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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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5 juin 2021 6 05 /06 /juin /2021 03:11

 

"Nous, c'est vous, vous, c'est nous" (Temple de Samret à Kho Samui)

 

Nous avons de temps à autre le plaisir d'accueillir des « invité(e)s » qui nous font part de leurs recherches et de leur érudition d'autant plus intéressantes qu'elles proviennent d'érudits qui ont une formation différente de celle que nous reçûmes, Alain et moi ; un littéraire et un juriste qui ne sont pas des historiens de profession mais des « vocations tardives ». J'ai aujourd'hui la satisfation d'ouvrir nos colonnes à Madame Dominique Le Bas, une universitaire distinguée, Docteur en Etudes indiennes, option art et archéologie. Chercheur associé à l’Institut thématique interdisciplinaire d’histoire, de sociologie, d’archéologie et d’anthropologie des religions,de l'Université de Strasbourg, elle prépare un article sur « La méditation sur la décomposition des corps dans l’art siamois », actuellement en cours de publication à l'Université de Strasbourg. Elle nous en livre un aperçu que j'ai plaisir à partager ce jour.

 

Vous trouverez en fin d'article le résumé de sa carrière universitaire et la liste des publications qui sont les siennes.

 

 

Au cours de votre pérégrination dans certains temples thaïs, vous pourriez découvrir une particularité qu’il n’existe plus qu’au Sri Lanka et en Thaïlande : la méditation sur des ossements. Cette méditation appelée en pāli, langue utilisée dans la religion theravāda, « asubha kammaṭṭhāna » (อสุภกรรมฐา) qui signifie « exercices sur la répugnance des corps » consiste à contempler des cadavres humains dans différents états de décomposition.

 

 

A quelles fins ? En prenant le cadavre comme support visuel, et en pensant que son propre corps est voué au même devenir, le pratiquant doit développer de la répulsion envers l’objet contemplé mais aussi envers son propre corps afin d’aboutir à la cessation de tout désir et prendre conscience de l’impermanence des corps. Cette pratique peut mener au nibbana (นิพพาน.)

 

 

Cette méditation était pratiquée par les moines de Thaïlande, Birmanie, Cambodge et Laos depuis environ le 18e siècle jusqu’au milieu du 20e siècle, et l’est encore en Thaïlande et au Sri Lanka.

 

 

Le thème de la méditation sur la décomposition des corps est évoqué dans les littératures canoniques et post-canoniques de langue pālie. Le discours le plus important qu’aurait prononcé le Buddha sur le thème de la « méditation » ou le développement mental est le Mahāsatipaṭṭhana-sutta (มหาสติปัณณสูตร) « texte de la grande mise en jeu de la présence d’esprit » qui est le 22e sutta que compte le Dīghanikāya « corpus des longs ». Le Mahāsatipaṭṭhana-sutta est pour le Theravada un texte fondamental pour la pratique, décrivant les différents éléments qui doivent être travaillés pour développer l’attention. Ce texte recense 9 contemplations sur la décomposition des corps. Pour chacune de ces neuf contemplations, le texte est construit selon un schéma identique : le cadavre est décrit selon son état de décomposition, s’ensuit toujours jusqu’à la prochaine description de contemplation le même texte : le moine réfléchit à son propre corps en se disant «  ce corps qui est le mien a la même nature ; il deviendra de même ; il ne peut l’éviter ». En constatant que son corps n’est pas différent que celui qu’il observe, et qu’il subira un jour un sort identique, son esprit doit se libérer de l’attachement au corps. La présence d’un cadavre n’est pas obligatoire pour le moine pratiquant. L’impératif est ce que nous dit le refrain « ce corps qui est le mien a la même nature ; il deviendra de même ; il ne peut l’éviter ».

 

 

Le moine doit accepter sa propre évanescence.

 

L’autre texte, non canonique, qui est la principale référence du Theravāda, est le Visuddhimaggha (วิสุทธิมัคกา) « chemin de la complète purification » rédigé au Ve siècle au monastère Mahāvihāra (มหาวีฮาราน) à Ceylan

 

 

... et attribué à Buddhaghosa (พุทธโฆษะ). Dix exercices ou réflexions sur la répugnance du corps sont recensés en fonction de l’état du cadavre : gonflé, bleui, ulcérés, déchiquetés, rongés, éparpillés, mutilés et éparpillés, saignants, infestés de vers, et les squelettes.

 

 

Où le moine trouvait-il un corps ? A l’époque où le texte a été rédigé, les corps se trouvaient dans la nature, sur les champs de bataille, à la porte du village etc.. Au 19e siècle, au Siam, le Wat Saket (วัดสระเกศราชวรมหาวิหาร) était connu pour disposer d’un charnier où les corps des plus pauvres et ceux des condamnés de la prison voisine étaient donnés en pâture aux vautours et aux chiens.

