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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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23 juin 2020 2 23 /06 /juin /2020 13:00

 

 

Nous venons d'apprendre le décès de Marcel Barang et nous en sommes peinés. Nous assurons sa fille de toute notre sympathie et de la part que nous prenons à sa peine.

 

 

 

Nous lui avions rendu un hommage le 26 décembre 2015 dans un article intitulé «Hommage à Marcel Barang, traducteur et «passeur» de la littérature thaïlandaise » (1), en découvrant à cette occasion  que non seulement, il avait traduit en français et en anglais des œuvres marquantes de la littérature thaïlandaise, mais  également traduit en thaï des œuvres étrangères et «des chansons du monde». Une œuvre immense.

(Cf. Son site: http://www.thaifiction.com/thesite.php )

 

 

A 378. DERNIER HOMMAGE À MARCEL BARANG, TRADUCTEUR ET «PASSEUR» DE LA LITTÉRATURE THAÏLANDAISE.

Il nous a permis de lire-en français- quelques œuvres importantes de la littérature thaïlandaise qui, disait-il, «n’ont guère de thèmes communs, ou plutôt reflètent la diversité des pratiques sociales thaïlandaises, du bouddhisme commun à la corruption des mœurs et des édiles, de la fable poético-philosophique de L’Empailleur de rêves (Nikom Rayawa, L’Aube) à l’individualisme forcené et blasphématoire de L’Ombre blanche (Saneh Sangsuk, Le Seuil). »

 

 

 

 

Il recommandait ensuite les œuvres de Chart Korbjitti et Saneh Sangsuk, et mentionnait Atsiri Tammachote, Sila Komchai, Wanit Jarounkit-anan, Kanokpong Songsompan.

 

 

Nous en avons présentées quelques-unes qui permettent  de découvrir d'autres «réalités» de la Thaïlande, si différentes de l’ordre établi et des clichés auxquels on réduit le plus souvent la Thaïlande, qui « tranche(ent) vivement, comme nous dit Marcel Barang,  sur tous les courants habituels de la fiction thaïlandaise.» (Cf. 2 et 3)

 

 

 

Mais qui est Marcel Barang ?

 

L’article amical du 22 juillet 2015 de Orengo Jean-Noël révèle quelques repères biographiques : « Passeur de littérature : Marcel Barang, une histoire française en Thaïlande » http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article35531 Vous y apprendrez entre-autres qu'il fut journaliste, avant de s'installer définitivement en Asie en 1976 en passant un an à Singapour, puis une autre année à Hong-Kong, avant de s'installer à Bangkok. (4)

 

 

Mais il fut aussi concepteur de mise en page, éditeur, relecteur, éditeur - en trois langues.

 

 

Nous n'avons jamais rencontré Marcel Barang, aussi un commentaire sur notre blog d'Eric Sayettat nous a touchés :

 

« C'est en 1985 dans la poussière de Hanoï que j'ai rencontré Marcel Barang, il avait miraculeusement pu obtenir un visa. Les hôtels étant ce qu'ils étaient à l'époque, il est venu loger chez moi. Nous nous sommes revus à Bangkok, (soi St Louis d'abord) puis du temps de Manager et enfin, après une longue éclipse, nous nous retrouvâmes pour un Ricard à la terrasse de l'Oriental, il y a quatre ans déjà. L'Oriental faisait contraste avec ses idées trotskistes mais il aimait cet hôtel.


 

 

 

Il marchait alors avec difficulté mais son esprit incisif et sans concession n'avait rien perdu de sa lucidité. Marcel m'impressionnait par sa capacité à passer d'une langue à l'autre. Il restait des mois à parler ou écrire uniquement en anglais et en thaï et quand nous parlions français devant son plat préféré (la cervelle d'agneau de chez Himalichacha) il ne faisait jamais d'erreur. Ses souvenirs d'un Cambodge lointain étaient intacts, comme ceux d'une Thaïlande dont il a suivi la transformation, certains diraient la déformation.

 


Marcel voyait clair dans la société siamoise comme dans la société française; il était fier de sa fille à qui je présente toutes mes condoléances.

 


Adieu Marcel !».

 

 

Nous lui laisserons le dernier mot:   «Vous savez ce qui m’a le plus fait plaisir? C’est quand L’Ombre blanche de Saneh Sangsuk est paru en l’an 2000: pas une seule de la dizaine de notes de lecture dithyrambiques qui ont salué ce chef-d’œuvre n’ont fait état du traducteur ou de la traduction: Passer totalement inaperçu, voilà la vraie accolade !».  (5)

 

 

 

 

Non, monsieur Marcel Barang, vous n'êtes pas passer inaperçu. En 2008, vous êtes devenu « chevalier de l’Ordre des Arts et des lettres » et surtout, votre œuvre immense est là pour en témoigner. Merci.

 

 

NOTES ET REFERENCES.

 

(1) A 206. HOMMAGE À MARCEL BARANG, TRADUCTEUR ET «PASSEUR» DE LA LITTÉRATURE THAÏLANDAISE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/01/a-205-hommage-a-marcel-barang-traducteur-et-passeur-de-la-litterature-thailandaise.html

 

 

(2) A 52. Un grand écrivain thaïlandais: Saneh Sangsuk, L’Ombre blanche, Portrait de l’artiste en jeune vaurien. http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-52-saneh-sangsuk-un-grand-ecrivain-thailandais-96922945.html

 

A85. «Venin» de Saneh Sangsuk. http://www.alainbernardenthailande.com/article-a85-le-conte-venin-de-saneh-sangsuk-112495835.html

 

A142. «Chiens fous» de l’auteur thaïlandais Chart Korbjitti.

« Chart Korbjitti avec Saneh Sangsuk sont les deux romanciers les plus connus en France grâce au travail de leur traducteur Marcel Barang. Il est aussi reconnu en Asie du Sud-Est pour avoir reçu deux fois le prix du SEA-Write en 1982 pour « la Chute de Fak » et en 1993 pour «Sonne l’heure».

« La marginalité et le regard de la société sur l’individu restent ses thèmes de prédilection. On les retrouve dans ses deux grands romans, La Chute de Fak, et Les Chiens enragés qui mettent tous les deux en scène des personnages en rupture sociale. » (Louise Pichard-Bertaux

 

A142 et A143. Notre lecture de  «Chiens fous» de l’auteur thaïlandais Chart Korbjitti.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a142-chiens-fous-de-l-auteur-thailandais-chart-korbjitti-122456162.html

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a143-notre-lecture-de-chiens-fous-de-l-auteur-thailandais-chart-korbjitti-122551891.html

 

 

 

(3) Marcel Barang. Juin 2015. http://filledesang.blogspot.com/2015/06/fille-de-sang-dans-le-contexte.html )

 

(4) L’article amical du 22 juillet 2015 de Orengo Jean-Noël « Passeur de littérature : Marcel .Barang, une histoire française en Thaïlande » http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article35531 , nous livre quelques repères biographiques. 

 

(5)  In « Marcel Barang, une histoire française en Thaïlande », paru dans l’Humanité du 22 juillet 2015.

 

On peut lire aussi Marcel Barang sur le net :

https://thaifiction.wordpress.com

https://marcelbarang.wordpress.com

https://chansongs.wordpress.com 

Sur France-Inter : « Marcel Barang » par Jean-Noël Orengo http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=1127927

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25 mai 2020 1 25 /05 /mai /2020 22:53

 

 

Nous avons dans un article du mois d’octobre 2017 posé une question à à laquelle nous avons tenté d’apporter une réponse : « LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ? » (1).

 

 

 

Notre intention n’était certes pas de prétendre qu’il était pauvre comme Job puisqu’il est riche, très riche, immensément riche mais de nous étonner d’une affirmation du magazine Forbes datée de février 2015, non reprise d’ailleurs les années suivantes, évaluant sa fortune à 35 milliards de dollars US. Cet article reposait sur les investigations de l’une des collaboratrices de la revue, une dame Cunninghamm professeur de biologie animale à l’Université sud-africaine du Cap, apparemment spécialiste dans l’étude des perroquets !

 

 

 

Il faut le voir pour le croire.

 

La réponse à la question est en réalité d’une relative simplicité,  la confusion fut faite, incompétence ou mauvaise foi, entre la fortune personnelle du monarque (sur laquelle plane tout autant de mystère que sur celle de toutes les têtes couronnées du monde) et le patrimoine du « Bureau des propriétés de la couronne » (Crown property bureauสำนักงาน ทรัพย์สินส่วนระมหาษัตริย์ - Samnakngan Sapsinsuanphra Mahakasat). Cet organisme est l’héritier d’un premier organisme créé par le roi Rama V destiné à enlever toute opacité sur la gestion de la fortune royale, devenu ensuite le Bureau des propriétés de la couronne qui gère depuis 1936 ensuite du coup d’état de 1932 un patrimoine énorme, constitué en particulier de celui du roi et des princes de la famille royale ayant alors pris la fuite, prince Damrong et prince Paribatra en particulier.

 

 

Nous savons que le Bureau gère depuis lors un patrimoine immobilier gigantesque, à Bangkok et dans le reste du pays. Pour en connaître le détail et les profits qu’il en retire, un journaliste d’investigation, espèce en voie de disparition, devrait prendre la peine, travail de titan, d’aller compulser les land offices de Bangkok et de toutes les provinces pour y trouver les fiches du Bureau comprenant également le détail des baux qu’il consent – puisqu’il consent le plus souvent des baux de 30 ans – donnant le détail des redevances locatives. Nul ne l’a fait à cette heure.

 

 

Le Bureau gère également un patrimoine mobilier, plusieurs sociétés commerciales, générant des dividendes fastueux.

 

Ne revenons pas sur ce que nous avons écrit, le bureau a un site Internet, il est bilingue mais la partie la plus intéressante est en langue locale, quoi d’étonnant ?

 

Nous y apprenons que les bénéfices procurés par ce patrimoine sont affectés à des projets d’intérêt général.

 

Cette situation est singulière dans laquelle des actifs ayant appartenu de façon incontestable au roi et à sa famille ont été purement et simplement expropriés puis transférés à un organisme sur lequel le roi a actuellement  la maitrise en ce qui concerne les revenus, rendant difficile de la qualifier dans un cadre juridique qui nous est propre autrement que par celui d’une espèce d’usufruit. Ce n’est donc pas un droit de propriété. Relevons d’ailleurs que ce sont les revenus du Bureau qui financent les listes civiles du Roi et des membres de sa famille qui en bénéficient et non le budget national.

 

 

Cette question est toutefois revenue sur le tapis à la suite des « événements » du premier trimestre de l’année 2020 où nous vîmes refleurir nombre d’articles au titre alléchant sinon provocateur « le roi de Thaïlande, plus riche souverain du monde : découvrez le montant de sa fortune ». Voilà qui nous a intéressés ! Nous avons appris que le monarque était toujours en tête sans qu’il soit donné la moindre explication mais que – le malheureux – son patrimoine n’étais plus que de 30 milliards de dollars, 5 milliards disparus depuis 2015 ? Nous ne changerons pas un iota de nos explications du mois d’octobre 2017. Tous ces articles sont tombés de la presse à scandale, celle qui alimente les loges de concierges et les salles d’attente des salons de coiffure pour dames, Gala, Voici, Closter, Bild  faisant tous références à une revue américaine Business insider, qui ne vaut pas plus cher que Forbes, même Paris-Match s’y est mis, mais il n’est plus depuis longtemps un véritable journal d’investigations.

 

 

 

Nous en serions restés sur notre article sans voir à en rien ajouter si la même presse à scandale n’avait repris  - tous se recopiant entre eux- ces mêmes affirmations en lien en général avec la présence du roi dans son hôtel de Bavière en compagnie de son sérail, de ses gardes du corps et de ses domestiques. Notre propos n’est pas de juger le monarque, qu’il entretienne un sérail est le dernier de nos soucis. Il ne semble pas d’ailleurs que cela impressionne outre mesure les citoyens thaïs qui ne paraissent pas s’en être indignés pas plus qu’ils ne s’indignent des 42 enfants du roi Rama Ier, des 73 de son successeur, des 51 du troisième et des 77 du grand Chulalongkorn, le tout avec leurs épouses principales ou secondaires, le record semblant être celui de Rama II qui eut 10 épouses enregistrées. Les Français sont au demeurant indulgents devant les galipettes de leurs chefs d’état, depuis Henri IV jusqu’à certains des présidents de la présente république. Le roi n’a pas la même conception de la vie conjugale que son père, l’affirmer n’est pas le critiquer.

 

 

Nous voyons toutefois apparaître une nouvelle affirmation, celle selon laquelle le roi serait le propriétaire du « plus gros diamant taillé à facette du monde », affirmation péremptoire s’il en est puisque l’histoire de ce merveilleux joyau est parfaitement connue. Il s’appelle Phet kanchanaphisek (เพชรกาญจนาภิเษก), le diamant du jubilé d’or, le 50e anniversaire de la montée du regretté roi Rama IX sur le trône. Il a été découvert en 1986 dans les mines de De Beer en Afrique du sud.

 

 

A l’origine, c’était un caillou de 755,50 carats soit 109,134 grammes. Sa taille pour un tel caillou était énorme, 53,66 x 49,20 x 34,3 mm.

 

 

Sa découpe posait d’énormes difficultés techniques. Chez De Beers, on considéra qu’il n’y avait qu’un homme au monde susceptible d’y procéder: Gabi Tolkowsky, d’une dynastie célèbre de tailleurs de pierres.

 

 

Compte tenu de la taille de la pierre brute, celui-ci dut utiliser de nouveaux outils de son invention et travailla pendant deux ans, de mai 1988 à mai 1990, dans une salle souterraine stérile à l’abri des mouvements du sol pour en faire cette pierre de 273,85 carats, de 143 facettes toutes parfaitement symétriques, d’une splendide couleur brun-jaune doré. Il baptisa alors le diamant «brun  sans nom». Elle fut finalement achetée à De Beers par un groupe d'hommes d'affaires thaïs, dirigé par Henry Ho. Le prix n’a pas été divulgué car lui et ses amis avaient l’intention de l’offrir à leur roi pour célébrer son jubilé d’or, le 50e anniversaire de son couronnement survenu en 1950.

 

 

C'est lors de la présentation du joyau au roi en 1997 qu'il reçut son nom actuel. Pendant un certain temps et compte tenu de la crise économique qui frappait le pays de plein fouet, on ne parla pudiquement pas de diamant mais de topaze dorée de taille exceptionnelle. Il fut peut-être alors envisagé de le monter sur le sceptre ou le sceau royal? Il fut reçu au nom du roi par sa fille la princesse Maha Chakri Sirindhorn en 2000. Il avait reçu successivement la bénédiction du Pape Jean-Paul II, du patriarche suprême du pays et de son équivalent musulman.

 

 

Il fait partie des bijoux de la couronne exposés au Musée royal du Temple d'or de Pimammek, Salle du Trône à Bangkok. Il ne semble pas à cette heure l’avoir quitté pour se retrouver dans le gousset du roi? Ce serait d’ailleurs fort mauvais calcul car, selon les «experts» au vu de diverses comparaisons à l’occasion de ventes publiques portant sur des pièces similaires, sa valeur serait de  l’ordre de 4 à 12 millions de dollars, bien peu de chose dans une fortune de 30 milliards!  (2)

 

 

 

NOTES

 

(1) Voir notre article  A 236 – « LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ? » :  http://www.alainbernardenthailande.com/2017/08/a-266-le-roi-de-thailande-est-il-l-homme-le-plus-riche-du-monde.html

 

(2) Pour en savoir plus sur le «système royal»du pouvoir et et les finances royales. Cf. notre lecture du  livre de Marie-Sybille de Vienne, «Thaïlande, une royauté bouddhique aux XXe et XXIe siècles.»

A 298. « LE SYSTÈME ROYAL »  DU POUVOIR EN THAÏLANDE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/02/a-298.le-systeme-royal-du-pouvoir-en-thailande.html

 

 

 

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6 avril 2020 1 06 /04 /avril /2020 08:09

 

Ce présumé inoffensif mammifère se voit soupçonné d’avoir transmis le Covid-19 à l’homme et se serait bien passé de cette accusation dont il n’a pas besoin. Est- -il réellement le vecteur qui a permis au virus d’atteindre l’homme? On l’ignore encore. Seule certitude : il figure sur la liste des suspects. Les hypothèses sur les origines de ce mal se sont multipliées, depuis des virus prélevés sur les chauves-souris transmis à l’homme par un animal intermédiaire qui serait le pangolin : Quelque part en Chine, une chauve-souris vole dans le ciel, laissant une trace de coronavirus dans ses excréments, qui tombent au sol, dans la forêt. Un animal sauvage, peut-être lui, renifle les insectes sur les feuilles et absorbe les excréments contaminés. Le nouveau virus circule dans la faune sauvage. Un animal infecté est finalement capturé, et une personne attrape la maladie d'une manière ou d'une autre, puis la transmet aux travailleurs d'un marché aux animaux sauvages. Une épidémie mondiale est née.

 

 

Chez les défenseurs de la faune sauvage, on craint que cette seule suspicion n’entraîne de nouveaux massacres alors qu’il est déjà victime d’un trafic intense en Afrique et en Asie quoiqu’appartenant à l’une des espèces sauvages en voie de totale disparition et bénéficiant de la protection des organismes internationaux.

 

La pandémie  qui frappe le monde depuis le début de l’année ne nous autorise pas à nous ériger en experts-autoproclamés. Il est suffisamment de virologues de comptoir qui pullulent comme des mouches sur Internet en nombre hallucinant.

 

 

Nous avons simplement souhaité dire quelques mots de ce singulier mammifère.

 

Quel est donc cet animal pacifique si populaire en Chine mais pas inconnu en Thaïlande même si on ne le retrouve plus que dans les zones préservées des parcs nationaux ?

 

 

Doux et pacifique, vous n’aurez guère de chances de le rencontrer dans un zoo, toutes les tentatives pour l’y acclimater furent vaines et ils n’y ont aucune chance de survie.

