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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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14 octobre 2021 4 14 /10 /octobre /2021 12:26

 

Le mot pagode est victime d'une utilisation confuse.

 

Cette confusion a suscité le très érudit et aussi très amusant agacement de Didier Treutenaere, diplômé en philosophie de l'Université Paris-Sorbonne. Spécialiste des textes bouddhistes en langue pâli, il vit en Thaïlande où il poursuit ses travaux d'écriture et de traduction d'ouvrages consacrés à la tradition Theravada (1)

 

 

Nous lui devions déjà une très fine analyse du mot « Bonze » qui ne doit s'appliquer ni aux religieux des temples bouddhistes thaïs et encore moins au féminin aux religieuse sous le terme affreux de « bonzesses » (2)

 

 

«Je vis de bonne soupe et non de beau langage  – Vaugelas n’apprend pas à bien faire un potage » s’écrit Chrysale dans « Les femmes savantes ».  C’est une évidence mais pour penser correctement, il faut utiliser les bons mots. Notre langue est assez riche pour nous permettre d’éliminer, lorsque nous parlerons des édifices religieux du bouddhisme Theravada, le terme de « bonze  et pour éradiquer celui de « pagode ».

 

 

Les publications courantes, notamment les guides touristiques ou les brochures de voyagistes, mais également les articles de journaux sous la plume, pourtant, de spécialistes de l'Asie, utilisent le terme « pagode » pour étiqueter des choses très diverses : le mot est ainsi utilisé pour désigner des monastères, des temples, des fractions de temples (tours, pavillons), des monuments reliquaires, des monuments commémoratifs, parfois hindous ou jaïns, parfois bouddhistes de toutes les traditions.

 

 

Les dictionnaires ne nous éclairent guère :

 

Le Dictionnaire de Furetières en 1690 n'est pas d'une grande précision mais il nous donne l'origine du mot ; C'est un nom que les Portugais ont donné à tous les temples des Indiens et idolâtres d'Orient. C'est également le nom de l'idole qui est adorée dans le temple. Il parle tout autant de la richesse de celles des Chinois que de celles des Siamois et ajoute que c'est également le nom d'une monnaie des Indes françaises

 

 

En 1730, l'Encyclopédie de d'Alembert nous précise que c'est le nom général qu'on donne aux temples des indiens et des idolâtres. Elle en parle au masculin, nous précise que les plus beaux sont ceux de Chine et du Siam. C'est également aussi le nom de l'idole qui est à l'intérieur du temple.

 

 

Pour le Grand Larousse du XIXe en 1874 l'étymologie en est persane, but (idole) et khoda (maison) donc elle est la maison de l'idole. Il précise ce sont des temples d'idoles chez les Chinois, les Indiens et les Siamois. Il ajoute sans plus parler du Siam par extension, c'est l’idole adorée dans le temple chinois ou indien. Il précise que c'est également le nom d'une monnaie à Pondichéry et à Madras.

 

 

Pour Littré la même année c'est une sorte de pavillon consacré au culte des idoles en Asie et par extension l'idole adorée dans les pagodes. Il donne la même étymologie persane.

 

 

Après des divergences sur le genre, masculin ou féminin, le genre féminin a prévalu.

 

La version contemporaine du Dictionnaire du bouddhisme de l'Encyclopédia Universalis (1999) ne parle que de monuments bouddhiques de Chine et de là répandus en Corée et au Japon.

 

 

Pour Wikipedia, la définition est nébuleuse, elle l'applique à des réalités architecturales totalement différentes : il désigne un lieu où se trouve une relique et un lieu de culte pour les adeptes du bouddhisme, prenant l'aspect d'une tour de plusieurs étages, circulaire, octogonale ou carrée, caractérisée par un toit évasé ou en épi. C'est la forme qu'a prise le stûpa d'Inde, ou zedi, dans le monde chinois, en Asie de l'Est.

 

 

Didier Treutenaere nous apprend que les voyageurs Européens en Asie, français, flamands et italiens au Moyen-âge parlent d'idoles, d'idolâtres et de temples mais pas de pagodes. Le mot serait apparu beaucoup plus tard lors des expéditions successives des Portugais au XVe et au XVIe siècle. Il est incontestablement lié aux Grandes découvertes marquées en particulier par les contacts établis par les Portugais avec l'Inde du sud ; Faut-il voir dans le mot une étymologie indienne ?

