'en Thaïlande la diffusion fut faite à grande échelle dés les premières découvertes et continue encore aujourd'hui, notamment grâce aux medias et aux musées. Tous le monde en Isan à déjà entendu parler de ce patrimoine et se montre intéressé par la question, à un moment ou à un autre, de prés ou de loin.


Cette découverte, triste ou pathétique pour ceux qui pensaient déjà à la découverte d’un « huaymekosaure » concurrençant le « phuwiangosaure », reste toutefois pour nous chercheurs une vraie richesse. En France, si l'on demande à un Audois ou un Montpelliérain où se trouvent les dinosaures, il y a de grande chance qu'il nous explique qu'après l’âge de 8 ans nous sommes censés nous intéresser à autre chose. Et pourtant tout comme en Isan, il marche dessus...


***

Merci à Romain de ces explications qui nous sont données en langage accessible aux néophytes que nous sommes. C’est un talent que ne partagent pas tous les spécialistes.


Bravo surtout d’avoir déniché au milieu de ce champ de boue dans lequel nous pataugions le 30 juin,

 

DSC00850

 

 

ces morceaux de céramiques qui établissement que nous ne sommes probablement pas en présence d’un cimetière de dinosaures mais d’un site archéologique ou historique sur lequel les découvertes restent à faire.

 

Si lui, son épouse et leurs collaborateurs n’avaient pas été là, qui aurait accordé la moindre attention à cette vaisselle cassée ?

***

Dernières observation ? Cimetière d’éléphant ? Quelques vieux du village ont souvenir de l’ancien propriétaire de ce champs, mort depuis longtemps, qui aurait découvert il y a « soixante-dix ou quatre-vingt ans » au même endroit des ossements d’éléphants ? A l’époque, on ignorait évidemment à Huaymek ce qu’était un dinosaure.

***

 

Les paléontologues ont laissé la place aux archéologues qui étaient à pied d'oeuvre dès le lundi 7 juillet.


DSC00899

 

Notons que les habitants du village organisent une surveillance officieuse en sus de la police pour éviter un éventuel pillage. 

Le lendemain, 8 juillet,  en fin de journée l'ossuaire est bien dégagé : 

 

DSC00902-copie-1

 

Le lendemain 9 juillet, les fouilles continuent sous la surveillance d'un jeune responsable :

 

DSC00906

 

Le 10 juillet, dernier jour de fouilles, le soi un pick-up emporte les ossements, à Kalasin avons-nous cru comprendre ?


DSC00917

 

Le 11 juillet au lever du jour, le site était propre comme un sous neuf, toujours protégé par son auvent et le panneau rappelant qu'il s'agit d'un "site ancien" quil est interdit de fouiller. L'affaire est évidemment à suivre.   


 DSC00932.JPG

 

------------------------------------------------------------------------

 

 

Sans titre-1(1) กระทิง  (krathing) c’est le plus grand bovin d’Asie-du-sud-est, il n’en subsisterait plus en Thaïlande à l’état sauvage qu’une centaine d’individus probablement métissés d’espèces domestiques. Il en existe au moins un … en France (nous semble-t-il) mais naturalisé, au magnifique Muséum d’histoire naturelle de Bourges ! Voir notre article « A 93. Une chasse au buffle dans la région de Kalasin en Thaïlande ».


(2) 200 ou 250 millions d’années.


(3) La Thétis était un océan existant à l’époque du trias.

 

 

Pieds-nickeles-01-03copie.jpg

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13 juin 2014 5 13 /06 /juin /2014 03:02

Bateau.jpgPour copier un titre du journal Le Monde.fr., qui reprend une enquête du journal britannique Le Guardian publié le 10 juin 2014, nous informant que  « Les crevettes (thaïlandaises) vendues dans les plus grands supermarchés américains et européens sont nourries de poissons pêchés par des migrants réduits en esclavage. »

« Le Guardian a recueilli les témoignages de plusieurs d'entre eux qui décrivent les conditions inhumaines dans lesquelles ils travaillent. Drogués, torturés, ils racontent comment ils ont été capturés puis vendus pour quelques centaines d'euros aux capitaines des bateaux qui fournissent les fermes de crevettes en poisson. L'un d'eux dit avoir vu entre quinze et vingt personnes tuées sous ses  yeux. » http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2014/06/11/l-arriere-gout-d-esclavage-de-la-crevette-thailandaise_4436055_3216.html  

                                               -----------------------------------------
Nous avions déjà traité ce sujet et dénoncé ces nouvelles formes d’’esclavage. Nous ne pouvons que vous inviter à le lire ou le relire : A128. Le travail forcé sur les bateaux de pêche thaïlandais. (Dimanche 22 septembre 2013) http://www.alainbernardenthailande.com/article-a128-le-travail-force-sur-les-bateaux-de-peche-thailandais-120167502.html

 

                                                       ____________________________________

L’article du quotidien britannique : “Revealed: Asian slave labour producing prawns for supermarkets in US, UK” http://www.theguardian.com/global-development/2014/jun/10/supermarket-prawns-thailand-produced-slave-labour

 

 

 180426 des-birmans-travaillant-sur-un-bateau-de-peche-le-1e

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29 mai 2014 4 29 /05 /mai /2014 03:05

logoDepuis décembre 2013, la Thaïlande est en train de vivre une crise politique profonde de son histoire  avec des conséquences économiques importantes. Une nouvelle crise dont l’issue est incertaine.

Une crise « particulière » dans un pays  qui a connu depuis 1932, 18 coups d’Etats, 18 constitutions, 33 premiers ministres; une vie politique dirigée par les militaires pendant plus de 50 ans, animée par les klum,  les achats de vote, les tueurs à gage* …  Une démocratie singulière, disions-nous ! (Cf. notre article du 9 décembre 2011, intitulé « Clés pour comprendre la politique en Thaïlande.»)**


Nous ne pouvions pas prévoir qu’un leader du parti démocrate, ex-vice-premier ministre, Suthep Thaugsuban,

 

SUTHEP

 

soutenu par le PDRC, la base électorale démocrate du Sud, des milieux d’affaires, l’establishment monarchiste, une partie de la classe moyenne et la classe supérieure de Bangkok et des dizaines de milliers de personnes,  allaient « manifester » dans Bangkok depuis décembre 2013, en exigeant les départs du pays du 1er ministre Yingluck Shinawatra et du clan Thaksin

 

clan thaksin

 

(frère et ancien premier ministre, destitué par le coup d’Etat militaire du 19 septembre 2006 et en fuite après une condamnation pénale),  en proclamant le refus du principe démocratique perçu comme un vieux principe occidental, « un homme, une voix » contre une« démocratie absolue sous la monarchie constitutionnelle », et en exigeant la nomination d’un« Conseil du peuple », approuvé par le roi, et fondé sur l’histoire de la nation.(sic)


Bien que sous le coup de multiples chefs d’inculpation, Suthep, toujours libre,  avait, avec ses partisans, la satisfaction d’apprendre le  7 mai 2014, la destitution du 1er ministre Yingluck Shinawatra


destitution

 

 

ainsi que neuf  de ses ministres par la Cour constitutionnelle, au terme d'une procédure ouverte pour « abus de pouvoir » à l’encontre du directeur du Conseil de sécurité nationale qui avait été évincé et remplacé par un proche de la 1ère ministre.


