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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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24 avril 2022 7 24 /04 /avril /2022 02:37

 

Dans un amusant article publié dans la très sérieuse revue de la Siam Society dans sa livraison de 2021, le professeur Olivier de Bernon qui appartient à l'école française d'extrème orient, donne à l'invention du parachute une très lointaine origine siamoise. Le titre de son article est évocateur : « The Parachute, a French Invention of Distant Siamese Origin » (Le parachute, une invention française de lointaine origine siamoise - ร่มชูชีพ สิ่งประดิษฐ์ของฝรั่งเศสที่มีต้นกำเนิดจากสยามไกลๆ)

 

 

Selon lui, l'invention du parachute appartient au physicien français Louis-Sébastien Lenormand, né à Montpellier le 25 mai 1757. L'idée est née dans son esprit en lisant un passage de la Description du Royaume de Siam de Simon de La Loubère, envoyé extraordinaire du roi Louis XIV à la cour du roi Phra Narai à Ayutthaya. Le 26 décembre 1783, muni d'un attirail de parasols et de perches, Lenormand se lança du haut d'un arbre de six mètres et vérifié la douceur d'une chute qui était comparable aux acrobaties observées par La Loubère. Il entreprit aussitôt les calculs de résistance de l'air, de volumes, et des surfaces appropriées pour une voile de parachute pour obtenir la plus lente descente. Ce faisant, il a transformé un divertissement acrobatique en une expérience en mécanique physique : l'invention du parachute avait eu lieu.

 

 

Effectivement, ce scientifique revendiqua dans la revue « Annales de chimie » du 30 vendémiaire de l'an IX (22 octobre 1800) la paternité à la fois du mot (« parachûte ») et surtout d'en avoir fait l'essai sur sa personne le 26 novembre 1783.

 

 

L'idée lui en aurait été inspiré par une lecture dans un volume de l' « histoire des voyages » (mais il ne dit pas lequel) où il avait lu que des esclaves, pour amuser leur roi, munis d'un parasol, se laissoient aller d'une hauteur assez grande pour se faira beaucoup de mal ; mais qu'ils étoient retenus par la colonne d'air qui étoit comprimée par ce parasoll ». La revue ne contient malheurement pas le croquis de l'engin. Il indique simplement avoir eu un parasol de 30 pouces de diamètre (75 cm) dans chaque main, l'extrémité des baleines attachés à la poignée pour éviter qu'elles ne se replient.

 

 

Les principes de physiques sur lesquels fonctione le parachute sont effectivement bien connus. Mais s'est-il bien lancé de haut de la tour de la Babotte muni d'un parasol d'un dialètre de 30 pouces dans chaque main et atterrit-il sans dommage ?

 

C'est selon toute apparence Louis Figuier qui a répandu l'idée d'attribuer la paternité du premier saut en parachute à Lenormand . Selon lui « Lenormand avait lu dans quelques relations de voyages que des certains pays, des esclaves pour amuser leur roi se laisaient tomber d'une certaine hauteur munis d'un parasol... ». Il en situe également l'origine de l'idée à une anecdote : une fillette tombée d'une échelle fut sauvée par un vent du nord très violent qui s'engouffra dans sa robe ? Figuier qui n'en est pourtant pas avare ne donne qu'un dessin où l'on voit Lenormand accroché à un seul parasol de diamètres évidement supérieur à 30 pouces ? Pour Figuier, il ne pensait pas à permettre au passager d'un aérostat en danger de s'en échapper mais aux habitants d'une maison en flamme de fuir en sautant dans le vide sans dommage.(1).

