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  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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28 janvier 2021 4 28 /01 /janvier /2021 22:08

 

Nous avons rencontré à diverses reprises le roi Vajiravudh (Rama VI) intervenant par des discours, des essais, des articles de journaux, des poèmes, des pièces de théâtre, traducteur de nombreuses œuvres littéraires en thaï,

 

 

...sur la scène politique littéraire, artistique et sociale de son royaume pour défendre sa politique nationaliste, le bouddhisme et le passé glorieux du Siam. Il n’était pas destiné à régner. 29e fils du roi Chulalongkorn, il fut envoyé vivre et étudier en Angleterre dès son plus jeune âge. Il fut élevé au rang de prince héritier au brusque décès prématuré de son frère Maha Vajirunhis. Il lui fallut neuf ans avant de revenir d'Angleterre au Siam en 1902 et hériter ensuite du fardeau de la fonction royale à la mort de son père en 1910. Écrivain par vocation et roi par hasard, il dut passer de ses études artistiques aux matières militaires et à l'administration publique. Tout au long de son règne, sous le pseudonyme de « Asvabhahu », il publiera de nombreux articles sur les sujets les plus divers dans le journal «  Siam Observateur », le premier quotidien du pays (1).

 

 

 Sa conception du monde résumée dans le slogan «  la nation, la religion, le roi »  (le roi étant au niveau supérieur) dont il fut le créateur se retrouve dans sa conception des œuvres artistiques dont il a inspiré ou dirigé l’édification.

 

 

Nous bénéficions sur ce sujet d’une très fine analyse du professeur Nuaon Khrouthongkhieo qui enseigne l’histoire de l’art à la faculté  des sciences humaines et sociales à l’Université Suan Dusit de Bangkok (2). 

 

 

Il a sélectionné les œuvres d'art créées selon les souhaits et à l'initiative royale du roi Vajiravudh pour en tirer la conclusion que ses modèles artistiques préférés comprenaient l'art traditionnel thaïlandais, l'art occidental et la combinaison des deux.   Ses intentions étaient à travers la création de monuments ou d'œuvres d’art, de diriger le nationalisme et de préserver, diriger et créer l’identité thaïlandaise. Le choix de l’adaptation de styles occidentaux contemporains représente la prospérité du Siam et son entrée dans la modernité.

 

 

Nuaon Khrouthongkhieo cite l’un de ses articles écrit en anglais dans le Siam Observer du 13 mai 1914: « ...When “Young Siam” became obsessed with the idea of “Civilization-at-any-price! It was but natural for them to think that in order to become effectively civilized, they would have to turn back upon everything that belonged to the old order of things. It appeared that the most effective way to become civilized was to start with a clean slate… ». Ne traduisons que les deux derniers mots « table rase ».

 

N’oublions toutefois pas que ce mouvement vers un art moderne avait connu une  préparation précoce sous les règnes précédents du roi Mongkut et du roi Chulalongkorn, son grand-père et son père.

 

 

Certes,  l’introduction de la culture occidentale dans la société siamoise était censée être un outil de modernisation du Siam mais elle  affectait aussi la tradition artistique thaïe. Ainsi de nombreux artistes traditionnels thaïs furent négligés car ne pouvant pas s'adapter à ce nouveau style de goût moderne occidental.

 

 

C’est néanmoins au roi que l’on doit la création du Département des Beaux-arts visant à préserver les arts et l'artisanat thaïs et à rassembler des divisions mineures s'occupant des arts, dont certaines relevaient du Ministère des travaux publics et du Département des musées du Ministère de l'éducation. Le Département des Beaux-Arts nouvellement créé relevait du ministère des Palais, de sorte que le roi lui-même avait sur lui un contrôle direct.

 

 

 

 

Il créa également l'École académique des beaux-arts, plus tard intitulée Académie des arts de Pohchang. Il commença également à favoriser l’organisation d’expositions annuelles d'art et d'artisanat comme événements pour promouvoir la préservation des arts et de l'artisanat thaïlandais.

 

 

Lui-même a dirigé la conception par ses architectes occidentaux, de divers palais, planifié et dessiné lui-même la salle du trône de Phimanchakri dans le palais de Phayathai

 

 

ainsi que la construction de la salle du trône du Palais Sanamchan dans le style traditionnel thaï. Il avait sans conteste des compétences artistiques exceptionnelles dans de nombreuses branches. Mais ce faisant, il contribua aussi  par l’art à forger l’identité thaïe. C’est en quelque sorte un message caché que Nuaon Khrouthongkhieo met à son crédit

 

 

Quelles sont donc les œuvres qu’il situe dans cette perspective ?

 

Elles concernent à la fois des œuvres architecturales proprement dites, palais et temple, établissements d'enseignement, une série de ponts, des sculptures et des peintures, Bouddha ou déités traditionnelles, peintures murales ou fresques ainsi – et ce qui n’est guère connu, ses propres peintures ou dessins.

 

 

Nous y retrouverons à la fois l'architecture traditionnelle, l'architecture d'influence occidentale,  mélange des deux notamment dans le choix des techniques et des matériaux.

.

Son long séjour dans un pays étranger l'avait éloigné de ses parents plus âgés et du monde des courtisans. Dès après le couronnement, il sentit que son statut royal de monarque absolu était contesté par différents groupes, en particulier le groupe de militaires qui conspira pour faire le coup d'État manqué de 1912, tous jeunes militaires censés être fidèles à leur roi. Le contexte mondial fait encore que les esprits progressistes de la société s’éloignent de la monarchie absolue.

 

 

Il doit encore faire face aux troubles persistants causés par les immigrants chinois (3).

 

 

Il doit aussi faire face aux occidentaux, toujours colonisateurs virtuels. La situation dans la société siamoise est partiellement alors fondée sur le manque de solidarité du peuple. À travers ses écrits dans divers médias, il s'est accroché à l'idéologie bouddhiste et a utilisé des analogies bouddhistes pour élever son statut à celui de roi vertueux tout en niant fermement l'idéologie occidentale comme le socialisme et la démocratie. Bouddhiste aussi, il partageait également les croyances brahmanes et hindoues.

 

 

 

L’ARCHITECTURE CIVILE – LES PALAIS.

 

LE PALAIS DE SANAMCHANDRA  (พระราชวัง สนาม จันทร์).

 

 

Le palais de Sanamchandra  (พระราชวัง สนาม จันทร์), le « palais du jardin de la lune » est un complexe de palais construit dans la province de Nakhon Pathom, à 56 km à l'ouest de Bangkok et à environ un kilomètre du sanctuaire du Phra Pathommachedi.

 

 

Il comporte cinq bâtiments

 

 

et un sanctuaire au dieu Ganesh (พระพิฆเนศ) 

 

 

Avant sa montée  sur le trône, le prince héritier Vajiravudh venait dans cette ville pour rendre hommage au Phra Pathommachedi. Il souhaita y construire un palais pour lui servir de résidence lors de ses pèlerinages. Il en dessina les plans. Il considérait la région comme sacrée. En 1907, il a acheté environ 135 hectares de terre à la population locale autour de Noen Prasart Hill (เนิน ปราสาท) probablement sur le site d’un ancien palais disparu. 

 

 

Il fit ensuite concevoir et superviser la construction du palais par un architecte de Bangkok. La construction fut achevée en 1911. Son nom choisi par le roi vient du fait que l’ensemble inclut une pièce d’eau naturelle appelée « Sanam Chand » (สระน้ำ จันทร์).

 

 

Le roi aurait également destiné ce palais à lui servir de place forte en période de crise. Il y tenait régulièrement les réunions de ses « tigres sauvages ».

 

 

Devenu ensuite après sa mort  et selon ses  volontés le site de l'académie militaire, il devint ensuite en 1965, une annexe de l'Université de Silpakorn, spécialisée dans les études archéologiques, artistiques et architecturales, qui avait un besoin urgent d'une grande surface. L’expansion se fit d’autant plus volontiers que le palais avait appartenu à un monarque artiste lui-même. Le sceau de l’Université représente d’ailleurs Ganesh, dieu de l'art.

Ce choix fut d’autant plus approprié que Nakhon Pathom est un site archéologique important du Dvaravati. En 1981, le Département des Beaux-Arts a inscrit le Palais Sanam Chandra comme site historique et en entreprit la restauration sous la direction de la princesse Bejaratana Rajasuda, la fille unique de Vajiravudh (เพชรรัตนราชสุดา) morte en 2011.

 

 

On trouve dans ce gigantesque ensemble (actuellement fermé au public) plusieurs catégories de style, style thaï traditionnel avec des décorations représentant des œuvres d'art de l’époque Sukhothai et d’Ayutthaya et d’autres aux influences khmères.

 

 

D’autres constructions sont de style occidental, leur but est utilitaire plutôt que de glorifier le statut royal.  La décoration des salles varie en fonction de leur destination, soit des cérémonies rituelles souvent de style chinois, soit plus « décontracté » en fonction des nécessités de la vie quotidienne.

 

 

LE PALAIS PHAYATHAI (วังพญาไท) 

 

 

Ce palais est situé au cœur de Bangkok non loin du monument de la victoire.

 

 

Il ne reste aujourd'hui qu'un seul bâtiment du palais d'origine construit par le roi Chulalongkorn. La reine mère Saovabha l’occupa jusqu’à sa mort. Le roi Vajiravudh fit démolir la plupart des bâtiments du palais et construire de nouvelles structures dont il fit sa résidence préférée. Il est caractéristique des goûts du monarque. L’extérieur est comparable à une gentilhommière de campagne en Europe. La construction utilise des poutres de béton armé  ce qui réduit l’épaisseur des murs et procure un environnement plus spacieux. La décoration intérieure est de goût moderne, fleurs et motifs géométriques.

 

 

Le design intérieur se distingue par des couleurs vives, une décoration de style art nouveau de plantes et des motifs géométriques. L’agencement privilégie le confort.

 

 

LE PALAIS MRIGADAYAVAN  (พระราชนิเวศน์มฤคทายวัน).

 

 

Le mot « Mrigadayavan » est celui du parc aux cerfs en Inde où Bouddha a prononcé son premier sermon.

 

 

Il est situé à Chaam à environ 175 kilomètres au sud de Bangkok sur les rives du golfe de Thaïlande. Le roi n’y fait que de brefs séjours, au cours de l'été 1924 où il resta trois mois et deux mois à l'été 1925, après quoi il mourut. Le roi souhaitait en faire un lieu de vacances. Il dessina lui-même les plans   des seize bâtiments en teck élevés sur des piliers en béton et reliés entre eux par une série de passerelles. La construction a eu lieu entre 1923 et 1924, sous la direction de l'architecte italien Ercole Manfredi (4).

 

 

Il est une exceptionnelle combinaison des styles thaï et occidental.  La disposition du palais ressemble à celle d’un temple thaï traditionnel, un bâtiment central entouré d'une galerie sur quatre côtés. Le style occidental est visible dans la structure modulaire, les balcons et les ouvertures en toiture particulièrement adaptés au climat tropical.

 

 

En dehors de ses constructions nouvelles conformes à ses goûts, le roi Vajiravudh entreprit la restauration de certains bâtiments construits à l'époque de son père dans de nouveaux styles occidentaux. Les choix de styles occidentaux étaient variés, comme la salle du trône Ananta Samakhom (ห้องบัลลังก์อนันตสมาคม) dans le style de la renaissance néo-italienne

 

 

et Phra Ram Ratchaniwet (พระรามราชนิเวศน์) dans le style du baroque allemand.

PHRA RAM RATCHANIWET (พระรามราชนิเวศน์)

 

 

Il est également connu sous le nom de palais de Ban Puen (พระราชวัง บ้าน ปืน), est situé dans la province de Phetchaburi. Il fut commandé en 1910  par le roi Chulalongkorn qui mourut avant son achèvement. Son fils le fit achever en 1916. Il est l’œuvre de l'architecte allemand Karl Döhring.

 

 

Ces bâtiments alliant l’art traditionnel à celui des occidentaux place le roi entre la tradition et la modernité vers laquelle marche son pays. L’utilisation de technologies de constructions difficiles montrent à quel point les Siamois s'adaptèrent au monde occidental moderne mais la majesté n’en est pas absente non plus.

 

 

Ces constructions tendent moins vers le faste que le fonctionnel et la simple convivialité. Elles démontrent ou sont censées démontrer  l’attachement du peuple à son roi 

 

 

L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE

 

LE  WAT PHRA PATHOM CHEDI  (วัดพระปฐมเจดีย์ราชวรมหาวิหาร) est un ancien monastère restauré depuis les règnes de Rama IV jusqu'à Rama VI.

 

 

Il avait été construit en même temps que le Phrapathom Chedi (พระปฐมเจดีย์).

 

 

La reconstruction de Phra Pathom Chedi et le développement d’une ville nouvelle à l’ouest du site ancien a été accompagné de creusage de canaux, création d’une ligne de voie ferrée, l'aménagement du palais de Sanam Chan (พระราชวังสนามจันทร์) pour le roi Rama VI à partir de 1907 dont il dessina lui-même les plans (transformé aujourd’hui en centre administratif), le développement du réseau de communication et l’urbanisation qui interdisent d’avoir une vision de ce qu’était la ville primitive, citée majeure du Dvaravati.

 

Mais nous ne savons que peu de choses sur l’état du monument lorsque fut décidé sa réhabilitation.

 

 

Ce site est la preuve  de l’existence d’un passé long et glorieux du Siam. De nombreux artefacts découverts autour du site, plaques et inscriptions en pierre, ainsi que des amulettes imprimées à l'image de Bouddha.

 

 

Le roi Chulalongkorn pour sa part les rattachait à l’époque des envoyés du roi Asoka venus évangéliser le pays,  porteurs de reliques de Bouddha et ayant construit le stupa pour les y abriter. La restauration de Phra Pathom Chedi s'avérerait donc essentielle  pour prouver l'antique civilisation du Siam.

 

 

L’ARCHITECTURE CIVILE

 

 L’ÉCOLE ROYALE DES PAGES (โรงเรียนมหาดเล็ก)

 

 

Elle est devenue le collège Vajiravudh College (วชิราวุธวิทยาลัย) dépendant de l’Université Chulalongkorn, dont la construction a commencé sous Rama V et s’est poursuivie après sa mort. Le roi souhaitait en faire le phare de l’éducation moderne pour le bien être de la nation. Il préféra manifestement construire des bâtiments éducatifs, plutôt que des monastères, comme sous les règnes précédents.

 

 

La disposition a été conçue pour placer des bâtiments à chaque extrémité des quatre coins; ces bâtiments renfermaient alors l'auditorium central qui servait à rassembler les étudiants dans les rituels de prière. Le roi Vajiravudh avait l'intention de créer une atmosphère semblable à un monastère afin que les quatre bâtiments de chaque côté soient comme des cellules de moines, adaptées pour être des logements pour les enseignants, et l'auditorium était la salle de sermon d'un monastère. L'auditorium a été conçu par l'architecte anglais Edward Healey, combinant le style d’une église chrétienne et d’un temple siamois. Le tracé est celui d’une croix romaine. Les portes et les fenêtres étaient  en forme d’arc gothique, les décorations dans la tradition siamoise et les frontons ornés de symboles royaux.

 

 

Le grand bâtiment de la Faculté des arts (คณะ อักษรศาสตร์) fut construit pour préserver l’architecture traditionnelle à l’intention des générations futures. Le bâtiment, également conçu par Edward Healey, est un bâtiment sur deux étages utilisant du béton armé. Il est sous la forme de la lettre E, entouré de balcons communicants. Son toit triangulaire pointu comporte les décorations architecturales siamoises  traditionnelles ainsi que des figures mythiques de Vishnu chevauchant un Garuda, considéré comme un symbole royal et national.

 

 

LES MONUMENTS

 

LE MONUMENT DES VOLONTAIRES DE LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE (อนุสาวรีย์ทหารอาสาสงครามโลกครั้งที่ ๑) fut édifié  à la mémoire des 19 soldats siamois morts des suites de la Première Guerre mondiale (5).

 

 

Sa forme est celle des stupas de Sukhothai, son importance n'est pas dans son aspect traditionnel mais dans le message qu'il véhicule. Dans la tradition siamoise,  construire un stupa est un acte vertueux pour se souvenir des ancêtres ou des événements spéciaux. En général, les stupas sont construits dans des temples ou des espaces sacrés, celui-ci l’a été dans un espace public ainsi accessible à tous.

 

 

LE MONUMENT DE DON CHEDI (พระบรมราชานุสรณ์ดอนเจดีย์est situé à Donchedi dans la province de Suphan Buri et relève du même concept.

 

Le projet d'origine non réalisé extrait de l'article du  professeur Nuaon Khrouthongkhieo

 

 

L’idée en est venue au roi à la lecture des chroniques siamoises sur la bataille d’éléphants entre le roi Naresuan et le grand vice-roi de Birmanie. Il a demandé alors au gouverneur de Suphan Buri de retrouver le site de cette bataille. On trouva les ruines d’un stupa  qui fit penser au roi que c'était le lieu de la victoire, là  où le roi Naresuan avait regagné l'indépendance de la nation.

 

La découverte de cet  ancien stupa en 1913 fut considérée comme un signe du ciel. Le roi ordonna la construction d'un nouveau stupa pour couvrir l'ancien sous forme de bourgeon de lotus dans le style de Sukhothai et le projet ne vit pas le jour faute de financement. La découverte eut lieu peu après la rébellion militaire de 1912. Le but du monument fut alors de renforcer l'unité et la solidarité au sein de  la nation,

 

 

LES PONTS

 

Le roi Vajiravudh commanda six ponts dont les noms commencent par « Charoen - เจริญ » c’est-à-dire « prospère ». Il y en eut cinq à Bangkok : Charoen Rat 31  (สะพานเจริญรัช ๓๑),

 

 

Charoen Rat 32 (สะพานเจริญราษฎร์ ๓๒),

 

 

Charoen Phat 33 (สะพานเจริญพาศน์ ๓๓),

 

 

Charoen Sri 34 (สะพานเจริญศรี ๓๔)

 

 

et Charoen Sawat 36 (สะพานเจริญสวัสดิ์ ๓๖),

 

 

un pont à Nakhonpathom, Charoen Sattra  (สะพานเจริญศรัทธา).

 

 

Il ordonna enfin la construction d'un autre pont appelé Pont Rama VI (สะพานพระราม ๖).  

 

 

Les ponts « Charoen » sont tous constitués d'une structure en béton ferraillé avec une belle décoration,   initiales ou symboles du roi Vajiravudh  comme Charoen Rat 31 qui  porte les initiales royales au centre du pont.

 

 

Cette plaque est placée contre le bouclier d'un tigre portant une épée,  symbole des tigres sauvages. Nous trouvons les nagas sur Charoen Rat 32.

 

 

Le pont Rama VI utilisa la technologie la plus récente, une construction en porte-à-faux de poutres en acier. La construction dû s'arrêter à mi-chemin pendant la Première Guerre mondiale, puis s'est poursuivie jusqu'à son achèvement sous Rama VII.

 

 

Tout  comme son père, Rama VI continua à construire des ponts dans Bangkok et dans le pays. À partir de 1895, Rama V, son père, construisit chaque année de nouveaux ponts tant dans l’intérêt évident du public que pour orner la ville. La construction de ces ponts était considérée comme un bienfait majeur et acte de bienveillance émanant d'une personne vertueuse.

