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Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.

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H 85 - L’HISTOIRE DU CANON GÉANT « PHAYATANI » DE PATTANI (ปืนใหญ่พญาตานี).

 

Il est un trophée de la victoire des Siamois sur la dissidence de Pattani, placé au milieu d'autres canons devant l’ancien ministère de la guerre, désormais transformé en musée. Il est au centre du drapeau de la province (ci-dessus) porteur d'une signification différente

 

 

 

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Les canons placés sur l’esplanade sont trois douzaines et ont fait l’objet d’une étude circonstanciée de C. A. SEYMOUR SEWELL, M. A. « NOTES ON SOME OLD SIAMESE GUNS » publié dans le numéro 15-1 du Journal of the Siam society. Une longue notice lui est consacrée car il est le plus grand de ces canons Le numéro suivant du journal contient d’ailleurs un article sur sa fonte, puisqu’il provient incontestablement de Pattani (Pattani Guns and Foundry Site.) Un article plus récent de Pierre Leroux, spécialiste incontesté de la région du sud musulman de la Thaïlande, a été publié dans le Bulletin de l’École française d’extrême orient de 1998 « Bédé kaba' ou les derniers canons de Patani ». Il évoque toutes les hypothèses relatives à l'origine du canon géant. J’ai par ailleurs trouvé de précieuses précisions sur la page Facebook de notre ami Mina qui nous narre l’histoire de ce canon géant. Il en est d’autres versions. La sienne repose sur l'analyse des chroniques ou des annales malaises et siamoises.

 

 

Le responsable principal de la construction (ou plutôt de la fonte) de le canon serait Khun Lim Toh Khiam (ท่านลิ่มโต๊ะเคี่ยม)

 

 

et accessoirement Khun Lim Ko Niao (ท่านลิ้มก่อเหนี่ยว). Le premier était un pirate chinois qui - après avoir ravagé toutes les côtes de la région et avoir fait une immense fortune - s’installa à Pattani. Il y épousa la fille du sultan, se convertit à l’Islam. Il aurait construit un canon pour la reine et serait mort dans les années 1580. Ç’aurait été sous le règne de Racha Biru (ราชาบีรู)

 

 

(1566 - 1624), l’une des cinq grandes reines de Pattani. Confrontée à une hypothétique menace siamoise, elle aurait sollicité ou lui aurait de fondre trois énormes canons dont celui de notre histoire. Il est l'orgueil de la province actuelle dont il rappelle un passé glorieux et figure sur son sceau officiel depuis les années 1930. On associe au nom de Khun Lim Toh Khiam celui de Khun Lim Ko Niao. Elle était sa sœur cadette Lim Ko Niao (เจ้าแม่ลิ้มก่อเหนี่ยว). Elle s'est suicidée après avoir été incapable de convaincre son frère de rentrer dans leur pays natal. Elle est dans la communauté chinoise de Pattani vénérée comme une déesse. Elle y a son sanctuaire appelé Sala Chaomae Lim Ko Niao (ศาลเจ้าแม่ลิ้มก่อเหนี่ยว)

 

 

Le sort de ces cannons pendant près de deux siècles, reste inconnu.

 

Survint ce que les Thaïs appellent la » guerre des neufs armées » (สงครามเก้าทัพ) sous le règne du roi siamois Bouddha Yodfa Chulalok (สมเด็จพระพุทธยอดฟ้าจุฬาโลก), le premier de l’actuelle dynastie.

 

 

En 1785, le roi birman Padung (พระเจ้าปดุง) partit à la conquête du Siam et envoya une gigantesque armée attaquer le pays dans cinq directions.

 

 

La première armée attaqua les villes de la côte ouest, en particulier Thalang (ถลาง) au nord de l’île de Phuket (ภูเก็ต). Les Siamois ne pouvaient faire face sur ce front devant affronter les Birmans à Kanchanaburi (กาญจนบุรีป et au nord à Nakhon Sawan (นครสวรรค์) ; Toutes les villes furent investies depuis Chumphon (ชุมพร) jusqu'à Nakhon Si Thammarat (นครศรีธรรมราช). Ils échouèrent toutefois à Thalang devant la résistance animée par les deux sœurs Thao Thep Satri et Thao Sri Sunthon (ท้าวเทพสตรี et ท้าวศรีสุนทร), les deux héroïnes de Phuket qui sont à la Thaïlande ce que Jeanne d’Arc est aux Français.

