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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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23 juillet 2021 5 23 /07 /juillet /2021 08:06

 

Le bouddhisme fascine de longue date notre monde occidental, une fascination qui  se fonde sur la confrontation Jésus-Bouddha, dogme-dharma, Église-Sangha. Nous avons consacré trois articles à ces coïncidences au moins troublantes entre le bouddhisme et le christianisme (1).

 

 

 

Nous trouvons de nombreux écrits selon lesquels le Christianisme ne serait qu'un schisme Bouddhique, fondé par les disciples de Jésus sous le nom de leur maître, dont ils ont fait leur Bouddha. Il descendrait par une filiation directe des religions de l'Inde. La première manifestation de sentiments religieux qui nous soit connue sont les Védas et le Brahmanisme. Les Védas sont probablement les plus anciens livres religieux du passé.  Transmises oralement avant d'être écrites, il est impossible d'évaluer leur âge, probablement le deuxième millénaire avant Jésus-Christ. Le Brahmanisme a donné naissance au Mazdéïsme ...

 

 

 ... et au Bouddhisme. De ceux-ci seraient issus le Mosaïsme et l'Essénisme. De ces deux derniers serait né le Christianisme.

 

 

Charles Dollfus en 1872 écrit  « De même qu’il y a des affinités visibles entre la doctrine de Jésus et celle des esséniens, il y en a d’évidentes entre celle de Bouddha et de Kapila » (2).

 

 

Louis Jacolliot dans un ouvrage à tout le moins fuligineux mais qui a connu grand succès en 1876 voit un lien entre Manou le législateur,

 

 

Ménès le premier pharaon historiquement connu,

 

 

Minos le crétois

 

 

et Moïse,

 

 

le Christ devenant en quelque sorte un avatar de Khishna (3).

 

 

Nous retrouvons cette théorie dans un « Jésus-Bouddha » anonyme de 1881.

 

 

Cornelis Petrus Tiele en 1882 relève mutatis mutandis les mêmes liens (4).

 

 

Plus récent, en 1933 Ernest Zyromski, nous dote d'un chapitre sur « LE SENTIMENT CHRETIEN DANS LES LOIS DE MANOU, LES CONSEILS DE BOUDDHA, ET LA BHAGAVADGITA » (5).

 

 

Nous devons encore en 1998 à un théologien jésuite B. Sénécal, un « Jésus le Christ à la rencontre de Gautama le Bouddha » (6).

 

 

Retenons enfin la publication en 1999 de l'ouvrage de Raphaël Liogier, enseignant à l'Institut d'études politiques à Paris (est-ce une bonne référence?) et chercheur à l'Observatoire du religieux de l'Université d'Aix-Marseille III « Jésus, Bouddha d'Occident » pour lequel  le christianisme serait un bouddhisme gréco-juif (7). L'ouvrage ne repose que sur des hypothèses ce qui est singulier pour un historien mais il ne faut pas s'en étonner connaissant la sous-jacence de cet Observatoire ouvertement gauchiste et islamophile.

 

 

Devons-nous voir dans ses liens entre ces religions une filiation directe ou le simple rappel de tout ce que peut ramener le règne de la saine morale de l'humanité ? Y a-t-il un lien direct entre les règles morales du bouddhisme et de l''évangile dont l'authenticité est la plus assurée, celle de Saint Mathieu et sa partie majeure, le sermon sur la montagne ?

 

 

Il y a en tous cas une certitude, c'est que s'il (je dis bien SI) y a eu passage du bouddhisme au christianisme, il s'est fait par les Esséniens, en quelque sorte le « châinon manquant », singulière frange du judaïsme, inconnue des écritures bibliques, apparue tardivement et rapidement disparue.

 

 

Qui étaient-ils ?

 

Avant la découverte des manuscrits de la mer Morte, ce que nous en savions se limitait pour l’essentiel, aux écrits de Philon d’Alexandrie, de Flavius Josèphe et de Pline l’Ancien, seul non juif, ce qui suffisait d'ailleurs à Voltaire en particulier d'affirmer péremptoirement qu'ils étaient les vrais représentants de la religion du Christ débarassée de sa gangue de dogmes conciliaires et d'excommunications et d'en faire des Luthériens du christianisme primitif.

 

 

Le premier à s'être penché en véritable historien, qu'il était est évidemment, Ernest Renan dans sa monumentale « Histoire du peuple d'Israël » en 1893 au vu de toutes ses sources qui dataient de l'antiquité. (8). Il les voit apparaître aux environ de 150 avant Jésus Christ. Leur disparition du fait essentiellement des persécutions romaines, se situe aux environs du Ier ou IIe siècle de notre ère. Pour lui, décrivant leurs mœurs et rites austères, ils donnent un « avant goût du christianisme ». Il se pose naturellement la question de savoir s'il n'y avait-il pas, dans cette apparition si originale, quelque influence étrangère qui expliquerait certains traits qui détonnent à première vue dans le judaïsme? Ces traits se réduisent au fond à bien peu de choses, et « presque toutes les particularités dont on a voulu chercher la raison dans le parsisme, dans le bouddhisme, dans le pythagorisme, proviennent, sauf peut-être la magie et l'angélologie, toujours d'origine persane, des fausses couleurs de Josèphe ou d'une germination naturelle du judaïsme ». Sa réponse est claire, pas d'antécédents bouddhistes.

