Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
Le mouvement des Scouts, (les tigreaux, les luksuea) est créé le 1er juillet 1911 par Rama VI, et sera intégré au cursus scolaire dès 1913. Sa progression fut rapide et’en 1922, on pouvait compter 21 500 scouts dans 177 compagnies.
Le mouvement fut conçu comme la branche junior des Tigres royaux. Le roi en énuméra les principes basés sur la fidélité au souverain, l’amour de la Nation, et la loyauté à la communauté. Il indiquait qu’il s’agissait bien d’enseigner au plus jeune âge les qualités patriotiques défendues par les Tigres sauvages. Ils prenaient part aux exercices, aux parades et participaient aux manœuvres annuelles. Ils avaient également leurs exercices et pratiques spécifiques (camping, aide aux personnes, aux pompiers, travaux manuels de menuiserie, tissage, etc.) …
Ce mouvement est toujours intégré aujourd’hui au cursus des écoles, sur la base du volontariat et le roi est leur Chef. Ils seraient près de 1,5 million à prêter le serment devant le drapeau à « obéir aux chefs, être loyal au pays, la religion bouddhiste et au roi.
La filiation légitime du scoutisme thaï avec le mouvement fondé par Baden Powell.(1)
Les scouts de Baden Powell, corps paramilitaire hiérarchisé, ne peuvent être comparés aux scouts (éclaireurs) américains de la conquête de l’ouest, corps informel de marginaux sans scrupules, glorifiés et idéalisés dans les westerns (ah ce John Wayne !). Jim Bowie,
pour ne citer que lui, était un infâme trafiquant d’esclaves et sa célèbre « maitresse de fer » comme il qualifiait lui-même son coutelas forgé, dit-on dans du fer provenant d’un météorite, lui servit plus à égorger et scalper des Indiens qu’à trancher son pain, ils étaient de vrais « tigres sauvages ».

Pourquoi cette référence animalière ?
C’est à la lecture du « Livre de la jungle » que Baden-Powell (qui était très lié à Kipling), eut l’idée de donner aux jeunes une formation paramilitaire avec un contenu initiatique et symbolique. L’autobiographie de Baden Powell est intitulée « A l’école de la vie ». Il puise dans « Le Livre de la Jungle »
les thèmes majeurs du scoutisme : la vie de camp en plein air en respectant la nature ou l’art de suivre une piste. C’est une démarche spirituelle et essentiellement fraternelle, une éducation à la fraternité concrète et non spéculative.
Il est probable, sinon évident, que Rama VI lors de son long séjour en Angleterre a connu à la fois le scoutisme originaire et lu le « Livre de la jungle » qui fut un immense succès de libraire dès sa publication en 1894. Ce mouvement qui rassemble des millions de jeunes gens a été fondé par un homme qui aimait les garçons (trop a-t-on dit ?). Le personnage central du « livre de la junge », c’est Mowgli, « enfant de la veuve ».
Il fait son éducation hors l’univers des humains. Il est élevé par les loups dans une relation dialectique : les hommes sont des loups mais ici ce sont les loups qui assurent l’humanité en compagnie d’autres animaux qui assureront dans un processus graduel la formation du petit homme : Akela, Bagheera, Baloo, Kaa, Rama. Chacun de ces animaux va incarner une vertu à imiter pour devenir un homme. Akela est le loup solitaire, chef de la meute des loups qui décide de l’adoption de Mowgli dans son clan.
Il est le symbole du chef. Bagheera, la panthère noire, est la spécialiste de la chasse, qui l’enseigne à Mowgli.Elle est le symbole du courage. Baloo, l’ours, est le sage, il enseigne les lois et les coutumes de la jungle à Mowgli. Il est le symbole de la sagesse et de la justice.

Ne parlons que des « bons » et passons rapidement sur les « mauvais », par exemple les singes batailleurs, vantards et stupides. Le fameux poème « Si…tu seras un homme, mon fils » est devenu le credo du scoutisme mondial.
Toute cette symbolique que nous avons connue chez les scouts de France, on la retrouve, mot pour mot dans le scoutisme thaï.
Ce que nous avons lu dans le chapitre sur le scoutisme du manuel scolaire thaï « เตรียมสอบไล่ชั้นประกบปีที่ ๑» nous a rappelé étrangement l’ouvrage de Pierre Delsuc, « Étapes », écrit dans les années 30, sous-titré « Techniques de classes des Scouts de France » dont chaque scout avait un exemplaire dans son sac à dos !

Français, Anglais, Thaï et tous les autres prononcent toujours la « promesse » écrite par Baden Powell en effectuant le salut scout, bras droit levé devant le drapeau,
les trois doigts de la main droite levés et le pouce recouvrant l’auriculaire, le symbole des trois phrases de la promesse, le pouce recouvrant l’auriculaire le symbole d’une règle d’or, « le fort protège le faible ».
Il n’a rien à voir avec le salut fasciste le bras tendu
et moins encore avec celui d’Hunger games !

