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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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10 avril 2022 7 10 /04 /avril /2022 03:58

 

Lorsque je vous ai fait part de mes réflexions plus ou moins goguenardes sur les mythomanes dans notre petit monde des expatriés, j'avais écrit en note :- « Pour les non-initiés, le sinsot, c’est la dot payée par le futur mari dont le montant varie selon la région, l’état de la marchandise, le nombre de ses enfants etc.… une jeune vierge se dote 1 million de bahts à Bangkok, une vieille déjà utilisée, quelques dizaines de milliers selon les régions, outre en toute hypothèse, de l’or en bijoux, un cochon à rôtir et quelques dizaines de bouteilles de Tchang... »

 

 

Ce paragraphe m'a valu un amusant commentaire – que j'ai publié – de Sylvie, fidèle lectrice, qui me dit avoir sursauté à la lecture de la fin de l'article : «... Un peu misogyne comme réflexion, non, surtout quand on connaît le nombre d'hommes retraités (des vieux déjà utilisés ?) qui s'installent en Thaïlande et convolent en justes noces avec une femme beaucoup plus jeune qu'eux... ». Elle anime un blog fort bien ficelé :  Le blog de la Thaïlande autrement

  (https://thaietvoustravel.wordpress.com/).

 

 

Sa première reflexion sur ce blog est judicieuse ;

« Oubliez vos réflexes d’Occidental(e) lorsque vous arrivez à Bangkok. Plongez dans la culture thaïe.... ».

 

 

C'est la raison pour laquelle j'ai souhaité revenir sur ce fameux sinsot (สินสอด) que l'on traduit souvent par « dot de la mariée ». C'est une erreur fondamentale. puisqu'Il n'est pas lié au mariage mais aux fiançailles : C'est la somme donnée aux parents de la futur mariée par le futur marié lors de la cérémonie des fiançailles. On pourrait le traduire de façon plus littérale par « cadeau pour être admis ».

 

Beaucoup d'occidentaux qui n'ont pas oublié leurs reflexes d'occidentaux s'indignent en considérant que le payement du sinsot revient à acheter sa femme.

 

 

Or, nous ne sommes pas chez les bédouins éleveurs de chameaux chez lesquels on achète toujours – paraît-il - une épouse en la payant en chèvres ou en brebis !

 

 

Pour en parler sereinement, j'ai pensé consulter le code civil local, tout simplement.

 

 

Fiançailles ou « mariage traditionnel » ?

 

Les fiançailles sont inconnues du droit positif français, elles n'ont pas place dans notre code civil. Nous en trouvons toutefois trace dans la Jurisprudence à l'occasion de procédures relatives à des fiançailles rompues et du préjudice que peut subir ou prétend avoir subi l'un des deux promis. Hypothèse classique, mais il y en a d'autres, celle de la jeune fille séduite et abandonnée par le fiancé une fois qu'il a obtenu d'elle ce qu’il désirait non sans lui laisser un souvenir vivant.

 

 

Elles sont par contre incluses dans le droit positif thaï, le code civil (ประมวลกฎหมายแพ่งไทย) qui leur consacre, avant le chapitre relatif au mariage, par moins de 20 articles, du 1435 au 1447-2 sous le nom de kanman (การหมั้น) ce qui signifie tout simplement « engagement ».

 

 

Elles ne peuvent avoir lieu que lorsque les promis ont atteint l'âge de 17 ans révolus et nécessitent l'accord des parents ou des personnes ayant autorité lorsqu'ils sont mineurs : l'article 19 du même code fixe la majorité à 20 ans.

 

Intervient alors l'article 1437 qui est fondamental : pour que ces fiançailles soient valides, le fiancé doit impérativement avoir transféré à son épouse la propriété du khongman (ของหมั้น) qu'il est difficile de traduire autrement que par « prix de l'engagement ». Cadeau de fiançailles assurément ressemblant étrangement à notre bague de fiançailles traditionnellement offert par le fiancé ou sa famille. Les Thaïes préfèrent leur bijoux en or, la parure traditionnelle offerte sera bague, collier et bracelet dont le poids varie en fonction de la richesse du donateur mais il peut consister en toute autre espèce de cadeau !