 

 

Le mot prit rapidement plusieurs sens :

 

Un temple

 

Le mot va suivre les déplacements des navigateurs vers l'est, initialement les temples de l'Inde du Sud, puis ceux du golfe du Bengale, temples de la religion hindouiste et ensuite aux temples de Ceylan dont la majorité sont bouddhistes puis au fur et à mesure de l'avancement des explorations vers l'est, aux temples de l'Extrême-Orient : Japon, Corée, Formose, Chine, tantôt de tradition bouddhiste tantôt de cultes locaux Ensuite, les explorations de l'Asie du sud-est vont voir le terme utilisé pour les temples du Cambodge, du Siam, de la Birmanie, du Tonkin, de l'Annam et de la Cochinchine.

 

 

Ce terme recouvre donc les temples de religions de traditions toutes différentes mais cette simplification repose sur une évidence, la vision religieuse de nos voyageurs est tout simplement binaire, d'un côté le christianisme c'est à dire la vraie religion, de l'autre les païens et autres idolâtres, éventuellement la vision est ternaire en fonction de la place des mahométans. La pagode est donc un bâtiment religieux qui n'est ni chrétien

 

 

.....ni musulman.

 

 

Une « idole »

 

Le mot désigne aussi les idoles c'est à dire les images païennes contenues dans les temples Initialement, c'était les divinités hindouistes puis des représentations de Bouddha souvent considéré comme l'un des multiples dieux hindous.

 

 

Les statuettes et les monnaies

 

Voilà une autre utilisation moins religieuse : Les explorations et la présence de occidentaux en Chine et plus généralement en Asie va faire naître un engouement pour les « curiosités » en provenant, « chinoiseries» essentiellement d'ailleurs des représentations féminines de déesses, des statuettes chinoises qui deviennent les « pagodes ».

 

 

« Pagodes » est également le nom donné par les Européens aux pièces de monnaie d'or utilisées dans de multiples royaumes de l'Inde du sud ; l'usage comme le symbolisme de ces pièces fut conservé par les trois grandes compagnies des « Indes orientales », anglaise (1600-1874), française (1664-1793) et hollandaise (1602-1799) au motif probable que sur ces pièces de monnaies figurait l'image d'une pagode-idole.

 

 

Origine persane du mot ?

 

Didier Treutenaere, s'attarde sur cette hypothèse souvent admise ainsi que nous l'avons vu, par Larousse, Littré et bien d'autres avant eux. Je ne m'y attarderai pas Comment le mot pourrait-il venir de Perse où dominait massivement l'Islam depuis le VIIe siècle et où les seuls édifices religieux étaient des mosquées ne contenant aucune représentation humaine et surtout pas d'idoles  après que les lieux des cultes locaux, zoroastrisme notamment, aient été transformés en mosquées?

 

بتکده

 

D'autres origines ?

 

Didier Treutenaere envisage d'autres origines du mot, sources pâli ou sinhala, sources sanskrite ou dravidienne, sources chinoises, langue dans laquelle on trouve ces bâtiments décrits comme Poh-Ku-Ta, Pa-Ko-Ta ou Pa-Zhou-Ta.

 

寶塔

 

Je ne m'attarde pas sur cette question de l'étymologie vous renvoyant à l'article de Didier Treutenaere qui manie avec brio des langues anciennes que je ne connais pas.

 

Le flou qui pèse lourdement sur la définition du mot provient selon lui, ce qui est plausible de l'absence totale d'intérêt et de curiosité manifestés par les premiers voyageurs qui se souciaient de créer des comptoirs ou de trafiquer les épices. Pour les missionnaires, c'était encore plus simple : Extra Ecclesiam nulla salusHors de l'Église il n'y a pas de salut ») selon Cyprien de Carthage. Il y a d'un côté les chrétiens et de l'autre les païens qu’ils soient bouddhistes de quelque école que ce soit, hindouistes, mahométans ou animistes.

 

 

Ces quelques observations préliminaires nous conduisent à penser que le mot n'a rien à faire dans le vocabulaire du bouddhisme thaï. Il a ses propres mots qui suffisent.