 

La première description précise que nous en ayons est celle de Buffon (1). Il a échappé à la longue description que La Loubère nous a donnée de la faune siamoise en 1691.

 

 

Il ressemble à un lézard à écailles dont le taille peut atteindre selon les espèces jusqu’à deux mètres. On a pu le comparer à un artichaut à l’envers et quand il se met en boule pour se protéger comme un hérisson, il devient pomme de pin ! 

 

 

Il contredit toutes les catégories animales les plus évidentes. Il a des écailles comme un poisson mais il monte aux arbres et s’y suspend par la queue.

 

 

Il ressemble plus à un lézard ovipare qu'à un mammifère et pourtant allaite ses petits. Et, plus important que tout, à la différence des autres petits mammifères aux nombreuses portées, ses petits naissent un par un. Il ne se nourrit que de fourmis et de termites qu’il happe comme un tamanoir avec une langue visqueuse de plusieurs dizaines de centimètres. Il peut en absorber 200 grammes par jour. Il vit dans des arbres creux ou des terriers et ne sort que la nuit.

 

 

Fossile vivant, il vient incontestablement de la préhistoire, un ancêtre des dragons de la légende? (2)

 

 

En thaï nous l’appelons lin (ลิ่น), le mot pangolin vient de l’anglais qui l’a emprunté au Malais Peng-goling qui signifierait «qui se mets en boule».

 

Les forêts tropicales d’Afrique et d’Asie constituent son habitat naturel, ce sont les régions qui lui ont été dévolues par la nature.

 

En Thaïlande, oú il n’est probablement plus présent que dans les réserves naturelles protégées, il continue à être intensément braconné. Les braconniers sévissent dans ces zones protégées. Ils utilisent des chiens qui reniflent l’animal réfugié dans un arbre et coupent l’arbre. Si la cuirasse écailleuse le met à l’abri des grands prédateurs carnivores lorsqu’il se met en boule et dresse ses écailles, son ventre n’est pas protégé, c’est son talon d’Achille, et c’est par là que les braconniers le tuent, puisque, dépourvu de dents, il est incapable de se défendre. Les plus grands mesurent environ 2 mètres et pèsent 33 kilos.

 

 

 

Intensément pourchassé, il en est deux raisons:

La gastronomie

 

Comestible tout d’abord, sa chair est réputée excellente bien qu’en Afrique sa consommation fut initialement rituelle (3). Ce ne sont probablement pas des motifs rituels mais simplement gastronomiques qui font qu’il soit toujours pourchassé de façon illicite en Thaïlande. Si nous connaissons par les coloniaux le goût de la chauve-souris qui serait celui de la caille ou du singe qui serait celui du lapin, nous n’avons trouvé aucun souvenir de l’un d’entre eux qui se serait aventuré à y goûter. Sa viande se vend sur les marchés parallèles entre 2000 et 3500 baths le kilogramme (entre 57 et 100 euros) soit dix fois plus que la trilogie classique de notre gastronomie locale, poulets, cochons et poissons Ce trafic lucratif est certes sanctionné localement en vertu des règles de protection des espèces en voie de disparition par une amende de 40.000 baths et une peine d’emprisonnement de 4 ans selon la Wildlife Preservation and Protection Act B.E.2535 (1992) (พระราชบัญญัติสงวนและคุ้มครองสัตว์ป่า พุทธศักราช 2535). À ce jour toutefois, aucune peine de prison ne paraît avoir été prononcée en Thaïlande contre les trafiquants mais le trafic de ses écailles est probablement beaucoup plus lucratif bien que nous n’ayons aucun élément sur son rapport réel. Ceci explique en effet la cupidité des braconniers:

 

Dans un restaurant de Thaïlande en février 2020  :

 

 

Les écailles et la médecine chinoise

 

La couverture d’écailles est d’une telle solidité qu’elle a servi à confectionner des cuirasses, celle qui est conservée au Musée de l’homme est d’origine incertaine (probablement asiatique sans autre précision) (4). Cette utilisation paraît logique,

l’utilisation médicale ne l’est plus et nous conduit directement en Chine. Pour les Chinois en effet, les écailles réduites en poudre sont indispensables pour guérir nombre de maux et leur efficacité doit égaler celle de la poudre de cornes de rhinocéros. Les écailles sont utilisées dans plus de 60 agents curatifs, produits et commercialisées par plus de 200 sociétés pharmaceutiques, selon un rapport de la fondation China Biodiversity and Green Development.

 

 

 

Ces traitements ont la réputation de soigner divers maux, allant des problèmes d'allaitement à la mauvaise circulation sanguine jusqu’au cancer. Elles auraient aussi des vertus anti-inflammatoires et  anticoagulantes

 

La médecine traditionnelle nécessite une telle quantité d'écailles que celle-ci menace les espèces de pangolins d'extinction, en Afrique et en Asie.

 

Le négoce des écailles de pangolin était déjà au temps de la colonisation du Laos dûment taxé et considéré comme une des richesses du pays (5). La production partait en direction du Siam probablement à destination de sa colonie chinoise et de là, vers la Chine.

 

Budget prévisionnel du Laos pour l'année 1900  :

 

 

Est-ce en raison non pas de la pandémie mais des nécessités de la protection  internationale des espèces en voie de disparition que les médicaments traditionnels chinois à base d'écailles de pangolin ne sont plus couverts par l'assurance maladie depuis le 1er janvier 2020 ? La décision de l'équivalent de la Sécurité Sociale chinoise, fut prise le 20 août 2019 avant que n’éclate la pandémie. Il n‘est toutefois pas certain que cette décision ait un quelconque impact sur la demande des milliardaires chinois.

 

On estime qu'un million de pangolins ont été capturés à l'état sauvage en Asie depuis 10 ans ce qui soit dit en passant déplace le trafic vers l’Afrique oú des centaines de milliers voire des millions de spécimens sont chassés chaque année.

 

Les saisies de cargaisons qui complètent en général celles de l’ivoire des éléphants portent sur des tonnes d’écaille. L’une d’entre elle effectuée à Singapour en février 2020 portant sur 12 tonnes représenterait la  vie de 2000 pangolins (6).

 

 

Si nous savons peu ou prou combien les braconniers font payer la viande de pangolin aux gourmands, il est difficile de savoir combien les trafiquants leur payent les écailles mais nous savons que le prix sur le marché chinois serait d’au moins  1000 euros le kilo (35.000  baths).

 

Or, d’après les scientifiques  et  comme la corne de rhinocéros, ses écailles sont composées de kératine, la même composition que les ongles humains.

 

 

Il serait donc bénéfique que les Chinois qui croient en ses vertus se contentent de se ronger les ongles d’autant que l'usage de porter les ongles fort longs  - mode singulière - semble encore répandue chez les élégants et les élégantes.

 

 

NOTES

 

(1) Il occupe un chapitre du tome III (mammifères) de son «Histoire naturelle, générale et particulière «publiée en 36 volumes entre1749 et 1788.

 

(2) Voir «The Earliest Fossil Pangolin (Pholidota Manidae) from Africa». Article in Journal of Mammalogy , août 1985.

 

(3) Voir Sperber Dan: «Pourquoi les animaux parfaits, les hybrides et les monstres sont-ils bons à penser symboliquement ?»  In: L'Homme, 1975, tome 15 n°2. pp. 5-34).

 

(4) Voir Daniel Léger «A propos d'une cuirasse en peau de pangolin conservée au musée de l'Homme de Paris ». In : Archipel, volume 17, 1979. pp. 35-41;

 

(5) Voir « La dépêche coloniale illustrée» du 15 septembre 1905.

 

(6) https://www.nationalgeographic.fr/animaux/2019/08/en-chine-les-medicaments-base-de-pangolins-ne-seront-plus-rembourses

 

 

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16 janvier 2020 4 16 /01 /janvier /2020 22:16

 

Notre ami Ripawat Chiraphong (ริปวัฒน์ จิราพงษ์a reçu cette éminente distinction le 16 janvier, jour de la « fête des professeurs » (วันครู), le jour oú tout le pays rend hommage à ses enseignants.

 

 

Nous avons eu le plaisir de le rencontrer à plusieurs reprises. Professeur de français à la très élitiste école du Palais Chittralada (โรงเรียนจิตรลดา) à Bangkok,

 

 

il a obtenu un brillant doctorat d’Université pour une thèse soutenue le 12 septembre 2016 à l’Université Paris Diderot (Paris 7) devant un jury prestigieux présidé par le professeur Alain Forest : « La question de l'extraterritorialité et ses conséquences juridiques successives concernant les protégés français au Siam, dans le cadre des relations franco-siamoise de 1893 à 1907 ». Nous lui consacrerons un prochain article.

 

 

 

Il est par ailleurs l’auteur de la traduction française du livret rédigé par Supoj Lokunsombat et illustré à l’aquarelle par Krik Yomnage intitulé « Le Retour de Kosa Pan - นิวัติทัศนา โกษาปาน » en vue de l’inauguration à Brest le 15 février prochain du buste de Kosa Pan premier ambassadeur siamois en France.

 

 

La phase préparatoire avait été la présence de Son Altesse Royale la Princesse Maha Chakri Sirindhorn, Présidente honoraire de l’Association thaïlandaise des professeurs de français lors de sa fête annuelle le 3 novembre 2019 dans le grand hall Hall du collège de l’Assomption, à Bangkok – Bangrak

 

 

au cours de laquelle elle avait daigné  oindre le buste de Kosa Pan. Il fait partie du comité d’organisation des cérémonies d’inauguration de la statue et sera présent aux côtés de Son Excellence Sarum Charoen Suwan, ambassadeur de Thaïlande en France Le livret édité à cette occasion à Brest comprendra divers articles relatifs à Kosa Pan, lui-même est en train de rédiger un article sur les rues de Siam en France pour lequel il a demandé notre amicale collaboration.

 

 

Ne négligeons pas les autres lauréats (1) :

Madame Phongphan Suwannan, professeur de français à temps partiel auprès de l’association des femmes thaïes à Paris,

Suwat Bunkhlueap, professeur à l’école Yupparat Wittayalai dans la Province de Chiang Mai

Madame Saochariya  Kueakop, professeur à l’école Phatthalung Phitthayakhom à Phatthalung

Chettacharoen Masisuk, professeur à l’école du Wat Benjamabopit  à Bangkok

Madame Thopnita  Sanguanphokhai, responsable du pôle français des affaires à l’Université de l'Assomption dans la province de Samut Prakan

 

NOTE

 

(1) Voici la liste officielle des lauréats :

1) นายริปวัฒน์ จิราพงษ์ ครูโรงเรียนจิตรลดา กรุงเทพมหานคร

 


2) นางผ่องพรรณ สุวรรณนันท์ ครูนอกประจำการ ชมรมสตรีไทยในฝรั่งเศส กรุงปารีส
3) นายสุวัฒน์ บุญเคลือบ ครูโรงเรียนยุพราชวิทยาลัย จังหวัดเชียงใหม่
4) นางสาวจาริยา เกื้อกอบ ครูโรงเรียนพัทลุงพิทยาคม จังหวัดพัทลุง
5) นายเจตเจริญ มาสีสุก ครูโรงเรียนมัธยมวัดเบญจมบพิตร กรุงเทพมหานคร
6) นางฐปนิตา สงวนโภคัย หัวหน้าสาขาฝรั่งเศสธุรกิจ มหาวิทยาลัยอัสสัมชัญ จังหวัดสมุทรปราการ

 

 

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11 décembre 2019 3 11 /12 /décembre /2019 22:01

 

 

Le 33e sommet  de l'Association des pays d'Asie du Sud-Est (ASEAN) s'est tenu à Bangkok, du 31 octobre au 4 novembre 2019. Une occasion  de s'informer, de connaître les enjeux géopolitiques et économiques des 10 pays de l'ASEAN  (Thaïlande, Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour, Brunei, Viêt Nam, Laos, Birmanie (ou Myanmar), Cambodge) qui représentent aujourd'hui 645 millions d'habitants (9% de la population mondiale), dont le PIB cumulé représente 2800 milliards de dollars en 2017. (France 2762, 7e position, Indonésie 1101, 16e position, Thaïlande 517, 25e position en 2018) Ils participent pour environ 8% au commerce mondial. En sachant que le niveau de développement des pays composant l’ASEAN est très hétérogène, avec un revenu annuel par habitant moyen d’environ 4000 dollars, allant de 1100 dollars pour le Cambodge,  5640 pour la Thaïlande et  52000 pour Singapour. (1)

 

 

 

 Un petit rappel historique.

 

Nous avions dans un article publié le 18 mai 2014 (2) présenté  « La politique étrangère de la Thaïlande de 1948 à 2009 et l’ASEAN » en nous appuyant sur  les articles de deux spécialistes, à savoir : Sophie Boisseau du Rocher « La Thaïlande  au sein de l’Asean : une diplomatie en perte de vitesse ? » et  Kajit Jittasevi « La politique étrangère de la Thaïlande au XXIe siècle, Entre la quête de sens et la recherche d’une place dans le monde globalisé.». (In « Thaïlande contemporaine », 2011) (3)

 

 

 

Nous y disions :

 

« Tout d’abord rappelons ce qu’est l’ASEAN.

 

 

L’Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ANASE ou ASEAN) est une organisation politique, économique et culturelle regroupant dix pays d'Asie du Sud-Est. Elle a été fondée le 8 août 1967 à Bangkok par l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, Singapour et la Thaïlande, dans le contexte de la guerre froide -mais curieusement en l’absence de la  Corée du sud pourtant alors première en ligne- pour faire barrage aux mouvements communistes, développer la croissance et le développement et assurer la stabilité dans la région.

 

 

 

 

La fin de la guerre froide en Asie du Sud-Est (Retrait de l'armée vietnamienne du Cambodge en 1989), permettra le Sommet de Singapour de 1992 qui se traduira par deux initiatives majeures :

 

 

 

 

L'instauration d'une zone de libre-échange : l'ASEAN Free Trade Area (AFTA), qui ne sera signée qu’en 2002, à cause de la crise financière de 1997.

 

 

 

 

L'élargissement à 10 membres de l'ASEAN avec l'entrée du Viêt Nam (1995), puis du Laos et de la Birmanie (1997) et enfin du Cambodge (1999). 

 

 

L’Asean prendra une autre dimension avec la fondation de l’APT (L’ASEAN plus la Chine, le Japon et la Corée du Sud) avec un accord-cadre signé en 2002 en vue d'établir la zone en 2010 pour l'ASEAN 6 et en 2015 pour l'ASEAN au complet. ».

 

Mais d'autres associations et sommets peuvent contribuer à l'intégration au sein de   l'ASEAN.

 

 

 

En 1996, sera créé « Le Dialogue Asie-Europe » ou ASEM (Asia-Europe Meeting) au sommet de Bangkok. L'ASEM est un forum interrégional qui regroupe d'une part la Commission Européenne et les 28 membres de l'Union Européenne, et d'autre part les 13 membres de l'ASEAN plus trois.  « L’ASEM n’est ni une organisation internationale, ni une agence de développement, et ne dispose pas de secrétariat : c’est un cadre informel de dialogue entre Etats membres qui permet d’aborder tous les sujets, sans exclusion a priori. Ce dialogue s’articule depuis l’origine autour de trois « piliers » :

 

 

 

Pilier politique (Les ministres des Affaires étrangères ont une compétence générale) ;


Pilier économique et financier (Ce volet est piloté par l’AEBF, Asia-Europe Business Forum, qui se réunit avant les sommets de chefs d’Etat de l’ASEM et émet un certain nombre de recommandations) ; Pilier « autres coopérations » (Éducation, environnement, science et technologies, culture, contacts entre sociétés civiles. Ce volet est développé grâce à l’action de la Fondation Europe-Asie – ASEF, mais aussi par l’ASEM People’s Forum qui regroupe différentes ONG). Tous les deux ans, un Sommet réunissant les chefs d’État et de Gouvernement est organisé afin de fixer les priorités et les orientations du dialogue. (4)

 

 

 

Mais on peut citer d'autres forums comme le sommet de l'Asie orientale (EAS) qui est une enceinte de sécurité régionale dont le premier sommet s'est tenu à Kuala Lumpur le 14 décembre 2005, ou bien encore l' ASEAN Regional Forum (ARF),  le premier grand forum multilatéral de la région pour des consultations officielles sur les questions de sécurité en Asie Pacifique.

 

 

 

 

Initié en 1993, il regroupe désormais 26 membres ; l'AIPO (ASEAN Interparliamentary Organisation – Organisation interparlementaire de l'ASEAN).

 

 

Et d'autres événements culturels et sportifs qui ont pour but de contribuer à l'intégration régionale, comme par exemple  le S.E.A. Write Award, (Prix des écrivains de l'Asie du Sud-Est est une récompense donnée aux écrivains et poètes d'Asie du Sud-Est depuis 1979) ;  Le ASAIHL (Association of Southeast Asian Institutions of Higher Learning ou Association des institutions d'enseignement supérieur de l'Asie du Sud-Est. ONG créée en 1956 qui cherche à renforcer les institutions d'enseignement supérieur ; en particulier pour l'enseignement, la recherche et le service public, avec l'intention de cultiver l'identité régionale ; l'ASEAN Heritage Parks (parcs de l'héritage de l'ASEAN) est une liste de parcs naturels créée en 1984 puis relancée en 2004.

 

 

Elle a pour but de protéger les trésors naturels de la région. Elle comprend 35 parcs. Et au niveau sportif : Les Jeux d'Asie du  Sud-Est (Southeast Asian Games, abrégés SEA games)  (Compétitions multisports  qui ont lieu tous les deux ans et auxquels participent 11 pays.) ;

 

 

 

 

Le championnat de l'ASEAN de football (ASEAN Football Championship) est une compétition sportive internationale opposant les sélections nationales de football de l'Association.  Elle a débuté en 1996 sous le nom Tiger Cup ; 

 

 

 

Les ASEAN ParaGames, jeux sportifs d'Asie du Sud-Est pour handicapés, auxquels participent 11 pays d'Asie du Sud-Est qui a lieu tous les deux ans. La liste peut paraître fastidieuse, mais elle rappelle que la culture et le sport  contribuent à forger une identité régionale, même si la Communauté économique de l’Asean  en est la composante plus importante.