 

 

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L’armée siamoise était sous la direction du Krom Phra Rajawang Bowon (กรมพระราชวังบวรฯ), frère du roi.

 

 

Celui-ci, arrivé à Songkla (สงขลา) envoya une lettre au gouverneur de Pattani (พระยาตานี) pour lui demander son soutien, ce que celui- ci refusa alors que les autres gouverneurs des cités tributaires (Phraya Sai Buri – พระยาไทรบุรี, Phraya Kelantan - พระยากลันตัน, Phraya Terengganu - พระยาตรังกานู) avaient accepté. Il fallut donc attaquer Pattani. La ville tomba aux mains des Siamois malgré ses canons. L’armée birmane était par ailleurs vaincue non peut-être par la force des armes, mais elle dut rebrousser son chemin faute de ravitaillement. Quel que soit le génie de celui qui commande une armée d’invasion, la question de son ravitaillement loin de ses bases reste sa faiblesse, Napoléon en fit l’amère constatation lorsqu’il prétendit envahir la Russie.

 

 

 

Une fois disparues les armées birmanes, Krom Phra Rajawang Bowon depuis Songla se souvient que les états malais frontaliers étaient tributaires du Siam – volens nolens peut–être – depuis des siècles et ne manqua pas de rappeler aux princes malais leurs obligations.

 

 

Les deux canons géants ne canonnèrent probablement pas. Avec le troisième, ils furent prise de guerre au profit des Siamois. Le premier canon géant est celui qui se trouve à Bangkok, le second tomba au fond de la mer à son chargement, il y est toujours, dans la vase. Des recherches entreprises pour le localiser furent vaines. On ignore ce que devint le troisième.

 

 

Le nom du premier « Phaya Tani » que l’on peut traduire par « la reine Tani » tient à l’une des légendes attachées à sa fonte. Pattani était alors dirigée par un gouverneur (เจ้าเมือง),

 

À l'origine, la ville avait un gouverneur qui dirigeait la ville. Plus tard, le gouverneur est décédé. L'épouse du gouverneur qui dirigeait la ville s'appelait Nang Phaya Pattani . A sa mort Nang Phaya Pattani (นางพญาปัตตานี) prit la décision de faire fondre trois canons en laiton dans un sous-district près de Ban Ka se (บ้านกะเสะ) actuellement Kru Se (กรือเซะ).

 

 

Le premier fut baptisé du nom de son initiatrice, Nang Pattani (นัง ปัตตานี) ou encore Si Pattani (ศรีปัตตานี).

 

Le second s'appela Si Nagri ou Si Nakara (ศรีนัครี - ศรีนัครา) est enfoui dans la la vase au fond de l'eau. Des tentatives pour le récupérer sont restées vaines .

 

Le troisième fut Maha La Lo (มหาหล่าหลอ). On ignore ce qu'il devint et il n'apparaît pas dans l'inventaire de C. A. SEYMOUR SEWELL, M. A

 

 

LE CANON, DEVENU SYMBOLE DE LA PROVINCE

 

 

Son image est brandie par les irrédentistes de la province. Il ne semble toutefois pas que celui qui subsiste ait jamais envoyé ni mitraille ni boulet contre les ennemis, il n'est donc pas contrairement à ce qu'on pourrait pense, un symbole martial ou sanguinaire.

 

 

Par contre, il semble acquis que Pattani ait un solide passé, ville spécialisée dans le fonte des canons qui auraient été exportés en particulier au Japon. La question des artisans responsables de cette réputation reste posée. Pattani accueillait de par sa position privilégiée, des visiteurs de tous les pays du monde, Japonais et Chinois, mais aussi Turcs, arabes et Européens, Portugais et Hollandais.