La Commission électorale, quant à elle, avait déjà invalidé le 21 mars les élections législatives du 2 février dernier, gagnées par la 1ère ministre et son parti, au motif principal qu’elles n’ont pu être organisées sur l’ensemble du territoire en une seule journée comme le stipule la constitution thaïlandaise. (Ces dernières ayant été boycottées par les manifestants anti-gouvernementaux qui ont également empêché l’acheminement des bulletins dans 10% des bureaux de votes.)


Et la Commission nationale anti-corruptionest sur le point de juger l’ex- 1ère ministre. Elle aurait, selon les accusations, validé un programme d'aides aux riziculteurs marqué par la corruption et l'incurie, provoquant notamment l'accumulation de stocks invendable. Elle risque entre autre une inéligibilité de 5 ans.


Autant dire que la Cour constitutionnelle et les deux Commissions électorale et anti-corruption sont en train de mettre le gouvernement actuel dans une situation « critique »  qui amènent de nombreux observateurs étrangers et surtout les « chemises rouges » et la majorité  électorale du gouvernement,  à se demander si ces commissions  ne seraient pas quelque peu partiales, voire ne seraient pas en train d’accomplir un  « coup d’Etat judiciaire ».


Nous avions déjà dans notre article du 9 décembre 2011 (A50**) évoqué le coup d’Etat du 19 septembre 2006 », et  la 18ème constitution présentée par la junte militaire et approuvée par un référendum (pour la 1ère fois)  le 19 août 2007 avec 58,34 % des suffrages et un taux de participation de 55 %.

« La junte espérait ainsi contrôler et gagner les élections législatives du  23 décembre 2007, d’autant plus que la Cour constitutionnelle avait dissous  le TRT,

 

TRT

le parti de leurs opposants et interdit à 111 de leurs dirigeants  toute activité politique pendant  5 ans. Mais leur nouveau parti, le Power People Party (PPP)  remportait  les élections avec 48,5 % des sièges. Leur leader, Samak Sundaravej, devenait le nouveau Premier ministre le 28 janvier 2008, et  constituait un gouvernement de coalition «pro-Thaksin». »


On vit alors de nouveau la Cour Constitutionnelle intervenir dans le jeu politique.


Le 1er ministre Samak

 

SAMAK

 

fut contraint de démissionner en octobre 2008 après 7 mois de pouvoir. Il avait commis le «  crime » de présenter une  émission de télévision sur la ………..cuisine, mais rémunéré !!!

 

Samak cuisine

 

Son successeur Somchai Wongsawat (le beau-frère de Thaksin), 1er ministre le 18 septembre voyait les trois partis de sa coalition gouvernementale ( le Palang Prachachon (PPP), réincarnation du Thai Rak Thai, et de deux autres petits partis Chart Thai et Matchima) dissous le 2 décembre également par la Cour Constitutionnelle, pour fraude électorale.


Ce jugement sera considéré par la majorité dissoute comme un coup d’Etat judiciaire, et amènera directement aux manifestations durement réprimées de 2010 qui ont fait plus de 90 morts et près de 2.000 blessés. *** (Cf. nos articles A124 et 125 sur les chemises rouges)


Son successeur Chaoarat devait céder sa place, après un renversement de majorité 13 jours plus tard et voyait Abhisit du parti démocrate gouverner du 15/12/ 2008, jusqu’aux  ……………élections législatives du 3 juillet 2011, où le Pheu Thai (Parti pour les Thaï), dirigé depuis le 16 mai par Yingluck Shinawatra, sœur cadette de l'ancien premier ministre Thaksin Shinawatra, l'emportait par une majorité absolue de 265 sièges (sur 500). 

 

ABHISIT


Le Parti démocrate avait reconnu sa défaite et l'armée avait déclaré accepter le choix des urnes.


Mais depuis décembre 2013, nous l’avons dit, Suthep Thaugsuban, soutenu par le PDRC et des dizaines de milliers de manifestants, sont dans les rues de Bangkok pour « exiger » un gouvernement nommé (par qui ?), le refus des élections démocratiques, et l’expulsion hors du pays de la 1ère ministre et de la famille Shinawatra. Et le  7 mai  2014, la Cour constitutionnelle destituait la 1ère ministre ainsi que neuf  de ses ministres pour « abus de pouvoir ».


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L'affaire concerne l'éviction du patron du Conseil de sécurité nationale après l'arrivée au pouvoir de Yingluck Shinawatra en 2011. Celui-ci a réintégré depuis ses fonctions sur ordre du tribunal administratif. Se basant sur cette décision, un groupe de sénateurs, assurant que le transfert initial avait été fait au bénéfice du parti Pheu Thai au pouvoir, a déposé un recours devant la Cour constitutionnelle. "Les juges ont décidé à l'unanimité que Yingluck Shinawatra avait abusé de son statut de Premier ministre", pour effectuer un transfert "illégal" et à son propre "bénéfice", a souligné Charoon, au lendemain du témoignage de Mme Shinawatra, qui avait clamé son innocence. La Cour a en revanche refusé de nommer un nouveau Premier ministre, notant qu'elle n'était "pas autorisée" à le faire.****

 

La Cour contitutionnelle est-elle partisane ?

 

titre

 

Il faut d’abord rappeler que la constitution de 2007  a été approuvée le 19 août 2007, par 58,4 % des Thaïlandais lors du 1er référendum de l’histoire du pays.


La constitution comprend 15 chapitres et 309 sections (env. 120 pages) ; La partie réservée à la Cour constitutionnelle est définie en son chapitre 10, part 2, et comprend 14 sections (204 à 217) ; autant dire qu’on ne peut ici en donner tous les éléments, concernant la nomination, la composition, les fonctions, les pouvoirs, les devoirs, les procédures de cette Cour. (Pour en savoir plus, cf. http://www.asianlii.org/th/legis/co, et http://www.ect.go.th/english/)


Les principaux autres organes constituionnels sont la Commission électorale, la Commission de la lutte contre la corruption  et la Commission Nationale des droits de l’Homme (Son principal objectif est d’examiner et de rapporter des actes contraires à la législation sur les droits de l’Homme.)