 

 

Carl Bock nous fournit une description précise de sa visite en 1881 au Wat Saket où il assiste à l’arrivée d’un corps sur une litière de bambou, puis à son traitement immédiat. Un officiant muni d’un énorme couteau va ouvrir le corps, couper la chair des jambes, bras et poitrine. Puis un moine tenant dans sa main gauche un éventail et dans la main droite un bâton en bambou avec lequel il touche le corps chante quelques mantras. Dès qu’il a fini, les vautours se jettent sur le corps. Au bout de 10 minutes, l’officiant et le moine interviennent de nouveau pour s’occuper du dos du défunt de la même manière ; puis les animaux mettront 8 minutes à dévorer le corps ; Les os et le crâne sont collectés par les amis qui les brûleront. Le devenir de ces restes nous est expliqué par Monseigneur Pallegoix en 1853 : les ossements recueillis par les parents et amis seront soit gardés dans une urne ou broyés avec de l’argile pour faire des statuettes en souvenir du défunt.

 

 

 

Carl Bock va découvrir un autre lieu dans l’aire du monastère où se dresse un autel circulaire sur lequel il découvre des os humains, des crânes et deux cadavres d’enfants récemment décédés mais dans un état de décomposition avancé

(Carl Bock, « Carl. Temples and elephants : the narrative journey of exploration through upper Siam and Lao ». London: Sampson Low, 1884. P. 551).

 

 

On peut supposer que ces ossements servaient comme support pour la méditation des bonzes.

 

Les charniers ont disparu car l’évolution de la société, sous l’influence occidentale à partir du milieu du XIXè siècle, a amené une prise de conscience sur l’hygiène publique et sur les règles sanitaires à appliquer dans la capitale, Bangkok, qui a connu en 1884 une épidémie de choléra au cours de laquelle le Wat Saket a accueilli 60 à 120 cadavres par jour. De nos jours, les pratiquants ont toujours à leur disposition des cadavres mais peuvent désormais disposer de supports de substitution que sont les photos. Ainsi au Wat Khao Yai (วัดเขาใหญ่ - พิจิตร) dans la province de Phichit et au Wat Hualompong (วัดหัวลำโพง) à Bangkok, les moines pratiquent la contemplation sur des corps suspendus à des crochets. Ce sont les familles qui font don du corps de leur proche – enfant ou adulte- à des fins de mérites spirituels. Pour pratiquer la méditation dénommée « coupé et éparpillé », les moines se rendent dans les salles d’autopsies. Les pratiquants achètent aussi dans des boutiques spécialisées des photos de personnes accidentées ou suicidées à des étapes variées de décomposition. Il y a un impératif dans le texte non canonique qui doit être respecté : le pratiquant ne doit jamais toucher le corps. Le Visuddhimagga précise, après bien des tergiversations, qu’il ne conviendrait pas qu’un homme contemple un cadavre de femme, ni une femme un cadavre d’homme «car l’objet n’est pas présent dans un cadavre de sexe opposé, lequel peut même susciter de l’agitation ».

 

Somdet Phra Wanarat Buddhasiri Thap (สมเด็จพระวนารัตน์พุทธสิริทับ), abbé du Wat Sommanat Vihara (วัดโสมนัสวิหาร), familier du roi Mongkut lorsqu'il était moine (1806-1891)

 

 

Cette pratique est illustrée dans des manuscrits du centre de la Thaïlande, réalisés essentiellement au 19e siècle, mais rarement sur les peintures murales de monastères. Le peintre peut utiliser le folio pour illustrer deux méditations ou disposer le corps dans l’une des vignettes, le moine dans l’autre.

Manuscrit Or.13703 fol.7v, 19è s., British Library

 

 

Dans les manuscrits, la première méditation « cadavre gonflé »  est l’une des plus représentée. Le corps gonflé présente généralement une iconographie identique : outre le gonflement, les yeux sont exhorbités et globuleux, et la langue tirée. Il est nu ou revêtu d’une pièce de tissu toujours disposée d’une manière sinueuse autour de la partie inférieure et la partie supérieure du corps.

Or 14838 fol.7, vignette droite, British Library

 

 

 

Le cadavre gonflé est celui qui est le plus difficile à trouver parce que son état ne perdure qu’un à deux jours. Les dix contemplations sont mises en corrélation avec les subdivisions du tempérament voluptueux du pratiquant. Ainsi la première contemplation convient aux moines qui s’attachent aux formes car le cadavre gonflé met en évidence la détérioration des formes corporelles.

 

L’autre méditation la plus représentée est la 5e «  cadavre dévoré par des chiens, chacals ou autres animaux ». L’artiste représente soit des chiens soit des corbeaux, ou au Wat Somanat vihāra chien, corbeaux et un vautour. Souvent dans cette représentation, il ajoute le déversement des entrailles. Le cadavre dévoré convient à ceux qui s’attachent à l’accumulation de chair en certaines parties du corps comme les seins, car il montre comment la plénitude de cette accumulation de chair est détruite

 

Mss Coll.990 item 5 fol.3 Penn Library, Philadelphie

 

 

Aucune sculpture ancienne ne représente une de ces méditations. Représenter un cadavre « horrible » n’aurait pas été un obstacle pour les sculpteurs comme en témoignent les damnés torturés sur le socle du bronze Phra Malai (พระมาลั) conservé au Musée de Nakhom Pathom (นครปฐม) Photo phra Malai

(Sur Phra Malai, voir notre article : A 375 - DES ENFERS BOUDDHISTES À L’ENFER DES CHRÉTIENS : LA LÉGENDE DE PHRA MALAIhttps://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2020/06/a-375-des-enfers-bouddhistes-a-l-enfer-des-chretiens-la-legende-de-phra-malai.html).

