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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 22:25
224. INTRODUCTION AU « RÈGNE » DU MARÉCHAL THANOM KITTIKACHORN (9 DÉCEMBRE 1963-14 OCTOBRE 1973).  ET DU GÉNÉRAL PRAPHAS.

Il n’est pas aisé d’introduire une période de 10 ans de l’histoire de la Thaïlande marquée par une dictature dans le contexte de la guerre du Vietnam,  l’aide militaire et économique américaine, la présence de bases américaines dans le pays et des dizaines de milliers de militaires américains; la lutte contre l’insurrection communiste, trois gouvernements, une nouvelle constitution le 20 juin 1968,  avec de nouveau des partis politiques autorisés, des élections générales le 10 février 1969, un coup d’Etat de Thanom le 18 novembre 1971, pour installer le Conseil national exécutif (18/11/1971-17/12/1972) qui abolit le parlement, dissout les partis politiques, dans le but proclamé de combattre les communistes. Une période où le 18 décembre 1972 le roi signera la formation du 32ème gouvernement, encore dirigé par Thanom et Praphas, qui se terminera dans un bain de sang le 14 octobre 1973 ....

224. INTRODUCTION AU « RÈGNE » DU MARÉCHAL THANOM KITTIKACHORN (9 DÉCEMBRE 1963-14 OCTOBRE 1973).  ET DU GÉNÉRAL PRAPHAS.

... après une manifestation monstre réclamant le retour de la démocratie, et pour la première fois, le roi annonçant à la télévision et à la radio, le démission du maréchal Thanom et la nomination du nouveau 1er ministre Sanya Dharmasakti (Sanya Thammasak) avec la mission de proposer une nouvelle constitution.

224. INTRODUCTION AU « RÈGNE » DU MARÉCHAL THANOM KITTIKACHORN (9 DÉCEMBRE 1963-14 OCTOBRE 1973).  ET DU GÉNÉRAL PRAPHAS.

L’étude de Léon Trivière intitulée « La Révolution d’Octobre » va nous aider à présenter cette période, « Les Études »,(1945), 05/1974.

 

Le maréchal Sarit décède le 8 décembre 1963, après avoir dirigé le pays d’une main de fer pendant presque 5 ans (9/02/1959-8/12/1963). Le 9 décembre, le général  Thanom Kittikachorn devient le 1er ministre du 30ème gouvernement (9/12/1963-7/3/1969), avec comme vice-premiers ministres le major-général H.R.H. Prince Krom Muen Naradhip Bongsprabandh et le général Prapass Charusthira. Le général Thanom est également ministre de la Défense et le général Prapass, ministre de l’intérieur. Autant dire qu’ils contrôlent le pays, qu’ils vont gouverner jusqu’au 14 octobre 1973, soit 9 ans et 10 mois. 

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Thanom et Prapass, des hommes d’expérience.

 

Ils sont déjà les hommes de confiance du maréchal Sarit (commandant en chef des armées thaïes depuis 1954) qui réalise un coup d’Etat le 16 septembre 1957, mettant fin au long règne du maréchal Phibun (9 ans et 5 mois). Sarit ne veut pas participer au gouvernement de Phot Sarasin, mais place aux postes clés : Thanom à la Défense et  Prapass à l’intérieur. (Cf. Notre article 221. Les gouvernements de Phot Sarasin (21/09/1957-1/01/1958) et du général Thanom Kittikachorn (1/01/1958-20/10/1958). Phot Sarasin ne gouvernera que 3 mois, car après des élections générales en décembre, pour encore verrouiller davantage  toute la vie politique, le maréchal Sarit fera approuver par décret royal le 1er janvier 1958, la liste du 28ème gouvernement (1er janvier 1958- 20 octobre 1958) avec comme 1er ministre Thanom qui conservait la Défense, et comme vice-premiers ministres Prapass, qui conservait l’intérieur, et Sukich l’économie et l’inamovible Major General H.R.H. Prince Krom Muen Naradhip Bongsprabandh (Le Prince Wan Waithayakon) les Affaires étrangères ; la plupart des autres ministres du précédent gouvernement conservaient également leur place

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Mais le maréchal Sarit estima que le gouvernement ne contrôlait plus la situation, et crut bon d’effectuer un nouveau coup d’Etat dans la nuit du 20 octobre 1958, au nom de la nécessité de faire face à une grave menace communiste, à l’intérieur et à l’extérieur. Il prend alors directement le pouvoir le 9 février 1959 et va rester le 1er ministre jusqu’à son décès le 8 décembre 1963, avec le général Thanom comme vice-1er ministre et ministre de la Défense  et le Major General H.R.H. Prince Krom Muen Naradhip Bongsprabandh, comme vice-1er ministre et le lieutenant-général Praphas, comme  ministre de l’intérieur. (C f. Notre article 222.1)

 

Autant dire que le 9 décembre 1963 le général  Thanom Kittikachorn et le général Praphas Charusthian ont déjà une longue expérience du pouvoir avant de former le 30ème gouvernement de la monarchie constitutionnelle. (9 décembre 1963-7mars 1969.) Le général Thanom restera également ministre de la défense et le général Praphas sera vice-1er ministre et ministre de l’intérieur.

224. INTRODUCTION AU « RÈGNE » DU MARÉCHAL THANOM KITTIKACHORN (9 DÉCEMBRE 1963-14 OCTOBRE 1973).  ET DU GÉNÉRAL PRAPHAS.

La présence militaire et l’aide économique des Etats-Unis.

 

Nous avions vu que depuis la participation de la Thaïlande à la guerre de Corée, les Etats-Unis ont fourni une aide militaire et économique importante à la Thaïlande, et qu’en 1954, elle devient un allié officiel des Etats-Unis en entrant dans l’Organisation du traité de l’Asie du Sud-Est (OTASE, SEATO dans son sigle anglais). L'OTASE a été créée à l'initiative des Etats-Unis, dans le contexte de la guerre froide. L'organisation devient l'une des dimensions de la politique de « containment » face au développement du communisme en Asie du Sud suite à la guerre d’Indochine. Le siège de l'OTASE sera même  à Bangkok. (Cf. Notre article**)

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On peut imaginer les sommes colossales qui ont été injectées dans ce vaste complexe militaire de 7 bases, avec la construction de routes stratégiques, de ponts, d’installations, avec le soutien de l’armée thaïlandaise portée à 180.000 hommes (12.000 iront au Vietnam. Cf. Article 226) et à 90.000 pour la police et des unités paramilitaires, sans oublier l’aide au Trésor thaïlandais, les nombreux Thaïlandais travaillant pour les Américains (env. 90.000), et l’aide des Peace Corps (médecins, agronomes, ingénieurs, etc).

 

Cette aide directe et indirecte aura évidemment un impact économique très important : un PNB en augmentation de 7,7% par an, une progression  de l’industrialisation et du volume des échanges commerciaux (« Il passe de 731 millions en 1955 à 1.418 millions en 1965 » (Trivière)) . On évoque pour cette période une augmentation du revenu par habitant de 4% par an. (Cf. Notre article suivant 226, « L’aide américaine à la Thaïlande ».) 

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Mais en 1968-1969, on assistera à une dégradation de la situation économique, avec un désengagement américain et le développement de la subversion « communiste ».

 

On va voir alors les investissements étrangers diminués ainsi que  la croissance (désormais à 5 %), avec une production de riz inférieure à celle de 1966. « La valeur des  exportations de riz tombe de 191 millions de dollars en 1968 à 141 millions en 1969, 120 millions en 1970. Pour la première fois depuis des années, on note en 1969, un déficit de la balance des paiements  (48 millions de dollars), qui ira en s’aggravant en 1970 (611,9 millions de dollars) ». (Trivière) Bref, un mécontentement généralisé s’installe aussi bien parmi les paysans que les ouvriers et les étudiants. (En 1966, des bagarres ont lieu dans les Universités, et le gouvernement a dissous l’Association des étudiants. En juin 1968, des étudiants ont violemment manifesté pour que les troupes américaines ne viennent plus en permission à Bangkok et réclament  le retour du corps expéditionnaire thaïlandais actuellement au Sud-Vietnam.)

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Un contexte qui va favoriser le développement des mouvements de subversion  dans le Nord-Est, le Nord, le Centre et le Sud du pays.

 

L’étude de Pierre Fistié, « Communistes et indépendance : le cas Thaïlandais (1928-1968) » va nous aider à en préciser les étapes. (Cf. en note un résumé de l’origine à 1962-1963 *)

 

A partir de 1962-1963, le Parti Communiste Thaïlandais (Le PCT) allait de nouveau se préparer pour mener le combat au niveau national. En 1962, il commença par des émissions  de radio clandestine dénommées « La voix du peuple thaïlandais ». Pour que celle-ci soit entendue, on forma des agents, qui déguisés en colporteurs allaient dans les villages pour faire leur propagande, envisager des caches d’armes, donner des transistors aux nouveaux convertis. Nombre d’entre eux avaient été formés par une école de cadres établie à Hanoï à la doctrine communiste et l’action de guérillas. On peut noter les premières arrestations en février 1962 dans la province de Suphanburi. Le 15 octobre, de nouvelles arrestations eurent lieu dans la province d’Ubon, dont la plupart étaient des instituteurs ou des chefs de village (On peut noter l’imprécision ). Il y eut un nouveau complot découvert en janvier 1963, dans la province de Sakon Nakhon. 75 personnes furent arrêtées dont deux Pathet Lao.

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Il faut attendre 1964-1966, pour que soit organisé un front uni et que la lutte soit élargie au niveau national.

Le PCT rompt le silence le 1er octobre 1964 par un message de salutation  envoyé au parti communiste chinois à l’occasion de sa fête, dans lequel il appelle à la formation d’un front uni. Deux organisations vont se manifester : Le Mouvement thaïlandais de l’indépendance (MTI) le 8 décembre dans La voix du peuple thaïlandais avec un appel à renverser le gouvernement du maréchal Thanom « le traître à la solde des impérialistes américains » et le 1er janvier 1965, le Front patriotique thaïlandais (FTP) dont le chef est le lieutenant-colonel Phayom Chulanon, par les canaux de La voix du peuple thaïlandais, de radio Pékin et de radio Hanoï.

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Le FTP se présente, à l’instar du FLN vietnamien, comme une fédération d’organisations comme « L’Association des paysans et des planteurs libérés par eux-mêmes », « le Groupement des moines thaïlandais », « la Fédération des travailleurs patriotiques de Thaïlande », « le Groupement des personnes pauvres », « le Groupement des travailleurs des plantations de  caoutchouc du Sud. On peut connaître son programme en 6 points par le Pékin Information du 15 février 1965 et constater qu’il n’avait rien de communiste et ressemblait plutôt au Front socialiste des années 1955-58  qui revendiquait le retour à la démocratie, la sortie de l’OTASE et  l’adoption d’une politique neutraliste, mais on voyait aussi l’objectif de chasser les impérialistes américains de Thaïlande avec un changement de taille : le recours à la lutte armée pour atteindre ces objectifs. On appelait tous les patriotes à s’unir, mais combien étaient-ils ? Et quelles furent leur efficacité ?

 

Si des attentats eurent lieu contre des instituteurs et chefs de villages récalcitrants ou informateurs de la police dans les provinces de Sakon Phanom et de Sakhon Nakon, le 1er coup de feu reconnu eut lieu le 7 août 1965 dans la province de Nakon Phanom avec une embuscade tendue à une patrouille de police qui fit un tué et un blessé.

 

Le FTP allait trouver une seconde base  de guérilla dans les 4 provinces « malaises » de Thaïlande, Satun, Yala, Pattani, Narathiwat,  en s’intégrant aux guérillas communistes chinoises du Malayan Communist Party ( MCP), réfugiées dans la jungle à la frontière depuis les années 1950. Les opérations de guérilla s’intensifièrent, mais Fistié ne donne pas d’informations à ce sujet. (En 1968, certains évaluent les révolutionnaires à 1500 env. !)

 

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Toutefois en 1967, le PCT jugeait la situation suffisamment critique pour se présenter comme le principal parti animant le Front Uni et saluait les premières victoires des forces armées populaires dans le Nord-Est et le Sud,  dans un message diffusé le 7 janvier 1967 dans « La voix du peuple thaïlandais ». Il sera repris par Pékin Information le mois suivant. Il s’agissait toujours de bouter hors du pays l’impérialisme américain, et de renverser la clique des traites Thanom/Prapass, pour édifier une Thaïlande nouvelle, prospère, démocratique, pacifique, neutre et indépendante. (Bien sûr !)

 

Le 1er décembre 1967, le PCT, à l’occasion de son 25ème anniversaire, ne citait même plus le Front Patriotique et se présentait comme le pilier des forces politiques qui lutte vaillamment contre l’impérialisme américain et les traites à sa solde. Suivait la propagande de l’époque, avec la nécessité pour chacun, d’élever son niveau théorique du marxisme-léninisme, de la pensée de Mao Tsé-toung, etc, etc.  (Pékin information du 6 janvier 1968) (L’étude de Fistié s’arrête en février 1968.) 

 

En tout cas en 1968, la lutte armée va s’intensifier avec des embuscades, des attaques de convoi, de postes de police, des routes et des ponts minés, des assassinats d’informateurs sur quatre fronts. Une estimation de 1973 nous donne une idée des forces engagées avec  2.400 guérilléros dans le Nord-Est, 2.100 dans le Nord, 1.600 dans le Sud, et 400 dans la plaine centrale. (Cf. Référence *** )

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Mais nous n’avons pas (encore ?) eu accès à un récapitulatif qui présenterait les attaques, les dates, le nombre de morts et de blessés. Trivière cite le général Sayud qui estimait qu’en 1972 les « insurgés » avaient tué 700 civils ou personnalités officielles et contrôlaient 80 villages dans le Nord-Est. Frank Vonder Wide (In Sunday, 11 May 2008) ayant eu connaissance de documents déclassifiés nous dit aussi  que les forces communistes ont effectué 5 attaques dont 4 attaques contre la base d’Udon Thani :  la 1 ère, le 26 juillet 1968 (environ 25 assaillants à partir de quatre endroits ont ouvert le feu avec des armes automatiques), puis  le 28 juillet 1969,  le 13 janvier 1970, et le 4 juin  1972  et une  attaque de la base d’ Utapao RTNAF le 10 janvier 1972.

 

Au Nord, le parti communiste thaïlandais va déployer ses activités au milieu de luttes intestines et des batailles qui opposent régulièrement les Chinois nationalistes (Résidus d’une division du Kuomintang pourchassée par Mao Sté-tung en 1949), les Shans de Birmanie, les Méos de Thaïlande, et l’armée régulière thaïlandaise pour le trafic d’opium et d’héroïne. En 1973, l’insurrection est prise au sérieux, face à 800 guérilléros communistes (Selon le général Sayud) armés de fusils M16, et AK-41 chinois, de roquettes B40, de mortiers de 60 mm, de mines. Le gouvernement enverra une division et demie de soldats avec des moyens  importants (Chasseurs bombardiers, hélicoptères, tanks, canons).

 

Les 4 provinces « musulmanes » du Sud vont être aussi touchées par une insurrection où se mêlent des autonomistes, des séparatistes, des paysans et des planteurs en colère, soutenus à la fois par un Front de Libération de la république de Pattani, une Armée de Libération en liaison avec les partis communistes malais et thaïlandais.

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Au niveau politique, la situation est aussi tumultueuse.

 

Le 20 juin 1968, une nouvelle constitution est promulguée qui autorise de nouveau les partis politiques. Des élections générales ont lieu le 10 février 1969.

 

Thanom a fait approuver par le roi les 120 membres du Sénat (Dont 91 sont des officiers militaires) et fonde l’UTPP (United Thai People Party ou Sacha Pracha Thai) dont Prapass est vice-président. Il obtient 75 députés, les indépendants 72, le Parti Démocrate 57, les petits partis (le Parti du peuple, le Front démocratique le Parti économiste) 14.

 

Le 7 mars 1969, le maréchal Thanom forme un nouveau gouvernement  (7 mars 1969-17 novembre 1971), dans lequel  il est toujours  ministre de la défense et le général Prapass vice-1er ministre et ministre de l’intérieur.

 

Prapass va manœuvrer, avec succès,  auprès des indépendants pour obtenir une majorité plus confortable. En août 1971, le gouvernement dispose d’une majorité de 123 voix sur 219 à la chambre. Mais l’opposition s’organise et veut constituer un front uni pour renverser le 1er ministre lors de la séance parlementaire du  22 novembre 1971.Thanom la prend de vitesse et réalise un coup d’Etat le 18 novembre 1971, pour installer le Conseil national exécutif. (18/11/1971-17/12/1972). Thanom abolit le parlement, dissout les partis politiques, créé un nouveau Parti révolutionnaire. Le Conseil national exécutif est composé de 16 membres (12 militaires et 4 civils) et à sa tête ceux que les opposants vont nommer les 3 tyrans à savoir Thanom et Prapass – bien sûr - et le fils de Thanom et gendre de Praphas, le colonel Narong Kittikachorn.

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Thanom justifie le coup d’Etat par la menace que font peser les 3 millions de Chinois qui pourraient se rapprocher de la Chine populaire, après son admission à l’ONU le 25 octobre 1971. Mais nous l’avons vu, l’insurrection communiste frappe, et  le Conseil national exécutif (18/11/1971-17/12/1972) n’arrive pas à rétablir la situation économique et la balance commerciale empire. Il va tenter un coup politique en promulguant une Constitution provisoire le 15 décembre 1972 ; le 18 décembre le roi signe la formation du 32ème gouvernement, encore dirigé par Thanom et Praphas.

 

Assemblée 32. 18 décembre 1972-14 octobre 1973.

 

Le maréchal Thanom est aussi ministre de la défense et des affaires étrangères. Le général Praphas est vice 1er ministre et ministre de l’intérieur. Mais l’Assemblée est désignée par Thanom avec 200 militaires ou policiers et 99 civils. On peut imaginer les protestations, surtout celles des étudiants qui, en mai et en juin 1973 manifestent dans la rue pour réclamer une constitution démocratique et des élections.

Au début octobre, la situation empire après l’arrestation de 11 étudiants. Les manifestations augmentent ; le 13 octobre, plus de 250.000 personnes rallient le « Monument de la démocratie » réclamant la fin de la dictature. Le 14 octobre, la troupe ouvre le feu tuant 75 étudiants dans l’Université de Thammasat occupée. Le roi, pour éviter un nouveau bain de sang convoque Thanom au palais et obtient sa démission. Il l’annonce le soir même à la radio et à la télévision ainsi que la nomination de Sanya Dharmasakti (Sanya Thammasak) (Ancien recteur de l’Université deThammasat proche des étudiants) comme premier ministre par intérim, avec la mission de proposer une nouvelle constitution.

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Le 15 octobre, le maréchal Thanom s’enfuit en secret aux Etats-Unis et le général Prapass et le lieutenant-colonel Narong à Taiwan.

 

Une nouvelle page de l’histoire de la Thaïlande s’ouvrait.

 

 Mais auparavant, il était temps pour nous de revenir sur certaines périodes de cette dictature Thanom/Prapass, en commençant par « L’aide américaine à la Thaïlande dans les années 1960-1970 ». Ce sera notre prochain article.

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*D’après l’étude de Pierre Fistié,”Communistes et indépendance : le cas Thaïlandais (1928-1968), in Revue française de science politique,18e année, n°4, 1968, pp. 685-714.

 

Les particularités de la Thaïlande (Pays non-colonisé, présence capitaliste peu présent jusqu’en 1958, année où les investissements étrangers arrivent vraiment avec un emploi plus massif de la main d’œuvre thaïe, majorité des diplômés peuvent devenir fonctionnaires ou militaires, masses rurales isolées, etc) ont fait que le marxisme n’a pu se développer comme par exemple au Vietnam et qu’après 20 ans après la chute de la monarchie absolue de 1932, en le mouvement communiste ne pouvait se prévaloir d’un succès majeur. Seul le Nord-Est, du fait de son sous-développement, de son caractère ethnique spécifique, de son isolement par rapport au pouvoir central, a connu quelques foyers d’oppositions et d’agitation. Mais  en 1965 sous l’impulsion du Parti communiste, le Nord-Est va pouvoir dépasser son opposition régionale pour s’intégrer en un mouvement de lutte armée en invoquant le thème du nationalisme contre la transformation de la Thaïlande en ce qu’il a pu appeler « une colonie américaine de type nouveau.

 

En effet, les premières manifestations du communisme en Thaïlande ont été marginales et se sont exprimées que dans les communautés immigrées comme la colonie vietnamienne au sein de laquelle Ho chi Minh tente de jeter les bases d’un mouvement communiste au cours de son séjour en Thaïlande dans les années 1927-30. Il y eut aussi les travailleurs chinois récemment immigrés qui en 1929 subirent l’influence du Parti communiste (Et l’Organisation de la jeunesse communiste, l’Union régionales des jeunes travailleurs), « filiales » du Nayang Labour Union et Nanyang Communist Party, créés à Singapour en 1926 et 1927, chargés de répandre le communisme parmi les Chinois d’Outremer. De même en 1930, que le Malayan Communist Party (MCP) essentiellement chinois. Il faut attendre 1935 pour que le Parti communiste siamois commence à être plus autonome. Mais en tous cas, le Parti communiste siamois ne participera pas au coup d’Etat du 24 juin 1932 qui met fin à la monarchie absolue. Le 30 septembre 1932, le Parti Communiste siamois allait d’ailleurs dans un tract (C’était sa première manifestation) déclarer que le nouveau gouvernement n’était pas plus légitime que l’ancien et qu’il ne représentait en rien le peuple. Il appelait à s’unir avec les travailleurs russes pour fonder le gouvernement soviétique du Siam. Fistié note que le tract dénonçait Pridi comme un non révolutionnaire. En dépit de sa participation au VIIème Congrès du Komintern, ce Parti n’eut aucune influence jusqu’à la deuxième guerre mondiale. Ce qui n’empêcha pas le gouvernement de promulguer la 1ère loi anticommuniste  le 3 avril 1933 après le coup du 1er avril 1933 visant l’élimination politique de Pridi, à qui on prêtait -à tort- un programme économique « communiste » Nous avons vu qu’il n’en était rien. (Une commission  le blanchit de cette accusation en 1934.

 

Le Parti communiste siamois se reconstruit en 1942, mais  il faut attendre le 6 décembre 1946, pour que la loi anti-communiste de 1933 soit abrogée et qu’il soit reconnu officiellement. C’était le prix à payer pour que l’Union soviétique levât son veto pour l’entrée de la Thaïlande à l’ONU. Son secrétaire général Prasoet  Sapsunthon sera élu député de Surat Thani et le seul député communiste du Parlement. Le Parti publiera un tract intitulé « Que doivent faire les communistes siamois ? » qui n’avaient rien de vraiment révolutionnaire. Par contre le Parti communiste siamois jouera un rôle important dans la fondation de la 1ère fédération syndicale  siamoise ( Saha Achiwa Kommakhon) (Travailleurs professionnels Unis), le 1er janvier 1947, dans laquelle les Chinois vont jouer un rôle prépondérant.

 

Revenu au pouvoir en avril 1948, le maréchal Phibun, jugeant  marginal le PC thaïlandais, va surtout mettre en œuvre une politique antichinoise. Outre des perquisitions dans les locaux du Saha Achiwa Kommakhon, il va fonder un nouveau syndicat, le Thai National Trade Union Congress (TNTUC) destiné à détacher les travailleurs thaïs de la  Saha Achiwa Kommakhon, qui en février 1949 adhérera à la Fédération syndicale mondiale.

 

Un petit groupe de communistes subsistait dont l’activité consistait essentiellement à diffuser « L’Appel de la paix » de Stockholm et à animer un Comité National de la Paix, présidé par Charoen Sarbsaeng. Celui-ci dirigeait le principal hebdomadaire de gauche, le  Karnmuang Weekly. En novembre 1952, on découvrit un soi-disant complot qui permit l’arrestation de nombreux opposants dont Charoen Sarbsaeng et  le 13 novembre 1952, une loi anticommuniste fut promulguée. Le PC thaïlandais  entrait dans la clandestinité.

224. INTRODUCTION AU « RÈGNE » DU MARÉCHAL THANOM KITTIKACHORN (9 DÉCEMBRE 1963-14 OCTOBRE 1973).  ET DU GÉNÉRAL PRAPHAS.

Au Nord-Est la situation était, on le sait, particulière, pour des raisons historique et ethnique (province lao du Siam peuplé surtout de prisonniers de guerre au XIXème), linguistique (on parle un dialecte lao), géographique et économique  qui contribuaient à ce que ses habitants se considéraient comme une minorité opprimée et méprisée. L’éloignement de Bangkok et du pouvoir ne pouvaient que renforcer ce sentiment. La révolution de 1932, et des premières élections permit de constituer la première opposition légale, d’où émergeait Thong In Phuripat, député d’Ubon en novembre 1933. Il demanda en 1937 l’autorisation de former un Parti politique qui lui fut refusée. Il fallut attendre la chute de Phibun en juillet 1944 à l’instigation de Pridi pour que Thong In puisse entrer au gouvernement Aphaiwong. Une autre figure, le député lao de Sahon Nakhon Tiang Sirikan, membre éminent des Free Thais, joua aussi un rôle éminent après la guerre, en assurant la présidence de « La ligue de l’Asie du Sud-Est » impulsé par Pridi pour réunir des représentants des mouvements d’émancipation des pays voisins. (Cf. Notre article 203 consacré à Tiang Sirikan)

 

Les coups d’Etat militaires de novembre 1947 et d’avril 1948 qui ramenèrent au pouvoir le maréchal Phibun mirent fin à l’action de ses opposants politiques du Nord-Est. Pire, en 1949, Pridi échoua dans sa tentative de coup d’Etat à l’issue duquel quatre de ses anciens ministres du Nord-Est (Dont Thong In) furent abattus lors d’un transfert de prison.

 

On peut comprendre que les survivants politiques « laos » aient désormais pensé à l’autonomie du Nord-Est, surtout qu’en 1950, le Pathet lao du prince Souphanouvong se constitua, après que le gouvernement Lao Issala en exil à Bangkok se disloqua. La police « découvrit » des complots comme celui d’Ubon. Des rumeurs circulèrent révélant que Thiang Sirikan était allé rejoindre le prince Souphanouvong pour former un mouvement pan-lao, mais on apprit plus tard que Thiang avait été tué par la police de Phibun.

 

La situation changea en 1953 avec l’offensive du printemps des Vietminhs sur Luang Prabang et la découverte d’un nouveau complot séparatiste. Phibun ferma la frontière, envoya des renforts et fit une tournée d’inspection des provinces concernées. Des personnes furent arrêtes. (Combien ?) Le gouvernement prit conscience du danger que pouvaient représenter les Vietnamiens installés dans la région depuis 1946. A la fin de 1953, une nouvelle offensive vietminh atteignit Thakkek juste en face de Nakhon Phanom. L’Etat d’urgence fut proclamé dans neuf provinces ; une centaine de résidents vietnamiens furent arrêtés. En mai 1954, une enquête fut menée après l’annonce d’un nouveau complot, à l’issue de laquelle, un ancien compagnon de Tiang, Fang Sittitham, fut arrêté, sous l’inculpation d’avoir recruté des volontaires pour combattre aux côtés des vietminhs et pour son intention en liaison avec le Pathet Lao  de former un état indépendant dans le Nord-Est.

 

Nul doute que les communistes viets et laos étaient désormais une menace aux portes de la Thaïlande et contribua Phibun a participer à la création de l’OTASE. Nous avons vu dans notre article   qu’à l’issue d’un voyage dans les principales capitales occidentales, Phibun libéralisa son régime et autorisa de nouveau les partis politiques.

 

Thep Chotinochit fit début 1956 un voyage à Canton en Chine, ce qui lui valut d’être arrêté à son retour en vertu de la loi anticommuniste, mais fut relâché. Fort de cette nouvelle notoriété, il fut le leader du Front socialiste Uni créé le 17 février 1957.

 

Aux élections du 26 février 1957, son parti, le principal parti de gauche, le parti Setakhon (Economiste) eut la totalité des 8 élus du Nord-Est. Ce parti se disait socialiste et non communiste mais préconisait le départ de l’OTASE et d’établir des  relations avec la Chine. Le parti Hyde Park fondé par son frère Pethai Chotinochit eut deux députés dont l’un élu dans le Nord-Est. Le mécontentement qui s’était exprimé par des complots autonomistes avait désormais une voie légale. Après la chute de Phibun, les nouvelles élections de décembre confirmèrent  cette volonté, mais le coup d’Etat de Sarit en octobre 1958 mit fin à la démocratie.

 

Sarit procéda à une rafle de tous les opposants. Le leader de gauche Thep fut arrêté, ainsi que les opposants politiques issus du Nord-Est. Certains purent s’enfuir au Laos et formèrent une association. Mais il faut attendre le mois de mai 1961 pour que soit découvert un nouveau complot autonomiste animé par l’ancien député de Sakon Nakhon, Krong Chantawong. Il y eut une centaine d’arrestations, des caches d’armes furent trouvées. Krong Chantawong fut exécuté.

 

Mais Fistié avoue qu’on ne sait pas le lien qu’il y eut entre les différents complots, tant les informations sont fragmentaires, mais qu’à la fin de 1961, il en était fini des insurrections limitées au Nord-Est.

 

**15. Notre Isan : les bases US en Isan, les Américains en Isan !

http://www.alainbernardenthailande.com/article-14-le-debarquement-des-americains-en-isan-73255213.html

 

*** In, [Datenquelle: Morell, David ; Chai-anan Samudavanija <1944 - >: Political conflict in Thailand : reform, reaction, revolution. -- Cambridge, Mass. : Oelgeschlager, 1981. -- 362 S. : Ill. ; 24 cm. -- ISBN 0-89946-044-5. -- S. 90]

 

224. INTRODUCTION AU « RÈGNE » DU MARÉCHAL THANOM KITTIKACHORN (9 DÉCEMBRE 1963-14 OCTOBRE 1973).  ET DU GÉNÉRAL PRAPHAS.
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23 mars 2016 3 23 /03 /mars /2016 22:00
223. LES MILTAIRES, L’OLIGARCHIE DOMINANTE A LA MORT DU MARÉCHAL SARIT EN 1963 ?

Le maréchal Sarit meurt le 8 décembre 1963, après 4 ans et 10 mois comme 1er ministre et comme dictateur. Il a interdit tous les partis politiques, bâillonné la presse, éliminé tous ses opposants, dont certains physiquement. Il concentre alors tous les pouvoirs. Il y avait eu auparavant le maréchal Phibun au pouvoir pendant 9 ans et 5 mois (8/04/1948-16/09/1957), mais depuis la révolution de 1932, les militaires avaient dirigé le pays depuis 28 ans. Autant dire que de nombreux cadres de l’armée avaient eu le temps de s’installer dans les différentes strates du pouvoir politique et économique, et de se constituer en oligarchie dominante. C’est ce que nous allons voir.

223. LES MILTAIRES, L’OLIGARCHIE DOMINANTE A LA MORT DU MARÉCHAL SARIT EN 1963 ?

Nous avions montré avec l’aide de Fistié*, comment la société siamoise à la veille du coup d’État de 1932 n’était plus la société traditionnelle du XIXème siècle, et avait vu l’émergence de deux nouvelles classes de fonctionnaires et de militaires, qui allaient  transformer le pays**. Nous avons vu ensuite que depuis cette révolution qui avait installé une monarchie constitutionnelle, combien la lutte politique fut âpre entre les civils et les militaires pour diriger le pays, et même à l’intérieur de chaque camp, sans oublier les « familles royalistes » qui ont toujours tenter de préserver ce qu’ils pouvaient du pouvoir. De 1932 à 1963, à la mort du maréchal Sarit, il n’eut pas moins de quatorze 1ers ministres (Dont 6 militaires) et 29 gouvernements, et autant de coups d’Etats, de rebellions, de soulèvements, de complots. (Cf. Notre article 214 qui tente de les recenser).

223. LES MILTAIRES, L’OLIGARCHIE DOMINANTE A LA MORT DU MARÉCHAL SARIT EN 1963 ?

La nouvelle classe des fonctionnaires était apparue avec la modernisation de l’État siamois initiée par le roi Mongkut, et surtout développée par le roi Chulalongkorn (1868-1910), qui avec l’aide de 300 conseillers européens, effectuera la grande réforme administrative de 1892 à 1897, et la création de l’Éducation nationale en 1890 qui ouvrait le Siam à l’instruction primaire et à la formation nécessaire aux nouveaux fonctionnaires qui allaient mettre en œuvre cette formidable transformation du royaume. De plus, au sommet de l’État,  de nombreux Princes et fils de hauts fonctionnaires firent leurs études ou les complétèrent en Europe, et de nombreux militaires firent des stages dans les armées anglaise, allemande, ou russe, ou dans les marines britannique ou danoise. Mais ils  n’étaient avant 1910, que quelques centaines. L’État avait pu alors employé tous ceux qui avaient obtenu le diplôme de « Mathayom 8 » (niveau bac).

223. LES MILTAIRES, L’OLIGARCHIE DOMINANTE A LA MORT DU MARÉCHAL SARIT EN 1963 ?

Mais à partir de 1920, la situation changea, car le nombre des fonctionnaires civils était  environ  80.000, dont la moitié était du cadre permanent (sâman) auxquels on pouvait ajouter environ 10.000 cadres de l’armée, de la marine et de la petite force aérienne.

 

Cette nouvelle classe prit conscience d’elle-même et estima qu’elle n’avait pas la reconnaissance et la place qui convenait au sein du royaume. Son mécontentement ne provenait pas  pour l’essentiel de son maigre salaire qu’elle compensait avec une autre activité, mais de l’impossibilité de monter dans l’échelle sociale, la famille royale se réservant toutes les places.

223. LES MILTAIRES, L’OLIGARCHIE DOMINANTE A LA MORT DU MARÉCHAL SARIT EN 1963 ?

Leur mécontentement fut exacerbé sous le règne de Rama VI  (1910-1925) qui nomma nombre de ses « favoris » à des postes importants, et mit sur pied une armée personnelle, les « Tigres sauvages », qui créait de fait une « institution » parallèle qui transgressait la hiérarchie établie et qui allait donner des arguments à ceux qui visaient un renversement de régime, comme les  106 « conspirateurs » préparant un coup d’Etat, et qui furent arrêtés le 1er mars 1912.

223. LES MILTAIRES, L’OLIGARCHIE DOMINANTE A LA MORT DU MARÉCHAL SARIT EN 1963 ?

L’arrivée au pouvoir de Rama VII (1925-1935), leur amena quelques espoirs avec l’élimination des favoris de Rama VI et une nouvelle loi favorable qui reconnaissait le recrutement par concours et le droit à une pension après 25 ans de service. Mais ils furent de courte durée, car Ils subirent rapidement des mesures d’assainissement budgétaires qui réduisirent le nombre de monthon de 18 à 14 en 1926, supprimant ainsi de nombreux postes, et ils constatèrent que Rama VII n’avait éliminé les favoris mis en place par son frère que pour installer une oligarchie de cinq Princes qui allait monopoliser tout le pouvoir, et placer toute la famille royale à tous les hauts postes, leur fermant ainsi tout espoir d’avancement.

 

Mais la contestation « silencieuse » va se nourrir aux nouvelles idées « démocratiques », aux nouveaux courants politiques et sociaux venus d’ailleurs. En effet, la révolution chinoise avait eu lieu en 1911,  la république de Chine avait été proclamée le 1er janvier 1912, et en 1917 la révolution soviétique avait triomphé. Le communisme va constituer alors pour les nationalistes asiatiques, un cadre de pensée et un projet de modernisation et de libération nationale. Certains (on pense à Ho Chi Minh) rejoignirent  des filières « révolutionnaires » soutenues par le Komintern. D’autres, comme des étudiants siamois en France, vont créer en février 1927, le Ratsadon Khana, qui aura un rôle déterminant dans le coup d’Etat de 1932. Un groupe « révolutionnaire »  qui se donnera six objectifs : Le pouvoir au Peuple, la sécurité nationale, le bien-être pour tous, l’égalité, des droits de liberté  pour le peuple, et l’enseignement public pour tous.  Il se déclarera prêt, si nécessaire, à renverser le gouvernement et le système de la Monarchie absolue.

223. LES MILTAIRES, L’OLIGARCHIE DOMINANTE A LA MORT DU MARÉCHAL SARIT EN 1963 ?

De fait, de retour au Siam, une centaine de nouveaux adhérents les rejoignent. Ils viennent de l’Armée, de la Marine, des fonctionnaires, et de la société civile, et aspirent au changement, alors que l’oligarchie princière nommée par Rama VII n’était pas disposée à partager son pouvoir.

 

La crise économique au Siam aggravée par la crise mondiale de 1929 allait entraîner le roi et son gouvernement à réagir par une politique fiscale qui touchera surtout les fonctionnaires et le personnel des forces armées. (Diminution de moitié des importations, de 80% des exportations entre 1929 et 1932, dévaluation du bath, diminution  des salaires, suppression de postes (en 1931, 6.000 fonctionnaires de moins dans la catégorie des contractuels)des mises à la retraite, budget de l’armée réduit d’un tiers en 1931/32, de nombreux bataillons supprimés, etc) On eut même droit à une crise de régime au sein du Conseil suprême. Malgré la situation critique, le pays restait calme, mais le 24 juin 1932, un coup d’État allait mettre fin à la monarchie absolue et instaurer une monarchie constitutionnelle et parlementaire.

223. LES MILTAIRES, L’OLIGARCHIE DOMINANTE A LA MORT DU MARÉCHAL SARIT EN 1963 ?

Le roi perdait de fait ses pouvoirs (Il abdiquera le  2 mars 1935), les membres de la famille royale étaient exclus de toute fonction officielle, le Parti du Peuple nommait 70 députés. Une nouvelle classe dirigeante composée de civils et de militaires allait désormais se disputer le pouvoir. Nous vous en avons raconté les principales péripéties durant les 29 gouvernements de 1932 à la mort du maréchal Sarit en 1963, au milieu de moult coups d’États, rébellions,  soulèvements,  complots, et comment les militaires ont finalement réussi à prendre non seulement le pouvoir politique, mais aussi une grande partie du pouvoir économique.

 

Le livre « Armée du Peuple, Armée du roi », « Les militaires face à la société en Indonésie et en Thaïlande », de Arnaud Dubus et Nicolas Revise nous avait aidé à mieux comprendre le statut bien singulier de l’Armée thaïlandaise. (Cf. Notre article A82. Les militaires thaïlandais face à ou contre  la société? http://www.alainbernardenthailande.com/article-a82-les-militaires-thailandais-face-a-ou-contre-la-societe-112050105.html )

 

Extrait.

 

« L’armée et l’économie. »

 « Les militaires se sont  impliqués très tôt dans les affaires, non pour financer les opérations militaires, « mais pour s’enrichir personnellement ». Après-guerre, les civils du parti du peuple regroupés autour de Pridi avec des hommes d’affaire sino-thaïlandais promeuvent le capitalisme privé (fondation de la Thaï Rice Company, la Bank of Asia, la Bank of Ayutthaya, Bangkok Bank, Central …).

223. LES MILTAIRES, L’OLIGARCHIE DOMINANTE A LA MORT DU MARÉCHAL SARIT EN 1963 ?

En 1947, les militaires reprennent le pouvoir et nationalisent les secteurs clés de l’économie au nom de la sécurité et de la préférence nationale. (30 entreprises en 1945, 86 en 1956). Enfin quand on dit les militaires, il faut surtout entendre «  « le clan de la rue Ratchakhru »  de la famille du général putschiste Phin Chunhawan [qui] prend le contrôle des conseils d’administration de la Thaï Rice Company et la Thaï Niyom Phanit. (principale société exportatrice du riz) et les « sept officiers qui avaient organisé le coup d’état de novembre 1947 [qui] participent à 91 firmes. »

 

On apprend comment « le clan de la rue Ratchakhru » va s’enrichir et créer un modèle malgré eux. Un système où les hommes d’affaires sino-thaïlandais se voient « contraints » pour faire face à la « concurrence » d’inviter les gradés à siéger au sein des conseils d’administration.

 

Ainsi une nouvelle alliance, un nouveau contrat, un nouveau système  s’installait entre les  hommes d’affaires et les généraux.

 

Les uns voyaient leurs affaires protégées, bénéficiaient des contacts, des contrats publics, et les généraux s’enrichissaient en siégeant au sein des conseils d’administration, et en touchant des « rétros commissions » comme on dit aujourd’hui.

 

« En septembre 1957, au moment du coup d’état du général Sarit Thanarat, l’empire économique des militaires est d’autant plus colossal qu’il est dopé par l’aide américaine. Les officiers supérieurs s’enrichissent au-delà du raisonnable. Chin Sophonpanitch marqué par son association avec le clan de la rue Rachakhru, est forcé à l’exil. 

223. LES MILTAIRES, L’OLIGARCHIE DOMINANTE A LA MORT DU MARÉCHAL SARIT EN 1963 ?

Des ponts sont toutefois rapidement établis entre Chin, le fondateur de la Bangkok Bank, et le groupe du général Sarit. Ce dernier devient conseiller de la banque et plusieurs de des fidèles sont invités à siéger au sein du conseil d’administration. De même les fondateurs de la Thai Farmers Bank (famille Lamsan) se rapprochent avec le 1er ministre après avoir longtemps été alliés avec le clan adverse.

 

A la fin de la décennie les membres de la clique associée à Sarit appartiennent en moyenne à plus de sept conseils d’administration. Toutes les entreprises de fournitures d’équipements de l’armée et de la police (armes, uniformes, infrastructures) sont naturellement contrôlés par des militaires. Au-delà, l’armée a pris pied dans l’autorité portuaire nationale, dans le secteur ferroviaire, dans la production de tabac et les assurances (Dhipaya). Elle est surtout impliquée dans la construction : ce secteur est désormais largement contrôlée par les généraux Sarit Thanarat et Phao Siriyanond à travers leurs entreprises Samaggi Construction et Vichitra. Mais l’emprise de ces dernières est essentiellement parasite. Elles se contentent de d’emporter des contrats, de toucher les commissions et de confier les travaux à des sous-traitants. Pour s’assurer de la mainmise sur le secteur, les militaires vont jusqu’à établir un syndicat de la construction chargé des appels d’offre.

 

Comme en Indonésie, les partenariats avec les hommes d’affaire chinois sont basés sur  des intérêts mutuels : les Chinois obtiennent protection, privilèges et accès ; les militaires bénéficient des capitaux, de l’expertise commerciale et des réseaux de distribution de leurs associés. C’est sur cette base que les relations entre le régime militaire de Sarit et les cinq grandes banques ne tardent pas à consolider leur assise. Elles vont permettre à certains milieux d’affaires de prospérer : Sukree Potiratatangkun dans le textile, Thaworn Phornprapha dans l’automobile, Uthane Techpaibun dans la distillerie d’alcool. La famille Rattanarak, propriétaire de la Bank of Ayutthaya, se lance dans le transport fluvial avec l’aide du général Praphas Charusathien, commandant en second de l’armée.