 

 

 

Toutefois la question de l'intégration est légitime et Bruno Jetin dans un article se demandait : « L’Asean peut-elle transformer l’Asie du Sud-Est en région intégrée? » (5)

 

 

Il rappelle qu'en  1997  « Asean Vision 2020 »  annonce  pour la première fois le projet de communauté économique au côté d’une communauté de la sécurité et d’une communauté socio-culturelle. Ensuite,  l'Asean, lors de son 27ème sommet à Kuala Lumpur du 18 au 22 novembre 2015, crée la Communauté économique de l’Asean (AEC), censée créer un marché unique pour la production et la circulation des biens, des services, du capital et du travail qualifié au sein de l’association, en réduisant progressivement  les barrières protectionnistes internes à la zone. Ce processus avait débuté en 1992 par la signature de « l’accord pour le libre commerce de l’Asean » (Free Trade Area ou AFTA) le 28 janvier à Singapour, mais est entré en vigueur en 2003.

 

 

 

C'est dire que le processus est long et qu'il faut distinguer les proclamations optimistes, les objectifs affichés, sur leur mise en œuvre réelle par les États membres. On pourrait comme  Bruno Jetin donner des exemples mais surtout il nous met en garde contre toute comparaison avec l’avènement du marché unique européen tel que signé dans  « l’Acte unique » en 1986. (Cf. (6)  Luc Chasseriau répondant à la question : « l'ASEAN est-elle une version asiatique de l'Union Européenne ? »)

 

 

 

 

Bruno Jetin estime que les États membres de l'ASEAN ne pourront pas se constituer en entité autonome, avec un avenir commun, mais qu'ils pourront collaborer ponctuellement  sur tels et tels intérêts ou tels projets propres, face aux  grandes puissances régionales (Chine, Japon, États-Unis et Inde) qui soutiennent chacune des projets d’intégration plus larges et concurrents pour étendre leur zone d’influence.

 

 

Il avance certains arguments qui accréditent son opinion. Ainsi par exemple, dans un espace économique unifié :« les consommateurs de l’Asean devraient pouvoir choisir de façon in-discriminée entre produits nationaux et ceux provenant des autres États membres » ; « Les travailleurs devraient également pouvoir être employés dans tous les États membres dans les mêmes conditions que les travailleurs locaux.», ce qui paraît peu probable avec des États qui fondent leur légitimité sur un nationalisme exacerbé. On peut prévoir que  la migration légale des travailleurs peu qualifiés n'est pas pour demain, même si la survie de l’économie de la Thaïlande, de la Malaisie ou de Singapour en dépend. (Cf. Nos deux articles sur les travailleurs illégaux et la birmanisation du Sud de la Thaïlande (7) )

 

 

 

De plus, l’Asean est une association sans réel exécutif et sans pouvoir réel.

 

 

Son siège basé à Djakarta ne dispose que de 300 personnes environ contre 34000 pour la Commission européenne. En 2013, son budget était de 16 millions de dollars contre environ 4,3 milliards pour la Commission européenne.

 

 

 

 

La faiblesse de cette institution régionale s'explique par le contexte historique régional, lors de sa création en 1967 « par cinq dictatures (Malaisie, Singapour, Philippines, Indonésie et Thaïlande) ou dans le meilleur des cas des « démocraties autoritaires » dont les hommes forts (Mahathir Mohamad, Lee Kuan Yew, Ferdinand Marcos, Suharto, et Prem Tinsulanond) sont parfois restés des décennies au pouvoir et n’étaient guère enclins à partager leur pouvoir avec une institution régionale. »

 

 

 

 

Il s'agissait alors « de protéger ses fondateurs contre la menace communiste et éviter tout conflit entre eux afin que chaque régime puisse concentrer ses efforts à l’édification d’un État-Nation. Dans ce contexte, le principe de non-ingérence dans les affaires internes aux pays membres et la règle du consensus constitutifs de l’Asean tiennent tout autant au nationalisme exacerbé de ces jeunes nations que de la volonté de pouvoir diriger sans aucun droit de regard extérieur. »

 

 

Mais  la constitution d’une communauté économique en 2003 nécessitait de mettre en place une capacité institutionnelle plus grande. Elle  prit la forme  d’un secrétariat national dédié à l’Asean, au sein des ministères des Affaires étrangères de chaque pays membre, qui sont chargés de formuler des propositions qui sont discutées lors des sommets des chefs d’État, en sachant que  bon nombre d’accords dans le domaine du commerce au sein de l’Asean ne sont pas signés par tous les États membres.

L’économie politique nationale n’autorise qu’une intégration régionale limitée.

 

 

Certes les ministères de l’Économie et des Finances et les banques centrales  imprégnés d’idéologie néolibérale et les firmes multinationales (FMN) œuvrent pour le marché régional intégré et renforcent  leurs investissements dans l’Asean, mais ils doivent faire face  à l’opposition des petites et moyennes entreprises (PME).

 

 

Pourtant l'investissement étranger (IDE) est un élément important du développement économique. Ainsi pour la Thaïlande, « en 2018, les flux d'IDE ont poursuivi leur reprise de l'année précédente, faisant suite à des années de déclin entre 2014 et 2016, pour s'élever à 10,49 milliards de dollars, contre 6,48 milliards de dollars en 2017.

 

 

 

 

Cette reprise est due à la hausse des investissements du Japon, Hong Kong et Maurice. Le stock d’IDE a affiché une légère baisse par rapport à 2017, pour atteindre 223,8 milliards de dollars, soit 48,9% du PIB du pays. Le Japon et Singapour sont de loin les plus gros investisseurs du pays et représentent un peu plus de la moitié des entrées d'IDE. Hong Kong, les Pays-Bas, l'Allemagne, Maurice et le Royaume-Uni comptent également parmi les principaux investisseurs. Les activités manufacturières et financières et les activités d’assurance absorbent près de 70% des entrées d’IDE. Les investissements dans l'immobilier, le commerce et l'information et la communication sont conséquents. (…) Et en 2019  « La valeur totale des demandes d'investissements directs étrangers (IDE) reçues par la Thaïlande au cours des neuf premiers mois de l’année  a augmenté de 69% par rapport à la même période de l’année précédente » (8)

Mais les  petites et moyennes entreprises (PME) sont de très loin les plus nombreuses et emploient la grande majorité de la population active dans presque tous les pays membres et de nombreuses entreprises privées et publiques du transport aérien, des télécommunications, de l’énergie ou des banques qui sont tournées vers le marché intérieur et sont liées à l’État qui les protège de la concurrence extérieure, quand ils ne sont pas en situation de monopole. Elles appartiennent à de grandes familles et ont au sein  de leurs conseils d’administration de nombreux anciens hauts fonctionnaires et très souvent des généraux à la retraite. (Cf. (9) L'article de Jean Baffie)

 

 

 

 

« L’État est donc partagé entre une fraction qui adhère pleinement au projet d’une baisse radicale des barrières protectionnistes et une fraction qui s’oppose fermement à la reconfiguration du « capitalisme de copinage ».  « Il s’agit d’un compromis entre la nécessité de s’intégrer au marché mondial et s’associer au capital étranger et le maintien de la protection des secteurs clefs pour la reproduction des élites locales. »  Jotrin donne des exemples de ces compromis difficiles à établir, comme dans la banque, qui explique la modestie de « l’Accord pour l’intégration bancaire de l’Asean » (ABIF) négocié depuis cinq ans et finalement signé à Kuala Lumpur le 21 mars 2015, ou  pour la création d’un marché unique du transport aérien de fret et de passagers, où  chaque pays a des spécificités et où certains d’entre eux veulent protéger leurs compagnies nationales. On pourrait en dire autant avec les  services de santé, avec  la Thaïlande qui possède de nombreux  hôpitaux privés qui attendent un afflux supplémentaire de patients étrangers et est déjà  la première destination pour le tourisme sanitaire, devant Singapour et l’Inde.

 

 

Mais malgré les grandes difficultés et les contradictions internes aux États de l'ASEAN, au nationalisme affiché, au refus d'ingérence dans la souveraineté de chacun,  aux tensions entre le Japon, la Corée et la Chine, aux intérêts géostratégiques entre la Chine et les États-Unis, cela n'a  pas empêché la recherche d'accords trans-régionaux comme ceux du   CPTPP (le Partenariat trans-pacifique global et progressiste) (10),

 

 

 

 

le FTAAP (L’Accord de libre-échange de l’Asie et du Pacifique (Free Trade Agreement of Asia Pacific),

 

 

 

 

et celui du  RCEP (Regional Comprehensive Economic Partnership), regroupant 16 pays ( Les 10 pays membres de l'ASEAN  ainsi que 6 autres pays qui possèdent déjà un accord de libre-échange bilatéral avec l'ASEAN, à savoir : l'Australie, la Chine, l'Inde, le Japon , la Corée du Sud et la Nouvelle-Zélande) (11) qui a été si  âprement discuté lors du dernier sommet à Bangkok qui serait signé  au début de 2020, selon le gouvernement de  Thaïlande.

 

 

 

 

L'accord vise principalement à une réduction des droits de douane, certaines barrières non  tarifaires et de faciliter les investissements directs étrangers, avec  peu ou pas  d'ouverture des marchés publics, d'harmonisations des normes ou encore de conventions sur le droit du travail ou de l'environnement. Dit ainsi, cela paraît simple, mais la complexité est grande et le plus souvent ingérable pour les entreprises censées en bénéficier.(12)

 

 

Une fois signé entre les seize Etats de la région Asie-Pacifique soit environ 3,4 milliards de personnes, le RCEP deviendrait le plus grand pacte de libre-échange au monde, couvrant environ un quart des exportations mondiales.  Mais de nombreux obstacles demeurent sur fond de rivalités géostratégiques entre les grands États et surtout ceux de la Chine et des États-Unis, qui sous Trump, mais il n'est pas le  seul, préfère les accords bilatéraux. (Il s'est retiré du TPP). Ainsi l'Inde à ce sommet a refusé de signer le RCEP, craignant l'invasion des  produits chinois. D'autres  négocient des  accords bilatéraux de libre-échange au sein du RCEP. « Australie et Nouvelle-Zélande [par exemple] veulent que l’accord inclue un renforcement du droit du travail, de la protection de l’environnement, mais aussi de la propriété intellectuelle, alors que de nombreux pays de la zone sont peu soucieux de « copyright. » (13)

 

 

 

 

On sait que les grands sommets, n'éliminent pas les  négociations parallèles, le fait que   les pays membres de l’Asean, en conflit parfois  dans la diversité de leurs intérêts économiques, mais aussi politiques et sécuritaires se  rapprochent tantôt des États-Unis, tantôt de la Chine.

 

 

D'ailleurs Valentin Cebron, comme de nombreux journalistes ont surtout remarqué : « Alors que le sommet de l'Asean vient de s'achever à Bangkok, les pays membres maintiennent leur position d'équilibre diplomatique entre la Chine et les États-Unis – du moins pour le moment. », ce que confirme la spécialiste et chercheuse  à l'IFRI Sophie Boisseau du Rocher :«Les pays d'Asie du Sud-Est n'ont jamais choisi tel ou tel partenaire au détriment d'un autre ». (14)

 

 

 

 

Les pays de l'Asean sont en effet au cœur de la guerre commerciale que se livrent les deux premières puissances mondiales, mais ils doivent trouver un équilibre. Car si la Chine  (qui est  proche d'eux géographiquement,  et où près de trente-cinq millions de Chinois vivent dans les dix pays du bloc, soit plus de 80% de la diaspora totale. «À Singapour, 75% de la population est d'origine chinoise, 25% en Malaisie et 15% en Thaïlande») est son premier partenaire commercial  (En 2018, le volume total des échanges commerciaux entre la Chine et les pays de l'organisation a atteint un niveau record de 530 milliards d'euros), les pays d'Asie du Sud-Est ont besoin des États-Unis pour faire face aux appétits et agressions de Pékin en mer de Chine méridionale.

 

 

(Les États-Unis sont quand même le troisième pays avec une valeur des échanges en 2018 de 245 milliards d'euros)

 

Un contentieux maritime qui s'inscrit dans la volonté de Pékin de s'approprier 90% de la mer de Chine méridionale, riche en ressources halieutiques et énergétiques dans un espace maritime  s'étendant des Philippines à Singapour qui  voit passer chaque année 3 000 milliards de biens, l'équivalent  d'un tiers du commerce mondial. Mais un espace dans lequel  certains pays de l'Asean comme les Philippines, l'Indonésie, la Malaisie, le Vietnam, Brunei n'entendent pas céder ce qu'ils considèrent leur appartenant comme les archipels des Paracels et des Spratleys que Pékin bétonne, militarise puis colonise. (15)


 

 

 

Ou bien encore le récif de Scarborough  dont  s'est militairement emparé Pékin en 2012 et que le tribunal international de la Haye a attribué  aux  Philippines en 2016, mais que le président philippin Rodrigo Duterte ne peut imposer, au vu de sa politique pro-chinoise. D'ailleurs, la Chine fait fi des décisions internationales et continue de prospecter et de patrouiller dans les eaux territoriales de ses voisins. Mais début septembre 2019, les pays de l'Asean ont  mené pour la première fois des manœuvres navales conjointes avec les États-Unis pour une volonté collective de rééquilibrer le jeu diplomatique et afficher leur neutralité  vis-à-vis des deux super puissances.

 

 

 

Nous constatons donc que si lors de ce 33e sommet à Bangkok, le gouvernement thaïlandais s'est fortement engagé pour la signature d'un accord global pour le RCEP, l'Inde s'est retiré et les pays de l'ASEAN continuent de  négocier, comme nous l'avons dit, des  accords bilatéraux de libre-échange ou des systèmes de préférences généralisées (SPG) ( La Birmanie, le Cambodge, l’Indonésie, les Philippines et la Thaïlande sont ainsi bénéficiaires du SPG américain) ;  Ou  en dehors du cadre de l’ASEAN, le CPTPP (Pour  Singapour, le Vietnam, le Brunei et la Malaisie).

 

 

 

 

Ainsi la Thaïlande veut aussi  intensifier ses échanges avec ses voisins (Birmanie, Cambodge, Laos, Malaisie), qui représentent 10 % de son commerce extérieur et bénéficier des relocalisations d’investissements depuis la Chine. (Une nouvelle donne  commerciale depuis la « guerre » commerciale entre les Etats-Unis de  Trump et la Chine que nous ne pouvons pas évoquer ici dans le cadre modeste de cet article) (Cf. 16)

 

 

 

 

Le gouvernement thaïlandais mise sur le développement des infrastructures de transport et des zones économiques spéciales (les ZES), qu'on ne peut ici tous citer puisque « En 2019, la Thaïlande comptabilise 74 ZES (sur plus de 700 en ASEAN). Selon le Board of Investment, 52 projets ont été approuvés dans les ZES de 8 provinces pour un investissement total de 272 milliards de dollars. » (Cf. Exemples (17))

 

 

Et on pourrait évoquer les mesures prises par la Thaïlande visant à attirer l’investissement chinois (incitations fiscales, procédure d’implantation accélérée) dans les secteurs à haute valeur ajoutée, et comme l'a déclaré le 1er ministre thaïlandais M. Prayut lors de sa rencontre avec  le premier ministre chinois Li Keqiang à Bangkok le  5 novembre : «  la Thaïlande espère aligner son Corridor économique oriental avec la région de la Grande Baie Guangdong-Hong Kong-Macao de la Chine et ouvre ses portes aux entreprises chinoises pour qu'elles investissent, installent des usines en Thaïlande et coopèrent avec la partie thaïlandaise dans des domaines tels que le commerce électronique, le marché des tiers, le train à grande vitesse, la technologie 5G et l'économie numérique. ».

 

 

 

 

Ce que M. Li a confirmé en déclarant son souhait d' « aligner l'Initiative « la Ceinture et la Route » avec la stratégie de développement de la Thaïlande » dans son projet de construction du Corridor économique oriental, en encourageant « ses entreprises à participer à la construction des infrastructures de transport de la Thaïlande en accord avec les principes de « marchéisation » et de commercialisation, à bien utiliser les plates-formes de commerce électronique transfrontalier et à augmenter les importations de riz et d'autres produits agricoles thaïlandais de haute qualité ». (18)

 

 

 

Bref.  Nous pensions en savoir plus sur les négociations du 33e sommet  de l'Association des pays d'Asie du Sud-Est (ASEAN) qui s'était tenu tenu à Bangkok, du 31 octobre au 4 novembre 2019, consacré essentiellement à la signature d'un accord du  RCEP (Regional Comprehensive Economic Partnership) regroupant 16 pays ( Les 10 pays membres de l'ASEAN  ainsi que 6 autres pays qui possèdent déjà un accord de libre-échange bilatéral avec l'ASEAN, à savoir : l'Australie, la Chine, l'Inde, le Japon , la Corée du Sud et la Nouvelle-Zélande), mais nous avons surtout découvert la complexité de cet accord espéré par ces 16 pays pris par leur propre jeu géopolitique, au milieu  d'autres accords multilatéraux et bilatéraux d'ordre économique, militaire, culturel, qui peuvent  faire douter de l'optimisme affiché par  le gouvernement  thaïlandais qui espère que cet accord  soit signé  au début de 2020.

 

 

(Et encore n'avons-nous pas évoqué  l'écologie passé au second plan des négociations, en sachant que  « Quatre des 10 pays les plus touchés par le changement climatique sont des États membres de l'Asean ») (20)

 

 

 

Notes et références.

 

(1) L’Association des Nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN) regroupe 10 Etats membres. Créée par l’Indonésie, la Malaisie, Singapour, la Thaïlande et les Philippines en 1967, elle a été rejointe par le Brunei (1984), le Vietnam (1995), le Laos et la Birmanie (1997) et enfin le Cambodge (1999).