 

 

Quant aux peintures murales, les dix méditations qui ornaient les murs du vihāra Est de Wat Phra Chetuphon (Wat Po, Bangkok) sous le règne de Rāma Ier (1782-1809) ont complètement disparu. Il faudra attendre le règne de Rama IV Mongkut (1851-1868) pour que l’intégralité de la contemplation sur le «  non-beau » soit de nouveau représentée sur les murs de deux monastères royaux de Bangkok : le Wat Boworniwet et le Wat Somanat viharā. S’ils possèdent ces représentations, c’est parce qu’ils sont liés à la réforme du bouddhisme siamois menée par le roi Mongkut - Rama IV alors qu’il était moine de 1824 à 1851 avant d’accéder au trône.

Voir l'article  de Dominique Le Bas :  « Les armoires et les coffres à manuscrits laqués et dorés de Thaïlande »  in Histoire d’objets extra-européens :collecte, appropriation, médiation. Villeneuve d’Ascq : Publications de l’Institut de recherches historiques du Septentrion, 2021. Le texte est numérisé : http://books.openedition.org/irhis/5892 

 

****

 

Qui est Madame Dominique Lebas ?

 

 

Elle a consacré une partie de sa carrière en tant que conservateur de bibliothèques, au développement de la lecture publique (Seine Saint Denis, Berry) et sillonné le département du Puy de Dôme en qualité de directrice de la bibliothèque départementale de Prêt pendant dix ans. Elle fut ensuite pendant 14 ans à l’Université de Rouen directrice d’une Bibliothèque Universitaire. Elle rédigea ensuite une thèse sous la direction de Madeleine Giteau, disparue en 2005, historienne et en particulier historienne des arts de l'Asie du Sud-Est française, membre de l'École française d'Extrême Orient de 1956 à 1981.

 

 

Cette thèse de doctorat, soutenue en 1987 porte le titre « Les armoires et les coffres à manuscrits de Thaïlande » ( Université de Paris III Sorbonne Nouvelle) et a été publiée en 1988 par l’Université de Lille III.

 

 

 

Elle la présente comme suit : « Les plus anciennes armoires qui nous soient parvenues ne sont pas antérieures au règne de phra narai (vers 1657-1688). Parmi les différentes techniques de décorations utilisées, nous nous sommes attachées a celle de la laque dorée. D'usage profane a l'origine, les armoires et les coffres a manuscrits laqués et dorés sont offerts aux monastères a la mort de leurs propriétaires. Nous avons pu distinguer sept catégories d'armoires selon la typologie de leur piètement et trois types de coffres. Les artistes ont orné ce mobilier de scênes empruntées à la littérature religieuse et épique. Nous nous sommes apercues que la vie du buddha et les dix précedentes existences - les dasa jataka- y étaient illustrees d'une manière exceptionnelle. Aussi nous sommes-nous attachées a cette étude. Les artistes ont représenteé des scênes essentielles de la vie du bienheureux mais également des faits apparemment secondaires. Il convient de souligner qu'aucune scêne de la vie du buddha ne décore les coffres a manuscrits. Nous assistons a l'époque de ratanakosin à une miniaturisation et a une multiplication des scênes sur une même surface. Ce fait est lié au role didactique et édifiant des laques qui n'a fait que s'affirmer depuis la fin de l'eépoque d'ayuthya. L'art de la laque appliqué aux armoires et aux coffres a manuscrits peut etre considéré comme un art à part entière au même titre que la peinture murale qu'il complète ou répète »

Nous lui devons encore

« Le mobilier cultuel de Thaïlande : les chaires à prêcher », Mémoire de maîtrise, Paris I.

« Le Vessantara Jataka sur le mobilier thaï », in  Asie, n°1, Donner et recevoir, 1992, Paris- Sorbonne (revue du Centre de Recherche sur l’Extrême-Orient de Paris-Sorbonne)

« L’enfance du futur Buddha sur les armoires laquées et dorées de Thaïlande » in Asie, n°4 Enfances, 1997, Paris- Sorbonne (revue du Centre de Recherche sur l’Extrême-Orient de Paris-Sorbonne)

« Jenny de Vasson : 1872-1920 : photographe ». – Clermont-Ferrand, 1998.

(Jenny de Vasson, amie de Georges Sand, fut la première femme photographe de France).

« La venue de l’ambassade siamoise en France en 1861 » in Aséanie, n° 3, mai 1999, Bangkok (Centre d’Anthropologie Sirindhorn)

« La renaissance artistique en Thaïlande de Rama Ier à Rama IV », Turin, CESMEO, 2007

 

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