 

 

Au demeurant, la paternité de cet exploit fut contestée par un érudit de Montpellier, L.H. Escuret en 1961, où se situe est la vérité ? Voici ce qu'il écrit :

« Louis Figuier... et le parachutiste : En 1945, une plaque commemorative fut fixée sur la tour de la Babote à Montpellier avec cette inscription : « A la mémoire du physicien Sébastien Lenormand qui, en 1783, du balcon de cette tour osa le premier saut en parachute. » C'était trop beau pour être vrai ! En réalité, Lenormand avait seulement décrit dans les Annales de chimie, en 1801, les expériences de parachutage qui furent réalisées à cette époque et à cette tour, mais seulement avec des poids et des animaux. C'est l'étourderie et peut-être le chauvinisme d'un Montpelliérain qui avait fait le reste. Ce Montpelliérain ? Un savant bien connu, Louis Figuier, qui avait ainsi « embelli » la vérité en décrivant cet exploit imaginaire dans ses « Merveilles de la science de 1868 ».

En 1958, l'erreur fut démasquée et la plaque modifiée comme il convenait » (2). Cette contestation est sérieuse. En effet, ces parasols ont chacun une superficie d'un peu moins de 2 mètres carrés soit 4 au total. C'est bien inférieur à la superficie de nos parachutes d'une superficie d'environ 10 mètres carrés qui permettent de toucher le sol à 8 mètres par seconde, un peu moins de 30 kilomètres à l'heure. Ceci dit, le « Livre des records » - mais est-ce une bonne référence - fait état d'un atterissage réussi avec un micro-parachute de 3,25 mètres carrés, alors ?

 

 

Dans son article susvisé, Lenormand continue en précisant qu'il a repris son expérience avec un parasol unique mais cette fois-ci de 14 pieds de diamètre soit 4,25 mètres ce qui donne une superficie d'un peu plus de 14 mètres carrés.

 

Que dit donc La Loubère et a-t-il décrit des parachutes au Siam ? Il s'est effectivement régalé du spectacle des acrobates chinois à la cour du roi Naraï et des saltimbanques jugés au sommet de très hauts bambous, les danseurs de bambous (ลอดบ่วง)

« Il en mourut un, il y a quelques années, qui se jetait du cerceau en bas. se soutenant seulement par deux parasols dont les manches étoient bien attachés à sa ceinture : le vent le portait au hasard tantôt à terre, tantôt sur des arbres, ou sur des maisons, et tantôt dans la rivière. Il divertissait si bien le Roi de Siam, que ce Prince l'avait fait grand Seigneur ».

 

 

Nous retrouvons bien là les deux parasols de Lenormand. A-t-il puisé cette idée à la lecture de La Loubère dans le texte ? L' « Histoire générale des voyages » de l'abbé Prevost dont il parle est une énorme collection de 25 volumes publiée à partir de 1746 sous forme de souscription. C'est une compilation de récits de voyageurs qui a connu un fort succès, l'exotisme étant alors fort à la mode. Le récit des voyageurs de l'ambassade de Louis XIV, tome X fut publié en 1752.

 

L'ouvrage a fait l'objet d'une édition abrégée en 1780, peut-être est-ce celle que Lenormand a eu sous les yeux ?

 

 

J'y lis : « On se rappelle qu'à Paris de nos jours un homme a essayé de s'ajuster des ailes et de voler.

 

Si l'on en croit La Loubère, on est plus habile à Siam qu'à Paris. Il vit un saltimbanque se jetant d'un bambou sans autre secours que de deux parasols dont les manches étaient attachés à sa ceinture, se livrait au vent qui le portait au hasard, tantôt sur les arbres, tantôt sur terre et tantôt dans la rivière.... » (3). La Loubère qui avait un joli coup de crayon ne nous a malheureusement pas laissé de gravure.

 

Une invention française venue du Siam qui a sauvé de nombreuses vies et causé de non moins grands ravages puisque les parachutistes d'Hitler en firent un instrument de mort , passant du simple divertissement artistique à l'élaboration scientifique.

 

 

 

NOTES

 

(1) « Merveilles de la science » 1868 repris dans « Les aérostats » 1887

 

 

(2) « Revue de l'histoire de la pharmacie » 1961

(3) « Abrégé de l'histoire générale des voyages », tome VI, 1780

 

 

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