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  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

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21 août 2022 7 21 /08 /août /2022 04:12

 

Les eunuques ont joué un rôle important dans les cours asiatiques. Nombreux ou pas, ils étaient présents à la cour du roi Narai (1657-1688). Ayant découvert avec étonnement leur existence en lisant le Chevalier de La Loubère,  je me suis penché sur les éléments concernant la présence d'eunuques avant, pendant et après le règne du roi Narai. La Loubère, fut l’observateur le plus attentif parmi les français venus en ambassade au Siam au temps de Louis XIV. La seule lecture du Chevalier de La Loubère, l’observateur le plus attentifs parmi les français venus en ambassade au Siam m'en avais fait découvrir avec étonnement l'existence (« Du royaume de Siam » de 1691)

 

 

 

Des eunuques indiens ont très probablement été conduits à Ayutthaya sous le règne du roi Narai.  En existait-il avant lui ? S’il en était, ils étaient probablement d'origine chinoise. Les eunuques auraient peut-être encore servi sous le règne du roi Rama IV (1851-1868) non pour surveiller les harems que défendre le roi et ses épouses ?

 

 

Une étude exhaustive a été publiée sous la signature de Katherine Bowie de l’Université de Wisconsin-Madison dans la livraison du Journal de la Siam Society, volume 110-1 de 2022 sous le titre « Eunuchs in Siam: Before, During and After the Reign of King Narai in Ayutthaya »

 

 

Leur présence à la cour siamoise ne semblait pas avoir fait jusqu'alors l’objet d’études attentives circonstanciées sinon quelques-unes en langue thaïe  difficiles d'accès apr exemple une thèse de l'Université Silapakorn de 2012 :

ขันทีในราชสำนักสยามจากหลักฐานทางโบราณคดี

(Eunuques à la cour siamoise à partir de preuves historiques)

 

 

 

 

 

 

 

Pourtant, ils  ont joué un rôle important dans les Cours à travers l'Asie, notamment dans les Cours chinoises, mogholes, ottomans et persanes du XVIIe siècle. On estime que la Cour safavide de Perse en 1666-1667 comptait quelque 3.000 eunuques;

 

 

la Cour chinoise en comptait quelque 100.000 vers la fin de la dynastie Ming, souvent  partenaires sexuels pour les hommes et les femmes du palais. La plupart du temps on se contente de parler d’un rôle de surveillance des épouses et des concubines du roi.

 

 

Malgré leur importance dans de nombreux autres palais asiatiques,  peu d'attention a été accordée à la présence ou à l'absence relative des eunuques dans les cours siamoises. H.G. Quaritch Wales,  éminent spécialiste de la vie du palais siamois, a affirmé péremptoirement en 1931 dans son « Siamese State Ceremonies » qu’il  n'y avait pas d'eunuques alors qu’ils étaient certainement présents à Ayutthaya pendant le règne du roi au XVIIe siècle 

 

 

Les eunuques remplissaient un large éventail de fonctions, allant de rôles publics en tant que fonctionnaires de la cour, spécialistes des rituels, administrateurs provinciaux et commandants militaires aux rôles privés. On ne se concentre en général que sur l'aspect un peu caricatural dans les harems dans lesquels ils servaient à surveiller et à contrôler les épouses et les concubines du roi, un  rôle qui fut assurément secondaire au Siam.

 

Sous le règne du roi Naraï au XVIIe siècle, une grande partie du fonctionnement interne du palais reste inconnue, mais quelques éléments  peuvent nous éclairer sur leur rôle. Nous savons qu'il y avait une différenciation en fonction de leur origine raciale, indienne ou chinoise.  Ce n'est pas contradictoire avec ce qu'écrit La Loubère  « On dit qu’il y a huit ou neuf eunuques seulement tant blancs que noirs »

 

 

Ces différences ethniques correspondaient-elles à une différentiation de leurs fonctions, entre Indiens et Chinois, garde rapprochée du roi et protecteurs des femmes ?