 « Selon la classification de la Banque mondiale, basée sur le revenu national brut, la région compte cinq « pays à revenu intermédiaire tranche inférieure » (Laos, Cambodge, Birmanie, Vietnam, Philippines et Indonésie), deux « pays à revenu intermédiaire tranche supérieure (Thaïlande, Malaisie) et deux « pays à revenu élevé » (Brunei, Singapour). Regroupant des économies très ouvertes, elle participe pour environ 8% au commerce mondial. Le montant des investissements étrangers entrants, à 134 milliards  de dollars fin 2017, est similaire aux IDE en Chine. L’ASEAN est une des régions du monde les mieux insérées dans les chaînes de valeur transnationales (électronique, informatique, automobile…) » https://www.tresor.economie.gouv.fr/Pays/SG/l-asean-en-bref

L'ouvrage de référence sur l'ASEAN reste celui de Sophie Boisseau du Rocher, L’ASEAN et la Construction régionale en Asie du Sud-Est, L'Harmattan, 1998.

 

(2) A148. La politique étrangère de la Thaïlande et l’ASEAN.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a148-la-politique-etrangere-de-la-thailande-et-l-asean-1948-2009-123507177.html Publié le 18 mai 2014.

 

(3) In « Thaïlande contemporaine », Sous la direction de S. Dovert et J. Ivanoff, IRASEC, Les Indes savantes, 2011.

 

(4) https://mm.ambafrance.org/ASEM

Cf. Le site officiel de l'ASEM : https://www.aseminfoboard.org/

 

(5) « L’Asean peut-elle transformer l’Asie du Sud-Est en région intégrée? »,  Bruno Jetin, Institute of Asian Studies, Universiti Brunei Darussalam »

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Cf. aussi  Communauté de l’ASEAN : quel modèle d’intégration pour l’Asie du Sud-Est ? Par Alexandre Gandil

   https://asialyst.com/fr/2015/12/24/communaute-de-l-asean-quel-modele-d-integration-pour-l-asie-du-sud-est/

 

(6) Asialyst, « L'ASEAN en 10 questions » de Luc Chasseriau :

https://asialyst.com/fr/2017/08/12/memo-asean-en-dix-questions/

 

(7) http://www.alainbernardenthailande.com/article-a129-travailleurs-illegaux-ou-birmanisation-du-sud-de-la-thailande-120218930.html

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a130-la-birmanisation-du-sud-de-la-thailande-est-elle-ineluctable-120323933.html

 

(8) Thaïlande : Les investissements. Les IDE en chiffres

(https://www.tradesolutions.bnpparibas.com/fr/implanter/thailande/investir

 

(9) A 50. Clés pour comprendre la politique en Thaïlande.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-50-cles-pour-comprendre-la-politique-en-thailande-90647687.html

Avec  l'article  de Jean Baffie, « Une « démocratie » entre populisme et défiance envers le peuple : La politique en Thaïlande depuis la Seconde Guerre mondiale »  (in Thaïlande contemporaine)

 

(10) Le CPTPP (le Partenariat trans-pacifique global et progressiste)  une version assez proche de l'accord multilatéral originel TPP après la rétraction de Trump du TPP, entrera en vigueur dès le 30/12/2018. « Par rapport au projet initial, peu de changements sont intervenus. « Les différences portent essentiellement sur les règles de la propriété intellectuelle et le périmètre de la cour d'arbitrage des investissements », pointe Sébastien Jean, Directeur du Cepii.  » (Cf. Les Échos,  Publié le 6 mars 2018 à 16h57, Richard Hiault)

 

(11) « Le partenariat économique régional global1, ou en anglais : Regional Comprehensive Economic Partnership (RCEP), est un projet d'accord de libre-échange entre 16 pays autour de l'océan Pacifique.

Il inclut les 10 pays membres de l'ASEAN, à savoir : la Birmanie, le Brunei, le Cambodge, l'Indonésie, le Laos, la Malaisie, les Philippines, Singapour, la Thaïlande et le Vietnam ; ainsi que 6 autres pays qui possèdent déjà un accord de libre-échange bilatéral avec l'ASEAN, à savoir : l'Australie, la Chine, l'Inde, le Japon, la Corée du Sud et la Nouvelle-Zélande.

Les négociations de cet accord ont démarré en novembre 2012. L'accord est vu pour beaucoup d'observateurs comme un accord alternatif à l'accord de partenariat transpacifique (TPP), notamment suite à l'annonce de l'abandon de ce dernier après l'élection de Donald Trump à l'élection présidentielle américaine de 2016. Le projet viserait principalement à une réduction des droits de douane, avec pas ou peu d'ouverture des marchés publics, d'harmonisations des normes ou encore de conventions sur le droit du travail ou de l'environnement. » (Wikipédia)

 

(12) Ainsi par exemple, ne  serait-ce que le contrôle de l’origine de la nationalité des produits. Par exemple, un produit malaisien exporté vers la Chine, pour pouvoir bénéficier des avantages du libre-échange, doit prouver qu’il a été produit en Malaisie avec une proportion significative de ressources naturelles et de composants malaisiens pour éviter que des produits étrangers soient maquillés. On imagine les querelles, les suspicions, les batailles d'experts.

 

(13) https://lepetitjournal.com/bangkok/rcep-le-plus-grand-accord-commercial-au-monde-sans-les-etats-unis-260355

(14) http://www.slate.fr/story/183591/diplomatie-geopolitique-asie-sud-est-choix-chine-etats-unis

(15) 14 petites îles coralliennes riches en ressource halieutique et potentiellement en pétrole et en gaz sur le plateau continental. La Chine depuis 2013 a construit 7 îlots artificiels pour prétendre à une zone économique exclusive. Revendiqués par Brunei, Malaisie, Philippines, Taiwan, Vietnam. Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Îles_Paracels

 

(16)  « Plusieurs pays de la région bénéficient toutefois de conditions d’accès privilégiées aux marchés européen et américain, grâce aux systèmes de préférences généralisées (SPG). La Birmanie, le Cambodge, l’Indonésie, les Philippines et la Thaïlande sont ainsi bénéficiaires du SPG américain. Le Vietnam et l’Indonésie bénéficient du SPG européen et des régimes plus favorables sont accordés aux Philippines (SPG+), au Laos, au Cambodge et à la Birmanie (TSA).  En dehors du cadre de l’ASEAN, le CPTPP montre la voie, difficile, à une ouverture de la région sur le Pacifique et l’Amérique du Nord Singapour, le Vietnam, le Brunei et la Malaisie sont signataires du Comprehensive and Progressive Agreement for Trans-Pacific Partnership (CPTPP). L’accord est entré en vigueur à Singapour le 30 décembre 2018 et au Vietnam le 14 janvier 2019 » In

https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/71e555d4-a0bc-41c6-8e50-57d00c1cedc2/files/4fe4e027-e49f-40bf-9009-775b5377bc2c

 

 (17) « Ces programmes ont déjà permis à la Thaïlande d’intensifier ses échanges commerciaux avec les pays frontaliers, qui représentent 10 % de son commerce extérieur. En 2018, les échanges commerciaux de la  Thaïlande avec les pays frontaliers ont atteint 47,5 milliards de dollars, en hausse de 17 % par rapport à 2017. Le total des exportations de la Thaïlande vers ses voisins s’est élevé à 28 milliards de dollars (+18 % en g.a)  et celui des importations, à 19,5 milliards de dollars (+15 %).  Les échanges avec ces pays connaissent toutefois une baisse depuis début 2019 (–1,8 % en g.a.), sauf avec le Cambodge (+11,4 %), principalement en raison des tensions commerciales sino-américaines et de la hausse du cours du baht qui pèse sur les exportations thaïlandaises. A noter que le commerce frontalier entre la Thaïlande et la Birmanie devrait se développer après la mise en service le 30 octobre 2019 du deuxième pont d'amitié entre les deux pays à Mae Sot. La Thaïlande enregistre un excédent commercial de 8,5 milliards de dollars vis-à-vis des pays frontaliers en 2018. Le seul pays avec lequel la Thaïlande enregistre un déficit est la Malaisie (−1,6 milliard de dollar), pays qui représente 58 % des échanges commerciaux de la Thaïlande avec ses voisins. »

 

(18) « La région de Tak, frontalière avec la Birmanie, est la plus avancée et accueille 28 projets notamment dans les secteurs du textile et du plastique.  La Thaïlande cherche également à tirer profit  des ZES en développement dans les pays frontaliers, et notamment de celle de Dawei en Birmanie. Cette dernière devrait s’étendre sur 196 km2 et ainsi représenter l’un des plus grands parcs industriels d’Asie du Sud-Est, avec un port en eau profonde côté birman, relié à Bangkok par une voie rapide. »

 
(20) Sommet de l'Asean: l'écologie au second plan des négociations

Par Romain Philips Publié le 05-11-2019 Modifié le 06-11-2019 à 09:10  http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20191105-asean-asie-sud-est-indonesie-vietnam-chine-malaisie-rechauffement-climatique

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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20 novembre 2019 3 20 /11 /novembre /2019 22:06

 

 

Le méga-barrage de Xayaburi de 1,285 mégawat, long de 820 mètres, situé sur le Mékong au nord du Laos  a été mis en service le mardi 29 octobre 2019. (1)

 

 

 

 

(Le choix de cet emplacement est la conséquence des délimitations frontalières  de 1893 : La province est la seule du Laos située sur la rive droite du fleuve, La Laos y a donc la souveraineté sur les deux rives sans que la construction du barrage pose de difficultés en droit international. )

 

 

 

Le barrage a été construit par CH. Karnchang (CKP) (2), l'une des plus grandes compagnies thaïlandaises  de production et de distribution d’électricité  et a été financé par 6 banques thaïlandaises (Siam Commercial Bank, Kasikorn Bank, Bangkok Bank, Krung Thai Bank, TISCO) et la banque de Thaïlande d'export-import (EXIM). Elle en détient elle-même 37.5% via Xayaburi Power Co avec  Natee Synergy Co holding 25%, Electricite du Laos (EdL) 20%, Electricity Generation Plc 12.5%, et autres 5%. Le  budget serait évalué à  4,5 milliards de dollars (4 milliards d’euros environ).

 

 

 

 

L'Autorité productrice d'électricité de Thaïlande (EGAT) s'est engagée à acheter 95 % de son électricité. (3)

 

 

Il s'inscrit dans la volonté politique et économique du Laos qui va exporter l'électricité produite à la Thaïlande et qui entend valoriser au maximum son considérable potentiel hydraulique, une manne financière cruciale pour un pays parmi les plus pauvres du monde. Mais cette énergie hydraulique, si nécessaire pour les besoins financiers du Laos et électriques pour les habitants de Thaïlande a un impact social et environnemental, et perturbe les écosystèmes en amont et en aval des barrages  (notamment la migration des espèces aquatiques) et est  accusé de vider l’eau du Mékong.

 

 

 

 

Toutefois, cet impact social et environnemental doit se comprendre dans une problématique plus globale des demandes en électricité des habitants des pays concernés, en sachant qu'il est le 44e barrage hydraulique mis en service sur le Mékong.

 

 

 Nous avions dans notre article (A 250) publié le 07/02/2018, essayer d'exposer « la problématique des barrages sur le Mékong entre la Chine et les cinq autres pays en aval: Myanmar (ou Birmanie), Laos, Thaïlande, Cambodge et Vietnam ». (Cf. (4))

 

 

 

 Certes  la Chine est en position de dicter sa loi aux autres pays, d'une part parce que  la portion chinoise du Mékong depuis sa source au Tibet est situé en amont  et s'écoule sur 2.130 kilomètres, soit près de la moitié de la longueur totale du fleuve, et d'autre part parce que les  « les cours d’eau sont devenus pour les élites chinoises des objectifs stratégiques, des intérêts vitaux de la nation. La Chine semble désormais bien décidée à faire respecter son droit à disposer de ses ressources territoriales, et ce dans la plus totale indépendance : l’eau qui se trouve sur le territoire chinois appartient à la Chine. (Alexandre Heim, dans  « La Chine, son eau et ses voisins »). On connait la puissance et la détermination chinoise pour ce qu'elle considère comme « ses affaires intérieures ».

 

 

 

Mais nous avions noté que  les autres États du Mékong agissaient de façon similaire, à la mesure de leurs moyens et en fonction de leur situation économique et de la géolocalisation de leur potentiel hydroélectrique et surtout  … des financements chinois.

 

 

Ainsi pour le Laos et la Thaïlande, avions-nous dit : « l’État laotien a pour ambition de devenir le premier pays producteur d’électricité de la région du Bas-Mékong, et à cette fin, déroule une liste de 25 installations hydroélectriques opérationnelles (6.093  MW), ce qui représente 26,5 % du potentiel techniquement exploitable, 10 en cours de construction (3.447 MW), dont deux sur le cours principal inférieur du Mékong, Xayaburi  et Don Sahong (En construction depuis 2016), 62 en phase de planification ou en étude de faisabilité (12 398 MW), soit au total 87 projets pour près de 22.000 MW.  […]

 

 

 

 

Ainsi la Thaïlande,  outre le gaz importé du Myanmar, tire en grande partie son énergie de barrages situés au Laos. Elle doit acheter la majorité de l'électricité générée par le futur barrage de Xayaburi, projet de 3,8 milliards de dollars dont Vientiane a annoncé la suspension en attendant de répondre aux inquiétudes de ses voisins (graves incidences sur la pêche et la production de riz),  mais dont les travaux préparatoires ont commencé. On peut prévoir de nombreux reports, manifestations, études complémentaires, mais il est difficile de croire que le Laos va renoncer au barrage de Xayaburi et aux 7 autres prévus en sachant que cette ressource est vitale pour son avenir en considérant que leurs productions devrait être de 38.000 mégawatts en 2020, soit une capacité 15 fois supérieure à ses besoins nationaux. » (Nous sommes en 2018

 

 

En effet, le Laos et CH. Karnchang (CKP) et les banques thaïlandaises n'ont pas renoncé et le méga-barrage de Xayaburi a donc été mis en service ce 29 octobre 2019. D'ailleurs, au début de l'année 2019,  le gouvernement laotien se donnait comme projet  d'achever 12 projets de barrages hydroélectriques  en construction d'une capacité totale de 1.950 MW. Lors de la sixième session de l’Assemblée nationale du Laos (VIIIe législature), le ministre laotien de l'Énergie et des Mines, Khammani Inthilath, rappelait que « le Laos compte actuellement 61 centrales électriques d'une puissance totale de 7.200 MW, dont 53 centrales hydroélectriques, une centrale thermique, deux centrales alternatives et cinq centrales solaires. ». Il précisait qu'il accordait une attention particulière à la sécurité. (Bien entendu)  (5)

 

 

 

Nous avions fait la remarque de la nécessité pour chaque pays d'assurer son développement  et de fournir l’électricité et l’eau à sa population qui lui est nécessaire. Si le plus souvent les médias se sont focalisés sur les barrages construits sur le Mékong, il ne faut pas oublier que l’hydroélectricité est une énergie renouvelable et n’occupe qu’une faible part (Sauf au Vietnam) dans la production de l’électricité nationale de chacun des six pays, et qu’elle est de plus moins « polluante » que les autres énergies comme le charbon et moins dangereuse que le nucléaire.

 

D'ailleurs,  la part de l’hydroélectricité pour la Thaïlande ne représente  que 3,2 % (dont  0,7 % d’hydroélectricité nationale) de  sa production d'électricité.

 

(90,9 % d'énergies fossiles (gaz naturel : 68,3 %, charbon et lignite : 21,6 %, pétrole : 1 %) et 9,1 % d'énergies renouvelables : biomasse 4,7 %, solaire photovoltaïque 0,8 %, éolien 0,2 % ) »

 

 

 

Mais ces barrages ont non seulement un coût financier, mais aussi un coût social et environnemental.

 

 

 

Ainsi pour le barrage de Xayaburi, 2100 personnes ont été déplacées et les 200 0000 personnes qui vivent près du barrage craignent -à raison- que des dizaines d'espèces de poisson, dont le mythique poisson chat géant,

 

 

 

... vont être bloquées dans leurs migrations, même si  des dispositifs comme les passes à poissons soient installés ;  ainsi que le flot des sédiments et  nutriments si nécessaires pour l'agriculture. « Les pêcheurs sont les plus touchés par ces aménagements. Ils doivent même se reconvertir. "Nous ne pouvons plus pêcher. L'eau disparaît et nous ne savons pas où sont passés les poissons. J'attrapais entre 30 et 40 kg de poissons, mais plus maintenant. Ce n'est même pas suffisant pour nourrir notre famille", déplore Duan Vilaiporn, pêcheur thaïlandais. » (France-info) Les riverains sont d'autant plus inquiets que l'ouverture du barrage Xayaburi  survient au moment où le fleuve atteint son plus bas niveau  historique dû à un manque de pluie.  « Sur des images prises  dans la province thaïlandaise de Nong Khai, frontalière du Laos, on peut voir que le fleuve flirte dans cette région avec « des niveaux historiquement très bas », relève Pianporn Deetes, de l'ONG International Rivers. « La sécheresse à elle seule n'explique pas la brutale chute du niveau de l'eau. Nous constatons ce phénomène depuis juillet, ce qui coïncide avec les tests effectués sur le barrage de Xayaburi », à quelque 300 kilomètres en amont, dit-elle encore à l'AFP. » (1.3)

 

 

 

A ces inquiétudes légitimes s'ajoute le souvenir de la rupture du barrage de Xe Pian-Xe Nam Noy dans le sud du Laos  le 23 juillet 2018, qui a englouti sept villages, et fait sans doute plus d'une centaine de victimes. (6) Le gouvernement laotien avait alors  essayé de rassurer, promis que toutes les mesures seraient prises pour que les barrages en cours de construction fassent désormais l’objet d’un rapport pour évaluer la solidité de leurs constructions.