223. LES MILTAIRES, L’OLIGARCHIE DOMINANTE A LA MORT DU MARÉCHAL SARIT EN 1963 ?

Grâce à ses relations militaires, le clan Rattanarak va étendre son empire à la construction, au ciment et à l’agro-industrie. Une enquête a révélé qu’à sa mort en 1963, Sarit disposait d’un patrimoine s’élevant à 2,9 milliards de baths (soit 145 millions de dollars au cours de l’époque). Le général Praphas, ministre de l’intérieur, est pour sa part présent dans 44 conseils d’administration. »

 

A la mort du maréchal Sarit, s’il n’y eut aucune crise politique, le Général Thanom reprenant le poste de 1er ministre qu’il avait occupé en 1958, il y eut un scandale immense provoqué par un conflit entre la dernière femme de Sarit et les héritiers qui non seulement réclamaient leur dû, mais affirmaient que l’héritage était plus important que celui annoncé. On évoquait 2 milliards de baths. Le gouvernement se trouva contraint de procéder à une enquête. On promit de la rendre publique. Le 1er octobre 1964, le 1er ministre Thanom déclara que les biens appartenant à l’Etat étaient d’environ 600 millions de baths. Sous la pression de nombreux hauts fonctionnaires compromis, le rapport ne sera jamais publié. Mais de nombreuses fuites, voire une interview du ministre des Finances apprenait par exemple que Sarit avait détourné 240 millions appartenant au bureau de la Loterie dont il était le président du Conseil d’administration  (Siam Rath Weekly Review du 18 juillet 1964. Fistié, Note 10,  p. 352) et bien d’autres escroqueries comme celle de la Nakhon Luang Assurance Co où 10.000 personnes perdirent leurs polices, ou des dizaines de milliers de raïs prélevés sur les réserves forestières de l’Etat. D’autres furent compromis, comme son ministre de l’agriculture qui avait touché 3 millions de baths pour qu’un certain Nai Somrek obtienne une concession de 20.000 raïs sur des terres réservées à l’Etat ou même la belle-mère de Sarit qui devait 60 millions au fisc et qu’on accusait d’avoir obtenu 18 millions de baths d’une société étrangère chargée de moderniser les adductions d’eau de Bangkok. Bref, la liste devait être longue quand on sait que Sarit et sa femme avaient investi dans au moins 40 sociétés thaïlandaises. (Siam Rath Weekly Review du 2 août 1964. Fistié, Note 15).

 

Bien entendu le successeur du maréchal Sarit, le maréchal Thanom déclara qu’il y aurait désormais une séparation stricte entre la politique et les activités commerciales et démissionna de tous les postes commerciaux qu’il occupait.

 

Il fut « entendu ». Une investigation menée en 1969 par Thamanum Thian-gnoen retrouvait des membres du gouvernement ou de leur famille dans les conseils d’administration de 347 sociétés, chinoises pour la plupart. (Cf. Note 204, Dovert, TC) 

 

En 1963, si l’armée se proclamait le garant des intérêts de la Nation et de la protection de ses citoyens contre la subversion, elle n’avait pas oublié ses intérêts, et de placer ses hommes à tous les niveaux de responsabilité de son économie. Elle était devenue une composante de  l’oligarchie dominante, un empire  militaro-économique, qui par des mariages d’intérêt et de convenance avec les grandes familles industrielles et financières, bien souvent chinoises, avait investi  dans de multiples secteurs d’activités : finance, aviation civile, audiovisuel, assurance, immobilier, textile, cuir, verrerie, batteries et conserves, etc. « L’armée [avait] « institutionnalisé » son pouvoir. » (** pp. 136-137)

 

L’engagement de la Thaïlande auprès des Américains dans « la guerre du Vietnam » et contre la subversion communiste ne pouvait que renforcer le rôle de l’armée dans la conduite du pays et dans son économie.

223. LES MILTAIRES, L’OLIGARCHIE DOMINANTE A LA MORT DU MARÉCHAL SARIT EN 1963 ?

*Pierre Fistié, « L’évolution de la Thaïlande contemporaine », Armand Colin, 1967.

 

**182.1 La société siamoise à la veille du coup d’Etat de 1932.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/04/182-1-la-societe-siamoise-a-la-veille-du-coup-d-etat-de-1932.html  

182.2 La société siamoise à la veille du coup d’Etat de 1932.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/05/182-2-la-societe-siamoise-a-la-veille-du-coup-d-etat-de-1932.html

 

***L’armée Thaïlandaise ?

Un livre : « Armée du Peuple, Armée du roi », « les militaires face à la société en Indonésie et en Thaïlande », de Arnaud Dubus et Nicolas Revise, l’Harmattan, IRASEC, 2002.

223. LES MILTAIRES, L’OLIGARCHIE DOMINANTE A LA MORT DU MARÉCHAL SARIT EN 1963 ?
223. LES MILTAIRES, L’OLIGARCHIE DOMINANTE A LA MORT DU MARÉCHAL SARIT EN 1963 ?
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19 mars 2016 6 19 /03 /mars /2016 22:23
222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (FIN).

Le tourisme, Sarit fut-il un visionnaire ?

 

Il y eut en 1961 très exactement 81.000 touristes en Thaïlande. Le pays n’est pas ouvert au tourisme de masse puisque le seul hôtel alors accessible à Bangkok était le célèbre « Oriental ». Qui étaient-ils, d’où venaient-ils ? Nous n’avons trouvé aucun renseignement à ce sujet. En tous cas, c’est sous son régime, de concert avec son ministre des affaires étrangères, qu’est créé le 18 mars 1960 « Tourist autority of  Thailand » (dont soit dit en passant son ministre des affaires étrangères devient le directeur) et qui jouera un rôle majeur dans le développement ultérieur de cette activité devenue dès lors primordiale pour l’économie du pays. 

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (FIN).

L’année suivante est créé le premier par national du pays, celui – gigantesque -  de Khao yai (อุทยานแห่งชาติเขาใหญ่). 

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (FIN).

En octobre 1962 toutefois, l’ouragan tropical Harriet ravage toute la côte est du golf de Thaïlande depuis Chumpon au nord jusqu’à Nakhonsithammarat au sud. 

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (FIN).

Des centaines de morts, des millions de baths de dégâts à la suite de quoi est créée la fondation Ratprachanukhro (มูลนิธิราชประชานุเคราะห์) au sein de laquelle le monarque s’investit à temps plein en disant  « elle est semblable à une grande compagnie d'assurance pour la nation. Ceux qui subissent un malheur doivent recevoir de l'aide en temps opportun et rapide de la part de ceux qui ne sont pas aussi malheureux par la mise en commun d’une aide financière et matérielle à travers la fondation ». 

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (FIN).

Elle jouera un rôle majeur lors du Tsunami de 2014. Respectons la mémoire de près de 700 victimes dénombrées. Ce triste événement fut toutefois pratiquement sinon totalement ignoré des organismes de presse occidentaux, probablement censurés ? 

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (FIN).

L’ouragan a en outre ravagé l’île de Koh Tao qui n’était alors qu’un bagne et non le paradis des plongeurs et celle de Koh Pangan qui n’était peuplée que de pêcheurs et de ramasseurs de noix de coco faméliques mais dont la présence a épargné celle de Koh Samui. La censure gouvernementale a été rejointe par celle des populations locales qui se gardent de faire allusion à la catastrophe qui a frappé ces îles et cette côte devenues depuis lors un « paradis » touristique. Quelques vieux habitants de Samui s’en souvenaient encore mais n’en parlaient que sous la torture. Ceux-là apprécient la censure ! Du moins ce drame a-t-il eu le mérite (si l’on peut dire) de dégager le site portuaire protohistorique de Khaosamkaeo (เขาสามแก้ว) près de l’actuelle ville de Chumpon ce qui fait le bonheur des archéologues toujours en activité.

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (FIN).

L’aide des « vilains américains »

 

Sarit n’est évidemment pas un inconnu des américains, il est commandant en chef des armées thaïes depuis 1954 et a toujours manifesté un anticommunisme primaire, secondaire et tertiaire. Il est – avons-nous vu dans notre article précédent (1) – allé chercher des subsides en Amérique. 

Ses échanges de point de vue avec le président « Ike » démontrent une parfaire symbiose. Son coup d’état a-t-il été financé par la CIA, on trouve souvent l’affirmation répétée sans autre preuve que de très solide présomptions (2). Sarit s’est par ailleurs beaucoup moins compromis avec les Japonais que Phibun. Il a eu la sagesse de choisir comme ministre de l’intérieur Thanat Khoman, un habile diplomate d’abord en poste à Tokyo jusqu’en 1943 mais qui avait rejoint les « Seri thai » dès cette époque et anti-communiste aussi virulent que son chef de file. Nous trouvons par ailleurs dans les documents déclassifiés un télégramme adressé par l’ambassade américaine à Bangkok au  Département d'État le 20 octobre  1959 (3) sous le titre « OBJET: rôle de l'armée dans les pays les moins avancés » qui établit à tout le moins la lucidité de ce diplomate (4) mais dont il est permis de se demander (c’est une simple hypothèse) si elle ne répond pas à une question posée par son secrétaire d’état, John Foster-Dulles, frère du directeur de la CIA et tous deux grands organisateurs de coups d’état dans le monde. 

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (FIN).

Pour les États-Unis, c’est la politique du « containment », à savoir : éviter que l’Asie-du-sud-est ne bascule dans le camp communiste. Pour Sarit, il s’agit certes de lutter contre le communisme mais aussi de préserver l’intégrité du territoire directement menacée dans le nord-est par l’alliance des autonomistes Isan avec les mouvements communistes ou procommunistes du Laos voisin, autonomistes qui, sous couvert de lutte contre l’occupation japonaise se sont surtout préoccupés de participer sinon à la création d’un « grand-Laos », du moins à celle d’un état communiste plus moins satellite en Isan (5). Mouvements communistes et autonomistes aussi dans l’extrême sud musulman avec l’aide des anciens maquisards communistes malaisiens  dont la lutte contre l’occupation japonaise avait par contre été féroce. Nous reviendrons plus bas sur une question plus ponctuelle qui opposa la Thaïlande et le Cambodge,  triste héritage de l’époque coloniale mais qui nous dévoilera un aspect singulier du premier ministre. Sarit ouvre donc la Thaïlande aux militaires américains. La quasi-totalité des bombardements effectués sur le Vietnam et le Laos   partiront des bases de Donmuang (où siège le haut commandement américain, Udonthani et Utapao (Pattaya). 

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (FIN).

Ce service a évidemment une contrepartie, un aide financière massive. Nous en avons les chiffres, Nous pourrions tout simplement aligner des chiffres, il suffit pour les trouver de consulter le site https://www.usaid.gov/thailand. C’est l’organisme officiel par lequel transitaient ces aides commencées en 1950 bien avant Sarit :

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (FIN).

Ces chiffres sont énormes et encore nous faut-il les réajuster à la date à laquelle nous écrivons (2016) : Compte tenu du taux d’inflation, le coefficient multiplicateur est de 10,02, disons 10 pour simplifier. 100  millions de dollars de cette époque équivalent donc à un milliard de dollars de 2016

(voir le site http://www.dollartimes.com/inflation/inflation.php?amount=10&year=1950) 

soit l’équivalent de 0,902 milliard d’euros ….. disons un milliard d’euros 2016 pour simplifier. Mais le détail ne l’affectation de ces sommes n’apparait nulle part autrement que sous forme de pieuses généralités ou, s’il apparait, nous ne l’avons en tous cas pas trouvé ! S’agit-il de versements financiers purs et simples, de livraisons de matériel, d’armes et d’armements, de la construction d’usines ou d’infrastructures ? En cette dernière hypothèse, devrait-on considérer que l’implantation de Coca-cola en Thaïlande en 1949 et des bordels de Pattaya – lieu de villégiature pour les combattants en permission de retour du Vietnam - fait partie de l’aide apportée par le bon peuple américain ? Elle suscitera par ailleurs après la mort de Sarit un vaste mouvement de protestation (6). Mais la Thaïlande a préservé son intégrité territoriale et échappé à un basculement vers le communisme, qu’il soit d’obédience moscoutaire ou pékinoise. 

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (FIN).

Il n’y eut qu’un seul hiatus en ce qui concerne l’intégrité du territoire puisque va surgir le problème cambodgien.

 

Le « problème » cambodgien.

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (FIN).

Nous avons longuement parlé de la question du temple de Phrea Viehar, totalement inaccessible à l’époque du côté cambodgien mais néanmoins attribué au Cambodge par la Cour internationale de justice de La Haye (7). Le Cambodge avait engagé la procédure devant la Cour en octobre 1959. Le conseil révolutionnaire avait réagi dans sa 27ème proclamation en novembre avec une certaine violence (8). Ce n’est point la question de l’emprise de 470 hectares qui nous importe, c’est tout simplement la réaction de Sarit, dont les velléités guerrières furent probablement apaisées par l’un des avocats de la Thaïlande, Dean Acheson retourné à la barre. Loin de penser une seconde aux manœuvres tortueuses de Sihanouk sur lesquelles nous nous sommes attardés, et elles sont certaines, il va accuser celui-ci d’avoir utilisé des incantations magiques ! L’Isan n’était décidément pas mort en lui ! « Chassez le naturel… »

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (FIN).

"La mort et les découvertes « post mortem »

 

Sarit avait épousé Wichitra Thanarat  (วิจิตรา ทานาราช) qui ne lui avait pas donné d’enfants mais ils avaient adopté un neveu qui portait le nom de Thanarat. Nous savons peu de choses sur sa vie de couple.

 

 

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (FIN).

Il est hospitalisé à la fin de l’année 1963. Son épouse est présente auprès de lui. Le roi aussi, hommage exceptionnel et plus encore, lui rend de nombreuses visites sur son lit d’hôpital ...

 

 

 

 

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (FIN).

souvent avec la reine avant sa mort le 8 décembre. 

 

 

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (FIN).

De quoi est-il mort ? Selon Thak Chaloemtiarana (9) ce serait d’une vulgaire cirrhose du foie consécutive à ses excès de boisson pour laquelle il était déjà allé se faire soigner aux États-Unis ? Information invérifiable mais il n’a effectivement pas le physique d’un ascète bouddhiste. Le roi décrète un deuil national de 21 jours et la crémation a lieu en sa présence et celle de la reine – encore un hommage exceptionnel – au mois de mars suivant au Wat thep Siritharawat (วัดเทพศิรินทราวาส).

 

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (FIN).

A la mort prématurée de Sarit en 1963, un conflit successoral acharné entre son fils, le major Setha Thanarat, et sa jeune épouse, Thanpuying Vichitra Thanarat, a révélé l'étendue massive d’une fortune de l’ordre de 140 millions de dollars incluant, selon le Bangkok Post de l’époque, une société fiduciaire, une brasserie, 51 voitures, des participations dans de nombreuses sociétés et quelques 30 parcelles de terre à Bangkok, fortune dont une grande partie aurait été éparpillée entre ses dizaines de maîtresses. Restons- en à ces chiffres, la source est sérieuse. Comme toujours on peut gloser dans ce genre de situation et lancer toutes sortes de chiffre en l’air sans pouvoir en donner la moindre justification. 

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (FIN).

Les commérages sont alors allés bon train ! Ces chiffres sont ceux qui ont été déballés devant la Justice et ils sont déjà énormes 140 millions de dollars (plus ou moins epsilon !) de l’époque font, si nous adoptons le taux de conversion ci-dessus, 1,40 milliards de dollars 2016, chaque dollar pensant à ce jour environ 35 baths nous en arrivons à 56 milliards de baths 2016. La question est moins une question de montant qu’une question d’origine. Il semblerait (nous utilisons volontairement le conditionnel) que les fonds aient été au moins partiellement saisis au profit du Trésor, une commission d’enquête a été désignée et … l’affaire fut enterrée… ce qui ne nous interdit évidemment pas de lancer quelques idées ? Les résultats préliminaires de cette commission furent toutefois divulgués et affirment que la plupart des avoirs de l'ancien premier ministre avaient été acquis depuis 1952 lorsque, comme un jeune officier de l'armée, il est devenu président du conseil d'administration de la Loterie nationale ?

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (FIN).

Nous avons dans notre article précédent (1) parlé (note 2 essentiellement) du rôle spécifique de l’armée en Thaïlande et nous en parlerons dans un prochain article. L’imbrication entre l’armée, la politique et le monde des affaires est total et surtout ne surprend et ne choque personne. Nos esprits occidentaux ont peine à le concevoir : n’oublions pas que l’armée française est restée jusqu’en 1945 « la grande muette » puisque les militaires n’avaient pas le droit de vote que leur a accordé le Général De Gaulle. 

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (FIN).

La fortune de Sarit n’est évidemment pas sortie d’un chapeau mais il faut tout de même essayer de trouver quelques éléments de réponse :

 

- Lorsque Sarit devient chef des armées en 1954, il a déjà des « intérêts » dans 22 sociétés (parait-il ?) qui lui procurent évidemment des revenus en sus de sa solde. Il est déjà riche. Il n’y a là rien de répréhensible même si cela choque notre conscience occidentale. A combien s’élevait la solde du militaire et les dividendes, tantièmes et jetons de présence perçus par Sarit ?

 

- Lorsqu’il devint premier ministre, il perçut bien évidement un salaire de premier ministre mais il nous a été impossible de savoir quel en était le montant. A voir le nombre de ministres dans les gouvernements précédents et celui des ministres « sans portefeuille », il est permis de penser que la place était bonne. Deux douzaines de ministres en moyenne dans les gouvernements Phibun, plus de trois douzaines dans le gouvernement de  Thanom Kittikachorn précédent la prise effective du pouvoir par Sarit (10). En réduisant le nombre de ministères à 13, au moins Sarit fit-il faire des économies au Trésor ? (11)

 

- Sarit est bardé de décorations, faveurs royales perrmanentes, elles entraînent probablement toutes une allocation  annuelle (comme notre Légion d’honneur) mais combien perçoit le titulaire de la grande croix de l’ordre de l’éléphant blanc ?

 

Ce ne sont évidemment pas ces sources de revenus qui lui ont permis de constituer cette énorme fortune.  Mais Sarit n’avait-il pas le moyen de s’enrichir sans se salir les mains et sans porter préjudice au trésor national ? On a suffisamment dit, écrit et discuté des aides étrangères – essentiellement aide américaine au monde et aide française à l’Afrique – qui finissent dans les poches des dirigeants des pays bénéficiaires pour que la question ne soit pas posée au sujet de Sarit. Avant d’être le fruit de la corruption contre laquelle il avait lutté sans désemparer peut-être cette fortune vient-elle pour partie ou pour le tout et beaucoup plus vraisemblablement tout simplement de pots de vin, dessous de table et détournement d’une partie des dollars des contribuables américains ?

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (FIN).

"Mais, singulièrement, ces aspects désagréables du personnage ne paraissent pas avoir nui à sa réputation future et au souvenir (relativement) positif qui subsiste dans l’esprit de la population (12). C’est un aspect singulier qui n’est pas spécifique à la Thaïlande face à des dictateurs ou des chefs d’état « populistes » qui portent l’espoir des misérables et des déshérités (13). 

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (FIN).

Taksin Shinawat fut et reste le héros des petites gens qui se soucient fort peu des méthodes utilisées « façon Sarit » : deux mille morts dans des opérations de police litigieuses contre les trafiquants de drogue conduites par des « escadrons de la mort », deux mille morts encore dans la manière traitée avec une transparence toute militaire de résoudre le problème des revendications des populations musulmanes … mais un bilan économique et social satisfaisant qui lui ont valu une immense popularité à travers le pays. Et ses admirateurs se soucient encore moins de savoir qu’il a ou aurait au cours de son passage au pouvoir quadruplé sa fortune sans jamais payer d’impôts.

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (FIN).

Quant à la manière Sarit d’éradiquer le communisme, on ne peut s’empêcher de la comparer avec celle qui fut utilisée deux ans plus tard par Mohamed Suharto en Indonésie, autre dictateur corrompu, entre 500.000 et 1.000.000 de morts, communistes ou supposés tels, Indous et Chinois dans les mêmes fournées, l’un des plus grands génocides du XXème siècle qui en avait connu et en connut d’autres sous les applaudissements des États-Unis et de son président Johnson « Le communiste est éliminé d’Indonésie pour cent ans » et la totale indifférence de la « bonne conscience universelle ».

 

 

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (FIN).

Libre à chacun de répondre à la question « Doit-on canoniser les dictateurs ? ».

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (FIN).

NOTES

 

Sources :

 

Voir notre article précédent   222.2 – « QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (PREMIÈRE PARTIE) ».

 

(1) Voir notre article 222.1 « LE GOUVERNEMENT DU « FIELD MARSHAL» SARIT. (9 FÉVRIER 1959 - 8 DÉCEMBRE 1963) ».

 

(2) Nous avons vu à l’occasion de notre article sur le « héros de la forêt de Phupan » (article 203 – « Tiang Sirikhan, le guerrier de Phupan » que si les archives de la CIA ont été déclassées et accessibles sur Internet, beaucoup de documents sont toujours caviardés et portent la mention « CENSURED ».

 

(3) https://history.state.gov/historicaldocuments/frus1958-60v15/d534

 

(4) « Le gouvernement américain doit travailler avec les gouvernements militaires autoritaires dans les pays moins développés de Free Asia et l'Afrique….l'autoritarisme restera la norme en Asie libre pendant une longue période. Ceci étant le problème est  d'expliquer au peuple américain et aux nations amies qui sont hostiles à une forme de gouvernement autoritaire pourquoi nous soutenons ces gouvernements  … Nous devons réfléchir sur notre soutien à un gouvernement autoritaire presque entièrement basée sur la force militaire. La Thaïlande n’est pas prête à une forme véritablement démocratique du gouvernement… En outre, la nature généralement conservatrice des chefs militaires et gouvernementaux thaïlandais et des institutions établies de longue date (la monarchie, le bouddhisme) fournissent une solde barrière contre la propagation de l'influence communiste. Par ailleurs, le régime militaire thaïlandais ne pèse pas financièrement sur le peuple. Beaucoup des libertés individuelles que nous associons souvent avec notre forme de gouvernement et niée sous des régimes autoritaires, la liberté d'expression, de religion, droit à la propriété, etc., prospèrent en Thaïlande à un degré remarquable;  et le maréchal Sarit montre à bien des égards sa sensibilité à ce qu'il croit être l'opinion publique... Les groupes d'opposition, étudiants, intellectuels, officiers dissidents sont sans importance immédiate …  et toute révolution qui serait diligentée par des officiers dissidents suivrait la tradition et ne produirait qu’un changement de surface … La complexité du processus de développement exige que le régime militaire utilise au maximum les compétences civiles... Sarit semble être bien conscient de cette nécessité et a rassemblé les meilleurs cerveaux civils. Mon propos n’est pas ici de blanchir le maréchal Sarit, de lui attribuer des vertus qu'il ne possède pas ou d’affirmer faussement la corruption a été éliminée en Thaïlande pour ne jamais y revenir… C’est un régime militaire civilisé dans la mesure du possible dirigé par un chef militaire qui a en vue la sécurité et le développement et qui représente le leadership politique du type requis dans une société en développement…Les principaux inconvénients auxquels nous sommes confrontés sont un étouffement des valeurs démocratiques et des procédures parlementaires par la révolution de de Sarit d'Octobre 1958 et ses conséquences qui constituent incontestablement un revers pour la tendance, si faible qu’elle ait été, vers une forme de gouvernement plus démocratique qui avait ses origines dans le coup d’état de 1932 ».

 

(5) Nous avons vu lors de notre étude sur Tiang Sirikhan que sa participation à la lutte contre l’occupation japonaise fut inexistante mais que par contre les tonnes d’armes qui furent parachutées dans les maquis de Sakon Nakhon (34 tonnes) passèrent probablement sur l’autre rive Mékong aux fins susdites.

 

(6) Nous avons rencontré le grand écrivain Kukrit Pramoj dans notre article A 72 « Plusieurs vies » de Kukrit Pramoj. Une vision de la Thaïlande ». C’est, avions nous écrit « une institution en Thaïlande. Prince, descendant direct du roi Rama II (1809 -1824), ancien premier ministre (1976), frère cadet d’un autre ancien premier ministre, fondateur de parti politique, de banque,  d’un journal, d’un magazine, professeur, danseur, acteur, économiste ……….et auteur de plus de 30 livres et de son livre le plus célèbre « Plusieurs vies ». La princesse Maha Chakri Sirindhorn nous invite également à « aimer ce beau livre de Kukrit et à travers lui, la culture et les valeurs de la Thaïlande ».

 

On ne peut parler des relations entre les États-Unis et la Thaïlande pendant cette période sans citer son rôle non plus comme talentueux auteur mais comme … acteur de cinéma !

 

Revenons en 1958 : Cette année-là, les deux romanciers américains Eugene Burdick et William Lederer publient le roman à clef « The ugly american » (traduit en français sous le titre « le vilain américain » et en thaï sous la transcription อั๊กลี่อเมริกัน (Akli Amerikan, mauvaise retranscription de ugly amarican). 

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (FIN).

Il illustre férocement les défaillances du corps diplomatique des États-Unis, son insensibilité à la langue locale, la culture, les coutumes et le refus d'intégration face aux capacités supposées de ceux du bloc de l'Est conduisant alors aux succès diplomatiques des communistes à l'étranger. Immédiatement traduit en thaï, il fut un « coup de tonnerre dans le ciel serein » du monde diplomatique américain, immédiatement diffusé par le sénateur John F. Kennedy à chacun de ses collègues du Sénat. Il narre l’aventure des diplomates américains dans le pays fictif de Sarkhan, tout simplement la Thaïlande. Il règne chez eux une atmosphère de peur, de méfiance et d’incertitude face aux succès politiques des soviétiques dans les pays non alignés du tiers monde. Le livre décrit la lutte perdue des États-Unis contre le communisme en raison de la maladresse et de l'incompétence du corps diplomatique, arrogance innée et incapacité à comprendre la culture locale. « Pour une raison quelconque, les  gens que je rencontre dans mon pays ne sont pas les mêmes que ceux que je connaissais aux États-Unis. Un changement mystérieux semble peser sur les Américains quand ils sont à l’étranger. Ils s'isolent socialement, vivent, sont bruyants et ostentatoire ». L'ambassadeur américain « Lucky » vit dans son complexe diplomatique confortable. L'ambassadeur soviétique parle la langue et comprend la culture locale.

 

Nous voyons ensuite intervenir activement Kukrit Pramoj dans la version cinématographique réalisée en 1963 et diffusée à la même époque en Thaïlande sous le même titre อั๊กลี่อเมริกัน. Film militant réalisé par Stewart Stern, scénariste de « la fureur de vivre », le rôle principal est joué par Marlon Brando qui n’est plus le « sex symbol » mais le militant dans la peau du quel il finira en apothéose dans « Apocalyps now ». 

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (FIN).

Il joue le rôle de l'ambassadeur Harrison Carter Mac White. Au début des années 1960, après enquête d'une commission sénatoriale, il est nommé ambassadeur au Sarkhan du Sud (pays imaginaire qu’il est difficile de ne pas assimiler à la Thaïlande) au moment où cette jeune nation, qui tente d'instaurer un régime démocratique avec l'appui des États-Unis, est confrontée à de graves problèmes politiques. Un leader d'opposition, Deong (par ailleurs ami de longue date de MacWhite), entend renverser le gouvernement du premier ministre Kwen Sai, avec l'appui du Sarkhan du Nord, pays communiste frontalier. Harrison avec ses idées arrêtées enchaînera les mauvaises décisions qui menaceront la politique de son pays en Asie... 

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (FIN).

Tourné en partie en Thaïlande, à Bangkok y compris à l'Université Chulalongkorn, Kukrit Pramoj fut d’abord engagé comme expert et conseiller culturel puis, en définitive, joue le rôle du premier ministre de Sarkhan « Kwen Sai », ce qu’il deviendra en 1975 !  Cette position très hostile à l’emprise américaine est toujours vivace, elle n’est pas propre au grand intellectuel que fut Kukrit, nous l’avons retrouvée dans la « Thaïlande d’en bas », les « protest songs » du groupe Karabao avec en particulier อเมริกันอันธพาล (amerikan anthaphaan) que nous pouvons sans nous tromper traduire par « salopards d’américains » (Voir notre article « Notre Isan 32. Carabao,un groupe rock thaï ») ou dans le non moins engagé groupe Caravan avec en particulier อเมริกัฯอันตราย (amerikan antaraï) moins féroce (dans le titre mais pas dans les paroles) « américains, danger » (voir notre article «  Notre Isan 33 : Musique et Chanson,  Caravan, un Groupe « Engagé »). Cette chanson fut écrite lors d’un incident violent survenu en 1976 au cours duquel les forces américaines encore stationnées à U-Tapao engagèrent une action violente au Cambodge sans l'autorisation du gouvernement thaïlandais, violation flagrante de la souveraineté thaïlandaise qui suscita des manifestations violentes devant l'ambassade américaine. Lors de manifestations de masse en mars 1976 pour réclamer l’évacuation de la base américaine, au cours de laquelle le sang coula, la chanson se devait de rappeler au premier ministre ses promesses d’exiger le retrait de toutes les forces américaines. Est-il utile de préciser que ce premier ministre était Kukrit Pramoj ?  Lors de son intronisation comme premier ministre en effet, dans sa déclaration au parlement  du mercredi 19 mars 1975, il avait exposé clairement son programme en matière de politique étrangère : « Le gouvernement doit gérer la politique des affaires étrangères librement, afin de parvenir à l'indépendance nationale, pour que soit respectée sa souveraineté… Le gouvernement doit établir des relations diplomatiques et économiques avec les pays amis, indépendamment des différences idéologiques, économiques, sociales, fondées sur la justice, l'égalité et la non-ingérence dans les affaires intérieures et établir des relations équilibrées avec les grandes puissances. En outre, le gouvernement doit confirmer ses relations diplomatiques avec la République populaire de Chine, et évacuer les troupes étrangères du royaume dans l’année …. ». Son frère Seni lui succède et sa déclaration délivrée au parlement le vendredi 30 avril 1976 ne sera pas exactement moulue de la même farine. Il en est des promesses électorales comme des serments d’amour.

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (FIN).

(7) Voir nos articles 24 : « Affaire du Temple de Phrea Vihear : Et si les Thaïs avaient été floués ? » -   19 : «  Google Earth au Temple de Preah Vihar ? » - 106 : « Le Temple de Phrea Vihear au Cambodge ! Que Veut La Thaïlande ? » et 136 : « La décision du 11 novembre 2013 de la Cour Internationale sur le temple de Phrea Vihar ».

 

(8) Il annonçait une défense de ses frontières à forces armées considérant que le temple était « terre sainte » pour le peuple thaï et que les drapeaux nationaux seraient arborés de façon visible afin que nul n’en ignore.

 

(9) « The politics of despotic partenalism » publié en 2007.

 

(10) On reste confondu devant la naïveté de Fistié pour lequel l’inflation du nombre des ministres était destinée à « équilibrer les tendances » ! La belle affaire, il s’agit de toute évidence de faire partager le gâteau aux amis, pseudo-démocratie de copains sinon de coquins !

 

(11) Lorsque Yingluk Shinawat émit l’idée d’augmenter de 14 % le salaire des députés, il y eut quelques ricanements dans la presse mais pas un journal ne précisa 14% de quoi ? Etonnante opacité !

 

(12) Permettons-nous, sans la moindre ironie, de citer (de mémoire)  le vieux Lesage « Il dit en voyant de fort belles pèches qu’on avait servi : de mon temps les pèches étaient bien plus grosses qu’elles ne le sont à présent, la nature s’affaiblit2 de jour en jour. Sur ce pied-là, dis-je alors moi-même en souriant, les pêches du temps d’Adam devaient être d’une grosseur merveilleuse ! »

 

(13) Juan Peron portait l’espérance des « descamidados y de humildes » argentins sans que l’accumulation d’une fortune colossale ne leur ait jamais fait perdre leur inébranlable confiance ni en lui ni en ses successeurs péronistes.

 
222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (FIN).
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16 mars 2016 3 16 /03 /mars /2016 22:03
222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (PREMIÈRE PARTIE).

Les critiques souvent virulentes concernant la période Sarit portent essentiellement sur des questions normatives : individu méprisable, expérience intolérable, dictateur cupide, avide et égoïste, etc. des adjectifs que nous pouvons partager au moins en partie. Mais il n’est pas inutile de faire la part des choses entre éloges et mises en accusation. La question est en effet de savoir ce qu’il a mis en œuvre sur le plan politique non sans efficacité tout en comprenant ce qui a suscité et suscite encore des haines parallèles aux admirations comme nous l’avons démontré dans notre article précédent.

 

Nous avons dans cet article (in fine) parlé de sa vision « révolutionnaire » (1) Il faut évidemment donner au mot « révolution » le sens d’un retour à ce qui était avant c’est-à-dire à une rupture complète avec la période 1932 – 1957.  

 

Les quelques paragraphes de cet article en deux étapes reposent pour l’essentiel sur les sources précédemment cités, le site (en partie germanophone) « Chronik Thailands กาลานุกรมสยามประเทศไทย » von Alois Payer pour les années Sarit qui nous livrent une foule d’articles de presse sur lesquels sont établis de nombreux tableaux significatifs (que nous avons traduit en français) et sur « Chronicle of Thailand since 1946 », publication du Bangkok Post comportant essentiellement la reproduction d’articles d’époque (voir en début de notes V° « sources)

Ces quelques pages ne sont pas une synthèse complète ni une hagiographie mais quelques chapitres de constatations sur ce qui nous a semblé des éléments importants pendant les quelques années du gouvernement Sarit.

 

Le Bouddhisme

 

Sarit prononce un discours devant la hiérarchie religieuse en 1960. Citons-en des extraits significatifs : Ils démontrent si besoin était que ses conceptions sont aux antipodes de nos conceptions occidentales, l’idéal religieux devant épouser toutes les formes de la vie civique :  

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (PREMIÈRE PARTIE).

« …. Vous devez agir main dans la main avec le gouvernement. Ce gouvernement est un gouvernement révolutionnaire. Les spécialistes de la Dhamma l’ont enseigné que Bouddha lui-même a été le plus grand révolutionnaire du monde. Il a révolutionné l'esprit humain, en tuant la croyance frivole en des dieux comme Indra et Brahma… La révolution qu’initie le gouvernement actuel a  un objectif similaire: construire des conditions de vie favorables à la population. Divers projets qui ne servent qu'à servir le bien-être du peuple doivent être réalisés. Mais le monde d'aujourd'hui a changé et n’est plus le monde d'hier. Les habitants de la terre se sont multipliés. Et les produits de la nature ont diminué. Il est nécessaire d'augmenter la productivité humaine. Il faut travailler pour vivre. On ne peut mener une bonne vie sans travailler, en comptant sur les autres et en exploitant leur force de travail. La vérité de ce principe du Bouddha, selon lequel chacun doit se fonder sur lui-même, est de plus en plus apparente. La persévérance, le travail acharné et la ténacité, mettant en vedette les enseignements du Bouddha sont des idées morales qui doivent être appliquées… en particulier en ce qui concerne les projets conçus par le gouvernement ... diligence, persévérance et ténacité doivent être notre attitude mentale. Cela vaut également pour le secteur privé et pour le bien commun de la nation. Par conséquent, il est nécessaire de sélectionner dans les enseignements bouddhistes, le courage, le travail acharné et de persévérance pour guider les gens en les empêchant d'être insouciants et compter sur les autres…  Je veux donc faire appel à l'Ordre pour qu’il enseigne au peuple ce chemin. Ce sera une aide pour les objectifs économiques et la politiques du gouvernement révolutionnaire actuel. Votre objectif doit concourir au développement de la nation et au développement de la population dans le domaine religieux ".

 

Remarquable application, nous le verrons,  de la phrase de Saint Mathieu ainsi résumée « Faites ce que je dis et ne faites pas de que je fais » (2). Nous le démontrerons d’ailleurs de façon surabondante dans notre article suivant qui traitera de l’oligarchie militaire.

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (PREMIÈRE PARTIE).

Le programme du gouvernement, avons-nous vu, précisait que « le gouvernement devait chérir le bouddhisme, apporter son soutien aux autres religions, ainsi que de se consacrer à l’éducation morale du peuple ». L’ « éducation morale », ce sera donc affaire de l’enseignement dans les temples.

 

Quant aux autres religions ? Une difficulté surgit dès la prise du pouvoir avec la hiérarchie catholique dont celle-ci était probablement sinon certainement directement et maladroitement responsable. Elle naquit d’un catéchisme sous forme de « questions-réponses » comme on le faisait à l’époque publié par l'Église catholique thaïe, diffusé dans ses églises et ses écoles, datant probablement de la période de Pie XII, mort le 9 octobre 1958, qui ne passait pas pour transiger avec la doctrine, « Hors l’Eglise, point de salut ». Les catholiques n’avaient pas oublié (ils ne l’ont toujours pas oubliée) l’histoire de leurs martyrs assassinés en 1940 par de pieux bouddhistes (et béatifiés en 1989). 

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (PREMIÈRE PARTIE).

Cet ouvrage soulignait les points faibles du bouddhisme pour prouver la supériorité de l'enseignement catholique et avait été diffusé par la maison d’édition du collège de l’Assomption à Bangkok. La librairie fut fermée, trois prêtres ont été interrogés qui reçurent l’ordre de rassembler les exemplaires de l’ouvrage de tous les coins du pays. Le directeur général du Bureau des affaires religieuses s’en affligea, exprimant son regret pour ce mépris affiché envers le bouddhisme, en dépit du fait que la Thaïlande avait contribué à soutenir le catholicisme, en particulier en finançant la réparation et la construction de certaines églises avec des impôts perçus principalement au détriment de bouddhistes thaïlandais. La bombe fut toutefois rapidement désamorcée par la hiérarchie catholique d’une part, par Sarit d’autre part, compte tenu en particulier du fait qu’un certain nombre de hauts fonctionnaires étaient les anciens des écoles catholiques, en particulier le très élitiste collège de l'Assomption. Son ministre des affaires étrangères Thanat Khoman en particulier est un ancien de ce collège. L’élection de Jean XXIII à la même époque a probablement facilité la négociation. Le catéchisme fut donc mis au gout du jour « Vatican II » (« tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil »)

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (PREMIÈRE PARTIE).

... et le Pape « thaïcisa » systématiquement la hiérarchie. Le passage à la même époque du latin, langue liturgique aux langues vernaculaire désormais autorisées dû aussi faciliter le dialogue. Sarit avait probablement beaucoup de défauts mais pas celui de manquer de bon sens. Les églises catholiques (en particulier et surtout dans le nord-est) y assuraient l’éducation primaire et avaient organisé des services médicaux en sus de multiples œuvres sociales… Sarit a toujours revendiqué sa qualité d’Isan et on voit plus de clocher dans certaines provinces (Nakon Pathom, Sakonnakohn, Mukdahan) ....

 

Cathédrale de Tharé (archidiocèse de Sakonnakhon) :

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (PREMIÈRE PARTIE).

 ...que de djedis ou de minarets et autant de statues de « Saint-Michel Archange terrassant le démon » faisant bon voisinage avec celles que de Bouddhas géants. 

 

Face à la cathédrale :

 

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (PREMIÈRE PARTIE).

L’incident fut rapidement clos, depuis lors on prie toujours pour le roi dans les cérémonies catholiques et on y chante un cantique dont les paroles rappellent étrangement celles du « Vexilla regis prodeunt » (3).

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (PREMIÈRE PARTIE).

En ce qui concerne les musulmans, essentiellement ceux des quatre provinces musulmanes du sud, il ne parait pas que des complots séparatistes aient vu le jour sous le gouvernement Sarit comme il en a été pour les complots séparatistes du nord-est réprimés également dans le sang (1). Le roi et la reine visitent la Malaisie en 1961. Après avoir effectué lui-même effectué une tournée dans ces provinces, Sarit se montre favorable à une politique d’assimilation. Il dispense d’ailleurs de fortes sommes pour la construction ou la reconstruction de mosquées, à Pattani en particulier. Il est possible (mais nous n’avons pas d’éléments à ce sujet) que certains de ses ministres aient été de confession mahométane ? « Il n’y a pas de Malais en Thaïlande, il y a des Thaïs musulmans ». En 1963, il avait annoncé son intention de substituer le samedi et le dimanche comme jours de congé au jeudi et au vendredi qui continueraient à être chômés suivant la coutume musulmane dans les quatre provinces de peuplement malais. Deux mois plus tard, son ministre de l'Intérieur avait nommé une commission chargée d'étudier le problème du changement des noms de lieux non thaïs, particulièrement dans le Sud où 99 % des noms de lieux devaient être remplacés. La mort de Sarit mit fin à ces velléités, et si le problème ne fut pas résolu, il fut au moins tenu en sommeil pendant 5 ans (4) sans être résolu à ce jour. Il n’apparaît au demeurant pas pendant la période Sarit d’exécution sommaires de dissidents musulmans dans le sud comme pour ceux de l’Isan.

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (PREMIÈRE PARTIE).

La monarchie

 

Sarit, avons-nous vu (1) a remis la monarchie sur un piédestal, probablement par conviction, celle de la nécessité d’un retour aux traditions anciennes ? L’allégeance à la dynastie était (avant d’ailleurs l’amour du bouddhisme) en tête du programme soumis à son parlement. Pas un mot sur la monarchie dans le programme gouvernemental du 28 juin 1932. Pas un mot dans celui de décembre1932. Du bout des lèvres dans celui d’avril 1933 « le gouvernement doit poursuivre le programme politique en six points du précédent gouvernement, de sorte que le royaume, avec le roi comme chef de l’état prospère dans la voie constitutionnelle ». Rien dans celui de juin de la même année. Reprise de la phrase d’avril 1933 dans le programme de décembre. Dans le programme de septembre 1934, on parle simplement d’ « harmonie entre la famille royale, le clergé et le personnel politique ». Rien en août et en décembre 1937. Rien non plus en décembre 1938 ni en mars 1942 (Phibun). Pas plus en août 1944. En 1945 on se contente de dire du bout des lèvres « le gouvernement travaillera au nom du roi ». Rien en février et en mars 1946. Encore moins évidemment en juin 1946 (Pridi). Le 21 avril 1948, Phibun parle pour la première fois d’ « allégeance » au roi de la dynastie Chakri ainsi que dans tous ses discours successifs sans que cela se traduise le moins du monde sur le plan concret. Il y a d’ailleurs une nuance entre « allégeance » et « jurer allégeance » !  Nous savons d’ailleurs que le reine mère au nom de son fils Ananda et le prince Bhumibol ont probablement hésité avant de quitter Lausanne pour rejoindre leur capitale (5). Sarit rajoutera à ce serment d’allégeance que « le gouvernement doit respecter le statut du roi comme chef d’état ».