 

Leur nombre total était donc faible mais il est  possible aussi que des hommes et des femmes du palais ou de hauts fonctionnaires en aient à eu leur disposition. Claude Céberet du Boullay note dans son journal en 1687 que la princesse Yotathep, enfant unique du roi Narai, avait des eunuques « extrêmement insolents ». Il appartenait à la seconde ambassade et nous lui devons un «  Journal du Voyage de Siam de Claude Céberet, Envoyé extraordinaire du Roi en 1687 et 1688 » resté inédit jusqu'en 1992.

 

 

La question se pose de savoir pourquoi en utiliser s’ils n’avaient aucune utilité et pourquoi disparurent-ils s’ils avaient une utilité ?

 

Si leur  présence était antérieure au règne du roi Narai, ils étaient probablement chinois en raison des rapports anciens entre la Cour d'Ayutthaya et la Chine et auraient alors supervisé les rituels du palais et ses activités commerciales.

 

Ce règne  a été fortement influencé par la Perse safavide et parce que les eunuques indiens semblent avoir été présents ils ont très probablement été amenés à Ayutthaya pendant son règne, bien que les eunuques chinois aient pu précéder, ils peuvent également être arrivés pour la première fois après 1644 à la suite de l'effondrement de la dynastie Ming et de l'expansion spectaculaire du commerce sous la dynastie Qing.

 

 

Ils ne doivent pas être confondus avec les travestis que l'on trouvait aussi – paraît-il - dans de nombreuses cours de l'Asie du Sud-Est.

 

Les panneaux du Pavillon de laque du Palais Suan Pakkad à Bangkok dont l’un est reproduit en tête de cet article  représentent-ils  des eunuques ou des travestis ? Ce trésor provient en tous cas incontestablement du milieu du XVIIe à Ayutthaya.

 

 

Les eunuques des cours asiatiques subissaient une castration radicale, une procédure traumatisante impliquant l'ablation chirurgicale du pénis et des testicules. En raison du taux de mortalité important, la chirurgie était généralement pratiquée dans des centres de castration en Chine, au Vietnam, à Java, au Bengale et dans le nord-est de l'Afrique liés à la rive ouest de l'océan Indien, le rétablissement prenait généralement environ 100 jours. Il n'y a aucune preuve que la castration ait été pratiquée au Siam, que ce soit pour les captifs de guerre ou les criminels, ou  toute autre raison ; nous pouvons donc en déduire que tous les eunuques trouvés au Siam ont été importés..Les Chinois semblent avoir été les maîtres en la matière, les âmes sensibles peuvent se dispenser de la lecture d'une opération (1)

 

 

 

En plus des sites de castration en Europe et  en Asie centrale il y avait des centres en Chine, au Vietnam, à Java et au Bengale. Bien que ni la Chine ni le Vietnam ne semblent avoir exporté d'eunuques vers les marchés d'esclaves extérieurs, Java et le Bengale auraient été les sources d’origine ?  Ludovico di Varthema note de son voyage à Java en 1505 que « dans cette île il y a une sorte de marchands, qui ne suivent aucun autre commerce sauf celui d'acheter des petits enfants, dont ils ont tout coupé dans leur enfance, et ils restent comme des femmes …Des marchands indiens viennent dans cette province, et achètent les eunuques dont j'ai parlé, et aussi beaucoup d'esclaves, et puis ils les emmènent dans divers autres pays pour les revendre » (2).

 

 

 

Duarte Barbosa, compagnon de Magellan, écrit en 1518 que les eunuques n'étaient pas seulement castrés au Bengale, mais y suivaient également une formation spéciale, de sorte qu'ils étaient tenus en haute estime en tant qu'hommes de caractère droit et vendus plusieurs fois le prix d'un esclave ordinaire, les principaux acheteurs de ce marché spécialisé d'eunuques indiens et africains étaient des commerçants musulmans. et européenne (« The book of Barbosa » fut publié une première fois en portugais en 1812 et ultérieurement traduit en anglais.

 

 

Selon Tomé Pires  qui a visité Ayutthaya au cours de ses voyages de 1512-1515, « La marchandise principale » que Siam importait de Malacca était « des esclaves mâles et femelles, qu'ils emportaient en quantité ainsi que des épices, des tissus, des tapis » (3).

