Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
Nous avons publié cet article en 2014. Il fut d'actualité en janvier 2016 même si le coup de froid fut plus tardif et surtout plus bref. C'est pourquoi nous vous le livrons à nouveau.
Eh oui, en saison froide en Isan, il fait froid.
Soixante trois morts en Thaïlande (et au moins deux au Cambodge qui n’est pas épargné) des suites de la vague de froid dont les médias disent que c’était du « jamais vu depuis plusieurs décennies ». Un « courant froid venu de Chine » expliquent les doctes météorologues, ce qui nous fait une belle jambe et plus encore à ces malheureux.
Des millions de démunis dans ce pays, démunis face à la rigueur hivernale, avec la déclaration de « zone sinistrée » qui s’effectue lorsque la chute des températures autour de 15 ou 16 degrés provoque une forte augmentation des maladies respiratoires. Le gouvernement organise alors des distributions de couvertures pour ceux qui en ont besoin et même au bénéfice de ceux qui n’en ont pas besoin. Partout, on allume des feux à l’extérieur pour se réchauffer ; ni cheminées ni radiateurs ni eau chaude dans les maisons thaïes, pas de chauffage non plus dans la plupart des automobiles, même les plus couteuses. Les enfants pauvres n’ont pas de vêtements d’hiver.
L’administration se joint alors aux associations caritatives pour fournir de l’aide aux plus défavorisés.
Chaque année, la baisse des températures (ici à 15°, on a froid) fait des morts en Thaïlande, le plus souvent des personnes misérables et imbibées d’alcool qui s'endorment sans couverture ni vêtements chauds. Naturellement, les médias répètent à satiété que l’idée répandue partout dans le monde (l’alcool tient chaud) est une grave erreur. Mais ce n’est pas le froid qui les tue, c’est la rue (1).

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Cet hiver 2013-2014 a-t-il été « exceptionnellement froid », c’est ce que nous avons cherché à savoir.
Nous ne tenons pas de registre des températures enregistrées chez nous « sous abri » selon l’expression consacrée mais ce n’est pas la première année que nous avons eu froid, que nous avons bénéficié des distributions de couvertures (même dans les maisons habitées par un farang), que nous voyons dans les marchés locaux se multiplier les échoppes de vente de couettes ou de vêtements chauds « de seconde main » et que tous les matins s’allument dans nos villages ces « feux de camp » qui ont le double mérite de nous réchauffer les mains et de faire cuire le sacro-saint riz gluant.

Nos voisins thaïs les plus âgés (des septuagénaires) « en ont vu d’autres » sans pouvoir donner d’autres précisions « qu’il y a quelques années », à vue de nez, il y a 10 ou 12 ans.
Nous avons déjà lu pour vous les fameuses annales ou « chroniques d’Ayutthaya », pour constater qu’elles se désintéressent de la météorologie sinon pour parler de phénomènes naturels, (apparition de comètes, inondations, arcs en ciel, pluies diluviennes) dès lors qu’ils sont considérés comme des présages, bons ou mauvais.
Nos premiers chroniqueurs ne disent rien du climat, nous savons seulement qu’il est tropical et que les moustiques exaspéraient le chevalier de Forbin. Même La Loubère qui fut pourtant un observateur attentif, ne nous parle pas du climat. Monseigneur Pallegoix (à notre connaissance tout au moins) est le premier à être plus précis – il écrit en 1854 - en nous indiquant qu’en saison fraiche, sans autre précision ni de temps ni de lieu, la température peut descendre jusqu’à 10° (au dessus de zéro, bien sûr), une température agréable pour lui (il est né dans un petit village de la Côte d’or qui ne passe pas pour bénéficier d’un climat idyllique) mais évidemment un « froid intense » pour les Siamois (2).

