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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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26 juin 2021 6 26 /06 /juin /2021 12:53

พระยันตระ

 

Cette affaire qui suit celle de quelques années celle du moine Phra Nikon qui avait violé son obligation canonique de célibat fit grand bruit à son époque dans la presse locale en particulier mais elle fut relayée de façon souvent délibérément erronée par la presse occidentale, française en particulier, qui s’est répandu en sarcasmes sur ce moine « criminel » (1).  

 

 

L’impact dans la presse locale, ce sont essentiellement les deux quotidiens anglophones, The Nation et le Bangkok Post ouvertement hostiles. On peut s’interroger sur l’impact réel de ces deux quotidiens dont le tirage est au maximum de 75.000 exemplaires dans un pays de 70 millions d’habitants. Quant à la presse occidentale, il s’agit essentiellement de journaux à. scandale qu’il est inutile de citer.

 

 

Avant d’entrer dans le vif du sujet, un bref préalable s’impose.

 

En droit français, nous faisons la différence entre un crime qui rend son responsable justiciable de la Cour d’assises et un délit qui rend son responsable justiciable du tribunal correctionnel. Un assassin est un criminel, un voleur de poules est un délinquant.

 

 

Le droit pénal thaï est régie par la « Loi criminelle » (กฎหมายอาญา) et celui qui la viole, que ce soit un assassin ou un voleur de poules devient un « criminel » alors que nous préférons parler de « délinquant » quand il ne s’agit pas d’un « criminel » Tout ceci va sans dire mais va mieux en le disant !

 

 

Il y a plus d’un quart de siècle donc,  un moine avait gagné la ferveur des  bouddhistes de la Thaïlande et de l’étranger. Nombreux étaient les politiciens nationaux qui venaient lui rendre hommage. Jeune et bien de sa personne, il prêchait le dharma à tel point qu’il remplissait Sanam Luang (สนามหลวง) lorsque l’occasion lui était offerte d’y prêcher. Son nom de moine était Phrayantra  Omrophikkhu  (พระยันตระ อมโรภิกขุ).

 

 

 Il est né sous le nom de Winai Laongsuwan (วินัย ละอองสุวรรณ) le 14 octobre 1951, dans le village de Banbangbo  (บ้านบางบ่อ) dans le district de Pak Phanang (อ.ปากพนัง) dans la province sudiste de Nakhon Si Thammarat (นครศรีธรรมราช). Il était le plus jeune de sept enfants d'une famille de la classe moyenne propriétaire d’une exploitation de cocotiers. Il effectua ses études secondaires à Pak Phanang puis poursuivit ses études à Bangkok au Bangkok Technical College où il se spécialisa dans le tourisme. Après avoir obtenu son diplôme en 1970, il travailla pendant quatre mois comme guide touristique et hôtelier à l'hôtel Dusit Thani. Il aurait été influencé par la lecture de l’ouvrage en anglais Handbook of Mankind (Manuel de l’humanité) de Buddhadasa Bhikkhu  (พุทธทาสภิกขุ), le théologien et guide spirituel, voix dominante en thaï pendant une grande partie de la seconde moitié du XXe siècle bien que controversé par une partie de la communauté bouddhiste. Il devint triste face à la détresse de l'humanité et décida de poursuivre le chemin de la liberté spirituelle.

 

 

.Il  quitta son emploi et se rendit avec un ami sur l'île de Koh Samet (เกาะเสม็ด) où il passa un an dans un isolement presque complet comme ermite. Grâce à la méditation et à la pratique des disciplines yogiques, il acquit la réputation d’avoir acquis des pouvoirs surnaturels. Il quitta Koh Samet et se rendit au Népal où il continua ses pratiques ascétiques. Il y apprit que dans une vie antérieure, il avait été un brahmane népalais dont il prit le nom, Yantra. Revenu en Thaïlande en 1972, il passa les deux années suivantes à alterner entre étudier avec Bouddhadsa au Wat Suanmokphalaram (วัดสวนโมกขพลาราม) situé au sud à Chaya (ไชยา) dans la province de Suratthani (สุราษฎร์ธานี) et à pratiquer l'ascétisme dans des régions reculées du sud de la Thaïlande.