 

 

Cependant, les relations commerciales et tributaires entre Ayutthaya et la Chine étaient beaucoup plus robustes et anciennes. Parmi les nombreux marchands étrangers qu'il a vus, Pires a ajouté « la plupart de ces étrangers sont chinois, car le Siam fait beaucoup de commerce avec la Chine.

 

Les dirigeants d'Ayutthaya ne pouvaient dès lors ignorer l’importance de l'institution des eunuques à la cour chinoise, impliqués dans la supervision du commerce maritime et des rituels.

 

Pourquoi une Cour intéressée à gagner des esclaves de grande compétence aurait donné la priorité à la catégorie la plus chère d'eunuques qui n'auraient pas eu la capacité de se reproduire reste obscur.

 

Y eut-il des eunuques à Ayutthaya avant le règne de Narai est une possibilité et non une certitude et s'ils y étaient présentes, ils auraient probablement été Chinois non pas affectés à la fonctionne gardes du sérail mais de conseils spécialisés sur les rituels de cour appropriés tels qu'exécutés à la cour chinoise et auraient facilité les négociations commerciales, en particulier avec les marchands chinois. Comme les femmes de la cour étaient généralement impliquées dans la préparation des rituels et dans la gestion du commerce, elles étaient les femmes étaient susceptibles d'être en rapports étroits  avec les eunuques.

 

 

Règne du roi Narai (1656 - 1688)

 

 

C’est une période de stabilité politique. Ayutthaya contrôle les ports de la côte ouest de Tenasserim vers le sud, la Birmanie contrôlant ceux de Tavoy vers le nord. Dans les premières années qui suivirent son avènement en 1605, le roi Ekathotsarot prit contact avec les Portugais, les Anglais et les Hollandais. Au début des années 1610, des musulmans japonais, chinois et indiens faisaient régulièrement du commerce à Ayutthaya. Après la prise de contrôle de la Chine par les Mandchous en 1644, l'empereur chinois interdit tout commerce extérieur, mais le il reprit en 1652. Ayutthaya gagna en importance, produisant à la fois des biens destinés à l'exportation et servant d'entrepôt majeur dans le commerce entre la Chine, le Japon et les Philippines, l'est et la Turquie ottomane, la Perse safavide et l'Inde moghole à l'ouest.

 

Les Perses dominèrent ce mélange de commerçants étrangers, Leur influence date de 1602 lorsque deux frères, Shaykh Ahmad et son jeune frère Muhammad Said, sont arrivés à Ayutthaya venant du golfe Persique et ont épousé des femmes locales. Ahmad fut bientôt nommé en charge du commerce avec le monde indonésien et la région occidentale de l'océan Indien. En 1620, Ahmad  contribué à organiser le coup d'État qui a mis le roi Songtham au pouvoir. Sous son règne, il fut promu au poste de Phra Khlang et plus tard premier ministre. Sous le règne du roi Prasat Thong (1629-1656), les musulmans chiites en vinrent à dominer les bureaux commerciaux du Siam. Le fils aîné d'Ahmad, Chun, avait  été nommé premier ministre de 1630 jusqu'en 1670, le règne du roi Narai ayant commencé en 1656.

 

 

Bien qu'il n'y ait eu qu'une trentaine de Perses présents alors ils étaient influents.  Ils participèrent activement à la montée de Naraï sur le trône. Celui-ci navigua entre eux et les Chinois comme contrepoids aux hollandais. Le commerce du royaume se transforma et des relations plus fortes se nouèrent avec Surat, Masulipatnam et le golfe Persique à l'aide des navires royaux sous le commandement de capitaines perses. Dans les années 1670, des Perses furent nommés gouverneurs de toutes les villes portuaires et un Turc gouverneur à Bangkok. Cette époque vit  une croissance des relations diplomatiques entre Ayutthaya et le reste du monde, y compris la Perse et tous les royaumes d'Asie du Sud ; Narai envoya des ambassades en Perse en 1668 et 1682. Dès le début de son règne toutes les affaires importantes et les questions d'État étaient entre les mains des Perses.