Le texte de Baden Powell est le suivant :
Sur mon honneur, je promets de faire tous mes efforts pour :
1° Remplir mes devoirs envers Dieu et envers le Roi ;
2° Aider mon prochain en toutes circonstances;
3° Observer la Loi Scoute.
Celui des Scouts de France est le suivant :
Sur mon honneur, avec la grâce de Dieu, je m'engage :
1 à servir de mon mieux, Dieu, l'Eglise et la Patrie ;
2 à aider mon prochain en toutes circonstances ;
3 à observer la Loi Scoute.

Celui des Scouts thaïs est le suivant :
Sur mon honneur, je promets de faire tous mes efforts pour:
1° Remplir mes devoirs envers Bouddha et envers le Roi ;
2° Aider mon prochain en toutes circonstances;
3° Observer la Loi Scoute.
Quant à la « Loi scoute » en dix points, jugez donc si elle traduit la sauvagerie du tigre :
- On peut compter sur l’honneur d’un scout,
- Le scout est loyal envers le roi (la patrie en France), ses officiers, ses parents, ses employeurs et ses employés,
- Le scout a le devoir d'être utile aux autres et de leur venir en aide,
- Le scout est l'ami de tous et le frère de tous les scouts à quelque classe sociale qu'ils appartiennent,
- Le scout est courtois,
- Le scout est l’ami des animaux,
- Le scout obéit aux ordres de ses parents, de son chef de patrouille ou de son instructeur, sans poser de questions,
- Le scout sourit et siffle quand il rencontre une difficulté,
- Le scout est économe,
- Le scout est pur dans ses pensées, dans ses paroles et dans ses actes.

Nous sommes aux antipodes des « tigres mangeurs d’homme »
ou des loups égorgeurs de brebis des Alpes françaises
(les petits scouts de France sont des « louveteaux » et non des « tigreaux »).

Le mouvement a pu connaitre des dérives, dans le sens de l’ultranationalisme : une formation paramilitaire au sens large : organisation structurée : patrouille de 7 ou 8 commandée par un chef de patrouille et portant traditionnellement le nom d’un animal, troupe comprenant plusieurs patrouilles commandée par un chef de troupe, uniforme quasi-militaire, discipline stricte, lire une carte, utiliser une boussole, survivre dans la nature, établir un camp, chansons de marche plus ou moins militaires, etc …), mais les scouts de France n’étaient pas armés !
La création par Rama VI du « corps de tigres marins » (les premiers scouts marins au monde) équipés de 4 canots automobiles rapides susceptibles de recevoir des canons (mais ils n’étaient pas armés lorsque le Prince Damrong écrit en 1931 son « histoire de la marine de guerre siamoise » semble ressortir de ces dérives. Mais lorsque Mussolini le premier a interdit le scoutisme pour le remplacer par le corps des « enfants de la louve »
pour les plus jeunes, des « Balillas » jusqu’à 14 ans, de petites chemises noires,
et Hitler ensuite au profit des « jeunesses hitlériennes »
l’ « organisation mondiale du scoutisme » a refusé de considérer ces mouvements comme des mouvement scouts et le Vatican d’une part pour l’Italie et l’Allemagne, la hiérarchie protestante pour l’Allemagne, ont émis de virulentes protestations à l’encontre de cet embrigadement.
Rien de tel à l’égard du scoutisme thaï qui appartint à l’organisation dès sa création en 1920 et n’en a jamais été exclu. Baden Powell (piégé par Ribbentrop) a probablement rencontré de façon informelle dans les années 30 des représentants des « Hitlerjungend » (qui pour certains furent de véritables « tigres sauvages ») mais expressément refusé une rencontre avec Hitler.
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Les scouts de France, fidèles à leur promesse et à leur tradition « chevaleresque », ont payé un lourd tribut à leur patrie lors de la seconde guerre mondiale (la fondation date de 1920), dans la résistance, en Indochine et en Algérie, payant lourdement l’impôt du sang. Ils n’ont pas été recensés mais le mémorial des scouts morts pour la France est en cours d’élaboration.
Depuis les réformes conciliaires de l’Eglise catholique dans les années 60, le mouvement a connu des déchirements qu’il n’est pas de notre propos d’approfondir, chacune des associations existantes actuellement (Scouts de France,
Scouts unitaires de France,
Scouts d’Europe
et d’autres plus marginales) se prétendant seule détentrice de la tradition de Baden Powell.
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Le scoutisme thaï, l’un des premiers à avoir été fondé au monde, a échappé à ces errements, le Roi en est – formellement - le chef suprême
et a reçu en 2006 la suprême récompense, le « Loup de bronze » distinction décernée par le Comité mondial de scoutisme en reconnaissance de services exceptionnels rendus par une personne au Scoutisme, récompense qui n’a été décernée que 320 fois depuis sa création en 1935.

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(1) Notons tout d’abord que nous avons délibérément mis entre guillemets les mots « tigres sauvages » dans notre article précédent, bien que ce vocable soit utilisé de façon systématique par de nombreux auteurs français, car il peut sous- entendre une conation de sauvagerie qui est aux antipodes de l’esprit du scoutisme. เสือป่า – la traduction de Louis Finot que nous avons citée dans l'article précédentest la seule bonne, ce sont les « tigres de la jungle ».