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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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22 décembre 2021 3 22 /12 /décembre /2021 08:33

 

 

Qui se souvient encore du « gang des postiches » qui, entre 1981 et 1986 opéra dans les beaux quartiers de la région parisienne ? On lui prête 27 attaques de banques, l'ouverture de milliers de coffres-forts particuliers et toujours une longueur d'avance sur la police. Ils firent sourire la France entière. On a toujours un faible pour Guignol qui frappe le gendarme,

 

 

les Pieds Nickelés qui ridiculisent leur éternel adversaire, le commissaire Croquenot et l'inspecteur Duflair

 

 

ou Arsène Lupin - qui avait avant eux le génie des déguisements - ridiculise le Commissaire Ganimard et jusqu'au grand Herlock Sholmès lui même. Ils ont la faveur du lecteur, le sang ne coule jamais et, ils ne volent que les riches.

 

 

Quittons le romanesque, le fabuleux casse de la Société générale de Nice est resté en France le « Casse du siècle » signé par Albert Spaggiari en 1976 « Ni armes, ni violence et sans haine ». Sa spectaculaire évasion accompagnée d'un superbe bras d'honneur à son juge d'instruction ne pouvait susciter qu'un énorme éclat de rire et aussi provoquer des échanges de propos dépourvus d'aménité entre la police et la magistrature. S'il « tomba », ce ne fut pas la conséquence d'erreurs, mais plutôt de l'obligation de faire appel, en plus de ses compagnons d'armes, anciens légionnaires ou membres de l'OAS, et de chercher des aides auprès du « milieu » marseillais, chez les vrais voyous, ce qui permit par les réseaux d'indicateurs de remonter à la source sans d'ailleurs que le butin ait jamais été retrouvé.

 

 

Les membres de notre gang étaient totalement étrangers au « mitan ». Leur équipe comportait un noyau d'une demi douzaine de durs, originaires de Belleville et de Montreuil issus de milieux modestes sinon défavorisés. Tous amis depuis leur enfance : Sidi Mohamed Badaoui dit « Bada », Bruno Berliner dit « Sœur sourire » un tunisien,  André Bellaïche dit « Dédé », Patrick Geay dit « Pougache », et Robert Marguery dit  Bichon », peut-être fut-il leur chef ou leur inspirateur  ou peut-être était-ce Geay ? ils étaient tombés très vite dans la petite ou moyenne délinquance, vols à la tire, escroqueries à la carte bancaire, leur préférence allant à faire « tomber la marchandise » de camions d’électro-ménager pour fournir à leur famille ce qu'elles ne pouvaient s'offrir. Marguery qui a alors 35 ans a un passé plus solide puisqu'il a commis de petits braquages et subi même une condamnation par la Cour de Sûreté de l'état pour une détention de nombreuses armes de guerre. Ils décident de passer à un cran supérieur agissant avec des méthodes particulières : entrés avec une rare audace en plein jour dans les agences bancaires choisies « au feeling », ils sont déguisés en bourgeois, en rabbin (tenue préférée de Marguery), chapeau, fausses moustaches et fausses barbes, perruques, ils pénètrent dans l'agence, une partie d'entre eux tient en respect, en généralement courtoisement, le personnel et les clients, une autre se fait ouvrir sous la menace la salle des coffres individuels forcés en quelques minutes, s'emparent du contenu, détruisent systématiquement les caméras de vidéo-surveillance.

 

 

Il leur est arrivé de glisser une liasse à une vieille cliente qui leur faisait peine, un peu un aspect de Robin des bois ! A cette époque les systèmes d'alarmes ne sont branchés que la nuit et les jours fériés, or, il opèrent toujours en plein jour et en dehors de ces périodes. Leur audace et leur sang froid sont peut-être aussi améliorés par l'utilisation de cocaïne comme le laisse entendre Marguery à demi-mots ?

 

 

Comment connaître le contenu de ces coffres ? Les banquiers demandent officiellement aux victimes dont le coffre a été fracassé d'en donner le détail du contenu à l'intentions des Compagnies d'assurances. Qui dit alors la vérité ? Il en est comme du casse de Nice, on ne la connaîtra jamais.

 


 

Le début des véritables opérations commence en septembre 1981. Le moment fut-il choisi au hasard ? Mitterrand est au pouvoir depuis le mois de mai, Les bourgeois du XVIe ont eu la peur au ventre et les économies plus ou mois avouables sont cachées dans ces petits coffres de leurs agences bancaires qui s'ouvrent – paraît-il avec un marteau et un pied de biche – comme une boite de sardines. Par ailleurs et depuis longtemps, il n'y a plus dans les banques des en-cours autrement que le strict nécessaire, les richesses sont au sous-sol.

