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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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28 août 2022 7 28 /08 /août /2022 06:17

 

J’ai la semaine dernière parlé de la présence des eunuques dans le Siam ancien. Ils furent peut-être présents avant le règne du roi Naraï, sous l’influence probable des Perses et des Chinois, omni présents à Ayutthaya sous le règne de Naraï et à la cour de sa fille Yothathep et disparurent par la suite. Il ne fallait pas les confondre – disais-je – avec les travestis qui, eux, ne manquaient pas. Il faut encore savoir ce que parler veut dire, le terme « travesti » n’a aucune connotation sexuelle, c’est tout simplement l’acte d’une personne qui se déguise pour quelque raison que ce soit. Le terme de kathoei (กะเทย) qui leur est consacré est traduit par Monseigneur Pallegoix dans son premier dictionnaire thaï-français-latin-anglais de 1854 par le terme hermaphrodite qui me paraît parfaitement adapté à ce que sont ces « garçons-filles ». Le vocabulaire a d’autres mots pour ces déviances sexuelles. Le terme de bando (ou บันเฑาะก์) est plus parlant puisqu’il s’agit du tambour des brahmanes sur lequel on tambourine des deux côtés.

 

Constatons que les déviances masculines portent le nom de « lensawat » (เล่นสวาท) pour les hommes, « jouer à se faire plaisir » et « lenphuean » (เล่นเพื่อน) pour les femmes « jouer entre amies ». La seule utilisation du préfixe « len » (jouer) démontre que tous les termes n’ont aucun caractère négatif, un jeu n’est pas une déviance !

 

 

Mais nous sommes en pays bouddhiste theravada. Le bouddhisme ne s’intéresse pas à la sexualité en tant que telle mais bien seulement comme à un aspect du désir, il n'y a donc pas de discours bouddhiste particulier sur la sexualité : seul importerait le fait de ne faire souffrir ni soi-même ni autrui.

La réalité est beaucoup plus nuancée en ce qui concerne par contre le clergé. La casuistique des bouddhistes vaut bien celle des jésuites. Je ne vais pas vous faire un cours de droit canonique bouddhiste, je n’en ai ni l’envie ni les compétences mais j’ai découverte avec amusement une distinction entre ces diverses déviances et leur incidence sur la possibilité de porter la robe safran :

 

Asittabando (อาสิตตบัณเฑาะก์ข) est un homme qui lèche les organes génitaux d’un autre homme. Il n’a pas accès à la prêtrise à moins de renoncer à ses goûts.

 

Usuiyabando (อุสุยยบัณเฑาะก์) est un homme qui aime regarder les activités sexuelles entre hommes et hommes. Il n’a pas non plus accès à la prêtrise à moins de renoncer à ses goûts.

 

Opakkamiyabando (โอปักกมิยบัณเฑาะก์) est un eunuque 1ui ne peut pas recevoir la robe. Restons-en là même s’il y a d’autres distinctions subtiles.

 

De nombreuses décorations dans les temples illustrent ces comportements depuis les époques les plus anciennes mais il n’est pas facile de deviner s’il s’agit d’eunuques, d’homosexuels ou d’hermaphrodites, avouons-le. Les hommes et les femmes ne sont vétus qu'à parrtir de la ceinture d'habillements similaires et les siamoises n'ont pas la réputation n'ont pas des mamelles de vaches à lait

 

 

Nous avons trace de quelques événements historiques significatifs.

 

En l'an 1634, un ancien directeur du comptoir hollandais à Ayutthaya Joosts Schouten fut condamné à mort par le gouvernement néerlandais de Batavia. Il plaida coupable et affirma avoir été initié à ces comportement par des habitants d'Ayutthaya. Dénoncé par un hallebardier français qu’il poursuivit de ses assiduités, il avoua son crime, bien qu’il ait toujours eu, dit-il, « le rôle passif », adepte de la sodomie passive » comme aurait dit le Marquis de Sade ce qui laisse à penser qu’il avait volontiers à faire avec des hermaphrodites. Condamné à être brûlé vif, ses juges, compte tenu des grands services rendus à la Compagnie lui accordèrent la grâce insigne d’être étranglé avant d’être grillé. Trois de  ses complices furent condamnés à être enfermé dans des sacs et jetés dans les flots. La société calviniste néerlandaise n’était pas réputée pour son goût de la gaudriole et l’intolérance y était totale. La république de Calvin à Genève fut éclairée par des dizaines de bûchers (1).


