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Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.

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A 503 - LA FEMME, SA SERVANTE ET LE MOINE : UN VAUDEVILLE SIAMOIS VIEUX DE 600 ANS

 

La « légende de Khun Chang Khun Phaen » (เรื่องขุนช้างขุนแผน) est née  probablement à l’époque d’Ayutthaya, peut-être sur des fundaments historiues du XIV ou du XVe siècle. Elle a fait l’objet d’une surabondante littérature, savant, érudite, populaire ou enfantine, de spectacles de théâtre traditionnel ou de danses, de films, de bandes dessinées ou de dessins animés. La multitude des épisodes plus ou moins indépendants les uns des autres et souvent divergents selon les versions, le favorise. Nous lui avons consacré un article (voir en notes).

 

 

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Kukrit Pramot (คึกฤทธิ์ ปราโมช) joua un rôle dans l’orbite politique de son frère Séni (เสนีย์) qui fut premier ministre de 1973 à 1975. Il est surtout une véritable institution de la littérature thaïe contemporaine.

 

 

Nous avons consacré un article au seul de ses ouvrages qui a été traduit en français (voir en notes).. Les Thaïs lui sont redevables d’un Khun Chang Khun Phaen  qui n’a jamais été traduit, écrit en 1989 en langage contemporain (ISBN 974-690-166-4).

 

 

Un épisode en est l’histoire d’une esclave, mais peut-on bien parler d’esclave, la dame Saithong (นางสายทอง) ? Son sort n’a rien à voir avec celui des esclaves américains et de la « Case de l’oncle Tom ».

 

 

On l’appelle « Nang », ce qui signifie tout simplement « Madame », la terminologie est significative, un sujet de droit – fut-il siamois - n’est pas un objet de droit ! Kukrit utilise cet épisode pour démontrer un aspect particulier de l’esclavage à cette époque et aussi les qualités que l'on attend d'un bon serviteur ou d'une bonne servante..

 

 

Elle est donc un personnage de l’interminable histoire de Khun Chang Khun Phaen (เรื่องขุนช้างขุนแผน).

 

 

Esclave de la dame Sriprachan (นางศรีประจัน) ?

 

 

Elle était esclave certes mais surtout gouvernante de la demoiselle Pimpilalai (นาง พิมพิลาไลย) appelée aussi Wanthong (นางวันทอง), future épouse de Khun Phaen (ขุนแผน),

 

 

fille de la dame Si Prachan et de Pansornyotha (พันศรโยธา),

 

 

un couple de riches commerçants de Suphanburi (สุพรรณบุรี).

 

Nang Saithong était une esclave vendue (par ses parents ?) à la dame Si Prachan lorsqu'elle était jeune enfant. Une esclave ? « Esclave sans rachat » C'est-à-dire qu'après avoir reçu L'argent, la personne tombée en servitude accepte de ne pas utiliser la possibilité de se racheter pour être à nouveau libre. Telle est la nature singulière de l'esclavage au Siam à cette époque. Même si elle était esclave, Saithong était autorisée à manger, vivre, dormir, se marier voir enfanter, dans la maison de ses maîtres, effectuer des travaux rémunérés en dehors de son service  avec pour seule tâche de prendre soin de l’éducation de Pimpilalai qui avait quelques années de moins qu'elle. Elle fut en vérité son véritable maître à penser, sa gouvernante et souvent sa complice.

 

 

La rencontre avec Khun Phaen

 

Par  ailleurs Plai Kaew  (พลายแก้ว), le nom d’origine de Khun Phaen, avait été ordonné novice au Vat Pa Lelai (วัดป่าเลไลยก์) à l’époque de Songkran, le nouvel an bouddhiste.(สงกรานต์) un très ancien temple toujours en activité

 

 

et situé dans le district et la province de Suphan Buri (อำเภอเมื, งสุพรรณบุรี จังหวัดสุพรรณบุรี).

 

 

C’est une époque privilégiée pour les prêches et les sermons, la tradition Mahachat (ประเพณีการเทศน์มหาชาติจัด). Le moine qui devait prononcer l’homélie, Kanmatri (กัณฑ์มัทรี) était souffrant et ce fut le novice qui prononça un sermon qui subjugua le public. Pimpilalai était venue assister à la cérémonie probablement accompagnée de sa gouvernante.

 

 

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Magie du verbe ! Enthousiaste, elle ôta la doublure rose de sa jupe, la plia et la déposa sur le plateau des offrandes. Le novice lui aussi avait été fasciné.

