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  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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14 avril 2021 3 14 /04 /avril /2021 00:57

 

Cet article est la suite nécessaire à ceux que nous avons consacrés au bouddhisme face à la non-violence et à la violence extrême (Voir nos sources en fin d'article).

 

 

Le bouddhisme doit-il permettre de faire régner la paix dans le monde ou seulement la paix dans les esprits ? De nombreux bouddhistes répondront « les deux ». C’est une réponse hâtive et qui ne repose – hélas – sur aucun fondement ni dans l’histoire ni dans l’actualité.

 

 

Il est certain que le message de Bouddha fut un message de paix. Son but ultime est la paix intemporelle du nirvana, l’accomplissement suprême. Pour y parvenir tout en suivant son message spirituel, éviter les conflits est une condition préalable et nécessaire. Ce n’est qu’un rêve car la vie dans la société en général et parfois même au sein de petites unités comme les familles, les  villages ou les temples, est remplie de conflits. C’est ainsi que ceux qui sont fermement résolus à trouver la paix finale dans la libération des vicissitudes de la vie sont souvent devenus des ermites ou des errants comme le fut Bouddha lui-même, cheminant et prêchant sans abri fixe. Mais peut-on seul y parvenir ou s'en efforcer, sans les conseils d'un directeur de conscience expérimenté et le soutien de compagnons partageant les mêmes idées ?

 

 

Bouddha lui-même a passé des années de lutte solitaire pour trouver le remède à la souffrance humaine. Il offrit alors, ayant atteint la libération et l'illumination par ses propres travaux, ses conseils à d'autres fidèles qui choisirent de devenir ses disciples et établirent un esprit de fraternité qui a progressivement évolué vers l’ordre monastique. A l’abri alors de toute implication dans la vie familiale et sociale et soutenus par des dons et des aumônes, ils pouvaient se concentrer sur leurs seuls efforts pour atteindre la libération individuelle et la paix définitive. Leur seul contact avec d'autres en dehors de leur ordre monastique était de recueillir les aumônes et de donner aux donateurs, en échange, des conseils moraux et spirituels à un niveau auquel ils pourraient le comprendre et ainsi être en mesure de façonner leur propre vie en conséquence pour leur bénéfice futur.

 

 

Bouddha lui-même a également récompensé ses donateurs de toutes classes sociales, jusque dans la royauté, en leur délivrant des enseignements pour atteindre le chemin de la liberté ainsi que des conseils éthiques que chacun à titre individuel pouvait observer. Ainsi donc si les destinataires de son enseignement avaient accepté ses instructions et les avaient observées dans leur vie quotidienne, dans leur famille, dans la communauté au sens large et dans leur gestion des affaires de l'État dans le cas des monarques, la paix aurait prévalu partout où Bouddha ou ses disciples étaient influents.

 

 

 Mais quelle fut la réalité ?

 

Il est une question qu’il est permis de se poser sans être iconoclaste, Le bouddhisme a-t-il jamais réussi à rendre le monde plus pacifique, du moins dans les pays où il a pris racine et s’est développé, et tout simplement l'Inde où il est né, et d'où il se répandit ?

 

 

Du vivant de Bouddha

 

Comme partout dans le monde depuis que le monde est monde, les conflits et les guerres étaient courants dans l’Inde. Il y existait une caste supérieure et les dirigeants de différents États se battaient entre eux pour la suprématie leur permettant d’absorber progressivement par la force des États plus petits ou plus faibles dont certains, sortes de confédérations tribales étaient régies par une sorte de constitution républicaine ce qui ne veut évidemment pas dire « démocratique ».

 

Bouddha a effectivement essayé d'éviter les guerres chaque fois qu'il eut l’occasion d'influencer des monarques belligérants.

 

 

Nous avons cité dans un précédent article l’histoire de Bouddha qui a abandonné sa propre allégeance familiale au nom de la réconciliation (1).

