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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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31 août 2021 2 31 /08 /août /2021 13:05
A 438 – DEUX PIEUX BOUDDHISTES S'IMMOLENT PAR LE FEU À BANGKOK EN 1790 ET 1816.

Le mardi 11 juin 1963 à 9h17, le moine bouddhiste Thich Quang Duc, 66 ans, émerge d'une Austin bleu marine accompagné de ses disciples et s’assoit en position du lotus un chapelet dans la main au croisement de deux rues fréquentées du centre de Saigon. L'acte qu'il s'apprête à commettre va changer l'histoire de son pays. Les moines avaient contacté les correspondants étrangers de Saigon pour les prévenir de l'imminence d'une action de protestation spectaculaire.  Deux jeunes moines sont sortis d'une voiture. Un moine plus âgé, légèrement appuyé sur l'un d'eux, est sorti aussi, avant de se diriger tout droit vers le centre du carrefour. Les deux jeunes moines ont apporté un jerrican en plastique, qui contenait manifestement de l'essence. Dès que le plus âgé s'est assis, ils l'ont aspergé de liquide. Il a sorti une allumette, l'a craquée, et l'a lâchée sur ses genoux. Aussitôt, les flammes l'ont englouti. Tous les témoins de la scène étaient horrifiés. C'était terrifiant. Ces photos ont fait le tout du monde. Cette immolation fut suivie de nombreuses autres (1).

Ces immolations de moines par le feu étaient historiquement connues au Japon jusqu'au XIIIe siècle avant d'être condamnées par la hiérarchie bouddhiste. Elles n'étaient alors pas des actions de protestation mais un moyen de gagner la sainteté.

 

 

Il est un précédent ignoré de beaucoup de bouddhistes, celui de deux hommes pieux qui se sont immolés par le feu au cœur du temple d'Arunratchawararam (วัดอรุณราชวราราม ราชวรมหาวิหาร) à Bangkok, les laïcs Nai Rueang et Nai Nok (นาย เรือง และ นาย นอก), qui se sont immolés par le feu en offrande à Bouddha et aspiraient à atteindre la « bouddhéité ».

 

 

Il ne s'agissait pas non plus d'une immolation de protestation mais d'un moyens d'atteindre la sainteté. Le premier à se sacrifier fut Nai Rueang, un pieux bouddhiste, dont histoire est écrite dans la Chronique royale de Rattanakosin - Roi Rama II (พระราชพงศาวดารกรุงรัตนโกสินทร์ รัชกาลที่ ๒..Elle est compilée par le Prince Damrong (พระยาดำรง) et numérisée sur le site de la bibliothèque nationale Varirayana dans le chapitre 62 (2).

 

 

L'événement eut lieu le vendredi, du 3e mois lunaire, de la 8e lune croissante, année Rattanakosin 1152 c'est à dire sauf erreur en 1790. Nai Rueang se rendit en compagnie de deux amis, Khun Srikanthat Kromma et Nai Thongrak (ขุนศรีกัณฐัศว์กรมม้า et นายทองรัก) à l'ubosot (chapelle d'ordination - พระอุโบส) de Wat Krut (วัดครุธ) à Bangkok. Ils priaient avec un bouton de lotus dans la main pensant que celui ou ceux dont le fleur s'épanouirait serait Bodhisattva (พระโพธิญาณแล้ว). Seule la fleur de Rueang s'épanouit. Le lendemain, il écouta un sermon à l'ubosot du wat Arun. Lorsqu'il eut fini de l'écouter, il s’imbiba le corps avec un coton d'huile inflammable. Il s'assit les mains jointes et y mit le feu et chanta pendant que les flammes l'engloutissaient. 5 ou 600 personnes assistaient à l'immolation et manifestaient leur respect en criant « สาธุ - satu » qui est un cri d'admiration et d'approbation. Ils enlevèrent une partie de leurs vêtements et les jetèrent sur le feu pour l'alimenter. Ceux des spectateurs qui n'étaient pas bouddhistes manifestaient leur respect aussi en ôtant leur chapeau et le jetant sur le feu. Les fidèles conduisirent ses restes pour qu'ils fussent incinérés après trois jours de prière au Wat Hong Rattanaram (วัดหงส์รัตนารามราชวรวิหาร). Le temple est situé au bord d'un canal et lorsque le feu fut mis au bûcher. Les fidèles aidèrent à transporter le cadavre dans le cercueil pour les funérailles. 12 poissons sautèrent dans le feu et y périrent. Leurs cendres furent réunies aux siennes et transportées au Wat Arun.  La même chronique nous donne moins de détails sur l'immolation par le feu de Nai Nok..Elle eut lieu un mercredi du 7e mois lunaire de l'année 1816. Il se donna la mort au pied de l'arbre sacré de la bodi (ต้นศรีมหาโพธิ์) devant la chapelle d'ordination du wat chaeng (วัดแจ้ง) dans l'enceinte du Wat Arun.