 


 

Après une « campagne » qui peut comporter jusqu'à deux attaques le même jour, ils partent se mettre au vert, voyages sous les tropiques, c'est là que Marguery découvre la Thaïlande où il réside aujourd'hui. ils se retrouvent en France et avant de repartir en campagne, mènent un train de vie fastueux, restaurants et hôtels de luxes, Rolex, Ferrari, Porsche, BMW ou Mercédès de haut de gamme. Il semblerait que l'or et les pierres précieuses, même desserties, aient été mise à l'abri – nous y reviendrons – pour constituer une ultime poire pour la soif. Il faut pour s'en débarrasser passer par l'intermédiaire des receleurs qui servent souvent de « balance » à la police et ne prennent qu'à 10 % de la valeur réelle.

 


 

Le montant de leurs méfaits se seraient élevé à 187 millions de francs à la fin de leur course soit 18,7 milliards de centimes de francs, c'est ce qu'a dit la presse à l'époque? Marguery n'a toutefois été condamné par la Cour d'assises qu'à 4 milliards de centimes au profit des parties civiles qui peuvent en faire leur deuil. Cela pourrait, hypothèse hasardeuse, laisser penser que les victimes en auraient dans leurs déclarations oublié 14 !


 

La police est totalement dépassée, les réseaux d'indicateurs aussi nauséabonds qu'utiles, sont désemparés, le milieu n'est manifestement pas concerné. La presse a parlé de guerre des polices entre le Ministère de l'intérieur de Gaston Deffere jusqu'à celui de Joxe.

 


 

Alors que l'équipe s'était juré de ne pas faire couler le sang, c'est le sang qui va les faire tomber. C'est en réalité une bavure que la presse a qualifié de bavure policière qui en est à l'origine. En 1986, un gigantesque dispositif policier (des dizaines de véhicules banalisés) en attente de la sortie des auteurs d'un braquage. Les consignes de ce plan était simple, ne surtout pas utiliser d'armes à feu et ensuite les suivre discrètement jusqu'à leur repaire. Deux d'entre eux sortent, un policier les aperçoit et tire, un malfaiteur s'écroule, l'autre tire sur les policiers et en tue un. Trop c'est trop ! La presse a parlé de bavure judiciaire, au mieux de cafouillage ? Les mésaventures ou les aventures de Marguery qui n'était pas le tireur vont commencer. Il est naturellement incarcéré après mise en détention provisoire. L'attitude intempestive de ce policier fut au demeurant critiquée avec virulence au sein des polices. L'Instruction est interminable tellement que Marguery bénéficie de la législation européenne relative au droit d'être jugé dans un délai raisonnable ce qui entraîne son obligatoire mise en liberté provisoire. Aussi curieux que ce soit (un oubli du juge d'instruction évidemment qui n'a pas mentionné dans l'ordonnance de mise en liberté une interdiction de quitter le territoire), il obtient alors sans difficultés un passeport, vrai cette fois-ci, et part rejoindre sa fille dans le nord le plus sauvage de la Thaïlande. Il revient au pays du sourire se constituer prisonnier pour son passage à la Cour d'assises, le verdict est clément : 20 ans après, la Justice a frisé le ridicule : Le 4 avril 1996, 12 ans pour une série de 7 sur les 27 attribués à son équipe. Partie des années passées en détention provisoire et partie bonne conduite, Il n'est au demeurant pas accusé du meurtre du policier. Le chapeau sera porté par son ami Patrick Geay qui, lui aussi libéré de façon conditionnelle avait préféré se mettre en cavale. Il fut finalement retrouvé à Paris sous une fausse identité et condamné en appel par la Cour d'assises de l’Essonne en 2006 à 17 ans de réclusion pour avoir participé à 5 braquages et complicité dans le meurtre du policier.

 


 

il est libéré en 1998 et rejoint sa fille en Thaïlande où il se trouve toujours !


 

Qu'est devenu leur butin, probablement fabuleux ?


 

Ils dépensèrent des sommes énormes tant dans leurs périples autour du monde que, de retour à Paris dans les dépenses somptuaires, entre les Ferraris et les Rolls. Insouciants, une fois les liquidités dépensées et les vacances terminées, ils repartaient en campagne pour un nouveau tour. Marguery indique que l'un de ses nombreux périples sous les tropiques lui avait couté « 120 briques ». Ils ne purent manifestement pas rompre avec le passé de ces montées d'adrénaline pour bénéficier paisiblement dans quelque paradis exotique du fruit de leurs méfaits. Mais ils s'étaient constitué soigneusement une pelote non pas d'argent liquide, tout avait été dépensé, mais de richesses plus difficiles à négocier que les billets de 500 francs. Les confidences d'un membre du gang détenu à un voisin de cellule lui apprennent que le gang avait déposé un énorme stock de lingots et de pièces d'or dans un cimetière de la région parisienne. De fil en aiguille, je n'entre pas dans les détails, le membre du gang entre en contact avec le tueur-violeur en série, Michel Fourniret, pour l'aider à récupérer le magot. Fourniret le récupère pour son compte pour financer ses turpitudes et l'achat de son château. On n'en retrouvera guère que 25.000 euros en pièces d'or de collection en 2004.