 

 

Dans le Sutra Nipata Thakatha, les royaumes Shakya et Koliya étaient sur le point de déclarer la guerre pour l'utilisation de la rivière Rohini, qui coulait le long des frontières des deux royaumes. Chaque royaume avait besoin d'eau pour irriguer ses cultures, et une récente sécheresse avait aggravé la gravité de ce besoin. Cependant, au lieu de choisir son propre royaume de Shakya, Bouddha a conseillé aux deux parties de partager l'eau car le sang était plus important que l'eau. Cet épisode de la vie du maître apparaît dans les représentations rituelles comme celle du Bouddha du lundi (2).

 

 

Il est de son intervention directe en faveur de la paix deux autres exemples probablement historiques : L’un d’entre eux est rapporté au début du Mahaparinibbana (3).

 

 

Le roi de Magadha,

 

 

Ajatasattu qui était un admirateur de Bouddha et qui faisait confiance à son jugement, lui envoya son premier ministre Vassakara...

 

 

...avec instruction de savoir ce qu’il pensait de son l'intention de détruire  par la force l'État de Vajii.  

 

 

Bouddha, qui avait instruit les habitants du Vajii dans la pratique des conditions du bien-être (aparihaniyadhamma) se tourna d'abord vers Ananda son disciple préféré et lui demanda si les Vajiians adhéraient toujours à la pratique de ces conditions. La réponse fut affirmative. Bouddha répondit à Vassakara que puisque c’était le cas, les habitants du Vajii bénéficieraient de la prospérité et non du déclin. Vassakara pensa alors que la seule façon d’écraser le Vajii était soit la trahison soit de faire régner la discorde en leur sein et conseilla son roi en ce sens. La guerre fut donc provisoirement suspendue. Mais, après la mort de Bouddha, le sournois Vassakara conçut une manœuvre approuvée par son roi.

 

 

Au prétexte qu'il s'était rangé dans le parti des habitants de Vajii, le roi l'exila et il trouva refuge parmi eux. Il devint même l'éducateur des enfants de nombreuses familles de notables. En manipulant habilement les différentes factions du pays, il parvint à semer la discorde entre elles et ils relâchèrent toute vigilance sur le péril extérieur. Ajatasattu, secrètement prévenu par Vassakara, arriva avec ses forces lorsque le moment fut venu, prenant le pays par surprise et l’annexa. Ajatasattu est l'archétype du monarque pragmatique et avide de pouvoir, nous dirions aujourd’hui d’un dictateur qui n'hésiterait pas à utiliser à ses fins ses contacts avec des personnalités religieuses ou spirituelles. Lorsque son père le roi Bimbisara, aussi fervent partisan du Bouddha, était toujours assis sur le trône de Magadha, il s'allia avec Devadatta qui avait décidé d'assassiner Bouddha puisque celui-ci avait conseillé à son père de ne pas se retirer pour lui transmettre le pouvoir politique et la direction des communautés monastiques.

 

 

Bimbisara était prêt à abdiquer en faveur de son fils Ajatasattu qui était son vice-roi, n'osa pas le faire  sur les conseils de Bouddha. Ajatasattu regretta son crime, l'avoua à Bouddha qui lui pardonna et devint l'un de ses plus chauds partisans !

 

 

Bouddha fit preuve de clémence à son égard et une fois lors d’une visite du roi, prononça un sermon sur les fruits à gagner en renonçant au monde qui est connu sous le nom de Samannaphala sutra.

 

 

 

Nous connaissons un autre exemple où le message de paix de Bouddha ne réussit pas à influencer les événements, toujours de son vivant. Il est rapporté dans le commentaire du Dhammapada qui concerne l'éradication du clan de Bouddha,  les  Sakyas par le roi de Kosala,

 

 

Vidudabha,

 

 

le fils de Pasenadi.

 

 

Celui-ci gardait rancune aux Sakyas qui n'avaient ou n'auraient pas été respectueux à l'égard de son défunt père. Trois fois, Bouddha évita la guerre par sa présence physique aux frontières, provoquant la retraite de Vidudabha et son armée.