 

 

SCULPTURE

 

LES STATUES DE BOUDDHA

 

Comme ses prédécesseurs, le roi Vajiravudh  continua à faire sculpter ou fondre des représentations de Bouddha en particulier à chacun de ses anniversaires.

 

 Relevons en particulier le Phra Nirokantrai  (พระพุทธนิรโรคันตรายชัยวัฒน์

 

 
ou Phra Ruang Rojnarit (พระร่วงโรจนฤทธิ์) au temple de Phrapathomchedin ramené de Si Satchanalai (ศรีสัชนาลัย_ en triste état puis restaurée. Les intentions religieuses sont évidentes mais le roi s’intéressa aux techniques modernes de moulage des sculptures anciennes. 

 

 

LES DÉITÉS

 

Le roi Vajiravudh  quoique fervent bouddhiste , comme la plupart des Thaïs avait des  croyances multiculturelles. Il a commandé une statue de la divinité hindoue Ganesh, combinaison d’un style idéaliste hindoue et des figures humaines réalistes occidentales. Cette statue est comme protectrice et son sanctuaire au palais de Sanamchandra.

 

 

Thao Hirunphanasun était une divinité qu’il pensait être son propre protecteur. Elle a une histoire singulière : Quelques années après la répression de la rébellion Shan par l’armée du Siam en 1902, le jeune prince héritier du royaume, Vajiravudh a effectué en 1905 une visite officielle dans le nord où la rébellion avait eu lieu. Le voyage dura trois mois avec des grandes difficultés. Il passait ses nuits dans la jungle où la rébellion avait eu lieu, la région n'était pas entièrement pacifiée et il put plusieurs fois craindre pour sa vie,

 

 

Il était protégé par Thao Hirunphanasun (Le gardien d'argent - Démon de la Jungle). Peu de temps après son retour, il ordonna qu’une statue du démon gardien soit érigée dans le palais Phayathai de Bangkok (6).

 

 

C'est l’un des aspects ambigu du bouddhisme thaï. Le prince qui avait passé neuf ans à faire ses études en Grande-Bretagne et avait voyagé à travers l'Europe, agit d'une manière quelque peu contradictoire à la forme moderne du bouddhisme qu'il défendrait en tant que futur roi du Siam !

 

Cette statue a été installée  au palais Phyathai en tant que protecteur régional, dans le même but que l'image de Ganesh au palais de Sanamchandra.

 

Une autre statue remarquable fut fondue sous son règne. Elle se situe au sanam luang (สนามหลวง). C’est celle de la déesse de l’eau, Nang Thorani  (พระแม่ธรณี) à laquelle notre ami Philippe Drillien a consacré un très bel article (7). Cette construction n’est pas innocente : La reine mère s’intéressait à la distribution d’eau potable à la population. Le roi engagea d’énormes travaux à cette fin avec pour symbole la déesse se tordant la chevelure.

]

 

La statue a été dessinée par le Prince Narit dans un style thaï traditionnel. Mélange de croyances et de réalisation de travaux publics, elle symbolise une pensée du roi selon laquelle il n’y a pas de beauté sans fonction.    

 

 

PEINTURES

 

LA SALLE DU TRÔNE  (พระที่นั่งอนันตสมาคม  - Ananta Samakhom)

 

 

Le roi Vajiravudh a lui-même décidé du contenu et la structure des peintures. Il voulut représenter les principales fonctions des rois de la dynastie Chakri sous le dôme du plafond.

 

 

 

Les peintures combinent des techniques occidentales, notamment des perspectives et des figures humaines réalistes, ainsi que des ornements d'art traditionnel comme les créatures mythiques, un garuda, le grand naga et Erawan l'éléphant, véhicule du dieu hindou Indra. Ces peintures symbolisent la stabilité et la prospérité du royaume de Siam sous la monarchie absolue.

 

 

Elles sont l'oeuvre de l'italien Galileo Andrea Maria Chini (8).

 

 

LE VIHAN DU  WAT PHRA PATHOM CHEDI

 

Le roi Vajiravudh engagea la rénovation du Vihan principal, en supprimant le mur de séparation et en pénétrant le mur au fond de la pièce pour faire une plus grande ouverture de sorte que la vue de Phrapathomchedi soit dégagée.

 

 

Son peintre en chef supervisa d’autres dessins d’anges en position de salut tirés de sculptures trouvées autour de Phrapathom chedi.

 

 

Ces peintures n'imitaient pas directement les anciennes mais étaient plutôt une combinaison de styles thaïlandais occidental et traditionnel. On y retrouve des techniques occidentales telles que la variation des tons de la lumière à l'ombre et  des traits du visage et d’anatomie réalistes, mais on y trouve aussi l'art traditionnel, anges et créatures mythiques telles que garuda et naga. Un autre détail distinctif du Vihan principal est que l'image de Bouddha n'a pas été placée à l'arrière du temple comme elle devrait l'être dans une disposition thaïlandaise traditionnelle. Au lieu de cela, la représentation de Bouddha est placée au bout de la salle avec vue sur le Phra Pathom Chedi à l'arrière. Sur le côté opposé du mur, nous trouvons une peinture représentant la restauration de Phra Pathom Chedi du passé à l'époque contemporaine.

 

 

LES PROPRES DESSINS DU ROI

 

C’est un aspect du roi que nous fait découvrir le professeur Nuaon Khrouthongkhieo ; Le roi écrivain, traducteur, concepteur, architecte et maître d’ouvrage.  Non seulement il dessinait les esquisses de ses constructions ou le plan des fresques mais dessinait lui-même. Ses premiers dessins datent de peu de temps après la déclaration de guerre à l’Allemagne et à l’Autriche en 1917. Il s’agit essentiellement de caricatures exposées dans des expositions auxquelles il participait. Certaines ont été publiées dans le Dusit Smith Journal et d’autres vendues aux enchères ce qui lui permit d’acheter un navire de combat et des armes pour ses tigres sauvages.

 

La plupart des dessins du roi Vajiravudh étaient des caricatures de ses proches courtisans et étaient célèbres pour leurs ressemblances, de sorte qu'il était facile de reconnaître qui était le modèle. Par exemple, le dessin de l’un de ses proches, nous dit Nuaon Khrouthongkhieo était particulièrement ressemblant. Nous le croyons sur parole. C’est en réalité un rébus dont la solution nous échappa évidemment. Tous ces dessins se trouvent aux Archives Royales auxquelles Nuaon Khrouthongkhieo a eu accès et ne semblent pas avoir été diffusés.

 

 

Le message laissé par le roi est triple :

 

1) La construction de plusieurs bâtiments véhiculent des symboles de la monarchie : Palais de Sanamchandra, principaux bâtiments du Vajiravudh College et de la Faculté des arts de l'Université Chulalongkorn, tous construits pour célébrer le roi Chulalongkorn et lui-même.

 

 

Le Monument des Volontaires de la Première Guerre mondiale a été construit à l’occasion de l’entrée du Siam aux côtés des alliés dans la Première Guerre mondiale. La série de ponts « Charoen » a été construite sur plusieurs années consécutives à l’occasion de son anniversaire. Ils sont décorés de plusieurs symboles qui lui sont propres. La représentation de la mission des rois Chakri est mise en évidence dans le dôme de la salle du trône d'Ananta Samakhom. Toutes ces œuvres constituent des souvenirs communautaires pour le peuple thaï et marquent l’importance de la nation et la nécessité de manifester sa gratitude envers la monarchie.

 

 

2) Le roi Vajiravudh soutient le nationalisme par ses choix, ce qui est manifeste dans la comparaison des styles architecturaux entre l’époque de son père et la sienne. Il était clair qu’il préférait adapter les caractéristiques traditionnelles thaïes dans les bâtiments plutôt que d'adopter tout le style occidental. Son intérêt pour les arts traditionnels siamois s'est développé parallèlement à son étude de l'archéologie et de l'histoire des royaumes siamois, en particulier du royaume de Sukhothai. En raison de son idéal nationaliste et de sa fierté de la longue histoire du royaume siamois, sans adopter directement l'ancien style traditionnel, il a essayé ce style pour qu'il soit compatible avec un usage moderne.

 

 

Peu de temps après sa montée sur le trône, le royaume connut des problèmes sociaux et politiques, notamment les difficultés économiques et la rébellion militaire en 1912 marquant le ressentiment de la classe moyenne envers l’autoritarisme du régime monarchique absolu. Il a tenté de les résoudre en revendiquant la légitimité de son pouvoir et en mettant l’accent sur le nationalisme pour soutenir son statut de chef de file du pays et pour susciter la fierté nationale au vu d’une longue histoire et de la prospérité du Siam. La préservation des arts anciens est destinée à maintenir le sentiment national et la fierté de la nation.

 

 

3) Les choix artistiques du roi vont dans le sens du maintien sinon de la création de l'identité thaïlandaise alliés à la sauvegarde d’ouvrages d’art anciens, alors que la préférence des élites étaient pour les styles occidentaux. Ils négligeaient les arts traditionnels populaires donc peu populaires. Son intention fut  d'encourager les Siamois à prendre conscience de la valeur esthétique des arts de leur pays qu’ils soient tangibles ou immatériels comme les spectacles, représentation de l'identité nationale qui devait durer avec le temps. Or  il fut confronté à un manque de solidarité dans la population et ainsi utilisa les arts pour encourager le sentiment national en créant une histoire nationale et des souvenirs communautaires à travers des sites commémoratifs et des monuments avec lui-même au centre.

 

Sa culture occidentale lui avait appris que le mont « Monument » est tiré d'un mot latin « monumentum » qui vient de « monere » signifiant « avertir ou rappeler ». Les monuments fonctionnent comme un pont pour transférer les souvenirs sociaux et leurs héritages du passé au présent.

 

 

Il mourut trop jeune, à 44 ans, pour résoudre cette question purement métaphysique de la possibilité de cumuler la tradition et la modernité en conciliant les différents paramètres qui la composent. Le caractère pusillanime de son frère  qui lui succéda conduisit le pays à une ouverture à la démocratie en 1932, laquelle repose toujours depuis 89 ans sur des bases chancelantes (9).

 

 

NOTES

 

(1)  Voir notre article 173. Rama VI, Écrivain, Traducteur, Journaliste, Promoteur De La Littérature Au Siam.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/03/173-rama-vi-ecrivain-traducteur-journaliste-promoteur-de-la-litterature-au-siam.html

 

(2) THE ROYAL INTENTION TO PRODUCE WORKS OF ART IN KING VAJIRAVUDH’S REIGN par Nuaon Khrouthongkhieo in

 Humanities, Arts and Social Sciences Studies Vol.20(1): 90-118, 2020,  publication de l’Université Silipakorn 

 

(3) Voir notre article  167. La Grève Générale Des Chinois De 1910 Au Siam. Quelques mois avant la mort du roi Chulalongkorn (Rama V), se déroule à Bangkok en juin 1910,

http://www.alainbernardenthailande.com/article-167-la-greve-generale-des-chinois-de-1910-au-siam-125257905.html

 

(4) Sur cet architecte capable d’incroyables prouesses techniques notamment dans la salle du trône, voir notre article :

A 244 - LES ARCHITECTES ET LES INGENIEURS ITALIENS AU SIAM SOUS RAMA V ET RAMA VI

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/10/a-243-les-architectes-et-les-ingenieurs-italiens-au-siam-sous-rama-v-et-rama-vi.html

 

(5) Voir notre article A 176 - พวกเขาถึงตายทำไม ? LE MEMORIAL DE BANGKOK A LA MEMOIRE DES 19 MILITAIRES SIAMOIS MORTS AU COURS DE LA GRANDE GUERRE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/02/le-memorial-de-bangkok-a-la-memoire-des-19-militaires-siamois-morts-au-cours-de-la-grande-guerre.html

 

(6) Sur ce singulier épisode, voir l’article de  Preedee Hongsaton (ปรีดี หงส์สต้นin The Thammasat Jiournal of History , 2019.

 

(7) Voir l’article de Philippe Drillien : 

A 361- LE BOUDDHISME DE PART ET D’AUTRE DU MÉKONG. 4- LES LÉGENDES LIÉES AU BOUDDHISME LAO, LA LÉGENDE DE NANG THORANI (Philippe Drillien)

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/03/a-361-le-bouddhisme-de-part-et-d-autre-du-mekong.4-les-legendes-liees-au-bouddhisme-lao-la-legende-de-nang-thorani-philippe-drillien

 

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22 janvier 2021 5 22 /01 /janvier /2021 03:34

 

La truffe est un capricieux champignon parasite qui naît et se développe sous terre dans des conditions qui restent encore partiellement  mystérieuses. Elle est le «diamant noir de la cuisine » de Brillat-Savarin et le « divin tubercule » de Curnonsky, parlant de l’espèce principale, la Tuber melanosporum  que vénèrent les amateurs, connue sous le nom de truffe du Périgord, 

 

.... bien que l’essentiel de la production française ne vienne pas du Périgord mais essentiellement du Vaucluse, du Haut-Var, de la Drome provençale, des Alpes-de-Haute Provence surtout, une véritable truffière, et dans une moindre mesure du Gard et de l’Hérault.

 

 

La production se situe entre la fin du mois de novembre jusqu’au mois de février, ce qui en fait la reine des menus de fêtes. Les mêmes régions produisent également entre les mois de mai et celui de juillet la truffe blanche moins estimée, dite « truffe de la Saint Jean » car ayant moins d’odeur et d’un goût moins puissants.

 

 

De l’autre côté des Alpes se cultive la truffe blanche du Piémont, Tuber magnatum,  que les gastronomes transalpins préfèrent à tort ou à raison à la nôtre. Elle est la truffe des magnats, des seigneurs. Les unes et les autres atteignent toutefois des prix pharaoniques.

 

 

Il faut aussi parler de la truffe de Chine, Tuber indicum, nous y reviendrons car elle est bien une truffe mais aux qualités inférieures et surtout au centre de nombreuses escroqueries.

 

 

Tous les spécialistes ayant étudié ce précieux cryptogame savent depuis longtemps qu’on la trouve en Chine, aux Indes et au Japon et lui donnaient le nom de truffe d’Asie. La truffe se retrouve en effet un peu partout dans le monde là où il y a des arbres, un sol calcaire et un climat ni trop humide ni trop chaud ni glacial. Il en existe – paraît-il - environ deux cent espèces inventoriées n’ayant pas toutes les mêmes qualités gastronomique (1).

 

 

LA DÉCOUVERTE DES TRUFFES EN THAÏLANDE

 

Elle fut annoncée en 2017 dans la presse occidentale et sur un site gouvernemental officiel (2) et avec scepticisme dans le quotidien « La Provence » qui est celui justement des régions productrices du Sud-est (3). Tous d‘ailleurs s’étonnent qu’il n’ait été donné aucune précision sur les qualités gastronomiques des tubercules locales.

 

L’histoire de cette découverte a été décrite avec précision par les chercheurs de l’Université de Chiangmaï qui en furent à l’origine (4).

 

 

Il s’agit du professeur Saisamon Lamyong (ดร.สายสมร ลำยอง), du professeur Nakarin Suwannarat (นครินทร์ สุวรรณราช) et du professeur Chaturong Khamla, (ดร.จตุรงค์ คำหล้า) chercheurs au Laboratoire de recherche sur le développement durable des ressources naturelles dépendant de la Faculté des sciences de Chiangmaï.

(ห้องปฏิบัติการวิจัยด้านการพัฒนาอย่างยั่งยืนของทรัพยากรธรรมชาติ - คณะวิทยาศาสตร์ มหาวิทยาลัยเชียงใหม่)

 

 

Elle fut révélée à l’occasion d’une conférence de presse du lundi 4 septembre 2017. Les chercheurs l'avaient  découverte dans le Parc national de Doi Suthep-Pui (อุทยานแห่งชาติดอยสุเทพ-ปุย) dans la région de Chiangmai. Ce parc a une faune et une flore spécifique mais on y note la présence de chênes en dehors d’espèces qui ne sont pas censées être porteuses de truffes. La découverte fut  celle d’une truffe blanche apparemment d’une nouvelle espèce et qui fut par la Princesse Sirindhorn baptisée Truffe blanche au divin parfum (เห็ดทรัฟเฟิลขาวเทพสุคนธ์ hettrufflekhaosukhon). Elle reçut le nom scientifique de Tuber thailandicum (ทูเบอร์ไทยแลนด์ดิ-คัม)

 

 

Les chercheurs de l’Université se consacraient à l’étude des champignons  en Asie et connaissaient depuis longtemps l’existence de truffes aux Indes, en Chine et à Taïwan. Il s’agit essentiellement de la tuber indicum, espèce à laquelle appartient la truffe chinoise. Ces chercheurs, en dehors de la truffe, sont à l’origine de la découverte de nombreuses espèces de champignons sauvages inconnus. A ce jour, que ce soit en Europe, en Asie, en Amérique et en Australie, et bien que l’on connaisse, avons-nous dit, deux cent espèces de truffes inventoriées par les mycologues, aucune ne l’avait  été en climat tropical.  Une autre nouvelle espèce de truffe avait été découverte en 2016, la truffe du Lanna (Tuber lannaense - ทูเบอร์ลานนาเอนเซ่), la deuxième en Thaïlande.

 

 

Une dernière découverte fut celle de la truffe blanche italienne Tuber magnatum (ทูเบอร์แม็กนาตัม), considérée comme la plus chère au monde. Les chercheurs ont publié dans la revue Mycol Progress en 2016 une étude serrée sur le résultat de leurs recherches et l’analyse des espèces découvertes par  des procédures scientifiques qui nous dépassent mais dont il résulte qu’il s’agit bel et bien de truffes soit d’espèces nouvelles soit d’une espèce connue, la truffe du Piémont (5).

 

 

QUELQUES QUESTIONS

 

SOUS QUELS ARBRES ?

 

Si nos truffes se trouvent en général dans les racines des chênes truffiers au moins dans les fermes de trufficulture, on les trouve à l’état sauvage et spontané sous bien d’autres arbres (6). Nos chercheurs visaient-ils systématiquement la truffe invisible sous les chênes du parc ou d’autres champignons ?

 

 

SELON QUELLE MÉTHODE ?

 

C’est l’odeur de la truffe qui conduit à sa découverte et nous connaissons trois façons de la renifler, le cochon qui a le meilleur odorat que le chien qui vient en second et l’homme en dernier. Nous avons quelques peines à imaginer nos chercheurs arpentant le parc en tenant une truie en laisse (7).

 

 

LA TRUFFICULURE  A-T-ELLE UN AVENIR EN THAÏLANDE ?

 

Il y a un préalable incontournable, c’est celui de la qualité olfactive et gustative du produit. Nous ne connaissons à cette heure aucun élément concret

 

 

Une fois choisi l’arbre truffier, il faut lui trouver un terrain géologiquement et climatiquement adapté (8).

 

 

La trufficulture est une invention française relativement récente : Joseph Talon, le précurseur, semait des glands et récoltait des truffes près d'Apt en 1808.

 

 

Il y a de nombreux aléas. C’est un investissement à long terme : Un arbre truffier commence à produire vers 5 à 8 ans selon les espèces, les densités de plantation et l’entretien. Le plein rendement se produit la 12e année mais peut alors durer des dizaines d’années. Un paysan thaï qui vit au jour le jour n’a évidemment pas les capacités de se lancer dans cette opération. Il est un autre aléa de taille, le rendement d’une truffière bien entretenue varie de façon considérable en fonction des conditions climatiques en particulier, on parle pour les truffières bien gérées du Sud-est d’une production tombant à 20 kilos l’hectare et pouvant grimper jusqu’à 90 voire un quintal ce qui se traduit par des cours en sinusoïde. On compte selon le mode de plantation entre 250 à 400 arbres à l’hectare (9).

