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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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3 avril 2022 7 03 /04 /avril /2022 05:06

L'histoire du dépècement du royaume de Siam, vision siamoise, deuxième partie (1904 - 1962)

 

 

La France, le 13 février 1904 sous le règne de Rama V  (11 sur la carte) :

 

Le calvaire du roi n'est pas terminé. Le Siam, après avoir cédé à la France tous ses droits de suzeraineté sur la riche gauche du Mékong doit encore céder des territoires de la rive droite sous le prétexte qu'ils auraient appartenu à la suzeraineté du royaume de Luang Prabang (เมืองหลวงพระบาง), Champassak (จำปาสัก) pour 15.000 kilomètres carrés et la province de Saiyabuli (ไซยะบูลี) de 17.000 kilomètres carrés. Tout est présenté sous forme d'échanges de territoires qui sont pour le Siam des marchés de dupe. En échange en effet, le Siam reçoit des terrains d'une superficie « à déterminer » aux points situés sur le rive droite  d'amont en aval: Chieng-Khan ( เชียงคาน), Nong-Khay (หนองคาย), Saniabouri (c'est en réalité la province qui vient d’être attribuée à la France), Mukdahan (มุกดาหาร),  Kemarat (เขมราฐ), et l'embouchure de la rivière Moun (แม่น้ำมูล). A quoi cela pouvait-il correspondre sinon un marché de dupe puisque le Siam devait depuis 1893 conserver la rive droite du Mékong en dehors des deux provinces qu'il vient de perdre. Je n'ai nulle part trouvé trace d'une détermination de ces superficies.

 

 

La France, le 23 mars 1907 sous le règne de Rama V (12 sur la carte) :

 

Le Siam doit cette fois abandonner à la France les territoires cambodgiens qui étaient restés sous sa souveraineté depuis 1867, la province de Burapha (มลฑลบูรพา) incluant Siamrap pour 10.229 kilomètres carrés(เสียมราฐ) et Sisonphon pour 6.800 kilomètres carras) (ศรีโสภณ). C'est un drame pour le Siam qui perd les lieux d'Angkor qui sont sacrés tant pour les Thaïs que pour les Cambodgiens. En contrepartie, la France cède au Siam les territoires de Dan-Sai (ด่านซ้าย), un district de la province de Loei (เลย) et de Kratt, Il s'agit en réalité de la petite ville de Trat (ตราด) située à la frontière ouest du Cambodge, un port de médiocre importance ainsi que toutes les îles situées au large comme Koh Chang (เกาะช้าง), Koh Mak (เกาะหมาก) ou Koh Kut (เกาะกูด), des îles ou des îlots qui ne présentaient alors aucun intérêt économique et qui devinrent beaucoup plus tard des « paradis touristiques ».

 


Si le roi consentit toutefois à ce singulier marché, digne d'un charcutier indélicat qui fait son pâté de grives dans la proportion d'une grive-une vache, c'est tout simplement qu'il voulait accélérer le départ des armées françaises qui occupaient militairement – suprême humiliation subie en 1893 – la ville de Chantaburi (จันทบุรี) dont l'importance symbolique était considérable puisque c'est de là que le roi Taksin-le-grand (สมเด็จพระเจ้าตากสินมหาราช partit à la reconquête de son pays après la destruction du royaume d'Ayutthaya par les Birmans en 1767. Les Français partirent effectivement en 1907 après 15 ans d'occupation. L'anniversaire de leur départ est toujours localement fêté à Chantaburi.

 

 

L'autre raison en fut la recherche, sinon de la disparition du moins d'une restriction du système des protégés qui faisait que les Français considéraient que tous les habitants du Siam originaires d'un pays sous leur domination bénéficiaient de privilèges qui les faisaient échapper à l'impôt, à la justice siamoise, au service militaire et aux corvées. Ils furent ainsi des dizaines de milliers à se placer sous la protection française. Les consulats avec l'aide active des missionnaires étaient devenus de véritables usines à délivrer des certificats de complaisance quand ils ne les vendaient pas.