 

La cour était imprégnée de culture perse. Le roi lui-même adopta  leur cuisine et leur habillement. Le palais de Lopburi fut construit par des architectes ou des ingénieurs persans et sa salle d'audience au palais d'Ayutthaya, laissait apparaître une probable imitation des palais persans d'Ispahan. Or, la pratique d’émasculer les hommes existait en Perse depuis des temps immémoriaux.

 

Certains de ses serviteurs et gardes du corps pouvaient avoir été des eunuques ou être supervisés par des eunuques. L’arrivée d’eunuques noirs ou musulmans débuta probablement sous son règne même si leur présence fut possible auparavant.

 

Narai rechercha des alliances avec les cours les plus prestigieuses au monde, d'abord avec la Perse safavide, puis avec la France.

 

Compte tenu de la présence des eunuques sous son règne, la question se pose de savoir quand et pourquoi ont-ils disparu ? Après la mort du roi Narai en 1688, pendant ou après la vie de Yothathep morte en 1735, ou après la conquête birmane d'Ayutthaya en 1767 ?

 

 

Phetracha usurpa le trône après avoir fait assassiner deux des frères de Naraï, il est peu probable qu’il ait fait confiance à des eunuques qui avaient servi Narai, tués ? Enfuis ? Ont-ils cherché la protection de la puissante fille de Narai, Yothathep que Phetracaha épousa ainsi que Yothathip, la reine et la demi-sœur de Narai ?

 

Yothathep ayant été impliquée à plusieurs reprises dans des complots contre Phetracha, il est probable que ses eunuques ont été tués s’ils n’avaient pas réussi à prendre la fuite ?

 

 

Si des eunuques restaient à la cour d'Ayutthaya au moment de la chute de la ville  en 1767 ils auraient probablement été emmenés en Birmanie avec des princes, des princesses et leurs suites, plus de 2 000 personnes.

 

Subsistaient-ils au palais at temps du roi Rama IV ? Monseigneur Pallegoix qui fut intime avec le monarque n’en touche pas un mot ni aucun de ceux qui ont eu l'occasion d'avoir des entretiens avec le roi, l'ambassadeur de Montigny en particulier.

 

Le récit d'Anna Leonowens, qui a servi comme professeur d’anglais à la cour de Bangkok de 1862 à 1867 citée par Katherine Bowie, fait référence à leur présence mais ne présente aucun caractère de sérieux. Pour autant que ce récit soit exact, quand les eunuques seraient-ils revenus à la Cour ? Ce n’était pas le style du roi Taksin ni de ses successeurs et aucun autre des nombreux visiteurs qui ont visité le Siam à cette époque n’y fait la moindre allusion ?

 

 

Pour comprendre leur présence éventuelle, encore faudrait-il savoir quelles étaient leurs fonctions. On se focalise sur leurs rôles de garde et de surveillance des harems sur la base d’un argument d’évidence.

 

Or, il semblerait que les changements hormonaux consécutifs à la castration entraîneraient des membres plus longs, de sorte que les eunuques étaient plus grands que la moyenne. Et pouvaient être inclus dans  des gardes d'honneur hyper-masculines et donc idéales ?

 

Par ailleurs, ceux qui avaient acquis la confiance royale et gagné des postes civils ou militaires mettaient le souverain à l’abri d’une tentative de coup d’état d’un eunuque qui ne pourrait pas assurer une suite dynastique. Tel aurait été leur rôle principal à Ayutthaya, servir le roi plutôt que de surveiller les femmes,  largement développé par La Loubère

 

Narai n’a pas la réputation de bénéficier d’un grand harem, confiant plutôt un pouvoir considérable à sa fille et préférant chasser les éléphants à la vie de cour. Les eunuques l’accompagnaient lors de ses longues périodes de chasse dans son palais de Lopburi. Au début des années 1670, il y passait quatre à cinq mois par an, mais au début des années 1680, il y passait huit à neuf mois, ne retournant à Ayutthaya que pour les fêtes religieuses organisées.