 

 

De quelle communauté étaient issus ces artisans ? Les Chinois furent les premiers inventeurs des « bouches à feu », il est donc normal d'en faire les premiers artilleurs de Pattani, installés et convertis à l'Islam et totalement intégrés mais l'hypothèse de fondeurs Turcs ou arabes a également été évoquée ?

 

Quoiqu'il en soit, les irrédentistes de Pattani revendiquent haut et fort le retour de cette arme symbolique dans la province. Les autorités ont toujours refusé . Mais une satisfaction partielle leur fut donnée et le 2 juin 2013 une réplique construite sous la direction du Dépotement des beau malgré la colère de nombreux habitants. Elle fut détruite par une bombe quelques jours plus tard, considérée comme un « faux ridicule »

 

 

 

et symbole de honte et d’assujettissement. Si j'en crois les articles publiés dans le Bangkok Post et The nation dans des articles du 11, cela ne surprit personne.

 

Mais fut-il vraiment un canon qui servit à canonner et à distribuer des obus et de la mitraille aux ennemis ?

 

Ses dimensions sont impressionantes, long de 22 pieds 7 pouces soit 6,88 mètres, son calibre à la bouche est de 9,5 pouces, soit 24 centimètres et il est épais de 4 pouces soit 10 centimètres . Il devait donc peser aux environs d'une tonne. Il est monté sur un affût en bois avec quatre roulettes. Il ne pouvait donc pas servir de canon de campagne, impossible à déplacer avec ses minuscules roulettes compte tenu de la voirie de l'époque.Je note d'ailleurs que l’affût actuel photographié par Leroux en 1998

 

 

est différente de celui photographié en 1921 par C. A. SEYMOUR SEWELL, M. A. Ce n'est donc pas l’affût d'origine ?

 

 

Cette arme correspond peu ou prou aux canons de Louis XIV de calibre 36, les plus gros de son artillerie qui sur mer armaient les plus gros de ses navires de guerre, ce qui n'était pas le cas à Pattani dépourvue de flotte de guerre et sur terre étaient utilisé comme canons de siège ce qui ne tut pas le cas en l'espèce, et de façon statique comme canons de batteries protectrices mais rien ne permet de dire qu'ils aient eu quelle utilité dans la bataille contre les Siamois ? Tout au plus les roulettes servent à amortir le recul au moment du tir. L'effet utile des canons géants de ce temps n'était et ne pouvait être aucunement en rapport avec les dépenses considérables de leur fabrication ; l'art de travailler le bois et le fer avait fait à cette époque bien peu de progrès ; on se trouvait dans l'impossibilité la plus complète de donner à ces canons des affûts proportionnés à leur taille, assez résistants et n'ayant cependant pas un poids exagéré, puis d'installer le mécanisme nécessaire à leur service et à leur transport. Il va sans dire que, dans ces circonstances, il ne pouvait être question de changer ni la direction, ni l'inclinaison primitive de la pièce ; si l'ennemi ne se trouvait pas exactement dans le plan de tir, on était réduit à attendre cet heureux hasard ou bien encore à tirer en l'air en priant sainte Barbe, patronne des artilleurs, de vouloir bien intervenir et diriger le projectile vers le but qu'on désirait atteindre.

 

 

La poudre était mauvaise, et l'âme non rayée et les boulets étaient d'une forme passablement irrégulière; de sorte que la précision du tir n'entrait guère en considération. Aussi chaque coup tiré mettait toute la contrée en éveil, et laissa ainsi une large part aux suppositions sur l'intervention de sainte Barbe malheureusement inconnue des musulmans de Pattani.

 

 

Si on ne trouve trace d'utilisations guerrières du ou des canons géants, l'hypothèse d'une utilisation toute pacifique est évoquée par Leroux. Au travers de ces armes de parade et de prestige, les rajas les faisaient gronder, par des tirs à blanc, pour annoncer les événements majeurs du sultanat, jours fériés, début et la fin du jeûne du Ramadan, fête des pèlerins de La Mecque...

 

 

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