 

 

Les Anglais, le 10 mars 1908, toujours sous le règne de Rama V (13 sur la carte)

 

Le pays subit une dernière avanie, il doit céder sous la force à l'Angleterre ses territoires de la péninsule malaise, 80.000 kilomètres carrés, Kelantan, Terenggan, Saiburi et Perlis (กลันตัน, ตรังกานู,ไทรบุรี). Toutes ces sultanats devaient payer au roi du Siam le tribut de la fleur d'or et d'argent.

 

Compte tenu des difficultés que connaît actuellement la Thaïlande avec ses provinces musulmanes du sud, Pattani (ปัตตานี), Yala (ยะลา) et Narathiwat (นราธิวาส on peut penser que les Anglais rendirent à la Thaïlande un service à long terme en lui épargnant d'avoir conservé sur son territoire quatre foyers d'insurrection potentielle !

 

 

Si le Siam échappa partiellement à la colonisation anglaise et française, c'est en raison des accords restés secrets du 15 janvier 1896 par lesquels ils considéraient le pays comme un état tampon entre leur deux zones d'influence, Birmanie à l'ouest et Indochine française à l'est, Cambodge et péninsule malaise étant exclus, ce qui eut pour conséquence ces trois derniers traités qui ne touchaient pas au tampon siamois.

 

 

Lors de l'affaire de Paknam en 1893, la plus douloureuse assurément pour le roi, son fils héritier né le 1er janvier 1881, est encore un gamin. Il ne pouvait lui être de quelque conseil que ce soit. L'un de ses fils, non successible car issu d'une concubine, le Prince Chirapravati Voradej, prince de Nakhon Chaisi (พระเจ้าบรมวงศ์เธอ กรมหลวงนครไชยศรี), né en 1876, étudie alors depuis 1891 à l'Académie royale militaire danoise jusqu'à 1894. Le roi a envoyé trois autres de ses fils à l'étranger mais il est le seul à avoir été envoyé étudier l'art militaire : Le Prince Raphi Phatthanasak (รพีพัฒนศักดิ์) né en 1874 étudiait le droit en Angleterre. le Princes Kitiyakara Voralaksana (กิติยากรวรลักษณ์) né en 1874 faisait en Angleterre des études de pâli et de sanskrit. Le prince Pravitra Vadhanodom (กรมพระนเรศวร วัฒโนดม), né en 1875, faisait des études littéraires aussi en Angleterre.

 


 

Il est l'un des tous premiers enfants que le roi a envoyé étudier à l'étranger. Nous bénéficions d'une lettre que lui a adressé son père à une date non précisée mais antérieure à son retour au Siam en 1895. A cette date le Laos et une partie du Cambodge sont devenus colonies françaises. Le roi fait part à son fils de sa crainte que les Français ne s'arrêtent pas là, menaçant toujours d'occuper le Siam, comme le réclamait à cor et à cri le parti colonial.


 

Si la menace des colonialistes occidentaux avait commencé sous le règne du roi Mongkut, elle devint beaucoup plus sérieuse sous celui du roi Chulalongkorn : Les deux grandes puissances, l'Angleterre et la France, occupaient les pays voisins. Les Britanniques se sont emparés de de la Birmanie et de la Malaisie. La France est installée au Vietnam, au Laos et au Cambodge. Pour le roi Rama V, l'affaire de 1893 fut la plus douloureuse face aux manœuvres des Français. Il reproche avec véhémence à la France de n'avoir jamais eu d’autre dialogue que l'ultimatum. L'affaire de Grosgurin ne fut qu”un prétexte pour martyriser le gouverneur de Khammouane Phra Yod Muang Kwang (พระยอดเมืองขวาง). Il est toujours un héros et un martyr pour les Thaïs.

 

 

Cet incident a causé le plus grand chagrin et la plus grande douleur de sa vie au roi. Il a alors 40 ans et pour la première fois de sa vie, on le vit pleurer après avoir du s'incliner devant la menace de canonnières françaises. Après s'être tondu, il a refusé pendant un certain temps de prendre ses médicaments mais il prit sur lui de se ressaisir en cachant son chagrin dans son cœur pour continuer à exercer ses fonctions royales jusqu'au bout afin de lui permettre d'assurer la survie du pays tel que le lui avait légué ses aïeux depuis des siècles. Ayant conscience d'être injustement opprimé par les grandes puissances, il est aussi conscient de n'avoir rien négligé et ne conserve de son attitude aucune honte. Il pensa alors au prince son fils, le premier de ses fils à étudier la science militaire au Danemark mais ses études n'étaient pas terminées alors que les affaires militaires du pays nécessitaient une connaissance approfondie des techniques nouvelles à moyen et long terme.