 

 

 

 LA CONCURRENCE CHINOISE

 

Notre propos n’est pas de la discréditer. Les truffes de Chine sont comestibles. Leur aspect ne permet pas à l’œil de les différencier de la Tuber melanosporum (10). Le prix est tout simplement environ moins du dixième de celui d’une truffe « du Périgord ». Au goût et à l’odeur, elles se rapprocheraient plutôt des truffes blanches d’été mais d'une beaucoup moins bonne valeur gastronomique, c 'est du médiocre  très  médiocre (11).

 

La question fondamentale est que si la Thaïlande devient une truffière de qualité, elle fera l’objet de la même intrusion nauséabonde des Chinois sur le marché de la truffe en France. Elles font l’objet d’une fraude massive, il est de nombreux exemples de truffes chinoises vendues comme Tuber melanosporum, en général mélangées à quelques rares Truffes « du Périgord », ses cousines. Une prestigieuse épicerie fine de Paris s’y est fait prendre il y a quelques années par des truffes chinoises parfumées chimiquement. Pour la direction générale de la répression des fraudes, la seule mention Tuber indicum pour une denrée contenant de la truffe de Chine tant dans le commerce de détail qu'au niveau de la restauration est insuffisante et susceptible d'induire en erreur le consommateur. Il en est d’ailleurs de même de la simple indication « truffes noires » sqns ndicqtionde lq provenqnce. Or la protection du consommateur en Thaïlande est loin d’avoir la rigueur de la législation française en matière notamment d’étiquetage sur l’origine du produit. Nous le savons déjà pour le vin (12).

 

 

Si l’existence de truffes de la même espèce que les truffes piémontaises est confirmée, souhaitons un bel avenir à la future production thaïe.

QUELQUES PAGES INTERNET POUR LES AMATEURS

 

https://www.truffe-noire.fr/

https://www.visitvar.fr/fr/fiche/trufficulteurs-4854638/

https://parcduverdon.fr/fr/terroir-et-savoir-faire/la-truffe-noire-de-provence-ou-tuber-melanosporum

http://www.fft-truffes.fr/

https://www.facebook.com/Association-Des-Trufficulteurs-Des-Alpes-De-Haute-Provence-114468199401336/

https://www.facebook.com/syndicat.trufficulteursduvaucluse.9

https://www.facebook.com/truffesduperigordbordeaux

NOTES

 

(1) Citons en particulier Adolphe Chatin qui en parle dès 1869 dans son précieux « La truffe : étude des conditions générales de la production truffière »  ou Robert Loire dans une étude récente « Les truffes » In : Bulletin mensuel de la Société linnéenne de Lyon, 71 année, n°2, février 2002. pp. 1-14;

 

(2) Sur le site : https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/politique-etrangere-de-la-france/diplomatie-scientifique-et-universitaire/veille-scientifique-et-technologique/thailande/article/decouverte-de-truffes-blanches-en-thailande

 

(3) Journal du 8 septembre 2017.

 

(4) Sur le site : https://prcmu.cmu.ac.th/perin_detail.php?perin_id=1017

 

(5) Mycological Progress 2016 « Morphological and molecular evidence support a new truffle, Tuber lannaense, from Thailand ». Cette revue est en quelque sorte le journal official des mycologues du monde entier.

 

 

(6) Diverses espèces de chênes, chêne pubescent dit « truffier »,  Chêne vert, Chêne liège, chêne kermès etc… Les noisetiers, les cèdres, les pins, pin d’Alep ou pin noir d’Autriche, les ifs, les buis, les hêtres et de nombreuses autres espèces selon l'emplacement géographique. S’il y a des chênes dans le parc, il y a aussi des résineux. La truffe de Chine dans le Yunnan et le Sé-Chouan est cultivée dans les clairières des forêts de pins

 

(7) Le cochon, en général la truie qui est plus docile, traque pour elle-même, et doit être surveillée de près. Elle est plus difficile à garder à la maison que le chien et son usage tend à disparaître.

 

 

Les chiens, quelle qu’en soit la race, même le plus horrible roquet, doivent faire l’objet d’un apprentissage.

 

 

Truie ou roquet, ils ont le mérite de ne s’attarder que sur les truffes venues à maturité. L’homme est le dernier en piste car son odorat n’a pas la finesse de celui de ces animaux. Quelques espèces de mouches survolent l’emplacement des truffes pour déposer leur ponte sur le sol. Existent-elles en Thaïlande ? 

 

 

Elle n’est pas facile à identifier, mais lorsqu’elle est repérée l’odorat confirme et il ne reste qu’à creuser. C’est essentiellement le procédé utilisé par les pilleurs de truffières car il n’y a pas de signe extérieur mais le rendement est dérisoire.

 

 

(8) En France les chercheurs de l’INRA (Institut national de la recherche agronomique) qui ont réalisé des efforts gigantesques pour le développement de la trufficulture définissent le Ph du sol qui doit être dépourvu d’acidité, en général calcaire et sa perméabilité.

 

 

(9) Ces chiffres reposent pour partie sur des suppositions : Jamais un paysan avisé ne vous avouera quel est le rendement de ses arbres d’autant que sur les marchés beaucoup de transactions se font de la main à la main souvent dans l’arrière salle du café du village. Par ailleurs, en dehors des exploitations trufficoles bien visibles, beaucoup de paysans dans les régions déshéritées ont souvent une truffière dans les collines qui n’apparaît pas comme telle au cadastre et échappe aux hommes de Bercy qui n’ont pas un nez de chien truffier. Cette production s’écoule « hors TVA » sur les petits marchés locaux ou chez les restaurateurs qui ont en général un discret fournisseur attitré. Il n’y a par ailleurs pas de déclaration de récoltes comme dans la viticulture. Les estimations de la superficie des truffières en France est tantôt de 10.000 hectares, tantôt 20.000, allez-donc savoir.

 

 

(10) Voir à ce sujet «  Étude préliminaire de I'ascocarpe de Tuber  indicum, truffe chinoise récemment introduite en France » in Comptes rendus de l'Académie des sciences. Série 3, Sciences de la vie - 1996-06. 319. En dehors bien sûr du goût et de l'odeur, les différences n’apparaissent qu’à l’échelle microscopique.

 

 

(11) Quand nous parlons de médiocre, ce n’est pas péjoratif, « in medio stat virtus » écrivait Horace,

 

(12) Voir notre article A 385 - LE VIN EN THAÏLANDE, DU MEILLEUR AU PIRE

 

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/08/a-385-le-vin-en-thailande-du-meilleur-au-pire.html

 

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7 janvier 2021 4 07 /01 /janvier /2021 22:01

 

Il est singulier que les premiers observateurs ayant visité le Siam ne s’attardent guère sur la nourriture de ses habitants. La Loubère nous parle évidemment d’une foultitude de fruits, du riz et de la trilogie poulet-cochon-poissons sans nous parler d’une quelconque pâtisserie. Monseigneur Pallegoix n’est guère plus prolixe à ce sujet. Il nous parle toutefois de gâteaux au riz gluant fermenté, de gâteau à la « pistache de terre » (arachide), de gâteaux parfumés au lait de coco et de confiture de tamarin, le tout sans s’y attarder.

 

 

Les Siamois d’alors qui disposaient de tous les ingrédients nécessaires à la pâtisserie (sucre bien sûr, de canne ou de palme, lait, farines, œufs de poule ou de cane, matières grasses …) faisaient-ils alors bien la différence  entre la cuisine proprement dite et la pâtisserie au sens strict ? Elle n’est au demeurant pas toujours évidente dans un pays comme le nôtre où la tradition gastronomique est ancienne. Ce n’est ici pas certain dans la mesure où on sert volontiers une tranche d’ananas avec du sel et où la cuisine mélange allégrement le sucré et le salé (เปรี้ยวหวาน – priaowan) ce qui n’est pas désagréable en soi, nous mangeons bien du canard à l’orange, du sanglier aux airelles ou des cailles aux raisins.

 

 

C’est peut-être lorsque Maria Guyomar de Pina, veuve de Phaulkon, l’ancien premier ministre du roi Naraï fut condamnée à servir à perpétuité dans les cuisines du palais royal à la fin du XVIIe siècle que la notion de pâtisserie proprement dite se peaufina. Elle y introduisit de nombreuses recettes de douceurs qu’elle connaissait de par ses origines paternelles portugaises mais en utilisant les produits locaux. Ces recettes débordèrent de la cour vers le reste du pays et elle y acquit le titre de « reine des desserts thaïlandais » sous lequel elle est toujours connue (rachinihaengkhanomthai - ราชินีแห่งขนมไทย). Nous lui avons consacré un article (1). Il est évidemment difficile de lui attribuer l’invention de telle ou telle douceur bien qu’elles soient probablement nombreuses mais c'est d'elle que date l'histoire de la pâtisserie au Siam.

 

 

Si aujourd'hui la consommation de pâtisseries s’étale tout au long de l’année, certaines d’entre elles sont plus spécialement affectées à des périodes précises, de fêtes en particulier, sachant que pour les Thaïs toutes les occasions de faire la fête sont bonnes. Nous avons consacré un article à quelques-unes d’entre elles qui sont plus spécialement consommées à l’occasion des fêtes du nouvel an bouddhiste, du 13 au 15 avril de chaque année (2).

 

 

Nombreux sont ceux qui après tout ne mangent de crêpes qu'à la chandeleur, de bûche qu'à noël et de galette des rois qu'à l’épiphanie.

 

 

La nouvelle année administrative commence depuis plus d’un siècle comme la nôtre le 1er janvier. Ce  sera donc une nouvelle occasion de faire la fête, quelques pâtisseries sont donc spécialement affectées à cette époque même si vous les trouverez tout au long de l’année sur les étals de nos marchés mais en moindre abondance.

 

Les postes royales leur ont d'ailleurs consacré en ce début d'année une très belle émission de timbres-poste  à huit d’entre elles.

 

 

Commençons par le khanom thongmuangsot (ขนมทองมัวสด) 

 

C’est une espèce de crêpe croustillante cuite à la poêle, souvent vendue enroulée dans des feuilles de pandan, mélange de farine, de sucre, de lait de coco et de graines de sésame. Il est probable qu’il s’agit d’une recette inspirée directement  par Maria Guyomar.

 

 

L’origine du khanomtom (ขนมต้น) serait ancienne, associée à certaines cérémonies comme la pose du pilier fondateur d’une maison. Nous y trouvons de la farine de riz gluant, du jus de pandan, de la noix de coco râpée, du sucre et palme et de canne. Il est également cuit à la poêle et nécessite de nombreuses manipulations.

 

 

Le khanom kliplamduan (ขนมกลิบลำดวน

 

 

...est à base de farine,  de sucre et d’huile végétale. C’est une espèce de biscuit cuit au four et souvent coloré  avec  des colorants en principe alimentaires, vert pour la pandan,

 

 

fleurs de pois bleus pour le bleu

 

et curcuma pour le rouge.

 

 

 

Le khanom sampanni (ขนมสำปันนี) est une espèce de bonbon aux diverses couleurs, cuit longtemps en casserole, mélange de farine de tapioca, de sucre et de lait de coco et également coloré à volonté.

 

 

Le khanom piakpun (ขนมเปียกปูน) est encore une espèce de bonbon acidulé qui peut se faire sans cuisson, farine de riz, sucre de palme, jus de citron vert. Le mélange est souvent épaissi à l'aide d'arrow-root, d’agar-agar ou d'amidon de tapioca.

 

 

Le khanom  wunkrop (ขนมวุ้นกรอบ) est également une espèce de bonbon gélatineux et multicolore mélange d’agar-agar, d’eau de fleur de jasmin, de sucre,  d'arrow-root et toujours les colorants naturels.

 

 

Le khanom  tako (ขนมตะโก้) est une espèce de crème composée à base de farine de riz ou de farine de haricot mungo, de sucre et mélangé avec de l'eau de fleur de jasmin. Au mélange crémeux, on ajoute de la crème de coco épaisse semblable à notre crème fouettée occidentale.

 

 

Le khanom rerai (ขนมเรไร)  est à base de farine de riz, farine de tapioca, arrow-root, lait de coco, noix de coco râpée et sucre, le tout  cuit à feu doux dans une casserole.

 

 

Ces gourmandises, plus bonbons que pâtisseries, appellent quelques observations :

 

Il est difficile de trouver les recettes même en anglais. Internet dévoile toutefois une multitude de  sites qui donnent toutes explications utiles le plus souvent par vidéo, chaque cuisinier ayant se recette qu’il considère évidemment comme la meilleure.

 

Nous notons l’usage presque systématique de produits gélifiants gélatineux que certains peuvent trouver parfaitement écœurants mais on ne discute pas en matière de goûts.

 

Il nous semble, au vu des recettes que nous avons pu consulter sur la toile que les proportions de sucre, qu’il soit de palme ou de canne, que sa présence pourrait être diminué systématiquement de façon drastique … mais c’est encore question de goût.

 

 

NOTES

 

(1) A 265 - MARIA GUIMAR, ÉPOUSE DE CONSTANTIN PHAULKON ET« REINE DES DESSERTS THAÏLANDAIS »

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/07/a-266-maria-guimar-epouse-de-constantin-phaulkon-et-reine-des-desserts-thailandais.html

 

(2) A 308 - LES DESSERTS DE SONGKRAN (NOUVEL AN BOUDDHISTE) EN THAÏLANDE ET AU LAOS - ขนมส่งความสุขรับขวัญปีใหม่

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/03/a-308-les-desserts-de-songkran-nouvel-an-bouddhiste-en-thailande-et-au-laos.html

 

 

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28 décembre 2020 1 28 /12 /décembre /2020 22:34

 

 

 

Le premier journal apparut au Siam sous le règne de Rama III (de 1824 à 1851). Il fut l’œuvre éphémère d’un missionnaire évangéliste américain, Dan Beach Bradley.

 

 

Rappelons que le « traité d’amitié et de commerce entre sa Majesté le magnifique roi du Siam et les États-Unis d’Amérique » dit « traité Roberts » date de 1833 et fut à la fois le premier conclu par les États-Unis et une nation asiatique et le premier conclu par le Siam avec une nation occidentale.

 

Dan Beach Bradley naquit le 18 juillet 1804 et mourut à Bangkok le 23 juin 1873.

 

Il vit le jour dans une famille missionnaire à Marcellus, une petite ville dans l’état de New York. Il reçut une formation médicale  et obtint son diplôme de l'Université de New York en 1833. Bradley était profondément croyant depuis son enfance. En novembre 1832, alors qu'il avait 28 ans, il décida de consacrer sa vie à la prédication du christianisme dans un pays païen. Il devint missionnaire sous la supervision de l'American Board of Commissioners for Foreign Mission (ABCFM). Cette agence protestante fondée en 1810 avait pour mission d’envoyer des missionnaires à l'étranger mais aussi en dehors des motifs religieux, un but caritatif en général, comme l'ouverture d'écoles et d'hôpitaux.

 

 

Le 30 novembre 1832, le bureau lui assigne pour zone d’activité l'Asie du Sud-Est. Il quitta Boston en juillet 1834 et arriva à Bangkok le soir du 18 juillet 1835. C’est l’époque des débuts de la modernisation du pays sous l’égide du roi Nangklao. Il début son apostolat en ouvrant un dispensaire public, offrant tout à la fois des soins gratuits et l'enseignement du christianisme à ceux qui venaient à lui. Pour les Siamois, il était « Mo Bradley – หมอบรัดเลย์» le Docteur Bradley (mais non le « révérend »). 

 

 

Sa réputation de bon médecin arrive jusqu’aux oreilles du roi et des élites de la cour. Nombreux sont ceux qui font appel à ses soins. Par ailleurs, dès son arrivée au Siam il installe une imprimerie en rachetant la presse et les fontes du Capitaine James Low,

 

 

...un britannique de l’armée des Indes, responsable du premier ouvrage en caractères thaïs, une grammaire à l’usage des fonctionnaires et militaires tout autant que des commerçants et des missionnaires publiée à Calcutta en 1830. Nous ignorons dans quelles conditions ils se sont rencontrés ? Peut-être lors d’une escale à Calcutta ? C’est probablement l’ouvrage qui, au cours de ce long voyage, lui permit de s’initier à la langue.

 

Il n’est pas le créateur de la première imprimerie au Siam comme on le lit trop souvent. Nous avons consacré un article à cette question, mais le premier à y avoir utilisé des caractères thaïs (1).

 

Il va publier des ouvrages pieux. Nous avons par exemple une vie du Christ publiée en 1841 qui semble d’ailleurs être une traduction de l’évangile de Saint Mathieu. Le roi lui confie aussi l’impression de documents officiels : on cite l’impression de la décision royale d‘interdiction du pavot.

 

 

 

L’ouverture du pays au monde occidental entraîne l’arrivée de nombreux étrangers, commerçants, explorateurs, voyageurs en sus bien sûr des missionnaires. Il va imaginer de les doter d’un journal d’information en deux éditions, l’une en thaï et l’autre en anglais. Le premier journal japonais ne sera publié que 17 ans plus tard !

 

 

Le titre du journal est « The Bangkok Recorder » et หนังสือจดหมายเหตุ (nangsue chotmaihet), un terme aujourd’hui désuet pour désigner un journal, aujourd’hui on lit หนังสือพิมพ์ (nagsuephim). Le format de la version thaïe est de 15,24 x 22,86 cm (6 x 9 pouces) et l'édition anglaise double ces dimensions. La mise en page est sur deux colonnes sur 4 pages. Le journal va connaître une double vie, 1844–1845, et 1865–1867. Nous ne nous sommes penchés que sur la version thaïe qui a été numérisée et n’avons pas consulté une version anglaise dont nous ignorons si elle l’a été.

 

 

La numérisation des numéros subsistants a été effectuée par les soins du secrétariat de sa majesté le roi en 1994 (2).

 

 

 

 

LA PREMIÈRE PÉRIODE : 1ER JUILLET 1844 – 15 OCTOBRE 1845.

 

Le journal est mensuel, publié en principe le 1er juillet du mois : 16 numéros de juillet 1844 à octobre 1845. Il ne manque que les numéros d’août et septembre 1845. Le prix de chaque numéro est de 1 tical (1 baht). Peut-on faire la comparaison aujourd’hui ? Le journal donne des mercuriales, n’oublions pas qu’il est au moins partiellement destiné aux négociants (poivre, sucre, sel, cuir, ivoire, et bien sûr le riz).

 

On parvient sans trop de difficultés à trouver que le prix du riz de bonne qualité est de 1/25 de baht au kilogramme. Les douze numéros coûtent donc 25 kilos de riz. Si nous prenons du bon riz à environ 50 bahts le kilo (prix moyen début 2020), 1,250 bahts, la somme était probablement importante (3). Reste à savoir ce que gagnait un siamois modeste à cette époque ? Ce calcul est toutefois parfaitement aléatoire, Nous ignorons la diffusion de cette première série mais toujours est-il que le numéro de juin 1845 annonce que le journal sera désormais distribué gratuitement aux officiels et aux prêtres (de quelle religion ?) qui le demandent et pour les autres d’un salung c’est-à-dire un  quart de baht et ce, dans le but d’en augmenter la circulation. Ce ne fut probablement pas le cas puisque le journal publiait son dernier numéro en octobre. Nous ignorons les raisons de cette cessation d’activité mais il est probable que ce fut l’absence totale de succès.