 

Nous n’avons malheureusement pas pu savoir si, concrètement, ce serment d’allégeance que le gouvernement devait prêter entrainait une cérémonie particulière d’adoubement.

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (PREMIÈRE PARTIE).

Le roi et la reine sont désormais omniprésents. Leur portrait est affiché partout. 

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (PREMIÈRE PARTIE).

Ils font le tour du royaume, participent à d’innombrables cérémonies, le roi toujours l’appareil photo autour du cou, 

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (PREMIÈRE PARTIE).

... ils se font construire dans chacune des provinces une « résidence secondaire » au demeurant souvent modeste, guère plus qu’une grande villa, dans laquelle ils font des séjours à la rencontre de leur « bon peuple ». 

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (PREMIÈRE PARTIE).

« Inauguration de chrysanthèmes ? » Peut-être mais il est difficile de faire la comparaison avec l’auteur du mot, le Général De Gaulle, qui ne bénéficiait pas d’une légitimité dynastique quasiment religieuse mais seulement élective.

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (PREMIÈRE PARTIE).

L’activité intérieure est intense, pour visiter le pays ou recevoir les dignitaires étrangers, celle à l’étranger ne l’est pas moins. Ce tableau statistique est significatif 

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (PREMIÈRE PARTIE).

On peut d’ailleurs voir à cette véritable délégation de pouvoirs au profit du couple royal, une raison de bons sens. Sarit a bien un ministre des affaires étrangères, Thanat Khoman (ถนัด คอมันตร์), diplomate de formation mais peut-être ne tient-il pas à lui lâcher la bride ? Par ailleurs, lui-même élevé essentiellement dans les écoles militaires et les casernes, ce qui ne lui a probablement pas appris le sens des bonnes manières et de la diplomatie, a-t-il considéré que ces fonctions convenaient parfaitement au roi et à la reine. Ils sont jeunes, ils sont cultivés, parfaitement polyglottes tous deux et la reine a un charme incontestable (6). Nous ignorons si Sarit parlait autre chose que le thaï et le langage Isan qui ne sont pas d’une grande utilité dans les rapports diplomatiques ? Au regard du monde et peut-être pas simplement dans la presse pour midinettes, la Thaïlande, ce n’est pas un chef brutal et sans partage, c’est le couple royal. 

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (PREMIÈRE PARTIE).

La presse

 

Elle a été muselée dès avant le coup d’état et un certain nombre de journaux (pour la plupart d’ailleurs étrangers) ont été interdits (7). Il est injuste d’en attribuer la responsabilité à Sarit. Mais il ne va en tous cas rien faire pour en adoucir le régime, pour les journaux du moins qui ont été épargnés en organisant un contrôle sévère en amont : Dès le 17 octobre 1958, une proclamation du « Groupe révolutionnaire » crée une censure préalable pour les sujets pouvant porter atteinte (en particulier) à la monarchie (8). Notons que cette atteinte à la liberté de la presse est rude mais les sanctions – aussi lourdes qu’elles soient – sont administratives et non pénales. Les « délits contre la famille royale » sont prévus par le code pénal de 1908, œuvre d’un français, Georges Padoux. Les diffamations et les outrages commis contre le roi, la reine, le prince héritier et le régent entraînent alors une peine de 7 ans d’emprisonnement au plus et une amende de 5000 ticaux au plus. Sarit n’a rien ajouté. Le code pénal ultérieurement réformé en sa version de 1956 est beaucoup plus féroce en matière de répression non plus du « délit » mais du « crime de lèse-majesté » ainsi que l’ont démontré diverses affaires surgies dans la dernière décennie du XXème siècle et depuis le début du XXIème

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (PREMIÈRE PARTIE).

Par ailleurs, nous le verrons, il n’apparait pas dans les éléments que nous possédons sur la période Sarit la moindre condamnation de ce chef. Ces simples constatations ne l’exonèrent nullement de sa responsabilité (qu’il assumait) dans les exécutions sommaires de dissidents, d’incendiaires ou de journalistes communistes. Notons simplement qu’il reste alors 20 quotidiens à Bangkok, 14 en thaï, 4 en chinois, 2 en anglais et 7 en province.

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (PREMIÈRE PARTIE).

La corruption

 

Ce fut l’un des motifs essentiels exposés par Sarit pour justifier son coup d’état. Voilà bien un domaine où fusent les accusations les plus graves contre son régime (« le plus corrompu de tous les régimes qu’ait connu la Thaïlande ») mais les affirmations péremptoires n’ont jamais constitué un procédé de preuve. Certes, la corruption est un cancer qui ronge les pays dits « émergents » (9), certes, la corruption a rongé le système Sarit mais encore faut-il savoir jusqu’à quel point ? Les liens étroit entre la politique, la fonction publique civile et militaire et le monde des d'affaires, sont l'épine dorsale des réseaux de corruption qui part du gouvernement central jusqu’aux plus modestes des gouvernements locaux. Une fois nommé à un poste supérieur, un Thaï a tendance à traiter son monde comme un domaine privé. Mais la corruption a fait l’objet de solides et récentes études, en particulier de  Prijono Tjiptoherijanto (10) sur la base desquelles ont été établis les tableaux suivants qui sont parlants (11). Sur le premier, l’ « avantage » est à Sarit mais pas à ses successeurs. Malheureusement, nous ne disposons pas des chiffres portant sur la période 1932-1957. Pour la période postérieure, nous aurons probablement l’occasion d’y revenir.

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (PREMIÈRE PARTIE).

Sur le second, il revient, certes, un léger, très léger avantage à son successeur immédiat (disons « égalité ») mais pas au suivant !

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (PREMIÈRE PARTIE).

Sur le dernier, Sarit a gagné haut la main, mais son interprétation est évidemment difficile dans la mesure où les politiciens sont aussi des bureaucrates. Les ministres conservent probablement leur rangs et fonctions civiles ou militaires ce qui leur donne la possibilité de manger à deux râteliers. 

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (PREMIÈRE PARTIE).

Il en résulte néanmoins une constatation d’évidence, la corruption bureaucratique a été (presque) éradiquée, elle grimpera après la mort de Sarit non pas de façon linéaire mais de façon exponentielle. Comment est-on parvenu à ce résultat ? La question reste posée ? La presse ne se fait en tous cas pas l’écho de pendaison de fonctionnaire prévaricateurs en place publique ? Celle des politiciens – ses ministres et ses parlementaires (50 civils seulement) - tous gradés ou fonctionnaires, n’a pas diminué.

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (PREMIÈRE PARTIE).

La question est de savoir quelle fut la part personnelle de Sarit dans ce partage des prébendes ? Il fallut attendre sa mort pour avoir quelques précisions – qui font dresser les cheveux sur la tête – nous y reviendrons en temps voulu.

La lutte contre la délinquance

 

Sarit, avons-nous vu, n’a pas touché au code pénal de 1908, œuvre d’un français et comme tel imprégné des principes fondamentaux de notre droit pénal aux termes duquel les procédures ne sont pas des arguties de juristes mais la garantie des libertés individuelles : « Nullum crimen, nulla pœna sine lege », nul ne peut être condamné pénalement qu'en vertu d'un texte pénal précis et clair. C’est ainsi que le 2 novembre, le Conseil révolutionnaire décide dans sa proclamation n° 21 destinée à lutter pour lutter contre la délinquance ordinaire, de créer une procédure en quelque sorte accélérée visant ce qu’il appelle les « atthaphan » (อันธพาล) c’est-à-dire les voyous ou « hooligans ». 

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (PREMIÈRE PARTIE).

La définition en est suffisamment élastique pour viser tous ceux qui de près ou de loin portent atteinte à l’ordre public : « ceux qui par leur action propre ou leur brutalité contraignent, harcèlent ou perturbent la population ou qui constituent un danger économique comme les organisateurs de jeux ». Ils sont détenus provisoirement et préventivement pendant trente jours aux fins d’enquête mais toute prolongation sera ensuite décidée par le tribunal. Nous avons malheureusement fort peu de statistiques sur le résultat de cette politique pénale et avons dans notre précédent article dû faire appel aux souvenirs des anciens.

 

Quelques tableaux toutefois nous donnent un certain éclairage sur cette délinquance au quotidien.

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (PREMIÈRE PARTIE).

Nous connaissons les ravages que cause la passion du jeu chez les Thaïs. Il semble donc que le gouvernement Sarit s’y soit attaqué de façon efficace.

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (PREMIÈRE PARTIE).

Le nombre de détenus passe de 25 à 35.000, quarante pour cent d’augmentation. Celui de leurs gardiens est augmenté de plus de soixante-cinq pour cent. Mais si nous en tenons aux chiffres de 1961 (près de 70.000 procédures ouvertes), tous les prévenus ne finissent donc pas dans les geôles de Sarit ?

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (PREMIÈRE PARTIE).

Nous constatons enfin une augmentation assez spectaculaire du nombre des femmes détenus préventivement ou définitivement. De quels délits étaient-elles coupables ? Probablement le jeu et la prostitution mais ce n’est qu’une hypothèse.

 

Pour compléter ces chiffres, nous connaissons des statistiques pour l’année 1961. La justice ne fait pas que remplir les prisons :

 

La circulation fait – déjà – de solides dégâts : Pour le seul grand Bangkok 3.908 accidents ont causé la mort de 184 personnes, et parmi les blessés, il y avait 2.947 militaires. 

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (PREMIÈRE PARTIE).

Il y eut, toujours dans Bangkok 181 incendies, 153 dus à la négligence, 25 accidentels et 3 criminels. La police fluviale a procédé à 8.473 interpellations, en partie pour infraction aux règles de la navigation, et partie pour des délits de pêche et en partie pour des infractions douanières. Globalement, le nombre total des procédures pénales fut de 190.331 ayant conduit à la condamnation de 113.056 hommes (dont 9 à la peine de mort) et 15.491 femmes. Pour autant que ces comparaisons aient quelque sens, pour une population de 26,5 millions d’habitants, cela donne un taux de criminalité toutes causes confondues de 7,5 pour mille, ce qui peut expliquer les « bons souvenirs » que les anciens ont gardé de cette période (12). Si ces chiffres excluent évidement tout ce que l’on peut qualifier de « criminalité en col blanc » ou plus probablement « en col galonné », prévarication, concussion, corruption, trafic d’influence, la population « d’en bas » y était certainement beaucoup moins sensible qu’au vol d’une bicyclette ou l’incendie d’une récolte. En admettant que tous les 240 parlementaires et les 13 membres du gouvernement aient été à une échelle ou à une autre des corrompus, cela ne ferait qu’ajouter 250 personnes à cette liste.

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (PREMIÈRE PARTIE).

L’économique et le social

 

Sarit lance en octobre 1960 un programme de planifications économique en 6 ans qui vise à éradiquer la pauvreté, améliorer l’éducation et favoriser les créations d’entreprises. A cette fin est créé en novembre ce qui deviendra le Board of investment (BOI) qui existe toujours aux fins de faciliter la tâche des entrepreneurs locaux et des investisseurs étrangers. La priorité revient au nord-est à la fois en raison de sa pauvreté, des risques de dissidence procommuniste et aussi du fait de ses origines, à court, moyen et long terme : constructions hydroélectriques, création d’industries lourdes à l’aide d’investisseurs étrangers et augmentation du nombre d’établissements d’enseignement. Pour Fistié qui ne porte pas particulièrement Sarit dans son cœur et à grands renforts de chiffres justificatifs (13), les résultats furent « indéniables » mais il est difficile de savoir quel aurait été le sort de cette planification à la thaïe prévue pour 6 ans et qui n’en a duré que 3.

 

Contentons-nous une fois de plus de chiffres mis en tableau :

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (PREMIÈRE PARTIE).

C’est évidemment une moyenne nationale – tout de même significative – que ce soit en baths de 1962 ou en baths réajustés en 1969 mais une augmentation d’environ 20  pour cent sous le règne de Sarit qui ne nous dit pas de combien s’est augmenté son propre « PNB ».

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (PREMIÈRE PARTIE).

Ce tableau est peut-être plus significatif, les dépenses dites « sociales » (dispensaires et écoles) ont augmenté sous le règne de Sarit de 135 pour cent. On ose espérer que lui-même et sa camarilla n’y ont tout de même pas participé ! Fruit d’une politique « populiste » peut-être ? Les mouvements de grèves seront par ailleurs presque inexistants sous son règne, fruit de cette politique « sociale », « peur du gendarme » ? Notons simplement qu’ils reprendront sous son successeur dont le régime n’était pas moins répressif que le sien :

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (PREMIÈRE PARTIE).

Fruit de succès économiques évidemment », peut-être aussi, fruit de la manne américaine puisque grâce à Sarit les dollars vont tomber « comme à la Gravelotte » ? Nous allons en parlerons dans l’article suivant.

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (PREMIÈRE PARTIE).

NOTES

 

Sources

 

Chronik Thailands กาลานุกรมสยามประเทศไทย :

http://www.payer.de/thailandchronik/chronik1957.htm

http://www.payer.de/thailandchronik/chronik1958.htm

http://www.payer.de/thailandchronik/chronik1959.htm

http://www.payer.de/thailandchronik/chronik1960.htm http://www.payer.de/thailandchronik/chronik1961.htm

http://www.payer.de/thailandchronik/chronik1962.htm

http://www.payer.de/thailandchronik/chronik1963.htm

http://www.payer.de/thailandchronik/chronik1964.htm

« Chronicle of Thailand since 1946 », publication du Bangkok Post (2009)

 

(1) Voir notre article 222.1 « LE GOUVERNEMENT DU « FIELD MARSHAL» SARIT. (9 FÉVRIER 1959 - 8 DÉCEMBRE 1963) ».

 

(2) chapitre XXIII, vers 2 et 3 : « Omnia ergo quaecumque dixeri vobis servate et facite : secundum opera vero eorum nolite facere ; dicunt enim et non faciunt »: « Observez donc et faites tout ce qu’ils vous diront, mais ne faites pas ce qu’ils font, car ils disent ce qu’il faut faire et ne le font pas ». 500 ans avant lui, Zénon parlait de la monnaie d’Alexandrie qui était belle, mais pleine d’alliage !

 

(3) « Catholicism and Thailand - A Review Article » par Dusadee ANGSUMETHANGKUR, publié par Thai Interreligious Committee for Development.  Le cantique « Vexilla regis prodeunt » (« les étendards du roi s’avancent ») qui a probablement plus de 1.000 ans était le chant de marche de l’armée vendéenne.

 

(4) Voir l’article de Pierre Fistié « Les Malais en Thaïlande » In : Revue française de science politique, 17ᵉ année, n°4, 1967. pp. 749-760.

 

(5)  Voir notre article 217 « LA VIE EN SUISSE DES DEUX FUTURS ROIS DE THAÏLANDE, RAMA VIII ET RAMA IX ».

 

(6) Sarit aurait-il délégué son roi si la reine avait eu le profil – par exemple – de Madame Kroutchev, quelles qu’aient été les qualités de cette estimable personne ? Le président Kennedy usa de la même façon du charme de son épouse en effaçant provisoirement leurs problèmes conjugaux.

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (PREMIÈRE PARTIE).

 

(7) Voir la note 17 de notre article 222 – 1 « Le gouvernement du field Marshal Sarit ».

 

(8) « PROCLAMATION N° 17 DU GROUPE RÉVOLUTIONNAIRE » : « Considérant que la présentation des informations et des opinions par certains journaux a un caractère inapproprié,  qui en certaines occasions, a affecté la Couronne et en d’autres occasions ….. Le Groupe révolutionnaire a estimé  qu'il convenait de modifier la loi et de fixer certaines règles. Celui qui comme imprimeur, éditeur, rédacteur en chef ou propriétaire de journaux imprimés  …. doit déposer une demande de permis auprès des autorités sur les formulaires qu’elles fourniront et ne pourront y procéder seulement qu’après avoir été autorisé par lesdites autorités.

Si un ouvrage publie des articles sur les questions suivantes : toute matière portant atteinte à Sa Majesté le Roi, diffamatoire ou méprisante envers lui, la reine, l'héritier royal ou le régent, toute matière diffamant ou méprisant la nation ou la peuple dans son ensemble, toute matière  susceptible de porter atteinte au respect et la confiance des pays étrangers envers la Thaïlande et  le gouvernement thaïlandais …tout matière ambiguë, diffamatoire ou méprisante à l’égard du gouvernement, des ministres, des organisme publics qui ne donnerait pas de précisions sur les griefs qui leur sont faits …Les autorités compétentes ont le pouvoir de donner des avertissements ou de saisir et de détruire les documents ou ordonner la révocation de la licence de l'imprimeur, éditeur, rédacteur en chef ou le propriétaire du papier.

 

(9) La question ne se pose évidemment pas pour les pays civilisés comme le nôtre,  chacun sachant qu’il n’y a pas en France de magistrats qui rendent des services plutôt que la justice, de hauts fonctionnaires prévaricateurs, jamais de commissions occultes versées sur les marchés publics, de policiers « ripoux » ou d’élus du peuple corrompus.

222.2 - QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (PREMIÈRE PARTIE).

(10) Ce chercheur et poète indonésien s’est spécialisé dans l’étude historique et chiffrée de la corruption dans les pays d’Asie-du-sud est. Son étude « Civil Service Reforms in Thailand : Political Control and Corruption »  publiée en mars 2012  sous les références «  Working Paper in Economics and Business  - Volume II No.1/2012 - Department of Economics - Faculty of Economics, University of Indonesia »  est assortie de solides références, notamment à la presse thaïe.

 

(11) Par le site « Chronik Thailands », voir nos sources en tête de notes.

 

(12)  Des renseignements plus ou moins fiables donnent à ce jour un taux de criminalité de 20 pour dix mille. Il est de 60 pour dix mille en France.

 

(13) Pierre Fistié, in « L’évolution de la Thaïlande contemporaine » pp 333-348. 

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9 mars 2016 3 09 /03 /mars /2016 22:00
222.1– LE GOUVERNEMENT DU « FIELD MARSHAL» SARIT. (9 FÉVRIER 1959 - 8 DÉCEMBRE 1963). 1ère partie.

Nous avons quitté le pays (1) sur le coup d’état du « field marshal » Sarit en écrivant « Le maréchal Sarit estima que le gouvernement ne contrôlait plus la situation, et crut bon d’effectuer un nouveau coup d’Etat dans la nuit du 20 octobre 1958, au nom de la nécessité de faire face à une grave menace communiste, à l’intérieur et à l’extérieur. La loi martiale fut proclamée, la constitution fut abolie, l’Assemblée fut dissoute, les Partis interdits, et les opposants « du front  socialiste » arrêtés, dont le chef Thep Chotimichit. La démocratie n’était plus d’actualité ». Une fois encore, « l’armée est au pouvoir » (2).

222.1– LE GOUVERNEMENT DU « FIELD MARSHAL» SARIT. (9 FÉVRIER 1959 - 8 DÉCEMBRE 1963). 1ère partie.
ll est – nous a-t-il semblé – difficile de parler de ces 5 ans au cours desquels Sarit exerça un pouvoir brutal sinon sanglant sans dire quelques mots du personnage. Le « field Marshal » (chomphon จอมพล) Sarit Thanarat (สฤษดิ์ ธนะรัชต์) est né à Bangkok le 16 Juin 1908. Son père, Thongdi Thanarat (ทองดี ธนรัชต์) puis Luang Ruangdetanan, son nom de plume (หลวงเรืองเดชอนันต์), sur lequel nous connaissons peu de choses était un militaire « sorti du rang » qui finit sa carrière avec le grade de major (commandant) dans la province de Nakonphanom (3). Né à Bangkok, Sarit grandit toutefois à Mukdahan (qui n’a pas alors le statut de province), ville natale de sa mère, Thongdi Thanarat (ทองดี ธนะรัชต์).
222.1– LE GOUVERNEMENT DU « FIELD MARSHAL» SARIT. (9 FÉVRIER 1959 - 8 DÉCEMBRE 1963). 1ère partie.

 Celle-ci est proche parente du général lao Phoumi Nosavan, né à Savanakhet sur la rive française du Mékong, figure de proue de la lutte contre les communistes du Pathet Lao et homme-lige de la C.I.A. Sarit soutiendra d’ailleurs activement son cousin lors de son coup d’état de décembre 1959. 

 

 

 

222.1– LE GOUVERNEMENT DU « FIELD MARSHAL» SARIT. (9 FÉVRIER 1959 - 8 DÉCEMBRE 1963). 1ère partie.

Sarit se plaisait volontiers à rappeler sans fausse honte ses modestes origines Isan-Lao qui le rendaient plus accessibles aux problèmes des « petites gens ». Il débute ses études à l’école primaire de Mukdahan (โรงเรียนประจำจังหวัดมุกดาหาร). 

222.1– LE GOUVERNEMENT DU « FIELD MARSHAL» SARIT. (9 FÉVRIER 1959 - 8 DÉCEMBRE 1963). 1ère partie.

Nous le suivons ensuite à l’école du monastère, le Wat Mahanaparam (วัดมหรรณพาราม) à Bangkok, 

222.1– LE GOUVERNEMENT DU « FIELD MARSHAL» SARIT. (9 FÉVRIER 1959 - 8 DÉCEMBRE 1963). 1ère partie.

nous le trouvons ensuite à l’école d’infanterie (โรงเรียนทหารราบพระนคร

222.1– LE GOUVERNEMENT DU « FIELD MARSHAL» SARIT. (9 FÉVRIER 1959 - 8 DÉCEMBRE 1963). 1ère partie.

et enfin à l'Académie militaire royale thaïlandaise (Chulachomklao military academy โรงเรียนนายร้อยพระจุลจอมเกล้า). 

222.1– LE GOUVERNEMENT DU « FIELD MARSHAL» SARIT. (9 FÉVRIER 1959 - 8 DÉCEMBRE 1963). 1ère partie.

Ses études militaires terminées, il est nommé sous-lieutenant en 1928 puis lieutenant et servi comme capitaine dans un bataillon d'infanterie de la garde du roi Prajadhipok (Rama VII). 

222.1– LE GOUVERNEMENT DU « FIELD MARSHAL» SARIT. (9 FÉVRIER 1959 - 8 DÉCEMBRE 1963). 1ère partie.

Il participera à la répression de la tentative de coup d’état de Boworadej et y gagnera sa première décoration (la « médaille de la constitution »). Nous le trouvons sur le terrain comme commandant un bataillon d'infanterie au sein duquel il prend une part active à l'invasion et à l'occupation des États Shan en Birmanie qui ne passe pas pour avoir été une partie de plaisir. Nous le retrouverons ensuite en avril 1945 commandant militaire de la province de Lampang puis commandant du 1er régiment d'infanterie de la garde basé à Bangkok.  Lors du coup d’état de 1947, il est alors colonel et « protégé » de Pridi. Il participe à la répression de la tentative de coup d’état de 1951. Il est élevé au grade de général en 1952,  commandant en chef de l’armée royale le 23 Juin 1954. Cette date marque le début de ses ambitions politiques. Il est élevé au rang de « field marshal » en 1956 à 48 ans. Il est alors et toujours à ce jour le plus jeune « field marshall » de sang roturier de l’histoire de l’armée thaïe (4).

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Sarit à l’inverse des auteurs du coup d’état de 1932, créateurs d’un « parti du peuple » qui n’avait rien de populaire, est issu d’un milieu modeste. Il ne cherche point, comme Pridi, probablement le plus « démocrate » sinon le plus « républicain » des comploteurs, à se trouver des ascendances réelles (ou supposées) dans la haute noblesse (5). Partiellement Isan, se flatte d’en parler la langue qui fut probablement sa langue maternelle et n’en a nulle honte alors que la tendance dans le « sérail » est (toujours) à considérer ceux du nord-est comme des « ban nok » (บ้านนอก) que l’on peut traduire tout simplement par « bouseux » (6). C’est un vrai militaire qui a connu le combat, y a gagné au moins partiellement ses galons et n’a pas eu le privilège de suivre une formation prestigieuse à l’étranger. C’est enfin, nous le verrons, très certainement un pieux bouddhiste même s’il ne fut de loin pas un strict observateur des commandements de sa religion. Il n’est pas non plus totalement désintéressé puisque, lors du coup d’état de 1957, nous savons qu’il est directeur de 22 sociétés dont la Banque d’Asie (7), fondateur et porteur de parts de la Thai military bank.

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Sarit en tête, les meneurs du coup d'Etat diffèrent donc fondamentalement de ceux du groupe de 1932. Pas d’aristocrates issus des prestigieuses universités anglaises, pas de princes formés dans les académies militaires anglaises, françaises ou prussiennes, pas de boursiers, juristes rompus aux principes juridiques occidentaux comme Pridi. Ce sont des officiers de l'armée sortis du rang, formés dans leur pays, dont les perspectives politiques sont celles de ceux qui connaissent l’histoire de leur pays. Ils sont totalement étrangers sinon réfractaires aux idées de leurs prédécesseurs sur les vertus (supposées) de la démocratie occidentale, objectif suprême de la modernisation du pays.

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Est-ce ce aspect qui complut au jeune monarque (il a alors 30 ans) ? Nous avons vu qu’il avait salué l’éviction de Phibun en 1957, ce à quoi rien ne le contraignait (8). Sarit l’avait-il rencontré avant l’opération d’octobre ? Rien ne permet de le dire ni de le contredire.

 

C’est d’abord un conseil révolutionnaire (กองบัญชาการปฎิวัติ) présidé par Sarit qui prend le pouvoir. Sa première annonce publiée dans la gazette royale du 20 octobre 1958 (9) est sibylline (10).

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Entre 1932 et 1957, la Thaïlande a fait l’expérience d’une marche tortueuse vers la démocratie. Sarit écrit en décembre 1958 (11) « Il faut admettre que la démocratie occidentale n’est pas un système de gouvernement tel qu’il puisse être adopté et mis en vigueur immédiatement par tous les pays quel que soit leur stade de progrès économique ou politique. En ce qui concerne la Thaïlande, il est grand temps que nous mettions à profit les leçons de notre expérience passée de la démocratie pour adapter notre système démocratique aux conditions de fait » (12).

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Le 28 janvier 1959 – après que Sarit soit retourné aux USA discuter avec le président Eisenhower et recueillir des subsides de la C.I.A (13) – une constitution provisoire est promulguée. Elle répond à la phrase que l’on prête à Napoléon selon laquelle une bonne constitution doit être « courte et vague ». Courte, elle l’est (20 articles) mais point vague. Elle est probablement la plus répressive de l’histoire de la Thaïlande, intérimaire peut-être, mais elle est celle qui a cette heure – 2016 - a eu la vie la plus longue. Elle confère en fait au premier ministre le pouvoir absolu, y compris celui d’ordonner des exécutions sommaires, interdit les partis politiques, crée une chambre unique composée de 240 personnes nommées (articles 6 et 7). Ce seront tous des militaires haut-gradés et des fonctionnaires.

 

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Mais le roi redevient le symbole de la nation et le palladium du peuple thaï même si ses pouvoirs ne sont pas plus étendus que dans les constitutions précédentes. Si les « tensions » entre la monarchie et la direction du Parti dit « populaire » avait été sous-jacente de 1932 à 1957, Sarit va les atténuer : Phibunsongkhram avait tenté de saper la position déjà précaire du trône de par l’impéritie de Rama VII. Son portrait, de façon très mussolinienne, était affiché partout et en tous lieux...

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il sera désormais, il l’est toujours plus que jamais, remplacé par celui du roi et de la reine. Le roi est systématiquement invité à participer à toutes les cérémonies publiques. Sarit l’envoie visiter les provinces, participer aux projets de développements économiques, remettre les diplômes universitaires. La pratique de prosternation et de prosternement, la tête touchant le sol avant les audiences royales, interdites des décennies auparavant par le roi Chulalongkorn, est rétablie dans certaines conditions.

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Le couple royal effectue en 1960 un tour du monde. Aux yeux du monde, la Thaïlande, ce n’est pas Sarit mais un jeune monarque au regard un peu vague (n’oublions pas qu’il a accidentellement perdu un œil) avec un demi sourire et une reine dont le charme incontestable a séduit jusqu’au Général De Gaulle lui-même. Elle passe alors pour être « la femme la mieux habillée du monde ».

 

 

 

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La monarchie a le mérite de défrayer les chroniqueurs de notre presse. Ce fut le début d’un mariage probablement plus de raison et de convenance que d’amour entre le roi Bhumibol et son armée dont il est constitutionnellement le chef (article 2 de la constitution intérimaire). En 1960, le jour de la fête national est déplacé, ce ne sera plus l’anniversaire de la révolution de 1932 mais celui du roi, le 5 décembre. Retour à la tradition : พบกันใหม่เมื่อชาติต้องการ (« je veux retrouver mon pays ») a dit Sarit.

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En vertu de la constitution, Sarit est nommé Premier ministre, par décret royal du 9 février 1959, le lendemain, il désigne son cabinet. Il est restreint à 13 personnes. Le Général Thanom Kittikachorn (ถนอม กิตติขจร) est nommé vice-premier ministre et ministre de la défense. C’est un camarade de combat dans la guerre des états Shans et coauteur de tous les coups d’état. Il lui succédera à son décès.

 

Le  Major général H.R.H. Prince Krom Muen Naradhip Bongsprabandh  est nommé vice-premier ministre (วรรณไวทยากร กรมหมื่นนราธิปพงศ์ประพันธ์), c’est un diplomate et un cousin du roi (petit fils de Rama IV).

 

Le lieutenant-général Praphat Charusathien  (ประภาส จารุเสถียร) obtient le ministère de l’intérieur. Ils se sont connus à l’académie militaire.

 

Le poste des affaires étrangères est attribué à  Thanat Khoman (ถนัด คอมันตร์) un diplomate qui avait négocié quelques années auparavant le traité avec le Japon avant de rejoindre les rangs des « Free Thai ».

 

Nous retrouvons  à l’Education Mom Luang Pin Malakul (หม่อมหลวงปิ่น มาลากุล), à l’Economie Sunthorn Hongladarom (นายสุนทร หงส์ลดารมภ์), à l’industrie Bun Charoenchai (นายบุณย์ เจริญไชย). La santé publique est confiée à Long (ลง เวชชาชีวะ) (14).

 

Il y aura quelques changements au cours de cette législature qui ne nous semble pas avoir été significatifs (15).

 

De l’avis du « New York Times » cité par Fistié (11), indépendamment des militaires qui assurent et consolident le pouvoir de Sarit, c’est un cabinet composé de jeunes techniciens civils compétents, nous parlerions aujourd’hui de « technocrates ».

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Sarit présente alors le programme de son cabinet au « Parlement » le 12 février précision étant donné qu’en vertu de la constitution provisoire, il n’a pas à être approuvé. Le parlement n’est qu’une chambre d’enregistrement. Il est ainsi rappelé, ce sont les trois piliers du régime, le roi, le bouddhisme et l’armée :

 

- que le gouvernement doit prêter serment d'allégeance au roi de la dynastie Chakri, protéger le trône royal, et respecter la famille royale.

 

- que le gouvernement doit chérir le bouddhisme, apporter son soutien aux autres religions, ainsi que de se consacrer à l’éducation morale du peuple.

 

- que le gouvernement doit soutenir l'armée et organiser un service militaire adéquat.

 

La suite représente une suite de vœux et de ces bonnes intentions dont nous savons que l’enfer en est pavé (16). Nous jugerons de la suite.

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Il ne semble pas que la population, fatiguée de l'anarchie croissante dans le pays ait  mal accueilli ce régime drastique ? Certains vieillards parlent encore – paraît-il – de l’époque « sans délinquance lorsque le maréchal Sarit était Premier ministre ». Il n’y a en tous cas aucunes traces de mouvements d’indignation ou de protestation, des étudiants en particulier comme sous le régime précédent.

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La question de la presse, sa liberté n’existe évidemment plus, avait été réglée par le précédent gouvernement (17). Compte tenu du tirage confidentiel des journaux à cette époque (quelques milliers voire quelques centaines), il faut attribuer à cette mesure une portée relative et plus encore.

 

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La constitution attribue, avons-nous dit, tous les pouvoirs au premier ministre. Le texte de l’article 17 est brutal : Il donne au premier ministre « Pendant la période d’application de la présente constitution » « le pouvoir  de donner des ordres ou de prendre les mesures qu’il estime nécessaire nécessaires en vue de réprimer les menées d’origine intérieures ou extérieures qui mettent en péril la sécurité nationale ou le trône, qui menacent la loi ou qui tendent à renverser l’ordre établi. Ces ordres et ces mesures sont présumés légaux » (18). C’est lui attribuer le pouvoir de tuer. Il est d’ailleurs permis de se demander si l'exemple français (notre constitution du 20 octobre 1958) n’a pas au moins partiellement inspiré la Constitution provisoire de Sarit ? Cet article 17 ressemble singulièrement à l’article 16 français même si l’usage qu’en fit le Général De Gaulle fut moins brutal : « Lorsque les institutions de la République, l'indépendance de la Nation, l'intégrité de son territoire ou l'exécution de ses engagements internationaux sont menacés d'une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le Président de la République prend les mesures exigées par ces circonstances, après consultation officielle du Premier ministre, des Présidents des Assemblées ainsi que du Conseil constitutionnel » et chacun se souvient que les assemblées était composées de ceux que le général qualifiait de « godillots de la république ». Il y a parfois du gaullien chez Sarit. Le parallèle, curieusement, ne semble avoir jamais été établi.

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Sarit utilise ce pouvoir sans partage dans quelques circonstances où – même si nécessité a pu faire loi – l’utilisation en a été féroce brutale.

 

Tel fut le triste sort de Sila Wongsin (ศิลา วงศ์สิน) : Le 26 Juin 1959, les autorités de Bangkok ont annoncé par voie de presse que celui-ci, gourou d’une secte diabolique à Korat, avait été exécuté sans procès (pas même d’un tribunal « d’exception ») sur des accusations de meurtres en série, y compris celui de fonctionnaires provinciaux sacrifiés à sa divinité diabolique (19). « Serial killer » ou malade mental ? Il n’a pas eu droit à un procès régulier mais il est hasardeux de parler d’assassinat politique ! A cette occasion, un raid policier aurait provoqué dans la secte la mort de 11 personnes et l’arrestation de 80 autres ?

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Il fait fusiller sans autre forme de procès en août 1959 quatre Chinois responsables d’avoir causé des incendies par les feux d’artifice lors du nouvel an chinois.

 

Si Sarit engage une lutte sans merci contre les trafiquants d’opium en faisant détruire le 1er juillet 1959 une énorme quantité de drogue et de matériel de fumeries... 

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...s’il entend réprimer la prostitution en criminalisant cette « activité » par une loi du 25 août 1960 (avec le succès que l’on sait !)...

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... il est également responsable de crimes qu’il faut bien qualifier de politiques.

 

Fistié cite le cas de Supphachai Srisati, chef syndicaliste, exécuté dans le courant de l’été 1959 (11). En mai 1960, la presse annonce l’exécution publique de chefs communistes de la région de Sakhonnakon, liés aux communistes laotiens et concoctant un plan de sécession ? Il ne semble pas que ces exécutions aient été ordonnées par une instance judiciaire ?  En mai 1961, c’est au tour de Krong Chandawong qui fut exécuté en public : Né à Sakon Nakhon, fils d'un fermier, camarade de Tiang Sirihkan, devenu enseignant, député de Sakhon en 1957, il avait arrêté en 1961 sous l’accusation de communisme et de séparatisme (20). Le 24 avril 1962, un autre chef communiste responsable du journal « The patriot » est fusillé en public et s’écrit «impérialisme américain et Sarit, allez en enfer ! Vive le peuple ! » 

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Restons-en là, cette liste n’est évidemment pas limitative (21). En tous cas, parlant de ces « procédures accélérées », Sarit a ou aurait déclaré ข้าพเจ้าขอรับผิดชอบแต่เพียงผู้เดียว « Si c’est une faute, j’entends en assumer seul la responsabilité » (22).

 

 

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Mais le « règne » de Sarit ne s’est pas limité  à restaurer la trinité symbolique nation - religion – monarchie sur le modèle non plus des régimes occidentaux mais celui des monarques censés bienveillants du passé de son pays. Ce sera symboliquement marqué par une Loi que son parlement vote le 20 juillet 1959 à une écrasante majorité confirmant que le nom du pays est définitivement celui de « Thaïlande » et le drapeau, symbole de cette trinité, définitivement le drapeau tricolore. 

 

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Il ne s’est pas limité non plus à une utilisation sanglante et féroce de ses pleins pouvoirs pour éradiquer ses adversaires politiques essentiellement communistes ou censés l’être, séparatistes du nord-est ou censés l’être ou pour lutter sans le moindre respect des « droits de la personne » contre le crime organisé. Il a également lancé un programme qu’il qualifie de « révolutionnaire ». 

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C’est le début d’une brève période de stabilité politique qui contraste avec l’ère des coups d’état. Nous en avons compté de 1932 jusqu’à celui de Sarit en 1957 exclu pas moins de 16 au moins au sens large (23).

 

Détesté ? Obéi ? Craint ? En tous cas toujours respecté, ce sera l’objet de notre prochain article. Il n’a pas utilisé ses pouvoirs sans faille qu’à faire le mal.

 

NOTES

 

(1) Voir notre article 221 « LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1ER JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER -20 OCTOBRE 1958) ».

 

(2) Il ne faut toutefois pas perdre de vue que l’armée en Thaïlande était traditionnellement, de la fin du XVIIIème à la fin du XIXème siècle composée en grande partie de mercenaires étrangers, européens pour les cadres, Cambodgiens dans la marine, Vietnamiens dans l’armée de terre. Elle n’avait pas pour mission d’effectuer des guerres de conquête, elle n’avait pas pour but, elle n’en avait pas les moyens, d’assurer la sécurité extérieure du royaume. Celle-ci est – peu ou prou –garantie par les puissances colonialistes occidentales qui se sont accordées à considérer le pays comme un « état tampon » (accords franco-anglais de 1896) et avaient par ailleurs neutralisé les rivaux traditionnels de Siam. De ce simple fait, une fois modernisée par Rama V, créée ni pour la guerre extérieure ou ni pour la défense de l'intégrité territoriale, elle a irrémédiablement pris le caractère d'une armée interne déployée à des fins internes, jusqu’à devenir l'instrument politique de ses propres officiers, une fonction qui perdure à l'heure actuelle.

 

(3) Il a laissé des traces dans la littérature érudite – qui n’ont probablement fait sa fortune  pour avoir traduit en thaï la littérature cambodgienne : nous connaissons ราชพงษาวดารกรุงกัมพูชา ฉบับหอพระสมุดวชิรญาณ แปลใหม่ แปลจากภาษาเขมรโดย หลวงเรืองเดชอนันต์ « chroniques du Cambodge ».

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(4) Il ne faut pas oublier que l’armée était polluée par le népotisme royal. Pour ne citer que les chiffres de l’année 1910, celle de la mort de Rama V, l’aide de camp du roi est le prince Surawong Watthanasak (เจ้าพระยาสุรวงศ์วัฒนศัก) son cousin, l’armée de terre est dirigée par son demi-frère le field marshal Banubandhu Vongsevoradejprince de Nakhonchaisi, (สมเด็จพระเจ้าบรมวงศ์เธอ เจ้าฟ้าภาณุรังษีสว่างวงศ์ กรมพระยาภาณุพันธุวงศ์วรเดช), la marine par son autre demi-frère le field marshal Paribatra Sukhumbhand, prince de Nakhonsawan (สมเด็จพระเจ้าบรมวงศ์เธอ เจ้าฟ้าบริพัตรสุขุมพันธุ์ กรมพระนครสวรรค์วรพินิต), que seuls des membres de la famille royale ont rang de lieutenant-généraux, que six des treize généraux de corps d’armée étaient de naissance royale et que plus de la moitié des généraux de division étaient issus de familles royales. Si le roi Chulalongkorn avait réussi à sa passer des services de miliaires étrangers (nous avons connu en particulier l’amiral danois « de Richelieu » à la tête de la marine royale) notamment en envoyant sa parentèle et des étudiants méritants effectuer des études dans les académies ou écoles militaires à l’étranger (comme  Phibun), il n’avait pu éliminer ce népotisme qui perdura et qui fut l’une des causes du coup d’état de 1932. 

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Dans le cadre de la modernisation de son armée, il avait créé le titre de « field marshal » en 1888. Le titre – qui n’a rien à voir avec celui de maréchal français -  ne fut attribué qu’avec parcimonie, à des princes seulement. Les trois premiers roturiers qui y accédèrent furent Sarit, Phin Choonhavan (ผิน ชุณหะวัณ) son compagnon de combat dans la campagne des états Shan et colonel participant au coup d’état de 1947 et Phibun dont le moins que l’on puisse dire est qu’il l’avait gagné ailleurs que sur les champs de bataille. Après eux, il ne fut conféré qu’à la reine Sirikit à titre évidement symbolique... 

 

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... auto-attribué par lui-même en 1964 à Thanom Kittikachorn (ถนอม กิตติขจร), conféré à Praphat Charusathien, ancien ministre de l’intérieur de Sarit et du précédent et enfin à titre posthume à Kriangkrai Attanan (เกรียงไกร อัตตะนันทน์) qui avait conduit le corps expéditionnaire thaï en Corée.

 

(5) Voir notre article 211 « la vie cachée de Pridi ».

 

(6) La ville de Mukdahan le considère toujours comme l’un des plus prestigieux de ses enfants. Sa statue trône au musée de la tour de Mukdahan au rez-de-chaussée dans le cadre d’une exposition permanente sur sa vie. 

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Une autre trône toujours au « Ratchada Memorial Park » de Khonkaen (สวนรัชดานุสรณ์) sans qu’il soit venu une seconde aux « rouges » qui l’ont occupé en 2010 l’idée de la déboulonner… Curieux paradoxe siamois, ceux qui prônent la « démocratie » respectent le symbole d’un homme qui en fut l’antithèse.

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(7) Information tirée de la « Feuille d’avis de Neufchatel » du 18 septembre 1957. Ce journal est le plus ancien quotidien de Suisse en langue française (1738) et reste le plus ancien quotidien français au monde encore publié (sous un autre titre) à ce jour.