 

 

Ces immolations volontaires n'étaient pas des immolations de protestations. On admet qu'ils voulaient pratiquer le bouddhisme au niveau supérieur (ukrit – อุกฤษฎ์) pour atteindre le Bodhisattva.

 

 

A cette époque, il était admis que sacrifier sa vie pour obtenir le nirvana était considéré comme un acte de grand mérite hautement vénérable. C'est probablement sous le règne de Rama III que furent installées au Wat Arun leurs statues en pierre dorée. Nai Ruang est assis les jambes croisées, les mains jointes

 

 

et Nai Nok est assis les jambes croisées mains entrelacées sur ses genoux en position de méditation pour atteindre le Bodhisattva (3).

 

Si ces auto-immolations étaient saluées et le sont peut-être encore dans une certaine frange du bouddhisme, elles furent interdites avec fermeté par le roi Rama IV qui considérait que ces pratiques n'existaient pas dans les canons pali que d'ailleurs aucun bouddhiste, y compris les moines et les nonnes, ne lisent jamais dans son intégralité et qui ne mentionne pas directement la valeur du sacrifice de soi. Ne parlons que des écrits canoniques dont les Jataka, le récit des 547 existences de Bouddha avant sa venue sur terre comme Gautama. Le roi les connaissait pour sa part ayant passé plus d'un quart de siècle dans un temple à étudier les textes sacrés avant de monter sur le trône

 

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Les âges du passé sont l'arrière-plan de la vie historique du fondateur en tant que Gautama. Les légendes des Jataka sont généralement reconnues comme étant plus anciens que le Concile de Vesali (380 av. J.-C.) et omniprésent dans la littérature bouddhiste.

 

 

On trouve d'ailleurs des représentations sculptées de scènes des Jataka autour de nombreux sanctuaires. Ces bas-reliefs sont la preuve que les légendes des naissances antérieures de Bouddha étaient connues dès le IIIe siècle av.J-C et étaient alors considérées partie intégrante de l'histoire sacrée de la religion. Elles étaient continuellement rapportées et introduites dans les discours religieux des différents maîtres au cours de leurs pérégrinations, que ce soit pour magnifier la gloire de Bouddha ou pour illustrer les doctrines et les préceptes bouddhistes par des exemples appropriés.

 

Extrait d'un manuscrit sur feuilles de la tanier (1850)

 

 

Il est probable que ces diverses histoires de naissance n'ont pas alors été rassemblées sous une forme systématique comme dans la collection actuelle des Jataka. Elles étaient transmises oralement mais sur la base d'une certaine permanence.

 

La tradition veut que ces légendes, contes, fables ou paraboles furent écrites très tôt en cinghalais à Ceylan puis traduites en pali vers 430 après J-C par Buddhaghosa, une version perdue qui reprenait des traditions connues dès les premiers temps des communautés bouddhistes.

 

 

Ils ne furent diffusés, traduits du pali en langue thaï au Siam que sous le roi Rama V.

 

 

Il y en eut une première traduction du Pali en anglais par le professeur Rhys Davids en 1880.,et d'autres par plusieurs érudits supervisée par le professeur Robert E. B. Cowell publiées à Cambridge en 1895, elle représente 6 volumes d'environ 350 pages chacun.

 

 

Il n'y a que de très partielles traductions en français.