 

 

A la quatrième tentative, il n'y était pas et Vidudabha a continué. Face à son armée, les Sakyas, alors profondément influencés par le message de paix de Bouddha, résistèrent mais tirèrent les flèches de leurs arcs en l'air ne voulant causer la mort de personne. Peut-être pensaient-ils que leur attitude déteindrait sur leur adversaire qui s'abstiendrait d'attaquer, Il n'en fit rien et s'ensuivit un massacre en masse.

 

 

Le partage des reliques de Bouddha après la crémation de sa dépouille  fut un autre exemple de la compréhension singulière de son message de paix de la part de ceux qui en revendiquaient la possession (4).

 

 

Certains  d'entre eux étaient des monarques puissants : nous retrouvons Ajatasattu qui se préparait à la guerre pour s’en emparer. La difficulté fut réglée  par le brahmane Dona, un maître spirituel respecté qui avait rencontré Bouddha bien qu'il ne soit jamais devenu son adepte. Il divisa les reliques en huit parties et garda lui-même les urnes.

 

 

Le clan des Mauriyas, probablement les ancêtres de la dynastie dont le grand Asoka émergea plus tard, reçurent les cendres. Sur les stupas funéraires d'origine érigés sur les reliques, un seul, celui près de Kapilavatthu, la capitale des Sakyas, a été identifié après la découverte controversée de ce que l'on pense être une partie des reliques déterré par des archéologues  en 1976.

 

 

Bien que le message original de Bouddha promette la paix finale en tant qu’accomplissement individuel de la transcendance, l’idée ou la vision d’une paix universelle sur terre est apparue assez tôt dans la tradition bouddhiste pâli. Il a la forme du récit légendaire de la règle d'un roi juste (dhammaracha) qui est accompagné du « trésor de la roue » (cakkaratana),

 

 

une sorte de symbole mystérieux du souverain mondial (cakkavartin) et aussi un titre donné à Bouddha en tant qu'enseignant du monde. Ce trésor est une roue fabuleuse à mille rayons, ornée de bijoux qui apparaît à la naissance d'un cakravartin et disparaît à sa mort. Dispositif magique, il transporte le cakkavartin et sa suite sur chacun des quatre continents où il est reçu comme le souverain légitime, avant de retourner dans son palais où il reste comme ornement. Finalement, la roue commence à glisser de sa position, annonçant la fin du règne du roi.

 

 

Cette idée d'un souverain mondial est d'origine obscure née probablement dans les traditions  hindoues bien antérieures au bouddhisme. Au début de son règne, le roi juste parcourt la terre accompagné de la roue et partout où il apparaît, les dirigeants locaux le reconnaissent comme leur seigneur et il règne alors sur tout le monde connu en paix. Ce n'est que s'il se relâche que la roue disparaît, que le désordre et le crime infectent son royaume.

 

 

 

 

 

Dans l'histoire, le premier souverain en tous cas jugé digne de ce titre fut l'empereur Asoka qui régna vers 272 jusqu'à 232 avant Jésus-Christ.

 

 

Il devint le modèle idéal d'un dirigeant juste mais n'acquit pas le pouvoir sur pratiquement toute l'Inde par la magie du cakkaratana. Il unifia le pays par de sanglantes guerres de conquête et seules les horreurs de la dernière qui lui valurent la province de Kalinga (aujourd’hui Odhisha), lui firent alors embrasser l’enseignement de Bouddha.

 

 

Il se tourna vers la « conquête par la loi » (dharma-vijaya), diffusant un message de paix et de tolérance religieuse en visitant personnellement le pays et en prononçant sermons, par ses décrets gravés dans la roche à l'intérieur de son royaume et en envoyant ses missionnaires dans les pays extérieurs.

 

 

Il  encouragea également le culte populaire en construisant de nouveaux stupas partout en Inde dans lesquels il fit enchâsser des parties des reliques du Bouddha tirées des huit stupas d'origine.