 

Amoureux, il partit le lendemain quérir l’aumône du matin au domicile de Pimpilalai. Il la rencontra en compagnie de Saithong. Pimpilalai et le moinillon se souvinrent alors qu’enfants, ils avaient souvent joué ensemble « au mari et à la femme » mais que la vie les avait séparés. Le novice invita alors les deux demoiselles à venir lui rendre visite au temple. Elles passeraient pour des Sikas (สีกา ou อุบาสิกา ubasika), des dévotes bouddhistes sinon des bigotes.

 

 

Ainsi fit la seule Saithong. Le novice lui demanda d’organiser une rencontre avec Pimpilalai dans le champ de coton derrière la maison de la dame Sriprachan, Saithong fut étonnée de cette demande qui ne lui paraissait pas conforme aux traditions. Le novice lui promit alors que lorsqu’il serait devenu l’époux de Pimlalai, elle partagerait elle aussi ces fonctions avec sa maitresse, ce qui convint à Saithong. Elle conduisit donc Pimlalai dans le champ de coton afin qu’ils se retrouvent tous trois. Avant cela, le jeune novice avait demandé à l’abbé du temple l’autorisation de quitter son état de novice. Après cette rencontre amoureuse, le novice revint au temple  mais reprit son état de novice ! Il est vrai qu’à cette époque les simples novices n’étaient pas astreints aux règles strictes de la vie monastique mais seulement aux dix commandements que doit respecter tout bon bouddhiste. Au cas où ils avaient failli, il n’y avait pas de sanction et ils pouvaient redevenir novices.

 

 

Ainsi donc, après donc que Plai Kaew fut redevenu novice, Saithong allait le voir régulièrement dans son monastère pour lui apporter de la nourriture. Ils discutaient longuement et le novice pensa utiliser Saithong pour entrer en contact avec Pimpilalai en marivaudant pour la séduire mais celle-ci était réticente. Il prit alors des noix de bétel et prononça des incantations magiques (มหาละลวย).

 

 

Lorsque Saithong eut mangé les noix, elle se transforma en une autre personne qui ressentit de l’amour pour le novice dont elle devint l’épouse, « dormir ensemble, c’est mariage, ce me semble » ? Ils commencèrent alors à avoir des relations sexuelles régulières dans l’enceinte du temple. Un moine passa un jour devant la cellule qui abritait leurs ébats et, entendant un bruit inaccoutumé, jeta un œil par le trou de la serrure. Il alla alors chercher l’abbé du temple. Celui- ci – furieux- se précipita dans le quartier des novices avec un bâton, fit irruption dans la cellule et les frappa tous deux à tour de bras. Les amoureux prirent alors la fuite dans des directions différentes.

 

Le novice, brisé par les coups, ne retourna pas dans son monastère. Il se rendit dans le même district au temple Vat Khae (วัดแค) – toujours en activité -  

 

 

.... et devint le disciple de l’abbé Khong (สมภารคง) pour y étudier la doctrine. Cet abbé était une connaissance de sa mère, Nang Thongprasri (นางทองประศรี), elle-même célèbre pour ses pouvoirs magiques.

 

 

A cette même époque, nous retrouvons Khun Chang (ขุนช้าง) qui avait demandé la main de Pimpilalai sur la suggestion de Sriprachan séduite par la richesse du dit Changm riche mais laid

 

 

Non seulement Pimpilalai refusa de le rencontrer mais se mit à l’insulter au travers de la porte de sa chambre. Elle demanda alors à Saithong de la conduite au Vat Khae pour y retrouver le novice Plai Kaew  et lui conter cette mésaventure. Il quitta aussitôt sa robe monastique et pria sa mère d’aller demander la main de Pimpilalai dans les formes traditionnelles.

Pimpilalai épouse Plai Kaew

 

Cependant, en attendant la réponse à la demande en mariage, Plaiaew venait secrètement rendre  des visites nocturnes à Pimpilalai dans la maison de sa mère Si Prachan. Saithong lui ouvrait t la porte et le cachait sous une couverture pour qu’on ne le remarque pas. Il se passa ce qui devait se passer, on s’en doute. Lorsque Pimpilalai se fut endormi, le novice infatigable quitta sa chambre et rejoint celle de Saithong où il se passa ce qui devait se passer mais si les rapports avec Pimpilalai avaient été très tendres, ceux-ci furent fougueux.

 

 

Pimpilalai se réveilla alors et ne trouvant point Phlai Kaew, dans sa chambre, se rendit dans cette de sa gouvernante où elle découvrît ce que l’on devine. Les deux femmes se battirent à mort mais le bruit réveilla Si Prachan qui se rendit dans la chambre de Saithong. Celle-ci lui expliqua de ne pas s’inquiéter. Un chat avait renversé la lampe à pétrole et qu’elle avait eu toutes les peines du monde à le chasser. Si Prachan retourna se coucher.