 

 

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(8) Voir notre article 220  « DE « LA LIBÉRALISATION » DU RÉGIME   A LA CHUTE DU GOUVERNEMENT DU MARÉCHAL PHIBUN (1955-16/9/1957) » citant la déclaration royale signée « Phumiphon Adunyadet, Rex » : « Compte tenu du fait que le gouvernement du maréchal P. Phibunsongkhram a été incapable de gouverner avec la confiance du peuple et  qu'il a été incapable de maintenir la paix et l'ordre, le Groupe militaire dirigé par le maréchal Sarit Thanarat a pris le pouvoir. Celui-ci a assumé les fonctions d’administrateur militaire spécial pour Bangkok. Nous demandons à la population de rester pacifiques et à tous les fonctionnaires du gouvernement de suivre suivent désormais les instructions du maréchal Sarit Thanarat ».

 

(9) Publié in ประกาศของคณะปฏิวัติ ฉบับที่ ๑ ลงวันที่ ๒๐ ตุลาคม ๒๕๐๑ (Gazette du gouvernement, volume 75 partie  du 20 octobre 1958.

 

(10) « Attendu que le Conseil révolutionnaire composé de l'état-major de l’armée de terre, l'état-major de la marine, celui de la force aérienne, le personnel de la police et l’administration civile, a, au nom du peuple thaïlandais, pris le pouvoir de l'administration du pays ce jour 20 octobre 2501 (1958) à 21 heures, il est par les présentes demandé à tous les citoyens de continuer à mener à bien leurs occupations comme auparavant, à tous les officiers publics de continuer à exercer leurs fonctions comme auparavant, à toute personne de rester calme. Nul n’est autorisé à effectuer tout acte susceptible de mettre la nation en danger. Les forces armées sont autorisés à se déplacer seulement en vertu des ordres du chef du Conseil révolutionnaire et les commandants de toutes les forces armées devront suivre ses instructions ».

 

(11) Cité par Pierre Fistié, in « Lévolution de la Thaïlande contemporaine ».

 

(12) Voir notre article A 194 « Le premier projet de constitution de 1885 » : Nous retrouvons – mutatis mutandis – les conceptions du Roi Rama V lorsqu’il fit étudier par son cousin le prince Prisdang (พระองค์เจ้าปฤษฎางค์) en 1885 la possibilité et l’opportunité de « moderniser » le système constitutionnel en écartant (sans que cette hostilité soit dirigée contre le système lui-même) la possibilité d’appliquer à son pays un modèle de démocratie parlementaire occidentale. Il est en tous cas une constante que les événements du XXème siècle dès la fin de la décolonisation à partir de 1960 et du début du XXIème démontrent à suffisance, c’est que semer les idéologies purement occidentales en terre asiatique (et africaine), véritable et sournois néocolonialisme, a conduit aux pires catastrophes.

 

(13) Voir nos articles 220 « DE « LA LIBÉRALISATION » DU RÉGIME   A LA CHUTE DU GOUVERNEMENT DU MARÉCHAL PHIBUN (1955-16/9/1957) » et 221 « LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1ER JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER -20 OCTOBRE 1958) ».

 

(14) Par ailleurs grand-père du futur premier ministre Abhisit Vechachiva (นายอภิสิทธิ์ เวชชาชีวะ).

 

(15) Le ministre de l’agriculture retrouvé assassiné dans les bras de sa maitresse au mois d’août 1959 est évidemment remplacé.

222.1– LE GOUVERNEMENT DU « FIELD MARSHAL» SARIT. (9 FÉVRIER 1959 - 8 DÉCEMBRE 1963). 1ère partie.

(16) Le gouvernement doit apporter toute son attention à fournir à tous l'éducation par la création d'établissements d'enseignement, d’en améliorer l'efficacité et le salaire des enseignants, et d'augmenter le nombre et l'efficacité des écoles privées. Le gouvernement doit établir et maintenir les relations diplomatiques avec d'autres pays, respecter ses obligations internationales, collaborer avec les Nations Unies, pour la paix et de la justice sociale. Le gouvernement doit résoudre les problèmes liés au coût de la vie. Le gouvernement doit rétablir la stabilité financière par l'équilibre budgétaire. Le gouvernement doit réduire le coût de la vie, en augmentant la productivité nationale, en soutenant les industries, en facilitant le transport et la distribution. Le gouvernement doit établir et développer le système coopératif, en particulier les coopératives de crédit, les coopératives de distribution du riz et des produits agricoles, les coopératives de consommateurs et les coopératives organisant la location des terres. Le gouvernement doit soutenir les petites et moyennes entreprises, en encourageant l'esprit d'entreprise, et respecter le droit et la liberté des propriétaires. Le gouvernement doit contrôler les entreprises d'Etat dans la mesure où la sécurité nationale est concernée.

 

(17) Le gouvernement précédent agissant en vertu de la loi sur la presse de 1941 avait d’ores et déjà interdit en 1957, avant le coup d’état Sarit, 251 publications comme portant atteinte à « l'ordre et la moralité publics » : 129 en anglais, 113 en chinois, 1 en français (lequel ?) et 8 en thaï. Les publications thaïes interdites comprenaient trois magasines pornographiques, trois autres critiquant le bouddhisme et deux autres marxistes.

 

(18) Cité par Fistié (note 11).

 

(19) Ce paysan de Korat se présentait comme un « Phi Bun » doté de pouvoirs surnaturels et avait établi son royaume aux environs de Korat, un  « royaume » qu’il avait déclaré indépendant du pouvoir central. Nous ignorions cette espèce de « Phi » : voir notre article A 151 « En Thaïlande, nous vivons au milieu des phi ».

 

(20) Voir l’article du Bangkok post du 10 août 2014 « The Isan problem ».

 

(21) Voir la brochure « Day of global Action for People’s Democracy in Thailand -  60 YEARS of OPPRESSION AND SUPPRESSION in THAILAND»  Compiled by Junya Yimprasert for Action for People’s Democracy in Thailand (ACT4DEM) du 19 septembre 2011. Les noms cités pour la période Sarit le sont également par Fistié qui donne ses sources justificatives (articles de la presse de l’époque essentiellement).

 

(22) Cité dans หนังสือประชาธิปไตยบนเส้นขนาน  (« Le paradoxe démocratique ») par วินทร์ เลียววาริณ (Win Liaowarin), ISBN 9748585476.

 

(23) Voir notre article 214 « COMBIEN DE COUPS D’ÉTAT, DE RÉBELLIONS, DE RÉVOLTES ET DE SOULÈVEMENTS EN THAÏLANDE DEPUIS LE DÉBUT DU SIÈCLE DERNIER ? »

 

OUVRAGES ET ARTICLES CONSULTÉS

 

Pierre Fistié « Lévolution de la Thaïlande contemporaine ».

 

Johnson (John J.) et Pierre Fistié « The role of the military in underdeveloped countries » in Revue française de science politique, 13 année, n°3, 1963. pp. 783-787.

 

« Les dynamiques ouvrières en Asie orientale » article de J. Baffie « Travail, ouvriers et syndicats en Thaïlande », pages 149 s. publication de l’ Institut français d'histoire sociale. Le Mouvement social : bulletin trimestriel de l'Institut français d'histoire sociale. 1961.

 

« Bulletin de la société d’histoire moderne » numéro 2 de 1964, pages 23 s.

 

« The constitutional system of Thailand » par Andrew Harding - ISBN-13: 978-1841139722.

 

South East Asian Studies, Vol. 16, No.3, December 1978 : « Reflections on the Sarit Regime and the Process of Political Change in Thailand - Some Conceptual and Theoretical Reassessments » par Thak CHALOEMTIARANA.

 

Pierre  Fistié « Minorités ethniques, opposition et subversion en Thaïlande » in : Politique étrangère, n°3 - 1967 - 32 année pp. 295-323.

 

Pierre  Fistié « Communisme et indépendance nationale : le cas thaïlandais (1928-1968) » In : Revue française de science politique, 18 année, n°4, 1968. pp. 685-714.

« La révolution d'octobre en Thaïlande » par Léon Trivière in Les Études, mai 1974.

 

Louis Gabaude « Politique et religion en Thaïlande : dépendance et responsabilité » In :  Revue d'études comparatives Est-Ouest, vol. 32, 2001, n°1. Politique et religion en Asie orientale. pp. 141-173.

 

Phimmasone Michael Rattanasengchanh  « Thailand’s Second Triumvirate: Sarit Thanarat and the military, King Bhumibol Adulyadej and the monarchy and the United States. 1957-1963 » University of Washington 2012.

 

« Chronicle of Thailand since 1946 », publication du Bangkok Post comportant essentiellement des extraits des articles d’époque.

 

 

SITES CONSULTÉS

 

« Chronik Thailands กาลานุกรมสยามประเทศไทย » von Alois Payer pour les années concernées (http://www.payer.de/thailandchronik/chronik1957.htm et la suite).

 

http://www.soc.go.th/iframe.php?url=http://www.soc.go.th/eng/index.htm

(site gouvernemental officiel, version anglaise).

L***

Il est – nous a-t-il semblé – difficile de parler de ces 5 ans au cours desquels Sarit exerça un pouvoir brutal sinon sanglant sans dire quelques mots du personnage. Le « field Marshal » (chomphon จอมพล) Sarit Thanarat (สฤษดิ์ ธนะรัชต์) est né à Bangkok le 16 Juin 1908. Son père, Thongdi Thanarat (ทองดี ธนรัชต์) puis Luang Ruangdetanan, son nom de plume (หลวงเรืองเดชอนันต์), sur lequel nous connaissons peu de choses était un militaire « sorti du rang » qui finit sa carrière avec le grade de major (commandant) dans la province de Nakonphanom (3). Né à Bangkok, Sarit grandit toutefois à Mukdahan (qui n’a pas alors le statut de province), ville natale de sa mère, Thongdi Thanarat (ทองดี ธนะรัชต์).

 

Celle-ci est proche parente du général lao Phoumi Nosavan, né à Savanakhet sur la rive française du Mékong, figure de proue de la lutte contre les communistes du Pathet Lao et homme-lige de la C.I.A. Sarit soutiendra d’ailleurs activement son cousin lors de son coup d’état de décembre 1959.

 

Sarit se plaisait volontiers à rappeler sans fausse honte ses modestes origines Isan-Lao qui le rendaient plus accessibles aux problèmes des « petites gens ». Il débute ses études à l’école primaire de Mukdahan (โรงเรียนประจำจังหวัดมุกดาหาร). Nous le suivons ensuite à l’école du monastère, le Wat Mahanaparam (วัดมหรรณพาราม) à Bangkok, nous le trouvons ensuite à l’école d’infanterie (โรงเรียนทหารราบพระนคร) et enfin à l'Académie militaire royale thaïlandaise (Chulachomklao military academy โรงเรียนนายร้อยพระจุลจอมเกล้า). Ses études militaires terminées, il est nommé sous-lieutenant en 1928 puis lieutenant et servi comme capitaine dans un bataillon d'infanterie de la garde du roi Prajadhipok (Rama VII). Il participera à la répression de la tentative de coup d’état de Boworadej et y gagnera sa première décoration (la « médaille de la constitution »). Nous le trouvons sur le terrain comme commandant un bataillon d'infanterie au sein duquel il prend une part active à l'invasion et à l'occupation des États Shan en Birmanie qui ne passe pas pour avoir été une partie de plaisir. Nous le retrouverons ensuite en avril 1945 commandant militaire de la province de Lampang puis commandant du 1er régiment d'infanterie de la garde basé à Bangkok.  Lors du coup d’état de 1947, il est alors colonel et « protégé » de Pridi. Il participe à la répression de la tentative de coup d’état de 1951. Il est élevé au grade de général en 1952,  commandant en chef de l’armée royale le 23 Juin 1954. Cette date marque le début de ses ambitions politiques. Il est élevé au rang de « field marshal » en 1956 à 48 ans. Il est alors et toujours à ce jour le plus jeune « field marshall » de sang roturier de l’histoire de l’armée thaïe (4).

 

***

 

Sarit à l’inverse des auteurs du coup d’état de 1932, créateurs d’un « parti du peuple » qui n’avait rien de populaire, est issu d’un milieu modeste. Il ne cherche point, comme Pridi, probablement le plus « démocrate » sinon le plus « républicain » des comploteurs, à se trouver des ascendances réelles (ou supposées) dans la haute noblesse (5). Partiellement Isan, se flatte d’en parler la langue qui fut probablement sa langue maternelle et n’en a nulle honte alors que la tendance dans le « sérail » est (toujours) à considérer ceux du nord-est comme des « ban nok » (บ้านนอก) que l’on peut traduire tout simplement par « bouseux » (6). C’est un vrai militaire qui a connu le combat, y a gagné au moins partiellement ses galons et n’a pas eu le privilège de suivre une formation prestigieuse à l’étranger. C’est enfin, nous le verrons, très certainement un pieux bouddhiste même s’il ne fut de loin pas un strict observateur des commandements de sa religion. Il n’est pas non plus totalement désintéressé puisque, lors du coup d’état de 1957, nous savons qu’il est directeur de 22 sociétés dont la Banque d’Asie (7).

 

***

Sarit en tête, les meneurs du coup d'Etat diffèrent donc fondamentalement de ceux du groupe de 1932. Pas d’aristocrates issus des prestigieuses universités anglaises, pas de princes formés dans les académies militaires anglaises, françaises ou prussiennes, pas de boursiers, juristes rompus aux principes juridiques occidentaux comme Pridi. Ce sont des officiers de l'armée sortis du rang, formés dans leur pays, dont les perspectives politiques sont celles de ceux qui connaissent l’histoire de leur pays. Ils sont totalement étrangers sinon réfractaires aux idées de leurs prédécesseurs sur les vertus (supposées) de la démocratie occidentale, objectif suprême de la modernisation du pays.

 

***

Est-ce ce aspect qui complut au jeune monarque (il a alors 30 ans) ? Nous avons vu qu’il avait salué l’éviction de Phibun en 1957, ce à quoi rien ne le contraignait (8). Sarit l’avait-il rencontré avant l’opération d’octobre ? Rien ne permet de le dire ni de le contredire.

 

C’est d’abord un conseil révolutionnaire (กองบัญชาการปฎิวัติ) présidé par Sarit qui prend le pouvoir. Sa première annonce publiée dans la gazette royale du 20 octobre 1958 (9) est sibylline (10).

 

Entre 1932 et 1957, la Thaïlande a fait l’expérience d’une marche tortueuse vers la démocratie. Sarit écrit en décembre 1958 (11) « Il faut admettre que la démocratie occidentale n’est pas un système de gouvernement tel qu’il puisse être adopté et mis en vigueur immédiatement par tous les pays quel que soit leur stade de progrès économique ou politique. En ce qui concerne la Thaïlande, il est grand temps que nous mettions à profit les leçons de notre expérience passée de la démocratie pour adapter notre système démocratique aux conditions de fait » (12).

 

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Le 28 janvier 1959 – après que Sarit soit retourné aux USA discuter avec le président Eisenhower et recueillir des subsides de la C.I.A (13) – une constitution provisoire est promulguée. Elle répond à la phrase que l’on prête à Napoléon selon laquelle une bonne constitution doit être « courte et vague ». Courte, elle l’est (20 articles) mais point vague. Elle est probablement la plus répressive de l’histoire de la Thaïlande, intérimaire peut-être, mais elle est celle qui a cette heure – 2016 - a eu la vie la plus longue. Elle confère en fait au premier ministre le pouvoir absolu, y compris celui d’ordonner des exécutions sommaires, interdit les partis politiques, crée une chambre unique composée de 240 personnes nommées (articles 6 et 7). Ce seront tous des militaires haut-gradés et des fonctionnaires.

 

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Mais le roi redevient le symbole de la nation et le palladium du peuple thaï même si ses pouvoirs ne sont pas plus étendus que dans les constitutions précédentes. Si les « tensions » entre la monarchie et la direction du Parti dit « populaire » avait été sous-jacente de 1932 à 1957, Sarit va les atténuer : Phibunsongkhram avait tenté de saper la position déjà précaire du trône de par l’impéritie de Rama VII. Son portrait, de façon très mussolinienne, était affiché partout et en tous lieux, il sera désormais, il l’est toujours plus que jamais, remplacé par celui du roi et de la reine. Le roi est systématiquement invité à participer à toutes les cérémonies publiques. Sarit l’envoie visiter les provinces, participer aux projets de développements économiques, remettre les diplômes universitaires. La pratique de prosternation et de prosternement, la tête touchant le sol avant les audiences royales, interdites des décennies auparavant par le roi Chulalongkorn, est rétablie dans certaines conditions. Le couple royal effectue en 1960 un tour du monde. Aux yeux du monde, la Thaïlande, ce n’est pas Sarit mais un jeune monarque au regard un peu vague (n’oublions pas qu’il a accidentellement perdu un œil) avec un demi sourire et une reine dont le charme incontestable a séduit jusqu’au Général De Gaulle lui-même. Elle passe alors pour être « la femme la mieux habillée du monde ». La monarchie a le mérite de défrayer les chroniqueurs de notre presse. Ce fut le début d’un mariage probablement plus de raison et de convenance que d’amour entre le roi Bhumibol et son armée dont il est constitutionnellement le chef (article 2 de la constitution intérimaire). En 1960, le jour de la fête national est déplacé, ce ne sera plus l’anniversaire de la révolution de 1932 mais celui du roi, le 5 décembre. Retour à la tradition : พบกันใหม่เมื่อชาติต้องการ (« je veux retrouver mon pays ») a dit Sarit.

 

***

 

En vertu de la constitution, Sarit est nommé Premier ministre, par décret royal du 9 février 1959, le lendemain, il désigne son cabinet. Il est restreint à 13 personnes. Le Général Thanom Kittikachorn (ถนอม กิตติขจร) est nommé vice-premier ministre et ministre de la défense. C’est un camarade de combat dans la guerre des états Shans et coauteur de tous les coups d’état. Il lui succédera à son décès.

Le  Major général H.R.H. Prince Krom Muen Naradhip Bongsprabandh  est nommé vice-premier ministre (วรรณไวทยากร กรมหมื่นนราธิปพงศ์ประพันธ์), c’est un diplomate et un cousin du roi (petit fils de Rama IV).

Le lieutenant-général Praphat Charusathien  (ประภาส จารุเสถียร) obtient le ministère de l’intérieur. Ils se sont connus à l’académie militaire.

Le poste des affaires étrangères est attribué à  Thanat Khoman (ถนัด คอมันตร์) un diplomate qui avait négocié quelques années auparavant le traité avec le Japon avant de rejoindre les rangs des « Free Thai ».

Nous retrouvons  à l’Education Mom Luang Pin Malakul (หม่อมหลวงปิ่น มาลากุล), à l’Economie Sunthorn Hongladarom (นายสุนทร หงส์ลดารมภ์), à l’industrie Bun Charoenchai (นายบุณย์ เจริญไชย). La santé publique est confiée à Long (ลง เวชชาชีวะ) (14).

Il y aura quelques changements au cours de cette législature qui ne nous semble pas avoir été significatifs (15).

De l’avis du « New York Times » cité par Fistié (11), indépendamment des militaires qui assurent et consolident le pouvoir de Sarit, c’est un cabinet composé de jeunes techniciens civils compétents, nous parlerions aujourd’hui de « technocrates ».

 

***

 

Sarit présente alors le programme de son cabinet au « Parlement » le 12 février précision étant donné qu’en vertu de la constitution provisoire, il n’a pas à être approuvé. Le parlement n’est qu’une chambre d’enregistrement. Il est ainsi rappelé, ce sont les trois piliers du régime, le roi, le bouddhisme et l’armée :

- que le gouvernement doit prêter serment d'allégeance au roi de la dynastie Chakri, protéger le trône royal, et respecter la famille royale.

- que le gouvernement doit chérir le bouddhisme, apporter son soutien aux autres religions, ainsi que de se consacrer à l’éducation morale du peuple.

- que le gouvernement doit soutenir l'armée et organiser un service militaire adéquat.

La suite représente une suite de vœux et de ces bonnes intentions dont nous savons que l’enfer en est pavé (16). Nous jugerons de la suite.

 

***

 

Il ne semble pas que la population, fatiguée de l'anarchie croissante dans le pays ait  mal accueilli ce régime drastique ? Certains vieillards parlent encore – paraît-il – de l’époque « sans délinquance lorsque le maréchal Sarit était Premier ministre ». Il n’y a en tous cas aucunes traces de mouvements d’indignation ou de protestation, des étudiants en particulier comme sous le régime précédent.

 

***

 

La question de la presse, sa liberté n’existe évidemment plus, avait été réglée par le précédent gouvernement (17). Compte tenu du tirage confidentiel des journaux à cette époque (quelques milliers voire quelques centaines), il faut attribuer à cette mesure une portée relative et plus encore.

 

***

 

La constitution attribue, avons-nous dit, tous les pouvoirs au premier ministre. Le texte de l’article 17 est brutal : Il donne au premier ministre « Pendant la période d’application de la présente constitution » « le pouvoir  de donner des ordres ou de prendre les mesures qu’il estime nécessaire nécessaires en vue de réprimer les menées d’origine intérieures ou extérieures qui mettent en péril la sécurité nationale ou le trône, qui menacent la loi ou qui tendent à renverser l’ordre établi. Ces ordres et ces mesures sont présumés légaux » (18). C’est lui attribuer le pouvoir de tuer. Il est d’ailleurs permis de se demander si l'exemple français (notre constitution du 20 octobre 1958) n’a pas au moins partiellement inspiré la Constitution provisoire de Sarit ? Cet article 17 ressemble singulièrement à l’article 16 français même si l’usage qu’en fit le Général De Gaulle fut moins brutal : « Lorsque les institutions de la République, l'indépendance de la Nation, l'intégrité de son territoire ou l'exécution de ses engagements internationaux sont menacés d'une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le Président de la République prend les mesures exigées par ces circonstances, après consultation officielle du Premier ministre, des Présidents des Assemblées ainsi que du Conseil constitutionnel » et chacun se souvient que les assemblées était composées de ceux que le général qualifiait de « godillots de la république ». Il y a parfois du gaullien chez Sarit. Le parallèle, curieusement, ne semble avoir jamais été établi.

 

***

Sarit utilise ce pouvoir sans partage dans quelques circonstances où – même si nécessité a pu faire loi – l’utilisation en a été féroce brutale.

 

Tel fut le triste sort de Sila Wongsin (ศิลา วงศ์สิน) : Le 26 Juin 1959, les autorités de Bangkok ont annoncé par voie de presse que celui-ci, gourou d’une secte diabolique à Korat, avait été exécuté sans procès (pas même d’un tribunal « d’exception ») sur des accusations de meurtres en série, y compris celui de fonctionnaires provinciaux sacrifiés à sa divinité diabolique (19). « Serial killer » ou malade mental ? Il n’a pas eu droit à un procès régulier mais il est hasardeux de parler d’assassinat politique ! A cette occasion, un raid policier aurait provoqué dans la secte la mort de 11 personnes et l’arrestation de 80 autres ?

 

Il fait fusiller sans autre forme de procès en août 1959 quatre Chinois responsables d’avoir causé des incendies par les feux d’artifice lors du nouvel an chinois.

 

Si Sarit engage une lutte sans merci contre les trafiquants d’opium en faisant détruire le 1er juillet 1959 une énorme quantité de drogue et de matériel de fumeries, s’il entend réprimer la prostitution en criminalisant cette « activité » par une loi du 25 août 1960 (avec le succès que l’on sait !), il est également responsable de crimes qu’il faut bien qualifier de politiques.

 

Fistié cite le cas de Supphachai Srisati, chef syndicaliste, exécuté dans le courant de l’été 1959 (11). En mai 1960, la presse annonce l’exécution publique de chefs communistes de la région de Sakhonnakon, liés aux communistes laotiens et concoctant un plan de sécession ? Il ne semble pas que ces exécutions aient été ordonnées par une instance judiciaire ?  En mai 1961, c’est au tour de Krong Chandawong qui fut exécuté en public : Né à Sakon Nakhon, fils d'un fermier, camarade de Tiang Sirihkan, devenu enseignant, député de Sakhon en 1957, il avait arrêté en 1961 sous l’accusation de communisme et de séparatisme (20). Le 24 avril 1962, un autre chef communiste responsable du journal « The patriot » est fusillé en public et s’écrit «impérialisme américain et Sarit, allez en enfer ! Vive le peuple ! » 

 

Restons-en là, cette liste n’est évidemment pas limitative (21). En tous cas, parlant de ces « procédures accélérées », Sarit a ou aurait déclaré ข้าพเจ้าขอรับผิดชอบแต่เพียงผู้เดียว « Si c’est une faute, j’entends en assumer seul la responsabilité » (22).

 

***

 

Mais le « règne » de Sarit ne s’est pas limité  à restaurer la trinité symbolique nation - religion – monarchie sur le modèle non plus des régimes occidentaux mais celui des monarques censés bienveillants du passé de son pays. Ce sera symboliquement marqué par une Loi que son parlement vote le 20 juillet 1959 à une écrasante majorité confirmant que le nom du pays est définitivement celui de « Thaïlande » et le drapeau, symbole de cette trinité, définitivement le drapeau tricolore. Il ne s’est pas limité non plus à une utilisation sanglante et féroce de ses pleins pouvoirs pour éradiquer ses adversaires politiques essentiellement communistes ou censés l’être, séparatistes du nord-est ou censés l’être ou pour lutter sans le moindre respect des « droits de la personne » contre le crime organisé. Il a également lancé un programme qu’il qualifie de « révolutionnaire ». C’est le début d’une brève période de stabilité politique qui contraste avec l’ère des coups d’état. Nous en avons compté de 1932 jusqu’à celui de Sarit en 1957 exclu pas moins de 16 au moins au sens large (23).

Détesté ? Obéi ? Craint ? En tous cas toujours respecté, ce sera l’objet de notre prochain article. Il n’a pas utilisé ses pouvoirs sans faille qu’à faire le mal.

 

NOTES

 

(1) Voir notre article 221 « LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1ER JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER -20 OCTOBRE 1958) »

 

(2) Il ne faut toutefois pas perdre de vue que l’armée en Thaïlande était traditionnellement, de la fin du XVIIIème à la fin du XIXème siècle composée en grande partie de mercenaires étrangers, européens pour les cadres, Cambodgiens dans la marine, Vietnamiens dans l’armée de terre. Elle n’avait pas pour mission d’effectuer des guerres de conquête, elle n’avait pas pour but, elle n’en avait pas les moyens, d’assurer la sécurité extérieure du royaume. Celle-ci est – peu ou prou – garantie par les puissances colonialistes occidentales qui se sont accordées à considérer le pays comme un « état tampon » (accords franco-anglais de 1896) et avaient par ailleurs neutralisé les rivaux traditionnels de Siam. De ce simple fait, une fois modernisée par Rama V, créée ni pour la guerre extérieure ou ni pour la défense de l'intégrité territoriale, elle a irrémédiablement pris le caractère d'une armée interne déployée à des fins internes, jusqu’à devenir l'instrument politique de ses propres officiers, une fonction qui perdure à l'heure actuelle.

 

(3) Il a laissé des traces dans la littérature érudite – qui n’ont probablement fait sa fortune – pour avoir traduit en thaï la littérature cambodgienne : nous connaissons ราชพงษาวดารกรุงกัมพูชา ฉบับหอพระสมุดวชิรญาณ แปลใหม่ แปลจากภาษาเขมรโดย หลวงเรืองเดชอนันต์ « chroniques du Cambodge ».

 

(4) Il ne faut pas oublier que l’armée était polluée par le népotisme royal. Pour ne citer que les chiffres de l’année 1910, celle de la mort de Rama V, l’aide de camp du roi est le prince Surawong Watthanasak (เจ้าพระยาสุรวงศ์วัฒนศัก) son cousin, l’armée de terre est dirigée par son demi-frère le field marshal Banubandhu Vongsevoradej, prince de Nakhonchaisi, (สมเด็จพระเจ้าบรมวงศ์เธอ เจ้าฟ้าภาณุรังษีสว่างวงศ์ กรมพระยาภาณุพันธุวงศ์วรเดช), la marine par son autre demi-frère le field marshal Paribatra Sukhumbhand, prince de Nakhonsawan (สมเด็จพระเจ้าบรมวงศ์เธอ เจ้าฟ้าบริพัตรสุขุมพันธุ์ กรมพระนครสวรรค์วรพินิต), que seuls des membres de la famille royale ont rang de lieutenant-généraux, que six des treize généraux de corps d’armée étaient de naissance royale et que plus de la moitié des généraux de division étaient issus de familles royales. Si le roi Chulalongkorn avait réussi à sa passer des services de miliaires étrangers (nous avons connu en particulier l’amiral danois « de Richelieu » à la tête de la marine royale) notamment en envoyant sa parentèle et des étudiants méritants effectuer des études dans les académies ou écoles militaires à l’étranger (comme  Phibun), il n’avait pu éliminer ce népotisme qui perdura et qui fut l’une des causes du coup d’état de 1932. Dans le cadre de la modernisation de son armée, il avait créé le titre de « field marshal » en 1888. Le titre – qui n’a rien à voir avec celui de maréchal français -  ne fut attribué qu’avec parcimonie, à des princes seulement. Les trois premiers roturiers qui y accédèrent furent Sarit, Phin Choonhavan (ผิน ชุณหะวัณ) son compagnon de combat dans la campagne des états Shan et colonel participant au coup d’état de 1947 et Phibun dont le moins que l’on puisse dire est qu’il l’avait gagné ailleurs que sur les champs de bataille. Après eux, il ne fut conféré qu’à la reine Sirikit à titre évidement symbolique, auto-attribué par lui-même en 1964 à Thanom Kittikachorn (ถนอม กิตติขจร), conféré à Praphat Charusathien, ancien ministre de l’intérieur de Sarit et du précédent et enfin à titre posthume à Kriangkrai Attanan (เกรียงไกร อัตตะนันทน์) qui avait conduit le corps expéditionnaire thaï en Corée.

 

(5) Voir notre article 211 « la vie cachée de Pridi ».

 

(6) La ville de Mukdahan le considère toujours comme l’un des plus prestigieux de ses enfants. Sa statue trône au musée de la tour de Mukdahan au rez-de-chaussée dans le cadre d’une exposition permanente sur sa vie. Une autre trône toujours au « Ratchada Memorial Park » de Khonkaen (สวนรัชดานุสรณ์) sans qu’il soit venu une seconde aux « rouges » qui l’ont occupé en 2010 l’idée de la déboulonner… Curieux paradoxe siamois, ceux qui prônent la « démocratie » respectent le symbole d’un homme qui en fut l’antithèse.

 

(7) Information tirée de la « Feuille d’avis de Neufchatel » du 18 septembre 1957. Ce journal est le plus ancien quotidien de Suisse en langue française (1738) et reste le plus ancien quotidien français au monde encore publié (sous un autre titre) à ce jour.

 

(8) Voir notre article 220  « DE « LA LIBÉRALISATION » DU RÉGIME   A LA CHUTE DU GOUVERNEMENT DU MARÉCHAL PHIBUN (1955-16/9/1957) » citant la déclaration royale signée « Phumiphon Adunyadet, Rex » : « Compte tenu du fait que le gouvernement du maréchal P. Phibunsongkhram a été incapable de gouverner avec la confiance du peuple et  qu'il a été incapable de maintenir la paix et l'ordre, le Groupe militaire dirigé par le maréchal Sarit Thanarat a pris le pouvoir. Celui-ci a assumé les fonctions d’administrateur militaire spécial pour Bangkok. Nous demandons à la population de rester pacifiques et à tous les fonctionnaires du gouvernement de suivre suivent désormais les instructions du maréchal Sarit Thanarat ».

 

(9) Publié in ประกาศของคณะปฏิวัติ ฉบับที่ ๑ ลงวันที่ ๒๐ ตุลาคม ๒๕๐๑ (Gazette du gouvernement, volume 75 partie  du 20 octobre 1958.

 

(10) « Attendu que le Conseil révolutionnaire composé de l'état-major de l’armée de terre, l'état-major de la marine, celui de la force aérienne, le personnel de la police et l’administration civile, a, au nom du peuple thaïlandais, pris le pouvoir de l'administration du pays ce jour 20 octobre 2501 (1958) à 21 heures, il est par les présentes demandé à tous les citoyens de continuer à mener à bien leurs occupations comme auparavant, à tous les officiers publics de continuer à exercer leurs fonctions comme auparavant, à toute personne de rester calme. Nul n’est autorisé à effectuer tout acte susceptible de mettre la nation en danger. Les forces armées sont autorisés à se déplacer seulement en vertu des ordres du chef du Conseil révolutionnaire et les commandants de toutes les forces armées devront suivre ses instructions ».

 

(11) Cité par Pierre Fistié, in « L’évolution de la Thaïlande contemporaine ».

 

(12) Voir notre article A 194 « Le premier projet de constitution de 1885 » : Nous retrouvons – mutatis mutandis – les conceptions du Roi Rama V lorsqu’il fit étudier par son cousin le prince Prisdang (พระองค์เจ้าปฤษฎางค์) en 1885 la possibilité et l’opportunité de « moderniser » le système constitutionnel en écartant (sans que cette hostilité soit dirigée contre le système lui-même) la possibilité d’appliquer à son pays un modèle de démocratie parlementaire occidentale. Il est en tous cas une constante que les événements du XXème siècle dès la fin de la décolonisation à partir de 1960 et du début du XXIème démontrent à suffisance, c’est que semer les idéologies purement occidentales en terre asiatique (et africaine), véritable et sournois néocolonialisme, a conduit aux pires catastrophes.

 

(13) Voir nos articles 220 « DE « LA LIBÉRALISATION » DU RÉGIME   A LA CHUTE DU GOUVERNEMENT DU MARÉCHAL PHIBUN (1955-16/9/1957) » et 221 « LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1ER JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER -20 OCTOBRE 1958) ».

 

(14) Par ailleurs grand-père du futur premier ministre Abhisit Vechachiva (นายอภิสิทธิ์ เวชชาชีวะ).

 

(15) Le ministre de l’agriculture retrouvé assassiné dans les bras de sa maitresse au mois d’août 1959 est évidemment remplacé.

 

(16) Le gouvernement doit apporter toute son attention à fournir à tous l'éducation par la création d'établissements d'enseignement, d’en améliorer l'efficacité et le salaire des enseignants, et d'augmenter le nombre et l'efficacité des écoles privées. Le gouvernement doit établir et maintenir les relations diplomatiques avec d'autres pays, respecter ses obligations internationales, collaborer avec les Nations Unies, pour la paix et de la justice sociale. Le gouvernement doit résoudre les problèmes liés au coût de la vie. Le gouvernement doit rétablir la stabilité financière par l'équilibre budgétaire. Le gouvernement doit réduire le coût de la vie, en augmentant la productivité nationale, en soutenant les industries, en facilitant le transport et la distribution. Le gouvernement doit établir et développer le système coopératif, en particulier les coopératives de crédit, les coopératives de distribution du riz et des produits agricoles, les coopératives de consommateurs et les coopératives organisant la location des terres. Le gouvernement doit soutenir les petites et moyennes entreprises, en encourageant l'esprit d'entreprise, et respecter le droit et la liberté des propriétaires. Le gouvernement doit contrôler les entreprises d'Etat dans la mesure où la sécurité nationale est concernée.

 

(17) Le gouvernement précédent agissant en vertu de la loi sur la presse de 1941 avait d’ores et déjà interdit en 1957, avant le coup d’état Sarit, 251 publications comme portant atteinte à « l'ordre et la moralité publics » : 129 en anglais, 113 en chinois, 1 en français (lequel ?) et 8 en thaï. Les publications thaïes interdites comprenaient trois magasines pornographiques, trois autres critiquant le bouddhisme et deux autres marxistes.

 

(18) Cité par Fistié (note 11).

 

(19) Ce paysan de Korat se présentait comme un « Phi Bun » doté de pouvoirs surnaturels et avait établi son royaume aux environs de Korat, un  « royaume » qu’il avait déclaré indépendant du pouvoir central. Nous ignorions cette espèce de « Phi » : voir notre article A 151 « En Thaïlande, nous vivons au milieu des phi ».

 

(20) Voir l’article du Bangkok post du 10 août 2014 « The Isan problem ».

 

(21) Voir la brochure « Day of global Action for People’s Democracy in Thailand -  60 YEARS of OPPRESSION AND SUPPRESSION in THAILAND»  Compiled by Junya Yimprasert for Action for People’s Democracy in Thailand (ACT4DEM) du 19 septembre 2011. Les noms cités pour la période Sarit le sont également par Fistié qui donne ses sources justificatives (articles de la presse de l’époque essentiellement).

 

(22) Cité dans หนังสือประชาธิปไตยบนเส้นขนาน  (« Le paradoxe démocratique ») par วินทร์ เลียววาริณ (Win Liaowarin), ISBN 9748585476.

 

(23) Voir notre article 214 « COMBIEN DE COUPS D’ÉTAT, DE RÉBELLIONS, DE RÉVOLTES ET DE SOULÈVEMENTS EN THAÏLANDE DEPUIS LE DÉBUT DU SIÈCLE DERNIER ? »

 

OUVRAGES ET ARTICLES CONSULTÉS

 

Pierre Fistié « L’évolution de la Thaïlande contemporaine ».

Johnson (John J.) et Pierre Fistié « The role of the military in underdeveloped countries » in Revue française de science politique, 13ᵉ année, n°3, 1963. pp. 783-787.

 

« Les dynamiques ouvrières en Asie orientale » article de J. Baffie « Travail, ouvriers et syndicats en Thaïlande », pages 149 s. publication de l’ Institut français d'histoire sociale. Le Mouvement social : bulletin trimestriel de l'Institut français d'histoire sociale. 1961.

 

« Bulletin de la société d’histoire moderne » numéro 2 de 1964, pages 23 s.

 

« The constitutional system of Thailand » par Andrew Harding - ISBN-13: 978-1841139722.

 

South East Asian Studies, Vol. 16, No.3, December 1978 : « Reflections on the Sarit Regime and the Process of Political Change in Thailand - Some Conceptual and Theoretical Reassessments » par Thak CHALOEMTIARANA.

 

Pierre  Fistié « Minorités ethniques, opposition et subversion en Thaïlande » in : Politique étrangère, n°3 - 1967 - 32 année pp. 295-323.

 

Pierre  Fistié « Communisme et indépendance nationale : le cas thaïlandais (1928-1968) » In : Revue française de science politique, 18ᵉ année, n°4, 1968. pp. 685-714.

« La révolution d'octobre en Thaïlande » par Léon Trivière in Les Études, mai 1974.

 

Louis Gabaude « Politique et religion en Thaïlande : dépendance et responsabilité » In :  Revue d'études comparatives Est-Ouest, vol. 32, 2001, n°1. Politique et religion en Asie orientale. pp. 141-173.

Phimmasone Michael Rattanasengchanh  « Thailand’s Second Triumvirate: Sarit Thanarat and the military, King Bhumibol Adulyadej and the monarchy and the United States. 1957-1963 » University of Washington 2012.

 

« Chronicle of Thailand since 1946 », publication du Bangkok Post comportant essentiellement des extraits des articles d’époque.

 

SITES CONSULTÉS

 

« Chronik Thailands กาลานุกรมสยามประเทศไทย » von Alois Payer pour les années concernées (http://www.payer.de/thailandchronik/chronik1957.htm et la suite).

 

http://www.soc.go.th/iframe.php?url=http://www.soc.go.th/eng/index.htm (site gouvernemental officiel, version anglaise).

 

1ère partie.

Nous avons quitté le pays (1) sur le coup d’état du « field marshal » Sarit en écrivant « Le maréchal Sarit estima que le gouvernement ne contrôlait plus la situation, et crut bon d’effectuer un nouveau coup d’Etat dans la nuit du 20 octobre 1958, au nom de la nécessité de faire face à une grave menace communiste, à l’intérieur et à l’extérieur. La loi martiale fut proclamée, la constitution fut abolie, l’Assemblée fut dissoute, les Partis interdits, et les opposants « du front  socialiste » arrêtés, dont le chef Thep Chotimichit. La démocratie n’était plus d’actualité ». Une fois encore, « l’armée est au pouvoir » (2).

 

***

 

Il est – nous a-t-il semblé – difficile de parler de ces 5 ans au cours desquels Sarit exerça un pouvoir brutal sinon sanglant sans dire quelques mots du personnage. Le « field Marshal » (chomphon จอมพล) Sarit Thanarat (สฤษดิ์ ธนะรัชต์) est né à Bangkok le 16 Juin 1908. Son père, Thongdi Thanarat (ทองดี ธนรัชต์) puis Luang Ruangdetanan, son nom de plume (หลวงเรืองเดชอนันต์), sur lequel nous connaissons peu de choses était un militaire « sorti du rang » qui finit sa carrière avec le grade de major (commandant) dans la province de Nakonphanom (3). Né à Bangkok, Sarit grandit toutefois à Mukdahan (qui n’a pas alors le statut de province), ville natale de sa mère, Thongdi Thanarat (ทองดี ธนะรัชต์). Celle-ci est proche parente du général lao Phoumi Nosavan, né à Savanakhet sur la rive française du Mékong, figure de proue de la lutte contre les communistes du Pathet Lao et homme-lige de la C.I.A. Sarit soutiendra d’ailleurs activement son cousin lors de son coup d’état de décembre 1959. Sarit se plaisait volontiers à rappeler sans fausse honte ses modestes origines Isan-Lao qui le rendaient plus accessibles aux problèmes des « petites gens ». Il débute ses études à l’école primaire de Mukdahan (โรงเรียนประจำจังหวัดมุกดาหาร). Nous le suivons ensuite à l’école du monastère, le Wat Mahanaparam (วัดมหรรณพาราม) à Bangkok, nous le trouvons ensuite à l’école d’infanterie (โรงเรียนทหารราบพระนคร) et enfin à l'Académie militaire royale thaïlandaise (Chulachomklao military academy โรงเรียนนายร้อยพระจุลจอมเกล้า). Ses études militaires terminées, il est nommé sous-lieutenant en 1928 puis lieutenant et servi comme capitaine dans un bataillon d'infanterie de la garde du roi Prajadhipok (Rama VII). Il participera à la répression de la tentative de coup d’état de Boworadej et y gagnera sa première décoration (la « médaille de la constitution »). Nous le trouvons sur le terrain comme commandant un bataillon d'infanterie au sein duquel il prend une part active à l'invasion et à l'occupation des États Shan en Birmanie qui ne passe pas pour avoir été une partie de plaisir. Nous le retrouverons ensuite en avril 1945 commandant militaire de la province de Lampang puis commandant du 1er régiment d'infanterie de la garde basé à Bangkok.  Lors du coup d’état de 1947, il est alors colonel et « protégé » de Pridi. Il participe à la répression de la tentative de coup d’état de 1951. Il est élevé au grade de général en 1952,  commandant en chef de l’armée royale le 23 Juin 1954. Cette date marque le début de ses ambitions politiques. Il est élevé au rang de « field marshal » en 1956 à 48 ans. Il est alors et toujours à ce jour le plus jeune « field marshall » de sang roturier de l’histoire de l’armée thaïe (4).