 

Le succès de cette longue tradition orale fut immense puisqu'il est certain qu'elle a gagné le monde grec, le monde chrétien du proche orient et le monde égyptien probablement par le biais des missions de l'Empereur Asoka (4).

 

 

C'est dans le texte canonique des Jataka que nous avons recherché s'il était des légendes concernant le don de soi. Il en est peu peut-être, mais importants puisqu'ils sont canoniques (5). Certains sont très (trop) longs, il semblerait qu’il n’y en a que sept qui concernent le sujet mais je ne suis pas certain d’avoir été exhaustif.

Les seuls textes canoniques du bouddhisme thaï :

 

 

Nigrodhamiga – Jataka

 

 

Le plus connu est celui qui porte le numéro 12 dans la recension classique. Nous savons que Bouddha a passé certaines de ses 547 existences sous forme animale. Il porte le nom de Nigrodhamiga – Jataka Cette histoire est celle de sa vie comme roi des cerfs. Il est probablement l’un des plus connus des fervents bouddhistes. Nous enlevons de ce récit ses très asiatiques hyperboles. Il se passe au temps où Brahmadatta - en réalité Ananda, le disciple préféré de Bouddha  dans une existence antérieure - régnait sur Bénarès.  N'y revenons pas, nous en avons fait une synthèse en enlevant les très asiatiques et très longues hyperboles dans notre article 276 (1). Le roi des cerfs proposa au roi l'échange de sa vie contre celle d'une malheureuse petite biche portant un bébé. Le roi décida alors qu’à ce jour on ne tuerait plus d’animaux dans ses forêts, le Bodhisattva avait transformé sa vie et lui dit « Seigneur roi des cerfs  je n'ai encore jamais vu, même parmi les hommes, un homme aussi abondant en charité, en amour et en pitié que toi. C'est pourquoi je suis content de toi. Levez vous tous deux, vos deux vies sont épargnées ».

Silavanaga Jataka

 

 

Il porte le numéro 72. Brahmadatta régnait à Bénarès, le Bodhisatta devint éléphant dans l'Himalaya, entièrement blanc, avec des yeux qui avaient l'éclat du diamant. Il était paré de toutes les perfections et d'une beauté inégalée. Il devint le chef des éléphants de l'Himalaya. Il était à la tête d'un troupeau de 80.000 éléphants mais s'aperçut que certains avaient le cœur mauvais. Il quitta la troupe et alla vivre dans la forêt où il reçut le nom de « Bon roi des éléphants ». Alors, se détachant du reste de la troupe, il alla habiter dans la solitude de la forêt, et la bonté de sa vie lui valut le nom de Bon Roi Éléphant. Un bucheron de Bénarès vint dans l'Himalaya et se fraya un chemin dans cette forêt à la recherche de bois pour son travail. Perdant ses repères et son chemin, il va et vient, étendant les bras de désespoir et en pleurant, la peur de la mort dans les yeux. En entendant ses cris, le Bodhisatta se déplaça avec compassion et résolut de l'aider et s'approcha de l'homme. Mais à sa vue le bucherons prit peur et s'enfuit. Il s'aperçut toutefois que la bête ne lui voulait pas de mal et souhaiter l'aider. Le Bodhisatta s'approcha et lui dit « Pourquoi, homme, êtes-vous en train d'errer ici en vous lamentant ? » « Seigneur, j'ai perdu mon chemin et j'ai peur de mourir ». Alors l'éléphant amena l'homme dans sa propre demeure, et l'y hébergea pendant quelques jours, le régalant de fruits de toutes sortes. Puis, disant : « N'aie pas peur, ami, je te ramènerai dans le repaire des hommes », l'éléphant le fit asseoir sur son dos et le conduisit là où les hommes habitaient. Mais l'ingrat pensa que, s'il était interrogé, il devrait pouvoir tout révéler. Ainsi, alors qu'il voyageait à dos d'éléphant, il nota les repères des arbres et des collines. Enfin, l'éléphant le fit sortir de la forêt et le déposa sur la grande route de Bénarès, en disant: « Voici ta route, ami homme: Ne dis à personne, que tu sois interrogé ou non, le lieu de ma demeure » et le Bodhisatta reprit la route pour retourner chez lui. Arrivé à Bénarès, l'homme fit le tour des artisans qui travaillaient l'ivoire et leur demanda s'ils étaient intéressés par les défenses à prendre sur un éléphant vivant puisqu'elles valent beaucoup plus cher que celles prises sur un mort. Après accord, il partit vers la demeure du Bodhisatta, avec des provisions pour le voyage, et une scie bien affutée. Il se lamenta alors auprès de l'éléphant en lui disant que son métier n'était d'aucun profit et qu'il était venu lui demander un peu d'ivoire pour lui permettre de gagner sa vie. «Bien » lui dit le Bodhisatta, « Avez-vous une scie avec vous ? » «  Alors prends mes défenses et emporte les avec toi ». Et il fléchit les genoux et couché à terre, laissa le bucheron scier ses deux défenses. Le Bodhisatta lui dit « Ne penses pas, homme, que c'est parce que je n'estime ni n'apprécie ces défenses que je te les donne. Mais mille fois, cent - des milliers de fois, plus chères à moi sont les défenses de l'omniscience qui peuvent comprendre toutes choses. Et donc puisse mon don t'apporter l'omniscience ».