 


Pimlalai épousa son novice. Il reçut alors le titre de Khun Kaew. La vie suivit son cours mais Saithong conserva son rôle de gouvernante de Pimlalai, l’harmonie régnant à nouveau dans ce ménage à trois. Les femmes se sont donc réconciliées mais comme chacun sait « souvent femme varie et bien fol qui s’y fie »

 

On ignore toutefois si Saithong y joua un rôle plus intime ? L’histoire est digne d’une comédie de Courteline jouée avec Sacha Guitry Elle s’arrête là jusqu’à ce qu’on retrouve aux cérémonies funéraires de Pimlalaï.

 

Peut-on vraiment en parlant de Saithong parler d’esclave ? Elle joue le rôle de ces « suivantes » de Molière qui favorisent les amours de leur maitresse en cachant au besoin l’amoureux sous une couverture. Molière ne pouvait toutefois pas, censure féroce obligeait, faire jouer à la suivante un rôle confidentiel mais n’y avait-il pas pensé ?

Mais ne nous voilons pas la face, derrière cette catégorie d’esclaves favorisés, il y en avait aussi d’autres qui l’étaient moins, ceux qui l’étaient devenu comme sanction en particulier, de véritables forçats.

 

Par ailleurs, il n'y a rien pour choquer notre morale traditonllle; Kukrit était de sang royal. Tout les monarques de la présente dynastie, au monis jusqu'au cinqiuème eurant en général au moins quatre épouses principales outre les secondaires et les simples concubines. Il en est au moins une raison, compte tenu de l'effroyable mortalité infantile qui sévisait à l'époque, c'était avoir la certitude que la succession se perpétuerait. Rama V, le grand homme de la dynastie eut de ses épouses six douzaines d'enfants dont la moitié de mâles successibles. De cette trois douzaines de succesibles potentiels, il ne subsiste actuellement que la descendance d'une petite douzaine. Et la polygamie ne fut interdite qu'il n'y a pas plus de cent ans.

 

Le roi Rama V abolit l’esclavage par étapes et fit de tous les Siamois des citoyens par son dernier acte de 1905.

 

Les érudits estiment que les deux temples datent au moins du XVe siècle  ce qui permet de situer l’origine de la légende à cette époque sans plus de précisions.

 

 

 

 

 

 

 

Pimlalai épousa son novice. Il reçut alors le titre de Khun Kaew. La vie suivit son cours mais Saithong conserva son rôle de gouvernante de Pimlalai, l’harmonie régnant à nouveau dans ce ménage à trois. Les femmes se sont donc réconciliées mais comme chacun sait « souvent femme varie et bien fol qui s’y fie » 

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On ignore toutefois si Saithong y joua un rôle plus intime ? L’histoire est digne d’une comédie de Courteline jouée avec Sacha Guitry Elle s’arrête là jusqu’à ce qu’on retrouve aux cérémonies funéraires de Pimlalaï.

 

Peut-on vraiment en parlant de Saithong parler d’esclave ? Elle joue le rôle de ces « suivantes » de Molière qui favorisent les amours de leur maitresse en cachant au besoin l’amoureux sous une couverture. Molière ne pouvait toutefois pas, censure féroce obligeait, faire jouer à la suivante un rôle confidentiel mais n’y avait-il pas pensé ?

 

Mais ne nous voilons pas la face, derrière cette catégorie d’esclaves favorisés, il y en avait aussi d’autres qui l’étaient moins, ceux qui l’étaient devenu comme sanction en particulier, de véritables forçats.

 

 

Par ailleurs, il n'y a rien pour choquer notre morale traditonllle; Kukrit était de sang royal. Tout les monarques de la présente dynastie, au monis jusqu'au cinqiuème eurant en général au moins quatre épouses principales outre les secondaires et les simples concubines. Il en est au moins une raison, compte tenu de l'effroyable mortalité infantile qui sévisait à l'époque, c'était avoir la certitude que la succession se perpétuerait. Rama V, le grand homme de la dynastie eut de ses épouses six douzaines d'enfants dont la moitié de mâles successibles. De cette trois douzaines de succesibles potentiels, il ne subsiste actuellement que la descendance d'une petite douzaine. Et la polygamie ne fut interdite qu'il n'y a pas plus de cent ans.

 

Le roi Rama V abolit l’esclavage par étapes et fit de tous les Siamois des citoyens par son dernier acte de 1905.

 

 

Les érudits estiment que les deux temples datent au moins du XVe siècle  ce qui permet de situer l’origine de la légende à cette époque sans plus de précisions.

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