 

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Sarit à l’inverse des auteurs du coup d’état de 1932, créateurs d’un « parti du peuple » qui n’avait rien de populaire, est issu d’un milieu modeste. Il ne cherche point, comme Pridi, probablement le plus « démocrate » sinon le plus « républicain » des comploteurs, à se trouver des ascendances réelles (ou supposées) dans la haute noblesse (5). Partiellement Isan, se flatte d’en parler la langue qui fut probablement sa langue maternelle et n’en a nulle honte alors que la tendance dans le « sérail » est (toujours) à considérer ceux du nord-est comme des « ban nok » (บ้านนอก) que l’on peut traduire tout simplement par « bouseux » (6). C’est un vrai militaire qui a connu le combat, y a gagné au moins partiellement ses galons et n’a pas eu le privilège de suivre une formation prestigieuse à l’étranger. C’est enfin, nous le verrons, très certainement un pieux bouddhiste même s’il ne fut de loin pas un strict observateur des commandements de sa religion. Il n’est pas non plus totalement désintéressé puisque, lors du coup d’état de 1957, nous savons qu’il est directeur de 22 sociétés dont la Banque d’Asie (7).

 

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Sarit en tête, les meneurs du coup d'Etat diffèrent donc fondamentalement de ceux du groupe de 1932. Pas d’aristocrates issus des prestigieuses universités anglaises, pas de princes formés dans les académies militaires anglaises, françaises ou prussiennes, pas de boursiers, juristes rompus aux principes juridiques occidentaux comme Pridi. Ce sont des officiers de l'armée sortis du rang, formés dans leur pays, dont les perspectives politiques sont celles de ceux qui connaissent l’histoire de leur pays. Ils sont totalement étrangers sinon réfractaires aux idées de leurs prédécesseurs sur les vertus (supposées) de la démocratie occidentale, objectif suprême de la modernisation du pays.

 

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Est-ce ce aspect qui complut au jeune monarque (il a alors 30 ans) ? Nous avons vu qu’il avait salué l’éviction de Phibun en 1957, ce à quoi rien ne le contraignait (8). Sarit l’avait-il rencontré avant l’opération d’octobre ? Rien ne permet de le dire ni de le contredire.

C’est d’abord un conseil révolutionnaire (กองบัญชาการปฎิวัติ) présidé par Sarit qui prend le pouvoir. Sa première annonce publiée dans la gazette royale du 20 octobre 1958 (9) est sibylline (10).

Entre 1932 et 1957, la Thaïlande a fait l’expérience d’une marche tortueuse vers la démocratie. Sarit écrit en décembre 1958 (11) « Il faut admettre que la démocratie occidentale n’est pas un système de gouvernement tel qu’il puisse être adopté et mis en vigueur immédiatement par tous les pays quel que soit leur stade de progrès économique ou politique. En ce qui concerne la Thaïlande, il est grand temps que nous mettions à profit les leçons de notre expérience passée de la démocratie pour adapter notre système démocratique aux conditions de fait » (12).

 

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Le 28 janvier 1959 – après que Sarit soit retourné aux USA discuter avec le président Eisenhower et recueillir des subsides de la C.I.A (13) – une constitution provisoire est promulguée. Elle répond à la phrase que l’on prête à Napoléon selon laquelle une bonne constitution doit être « courte et vague ». Courte, elle l’est (20 articles) mais point vague. Elle est probablement la plus répressive de l’histoire de la Thaïlande, intérimaire peut-être, mais elle est celle qui a cette heure – 2016 - a eu la vie la plus longue. Elle confère en fait au premier ministre le pouvoir absolu, y compris celui d’ordonner des exécutions sommaires, interdit les partis politiques, crée une chambre unique composée de 240 personnes nommées (articles 6 et 7). Ce seront tous des militaires haut-gradés et des fonctionnaires.

 

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Mais le roi redevient le symbole de la nation et le palladium du peuple thaï même si ses pouvoirs ne sont pas plus étendus que dans les constitutions précédentes. Si les « tensions » entre la monarchie et la direction du Parti dit « populaire » avait été sous-jacente de 1932 à 1957, Sarit va les atténuer : Phibunsongkhram avait tenté de saper la position déjà précaire du trône de par l’impéritie de Rama VII. Son portrait, de façon très mussolinienne, était affiché partout et en tous lieux, il sera désormais, il l’est toujours plus que jamais, remplacé par celui du roi et de la reine. Le roi est systématiquement invité à participer à toutes les cérémonies publiques. Sarit l’envoie visiter les provinces, participer aux projets de développements économiques, remettre les diplômes universitaires. La pratique de prosternation et de prosternement, la tête touchant le sol avant les audiences royales, interdites des décennies auparavant par le roi Chulalongkorn, est rétablie dans certaines conditions. Le couple royal effectue en 1960 un tour du monde. Aux yeux du monde, la Thaïlande, ce n’est pas Sarit mais un jeune monarque au regard un peu vague (n’oublions pas qu’il a accidentellement perdu un œil) avec un demi sourire et une reine dont le charme incontestable a séduit jusqu’au Général De Gaulle lui-même. Elle passe alors pour être « la femme la mieux habillée du monde ». La monarchie a le mérite de défrayer les chroniqueurs de notre presse. Ce fut le début d’un mariage probablement plus de raison et de convenance que d’amour entre le roi Bhumibol et son armée dont il est constitutionnellement le chef (article 2 de la constitution intérimaire). En 1960, le jour de la fête national est déplacé, ce ne sera plus l’anniversaire de la révolution de 1932 mais celui du roi, le 5 décembre. Retour à la tradition : พบกันใหม่เมื่อชาติต้องการ (« je veux retrouver mon pays ») a dit Sarit.

 

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En vertu de la constitution, Sarit est nommé Premier ministre, par décret royal du 9 février 1959, le lendemain, il désigne son cabinet. Il est restreint à 13 personnes. Le Général Thanom Kittikachorn (ถนอม กิตติขจร) est nommé vice-premier ministre et ministre de la défense. C’est un camarade de combat dans la guerre des états Shans et coauteur de tous les coups d’état. Il lui succédera à son décès.

Le  Major général H.R.H. Prince Krom Muen Naradhip Bongsprabandh  est nommé vice-premier ministre (วรรณไวทยากร กรมหมื่นนราธิปพงศ์ประพันธ์), c’est un diplomate et un cousin du roi (petit fils de Rama IV).

Le lieutenant-général Praphat Charusathien  (ประภาส จารุเสถียร) obtient le ministère de l’intérieur. Ils se sont connus à l’académie militaire.

Le poste des affaires étrangères est attribué à  Thanat Khoman (ถนัด คอมันตร์) un diplomate qui avait négocié quelques années auparavant le traité avec le Japon avant de rejoindre les rangs des « Free Thai ».

Nous retrouvons  à l’Education Mom Luang Pin Malakul (หม่อมหลวงปิ่น มาลากุล), à l’Economie Sunthorn Hongladarom (นายสุนทร หงส์ลดารมภ์), à l’industrie Bun Charoenchai (นายบุณย์ เจริญไชย). La santé publique est confiée à Long (ลง เวชชาชีวะ) (14).

Il y aura quelques changements au cours de cette législature qui ne nous semble pas avoir été significatifs (15).

De l’avis du « New York Times » cité par Fistié (11), indépendamment des militaires qui assurent et consolident le pouvoir de Sarit, c’est un cabinet composé de jeunes techniciens civils compétents, nous parlerions aujourd’hui de « technocrates ».

 

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Sarit présente alors le programme de son cabinet au « Parlement » le 12 février précision étant donné qu’en vertu de la constitution provisoire, il n’a pas à être approuvé. Le parlement n’est qu’une chambre d’enregistrement. Il est ainsi rappelé, ce sont les trois piliers du régime, le roi, le bouddhisme et l’armée :

- que le gouvernement doit prêter serment d'allégeance au roi de la dynastie Chakri, protéger le trône royal, et respecter la famille royale.

- que le gouvernement doit chérir le bouddhisme, apporter son soutien aux autres religions, ainsi que de se consacrer à l’éducation morale du peuple.

- que le gouvernement doit soutenir l'armée et organiser un service militaire adéquat.

La suite représente une suite de vœux et de ces bonnes intentions dont nous savons que l’enfer en est pavé (16). Nous jugerons de la suite.

 

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Il ne semble pas que la population, fatiguée de l'anarchie croissante dans le pays ait  mal accueilli ce régime drastique ? Certains vieillards parlent encore – paraît-il – de l’époque « sans délinquance lorsque le maréchal Sarit était Premier ministre ». Il n’y a en tous cas aucunes traces de mouvements d’indignation ou de protestation, des étudiants en particulier comme sous le régime précédent.

 

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La question de la presse, sa liberté n’existe évidemment plus, avait été réglée par le précédent gouvernement (17). Compte tenu du tirage confidentiel des journaux à cette époque (quelques milliers voire quelques centaines), il faut attribuer à cette mesure une portée relative et plus encore.

 

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La constitution attribue, avons-nous dit, tous les pouvoirs au premier ministre. Le texte de l’article 17 est brutal : Il donne au premier ministre « Pendant la période d’application de la présente constitution » « le pouvoir  de donner des ordres ou de prendre les mesures qu’il estime nécessaire nécessaires en vue de réprimer les menées d’origine intérieures ou extérieures qui mettent en péril la sécurité nationale ou le trône, qui menacent la loi ou qui tendent à renverser l’ordre établi. Ces ordres et ces mesures sont présumés légaux » (18). C’est lui attribuer le pouvoir de tuer. Il est d’ailleurs permis de se demander si l'exemple français (notre constitution du 20 octobre 1958) n’a pas au moins partiellement inspiré la Constitution provisoire de Sarit ? Cet article 17 ressemble singulièrement à l’article 16 français même si l’usage qu’en fit le Général De Gaulle fut moins brutal : « Lorsque les institutions de la République, l'indépendance de la Nation, l'intégrité de son territoire ou l'exécution de ses engagements internationaux sont menacés d'une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le Président de la République prend les mesures exigées par ces circonstances, après consultation officielle du Premier ministre, des Présidents des Assemblées ainsi que du Conseil constitutionnel » et chacun se souvient que les assemblées était composées de ceux que le général qualifiait de « godillots de la république ». Il y a parfois du gaullien chez Sarit. Le parallèle, curieusement, ne semble avoir jamais été établi.

 

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Sarit utilise ce pouvoir sans partage dans quelques circonstances où – même si nécessité a pu faire loi – l’utilisation en a été féroce brutale.

 

Tel fut le triste sort de Sila Wongsin (ศิลา วงศ์สิน) : Le 26 Juin 1959, les autorités de Bangkok ont annoncé par voie de presse que celui-ci, gourou d’une secte diabolique à Korat, avait été exécuté sans procès (pas même d’un tribunal « d’exception ») sur des accusations de meurtres en série, y compris celui de fonctionnaires provinciaux sacrifiés à sa divinité diabolique (19). « Serial killer » ou malade mental ? Il n’a pas eu droit à un procès régulier mais il est hasardeux de parler d’assassinat politique ! A cette occasion, un raid policier aurait provoqué dans la secte la mort de 11 personnes et l’arrestation de 80 autres ?

 

Il fait fusiller sans autre forme de procès en août 1959 quatre Chinois responsables d’avoir causé des incendies par les feux d’artifice lors du nouvel an chinois.

 

Si Sarit engage une lutte sans merci contre les trafiquants d’opium en faisant détruire le 1er juillet 1959 une énorme quantité de drogue et de matériel de fumeries, s’il entend réprimer la prostitution en criminalisant cette « activité » par une loi du 25 août 1960 (avec le succès que l’on sait !), il est également responsable de crimes qu’il faut bien qualifier de politiques.

 

Fistié cite le cas de Supphachai Srisati, chef syndicaliste, exécuté dans le courant de l’été 1959 (11). En mai 1960, la presse annonce l’exécution publique de chefs communistes de la région de Sakhonnakon, liés aux communistes laotiens et concoctant un plan de sécession ? Il ne semble pas que ces exécutions aient été ordonnées par une instance judiciaire ?  En mai 1961, c’est au tour de Krong Chandawong qui fut exécuté en public : Né à Sakon Nakhon, fils d'un fermier, camarade de Tiang Sirihkan, devenu enseignant, député de Sakhon en 1957, il avait arrêté en 1961 sous l’accusation de communisme et de séparatisme (20). Le 24 avril 1962, un autre chef communiste responsable du journal « The patriot » est fusillé en public et s’écrit «impérialisme américain et Sarit, allez en enfer ! Vive le peuple ! » 

 

Restons-en là, cette liste n’est évidemment pas limitative (21). En tous cas, parlant de ces « procédures accélérées », Sarit a ou aurait déclaré ข้าพเจ้าขอรับผิดชอบแต่เพียงผู้เดียว « Si c’est une faute, j’entends en assumer seul la responsabilité » (22).

 

***

 

Mais le « règne » de Sarit ne s’est pas limité  à restaurer la trinité symbolique nation - religion – monarchie sur le modèle non plus des régimes occidentaux mais celui des monarques censés bienveillants du passé de son pays. Ce sera symboliquement marqué par une Loi que son parlement vote le 20 juillet 1959 à une écrasante majorité confirmant que le nom du pays est définitivement celui de « Thaïlande » et le drapeau, symbole de cette trinité, définitivement le drapeau tricolore. Il ne s’est pas limité non plus à une utilisation sanglante et féroce de ses pleins pouvoirs pour éradiquer ses adversaires politiques essentiellement communistes ou censés l’être, séparatistes du nord-est ou censés l’être ou pour lutter sans le moindre respect des « droits de la personne » contre le crime organisé. Il a également lancé un programme qu’il qualifie de « révolutionnaire ». C’est le début d’une brève période de stabilité politique qui contraste avec l’ère des coups d’état. Nous en avons compté de 1932 jusqu’à celui de Sarit en 1957 exclu pas moins de 16 au moins au sens large (23).

Détesté ? Obéi ? Craint ? En tous cas toujours respecté, ce sera l’objet de notre prochain article. Il n’a pas utilisé ses pouvoirs sans faille qu’à faire le mal.

 

NOTES

 

(1) Voir notre article 221 « LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1ER JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER -20 OCTOBRE 1958) »

 

(2) Il ne faut toutefois pas perdre de vue que l’armée en Thaïlande était traditionnellement, de la fin du XVIIIème à la fin du XIXème siècle composée en grande partie de mercenaires étrangers, européens pour les cadres, Cambodgiens dans la marine, Vietnamiens dans l’armée de terre. Elle n’avait pas pour mission d’effectuer des guerres de conquête, elle n’avait pas pour but, elle n’en avait pas les moyens, d’assurer la sécurité extérieure du royaume. Celle-ci est – peu ou prou – garantie par les puissances colonialistes occidentales qui se sont accordées à considérer le pays comme un « état tampon » (accords franco-anglais de 1896) et avaient par ailleurs neutralisé les rivaux traditionnels de Siam. De ce simple fait, une fois modernisée par Rama V, créée ni pour la guerre extérieure ou ni pour la défense de l'intégrité territoriale, elle a irrémédiablement pris le caractère d'une armée interne déployée à des fins internes, jusqu’à devenir l'instrument politique de ses propres officiers, une fonction qui perdure à l'heure actuelle.

 

(3) Il a laissé des traces dans la littérature érudite – qui n’ont probablement fait sa fortune – pour avoir traduit en thaï la littérature cambodgienne : nous connaissons ราชพงษาวดารกรุงกัมพูชา ฉบับหอพระสมุดวชิรญาณ แปลใหม่ แปลจากภาษาเขมรโดย หลวงเรืองเดชอนันต์ « chroniques du Cambodge ».

 

(4) Il ne faut pas oublier que l’armée était polluée par le népotisme royal. Pour ne citer que les chiffres de l’année 1910, celle de la mort de Rama V, l’aide de camp du roi est le prince Surawong Watthanasak (เจ้าพระยาสุรวงศ์วัฒนศัก) son cousin, l’armée de terre est dirigée par son demi-frère le field marshal Banubandhu Vongsevoradej, prince de Nakhonchaisi, (สมเด็จพระเจ้าบรมวงศ์เธอ เจ้าฟ้าภาณุรังษีสว่างวงศ์ กรมพระยาภาณุพันธุวงศ์วรเดช), la marine par son autre demi-frère le field marshal Paribatra Sukhumbhand, prince de Nakhonsawan (สมเด็จพระเจ้าบรมวงศ์เธอ เจ้าฟ้าบริพัตรสุขุมพันธุ์ กรมพระนครสวรรค์วรพินิต), que seuls des membres de la famille royale ont rang de lieutenant-généraux, que six des treize généraux de corps d’armée étaient de naissance royale et que plus de la moitié des généraux de division étaient issus de familles royales. Si le roi Chulalongkorn avait réussi à sa passer des services de miliaires étrangers (nous avons connu en particulier l’amiral danois « de Richelieu » à la tête de la marine royale) notamment en envoyant sa parentèle et des étudiants méritants effectuer des études dans les académies ou écoles militaires à l’étranger (comme  Phibun), il n’avait pu éliminer ce népotisme qui perdura et qui fut l’une des causes du coup d’état de 1932. Dans le cadre de la modernisation de son armée, il avait créé le titre de « field marshal » en 1888. Le titre – qui n’a rien à voir avec celui de maréchal français -  ne fut attribué qu’avec parcimonie, à des princes seulement. Les trois premiers roturiers qui y accédèrent furent Sarit, Phin Choonhavan (ผิน ชุณหะวัณ) son compagnon de combat dans la campagne des états Shan et colonel participant au coup d’état de 1947 et Phibun dont le moins que l’on puisse dire est qu’il l’avait gagné ailleurs que sur les champs de bataille. Après eux, il ne fut conféré qu’à la reine Sirikit à titre évidement symbolique, auto-attribué par lui-même en 1964 à Thanom Kittikachorn (ถนอม กิตติขจร), conféré à Praphat Charusathien, ancien ministre de l’intérieur de Sarit et du précédent et enfin à titre posthume à Kriangkrai Attanan (เกรียงไกร อัตตะนันทน์) qui avait conduit le corps expéditionnaire thaï en Corée.

 

(5) Voir notre article 211 « la vie cachée de Pridi ».

 

(6) La ville de Mukdahan le considère toujours comme l’un des plus prestigieux de ses enfants. Sa statue trône au musée de la tour de Mukdahan au rez-de-chaussée dans le cadre d’une exposition permanente sur sa vie. Une autre trône toujours au « Ratchada Memorial Park » de Khonkaen (สวนรัชดานุสรณ์) sans qu’il soit venu une seconde aux « rouges » qui l’ont occupé en 2010 l’idée de la déboulonner… Curieux paradoxe siamois, ceux qui prônent la « démocratie » respectent le symbole d’un homme qui en fut l’antithèse.

 

(7) Information tirée de la « Feuille d’avis de Neufchatel » du 18 septembre 1957. Ce journal est le plus ancien quotidien de Suisse en langue française (1738) et reste le plus ancien quotidien français au monde encore publié (sous un autre titre) à ce jour.

 

(8) Voir notre article 220  « DE « LA LIBÉRALISATION » DU RÉGIME   A LA CHUTE DU GOUVERNEMENT DU MARÉCHAL PHIBUN (1955-16/9/1957) » citant la déclaration royale signée « Phumiphon Adunyadet, Rex » : « Compte tenu du fait que le gouvernement du maréchal P. Phibunsongkhram a été incapable de gouverner avec la confiance du peuple et  qu'il a été incapable de maintenir la paix et l'ordre, le Groupe militaire dirigé par le maréchal Sarit Thanarat a pris le pouvoir. Celui-ci a assumé les fonctions d’administrateur militaire spécial pour Bangkok. Nous demandons à la population de rester pacifiques et à tous les fonctionnaires du gouvernement de suivre suivent désormais les instructions du maréchal Sarit Thanarat ».

 

(9) Publié in ประกาศของคณะปฏิวัติ ฉบับที่ ๑ ลงวันที่ ๒๐ ตุลาคม ๒๕๐๑ (Gazette du gouvernement, volume 75 partie  du 20 octobre 1958.

 

(10) « Attendu que le Conseil révolutionnaire composé de l'état-major de l’armée de terre, l'état-major de la marine, celui de la force aérienne, le personnel de la police et l’administration civile, a, au nom du peuple thaïlandais, pris le pouvoir de l'administration du pays ce jour 20 octobre 2501 (1958) à 21 heures, il est par les présentes demandé à tous les citoyens de continuer à mener à bien leurs occupations comme auparavant, à tous les officiers publics de continuer à exercer leurs fonctions comme auparavant, à toute personne de rester calme. Nul n’est autorisé à effectuer tout acte susceptible de mettre la nation en danger. Les forces armées sont autorisés à se déplacer seulement en vertu des ordres du chef du Conseil révolutionnaire et les commandants de toutes les forces armées devront suivre ses instructions ».

 

(11) Cité par Pierre Fistié, in « L’évolution de la Thaïlande contemporaine ».

 

(12) Voir notre article A 194 « Le premier projet de constitution de 1885 » : Nous retrouvons – mutatis mutandis – les conceptions du Roi Rama V lorsqu’il fit étudier par son cousin le prince Prisdang (พระองค์เจ้าปฤษฎางค์) en 1885 la possibilité et l’opportunité de « moderniser » le système constitutionnel en écartant (sans que cette hostilité soit dirigée contre le système lui-même) la possibilité d’appliquer à son pays un modèle de démocratie parlementaire occidentale. Il est en tous cas une constante que les événements du XXème siècle dès la fin de la décolonisation à partir de 1960 et du début du XXIème démontrent à suffisance, c’est que semer les idéologies purement occidentales en terre asiatique (et africaine), véritable et sournois néocolonialisme, a conduit aux pires catastrophes.

 

(13) Voir nos articles 220 « DE « LA LIBÉRALISATION » DU RÉGIME   A LA CHUTE DU GOUVERNEMENT DU MARÉCHAL PHIBUN (1955-16/9/1957) » et 221 « LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1ER JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER -20 OCTOBRE 1958) ».

 

(14) Par ailleurs grand-père du futur premier ministre Abhisit Vechachiva (นายอภิสิทธิ์ เวชชาชีวะ).

 

(15) Le ministre de l’agriculture retrouvé assassiné dans les bras de sa maitresse au mois d’août 1959 est évidemment remplacé.

 

(16) Le gouvernement doit apporter toute son attention à fournir à tous l'éducation par la création d'établissements d'enseignement, d’en améliorer l'efficacité et le salaire des enseignants, et d'augmenter le nombre et l'efficacité des écoles privées. Le gouvernement doit établir et maintenir les relations diplomatiques avec d'autres pays, respecter ses obligations internationales, collaborer avec les Nations Unies, pour la paix et de la justice sociale. Le gouvernement doit résoudre les problèmes liés au coût de la vie. Le gouvernement doit rétablir la stabilité financière par l'équilibre budgétaire. Le gouvernement doit réduire le coût de la vie, en augmentant la productivité nationale, en soutenant les industries, en facilitant le transport et la distribution. Le gouvernement doit établir et développer le système coopératif, en particulier les coopératives de crédit, les coopératives de distribution du riz et des produits agricoles, les coopératives de consommateurs et les coopératives organisant la location des terres. Le gouvernement doit soutenir les petites et moyennes entreprises, en encourageant l'esprit d'entreprise, et respecter le droit et la liberté des propriétaires. Le gouvernement doit contrôler les entreprises d'Etat dans la mesure où la sécurité nationale est concernée.

 

(17) Le gouvernement précédent agissant en vertu de la loi sur la presse de 1941 avait d’ores et déjà interdit en 1957, avant le coup d’état Sarit, 251 publications comme portant atteinte à « l'ordre et la moralité publics » : 129 en anglais, 113 en chinois, 1 en français (lequel ?) et 8 en thaï. Les publications thaïes interdites comprenaient trois magasines pornographiques, trois autres critiquant le bouddhisme et deux autres marxistes.

 

(18) Cité par Fistié (note 11).

 

(19) Ce paysan de Korat se présentait comme un « Phi Bun » doté de pouvoirs surnaturels et avait établi son royaume aux environs de Korat, un  « royaume » qu’il avait déclaré indépendant du pouvoir central. Nous ignorions cette espèce de « Phi » : voir notre article A 151 « En Thaïlande, nous vivons au milieu des phi ».

 

(20) Voir l’article du Bangkok post du 10 août 2014 « The Isan problem ».

 

(21) Voir la brochure « Day of global Action for People’s Democracy in Thailand -  60 YEARS of OPPRESSION AND SUPPRESSION in THAILAND»  Compiled by Junya Yimprasert for Action for People’s Democracy in Thailand (ACT4DEM) du 19 septembre 2011. Les noms cités pour la période Sarit le sont également par Fistié qui donne ses sources justificatives (articles de la presse de l’époque essentiellement).

 

(22) Cité dans หนังสือประชาธิปไตยบนเส้นขนาน  (« Le paradoxe démocratique ») par วินทร์ เลียววาริณ (Win Liaowarin), ISBN 9748585476.

 

(23) Voir notre article 214 « COMBIEN DE COUPS D’ÉTAT, DE RÉBELLIONS, DE RÉVOLTES ET DE SOULÈVEMENTS EN THAÏLANDE DEPUIS LE DÉBUT DU SIÈCLE DERNIER ? »

 

OUVRAGES ET ARTICLES CONSULTÉS

 

Pierre Fistié « L’évolution de la Thaïlande contemporaine ».

Johnson (John J.) et Pierre Fistié « The role of the military in underdeveloped countries » in Revue française de science politique, 13ᵉ année, n°3, 1963. pp. 783-787.

 

« Les dynamiques ouvrières en Asie orientale » article de J. Baffie « Travail, ouvriers et syndicats en Thaïlande », pages 149 s. publication de l’ Institut français d'histoire sociale. Le Mouvement social : bulletin trimestriel de l'Institut français d'histoire sociale. 1961.

 

« Bulletin de la société d’histoire moderne » numéro 2 de 1964, pages 23 s.

 

« The constitutional system of Thailand » par Andrew Harding - ISBN-13: 978-1841139722.

 

South East Asian Studies, Vol. 16, No.3, December 1978 : « Reflections on the Sarit Regime and the Process of Political Change in Thailand - Some Conceptual and Theoretical Reassessments » par Thak CHALOEMTIARANA.

 

Pierre  Fistié « Minorités ethniques, opposition et subversion en Thaïlande » in : Politique étrangère, n°3 - 1967 - 32 année pp. 295-323.

 

Pierre  Fistié « Communisme et indépendance nationale : le cas thaïlandais (1928-1968) » In : Revue française de science politique, 18ᵉ année, n°4, 1968. pp. 685-714.

« La révolution d'octobre en Thaïlande » par Léon Trivière in Les Études, mai 1974.

 

Louis Gabaude « Politique et religion en Thaïlande : dépendance et responsabilité » In :  Revue d'études comparatives Est-Ouest, vol. 32, 2001, n°1. Politique et religion en Asie orientale. pp. 141-173.

 

Phimmasone Michael Rattanasengchanh  « Thailand’s Second Triumvirate: Sarit Thanarat and the military, King Bhumibol Adulyadej and the monarchy and the United States. 1957-1963 » University of Washington 2012.

 

« Chronicle of Thailand since 1946 », publication du Bangkok Post comportant essentiellement des extraits des articles d’époque.

 

SITES CONSULTÉS

« Chronik Thailands กาลานุกรมสยามประเทศไทย » von Alois Payer pour les années concernées (http://www.payer.de/thailandchronik/chronik1957.htm et la suite).

 

http://www.soc.go.th/iframe.php?url=http://www.soc.go.th/eng/index.htm (site gouvernemental officiel, version anglaise).

 

***

Il est – nous a-t-il semblé – difficile de parler de ces 5 ans au cours desquels Sarit exerça un pouvoir brutal sinon sanglant sans dire quelques mots du personnage. Le « field Marshal » (chomphon จอมพล) Sarit Thanarat (สฤษดิ์ ธนะรัชต์) est né à Bangkok le 16 Juin 1908. Son père, Thongdi Thanarat (ทองดี ธนรัชต์) puis Luang Ruangdetanan, son nom de plume (หลวงเรืองเดชอนันต์), sur lequel nous connaissons peu de choses était un militaire « sorti du rang » qui finit sa carrière avec le grade de major (commandant) dans la province de Nakonphanom (3). Né à Bangkok, Sarit grandit toutefois à Mukdahan (qui n’a pas alors le statut de province), ville natale de sa mère, Thongdi Thanarat (ทองดี ธนะรัชต์).

 

Celle-ci est proche parente du général lao Phoumi Nosavan, né à Savanakhet sur la rive française du Mékong, figure de proue de la lutte contre les communistes du Pathet Lao et homme-lige de la C.I.A. Sarit soutiendra d’ailleurs activement son cousin lors de son coup d’état de décembre 1959.

 

Sarit se plaisait volontiers à rappeler sans fausse honte ses modestes origines Isan-Lao qui le rendaient plus accessibles aux problèmes des « petites gens ». Il débute ses études à l’école primaire de Mukdahan (โรงเรียนประจำจังหวัดมุกดาหาร). Nous le suivons ensuite à l’école du monastère, le Wat Mahanaparam (วัดมหรรณพาราม) à Bangkok, nous le trouvons ensuite à l’école d’infanterie (โรงเรียนทหารราบพระนคร) et enfin à l'Académie militaire royale thaïlandaise (Chulachomklao military academy โรงเรียนนายร้อยพระจุลจอมเกล้า). Ses études militaires terminées, il est nommé sous-lieutenant en 1928 puis lieutenant et servi comme capitaine dans un bataillon d'infanterie de la garde du roi Prajadhipok (Rama VII). Il participera à la répression de la tentative de coup d’état de Boworadej et

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24 février 2016 3 24 /02 /février /2016 22:06
221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).

Du  coup d’Etat du maréchal Sarit du 16 septembre 1957 à un autre coup d’Etat du même maréchal Sarit, du 20 octobre1958.

 

Rappel.

 

Le général Phao, le chef de la police et patron du Parti gouvernemental Manangkasila sortait vainqueur des élections truquées du 26 février 1957. Une campagne fut menée contre lui qui provoqua une crise (Loi martiale le 2 mars 1957), qui aboutit  à la formation d’un nouveau gouvernement (le 26ème) le 21 mars, composé essentiellement de militaires établi avec un savant équilibre entre l’armée, la police, la marine et l’aviation.

 

Mais les  hostilités entre les différentes factions vont vite se manifester, avec le duel au sommet entre le maréchal Sarit et le général Phao, entre l’armée et la police. Le 21 août, le maréchal Sarit donnait sa démission, ainsi que ses deux fidèles lieutenants, le général Thanom et le général Phaphat et les deux représentants de l’aviation. Ils seront soutenus le 11 septembre, par les 62 députés non élus qui donneront leur démission du parti gouvernemental et par les députés du Parti unioniste (Pro-Sarit).

 

Ensuite tout ira très vite, puisque le 12 septembre, le général Phao donnait sa démission du gouvernement, ainsi que le maréchal Phin et le ministre de l’Industrie, le major-général Phraman Adireksan.  Le 13 septembre, les 62 députés lançaient un ultimatum et réclamaient la démission de Phibun et de Phao de son poste de directeur de la police.  Et le 16 septembre, le maréchal Sarit effectuait un coup d’Etat, qui provoquait la fuite du maréchal Phibun et du Général Phao à l’étranger.

 

Extrait du Bangkok post :

221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).

C’était la fin du régime du maréchal Phibun qui avait régné 9 ans et 5 mois du 08/04/1948 au 16/09/1957, disions-nous, et le début d’une ère nouvelle.

 

En suivant, une fois de plus Pierre Fistié, in « L’évolution de la Thaïlande contemporaine » (pp. 244- 247), nous apprendrons que le maréchal Sarit annoncera le 17 septembre, dès le lendemain du coup d’Etat, « qu’il tenait les élections du 26 février pour irrégulières et que le Parlement allait être dissous, ce qu’un décret royal fit aussitôt en vertu de l’article 65 de la Constitution. De nouvelles élections devaient avoir lieu trois mois plus tard. » (Fistié)

 

(On peut remarquer avec ironie, cette « coutume » des coups d’Etats militaires en Thaïlande, qui évoquent la Constitution et des nouvelles élections aussitôt le coup fait. En attendant, la constitution de 1952 avait été suspendue le 17 septembre et la Constitution de 1932 remise en vigueur. De l’art d’user des Constitutions !)

 

Si le maréchal Sarit avait réalisé le coup d’Etat militaire avec ses hommes de confiance, les lieutenants généraux Thanom et Praphat, d’anciens compagnons d’arme lors de la campagne dans les États Shans, il choisit de ne pas participer au gouvernement, et le 21 septembre 1957 laissa une « Assemblée provisoire » composée des députés nouvellement nommés de désigner le nouveau premier ministre Pote Sarasin. Ce même jour, un décret royal signait la liste du 27ème gouvernement de la monarchie constitutionnelle. (21/09/1957-01/01/1958) 

 

On se doute que cette Assemblé provisoire avait suivi les « instructions » données par le maréchal Sarit pour choisir Pote Sarasin, qui était une caution apportée à la Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Il venait de prendre ses fonctions de secrétaire général de l’OTASE et Il avait été ministre des Affaires étrangères de 1949 à 1950 et ambassadeur à Washington.

 

La composition du gouvernement ne laissait aucun doute sur le fait que Sarit contrôlait le gouvernement et avait placé ses hommes aux postes clés. Thanom était nommé à la Défense, Prapass à l’intérieur, et le chef du Parti unioniste M. Sukich Nimmanahaeminda, à l’économie, tandis que 13 autres militaires occupaient d’autres postes.

 

Mais ce gouvernement sera en fait un gouvernement intérim, puisqu’il eut  surtout la tâche d’organiser des nouvelles élections générales qui eurent lieu le 15 décembre 1957.

 

La nouvelle composition de l’Assemblée.

221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).

Sur 160 postes,  61 furent élus sur l’étiquette des Indépendants, dont la plupart était pro-Sarit et provenait de l’ancien parti Manangkasila qui avait disparu, et comprenait un grand nombre d’officiers en activité. Les autres postes se répartissaient ainsi : 45 pour le Parti Unioniste ; 39 pour le Pari démocrate, 15 pour le Parti socialiste ; 5 pour le parti Démocrate libre ; 6 sièges pour le Parti économiste et le Parti « Hyde Park » perdait un de ses 2 députés.

 

Ses résultats indiquaient des élections libres, qui d’ailleurs s’étaient déroulées dans une relative indifférence avec une participation de moins de 30%. Mais le 19 décembre, Sarit réorganisait sa majorité parlementaire en créant le Parti Chatsangkhom (national-socialiste), qui était composé des 123 députés nommés, de 35 des « Indépendants » et des 45 députés du Parti Unioniste. Son bras droit Thanom et le chef du feu Parti unioniste M. Sukich en devenaient les vice-présidents.

 

Et pour encore verrouiller davantage  toute la vie politique, le maréchal Sarit faisait approuver par décret royal le 1er janvier 1958, la liste du 28ème gouvernement (1er janvier 1958- 20 octobre 1958) dirigé par les mêmes hommes de confiance : avec comme 1er ministre Thanom qui conservait la Défense, comme vice-premiers ministres Prapass, qui conservait l’intérieur, Sukich qui conservait l’économie et l’inamovible Major General H.R.H. Prince Krom Muen Naradhip Bongsprabandh (Le Prince Wan Waithayakon), qui conservait les Affaires étrangères ; la plupart des autres ministres du précédent gouvernement conservaient également leur place.

221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).

Le 27ème gouvernement de  Pote Sarasin avait duré un peu plus de 3 mois (21 septembre 1957- 1er octobre 1958), un « intérim » qui avait servi  au maréchal Sarit à mettre main basse sur le Parlement et à placer ses hommes de confiance au gouvernement ; Pote Sarasin pouvait reprendre son poste de secrétaire général de l’OTASE et le maréchal Sarit pouvait partir aux Etats-Unis se faire soigner et subir une opération abdominale en février ; il séjournera ensuite à Londres. Mais après son retour, le 18 mars 1958...

 

Extrait du Bangkok post :

221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).

il revient aux États-Unis en mai, y rencontre Eisenhower et s’entretient avec lui la nécessité de lutter contre le communisme. 

 

Extrait du Bangkok post :

221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).

Il avait retrouvé en mars un gouvernement qui ne maîtrisait plus la situation.

 

Fistié nous donne une idée précise de la situation budgétaire : « les recettes budgétaires de 1958 étaient inférieures de 4 % aux prévisions (5.616 millions de baths au lieu de 5.870 millions), les dépenses ordinaires effectives dépassèrent de 6 % le chiffre autorisé (6.019 millions de bath au lieu 5.651 millions). Il en résultait un déficit de plus de 400 millions de bath, phénomène que la Thaïlande ne connaissait pas depuis longtemps, du moins de cette ampleur.» (p.245). Il fallait augmenter les impôts, mais cette augmentation nécessaire rencontra une vive opposition, aggravée par le fait que les parlementaires monnayaient leur soutien au gouvernement, et que Thanom n’avait pas  l’autorité suffisante pour faire taire les exigences contradictoires des factions civiles et militaires qui composaient la majorité.

221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).

Les partis de l’opposition et la presse de gauche dénonçaient en vain la corruption ambiante et réclamaient de meilleures relations avec la Chine et de prendre ses distances avec les Etats-Unis, en sortant de l’OTASE et en prônant une politique étrangère plus neutraliste.

221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).

De plus la situation économique n’était guère brillante.

 

Un rapport de la Banque mondiale (la BIRD) effectué par dix experts de juillet 1957 à la fin de juin 1958 révélait des graves problèmes économiques concernant surtout la production et les  débouchés pour certaines richesses traditionnelles (le teck, l’étain, le caoutchouc), la production de riz en rapport avec l’essor démographique et les problèmes spécifiques du Nord-Est, liés en plus  aux changements politiques au Laos. (Cf. Fistié, pp. 289- 314)

 

Le bois de teck dans les montagnes du Nord était depuis longtemps une ressource importante, mais son exploitation abusive produisit des effets dramatiques. « Pour la période 1930-1945, la quantité de teck arrivée à maturité et par conséquent exploitable, était évaluée à 1.300.000 arbres. Pour la période 1955-1970 elle n’était plus que de 460.000 », voire moins pour la BIRD. La production chutait chaque année ; de 359 t en 1954, on était passé à 188 t en 1957, 181 t en 1958.  

221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).

De même, l’exploitation de l’étain qui était la seconde ressource d’exportation avant la guerre, après le riz, commençait à donner des signes d’épuisement. La production record de 1940 à 24.000 t (concentré à 72%) était passée à 14.000 t en 1950. Certes elle s’était progressivement relevée au cours des années 1955-1957, mais l’International Tin Agreement avait réduit le quota pour la Thaïlande à 10.000 t en 1958.

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Quant-au caoutchouc, la situation était différente. La production était devenue la deuxième source d’exportation et celle-ci augmentait chaque année. Elle était passée de 120 t en 1954, à 137 t en 1956, 141 t en 1958, mais elle commençait à être en concurrence avec le caoutchouc synthétique et les rendements n’arrivaient pas à progresser. En 1956, par exemple, sur une superficie de 1889 milliers de rai, on avait un rendement 72 kg par rai, et en 1958, nous étions encore à 69 kg par rai (sur une superficie de 2039 milliers de rai, il est vrai). Le gouvernement ne voyait pas l’effet de vieillissement sur les arbres et n’avaient aucun plan pour  mettre en place des infrastructures, des nouvelles formations, lancer des plantations nouvelles en variétés et en rendements, contrairement à ce qui s’était fait en Malaisie après la guerre. La catastrophe était annoncée à long terme. (Le 25 août 1960 une loi fut bien promulguée pour venir en aide aux plantations, mais Moussy note que par exemple la taxe sur l’exportation avait fourni jusqu’en décembre 1962, 189,8 millions de baths, mais qu’un tiers fut effectivement redistribué. Note 12,  p. 294)

221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).

Les gouvernants et les factions politiques, militaires et policières, nous l’avons vu, étaient plus préoccupés par leur lutte pour le pouvoir et pour profiter financièrement des circuits économiques et des divers trafics (aide américaine, subventions diverses, opium, armes,  etc.), que par la bonne santé économique du pays.

 

Mais le problème majeur était en fait le taux d’accroissement démographique par rapport à la production de riz.

221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).

Explication.

 

L’exportation de riz, depuis l’inclusion de la Thaïlande dans les circuits mondiaux, était la première source financière du royaume. Après la 2ème guerre mondiale,  on pouvait même observer une progression spectaculaire. Ainsi, si la moyenne en 1935-1939 était de 86,5 millions de bath, on avait en 1952,  3.870 millions de bath, et en 1957, 3.943 millions de bath (Contre 1689 pour le caoutchouc, et 531 pour l’étain par exemple).

 

Mais si la  prospérité de la Thaïlande dépendait donc de la production du riz et de sa capacité à dégager un excédent exportable, on observait une chute de ses exportations en 1958. (1957, 24.205 milliers de piculs de 60 kg, 16.669 en 1958), avec une population qui  avait presque doublé au cours des 30 dernières  années (11.506.207 habitants (1929), 22.811.701 (1956)).

 

Il fallait donc accroître les superficies irriguées. La principale zone d’irrigation de l’ancien régime au klong Rangsit datait ; Le « Greater Chao Phya Project » (Près de 1.000.000 ha) comportant un barrage situé à environ 160 km de Bangkok,  avait commencé en 1950, mais la mission de la BIRD (1957-1958) constatait que le creusement des canaux de distribution était encore en cours. Un autre projet, avec le grand barrage de Yanhee sur la rivière Ping, à 320 km au Nord-Est de Bangkok, n’avait commencé qu’en 1957 (Il ne sera inauguré qu’en 1964) et on connaissait les pressions politiques et les pratiques budgétaires fantaisistes qui accordaient  les crédits nécessaires une année pour les oublier l’année suivante, ou se trouvaient amputés par la corruption.

221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).

La cacophonie régnait et Thanom ne contrôlait plus la situation. Il   procéda le 7 août à un remaniement ministériel (6 ministres furent limogés, 2 changèrent de poste et 6 nouveaux arrivèrent) mais cela fut sans effet, voire empirait.