 

 

L'homme les emporta et les vendit. Et quand il eut dépensé l'argent, il revint chez le Bodhisatta, disant que les deux défenses lui avaient permis de payer de vieilles dettes et mendiât le reste de l'ivoire du Bodhisatta. Le Bodhisatta y consentit et abandonna le reste de son ivoire. L'homme les enleva et les vendit et quand il eut dépensé l'argent, il revint «  je ne peux pas gagner ma vie de toute façon. Alors donnez-moi les racines de vos défenses ».

 

 

« Qu'il en soit ainsi », répondit le Bodhisatta, et il s'allongea comme auparavant. Alors le misérable, piétinant le tronc du Bodhisatta, dégagea brutalement les racines des racines des défenses jusqu'à ce qu'il ait dégagé la chair. Puis il scia racines et alla son chemin. Mais à peine le misérable eut-il quitté le Bodhisatta, que la terre se mit à trembler, qu'un gouffre s'ouvrit et il fut emporté dans les flammes de l'enfer. C'est évidemment une belle conclusion pour une fable sur l'ingratitude.

Cula Nandiya Jataka

 

 

L'histoire qui est recensée sous le numéro 222 se déroule toujours à l'époque ou Brahmadatta était roi de Bénarès. Le Bodhisatta était devenu un singe nommé Nandiya et habitait dans la région de l'Himalaya. Son plus jeune frère portait le nom de Jollikin, Ananda son disciple. Ils étaient tous les deux à la tête d'une troupe de quatre-vingt mille singes et ils devaient s'occuper d'une mère vieille et aveugle à la maison dans une forêt de banians. Il y avait un jeune homme mauvais que son maître brahmane avait dû chasser. Il s'était marié et incapable de travailler, gagnait sa vie à la chasse, vendant le gibier qu'il tuait. Un jour, alors qu'il rentrait chez lui bredouille, il aperçut un banian au bord d'une clairière et pensa y trouver du gibier. Les deux frères étaient assis derrière leur mère dans un arbre cachés dans les branches quand ils virent l'homme venir. Il s'apprêtait à tuer la mère singe et leva son arc mais le Bodhisatta le vit et dit à son frère : « mon cher frère, cet homme veut tuer notre mère ! Je lui sauverai la vie. Quand je serai mort, prenez soin d'elle ». En disant ainsi, il descendit de l'arbre et cria : « homme, ne tire pas sur ma mère ! Elle est aveugle, âgée et faible. Je vais lui sauver la vie ; tue-moi à sa place ! » Et quand le chasseur eut promis, celui-ci le tua sans pitié. Il prépara ensuite son arc pour tirer sur la mère singe. Jollikin vit cela et descendit de l'arbre et dit : « homme, ne tirez pas sur ma mère ! Je donne ma vie pour la sienne » et le chasseur le tua et ensuite la vieille mère. Il tira enfin sur la mère; les suspendit tous les trois à une perche et retourna chez lui. A ce moment, la foudre tomba sur sa maison et brûla sa femme et ses deux enfants avec la maison dont il ne restait plus que le toit et les montants de bambou. Le chagrin l'envahit : sur place, il laissa tomber sa perche avec le gibier et son arc, jeta ses vêtements et, nu, il rentra chez lui en gémissant. Alors les montants de bambou se brisèrent, tombèrent sur sa tête et l'écrasèrent. La terre s'ouvrit et une flamme s'éleva de l'enfer. Il pensa alors à l'enseignement de son maître brahmane lui avait donné « Faites attention de ne rien faire dont vous pourriez vous repentir ».

