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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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9 janvier 2022 7 09 /01 /janvier /2022 14:43

 

A la fin de la seconde guerre mondiale, une Commission spéciale de Conciliation franco-siamoise a été constituée par les Gouvernements français et siamois à la suite de la signature à Washington par les représentants des Gouvernements de la république française et du Royaume du Siam de l’accord de règlement franco-siamois du 17 novembre 1946, conformément aux dispositions de cet accord. Il fallait donc régler la question des frontières à titre définitif. En réalité rien ne sera changé par rapport aux délimitations de l'ère coloniale. Ce sera le prix à payer par la Thaïlande pour être admise dans le concert des Nations Unies et faire oublier sa participation marquée aux côtés des Japonais lors de la guerre qui vient de se terminer. La Commisssion qui n'a rien concilié n'a manifestement tenu aucun comptes des arguments thaïs concernant l'origine ethnique l’analogie de langage, d’origine et de culture des habitants de chaque côté de la frontière actuelle en particulier dans la zone où va éclater le conflit. Le Siam avait récupéré en 1941 les territoires antérieurement perdus au profit de la France en 1904 et 1904. C'est le retour à la case départ...et le début d' une situation qui pourrait devenir explosive.

 

 

Ces question frontalières avaient auparavant été réglées par les traités franco-siamois de 1904 et 1907 suivant celui de 1893. Le fixation par le premier traité ne correspondait à aucune réalité ethnique mais avait le mérite de choisir une limite facile à matérialiser : le thalweg du Mékong là où ce fleuve coule en un bras unique; ce même tracé est fixé au thalweg du bras le plus proche de la rive siamoise là où le fleuve coule en plusieurs bras et dans ce cas, les îles font partie de la rive française quand elles ne sont jamais recouvertes par les hautes eaux... mais fixation artificielle tout de même puisque des deux côtés du Mékong les population sont sœurs ethniquement et proches par la culture et par la langue,

 

 

Mais il n'y a pas que le Mékong qui serve de frontière entre les deux pays, les problèmes se posent en cas de limites terrestres en l'absence d'élément géographique – cours d'eau ou ligne de crêtes - facilitant le travail des topographes !

 

 

Les difficultés vont ressurgir dans la région de Phitsanulok et Uthraradit côté siamois et de la province lao de Syaburi côté lao. Des incidents sporadiques sont signalés en 1981 et 1984 sans que coule le sang. Tel ne fut malheureusement pas le cas lorsqu'éclata un conflit armé entre les deux pays en décembre1987 jusqu'en février 1988. Nous le connaissons sous le nom de « guerre des trois collines », trois colline non dénommées autrement que par des chiffres, les collines 1182, 1370 et 1428 (เนิน 1182, 1370, et 1428) situées dans la province de Phitsanulok. Pour les Thaïs, ce conflit est « la bataille du village Romklao » (ยุทธการบ้านร่มเกล้า ).

 

 

Le Laos s'irritèrent de ce que cette région frontalière servait de base de repli de la guérilla des Mongs mais ils ne pouvaient y exercer ce que le droit international appelle le « droit de suite » en raison de la présence américaine alors toujours pesante en Thaïlande. Nous étions alors en guerre froide et ni les Américains ni les Vietnamiens et les Russes derrière eux, omniprésents au Laos ne souhaitaient l'ouverture d'un conflit international. Il était un autre sujet d'irritation côté du Laos qui se plaignait que des entreprises forestières thaïes venaient couper le bois dans la zone litigieuse... Le commerce du bois, légal ou illégal, est une activité très lucrative dans laquelle notables et officiels des deux pays sont souvent partie prenante. La radio de Vientiane accusait ces trafiquants de bois d'être soutenus par des seigneurs de la guerre appartenant à la « clique ultra réactionnaire de Bangkok »  ?