 

Le roi Chulalongkorn mourut jeune d'une maladie rénale le 23 octobre 1910 à 2 h 45 dans la salle du trône Amphorn Sathan. Il n'avait que 57 ans.

 


 

Observons que les empiétements anglais, s'ils ont été territorialement importants, se sont déroulés sur des terres lointaines aux marches du Siam et furent probablement beaucoup moins traumatisants que ceux des Français.

 

Ceux-ci, toujours masqués d'un pseudo voile juridique, portèrent sur des lieux symboliques, les douze districts d'abord en 1888, la menace des canonnières françaises face au Palais royal en 1893, l'occupation militaire de Chantaburi en 1893, la perte du site d'Angkor en 1907. La délimitations frontalière qui en suivit eut pour conséquence l'attribution au Cambodge ayant chaussé les bottes de la France, du temple de Preah Vihar, lieu sacré du bouddhisme théravada.

 

Les Siamois devenus Thaïlandais ont de la mémoire. Les sentiments hostiles à la France ont ressurgi en 1941, nous en avons parlé, une période de quatre ans de persécutions... Il y a quelques dizaines d'années certes ?

 

Le Cambodge (1962); le temple de Preah Vihar , sous le règne de Rama IX (14 sur la carte) :

 

Il s'agit bel et bien d'un dépècement devant lequel le roi Rama IX ne put que s'incliner

 

Lorsqu'éclata le litige relatif à la possession du temple de Preah Vihear en 1962, celui-ci a trouvé sa solution finale devant le Cour Internationale de Justice qu'en novembre 2013, nous vîmes apparaître alors une résurgence de cette francophobie, dans la presse, à la télévision et sur de multiples sites Internet. Il est considéré non sans raisons comme un territoire perdu.

 

Il y a même une page Facebook créée le 14 juillet 2020 relative à la perte de 5.283.000 kilomètres carrés... La superficie actuelle du,pays est de 514.000 kilomètres carrés

(https://www.facebook.com/wangdermpalace/posts/2829669170653013/)

 

 

Ces sites – je ne cite que la page Facebook – sont certes en thaï, ils émanent certes d'une pensée ouvertement irrédentiste ou nationaliste, mais ils sont là, mais laissent cependant à penser que les sentiments francophobes ne sont pas morts.

 

Un diaporama fort bien ficelé sur Youtube (https://www.youtube.com/watch?v=OFbQWoveELI) a été vu à ce jour plus de 2 millions de fois.

 

Nous les retrouvons dans de petits manuels d'histoire à l'intention des jeunes étudiants. Ces sentiments ne sont pas marginaux.

 

« Le mécontentement et la haine qu'éprouvent les Siamois envers la France sont profondément gravés dans nos cœurs. »

 

 

Jean-Marie de Lanessan qui fut gouverneur de l'Indochine française de 1891 à 1894 écrit en 1889 alors qu'il n'est encore que député :  « La vérité est que la Cochinchine, l'Annam et le Tonkin ne peuvent être considérés comme des colonies de peuplement pour la race blanche ».

 

Cet ouvrage laisse à penser que l'étude qu'il fait du Laos, du Cambodge et du Siam qu'ils doivent irrémédiablement tomber sous la coupe de la France.

 

Le même écrit en 1895 alors que la conquête du Laos est terminée: « De tous les mouvements d'expansion coloniale de la France, celui qu'elle exécute en ce moment en Indochine est sans contredit de beaucoup le plus important. Un pays d'une immense richesse agricole, sans parler de ses ressources minières, est désormais soumis à notre domination » (« La colonisation française en Indochine »).