 

Sasa Jataka

 

 

Il porte le numéro 316. Le Bodhisatta était alors un lièvre. Il vivait dans la forêt et avait trois amis : un singe, un chacal et une loutre. Le Bodhisatta conseillait ses amis sur les questions morales et un soir avant un jour saint de jeûne et de prières, il leur rappela que faire l'aumône apportait de grands mérites. Ils devraient donc nourrir tous les mendiants qui s'approcheraient d'eux. Tôt le lendemain matin, ils sortirent tous chercher de la nourriture à rapporter chez eux pour manger plus tard lorsqu'ils pourraient rompre le jeune. La loutre trouva sept poissons dans le filet d'un pécheur. Le chacal entra dans la hutte d'un paysan absent. Le singe ramassa des fruits dans la foret. Le Bodhisatta ne mangeait que de l'herbe et n'avait donc aucune nourriture à offrir aux mendiants et décida alors qu'il donnerait sa propre chair si nécessaire. Lorsque le Dieu Indra apprit le vœu, il décida de se déguiser en brahmane et de mettre le Bodhisatta à l'épreuve. Il rendit d'abord visite à la loutre lui demanda de la nourriture pour rompre son jeûne, elle lui offrit ses sept poissons. Il fit la même demande au chacal et au singe qui lui remirent le fruit de leurs recherches avant d'approcher le Bodhisatta. Après avoir entendu la demande d'Indra, le Bodhisatta fut rempli de joie et lui demanda d'aller préparer un feu, ce qu'il a fait. Lui-même secouant trois fois sa fourrure pour éviter de tuer les insectes qui y vivaient puis sauta dans les flammes comme un cygne atterrissant au milieu des lotus.

 

À sa surprise, il ne ressentit aucune brulure et se demanda ce qui se passait. Indra se dévoila et lui expliqua qu'il était venu tester sa vertu. Celui-ci lui répondit qu'il aurait fait la même chose même la personne la plus humble. Indra dit alors que la vertu du Bodhisatta devrait être connue du monde entier. La loutre, le chacal et le singe étaient des vies antérieures d'Ananda, Moggallana et Sariputta, trois des meilleurs disciples de Bouddha.

 

Ce jataka explique à suffisance pour quoi les Thaïs pieux se refusent à manger du lapin. La langue ne fait pas la différence entre lapin et lièvre qui est le même mot : kratai (กระต่าย). Lorsque vous leur posez la question des raisons de cette aversion, je l'ai faite, sans avoir des commaisances approfondies « C'est Bouddha »... Tout simpelement la crainte de manger une incarnation de Bouddha.

Sivi Jataka

 

 

Il est le 499e. Ce n'est plus le don d'une vie mais celle d'une partie du corps. Le Bodhisatta était a né sous le nom de Sivi, roi d'Aritthapura, son père portant le même nom que lui. Il gouvernait bien et faisait chaque jour six cent mille aumônes. Un jour, le désir lui vint de donner une partie de son corps à qui le lui demanderait. Indra lut dans ses pensées et, apparut devant lui comme un brahmane aveugle, lui demanda ses yeux. Le roi accepta de les donner et fit appeler son chirurgien nommé Sivaka. Lorsque les orbites furent cicatrisées, Sivi souhaita devenir ascète. Indra lui demanda alors s'il avait un souhait. Sivi voulut mourir mais Indra insista pour qu'il choisisse autre chose. Il demanda alors de retrouver la vue. Les yeux réapparurent, mais ce n'étaient ni des yeux naturels ni divins, mais des yeux appelés « Vérité absolue et Perfection ». Sivi retrouva son trône et enseigna à ses sujets la valeur des cadeaux.