 

Ce n'est pas dans le passé, c'est en avant qu'il faut chercher les parentés de l'essénisme. Renan a incontestablement le sens de la formule :

« Le christianisme est un essénisme qui a largement réussi ».

« L'esprit est le même, et certainement, quand les disciples de Jésus et les esséniens se rencontraient, ils devaient se croire confrères »...

 

«  Cette fois encore, il faut être très sobre de conjectures en ce qui concerne les emprunts directs »

 

 

Bonne leçon d'un historien de profession à l'historien du dimanche que je reste.

 

En ce qui concerne les Esséniens, une dissidence du judaïsme classique avide de pureté rituelle, la littérature est surabondante. Renan en fait des piétistes avant la lettre. Nous ne citerons que ce qu'en a dit Pline l'ancien dans la cinquième partie de son Histoire naturelle (17-73), ce qui a très largement été corroboré par la découverte à partir de 1947 des manuscrits de la Mer morte et de leur traduction :

 

 

 

« À l’occident (de la mer Morte), les Esséniens s’écartent des rives sur toute la distance où elles sont nocives. C’est un peuple unique en son genre et admirable dans le monde entier au-delà de tous les autres : sans aucune femme, et ayant renoncé entièrement à l’amour ; sans argent ; n’ayant que la société des palmiers. De jour en jour, il renaît en nombre égal, grâce à la foule des arrivants ; en effet, ils affluent en très grand nombre, ceux que la vie amène, fatigués par les fluctuations de la fortune, à adopter leurs moeurs. Ainsi, durant des milliers de siècles, chose incroyable, subsiste un peuple qui est éternel et dans lequel, cependant, il ne naît personne : si fécond est pour eux le repentir qu’ont les autres de leur vie passée ! Au-dessous des Esséniens fut la ville d’Engada (Engaddi), qui ne le cédait qu’à Jérusalem pour sa fertilité et pour ses palmeraies, mais devenue aujourd’hui un second bûcher. De là, on arrive à la forteresse de Massada, située sur le rocher, et elle-même voisine du lac Asphaltite. » (9)

Renan, avons-nous vu, ne fait qu'une brève allusion à une possible influence bouddhiste.

 

 

Les bouddhistes chez les Esséniens ?

 

Cette question a fait l'objet d'une très importante communication d'André Dupont-Sommer, orientaliste français qui a particulièrement étudié les manuscrits de la mer Morte, sur lesquels il a fait paraître à partir de 1959  plusieurs ouvrages importants comportant la traduction d'une grande partie des manuscrits connus à cette date (10). Ce ne sont plus des sources d'auteurs étrangers à la secte mais des documents internes aux Esséniens.

 

 

Une constatation préalable s'impose, les Esséniens pratiquent un judaïsme strict dont ils ne s'écartèrent pas. Renan parle à juste titre de piétisme.

 

 

Dupont-Sommer donne un aperçu des ouvrages d'érudition qui, dès le XIXe siècle font état de contacts entre les Esséniens et les bouddhistes. Ils furent de toute évidence en rapports étroits avec le zèle missionnaire de l'empereur Asoka qui s'étendait à la terre entière, non seulement vers l'asie orientale (Ceylan, Birmanie, prninsule indochinoise, Chine et Japon) mais aussi vers l'asie occidentale jusqu'aux rives de la méditerranée. Asoka, roi du Magadha et empereur de l'Inde entière se convertit au bouddhisme aux environs de 250 avant Jésus-Christ. Il fit graver dans tout son empire des inscriptions lapidaires pour le rappeler. Elles furent progressivement découvertes au XXe siècle dans le Pakistan occidental, en Afghanistan, en écriture indienne, araméene ou grecque. Dupont-Sommer en a publié et traduite plusieurs. Certaines font référence aux frontières de son empire avec celui du roi grec Antiochos, monarque séleucide et roi d'Antioche,

 

 

 

Ptolémée II, roi d'Alexandrie,

 

 

Magas, roi de Cyrène, Antigone Gonatas, roi de Macédoine, Alexandre de Corinthe... La bonne nouvelle fut donc colportée jusque dans les royaumes de la méditérranée orientale. Sont-ce les missionnaires d'Asoka qui ont semé jusqu'à la Palestine ce monachisme bouddhiste ? Cette vie communautaire perdura pendant trois siècle chez les Esséniens  et l'on retrouve sans difficultés ses commandements dans le sermon sur la montagne.