La Cour Constitutionnelle comprend 1 président et 8 juges nommés par le Roi pour 9 ans après l’avis du Sénat.  3 juges sont issus de la Cour Suprême de Justice, 2 juges de la Cour Suprême administrative, 2 sont des experts juridiques et 2 sont des experts en sciences politiques et d’administration publique reconnus.


Ces quatre derniers sont choisis par le Comité sélectif composé des autres juges de la Cour constitutionnelle, les présidents de la majorité à la Chambre et des minorités, et le président de l'organisation indépendante constitutionnelles. Le Sénat approuve ensuite la nomination et le Roi les nomme officiellement à la Cour. (Cf. http://www.constitutionnet.org/fr/country/constitutional-history-thailand)


Elle est chargée d'examiner la constitutionnalité des décisions parlementaires, des décrets royaux, des propositions de lois, ainsi que de la nomination de certains hauts fonctionnaires et des questions concernant les partis politiques du pays.


Mais en fait, la Cour décide ce qui relève ou non de sa compétence. Elle a tout pouvoir d’accepter ou de refuser une requête provenant d’un groupe ou d’une personne privée. Ses décisions sont définitives et s’imposent à tous les organes constitutionnels. (Cf. http://www.asianlii.org/th/legis/const/2007/1.html#C10P02)

 

La Cour constitutionnelle peut également reconsidérer une requête refusée, si elle dispose d’éléments nouveaux.


Ainsi par exemple, la Cour constitutionnelle avait annoncé le 12 février son refus d'examiner la requête de l'opposition d'invalider les législatives controversées du 2 février perturbées par les manifestants qui réclamaient la chute du gouvernement, en déclarant dans un communiqué qu'il n'y avait "pas des bases suffisantes" pour accepter cette demande déposée par l'avocat du Parti démocrate, (principale formation de l'opposition, qui a boycotté ce scrutin), pour décider de les annuler le vendredi 21 mars jugeant que les élections n'avaient pu avoir lieu simultanément sur tout le territoire en raison de manifestations et de perturbations, contrairement  à la constitution.


Il est vrai que si le vote du 2 février avait été remporté par le parti Pheu Thai de la Première ministre, Yingluck Shinawatra, les bureaux de vote étaient dans l’impossibilité de s’ouvrir dans près d'une circonscription sur cinq, ce qui n'avait pas permis d'atteindre le quorum à la Chambre des représentants.


Alors la Cour constitutionnelle  est-elle une juridiction partisane ?


Certes le parti gouvernemental Pheu Thai a protesté contre le jugement de la Cour constitutionnelle. Certes, on trouvera de nombreux articles de journalistes critiquant les décisions partisanes de la Cour Constitutionnelle, ou même des professeurs de droit thaïlandais du groupe Nitarat par exemple, qui avaient déjà en 2012 « exigé la dissolution de la Cour Constitutionnelle », et voulaient modifier la Constitution actuelle. Mais disions-nous,  « S’esbaudir devant un professeur de droit public qui commente des décisions de la plus haute juridiction, revient à tomber en admiration devant un paysan Isan parce qu’il repique son riz »  (Cf. nos articles A69.  Vous connaissez le groupe Nitirat de Thaïlande ? et A70. Le groupe Nitarat  est sauvé.  Noam Chomsky vient à son secours.) Peut-être étions-nous sévères ?


Vishnou Warunyou, un professeur de droit constitutionnel de l’Université de Thammasat de Bangkok, signale à juste titre dans un entretien, que « la judicialisation de la vie politique entraîne inéluctablement la politisation de la justice ». On n’avait jamais tant fait appel aux juges auparavant, précise-t-il, pour intervenir dans la politique.


En attendant, on peut remarquer que les 3 premiers ministres destitués et les différents députés pro-Thaksin démis et rendus inéligibles pour 5 ans, touchés par les décisions de la Cour Constitutionnelle depuis 2007, les ont toutes acceptées.


Avaient-ils le choix ?


La Cour constitutionnelle s’est arrogé de fait tous les pouvoirs et bloque toute révision par les élus du peuple. Le parti majoritaire, le Pheu Thai, conformément à une promesse électorale  a tenté de proposer une modification de la Constitution visant à modifier le statut des sénateurs afin qu’ils soient tous élus au suffrage universel.


Il faut se rappeler que le Sénat de Thaïlande

 

senat

 

dispose d'un pouvoir de veto absolu face à toute réforme du cadre institutionnel fondamental (révision constitutionnelle ou adoption des lois organiques), et que sur 150 sénateurs, 74 ont été nommés par la Commission de sélection des sénateurs. (Cette dernière est composée du président de la Cour constitutionnelle, du président de la commission électorale, du Médiateur, du président de la Commission nationale de lutte contre la corruption, du président de la Cour des comptes, d'un membre de la Cour suprême et d'un membre de la Cour administrative suprême.)

 

L’opposition et un groupe de sénateurs ont saisi la Cour constitutionnelle, qui a condamné les 308 députés et sénateurs qui ont pris part au projet  au motif « qu’ils se seraient comportés de manière à s’approprier le pouvoir politique par des moyens contraires à la Constitution » » (Warunyou). Fort de cette « victoire » la même opposition a porté « l’affaire » devant la Commission nationale anti-corruption. Ces 308 députés et sénateurs de la majorité encourent une peine d’emprisonnement de un à 10 ans.

 

Après la 1ère ministre et 9 ministres, la prochaine étape ?


La constitution de 2007 a ainsi bien « cadenassé » toute tentative de réforme institutionnelle. Les sénateurs, nommés ou élus, exerçant un mandat de 6 ans à partir de la dernière élection qui  a eu lieu le 12 avril 2011, et sont en poste jusqu’en 2017, enfin dans la considération d’un cadre légal maintenu. Et la Cour constitutionnelle a rappelé maintes fois qu’une modification de la présente constitution ne peut être modifiée ou changée que par un autre référendum similaire … ou, pourrait-on rajouter,  par un nouveau coup d’Etat ?


La Cour constitutionnelle depuis 2007, a déjà limogé trois 1er ministres de la majorité actuelle, 9 ministres, interdit à 111 de leurs dirigeants  toute activité politique pendant  5 ans, dissous trois partis politiques. La Commission nationale anti-corruption va (peut ?) juger l’ex-première ministre Yingluck, ainsi que 308 députés et sénateurs de la majorité.

 

Alors partiale la Cour constitutionnelle ? La Commission nationale anti-corruption ?


La réponse dépendra  certainement du bord politique auquel on appartient, mais on peut néanmoins s’interroger sur une Constitution que les élus du peuple n’ont pas le droit de réviser, du moins dans un état démocratique.

