Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
Nous avons vu qu’en 1238, le royaume de Sukkhotaï est considéré officiellement comme le premier véritable royaume thaï indépendant fondé par le roi Si Intharathit, qu’en 1833 le roi Mongkut (Rama IV) a découvert une stèle dite de Ramkhamhaeng datée de 1292 qui est considérée comme l'acte fondateur de la nation thaïe. Au-delà des polémiques et des contreverses qu’elle suscite, il nous a paru intéressant d’en connaître son contenu pour mesurer ce qui est jugé comme essentiel pour la dynastie Chakri.
Il faut savoir au préalable que le roi Ramkhamhaeng (dit Rama le Fort ou le Grand) (1239-1317), est le fils du fondateur le roi Si Intharathit, et a succédé en 1279 à son frère sur le trône du Royaume de Sukkhotai.
La stèle donc est de section carrée, d'une hauteur totale de 1,11 m. Les quatre faces gravées sont d'égales dimensions (0.59 x 0.35) et comprennent respectivement 35, 35, 27 et 27 lignes. On peut y voir 18 paragraphes dans une traduction française.
La structure du texte peut se lire ainsi :
« Autrefois, les thaïs n’avaient pas d’écriture, c’est en saka 1205, année cyclique de la chèvre, que le roi Ramakhamhèng fit venir un maître qui sut créer l’écriture thaïe. C’est à lui que nous en sommes redevables aujourd’hui »)
1/ On peut être étonné que l’on ait pu considérer la stèle comme une preuve historique tant l’ hagiographie est ici évidente.
Le roi Ramkamhaeng est : bon fils, grand guerrier, grand roi, sage et maître bouddhiste, créateur de l’écriture thaïe, et « le chef et le souverain de tous les Thaïs ».
Ses qualités : respectueux de ses parents, de ses sujets (même de ses prisonniers. Il ne les frappe pas. Sic), juste, généreux, équitable, savant, audacieux, hardi, énergique, fort…
Il règne sur un pays stable et prospère, où « les habitants font tous l’éloge du roi », et « se plaisent à observer les préceptes (bouddhistes) et à pratiquer l’aumône », ou « Tous les Ma, les Kao, les Lao, les Thaï des contrées lointaines et les Thai qui vivent le long de la rivière U et du Khong viennent lui rendre hommage ».
2/ On pourrait croire à une exagération de notre part. Nous sommes encore en deçà. Voyons les § 4 et 5 et la Politique du grand roi.
Ses sujets :
Le roi :
On se doute que dans ces conditions, comme il a déjà été dit : « Aussi les habitants de Sukkhotai en font l’éloge », et les autres cités « viennent lui rendre hommage » et le reconnaissent comme « le chef et le souverain de tous les Thaïs ».
2/ Nous pourrions aisément identifier les contradictions, rappeler la géopolitique des muangs, le jeu des alliances, l’existence des guerres ( la stèle commence en évoquant une attaque du seigneur Chon du muang de Chot), la société esclavagiste.
On peut imaginer que les cités ayant fait allégeance dans le dernier chapitre, (A l’est : Sra Luang, Song Kwae, Lambachaî, Sakha, les rives du Khong (Mékong), Wiangchan, Wiangkham. Au sud : Khonti, Phra Bang, Phraek, Suphannaphumi, ratchaburi, Phetchaburi, Sri Dhammaraja. A l’ouest : Muang Chot, Muang …n , Hongsawadi. Au nord : Muang Phrae, Muang Man, Muang N…, Muang, Phlua, et de l’autre côté du Khong, Muang Chawa) ne l’ont pas toutes faites au vu des seules qualités de ce Roi sublime.
L’Histoire ici est bien loin.
La stèle pour le moins propose un modèle idéal : un Roi exemplaire, une utopie politique, une religion bouddhiste observée par tous.
Elle montre une société :
Bref, la lecture de la stèle est d'importance et fournit des informations de première main sur le royaume de Sukkhotai en 1292.