 

«  Le christianisme est un essénisme qui a réussi » écrivit Renan avons-nous dit, mais ce qui semble une boutade doit-elle être prise au pied de la lettre ? Nous ignorons tout de la vie cachée du Christ qui dura 30  ans en dehors de légendes transmises par les évangiles apocryphes ? Les évangiles n'en disent rien avant sa rencontre avec Jean-le-baptiste. Il ne coûte donc rien de dire qu'il fut en contact avec les Esséniens sans crainte d'être contredit.

 

 

Bouddhisme, Essénisme, Christianisme, les parallèles, les ressemblances et les coïncidences peuvent être troublants.

 

L'apparition des esséniens coïncide avec la période missionnaire d'Asoka, certes mais les parallèles, les ressemblances et les coïncidences n'impliquent pas toujours des relations entre elles.

 

L'un des meilleurs exemples de ces assimilations pseudo-historiques est l'ouvrage de l'occultiste théosophe Edouard Schuré qui continue à être réédité à l'attention des curieux d'étrangetés (11). Il a été traduit dans toutes les langues de l'univers et consacre un chapitre aux Esséniens, fruit d'une imagination débridée.

 

 

Nous ne retirons de ces explications, qu’une certitude, les missionnaires bouddhistes ont atteint les royaumes de la méditerranée orientale et ont de toute évidence rencontré les esséniens en Palestine. Il y a donc eu de toute évidence des interférences. Le Christ pour sa part connaissait les esséniens comme les autres franges du judaïsme, pharisiens et saducéens  et sa doctrine était plus proche de celle des esséniens que des autres.

NOTES

 

(1) Voir nos trois articles :

 

A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2016/02/a211-l-eglise-catholique-a-t-elle-canonise-par-erreur-HYPERLINK "https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2016/02/a211-l-eglise-catholique-a-t-elle-canonise-par-erreur-bouddha-en-1583.html"bouddha-en-1583.html

A 276 - LES JATAKA BOUDDHISTES (HYPERLINK "https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2018/10/a-276-les-jataka-bouddhistes-ont-ils-migre-vers-le-catholicisme.html"ชาดกHYPERLINK "https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2018/10/a-276-les-jataka-bouddhistes-ont-ils-migre-vers-le-catholicisme.html") ONT-ILS MIGRÉ VERS LE CHRISTIANISME ?

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2018/10/a-276-les-jataka-bouHYPERLINK "https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2018/10/a-276-les-jataka-bouddhistes-ont-ils-migre-vers-le-catholicisme.html"ddhistes-ont-ils-migre-vers-le-catholicisme.html

A 375 - DES ENFERS BOUDDHISTES ÀHYPERLINK "https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2020/06/a-375-des-enfers-bouddhistes-a-l-enfer-des-chretiens-la-legende-de-phra-malai.html" L’ENFER DES CHRÉTIENS : LA LÉGENDE DE PHRA MALAI

https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2020/06/a-375-des-enfers-bouddhistes-a-l-enfer-des-chretiens-la-legende-de-phra-malai.html

 

(2)  Charles Dollfus «  Considérations sur l'histoire : le monde antique » 

 

(3) Louis Jacolliot  « La Bible dans l'Inde – vie de Iezeus-Christna »,  1876

 

(4) Cornelis Petrus Tiele «  Histoire comparée des anciennes religions de l'Égypte et des peuples sémitiques », 1882.

 

(5) Ernest Zyromski « Le message oriental » 1933.

 

(6) B. Sénécal, « Jésus le Christ à la rencontre de Gautama le Bouddha » Identité chrétienne et bouddhisme, Paris, Cerf.

 

(7) Raphaël Liogier « Jésus Bouddha d'Occident » – Calman Levy, 24 mars 1999

 

(8) « Histoire du peuple d'Israël », tome V dans laquelle il consacre deux chapitres à la secte, chapitre VI « Les Esséniens » et chapitre VII « Avant-goût du christianisme » (pp.55-77).

 

(9) La traduction est celle que donne André Dupont-Sommer dans un article dont nous parlons plus bas :

« Ab occidente litora Esseni fugiunt usque qua nocent, gens sola et in toto orbe praeter ceteras mira, sine ulla femina, omni venere abdicata, sine pecunia, socia palmarum. in diem ex aequo convenarum turba renascitur, large frequentantibus quos vita fessos ad mores eorum fortuna fluctibus agit. ita per saeculorum milia – incredibile dictu – gens aeterna est, in qua nemo nascitur. tam fecunda illis aliorum vitae paenitentia est ! infra hos Engada oppidum fuit, secundum ab Hierosolymis fertilitate palmetorumque memoribus, nunc alterum bustum. Inde Masada castellum »

 

(10) « Essénisme et Bouddhisme » In: Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 124 année, N. 4, 1980. pp. 698-715;

 

 

(11) Edouard Schuré « Les grands initiés -esquisse de l'histoire secrète des religions : Rama, Khrisna, Hermès, Moïse, Orphée, Pythagore, Platon, Jésus 

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