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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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14 juillet 2021 3 14 /07 /juillet /2021 05:35

 

 

LE PANDANUS

 

Les baquois (ou vaquois), mots probablement d'origine polynésienne, nom commun du pandanus sont de grands végétaux rappelant tout à la fois le palmier, le yucca et l’ananas. Ils sont en réalité toute une famille qui a reçu des botanistes le nom générique de pandanus qui a lui-même donné son nom à la famille nombreuse des pandannées. Le mot pandan n’est d’ailleurs pas d’origine siamoise mais malaise, le végétal portant dans la péninsule le nom de pandang.

 

 

Certaines espèces peuvent atteindre plusieurs mètres de hauteur. Ils présentent tous un phénomène singulier, des racines aériennes qui naissent sur la tige et descendant vers le sol avant de rejoindre le monde souterrain. La tige curieusement diminue de grosseur en allant du sommet vers le sol. Le végétal semble alors porté en l’air par ses racines qui le soutiennent tels les arcs-boutants d’une cathédrale ! Elevé en serre, il doit souvent être étayé. La raison est simple, ce système permet à l’arbre de subsister sans tomber dans les terrains qu’il semble affectionner dont le sous-sol est instable, sablonneux ou marécageux. Ces spectaculaires racines-échasses  consolident la base comme des étais, indispensables pour subsister dans ces sols.

 

 

Il s’agit d’un miracle de la nature et non comme le crurent les premiers observateurs en raison de l’érosion du sol. Présent dans tous les pays tropicaux, Asie, Afrique, Océanie, il est connu de longue date comme un végétal utile, alimentation, vannerie, nattes, cordages, usage médical, cuisine et colorant alimentaire en dehors de son utilité pour retenir les sols côtiers soumis aux cyclones et comme brise-vent.

 

 

En occident, il est devenu le participant obligé de tout beau jardin exotique tel celui de Monaco

 

 

 

Les études des paléontologues nous apprennent  que son apparition remonterait au crétacé supérieur, il y a entre 100 et 60 millions d’années. La famille qui avait autrefois une large distribution géographique sur tous les continents à l'exception de l'Australie, est devenue limitée aux régions tropicales et subtropicales de l'Ancien Monde depuis le milieu du tertiaire c’est-à-dire il y a environ 65 millions d‘années, époque de la disparition des dinosaures.

 

 

En Thaïlande, il est connu sous le nom de bai toei (ใบเตย) ou simplement toei. Sans prétendre donner un cours de botanique n’en ayant pas les compétences, j’ai noté quelques-unes des espèces que l’on trouve ici sans que cette liste soit limitative et sans que mes références à la nomenclature latine soient une certitude : le toeiban  (เตยบ้าน) « du village », le toeihom (เตยหอม)  « parfumé », probablement le pandanus odorus Ridley dont les feuilles sont utilisées pour parfumer le riz. Le toeiyai (เตยใหญ่) « grand » atteint de grandes hauteurs, ses larges feuilles sont utilisées pour toiture des maisons traditionnelles en bois ou en bambou et enfin le toeiton  (เตยต้น) « arbre ».

 

 

Il est une particularité commune à toutes les espèces : elles sont dioïques : les individus sont strictement mono sexués, c'est-à-dire que chaque pied ne porte que des fleurs soit mâles, soit femelles. 

 

 

 

Les fleurs mâles sont très parfumées et colorées en un long épi,

 

 

Les femelles produisent de gros fruits sphériques de couleur brun-jaune à maturité et long de 15 à 20 cm de diamètre (1).

 

 

Quels animaux fournissent cette pollinisation ? C’est ce que nous allons découvrir. Ce fut longtemps un mystère.

 

Nous bénéficions en effet d’une très érudite étude de fort savants botanistes sur la pollinisation du pandanus, qui nous a appris qu’il n’existe dans la littérature aucune étude consacrée spécifiquement au pandanus, que rien n’est connu du mode de pollinisation des pandanus; on ne sait pas même s’il relève de l’anémophilie ou de l’entomophilie (2).

 

Nous étions en 1983.

 

 

 

Le rôle bénéfique des insectes transporteurs de pollen comme l’abeille est bien connu. Celui d’animaux est beaucoup plus rare. C’est ici que nous allons voir apparaître le rôle bénéfique du gecko.