Jayadissa Jataka

 

Il est le 513e jataka. Le prince Alinasattu était Bouddha et il offrit sa propre vie à un géant mangeur d'hommes en remplacement de celle de son père. Cette très longue parabole est encombrée de stances originairement en pali mais traduites en vers anglais par Cowell. Si je suis incapable d'apprécier la versification pali, je le suis tout autant d'apprécier la versification anglaise. Disons simplement que Bouddha offrit sa vie à l'ogre en remplacement de celle de Pancala, roi de Kampilla, son père.

 

 

Chaddanta Jataka

 

 

Il est le 514e. Le Bodhisatta était un éléphant du blanc le plus éclatant avec des défenses à six couleurs, il mesurait quarante mètres de haut et vivait le long d'un lac magnifique au cœur de l'Himalaya et dirigeait un troupeau de huit mille têtes. Il avait deux reines. Un jour, alors qu'il se tenait entre les deux, il frappa de la tête un arbre en fleurs. Des fleurs et des feuilles tombèrent sur sa reine préférée et des brindilles sèches mélangées à des feuilles mortes et des fourmis rouges tombèrent sur l'autre ce qui la mit en colère. Une autre fois, en se baignant dans le lac, lI donna la fleur d'un grand lotus à sa reine préférée mettant l'autre en colère. Plus tard, lorsque lui et ses épouses offrirent des fruits sauvages à cinq cents futurs bouddhas, la reine rancunière pria pour renaître en tant que reine humaine. Ainsi elle pourrait envoyer un chasseur pour tuer le Bodhisatta. Puis elle mit son plan à exécution en se laissant mourir de faim et naquit à nouveau en belle princesse. Lorsqu'elle fut majeure, elle épousa un roi et devint reine consort et chef de ses seize mille femmes. La nouvelle reine se souvint de sa vie antérieure et, le moment venu, elle enfila une robe sale et se coucha dans son lit en faisant semblant d'être malade. Le roi vint alors lui offrir tout ce qu'elle pourrait souhaiter afin qu' elle se sentsse mieux. Elle demanda à ce que tous les chasseurs du royaume soient convoqués au palais. Le roi le fit par une proclamation à coups de tambour et peu après soixante mille hommes se rassemblèrent. Là, la reine annonça qu'elle avait besoin d'un chasseur pour lui apporter les défenses à six couleurs d'un éléphant qu'elle avait vu dans un rêve, mais aucun des hommes n'en avait jamais entendu parler. Elle choisit parmi la foule pour être son chasseur le plus dur, imposant, laid, défiguré par des cicatrices et fort comme cinq éléphants parmi la foule pour être son chasseur. Elle lui indiqua sa mission, difficile et dangereuse et lui proposa en récompense la propriété de cinq riches villages. Au début, il était terrifié à mort, mais il accepta la tâche après que la reine lui ait promis le succès et lui eut donné mille pièces d'or avec tout l'équipement dont il aurait besoin pour le long et pénible voyage jusqu'au repaire du Bodhisatt. Il partit en promettant de tuer l'éléphant et de ramener ses défenses. Le chasseur voyagea sept ans, sept mois et sept jours à travers des champs épineux, des forêts denses, des marécages boueux et des montagnes montantes au-delà du royaume des hommes pour atteindre le lac du Bodhisatta. Là, il se cacha non loin de l'endroit où un ascète, attendant avec une flèche empoisonnée. Quant arriva le Bodhisatta, le chasseur lui tira dessus et le reste du troupeau s'enfuit pris de panique tandis que leur roi hurlait de douleur. En voyant le chasseur, le Bodhisatta lui demanda pourquoi il voulait sa mort et le chasseur lui parla du rêve de la reine. Le Bodhisatta comprit que c'était le travail de son ancienne reine et dit la vérité au chasseur. Ne pouvant tacher son karma d'une colère, le Bodhisatta dit au chasseur de couper ses défenses et de les emmener à la reine afin qu'il puisse faire des mérites pour atteindre finalement le nirvana. Le chasseur essaya, provoquant une grande douleur dans la bouche sanglante du Bodhisatta, mais il était si grand que le chasseur ne put y parvenir. Le Bodhisatta prit alors la scie et coupa lui-même ses défenses et mourut peu après en laissant à la bonne reine prendre la tête du troupeau. Grâce au pouvoir magique des défenses, le chasseur revint au palais en seulement sept jours. Il donna à la reine les défenses aux six couleurs mais reprocha avec véhémence sa haine du Bodhisatta. Elle fut alors remplie de remords et de chagrin et mourut ce jour-là.