 

Vous avez dit « démocratie » ?


 democratie

 

Nota. Il est par contre une Commission inscrite dans la Constitution qu’on n’entend peu. Il s’agit de la Commission Nationale des droits de l’Homme dont le  principal objectif est, il est vrai,  d’examiner et de rapporter des actes contraires à la législation sur les droits de l’Homme.

 

fin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vous avez deviné que cet article a été écrit avant le 22 mai 2014, jour du 19 ème coup d'Etat.

 

 

 

 


------------------------------------------------------------------------

 

Notes.

 

*Article 26 : « Elections en juillet 2011 ! Soyons rassurés : les tueurs à gage seront surveillés. »


« Les électeurs peuvent être rassurés. Les généraux en chef ont promis de ne pas faire de coup d’Etat. La police a promis de suivre les 50 tueurs à gage, qui d’habitude, vont commettre des assassinats politiques. […]« La Division de Répression du Crime (CSD) a été priée de suivre de près des tueurs à gage qui pourraient être engagés à l'approche des élections pour éliminer des rivaux politiques, rapportait hier le Bangkok Post. Près de 50 tueurs, souvent employés par des politiques ou des personnes d'influence pour éliminer leurs rivaux, sont sur la liste noire de la CSD, a indiqué Supisan Pakdinaruenart à la tête de ce service. »

 

**A 50. Clés pour comprendre la politique en Thaïlande.http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-50-cles-pour-comprendre-la-politique-en-thailande-90647687.html

*** S’appuyant sur un excellent article de Jean Baffie, Une « démocratie » entre populisme et défiance envers le peuple : La politique en Thaïlande depuis la Seconde Guerre mondiale, in Thaïlande contemporaine, Sous la direction de Stéphane Dovert et Jacques Ivanoff, IRASEC, Les Indes Savantes, 2011. Nous précisions alors que cet article de 60 pages (pp.139-200) proposait une analyse de fond et dépassait infiniment les quelques clés que nous avions cru y déceler.


***Eugénie Mérieau, Les Chemises rouges de Thaïlande, Carnet de l’Irasec / Occasional Paper n° 23. ISBN 978-616-7571-16-4, juillet 2013.Nos articles A124 et 125 «  Les chemises rouges de Thaïlande. »    http://www.alainbernardenthailande.com/article-a123-les-chemises-rouges-de-thailande-1-119487000.htmlhttp://www.alainbernardenthailande.com/article-a125-les-chemises-rouges-de-thailande-2-119590962.html


****Les juges de la Cour suprême ont été élus pour 9 ans depuis le 27 juin 2008 soit jusqu’en 2017. Le Président est M. Charoon Intachan, et les 8 juges sont : M. Jaran Pukditanakul,

 

JARAN

 

M. Chalermpon, M. Ake-uru, M. Nurak Marpraneet, M. Boonsong Kulbupar, M. Suphot Khaimuk, M. Udomsak Nitimontree, M. Taweekiat Meenakanist. (Chut Chonlavorn a démissionné en 2011 et  Wasan Soypisudh en 2013.

En mai 2014, M. Nurak Marpraneet a été élu le nouveau président de la Cour en remplacement de M. Charoon Intachan, atteint par la limite d'âge (70 ans).


Nota. Il faudrait connaître le parcours de chacun pour mesurer leur degré d’implication dans la vie politique du pays. Autant avouer ici notre impuissance.

 

  _________________________________________________________

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 04:02

TitreA la fin de l’article intitulé « Thaïlande, Aux origines d’une crise » (A1) que nous republions ci-dessous, nous écrivions :

 

« Mais ce que beaucoup n’ont pas encore vu, c’est qu’on est en train d’assister à une véritable « révolution » politique, culturelle et sociale, qui a brisé le consensus, la Thaïness, le statut-quo... et dont on a du mal à prévoir les bouleversements. »

 

Nous ne pouvions prévoir qu’elle prendrait la forme pour le moins antidémocratique de la crise actuelle qui secoue Bangkok et le pays depuis bientôt deux mois, et dont personne en ce début d’année 2014 ne peut  prédire l’issue.

 

                  ________________________

 

4éme et derniére republication en ce début d'année 2014. Nous reprendrons ensuite "notre" histoire de la Thaïlande.


A1.  « Thaïlande, Aux origines d’une crise ». 

 

Ce numéro des carnets de l’IRASEC* intitulé « Thaïlande, Aux origines d’une crise »,  

 

livre

 

nous a permis de mieux comprendre la crise profonde que traverse la Thaïlande en rappelant que derrière le « combat» entre les « rouges » et les « jaunes » ou plus récemment, les «événements sanglants » d'avril et l’occupation du centre économique et commercial de la capitale se profilait une «révolution  politique et sociale» qui remettait en cause fondamentalement le pouvoir politique et économique mis en place par les élites urbaines depuis les années 60 et «habillé » par l'idéologie de la Thaïness, qui définit ce qui est thaïlandais et ce qui ne l’est pas.

 

Ils nous a permis de mieux comprendre comment Thaksin

 

Thaksin

(et parfois malgré lui) et « l’ère Thaksin » avaient contribué à rendre obsolète ce verrou idéologique qui imposait le silence aux « paysans » du Nord et du Nord-Est et aider à leur prise de conscience de leur force politique et de leur désir légitime de participer au « pouvoir », de mieux bénéficier de la croissance et de ne plus être considérés comme des citoyens de seconde zone ou seulement un vivier de voix faciles à acheter.


Ce carnet décrit également la multiplicité des forces en présence
, l’Armée avec ses luttes internes, le gouvernement et ses coalitions, le Conseil du Roi... et de la Reine, les différents réseaux, cercles du pouvoir, partis, qui se forment et se recomposent, les alliances qui se font et se défont, les quatre groupes du PAD (jaunes), les courants à l’intérieur des « rouges », les trois tendances des classes moyennes (écolo, sociétés caritatives et royales et « l’Assemblée des Pauvres », les potentats locaux, etc... qui ne font qu’ajouter de la difficulté à comprendre ce qui se joue.


De même quela lecture du tableau des principaux groupes ethnolinguistiques (p.22) et ce que représente la Thaïness sont essentiels pour appréhender la nouvelle «situation ».


La Thaïlande compte de nombreux peuples
, ce que semblent oublier parfois les Thaïs Siamois du Centre, qui ne représentent que 40 % de la population, mais qui ont su imposer leur norme linguistique à l'ensemble du territoire, ainsi que leur idéologie, la Thaïness, qui les présente comme les vrais Thaïs, et considère les autres comme des « cadets »  voire des citoyens de seconde zone (paysans, pauvres, non éduqués, « noirs » de peau…). Comme les Isans par exemple qui ont une autre langue et qui représentent quand même 31 % de la population, voire les Muang (ou Yuans) des zones montagneuses du Nord, 10 %)  (On n'oublie pas les Thaïs du sud, les Pak Tai, 10 %, et les sino-thaïs...).