 

 

LE GECKO

 

Nous bénéficions d’études de botanistes de très haut niveau qui ont révélé au début de ce siècle seulement le rôle pollinisateur du gecko pour le pandanus, jusqu’à présent ignoré : c'est une bonne synthèse (3).

 

Les Pandanus sont une précieuse ressource écologique pour plusieurs formes de vie animale qui y trouvent refuge contre les prédateurs, c’est le cas du gecko. Ses deux prédateurs principaux en raison de sa petite taille sont les serpents et les rapaces. Les écailles du tronc rendent l’accès impossible aux serpents et les feuilles barbelées et touffues interdisent l’entrée aux rapaces volants. En langage vernaculaire, les anglais parlent d’ailleurs de « Gecko Plant ».

 

 

Disons quelque mots de ce petit animal de couleur verdâtre ou brunâtre dont la taille peut aller jusqu’à 15 centimètres et parfois plus.

 

 

Une de ses particularités est qu'il peut grimper un peu partout, ses  pattes sont adhésives sur les surfaces lisses et ont des petites griffes pour agripper les surfaces rugueuses. Grimpeur hors du commun, il peut marcher sur des murs verticaux et même au plafond.

 

 

Il est aussi capable de se séparer de sa queue pour distraire l'ennemi et lui permettre de s'échapper. Il la laisse ainsi souvent lorsqu’il est attaqué par un autre de ses prédateurs, la dangereuse scolopendre.

 

 

Il a une alimentation variée, des fruits, des insectes, des petits rongeurs ou des lézards pour les plus grands. Nos maisons ne sont pas son habitat naturel. La présence de ces espèces sur terre à l’époque de la disparition des dinosaures s’est faire bien avant l’arrivée de l’homme. Sa présence dans nos demeures n’est probablement pas permanente mais il y trouve la chaleur et il a le mérite de les purger des araignées, moustiques, mouches, moucherons, scorpions  et cafards dans ses activités toujours nocturnes.

 

Nous entendons parfois son chant qui lui a valu son nom thaï tuk kae  (ตุ๊กแก). Ce cri est fort curieux, on entend d'abord un déclanchement de rouage, puis le cri tôk ké, la première note haute, la deuxième grave, ces deux notes se répètent huit ou neuf fois en diminuant d'intensité. Si le nombre est pair le vœu qu’on n’a pas manqué de former sera exaucé ; il ne le sera pas s'il est impair. Il est ovipare. Est-ce un chant d’amour ? C’est en tous cas ce que pensent certains zoologues. Pour d’autres, il lui s’agit d’alerter d’éventuels intrus, surtout ses congénères puisque c'est un solitaire ?

On lui prêtait longtemps un rôle maléfique et on a vu diffusé à son sujet des contes absurdes. Lacépède, successeur de Buffon et par ailleurs brillant zoologiste, nous dit « Ce lézard funeste, et qui mérite toute notre attention par ses qualités dangereuses, a quelque ressemblance avec le caméléon; sa tête, presque triangulaire, est grande en comparaison du corps; les yeux sont gros; la langue est plate, revêtue de petites écailles, et le bout en est échancré. Les  dents sont aiguës, et si fortes, suivant Bontius, qu'elles peuvent faire impression sur des corps très-durs, et même sur l'acier. Le gecko est presque entièrement couvert de petites verrues plus ou moins saillantes …. Bontius a écrit que sa morsure est venimeuse, au point que si la partie affectée n'est pas retranchée ou brûlée, on meurt avant peu d'heures. L'attouchement seul des pieds du gecko est même très dangereux, et empoisonne, suivant plusieurs voyageurs, les viandes sur lesquelles il marche: l'on a cru qu'il les infectait par son urine, que Bontius regarde comme un poison des plus corrosifs; mais ne serait-ce pas aussi par l'humeur qui peut suinter des tubercules creux placés sur la face inférieure de ses cuisses?... Il est heureux que ce lézard, dont le venin est si redoutable, ne soit pas silencieux, comme plusieurs autres quadrupèdes ovipares, et que ses cris très-distincts et particuliers puissent avertir de son approche, et faire éviter ses dangereux poisons. » (4). 