 

 

 

Mais que valent les craintes et les intérêts vitaux des riverains face à la nécessité du gouvernement laotien d'augmenter les investissements étrangers et ses devises (l'hydroélectricté est la 2ème source en devises derrière le tourisme) pour assurer son développement. D'autant plus que ses voisins ont toujours besoin de plus d'électricité et que «Le gouvernement a vendu le nord du Laos à la Chine», comme le signalait déjà le regretté Arnaud Dubus en 2015. Son reportage est saisissant : « Dans la «zone économique spéciale du Triangle d’or», située en territoire laotien, dans le district de Ton Pheung, la seule langue parlée est le chinois, toutes les horloges sont à l’heure de Pékin et le yuan est la monnaie de choix. [...] La zone spéciale de Ton Pheung est l’exemple le plus extravagant d’un phénomène plus large, à l’œuvre depuis une petite dizaine d’années, qui a rarement été analysé dans sa globalité : la pénétration spectaculaire des Chinois, aux niveaux humain, économique et social, dans toute la partie nord du Laos. [...] Début 2014, la Chine est devenue le plus gros investisseur étranger au Laos avec 4,5 milliards d’euros d’investissements cumulés, dépassant la Thaïlande et le Vietnam. Les Chinois dominent les secteurs minier, agricole et hydroélectrique. Et ce chiffre ne prend pas en compte la myriade de petits entrepreneurs chinois qui s’implantent, souvent en louant des terrains aux Laotiens dans le cadre de contrat à longue durée. » (Cf. L'article (7))

 

 

 

Dans ce contexte, on comprend  « que les petites voix des ONG environnementales sont inaudibles pour le régime laotien (notamment Cambodian Rural Development Team, Forum on Cambodia, the Northeastern Rural Development, Thailand’s Community Resource Centre, Earth Rights International, Rainforest Rescue, International Rivers, WWF). D’autant plus que « la Banque mondiale et l’Agence américaine pour le développement international ont promu l’hydroélectricité comme une source d’énergie propre et durable », souligne le site spécialisé dans les questions asiatiques, « The diplomat ». (8)

 

 

 

Ce n'est pas le Mekong River Commission (MRC) (9) qui empêchera le gouvernement communiste du Laos, de poursuivre la construction des autres barrages prévus, et ceci d'autant plus qu'ils répondent aux besoins électriques des pays membres du MRC et sont financés entièrement par les investisseurs étrangers, notamment chinois et thaïlandais. 

 

 

 

Notes et références.

 

(1) 1.1 Barrage de Xayaburi au Laos : symbole d’une nouvelle donne énergétique

mer 30 Oct 2019 https://lenergeek.com/2019/10/30/barrage-xayaburi-hydraulique-laos-mekong/

 

1.2 Laos: un méga-barrage sur le Mékong qui inquiète les ONG, Par RFI Publié le 30-10-2019 Modifié le 30-10-2019 à 06:32

http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20191030-laos-xayaburi-mega-barrage-mekong-inquiete

 

1.3 « Laos : mise en service d'un méga-barrage hydroélectrique controversé sur le Mékong », AFP. Parue le 29 oct. 2019 - 13h56

https://www.connaissancedesenergies.org/afp/laos-mise-en-service-dun-mega-barrage-controverse-sur-le-mekong-191029-0?utm_source=newsletter&utm_medium=fil-info-energies&utm_campaign=/newsletter/le-fil-info-energies-29-oct-2019 In « Connaissances des énergies » (CDP) https://www.connaissancedesenergies.org/fiche-pedagogique/hydroelectricite

 

(2) CKP ?

 

 

La société publique CK Power Limited (la «société» ou «CKP») a été fondée par CH. Karnchang Public Company Limited Group («CH. Karnchang Group»)  constistuée le 8 juin 2011 concentre ses investissements sur les activités de production et de distribution d’électricité produite à partir de divers types de sources d’énergie.

 

La société investit actuellement dans des sociétés exerçant leurs activités de production et de distribution d’électricité dans trois types de projets d’électricité, à savoir les projets hydroélectriques, les projets de cogénération et les projets d’énergie solaire, répartis en six filiales et sociétés associées, comme suit:

 

 

 

Investissement dans des projets énergétiques de trois filiales, comprenant:

  1. Nam Ngum 2 Power Company Limited («NN2»), en tant que société principale de la Société, dont les actions sont détenues par la Société, représentant 46 pour cent, via SouthEast Asia Energy Limited;
  2. Bangpa-in Cogeneration Limited («BIC»), dont les actions sont détenues par la Société à hauteur de 65%;
  3. Bangkhenchai Company Limited («BKC»), dont les actions sont détenues à 100% par la Société.

Investissement dans des projets énergétiques de trois entreprises associées, comprenant:

  1. Xayaburi Power Company Limited («XPCL»), dont les actions détenues par la Société représentent 37,5%
  2. Chiangrai Solar Company Limited («CRS»), dont les actions sont détenues à 30% par la Société;
  3. Nakhon Ratchasima Solar Company Limited («NRS»), dont les actions sont détenues à 30% par la Société.

La majorité des projets énergétiques investis par la société ont déjà commencé leurs activités commerciales. Les projets en construction comprenaient le projet d'énergie hydroélectrique de Xayaburi (le «projet Xayaburi») dans le cadre de l'exploitation de XPCL pour la distribution de l'électricité produite à l'autorité thaïlandaise de production d'électricité et à l'électricité du Laos, la mise en service commerciale étant prévue pour fin 2019; et six projets solaires sur les toits et les fermes solaires de BKC destinés à la production et à la distribution d'électricité aux opérateurs du secteur privé, dont la construction a débuté au troisième trimestre de 2018, et qui prévoit de commencer la distribution commerciale d'électricité en 2019.

 

 

 

(3) EGAT ?

 

 L'Electricity Generating Authority of Thailand ou EGAT est une entreprise d'État qui possède et opère la majorité de la capacité de production électrique de la Thaïlande ainsi que le réseau électrique national. L'EGAT est dirigée par le ministère de l'Énergie. L'essentiel de l'énergie de l'EGAT est vendu à la Metropolitan Électricity Authority  (MEA) qui alimente la région de Bangkok et la Provincial Électricity Authority (PEA) qui alimente le reste de la Thaïlande. (Wikipédia)

 

(4) A 250. LA PROBLÉMATIQUE DES BARRAGES SUR LE MÉKONG  ENTRE LA CHINE ET LES CINQ AUTRES PAYS EN AVAL : MYANMAR, LAOS, THAÏLANDE, CAMBODGE ET VIETNAM. http://www.alainbernardenthailande.com/2018/02/a-250.la-problematique-des-barrages-sur-le-mekong-entre-la-chine-et-les-cinq-autres-pays-en-aval-myanmar-laos-thailande-cambodge-et Publié le 07/02/2018

 

(5) In https://www.lecourrier.vn/le-laos-achevera-12-projets-de-barrages-hydroelectriques-cette-annee/587408.html

 

(6) http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20180725-effondrement-barrage-laos-premier-bilan-131-disparus

 

(7) https://www.liberation.fr/planete/2015/10/19/le-gouvernement-a-vendu-le-nord-du-laos-a-la-chine_1403150

 

(8) https://thediplomat.com/2018/04/laos-new-hydropower-dams-old-mekong-worries/

 

(9) « Ancien Comité du Mékong, crée en 1957 sous l’égide des Nations unies, dont la vocation était de diriger des études techniques de mise en valeur du bassin du fleuve (Affeltrenger, 2008), le Mekong River Commission (MRC) existe sous sa forme actuelle depuis le traité fondateur de 1995. Formé par les pays du bassin inférieur, c’est-à-dire le Laos, la Thaïlande, le Cambodge et le Vietnam (la Chine et la Birmanie ayant choisi de rester observateurs), le MRC travaille à améliorer la connaissance du fleuve (données et publications), à une planification intra régionale durable et à une coopération efficace entre ses quatre membres. » In https://cqegheiulaval.com/la-politique-hydroelectrique-unilaterale-du-laos-marque-t-elle-la-fin-de-la-commission-du-mekong-et-des-ambitions-de-cooperation-regionale/

 

 

 

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2 octobre 2019 3 02 /10 /octobre /2019 22:19

 

Une curieuse commémoration en septembre 2019 pour  « le fondement de l’amitié de longue date entre la Thaïlande et la France » nous propose encore cette singulière vision de l'Histoire. Jugez plutôt.

 

 

« L’année 2019 marque le 333e anniversaire de l’arrivée en France de l’une des premières missions diplomatiques du Royaume de Siam conduite par Ok-phra Wisut Sunthon (Kosa Pan) en 1686. Bien que les premiers contacts remontent quelques années plus tôt, les autorités thaïlandaises et françaises considèrent l’événement comme le « fondement de l’amitié de longue date entre la Thaïlande et la France », soulignait le ministère thaïlandais des Affaires étrangères dans une conférence de presse ce lundi 2 septembre organisée pour annoncer ces commémorations et présenter le programme des événements. » (In « Le Petit Journal » (1))

 

 

Certes, l'ambassade siamoise menée par Kosapan fut reçue en audience solennelle par le roi Louis XIV le 1er septembre 1686 à Versailles, mais nous avons été étonnés d'apprendre que cet événement devait être considéré comme  « le fondement de l’amitié de longue date entre la Thaïlande et la France » et qu'il fallait le commémorer 333 ans plus tard. 

 

 

 

C'est à la suite de cette ambassade que Louis XIV décida de convertir à la religion catholique le Siam et peut-être de le coloniser par l'envoi de ses missionnaires et de ses propres ambassadeurs accompagnés d'une force militaire alors que les plénipotentiaires siamois n'avaient pas d'escorte.

 

 

Nous avons consacré une quarantaine d'articles aux relations franco-thaïes, dont les ambassades échangées entre le roi Naraï (1656-1688) et le roi Louis XIV. Ils s'appuyaient sur de nombreuses sources : mémoires (Certains écrits par les acteurs eux-mêmes avec des points de vue très différents), livres d'historiens et d'érudits, correspondances, études universitaires, le site de l'ambassade de France en Thaïlande, et même des romans. On ne peut pas dire qu'ils furent nombreux à  signaler l'amitié entre la France et le Siam !

 

 

 

 

La première ambassade fut à l'initiative du roi Naraï. Elle était composée de Opra Pipatracha Maytri, Luang Seri Vissan Senton et Khun Nakola Vichay, et était accompagnée par le missionnaire Claude Gayme et de vingt mandarins. Ils s'embarquèrent à Banten le 6 septembre 1681 à bord du Soleil d'Orient, le fleuron de la Compagnie des Indes, porteurs d'une lettre pour le roi Louis XIV et une autre pour le pape, et de multiples présents (On parle de plus de 800.000 livres d’étoffes de coton, de soie, d’épices, d’or, d’argent, de pierres précieuses et des trésors des pagodes et de deux éléphants) . Mais ils échouèrent fin 1681 au large de Madagascar. (Cf. Nos deux articles sur ce que l'on peut savoir avec ses rumeurs sur le « Soleit d'Orient » et son échouage.) (2) (On peut consulter la lettre que le roi Naraï avait envoyée au roi Louis XIV grâce à Mgr Lanneau, évêque de Metéllopolis, qui en avait conservé une copie.) (3)

 

 

 

Étant sans nouvelle de ses envoyés, le roi Naraï enverra  quatre ans plus tard,  en 1684, une nouvelle délégation avec Khun Pichaï Walit et Khun Pichit Maïtri et à la demande du roi, Mgr Laneau, évêque de Métellopolis, désignera deux ecclésiastiques, M. Pascot et Benigne Vachet  pour l'accompagner. Monsieur Constance (Phaulkon), alors second  du barcalon  (« ministre du milieu » équivalent d’un 1er ministre)  organisera le voyage à bord d'un vaisseau interlope anglais qui devait rallier Londres. 

 

 

 

 

Elle avait une triple mission «  S'informer des Siamois partis en 1680 ; prier Messieurs les ministres de congratuler Sa Majesté, de la part du roi de Siam, sur la naissance de M. le duc de Bourgogne ; engager les mêmes ministres à s'appliquer de découvrir les voies les plus courtes et les plus solides pour lier une ferme amitié et correspondance entre les deux Couronnes » et également « faire travailler à quelques ouvrages de curiosité que le roi de Siam souhaite du royaume de France ». Ils seront reçus le 27 novembre 1684 par le roi Louis XIV. Ensuite le père Vachet, dit-on souvent,  arrivera à convaincre Louis XIV que  le roi du Siam pouvait être converti au catholicisme. Mais c'est surtout Jean-Baptiste Colbert de Seignelay (1651-1690), fils de Jean-Baptiste Colbert, secrétaire d'État de la Marine de Louis XIV, 

 

 

 

 

et le père jésuite de la Chaise, confesseur du roi, qui réussirent à convaincre le Roi que la grandeur de la France, le bien du commerce et l'intérêt de la religion exigeaient l’investissement d’une expédition.

 

 

 

 

La délégation siamoise et le père Vachet repartiront le 3 mars 1685 avec l'ambassade du chevalier de Chaumont et son coadjuteur l’abbé de Choisy, accompagnés par le jésuite Guy Tachard qui sera  le principal acteur politique de cette ambassade.   L'abbé de Choisy le dira dans ses mémoires, « Chaumont et moi nous sommes des personnages de théâtre ; le père Tachard a en mains le secret de la négociation » avec  les instructions secrètes de Louis XIV.

 

 

Nous vous avons raconté cette ambassade du point de vue de l'abbé de Choisy, qui dans son journal du Siam, qui au jour le jour, note ses impressions et « activités » de son arrivée au Siam du 23 septembre 1685  à son départ le 22 décembre 1685.  «L’Abbé de Choisy reste en fait, disions-nous, un mondain séduit par les fêtes, la magnificence des présents du roi, le faste des repas organisés par M. Constance. « Cet homme-là a du grand », précise-t-il. Il est « impressionné » par l’ascension de cet étranger grec, qui a su devenir l’adjoint du barcalon, puis le remplacer, éliminer tous ses rivaux, devenir le confident du roi, assurer le commerce royal.  (Cf. Notre article (4)).

 

 

 

(Il va bien sûr raconter l’audience royale du 18 octobre 1685 et  du 19  novembre 1685, et son plaisir, après trois mois  de séjour siamois, d’avoir réussi sa mission en revenant en France avec un traité qui autorise la conversion chrétienne des sujets siamois et la protection des convertis, en apprenant que le roi  a promis des terres pour la construction d’églises. et en ayant joué un rôle dans l’acceptation du Chevalier de Forbin de rester pour organiser l’armée siamoise et devenir « gouverneur »de Bangkok. Il signale que le chevalier de Chaumont peut faire signer un « Mémorial » pour le commerce (sans en donner le contenu), et que le père Tachard est prié de revenir avec douze mathématiciens.) (In (4))

 

 

 

 

Mais la vision idéaliste et mondaine de l'abbé de Choisy, n'est pas celle du Comte  de Forbin, qui, dans ses « Mémoires »  nous apprend fort peu de choses sur le Siam et sur les objectifs de l 'Ambassade mais beaucoup sur sa clairvoyance politique et sur son courage. Il nous  raconte- lui aussi - l'extraordinaire ascension de M. Constance (ou  Phaulkon),  éliminant tous ses rivaux potentiels pour devenir  le  barcalon et « confident » du roi et prendre en main tout le commerce du Siam. Il dévoile son  projet politique, sa nécessité d'obtenir l’appui des Français, pour faire face à tous ses ennemis (Anglais,  Hollandais et Siamois). Son récit devient alors un long réquisitoire contre les manœuvres de M. Constance qui a su manipuler les missionnaires et les envoyés de Louis XIV.   

 

 

 

 

Mais sa pensée sur le Siam est sans appel et lui vaut une réplique savoureuse de Louis XIV lui-même, qui l’interrogeait sur la richesse du Pays : « Sire, lui répondis-je, le royaume ne produit rien et ne consomme rien  ». « C’est beaucoup dire en peu de mots », répliqua le roi. Et quant aux chances de convertir le roi Naraï : « Sire, ce prince n'y a jamais pensé, et aucun mortel ne serait assez hardi pour lui en faire la proposition ». (Pour en savoir plus : Cf. Notre article (5) consacré à ses « Mémoires ».

 

 

 

 

 

L'ambassade  repartira le 22 décembre 1685 avec l’ambassade siamoise composée de Kosapan, de Kanlaya Ratchamaïtri et de Siwivan Wacha, après avoir signé le 10 décembre 1685 à Lopburi avec Constantin Phaulkon un traité qui accorde  des privilèges aux missionnaires apostoliques et le droit d'établir des garnisons à Bangkok et Mergui.

 

 

 

L'ambassade siamoise composée de  Kosapan, de Kanlaya Ratchamaïtri et de Siwivan Wacha arrive donc à Brest le 18 juin 1686, est reçue par Louis XIV le 24 juin,  et demeure en France jusqu'au 1er mars 1687, date à laquelle ils repartiront pour le Siam avec l'ambassade  Simon de La Loubère et Claude Céberet du Boullay. 

 

 

  

Les « Chroniques royales d'Ayutthaya » nous donneront le récit de Kosapan de cette ambassade, mais qui n'est qu'un récit fabuleux, fantastique, magique, surnaturel, sans aucun rapport avec la moindre réalité. (Cf. Notre article « L’ambassade siamoise de Kosapan à la cour de Louis XIV en 1686 vue par les « Chroniques royales d’Ayutthaya » (6)).

 

 

 

 

L'ambassade Kosapan sera bien reçue en France et par le roi Louis XIV, mais Kosapan ne participera pas aux discussions politiques qui seront du ressort du père Tachard et du marquis de Seignelay. Mais il apprendra et désapprouvera la décision française d'envoyer un corps d'armée à Bangkok et à Mergui.