 

 

CarteGroupesEthniques1



Mais ce qui nous a étonné est d’apprendre que seulement 10% env. d’entre eux parlent les deux langues et que de nombreux dialectes coexistent aussi. L’intercompréhension demeure donc difficile.

On comprend donc pourquoi les élites siamoises ont dû imposer leur langue et leur idéologie, la Thaïness (avec les 3 piliers : roi, bouddhisme, nation) pour « unifier » le Pays et légitimer leur pouvoir.


La Thaïness

 

Nous vous renvoiyons à l'article d’Ollivier et de Narumon Hinshiranan Arunotai pour saisir la nature ambiguë de ce concept pour comprendre le caractère «révolutionnaire» de ce qui se joue aujourd'hui. La Thaïness a servi aux «aristocrates»

 

aristocrates

 

et aux élites urbaines des Thaïs siamois à construire « l’unité » de la Nation thaïe et à légitimer leur pouvoir sur le dos des identités régionales, que l’on considérait comme « cadettes » dans le meilleur des cas mais le plus souvent inférieures, incultes, « paysannes »… Encore aujourd’hui, à Bangkok un Isan est perçu comme un « paysan » rustre et inculte. En 2009 le dirigeant des jaunes, Sondhi Limthongkul

 

sondhi3

 

« proposait de restreindre le droit de vote aux personnes éduquées, excluant ainsi la masse paysanne ».

 

droiit de vote


La Thaïness a d’autant plus « fonctionné » qu’elle s’appuyait sur le caractère «sacré» du roi, le bouddhisme, et les médias.


Tout le monde a observé le respect dû au Roi (des photos partout,

 

Bhumibol 2

 

l’hymne

 

 

et la photo du roi au début des séances de cinéma, les émissions quotidiennes médiatiques sur ses talents et ses bienfaits, le Roi est un Exemple pour tous.)

 

roi

 

Toutefois pour aider les gens à en mieux comprendre la « sacralité », le gouvernement multiplie les arrestations et fermetures de sites internet, la censure des opposants au nom du crime de « lèse-majesté».

 
Le bouddhisme est bien sûr un facteur d’unité pour 90 % des Thaïs et joue un rôle fondamental pour donner une forme aux croyances et aux particularismes locaux (on a tous remarqué la croyance aux esprits, aux Phis, ou bien aux « voyances » de certains moines, pire leurs conseils avec les tabous alimentaires pour soigner des maladies parfois courantes).

 

 

Bonzes


Et les médias présentent l'exemple de la population urbaine comme un modèle à suivre, un modèle de vie idéale, « supérieur ». La théâtralité des cérémonies royales, les films et séries télévisées rendent « naturels » cette vision idéologique. La Thaïness a donc joué un rôle fondamental dans la création de la Nation thaïlandaise, dans l’« unité ? » du pays. Elle assurait aussi le pouvoir politique, économique et culturel aux mêmes, mais rejetait de l’Histoire 60% de la population.

 

thai01568

 
 

Thaksin.

 
L'arrivée au pouvoir de Thaksin comme 1er ministre en janvier 2006 va bouleverser l’échiquier politique et social, mieux, délégitimer la Thaïness et remettre en cause les pouvoirs installés. Il ne s’agit pas ici de juger la fortune colossale acquise, ni des moyens qu’il a dû employer pour l’acquérir, mais des effets de ses actions, contre la hiérarchie installée depuis des lustres (certains ont même vu une remise en cause du pouvoir royal), et pour la fierté retrouvée du peuple du Nord et du Nord-Est. Son action reconnue (remboursement du FMI, reprise en main des jeunes, lutte contre la drogue, accessibilité aux soins, gel des dettes, prix soutenu du riz, certains médias enfin favorables, majorité au Parlement…) leur permettait d’oser enfin aborder des questions taboues, de briser le consensus, de prendre en main leur « destinée », de prendre leur « revanche », ou plus simplement de ne plus accepter qu’on leur confisque leurs « votes ».


Le coup d’ Etat militaire du 19 septembre 2006,


coup d4etqt

 

la victoire aux élections législatives du 23 décembre 2007 par les pro-Thaksin, puis les démissions «forcées » des 1ers ministres Samak et de Somchaï, avec les manifestations du PAD (les «jaunes») et la prise des aéroports de Suvarnabhumi et Don Muang et plus la dissolution de trois partis politiques du 2 décembre 2008 et la chute du gouvernement, avec la prise du pouvoir le 15 décembre par Abhisit grâce à un jeu d Alliance… peuvent expliquer que les «Rouges» réclament de nouveau des élections.

 

abhisit vejjajiva caricatures by hadsadin


Les 86 morts lors des affrontements de mi-mars /mai, l’assassinat du général Seh Daeng, le couvre-feu, la liste noire de 125 personnes du CRES, l’arrestation des principaux leaders rouges, la répression des sites internet jugés pro-rouge, le mandat d' « arrêt pour terrorisme contre Thaksin… risquent de « retarder » la tenue de prochaines élections.

Mais ce que beaucoup n’ont pas encore vu, c’est qu’on est en train d’assister à une véritable « révolution » politique, culturelle et sociale, qui a brisé le consensus, la Thaïness, le statut-quo... et dont on a du mal à prévoir les bouleversements.


Une nouvelle Thaïlande est en train de naître … qui ne pourra plus ignorer les peuples du Nord, du Nord-Est et du Sud.


rouges contre jaune

 

------------------------------------------------------------------------

 

Olivier Ferrari, Narumon Hinshiranan Arunotai,Jacques Ivanoff & Arnaud Leveau, « Thaïlande, Aux origines d’une crise », Carnet n°13 de l’Institut de recherche sur l’Asie du sud-est (IRASEC), 120 p.

 

http://www.irasec.com/ouvrage9

 

 

Chapitre 1

Construction ethnique et ethnorégionalisme en Thaïlande ............................. 15

Jacques Ivanoff

Chapitre 2

La Thainess ou la pratique de l’idéologie culturelle en Thaïlande .................. 45

Olivier Ferrari et Narumon Hinshiranan Arunotai

Chapitre 3

Une crise multicolore, état des forces en présence............................................. 71

Arnaud Leveau

Entretiens

Thongchai Winichakul................................................................................................. 93

Akin Rabibhadana et Paritta ChalermpowKoanantakool...................................... 97

Chronologie (2006-2010) .........................................................................................