 

Mais c’est surtout au Nord-Est que la situation était la plus grave. Cette région comportait 35 % de la population agricole, et l’essor démographique y avait été légèrement supérieur que l’ensemble du pays, ce qui avait incité à mettre en culture des terres de moins en moins favorables avec des rendements qui ne pouvaient être que décroissants. La population restait attachée à la riziculture, qui constituait toujours l’activité agricole de base, dans une économie d’auto-subsistance. De plus, beaucoup pratiquaient  la culture itinérante par incendie, et provoquaient ainsi la déforestation, l’épuisement et l’aridité des sols, avec des risques accrus d’inondation. Les projets entrepris entre 1950 et 1957 (Une école à Ubon pour la formation des instituteurs, le projet FAO avec la construction d’une centaine de réservoirs, de digues en terre barrant les cours d’eau) n’avaient aidé qu’à irriguer  10.000 ha sur 33.000 prévus ; ce qui étaient déjà insignifiant par rapport aux 15,5 millions de rais de riz cultivé dans le Nord-Est (1956).

221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).

Mais les dirigeants du pays, basés à Bangkok étaient plus préoccupés par la situation politique que par les problèmes économiques de cette région du Nord-Est.

 

En effet, après le coup d’Etat de septembre 1957 qui mettait fin au gouvernement Phibun, la situation au Laos allait de nouveau inquiéter le nouveau gouvernement avec surtout en novembre 1957, l’accord entre le prince Souvanna Phouma, le 1er ministre laotien et son demi-frère le prince Souphanouwong, chef du Pathet Lao, qui entrait au gouvernement  et dont l’organisation allait devenir un parti politique et  se présenter aux élections du printemps 1958.

 

« À l'origine indépendantiste et nationaliste, le Pathet Lao s'est progressivement affirmé comme un mouvement communiste durant la guerre froide, via son alliance étroite avec le Việt Minh, puis le Nord Viêt Nam.) 

221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).

(Nous avons déjà évoqué cette situation en nos articles 203 et 218. (Cf. Aussi 11. « L’Isan  était lao au XIX ème siècle »Note *)

 

Le Pathet Lao avait  désormais une légitimité électorale, mais cela représentait  un camouflet pour la droite nationaliste et pour les États-Unis, et bien sûr pour le gouvernement anticommuniste   thaïlandais.

 

Certes, le gouvernement du prince  Souvanna Phouma allait chuter en juin 1958, et le nouveau gouvernement  de Phoui Sananikone se disant neutraliste  allait  tenter de rassurer les capitales les plus anticommunistes de la région comme Taïpeh, Saïgon et Bangkok. Mais la situation était instable.

 

(Cela sera confirmé l’année suivante, avec le gouvernement de Phoui Sananikone, qui allait relancer les hostilités dès mai 1959. « Le 12 mai, le gouvernement fait arrêter les dirigeants Pathet Lao présents à Vientiane, dont Souphanouvong lui-même. Le Pathet Lao reprend alors aussitôt le combat et, à l'été, s'empare des provinces du Nord-est tandis que ses unités militaires se séparent de l'armée régulière et reprennent le maquis. (Cf.** Wikipédia)

 

La situation au Laos ne pouvait laisser Sarit indifférent, lui-même à demi Isan et ayant toujours revendiqué son identité Isan : Sa mère était originaire de la province de Nakhonphanom (de Mukdahan qui n’a pas alors statut de province) et parente proche du général Phoumi Nosavan, lui-même originaire de Savannakhet, sur l’autre rive du Mékong, homme-lige de la CIA et figure de proue de la politique laotienne de lutte contre les communistes du Pathet Lao.

221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).

Bref, le gouvernement rencontrait des difficultés sérieuses aussi bien au niveau économique que politique. Le maréchal Sarit estima que le gouvernement ne contrôlait plus la situation, et crut bon d’effectuer un nouveau coup d’Etat dans la nuit du 20 octobre 1958, au nom de la nécessité de faire face à une grave menace communiste, à l’intérieur et à l’extérieur.  La loi martiale fut proclamée,  la constitution fut abolie, l’Assemblée fut dissoute, les Partis interdits, et les opposants « du front  socialiste » arrêtés, dont le chef Thep Chotimichit. La démocratie n’était plus d’actualité. Une nouvelle dictature s’installait (Cf. Note ***).

221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).

 

NOTES.

 

*11. L’Isan  était lao au XIX ème siècle. 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-11-l-isan-etait-lao-au-xix-eme-siecle-72198847.html

 

203 – TIANG SIRIKHAN, LE GUERRIER DE PHUPAN 

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/10/203-tiang-sirikhan-le-guerrier-de-phupan.html

 

Cf. Le chapitre « Complots et menaces en Isan et aux frontières avec le Laos. » in notre article 218 « LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 24 MARS 1952 À SEPTEMBRE 1955. DE LA DICTATURE À LA LIBÉRALISATION DU RÉGIME. »

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/02/218-le-gouvernement-phibun-du-24-mars-1952-a-septembre-1955-de-la-dictature-a-la-liberalisation-du-regime.html

 

Extrait.

 

Si Phibun, comme nous l’avons vu, dut faire face au Sud, au mouvement autonomiste des quatre provinces « malaises » de Thaïlande, il dut aussi affronter au Nord-Est, en Isan, des velléités d’autonomie, compréhensibles à partir de la nouvelle situation au Laos, la guerre d’indépendance du Vietminh, et des luttes politique de la Chine communiste. (Cf. Fistié, pp. 304-313)

 

Les dirigeants laos du mouvement « indépendantiste » Lao Issarak, créé  pendant la 2ème guerre mondiale, avaient dû se réfugier en Thaïlande après le retour de troupes françaises au printemps 1946, ainsi que les Vietnamiens établis au Laos. Nombre de ceux-ci rejoignirent leurs compatriotes installés dans un village, près de Nakhon Phanom. On les évaluait alors à environ 40.000. Leur sympathie pour le Vietminh constituait une menace pour le gouvernement Phibun.

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Si pendant la période Pridi, le gouvernement Lao Issarak en exil, dirigé par les trois princes Pethsarath, Souvanna Phouma et Souphanawong, pouvaient organiser une guérilla à l’intérieur du Laos, le coup d’Etat de novembre 1947 changera la donne. Surtout qu’à l’automne 1947, une « Ligue de l’Asie du Sud-Est » réunissant les « progressistes » siamois, des exilés laotiens, khmers et vietnamiens, s’était créée à Bangkok, sous la présidence de Tiang Sirikhan (Le fameux chef résistant Free Thai, ministre de Pramot et de Thamrong, et  député de Sakhon Nakhon. Cf. Notre article 203. « Tiang Sirikhan, le guerrier de Phupan ») avec à ses côtés Thong In Phuripat (Député d’Ubon, ancien ministre de Thamrong). 

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Le colonel Luang Kat n’hésita pas à « révéler » que des armes étaient entreposées au domicile de Thong In et que celui-ci voulait établir une république siamoise.

 

En mai 1949, le prince Souphanouwong pro-vietminh était expulsé. La signature d’un traité le 19 juillet 1949 entre la France et le Laos eut pour conséquence la dissolution volontaire du gouvernement Lao Issarak et le retour à Vientiane de la plupart de ses membres avec le prince Souvanna Phouma. Après la victoire des communistes chinois et des contacts directs établis avec le Vietminh, Phibun reconnut les trois gouvernements indochinois patronnés par la France et décida de fermer le bureau du Vietminh à Bangkok.

221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).

Fistié signale que des tendances séparatistes agitèrent alors de nombreux « dissidents » laos-siamois - mais sans donner d’exemple - qui pouvaient mieux capter les radios communistes au Nord-Est que les radios de Bangkok. Toutefois en 1949, un complot autonomiste fut découvert à Ubon et Fong Sitthitam, un collaborateur de Tiang Sirikhan suspecté.

 

** Le Pathet Lao ?

 

« À l'origine indépendantiste et nationaliste, le Pathet Lao s'est progressivement affirmé comme un mouvement communiste durant la guerre froide, via son alliance étroite avec le Việt Minh, puis le Nord Viêt Nam. […] Mais le Pathet Lao utilise, pour ses activités électorales, un autre visage : en janvier 1956 est fondé le Front patriotique lao (Neo Lao Hak Sat ou Neo Lao Hak Xat, NLHS), qui accède en 1957 au statut de parti politique autorisé. Le 2 novembre 1957Phetsarath Rattanavongsa, revenu de son exil thaïlandais, signe les accords avec Souvanna Phouma.

221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).

 

Un gouvernement de coalition, dirigé par Souvanna Phouma, est formé le 19 novembre, avec Souphanouvong et Phoumi Vongvichit parmi ses ministres; des élections partielles sont prévues pour assurer la représentation du Pathet Lao. L'Armée de libération et de défense lao, force armée du Pathet Lao, est progressivement intégrée à l'Armée nationale lao. Lors des élections partielles de 1958, le NLHS remporte les provinces de Sam Neua et Phong Saly : bien qu'étant loin d'avoir la majorité à l'assemblée, la vitrine politique du Pathet Lao a désormais une légitimité électorale, ce qui représente un camouflet pour la droite nationaliste et pour les États-Unis, de plus en plus impliqués dans la politique laotienne.

Un gouvernement de coalition, dirigé par Souvanna Phouma, est formé le 19 novembre, avec Souphanouvong et Phoumi Vongvichit parmi ses ministres; des élections partielles sont prévues pour assurer la représentation du Pathet Lao. L'Armée de libération et de défense lao, force armée du Pathet Lao, est progressivement intégrée à l'Armée nationale lao. Lors des élections partielles de 1958, le NLHS remporte les provinces de Sam Neua et Phong Saly : bien qu'étant loin d'avoir la majorité à l'assemblée, la vitrine politique du Pathet Lao a désormais une légitimité électorale, ce qui représente un camouflet pour la droite nationaliste et pour les États-Unis, de plus en plus impliqués dans la politique laotienne.

 

Reprise des hostilités

 

Le gouvernement de coalition ne résiste pas à la pression de ses adversaires politiques : désavoué par le roi et par l'assemblée, Souvanna Phouma doit démissionner en juin 1958. Phoui Sananikone, qui le remplace, relance les hostilités dès mai 1959. Il prend comme prétexte le refus des deux derniers bataillons de l'Armée de libération et de défense lao d'intégrer l'armée régulière car les autorités refusaient la présence des responsables civils Pathet Lao à la cérémonie : le 12 mai, au lendemain de l'incident, le gouvernement fait arrêter les dirigeants Pathet Lao présents à Vientiane, dont Souphanouvong lui-même. Le Pathet Lao reprend alors aussitôt le combat et, à l'été, s'empare des provinces du Nord-est tandis que ses unités militaires se séparent de l'armée régulière et reprennent le maquis … » (Wikipédia)

 
221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).
Reprise des hostilités

 

Le gouvernement de coalition ne résiste pas à la pression de ses adversaires politiques : désavoué par le roi et par l'assemblée, Souvanna Phouma doit démissionner en juin 1958. Phoui Sananikone, qui le remplace, relance les hostilités dès mai 1959. Il prend comme prétexte le refus des deux derniers bataillons de l'Armée de libération et de défense lao d'intégrer l'armée régulière car les autorités refusaient la présence des responsables civils Pathet Lao à la cérémonie : le 12 mai, au lendemain de l'incident, le gouvernement fait arrêter les dirigeants Pathet Lao présents à Vientiane, dont Souphanouvong lui-même. Le Pathet Lao reprend alors aussitôt le combat et, à l'été, s'empare des provinces du Nord-est tandis que ses unités militaires se séparent de l'armée régulière et reprennent le maquis … » (Wikipédia)

 
221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).

*** Reçut-il sa « récompense » ? Deux mois plus tard, le  22 décembre, John Foster-Dulles (dont le jeune frère Alan est directeur de la C.I.A) annonce que les États-Unis débloquent 22 millions de dollars pour lutter contre le communisme et participer au développement économique de la Thaïlande.

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Nous savons (voir notre article précédent  « De la libéralisation du régime à la chute du gouvernement du Maréchal Phibun ») que le coup d’état du mois de septembre reçut immédiatement l’onction royale. Nous n’avons pas trouvé trace d’une déclaration similaire au mois d’octobre 1958. Il est en tous cas certains que le roi entretiendra toujours de très cordiaux rapports avec son premier ministre. Une photographie très répandue mais malheureusement dont datée (avant ou après le coup d’état ?) en est un signe parmi d’autre. 

221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).

Le retour à la constitution de 1932 qui ne confère pratiquement aucuns pouvoirs au roi ne permet toutefois pas de parler comme il a pu être fait de triumvirat « Roi – Sarit - CIA » mais le gouvernement Sarit qui débute alors sera assurément jusqu’à sa fin celui de la C.I.A

221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).
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17 février 2016 3 17 /02 /février /2016 22:02
220. DE « LA LIBÉRALISATION » DU RÉGIME   A LA CHUTE DU GOUVERNEMENT DU MARÉCHAL PHIBUN (1955 – 16 SEPTEMBRE 1957)

Rappel du contexte.

 

Le 27 juillet 1953, la Corée du Nord et la Chine, alliées dans la guerre de Corée, signent l'armistice de Panmunjeom avec le commandement des Nations unies, allié à la Corée du Sud. L'accord met fin aux combats dans la péninsule coréenne. La Conférence de Genève de juin 1954 doit régler l’état de guerre en Corée et arriver à un traité de paix dans une négociation entre l’Union soviétique, la Chine, les États-Unis et la Grande-Bretagne, mais le débat se porte sur la guerre en Indochine, qui, depuis 1946, opposait principalement la France au Việt Minh dirigé par Ho Chi Minh.

220. DE « LA LIBÉRALISATION » DU RÉGIME   A LA CHUTE DU GOUVERNEMENT DU MARÉCHAL PHIBUN (1955 – 16 SEPTEMBRE 1957)

Le traité est signé le 20 juillet 1954 à Genève, entre la République française et la République démocratique du Viêt Nam, mais Les États-Unis et l'État du Viêt Nam — créé par les Français en 1949 en remettant au pouvoir l'ancien empereur Bảo Đại — ne signèrent pas la déclaration finale.

220. DE « LA LIBÉRALISATION » DU RÉGIME   A LA CHUTE DU GOUVERNEMENT DU MARÉCHAL PHIBUN (1955 – 16 SEPTEMBRE 1957)

Parallèlement à la Conférence de Genève, lors de la conférence de Manille, est créée, sous l’impulsion des Etats-Unis, l’Organisation du Traité de l’Asie du Sud-Est (OTASE), le 8 septembre 1954, signé par la Grande-Bretagne, la France, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Pakistan, les Philippines  et la Thaïlande, qui se donne comme objectif de mener une  politique de containment  face au développement du communisme en Asie du Sud et du Sud-Est.

 

 

220. DE « LA LIBÉRALISATION » DU RÉGIME   A LA CHUTE DU GOUVERNEMENT DU MARÉCHAL PHIBUN (1955 – 16 SEPTEMBRE 1957)

 Le traité fut ratifié par l’Assemblée nationale siamoise le 22 septembre 1954. Et le 23 février 1955, la première conférence des ministres des Affaires étrangères  des pays membres de l’OTASE se tenait à Bangkok, qui était deux jours plus tard, désigné comme le siège des organes permanents de  l’Organisation.

 

Nul doute que ce traité constituait une victoire politique pour Phibun. Il faisait de la Thaïlande, un membre reconnu « du monde libre » et une alliée privilégiée des Etats-Unis dans la lutte anti-communiste. Phibun put d’ailleurs présenter ce nouveau visage « démocratique »  et  « libéral » de la Thaïlande du 14 avril au 22 juin 1955 dans les principales capitales occidentales. Nous avons vu qu’en mai 1955, il fut même reçu par le président Eisenhower qui l’honora de la médaille du mérite pour son opposition résolue au communisme et qu’il eut un grand  succès dans les journaux américains qui saluèrent  « ce remarquable leader  démocratique. (Sic)» (Cf. Par exemple New York Times, 11 mai 1955). De retour au pays, il tentera effectivement une « démocratisation » du régime.

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Une expérience de démocratisation.

 

En suivant, une fois de plus Pierre Fistié, in « L’évolution de la Thaïlande contemporaine ».

 

A la fin du mois de septembre 1955, « La loi sur les partis politiques » est promulguée, en sachant que des élections doivent avoir lieu au début de 1957, selon la Constitution de 1952.

 

Création ou re-création des partis politiques ?

 

Le 29 septembre, le parti gouvernemental, le Parti Manangkasila (พรรคเสรีมนังคศิลา), est constitué et a comme secrétaire général le général Phao, chef de la police (10 février 1954,  vice-ministre de l’intérieur devient vice-ministre des finances jusqu’au 5 août 1955. Le 2 août 1955, le 1er ministre Phibun a pris soin de se nommer ministre de l’intérieur). Dans la mouvance gouvernementale, on retrouvait le parti  Thammathipat (พรรคธรรมาธิปัตย์) dirigé par le secrétaire de Phibun ...

220. DE « LA LIBÉRALISATION » DU RÉGIME   A LA CHUTE DU GOUVERNEMENT DU MARÉCHAL PHIBUN (1955 – 16 SEPTEMBRE 1957)

... et le parti « unioniste » ayant l’appui du maréchal Sarit.   

 

Le 30 septembre, Khuang Aphaiwong reconstitue le Parti Démocrate (พรรคประชาธิปัตย์).

 

 

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Le 1er octobre, création du Parti démocrate libre avec Met Ratanaprasit et Charabut Ruangsunwan, plutôt de gauche, comme le Parti travailliste fondé fin 1955, dont le leader est Prakop Tolakam (Militant du syndicat des travailleurs du rail et en 1952 employé du Thai National Trade Unions Congress (fondé par Phibun)). Un parti opposé aux députés nommés et neutraliste sur le plan extérieur, et donc opposé à l’OTASE.

 

A la fin 1955 également, création du Parti économiste, fondé par Thep Chotinuchit. (Député du Nord-Est en 1937, et  de 1949 à 1951, vice-ministre du commerce du gouvernement Phibun) avec deux autres ex-députés du Nord-Est (Lesquels ?)

220. DE « LA LIBÉRALISATION » DU RÉGIME   A LA CHUTE DU GOUVERNEMENT DU MARÉCHAL PHIBUN (1955 – 16 SEPTEMBRE 1957)

Il a un programme  en faveur du rôle de l’Etat accru pour l’industrialisation, et préconise une politique plus décentralisée et une instauration d’un vrai régime parlementaire ; avec une position neutraliste à l’extérieur. Thep Chotinuchit se fera remarqué par un voyage en chine en février 1956 où il rencontrera des exilés siamois, membres du Parti communiste thaïlandais. Il fut emprisonné au retour avec ses partisans, mais sera relâché. Le Parti économiste pourra participer aux élections.

 

Plus surprenant, en mars 1956, la fondation d’un autre parti de gauche, le Parti socialiste, dirigé par un travailleur Wasit Siphat (A travaillé dans les ateliers du chemin de fer de 1936 à 1951). Il dit avoir pour but la révolution économique et sociale, mais est surtout en faveur du mouvement coopératif. Il fera campagne pour la libération des « communistes » emprisonnés en septembre 1952. (Ils seront amnistiés lors du 2500ème  année de l’ère bouddhiste). On verra encore un autre parti de gauche, le Parti social-démocrate qui sera créé dans le courant de 1956 par Suthep Sachakhun (Sans expérience politique, employé dans une maison d’import-export, fils d’un planteur de caoutchouc de Pattani). Et enfin le dernier des principaux partis, le  Parti Hyde Park.

 

Le Parti Hyde Park ? Que l’on ne peut comprendre que par la volonté de Phibun de libéraliser le pays à son retour des capitales occidentales (14 avril au 22 juin 1955).

 

Lors de son court séjour à Londres, Phibun avait été étonné par les orateurs qui pouvaient exprimer librement leurs opinions à Hyde Park. Il eut l’idée de créer à son retour cette « institution » à Bangkok. Il donna les autorisations nécessaires et chaque semaine, des orateurs pouvaient exprimer via micro et hauts parleurs, leurs opinions depuis une estrade installée sur la place du Phramène, située près du Palais royal. 

220. DE « LA LIBÉRALISATION » DU RÉGIME   A LA CHUTE DU GOUVERNEMENT DU MARÉCHAL PHIBUN (1955 – 16 SEPTEMBRE 1957)
L’endroit devint populaire et la foule pouvait entendre des accusations portées contre le gouvernement, contre Phao et les abus commis par la police, contre la politique extérieure, etc. Le succès fut-elle que  d’autres « Hyde Park » se créèrent dans d’autres villes de province ; ce que n’avait pas prévu Phibun. Aussi le 21 février 1956, le général Phao annonça à la radio « qu’il donnait aux autorités provinciales l’ordre d’interdire les réunions et les manifestations publiques. » (Fistié, p.239).

 

Mais le succès se poursuivait à Bangkok et pouvait prendre la forme de manifestations comme en juin 1956, où des meneurs furent arrêtés, puis relâchés sous la pression de la foule. Avec la menace qui pesait, certains orateurs  furent amenés à créer  le  Parti Hyde Park. Leur programme était flou et l’organisation très limitée.

 

Mais malgré la surveillance policière, les discours des orateurs avaient d’autant plus de succès que certains étaient reproduits dans la presse, qui avait retrouvé sa liberté d’expression. De nombreux abus étaient ainsi dénoncés, « les journalistes les plus audacieux n’hésitaient pas à qualifier les policiers « d’assassins » et de « gangsters. »

 

Phibun, avait aussi retenu l’idée des conférences de presse, lors de son bref passage aux Etats-Unis. Conférences au cours desquelles, les journalistes n’hésitaient pas à se livrer à de violentes critiques, voire à exposer leur point de vue –moyennant finances-  des hommes politiques et des opposants. On trouvait également des nouveaux journalistes issus des nouveaux hebdomadaires fondés par certains orateurs de « Hyde Park ». Bref, on avait là le début d’une libéralisation du régime, qui devait être plus manifeste avec  des élections réellement démocratiques. Le furent-elles ?

220. DE « LA LIBÉRALISATION » DU RÉGIME   A LA CHUTE DU GOUVERNEMENT DU MARÉCHAL PHIBUN (1955 – 16 SEPTEMBRE 1957)

Les élections générales du 26 février 1957.

 

La loi électorale du 4 février 1956 avait porté le nombre de sièges à 283 (dont 123 nommés), et bien sûr autorisé les partis politiques à présenter leurs candidats. Mais une fois de plus, la fraude fut au rendez-vous.  

 

(Il faut se rappeler que le parti gouvernemental, le Parti Manangkasila avait comme secrétaire général le général Phao, le chef de la police et que  le 1er ministre Phibun était alors ministre de l’intérieur également.)

 

Il y eut en effet une manipulation, car aux 2/3 des résultats connus, le Parti des Démocrates suivait de près le Parti gouvernemental Manangkasila, et puis après une interruption des résultats de quelques heures, il fut annoncé que le parti gouvernemental avait obtenu 86 sièges, et le Parti Démocrate  30 sièges, les petits partis de gauche obtenaient 21 sièges  (9 au Parti économiste, 2 au parti « Hyde Park et 11 au Parti démocrate libre). De plus, la majorité gouvernementale était renforcée par les 9 députés du parti  Thammathipat dirigé par le secrétaire de Phibun et du parti « unioniste » pro-maréchal Sarit. Le total des votants était de 5.568.556, soit 57,50 pour cent (contre 41,50 en 1933) ce qui est significatif d’une fraude massive.

220. DE « LA LIBÉRALISATION » DU RÉGIME   A LA CHUTE DU GOUVERNEMENT DU MARÉCHAL PHIBUN (1955 – 16 SEPTEMBRE 1957)

Pour Seni Pramot qui lança un vain appel à l’annulation, ce fut « the diertiest election ever  » (« la plus sale élection jamais vue »).

 

220. DE « LA LIBÉRALISATION » DU RÉGIME   A LA CHUTE DU GOUVERNEMENT DU MARÉCHAL PHIBUN (1955 – 16 SEPTEMBRE 1957)

La fraude était trop  évidente et il y eut des protestations générales dans la presse et chez les étudiants, et même chez certains partisans de Sarit, qui d’ailleurs déclencheront une campagne contre Phao de mars à juillet 1957. De fait, le grand vainqueur était le général Phao, le patron du Parti gouvernemental Manangkasila, qui par cette victoire déséquilibrait le rapport de force entre la police et l’armée et les cliques au pouvoir.

220. DE « LA LIBÉRALISATION » DU RÉGIME   A LA CHUTE DU GOUVERNEMENT DU MARÉCHAL PHIBUN (1955 – 16 SEPTEMBRE 1957)

Une nouvelle crise commençait.

 

Le 2 mars 1957, Phibun proclamait la loi martiale et chargeait le maréchal Sarit, chef de l’armée de la mettre en œuvre, mettant ainsi la police (Donc Phao) sous sa subordination. On peut imaginer des tractations, car 10 jours plus tard, la loi martiale était levée et le 21 un nouveau gouvernement était approuvé par le roi avec sa signature et annoncé officiellement le 31 mars 1957.

 

Il établissait un savant équilibre entre l’armée, la police, la marine et l’aviation. C’était le 26ème gouvernement de la monarchie constitutionnelle. Il était composé de 22 militaires et de 4 civils (21 mars 1957-16 septembre 1957)La période de « libéralisation » avait été de courte durée.

 

On pouvait remarquer que le général Phao était promu à l’intérieur, que son beau-père, le maréchal Phin recevait le ministère de l’agriculture (Vous vous souvenez, responsable avec le colonel Luang Kat Songkram du coup d’Etat du 8 novembre 1947) ; que le maréchal Sarit devenait ministre de la Défense, que ses « amis »  le général Thanom était son adjoint (On le retrouvera accomplissant un coup d’Etat et devenir 1er ministre le 1/01//1958), et le général Phaphat le vice-ministre de l’Intérieur (Bien placé pour « surveiller Phao). Les chefs d’état-major de la marine et de l’aviation, l’amiral Luang Yudhasastr Kosol (Prayoon Sastraruchi)  et le général Fuen Ronapakas Riddhagni étaient nommés pour le prestige, vice-premiers ministres.

220. DE « LA LIBÉRALISATION » DU RÉGIME   A LA CHUTE DU GOUVERNEMENT DU MARÉCHAL PHIBUN (1955 – 16 SEPTEMBRE 1957)

On pouvait croire alors que la crise était passée, surtout que le 1er avril 1957, l’Assemblée à une large majorité de 144 voix contre 6 votait la confiance au gouvernement.

 

Mais les hostilités entre les différentes factions vont vite se manifester, avec le duel au sommet entre le maréchal Sarit et le général Phao, entre l’armée et la police.

 

Le 21 août, le maréchal Sarit donnait sa démission, ainsi que ses deux fidèles lieutenants, le général Thanom et le général Phaphat, suivis le 22 du « colonel » Worakan Charusathien et des deux représentants de l’aviation qui ne voulaient pas  se désolidariser de l’armée de terre.

 

Le 11 septembre, les 62 députés non élues et contrôlés par l’armée, donnaient leur démission du parti gouvernemental. Le Parti unioniste faisait cause commune avec le camp Sarit.

 

Le 12 septembre, le général Phao renonçait et donnait sa démission du gouvernement, ainsi que le maréchal Phin et le ministre de l’Industrie, le major-général Phraman Adireksan.

 

Le 13 septembre, les 62 députés lançaient un ultimatum et réclamaient la démission de Phibun et de Phao de son poste de directeur de la police.

 

Dans la nuit du 16 au 17 septembre, Phibun apprenait par la radio de sa voiture (Il se rendait pour le week-end à Bangsaen) que le maréchal Sarit s’était emparé du gouvernement. Le décret royal proclamait : « Le maréchal Sarit Thanarat est nommé commandant suprême de toutes les forces armées parce que le maréchal Phibun Songkhran est hors d’état de diriger le peuple et de gouverner le pays. » (Fistié, p.244)

 

La position royale, signée « Phumiphon Adunyadet, Rex » est sans équivoque : « Compte tenu du fait que le gouvernement du maréchal P. Phibunsongkhram a été incapable de gouverner avec la confiance du peuple et  qu'il a été incapable de maintenir la paix et l'ordre, le Groupe militaire dirigé par le maréchal Sarit Thanarat a pris le pouvoir. Celui-ci a assumé les fonctions d’administrateur militaire spécial pour Bangkok. Nous demandons à la population de rester pacifiques et à tous les fonctionnaires du gouvernement de suivre désormais les instructions du maréchal Sarit Thanarat ».

220. DE « LA LIBÉRALISATION » DU RÉGIME   A LA CHUTE DU GOUVERNEMENT DU MARÉCHAL PHIBUN (1955 – 16 SEPTEMBRE 1957)

Un nouveau coup d ‘Etat venait d’avoir lieu. Phibun préféra fuir  au Cambodge et rejoindre le Japon. Le général Phao partit en Suisse où il avait investi une partie de sa fortune et où il mourut quelques années plus tard.

220. DE « LA LIBÉRALISATION » DU RÉGIME   A LA CHUTE DU GOUVERNEMENT DU MARÉCHAL PHIBUN (1955 – 16 SEPTEMBRE 1957)

C’était la fin du régime du maréchal Phibun qui avait régné 9 ans et 5 mois du 08/04/1948 au 16/09/1957.

 

Un commentaire.

 

Chris Baker et Pasuk Phongpaichit, in « A history of Thailand” (Ed. Cambridge), pp.145-147, permet de faire un commentaire intéressant  sur la lutte militaro-politico--financière entre les trois acteurs majeurs de cette période, à savoir Phibun, Phao et Sarit.

 

Dès le début de 1951, l’aide américaine (militaire et économique) apportée à la Thaïlande,  devenue son alliée dans  sa politique anticommuniste, va de fait créer une sérieuse rivalité entre l’armée et la police, et donc entre le général Phao, le chef de la police et le futur maréchal Sarit, chef de l’armée en 1954.

 

En 1953 par exemple, il faut savoir que l’aide militaire américaine était équivalente à deux fois et demie du budget accordé aux militaires thaïs, et alimentait donc la rivalité entre l’armée et la police.

 

Sarit en profita pour augmenter son pouvoir au sein de l’armée, en rassemblant toute l’armée à Bangkok, sous le contrôle de son ancienne unité, la 1ère division de la 1ère armée, avec ses anciens « subordonnés ». Simultanément, la CIA commença à armer la police pour soutenir la contre-insurrection communiste au Nord de la Thaïlande et au Sud de la Chine, en lui fournissant tanks, camions blindés, avions, hélicoptères, hors-bords, et entrainement des troupes réalisé par 200 conseillers de la CIA, qui eut pour résultat  d’en faire une force égale à l’armée. La police avait alors 48 000 hommes tandis que l’armée en avait 45 000 (date ?). On put voir en 1954, Phao et Sarit  aller aux Etats-Unis pour revenir avec 37 millions de $ (Phao) et 25 millions de $ (Sarit), une belle somme pour alimenter leur rivalité qui était aussi économique. Il s’agissait de prendre la place des monopoles et business lucratifs mis en place par le groupe de Pridi et de ne pas laisser à l’adversaire le contrôle du commerce de l’opium. Phibun  arrivait à se maintenir au pouvoir dans un rôle de médiateur  avec le soutien des Etats-Unis qui avait d’ailleurs refusé à Phao en 1955, de le soutenir dans son projet de coup d’Etat.

 

Il faut voir aussi son projet de libéralisation du régime comme un moyen de contenir leurs appétits financiers et militaires. (« Dès la fin de la guerre, les élites militaires ont été amenés à participer aux conseils d’administration des grands groupes chinois lorsqu’elles n’en ont pas assumé une partie de la direction exécutive. Entre 1948 et 1957, les officiers d’état-major ont contribué à la « bonne marche »  d’au moins quarante et un firmes majeures et ont bénéficié de participations dans plus de cent entreprises. Grâce à leur parrainage quatre consortiums ont notamment pu émerger en centrant leur activité sur le secteur de la banque et des assurances : Asia Trust (Bangkok Bank), Thai Hua ( (Keng Hua), Ayuttaya et Mahaguna. » Dovert, p. 246 in Thaïlande contemporaine)

 

 Certes. Mais il permit aussi la création des partis, abolit la censure, certaines restrictions envers la communauté chinoise, promit de relâcher les prisonniers politiques, et de réaliser des élections pour 1957. Il lança également une campagne pour supprimer l’opium et demanda à ses ministres de se retirer des affaires. Mais on peut penser que son désir de retrouver plus d’indépendance envers les Etats-Unis en tâchant de se rapprocher de la Chine sera l’une des causes de sa chute. (Il envoya une mission secrète rencontrer Mao et laissa plusieurs leaders de gauche chinois aller à Pékin.) En effet, si initialement les USA  encouragèrent la démocratisation du régime, il n’est pas sûr qu’ils virent d’un bon œil la presse dénoncer le rôle trop important des USA en Thaïlande et le désir de se rapprocher de la Chine, et  la création de partis de gauche en 1956. Phibun  se retrouvait, peut-être malgré lui, dans une position que Phao et Sarit n’hésitèrent pas à exploiter  dans la période électorale pour dénoncer les prises de position antiaméricaines et pro-chinoises.

 

Après les élections du 26 février 1957, Sarit prit l’initiative et sut provoquer une crise politique profonde et une crise ministérielle, en démissionnant le 21 août, avec le général Thanom et le général Phaphat, et puis ensuite le« colonel » Worakan Charusathien et les deux représentants de l’aviation, et puis le 11 septembre, encouragea les 62 députés non élus à donner leur démission du parti gouvernemental, avec ceux du Parti unioniste pro-Sarit. Le 12 septembre, le général Phao reconnaissait sa défaite et donnait sa démission du gouvernement, ainsi que le maréchal Phin et le ministre de l’Industrie, le major-général Phraman Adireksan. Le 13 septembre, les 62 députés poursuivaient leur campagne et réclamaient la démission de Phibun et de Phao de son poste de directeur de la police. Le 16 septembre 1957, Sarit organisait un coup d’Etat. Cela en était fini de Phibun et de Phao qui durent s’enfuir. Une nouvelle période de l’histoire de la Thaïlande commençait.

L’endroit devint populaire et la foule pouvait entendre des accusations portées contre le gouvernement, contre Phao et les abus commis par la police, contre la politique extérieure, etc. Le succès fut-elle que  d’autres « Hyde Park » se créèrent dans d’autres villes de province ; ce que n’avait pas prévu Phibun. Aussi le 21 février 1956, le général Phao annonça à la radio « qu’il donnait aux autorités provinciales l’ordre d’interdire les réunions et les manifestations publiques. » (Fistié, p.239).

 

Mais le succès se poursuivait à Bangkok et pouvait prendre la forme de manifestations comme en juin 1956, où des meneurs furent arrêtés, puis relâchés sous la pression de la foule. Avec la menace qui pesait, certains orateurs  furent amenés à créer  le  Parti Hyde Park. Leur programme était flou et l’organisation très limitée.

 

Mais malgré la surveillance policière, les discours des orateurs avaient d’autant plus de succès que certains étaient reproduits dans la presse, qui avait retrouvé sa liberté d’expression. De nombreux abus étaient ainsi dénoncés, « les journalistes les plus audacieux n’hésitaient pas à qualifier les policiers « d’assassins » et de « gangsters. »

 

Phibun, avait aussi retenu l’idée des conférences de presse, lors de son bref passage aux Etats-Unis. Conférences au cours desquelles, les journalistes n’hésitaient pas à se livrer à de violentes critiques, voire à exposer leur point de vue –moyennant finances-  des hommes politiques et des opposants. On trouvait également des nouveaux journalistes issus des nouveaux hebdomadaires fondés par certains orateurs de « Hyde Park ». Bref, on avait là le début d’une libéralisation du régime, qui devait être plus manifeste avec  des élections réellement démocratiques. Le furent-elles ?

 

Les élections générales du 26 février 1957.

 

La loi électorale du 4 février 1956 avait porté le nombre de sièges à 283 (dont 123 nommés), et bien sûr autorisé les partis politiques à présenter leurs candidats. Mais une fois de plus, la fraude fut au rendez-vous.  

 

(Il faut se rappeler que le parti gouvernemental, le Parti Manangkasila avait comme secrétaire général le général Phao, le chef de la police et que  le 1er ministre Phibun était alors ministre de l’intérieur également.)

 

Il y eut en effet une manipulation, car aux 2/3 des résultats connus, le Parti des Démocrates suivait de près le Parti gouvernemental Manangkasila, et puis après une interruption des résultats de quelques heures, il fut annoncé que le parti gouvernemental avait obtenu 86 sièges, et le Parti Démocrate  30 sièges, les petits partis de gauche obtenaient 21 sièges  (9 au Parti économiste, 2 au parti « Hyde Park et 11 au Parti démocrate libre). De plus, la majorité gouvernementale était renforcée par les 9 députés du parti  Thammathipat dirigé par le secrétaire de Phibun et du parti « unioniste » pro-maréchal Sarit. Le total des votants était de 5.568.556, soit 57,50 pour cent (contre 41,50 en 1933) ce qui est significatif d’une fraude massive. Pour Seni Pramot qui lança un vain appel à l’annulation, ce fut « the diertiest election ever  » (« la plus sale élection jamais vue »).

 

La fraude était trop  évidente et il y eut des protestations générales dans la presse et chez les étudiants, et même chez certains partisans de Sarit, qui d’ailleurs déclencheront une campagne contre Phao de mars à juillet 1957. De fait, le grand vainqueur était le général Phao, le patron du Parti gouvernemental Manangkasila, qui par cette victoire déséquilibrait le rapport de force entre la police et l’armée et les cliques au pouvoir.

 

Une nouvelle crise commençait.

 

Le 2 mars 1957, Phibun proclamait la loi martiale et chargeait le maréchal Sarit, chef de l’armée de la mettre en œuvre, mettant ainsi la police (Donc Phao) sous sa subordination. On peut imaginer des tractations, car 10 jours plus tard, la loi martiale était levée et le 21 un nouveau gouvernement était approuvé par le roi avec sa signature et annoncé officiellement le 31 mars 1957.

 

Il établissait un savant équilibre entre l’armée, la police, la marine et l’aviation. C’était le 26ème gouvernement de la monarchie constitutionnelle. Il était composé de 22 militaires et de 4 civils (21 mars 1957-16 septembre 1957)La période de « libéralisation » avait été de courte durée.

 

On pouvait remarquer que le général Phao était promu à l’intérieur, que son beau-père, le maréchal Phin recevait le ministère de l’agriculture (Vous vous souvenez, responsable avec le colonel Luang Kat Songkram du coup d’Etat du 8 novembre 1947) ; que le maréchal Sarit devenait ministre de la Défense, que ses « amis »  le général Thanom était son adjoint (On le retrouvera accomplissant un coup d’Etat et devenir 1er ministre le 1/01//1958), et le général Phaphat le vice-ministre de l’Intérieur (Bien placé pour « surveiller Phao). Les chefs d’état-major de la marine et de l’aviation, l’amiral Luang Yudhasastr Kosol (Prayoon Sastraruchi)  et le général Fuen Ronapakas Riddhagni étaient nommés pour le prestige, vice-premiers ministres. On pouvait croire alors que la crise était passée, surtout que le 1er avril 1957, l’Assemblée à une large majorité de 144 voix contre 6 votait la confiance au gouvernement.

 

Mais les hostilités entre les différentes factions vont vite se manifester, avec le duel au sommet entre le maréchal Sarit et le général Phao, entre l’armée et la police.

 

Le 21 août, le maréchal Sarit donnait sa démission, ainsi que ses deux fidèles lieutenants, le général Thanom et le général Phaphat, suivis le 22 du « colonel » Worakan Charusathien et des deux représentants de l’aviation qui ne voulaient pas  se désolidariser de l’armée de terre.

 

Le 11 septembre, les 62 députés non élues et contrôlés par l’armée, donnaient leur démission du parti gouvernemental. Le Parti unioniste faisait cause commune avec le camp Sarit.

 

Le 12 septembre, le général Phao renonçait et donnait sa démission du gouvernement, ainsi que le maréchal Phin et le ministre de l’Industrie, le major-général Phraman Adireksan.

 

Le 13 septembre, les 62 députés lançaient un ultimatum et réclamaient la démission de Phibun et de Phao de son poste de directeur de la police.

 

Dans la nuit du 16 au 17 septembre, Phibun apprenait par la radio de sa voiture (Il se rendait pour le week-end à Bangsaen) que le maréchal Sarit s’était emparé du gouvernement. Le décret royal proclamait : « Le maréchal Sarit Thanarat est nommé commandant suprême de toutes les forces armées parce que le maréchal Phibun Songkhran est hors d’état de diriger le peuple et de gouverner le pays. » (Fistié, p.244)

 

La position royale, signée « Phumiphon Adunyadet, Rex » est sans équivoque : « Compte tenu du fait que le gouvernement du maréchal P. Phibunsongkhram a été incapable de gouverner avec la confiance du peuple et  qu'il a été incapable de maintenir la paix et l'ordre, le Groupe militaire dirigé par le maréchal Sarit Thanarat a pris le pouvoir. Celui-ci a assumé les fonctions d’administrateur militaire spécial pour Bangkok. Nous demandons à la population de rester pacifiques et à tous les fonctionnaires du gouvernement de suivre désormais les instructions du maréchal Sarit Thanarat ».

 

Un nouveau coup d ‘Etat venait d’avoir lieu. Phibun préféra fuir  au Cambodge et rejoindre le Japon. Le général Phao partit en Suisse où il avait investi une partie de sa fortune et où il mourut quelques années plus tard.

 

C’était la fin du régime du maréchal Phibun qui avait régné 9 ans et 5 mois du 08/04/1948 au 16/09/1957.

 

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Un commentaire.

 

Chris Baker et Pasuk Phongpaichit, in « A history of Thailand” (Ed. Cambridge), pp.145-147, permet de faire un commentaire intéressant  sur la lutte militaro-politico--financière entre les trois acteurs majeurs de cette période, à savoir Phibun, Phao et Sarit.

 

Dès le début de 1951, l’aide américaine (militaire et économique) apportée à la Thaïlande,  devenue son alliée dans  sa politique anticommuniste, va de fait créer une sérieuse rivalité entre l’armée et la police, et donc entre le général Phao, le chef de la police et le futur maréchal Sarit, chef de l’armée en 1954.

 

En 1953 par exemple, il faut savoir que l’aide militaire américaine était équivalente à deux fois et demie du budget accordé aux militaires thaïs, et alimentait donc la rivalité entre l’armée et la police.