 

  

 

D'ailleurs, lors du voyage retour, les tensions seront vives entre Kosapan et le père Tachard, car Kosapan est convaincu de la traîtrise de Phaulkon et craint pour sa vie. Le  père Tachard n'hésitera pas à l'escale de Batavia, de changer de bateau afin d'arriver avant l'ambassade de La Loubère et Céberet pour prévenir Phaulkon des décisions prises par la France.  Kosapan, dès son arrivée va informer Petracha  de la trahison de Phaulkon et de la nécessité de lever des troupes. 

 

 

Nous étions déjà  loin d'une relation amicale ! 

 

 

D'ailleurs Phaulkon est conscient que l’arrivée des soldats et l’exigence d’obtenir Bangkok et Mergui le feront accuser de traîtrise par les mandarins et les bonzes, et le discréditeront auprès du roi. Il n’aura donc de cesse de contrer la mission française et ce d'autant plus que son plan était d'obtenir 70 personnes de qualité pour noyauter le Pouvoir et l’Administration,  car « il comptait mettre en place aux postes clefs du royaume des hommes à lui, intelligents, fidèles, obéissants » et offrir la couronne au fils adoptif du roi, « dépossédant ainsi les héritiers légitimes qui, à Siam sont les frères du roi : lesquels haïssaient Phaulkon ». (In (7))

 

 

Bref, l'ambassade française, menée conjointement par Simon de La Loubère et Claude Céberet du Boullay partie le 1er mars 1687 arrive en rade de Siam le 27 septembre 1687,  avec cinq navires transportant 1300 personnes, dont 630 militaires commandés par le général Desfarges, et comprend également 12 jésuites chargés d’enseigner l’astronomie et les mathématiques au roi du Siam et les pères des Missions étrangères (le père Verniaud, le supérieur l’abbé de Lionne) et divers artisans ( peintres, sculpteurs, ingénieurs, jardiniers, miroitiers, etc...) destinés au service du roi de Siam ou de Phaulkon et l'ingénieur Vollant de Verquains chargé de diriger les travaux de fortification de Bangkok, qui ont dû être mis en œuvre par le chevalier de Forbin, de la 1ère ambassade il y a 2 ans et du Laric, capitaine des bombardiers … Elle est chargée “officiellement” d'établir de bonnes relations avec le roi afin de le convertir  et de négocier un  traité de commerce. (Qui sera signé le 11 décembre 1687 avec le roi Naraï). (Cf. Notre article (8) sur Simon de La Loubère et son livre  « Du Royaume de Siam») 

 

 

 

Mais le père jésuite Tachard a une mission secrète établie de concert avec le père jésuite de la Chaise, confesseur du roi Louis XIV, et avec le secrétaire d’Etat à la marine, Jean-Baptiste Cobert de Seignelay, lui accordant de fait tout pouvoir de négociation, auprès de Phaulkon, et d'une autre confiée au général Desfarges, le chef militaire de l’expédition, qui a reçu  des consignes précises de  messieurs de Seignelay, secrétaire d’Etat à la Marine, et de Croissy, ministre des affaires étrangères (respectivement fils et frère du défunt Colbert)

 

 

 

 

...qui lui ordonnent que les troupes françaises  s’installent aux deux points stratégiques du royaume : Bangkok et Mergui et d'attaquer Bangkok  en cas de refus.

 

 

L’Ambassade repart le 3 janvier 1688, après un séjour de 3 mois au royaume de Siam, mais  les militaires, commandés par le général Desfarges restent. Ils inscriront une triste page des relations franco-thaïes jusqu’à la révolution de Petratcha de 1688 qui chassera les Français du royaume pour plus de cent cinquante ans  et soumettra les missionnaires français à de féroces persécutions.

 

 

Le roman de Morgan Sportès  « Pour la plus grande gloire de Dieu » raconte les tristes péripéties de cette ambassade qui finira dans la tragédie pour les Français. Un roman qui s'appuie, dit- il, sur 10 ans de recherche, la lecture de 20 000 pages d’un manuscrit écrit à la plume d’oie afin de comprendre cette tentative de Louis XIV de mettre la main sur le Siam. (Cf. Notre article (7) sur ce roman)

 

 

Vous y lirez que les causes de cet échec sont multiples car les différents acteurs ont des intérêts divergents et sont en conflit.  (de La Loubère, Céberet, le général Desfarges, et Tachard; Véret, chef du comptoir français d’Ayutthaya, les jésuites et les missionnaires,  Du côté siamois le roi Naraï et le général en chef Petracha, les mandarins et les moines, et Phaulkon qui veut se maintenir au pouvoir … )

 

 

L'ambassade arrive dans un contexte explosif et incertain: Le chevalier de Forbin a fui le Siam il y a 6 mois, après un conflit ouvert avec Phaulkon (Constance) (et tentatives d’assassinat), la Révolte des Macassars de 1686, la révolte des Anglais de Mergui, avec un jeune Français de 20 ans, M. de Beauregard, fidèle de Constance qui y a été nommé gouverneur. Tout le monde veut la peau de Constance (Anglais, Hollandais, Portugais, Maures, mandarins, bonzes, Petracha) avec la crise de succession déclenchée par un roi très malade.

 

 

Le réquisitoire de La Loubère est clair : « Desfarges, la pièce maîtresse sur l’échiquier de Siam ; Desfarges, l’épée de Damoclès qu’il pouvait faire peser sur la tête de Phaulkon et de son roi en brandissant la menace d’une intervention militaire ; Desfarges, le chef  des armées, le protecteur de la Mission et des Chrétiens du pays, Desfarges, au lieu de planter sa tente à Bangkok, de s’y fortifier avec les troupes, d’y verrouiller le fleuve, d’y tenir dans ses griffes toute la vie économique du pays, Desfarges, ce gros benêt, qu’on avait dû séduire, acheter peut-être, allait rester à Lopburi, pour jouer les « courtisans du roi et du grec ! » (p.410) Sportès décrira la situation catastrophique.

 

 

 

 L’Ambassade arrivée le 26 septembre 1687 au Siam, repart le 3 janvier 1688, avec le bilan que l’on connait par la voix de la Loubère : « Qu’avaient-ils obtenu : rien. Pas de privilèges pour les Chrétiens ; les travaux de fortification de Bangkok piétinaient, les troupes siamoises étaient toujours présentes dans la place ; Du Bruant n’était pas à Mergui, Desfarges roucoulait à Lopburi ; le roi ne serait jamais converti et … pour couronner le tout, selon les informateurs des missionnaires, Phaulkon essayait de se réconcilier avec les Anglais » (p. 454). Il ne se faisait plus d’illusion sur la suite de la mission commandée par le général Desfarges, surtout que les prochains renforts avec  l’Oriflamme, - un des plus puissants navires de guerre de la marine de Louis XIV- avec 64 canons, 750 tonneaux, 200 fantassins , n’étaient prévus que dans 7 mois.

 

 

Mais il ne pouvait deviner qu'après son départ, Phaulkon échouerait dans sa tentative de prendre le pouvoir avec l'aide espérée des militaires français, que Petracha  réussirait son  coup d'Etat en arrêtant  Phaulkon le 18 mai et en prenant le contrôle du Palais, en l'exécutant le 5 juin, en éliminant tous les prétendants au trône (les deux frères du roi exécutés le 9 juillet, et son fils « adoptif ».), en se faisant roi le 1er août après la mort déclarée du roi Naraï le 11 juillet 1688.  

 

 

Il sera faire face à la menace française après la décision du général Desfargues de s’enfermer dans la forteresse de Bangkok et d'organiser le siège. Les troupes siamoises les vaincront. Petracha négociera leur départ par le  traité du 18 octobre 1688,  qui consentait  à prêter aux Français le Siam et le Lopburi avec 45 000 livres de vivres avec comme garantie l’évêque et Véret en otages, ainsi que les Chrétiens du pays comme  caution des 300 000 écus investis par Phaulkon dans la Cie des Indes. Après avoir rendu aux Siamois madame Phaulkon qui s’était réfugiée auprès des Français, que  Véret réussit à s'enfuir, Kosapan refusa de livrer l’évêque contre trois mandarins pris en otage.

 

 

Il ne restait plus ensuite à Petracha que de s’assurer du départ des Français, qui rejoindront les 1er et 2 novembre le navire français L’oriflamme qui était arrivé à la barre de Siam le 7 (ou 9) septembre avec 200 hommes pour incorporer les forces françaises du Siam, et les deux navires Le Louvo et Le Siam, pour l’achat desquels Petracha avait prêté de l’argent. On passera sur les bévues, querelles et infamies qui se succéderont lors de ce départ, avant que le 13 novembre les trois bateaux puissent prendre le large

 

 

Jean Vollant des Verquains, officier ingénieur sous les ordres du général Desfarges, « maréchal des camps et armées du Roi » dans ses mémoires  « Particularités de la révolution de Siam arrivée en l’année 1688 », aura cette conclusion  : « et on s'éloigna d'une terre où l'on avait couru tant de fortunes en moins d'une année, au commencement de laquelle on s'était vu élevé au point de la plus glorieuse prospérité, et ensuite presque anéanti dans la plus humiliante disgrâce ; c'est ce que l'avenir aura peine à croire, s'il juge de cet événement selon les lois »  (9))

 

 

Mais le général Desfarges n'était pas à une forfaiture prêt. Donc après sa fuite précipitée de Bangkok, le général Desfarges arriva à Pondichéry (Comptoir français), où il retrouva les débris de la garnison de Mergui, commandée par M. Du Bruant. Lors d'un Conseil le 6 février 1689, le général Desfarges appuyé par M.Véret  décida une expédition punitive sur l’île de Joncelang (Phuket), avec cinq navires et plus de 300 hommes.

 

« La « Cour du Siam » apprenant l’arrivée du général Desfarges à Phuket sût rapidement ce qu’il fallait faire pour faire plier le général en menaçant d’exécuter tous les Français détenus dans les prisons de Siam . On mit aussitôt  Mgr de Métellopolis en prison chargé d’une chaîne et d'une cangue. On ordonna à  l’évêque d’écrire au général une lettre dont la conclusion était explicite : « Nous périrons tous misérablement si vous n’accommodez les affaires, et vous seul serez la cause de notre perte. Prêtez-vous à tout, et je ne doute pas que le roi de Siam et ses ministres ne fassent ce qui convient pour entretenir l’amitié royale. (...) Le message devait être suffisamment convaincant. Le général libéra ses propres otages et  fit voile sur Pondichéry avant de rentrer en France  (…) Le général Desfarges ne put même pas réussir son retour en France : il mourut de maladie pendant son voyage de retour. Son navire, l’Oriflamme, n’arriva jamais en France. Il disparut corps et biens dans une tempête au large de la Bretagne le 27 février 1691 » (…) « Les missionnaires et séminaristes durent attendre le jour de l’Assomption de1 690, pour être tirés de prison et conduits sur une petite île insalubre.  MM. Gefrard, Monestier, Chevalier et Paumard, missionnaires, et cinq séminaristes, succombèrent en peu de jours ». « On ne se contenta pas de faire souffrir les missionnaires, les séminaristes et les Français, plusieurs chrétiens de différentes nations, furent mis en prison, exposés à des traitements barbares, et plusieurs payèrent de leur vie leur fidélité à la religion chrétienne. Un volume entier ne suffirait pas pour faire le détail des maux que souffrirent, dans toutes les provinces, tant de chrétiens français, siamois, portugais, chinois, cafres, malabres, tonkinois et cochinchinois. L’avarice des mandarins leur enleva tous leurs biens et leur fit souffrir mille tourments pour les contraindre à donner ce qu’ils n’avaient pas. Il y en eut qui se rachetèrent jusqu’à cinq fois, et furent ensuite réduits à l’esclavage ». (IMonseigneur Pallegoix, dans un « Extrait de l'Histoire de la mission de Siam », in notre article (10))

 

On imagine que Kosapan, rallié à Petracha, et devenu son phra klang  participera à cette politique hostile contre les Français.

 

Si vous n'êtes pas convaincu par notre récit, vous pouvez encore lire l'article de Michel Jacq-Hercoualch, l'un des meilleurs spécialistes sur le Siam intitulé justement « La France et le Siam de 1685 à 1688 : Histoire d'un échec » (Outre-Mers, Revue d'histoire, 1997, pp. 71-91.

 https://www.persee.fr/doc/outre_0300-9513_1997_num_84_317_3587)

Après cette évocation succincte de la  période 1685-1688 des relations franco-thaïes, vous comprenez pourquoi nous avons pu être étonnés par cette commémoration de l'ambassade siamoise menée par Kosapan en 1686 vue comme « le fondement de  l'amitié entre la France et la Thaïlande».

 

Il faudra attendre 168 ans pour que de nouvelles relations officielles puissent être établies entre la France de Napoléon III  et le Siam du  roi Mongkut (Rama IV, 1851-1868) et qu'un traité du 15 août 1856 instaure la « paix perpétuelle » entre l'Empire français et le royaume du Siam »  (In Notre article  « le Traité de 1856 » (11).

 

Quelle fut la suite de cette « paix perpétuelle » ?

 

Ce traité de 1856 empiétait déjà sur la souveraineté siamoise. Il est le prélude à celui du 15 juillet 1867. La France s’est déjà emparée de la Cochinchine par la force en 1862. N’ayant pas la capacité de résister à une guerre coloniale,  le Siam dont le Cambodge était incontestablement  tributaire cède tout simplement ses droits sur ce pays à la France le 15 juillet 1867. C’est l’archétype de ces traités inégaux qui permirent à la France et l’Angleterre de coloniser l’Afrique et l’Asie. Cette histoire tumultueuse conduira par deux fois à un conflit armé, une première fois en 1893 conduisant au traité du 13 octobre 1893 signé  par le Siam sous la menace des canonnières dont le résultat fut  l’abandon de la rive gauche du Mékong devenue le Laos français

 

 

et ensuite la guerre franco-thaïlandaise d'octobre 1940 au 9 mai 1941. A l’époque coloniale, l’amitié n’avait aucune place même si les traités inégaux devenaient des traités d’amitié.

 

 

En 1986, le langage diplomatique fut plus subtil.  La France émit un timbre-poste célébrant le « tricentenaire des relations diplomatiques avec la Thaïlande » 

 

 

.....et la Thaïlande deux vignettes célébrant plus simplement « Trois centième anniversaire des relations entre la Thaïlande et la France » (สัมพันธภาพพระหว่างประเทศไทยกับประเทศฝรั่งเศส).

 

 

 

Pour quelles mystérieuses raisons cette longue histoire devient trente-trois ans plus tard celle d’une longue amitié ?

 

 

 

NOTES ET RÉFÉRENCES

 

 

(1) https://lepetitjournal.com/bangkok/il-y-333-ans-lambassade-siamoise-de-kosa-pan-recue-par-louis-xiv-264252

 

(2) Voir notre article

84. La 1ère ambassade du roi Naraï auprès de Louis XIV en 1681.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-84-la-1ere-ambassade-du-roi-narai-aupres-de-louis-xiv-en-1681-118035147.html

 

(3) Voir nos articles

 

R2. 84. Le trésor englouti de la 1ère Ambassade du Roi Naraï auprès de Louis XIV en 1681 ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-84-la-1ere-ambassade-du-roi-narai-aupres-de-louis-xiv-en-1681-118035147.html

 

86. Histoire du vaisseau « Le Soleil d’Orient ». Un mauvais karma. 1671-1681 ( ?). http://www.alainbernardenthailande.com/article-86-le-soleil-d-orient-un-mauvais-karma-1671-1681-118604263.html

 

(3)  Citons la Gazette n° 13. De Paris, le 17 mars 1685 (p. 144). :« On a eu avis que le 1er de ce mois, le chevalier de Chaumont, ambassadeur du roi vers le roi de Siam, s'embarqua à Brest sur l'Oiseau, vaisseau de guerre de Sa Majesté, de 46 pièces de canon, et que le 3, il mit à la voile pour Siam, aux fanfares des trompettes et au bruit du canon. L'abbé de Choisy s'est embarqué sur le même vaisseau, avec pouvoir du roi de faire les fonctions de l'ambassade au défaut du chevalier de Chaumont, et de demeurer auprès du roi de Siam s'il y a encore quelque chose à traiter, après que le chevalier de Chaumont aura pris son audience de congé pour revenir en France. Ils ont été suivis par une frégate du roi, de 24 pièces de canon, qui porte une partie de leur équipage. Le vaisseau est commandé par le sieur de Vaudricourt. Le sieur de Coriton est capitaine en second. Les chevaliers de Forbin et de Cibois en sont lieutenants, et le sieur de Chammoreau en est enseigne. La frégate est commandée par le sieur Joyeux et par le sieur du Tertre, enseigne. Les sieurs de Cintré et de Francine, lieutenants, et les sieurs de Fretteville, Compiègne, Joncous, du Fay, d'Erbouville, de Palu, de Benneville et de La Forest, gardes de la marine, sont à la suite de l'ambassade. »

 

(4) L'ambassade de 1685 envoyée par Louis XIV à la Cour de Siam, vue par l’Abbé de Choisy, tirée de son« Journal de voyage au Siam ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-8-les-relations-franco-thaies-la-1ere-ambassade-de-1685-63771005.html

 

(5) Les deux ambassades envoyées par Louis XIV à la Cour de Siam en 1685 et 1687, vues par le Comte de Forbin.  

http://www.alainbernardenthailande.com/article-6-les-relations-franco-thaies-les-deux-ambassades-de-louis-xiv-63639892.html

 

(6) 97. L’ambassade siamoise de Kosapan à la cour de Louis XIV en 1686, vue par les « Chroniques royales d’Ayutthaya ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-97-l-ambassade-siamoise-de-kosapan-a-la-cour-de-louis-xiv-en-1686-120151119.html

 

(7) A89. Louis XIV a voulu coloniser le Siam ?

