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Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.

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INSOLITE – LA CARPE GÈANTE DU SIAM – ปลากระโห้ (PLA KRAHO)

 

C’est une carpe d’une espèce spécifique qui porte le nom scientifique de Catlocarpio siamensis. En dehors de son nom thaï de pla kraho, elle est connue dans le nord-est (Isan) sous le nom de pla kaman (ปลากะมัน) ou selon les régions, pla huaman (ปลาหัวมัน) ou pla huamuang (ปลาหัวม่วง) et dans le nord dans la région du Triangle d’or sous celui de pla sa (ปลาสา). Elle a retenu mon attention – quoique simple carpe -  car c'est un des  plus gros poissons d'eau douce de la planète actuellement connu - rejoignant en cela le silure, le poisson-chat géant du Mékong sans évidement parler du mythique naga. Elle était  κυπρίς / kyprís chez les Grecs, Cypris chez les Romains. Elle a donné son nom à la famille des cyprinidés, espèce ou l’on retrouve tout à la fois le barbeau, le goujon, la tanche, la brème, le chevesne et les poissons rouges de nos aquariums. Depuis des millénaires, les Chinois connaissaient les carpes d’ornement connues sous le nom de carpe-koï. Leurs couleurs sont probablement le fruit de croisements tortueux dont les Chinois ont le secret.

 

 

Peut-être la carpe est-elle originaire de Chine ? Leur nom rappelle celui de la divine beauté, la Cypris aux cheveux d'or, née de l'Écume des ondes ! Cypris est l’un des noms sous lequel on reconnait Aphrodite ou Vénus.

 

 

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Est-ce un hasard si son nom est au féminin dans toutes ces langues ? Le brochet, ce tigre d’eau douce est mâle. Elle serait plutôt brebis d’eau douce. Mais à l’inverse du mouton  qui ne saurait vivre sans l'Homme; il est tellement dépourvu, par la civilisation, de l'habitude de se défendre, que sa race ne résisterait pas aux nombreuses causes de destruction qui l'assaillirent de toutes partsm les brebis de la rivière, au contraire, se passent très bien du secours de l'Homme et ne le réclament que quand, parqués dans les étangs, ils rentrent dans la classe abrutie mais engraissée des animaux domestiques.

 

 

La carpe géante du Siam  

 

 

Les individus d’un mètre cinquante ne sont pas rares mais des prises d’un individu de trois mètres et de 150 kilos sont parfois signalées, pris au filet en Thaïlande. C’est bien le plus grand des poissons d’eau douce connus à ce jour.

 

Totalement dépourvue de moyens de défense, se pose la question  de son âge car de tels individus ne sont parvenus à cette taille qu’au bout de longues années ?

 

La carpe est réputée pour sa longévité, en général 15 à 20 ans, voire 35 ans mais certains spécimens seraient arrivés à 70 ans et d'autres ont été réputés centenaires, celles du Château de Fontainebleau ou celles que Buffon datait de 150 ans.

 

 

La détermination de l’âge d’un poisson fait l’objet de vives discussions entre les spécialistes ou prétendus tels. Et celles du Siam ? A beau mentir qui vient de loin, et si les pêcheurs siamois soient, comme les chasseurs, les gens les plus véridiques de la terre, et si, pour la plupart d’entre nous, c’est trop loin pour aller voir, les constatations effectuées par les coloniaux au Cambodge en particulier, ne sont pas contestables.

 

 

Si elle n’est pas pourvue de moyens de défense spécifique, mal armées, sa survie peut s’expliquer par plusieurs raisons. Elle le vit en groupes et la taille des plus grands est déjà dissuasive. Elle est par ailleurs réputée à juste titre pour effectuer des sauts spectaculaires hors de l’eau, jusqu’à deux mètres, c’est très certainement pour évite un prédateur en chasse et ne lui laisser à dévorer que les individus les plus faibles.