 

 

fin 

 

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24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 04:02

titreLe Cambodge a gagné ont dit certains ?

Nous attendions avec une certaine impatience la décision (murement réfléchie) qui devait tomber du siège de la Cour Internationale de Justice de La Haye le 11 novembre 2013 à 10 heures, heure batave, 16 heures, heure locale.

Nous en avons parlé à diverses reprises (1), mais comme il est périlleux d’augurer de l’issue d’un débat judiciaire quel qu’il soit, nous nous sommes gardés de nous livrer au jeu dangereux d’un pronostic (2).

***

La décision est donc tombée du siège de la Cour,  le 11 novembre, largement diffusée sur la plupart des chaines de télévision thaïe, sur le site de la Cour et sur celui de l’ONU. La lecture en a été effectuée en direct par le président Peter Tomka, un éminent juriste slovaque qui n’a toutefois pas eu la courtoisie de respecter la règle du bilinguisme anglo-français obligatoire à la Cour, 20 minutes en français seulement et 40 en anglais (heureusement relayées par l’un des traducteurs de la haute juridiction).


sudca-Haag-Peter-Tomka-MSD


Nous vous épargnerons l’aspect purement procédural, la question (de pure procédure) de la recevabilité de la requête cambodgienne en interprétation de l’arrêt de 1962. La Cour l’a jugée recevable. La décision se déroule sur 36 pages (une tâche harassante qui a nécessité 7 mois de travail, 5 pages par mois, quelques lignes par jour et quelques mots à l’heure).


Ne retenons que les conclusions, vous avez tout loisir de consulter le texte intégral en français sur le site de la Cour (3), rendons lui cet hommage, il y fut publié quelques minutes seulement après la fin de la lecture par le président Tomka.


Conclusions :


Compte tenu de ce qui précède, la Cour conclut que, dans le premier point du dispositif de l’arrêt de 1962, il a été décidé que le Cambodge avait souveraineté sur l’intégralité du territoire de l’éperon de Préah Vihéar, tel que défini au paragraphe 98 du présent arrêt et, dans le deuxième point du dispositif, que la Thaïlande était, en conséquence, tenue de retirer de ce territoire les éléments de forces armées ou de police ou autres gardes et gardiens thaïlandais qui y étaient installés.


Par ces motifs,


 LA COUR,

 

1) A l’unanimité,

 Dit qu’elle a compétence en vertu de l’article 60 du Statut pour connaître de la demande en interprétation de l’arrêt de 1962 présentée par le Cambodge, et que cette demande est recevable ;

2) A l’unanimité,

Déclare, à titre d’interprétation de l’arrêt du 15 juin 1962, que la Cour a, dans cet arrêt,  décidé que le Cambodge avait souveraineté sur l’intégralité du territoire de l’éperon de  Préah Vihéar tel que défini au paragraphe 98 du présent arrêt, et que, en conséquence, la Thaïlande  était tenue de retirer de ce territoire les éléments de forces armées ou de police ou autres gardes ou gardiens thaïlandais qui y étaient installés.

  

Qui a gagné, qui a perdu ?


Nous savons donc que le territoire placé depuis 1962 sous la souveraineté du Cambodge, est le temple et l’éperon rocheux où se trouve le temple et rien autre.


promontoire


Nous savons, par la lecture de l’arrêt, que le Cambodge, qui avait une conception particulièrement élastique des « environs » du temple (pourquoi pas jusqu’à Pimaï ?) prétendait avoir souveraineté non seulement sur « l’éperon du temple » (elle lui a été plus ou moins implicitement reconnue en tout état de cause en 1962) mais également sur la vallée qui s’étale entre le temple et les collines de Phnom (ou Phnum) Trap et la colline de Pheu Makhua (incluse dans la zone litigieuse de 4,6 kilomètres carrés – 460 hectares – 2.875 raïs - dont elles constituent l’essentiel) en grisé sur la carte :

 

Carte

Rappelons qu’en 1962, la Cour avait dit « la Thaïlande est tenue de retirer tous les éléments de forces armées ou de police ou autres gardes et gardiens, qu’elle a installé dans le temple ou dans ses environs situés en territoire cambodgien ».


Il semble donc résulter de la décision présente que les « environs du temple » ce sont à la fois l’éperon rocheux et une zone quasiment confinée aux bâtiments du temple représentant probablement 0,25 kilomètres carrés (25 hectares, 156,25 raïs) mais nullement la zone litigieuse (encore et toujours) de 4,6 kilomètres carrés lesquelles comprennent les deux collines dont la propriété a été formellement refusée au Cambodge.

La Cour a pris soin de rappeler (et il nous a semblé qu’en lisant cette partie de l’arrêt, il parlait alors en français, le Président Tomka insistait lourdement) qu’en 1962 comme en 2013, elle n’avait pas à statuer « ultra petita » (i.e. au-delà de ce qui est initialement demandé), qu’en 1962 il n’avait pas été question d’un litige frontalier et encore moins en 2013 quand il s’agissait uniquement d’interpréter une décision qui ne statuait pas sur un litige frontalier.

 

La Cour attribue au Cambodge l’intégralité du territoire de l’éperon de Préah Vihéar, et nullement la souveraineté sur la zone de 4,6 km2 située en contrebas du temple.  Cet éperon est défini dans l’article 98 de son jugement, il suffit de le lire (corvée que les journalistes cités note 4 auraient pu s’infliger) pour s’apercevoir que la définition de cet « éperon » exclut la plus grande partie des 4,6 kilomètres carrés dont le Cambodge prétendait qu’ils constituent « les environs » du temple.


 apprendre.jpg


A la lecture de l’arrêt, alors qu’il parlait français, le président Tomka a parlé d’ « éperon » lequel éperon s’arrête au pied des collines de Phom Trap et de Pheu Makhua et ne les y inclut pas (ce qui aurait conduit effectivement à reconnaître la souveraineté du Cambodge sur les 4.6 kilomètres carrés litigieux).

Le texte anglais de l’arrêt (qui fait foi) ne parle pas d’éperon (spur) mais de « promontory » (promontoire), ce n’est évidemment pas la même chose. Un zéro pointé aux deux douzaines de traducteurs dont disposent les magistrats de la Cour ! Mais, éperon ou promontoire, la définition qu’en donne la Cour, en particulier dans le paragraphe 98 de son arrêt permet d’éclaircir sans difficultés cette difficulté linguistique.