In  Morgan Sportès,  « Pour la plus grande gloire de Dieu »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a89-louis-xiv-a-t-il-voulu-coloniser-le-siam-113692980.html

 

(8) La deuxième ambassade envoyée par Louis XIV en 1687 au Siam, vue par Simon de la Loubère, In « Du Royaume de Siam ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-10-les-relations-franco-thaies-la-2eme-ambassade-de-1687-63771843.htm

 

(9) La fin du règne du roi Naraï et la « révolution » de 1688.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-99-la-fin-du-regne-du-roi-narai-et-la-revolution-de-1688-120200350.html

 

(10)  14. Les relations franco-thaïes : L’expédition de Phuket de 1689 du général Desfarges. 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-14-les-relations-franco-thaies-l-expedition-de-phuket-de-1689-64176809.html

 

(11) Cf. Entre autres, In  « Notre Histoire » :  Les relations franco-thaïes : Le traité de 1856 ? http://www.alainbernardenthailande.com/article-22-les-relations-franco-thaies-le-traite-de-1856-65362144.html

31. L’ambassade  siamoise de 1861 en France.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-131-l-ambassade-du-siam-de-1861-en-france-123390953.html

 

132. Le Traité de 1867 entre le Siam et la France.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-132-le-traite-de-1867-entre-le-siam-et-la-france-123423031.html

 

Les relations franco-thaïes : Le traité du 13 octobre 1893.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-24-les-relations-franco-thaies-le-traite-de-1893-66280285.html

Le roi Rama V accepte alors sans réserve les conditions de l’ultimatum le 29 juillet 1893. Un Traité de 10 articles et une convention sont signés le 3 octobre 1893.

L’Article 1 était le plus important : « Le Gouvernement siamois renonce à toute prétention sur l’ensemble des territoires de la rive gauche du Mékong et sur les îles du fleuve ».

L’Article  2  portait sur « L’évacuation des postes siamois établis sur la rive gauche du Mékong… ». Des indemnités importantes devaient être payées…

 

Une nouvelle période conflictuelle de 10 ans commençait dans les relations franco-thaïes, jusqu'au  traité du 23 mars 1907.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-27-les-relations-franco-thaies-1907-67452375.html

 

Le Traité du 23 mars 1907. Le gouvernement siamois cédait à la France les Territoires de Battambang, Siemréap et Sisophon (article 1). Le Gouvernement français cédait au Siam les Territoires de  Dan-Sai et de Trat (article 2).Des délais, une commission étaient établis (articles 3 et 4). Les articles 5 et 6 établissaient les statuts juridiques des Asiatiques sujets et protégés des Français.

Le Siam entrait dans une nouvelle période de son Histoire. Certes il avait perdu sa suzeraineté sur le Laos et le Cambodge, quatre territoires « malais » (Kedah, Perlis, Kelantan, et Trengganu) (1909), mais avait conservé son indépendance, grâce à « L’Entente Cordiale » franco-anglaise du 8 avril 1904, définissant leurs zones d’influence.

 

Cf. aussi A 38. La Thaïlande n’a jamais été colonisée ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a38-la-thailande-n-a-jamais-ete-colonisee-vous-en-etes-sur-81581652.html

 

199. LA GUERRE FRANCO-THAILANDAISE D’OCTOBRE 1940  AU 9 MAI 1941.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/08/199-la-guerre-franco-thailandaise-d-octobre-1940-au-9-mai-1941.html

« En novembre 1940, les Thaïlandais, profitant que l’Armée française est occupée à mater une révolte paysanne animée par Tran Van Giau, multiplient leurs incursions en territoire cambodgien. L’aviation thaïlandaise mène aussi  des raids de représailles sur les villes de Thakhek et Savannakhet au Laos. Le Gouverneur Decoux est autorisé à répondre aux provocations thaïlandaises.............. La bataille de Ko Chang.... Le traité du 9 mai 1941 où la France, il est vrai sous « l’injonction  » du Japon « triomphant », doit restituer à la Thaïlande, les territoires situés au Laos et au Cambodge, qui lui furent ravis en 1867, 1893, 1902, 1904, 1907. (Le 27 novembre 1947, un nouveau traité restituait ces mêmes territoires à la France.)

 

 

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31 mai 2019 5 31 /05 /mai /2019 10:01

 

 

Notre propos n’est pas de vous donner de doctes considérations de géopolitique sur le scrutin mais simplement quelques observations sur son déroulement.

 

 

 

 

LA CONNAISSANCE DES RÉSULTATS

 

 

Nous pouvions évidement dès dimanche 20 heures (heure française) connaître les résultats au fur et à mesure de leur arrivée au Ministère de l’Intérieur sur le site :

https://elections.interieur.gouv.fr/europeennes-2019/

 

 

 

La rapidité de leur arrivée dépendait évidemment de la durée des opérations de dépouillement, grands villes ou campagnes. Pour la circonscription des Français de l’étranger ce fut évidemment un peu plus long mais malheureusement le Ministère ne ventile pas selon les pays. Nous n’y trouvâmes donc pas les résultats de la Thaïlande. Ils n’apparurent que partiellement le lundi et le mardi essentiellement sur le site de Gavroche. Nous pouvions espérer mieux d’autres sites virtuels d’autant que nous pouvions dès lundi matin avoir le résultat de la Slovaquie ou d’autres pays plus ou moins exotiques. Les résultats officiels sont disponibles depuis le 29 sur le site de l’Ambassade :

https://th.ambafrance.org/-Elections-europeennes-2019-1043-

 

 

QUELQUES OBSERVATIONS SUR LES SONDAGES ET LES RÉSULTATS.

 

 

 

 

Les sondeurs en France se sont sur un plan général couverts comme il se doit de ridicule en prévoyant une abstention  massive alors qu’elle fut sur le plan national inférieure à 50 %. Le score des Verts  à 13,80 %

 

 

 

... fut inattendu tout comme celui de l’écroulement massif des deux listes représentant les partis qui ont gouverné successivement la France avant celui d’Emmanuel Macron. Imprévu aussi l’échec retentissant de ceux qui ont quitté le navire principal pour créer leur petite barque indépendante. Ce dimanche, c’est Florian Philippot

 

 

 

....et Benoît Hamon qui en ont fait les frais.

 

 

 

Leur tentative d’émancipation des appareils qui les ont faits n’a pas payé. Elle ne paye jamais. Pour le reste nous avons été abreuvés de sondages au cours de la période de la campagne électorale, l’essentiel étant de prévoir si Saint Georges allait terrasser le démon ou si le démon allait triompher de Saint Georges. Pour appliquer l’un ou l’autre de ces qualificatifs à l’hologramme du Président Macron ou au clone de Marine Le Pen, à vous de le faire en fonction de vos propres choix. Dans les sondages, nous passions tantôt de 22 vs 24 à 24 vs 23 : qui va arriver en tête du RN et de LREM ? Qui va gagner de Macron ou de Marine Le Pen ? Qui des deux aujourd’hui progresse ou recule d’un demi-point ? Pour arriver sur le terrain à un 23,31% contre 22,41%. Il n’y a guère que 200.000 voix qui séparent l’ange et le démon et guère moins de 1 % en pourcentage étant précisé sans faire de mauvais esprit que l’un et l’autre ne pèsent guère plus que 10 % du corps électoral ce qui est loin de correspondre à un soutien massif. Cela ressemble étrangement à un match nul.

 

 

 

 

 

Et la Thaïlande ?

 

 

Elle s’est d’abord signalée par une abstention massive – nous y reviendrons – de plus de 75 %.

 

A l’inverse de la métropole, Saint Georges a triomphé du démon à moins que vous ne préfériez lire : le démon a triomphé de Saint Georges, 638 voir pour le REM....

 

 

et 529 pour le RN .......

 

 

.... ce qui donne les pourcentages de 31,84 contre 26,40% ou, beaucoup moins reluisants en pourcentage des inscrits de 7,61 contre 6,31  %. Comme en métropole, les verts cartonnent avec 237 voix soit 11,83% (2,83% des inscrits). Comme en métropole encore, les deux représentants des partis qui ont gouverné successivement la France pendant 10 ans sont balayés : Le jeune Bellamy n’obtient que 149 voix (7,44 % et 1,78% des inscrits)

 

 

et le score de Raphaël Glucksmann est un peu moins dérisoire avec 237 voix (11,83 % et 2,83 % des inscrits).

 

 

Comme en métropole encore, les deux transfuges sont anéantis, Benoît Hamon avec 29 voix (1,45 % et 0,35 %) mais moins que Florian Philippot avec 3 voix (0,15 % et 0,04%). Il faut évidemment signaler le score exceptionnel de François ASSELINEAU avec 117 voix (5,84% et 1,40%), tout étant relatif bien sûr mais en le comparant avec son score national (1,17 % et 0,56 %).

 

 

Ses voix viennent de Pattaya pour 27 d’entre elles, de Phuket pour 22, 14 de Chiangmai et les autres de  Bangkok. Il est d’usage de saluer la lanterne rouge, nous le faisons avec le sourire c’est en l’occurrence la liste royaliste de M. Robert de Prevoisin qui est crédité d’une seule voix sur Bangkok. 17 listes n’ont eu aucun électeur, cela tient probablement au fait que, n’ayant pas les moyens de financer l’impression des bulletins de vote, il appartenait au volontaire d’aller les chercher sur Internet et de les imprimer.

 

 

Ces résultats sont également et surtout significatifs car ils démontrent l’existence chez les résidents d’une Thaïlande coupée en deux comme en métropole, les résultats de Neuilly, Levallois et Versailles ne sont pas ceux de Marseille ou d’Avignon. Dans les autres circonscriptions, c’est en effet la liste du Rassemblement national qui l’emporte et parfois de très loin : 63 contre 59 à Chiangmai, 197 contre 93 à Pattaya, 107 contre 42 à Phukhet. Il est difficile de savoir ce qu’aurait pu être le vote de l’Isan puisque nous avons plus ou moins directement été écartés du scrutin.

 

 

LES ABSTENTIONS

 

Il y avait 8.384 inscrits. Il y eut 6.344 abstentions (75,67%) , 2.040 votants (24,33%), 8 bulletins blancs (0,10%) et 28 bulletins nuls (0,33%)  soit 2 004 suffrages exprimés   (23,90%). Compte tenu du choix entre 34 listes, il est tout de même singulier que 36 électeurs soient allés manifester leur mauvaise humeur en votant blanc ou nul.

 

Il est lassant de lire sur des blogs ou des forums au sujet de ce pourcentage toujours les mêmes rengaines : si vous ne vous intéressez pas à la politique, la politique s’intéressera à vous (ce dont nous nous apercevons tous les jours d’ailleurs !) ou encore n’allez pas vous plaindre puisque vous ne votez pas ou des sermons destinés à nous culpabiliser (nous sommes deux abstentionnistes de mai 2019) du style voter est un droit, c’est aussi un devoir,  stupidité suprême puisque le droit de vote est aussi le droit de ne pas voter.

 

L’abstention a évidemment plusieurs causes, ne parlons pas de celle des pécheurs de goujons. Il y a une raison de principe et une raison matérielle. Nous ne nous hasarderons pas à pérorer sur le point de savoir laquelle des deux est prioritaire en Thaïlande.

 

 

Raison de principe

 

Il est permis de s’interroger sur le rôle exact de ces élus qui vont percevoir 10.000 euros par mois compte tenu des avantages annexes dont ils usent et souvent abusent, alors qu’en matière européenne, le souverain mépris ouvertement manifesté à l’égard des électeurs est patent.

 

 

Nous en avons évidemment deux exemples présents à l’esprit :

 

En France, il n’y a pas 15 ans, en 2005, un référendum avec une participation massive (69,74 %) conduit au rejet (54,87 % contre 45,13 %) du projet de traité dit de Lisbonne établissent une constitution pour l’Europe. Nous apprîmes alors que ceux qui avaient voté « non » étaient des imbéciles  et le traité fut approuvé par les parlementaires au terme de manœuvres tortueuses puisqu’il fallut une révision de la constitution en congrès (Assemblée nationale plus Sénat) pour permette la ratification d’un traité rejeté par les électeurs. En bon français, ce fut un contournement pur et simple de la volonté populaire.

 

 

Plus récemment, traversons la Manche, en 2016 au Royaume-Uni une feuille de route sans équivoque a été tracée pour la sortie de l’Union européenne. Le refus de Theresa May de s’incliner devant la volonté populaire  a réussi à précipiter son pays dans un chaos qui dure depuis 3 ans et qui a plongé la Grande-Bretagne dans la paralysie politique la plus totale. Elle a fini par quitter la scène en pleurant pour laisser la place au Brexit Party de Nigel Farage, ce qu’il est convenu d’appeler un « populiste pur et dur ».  N’épiloguons pas.

 

 

 

Raisons matérielles

 

Si l’on souhaite user de notre droit de vote, il faut pouvoir le faire. La Thaïlande fait environ 1.600 kilomètres du nord au sud et il y a des inscrits partout. En dehors du vote à l’urne,  nous avons connu le vote par Internet qui a fonctionné plus ou moins bien, plutôt moins que plus mais qui a fonctionné. C’est celui qu’a choisi la Suisse au moins pour sa dernière « votation » sans problèmes particuliers. Nous avons eu droit aussi au vote par correspondance. Ce fut une honteuse cacophonie puisque pratiquement partout dans le pays ceux qui l’avaient demandé ne reçurent le matériel que quelques jours après le scrutin.

 

En ce qui concerne le vote à l’urne, nous eûmes en 2017, nous parlons pour l’Isan, la chance d’avoir un bureau de vote à Khonkaen à la diligence de notre consul honoraire. Cette fois-ci, l’Ambassade n’a organisé que cinq points de vote, deux à Bangkok dans les locaux de l’ambassade, un à Phuket sous l’égide de son consul honoraire, un à Chiangmai sous l’égide de son consul honoraire, un autre à Pattaya sous l’égide d’on ne sait qui puisqu’il n’y a plus de consul honoraire. Pas plus de vote électronique que de vote par correspondance comme vous pouvez vous en douter. Il y a trois autres consulats honoraires qui ont été « oubliés », Suratthani-Koh Samui, Hua Hin et Khonkaen. L’organisation d’un bureau de vote ne semble pas être d’une complexité extrême, trouver un local d’abord, la présence du consul honoraire, celle d’un employé du consulat central, combien sont-ils ? C’est difficile à savoir puisque le budget des Ambassades est d’une totale opacité. Il faut enfin trouver ses assesseurs ce qui n’est pas tâche difficile, les bons républicains ne manquent jamais pour accomplir cette noble corvée.

 

 

Les électeurs de l’Isan, nous étions 445 inscrits en 2017, ont donc été conviés selon leur matricule dans l’un des deux bureaux de votre de Bangkok. Il serait amusant de savoir combien se sont déplacés ? Gageons qu’il n’y en a eu aucun. Lorsque nous avons bénéficié du bureau de votre à Khonkaen, la participation aux deux tours a tourné aux alentours de 25 %. Nous en avons alors donné une explication qui valait ce qu’elle valait, tous ne pouvant alors pas faire alors des centaines de kilomètres pour se rendre à l’urne (1).

 

Cette année ce fut évidemment  pire. Ne parlons que de la route : de Bungkan à Bangkok, il y a 613 kilomètres, de Mukdahan il y en a 550, de Kalasin, il y en a  440, de Udon, il y en a 600. Les sudistes ne sont guère mieux lotis puisque de Satun à Phuket, il y a 430 kilomètres.

 

 

Notons enfin ce qui nous semble par ailleurs une  certaine désinvolture des services consulaires : L’envoi aux électeurs de la sacro-sainte enveloppe contenant les professions de foi des candidats et leur bulletin de vote – tout au moins pour ceux qui avaient pu en financer l’impression (12 professions et 10 bulletins)  – est bien parti… mais de Paris , par courrier daté du 17 mai, l’enveloppe ne porte pas de cachet postal mentionnant la date de l’envoi. Les premiers courriers sont parvenus aux électeurs le lundi 27 et continuent à arriver. Or, plutôt que d’écouter d’abscons monologues ou d’interminables débats qui se résument le plus souvent en bordées d’injures, certains peuvent souhaiter de leur fauteuil se pencher paisiblement sur la lecture des professions de foi qui sont en général rédigées avec le plus grand soin. L’expédition depuis Paris serait – au dire d’employés du consulat – une obligation légale ? (2).

 

Ce plaisir nous a été refusé. Ceci dit, bien sûr, ce ne sont pas les 104 suffrages du second tour des élections présidentielles de 2017 (52 d’une part, 47 de l’autre et 7 blancs) qui auraient bouleversé le score final.

 

 

 

Doit-on conclure que les électeurs de Thaïlande (et d’ailleurs d’autres pays : abstention de 81,6 % au Vanuatu comme en Espagne, 69 % en Russie et surtout 81,64 % sur les 11 circonscriptions des Français de l’étranger …) se désintéressent de la chose publique ou qu’ils ne se sentent pas concernés par le débat européen ? Sentiment de l’inutilité du vote ? Impuissance des politiques à changer la vie ?

 

 

NOTES

 

(1) Voir notre article « ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE FRANCAISE 2017 EN THAILANDE : L’ISAN A CONTRE-COURANT » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/05/election-presidentielle-francaise-2017-en-thailande-l-isan-a-contre-courant.html

 

(2) En dehors des textes d’ordre général, la loi organique n° 2016-1047 du 1er août 2016 « rénovant les modalités d'inscription sur les listes électorales des Français établis hors de France » ne semble pas le préciser ?

 

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30 mai 2019 4 30 /05 /mai /2019 04:57

 

Nous nous associons au très bel article de Laure Siegel  : « Suicide d'Arnaud Dubus, correspondant à Bangkok, symptôme d'une profession à l'agonie » ainsi qu'à la tribune de la branche thaïlandaise de l'Union de la presse francophone, co-écrite par une trentaine de collègues d'Arnaud Dubus.

 

 

Nous avons le 30 avril dernier rendu un hommage mérité à Arnaud Dubus qui venait de quitter ce monde la veille (1). Il ne s’agissait pas d’une espèce d’éloge funèbre de pure convenance que l’on distille généreusement même à l’occasion de la disparition de ceux qui ne méritent ni fleurs ni couronnes mais du témoignage de notre respect à l’égard d’un grand journaliste et d'un écrivain dont nous avions apprécié la valeur.