 

 

Le 6 mai 1974, il fut été ordonné sous le nom de Phrayantra  Omrophikkhu  (พระยันตระ อมโรภิกขุ) au temple Rattanaram (วัดรัตนาราม) dans son village de naissance. Il continua alors à suivre un régime strict de méditation, souvent dans la forêt, renforçant ainsi sa réputation de moine d’un niveau spirituel élevé.

 

 

Il commença à être crédité par certains comme ayant des pouvoirs miraculeux. Son temple d’origine appartient à la branche traditionaliste Songthamyutinikai (สงฆ์ธรรมยุตินิกาย).

 

 

Ses prêches déchainent l’enthousiasme tant dans le pays qu’à l’étranger. Sous sa direction, plusieurs temples sont construits, portant tous le nom de Suyontaram : Watpa suyontaram (วัดป่าสุญญตาราม) dans la province de  Kanchanaburi (กาญจนบุรี) ou le Watpa suyontaram  en Australie. Il fut invité à prêcher dans le monde bouddhiste et à l’étranger.

 

 

Il est essentiel de noter qu’il a commencé sa carrière religieuse en suivant les traces d’un moine de la forêt qui acquiert un pouvoir spirituel en adhérant strictement à la discipline, en se consacrant à la méditation et en vivant une vie ascétique pendant de longues périodes presque isolé de la vie sociale normale. Pendant la période où il était en retrait du monde, le pays subissait un bouleversement politique qui a commencé avec le renversement de la dictature militaire sous l'action des étudiants en 1973, qui a conduit à la contre-révolution militaire de 1976 et une quasi-guerre civile en 1977-80. A cette époque, beaucoup dans le pays se tournaient vers les moines qui renonçaient au monde pour un bénéficier d’un réconfort spirituel en temps de crise.

 

 

Rappelons un épisode de sa vie monastique : En 1979, lors d'un pèlerinage en Birmanie, il fut arrêté en raison d'un malentendu sur son statut à l’égard de l’immigration. Il passa plusieurs mois dans les prisons birmanes où il gagna un immense prestige parmi les détenus et même les gardiens. Il revint en Thaïlande en héros.

 

 

C’est alors que le nombre de ses adeptes lui permit d’établir en 1985 son premier monastère de la forêt à la frontière birmane, le Suyontaram dans la province de Kanchanaburi dans le village de Kroeng Kravia (บ้านเกริงกระเวีย) district de Sangkhlaburi  (สังขละบุรี) dans une réserve forestière avons-nous dit. Ce monastère allait devenir le centre d'un réseau de monastères, en Thaïlande et à l'étranger, dédiés à la pratique du Dharma, temples que Phra Yantra appelait Sunyonta ce qui en pali signifie le « vide » ou le « néant». En 1994, il y avait 20 monastères Suyontaram  dont beaucoup à l'étranger. La même année que le premier monastère Suyontaram  fut fondé, il entreprit une série de voyages à l'étranger financés par des disciples pour enseigner son interprétation du Dharma : Finlande (1986), Yougoslavie (1987), aux États-Unis- Californie, (1988), Australie (1989 et 1990). À son retour en Thaïlande en août 1991, le journal Matichon de Bangkok le décrit comme la nouvelle « superstar »

 

 

A la fin de 1993 toutefois, alors qu’il était âgé de 40 ans, le scandale éclata. Son aspect physique avantageux et son charisme lui avait acquis le dévouement admiratif de nombreuses femmes. A cette date plusieurs portèrent plainte auprès du conseil d'administration du sangha en affirmant qu’il avait eu des relations sexuelles avec elles. L’une d’entre elle l'accusa d'avoir vécu avec elle pendant de nombreux mois alors qu'ils étaient en Europe et d'avoir engendré une fille, née au Cambodge et maintenant citoyenne américaine. Elle affirma que Yantra l'avait séduite sur le pont d'un bateau de croisière alors qu'elle naviguait de la Suède à la Finlande. Ce groupe de dévotes parla alors de comportement inapproprié. Deux européennes, une musicienne danoise, et une psychologue allemande, affirmèrent alors qu’il avait eu des rapports sexuels avec elles. Ces plaignantes produisirent pour preuves des enregistrements téléphoniques sur bande magnétique sans préciser dans quelles conditions ces documents avaient été obtenus. Phra Yantra  se défendit farouchement en prétendant être victime d’une organisation de chantage provenant d’une organisation de racketteurs ayant l'intention de le détruire.

