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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

13 novembre 2022 7 13 /11 /novembre /2022 04:32

 

La toponymie dans la Thaïlande profonde repose souvent sur de vieilles légendes ayant parfois un fondement historique. Il en est ainsi d’un petit village de la province de Mahasarakham (มหาสารคาม) appelé Ban Songnangyaï (บ้าน ส่องนางใย) que l’on peut traduire par le village ou brille la dame au fil de soie. 

On trouve encore sur le territoire de ce village traversé par une rivière avec une rive en forme de bassin un lieu-dit Kut Nang Yaï (กุดนางใย) ce qui en thaï standard signifie la fin de Nang Yaï mais en dialecte local,  Kut est aussi une source ou un bassin, traduction plus plausible puisque c’est de la que partait l’alimentation en eau la ville de Mahasarakham, le bassin de Nang Yaï.

 

Les deux traductions ne sont pas incompatibles puisque c’est là que Yaï a terminé sa vie. Cette légende est bien une légende  mais elle est significative de ces croyances populaires qui sont loin d’être oubliées. C’est une fable en dehors du réel certes mais doit-on s’en étonner dans ce pays profond ou les croyances bouddhistes sont mêlées d’indouisme, de brahmanisme et d’animisme, où la croyance aux fantômes, multiples, bienfaisants ou malfaisants, aux créatures célestes et aux esprits qui gitent dans les arbres et les animaux ? Nous devons faire abstraction de nos esprits occidentaux imprégnés de cartésianisme pour mieux comprendre – ou tout au moins essayer – les Thaïs qui nous entourent. Il y a d’ailleurs de cette fable une leçon à tirer comme on le fait dans une salle d’école.

 

Voici comment les habitants racontent comment leur village et le bassin ont reçu leur nom.

 

Il y a bien des années, avant que le village  ne soit  construit, deux familles vivaient au bord de la rivière. Dans la première, une mère vivait seule avec son fils appelé Chum (จุ๋ม). Dans l'autre, un père vivait seul avec sa fille nommée Yai (ใย) ce qui signifie fil de soie. C’étaient deux familles de riziculteurs qui vivaient en bonne intelligence et s’entraidaient en  bons voisins. Quand ils eurent l'âge, Chum et Yaï se marièrent et vécurent heureux après avoir construit leur maison entre celles de leurs parents.

 

Chum et Yai étaient très heureux ensemble et ils ont construit une nouvelle maison sur le canal entre les maisons de leurs parents. Un jour,  Chum dut se rendre à Khon Kaen pour affaires et avant de partir, dit à Yai : « Je serai absent plusieurs jours. Si tu as besoin d'aide, ma mère se fera un plaisir de vous aider ». Elle le remercia mais lui dit qu’elle n’aurait pas besoin d’aide. Toutefois, soucieux, il dit à sa mère : « Pendant mon absence, vas-tu t'assurer que Yaï va bien. Elle est jeune et je n’aime pas la laisser seule. Puis Chum dit la même chose au père de Yaï. 

 

Cette nuit-là, la mère de Chum entendit un bruit provenant de la maison de son fils. Elle regarda par la fenêtre et vit une lumière provenant, ainsi que le bruit, de la chambre de Yaï. Il était d'usage alors d’éteindre la lumière dès le coucher. Le lendemain matin, elle demandé à Yaï. « Qu'as-tu fait cette nuit, Yai ? ». Celle-ci répondit « Je n'ai rien fait ». Elle ne la crut pas mais ne savait que faire. La nuit suivante et toutes les nuits qui suivirent, la mère de  Chum vit la lumière et entendit le bruit provenant de la chambre de Yaï. Chaque matin, elle posait la même question : « Qu'as-tu fait cette nuit, Yai ? » Et chaque matin, Yaï donnait la même réponse.

La mère de Chum ne savait pas pourquoi Yai lui mentait. Aussi, la dernière nuit avant le retour de Chum, elle alla chez lui et regarda la chambre de Yai à travers un trou dans le mur. Elle vit Yaï assise au milieu de la pièce derrière un métier à tisser dans la pièce et elle tissait de la soie. Elle utilisait sa main droite pour tirer un nouveau fil de soie de sa bouche ! La mère de Chum fut étonnée, regarda à nouveau Yaï retirer le fil de sa bouche. Elle ne put pas le croire, alors regarda à nouveau. La soie n'était pas ordinaire, c'étaient des fils d'argent et d'or ! 