 

La liste des méfaits qui lui sont attribués est une encyclopédie de la crédulité.

 

Cette mauvaise réputation ne repose que sur des erreurs d’autant qu’il peut - parait-il -  parfaitement s’apprivoiser. Il la doit probablement à sa laideur et encore faut-il se féliciter qu’il n’ait pas la taille d’un crocodile. Diderot le philosophe, une de nos plus célèbres lumières, avait en horreur le crapaud parce qu'il était à ses yeux le comble de la laideur, mais il ne connaissait sans doute pas le gecko, Auprès de lui, le crapaud devient un être élégant. Voilà comment on récompense cet animal aussi utile que le crapaud.

On lui prêtait longtemps un rôle maléfique et on a vu diffusé à son sujet des contes absurdes. Lacépède, successeur de Buffon et par ailleurs brillant zoologiste, nous dit « Ce lézard funeste, et qui mérite toute notre attention par ses qualités dangereuses, a quelque ressemblance avec le caméléon; sa tête, presque triangulaire, est grande en comparaison du corps; les yeux sont gros; la langue est plate, revêtue de petites écailles, et le bout en est échancré. Les  dents sont aiguës, et si fortes, suivant Bontius, qu'elles peuvent faire impression sur des corps très-durs, et même sur l'acier. Le gecko est presque entièrement couvert de petites verrues plus ou moins saillantes …. Bontius a écrit que sa morsure est venimeuse, au point que si la partie affectée n'est pas retranchée ou brûlée, on meurt avant peu d'heures. L'attouchement seul des pieds du gecko est même très dangereux, et empoisonne, suivant plusieurs voyageurs, les viandes sur lesquelles il marche: l'on a cru qu'il les infectait par son urine, que Bontius regarde comme un poison des plus corrosifs; mais ne serait-ce pas aussi par l'humeur qui peut suinter des tubercules creux placés sur la face inférieure de ses cuisses?... Il est heureux que ce lézard, dont le venin est si redoutable, ne soit pas silencieux, comme plusieurs autres quadrupèdes ovipares, et que ses cris très-distincts et particuliers puissent avertir de son approche, et faire éviter ses dangereux poisons. » (4). 

 

 

La liste des méfaits qui lui sont attribués est une encyclopédie de la crédulité.

 

Cette mauvaise réputation ne repose que sur des erreurs d’autant qu’il peut - parait-il -  parfaitement s’apprivoiser. Il la doit probablement à sa laideur et encore faut-il se féliciter qu’il n’ait pas la taille d’un crocodile. Diderot le philosophe, une de nos plus célèbres lumières, avait en horreur le crapaud parce qu'il était à ses yeux le comble de la laideur, mais il ne connaissait sans doute pas le gecko, Auprès de lui, le crapaud devient un être élégant. Voilà comment on récompense cet animal aussi utile que le crapaud.

 

 

LE « MARIAGE »

 

Il y a une incontestable communication entre le gecko et le pandanus. A l’époque de la pollinisation, la saison des amours pour les plantes, pour permettre la fécondation, il faut transporter le pollen du plant mâle au plant  femelle, il y a donc nécessité d’un transporteur. L’animal recouvert de pollen mâle le transporte ensuite sur l’arbre femelle.

 

 

Il se pose alors un mystère que les botanistes n’ont pas encore résolu clairement : Comment le transporteur peut-il savoir qu’il est parti d’un exemplaire mâle pour aller non pas sur un autre mâle mais systématiquement sur une femelle ? Il n’y a aucune explication plausible à ce comportement.

 

Le gecko après avoir transporté le pollen va jouer un autre rôle. Il va manger le fruit qui est le conservateur des graines et destiné à attirer les animaux. C’est un moyen efficace de garantir la propagation. Après avoir mangé le fruit avec ses graines. S’il a une couleur et un gout agréable, prosaïquement c’est pour donner à l‘animal  envie de le manger, l’animal va évacuer les dites graines indigestes dans ses selles qui sont en outre un excellent fertilisant. L’échange est double, l’animal s’est nourri et le végétal a dispersé ses graines par le rôle actif de l’animal. Les études que nous avons citées (3) sont fondées sur de multiples observation en divers pays tropicaux et ne laissent aucun doute sur cette symbiose entre la plante et l’animal.