La souveraineté du Cambodge a été retenue en 1962 sur le territoire du temple, c’est-à-dire selon la requête même du Cambodge dans la présente procédure sur 154,7 hectares (966 raïs), dont l’altitude se situe entre 625 et 500 mètres. Si cette souveraineté s’étend sur l’ensemble du promontoire (ou de l’éperon) c’est-à-dire jusqu’à son pied et non au-delà, cela représenterait à vue de nez environ (nous ne sommes pas arpenteurs) quelque chose comme 0,25 kilomètres carrés c’est-à-dire 25 hectares (156,25 raïs), nous sommes donc très loin des 4,6 kilomètres carrés, c’est-à-dire 460 hectares, 2.875 raïs (18 fois plus) revendiqués par le Cambodge … 5.5 % !

 

Les irrédentistes (notamment la chaine de télévision ASTV des « jaunes »)


qstv

 

prétendent, forçant certainement la dose et bien au delà, que la superficie attribuée par la Cour au du Cambodge porterait sur 1.000 ou 1.500 raïs ? L’exagération paraît manifeste mais en tous cas loin des 2.875 raïs revendiqués. 

 

***

Les deux parties font état d’une intense satisfaction ! Jugement de Salomon ?

 

Le Cambodge récupère peut-être une petite partie des 4,6 kilomètres carrés litigieux, sans ses deux collines et la vallée mais il reste à en déterminer la superficie exacte et l’emplacement exact.

 

questions

 

Le soir de la décision, Madame le premier ministre faisait une déclaration à la presse particulièrement sage (« Bangkok post » du 12 novembre. Les responsables et leurs conseillers juridiques et techniques vont étudier soigneusement les termes de l’arrêt et engager des discussions avec le Cambodge  pour déterminer quel est le « petit coin » (« small area ») sur lequel la souveraineté du Cambodge a été reconnue en interprétation de l’arrêt de 1962.

 ***

En tout état de cause, 150 (ou même 1.000) raïs ne justifient pas une guerre.

Les responsables des deux pays ont annoncé qu’ils allaient entamer le dialogue pour déterminer la consistance exacte de cette « small area ». Les deux pays, le Cambodge surtout, font face à de sérieuses difficultés intérieures et ont peut-être des questions plus sérieuses à résoudre que la consistance exacte du pied de la colline au sommet de laquelle se situe le temple (5). Se mettront-ils d’accord ou l’arrêt de 2013 interprétant celui de 1962 devra-t-il à son tour être interprété ? C’est une affaire à suivre.

 

***

Vous comprendrez que lorsque nous lisons que le Cambodge a gagné, cela nous prête à sourire.

________________________________________________________________ 

Annexes :

 Paragraphe 98 de l’arrêt :

article 98-copie-1

Cartes :

 

La carte franco-siamoise à l'origine du contentieux :

 

requète 1959-144


Carte cambodgienne situant la colline de Phnom Trap

 

requète initiale

Notes

 

(1) Nos précédents articles :

article 19  du 25 mars 2011 :

 « Google Earth au temple de Preah Vihar ? »

 

article 24 du 23 avril 2011 :

« Affaire du temple  de Preah Vihear : Et si les Thaïs avaient été floués ? » contenant la justification de l’aveu explicite du premier ministre cambodgien de l’époque que le procès de 1962 avait été purement et simplement « arrangé ». Mais il n’est pas certain que le site Internet sur lequel il avouait explicitement ses turpitudes pré-procédurales n’ait pas été expurgé depuis lors ?

 

Les aveux explicites du premier ministre cambodgien :

 

temple 03

temple 04


article 106 du 5 mai 2013 : 

« Le temple de  Phrea Vihear au Cambodge ! Que veut la Thaïlande ? »


article 132 du 20 octobre 2013 :

«  L'affaire du temple de Phreah Vihar  (Suite) ».

 

(2) Sondage du Bangkok post

Le « Bangkok post » nous a toutefois livré dans son numéro du 20 octobre les résultats d’un sondage effectué auprès d’un « échantillon représentatif » (ou prétendu tel) de 1.477 personnes, dont le résultat est difficile à interpréter :

Les deux tiers des personnes interrogées  s’attendaient à ce que la décision soit bénéfique pour les deux pays, estimant que la Cour pèserait soigneusement sa décision et examinerait soigneusement  les arguments respectifs pour éviter un nouveau conflit.

 Voilà qui était faire preuve d’un bel optimisme bien qu’effectivement, la décision a été pesée pendant de longs mois.

 17,74% des sondés s’attendaient à une décision bénéfique pour la Thaïlande mettant leur confiance dans les talents de l'équipe juridique thaïlandaise, mais 15,76% penchaient en faveur du Cambodge.

Pour l’avenir, 46,23 % des sondés annonçaient vouloir s’incliner devant la décision à intervenir.

Doit-on en déduire que 53,77 % des personnes interrogées souhaitent que la Thaïlande s’assoie sur l’arrêt à intervenir ?

23,58% se préparent à une décision défavorable…

… Ce qui ne nous paraît pas coïncider avec les 15,76 % qui penchaient en faveur du Cambodge ? Ce sont les mystères des sondages

16,98% prient pour que la Thaïlande obtienne gain de cause et 13,21% suivront de près le dossier.

N’y-a-t-il que 16,98 % de gens pieux dans ce pays et seulement 13,21 % qui s’intéressent à ce litige ?

Ce sont encore les mystères des sondages.

 

sondage

Et pour conclure, 33,9% des personnes interrogées s’inquiètent de la sécurité de la population locale compte tenu des événements antérieurs, 20,34 % s’inquiètent de l’avenir des relations bilatérales avec le pays et 16,1% des personnes interrogées craignent que la question ne soit soulevée comme argument politique pour troubler l’ordre public.

Voilà qui est plus intéressant en effet … quelle que soit la fiabilité du chiffre.

Nous lisions en effet dans « The Nation » du 11 novembre et dans le Bangkok post du même jour qu’à l’occasion des manifestations contre Thaksin en train de se dérouler à Bangkok,  les trois groupes dirigés le général Preecha Lamsuphan , Samdin Lertbut et Somkiat Pongpaiboon , affirmaient leur intention de rejeter la décision de la Cour quelle qu’en soit la teneur (« no matter what it may be »).

 

(3) Le  site de la Cour

http://www.icj-cij.org/docket/files/151/17705.pdf

Sur lequel nous pouvons consulter l’intégralité de la procédure écrite et visionner les audiences de plaidoirie.

 

(4) Réactions de la presse

Interprétation immédiatement et curieusement erronée de la presse française (« le Monde » du 11 novembre) avec un titre qui contredit le corps de l’article :

«  La zone autour du temple de Preah Vihear attribué au Cambodge : 

« La cour déclare à l'unanimité que le Cambodge dispose de la souveraineté sur toute la superficie du promontoire de Preah Vihear », a déclaré Peter Tomka, président de la Cour internationale de justice. .. Le verdict défavorable à la Thaïlande etc… »

Il suffit de lire la décision, elle est écrite en excellent français, pour constater qu’il n’est pas question de « zone autour du temple » et que le « promontoire » (éperon) n’est pas « la zone autour … », les fameux 4.6 kilomètres carrés  et il faut surtout l’interpréter pour savoir si elle est vraiment défavorable à la Thaïlande ?