 

 

 

Monarque éclairé et diligent, il s'assura que son autorité serait respectée et, à cette fin, mis en place un réseau co;plexe d'agents chargés de l'application de la loi, chargés de faire respecter la morale qui relevaient directement de lui (dharmamahamantra). Il ne désarma pas et maintint une armée efficace et puissante. Mais après sa mort, il est vite devenu clair que ses prédications et ses édits n'avaient guère eu d'influence sur la population. Il n'eut d'ailleurs plus de successeur aussi charismatique et déterminé, ce qui est une constante chez les grandes figures de l'histoire.

 

 

Il est probable que l'éducation que reçurent ses fils et petits-fils les rendit incapables de maintenir ses conquêtes et de garder la cour sous contrôle, L'histoire ou la légende de son fils le démontre et son royaume commença à se désintégrer lentement. L'élan qu'il avait donné ne dura qu'un demi-siècle  après quoi le brahmane et chef de guerre Pusyamitra, commandant en chef de l'armée,

 

 

...tua le dernier Maurya régnant et fonda une nouvelle dynastie appelée Sunga.

 

 

Néanmoins, le bouddhisme, déjà  divisé en de nombreuses sectes, prospéra en Inde pendant encore douze siècles, en partie grâce au soutien de divers chefs régionaux suivant l'exemple d'Asoka et en partie par la réputation des prestigieux centres monastiques de formation tels que Nalanda.

 

 

Le dernier grand maître du bouddhisme et le dernier empereur natif de l'Inde fut Harsavardha (590 - 647) qui favorisa l’école Mahayana.

 

 

Par la suite, la plupart des dirigeants d'un pays fragmenté arrivèrent à la conclusion que leurs intérêts dynastiques étaient mieux servis par leur alliance avec la tradition brahmanique, tandis que les gens ordinaires se sentaient aussi plus proches des brahmanes vivant dans la communauté avec leurs familles que des moines savants isolés dans leurs monastères. Le bouddhisme perdit du terrain et reçut le coup final lors du massacre en masse des moines et de la destruction des monastères et de leurs bibliothèques par les conquérants islamiques envahisseurs au XIe siècle. L'extension du bouddhisme sur la quasi-totalité de l’Inde fut évidemment due à l’influence écrasante de l’autorité d’Asoka qui l'a conduit à sa fortune future dans toute l’Asie.

 

 

Mais Il a également créé une tension interne au sein de ses communautés monastiques. Tout d'abord certains comprenaient son message de paix au sens originel comme un chemin individuel vers la libération des chaînes de la vie, même s'ils comprenaient aussi qu'ils avaient le devoir, motivé par la compassion, de transmettre ce message et aider les autres dans leur pratique. Mais ce message n'était vraiment destiné qu'à une minorité de disciples du Dharma, élitistes pratiquants solitaires dans des ermitages forestiers ou titulaires discrets de monastères consacrés à la pratique méditative; et parfois ils formaient de petits groupes dirigés par un maître de méditation.

 

 

D’autres rejoignaient l'une des institutions monastiques sous patronage royal, peut-être avec une certaine conscience du but ultime de la vie monastique, mais aussi sachant que leur statut et le prestige que leur conférait la protection de la monarchie, leur permettrait par ses liens avec le trône, de jouer un rôle dans l'arène politique ; ce qu'ils n'auraient autrement jamais pu espérer. 

 

Il y avait enfin les opportunistes, ceux dont la motivation principale pour prendre la robe était de bénéficier d'une une vie confortable et surtout oisive.

 

Ces contradictions internes aboutirent rapidement au développement d'écoles de pensée différentes et de divisions sectaires. Ce n'était pas un problème pour le groupe des « mystiques » pour lesquels les pratiques méditatives étaient la préoccupation première et les interprétations doctrinales une question secondaire et provisoire. Pour le deuxième groupe de « politiques » ces différences doctrinales devinrent partie prenante de la politique du pouvoir et conduisirent souvent à des conflits. Ainsi naissent les guerres de religion ! Les « opportunistes » restèrent opportunistes et se placèrent là où soufflait le vent.

 

 

Le développement vers l'Est.

 

Le premier exemple de l'implantation du bouddhisme dans un nouveau pays par l'autorité royale fut la mission qu'Asoka a envoyée au Sri Lanka voisin vers 250 avant JC sous la direction de son fils Mahinda Thera.