 

Nous avons consacré plusieurs articles à l'architecture religieuse du bouddhisme Theravada (3)

 

Un temple (Vat - วัด) est un ensemble complexe clos par un mur à l’intérieur et le long duquel sont alignés les cénotaphes contenant l’urne ayant recueilli les cendres des défunts. Chaque partie d'un temple a une fonction et un nom.

 

 

Il suffit d'être précis lorsque nous parlons de tout ou partie d'un temple. Il est regrettable que le terme de pagode soit souvent utilisé pour désigner l'ensemble des terrains incluant les bâtiments du temple ou encore le vihan ou vihara (วิหาร), le bâtiment accessible aux fidèles et aux fonctions multiples ou enfin les reliquaires proprement dits, stupas (สถูป) qui semble être devenu en thaï that (ธาตุ) toujours précédé du préfixe phra (พระ – พระธาตู) qui signifie la sainteté et le cetiya (เชติยา) devenu chédi (เจดีย์). Il est au milieu de beaucoup d'autres un exemple de cette utilisation systématiquement abusive du terme avec le très célèbre col des trois pagodes par où les hordes birmanes envahirent le Siam et qui est en thaï le col des trois chédis (ด่านเจดีย์สามองค์).

 

 

Notons toutefois que les panneaux de signalisation thaï-anglais me semblent utiliser systématique le terme phrathat et jamais le mot anglais pagoda ?

 

 

Ces tour-reliquaires ont donc une fonction fondamentalement différente des pagodes chinoises à l'architecture caractéristique, probablement utilisées non pas comme reliquaires comme tour de guet ou phare de repère pour les voyageurs ?

 

Ceci dit, la langue thaïe est précise et fait des distinctions subtiles entre les stupa (ou phra that) et les chédis quoiqu'ils sont tous censés recouvrir des reliques (4)

 

Rendons donc à la Chine ce qui appartient à la Chine et laissons donc, pour conclure, le terme spécifique de pagode aux tour octogonales chinoises dont le modèle s'est répandu vers la Corée, le Japon et le Vietnam, et dont la fonction n'a rien à voir avec nos tours-reliquaires, que nous les appelions Phrathat ou Chédi.

 

N'en excluons toutefois pas l'utilisation ponctuelle puisque les temples bouddhistes chinois sont nombreux en Thaïlande et par exemple le Tamnak Chao Mae Kuan-Im (ตำหนักเจ้าแม่กวนอิม) de Bangkok abrite dans son enceinte une pagode de 50 mètres de haut mais elles ont leur nom en thaï, ce sont des Tha (ถะ)

 

 

NOTES

 

 

(1) «Pour en finir avec le mot « pagode » - Étymologies, définitions et utilisation raisonnée du mot « pagode » in Theravada Publications

www.theravadapublications.com

 

(2) Voir notre article A 370 En finir avec le mont « bonze » en Thaïlande :

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2020/05/a-370-en-finir.avec-le-mot-bonze-en-thailande.html

 

(3) Voir nos articles

A 213- LES ORIGINES MYSTÉRIEUSES DES BORNES SACRÉES (BAÏ SÉMA) DES TEMPLES DE L’ISAN EN THAILANDE

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2016/05/a-213-les-origines-mysterieuses-des-bornes-sacrees-bai-sema-des-temples-de-l-isan-en-thailande.html

 

A 214.1 - L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. I - LES « SAINTS CHÉDIS »

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2016/05/a-214-1-l-architecture-religieuse-siamoise-et-son-histoire-i-les-saints-chedis.html

 

A 214.2 - L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. II - LES CHAPELLES D’ORDINATION.

 

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2016/05/a-214-2-l-architecture-religieuse-siamoise-et-son-histoire-ii-les-chapelles-d-ordination.html

 

A 214.3 - L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. III - LES AUTRES BÂTIMENTS.

 

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2016/05/a-214-3-l-architecture-religieuse-siamoise-et-son-histoire-iii-les-autres-batiments.html

 

(4) Une thèse publiée en 1990, (สถาปัตยกรรมพุทธศาสนา -- ไทย - ภาคตะวันออกเฉียงเหนือ - l'architecture bouddhiste en Thaïlande dans la région du Nord-Est)) sous la signature de เชดเกียพ กุลบุตร (Cherdkiat Kumabut) inventorie dans la seule région du Nord-est, six catégories de stupas à l'architecture différente ; les chédis n'en sont qu'une catégorie mais tous sont des reliquaires.

 

 

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