Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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Lorsque nous avons parlé de Sunthorn Phu (สุนทรภู่) (1786-1855), considéré de façon unanime comme l’un des plus grands poètes thaïs, et le plus grand poète des Rattanakosin (กวีเอกแห่งกรุงรัตนโกสินทร์). Rattanakosin est à la fois le nom de la dynastie et celui du Bouddha d’émeraude, palladium du pays. Rattanakosin est à la fois le nom de la dynastie et celui du Bouddha d’émeraude, palladium du pays.
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Nous n’avons fait qu’une brève allusion à ce qui passe pour son chef-d’œuvre Phra Aphaimani (พระอภัยมณี) (1). Il eut une vie à tout le moins chaotique. Nous avons conclu, un peu rapidement peut-être « Il ne vous reste plus qu’à le lire …… en thaï ! » car il n’a pas été traduit, le sera-t-il jamais ? Apparemment, l’épopée n’a jamais été traduite dans son énorme intégralité, ni en français ni même en anglais mais uniquement des traductions ponctuelles sur un ou l’autre des chapitres (2).
Il faut à cette question donner une double réponse, d’ordre général d’abord, d’ordre particulier ensuite.
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Sur la possibilité d’une traduction
La grammaire thaïe est – au moins dans la syntaxe - complexe. Elle est d’ailleurs fort singulièrement analysée en utilisant des paramètres du latin. N’y revenons pas, c’est une question que nous avons abordé (3). Nous avons consacré un article à ces (in)surmontables difficultés de traduction, référence étant faite à des sources fort érudites (4). N’y revenons pas non plus ces difficultés sont multiples. Je n’ai cité qu’un exemple en partant de la traduction du français au thaï : Même s’il concerne une traduction en sens inverse, sur une seule phrase dans « Le petit Prince » que nous « Je suis responsable de ma rose ».(5)
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Relevons encore une difficulté probablement plus difficile à surmonter dans des textes anciens comme celui qui nous intéresse que dans des textes contemporains, il faut ajouter une autre difficulté, celle de la hiérarchie au sein de la langue proprement dite et plus encore dans des textes vieux de deux siècles, nous lui avons consacré un article (6).
Il est une dernière difficulté qui m’aurait permis de m’en sortir par une pirouette : Le texte de Sunthorn Phu est une longue épopée en vers, « on ne peut pas traduire la poésie » a dit Albert Camus je ne sais quand et je cite de mémoire
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Dans notre article précédent (4), nous avons donné un exemple caractéristique de la traduction d’une poésie en bon français. Il s’agit d’une églogue de Virgile. Elle est en latin, certes, mais la versification des romains, tout comme celle des Thaïs, n’a rien à voir avec l’art poétique de Boileau ! Elles sont toutes deux d’une complexité qui n’a rien à voir avec notre art poétique et ses alexandrins. Nous avons mis en parallèle un texte d’origine, une églogue de Virgile, sa traduction très littératures par un classique, et celle de deux poètes, Paul Valéry et Marcel Pagnol qui l’ont mis en bons alexandrins, considérant qu’on ne peut traduire de la poésie que par de la poésie, un périlleux exercice. Mais Le Petit Prince est aussi de la poésie en prose !
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Pour en revenir, dans le sens de la traduction en thaï d’une poésie française, j’ai consulté un bel article d’Apichart Poemchawalit, un universitaire distingué : La poésie française et la traduction en thaï. Il donne une bonne analyse à la fois de la versification française et de la complexe versification thaïe (7). Il donne de nombreux exemples de traduction de notre poésie classique, je n’en cite qu’un sur le début d’un alexandrin que nous connaissons tous : O temps ! Suspends ton vol. Je vous livre sa traduction :
กาลเวลาเจ้าเอย ขอเจ้าหอุดอยุ่เฉยอย่าบินหนี - kanwela chao oei - kho chao yut yu choei ya binni. Ces explications proviennent du Dictionnaire de l’Académie royale : kanwela est la forme poétique et archaïque du mot wela, le temps. Chao est la forme archaïque et poétique du pronom personnel tu. Oïe est une particule de fin de phrase en langage recherché qui marque l’exclamation, en quelque sorte le point d’exclamation dans une langue qui ne connait pas la ponctuation. La deuxième partie se traduit littéralement par Toi, le temps ! Je te demande de t’arrêter et de ne pas t’envoler : Si je traduis par O temps ! Suspends ton vol, je suis devenu un poète non pas qui traduit mais qui interprète !