 

Il s’était signalé, jeune étudiant, par un mémoire de maîtrise en information et communication (Celsa-Université Paris-IV) qui ne lui valut probablement pas que des amitiés dans le monde de la presse par son seul titre : «  Journalisme et objectivité . Exemple de l’attitude de   Libération, le Monde, le Nouvel Observateur  face au Cambodge des Khmers rouges (1975-1978) : entre l’aveuglement et la partialité » dans lequel il dénonçait l'égarement et les illusions  de certains  « intellectuels » et  journalistes face au génocide des Khmers rouges.

 

 

Installé à perpétuelle demeure en Thaïlande depuis 1989, il y vivait de sa plume sans ignorer bien évidemment que les journaux et les revues pour lesquels il effectuait des « piges » appartenaient presque en totalité à dix milliardaires français (en euros) qui contrôlent presque intégralement la presse française. Si les causes de sa disparition étaient déjà  connues, nous n’avions pas voulu alors nous départir d’une obligation de réserve et laisser penser que nous manifestions une curiosité malsaine.

 

Le voile a toutefois été levé par deux organes d’information indépendants, Médiapart le 24 mai (2) sous la signature de Laure Siegel et le lendemain 20minutes.fr (3). Ces deux articles sont poignants et nous vous renvoyons à leur lecture. Le titre de l’article de Laure Siegel est significatif : « Suicide d'Arnaud Dubus, correspondant à Bangkok, symptôme d'une profession à l'agonie ». Les pigistes à l’étranger gagnent entre 600 et 1500 euros « les bons mois » (Soit  de 21.000 à un peu plus de 50.000 bahts) ou 60 euro la feuille (2.100 bahts) dans un grand quotidien. Un long papier qui nécessite une semaine de travail rapporte 400 euros (14.000 bahts) dont il faut éventuellement déduire les frais de déplacement et d’hôtel en particulier. Ne bénéficiant ni de salaire fixe ni de protection sociale alors qu’il souffrait de dépression, il avait dû arrêter son traitement, faute d’une couverture sociale à l’étranger.

 

 

 

Il a également écrit des ouvrages publiés, mais que gagne un écrivain lié à un éditeur par ce qui n’est qu’un contrat d’esclavage. Sans parler évidemment des titulaires de prix prestigieux, cela varie de 3 à 10 % en fonction du tirage, quelle que soit la qualité de leurs écrits, et il est permis de penser que le tirage de ses ouvrages n’a jamais dépassé quelques milliers ce qui suppose une rémunération à 5 % ou moins. Ils  se vendent entre 10 et 15 euros c’est dire que chacun vendu lui procurait de quoi payer une ou deux bières à Bangkok.

 

 

De plus, pour rester en Thaïlande, il devait obtenir un visa annuel de journaliste dit « visa M » qui nécessitait la production d’un contrat de travail, qu'aucun organe de presse ne lui délivrait. Il lui fallait plaider sa cause en présentant à l'immigration des lettres dans lesquelles ses employeurs  reconnaissaient utiliser ses services, ce à quoi beaucoup rechignaient. Chaque année, il était dans l'angoisse du refus,   comme  tous les pigistes basés en Thaïlande.

 

 

Arnaud Dubus s’est heurté à l’indifférence de nombreuses rédactions  - victimes, il faut  bien le dire à leur décharge – du déclin de la presse « papier » et fut épuisé par la course aux piges et la faiblesse de la contrepartie financière. Las et sans espoir, Il abandonna comme nombre de ses collèges la profession et accepta un poste en octobre 2018 à l'ambassade au titre bien modeste d’ «  attaché de presse adjoint » au salaire de 1.500 euros mensuels (soit un peu plus de 50.000 bahts), ce qui permet tout juste de faire vivre bien modestement une famille dans la capitale, lui, son épouse et la fille de celle-ci.

 

Il était administrativement considéré comme un « recruté local » hors droit du travail français, hors protection sociale et hors droit à la retraire. Ce statut n’a rien d’illégal mais permet aux ambassades et aux consulats d’embaucher massivement du personnel soumis au droit local sans le moindre espoir de titularisation et ce dans des conditions souvent nébuleuses. Le passage d’une vie indépendante à une vie de bureau plus ou moins humiliante a contribué à sa décision désespérée.

 

 

 

Ses anciens employeurs, ce qui ne leur a cette fois rien coûté, lui rendirent un hommage au minima (4), comme par exemple  le journal « Le Monde »  signalant ses qualités, son travail de journaliste et d'écrivain, sans citer les titres de ses ouvrages, donnant l'impression qu'il ne mesurait pas  à quel point, il était l'un des meilleurs connaisseurs de la société thaïlandaise. Non, messieurs du « Monde » Arnaud Dubus n'a pas écrit « un petit guide éclairé sur l’histoire et la culture thaïlandaise », mais un livre majeur sur ce pays, le meilleur à nos yeux qui a été écrit à ce jour (5). 

 

 

D'autres, comme Arnaud Vaulerin et Carol Isou, au nom du journal « Libé » furent plus humains, plus fraternels, dans leur hommage, lui accordant toutefois un titre qui ne lui aurait pas fait forcément plaisir «  Mort d’Arnaud Dubus, ancien journaliste de «Libé» à Bangkok », alors que  leur journal lui avait  supprimé son abonnement internet.  La radio publique RFI lui rendit aussi un hommage mais elle venait de décider de ne plus payer ses cotisations sociales comme  pour les autres de ses pigistes à l’étranger.

 

Comme Laure Siegel de Médiapart du 24 mai 2019,

 

 

nous nous associons à la tribune de la branche thaïlandaise de l'Union de la presse francophone, co-écrite par une trentaine de collègues d'Arnaud Dubus, qui méritent plus de considération et une vie décente.

 

 

NOTES

 

(1) HOMMAGE À ARNAUD DUBUS DÉCÉDÉ LE 29 AVRIL 2019.

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/04/hommage-a-arnaud-dubus-decede-le-29-avril-2019.html

 

(2) https://blogs.mediapart.fr/laure-siegel/blog/240519/suicide-darnaud-dubus-correspondant-bangkok-symptome-dune-profession-lagonie

 

(3) https://www.20minutes.fr/arts-stars/medias/2525907-20190525-hommage-correspondants-apres-suicide-journaliste-arnaud-dubus?fbclid=IwAR3Y60lN9LITk-Z3LnItyDuScjVzYhrDbNjkTM85Zn9HP5nqe7dYWJuJvb4

 

L’article porte les signatures suivantes : Christelle Célerier, Christophe Chommeloux, Yvan Cohen, Olivier Cougard, François Doré, Charles Emptaz, Thierry Falise, Loïc Grasset, Didier Gruel, Carol Isoux, Olivier Jeandel, Olivier Languepin, Régis Levy, Thibaud Mougin, Olivier Nilsson, Patrick de Noirmont, Roland Neveu, Philippe Plénacoste, Pierre Paccaud, Bruno Philip, Jean-Claude Pomonti, Pierre Quéffelec, Vincent Reynaud, Laure Siegel, Stephff, Catherine Vanesse.

 

(4) Dans le quotidien qui n’est plus depuis longtemps la propriété de Hubert Beuve-Méry. À la suite du décès de Pierre Bergé en septembre 2017, Xavier Niel (11e fortune de France),et Matthieu Pigasse rachètent chacun la moitié de ses parts dans Le monde libre,holding qui détient 72,5 % du Groupe Le Monde.

https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2019/04/30/arnaud-dubus-journaliste-et-ecrivain-est-mort_5456683_3382.html

Dans le quotidien qui n’est plus celui de Jean-Paul Sartre et de Serge July mais de Patrick Drahi (9e fortune de France) :

https://www.liberation.fr/planete/2019/04/29/mort-d-arnaud-dubus-ancien-journaliste-de-libe-a-bangkok_1724098

 

(5) Arnaud Dubus, « Les Guides de l’état du monde », « Thaïlande, histoire, société, culture », Ed. La Découverte, 2011

 

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15 mai 2019 3 15 /05 /mai /2019 22:13

 

Imprégné d’hindouisme et de brahmanisme, les cérémonies de couronnement du roi Vajiralongkorn se sont déroulées du 4 au 6 mai 2019.

 

Le dernier couronnement dont peuvent se souvenir les plus âgés des Thaïlandais, fut celui de son père qui s’est déroulé le 5 mai 1950 alors qu’il n’avait que 23 ans, le monarque actuel né le lundi 28 juillet 1952 en a 67. Le choix de cette date est bien évidement symbolique.

 

La décision a été officiellement prise par le premier ministre Prayut a la tête du comité d’organisation le 1er janvier dernier. Un budget de 1 milliard de bahts a été programmé, environ 30 millions d’euros. Le lundi 6 mai devient désormais jour de fête nationale.  Les trajets en métro aérien et en métro furent gratuits pour tous les 5 et 6 mai. Tous les grands magasins du pays diffusèrent de la musique et des chansons célébrant la monarchie et le nouveau roi. Beaucoup d’habitants portaient du jaune que ce soit spontané ou à l’ « instigation » des employeurs.

 

 

Le jaune est la couleur du lundi, elle était celle du défunt roi Rama X, né le lundi 5 décembre 1927, elle est désormais celle du nouveau souverain.

 

 

Notre propos n’est pas de faire un reportage sur ces cérémonies fastueuses. Elles ont été sur-médiatisées par les médias locaux bien évidemment mais aussi par la presse, la télévision, les blogs et les forums francophones. Les Français qui se disent républicains et se flattent souvent (mais souvent à tort) d’être les héritiers du « siècle des lumières » mais manifestent un goût douteux pour les fastes monarchiques. Il y a toutefois un épisode dans ces cérémonies  - peut-être le plus important - qui a retenu notre attention et méritait quelques lignes d’explication.

 

 

Le rituel compliqué des cérémonies a été longuement expliqué et décrit par Quaritch Wales, conseiller très proche de Rama VI et de Rama VII. Il a assisté à toutes les cérémonies du couronnement de Rama VII et recueilli de multiples éléments sur les précédents couronnements de la dynastie (1). Rien n’a guère changé.

 

Nous n'avons de photographies qu'à partir du couronnement de Rama IV. Rama VIII a été assassiné avant les cérémonies :

 

 

Le rite symboliquement le plus important n’est pas le couronnement mais le rite préalable de la « purification et de l’onction à l’eau lustrale » qui est « le sacre », précédant les cérémonies proprement dites plus spectaculaire, il est brahmanique. Il fait à lui seul du roi le roi légitime de Thaïlande. L’eau lustrale provenait initialement des 5 plus grandes rivières du pays, mais  pour le sacre du roi Rama IX l’eau sacrée provint de 126 sources de toutes les provinces. Le roi vêtu de blanc couleur de la pureté, reçut l’onction de l’eau sacrée de 8 des plus hauts personnages représentant l’élite du pays. Ils sont stationnés aux huit points cardinaux autour du roi, représentant géographiquement et symboliquement  l’ensemble du pays. Le choix de ces personnages qui sont censés représenter la Thaïlande est lourd de signification, à la fois par leurs qualités personnelles et par l’ordre dans lequel la presse les a présentés et qui correspond – semble-t-il – à un choix hiérarchique.

 

 

Les deux premiers sont membres de la famille royale et portent par droit de naissance le titre de Momchao (หม่อมเจ้า) qui est le moins élevé dans la complexe hiérarchie des titres portés par les descendants de Rama V. Ils sont de la lignée des Yugala (ou Youkhonยุคล) issus du prince Thikhamphon (ou Dighambara ทิฆัมพร) 45e fils de Rama V et d’une épouse très secondaire (2).

 

 

Le premier est le prince Mongkolchalerm Yugala (หม่อมเจ้ามงคลเฉลิม ยุคล) qui fit une carrière purement civile et fut directeur de la Bangkok Bank. Né le 31 décembre 1936, ce n’est plus en enfant.

 

 

Le second est un petit neveu du précédent, le prince Chalermsuk Yugala (เฉลิมศึกยุคล) qui fit une carrière militaire sans faste particulier. Né le 24 octobre 1950, il est de la génération du roi son petit cousin. Il est difficile de savoir ce qui a guidé le roi dans ce choix. Fut-il dans son enfance l’un de ses cousins préféré ? Ce qui est certain en tous cas est qu’il met la descendance de son arrière-grand-père Rama V au sommet de la hiérarchie.

 

 

Le troisième est le vieux Prem Tinsulanonda toujours vaillant (เปรม ติณสูลานนท์) qui marche allègrement sur ses 99 ans, il est né le 26 août 1920. Fidèle d’entre les fidèles, ancien premier ministre de 1980 à 1988, ancien régent, toujours président du  conseil privé. Sa carrière politique l’a toujours emporté sur ses activités militaires qui furent brèves sur le terrain.

 

 

Le quatrième est l’actuel président de l’Assemblée nationale Phonphet  Wichitchonchai (พรเพชร วิชิตชลชัย). Né le 1er août 1948 à Bangkok, c’est un homme de loi avant tout, magistrat de haut niveau.

 

 

 

 

Le cinquième est le président de la Cour suprême, Chip Chulamon (ชีพ จุลมนต์). Né le 16 février 1954, c’est également un juriste qui a fait toute sa  carrière dans le droit.

 

 

 

Le sixième est un ancien enseignant Charat  Suwanwela (จรัส สุวรรณเวลา) qui n’est plus un bambin non plus, il est né le 1er mai 1932. Sa carrière fut toujours universitaire, président de l’Université Prince de Songkla puis président de l’Université Chulalongkorn.

 

 

Le pénultième est le général Prayut Chan-Ocha (ประยุทธ์ จันทร์โอชา) l’actuel premier ministre qu’il est inutile de présenter à nos lecteurs.

 

 

Anuphong Phaochinda (อนุพงษ์ เผ่าจินดา) le dernier et le plus jeune puisqu’il est né le 10 octobre 1949.

 

 

Il fut commandant en chef de l'armée royale de 2007 jusqu'à sa retraite, le 30 septembre 2009. Il fut l’un des membres clefs du groupe qui organisa le coup d’état de 2006 contre le gouvernement intérimaire du Premier ministre Thaksin Shinawat.

 

 

Il nous semble difficile de ne pas donner un sens à ce choix des 8 personnes représentant l’« élite » du pays.

 

La priorité donnée à la famille royale fut marquée le lendemain de la cérémonie lorsque le roi fit tomber sur les membres de la famille royale une pluie de titres et de décorations. Seule en fut exclue sa grande sœur, la princesse Ubonratana (อุบลรัตน) qui l'a tout de même embrassé lors des cérémonies ultérieures, mais cela semble être ce qu'elle souhaitait. En février, le Thai Raksachart Party (พรรคไทยรักษาชาติ), associé à Thaksin, l’avait désignée comme candidate au poste de Premier ministre, ce que le roi avait fort peu apprécié, en déclarant cette décision comme inconstitutionnelle et inappropriée, titrée ou pas, elle restait membre de la famille royale.

 

 

Le choix de Prem Tinsulanonda est celui du respect manifesté au plus ancien des serviteurs de son père, tout comme le choix de la date des cérémonies est un hommage à son père.

 

Les trois autres dignitaires sont pour deux d’entre eux des juristes de très haut niveau et le troisième un enseignant qui atteignit le sommet d’une carrière universitaire à la tête de l’université la plus prestigieuse du pays.

 

Bien que les militaires chevronnés soient les derniers de la liste, peut-être est-il prématuré de s’écrier comme Cicéron  aux sénateurs : « Cedant arma togae » !

 

 

En dehors du chef actuel de la junte, le général Prayut, le général Anuphong Phaochinda, adversaire acharné du clan Thaksin va nous permettre de finir non pas en chansons mais en poésie ! Interrogé par la BBC, l’ancien premier ministre toujours en fuite a déclaré le 26 mars « qui aime le pays, aime le peuple et aime le roi ». Quelques jours plus tard, le 30 mars, le roi a annulé toutes les décorations royales dont il avait été doté. Cela coupe évidemment court aux rumeurs qui avaient circulé dans « les milieux généralement bien informés » que le roi, lorsqu’il n’était pas encore roi mais seulement héritier présomptif, était « en rapports avec Thaksin » et à ceux qui ont circulé ultérieurement toujours dans « les milieux généralement bien informés » qu’il aurait été « en négociation avec la junte ».

 

Thaksin n’est pourtant pas rancunier puisqu’il a posté sur son compte Twitter le 4 mai un  post  comportant le portrait du roi avec la légende :

เนื่อง ในโอกาสพระราชพิธิบรมราชภิเษกล

พุทธศักราช ๒๕๖๒

ขอพระองค์ทรงพระเจริญ

ด้วยเกล้า ด้วยกระหม่อุม ขอเดชะ

ข้าพระพุทธเจ้า ดร. ทักสินขินวัตร

 

A l'occasion du couronnement

En l’année 2562

Longue vie au roi !

Avec mon plus profond respect, Moi, docteur Thaksin Chinawat.

A 317- LE RITUEL DE L’ONCTION SACRÉE À L’EAU LUSTRALE AVANT LES CÉRÉMONIES DU COURONNEMENT DU ROI RAMA X.

Boileau ne fit pas mieux dans la flagornerie la plus vile et nous n’avons pas compétence pour apprécier sur le plan poétique le talent de l’ancien premier ministre qui parait toutefois un peu mince.

 

 

La déclaration que fit le roi nouvellement oint est concordante avec celle de feu son père qui avait déclaré lors de son couronnement: «Je gouvernerai ce pays avec justice pour le bonheur du peuple thaïlandais ». Tel est le souhait de tous ses sujets.

 

 

 

NOTES

 

 

(1) Quartich Wale « Siamese state ceremonies - their history and function », Londres, 1931 et « Supplementary notes on siamese state ceremonies », même année.

 

(2) http://members.iinet.net.au/~royalty/states/thailand/thailand_yugala.html

 

(3) pic.twitter.com/J9fHnt9e1W

 

 

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