 

 

Les accusatrices trouvèrent le soutien d'un autre moine charismatique, également disciple de Buddhadasa qui avait acquis une réputation de prêcheur émérite pour ses sermons à la télévision. Vilipendant les moines dotés de pouvoirs surnaturels, il suggéra au début de l’année 1994 que les accusations portées contre Phra Yantra dont il était ouvertement jaloux, étaient réelles. Tout au long de l’année 1994, l'histoire se répandit dans la presse qui ira même jusqu’à la comparer à celle de O.J. Simpson aux États-Unis, ce joueur de football américain accusé d’un double meurtre.

 

 

La dame séduite et sa fille subirent des tests ADN et défirent Phra Yantra de s’y soumettre. Il refusa  catégoriquement et le Conseil du  Sangha affirma que son statut l’empêchait de le forcer à le faire. La presse ne craignit pas d’inviter le Premier ministre Chuan Leekpai (ชวน หลีกภัย) à intenter une action en justice contre lui, mais le gouvernement déclara  qu'il n'avait aucune compétence en la matière.

 

 

On se demande sur quels fondements il aurait pu le faire puisque, quoiqu’en ait pu affirmer péremptoirement la presse occidentale, un « comportement inapproprié »  religieusement n’est pas un viol. Viol ou « comportement inapproprié » ? La différence est tout de même substantielle. Le code pénal thaï en son article 276 stipule « Quiconque a des rapports sexuels avec une femme qui n'est pas épouse, contre son gré, en la menaçant par quelque moyen que ce soit, en commettant un acte de violence, en profitant du fait que la femme se trouve dans l'incapacité de résister, ou en faisant en sorte que la femme le prenne pour une autre personne, sera puni d'un emprisonnement de quatre à vingt ans et d'une amende de huit mille à quarante mille bahts ».

 

 

Il semble évident que s’il y avait eu crime de viol et non une simple infraction, aussi grave soit-elle à la Vinaya, des rapports sexuels, là où les victimes auraient raisonnablement du aller porter plainte à la police et non aux autorités religieuses.

 

Au début de l’année 1995, d'autres preuves surgirent confirmant que Yantra avait rompu son vœu de célibat. Il fut produit des reçus d’un compte American Express qui lui avait été ouvert par l’une de ses richissimes admiratrices. Ces reçus, portaient la signature et le nom de Yantra tel qu'il apparaissait sur son passeport. Ces dépenses concernaient des « services » contractés dans des bordels en Nouvelle-Zélande et en Australie. Le Conseil suprême du Sangha, considérant que ces preuves étaient solides, décida de défroquer Yantra.  Cette décision prévalut sur celle d’un conseil monastique local de la province natale de Yantra, Nakhorn Sithammarat, qui l’avait lavé de ces accusations. Yantra ne se plia pas directement à cette décision canonique. Il abandonna certes la robe safran mais la remplaça par une robe verte pour continuer sa mission religieuse sous son nom de Winai Laongsuwan : Les médias lui attribuèrent alors les sobriquets de Ching le vert (จิ้งเขียว), Samiyanda (สมียันดะ) ou encore Yanda (ยันดะ).

 

 

Mais la loi « criminelle » va le poursuivre ! Que sa robe ne soit plus safran mais verte l’expose éventuellement aux sanctions des dispositions de l’article 208 « Quiconque, s'habillant ou utilisant à tort un symbole qui le fait apparaitre comme un moine ou un novice bouddhiste, un saint homme ou un ecclésiastique de quelque religion que ce soit de manière à tromper une autre personne qu'il est lui-même, sera emprisonné pendant un an ou une amende de deux mille bahts ».