 

Les articles

 

Ils sont assez éclectiques. En dehors des mercuriales nous trouvons quelques fois les « chiens écrasés », la découverte d’un éléphant géant, une invasion de tigres à Singapour ou l’attaque d’un paysan par un boa. Une histoire des îles sandwich jouxte celle de la pèche à la baleine en Amérique, l’utilité des pigeons voyageurs ou les mérites des chevaux arabes.

 

Plusieurs articles concernent les sciences: la composition  de l’atmosphère ou des notions de chimie élémentaire, les acides, les gaz, la vitesse du son, les avantages de l’électricité.

 

Nous trouvons de nombreuses fables notamment celle du loup et de l’agneau et la traduction de quelques proverbes américains de bons sens.

 

Les nouvelles proprement dites, d'Amérique, Chine, Singapour, Ceylan, ne sont pas nombreuses.

 

Beaucoup d’articles portent sur des sujets médicaux : le traitement des ulcères sur plusieurs numéros et la recette d’une lotion pour les soigner, plusieurs articles sur les fièvres intermittentes ( ?), les mérites de la vaccination, plusieurs articles aussi  sur la circulation du sang, les seuls d’ailleurs à être illustrés,  et d’autres sur les vertus de la quinine.

 

 

Les sujets religieux sont systématiquement à deux exceptions près, un article en octobre 1844 sur la tolérance religieuse en Turquie relatant un incident concernant un musulman converti au christianisme  et un article sur les écritures chrétiennes, simplement explicatif et non didactique en janvier 1845.

 

 

Pendant 20 ans, Bradley se consacre à ses activités missionnaires sans convertir personne mais probablement aussi à la rédaction de son dictionnaire, le premier dictionnaire thaï – thaï qui est un véritable travail de romain.

 

 

Il nage aussi dans les difficultés financières, ses mandants protestants américains sont pingres alors que les missions catholiques bénéficient via la presse des Missions Étrangères très répandue dans les milieux bien-pensants. On donne volontiers son obole pour « la conversion des petits Chinois ».

 

 

LA SECONDE PÉRIODE ; 1ER MARS 1865 – 16 FEVRIER 1867.

 

Le journal reparaît, toujours sur 4 pages mais tous les 15 jours, et sans qu’apparemment le prix de l’abonnement ait été changé. Il a également été numérisé, il ne manque que quelques numéros. La situation au Siam a changé, La roi Mongkut est monté sur le trône et poursuit la modernisation de son pays. Aux États-Unis, la guerre de sécession qui vit au moins 700.000 morts est pratiquement terminée, les derniers bastions confédérés ont rendu les armes en juin 1865. Elle ne fut probablement pas étrangère à la décision de Bradley de reprendre la publication de son journal. La France poursuit par ailleurs son expansion coloniale en Asie du Sud-est, le protectorat sur le Cambodge est de 1863. Le premier traité avec la France est de 1856, le second de 1863 par lequel la France s’est emparé du Cambodge.

 

 

 Bradley va  faire  ni plus ni moins qu’une avant-première de « The Voice of America » profitant de la liberté exceptionnelle que le roi Mongkut confère aux occidentaux.

 

 

Dans les 48 numéros de mars 1865 à février 1867, le ton du journal change du tout au tout. D’une revue plus ou moins scientifique, Bradley en fit un organe de critique de l’administration siamoise, se mêlant, il faut bien le dire, de ce qui ne le regardait pas. Ses éditoriaux ne vont pas manquer d’irriter le roi par de permanentes critiques de la politique étrangère du Siam et des conseils « éclairés » sur la manière de gérer la politique intérieure. Un incident va éclater lorsque Louis Gabriel Alberic Audaret, premier consul de France à Bangkok,  officier de marine de formation, fut essentiellement responsable du traité par lequel le Siam reconnut la protectorat de la France sur le Cambodge qui était auparavant un état tributaire du Siam. Un article du journal accuse ouvertement le dit consul de se mêler des affaires intérieures du Siam invoquant les visées expansionnistes de la France et la fable du loup et de l’agneau. Aubaret en fit proprement un casus belli, en bon marin, il rêvait d’en découdre, et engagea contre l’américain un procès en diffamation. Le roi serait alors intervenu pour que Bradley perde son procès. Il fut condamné à une amende de 400 dollars. Les finances du journal étaient chancelantes, Bradley mit les clefs sous la porte avec le dernier numéro du 15 février 1867.

 

 

Une première fois, dans le numéro du 22 juillet 1965,  Bradley avait publié un  article provenant d’un lecteur intitulé « ควมมสงสไส เรือง เปรสซิเดนต์ ที่ เมือง อเมริกา » (khuam masongsasai  rueang  pretsiden  thi  mueang  amerika) que l’on peut traduite par Célébrer le président des Etats-Unis d’Amérique.

 

Le lecteur (probablement Bradley lui-même) évoque l'enthousiasme d'un Américain qui vivant à Bangkok faisant l’éloge du Président et de la forme républicaine du gouvernement. Pour nous résumer, si les principes démocratiques avaient été respectés, il n’y aurait pas eu de guerre civile et il aurait suffi d’attendre l’élection  future au lieu d’assassiner le Président Lincoln. Le dit lecteur demande alors à Bradley de fournir plus d'informations sur les États-Unis pour que les Thaïs qui lisent le journal Bangkok soient en mesure de respecter les États-Unis, le phare de la démocratie dans le monde.

 

 

Ce commentaire provocateur fut à l'origine des leçons sur le libéralisme que Bradley donna alors à ses lecteurs pendant près d'un an. De juillet 1865 à mars 1866, Bradley publiera régulièrement des articles sur la Guerre civile américaine, l’esclavage et la constitution des États-Unis. Il y défend avec acharnement la cause de l'abolition de l’esclavage et du bon droit du gouvernement de Lincoln dans la guerre civile. L’éloge des valeurs américaines perdure au XXIe siècle !

 

Sa critique de l’esclavage est peut-être justifiée sur le plan des principes, l’esclavage existait au Siam et n’a été aboli qu’en 1909 mais il faut savoir de quoi nous parlons. L’esclavage au Siam n’a rien à voir avec celui qu’ont connu les Etats-Unis. Monseigneur Pallegoix qui connaissait le pays peut-être mieux que Bradley nous écrit « … on peut dire, en général, que les Thaïs ont beaucoup d'humanité pour leurs esclaves, ne les font travailler que très modérément et les traitent souvent beaucoup mieux qu'on traite les domestiques en France » (4). L’esclavage est souvent volontaire, les esclaves ne sont pas de malheureux nègres arrachés de force à leur Afrique par des trafiquants en général arabes, vendus par les chefs de leurs tribus. On ne lâche pas des molosses sur les esclaves fugitifs au Siam.

 

 

La comparaison de l’esclavage aux États Unis avec celui du Siam relève tout autant de la mauvaise foi que de l’ignorance. Rappelons enfin que la liberté proclamée des esclaves dans le pays de Bradley et l’affirmation de leurs droits civiques resta pendant quelques dizaines d’années un vœu pieux.

 

 

Entre octobre 1865 et janvier 1866, Bradley va publier dans sa revue des pans entiers de la constitution des États-Unis qu’il présente comme un modèle de gouvernement républicain.

 

Le lecteur doit se convaincre que le pouvoir souverain appartenait au peuple, et que le peuple l’exerçait par l’intermédiaire de ses représentants. Les États-Unis étaient un pays d’hommes libres, gouverné par la loi plutôt que par la volonté arbitraire d'un seul homme.

 

Dans son numéro du 1er juillet 1865, Bradley donne en exemple celui d'Andrew Johnson, dix-septième président des États-Unis, un pauvre devenu roi dans son pays. Né en effet dans une famille misérable, il perdit soin père très jeune et dut gagner sa vie en cousant des vêtements. Il n'eut pas la possibilité d'aller à l'école mais apprit à lire et les mathématiques grâce à sa femme. Élu à un poste modeste lorsqu’il avait vingt ans, il prospéra et devint vice-précident et assuma la présidence en avril 1865 après l'assassinat d'Abraham Lincoln.

 

 

Bradley plaide évidemment en faveur d’une presse libre… mais ce qu’il écrit est bien la preuve que le gouvernement du Roi Mongkut ne l’a jamais censuré.

 

A-t-il vraiment introduit l’idée du libéralisme au Siam comme on peut le lire sous la plume d’un éminent universitaire thaï dans un article publié en 2015  (5) ? C’est une évidente exagération. Le même universitaire nous apprend, il n’y a pas de raisons de mettre ses chiffres en doute, que le  31 janvier 1866, le journal ne comptait que 102 abonnés pour la plupart membres de la famille royale et bénéficiaires de la gratuité, nobles ou riches chinois tous parfaitement réfractaires aux concepts libéraux prônés par Bradley avec lesquels ils sont en total désaccord. Il ne développe d'ailleurs sa théorie que du bout des lèvres.

 

Comment par ailleurs la diffusion aux abonnes était-elle assurée puisque les services postaux officiels datent de 1883 ?

 

Si le journal est mort, il mourut de sa belle mort tout simplement parce qu’il n’intéressait personne !

 

Son œuvre d’évangélisation fut également un échec cuisant puisque une page Internet qui lui est consacrée fait état de la contribution directe à une seule conversion (6).

 

Ne restons pas sur cette vision négative.

 

En dehors de son œuvre médicale qui fut immense et de son monumental dictionnaire, il a laissé une énorme œuvre écrite dont les manuscrits se trouvent dans les archives de la bibliothèque de l’Université de Yale confié par son fils Cornelius, également missionnaire à Bangkok (7).

 

NOTES

 

 

(1)  voir notre article

A 270- LES DÉBUTS DE L’IMPRIMERIE AU SIAM - จุดเริ่มต้นของการพิมพ์ในสยาม

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/07/a-270-les-debuts-de-l-imprimerie-au-siam.html

 

(2) https://dl.parliament.go.th/bitstream/handle/lirt/296974/2536_สมหมาย_ุนตระกูล_b.pdf

 

 

(3) Le cours du riz est donné au kwian (เกวียน), une unité de volume qui correspondrait au contenu d'un char à bœuf soit environ 2 000 litres, La densité du riz étant de 0,9, le poids est donc de 1800 kilos

 

 

(4) « Description du royaume thai ou Siam », tome I, page 299.

 

(5) Parkpume Vanichaka « The Beginning of Liberalism in Thailand: Dan Beach Bradley and Bangkok Recorder » in Journal of the Graduate School of Asia-Pacific Studies, n° 29(2015-3)pp.21-36.

 

(6) https://fr.qaz.wiki/wiki/Dan_Beach_Bradley

 

(7) Il a rédigé des notes non publiées sur l’histoire du Siam, une liste des 61 enfants du roi en vie en 1852, un essai sur la langue siamoise et son écriture, et plusieurs cartes du Siam, voir :

https://archives.yale.edu/repositories/12/resources/2921/collection_organization

 

 

 

 

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7 décembre 2020 1 07 /12 /décembre /2020 22:40

 

« Les proverbes sont le fruit de l'expérience de tous les peuples, et comme le bon sens de tous les siècles réduit en formules » écrivait Rivarol.

 

 

Pour Bescherelle, ce sont une « espèce de sentence, de maxime exprimée  en peu de mots, et devenue commune et vulgaire »….


 

 

« Mais à force d’être popularisés et vulgarisés par les écrivains », nous dit Larousse dans son grand dictionnaire du XIXe « les proverbes finirent par être appliqués sans goût et sans discernement ». Cervantès -son Don Quichotte date de 1605- les voue au ridicule dans la bouche de Sancho Pança dont ils jaillissent à chaque instant.

 

 

Le héros de la Manche lui conseille un jour où il en abusa plus que de raison (1) : « Tu feras bien, Sancho, de te débarrasser de cette multitude de proverbes que tu mêles à tout ce que tu dis. Les proverbes, il est vrai, sont de courtes sentences mais la plupart du temps, les tiens sont tellement tirés par les cheveux qu’ils ont moins l’air de sentences que de balourdises… »

 

 

Il est d’ailleurs même un proverbe garant de tous qui dit que « les proverbes ne mentent pas ». Jugeons sur pièces.

 

 

 

Les Thaïs en ont aussi leurs lots et plus encore : expressions idiomatiques (สำนวน - Samnuan), proverbes proprement dits (สุภาษิต – Suphasit) et autres aphorismes (คำพังเพย - Kham Phangphoei).

 

Si vous tapez dans le moteur de recherche Google, en français « Proverbes thaïs » : 256.000 entrées, en anglais « Thais proverbs » : 1.570.000 entrées et en thaï « สุภาษิตไทย » 2.400.000 entrées.

 

 

Il n’est un manuel d’apprentissage de la langue qui n’en donne quelques exemples choisis pour en démontrer l’étendue de la sagesse populaire. Nombreux sont ceux qui relèvent en vérité de ces aphorismes dont se délectait le bon Monsieur de La Palice : « Paris ne s’est pas fait en un jour », la belle affaire ! On trouvera facilement à chacun d’eux son équivalent en français même si y apparaissent l’éléphant et le cobra !

 

 

Il en est tout de même qui sont l’expression de la sagesse populaire d'une société et nous permettent de mieux connaître cette société elle-même.

 

Un éminent universitaire d’origine à la fois française, vietnamienne et Lao, feu Anatole-Roger Peltier, a dressé un inventaire de 628 d’entre eux (2).

 

Notre propos n’est évidemment pas d’établir une liste à la Prévert mais vous donner un bref aperçu de ceux que vous ne trouverez probablement pas dans les doctes manuels d’apprentissage, ceux dont la verdeur peut offusquer la pudeur de beaucoup de lecteurs thaïs ou français ! Nous vous les livrons il est vrai avec un certain sourire.

 

 

Les premiers sont d’un réalisme grossier peut-être mais certes pas vulgaires :

 

กำ ขี้ ดี กว่า กำ ตด kam khi dee kwa kam tôt 

Une merde vaut mieux qu'un pet (qui pue).

Celui-ci nous semble d’ailleurs plus spécifiquement Isan où l’on parle « gras » plus volontiers qu’à Bangkok.

 

 

Ne soyez pas choqués, ce vocabulaire a sa place dans le Dictionnaire de l’Académie royale qui précise toutefois en  tant que de besoin que le mot « ne doit pas être utilisé par les personnes convenables ». La scatologie n’est d’ailleurs pas inconnue parmi les plus grands de nos auteurs : Rabelais, Molière ou Céline.

 

Il est l’équivalent assez cavalier de notre mieux vaut tenir que courir.

 

 

Restons donc à la scatologie :

 

ขี้ใหม่หมาหอม khi maï ma hom. Pour un chien la merde fraîche sent bon.

 

 

C'est la traduction en thaï de l'adage que Suétone attribue au féroce Empereur Domitien, le cadavre d'un ennemi sent toujours bon.

 

 

 

Nous continuons dans ce registre :

 

ไม่มีมูลฝอยหมาไม่ขี้ maï mi foï ma mai khi Le chien ne chie que sur de la merde.

Nous dirions Les chiens ne font pas des chats ou tel père, tel fils.

 

 

Il a un équivalent : กินบนเรือนขี้บนหาังคา kin bôn ruan khi bôn lang kha : Quand on mange sur le toit, on chie sur le toit à peu près l’équivalent de comme on fait son lit, on se couche.

 

 

Mais y a-t-il quelque chose de plus stupide qu'un proverbe qui en contredit un autre ?

 

Le proverbe : Tel père, tel fils, est peut-être idiot mais celui- ci ne l’est pas moins : À père avare, enfant prodigue, est tout aussi bafouilleux.

 

 

Que dire des deux réunis ? Appliquons au thaï un proverbe qui dit strictement le contraire du précédent :

 

ถ้ามีฝอยหมาไม่ขี้ tha mi foï ma mai khi S’il y a de la merde, le chien ne chie pas. Comment voulez-vous qu'on s'y reconnaisse ?

 

 

 

Certes, il est un proverbe en langage « pour gens convenables » sur le sujet, va--il nous donner une réponse ?

 

ลูกไม้หล่นไม่ไกลต้น lukmai lon mai klai ton Le fruit ne tombe pas loin du pied de l’arbre. C’est donc Tel père, tel fils ?

 

 

Comme en français, à chaque proverbe, « fruit du bons sens des peuples », nous trouvons son contraire.

 

ปากหวานน้ำก้น pak ouan nam kôn bouche sucrée, jus de cul  un peu apprenez Monsieur que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute, mais c’est joliment dit !

 

 

Nous vous livrons le dernier avant de quitter la merde :

 

เห็นขี้ดีกว่าไส้ hén khi di kwa saï  Il vaut mieux voir la merde que les boyaux, un peu notre il vaut mieux s’adresser au bon Dieu qu’à ses saints.

 

 

Nous allons maintenant en quittant la scatologie et la merde de chiens vers les sentiments (si l’on peut dire) : Le premier de notre liste est le moins charitable :

 

ดูช้างให้ดูหางดูนางให้ดูแม่ dou tchang haï dou hang dou nang haï dou mè Pour jauger un éléphant regarde sa queue, pour jauger une femme regarde sa mère.

 

Il paraît en effet, que si, pour jauger un cheval, il faut examiner sa mâchoire, pour jauger un éléphant, il faut soulever sa queue ?

 

 

La seconde partie du proverbe se passe de commentaire.

 

 

Nous n’allons pas non plus tomber dans la galanterie française avec le suivant :

 

รักวัวให้ผูกรักเมียให้ตี rak wouaô haï phouk rak mia haï ti Si tu aimes ta vache attache la bien, si tu aimes ta femme frappe la bien.

 

Les ouvrages « convenables » remplacent l’épouse par l’enfant (ลูก louk) mais l’original est là ! Proverbe thaï ou proverbe musulman, ils sont 10%  dans le pays.

 

 

l est un diction que l’on cite souvent comme un vieux « proverbe arabe » : « Bats ta femme tous les matins, même si tu ne sais pas pourquoi, elle le saitt».

 

Dicton stupide, dirons certains mais comme tant de stupidités, il circule toujours… Il est peut-être aussi une interprétation un peu élastique d’une Sourate du Coran ? (3). 

 

 

 

รักนิด ๆ รักนาน ๆ rak nit nit rak nan nan Aimer un peu, aimer longtemps.

« Plaisir d’amour ne dure qu’un instant… » Nous dit la romance de Florian ou « pour une amourette qui passait pas là… » !

 

 

Terminons par une expression  convenable cette fois-ci

 

ไก่เห็นตีนงูงูเห็นนมไก่ kaï hén tin ngou hén nôm kaï Quand les serpents auront des pattes et quand les poules auront du lait….Pour nous  Quand les poules auront des dents mais d’une façon plus imagée !

 

Le proverbe se prête à tout. Ceux-ci n’ont peut-être pas la portée spirituelle des Proverbes du Roi Salomon mais nous ne trancherons pas la question de savoir s’ils sont vraiment la richesse des nations !