Nous avons cherché d’autres sources concernant les années antérieures.
Nous savons ainsi que dans notre région, sur la période 1971-2000 c’est-à-dire trente ans, une durée significative, la température moyenne minimale dans le nord-est en saison froide est de 18,3°. Le record ? - 1,4° à Sakhon Nakhon le 2 janvier 1974, il y a donc très exactement 40 ans. La même année à Loei (qui semble avoir eu le record cette année) le thermomètre est descendu à 0,1 ° pour ne pas dire 0 et guère plus dans les autres provinces du nord-est. D’autres années ont été également caractéristiques d’un « froid intense », 1956 (comme en France, souvenez-vous les vieux !), 1999, 2007 (celle dont nous nous souvenons). Cela ne fait pas des décennies (3).
Nous avons des chiffres plus complets portant sur 62 ans. (Cf. (4) et (5).)
Puisque Sakhon était en tête en 1974, avec en plus en décembre 2003, plusieurs jours à – 3 et -4 °, un froid intense renouvelé en janvier 2004 et encore -1° tout au long mois du mois de février 2013 et ailleurs, 4° à Chayaphum en 1960, 3° à Mukdahan en 1963, 2° à Buriram et à Kamalasaï en 2005, 4° à Nakhon Phanom en 2009, etc…etc…
Pouvons-nous avoir des références historiques plus précises et plus anciennes bien que ne concernant pas notre région ? A Chiangmaï, le 8 février 1911, la température est tombée à 5° (6).
Bangkok aussi a été frappée par le froid et pas seulement cette année : 13° en février 1902, 12° en février 1904, 15° en février 1908, 6° « au siècle précédent » pour ne citer que des froids « extrêmes » tout étant évidemment relatif (7).
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N’ayant aucune compétence en météorologie ni l’un ni l’autre, nous nous garderons de tirer quelque conclusion que ce soit sur ce qui ne semble pas se situer dans le cadre d’un « réchauffement climatique ».

L’hiver de cette année a fait l’objet de multiples commentaires dans les médias d’abord, sur les réseaux sociaux ensuite, où ils se sont multipliés de façon exponentielle du seul fait que le nombre de résidents dans les provinces du nord-est se multiplie et que, venant souvent du centre ou du sud où le climat est plus clément, ils peuvent au premier abord être surpris (la belle affaire !) qu’en saison chaude, il fasse vraiment chaud, qu’en saison des pluies, il pleuve et qu’en saison froide, il fasse sinon froid, du moins frais, voilà bien un paramètre que nous n’avons pas signalé dans notre série sur l’installation en Isan ! (8).
Bref, cette année, nous avons eu froid, de façon peut-être inhabituelle mais certainement pas « exceptionnelle » (9).
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(1) Trois cent deux sans-abri morts dans la rue en France en 2012 et un judicieux rappel, l’appel de l’abbé Pierre du 1er février 1954 :
(2) Tome I de son « Histoire de Siam ».
(3) Référence :
http://www.tmd.go.th/en/archive/thailand_climate.pdf
(4) « Extreme minimum temperature during winter season in Thailand 62 year period (1951 - 2012 ) »
http://www.tmd.go.th/programs/uploads/tempstat/min_stat_latest_en.pdf
(5) Références : un site en espagnol, températures données en fahrenheit, conversion : 0° celsius = 32° f. et 100° celsius = 212° f. pour le reste, règle de trois, http://www.tutiempo.net/
(6) « Meteorological observations made in Chiangmaï – 1910-1914 » article du Dr A.F.G. Kerr dans le journal de la Siam Society, volume I de 1923. Arthur Francis George Kerr était un médecin irlandais installé à Chiangmaï dont la contribution aux sciences naturelles dans cette revue est abondante.
(7) Références : nombreux articles dans le journal de la Siam society du Docteur H. Campbell Highet qui a malheureusement cessé ses publications météorologiques en 1919.
(8) « S’installer dans un village Isan » et « Vivre dans un village Isan ». (Cf. 40, 41)
(9) Un classique évidemment, « L’imposture climatique ou la fausse écologie » de Claude Allègre (2010).