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Les botanistes considèrent que la masse totale de la population végétale vivante par rapport à celle de l’ensemble des créatures vivantes, humaines et animales, serait de 90 % sinon plus. A une époque où l’homme peut envoyer un drone sur la planète Mars, la plus grande partie du monde végétal reste un mystère qui apporte en permanence des découvertes singulières. N’oublions pas que la vie est apparue sur terre sous forme végétale, que ces végétaux par le phénomène de la photosynthèse ont pu transformer le gaz carbonique (CO2) et l’eau (H20) en s’emparant des molécules de carbone (C) et d’hydrogène (H) pour former les molécules complexes de la chimie organique nécessaire à leur croissance et en relâchant dans l’atmosphère les molécules d’oxygène (O) nécessaires à la vie du monde animal. Si la végétation disparaissant de la terre, ce serait assurément la fin du monde animal.

 

 

NOTES

 

(1) Dioïque se dit d'une plante dont les fleurs mâles et femelles sont portées par des plantes différentes, nécessitant une pollinisation des fleurs femelles par le vent ou les insectes afin que la fécondation puisse se faire, tels sont les palmiers, les asperges ou le houx. Le contraire, c'est à dire lorsque la plante porte, sur le même pied, à la fois des fleurs mâles et des fleurs femelles, elle est appelé monoïque.

(2) l’anémophilie est la pollinisation par l’effet du vent, l’entomophilie est la pollinisation par transport du pollen par des animaux, le plus souvent des insectes.

 

L’étude porte la signature des professeurs Bernard RIO, Guy COUTURIER, Françoise LEMEUNIER et  Daniel LACHAISE : « EVOLUTION D’UNE SPECIALISATION SAISONNIÈRE CHEZ DROSOPHILA ERECTA (DIPT., DROSOPHILIDAE) » in Annales de la Société entomologique de France, 1983, 19, pp 235-248.

(3) Article de Bruno Corbara « Sur le gecko insulaire, pollinisateur et disperseur de graines » in Espèces – Revue d’histoire naturelle, numéro 11 de décembre 2011, Numérisé 

https://especes.org/bibliographies/biblio-gecko/

L’article comprend deux sections :

Sur la pollinisation des fleurs et la dissémination des graines par les geckos :

Avec un article de Olesen J. M. et Valido A., 2003. « Lizards as pollinators and seed dispersers: an island phenomenon ». Trends in Ecology and Evolution, 18 (4), 177-181.

Sur la pollinisation des fleurs et la dissémination des graines par les geckos Phesulma de l’île Maurice :

Avec les articles suivants :

Hansen D. M. & Müller C. B. « Reproductive ecology of the endangered enigmatic Roussea simplex (Rousseaceae) ». International Journal of Plant Sciences, 2009,170m pp. 42–52.

Hansen D. M. & Müller C. B. « Invasive ants disrupt gecko pollination and seed dispersal of the endangered plant Roussea simplex in Mauritius ». Biotropica, 2009, pp. 202-208.

Hansen D. M., Kiesbüy H. C., Jones C. G. & Müller C. B. « Positive indirect interactions between neighboring plant species via a lizard pollinator ». The American Naturalist, 2007 169, pp.534-542.

Deso G., Probst J-M., Sanchez M. & Ineich I. 2008. Contribution à la connaissance de deux geckos de l’île de La Réunion potentiellement pollinisateurs : Phelsuma inexpectata (Mertens, 1966) et Phelsuma borbonica (Mertens, 1966) (Sauria : Gekkonidae). Bulletin de la Société herpétologique de France, 126, 9-23.

(4) Étienne de Lacépède « Oeuvres du comte de Lacépède » Tome 3. 1826-1833. Jacques de Bondt ou Jacob Bontius sur lequel il fonde ses affirmations péremptoires est un médecin néerlandais qui a vécu à Battavia et a écrit des ouvrages de médecine tropicale aux alentours de 1630. Son « Histoire naturelle et médicale des Indes Orientales » dont l'original était en latin a bénéficié d'une traduction en anglais en 1769 dans laquelle Lacépède a probablement puisé sans le moindre esprit critique..

 

 

 

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