 

Nous devons à La Loubère un plan du palais «  dans la forêt de l'arrière-pays ». Il est divisé en trois sections principales, avec une seule entrée à l'avant. La salle d'audience du roi est située au milieu. Derrière la salle d'audience se trouvent six « chambres des dames du roi » et « chambres des femmes esclaves ». Tout au fond de la cour se trouvent sept logements marqués comme « cuisines et logements des eunuques ».

 

Quant à Yothathep, Outre ses fonctions principales, notamment l'organisation des cérémonies au sein du palais, était chargée d'organiser et de faciliter la réinstallation royale lorsque le roi Narai devait se rendre à Lopburi, et partait à l’avance accompagnée de ses Éléphants, de ses balons, et quelques Officiers pour prendre soin d'elle et l'accompagner mais personne d'autre que ses femmes et ses eunuques ne la voyait. Les eunuques la protégeaient.

 

Ses eunuques ont peut-être été directement impliqués dans la surveillance de ses terres ou de ses entreprises commerciales.

 

Les eunuques furent présents à la cour du roi Narai influencé par la Perse safavide. On y faisait la différence entre les eunuques indiens et chinois. Les eunuques de Narai étaient plus probablement des Indiens et ceux de Yotathep étaient plus probablement des Chinois.

 

Bien que leur fonction semble avoir changé au fil du temps, il n'y a aucune preuve qu’ils aient servi à surveiller les femmes du palais. Au lieu de cela, les eunuques semblent avoir servi à la fois les rois et les femmes du palais dans des rôles de courtiers linguistiques, culturels, politiques et économiques. Les eunuques chinois étaient probablement impliqués dans des rituels de cour et des entreprises commerciales, des rôles supervisés par des femmes du palais. Les eunuques indiens servaient plus probablement le roi, en particulier comme gardes d'honneur et comme signes de son statut sacré. Les eunuques indiens et chinois servaient respectivement de messagers royaux et de gardes d'honneur pour les femmes du palais.

 

La question fondamentale est de savoir les raisons profondes de cette mutilation puisqu’elle n'était pas destinée systématiquement à fournir des castrats pour les chœurs du roi, des gardiens pour son harem ou de jeux sexuels aux habitants du Palais. Cette pratique vient de Perse où elle était pratiquée de tous temps. Nous sommes chez les Perses au VIe avant notre ère. Des généraux reprochèrent à Cyrus d'utiliser des eunuques dans son armée, accusés de l’acheté,  il répondit

« Des chevaux fougueux qu'on a coupés, cessent de mordre, paraissent moins fiers, et n'en sont pas moins propres à la guerre; les taureaux perdent leur férocité, souffrent le joug, sans perdre de leurs forces pour le  travail; les chiens sont moins sujets à quitter leurs maîtres, et n'en sont pas  moins bons pour la garde ou pour la chasse..... » (XÉNOPHON, Cyropédie,  VII, 3). Tout est dit.

 

 

NOTES

 

(1) Tiré de Mohamed A.  El Guindy « Les eunuques, étude anatomo-physiologique et sociale » : thèse présentée à la Faculté de médecine en 1910.