 

 

La rédemption


 

Lors de ses derniers mois de sa détention, il est l'objet d'une singulière crise de mysticisme. Telle qu'il l'a décrite, j'y vois surtout un sombre cauchemar qui semble l'avoir convaincu de la vanité des choses humaines dont il est complètement détaché. Il est dés lors devenu un bon chrétien

 


 

Sophie Marguery, née en 1967 et fille de Robert a découvert la Thaïlande lors des multiples périples touristiques alors qu'elle accompagnait son père. Elle tombe sous le charme du pays et s'y installe en 1987. Elle a connu une vie chaotique entre la vie fastueuse que lui fit mener son père puis l'horreur des attentes interminables dans les parloirs des prisons, rendez-vous avec le juge d'instruction ou les avocats avant de trouver la sérénité thaïe.


 

Elle a 20 ans et lors d'une excursion dans les tribus du nord, notamment la tribu Lahu (1), fascinée par leur vie, elle s'y marie en adoptant leurs coutumes et leurs modes de vie. Elle crée alors une association appelée ABCD POUR TOUS, pour venir en aide aux enfants défavorisés de ces villages et obtient des parrainages pour les aider à acheter du matériel scolaire, participer aux frais de déplacement vers les écoles, leur apporter des colis de provisions et actuellement leur apporter un soutien scolaire. L'association à ce jour intervient dans 22 villages et parraine 600 enfants (2).

 


 

Sitôt libéré, Marguery la rejoint et participe à ses activités, il parle en effet la langue qu'il a appris lors de ses multiples visites. Et après avoir connu le faste des hôtels 5 étoiles du monde entier, vit avec sa fille et sa famille dans une cabane en bambou sur pilotis. C'est aujourd'hui un vieillard de 75 ans que sa fille materne. Il a – dit-elle - un caractère difficile, lors de son procès en Assises, les psychiatres l'ont décrit comme bipolaire et schizophrène, ce ne sont pas de fous mais des personnages difficiles à vivre et surtout à comprendre.


 

Une fin de parcours sans gloire et sans fortune. Ces enfants du XXe arrondissement avaient rêvé d'or et d'aventures. Ils se sont égaré dans un banditisme dur. méritents-ils d'être considérés comme des héros ?


 

Je n'y vois que l'histoire d'un père et de sa fille. membre du gang des postiches, il a payé sa dette et s'est reconstruit ou a tenté de le faire dans le spirituel aux côtés de sa fille alors que celle-ci a trouvé une vie simple consacré à son prochain, dans une tribu au cœur de la profondeur des jungles du nord de la Thaïlande.

 

Le parcours chaotique de ce père et de sa fille a fait l'objet d'un reportage télévisé en 2017 sous le titre « Grand banditisme – le gang des postiches ». Il est en réalité consacré à Marguery et à sa fille. Marguery décrit de son bel accent de Titi parisien, le nuit où il a eu ses visions cauchemardesque qui lui ont fait trouvé le chemin non pas de Damas mais celui de la jungle Thaïlandaise (3).

 

Tous deux ont écrit un livre de souvenirs à quatre mains en 2020 « De l'ombre du gang des postiches jusqu'au pas des éléphants » dont le bénéfice participe au financement de l'association(4).

 

 

Un épisode enfin de la série « Faites entrez l'accusé » a été consacré de façon plus générale au gang par Christophe Hondelatte et son équipe. Son magazine tranche avec de nombreux ersatz sur la télévision française (5).

 

 

 

 

NOTES

 

 

  • 1 – L'ethnie Lahu (ลาหู่ ou  มูเซอ – musoe pour les Thaïs) est originaire de Chine où ils sont quelques centaines de milliers. Ils sont aux environ de 80.000 en Thaïlande le long de la frontière birmane, dans les provinces de Chiang Mai, Chiang Rai, Khamphaengpet, Maehongson, Lampang, Phayao, Nan, Tak et Petchaburi. Ils sont en général bouddhistes mais beaucoup sont christianisés.

  •  

 

 

-3 - https://www.youtube.com/watch?v=fFxy1jD_pdE&ab_channel=CanalCrime

 

  • 4 – Il est facilement disponible à la vente sur le site https://en.epiceriedusiam.com/ Il est versé une obole l’association sur chacune de ses livraisons.

 

- 5 - https://www.youtube.com/watch?v=deOIMGbxh5o&ab_channel=Faitesentrerl%E2%80%99accus%C3%A9-Officielle

 

 

 

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commentaires

J
Je l'a rencontre parfois à Chiang Rai J'ignorais ce parcours et donc merci pour ces infos.
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G
Il a lourdement payé......