 

« La bienséance et l’honnêteté sont préférables au mot propre disait voltaire », ce qui est singulier dans une bouche pétrie de culture  classique. Bien avant Rabelais, Molière et Céline que nous venons de citer, les délicats poètes du siècle d’Auguste, Horace, Martial, Virgile   n’avaient pas peur de parler de stercus venu du grec σκωρ (skôr) ou de merda !

 

« Je suis grossier mais pas vulgaire, merde ! » disait le regretté Coluche.

 

Terminons par une expression  convenable cette fois-ci

 

ไก่เห็นตีนงูงูเห็นนมไก่ kaï hén tin ngou hén nôm kaï Quand les serpents auront des pattes et quand les poules auront du lait….Pour nous  Quand les poules auront des dents mais d’une façon plus imagée !

 

 

Le proverbe se prête à tout. Ceux-ci n’ont peut-être pas la portée spirituelle des Proverbes du Roi Salomon mais nous ne trancherons pas la question de savoir s’ils sont vraiment la richesse des nations !

 

« La bienséance et l’honnêteté sont préférables au mot propre disait voltaire », ce qui est singulier dans une bouche pétrie de culture  classique. Bien avant Rabelais, Molière et Céline que nous venons de citer, les délicats poètes du siècle d’Auguste, Horace, Martial, Virgile   n’avaient pas peur de parler de stercus venu du grec σκωρ (skôr) ou de merda !

 

« Je suis grossier mais pas vulgaire, merde ! » disait le regretté Coluche.

 

 

NOTES

 

- 1- Au sujet d’une histoire d’amour entre Basile et Quitterie, la litanie de Sancho est la suivante : « le bon Dieu y mettra ordre -  il y a du remède à tout - L'avenir n'est connu de personne -  Il passe bien de l'eau sous le pont dans vingt-quatre heures  -  Ce qui n'arrive pas une fois arrive l'autre - Souvent il pleut et fait soleil en même temps - Tel se couche en bonne santé qui le lendemain se relève mort - Qui peut se flatter d'attacher un clou à la roue de la fortune?  - Entre le oui et le non  d'une femme je ne voudrais pas risquer la fine pointe d'une aiguille - l'amour a des lunettes qui lui font paraître le cuivre de l'or - le pauvre est riche à ses yeux, et le verre devient du diamant ».

 

 

-2- « Dictons et Proverbes Thaïs », à Bangkok, 1980, 99 pages.

 

- 3 - La sourate «An Nisa – les femmes » dans la version diffusée par la Grande Mosquée de Paris que nous présumons donc parfaitement orthodoxe, dit dans son verset 34 « Les hommes ont autorité sur les femmes en raison des faveurs qu’Allah accorde à ceux-là sur celles-ci à cause des dépenses qu’ils font de leurs biens. Les femmes vertueuses sont obéissantes à leurs maris et protègent ce qui doit être protégé pendant l’absence de leurs époux avec la protection d’Allah. Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez les, éloignez-vous d’elles dans leurs lits et frappez-les… ».

 

 

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15 novembre 2020 7 15 /11 /novembre /2020 22:56

 

 

 

LOY KRATHONG

 

 

Nous avons parlé de la fête de Loy Krathong » (ลอยกระทง), la fête des « paniers flottants »,  qui se déroule la nuit de la pleine lune du 12e mois lunaire, cette année 2020, le 31 octobre (1).

 

 

****

 

En  dehors de la description de ces cérémonies aussi pittoresques que festive, nous avons cherché à savoir si elle avait un sens et une histoire ? Les notes de cet article donnent nos sources.

 

 

 

 

Une étude circonstanciée et beaucoup plus détaillée a été faire par notre ami du site Merveilleuse Chiang Mai  qui lui a consacré une série d’articles particulièrement érudits et aussi merveilleusement illustrés, il n’est pas inutile de les rappeler (2).

 

 

 

 

En  dehors de la description de ces cérémonies aussi pittoresques que festive, nous avons cherché à savoir si elle avait un sens et une histoire ? Les notes de cet article donnent nos sources.

 

 

 

Le premier consulté fut évidemment le grand érudit et infatigable chercheur du folklore siamois, Phraya Anuman Rajadhon. Il fut le premier chercheur thaï à avoir étudié en profondeur le folklore de son pays, à se pencher sur ses traditions séculaires sinon millénaires et à recueillir inlassablement la tradition orale.

 

 

 

Cette fête marque la fin de la saison des pluies, rivières et canaux sont en pleines eaux, le ciel est clair et l’humidité de l’atmosphère a (relativement) disparu. Le dur labeur des labours et de la plantation du riz est terminé. Il reste aux paysans un mois de tranquillité avant le temps de la récolte. Les fêtes peuvent alors commencer. Il n’y voit qu’un cérémonial auquel il ne faut donner aucune signification religieuse, mais il signale (son article est de 1951) avoir interrogé des personnes âgées qui lui ont expliqué qu’il s’agissait d’un acte de révérence à l’égard de la déesse mère des eaux, Mè Khongkha, la Mère de l'eau (พระแม่คงคา) qui nous semble appartenir au panthéon des divinités hindouistes. Elles ajoutaient qu’en dépit de dons généreux de celle-ci à l'homme, celui-ci pollue son eau de multiples manières et qu’il est bon, par conséquent, de lui demander pardon (3).

 

 

 

Il nous donne une autre explication plus religieuse : Bouddha avait laissé l’empreinte de son pied sur la rive sablonneuse de la rivière Nerbudda, dans le Deccan à la demande du roi des Naga, qui voulait adorer l'empreinte à l’endroit où le Seigneur avait disparu. Le Loy Krathong serait donc un acte d'adoration de la sainte empreinte qui se trouve aux Indes mais il ne nous la donne qu’avec le sourire, il a étudié les canons bouddhistes et ne l’a trouvé narré nulle part.

 

 

 

 

Il fait également référence à la tradition de Sukhothaï et la légende de la belle Nang Nophamat (นางนพมาศ) qui appartenait à la cour du roi Loethai  probablement. Le roi et sa cour étaient allés pour un pique-nique au bord du fleuve une nuit de cette pleine lune, mais cela ne nous explique pas les raisons de ce lâcher au fil de l’eau de paniers en feuilles de bananier portant bougies et bâtons d’encens.

 

 

 

 

Il cite  enfin deux sources : la première est de la main du roi Chulalongkorn lui-même : Phraratchaphithi sipsongduan  (พระราชพิ ธิ ๑๒ เดือน) ou « les cérémonies royales au cours des douze mois de l'année » écrit en 1888. Les conclusions du monarque sont simples : « Pour le roi, Loi Krathong n'a rien à voir avec une quelconque cérémonie ou rite. C’est simplement une occasion de réjouissance à laquelle tous les gens participent et pas seulement la famille royale;  ce n’est ni une cérémonie bouddhiste ni brahmaniste ».

 

 

 

 

Il nous renvoie enfin à consulter le Dr. Quaritch Wales, auteur d’un ouvrage publié à Londres en 1932 « Siamese State ceremonies », un coup dans l’eau, cet érudit décrit effectivement la cérémonie mais n’en donne aucune explication ni religieuse ni historique.

 

 

Peut-on dans ces conditions déterminer sérieusement l’origine historique de Loy  Krathong ?

 

Une offrande aux esprits de l’eau ? Une action de grâce à la déesse de l’eau, pour ceux qui vivent de l’eau, source de vie économique ? Tout simplement un passe-temps agréable pour une soirée au frais, en plein air au bord de l’eau et à la lumière de la pleine lune  ou tout à la fois et pour une fois une fête purement civile ?

 

Notre ami de Merveilleuse Chiang mai  a ouvert d’autres portes, ceux d’entre vous que le sujet intéresse consulteront son site avec profit, c’est à ce jour et à cette heure très certainement ce que vous pourrez lire de plus sérieux sur cette fête.

 

Les origines chinoises ?

 

La fête est peut-être venue de Chine par le Lanna : il existait en Chine de nombreuses fêtes consistant à faire flotter des bougies,  disparues avec le régime actuel mais qui subsisteraient encore à Java et Singapour.

 

 

Les origines indiennes ?

 

Les indiens pratiquent une fête consistant à faire flotter des lampes, la fête des lumières (Diwali) célébrée en automne qui remonte à la nuit des temps, probable rite agraire pour remercier la déesse des eaux de ses bienfaits. 

 

 

Les origines khmères ?

 

Les khmers ont absorbé la culture indienne et on retrouve chez eux la légende de Nang Nophama remerciant la mère des eaux mais associant Bouddha à la fête.

 

 

Le Lanna ?

 

Y –a-t-il un rapport entre la fête de Loikrathong et celle de yipéng (ยี่เป็ง)  que les habitants du Lanna fêtent le même jour ? 

 

 

Il y a donc une certitude, c’est qu’en réalité, les origines et la signification de cette fête sont incertaines même si toutes tournent autour des bienfaits de l’eau et que le lien avec la fête celtique d’Halloween sont de pure fantaisie.

 

 

HALLOWEEN

 

 

 

 

Le hasard a voulu -c’est un pur hasard- que la fête sinon bouddhiste du moins thaïe de Loy Krathong, tomba le 31 octobre de cette année 2020, le jour de la fête celtique de Halloween qui est figée au 31 octobre de notre calendrier julien. Les Celtes avaient probablement un calendrier non pas lunaire mais solaire qui ne coïncide pas avec le calendrier lunaire puisque le cycle de la terre autour du soleil ne coïncide pas avec celui de la lune autour de la terre.

 

 

 

La référence au soleil qui donne vie à la terre dans une civilisation qui vit dans le froid permanent tout au long de l’année importe plus qu’une référence à la lune qui ne brille que dans le froid de la nuit. Quoi de plus naturel alors de vénérer l’astre du jour et non celui de la nuit.

 

 

En se rappelant que Loy Kratong est tombé ces dernières années le 3 novembre en 2017, le 21 novembre en 2018, le 10 novembre en 2019 et le 31 octobre en 2020, il n’y a donc aucune déduction ésotérique fuligineuse à en tirer au niveau des rapports entre les Celtes et les bouddhistes.

 

 

 

Si nous nous amusions à ce jeu stupide, nous trouverions au hasard de la comparaison des calendriers des liens évidents entre le bouddhisme et le christianisme. Nous savons que la seule fête chrétienne, la plus grande assurément, établie selon un cycle lunaire est celle de Pâques.

 

 

La définition est la suivante : Pâques est le dimanche qui suit le quatorzième jour de la Lune qui atteint cet âge au 21 mars ou immédiatement après. Elle varie entre le 23 mars et le 25 avril. Les fêtes de la nouvelle année thaïe sont désormais fixées entre le 13 et le 15 avril. Les coïncidences entre Pâques (fête de la résurrection) et la nouvelle année ont été nombreuses, n’en citons que quelques-unes passées et à venir : Le 13 avril : 1941, 1950, 2031, 2036 et 2104. Le 14 avril : 1963, 1968, 1974, 2047, 2058, 2069 et 2104. Le 15 avril : 1900, 1906, 1979, 1990, 2001, 2063, 2074, 2085 et 2096. Nul n’a pensé y faire un lien. Mieux vaut que nous en restions là !

 

 

Que savons-nous de cette fête d’Halloween : avant J.-C., les druides qui détenaient le savoir tenaient sous leur emprise le monde celte.

 

 

 

 

Chaque année le 31 octobre, ils célébraient en l'honneur de leur divinité païenne Samhain (ou Samain), un festival de la mort : Ils se déplaçaient de maison en maison, réclamaient des offrandes pour leurs dieux et exigeaient parfois des sacrifices humains.

 

 

 

 

En cas de refus, ils proféraient des malédictions de mort sur cette maison : C’était en quelque sorte « la bourse ou la vie ». Pour éclairer leur chemin, ces malfaisants portaient des navets évidés et découpés en forme de visage dans lesquels brûlait une bougie faite avec de la graisse humaine de sacrifices précédents car les sacrifices humains ne leur étaient pas étrangers. La christianisation des terres celtes fut réelle mais relative, les traces de paganisme subsistaient encore en Bretagne jusqu’à la veille de la révolution de 1789. Au 18e et 19e siècle, les immigrants irlandais exportèrent cette vieille coutume dans leur terre d’accueil en remplaçant toutefois le navet par une citrouille pour on ne sait quelle raison. Si on a tenté d'associer à cette fête à la tradition chrétienne de la Toussaint, ce n’est qu’une hypothèse ; les origines en sont païennes sinon sataniques.

 

 

 

 

Le problème mais il est de taille est qu’elle fut au fil des années transformée en une méprisable mascarade commerciale. C’est exactement la même perversion de cupidité qui fit d’Odin, dieu celtique transformé en Saint Nicolas par l’église catholique puis en père Noël pollué par l’image qu’en donna Coca Cola.

 

 

 

 

Que ce jour soit considéré comme un festival d’automne où les enfants se costument en personnages de l'histoire américaine n’a rien de répréhensible.  Ce serait aussi bien et plus sain qu’ils le fassent pour mardi gras : Que certains pratiquent encore le culte d’Odin et de Wotan, de Lucifer ou de Satan pourquoi pas si les sacrifices humains ont disparu.

 

 

 

 

Mais la question est surtout que les Américains ont exporté cette fête devenue exclusivement commerciale là où elle n’a rien à faire, non seulement en Europe, mais aussi en Thaïlande en particulier.

 

Il est modestement permis de penser que moins de 0,0001 % ceux qui fêtent Halloween savent ce que cette fête représente.

 

Quand nous lisons sur une page Internet qui se donne les apparences du sérieux : La similitude entre Halloween des Celtes et Loy Krathong de Thaïlande est frappante, les deux festivals sont organisés pour protéger des démons et du mal …  nous devons rester cois ! Ce sont les rédacteurs qu’il faudrait frapper. Est-il permis d’écrire de telles bêtises ? Internet le permet mais que ceux qui ont vu lors de ces festivités une invocation quelconque aux démons nous le disent !

 

Nous savons que la croyance en des êtres surnaturels est innée chez l'homme. Les Thaïs les qualifient du terme générique de ผี « phi ». La traduction que l’on retrouve dans la plupart des lexiques ou dictionnaires, « fantôme » « démon » ou « esprit » est sinon mauvaise du moins très largement insuffisante.  Ce sont « Des choses que les êtres humains croient exister sous une forme mystérieuse, que l’on ne peut pas voir mais qui ont parfois un corps » (3). Nous nous sommes longuement penchés sur ces créatures, car effectivement nous vivons au milieu d’elles (4).  Leur étude est d’autant plus singulière que la ligne de démarcation entre les dieux et les créatures célestes bienfaisantes et les démons et créatures célestes malfaisantes est beaucoup plus difficile à faire que dans notre tradition biblique ! Il y a en effet de mauvais dieux et de bons démons.

 

 

Mais il est une certitude, c’est que les fêtes de Loy Kratong ne font intervenir  aucune de ces créatures et ce n’est que le hasard d’une coïncidence de dates qui est à l’origine de ces fuligineuses comparaisons.

 

 

 

NOTES

 

(1) Voir notre article : R9. UNE DES PLUS BELLES FÊTES DE THAÏLANDE : LE LOY KRATHONG (22 NOVEMBRE 2018) :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a167-une-des-plus-belles-fetes-de-thailande-le-loykratong-124921789.html

 

(2) http://www.merveilleusechiang-mai.com/loy-krathong-et-ses-origines-chinoises

http://www.merveilleusechiang-mai.com/loy-krathong-et-ses-origines-indiennes-1ere-partie

http://www.merveilleusechiang-mai.com/loy-krathong-et-ses-origines-indiennes-2eme-partie

http://www.merveilleusechiang-mai.com/loy-krathong-et-ses-origines-indiennes-3eme-partie

http://www.merveilleusechiang-mai.com/loy-krathong-et-ses-origines-indiennes-naraka

 

(3) Définition donnée par le dictionnaire de l’académie royale (édition 2002) qui en donne ensuite une très longue liste non exhaustive.

 

 

 

(4) Voir notre article :

A151. EN THAILANDE, NOUS VIVONS AU MILIEU DES « Phi » : http://www.alainbernardenthailande.com/article-a150-nous-vivons-au-milieu-des-phi-en-thailande-123529919.html

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1 novembre 2020 7 01 /11 /novembre /2020 22:57

 ภาษาไทยเป็นภาษาของใจ

 

 

Nous sommes parfois déconcertés par les rapports des Thaïs avec les sentiments, sentiments amoureux, sentiments amicaux  ou sentiments familiaux. Les sentiments y sont aussi nombreux et variés qu’ailleurs, mais ils se passent dans le cœur et souvent ils y restent. La langue thaïe a un mot pour chacun de ces sentiments ressentis dans le fonds de son cœur. C’est au cœur que l’on donne le plus de qualificatifs. En Thaïlande, même si on ne les montre pas, les sentiments du cœur sont nombreux, et dirigent la vie, plus peut-être la raison et la réflexion.

 

 

 

La langue est tout en expressions imagées particulièrement dans le domaine des sentiments. Elle utilise tout simplement à cette fin des mots composés (คำประสม - khamprasom). Ne revenons pas sur la grammaire thaïe, si elle est plus franche que la nôtre, elle est beaucoup plus complexe que ce que l’on lit trop souvent, notamment dans sa syntaxe.

 

 

Composée pour l’essentiel de mots monosyllabiques représentant un concept, l’adjonction au premier d’un autre mot en préfixe ou en suffixe représentant lui même un autre concept forme un troisième mot représentant un troisième concept au sens différent avec souvent beaucoup de subtilités : A et B peuvent donc donner AB ou BA  qui donnent C avec un sens différent de ses deux composants.

 

 

Ainsi nous avons eu de la peine à quantifier le  mot cœur (chaï – ใจ) qui est tout à la fois le cœur, centre des sentiments et des émotions et l’organe qui bat dans notre poitrine et nous donne la vie. Le cœur-organe vital est plus volontiers hua-chaï  (หัวใจ  Littéralement  - tête-cœur).  N’entrons pas dans des cours d’anatomie, mais remarquons la construction de trois mots concernant l’organe : 

 

 

 

หัวใจห้องล่าง (huachai hong lang), Littéralement Coeur chambre basse, c’est le  ventricule qui très logiquement va devenir หัวใจห้องล่างขวา (huachai hong lang khwa) qui est le ventricule droit et หัวใจห้องล่างซ้าย (huachai hong lang sai) le ventricule gauche. La construction de ces mots est d’une logique implacable.

 

 

Mais quittons l’anatomie pour entrer dans les sentiments.

 

 

Vous entendrez souvent เข้าใจ (khao chaientrer – cœur), c’est comprendre mais comprendre quelqu’un n’est-ce pas un peu entrer dans son cœur ?

 

 

Deux autres mots du langage courant dans lesquels le positionnement du cœur en change le sens :

ดีใจ (di chai – bien- cœur) être bien dans son cœur, c’est évidement content 

 

 

Si nous mettons le cœur en préfixe, nous avons ใจดี (chai di – cœur – bien) qui devient généreux, bon.

 

 

สนใจ (son chai – intéressé – cœur), être attentif : être attentif aux propos de votre interlocuteur, n’est-ce pas faire preuve de cœur ?

 

 

Vous entendrez aussi souvent ใจเย็น souvent d’ailleurs doublé en ใจเย็นๆ  (chai yen – cœur – froid – froid), une façon pittoresque de dire « du calme ! ».

 

 

Si nous mettons chai en suffixe, nous aurons เย็นใจ (yen chai – froid – cœur) dont être calme et détendu.