« On commence par faire prendre un bain très chaud au futur eunuque, et parfois on lui fait absorber une drogue spéciale destinée à lui procurer une anesthésie relative. Il est ensuite étendu sur une planche à demi inclinée. Un aide lui maintient fortement le torse, tandis que deux autres assistants immobilisent les jambes et les tiennent écartées. On lui entoure étroitement le ventre et les cuisses par des bandes de toile. Les parents, s'il s'agit d'un enfant, l'homme, si c'est un adulte, sont alors solennellement interrogés pour savoir s'ils regrettent la décision prise. Si le patient semble indécis, il est détaché et renvoyé. Mais, s'il montre du courage, et c'est le cas en général, les parties génitales, empoignées et tordues, afin d'en chasser le plus de sang possible, sont rapidement tranchées au ras du pubis à l’aide d'un couteau recourbé. Quelquefois le châtreur emploie, mais rarement, des ciseaux, une  hachette, ou un couteau à lame droite rappelant les couteaux d'autopsie. Quelquefois avant de faire l'amputation, l'opérateur exerce sur la verge et les bourses un massage graduellement croissant pour endormir la sensibilité. Ramassant ensuite les organes à poignée, il les entoure d'une petite bande de soie régulièrement roulée de l'extrémité à la base et, progressivement serrée jusqu'à donner aux parties l'aspect d'un boudin allongé. Les organes une fois sectionnés, on introduit dans le canal la petite cheville de bois ou d'étain, qui sera maintenue en permanence, pendant les premiers mois, et retirée seulement au moment des mictions. La blessure, lavée à l'eau poivrée, est recouverte de compresses de papier imbibées d'eau froide et, le tout est bandé soigneusement. Ou bien encore, un aide applique immédiatement sur la plaie sa main remplie d'une poudre styptique, à base d'agaric, d'alun et de résines aromatiques. Lorsque l'hémostase semble à peu près  complète, on place un bandage compressif. A ce moment, deux aides saisissent le blessé sous les bras et le font marcher autour de la salle pendant deux ou trois heures, après quoi il est autorisé à se coucher. Ce n'est qu'au bout de trois jours, pendant lesquels le malade est privé de boisson, et souffre non seulement de sa plaie, mais encore et surtout de la rétention d'urine par obstacle, que le pansement est enlevé ainsi que la cheville urétrale, et que le malade peut pisser ou tout au moins essayer de le faire, car il ne réussit pas toujours. S'il peut uriner, il est considéré comme guéri et félicité de ce chef. Mais, si la miction ne peut pas se faire, l'opéré est destiné à mourir au milieu de souffrances atroces. Il y a rétention d'urine, avec toutes ses conséquences, et les Chinois ne se servent point de cathéters. Après l'amputation, il reste une large plaie généralement triangulaire, à sommet inférieur. La réparation se fait par bourgeonnement et demande en moyenne cent jours. Il faut que la cicatrice soit absolument plane, pour que l'opération soit considérée comme parfaite. Il n'en est pas toujours ainsi, et si l'inspecteur des précieux (nom des organes sacrifiés) trouve que les bourgeons charnus, 'après la cicatrisation définitive, rappellent trop la verge, l'eunuque porteur de cette déformation est réprimandé et tenu à s'en débarrasser sous peine d'expulsion. Malgré le procédé très primitif de cette opération, les accidents, quoique cela puisse paraître paradoxal, sont rares. La mort, d'après Matignon, ne surviendrait que dans 3 à 4 pour 100 des cas. Suivant d'autres auteurs, au contraire, l'opération ne réussirait guère que deux fois sur trois chez les enfants, et moitié moins chez les adultes. L’incontinence de l'urine est la complication la plus fréquente; plus tard la rétention viendra. Et c'est chez les sujets jeunes qu'on la verrait de préférence. Le premier de ces accidents est toléré par l'opérateur pendant quelque temps, mais bientôt, si l'incontinence se prolonge, le patient reçoit des coups. Ce traitement est considéré comme efficace et excellent et, en conséquence, il continue jusqu'à la disparition de l'infirmité »

 

 

(2) Ecrivain et voyageur de Bologne, il fit son grand périple en 1500. Nous lui devons «  Les voyages de Ludovico di Varthema ou le Viateur, en la plus grande partie d'Orient  »  traduit de l'italien en français par J. Balarin de Raconis,. publié. et annoté. par M. Ch. Schefer, 1888.

             

  1. Pires était apothicaire du Roi du Portugal et ambassadeur en Chine.  Son journal manuscrit, la « Suma Oriental »  était considéré comme perdu et fut retrouvé en 1944 dans le fond ancien de la bibliothèque de l'Assemblée nationale à Paris. Il fut traduit en anglais en 1944 puis en version portugaise contemporaine.

 

 

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commentaires

C
Passionnant, d'autant que j'avais lu dans le temps un récit de la vie des eunuques en Inde du Nord je crois...
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