 

Nous reviendrons rapidement sur les opérations militaires proprement dites. La dispute portait pour l'essentiel sur le pojt de savoir si le village de Romklao appartenait au district de Fernand Bernard, dans la province de Phitsanulok (ชาติตระการ – พิษณุโลก), un seule des 72 villages de ce district ainsi que trois autres villages de la province d'Utharadit... une guerre pour trois collines qui aurait pu n'être qu'une guerre pour des queux de cerises s'il n'y avait eu des morts.

 

 

Les conditions d'établissement de la ligne frontalière.

 

Elles sont directement à l'origine de ce conflit.

 

Lorsque les diplomates déterminaient de concert la fixation des limites territoriales, ils ne disposaient pas de cartes et ignoraient tout des réalités en particulier ethniques de la zone. Le travail sur le terrain sera le fait d'une commission. Le président français de la commission ainsi créée en 1904 est Fernand Bernard, un polytechnicien et officier de l’artillerie coloniale. Il a beaucoup navigué en Indochine et est censé bien connaître le terrain. Mais il ne va pas trouver une tâche purement technique et routinière. Il va œuvrer entre 1904 et 1907.

 

Dès le début de la première campagne, sa commission rechercha vainement sur le terrain une rivière et une chaîne de montagne qui n’avaient jamais existé autrement que dans l'imagination des diplomates qui avaient contracté le traité ! On croit rêver !

 

Il ne ne cache pas sa critique à leur encontre : à ses yeux, ils ne comprenaient pas la réalité locale des territoires puisqu’ils ignoraient le terrain et la population, et hésitaient à établir des contacts avec les habitants « à cause de l’amour-propre ou des préjugés ». Il n'hésite pas à parler de « diplomatie imbécile ».... La région ou va éclater la guerre est d'accès difficile et il est permis de penser que les diplomates siamois de Bangkok n'y ont jamais mis les pieds pas plus que les Français évidement (1)

 

Pour cette zone, la ligne frontière choisie était une rivière, le rivière Hueang (แม่น้ำเหือง) mais, version thaïe, il y a une autre rivière qui porte ou porterait ce nom, peut-être l'une de ses branches ? Toujours est-il que, de bonne ou mauvaise foi, les cartographes français auraient choisi l'hypothèse la plus favorable ? Le problème s'est encore compliqué lorsque les Américains se servaient de la Thaïlande pour aller bombarder le Laos, il établirent en 1960 une carte sur la base de photographies aériennes sur laquelle apparaît une rivière dite pour eux Barren Hueang River , pour les Thaïs (ลำลำน้ำเหืองป่าหมัน), ce qui est probablement un bras mort de la même rivière, les Soviets établirent de la même sorte une autre carte frontalière en 1987, probablement pour les besoins de la cause ? Le zone litigieuse entre l'extrémité du district de Chat Trakan et le district correspondant de la province lao de Sayaburi s'étend sur environ 17 kilomètres (sur la carte a-b) qui ont généré quatre cartes contradictoires !

Le village de Romklao proprement dit avait été créé en 1982 par l'armée thaï pour y abriter des Mongs réfugiés en Thaïlande et ne comportait pas plus de 700 habitants sur une zone de 27 milles carrés c'est à dire encore environ 7000 hectares.

 

 

 

 

 

 La guerre

 