 

 

A l’inverse bien sûr, ใจร้อน (chai ron – cœur – chaud), voilà un  impétueux !

 

 

Nous เสียpouvons d’ailleurs compléter ใจร้อนใจเร็ว  (chai ron chai reo – cœur – chaud – cœur vite) ce qui est tout simplement un superlatif du précédent !

 

 

Et si chai vient en suffixe nous aurons ร้อนใจ (ron chai – chaud - cœur), c’est de façon moins logique anxieux.

 

 

Continuons notre promenade avec le mot เสีย (sia – détérioré) : เสียใจ (sia chai – détérioré – cœur) devient désolé

 

et si le préfixe devient suffixe, ใจเสีย (chai sia - cœur - détérioré) devient découragé.

 

 

Nous ne prétendons pas vous donner des leçons d’apprentissage de la langue mais simplement citer quelques expressions courantes qui démontrent la complexité des sentiments du cœur et la diversité du langage pour les exprimer. Il est difficile d'imaginer une seule phrase en thaï sans rencontrer le mot chai traduisant, en dehors au concret, de l’organe, l’émotionnel, le mental, le spirituel, une condition ou un état physique et fait référence à l’abstrait, les sentiments.

 

Si nous cherchons à les inventorier, le Dictionnaire de l’Académie royale donne une centaine d’entrées mais ne concernant que les mots où il se trouve en préfixe.

 

 

Si nous poursuivons la recherche, le mot intervient 1997 fois dans un mot composé bi ou trisyllabique dans ce qui nous parait l’un des meilleurs sites sur la langue thaïe, malheureusement anglophone : http://www.thai-language.com/. En dehors de plus de 20.000 clips audio, son dictionnaire comprend 76.542 entrées, beaucoup plus que dans le Petit Larousse qui n’en contient que 63.000, 1997 entrées incluant le mot chai !

 

 

Le dictionnaire thaï-français de Charles Degnau qui en contient un peu plus de 19.000 entrées intègre environ 900 mots composés de bi ou pluri-syllabiques contenant le mot chaï.

 

 

A titre simplement indicatif, le Dictionnaire de Monseigneur Pallegoix qui est toujours un instrument utile même s’il faut parfois le dépoussiérer, comprend environ 30.000 entrées.

 

 

Remercions-les donc avec un « merci » spécifiquement isan : khopchai (ขอบใจ – remercier – cœur) qui est plus parlant que le classique khopkhun (ขอบคุณ – remercier – vous) même si en thaï de Bangkok il est considéré comme familier !

 

 

Sans aller plus avant un Français « moyen » utilise environ 5 000 mots pour se faire comprendre mais ce ne serait qu’une moyenne qui cache des distinctions importantes : Le vocabulaire quotidien et pratique varierait de 300 à 3 000 mots, selon le milieu dans lequel on évolue. Le vocabulaire actif compte de 800 à 1 600 mots pour les élèves du secondaire et 3 000 mots pour l'adulte moyen. Le vocabulaire de « culture générale » - soit les mots dont on connaît la signification, mais que l'on utilise moins fréquemment au quotidien - varierait entre 2 500 et 6 000 mots pour les élèves du secondaire, et entre 20 000 à 30 000 mots pour les personnes cultivées. Nous donnons ces chiffres sous bénéfice d’inventaire.

 

 

Quelques sites Internet, rares, parlent de cette utilisation systématique du mot chai en la qualifiant d’utilisation « métaphorique ». C’est à notre avis une erreur grammaticale majeure puisque cette forme de construction des mots n’est en rien une métaphore. Nous avons tous appris ou aurions-nous dû, au niveau tout au plus du Certificat d’études ou de l’examen d’entrée en sixième, ce qu’est une métaphore. Le plus bel exemple que citent tous les manuels est tiré de Victor Hugo : La métaphore, est une figure de style fondée sur l'analogie. Elle désigne une chose par une autre qui lui ressemble ou partage avec elle une qualité essentielle. La métaphore est différente d'une comparaison ; la comparaison affirmant une similitude : « La lune ressemble à une faucille » ; tandis que la métaphore la laisse deviner, comme quand Victor Hugo écrit « cette faucille d’or dans le champ des étoiles. ».

 

 

Bref, la langue thaïe sait ce qu’est une métaphore (อุปมา upama) (1).

 

 

Quel que soit le nom que l’on donne à cette forme de rhétorique, elle n’est l’apanage ni des écrivains ni des poètes. Comprendre et utiliser ce mot, c’est sans doute une façon de comprendre la mentalité thaïe, et l’identité thaïe alias « thainess ». Dans l’exemple que nous venons de citer « Comprendre » (เข้าใจ - khao chai), un mot simple du langage courant qui veut parfois dire bien davantage que « J’ai compris ce que  vous m’avez dit » mais «  ce que vous m’avez dit est entré dans mon cœur » (2).

 

 

NOTES

 


(1) Il semblerait que nous soyons en présence d’une hypallage, figure de style qui rapproche deux termes logiquement incompatibles dans une relation inédite. L’étude approfondie des tropes et de la rhétorique n’est toutefois pas de nos spécialités et elle est aujourd’hui largement méconnue !

 

 

(2)  Notons  que dans la même rhétorique, les Thaïs font un surabondant usage du mot (หน้า na),qui est le visage

 

 

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26 octobre 2020 1 26 /10 /octobre /2020 22:56

 

Qu’est ce qui a conduit Heine, ce poète romantique dont Gérard de Nerval disait « C’est un poète français qui se prend pour un Allemand » à consacrer un poème à notre éléphant blanc quelques années avant sa mort survenue à Paris en 1856 ?

 

 

LA GÉNÉSE

 

Nous allons rencontrer Théophile Gautier : Heinrich Heine et lui se sont connus peu après l’arrivée de Heine à Paris en 1837 et se sont rencontrés régulièrement ayant de nombreux amis communs dont Gérard de Nerval.

 

 

En janvier 1849, Gautier publie dans la « Revue des deux mondes » un poème singulier baptisé « Symphonie en blanc majeur » inséré par la suite dans « Émaux et camées ». Le blanc en est au centre, blanc des cygnes, blanc des femmes-cygnes des légendes germaniques, blanc de la neige et des glaciers, blanc de la peau des belles, blanc des camélias, blanc du lis, blanc de l’écume de la mer, blanc du marbre, blanc de l’argent et de l’opale, blanc de l’ivoire et de l’hermine, blanc du vif-argent et de la dentelle, blanc de la fleur d’aubépine, blanc de l’albâtre et blanc de la colombe. Ces 18 quatrains sont dédiés à une femme au travers de l’évocation de la blancheur. Laissons les exégètes s’extasier devant cette bluette qui n’ajoute rien à la gloire du poète (1).

 

 

Théophile Gauthier devait beaucoup à Heinrich Heine, plus que des remerciements, certaines pièces de ses « Émaux et camées » relèveraient presque du plagiat, mais ce n’est pas notre propos.

 

Les vers de Gautier obtinrent un succès au moins d’estime ce qui a probablement mis de mauvaise humeur Heinrich Heine qui n'a pas craint d'ébaucher la caricature de celle dont Gautier décrivait la blancheur. 

 

 

 

Deux ans plus tard, en octobre 1851, la même revue publia une série de poèmes de Heinrich Heine (qui signe Henri Heine), fantasques et grinçants, sous le titre de « Romancero poésies inédites » incluant celui intitulé Un Éléphant blanc Der weiße Elephant ») dans une traduction de Taillandier et qui semble avoir été écrit pour les besoins de la cause ? Il est en effet consacré à une comtesse Bianca dont Heine nous dit «  Les poètes cherchent en vain des images pour représenter sa peau blanche; Même Gautier lui-même n'en est pas capable, cette blancheur est implacable! » (2).  Il s'agissait – semble-t-il – d'une « demi-mondaine » qui fréquentait les cercles littéraires.

 

 

L’HISTOIRE DE L’ÉLÉPHANT BLANC AMOUREUX MELANCOLIQUE CONTÉE PAR HEINE.

 

 

Le roi du Siam, Mahawasant, gouvernait la moitié de l'Inde et douze rois, même le grand moghol, étaient ses tributaires.

 

Tous les ans, au milieu des tambours, des trompettes et des drapeaux, les caravanes des redevances, des milliers de chameaux à la bosse orgueilleuse transportaient avec peine toutes les richesses de son empire.

 

A cette vue le monarque jouissait secrètement dans son âme mais se plaignait en public du peu d’espace dont il disposait dans la salle qui contenait ses trésors.

 

Cependant vaste, spacieuse et magnifique, la salle contenant ces trésors qui dépassairent en magnificence toutes les féeries des Mille et une nuits.

 

« Le château d'Indra », tel était le nom du palais oú tous les dieux étaient rangés, statues d’or  finement ciselées et incrusté de pierres précieuses.

 

Il y en avait au moins trente mille, trente mille figures bizarrement effroyables, mélange de l’homme et de la bête, chacune avec de nombreuses mains et de nombreuses têtes.

 

Dans la salle de pourpre, on voyait avec admiration treize cents arbres de corail aussi grands que des palmiers, immense forêt rouge aux branches tortillées et aux entrelacements étranges.

 

Le pavé, fait du cristal le plus pur, reflétait tous ces arbres et des faisans  au plumage brillant et bariolé s’y prélassaient majestueusement.

 

Le singe préféré de Mahawasant portait un ruban de soie autour cou, y était attachée la clef qui ouvrait les salles appelées salles du sommeil.

 

Les gemmes d’une valeur inestimable étaient amoncelées à terre comme des petits poids. On y trouvait aussi des diamants de la taille d'un œuf de poule.

 

C’est là que sur des sacs énormes emplis de perles que le roi aimait à s’étendre. Le singe se couchait sur le monarque et tous deux s’endormaient en ronflant.

 

Mais le plus précieux de tous les trésors du roi, son bonheur, le ravissement de son âme, sa joie et son orgueil, c’était son éléphant blanc.

 

Pour servir de demeure à cet hôte auguste, le roi lui avait fait construire le plus beau des palais. Le toit couvert de feuilles d’or, était soutenu par des colonnes à chapiteaux en forme de fleurs de lotus.

 

Trois cents gardes, sa garde d’honneur, étaient debout à la porte, et à genoux le dos courbé, il était servi par cent eunuques noirs.

 

Un bol d’or contenait les mets les plus savoureux pour qu’il y plonge sa trompe. On lui servait dans des seaux d’argent du vin assaisonné des plus fines épices.

 

Il était parfumé d'essences d'ambre gris et de rose, sa tête était ornée de couronnes de fleurs, pour tapis de pieds, il avait les foulards les plus précieux de Cachemire.

 

La vie la plus douce lui était faite, mais personne sur terre n'est satisfait de son sort. Le noble animal, on ne sait comment, s’était enfoncé dans une profonde mélancolie.

 

C’était la mélancolie blanche au milieu de l'abondance. On voulait le consoler, lui remonter le moral, le distraire, mais les tentatives les plus ingénieuses échouèrent.

 

En vain, les bayadères virent chanter et danser devant, en vain retentirent les instruments des musiciennes ; rien ne pouvait l’égayer.

 

Comme son état empirait de jour en jour, le cœur de Mahawasant fut troublé; Il fit appeler aux marches du trône le plus savant de ses astrologues appelé Sterngucker, le familier des étoiles.

 

Il lui dit d’une voix impérieuse « Familier des étoiles, je te ferai couper la tête si tu ne peux me dire ce qui manque à mon éléphant et pourquoi son âme est si sombre ».

 

L’astrologue se jeta trois fois à terre et dit d’un air pénétré « Ô, Roi, je vais te révéler la vérité et tu agiras ensuite selon ton bon plaisir ».

 

 

Le récit de l’astrologue :

 

Il y a dans les pays du nord une très belle femme de grande taille et au corps blanc. Ton éléphant est superbe, mais on ne saurait le comparer à elle.

 

Comparé à elle, il semble en effet n’être qu’une petite souris blanche. La statue de cette femme rappelle Bimha, la géante du Ramayana et la grande Diane d’Éphèse.

 

 

Comme ses membres se cambrent en un édifice splendide ! L’édifice est supporté gracieusement et fièrement par deux pilastres d’albâtre d’un blanc éclatant.

 

Elle est la basilique colossale du Dieu Cupidon, la cathédrale du fils de Vénus. La lampe qui brule joyeusement dans son tabernacle est un cœur  sans défauts et sans tâches.

 

 

Les poètes cherchent en vain des images pour représenter sa peau blanche; Même Gautier lui-même n'en est pas capable, cette blancheur est implacable !  (3)  

 

La neige du sommet de l'Himalaya foulée par ses pieds nus prendrait une couleur de cendre grisâtre. Les lys que saisit sa main jaunissent de jalousie.

 

 

 

Cette grande dame blanche s’appelle la Comtesse Bianca. Elle vit à Paris dans le pays des Francs et l’éléphant est amoureux d’elle.

 

Par une merveilleuse affinité sélective, il a fait sa connaissance dans un rêve, oui, c’est dans un rêve qu’elle s’est glissée dans son cœur.

 

Le désir le consume depuis lors. Et lui, qui était si heureux et en bonne santé avant est devenu un Werther à quatre pattes et rêve d'une Lotte dans le nord (4).

 

 

 

Mystérieuse sympathie ! Il ne l'a jamais vue et pense à elle. Il piétine souvent au clair de lune et soupire: « Si j'étais un oiseau ! »

 

Au Siam il n'y a que son corps, ses pensées sont avec Bianca au pays des Francs;  Mais cette séparation du corps et de l'âme affaiblit son estomac et assèche sa gorge.

 

Les rôtis les friands lui répugnent. Il n'aime plus que les nouilles cuites à la vapeur et Ossian; Il tousse, il maigrit et creuse sa tombe avant l’âge (5).

 

 

 

Voulez-vous le sauver, sauver sa vie, le rendre au monde des mammifères, Ô roi, envoyez le grand malade directement à Paris, la capitale des Francs.

 

Là s’il voit en réalité la belle femme qui est l’idéal de ses rêves, il sera guéri de sa noble tristesse.

 

L’éclat des yeux de sa belle dissiperont les tourments de son âme. Son sourire dissipera les dernières ombres nichées dans son cœur.

 

Et sa voix comme une chanson magique en chassera la discorde qui règne dans son esprit. Il soulèvera joyeusement les lobes de ses oreilles et se sentira rajeuni et régénéré.

 

La vie est si belle, si douce sur les rives de la Seine  dans la ville de Paris ! Comme votre éléphant dans ce pays-là va se civiliser et se divertir !

 

Mais par-dessus tout, ô roi, faites remplir richement sa cassette de voyage et donnez-lui une lettre de crédit chez Rothschild frères, rue Lafitte (6).

 

Oui, une lettre de crédit d’environ un million de ducats. Le baron de Rothschild dira alors de lui  « C’est un brave  homme d’éléphant ».

 

 

Ainsi parla l'astrologue qui se prosterna encore trois fois au sol.  Le roi le congédia avec de riches présents et s’allongea pour réfléchir.

 

Il pensa ceci, il pensa cela, la pensée pèse lourdement aux rois. Le singe s’étendit à ses côtés et tous deux finirent par s’endormir.

 

Ce qu'il décida, je ne puis le dire, je le raconterai plus tard, la malle de l’Inde n’est pas arrivée et la dernière avait pris la route de Suez.

 

 

***

Mais pourquoi Heine inventa-t-il un éléphant blanc qui se meurt d’amour au Siam et doit aller à Paris pour trouver là une grande dame blanche ? Heinrich Heine n'a pas craint d'ébaucher la caricature de celle dont Théophile Gautier avait voulu tracer le portrait. Mais cette caricature-là est terriblement longue et apprêtée. Nous n’avons pas les compétences requises dans la langue de Goethe pour en apprécier les qualités poétiques et nous ne disposons que de la traduction en prose de Taillandier. Pour les germanophones, nous leur donnons le texte d’origine en note (7).

 

Il faut toutefois avoir l'esprit un peu obtus pour ne pas trouver tout cela autrement que bien peu spirituel. Ce poème n’ajoute rien à la gloire de Heine !  Il faut toutefois le prendre pour ce qu’il est, une longue tirade parodique sans autre but que de se moquer courtoisement de l’un de ses collègues en mal de métaphores.

 

 

NOTES

 

 

(1) Voir « SUR LA SYMPHONIE EN BLANC MAJEUR DE THEOPHILE GAUTIER » par Luciana Alloco Bianco

 

(2) « Die Dichter jagen vergebens nach Bildern, Um ihre weiße Haut zu schildern ; Selbst Gautier ist dessen nicht kapabel, O diese Weiße ist implacable ! »

 

(3)  Le mot « implacable » est en français dans le texte allemand.

 

(4) Souvenirs en général mauvais  pour tous ceux qui ont étudié l’allemand et qui ont été condamnés à traduire des pages de Goethe, le plus souvent des extraits du très classique « Les Souffrances du jeune Werther » (Die Leiden des jungen Werther). Bien que comportant une centaines de pages, les états d'âme de Werther – romantisme oblige – peuvent se résuler en quelques lignes : Le jeune Werther installé à Wetzlar en Hesse y tombe amoureux de Charlotte, déjà fiancée à un  autre homme. Il prend la fuite et se console à la lecture d’Ossian. Il déclare qu’Ossian a remplacé Homère dans son cœur et qu’il découvre avec délices les promenades sur la lande balayée par le vent de tempête qui conduit dans les brumes et sous la lueur obscure de la lune les esprits des ancêtres. Charlotte s'est mariée. Comprenant que cet amour est impossible, après une dernière visite  pendant laquelle il lui lit une traduction qu'il a faite du poème d'Ossian Les Chants de Selma, Werther se suicide. La maison de Charlotte à Wetzlar est présentement un musée.

 

 

(5) Cette association entre un plat de nouilles et Ossian est singulière. Ossian fut un pseudo Homère alors fort à la mode. Il aurait été un barde écossais du troisième siècle, aveugle comme Homère et auteur d’une série de poèmes dits « gaéliques » traduits et publiés en anglais entre 1760 et 1763 par le poète James Macpherson, qui eurent un énorme retentissement dans toute l'Europe. Il disait avoir traduit du gaélique cette épopée, retrouvée à partir de collectes de chants populaires dans les Highlands et les îles écossaises. Une vague d’ « ossianophilie » déferla sur toute l’Europe, en particulier chez les prés romantiques. À travers la référence à Ossian s’effectue le passage de l’histoire et de la mythologie gréco-latine à des références celtiques et la découverte d’un autre patrimoine culturel, hérité des ancêtres « barbares » des Européens, les Celtes, Germains et Vikings. L’un des plus grands ossianophiles fut Bonaparte mais il est difficile de le considérer comme l’arbitre du bon goût en matière de littérature. Ossian a été traduit à de multiples reprises au dix-neuvième siècle mais ne semble pas l’avoir été depuis lors ? Sa diffusion aujourd’hui est confidentielle et plus encore et pour avoir feuilleté un exemplaire en prose et une autre péniblement mis en vers français par un académicien, le barde nous a semblé aussi indigeste qu’un plat de nouille.

 

(6) La référence au banquier israélite est-elle la suite des origines juives de Heine qui lui valurent bien des désagréments de son vivant et post mortem puisque ses œuvres furent comprises dans le gigantesque autodafé de 1933.