 

Pire encore, « France 24 » sur son site Internet (mise à jour le 11 novembre au soir) ne craint pas d’affirmer « La Cour internationale de justice a attribué au Cambodge le temple de Preah Vihear et le terrain de près de 4,6 km2 qui l'entoure.» Même erreur sur le site de « Radio France International » (mise à jour le 11 novembre au soir) ce qui est tout de même plus étonnant.

Bien pire encore, dans son édition du 12 novembre, « Le petit journal de Bangkok », ça devient suave, écrit tout à la fois « La Cour internationale de justice (CIJ) a adjugé lundi au Cambodge la souveraineté sur une zone de 4,6 km2 en contrebas du temple de Preah Vihear, qui était également revendiquée par la Thaïlande » et ajoute que le  « …terrain disputé de 4,6 km2 voisin de l’éperon rocheux sur lequel se trouve le temple n’avait pas été attribué au Cambodge comme ce dernier demandait ». Erreur hélas réitérée dans le journal du lendemain : La Cour internationale de justice (CIJ) a adjugé lundi au Cambodge la souveraineté sur une zone de 4,6 km2 en contrebas du temple de Preah Vihear …  

Le plus ahurissant (c’est vraiment « le mur du con ») est l’article de « Paris Match » (mise à jour du 11 novembre sur son site) qui annonce comme un « scoop » « le Preah Vihar est un temple cambodgien  » (comme si Preah Vihar était un nom commun !) ce que tout le monde savait depuis 1962 et qui annonce triomphalement « Pour comprendre les motivations des deux pays, nous vous conseillons la lecture de cet article très documenté », le dit article étant celui du « Cambodge Post » dont nous allons parler, que manifestement l’auteur (anonyme) de cet article n’a jamais consulté !

Si la Cour a mis 7 mois à concocter son arrêt, il ne faut guère plus d’une heure ou deux à un journaliste sérieux pour le lire avec attention mais encore faut-il faire un effort. Sans autre commentaire.

La presse cambodgienne (au moins francophone), elle, claironne de façon tout aussi erronée en utilisant la même procédure chère à son quotidien confrère français, un gros titre que tout le monde lit et un article que l’on lit moins volontiers croyant que le titre contient l’essentiel (« Cambodge post », édition du 11 novembre au soir) « La CIJ reconnait la souveraineté du Cambodge sur les environs du temple de Preah Vihear », mais le contenu de l’article sur le fond étant plus honnête et nous permets de comprendre que « les environs » ne sont pas les 4.6 kilomètres carrés litigieux, loin de là !

Nous avons enfin lu sur un site cambodgien francophone (nous taisons son nom par charité) que, déjà, sur la question de la recevabilité de la requête, question de procédure, il s’agissait d’un « triomphe » pour le Cambodge puisqu’il s’agissait là d’une jurisprudence inédite, la Cour n’ayant jamais eu à statuer sur une telle question à ce jour. Il suffit pourtant de (prendre la peine) lire la décision pour constater que cette question procédurale, au demeurant délicate, a déjà fait l’objet d’une jurisprudence abondante de la Cour depuis sa fondation. Il y a deux hypothèses et deux seulement, incompétence ou mauvaise foi ?


 journalistes

 

(5) La procédure devant la Cour n’est pas gratuite à tel point qu’en 1989 elle a du mettre au point un système de « fonds spécial » chargé d’aider les pays « en développement »  à couvrir les frais de procédure pour leur permettre de pouvoir y accéder, un espèce d’aide juridictionnelle en quelque sorte.

Le Cambodge – dont les finances sont exsangues - a fait appel à six conseillers ou avocats, grands parmi les grands, la fine fleur du droit international (la Thaïlande n’était pas mal lotie non plus !) : Deux professeurs français de droit international (Paris et Rennes), un professeur de droit international d’Afrique du Sud par ailleurs avocat anglais, un avocat parisien également membre du barreau de New-York, une autre avocate en Angleterre et à New-York et une dernière avocate en Angleterre et à Paris.


2 CaricatureProcesTheatre1833

 

Nous ignorerons probablement toujours le montant de leurs honoraires mais nous avons de bonnes raisons de penser qu’ils n’émargent pas au tarif horaire d’un coupeur de riz isan. Un avocat américain de haut de gamme facturerait ses prestations 1.000 dollars de l’heure. Pour les parisiens, c’est plus opaque, mais toujours en haut de gamme, nous sommes probablement à 1.000 euros de l’heure et au-delà pour les professeurs de faculté. En toute objectivité, le travail qu’ils ont fourni (sur le site Internet de la CIJ) représente des centaines sinon des milliers d’heures de travail.

 

BurundiChatPlaideurs


Mais le Cambodge (question de priorités ?) qui a probablement dépensé des dizaines de millions de dollars dans ce procès de bornage est actuellement incapable de mener à bien les procès devant conduire à juger les responsables présumés du massacre du tiers de sa population devant les « Tribunaux Khmers rouges » (deux millions de morts entre 1975 et 1979) :


skulls khmer rouge

Le 23 août, nous apprenions par la lecture, toujours, du « Cambodge post » : « Les employés cambodgiens (juges, procureurs, interprètes) ne sont plus payés depuis juin : Une fois de plus, le Tribunal chargé de juger les Khmers rouges est confronté à des problèmes financiers. Au total, ce sont 250 employés cambodgiens qui ne sont pas payés depuis juin… Certains d’entre eux ont commencé à  suspendre leur travail à la mi-août (140 sur 250) et consacrent du temps à la recherche d’un autre travail … »

Il faut préciser que le personnel international des chambres extraordinaires des tribunaux cambodgiens est payé par les Nations unies, mais que les employés cambodgiens sont payés (ou plutôt devraient l’être …) par le gouvernement cambodgien.


khmers rouges 0


Le 1er septembre, dixit le « Cambodge post » toujours, l’ONU a obtenu un prêt (de qui ?) pour les payer. Ces difficultés sont récurrentes depuis la création de ces chambres en 2001.

En 2009, la part cambodgienne (salaires du personnel autochtone) aurait été de 19 millions de dollars si l’on en croit le site officiel de l’ONU consacré à cette juridiction : http://www.unakrt-online.org/09_Finances.htm ... Probablement beaucoup moins que les honoraires versés par le Cambodge à ses éminents conseils.


lafont03 t

 

... et comme « tout  finit par des chansons » :

 

 

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