 

Sarit en profita pour augmenter son pouvoir au sein de l’armée, en rassemblant toute l’armée à Bangkok, sous le contrôle de son ancienne unité, la 1ère division de la 1ère armée, avec ses anciens « subordonnés ». Simultanément, la CIA commença à armer la police pour soutenir la contre-insurrection communiste au Nord de la Thaïlande et au Sud de la Chine, en lui fournissant tanks, camions blindés, avions, hélicoptères, hors-bords, et entrainement des troupes réalisé par 200 conseillers de la CIA, qui eut pour résultat  d’en faire une force égale à l’armée. La police avait alors 48 000 hommes tandis que l’armée en avait 45 000 (date ?). On put voir en 1954, Phao et Sarit  aller aux Etats-Unis pour revenir avec 37 millions de $ (Phao) et 25 millions de $ (Sarit), une belle somme pour alimenter leur rivalité qui était aussi économique. Il s’agissait de prendre la place des monopoles et business lucratifs mis en place par le groupe de Pridi et de ne pas laisser à l’adversaire le contrôle du commerce de l’opium. Phibun  arrivait à se maintenir au pouvoir dans un rôle de médiateur  avec le soutien des Etats-Unis qui avait d’ailleurs refusé à Phao en 1955, de le soutenir dans son projet de coup d’Etat.

 

Il faut voir aussi son projet de libéralisation du régime comme un moyen de contenir leurs appétits financiers et militaires. (« Dès la fin de la guerre, les élites militaires ont été amenés à participer aux conseils d’administration des grands groupes chinois lorsqu’elles n’en ont pas assumé une partie de la direction exécutive. Entre 1948 et 1957, les officiers d’état-major ont contribué à la « bonne marche »  d’au moins quarante et un firmes majeures et ont bénéficié de participations dans plus de cent entreprises. Grâce à leur parrainage quatre consortiums ont notamment pu émerger en centrant leur activité sur le secteur de la banque et des assurances : Asia Trust (Bangkok Bank), Thai Hua ( (Keng Hua), Ayuttaya et Mahaguna. » Dovert, p. 246 in Thaïlande contemporaine)

 

 Certes. Mais il permit aussi la création des partis, abolit la censure, certaines restrictions envers la communauté chinoise, promit de relâcher les prisonniers politiques, et de réaliser des élections pour 1957. Il lança également une campagne pour supprimer l’opium et demanda à ses ministres de se retirer des affaires. Mais on peut penser que son désir de retrouver plus d’indépendance envers les Etats-Unis en tâchant de se rapprocher de la Chine sera l’une des causes de sa chute. (Il envoya une mission secrète rencontrer Mao et laissa plusieurs leaders de gauche chinois aller à Pékin.) En effet, si initialement les USA  encouragèrent la démocratisation du régime, il n’est pas sûr qu’ils virent d’un bon œil la presse dénoncer le rôle trop important des USA en Thaïlande et le désir de se rapprocher de la Chine, et  la création de partis de gauche en 1956. Phibun  se retrouvait, peut-être malgré lui, dans une position que Phao et Sarit n’hésitèrent pas à exploiter  dans la période électorale pour dénoncer les prises de position antiaméricaines et pro-chinoises.

 

Après les élections du 26 février 1957, Sarit prit l’initiative et sut provoquer une crise politique profonde et une crise ministérielle, en démissionnant le 21 août, avec le général Thanom et le général Phaphat, et puis ensuite le« colonel » Worakan Charusathien et les deux représentants de l’aviation, et puis le 11 septembre, encouragea les 62 députés non élus à donner leur démission du parti gouvernemental, avec ceux du Parti unioniste pro-Sarit. Le 12 septembre, le général Phao reconnaissait sa défaite et donnait sa démission du gouvernement, ainsi que le maréchal Phin et le ministre de l’Industrie, le major-général Phraman Adireksan. Le 13 septembre, les 62 députés poursuivaient leur campagne et réclamaient la démission de Phibun et de Phao de son poste de directeur de la police. Le 16 septembre 1957, Sarit organisait un coup d’Etat. Cela en était fini de Phibun et de Phao qui durent s’enfuir. Une nouvelle période de l’histoire de la Thaïlande commençait.

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3 février 2016 3 03 /02 /février /2016 22:02
218.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 24 MARS 1952 À SEPTEMBRE 1955. DE LA DICTATURE À LA LIBÉRALISATION DU RÉGIME.

Nous avions vu que le maréchal Phibun avait bénéficié du second coup d’Etat du 8 avril 1948 dirigé par le général Phin Chunhawan et le colonel Luang Kat Songkram, pour devenir le premier ministre du 23ème et du 24ème gouvernement, du 8 avril 1948 au 24 mars 1952 et instaurer un nouveau régime dictatorial avec le général Phao, le chef de la police, et le général Sarit, le chef de fait des armées. 

218.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 24 MARS 1952 À SEPTEMBRE 1955. DE LA DICTATURE À LA LIBÉRALISATION DU RÉGIME.

Pour ce faire, ils avaient du mater trois coups d’Etat  (Celui du 1er octobre 1948 par des pro-Pridi ; celui du 26 février 1949, mené par Pridi ; celui du 31 mars 1951 entrepris par la marine), ce qui leur avaient permis d’éliminer politiquement Pridi, les Free Thais, et la marine. Un autre coup d’Etat ensuite du 29 novembre 1951, « interne » cette fois-ci mené par Sarit et Phao avec  un « comité exécutif » de neufs généraux, avait permis à l’armée et à la police de mieux contrôler le gouvernement, de dissoudre le Parlement, d’abolir la Constitution de 1949 et de mettre à l’écart le roi, de retour à Bangkok, le 2 décembre 1951.

 

218.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 24 MARS 1952 À SEPTEMBRE 1955. DE LA DICTATURE À LA LIBÉRALISATION DU RÉGIME.

Ensuite, les élections truquées du 26 février 1952 forçaient  leur principal  parti d’opposition, les Démocrates, à ne pas participer aux élections, et se mettre ainsi hors-jeu du champ politique. La nouvelle constitution du 8 mars 1952 couronnera le tout en « constitutionalisant » la dictature.

 

Désormais, la politique gouvernementale, disions-nous, après avoir éliminé toute opposition pouvait s’employer pleinement à mener une politique antichinoise et anticommuniste, qui ne pouvait se comprendre que dans le contexte de la guerre froide, qui allait – entre autre - modifier la géopolitique de l’Asie du Sud et du Sud-Est.

 

La guerre froide ?

218.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 24 MARS 1952 À SEPTEMBRE 1955. DE LA DICTATURE À LA LIBÉRALISATION DU RÉGIME.

Nous avions déjà en notre article 15. Notre Isan : les bases US en Isan, les Américains en Isan  indiqué que « la guerre froide » était le concept essentiel  pour comprendre la politique thaïlandaise de cette période. (Cf.Note*)

 

La  guerre froide est la période de tensions et de confrontations idéologiques et politiques entre les deux super puissances, les États-Unis et l’URSS et leurs alliés entre 1947 et 1991, année de l'implosion de l'URSS et de la dissolution du pacte de Varsovie.

218.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 24 MARS 1952 À SEPTEMBRE 1955. DE LA DICTATURE À LA LIBÉRALISATION DU RÉGIME.
 

Ainsi la guerre froide s’ « exprimera»  dans de nombreux conflits, comme la crise irano-soviétique, la première crise de Berlin (1948-1949), la guerre de Corée (1950 -1953), dans le cadre de la « Coexistence pacifique » avec les  nouvelles crises (1953 - 1962) comme l’insurrection de Budapest (1956), la  crise de Suez (1956), la deuxième crise de Berlin (1961), le conflit Indonésie/Pays-Bas (1962), la crise des missiles cubains (1962) et…. la guerre du Vietnam. 

 

 

218.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 24 MARS 1952 À SEPTEMBRE 1955. DE LA DICTATURE À LA LIBÉRALISATION DU RÉGIME.

Il faut savoir que  « l'appui militaire et économique des Etats-Unis, de par son ampleur, a constitué l'équivalent d'un plan Marshall pour l'Asie. La croissance dans les années 1950-70 a été soutenue par l'aide extérieure américaine qui crevait tous les plafonds imaginables » (elle n'est dépassée, en terme relatifs, que par l'aide reçue par Israël, pour des raisons stratégiques analogues). De 1945 à 1978, la Corée du Sud a reçu quelques 13 milliards de dollars, soit 600 par tête, et Taiwan 5,6 milliards, soit 425 par tête. Entre 1953 et 1960, l'aide étrangère contribue pour environ 90 % à la formation du capital fixe de la Corée du Sud. L'aide fournie par les Etats-Unis atteignait 14 % du PNB. en 1957. A Taiwan entre 1951 et 1965, l'aide « civile » américaine s'élevait à 6 % du PNB, et l'aide militaire à 10 % ».

 

Et la Thaïlande ?

 

Pierre Fistié, une fois de plus avec « L’évolution de la Thaïlande contemporaine » sera notre principale source.

218.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 24 MARS 1952 À SEPTEMBRE 1955. DE LA DICTATURE À LA LIBÉRALISATION DU RÉGIME.

Dès sa prise de pouvoir en avril 1948, le gouvernement Phibun ne pouvait qu’être inquiet par les bouleversements qui étaient en train de se produire en Chine, en Indochine et en Malaisie, causés par les mouvements de décolonisation et l’action des partis communistes soutenus par l’URSS.

 

Le premier rapprochement se fera avec la Grande-Bretagne.

 

Le mouvement d’indépendance malais était né en 1946 et avait eu des répercussions dans les provinces « malaises » au sud de la Thaïlande. Après le coup d’Etat de novembre 1947 à Bangkok, la situation s’était détériorée, surtout quand on constata que le conseiller (malais) auprès des affaires islamiques, s’était enfui à Singapour, et que le leader malais Haji Sulong demanda au nouveau gouvernement qu’une large autonomie fut accordée aux quatre provinces (malaises) du Sud. Il fut arrêté en janvier 1948 avec plusieurs de ses partisans. La situation s’aggrava et le 26 avril, une manifestation fut réprimée et fit de nombreux morts. De même en mai, une révolte fut également réprimée dans  la province de Narathivat et provoqua la fuite de 2.000 personnes en Malaisie. Le fait que « La presse malaise réclamait le rattachement des quatre provinces à la « Fédération de Malaisie » instaurée en février 1948 sous l’administration britannique » ne pouvait pas rassurer le gouvernement Phibun, surtout qu’en juin 1948, une insurrection communiste chinoise se manifesta avec des « guérilléros » qui prirent refuge en territoire siamois.

218.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 24 MARS 1952 À SEPTEMBRE 1955. DE LA DICTATURE À LA LIBÉRALISATION DU RÉGIME.

Il était opportun pour Phibun d’obtenir de la Grande Bretagne sa  neutralité dans le conflit contre les autonomistes (malais) de Thaïlande, et pour celle-ci d’obtenir l’appui thaïlandais contre les communistes chinois. Au milieu de novembre 1948, une conférence fut organisée à Singapour, sous la présidence de M. Malcolm Mac Donald, avec tous les responsables politiques et militaires de la région, pour examiner la situation qui s’était aggravée avec les victoires successives remportées en Chine par Mao Tsé-toung. M. Malcolm Mac Donald se rendit ensuite en décembre à Bangkok pour établir une coopération qui aboutissait à un accord en février 1949, qui devait permettre de mieux contrôler la frontière et qui accordait à la Thaïlande du matériel militaire pour équiper huit bataillons et des facilités d’entrainement à la lutte antiguérilla.

 

La coopération avec les Etats-Unis ?

 

Elle se fit un an plus tard, après la tournée de M. Philip Jessup en Extrême-Orient en décembre 1949 qui se termina à Bangkok en février 1950 par une Conférence où étaient réunis tous les chefs de mission américains d’Asie du Sud-Est. Phibun reconnut alors le gouvernement Bao Daï comme gouvernement légal du Vietnam et prit des mesures pour expulser le bureau du Vietminh installé alors à Bangkok.

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Mais l’adhésion de la Thaïlande au camp occidental fut plus évidente après le déclenchement de la guerre de Corée à la fin de juin 1950, lorsque Phibun déclara que la Thaïlande soutiendrait activement l’action des Nations-Unis et allait envoyer un petit corps expéditionnaire en Corée.  (Ce fut fait fin  septembre) Elle enverra environ 6.500 soldats avec des navires  de transport et des avions (In Gordon L. Rottman, Korean War Order of Battle. United States, United Nations, and Communist Ground, Naval and Air Forces, 1950–1953 (Westport: Prager Publishers, 2002), 120–21.)

 

La guerre de Corée ?

218.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 24 MARS 1952 À SEPTEMBRE 1955. DE LA DICTATURE À LA LIBÉRALISATION DU RÉGIME.

«  Dans la nuit du 24 au 25 juin 1950, à 4 heures du matin, 600.000 soldats nord-coréens franchissent la ligne de démarcation du 38e parallèle qui sépare leur État, sous gouvernement communiste, de la Corée du Sud, sous régime pro-occidental. C'est le début de la guerre de Corée […] La guerre de Corée a opposé, du 25 juin 1950 au 27 juillet 1953, la République de Corée (Corée du Sud), soutenue par les Nations unies, à la République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord), soutenue par la République populaire de Chine et l'Union soviétique. Elle résulte de la division de la Corée  à la suite d'un accord entre les Alliés victorieux de la guerre du Pacifique à la fin de la Seconde Guerre mondiale. La péninsule coréenne était occupée par l'empire du Japon depuis 1910. Après la reddition du Japon en septembre 1945, États-Unis et Union soviétique se partagèrent l'occupation de la péninsule le long du 38e parallèle, avec au sud des forces américaines d'occupation et au nord des forces soviétiques ; […]

 

Au total, l'armée sud-coréenne a perdu 147.000 soldats, celle du Nord au moins 520.000. Les forces de l'ONU comptabilisent 55.000 morts, essentiellement des Américains. Les pertes chinoises sont estimées à 200.000 tués. 315 militaires soviétiques sont morts dans ce conflit. Mais les pertes civiles sont plus considérables encore : entre 4 et 5 millions de morts sur les 30 millions d'habitants de la péninsule. » (Wikipédia)

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L’aide américaine suivi, après la signature à Bangkok, le 17 octobre 1950, du « Military Assistance agreement », avec 10 jours plus tard, l’accord de trois prêts de la Banque mondiale (Contrôlé et financé majoritairement par les Etats-Unis) d’un montant de 25,4 millions de dollars pour des travaux portuaires, la modernisation des chemins de fer et des projets d’irrigation. En janvier 1951, les premières livraisons d’armes et de matériel miliaire arrivaient.

 

Mais l’accord du 17 octobre 1950 n’était pas un traité d’alliance, et il faudra attendre la fin de la guerre d’Indochine, pour que le 8 septembre 1954, la Thaïlande devienne un allié officiel des Etats-Unis avec son adhésion à l’Organisation du traité de l’Asie du Sud-Est (OTASE, SEATO dans son sigle anglais) signé avec la France, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Pakistan, le Philippines.

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Mais si la guerre froide et les nouvelles alliances avec la Grande Bretagne et les Etats-Unis  avaient joué un rôle dans la lutte anticommuniste du gouvernement Phibun, celle-ci avait malgré tout, des spécificités bien thaïlandaises.

 

La lutte antichinoise et anticommuniste dès 1948 en Thaïlande. (Cf. Nos articles sur les Chinois de Thaïlande. Note **)

 

A la fin de 1948, la victoire du Parti communiste en Chine était plus que probable, et pouvait inciter le gouvernement Phibun à voir une nouvelle menace dans les Chinois de Thaïlande, surtout comme nous l’avons vu dans plusieurs articles, que déjà Rama VI (1910-1925), un ardent nationaliste, avait mené une politique antichinoise virulente et  lancé une campagne sur le modèle antisémite européen, pour faire face à une forte immigration (cette population avait augmenté d’un demi-million pour atteindre 1,5  million). (Cf. Nos articles A162, A163, A45, A67)  

 

Phibun d’ailleurs, dès 1938, avait  repris cette politique, en installant un régime autoritaire caractérisé par un nationalisme ouvertement discriminatoire pour les Chinois.  (Et les autres peuples vivant en Thaïlande (doctrine pan-thaïe incarnée par l’idéologue Luang Vichiter Vadhakarn). Cette politique discriminatoire réduira leur place dans la vie publique. Ainsi par exemple, les prix des permis de séjour avaient été augmentés de 600 % en cinq ans ; des conditions plus contraignantes avaient été mises en place  pour l’accès à la nationalité et à la terre ; La quasi-totalité des journaux et des écoles chinoises (230 en 1937-38 et plus que 2 en 1944) avaient été fermées ; et on leur avait interdit d’exercer 27 activités (transformation du riz, la pêche, la marine marchande, la boucherie, le commerce de détail, etc). (Dovert, Cf. in A163.)

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En 1948, il s’agissait toujours de contrôler et de réduire l’immigration chinoise, surtout qu’on pouvait craindre une « infiltration communiste » (Une 5ème colonne ?). Dès son retour au pouvoir, Phibun réduisit de 10.000 à 7.000 le quota annuel ; et en octobre 1948, à 200 (même niveau que pour les autres étrangers). En octobre 1950, une ordonnance appliquée le 1er juillet 1951, imposait une nouvelle carte d’identité pour les étrangers. Bien que tenu par le traité sino-siamois de janvier 1946, Phibun utilisa la condition qui obligeait les écoles chinoises à enseigner le thaï en primaire, pour en fermer de nombreuses. Fistié estime qu’en 1950, il en restait moins de 300 dans le pays pour 80.000 élèves chinois. De 1948 à 1951, près de 50 instituteurs chinois étaient expulsés pour leur propagande communiste.

 

Mais quel était vraiment le nombre de Chinois communistes en Thaïlande ?

 

Fistié estime que les chiffres avancés entre 30.000 et 50.000 sont assez fantaisistes, surtout que le Parti ne déployait aucune autre activité que la propagande. Même si les journaux de langue chinoise passèrent rapidement dans le camp communiste, ils adoptèrent ensuite, vers la fin de 1950, une attitude plus réservée. Il en fut de même pour les hommes d’affaires chinois, membres de la Chambre de commerce chinoise, qui avaient manifesté des signes de ralliement à Pékin, mais dont la majorité revota en début de 1952 à la présidence un adversaire déclaré. La prudence était de mise.

 

Certes, le Parti communiste chinois de Thaïlande avait joué un rôle dans la fondation de la première fédération syndicale siamoise, surtout que 2/5 au début étaient composés de Chinois, mais la direction était tenue par des Thaïlandais pro-Pridi, et on peut se douter que la police de Phibun veillait. Celui-ci avait d’ailleurs créé le Thaï National Trade Union Congress ((TNTUC) pour le concurrencer,  mais il ne put jamais en faire un syndicat de masse, même si le groupe le plus important était constitué par les conducteurs de vélo-pousse. En 1954, rapporte Fistié, un syndicaliste américain donnait le chiffre de 6.000 membres.

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Le Parti communiste thaïlandais, distinct du Parti communiste chinois de Thaïlande, avait également une influence négligeable, si l’on en juge par ses deux journaux d’après-guerre, le Chon Kammachip (Working People) et le Lok Mai (New world) qui ne tiraient qu’à mille exemplaires. Le Parti communiste possédait également une maison d’édition, « Malachon », qui prétendait  publier un bimensuel à 5.000 exemplaires. Toujours est-il, qu’avant le coup d’Etat de 1947, un seul député (de Surat Thani), Prasoet Sapsunthon, se disait communiste. Il dut d’ailleurs plus tard se réfugier en Chine.

 

Fistié signale qu’après 1947, seul un petit groupe procommuniste s’emploiera à diffuser l’appel de la paix de Stockholm, et d’envoyer des délégués à « la Conférence de la paix » organisée par le PC chinois à Pékin en octobre 1952. Un certain Prasong Wongwiwat y aurait été confirmé secrétaire général du Parti communiste siamois.

 

Mais quel que soit leur nombre, sous-couvert de la lutte anticommuniste, le gouvernement Phibun allait procéder en 1952 à une répression sauvage. Jugez plutôt. (Cf. ***)

 

Le 3 juin, le Ministère de l’Intérieur renforçait la censure sur les journaux. Le 19, il « découvrait » un mouvement subversif qui permettait des arrestations.

 

Le 10 novembre 1952 plus de 200 personnes (principalement chinois et parents) appartenant au Khabuankan Koochat  (ขบวนการคู่ชาติ  Mouvement de libération nationale), furent accusées de propagande et de subversives activités communistes, et avec « les rebelles (soi-disant) pour la paix » (Kabot  Santiphap กบฏ สันติภาพ) furent arrêtées. Des arrestations massives furent également effectuées à la librairie communiste 華僑 (Hua Chiao, Chinois à l'étranger), et la librairie fut interdite, ainsi que celle  du Parti communiste de la Thaïlande. (Cf. En note quelques exemples des personnes arrêtées.)

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Le 13 novembre 1952 une nouvelle loi anticommuniste était votée par l’Assemblée et promulguée selon la procédure d’urgencequi punissait  les membres du Parti communiste de Thaïlande d'un emprisonnement de 10 ans jusqu'à perpétuité. Ceux qui les soutiennent financièrement, les loge ou les nourrissent ou de toute autre façon étaient passibles d'un emprisonnement d'au moins 5 ans. Mais cette loi visait surtout les Chinois, le chef de la pol Phao ayant déclaré qu’il n’y avait que 2.000 communistes thaïlandais contre 10.000 communistes chinois. Les arrestations de Chinois se poursuivirent en 1952 et 1953 (Combien ?) et ils furent nombreux à être déportés sans jugement ou assignés à résidence à Petchabun. (54 Thaïs furent arrêtés à la suite du « complot du 10 novembre » et furent jugés de février 1953 à mars 1955. Fistié, p. 230)  

                                                                                                                                 

Complots et menaces en Isan et aux frontières avec le Laos.

 

Si Phibun, comme nous l’avons vu, dut faire face au Sud, au mouvement autonomiste des quatre provinces « malaises » de Thaïlande, il dut aussi affronter au Nord-Est, en Isan, des velléités d’autonomie, compréhensibles à partir de la nouvelle situation au Laos, la guerre d’indépendance du Vietminh, et des luttes politique de la Chine communiste. (Cf. Fistié, pp. 304-313)

 

Les dirigeants laos du mouvement « indépendantiste » Lao Issarak, créé  pendant la 2ème guerre mondiale, avaient dû se réfugier en Thaïlande après le retour de troupes françaises au printemps 1946, ainsi que les Vietnamiens établis au Laos. Nombre de ceux-ci rejoignirent leurs compatriotes installés dans un village, près de Nakhon Phanom. On les évaluait alors à environ 40.000. Leur sympathie pour le Vietminh constituait une menace pour le gouvernement Phibun.

218.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 24 MARS 1952 À SEPTEMBRE 1955. DE LA DICTATURE À LA LIBÉRALISATION DU RÉGIME.

Si pendant la période Pridi, le gouvernement Lao Issarak en exil, dirigé par les trois princes Pethsarath, Souvanna Phouma et Souphanawong, pouvaient organiser une guérilla à l’intérieur du Laos, le coup d’Etat de novembre 1947 changera la donne. Surtout qu’à l’automne 1947, une « Ligue de l’Asie du Sud-Est » réunissant les « progressistes » siamois, des exilés laotiens, khmers et vietnamiens, s’était créée à Bangkok, sous la présidence de Tiang Sirikhan (Le fameux chef résistant Free Thai, ministre de Pramot et de Thamrong, et  député de Sakhon Nakhon. Cf. Notre article 203. « Tiang Sirikhan, le guerrier de Phupan ») avec à ses côtés Thong In Phuripat (Député d’Ubon, ancien ministre de Thamrong). Le colonel Luang Kat n’hésita pas à « révéler » que des armes étaient entreposées au domicile de Thong In et que celui-ci voulait établir une république siamoise.

 

En mai 1949, le prince Souphanouwong pro-vietminh était expulsé. La signature d’un traité le 19 juillet 1949 entre la France et le Laos eut pour conséquence la dissolution volontaire du gouvernement Lao Issarak et le retour à Vientiane de la plupart de ses membres avec le prince Souvanna Phouma. Après la victoire des communistes chinois et des contacts directs établis avec le Vietminh, Phibun reconnut les trois gouvernements indochinois patronnés par la France et décida de fermer le bureau du Vietminh à Bangkok.

218.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 24 MARS 1952 À SEPTEMBRE 1955. DE LA DICTATURE À LA LIBÉRALISATION DU RÉGIME.

Fistié signale que des tendances séparatistes agitèrent alors de nombreux « dissidents » laos-siamois - mais sans donner d’exemple - qui pouvaient mieux capter les radios communistes au Nord-Est que les radios de Bangkok. Toutefois en 1949, un complot autonomiste fut découvert à Ubon et Fong Sitthitam, un collaborateur de Tiang Sirikhan suspecté. Dans notre  article 203, nous disions :

 

« De mars à mai 1949, en compagnie de son collègue Thongin Pouriphat, Sirikhan est traduit en justice et accusés à la fois de communisme et d'avoir comploté pour la séparation du Nord-est. Il était probablement en fuite puisque sa tête avait été mise à prix 5.000 baths et qu’il avait été arrêté le 14 mars précédent nous apprend la presse malaise.  Au cours de son procès fut exhibée une photo de lui en compagnie de Ho Chi Minh dont il prétendit qu’elle était un montage ? Vrai ou faux ? Ses rapports avec le Vietminh sont incontestables. On peut enfin supposer qu’il ait pu rencontrer Ho Chi Minh qui resta réfugié dans les environs de Nakhonpanom de 1927 jusqu’au début des années 30 ? Ils furent en tous cas acquittés. Tiang Sirikhan reste député et en 1952, est réélu dans sa province de Sakhon Nakhon.

 

Il y eut de toute évidence à cette époque des complots autonomistes dans le Nord-Est. Un premier complot fut découvert à Ubon en 1949, dans lequel était impliqué un ancien collaborateur de Tiang Sirikan à qui l'on reprochait non seulement de recruter des volontaires pour combattre aux côtés du Viet Minh mais de travailler en liaison avec le Prathet Lao à la création dans le Nord-Est d'un état indépendant. »

 

En décembre 1952, Sirikian disparut de Bangkok. Il aurait été tué par la police de Phao avec plusieurs de ses collaborateurs, selon Fistié.

218.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 24 MARS 1952 À SEPTEMBRE 1955. DE LA DICTATURE À LA LIBÉRALISATION DU RÉGIME.

Deux autres faits inquiétèrent le gouvernement Phibun, initiés par la Chine communiste et les Vietminhs.

 

Une conférence eut lieu du  17 au 23 janvier 1953 à Cheli dans le sud du Yunnan, où 146 participants avaient désigné un « gouvernement populaire autonome de la nationalité thaïe » sous la présidence de Chao Ts’un-hin, conférence à laquelle beaucoup prétendirent que Pridi avait participé. Les interprétations furent nombreuses  sur les intentions de la Chine, mais il est évident que cette initiative ne pouvait qu’inquiéter le gouvernement Phibun, surtout qu’en avril 1953, « le Vietminh faisait au Laos une incursion qui amenait ses troupes à 20 km de Luang Prabang et à moins de 100km de la frontière siamoise ». (Fistié, p. 312). Phibun prit la menace au sérieux, envoya des troupes, et entreprit en mai une « visite » des provinces du Nord-Est, pendant laquelle des suspects accusés de séparatisme furent arrêtés. Un recensement des Vietnamiens en Thaïlande fut opéré et certains  furent déportés à l’intérieur du pays. A la fin de 1953, une seconde offensive des Vietminhs atteignit cette fois Thaket sur le Mékong. Phibun envoya de nouveau des renforts, proclama l’état d’urgence dans neuf provinces frontalières, et fit arrêter 98 résidents vietnamiens pour espionnage et incitation à la révolte.

 

De plus, le gouvernement Phibun transmettait le 20 mai 1954, au Conseil de Sécurité de l’ONU, une demande d’observateurs onusiens pour son pays. Le 18 juin, l’URSS opposa son véto. A la fin du mois,  le gouvernement thaïlandais entendait Pridi faire un appel à Radio Pékin, appelant le peuple siamois à lutter « contre les impérialistes et leur fantoche le gouvernement thaïlandais ».

218.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 24 MARS 1952 À SEPTEMBRE 1955. DE LA DICTATURE À LA LIBÉRALISATION DU RÉGIME.

Le 23 juin, Phibun devait réagir en faisant une déclaration dans laquelle il autorisait des troupes du « monde libre » à venir lutter en Thaïlande dans le cas d’une agression communiste, et en proposant de se joindre à une organisation de défense de l’Asie du Sud-Est qui pourrait se former. Ce qui fut fait, comme nous le savons le 8 septembre 1954 en adhérant au Traité de l’Asie du Sud-Est  (l’OTASE), un pacte militaire pro-occidental qui regroupait les pays du Sud-Est asiatique non-communistes dont le pays membres étaient les États-Unis, la France (jusqu'au 28 mai 1965), le Royaume-Uni, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Pakistan, les Philippines et la Thaïlande.

 

Le traité fut ratifié par l’Assemblée nationale siamoise le 22 septembre 1954. Et le 23 février 1955, la première conférence des ministres des Affaires étrangères  des pays membres de l’OTASE se tenait à Bangkok, qui était deux jours plus tard, désigné comme le siège des organes permanents de  l’Organisation.

 

Nul doute que cela pouvait constituer une victoire politique pour Phibun. Ce traité en tous cas, installait la Thaïlande dans le camp occidental, la confirmait comme une alliée privilégiée des Etats-Unis et  la plaçait comme une tête de pont dans la lutte anti-communiste. Phibun put d’ailleurs faire un voyage du 14 avril au 22 juin 1955 dans les principales capitales occidentales  pour tenter de convaincre de la démocratisation et de la libéralisation du régime. Le 1er signe  fut à la fin du mois de septembre 1955 la publication de « la loi sur les partis politiques ».

 

Il était temps d’étudier, comment le 25ème gouvernement, qui le 24 mars 1952, avait « institutionnalisé » la dictature, se trouvait contraint à la fin de 1955 de libéraliser son régime.

____________________________________________________________________

*15. Notre Isan : les bases US en Isan, les Américains en Isan !

http://www.alainbernardenthailande.com/article-14-le-debarquement-des-americains-en-isan-73255213.html

Et

http://www.alainbernardenthailande.com/article-37-decouvrir-l-isan-les-americains-debarquent-en-isan-85622786.html

**Sur les Chinois de Thaïlande, Cf. Nos articles :

 

A162. De l’usage des étrangers dans un processus de construction nationale en Thaïlande.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a162-de-l-usage-des-etrangers-dans-un-processus-de-construction-nationale-en-thailande-124549105.html

 

 

A163. L’usage des étrangers dans un processus de construction nationale en Thaïlande. http://www.alainbernardenthailande.com/article-a163-l-usage-des-etrangers-dans-un-processus-de-construction-nationale-en-thailande-124589511.html

2ème partie. De Rama VII (1925-1935) à Abhisit (2010)

Et :

  • « A67.  L’influence de la communauté chinoise en Thaïlande », d’après « Le Destin des fils du dragon », « L’Influence de la communauté chinoise au Viêt Nam et en Thaïlande », L’Harmatan, IRASEC, collection Un certain regard, 2003.
  • « A45. Les Chinois de Thaïlande », d’après l’article «  La « resinisation » des Chinois de Thaïlande» de Jean Baffie, qui dénonce le mythe de la « thaïsation des Chinois de Thaïlande.

 2ème Congrès du Réseau Asie / 2nd Congress of Réseau Asie-Asia Network, 28-29-30 sept. 2005, Paris, France, http://www.reseau-asie.com/

***Parmi les personnes arrêtées en novembre 1952, nous trouvons :

Kulap Saipradit (กุหลาบ สายประดิษฐ์), écrivain et journaliste, Ari Liwia (อารีย์ลีวีระ), propriétaire du journal Siam Nikon (สยาม นิกร) Supha Sirimanond (สุภา ศิริมานนท์), éditeur et rédacteur en chef du magazine Aksonsarn (อักษร สาส์น), Utthorn Phonlakul (อุทธรณ์ พล กุลéditeur du journal khaophap (ข่าว ภาพ), Sawaeng  Tungkhaborihan (แสวง ตุงคะบริหาร), rédacteur en chef du journal Siam Nikon (สยาม นิกร), Butsima  Sathian (บุศย์สิมะ เสถียร), journaliste et éditeur, Chat  Bunyasirichai (ฉัตร บุณยศิริชัย), éditeur du journal Khaophap (ข่าว ภาพ), Samut Surakhaka (สมุทร สุรักขกะ), rédacteur en chef du journal Kiattisak (เกียรติศักดิ์), Samak Burawat (สมัคร บุราวาศ), rédacteur en chef du journal Khaophap (ข่าว ภาพ), Pleuang Wannasri (เปลื้อง วรรณศรี), éditeur du journal Khaophap (ข่าว ภาพ), Marut Bunnag (มารุต บุนนาค), président des étudiants de l'Association de l'Université Thammasat (มหาวิทยาลัย ธรรมศาสตร์), Liolalong Bunnak (ลิ่วละล่อง บุนนาค), leader étudiant, Suwat Woradilok (สุวัฒน์ วรดิลก), écrivain, Fak Nasongkhla (ฟัก ณสงขลา), avocat,Sun Kijjamnong (สุ่นกิจจำนงค์), syndicaliste, Suphot Dantrakul (สุพจน์ ด่านตระกูล), syndicaliste, Poonsuk Banomyong (ท่านผู้หญิงพูนศุข พนมยงค์), épouse de Pridi Banomyong (ปรีดี พนมยง ค์), Pal Banomyong (ปาล พนมยงค์), fils de de Pridi Banomyong, Suphat Sukhonthaphirom (สุภัทร สุคนธาภิรมย์), Le major général Net Khemayothin (เนตร เขมะโยธิน).

 Sources : https://th.wikipedia.org/wiki/กบฏสันติภาพ

 

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30 janvier 2016 6 30 /01 /janvier /2016 22:02

Photo datée de 1938 :

217 – LA VIE EN SUISSE DES DEUX FUTURS ROIS DE THAÏLANDE, RAMA VIII ET RAMA IX.
Rien ne prédestinait la lignée du prince Mahidol à monter un jour sur le trône. Mais une suite de décès prématurés, de décès sans descendance, de mariage « inégaux » ou de choix politiques « incorrects », un coup d’état et une interprétation plus ou moins fuligineuse de la constitution vont être à l’origine de ce qui est devenu l’un des plus longs règnes de l’histoire du monde (1). 

Si le prince Mahidol n’était pas destiné à ceindre la couronne, comme tous ses fils, le roi son père l’envoie suivre de solides études en Angleterre d’abord puis dans de très prestigieuses académies militaires prussiennes dans l’optique probable d’en faire le réorganisateur d’une marine défaillante. Vocation contrariée probablement ? Dès qu’il ne fut plus soumis à la tutelle probablement pesante du roi Rama V sur ses fils, il choisit de se lancer dans la médecine. N’étant pas non plus dans l’obligation d’épouser une fille de sang royal pour assurer l’avenir d’une dynastie, il épouse par  inclinaison une jeune fille d’un milieu modeste née dans la province de Nonthaburi, limitrophe de Bangkok où elle n’avait pas connu une enfance et une jeunesse facile. Après ses études et celles de son épouse aux États-Unis, nous le retrouvons avant sa mort médecin dans un hôpital presbytérien de Chiangmaï, « prince médecin » mais peut-être aussi « médecin des pauvres » aux côtés de son épouse infirmière.

 

Après sa mort prématurée, la princesse mère a 29 ans et la charge de 3 jeunes enfants (six ans, quatre ans et un an et neuf mois). A cette époque, sa fille, la princesse Galyani Vadhana (กัลยาณิวัฒนา) était étudiante à l'école Rajini  (โรงเรียนราชินี) (2). et les suivantes.

217 – LA VIE EN SUISSE DES DEUX FUTURS ROIS DE THAÏLANDE, RAMA VIII ET RAMA IX.

Le prince Ananda  fut d’abord scolarisé en 1930 à l’école maternelle Mater Dei (มาแตร์เดอีวิทยาลัย) tenue par les religieuses catholiques Ursulines (3) 

217 – LA VIE EN SUISSE DES DEUX FUTURS ROIS DE THAÏLANDE, RAMA VIII ET RAMA IX.

puis en 1932 à l’école Debsirin (โรงเรียนเทพศิรินทร์) (4) tandis que le prince Bhumibol reste à la maternelle à l'école Mater Dei.

217 – LA VIE EN SUISSE DES DEUX FUTURS ROIS DE THAÏLANDE, RAMA VIII ET RAMA IX.

Le 24 Juin 1932, la révolution met fin à la monarchie absolue. La situation est tendue pour les membres de la famille royale qui doivent quitter leurs postes gouvernementaux, ou pour beaucoup quitter le pays pour vivre à l'étranger.

 

Une sorte de conseil de famille présidé par la Reine Sri Savarindira (ศรีสวรินทิรา) (Savang Vadhana  สว่างวัฒนา) sa belle-mère, sa fille, la princesse Valaya Alongkorn (วไลยอลงกรณ์), son fils adoptif et le Prince Rangsit, l’ami très cher du prince défunt, se réunit sur la décision à prendre pour elle et ses jeunes enfants. Ce dernier conseille alors Lausanne dont il connait la douceur du climat, la beauté des paysages et l’affabilité de la population. La princesse y était d’ailleurs passée avec son mari lors de leur voyage de noce en Europe. En avril 1933, la famille s’envole vers la Suisse avec un entourage restreint, dont une jeune parente de la mère, Boonruen Sopoj, qui épousera plus tard le général Chatichai Choonhavan (ชาติชาย ชุณหะวัณ) futur premier ministre. Les expériences passées (Russie, Birmanie et Chine) ou future (Laos et Vietnam) démontrait et démontrera que le sort réservé aux anciens membres des familles impériales ou royales pouvait en 1932 susciter des craintes légitimes.

 

Un coin du voile masquant partiellement cette « vie cachée » des deux petits princes et de leur sœur aînée a été levé par la publication en 2012 des souvenirs et de l’album des photographies du précepteur des deux princesCléon C. Séraïdaris, publié à l’initiative de son fils Lysandre C. Séraïdaris pour répondre à un vœu du roi Bhumipol 15 ans après la disparition de son précepteur (5). Cléon C. Séraïdaris estimait être astreint à un devoir de réserve. Son fils nous apprend que c’est à la suggestion du Roi que nous devons cette publication.

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Nous ne relaterons pas ces souvenirs ni sous forme de panégyriques ou d’hagiographie ni de critiques systématiques ni d’un recueil de ragots ! Les panégyriques sont évidemment surabondants, les ouvrages critiques qui circulent plus ou moins sous le manteau, même interdits, ne le sont pas moins et tout autant les recueils de ragots (6) et nos propos s’arrêteront au retour du Roi Bhumibol dans son royaume en 1950. Ces souvenirs intimes sont ceux d’un homme qui fut précepteur des deux princes durant leurs études en Suisse, surveillant leurs études, les initiant aux sports et participant à leurs loisirs. Plus que leur père disparu, il apparait comme ayant tenu le rôle d’un grand frère ignorant alors qu’ils deviendraient l’un et l’autre roi de Thaïlande. Un confident aussi mais qui reste très discret sur quelques amourettes d’adolescents. C’est un homme cultivé et instruit :

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C’est aussi un sportif de haut niveau, pratiquant le tennis :

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... et le ski aussi, comme nous le verrons plus bas.

 

Amateur d’automobiles, nous le voyons ici poser fièrement en 1929 devant cette superbe Amilcar CGSS :

 

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… et (la photo est datée de 1924, avant donc son entrée en fonction) sur le marchepied de ce somptueux cabriolet Mercédès :

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La famille vit à Pully, un quartier chic de Lausanne dans une belle villa (villa Vadhana) qui n’est toutefois pas un palais :

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La princesse a toujours le goût des fleurs :

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Elle l’a fait partager à Ananda que nous voyons l’arrosoir à la main :

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Comme le fera ensuite son fils Bhumipol qui a hérité de cette passion, elle a toujours un appareil photo à la main :

 

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Elle ne déteste pas non plus les belles automobiles puisqu’elle pose en 1936 devant cette très belle Hotchkiss avec son fils Bhumipol sur les genoux.

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Les enfants sont scolarisés dans des établissements distingués :

 

La princesse Galyani dont le précepteur ne nous parle guère fréquente l’ « Ecole Supérieure des Jeunes Filles de la Ville de Lausanne » avant de fréquenter l’ « International School of Geneva » ...

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et de rejoindre ensuite la Faculté des sciences section chimie et obtenir ensuite un diplôme de Sciences sociales pédagogiques. Ses deux jeunes frères lui sont attachés avec passion : « Votre beauté éclipse celle des fleurs, votre teint fait honte aux roses. Votre peau ridiculise le satin. Vous êtes un ange, une fleur humaine. […] Je voudrais vivre et mourir à vos côtelettes… euh ! A vos côtés ». Poésie de leur âge tendre, fraîcheur des sentiments et humour de potaches, cette bluette dédiée par deux jeunes garçons à leur sœur de 18 ans traduit la douceur des années joyeuses de cette famille en exil. « Nous étions des petits Suisses comme les autres » disait la princesse Galyani.

 

Les deux garçons se rendent tous les jours en bicyclette à l’ « Ecole nouvelle de la Suisse romande » en croisant le facteur. Ce n’est pas, et ce n’était probablement pas alors, une école de quartier puisque les tarifs actuels pour l’année scolaire 2015-2016 sont le l’ordre de 50.000 francs suisses (7) soit 1.750.000 baths au cours de ce jour. 

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Ils sont très simplement inscrits sur les noms de Ananda et Phumipol Mahidol. Leur scolarité est celle de leurs camarades sans autres privilèges dans les salles de classe ou les cours de récréation…

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Ou lors des sorties de groupe :

 

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Tous deux sont timides et réservés, leur physique le démontre, mais sont de bons camarades et surtout d’excellents élèves :

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Leur mère a voulu pour eux une éducation rigoureuse leur disant, une fois que fut prise à Bangkok la décision d’attribuer la couronne à Ananda qu’ « un roi se doit d’être érudit, travailler beaucoup et savoir obéir avant de vouloir commander ». Voilà des préceptes très helvétiques, aux antipodes de la culture royale prévalant jusque-là.

 

Leur précepteur participe à leurs loisirs, c’est ainsi qu’il initie Ananda au modélisme, passion que ne semble pas partager Bhumipol  :

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Des excursions en famille :

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De joyeux piqueniques :

 

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une fête costumée :

 

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Ou la construction d’un igloo en saison :

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Les sports d’hiver sont naturellement omniprésents :

Ski :

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Patin à glace :

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Hockey :

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Bobsleigh :

 

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Lorsque la famille prend des vacances à Antibes en 1938, qui n’était pas alors tout comme aujourd’hui un lieu de villégiature du tourisme de masse, la princesse mère (alors que les bambins sont probablement en train de batifoler sur la plage) n’oublie pas le précepteur :

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Mais la passion de Bhumipol, c’est avant tout  l’automobile.