En dehors de petits affrontements antérieurs la véritable guerre comment en 1987 : L'armée thaïlandaise occupa la zone contestée de Ban Rom Klao et a hissa le drapeau thaï. Le gouvernement lao protesta avec véhémence en confirmant que le village fait partie de la province de Sayaburi. L'armée lao attaqué alors le bastion dans le nuit, en chassa les Thaïs et arbora le drapeau lao à la place du drapeau thaï. Dés avant le début du conflit, les Laos avaient occupé la colline 1428 et l'avaient transformée en place forte en mai 1987 créant des bunkers, les protégeant par une ligne de tranchées et des champs de mine. Le 5 novembre 1987, les thaïs envoient des troupes à l'assaut de la colline avec le soutien des forces aériennes mais ils échouent devant la puissance de feu des Laos assistés de soldats vietnamiens et peut-être cubains, tous sur-armés par l'Union soviétique, notamment d'artillerie anti aérienne qui aurait permis d’abattre deux avions thaïs. Les rangers thaïs devaient escalader une pente d'environ 70 degrés en zone humide truffée de mines sous le feu des Laos. Le déploiement de l'armée thaïe fut rend difficile en raison de l'itinéraire, routes étroites, accidentées et sinueuses au travers le flanc d'une montagne de 1000 m d'altitude. La combativité des Laos fut étonnante mais leur armée avait été formée au Vietnam et bénéficiait de compétences technologiques notamment en ce qui concerne l'artillerie et l'artillerie anti-aérienne (2). Les opérations militaire étaient supervisée par le premier Ministre Prem et dirigées par le Lieutenant-général Siri Tiwapan (ศิริ ทิวาพันธุ์)

 


  

Après plusieurs semaines de combats acharnés, un cessez-le-feu était annoncé le 19 février 1988 probablement à l’initiative des puissances concernées directement ou pas, États Unis, URSS et Vietnam). Cette guerre aurait coûté la vie à environ 1000 hommes des deux côtés ? Il s'agit d'une évidente exageration journalistique. Les deux pays annoncent des chiffres différents, Il y aurait eu du côté thaï environ 150 morts et environ 190 blessés et côté Laos entre 300 et 400 et des,centaines de blessés, Où se situe la vérité sur le plan humain ? Entre les journalistes occidentaux qui n'ont suivi ce conflit que depuis leurs chambres de l'hôtel Oriental de Bangkok comme ils le faisaient par exemple depuis le Pullman de Bagdad et qui se contentèrent de faire une addition 1000 + 1000 (3) ou celui d'un véritable journaliste d'investigation, Peter B. Martin, qui s'est rendu sur place dans des conditions matérielles difficiles et plus encore dans cette région de forets épaisses (4) ?


 

Les deux pays établirent une Commission mixte des frontières (คณะกรรมาธิการเขตแดนร่วมไทย–ลาว – khanakanmathikankhetdaenruamthai-lao ou JBC : Joint Boundary Commission).

 

 

Lourde tâche puisque la frontière commune entre la Thaïlande et le Laos mesure environ 1 810 kilomètres de long, divisée en 702 kilomètres de frontière terrestre et environ 1 108 kilomètres de frontière maritime. Aux dernières nouvelles, 210 bornes avaient été posés à ce jour (5).


 

 

Á ce jour aussi, il semble que les deux forces se soient retirées l'une et l'autre de cette zone litigieuse qui reste située dans une jungle montagnarde d’accès toujours difficile

Que conclure ?

 

Ces morts et ces blessés, qu'ils soient quelques dizaines ou 2000 ne l'ont malheureusement pas été pour des queux de cerise. Ils sont la conséquence directe des procédures utilisées au début du siècle dernier pour déterminer des frontières dans le cadre de traités inégaux. Ce qui serait amusant s'il n'y avait eu trop de morts et de blessés est que la Laos communiste qui s'est affranchi de la tutelle coloniale s'empresse de chausser les bottes de la France coloniale pour étendre son hégémonie territoriale sur le voisin thaï.

 

Aujourd'hui ?

 

Il règne l'harmonie la plus douce entre les deux pays.

 

 

Ils sont maintenant reliés étroitement par des ponts sur le grand fleuve qualifiés de « ponts de l'amitié » (สะพานมิตรภาพ)

 

Le premier entre Nongkhai et la rive gauche en direction de Vientiane a été construit en 1994 sur un financement de l'Australie (สะพานมิตรภาพ ไทย-ลาว แห่งที่ 1 – สะพานที่เชื่อมต่อจังหวัดหนองคายเข้ากับนครหลวงเวียงจันทน์).