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L’épopée
Le texte de Sunthorn Phu appartient à la littérature classique, littérature de cour sous forme de poème. Phra Aphaimani est un poème épique de 48.686 vers et – paraît-il – 600.000 mots, composé par le plus grand poète des Rattanakosin, mais il y a eu de versions condensées Il est considéré comme l'une des épopées nationales de la Thaïlande et répertorié comme le plus long poème thaï. Battus Victor Hugo avec les 25.000 vers de « La légende des siècles » mais qui, en dehors de quelques hugolâtres passionnés, peut actuellement se vanter de l‘avoir lu dans son intégralité ? Battu le vieil Homère, le barde aveugle, avec les 12.000 vers de l'Odyssée disposés en 24 chants formant des histoires indépendantes pouvant être racontées en une seule fois. Suthorn Phu a commencé à travailler sur cette poésie épique en 1822 et l'a terminée en 1844. Les protagonistes sont tous sortis de son imagination à l’inverse, par exemple d’une autre épopée dont nous avons parlé, Khun Chang et Khun Phaen (ขุนช้าง ขุนแผน) une épopée légendaire colportée depuis des siècles, d’abord sous forme orale ou chantée puis tardivement mise sur écrit.
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Suthorn Phu nous plonge parfois dans l’actualité même de son époque. Il est une démarche préalable que font rarement ceux qui ont commenté le texte, c’est de traduire le nom du héros le prince Aphai Mani, ce qui est essentiel pour la compréhension du texte et explique qu’il ne s’agit pas seulement d’un roman d’aventures: พระอภัยมณี – Phra – พระ – est son titre de prince et fils de roi. Aphai – อภัย est un joyau. Mani – มณี – c’est le pardon. Le joyau du pardon, c’est bien le message transmis par l’auteur. Dois-je traduire par les vertus du pardon ? N’oublions pas que ce texte a été écrit à une époque de guerres perpétuelles, avec la Birmanie, avec le Laos, avec le Vietnam ?
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Les principaux protagonistes sont le prince Aphai Mani et son frère cadet Si Suwan (ศรีสุวรรณ). Ils sont tous deux fils du prince Suthat et la princesse Pathum Pathum Kaset (ท้าวสุทัศน์ – พระนางปทุมเกสร). Suthat règne sur la ville de Rattana – เมืองรัตนา. Il est difficile de ne pas y voir une allusion avec la capital du Siam ; Bangkok, dont le nom officiel est krungthepmahanakhonamonrattanakosin – กรุงเทพมหานครอมรรัตนโกสินทร์- La cité des anges, ville immortelle des Rattanakosin.
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Le prince Suthat va envoyer ses deux fils à l’étranger pour s’y former à l’art de gouverner. Sri Suwan maîtrise les arts martiaux de combat mais Phra Aphai Mani maîtrise une flûte magique Pi (ปี่) qui endort mais donne aussi le pouvoir de tuer. Aphai Mani est souvent dans l’iconographie représenté en joueur de flute.
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On peut penser mais ce n’est qu’une hypothèse, que Sunthorn Phu dont la culture était immense, acquise en partie auprès des occidentaux présent dans la capitale, missionnaires et scientifiques, a eu connaissance de la flute enchantée, opéra que Mozart avait écrit quelques dizaines d’année auparavant
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::: tout comme il a pu avoir connaissance de l’épopée de l’Odyssée par des missionnaires alors tous baignant dans la culture gréco-latine ?
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De retour dans la cité de Rattana, leur père est en colère du fait que ce qu'ils ont appris n'a pas été utile pour diriger un pays.
Est-ce déjà une leçon, on ne gouverne ni par l’épée ni par la musique.