 

Nous retrouvons des propos de la même farine chez Pierre-Paul Cupet qui fut l’un des responsables de la Mission Pavie. Il y était chargé de l’exploration ethnographique. Tout au long de son ouvrage Mission Pavie : Voyage au Laos et chez les sauvages du sud-est de l’Indo-chine, publié en 1900, il expliquait que l’exploration ethnographique était un moyen majeur pour mener une politique d’annexion des territoires. À son avis, ils étaient habités par des « sauvages » que les Européens plaçaient au plus bas de l’échelle du développement des sociétés. Ce genre d’évaluation reposait sur l’idée de l’existence d’une hiérarchie des groupes humains. L’adjectif « civilisé » prenait alors tout son sens à l’époque,

 

Ce ne sont nullement des colonies de peuplement comme le furent l'Algérie et dans une moindre mesure la Nouvelle-Calédonie. Le véritable colon, au sens exact du mot, coloniser vient de cultiver, est ici l'Asiatique. Il n'est pas question d'apporter à ces populations les bienfaits de notre « admirable civilisation occidentale », le véritable colon, c'est l'indigène. Seules les missionnaires eurent au moins des idées pures pour répondre à l'enseignement de leur maître : « Allez enseigner les nations ». Ce colon, l'homme au baluchon simplement riche de ses bras, et de quelques écus pour la matérielle du début comme on le vit en Algérie, faire le paysan à coup de pioches, terreux pugnace et volontaire, on ne le vit pas en Indochine.

 

 

 

Il est bon de décrire ce « non-dit » des relations franco-thaïes en ne cachant pas un pan de l’histoire thaïe, un aspect occulté de l’entreprise coloniale. Si les Français l'oublient, les Thaïs ne l'oublient pas et leurs livres d'histoire non plus.

 

Nous n'avons cherché Alain et moi dans nos modestes recherches d'historiens du dimanche, à faire quelqu'acte de repentance que ce soit. Elles nous conduisent tout simplement à découvrir que la vision thaïe n'est pas celle que l'on trouve trop souvent dans les écrits français.

 

« Quelle vérité que ces montagnes bornent, qui est mensonge au monde qui se tient au-delà » écrivait Montaigne en continuant « Chacun appelle barbare ce qui n'est pas de son usage »

« Plaisante justice qu'une rivière borne Vérité au-deçà des Pyrénéeserreur au-delà » écrivit plus tard Pascal,

 

Ils ne pouvaient alors savoir ces montagnes deviendraient quelques siècles plus tard le massif des Dangrek et la chaîne annamitique et la rivère, la Salween et le Mékong !

 

 

SOURCES

 

Nous avons consacré plusieurs articles à l'affaire du temple de Preah Vihar et ses développements devant la Cour Internationale de Justice de La Haye. Ce fut un procès non pas entre la Thaïlande et le Cambodge mais entre la Thaïlande et la France. Il est la conséquence directe des délimitations frontalières effectuées à la mode coloniale. De l'aveu du premier ministre cambodgien de l'époque, la France ne s'était pas sali les mains à cela, il avait obtenu avant le début du procès l'assurance du vote favorable d'un certain nombre de magistrats.

 

A136. La Décision du 11 Novembre 2013 de la Cour Internationale sur le Temple de Pheah Vihar.

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/article-a136-la-decision-du-11-septembre-2013-de-la-cour-internationale-sur-le-temple-de-pheah-vihar-121125783.html

 

A 440 Bis - AFFAIRE DU TEMPLE DE PREAH VIHEAR : LA COUR INTERNATIONALE DE JUSTICE A-T-ELLE PERDU LA RAISON EN 1962 ? วัดพระวิหาร : ศาลระหว่างประเทศแห่งความยุติธรรมสูญเสียเหตุผลในปี 2505 หรือไม่ ?

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2021/09/affaire-du-temple-de-preah-vihear-la-cour-internationale-de-justice-a-t-elle-perdu-la-raison-en-1962-2505.html

 

Nous avons parlé des persécutions francophobes des années 1941-1944 dont les missionnaires et les catholiques assimilés aux Français, firent les frais :

Voir notre article A 447 - LES PERSÉCUTIONS FRANCOPHOBES CONTRE LES CATHOLIQUES AU SIAM (1940 – 1944) ET LEURS MARTYRS

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2021/09/a-447-les-persecutions-francophobes-contre-les-catholiques-au-siam-1940-1944-et-leurs-martyrs.html

 


 

 

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