 

 

Pour certains Laos, il est surnommé « pont du Sida », allusion à l’importance des activités de prostitution sur l’autre rive. Comme chacun sait, il n'y a pas de prostitution au Laos !!!

 

 

Le suivant a été construit en 2006 entre Hanoukka et Savannah (สะพานมิตรภาพ ไทย-ลาว แห่งที่ 2 – สะพานที่เชื่อมต่อจังหวัดหนองคายเข้ากับนครหลวงเวียงจันทน์).

 

 

Le troisième date de 2011 et relie  Nakhon Phanom et la province de Kammouane (ะพานมิตรภาพ ไทย-ลาว แห่งที่ 3 - สะพานที่เชื่อมต่อจังหวัดนครพนมเข้ากับแขวงคำม่วน)

 

 

Le quatrième pont a été inauguré le 11 décembre 2013  et relie la province de Chiang Rai à la province de Bokeo (สะพานมิตรภาพ ไทย-ลาว แห่งที่ 4 – สะพานที่เชื่อมต่อจังหวัดเชียงรายเข้ากับแขวงบ่อแก้ว).

 

 

La cinquième pont relie la province de Bueng Kan à la province de Boli Khamxay (โครงการสะพานมิตรภาพ ไทย-ลาว แห่งที่ 5 – สะพานที่เชื่อมต่อจังหวัดบึงกาฬเข้ากับแขวงบอลิคำไซ)

 

 

Le sixième pont relie la province d’Union Ratchathani à celle de Salavan (โครงการสะพานมิตรภาพ ไทย-ลาว แห่งที่ 6 – สะพานที่เชื่อมต่อจังหวัดอุบลราชธานีเข้ากับแขวงสาละวัน).

 

 

Un suivant dont la construction n'est pas terminée relie la province de Loei à la province de Vientiane (โครงการสะพานมิตรภาพ ไทย-ลาว แห่งที่ 7 - สะพานที่เชื่อมต่อจังหวัดเลยเข้ากับแขวงเวียงจันทน์)

 

 

Un dernier projet relie la province d'Ubon Ratchathani à la province de Champasak (โครงการสะพานมิตรภาพ ไทย-ลาว แห่งที่ 8 – สะพานที่เชื่อมต่อจังหวัดอุบลราชธานีเข้ากับแขวงจำปาศักดิ์).

 

 

NOTES

 

- 1 – Sur les conditions difficiles dans lesquelles travailla Bernard, voir le très précieux article de Miho Matsunuma et Matthieu Séguéla « RECONNAISSANCE DE LA SOUVERAINETÉ OU GRANDEUR TERRITORIALE ? LA DÉLIMITATION DES FRONTIÈRES ENTRE LE SIAM

ET L’INDOCHINE FRANÇAISE EN 1907 » in Société Française d'Histoire des Outre-Mers (S.F.H.O.M) | « Outre-Mers » 2015/1 N° 386-387 | pages 205 à 225

-2 – sur l'acharnement des combats, voir la page (en thaï)

https://th.wikipedia.org/wiki/สมรภูมิบ้านร่มเกล้า

Un site thaï donne une vision sereine du conflit net de ses conséquences :

https://www.silpa-mag.com/history/article_45070

 

- 3 – Un bel exemple dans l'article du journal « Le Monde » :

https://www.lemonde.fr/archives/article/1988/01/03/la-tension-frontaliere-entre-la-thailande-et-le-laos-une-guerre-pour-trois-collines_4075914_1819218.html

 


 

- 4 - http://www.icwa.org/wp-content/uploads/2015/10/ERG-10.pdf

 

- 5 – Voir le site de la Commission (en thaï)

https://www.mfa.go.th/th/content/5d5bd0e815e39c306002206d?cate=5d5bcb4e15e39c306000683d

 

 

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