Il les expulse donc du royaume, ainsi commence des aventures qui vont s’étaler pendant de longues années.
Le merveilleux si cher aux Thaïs ; n’en est pas absent. Nous allons ainsi rencontrer un démon femelle de l’océan – นางผีเสื้อสมุทร - nang phisuea samut – une ogresse qui peut prendre la forme d’une femme superbe, appelée สินสมุทร – Sinsamut. Nous trouvons aussi une sirène : นางสุวรรณมาลี - Nang Suwanmali qui donnera à Aphai un fils appelé สุดสาคร Sutsakhon.
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Il y aura des guerres puisque – Usaren (อุศเรน) qui règne à Lanka (เมืองลังกา) c’est-à-dire Ceylan était amoureux de la sirène qui lui préféra Aphai Mani. Phra Aphai Mani essaie d'éviter l'effusion de sang en utilisant la musique. Lorsque la guerre fut terminée, Phra Aphai Mani pardonna à ses ennemis, les libéra, restitua leurs biens et leur fournit des moyens de transport pour regagner leur pays respectif.
A la fin de l’épopée, Phra Aphai Mani abandonne son trône et les biens de ce monde. Il devient ermite assisté de Nang Suwanmali qui a été ordonnée religieuse. Il qui prêche que tous les êtres humains avant de mourir doivent laisser leurs biens derrière eux. C'est un conseil à tous d'abandonner l'avidité, la colère et l'attachement aux choses passagères. La non-violence permettra enfin d'atteindre la paix
Une page Internet en thaï nous dresse la liste de trois douzaines des personnages principaux avec leur rôle (9). Elle n’est pas inutile compte tenu de la longueur et de la complexité de cette épopée.
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La traduction de la littérature contemporaine nécessite une maîtrise complète de la langue orale et écrite en particulier pour des textes anciens écrits en vers que je suis très, très loin d’avoir. Je n’ai consulté que des résumés écrits dans une langue qui est à ma portée (11). Tous ne font jamais moins de 20 pages.
Texte traduits (ou interprétés) à ma façon en essayant de conserver leur aspect totalement irrationnel ? Les Thaïs manquent parfois un peu d’esprit critique ce qui les conduit à lire ces textes sans s’étonner. Nous avons un sens critique plus développé. Je m’étonne un peu de voir The Journal of the Royal Institute of Thailand (11) publier des articles en anglais.
NOTES
Voir notre article
A119. Sunthorn Phu (1786-1855). L'un des plus grands poètes Thaïlandais.
Voir l’étude de Gérard Fouquet « INVENTAIRE DES OEUVRES LITTÉRAIRES THAÏES TRADUITES EN FRANÇAIS » accessible via
https://leo2t.hypotheses.org/litterature-thaie
A 365 - LA SINGULIÈRE UTILISATION DE LA GRAMMAIRE LATINE PAR LA GRAMMAIRE THAÏE.
A 377- DES DIFFICULTÉS DE TRADUIRE LE THAÏ EN FRANÇAIS ?
พะงาพันธุ์ โบบิเยร์ (Phangaphan Bobiye), เจ้าชายน้อย 1997 (ISBN 974-300-090-9)
Voir notre article
H 72 - LE VIEUX SYSTÈME FÉODAL SIAMOIS – ศักดินา – ET SA SURVIVANCE DANS LA GRAMMAIRE
L’article est numérisé :
Voir notre article
A 273 - ขุนช้าง ขุนแผน - UNE OEUVRE MAJEURE DE LA LITTÉRATURE THAÏE : KHUN CHANG - KHUN PHAEN OU L’HISTOIRE DE PHIM, « LA FEMME AUX DEUX CŒURS ».
https://education.kapook.com/view91646.html
https://vajirayana.org/พระอภัยมณี
En particulier
et un article de Srisurang Poolthupya dans The Journal of the Royal Institute of Thailand , volume II de 2010 : Peace and Non-Violence in Phra Aphai Mani, A Poetic Tale by Sunthon Phu, numérisé :
https://royalsociety.go.th/peace-and-non-violence-in-phra-aphai-mani-a-poetic-tale-by-sunthon-phu/