 

 

Soyons clair, pour que les fiançailles aient valeur de promesse juridiquement valide, le payement de ce cadeau est légalement obligatoire.

 

 

Le même article en arrive au sinsot. Il ne parle pas de formellement de dot et le définit comme un bien donné par l'homme aux parents ou aux personnes ayant autorité sur le promise en échange de leur accord. Nous verrons plus bas que ce concept ne correspond nullement à celui de l'achat d'une mule. I

 

Si le mariage n'a pas lieu, le sinsot doit être restitué. Il ne s'agit donc nullement d'une obligation comme pour le khongman. Celui-ci devra être restitué si l'affaire ne se conclut pas du fait de la femme.

 

Toutefois ces fiançailles ne donnent pas lieu à une action en exécution forcée à l'encontre d'un ou d'une réfractaire mais à d'éventuelles actions en dommages et interêts. Tout comme en droit français, toute obligationde faire ou de ne pas faire se résoud en dommages et intérêts en cas d'inexécution de la part du débiteur dit l'article 1142 de notre code.

 

 

La suite de la section du code détaille les diverses situations dans lesquelles le mariage n'a pas eu lieu et les indemnités éventuellement encourues. Je vous en fait évidemment grâce.

 

Ce cérémonial se déroule dans ce que nous appelons par abus de langage le « mariage traditionnel ». Il ne constitue qu'une promesse de mariage.

 

Pour le code civil (article 1458), il n'y a de mariage que lorsque l'homme et la femme ont convenu publiquement devant l'officier d'état civil  qu'ils étaient d'accord pour se prendre comme mari et femme. La cérémonie des fiançailles ne change pas la statut juridique des fiancés. Elle est toutefois très symbolique par la pose du lien qui doit unir le couple.

Il y a d'ailleurs une différence termoinologique, le mariage civil, la simple signature sur le registre du chef de district et simple papier, c'est kan somrot (การสมรส). Le mariage (ou les fiançailles) traditionnel sont kan taengngan – (การแต่งงาน) ce qui signifie literallement les festivités du mariage.

 

 

Selon les régions le mariage traditionnel est célébré par les moines ou le chaman qui n'ont aucun des deux le moindre pouvoir en matière d'état civil

 

 

Les origines du sinsot ?

 

La tradition de la « dot » et du « mariage » thaïlandais remonte probablement à l'Antiquité. Il en est diverses versions : remercier les parents de la fiancée pour les soins qu'ils ont apporté à son éducation ? Payer « le prix du  lait de la mère » (kha namnom khong mae - ค่าน้ำนมของแม่) ou « le prix du riz qui l'a nourrie » (khaopon – ข้าวป้อน), deux explications données sommairement par le Dictionnaire de l'Académie royale ? Nécessité pour le futur mari de prouver qu'il a la capacité de conduire son ménage avec responsabilité ? Nous sommes toute de même loin de mesurer la valeur pécuniaire d'une femme.

 

 

Le montant ?

 

Il n'y a rien de misogyne dans ce que j'avais écrit à ce sujet. Ce sont tout simplement les propos que m'a tenu une thaïe de mes amis lorsque je la consultais avant de prendre la décision d'accomplir la cérémonie traditionnelle.

 

Tout est affaire de discussion entre les deux familles.ou leurs hommes d'affaire. N'en était-il pas ainsi chez nous avant que le régime dotal soit purement et simplement supprimé en 1965 ? Les gens distingués s'épargnaient ces discussions et laissaient leurs notaires respectifs s'en charger.