 

Jusque-là, ce n’est pas bien méchant. Par contre, il fut accusé d’avoir diffamé le patriarche suprême. Faribole direz-vous ? Il se trouve que cette diffamation, pour autant qu’elle existe- nous ignorons les termes utilisés à l’égard de ce dignitaire - le rend justiciable d’une peine de 5 à 15 ans de prison et d’une amende allant de 10 à 30.000 baths, autant qu’un viol. La première accusation au sens de notre droit est un délit, l’autre un crime. Mis en liberté sous caution, il l’abandonne et se réfugie à Singapour d’abord, aux Etats-Unis ensuite. Il lui y est d’abord reproché de n’avoir pas déclaré qu’il avait fait l’objet de poursuites pénales dans son pays d’origine mais comme nous le verrons, les faits qui lui sont reprochés en Thaïlande, ne sont pas répréhensibles aux États-Unis.

 

Le gouvernement thaï se donna toutefois le ridicule de demander son extradition. Ridicule ? Il suffit de lire le traité d’extradition entre la Thaïlande et les États-unis du 30 décembre 1922, bientôt centenaire. Pour qu’un national thaï soit extradé, encore faut-il que les infractions commises en Thaïlande le soient également aux Etats Unis.

 

Or, se parer du costume d’un religieux bouddhiste ou pas ne semble pas répréhensible outre-Atlantique et le délit de diffamation n’y est pas sanctionné en vertu du principe constitutionnel que la liberté de la parole et des écrits est sacrée. L’extradition fut naturellement refusée. Il conservait malgré ses problèmes judiciaires un grand nombre de partisans essentiellement dans sa province natale de Nakhon Sithammarat - le considérant comme victime centrale d’un complot organisé pour affaiblir le bouddhisme.

 

 

Aux États-Unis, sous son nom de Winai Laongsuwan, il reprit la robe jaune, se laissa pousser les cheveux et la barbe ! Il continua à jouer son rôle de maître spirituel bénéficiant de nombreux fidèles dans la communauté d’origine thaï dans son centre spirituel de Los Angeles.

 

 

 

En avril 2014, il effectua un retour spectaculaire en Thaïlande. Il bénéficie en effet  de la prescription de 15 ans pour les faits qualifiés de criminels.

 

 

 

A-t-il bénéficié de l’asile politique ? Nous avons des réponses contradictoires. Il lui aurait été accordé par le juge de l’immigration en 1997 par une décision dont le gouvernement américain aurait relevé appel. Nous n’avons pas pu en savoir plus (2). Au demeurant, cette décision, aurait été parfaitement moralement et juridique justifiée, les deux faits pour lesquels il était poursuivi en Thaïlande ne pouvaient être réprimés par la loi américaine. Il était parfaitement plausible de parler de persécutions religieuses.

 

 

Son retour au pays n’est pas passée inaperçue. Il n’est plus moine au sens ou l’entend le Sangha mais il a ouvert dans sa région natale un centre de méditation, un ashram (อาศรม) où les fidèles qui viennent écouter son enseignement du Dharma sont nombreux.

 

 

Il est permis sans porter atteinte au respect que nous devons au bouddhisme thaï et à sa représentation officielle, de poser quelques questions.

 

Il fut traité de criminel ? Il y a une certitude, c’est qu’il n’a pas été poursuivi pour viol mais pour avoir été en infraction avec les canons bouddhistes. Une faute certes mais qui peut s’expliquer sans que nous ayons à la justifier par un physique avantageux et un incontestable talent oratoire.

 

Ne peut-on, eu égard à l’acharnement manifesté à son égard y voir une traduction des différentes querelles internes qui agitent le bouddhisme thaï comme ce fut peut être le cas pour Phra Nikon.

 

A-t-il ou n’a-t-il pas bénéficié de l’asile politique aux Etats Unis ? L’admettre ouvertement serait alors admettre qu’il peut y avoir des persécutions religieuses en Thaïlande.

 

 

NOTES

 

(1) Voir notre article A 428 - L’AFFAIRE DE PHRA NIKONTHAMMAWADI (พระนิกรธรรมวดี) : LE PRÉDICATEUR A LA VOIX D’OR (พระนักเทศน์เสียงทองแห่งยุค)

(2) Quelques sites consultés, tous en Thaï :

https://www.thairath.co.th/tags/วินัย%20ละอองสุวรรณ

https://www.thairath.co.th/content/418465

https://www.posttoday.com/social/local/290729

https://www.komchadluek.net/news/scoop/234913

https://th.wikipedia.org/wiki/วินัย_ละอองสุวรรณ

 

 

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