 

 

(7)                                            Der weiße Elefant

 

Der König von Siam, Mahawasant,

Beherrscht das halbe Indienland,

Zwölf Kön'ge, der große Mogul sogar,

Sind seinem Zepter tributar.

 

Alljährlich mit Trommeln, Posaunen und Fahnen

Ziehen nach Siam die Zinskarawanen;

Viel tausend Kamele, hochberuckte,

Schleppen die kostbarsten Landesprodukte.

 

Sieht er die schwerbepackten Kamele,

So schmunzelt heimlich des Königs Seele;

Öffentlich freilich pflegt er zu jammern,

Es fehle an Raum in seinen Schatzkammern.

 

Doch diese Schatzkammern sind so weit,

So groß und voller Herrlichkeit;

Hier überflügelt der Wirklichkeit Pracht

Die Märchen von Tausendundeine Nacht.

 

« Die Burg des Indra » heißt die Halle,

Wo aufgestellt die Götter alle,

Bildsäulen von Gold, fein ziselieret,

Mit Edelsteinen inkrustieret.

 

Sind an der Zahl wohl dreißigtausend,

Figuren abenteuerlich grausend,

Mischlinge von Menschen- und Tiergeschöpfen,

Mit vielen Händen und vielen Köpfen.

 

Im « Purpursaale » sieht man verwundert

Korallenbäume dreizehnhundert,

Wie Palmen groß, seltsamer Gestalt,

Geschnörkelt die Äste, ein roter Wald.

 

Das Estrich ist vom reinsten Kristalle

Und widerspiegelt die Bäume alle.

Fasanen vom buntesten Glanzgefieder

Gehn gravitätisch dort auf und nieder.

 

Der Lieblingsaffe des Mahawasant

Trägt an dem Hals ein seidenes Band,

Dran hängt der Schlüssel, welcher erschleußt

Die Halle, die man den Schlafsaal heißt.

 

Die Edelsteine vom höchsten Wert,

Die liegen wie Erbsen hier auf der Erd'

Hochaufgeschüttet; man findet dabei

Diamanten so groß wie ein Hühnerei.

 

Auf grauen, mit Perlen gefüllten Säcken

Pflegt hier der König sich hinzustrecken;

Der Affe legt sich zum Monarchen,

Und beide schlafen ein und schnarchen.

 

Das Kostbarste aber von allen Schätzen

Des Königs, sein Glück, sein Seelenergötzen,

Die Lust und der Stolz von Mahawasant,

Das ist sein weißer Elefant.

 

Als Wohnung für diesen erhabenen Gast

Ließ bauen der König den schönsten Palast;

Es wird das Dach, mit Goldblech beschlagen,

Von lotosknäufigen Säulen getragen.

 

Am Tore stehen dreihundert Trabanten

Als Ehrenwache des Elefanten,

Und kniend, mit gekrümmtem Rucken,

Bedienen ihn hundert schwarze Eunucken.

 

Man bringe auf einer güldnen Schüssel

Die leckersten Bissen für seinen Rüssel;

Er schlürft aus silbernen Eimern den Wein,

Gewürzt mit den süßesten Spezerein.

 

Man salbt ihn mir Ambra und Rosenessenzen,

Man schmückt sein Haupt mit Blumenkränzen;

Als Fußdecke dienen dem edlen Tier

Die kostbarsten Schals aus Kaschimir.

 

Das glücklichste Leben ist ihm beschieden,

Doch niemand auf Erden ist zufrieden.

Das edle Tier, man weiß nicht wie,

Versinkt in tiefe Melancholie.

 

Der weiße Melancholikus

Steht traurig mitten im Überfluß.

Man will ihn ermuntern, man will ihn erheitern,

Jedoch die klügsten Versuche scheitern.

 

Vergebens kommen mit Springen und Singen

Die Bajaderen; vergebens erklingen

Die Zinken und Pauken der Musikanten,

Doch nichts erlustigt den Elefanten.

 

Da täglich sich der Zustand verschlimmert,

Wird Mahawasantes Herz bekümmert;

Er läßt vor seines Thrones Stufen

Den klügsten Astrologen rufen.

 

« Sterngucker, ich laß dir das Haupt abschlagen«,

Herrscht er ihn an, »kannst du mir nicht sagen,

Was meinem Elefanten fehle,

Warum so verdüstert seine Seele? »

Doch jener wirft sich dreimal zur Erde,

Und endlich spricht er mit ernster Gebärde:

« O König, ich will dir die Wahrheit verkünden,

Du kannst dann handeln nach Gutbefinden.

 

Es lebt im Norden ein schönes Weib

Von hohem Wuchs und weißem Leib,

Dein Elefant ist herrlich, unleugbar,

Doch ist er nicht mit ihr vergleichbar.

 

Mit ihr verglichen, erscheint er nur

Ein weißes Mäuschen. Es mahnt die Statur

An Bimha, die Riesin, im 'Ramayana',

Und an der Epheser große Diana.

 

Wie sich die Gliedermassen wölben

Zum schönsten Bau! Es tragen dieselben

Anmutig und stolz zwei hohe Pilaster

Von blendend weißem Alabaster.

 

Das ist Gott Amors kolossale

Domkirche, der Liebe Kathedrale;

Als Lampe brennt im Tabernakel

Ein Herz, das ohne Falsch und Makel.

 

Die Dichter jagen vergebens nach Bildern,

Um ihre weiße Haut zu schildern;

Selbst Gautier ist dessen nicht kapabel -

O diese Weiße ist implacable!

 

Des Himalaja Gipfelschnee

Erscheint aschgrau in ihrer Näh';

Die Lilie' die ihre Hand erfaßt,

Vergilbt durch Eifersucht oder Kontrast.

Gräfin Bianka ist der Name

Von dieser großen weißen Dame;

Sie wohnt zu Paris im Frankenland,

Und diese liebt der Elefant.

 

Durch wunderbare Wahlverwandtschaft

Im Traume machte er ihre Bekanntschaft,

Und träumend in sein Herze stahl

Sich dieses hohe Ideal.

 

Sehnsucht verzehrt ihn seit jener Stund',

Und er, der vormals so froh und gesund,

Er ist ein vierfüßiger Werther geworden,

Und träumt von einer Lotte im Norden.

 

Geheimnisvolle Sympathie!

Er sah sie nie und denkt an sie.

Er trampelt oft im Mondschein umher

Und seufzet: 'Wenn ich ein Vöglein wär!'

 

In Siam ist nur der Leib, die Gedanken

Sind bei Bianka im Lande der Franken;

Doch diese Trennung von Leib und Seele

Schwächt sehr den Magen, vertrocknet die Kehle.

 

Die leckersten Braten widern ihn an,

Er liebt nur Dampfnudeln und Ossian;

Er hüstelt schon, er magert ab,

Die Sehnsucht schaufelt sein frühes Grab.

 

Willst du ihn retten, erhalten sein Leben,

Der Säugetierwelt ihn wiedergeben,

O König, so schicke den hohen Kranken

Direkt nach Paris, der Hauptstadt der Franken.

 

Wenn ihn alldort in der Wirklichkeit

Der Anblick der schönen Frau erfreut,

Die seiner Träume Urbild gewesen,

Dann wird er von seinem Trübsinn genesen.

 

Wo seiner Schönen Augen strahlen,

Da schwinden seiner Seele Qualen;

Ihr Lächeln verscheucht die letzten Schatten,

Die hier sich eingenistet hatten;

 

Und ihre Stimme, wie 'n Zauberlied,

Löst sie den Zwiespalt in seinem Gemüt;

Froh hebt er wieder die Lappen der Ohren,

Er fühlt sich verjüngt, wie neugeboren.

 

Es lebt sich so lieblich es lebt sich so süß

Am Seinestrand, in der Stadt Paris!

Wie wird sich dorten zivilisieren

Dein Elefant und amüsieren!

 

Vor allem aber, o König, lasse

Ihm reichlich füllen die Reisekasse,

Und gib ihm einen Kreditbrief mit

Auf Rothschild frères in der Rue Lafitte.

 

Ja, einen Kreditbrief von einer Million

Dukaten etwa; - der Herr Baron

Von Rothschild sagt von ihm alsdann:

'Der Elefant ist ein braver Mann!'«

 

So sprach der Astrolog, und wieder

Warf er sich dreimal zur Erde nieder.

Der König entließ ihn mit reichen Geschenken,

Und streckte sich aus, um nachzudenken.

 

Er dachte hin, er dachte her;

Das Denken wird den Königen schwer.

Sein Affe sich zu ihm niedersetzt,

Und beide schlafen ein zuletzt.

 

Was er beschlossen, das kann ich erzählen

Erst später; die indischen Mall'posten fehlen.

Die letzte, welche uns zugekommen,

Die hat den Weg über Suez genommen.

 

 

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8 octobre 2020 4 08 /10 /octobre /2020 11:41

Cet animal sacré au Siam, en Birmanie et au Cambodge a naturellement suscité l’imagination des romanciers ou romancières. Nous avons rencontré le burlesque avec Robida (1), une histoire d’amour à l'eau de rose avec Judith Gauther (2), un feuilleton avec Armand Dubarry (3) et un conte pour enfants avec Georges Sand (4).

 

 

La version que nous donne Villiers est singulière. Elle est assurément la plus insolite, la plus fantastique et aussi la plus farfelue sortie de l’imagination débridée de l’écrivain. A l'exception peut-être des Contes cruels, qui ont bénéficié de multiples rééditions, son œuvre reste partiellement méconnue. Tel est le cas de cette Légende de l'Éléphant blanc oú il rassemble le meilleur de ses qualités, un style magistral et un humour à tout le moins particulier. Publiée une première fois dans la « Revue Illustrée » de 1886, illustrée par Eugène Courboin,

 

la même année la légende est insérée dans le recueil intitulé « l’amour suprème », illustrée par Auguste Gorguet. 

 

 

 

Le texte intervint dans un contexte géopolitique  qui n’est plus guère d’actualité.  Villiers aurait eu l’intention initiale de l’intituler « Les ruines d’Angkor », le situant au Cambodge alors tributaire du Siam, non encore protectorat mais chasse gardée des Français. La mainmise de l’Angleterre sur la Birmanie en 1885 modifia son intention première, Angkor devint Mandalay et les rives de l’Irrawaddy remplacèrent celles du Mékong (5).

 

 

Résumons-le en quelques lignes en tentant sans le trahir de n’être ni simplificateur ni imparfait. 

 

LE CONTRAT

 

Lord  W*** avait résolu de doter le Zoological garden de Londres d’un véritable éléphant blanc, fantaisie de grand seigneur, orgueil national aidant.

 

 

Un « grand touriste » de ses amis lui en avait donné l’idée, ayant lui-même rencontré l’animal à une hauteur de 22° de latitude en un endroit situé sur une carte. L’Anglais n’ignorait pas l’importance de cet animal pour les populations locales ni la guerre sanglante entre le Siam et la Birmanie qui fut déclarée pour la possession d'un de ces fantastiques animaux sacrés que le roi de Siam se refusait à céder aux Birmans. Le richissime gentilhomme offrit cent mille livres (deux millions cinq cent mille francs de l’époque) à l'illustre dompteur Mayëris pour qu'il procède au rapt d'un de ces animaux et le lui livre à quai à Londres non sans l’avoir avisé des risques encourus : La tradition bouddhiste promettait la ruine de l’empire du jour où un de ses éléphants disparaissait et mieux valait pour les chasseurs ne pas tomber entre les mains des autochtones ! Mayëris accepta le marché. Il s’adjoint les services d’une douzaine d’aventuriers chevronnés que Villiers appelle des bas-de-cuirs (référence à Fenimore Cooper ?).

 

 

Lui et ses hommes se jurèrent de se faire mutuellement, l'aumône d'une mort rapide, au cas où ils se verraient découverts et cernés, afin de ne pas tomber vivants entre les mains cruelles et échapper aux tortures des « talapoins de la Sacrificature » dont le gentilhomme leur avait fait une description terrifiante.

 

Notre bestiaire avait l’esprit pratique et s’était dit que pour enlever l’animal au travers des menaces et des dangers, il était d'abord indispensable de le teindre. Il chercha quelle teinture provisoire pourrait le mieux résister aux intempéries éventuelles, et finit par s'approvisionner, tout bonnement, de quelques barils de l'Eau pour barbe et cheveux  la plus en vogue chez la gentry !

 

 

L’EXPÉDITION

 

Le petit équipage gagne l'Asie et remonte en radeau un grand fleuve birman, jusqu'à la ville sainte où avait été signalée la présence de l’animal sacré sur la carte. Ils gagnèrent l’amitié des habitants en se présentant comme chasseurs de fourrures et détruisant un couple de tigres qui terrorisait la région. Ils s’étaient également attirés l’amitié du mahout de l’éléphant blanc par le respect simulé qu’ils manifestaient devant l’animal. Ils préparèrent leur embuscade. Pendant que Mayëris détournait l’attention du cornac, l'un des chasseurs, se dressant dans les hautes herbes, lui ajusta, pour l'assoupir, avec la rapidité de l'éclair et avec l’aide de ressorts d’acier le contenu d’une bonbonne de chloroforme à t'extrémité de la trompe. La bête s’engourdit. Mayëris et ses hommes s’emparèrent du cornac, le ligotèrent et le bâillonnèrent. On transporta le malheureux et l’animal à demi comateux sur  le radeau embusqué sur les rives du fleuve.

 

 

On enleva de ses défenses tous les ornements d'or et  les bracelets de pierreries dont les femmes de la ville les avaient surchargées. On ouvrit les barils de teinture et toute l’équipe se mit à le  badigeonner, de la queue à ses larges oreilles, imbibant d'une double couche de la puissante liqueur jusqu'aux derniers replis de la trompe. Dix minutes après, l'éléphant  sacré, complètement travesti à l'exception des ivoires, était devenu nègre.

LE RETOUR

 

Le voyage de retour jusqu’à la mer s’effectua sans incident majeur à un détail près, le malheureux mahout toutefois était mort d’émotion. Ce fut la simple affaire d’une pierre au cou. Nous retrouvons le cynisme des Contes cruels : « Pascal nous dit qu’au point de vue des faits, le Bien et le Mal sont une question de « latitude ». La traversée fut donc paisible.

 

L’ÉLÉPHANT CAMÉLÉON

 

Arrivée à Londres, l’heure fut venue de faire les comptes mais le directeur du zoo et notre gentilhomme s’écrièrent «  Mais il est noir votre éléphant blanc » ! Il fallut donc le déteindre car on ne peut proclamer blanc ce qui est noir. Le lendemain, Mayëris revint avec les chimistes nécessaires pour procéder, sans délais à l'opération. Ceux-ci s'acharnèrent donc à « relotionner » aussitôt de réactifs puissants  le malheureux pachyderme. Mais les acides de la teinture initiale avaient pénétré profondément l'épais tissu cutané du proboscidien de sorte qu'en se combinant avec ces acides, les réactifs, appliqués à t'étourdie, produisirent un résultat inattendu. Loin de reprendre sa teinte natale, l'éléphant devenait vert, orange, bleu roi, violet, cramoisi, gorge de pigeon, chatoyait et passait par toutes les nuances de l'arc-en-ciel. Sa trompe, pareille au pavillon bariolé d'une nation inconnue, durant une accalmie, pendait, immobile, contre le mât peinturluré d'une de ses jambes immenses, si bien que, dans un saisissement, le directeur émerveillé s'écria « mais c’est l’éléphant caméléon » !

 

 

L’ÉLÉPHANT MEURT D’AMOUR

 

Le lord refusa cet épouvantable versicolore qui n’avait aucune valeur morale, coiffa son chapeau et s’en alla. Mayëris dont la cupidité était inlassable ne perdit toutefois pas le nord et demanda au directeur s’il existait une éléphante dans son établissement. Il en était une seule. Le dompteur se proposa alors de croiser les animaux et, au bout des deux ans de gestation, de produire l’éléphanteau mulâtre devant les tribunaux pour faire foi de la blancheur du père. L’idée était séduisante mais le directeur lui affirma que les éléphants captifs ne se livrent pas aux jeux de l’amour. Qu’à cela ne tienne répondit le bestiaire, lui il est blanc et je vais saupoudrer sa nourriture des aphrodisiaques les plus violents !

 

 

Mais le lendemain, on trouva le malheureux pachyderme inanimé. Les doses de chin-sing (Ginseng) avaient été trop fortes, l’éléphant blanc était mort d’amour !

 

 

Mayëris s’empressa à nouveau auprès de Lord W*** qui lui répondit qu’il ne voulait pas d’un mulâtre ! Il proposa toutefois au dompteur 5000 livres d’indemnité pour le défrayer, lui et ses hommes et lui conseilla de retourner se procurer un autre animal blanc. Mayëris médita de donner des suites judiciaires à l’affaire et voulut alors plaider mais les hommes de loi l’assurèrent qu’il perdrait sa cause ! Il accepta la somme avec ses hommes et quitta Londres. Il conclut alors très philosophiquement  « ... hélas, au lieu de me prémunir, à la légère, de cette Eau fatale pour teindre et ravir l’éléphant sacré de Bouddha, que n’ai-je songé à remplir, tout simplement et comme un symbole, mes lourds barils de fer d’un peu de noir de fumée ? ».

 

 

NOTES

 

(1)  A 262 - VOYAGES TRÈS EXTRAORDINAIRES DE SATURNIN FARANDOUL À LA RECHERCHE L'ÉLÉPHANT BLANC

 http://www.alainbernardenthailande.com/2018/06/a-262-voyages-tres-extraordinaires-de-saturnin-farandoul-a-la-recherche-l-elephant-blanc.html

(2) A 355 - «MÉMOIRES D’UN ÉLÉPHANT BLANC» - L’HISTOIRE DE L’AMITIÉ ENTRE UNE PRINCESSE SIAMOISE ET UN ÉLÉPHANT BLANC. http://www.alainbernardenthailande.com/2020/02/a-355-memoire-d-un-elephant-blanc-l-histoire-de-l-amitie-entre-une-princesse-siamoise-et-un-elephant-blanc.html

(3) A 356 - « L’ÉLÉPHANT BLANC DE SIAM » - UN FEUILLETON D’ARMAND DUBARRY (1893)

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/03/l-elephant-blanc-de-siam-un-feuilleton-d-armand-dubarry-1893.html

(4) A 357- L’ÉLÉPHANT BLANC DE GEORGES SAND

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/03/a-357-l-elephant-blanc-de-georges-sand.html

(5) Ce  contexte a été analysée de façon remarquable par Daniel Mont dans un article intitulé « GENÈSE ET SOURCES D'UN CONTE DE VILLIERS DE L'ISLE-ADAM : « La Légende de l'Éléphant blanc » in Revue d’histoire littéraire de la France, 1974, pp.  627-643.

 

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5 octobre 2020 1 05 /10 /octobre /2020 22:09

 

Nous connaissons le rôle important que jouent les nagas (นาค), ces serpents  infernaux dans la religion des peuples bouddhistes. Ils habitent un monde souterrain, gardent les trésors de la nature, sont attachés à l'eau et apportent la prospérité. Le naga a sa forme féminine, ce sont les nakhis (นาคี), le génie des eaux, représentés comme un serpent à tête humaine. Ils peuvent aussi prendre forme humaine, voyager sous terre, nager dans l'eau et voler dans les airs. On leur doit la fertilité du sol et la fécondité des femmes.