 

 

Il y a de nombreux sites Internet à ce sujet. L'un d'entre eux utilise une formule que j'ai retrouvé ailleurs de façon différente :

 

 

On effectue le calcul en fonction ds revenus mensuels respectifs, on les additionne et on multiplie le tout par un coefficient qui varie de 5 à 10. Par exemple, le mari gagne 45.000, l'épouse 30.000, le tout fait 75.000 auquel on affecte en fonction du niveau social de ce couple, le facteur 7, la sinsot sera donc de 525.000 bahts (environ 13.000 euros)

 

 

 

 

Beaucoup de mariages (mais dans quelles proportions?) sont encore dans ce pays des unions non de passion mais de raison, organisées par les deux familles au moins dans les sphères les plus aisées de la population. Les mariages de raison ne font pas forcément de mauvaises unions.

L'utilisation ?

 

Cette ancienne tradition a sa confirmation légale et en réalité profite autant aux hommes qu'aux femmes. Il est en effet une autre tradition dont j'ai eu confirmation à plusieurs reprises : Lors de la cérémonie, les billets représentant le montant du sinsot ont été comptés et recomptés puis étalés avec complaisance par le maître de cérémonie, tous les assistants ou ainsi pu voir et vérifier, les Thaïs aiment bien le paraître !

 

Mais lorsque tous les rituels sont terminées, le beau-père rencontre le marié à l'abri des regards et lui restitue en réalité tout ou partie du sinsot pour aider le jeune couple dans son départ dans la vie !

 

 

Les occidentaux placés devant cette situation peuvent avoir peine à comprendre et parlent volontiers de cupidité alors que celle-ci peut évidemment exister mais ne voit-on pas aussi de manifestes symptomes de cupidité en occident lors des ruptures du lien conjugal et des batailles acharnées sur les prestations compensatoires, les pensions alimentaires et  dommages et intérêts ?

 

 

Que me semble ?

 

Il n'y a rien de choquant à offrir à sa promise, lorsqu'on a l'intention de conclure une union durable, un cadeau qui pourrait être une bague de fiançailles, une parure en or ou tout autre bien comme le précise le code.

 

 

La question du mariage dit traditionnel est différente. Beaucoup de Thaïes sont incontestablement attachées à cette cérémonie, beaucoup plus qu'à la cérmonie très formelle du mariage civil au district qui ne prend que quelques minutes. Elle peut d'ailleurs être célébré dans n'importe quel district du pays. Les français qui effectuent les formalités administratives à l'Ambasssade choisissent le plus souvent le district le plus proche d'autant qu'il porte le nom de district de l'amour ! (bangrak – บางรัก) mais c'est une simple commodité.

 

 

Le kan somrot est obligatoire certes pour être fiancés ou mariés au sens traditionnel du terme mais la loi thaïe n'impose pas comme la notre de souscrire le mariage civil avant le mariage religieux. Elle n'est pas loin l'époque où – dans un certain monde – il était procédé par principe au mriage civil longtemps avant le mariage religieux considéré comme le seul valable pour marquer l'indifférence à la loi civile face à celle de la religion.

 

Le sinsot n'est pas une obligation juridique, tout au plus morale, un domaine dont chacun pense ce qu'll veut.

 

 

Il appartient à l'Occidental confronté à cette question de faire la part entre ce qui peut être éventuellement de la cupidité et ce qui peut n'être que le désir de respecter une traditon séculaire.

 

Du côté des Thaïs, l'institution fait lobjet de critiques pour être un obstacle au souhait d'un jeune homme peu argenté de fonder une famille solide ? Il faut aussi dire que, l'évolution des moeurs aidant, beaucoup d'entre eux n'hésitent plus à célébrer Pâques avant les Rameaux ou plutôt le nouvel an thaï avant le nouvel an chinois.

 

 

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commentaires

S
Merci pour les précisions sur le mariage thaï que nous autres Occidentaux ne comprenons pas toujours. Et un grand merci pour le clin d'œil à mon blog. Je vous souhaite une bonne journée et de joyeuses fêtes de Songkran.
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