 

 

Lorsque sur un lieu de pèche, on voit ces individus qui sautent hors de leur milieu naturel, le pécheur avisé se précipitera pour utiliser son matériel de pêche aux carnassiers. De façon plus ponctuelle, lorsqu’elle s’est sentie accrochée par l’hameçon du pécheur,  ces sauts lui permettent souvent de se dégager.

 

 

Elle est ensuite d’une inépuisable fécondité. Les possesseurs d'étang sont souvent embarrassés pour restreindre une reproduction qui ne peut accroître le nombre des individus qu'en diminuant la part d'aliment qui peut appartenir à chacun de ces poissons, et par conséquent en rapetissant leurs dimensions

 

Elle est encore pourvue sinon d’intelligence du moins d’instincts (innés ou acquis ?) qui lui font se méfier de tout ce qui la déconcerte, elle va alors se réfugier dans la vase au fond du lac ou de la rivière : le pécheur doit être silencieux pour lui éviter des sons inhabituels. Si elle passe pour être muette, elle est sensible aux sons. Le pécheur doit éviter de marcher avec de gros sabots pour éviter d’intempestives vibrations. Elle est probablement aussi sensible aux odeurs, tous les pécheurs de carpe évitent, lorsqu’ils sont tabagiques et trainent l’odeur sur leurs doigts, sont persuadés qu’elles fuient un appât accroché à un hameçon qui sent  l’herbe à Nicot.

 

Elle est enfin d’une étonnante résistance aux blessures : tous les pécheurs dont je fus ont eu l’occasion de sortir de l’onde une carpe à laquelle manquait une large portion du dos, fruit d’un coup de dent d’un brochet ou d’une perche.

 

 

On ne la trouve que dans les grandes rivières dans les lieux calmes et les eaux profondes : Rivière Mae Klong,  fleuve Mékong et surtout dans la Chao Phraya dans les plaines centrales de la Thaïlande, au Laos, au Cambodge et au Vietnam aussi.

 

 

De tous les cyprinidés, elle est celle dont la chair présente la meilleure qualité. En raison de la détérioration de son habitat - quoiqu’elle ne soit pas difficile sur la qualité des eaux qui l’abritent, il ne faut pas trop lui en demander – de la construction de barrages et de la surpêche, la population connaît un déclin majeur ce qui a amené l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) à la classer parmi les espèces « en danger critique d'extinction ». Rares seront les spécimens qui atteindront l’âge adulte donc le gigantisme.

 

Elle fait actuellement l’objet d’élevages intensifs avec reproduction par insémination artificielle. En dehors des élevages destinés à la consommation, les carpes élevées dans les viviers  ne sont pas celles dont la chair est la plus agréable au goût ; on leur trouve une odeur de vase, qu'on ne fait passer qu'en les conservant, pendant près d'un mois, dans une eau courante très-claire. Je ne suis pas certain que les erstaurateurs thaïs s’en préoccupent ?

 

Nous les trouvons parquées dans des étangs artificiels, de nombreux sites commerciaux sont ouverts aux pécheurs impénitents moyennent des tarifs souvent exorbitants. On leur procure tout le matériel et on prend les photographies. Les Tartarins de la gaule auront ainsi de beaux souvenirs de vacances sans évidemment préciser à leurs auditeurs qu’ils ont péché dans un grand vivier ce qui n’a rien de bien sportif !

 

 

Les signalements enfin de prises de grande taille pris dans leur milieu naturel sont désormais exceptionnels.

 

Livre des records de 2015 donne la photographies de la prise d’une carpe siamoise de 102 kilos et d’environ 1 mètres 80.

 

 

Le 5 juillet 2022 Cambodge Mag signale la prise dans le Mékong  le 2 juillet d’une énorme carpe dite saumonée qui est bien notre carpe siamoise dont la chair a contracté, par des circonstances locales, une teinte rougeâtre analogue à celle du saumon. La dernière présence avait été signalée en 1999. Nous attendons les conclusions de cette étude

 

 

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