 

 

Plusieurs fois, les femmes de cette race, prenant forme humaine, contractèrent des unions avec les fils des hommes. L’un de ces nagas devint même, selon la légende roi du Siam et  voici à quelle occasion. L’histoire est un classique dans le folklore thaï. Elle nous est contée par Monseigneur Pallegoix en particulier (1). Il l’a puisée des Annales des royaumes du nord  (pongsavada mueang nuaพงศาวดาร เมือง เหนือ). Elles sont un abrégé de l’histoire avant la fondation d’Ayutthaya. « Cette première partie est pleine de fables, et présente peu de faits historiques » nous dit-il mais il se complet manifestement à nous narrer ces fables.

 

 

Nous retrouvons l’histoire chez d’autres érudits, Charles Lemire (2) ou l’explorateur Raoul Postel qui en donne une version cambodgienne plus ou moins similaire (3). Cette légende a connu  de nombreuses adaptations modernes, l'une des plus connues est une pièce de théâtre de 1917 du roi Vajiravudh (Rama VI) dont nous connaissons les goûts et les talents littéraires.

 

 

Elle est l’histoire de Phra Ruang (พระร่วง), figure légendaire de l'histoire thaïe et fondateur du premier royaume thaï qui a libéré le peuple du joug de l'ancien empire khmer et ce bien avant que ne commence l’histoire officielle qui débute avec Si Inthrathit (ศรีอินทราทิตย์) qui régna sur le royaume de Sukhothai entre 1238 et 1270,

 

 

fondateur de la dynastie qui porte le nom de Phra Ruang au sein de laquelle nous trouvons en troisième position Rama Khamhaeng (รามคำแหง), inventeur de l’écriture thaïe.  Cette légende est considérée avec une condescendance par les érudits (4). C’est pourtant lui qui a donné son nom à la dynastie (ราชวงศ์พระร่วง - ratchawong Phra Ruang

 

 

La légende commence à l’époque de Bouddha. Il était à prendre son repas, près du village sur l’emplacement duquel fut construite plus tard, la ville de Haripunchai (หริภุญชัย) l’actuelle Lamphun (ลำพูน). 

 

 

Cependant, le saint homme ne pouvait trouver d’eau pour faire ses ablutions et se désaltérer, un naga vint lui en apporter. D’autres sources affirment que sur l’ordre de ce reptile, l’eau jaillit aux pieds de Bouddha. C'est pourquoi il lui prédit, qu'en récompense de cette charitable action, au bout de mille ans, il établirait un empire qui embrasserait toute la contrée arrosée par la rivière qu'il venait de faire jaillir, et que les rois des pays voisins lui rendraient hommage, et que jamais l’eau ne manquerait dans les limites de son royaume. Il le posséderait comme prince indépendant, ne reconnaissant la suprématie de personne. Le feu et l’eau constituent une aumône aussi efficace que les autres, lorsqu’ils sont donnés avec cette grâce qui découle des services rendus. Au nombre des avantages promis par Bouddha, au reptile charitable se trouvait celui de recevoir les hommages de tous les princes des régions transgangétiques.

 

 

Environ neuf siècles et demi plus tard, régnait à Haripunchai dans le pays de Sayam ou Siam, un roi d’une grande piété nommé Phraya-Aphayakha-Munirat ou plus simplement Aphayakha-Muni. Fidèle observateur de tous les préceptes de la religion bouddhiste, il se retirait de temps à autre, sur une montagne très élevée pour y faire ses méditations et mener la vie d’un anachorète. Une reine des nagas, Nang, avait l’habitude de se rendre au même endroit pour s’y divertir ou pour y accomplir des actes de dévotion. Attirée par la renommée du prince siamois, elle passa trois jours et trois nuits en sa compagnie et eut commerce avec lui.

 

 

Avant de reprendre le chemin de ses états et de se séparer de son amante, Aphayakha-Muni donna à cette dernière son manteau royal richement orné et un anneau précieux. Cependant la princesse des nagas se retrouva enceinte dans son royaume souterrain. Elle pensa bien que son fils ne naîtrait point d’un œuf, ainsi que cela a lieu d’ordinaire chez les nagas, mais qu’elle allait donner le jour à un être vivant. Un sentiment de pudeur lui fit craindre que son aventure ne se trouvât divulguée parmi ses sujets, et elle se rendit de nouveau sur la montagne. L’enfant vint au jour dans l’ermitage même où elle avait rencontré le monarque siamois. La mère le revêtit du riche costume laissé par celui-ci, plaça l’anneau à son doigt, puis regagna son palais sous terre. Un chasseur qui passait non loin de là, entendit les cris poussés par le nourrisson.

 

 

Il l’emporta chez lui, ainsi que les objets destinés à le faire  reconnaître, puis, il le confia à sa femme, lui recommandant de le nourrir comme son propre fils. Le jeune prince fut élevé dans la pratique de toutes les vertus commandées par la loi. Quelque temps après, il arriva que le roi Aphayakha fit expédier à ses ministres et à sa noblesse, l’ordre de lui élever un palais. Par toute l’étendue du royaume, le peuple siamois se trouva mis en réquisition. Chaque maison fut conviée à fournir son contingent de travailleurs corvéables. Le chasseur, lui aussi, se trouva appelé. Il prit son fils adoptif avec lui, et comme il faisait une chaleur accablante, le jeune homme fut placé à l’ombre, dans l’intérieur même du palais. Cependant l’édifice se mit à trembler, le dôme s’inclina comme pour rendre hommage au fils de la nakhi et l’ombre du palais, elle-même, paraissait voltiger. Le palais semblait avoir reconnu son futur maître légitime. Informé de ce prodige, le roi demanda au chasseur, quel était le père de l’enfant trouvé au milieu de la forêt qu’il avait élevé comme son fils. Puis, sur la demande du monarque, il lui remit les objets déposés auprès du jeune enfant. Le roi, éclairé sur sa question de paternité, retint l’enfant après avoir fait donner une récompense au chasseur. Le fils de la naga reçut alors le nom de Arunnarat et Aphayakha le fit élever avec un autre de ses enfants.

 

 

 

Ce jeune prince si miraculeusement reconnu avait vu le jour en l’an 950 de l’ère Bouddhiste,  soit au quatrième siècle de notre ère. Il n’était autre qu’une incarnation du serpent charitable dont Bouddha avait prophétisé la gloire future.  Son père qui l’aimait beaucoup lui donna pour épouse la reine de Satchanalai (ศรีสัชนาลัย). Elle était  la dernière de sa lignée et son mari devint ainsi gouverneur ou plutôt prince feudataire du pays en question. C’est alors que son père lui donné le nom de Phra Ruang ou Phraya-Luang dont Monseigneur Pallegoix nous donne deux traductions possibles, il s’agit de thaï archaïque « l’auguste prince » mais aussi « le moine serpent » L’histoire même du personnage prouve à quel point cette dénomination lui convenait.

 

 

On lui attribue la fondation d’un grand nombre de pagodes et de temples. On lui doit notamment un édifice religieux construit à Satchanalai, en un endroit où jadis avaient été déposées des reliques de Bouddha.

 

 

En ce temps-là, l’état de Sayam (ce qui signifierait « peuples bruns ») se trouvait sous la domination du roi du Cambodge et lui payait tribut. Phra Ruang alla en personne, présenter ses hommages et porter des présents au monarque cambodgien. Les cadeaux étaient splendides : Boîtes, corbeilles, plateaux en or  massif  aux délicates sculptures, ceintures, bijoux enrichis de pierreries, langouti de soie, vêtements richement brodés soulevèrent l’admiration de tous. L'offre de deux éléphants blancs accrut encore l'enthousiasme général. Mais ce qui attira principalement les regards du roi cambodgien et des mandarins de sa cour fut un panier rempli d'eau lustrale, laquelle ne coulait point par les fentes. Les Siamois devaient en effet fournir de l'eau à la capitale khmère à titre de taxe, une eau sacrée puisée dans un lac non loin de Lopburi. En effet, les cérémonies khmères exigeaient l'emploi d'eaux sacrées provenant de toutes les parties de l'empire. Phra Ruang avait utilisé ses pouvoirs pour rendre les paniers en bambou imperméables afin qu'ils puissent être utilisés pour transporter l'eau au lieu de lourds pots en argile. Tous les trois ans en effet le tribut d'eau, contenu dans de grandes jarres en terre cuite, était acheminé par chariots tirés par des bœufs. Bien évidemment des jarres se brisaient en cours de route ce qui obligeait les tributaires à faire un second voire un troisième voyage pour honorer les demandes du souverain.


Surpris de ce prodige extraordinaire, le roi consulta du regard ses prêtres mais ceux-ci tinrent leurs yeux obstinément baissés, n'ayant trouvé aucune explication d'une telle merveille.

 

Le soir, la reine dit à son époux : « Sire, avez-vous donc oublié que l'aïeul de Phra-Ruang fit à votre aïeul don d'une épée à poignée d'ivoire et d'or, ce glaive étincelant indiquait aux rois khmers qu'ils eussent à se garder des princes Siamois. Aujourd'hui, votre vassal relève la tête ; ses présents ne sont qu'un prétexte. Il veut étudier par lui-même les dispositions de vos sujets et les ressources de vos états, Par bonheur, le Ciel a daigné vous avertir par un nouveau prodige : il vous fait entendre que, si vous laissez vivre cet homme, il ne tardera pas à vous surpasser en mérite et en vertu ». 

 

Au point du jour, les soldats du roi  entourèrent traîtreusement le monarque siamois, mirent à mort son escorte, puis, l'ayant chargé de chaînes, le traînèrent au palais ou le roi ordonna qu'on lui  tranchât la tête.

 

Mais, au moment où les gardes allaient exécuter cet ordre, Phra Ruang, qui appartenait par sa mère à la race des nagas, disparut tout à coup dans les entrailles de la terre qui s'entrouvrît. Et une voix terrible retentit dans la salle : « O roi, parce que tu as été avide, parce que tu n'as pas redouté le mensonge,  parce que ton âme s'est montrée aveugle pour le crime et que tu as insulté au vœu sacré de tes ancêtres, le Roi des Anges te condamne ! Les chiens et les vautours dévoreront implacablement tes chairs ! ».

 

 

A partir de cette heure fatale, l'étoile du Cambodge s'obscurcit. Quelques jours après, Phra Ruang, de retour dans sa capitale, déclara la guerre au roi cambodgien. Depuis lors, non  seulement le Siam ne paya plus de tribut, mais encore il contraignit le Cambodge à reconnaître son indépendance et à lui payer tribut.

 

C'est alors en effet que le Siam s'affranchit de la domination cambodgienne et se constitua en pays libre. Les Siamois victorieux commencèrent à prendre le titre de Thaïs, c’est-à-dire « libres ». Phra Ruang inventa ensuite l’alphabet thaï pour ne plus avoir à utiliser les caractères cambodgiens qu’il modifia dans la forme, ou l’antique écriture tham (ธรรม) des livres bouddhistes qui ne fut plus utilisée que pour les ouvrages religieux. Il aurait donc précédé Rama Khamhaeng de plusieurs siècles !

 

 

Il est de cette libération une version différente : Grâce à sa connaissance approfondie des textes sacrés  Phra Ruang avait rendu son corps invulnérable et acquis le pouvoir de donner la vie ou la mort par de simples paroles, en sorte que ce qu’il commandait devait nécessairement avoir lieu. Le roi Cambodgien le considérant comme un rebelle qui refusait le tribut d’une certaine quantité d’eau qui lui était due. Il envoya alors contre son vassal insoumis l’un des seigneurs de sa cour qui creusa une galerie souterraine allant du Cambodge qui jusqu’au Siam, débouchant dans le couvent oú Phra Ruang s’était retiré après avoir été ordonné moine pour y placer une sorte de poudre explosive. A peine l’émissaire sortant de sa cachette se fut-il présenté aux regards du prince Siamois que celui-ci, d’un seul mot, le changea en pierre ainsi que les troupes qui l’accompagnaient, que l’on reconnaît dans les « pierres levées » de Sukhothai ! C’est l’explication qui a le mérite du pittoresque de l’origine qui reste mystérieuse  des bornes sacrées que l’on retrouve essentiellement dans la Lanna (nord-ouest) et l’Isan (nord-est) dont on ne sait si elles sont des mégalithes pré-bouddhistes. Nous leur avons consacré un article ignorant alors cette interprétation probablement fantaisiste (5). Restons-en là !

 

 

 

 

LA MIGRATION DU MYTHE CHEZ LES AMÉRINDIENS ?

 

Cette légende par contre a été analysée par des érudits, le premier fut l’abbé Brasseur de Bourbourg en 1857 (6) 

 

 

et par le comte Hyacinthe de Charencey en 1871, ethnologue et linguiste   qui connaissait à peu près toutes les langues de la création (7).

 

 

L’abbé pour sa part connaissait parfaitement (ignorants que nous sommes !) le quiché, le cackchiquèle, le tzendalc, le maya, le nahualt et avait vécu pendant plus de 15 ans en Amérique centrale. Il put y découvrir, déchiffrer et traduire des manuscrits qui avaient échappé à la rage destructrice des Espagnols.

 

 

L’histoire primitive de l’Amérique centrale avant la découverte de Christophe Colomb est attachée au personnage légendaire de Votan (autre nom de Quetzalcoatl) sur lequel nous devons une étude à cet autre érudit que fut Léon de Rosny (8). Votan était le dieu-serpent des Aztèques. Personnage évidemment mythique et fils d’une serpente, il arriva en Amérique centrale venant on ne sait d’où, on ne sait quand (9).

 

Ne nous penchons par sur le mythe de Votan qui excède le cadre de ce blog. Nos érudits trouvent la trace du mythe de Phra Ruang en terre de Nouvelle Espagne par des coïncidences certes troublantes mais sans  en déterminer la filiation.

 

 

Il est au moins actuellement une certitude, c’est que ces civilisations amérindiennes  n’étaient pas d’origine autochtone mais incontestablement d’origine asiatique. Il suffit de regarder les portraits de ces amérindiens pour se convaincre que ce ne sont ni des Bantous ni des Caucasiens !

 

 

Venus d’Asie quand ? Nul ne le sait. Comment ? Probablement par voie de terre via le détroit de Béring (10).  Ce qui est devenu une certitude avec les analyses ADN effectuées par des généticiens américains au début de ce siècle n’était à l’époque de l’abbé Brasseur de Bourbourg et du comte Hyacinthe de Charencey qu’une hypothèse hardie mais séduisante. Elle valut au premier quelques sarcasmes (11).

 

Nous savons en tous cas que les Chinois avaient ou auraient découvert l’Amérique bien avant Christophe Colomb mais mille ans après l’existence de Phra Ruang , ce ne sont donc pas eux qui ont importé de mythe (12).

 

 

Y-a-t-il une communauté d’origine du mythe ? Votan et Phra Ruang sont tous deux considérés comme des sortes de demi-dieux bienfaisants, de véritables civilisateurs et des réformateurs. Tous deux sont donnés comme appartenant à la race des serpents et ce qui est plus significatif encore, c’est en cette qualité qu’ils peuvent pénétrer dans les entrailles de la terre même si nous ne connaissons pas les raisons pour lesquelles Votan se rattache à la race des reptiles. Ce culte du serpent n’a probablement pas été de toutes pièces, enseigné aux Américains par des colons d’origine Asiatique. Il faut évidemment faire sa part aux tendances naturelles de l’esprit humain.

 

Doit-on s’étonner de retrouver ainsi une légende égarée au fond du Siam ancien jusqu’en Amérique ?  Les découvertes utiles ont parfois bien de la peine à faire leur chemin, elles rencontrent souvent sur leur route d’insurmontables obstacles, mais rien en revanche n’est plus contagieux qu’un conte de nourrice qui finit toujours par se répandre au loin, en dépit des différences de langue, de race, de climat. Les symboles et les mythes voyagent plus vite que les inventions

 

Notons enfin que ce mythe du serpent, en dehors de son interprétation  freudienne se retrouve en d’autres lieux : pour ne parler que de l’Europe, le serpent souterrain des Celtes et des Gaulois

 

 

ou la Vouivre, selon les régions tantôt femme-serpent tantôt femme dragon.

 

 

NOTES

 

(1) « Histoire du royaume thaï ou Siam », volume 2, pages 58 s.

(2) « Exposé chronologique des relations du Cambodge avec le Siam, l’Annam et la France », 1879.

(3) « Sur les bords du Mékong », 1884.

(4) « THE ORIGINS OF THE SUKHODAYA DYNASTY » par Georges Coédès dans un article du Journal de la Siam Society de 1921, volume 14-1.

(5)  A 213- LES ORIGINES MYSTÉRIEUSES DES BORNES SACRÉES (BAÏ SÉMA) DES TEMPLES DE L’ISAN EN THAILANDE :

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/05/a-213-les-origines-mysterieuses-des-bornes-sacrees-bai-sema-des-temples-de-l-isan-en-thailande.html

(6) « Histoire des nations civilisées du Mexique et de l'Amérique centrale,, durant les siècles antérieurs à Christophe Colomb, écrite sur des documents originaux et entièrement inédits, puisés aux anciennes archives des indigènes  - Tome premier, comprenant les temps héroïques et l'histoire de l'empire des Toltèques ». L’ouvrage a été réédité en 2010

(7) « LE MYTHE DE VOTAN - ÉTUDE SUR LES ORIGINES ASIATIQUES DE LÀ CIVILISATION AMÉRICAINE ». L’ouvrage a été réédité en 2014.

(8)  « Le Mythe de Quetzalcoatl » 1888.

(9) Voir l’article de l’abbé Domenech (« L’Amérique avant sa découverte » dans la Revue de Léon de Rosny « Revue orientale et américaine » en 1860.

(10) En mars 2006, Karl Bushby et l'aventurier français Dimitri Kieffer ont franchi le détroit à pied. Ils ont traversé une section gelée de 90 kilomètres de long en 15 jours. Pendant la dernière ère glaciaire, le niveau de la mer était suffisamment bas pour permettre le passage à pied entre l'Asie et l'Amérique du Nord à l'emplacement de l'actuel détroit. Cette voie aurait été empruntée par les premiers hommes ayant peuplé  le continent américain. Il y a entre 12 000 et 30 000 ans ?

 

 

(11) Voir l’article de l’historien, géographe et ethnologue Ernest Desjardins  dans la « Revue de l'instruction publique en France et dans les pays étrangers » du 11 février 1858.

(12) L'hypothèse de la circumnavigation chinoise fut soutenue en 2002 par un auteur britannique Gavin Menzies, marin de formation mais non historien. Selon lui, en 1421 sous le règne de l'empereur chinois Ming Yongle, la flotte de l'amiral Zheng He, un eunuque musulman, aurait contourné le sud du continent africain pour remonter l'Atlantique jusqu'aux Antilles. Une autre partie de l'expédition aurait franchi le détroit de Magellan pour explorer la côte ouest de l'Amérique et une troisième aurait navigué dans les eaux froides de l'Antarctique. Son ouvrage « Who discovered America » a été traduit en français en 2007 sous le titre « 1421, l'année où la Chine a découvert l'Amérique ». Il fit l’objet de critiques virulentes. S’il ne semble pas y avoir de traces concrètes de cette découverte, il ne faut pas oublier – et c’est une certitude – que bien  avant lui les Vikings avaient mis les pieds en Amérique

 

 

 

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