Je ne prétends pas faire l'exégèse des textes canoniques du bouddhisme, j'en suis incapable mais on conçoit à leur lecture qu'il n'est jamais question de suicides de protestation ni de sacrifices rituels permettant de gagner le nirvana mais de perfection dans la générosité. L'interdiction de Rama IV semble avoir été largement justifiée. Nous rejoignons évidemment la phrase de Saint Jean dans son évangile (XV-13) Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Il y a une différence fondamentale entre l'acte de se donner volontairement la mort et celui d'offrir sa vie. Judas s'est suicidé, suicide égoïste, Jésus ne s'est évidemment pas suicidé, sacrifice oblatif. Bouddha interdit de prendre la vie mais n'interdit pas de l'offrir.

 


 

NOTES

 

(1) Nous avons vu en 2011 et 2012 des moines du Tibet en exil se transformer en torches vivantes aux Indes et en Chine, probablement plusieurs centaines.

 

 

L'immolation par le feu est devenue une arme politique dont l'efficacité reste à démontrer.

 

En 2007, un groupe de moines thaïs a fait vœu de jeûner jusqu'à la mort à moins que le Conseil constitutionnel n'inscrive la déclaration « Le bouddhisme est la religion nationale thaïlandaise » dans la nouvelle constitution. Ils ont revendiqué ce sacrifice de soi comme une offrande au Bouddha. Ce défi audacieux aux autorités laïques n'était peut-être pas simplement un coup publicitaire, il avait ses racines dans la culture, l'histoire et la littérature thaïe. Il n'eut toutefois aucune suite !

 

(2) https://vajirayana.org/พระราชพงศาวดาร-กรงรัตนโกสินทร์-รัชกาลที่-

 

(3) Une nuit, vers les années 1980, les statues ont été décapitées probablement par des pillards à la recherche d'antiquité… ou tout simplement de pieux bouddhistes ? La reconstruction de leur tête actuelle fut immédiate.

 

(4) Voir nos articles :

 

A 432 - LES MISSIONNAIRES BOUDDHISTES DE L’EMPEREUR ASOKA SUR LES RIVES DE LA MÉDITERRANÉE ORIENTALE VERS 250 AVANT NOTRE ÈRE.

A 276 - LES JATAKA BOUDDHISTES (ชาดก) ONT-ILS MIGRÉ VERS LE CHRISTIANISME ?

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2018/10/a-276-les-jataka-bouddhistes-ont-ils-migre-vers-le-catholicisme.html

A 287- LES JATAKAS BOUDDHISTES ONT-ILS MIGRÉ VERS LES FABLES D’ÉSOPE ET CELLES DE LA FONTAINE ?

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2018/11/a-287-les-jatakas-bouddhistes-ont-ils-migre-dans-les-fables-d-esope-et-celles-de-la-fontaine.html

(5) Bien que les volumes de la recension de Robert E. B. Cowell soient parfaitement accessibles puisque numérisés, de pieux bouddhistes en ont fait une numérisation d'accès plus facile. Seuls les commentaires sont différents :

http://www.sacred-texts.com/bud/j1/index.htm

http://www.sacred-texts.com/bud/j2/index.htm

http://www.sacred-texts.com/bud/j3/index.htm

http://www.sacred-texts.com/bud/j4/index.htm

https://www.sacred-texts.com/bud/j5/index.htm

http://www.sacred-texts.com/bud/j6/index.htm

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