 

Il a une évidente admiration pour celui qui dans le monde automobile est connu comme « prince Bira » (Birabongse Bhanudej  พีรพงศ์ภาณุเดช), son proche cousin, le plus grand de tous les coureurs automobiles thaïs (8).

 

Il le photographie en 1936 (photo non localisée mais probablement prise au Grand prix de Berne en août 1935) au volant d’une ERA (English racing automobile), une « voiturette » dont le moteur de 1,5 litres suralimenté au méthanol a une puissance de  plus de 200 cv, autant qu’un moteur 12 cylindres de 6 litres Delage !

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Et (photo non datée ni localisée mais probablement prise sur un circuit privé en 1937) d’une Mazerati :

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Nous le retrouvons (sa première automobile ?) devant sa Fiat Topolino, celle que nous avons connu en France sous le nom de Simca 5.

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Mais il est également l’heureux possesseur de deux somptueuses Delahaye, une conduite intérieure et un coupé :

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C’est un jeune homme de son âge. Au volant de ces bolides, il est alors capable de relier Lausanne à Genève à 140 km/h de moyenne, alors que l’autoroute n’existait pas. C’est au volant de ces bolides aussi qu’il fait de fréquentes escapades à Paris, pour assister à des sessions de jazz. Cette passion faillit lui coûter la vie quand le 4 octobre 1948, son coupé Delahaye s’écrase contre un camion sur la route entre Lausanne et Morges :

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Il y perdit l’œil droit (ce qui explique tout simplement son regard souvent un peu flou derrière ses lunettes, que d’aucun - ragots – qualifient de « méprisant ») et tout espoir de rejoindre un jour son cousin Bira dans le panthéon des grands champions.

 

Mais il y a conservé la passion des belles automobiles : un autre somptueux coupé Delaye toujours en sa possession, a été entièrement refait à neuf et climatisée il y a peu de temps par un artisan français qui souhaite conserver l’anonymat. Merci à notre source anonyme.

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C’est alors que sa passion pour la musique va s’exercer à plein.

 

D’où lui vient-elle ? Il n’était pas dans la mission du précepteur d’apprendre le solfège à ses élèves. C’est à sa fille, la princesse Siridhorn que nous devons d’avoir recueilli ses souvenirs à l’occasion de la publication en 1996 à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’accession au trône de l’ouvrage au tirage confidentiel «  The musical composition of his majesty king Bhumibol Adulyadej of Thailand » (9).

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Dans ses premières années en Thaïlande et ensuite en Suisse, il avait appris le chant mais pas le solfège. Sa mère lui fit donner à l’âge de 13 ans des leçons d’accordéon qui ne l’intéressèrent pas. Sa sœur aînée et son frère Ananda prirent des leçons de piano. 

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A l’âge de 14 ou 15 ans, à l’occasion d’une soirée dans un hôtel, après avoir entendu un orchestre, il souhaite alors jouer de la trompette. Sa mère s’y oppose compte tenu des efforts physiques trop importants mais trouve un compromis et lui concède le saxophone. Son professeur de musique est alors Monsieur Weybrecht, un alsacien germanophone qui parlait français avec l’accent allemand. Il utilise alors un saxophone d’occasion payé 300 francs suisses, celle qu’il appelait affectueusement « mon gouvernement » - sa mère - y contribue pour la moitié. Ananda pour sa part se met à la clarinette. Le professeur alsacien donne à chacun séparément des leçons d’une heure et demie deux fois par semaine. Il est satisfait et ils forment un petit orchestre à trois, deux saxos et la clarinette. C’est un autre musicien, Khun Phra Jain Duriyang (คุณพระเจนดุริยางดค์). Grâce à son frère Ananda, il découvre le jazz, et s’initie à l’improvisation et à la composition à l’écoute de Sidney Bechet, de Louis AmstrongDuke EllingtonCount Basie et Johnny Hodges dont il s’achète lui-même les disques malgré la résistance passive de sa mère, qui veut bien mettre le « gouvernement » à contribution lorsqu’il s’agit de musique classique, mais pas lorsqu’il s’agit de jazz. 

 

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Il a joué aux côtés de Benny Goodman, Jack Teagarden et Gene Krupa.
217 – LA VIE EN SUISSE DES DEUX FUTURS ROIS DE THAÏLANDE, RAMA VIII ET RAMA IX.

Il s’initie aussi sans maître à la guitare et à la flute.

 

Il signe sa première composition à 18 ans, avant son accession au trône : Candlelight Blues (แสงเทียน) un blues très mélancolique sur les paroles du prince Chakrabandh Pensiri (จักรพัน์เพ็ญศิริ). 

Les circonstances l’ont empêché de devenir un grand coureur automobile. « S’il n’avait été roi, il aurait été un jazzman de génie » aurait dit de lui Louis Amstrong qui l’a entendu jouer du saxophone lors de son voyage aux États-Unis en 1960.

217 – LA VIE EN SUISSE DES DEUX FUTURS ROIS DE THAÏLANDE, RAMA VIII ET RAMA IX.

Les « circonstances » ce sont aussi l’abdication de Prajadhipok le 2 Mars 1935Son frère est désigné comme souverain âgé de seulement neuf ans. «Je ne suis pas heureux de devenir roi, parce que je voudrais pouvoir m’amuser encore » déclare ce gamin. Il rentrera étrenner son trône après avoir terminé ses études en décembre 1945 et effectué une brève visite dans son royaume en 1938.

 

A l’occasion de ce voyage, les deux élèves n’oublient pas leur percepteur :

 

Une carte de Marseille :

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Une autre de Bangkok :

 

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Ils lui envoient même un courrier malicieux contenant le cadavre d’un moustique :

 

 

217 – LA VIE EN SUISSE DES DEUX FUTURS ROIS DE THAÏLANDE, RAMA VIII ET RAMA IX.

A son arrivée à l’aéroport de Bangkok en 1945, le jeune roi ne parait pas manifester une joie débordante.

 

 

217 – LA VIE EN SUISSE DES DEUX FUTURS ROIS DE THAÏLANDE, RAMA VIII ET RAMA IX.

Louis Mountbatten, commandant des forces britanniques en Asie du Sud-Est, l’a rencontré à Bangkok en janvier 1946 et le décrit comme « un garçon myope avec une figure pathétique et solitaire ». Il sera mystérieusement assassiné six mois plus tard.

 

Le précepteur, le « grand frère » a été immédiatement prévenu par téléphone ce qui ne devait pas être une mince affaire à cette époque :

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Il sera aussi l’un des premiers que la reine-mère remerciera :

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Cette disparition tragique frappe ses anciens condisciples de l’Ecole nouvelle :

 

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Elle frappe évidemment de plein fouet la famille et plus encore son jeune frère. Si le conseil de régence l’a désigné comme le successeur légitime de son frère, la question s’est posé de savoir s’il accepterait cette charge.

 

Il semble qu’il ait souhaité rester en Suisse pendant encore deux ou trois ans afin de compléter son éducation…ou réfléchir sur son retour ? Son « gouvernement » et lui-même ont pu craindre pour sa vie puisqu’après le décès d’Ananda les Suisses organiseront une protection policière discrète.

 

Par ailleurs Pridi aurait considéré qu’un retour à la monarchie était inopportun compte tenu de ce que le jeune prince était immature, remarquable mais surtout ridicule contradiction de la part de celui qui avait tout fait pour faire monter sur le trône en 1935 un gamin de 9 ans ! La reine mère par ailleurs ne s’est jamais gêné pour cacher son aversion et son mépris pour les politiciens au pouvoir, sous influence certainement des membres de la famille royale qui n’ont pas tous pardonné aux auteurs du coup d’état de 1932. Mais elle avait des raisons personnelles à cela : Lors de la désignation de son fils aîné comme roi, le gouvernement de ces pieux démocrates lui avait généreusement attribué  le titre de « Mère Sri Sangwan » (แม่ศริสังวาลย์) qui était à tout le moins désobligeant puisque soulignant ses origines roturières !

 

Lorsque sa fille avait en 1944 effectué un mariage « inégal », les mêmes démocrates l’avaient dégradée de son rang princier. Plus désagréable encore, lorsque le gouvernement avait créé en 1936 le « Crown property Bureau » (สำนักงานรัพย์สินส่วนพระมหาษัตริย์chargé de gérer les biens de la couronne un certain nombre de députés dont celui d’Ubonrachatani avait ouvertement posé la question de leur « redistribution » c’est-à-dire d’une spoliation pure et simple. Si enfin les circonstances susdites nous laissent à penser que la famille ne vivait pas dans la pauvreté et n’avait pas été contrainte de « tirer le diable par la queue », il semble que le gouvernement ait tout fait pour lui être désagréable, sur le plan financier tout au moins puisque, dès l’accession formelle de Bhumibhol sur le trône, dans une lettre à Pridi datée de 1946, le lieutenant-colonel Supphasawatwongsanit Sawatdiwat (พันโทหม่อมเจ้าศุภ สวัสดิ์วงศ์สนิทสวัสดิวัตน์) se plaignait des difficultés financières de la famille royale. Le refus potentiel de Bhumibhol de monter sur le trône a inquiété et plus encore les chancelleries soucieuses du devenir d’un pays (10).

 

Le roi se décide à rejoindre son pays et son trône en 1950.

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Mais ces années les années lausannoises ont énormément compté. Il y vécut en famille jusqu’à 23 ans, des années qui comptent double. Il parle le français sans le moindre accent, alors mieux que sa langue maternelle dit-on. Il n’oubliera jamais son précepteur et  « grand frère » qu’il couvrira d’honneurs et pas plus la ville de Lausanne.

217 – LA VIE EN SUISSE DES DEUX FUTURS ROIS DE THAÏLANDE, RAMA VIII ET RAMA IX.

Il souhaitera que sa première fille naisse à la clinique de Montchoisi à Lausanne. A l’inverse de bien des souverains, l’ingratitude n’est pas l’un de ses défauts.

Au fil des 477 pages et des 22 chapitres de l’ouvrage de Lysandre C. Séraïdaris nous découvrons une famille qui n’est plus un « foyer clos, portes refermées, possession jalouse du bonheur ». Le roi a passé 17 ans de sa vie en Suisse francophone partagé entre l’influence de sa mère, son « gouvernement », probablement importante sinon pesante, celle, amicale, d’un précepteur hors pair, l’amour de sa sœur et celui – brisé – de son frère aîné, des études brillantes et la pratique de sports violents, des liens amicaux qu’il n’a jamais rompu et une passion pour la musique, une passion sans vices. Si nous étions de fins psychologues, nous pourrions penser qu’il y a là de quoi expliquer le déroulement de son règne qui ne fut assurément pas un long fleuve tranquille.

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Notes

 

(1) Louis XIV qui n’a pas le record a régné 72 ans 110 jours.

 

(2) http://www.rajini.ac.th/.

 

(3) http://www.materdei.ac.th/2014/

 

(4) http://www.debsirinalumni.org/history.php?id_his=3&page=1&group=1

 

(5) พระบาทสมเด็จพระเจ้าอยู่หัว ๆ รัชกาลที่ ๙ และเจ้านายไทยในโลซานน์ publié chez Slatkine à Genève – ISBN 978 2 8321 0539 9 – cet ouvrage a fait l’objet d’une édition en français « Le roi Bhumibol et la famille royale de Thaïlande à Lausanne » publié en 2015 toujours chez Slatkine – ISBN  978 2 8321 0662 4.

 

(6) Nous en avons trouvé un bel exemple dans un article du 23 août 2008 du Figaro qui entre autres âneries, fait des princes les fils de Rama VII.

 

(7) http://www.ensr.ch/

 

(8) Birabongse Bhanudej est encore une figure atypique de la famille royale. Il fut l’un des plus grands « gentlemen-drivers » de son époque, connu pour son élégance : il portait un smoking sous sa combinaison de pilote. Il se lance dans le sport automobile en 1935 grâce aux finances de son cousin, le Prince Chula Chakrabongse (จุลจักรพงษ์) qui crée, après les premiers succès son écurie, la White Mouse Racing pour laquelle Bira choisit les couleurs de course du Siam, bleu pâle et jaune.

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(9) Cet ouvrage a été publié par l’école Chitralada de Bangkok (ISBN 974 864 4 9) considérée comme l’école la plus élitiste du pays.

(10) Nous trouvons de nombreuses copies des télégrammes ou des correspondances confidentielles adressés par les légations anglaises ou américaines à leurs ministres de tutelle sur ces sujets brulants sur le site allemand « Chronik  Thailands » (กาลานุกรมสยามประเทศไทย) de Alois Payer pour les années 1946 et les suivantes.

 

Il s’initie aussi sans maître à la guitare et à la flute. Il signe sa première composition à 18 ans, avant son accession au trône : Candlelight Blues (แสงเทียน) un blues très mélancolique sur les paroles du prince Chakrabandh Pensiri (จักรพัน์เพ็ญศิริ). Il a joué aux côtés de Benny Goodman, Jack Teagarden et Gene Krupa.

Vidéo

https://www.youtube.com/watch?v=W9jIteYzYrw

Les circonstances l’ont empêché de devenir un grand coureur automobile. « S’il n’avait été roi, il aurait été un jazzman de génie » aurait dit de lui Louis Amstrong qui l’a entendu jouer du saxophone lors de son voyage aux États-Unis en 1960.

***

Les « circonstances » ce sont aussi l’abdication de Prajadhipok le 2 Mars 1935Son frère est désigné comme souverain âgé de seulement neuf ans. «Je ne suis pas heureux de devenir roi, parce que je voudrais pouvoir m’amuser encore » déclare ce gamin. Il rentrera étrenner son trône après avoir terminé ses études en décembre 1945 et effectué une brève visite dans son royaume en 1938.

 

A l’occasion de ce voyage, les deux élèves n’oublient pas leur percepteur :

Carte de Marseille

 

Carte de Bangkok

 

Ils lui envoient même un courrier malicieux contenant le cadavre d’un moustique

 

Photo

 

A son arrivée à l’aéroport de Bangkok en 1945, le jeune roi ne parait pas manifester une joie débordante.

Louis Mountbatten, commandant des forces britanniques en Asie du Sud-Est, l’a rencontré à Bangkok en janvier 1946 et le décrit comme « un garçon myope avec une figure pathétique et solitaire ». Il sera mystérieusement assassiné six mois plus tard.

Le précepteur, le « grand frère » a été immédiatement prévenu par téléphone ce qui ne devait pas être une mince affaire à cette époque :

photo

 

Il sera aussi l’un des premiers que la reine-mère remerciera :

 

Photo

 

Cette disparition tragique frappe ses anciens condisciples de l’Ecole nouvelle :

 

Bulletin des anciens

Elle frappe évidemment de plein fouet la famille et plus encore son jeune frère. Si le conseil de régence l’a désigné comme le successeur légitime de son frère, la question s’est posé de savoir s’il accepterait cette charge. Il semble qu’il ait souhaité rester en Suisse pendant encore deux ou trois ans afin de compléter son éducation…ou réfléchir sur son retour ? Son « gouvernement » et lui-même ont pu craindre pour sa vie puisqu’après le décès d’Ananda les Suisses organiseront une protection policière discrète. Par ailleurs Pridi aurait considéré qu’un retour à la monarchie était inopportun compte tenu de ce que le jeune prince était immature, remarquable mais surtout ridicule contradiction de la part de celui qui avait tout fait pour faire monter sur le trône en 1935 un gamin de 9 ans ! La reine mère par ailleurs ne s’est jamais gêné pour cacher son aversion et son mépris pour les politiciens au pouvoir, sous influence certainement des membres de la famille royale qui n’ont pas tous pardonné aux auteurs du coup d’état de 1932. Mais elle avait des raisons personnelles à cela : Lors de la désignation de son fils aîné comme roi, le gouvernement de ces pieux démocrates lui avait généreusement attribué  le titre de « Mère Sri Sangwan » (แม่ศริสังวาลย์) qui était à tout le moins désobligeant puisque soulignant ses origines roturières ! Lorsque sa fille avait en 1944 effectué un mariage « inégal », les mêmes démocrates l’avaient dégradée de son rang princier. Plus désagréable encore, lorsque le gouvernement avait créé en 1936 le « Crown property Bureau » (สำนักงานรัพย์สินส่วนพระมหาษัตริย์chargé de gérer les biens de la couronne un certain nombre de députés dont celui d’Ubonrachatani avait ouvertement posé la question de leur « redistribution » c’est-à-dire d’une spoliation pure et simple. Si enfin les circonstances susdites nous laissent à penser que la famille ne vivait pas dans la pauvreté et n’avait pas été contrainte de « tirer le diable par la queue », il semble que le gouvernement ait tout fait pour lui être désagréable, sur le plan financier tout au moins puisque, dès l’accession formelle de Bhumibhol sur le trône, dans une lettre à Pridi datée de 1946, le lieutenant-colonel Supphasawatwongsanit Sawatdiwat (พันโทหม่อมเจ้าศุภ สวัสดิ์วงศ์สนิทสวัสดิวัตน์) se plaignait des difficultés financières de la famille royale. Le refus potentiel de Bhumibhol de monter sur le trône a inquiété et plus encore les chancelleries soucieuses du devenir d’un pays (10).

Le roi se décide à rejoindre son pays et son trône en 1950.

Photo

Mais ces années les années lausannoises ont énormément compté. Il y vécut en famille jusqu’à 23 ans, des années qui comptent double. Il parle le français sans le moindre accent, alors mieux que sa langue maternelle dit-on. Il n’oubliera jamais son précepteur et grand frère qu’il couvrira d’honneurs et pas plus la ville de Lausanne.

Photo

Il souhaitera que sa première fille naisse à la clinique de Montchoisi à Lausanne. A l’inverse de bien des souverains, l’ingratitude n’est pas l’un de ses défauts.

Au fil des 477 pages et des 22 chapitres de l’ouvrage de Lysandre C. Séraïdaris nous découvrons une famille qui n’est plus un « foyer clos, portes refermées, possession jalouse du bonheur ». Le roi a passé 17 ans de sa vie en Suisse francophone partagé entre l’influence de sa mère, son « gouvernement », probablement importante sinon pesante, celle, amicale, d’un précepteur hors pair, l’amour de sa sœur et celui – brisé – de son frère aîné, des études brillantes et la pratique de sports violents, des liens amicaux qu’il n’a jamais rompu et une passion pour la musique, une passion sans vices. Si nous étions de fins psychologues, nous pourrions penser qu’il y a là de quoi expliquer le déroulement de son règne qui ne fut assurément pas un long fleuve tranquille.

 

Notes

(1) Louis XIV qui n’a pas le record a régné 72 ans 110 jours.

(2) http://www.rajini.ac.th/.

(3) http://www.materdei.ac.th/2014/

(4) http://www.debsirinalumni.org/history.php?id_his=3&page=1&group=1

(5) พระบาทสมเด็จพระเจ้าอยู่หัว ๆ รัชกาลที่ ๙ และเจ้านายไทยในโลซานน์ publié chez Slatkine à Genève – ISBN 978 2 8321 0539 9 – cet ouvrage a fait l’objet d’une édition en français « Le roi Bhumibol et la famille royale de Thaïlande à Lausanne » publié en 2015 toujours chez Slatkine – ISBN  978 2 8321 0662 4.

(6) Nous en avons trouvé un bel exemple dans un article du 23 août 2008 du Figaro qui entre autres âneries, fait des princes les fils de Rama VII.

(7) http://www.ensr.ch/

(8) Birabongse Bhanudej est encore une figure atypique de la famille royale. Il fut l’un des plus grands « gentlemen-drivers » de son époque, connu pour son élégance : il portait un smoking sous sa combinaison de pilote. Il se lance dans le sport automobile en 1935 grâce aux finances de son cousin, le Prince Chula Chakrabongse (จุลจักรพงษ์) qui crée, après les premiers succès son écurie, la White Mouse Racing pour laquelle Bira choisit les couleurs de course du Siam, bleu pâle et jaune.

(9) Cet ouvrage a été publié par l’école Chitralada de Bangkok (ISBN 974 864 4 9) considérée comme l’école la plus élitiste du pays.

(10) Nous trouvons de nombreuses copies des télégrammes ou des correspondances confidentielles adressés par les légations anglaises ou américaines à leurs ministres de tutelle sur ces sujets brulants sur le site allemand « Chronik  Thailands » (กาลานุกรมสยามประเทศไทย) de Alois Payer pour les années 1946 et les suivantes.

 

Il s’initie aussi sans maître à la guitare et à la flute. Il signe sa première composition à 18 ans, avant son accession au trône : Candlelight Blues (แสงเทียน) un blues très mélancolique sur les paroles du prince Chakrabandh Pensiri (จักรพัน์เพ็ญศิริ). Il a joué aux côtés de Benny Goodman, Jack Teagarden et Gene Krupa.

Vidéo

https://www.youtube.com/watch?v=W9jIteYzYrw

Les circonstances l’ont empêché de devenir un grand coureur automobile. « S’il n’avait été roi, il aurait été un jazzman de génie » aurait dit de lui Louis Amstrong qui l’a entendu jouer du saxophone lors de son voyage aux États-Unis en 1960.

***

Les « circonstances » ce sont aussi l’abdication de Prajadhipok le 2 Mars 1935Son frère est désigné comme souverain âgé de seulement neuf ans. «Je ne suis pas heureux de devenir roi, parce que je voudrais pouvoir m’amuser encore » déclare ce gamin. Il rentrera étrenner son trône après avoir terminé ses études en décembre 1945 et effectué une brève visite dans son royaume en 1938.

 

A l’occasion de ce voyage, les deux élèves n’oublient pas leur percepteur :

Carte de Marseille

 

Carte de Bangkok

 

Ils lui envoient même un courrier malicieux contenant le cadavre d’un moustique

 

Photo

 

A son arrivée à l’aéroport de Bangkok en 1945, le jeune roi ne parait pas manifester une joie débordante.

Louis Mountbatten, commandant des forces britanniques en Asie du Sud-Est, l’a rencontré à Bangkok en janvier 1946 et le décrit comme « un garçon myope avec une figure pathétique et solitaire ». Il sera mystérieusement assassiné six mois plus tard.

Le précepteur, le « grand frère » a été immédiatement prévenu par téléphone ce qui ne devait pas être une mince affaire à cette époque :

photo

 

Il sera aussi l’un des premiers que la reine-mère remerciera :

 

Photo

 

Cette disparition tragique frappe ses anciens condisciples de l’Ecole nouvelle :

 

Bulletin des anciens

Elle frappe évidemment de plein fouet la famille et plus encore son jeune frère. Si le conseil de régence l’a désigné comme le successeur légitime de son frère, la question s’est posé de savoir s’il accepterait cette charge. Il semble qu’il ait souhaité rester en Suisse pendant encore deux ou trois ans afin de compléter son éducation…ou réfléchir sur son retour ? Son « gouvernement » et lui-même ont pu craindre pour sa vie puisqu’après le décès d’Ananda les Suisses organiseront une protection policière discrète. Par ailleurs Pridi aurait considéré qu’un retour à la monarchie était inopportun compte tenu de ce que le jeune prince était immature, remarquable mais surtout ridicule contradiction de la part de celui qui avait tout fait pour faire monter sur le trône en 1935 un gamin de 9 ans ! La reine mère par ailleurs ne s’est jamais gêné pour cacher son aversion et son mépris pour les politiciens au pouvoir, sous influence certainement des membres de la famille royale qui n’ont pas tous pardonné aux auteurs du coup d’état de 1932. Mais elle avait des raisons personnelles à cela : Lors de la désignation de son fils aîné comme roi, le gouvernement de ces pieux démocrates lui avait généreusement attribué  le titre de « Mère Sri Sangwan » (แม่ศริสังวาลย์) qui était à tout le moins désobligeant puisque soulignant ses origines roturières ! Lorsque sa fille avait en 1944 effectué un mariage « inégal », les mêmes démocrates l’avaient dégradée de son rang princier. Plus désagréable encore, lorsque le gouvernement avait créé en 1936 le « Crown property Bureau » (สำนักงานรัพย์สินส่วนพระมหาษัตริย์chargé de gérer les biens de la couronne un certain nombre de députés dont celui d’Ubonrachatani avait ouvertement posé la question de leur « redistribution » c’est-à-dire d’une spoliation pure et simple. Si enfin les circonstances susdites nous laissent à penser que la famille ne vivait pas dans la pauvreté et n’avait pas été contrainte de « tirer le diable par la queue », il semble que le gouvernement ait tout fait pour lui être désagréable, sur le plan financier tout au moins puisque, dès l’accession formelle de Bhumibhol sur le trône, dans une lettre à Pridi datée de 1946, le lieutenant-colonel Supphasawatwongsanit Sawatdiwat (พันโทหม่อมเจ้าศุภ สวัสดิ์วงศ์สนิทสวัสดิวัตน์) se plaignait des difficultés financières de la famille royale. Le refus potentiel de Bhumibhol de monter sur le trône a inquiété et plus encore les chancelleries soucieuses du devenir d’un pays (10).

Le roi se décide à rejoindre son pays et son trône en 1950.

Photo

Mais ces années les années lausannoises ont énormément compté. Il y vécut en famille jusqu’à 23 ans, des années qui comptent double. Il parle le français sans le moindre accent, alors mieux que sa langue maternelle dit-on. Il n’oubliera jamais son précepteur et grand frère qu’il couvrira d’honneurs et pas plus la ville de Lausanne.

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Il souhaitera que sa première fille naisse à la clinique de Montchoisi à Lausanne. A l’inverse de bien des souverains, l’ingratitude n’est pas l’un de ses défauts.

Au fil des 477 pages et des 22 chapitres de l’ouvrage de Lysandre C. Séraïdaris nous découvrons une famille qui n’est plus un « foyer clos, portes refermées, possession jalouse du bonheur ». Le roi a passé 17 ans de sa vie en Suisse francophone partagé entre l’influence de sa mère, son « gouvernement », probablement importante sinon pesante, celle, amicale, d’un précepteur hors pair, l’amour de sa sœur et celui – brisé – de son frère aîné, des études brillantes et la pratique de sports violents, des liens amicaux qu’il n’a jamais rompu et une passion pour la musique, une passion sans vices. Si nous étions de fins psychologues, nous pourrions penser qu’il y a là de quoi expliquer le déroulement de son règne qui ne fut assurément pas un long fleuve tranquille.

 

Notes

(1) Louis XIV qui n’a pas le record a régné 72 ans 110 jours.

(2) http://www.rajini.ac.th/.

(3) http://www.materdei.ac.th/2014/

(4) http://www.debsirinalumni.org/history.php?id_his=3&page=1&group=1

(5) พระบาทสมเด็จพระเจ้าอยู่หัว ๆ รัชกาลที่ ๙ และเจ้านายไทยในโลซานน์ publié chez Slatkine à Genève – ISBN 978 2 8321 0539 9 – cet ouvrage a fait l’objet d’une édition en français « Le roi Bhumibol et la famille royale de Thaïlande à Lausanne » publié en 2015 toujours chez Slatkine – ISBN  978 2 8321 0662 4.

(6) Nous en avons trouvé un bel exemple dans un article du 23 août 2008 du Figaro qui entre autres âneries, fait des princes les fils de Rama VII.

(7) http://www.ensr.ch/

(8) Birabongse Bhanudej est encore une figure atypique de la famille royale. Il fut l’un des plus grands « gentlemen-drivers » de son époque, connu pour son élégance : il portait un smoking sous sa combinaison de pilote. Il se lance dans le sport automobile en 1935 grâce aux finances de son cousin, le Prince Chula Chakrabongse (จุลจักรพงษ์) qui crée, après les premiers succès son écurie, la White Mouse Racing pour laquelle Bira choisit les couleurs de course du Siam, bleu pâle et jaune.

(9) Cet ouvrage a été publié par l’école Chitralada de Bangkok (ISBN 974 864 4 9) considérée comme l’école la plus élitiste du pays.

(10) Nous trouvons de nombreuses copies des télégrammes ou des correspondances confidentielles adressés par les légations anglaises ou américaines à leurs ministres de tutelle sur ces sujets brulants sur le site allemand « Chronik  Thailands » (กาลานุกรมสยามประเทศไทย) de Alois Payer pour les années 1946 et les suivantes.

 
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25 janvier 2016 1 25 /01 /janvier /2016 22:01
216- MAHIDOL  AYULYADEJ,  «  LE PRINCE  PÉRE », PÉRE DE RAMA VIII, ET DU ROI ACTUEL DE THAÏLANDE, BHUMIBOL  AYULYADEJ.

PRÉCURSEUR DE LA GUERRE SOUS-MARINE, PÉRE DE LA MÉDECINE THAÏE ET ÉPOUX EXEMPLAIRE.

 

Mahidol Adulyadej, Prince de Songkla (สมเด็จเจ้าฟ้ามหิดลอดุลยเดช กรมหลวงสงขลานครินทร์) ou Mahidol Adulyadej «  le Prince père » (สมเด็จพระมหิตลาธิเบศร อดุลยเดชวิกรม อดุลยเดชวิกรม พระบรมราชชนก) ou plus simplement  Mahidol Songkla était le père du roi Ananda Mahidol (Rama VIII) et du Roi Bhumibol Adulyadej (1).

 

Il était le 69ème enfant du roi Chulalongkorn, né le 1er janvier 1892  et le 7ème de la reine Savang Vadhana (สว่างวัฒนา). Sa mère adopta par ailleurs quatre autres princes de mères non princière (Chao Chom Manda เจ้าจอมมารดา) après sa mort; Parmi eux se trouvait le Prince Rangsit Prayulsak (รังสิตประยูรศักดิ์) devenu un ami très proche du prince pendant son enfance et qui jouera un rôle central dans sa future carrière.

216- MAHIDOL  AYULYADEJ,  «  LE PRINCE  PÉRE », PÉRE DE RAMA VIII, ET DU ROI ACTUEL DE THAÏLANDE, BHUMIBOL  AYULYADEJ.

Comme les autres fils du roi Chulalongkorn, le prince Mahidol a commencé ses études à l'Ecole Royale du Grand Palais et reçut le titre de Prince de Songkla à 13 ans. Il a alors été envoyé en Angleterre en 1905 où il passe un an et demi dans la très distinguée Harrow School, la prestigieuse école anglaise fondée en 1572 par la reine Elizabeth Ière (2).

 

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Dans la marine, un précurseur.

 

Son père l’envoie alors en Allemagne pour rejoindre la très prestigieuse Académie militaire supérieure des Cadets, à Grosz-Lichterfelde dont étaient issus tous les nobles officiers prussiens, princes en tête (3). 

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Peut-être y rencontra-t-il Herman Goering qui en sortit en 1911 

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ou Von Richtofen, le fameux « baron rouge » qui en sortit en 1912 ?

 

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Mais son demi-frère, le roi Vajiravudh, va diriger sa carrière vers la marine. Il en est des raisons fondamentales qui n’avaient certainement pas échappé au souverain.

 

***

 

L’histoire de la marine royale thaïe est en effet marquée par un premier événement tragique : le 31 mai 1880, la barque à bord de laquelle la reine Sunandha Kumariratana (สุนันทากุมารีรัตน์) fille du roi Mongkut et l’une des épouses Rama V et l’une de ses filles, se rendaient, à la suite du roi, au palais d'été de Bang Pa In (พระราชวังบางปะอิน - situé sur les rives du fleuve Chao Phraya, dans le district de Bang Pa In, au sud de la province d'Ayutthaya) chavira et elles périrent toutes deux noyées (4).

 

La stèle commémorative :

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Elle le fut en 1893 ensuite lors de l’incident de Paknam, lorsque les canonnières françaises menacèrent le palais royal de leur artillerie sans que la marine commandée par l’amiral danois auto-baptisé « de Richelieu » ait pu s’y opposer.

 

Cette histoire a été écrite par le Prince Damrong (5) : A l’époque du monarque, elle est pratiquement inexistante. Si l’on en croit le très classique ouvrage de référence, celui de Capitaine de Balincourt  en 1914 encore (6) il n’y a que trois bâtiments de guerre dignes d’intérêt, le Mahachakri construit en Angleterre en 1891 qui sert également d’embarcation royale, le Mahut Rajakumar construit aux Philippines et refusé par l’Espagne « pour être sans protection et son manque de vitesse » et le Suriya Mouthom utilisé par les douanes pour la surveillance côtière.

 

La marine manque de moyens, elle manque aussi d’officiers compétents.

 

***

Le prince entre alors à l'Académie navale impériale allemande de Flensburg-Mürwik (anciennement à Kiel). 

 

 

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Il y remporta un concours sur la conception des sous-marins. Vivant comme ses camarades lieutenants dans la marine impériale, en plus de ses études, il est affecté à un cuirassé allemand sur lequel il doit nettoyer les ponts et pelleter le charbon, et formellement dans la marine royale thaïe en 1912. 

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Il dut revenir en Thaïlande en 1914 au début de la première guerre et fut affecté à un poste d'enseignant à l'Académie de la Marine royale, manifestant son intérêt pour les petites unités, les sous-marins et les torpilleurs. Précurseur assurément … Les écoles traditionnelles attribuent alors un rôle prépondérant aux grosses unités, les cuirassés. L’expérience ultérieure donna malheureusement raison au Prince : Les Allemands ont démontré à partir de 1917 sur décision tardive de l’empereur Guillaume II et malgré l’état-major sclérosé de la Kriegsmarine l’efficacité diabolique de leurs U-Boote, petites unités discrètes, pratiquement invisibles, furtives avant la lettre, bien moins coûteuses que les cuirassés, franchissant facilement les lignes britanniques pour porter la guerre dans l'océan Atlantique (7). 

216- MAHIDOL  AYULYADEJ,  «  LE PRINCE  PÉRE », PÉRE DE RAMA VIII, ET DU ROI ACTUEL DE THAÏLANDE, BHUMIBOL  AYULYADEJ.
 

Il entra alors en conflit avec des officiers supérieurs, la plupart diplômés des écoles britanniques favorables aux grosses unités. Le prince préféra alors démissionner 9 mois après avoir rejoint la Marine. Une nouvelle carrière allait commencer.

 

Le père de la médecine thaïe :

 

Curieuse mais sympathique reconversion qui conduit le prince non plus à chercher de nouveaux moyens pour détruire des vies humaines mais à les sauver. Son demi-frère et ami le Prince Rangsit était directeur du collège médical royal (Rajapaethayalai ราชแพทยาลัย). 

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La pratique médicale était alors en retard par rapport aux normes occidentales. Le Collège et l'hôpital Sirirat (โรงพยาบาลศิริราช) était petits, bondés, sous-financés, en sous-effectif et mal équipés (8). 

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Rangsit, prince de « classe inférieure » pensait que la présence  d’une personne prestigieuse comme le prince Mahidol (prince « de première classe » né d'une mère fille de roi) soutiendrait ses efforts pour améliorer la pratique médicale et la santé publique en permettant de recueillir plus facilement des financements. Voyant la réaction indignée de Mahidol lors d’une visite de l'hôpital, Rangsit lui a demandé s’il voulait aider. N’ayant pas la moindre connaissance médicale, le prince fut d’abord réticent. Mais il finit par accepter  et  décida d’étudier cette science toute nouvelle pour lui : Nous le retrouvons alors à Cambridge dans le Massachusetts pour étudier la santé publique dans la prestigieuse université d’Harvard

216- MAHIDOL  AYULYADEJ,  «  LE PRINCE  PÉRE », PÉRE DE RAMA VIII, ET DU ROI ACTUEL DE THAÏLANDE, BHUMIBOL  AYULYADEJ.

Il demanda alors au Prince Rangsit de sélectionner quatre élèves pour le rejoindre : deux étudiants en médecine financés par lui et deux étudiants en soins infirmiers financés par sa mère. Arriva alors une étudiante en soins infirmiers de 18 ans, Sangwal Talabhat, sa future épouse dont il devint rapidement « très proche ». Elle revint avec lui en Thaïlande pour assister aux funérailles de la reine Saovabha (เสาวภาผ่องศรี), la mère de Rama VI, en 1919. Ils s’y marièrent avec la bénédiction royale au Palais Sapatham avant de retourner à Harvard. Il y reçut son diplôme en 1921. Après un passage en Angleterre, leur premier enfant, la princesse Galyani Vadhana (กัลป์ยาณิวัฒนา), naquit à Londres le 6 mai 1923.

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Il retourna en Thaïlande la même année pour occuper un poste de directeur général du Département de l'Université au ministère de l'Education. En dehors de ses fonctions administratives, il enseignait également son art aux du Collège médical royal. En 1925, il se rend à Heidelberg, en Allemagne pour subir un traitement des reins avant de retourner à Harvard pour continuer à étudier la médecine. C’est à Heidelberg que naquit son premier fils, Ananda, le roi Rama VIII, le 20 septembre 1925. 

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Son plus jeune naquit dans le Massachusetts le 5 décembre 1927. 

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Muni de tous ses diplômes, il retourne en Thaïlande en décembre 1928. Il s’empressa alors d’organiser un système de bourses pour les étudiants en médecine et en soins infirmiers. Souhaitant retourner à l'hôpital Sirirat pour y effectuer un stage, son statut princier lui posa un problème puisque considéré comme trop prestigieux. Sans se décourager, il choisit un autre hôpital dans un environnement moins guindé, l'hôpital missionnaire McCormick à Chiang Mai. Il y a travailla jour et nuit, comme médecin permanent. Ses patients l'appelaient affectueusement « หมอเจ้าฟ้า Mo Chao Fa » (« le prince médecin »). 

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Ses problèmes rénaux refirent alors surface. Trois semaines après avoir commencé à travailler, il se rendit à Bangkok pour assister aux obsèques d’un oncle et n'a jamais été en mesure de retourner à Chiang Mai. Il souffrait en réalité d’un abcès du foie. Il  mourut le 24 septembre 1929, au Palais Sapatham. Il n’était âgé que de 37 ans. Il reçut à titre posthume en 1934 le titre de « prince Père » (Somdejphra mahittalathibet Adulyadejvikromphraborommarajachanok - สมเด็จพระมหิตลาธิเบศอดุลยเดช วิกรม พระบรมราชชนก).

 

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Un époux exemplaire.

 

La Princesse Srinagarindra (ศรีนครินทรา) naquit le 21 octobre 1900 dans la province de Nonthaburi sous le nom de Sangwan Talapat (สังวาลย์ ตะละภัฏ) devenue officiellement Somdet Phra Srinagarindra Boromarajajonani (สมเด็จพระศรีนครินทราบ รมราช ชนนี) et affectueusement Somdet Ya (สมเด็จ ย่า), « la grand-mère royale ». Troisième de quatre enfants, son frère aîné et sa sœur moururent jeunes.

 

 

 

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A 9 ans, elle et son jeune frère perdent leurs parents. Ils sont confiés à la tutelle d’une tante, Suay, qui gagnait sa vie en faisant des bonbons et roulant des cigarettes. Circonstance exceptionnelle en cette époque, la mère de Sangwan savait lire et avait appris à sa fille. Elle l’inscrivit à l'école de filles du Wat Anongkharam (วัดอนงคาราม) dont l'abbé avait reconnu la nécessité pour les filles de recevoir une éducation.

 

 

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Elle a ensuite étudié à l’école Suksanari (ศึกษานารี) à Bangkok mais dû abandonner ses études faute de payement des frais de scolarité. 

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Elle lisait toutefois beaucoup en fréquentant un ami de sa tante qui tenait une bibliothèque de livres à louer. Nous la trouvons présentée à la cour royale où elle semble tenir un rôle de demoiselle de compagnie. Elle est alors envoyée à l’école Satri Wittaya (สตรีวิทยา) et vivait chez l’ancienne nourrice du Prince Mahidol

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Un malheureux accident avec une aiguille à coudre va changer le sort de son existence : envoyée chez le médecin de la cour, celui-ci l’héberge et lui demande si elle serait intéressée à suivre des études d'infirmière. Elle accepte. Elle se retrouve alors à l’école d’infirmière de l’hôpital Sirirat où, en guise d’incitation, chaque élève recevait 15 bahts par mois, somme alors modeste mais suffisante pour vivre. Elle n’avait alors que treize ans, trop jeune de deux ans mais ses qualifications lui permettent d’obtenir une dispense. Le durée des études est de trois ans et les élèves doivent s’engager ensuite envers l’hôpital pour une durée de trois ans. Elle obtient son diplôme en 1916 et rejoint l’équipe hospitalière. L’année suivante elle est choisie pour appartenir à l’équipe recrutée par le Prince Rangsit à la demande de son demi-frère Mahidol. Les préparatifs de ce voyage incluent six mois de cours intensifs d'anglais. Pour son passeport, elle a aussi besoin d'un nom de famille, dont l'utilisation n'est pas encore généralisée. Elle a adopté celui de Talapat. Elle quitte Bangkok le 13 août 1917 avec d’autres étudiants. Un voyage de six semaines les conduit à SingapourHong Kong, le JaponHawaii, et enfin San Francisco. Elle est hébergée un an dans une famille américaine, les Adamsens à Berkeley, qui la font assister au catéchisme du dimanche pour y apprendre la foi chrétienne. En 1918, elle rejoint Boston dans le Massachusetts avec d’autres étudiants. A la gare de Boston le 21 septembre 1918, le prince Mahidol est à l’accueil incognito. 

 

 

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Sangwan ignore qui il est. Mais à deux heures du matin, le jeune prince arrivé à la maison dit à son colocataire, Pradit Soukhoum (plus tard Luang Soukhoum Nayapradit) en le réveillant : « Les deux filles sont arrivés. Sangwan est vraiment très belle, sais-tu ? ». 

 

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Elle est effectivement ravissante et resta jusqu’à sa mort une vieille Dame d’une beauté surprenante. 

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Le Prince est épris, il participe aux cours de perfectionnement en anglais et se promène avec sa future dans les parcs pour observer les fleurs. Sangwan aime la nature et l'environnement naturel. L'approbation royale à cette union est accordée, et en 1919, lors d'une cérémonie privée, le prince Mahidol Adulyadej offre  une bague en diamant en forme de cœur. Après leurs fiançailles et le mariage, célébré en 1920 lors d’un voyage-éclair à Bangkok, le prince Mahidol fait apprendre à son épouse l'algèbre, le latin et le français. Il confie à une gouvernante américaine la charge de l'emmener visiter les musées et les galeries d'art. Le mariage fut suivi  d’un voyage de noces, un long périple dans divers pays européens avant le retour aux États-Unis. Le Prince Mahidol reprend ses études à Harvard et au « Massachusetts Institute of Technology » (MIT) à Boston ...

 

 

216- MAHIDOL  AYULYADEJ,  «  LE PRINCE  PÉRE », PÉRE DE RAMA VIII, ET DU ROI ACTUEL DE THAÏLANDE, BHUMIBOL  AYULYADEJ.

et son épouse des cours de soins infirmiers au « Simmons College » dans la même ville, où elle étudie la chimie et la diététique puis la santé scolaire.