 

 

Sous le premier règne de la dynastie présente, l’histoire a retenu le nom du prince Krom Luang Raksanaresorn (กรมหลวงรักษรณเรศร) qui eut des liens avec des acteurs du théâtre royal, probablement comme Joost Schouten, adepte de la sodomie passive ? Il fut déchu de son titre de Krom Luang, rebaptisé du titre inférieur de « mom kraison » (หม่อม ไกรสร), un titre réservé aux femmes de sang royal ce qui indique ses préférences. Il fut condamné à mouroir sous les coups du bâton de santal au Wat Pathumkhongkha (วัดปทุมคงคา) mercredi, le troisième mois lunaire, l'année du singe, le 13 décembre 1848 à 56 ans. Il fut le dernier membre de la dernière famille royale à avoir été exécuté de cette manière. Ce ne sont pas ses déviances sexuelles qui furent à l’origine de sa mort et il est loin de mériter le titre de martyr de la cause pédérastique ! Il semble qu’ait pesé sur lui une double accusation de corruption et de complot concocté avec l’aide de ses gitons pour conquérir le trône ?

 

 

Dans la Chronique de Rattanakosin, deuxième règne (พระราชพงศาวดารกรุงรัตนโกสินทร์ ร.2- référence est faite à un moine du Wat Mahathat qui eut un comportement déplacé avec un jeune novice dont il caressait les organes génitaux. Il fut défroqué et chassé du temple.
 

 

 

Passèrent les années. Faut-il voir dans le code pénal de l’année Rathanakosin 127 (1908) une répression pénale de l’homosexualité ? C’est aller un peu vite en besogne et plus encore. N’oublions pas que ce code fut l’œuvre de juristes français. Ce sont les articles 240 et suivants qui sont les bons essentiellement le 242. 

 

Je donne la version française de Georges Padoux qui en fut le rédacteur principal :

 

 

Encore faudrait-il savoir si ce texte effectivement répressif a entraîné des condamnations sur le terrain ? Ce me semble peu probable compte tenu de la montée sur le trône de son fils Rama VI en 1910. Aucun exemple n'en est jamais cité en tous cas.

 

Ce texte suscite deux réflexions :

 

Il réprime la bestialité ce qui est singulier même à cette époque.

 

Les peines sont en définitive légères, nous sommes loin de la peine de mort ! On peut penser sans trop de risque d’erreurs qu’avant la promulgation de ce code, et pour autant que les sodomites, les tribades et les travestis aient été sanctionnés, les tribunaux infligeaient la bastonnade sur le dos avec un rotin. Il en est d’ailleurs toujours ainsi en Malaisie voisine.

 

Voilà bien un domaine où les occidentaux n’ont pas de leçons à donner puisque par exemple l’homosexualité est restée jusqu’en 1967 un délit en Grande Bretagne.

 

Rama VI a été élevé en Angleterre, pays où, derrière l’hypocrisie victorienne, l’homosexualité semble avoir été élevée au rang d’une institution dans la haute société. Il a en la matière les idées plus larges que son père. Dans son journal « Dusit samit » (หนังสือพิมพ์ ดุสิตสมิต) on lui prête la paternité d’un article intitulé « Kathoei » (กะเทย) ou il écrit « Pourquoi les bisexuels en savent-ils autant sur les maris et les femmes ? » (หนังสือพิมพ์ ดุสิตสมิต), tout un programme ! Ceci dit, même s’il est indulgent à leur égard, il ne semble pas que le monarque n’ait jamais appartenu à la « confrérie » même si elle le revendique.

 

 

Quoiqu’il en soit, le code de 1908 est resté en application jusqu'au 13 novembre 1956 même s'il ne fut probablement jamais appliqué, devenu obsolète tout autant que les dispositions celles qui interdisent la prostitution.

 

En définitive, la morale bouddhiste n'a rien à voir avec la notre, imprégnée de judéo-chistianisme et, en dehors du clergé, l'existence des travestis n'a guère posé de difficultés dans la société.

 

 


 

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