 

Elle cria alors « Oh ! Yaï, qu'est-ce que tu fais ? ». Alors, la lumière s’éteignit et le bruit s'arrêta. Ne pouvait faire sortir Yaï de sa chambre, elle retourna chez elle en pensant que c’était une sorcière.  Lorsque Chum revint, il alla d’abord saluer sa mère qui lui raconta ce qu'elle avait vu : « Chaque nuit, il y avait de la lumière dans la chambre de Yaï, mais quand je lui ai demandé pourquoi, elle ne m'a pas répondu. Hier soir, je suis allé chez toi et j'ai vu Yaï tisser. Elle tissait de la soie, mais le fil ne sortait pas d'une bobine, il sortait de sa bouche, et c'était de l'argent et de l'or. … Chum, tu dois faire très attention, Yaï est certainement une sorcière. » Chum ne sut pas s'il devait croire sa mère ou non, alors il rentra rapidement chez lui. Il chercha sous sa maison le métier à tisser.

 

Il faut préciser que les maisons traditionnelles étaient construites sur piliers que les pièces à vivre se trouvaient toujours à l’étage. L’espace au sol entre les piliers abritait en général le métier à tisser

Le métier n’y était pas alors qu’il y avait toujours été. Il entra chez lui  et regarda dans la chambre de Yai. Yai n'était pas là, mais une partie de son métier y  était. Chum commença à se demander : « Se peut-il que Yaï soit vraiment une sorcière ? Comment le savoir ? ». Au retour de Yaï, il lui demanda  « Yaï, qu'as-tu fait chaque nuit ? ». Elle ne lui répondit pas et lui jeta un regard furieux. Il pensa alors qu’elle était bien une sorcière. Il lui dit « Yai, tu ne peux plus vivre dans cette maison. Tu ne réponds pas à mes questions et tu as menti à ma mère. Pars, je ne veux plus jamais te revoir ». 

 

 

Yai était triste, mais elle ne pleura pas. Elle sortit lentement de la maison, et toute la journée se promena dans les champs, ne parlant à personne puis elle se jeta à l'eau dans le bassin et sy noya.  Quand son père l’apprit, il dit à Chum : « Tu as tué ma fille. Tu ne lui a pas fait confiance, tu as cru ta mère plus que ta femme. Yaï t'a été fidèle, Et maintenant, elle est morte.

 

Puis il partit et personne ne l'a jamais revu. Chum retourna chez lui, il était triste. Il chercha le métier à tisser mais il avait entièrement disparu. Il ne put le trouver nulle part. Il pensa : « Si Yaï tissait, il y aura du tissu quelque part », mais il n'en trouva pas. Seul et inquiet, Il ne savait pas si Yaï était une sorcière ou non. N’ayant plus goût à rien, Il ne pouvait plus travailler, se promenait tout le temps dans la campagne et même la nuit, il ne s'arrêtait pas de marcher. Une nuit au clair de lune, il marchait près du bassin où Yai s'était noyé. Il regarda dans l'eau, et il lui sembla que Yaï tissait au fond de l’eau. Il courut chercher ses voisins, et ils virent la même chose. 

 

Personne ne savait quoi croire. Cependant, chaque nuit au clair de lune, ils pouvaient voir Yaï tisser dans le bassin mais le jour, il n'y avait rien que de l'eau et quelques poissons.  Chum changea et ne s’inquiéta plus. Il devint un riche fermier et, bien des années plus tard, il raconta à ses enfants la triste histoire de sa première épouse et elle se répandit dans les environs.

Le bassin reçut alors son nom ainsi que le village qui se construit peu à peu.

Beaucoup encore aujourd’hui vont au bord du bassin les nuits de pleine lune et sont persuadés d’y voir Yaï tisser. Seul Chum savait probablement qui était réellement sa femme et ce qui lui était arrivé, rongé par le remord  mais il ne l'a jamais dit à personne, pas même à ses enfants.

 

 

Comme il se doit, cette fable fait l’objet de multiples versions en édition populaire ou de montages vidéo,

 

 

l’un des meilleurs est le dessin animé 2D intitulé « กุดนางใย » qui fait partie de l'étude du projet de sciences de l'information 2 organisé par M. Apiwat Tulthaisong, étudiant au département des sciences de l'information. Faculté des sciences de l'information de l’Université Mahasarakham

 

 

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commentaires

C
Belle histoire! Merci pour le rêve que ce texte suscite!
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G
Delly made in Thailand