 

 

Le roi cinghalais Devanmpiya Tissa (247-207 avant JC) qui était probablement un parent d'Asoka, embrassa immédiatement la nouvelle foi avec toute sa cour et les ordinations de nouveaux moines suivirent bientôt.

 

 

Parmi eux se trouvait l’un des neveux du roi qui fonda pour eux un monastère appelé Mahavihara  près du palais royal d’Anuradhapura.

 

 

Ce fut pendant des siècles au Sri Lanka et encore aujourd'hui source de conflits sanglants, notre propos n'est pas d'en écrire leur l'histoire. Signalons à titre anecdotique l'exécution de 60 moines jetés dans un précipice  sous le roi Kanirajanu (89 - 92 après J.-C.), exemple dramatique des périls qui découlaient de la dépendance des Sangha vis-à-vis de l'autorité royale pour résoudre les conflits internes : ils avaient comploté pour tuer le roi, parce qu'ils n'étaient pas d'accord avec la façon dont il avait réglé un différend monastique !

 

 

Nous vîmes aussi des épisodes au cours desquels les moines appliquèrent l'acte symbolique de « refuser le bol de l'aumône » (pattanikkujanakamma) équivalant à une exmmunication en empêchant ainsi le roi Dahopatissa (650 – 658) de gagner des mérites.

 

 

Des siècles plus tard, en 1959, le meurtre du Premier ministre Bandaranaike par deux moines éminents eut probablement des motifs religieux non élucidés.

 

 

Quittons le Sri Lanka dont l'histoire démontre à suffisance que si le bouddhisme est une religion de paix, la façon dont certains de ses adeptes le perçoivent peut conduire à des guerres dévastatrices.

 

 

Le bouddhisme continua à se répandre en terres lointaines, en particulier plus à l'Est à Suvannabhumi, « le pays de l’or ». Les missionnaires d'Asoka fondèrent un monastère à Thaton en Birmanie autant avec l’appui de la tradition brahmanique que par le biais de contacts commerciaux et de colonies indiennes, avec toujours le facteur décisif du le patronage royal.

 

 

L'histoire des royaumes bouddhistes en Birmanie est celle de guerres permanentes entre eux, souvent suscitées pour des disputes sur la possession des reliques de Bouddha, ou guerres de conquête presque constantes entre des rois dont la plupart professaient le bouddhisme.

 

 

Ne revenons pas sur l'histoire sanglante du bouddhisme en Birmanie, contentons-nous de parler d'un épisode qui nous conduit directement au Siam. L'exemple le plus significatif d'un monarque belligérant et pieux bouddhiste est celui du fondateur de la dernière dynastie birmane, Alaungpaya (1752 - 1760), bodhisattva autoproclamé,

 

 

il unifia la Birmanie dans des guerres sanglantes et en 1759 attaqua Ayutthaya au Siam qu'il ne considérait pas comme un véritable royaume bouddhiste. À sa mort, son fils Hsinbyushin (1760-1776) acheva la tâche en détruisant presque totalement Ayutthaya en 1767 et en déportant ses habitants par milliers.

 

 

Il fit fondre les statues de Bouddha pour en extraire de l'or. De retour chez lui, cependant, il a reconstruit le Shwedagon Dagoba, qui avait été endommagé par un tremblement de terre, et l'a agrandi, C'est un haut lieu du bouddhisme birman dont la construction fut le fruit de pillages.

 

 

Brisons là ! Le pays, rebaptisé Myanmar, vit maintenant sous un régime militaire aussi bouddhiste que brutal. Le bouddhisme populaire et monastique y est autorisé à fonctionner tant qu'il s'abstient de s'engager dans la politique. Cela y a amélioré la pratique de la méditation de sorte que certains centres de méditation birmans ont acquis une grande réputation même à l'étranger, y compris parmi les bouddhistes occidentaux. Grand bien leur fasse mais les événements récents du début de cette année 2021 nous replongent dans la violence.

 

 

Au Siam.

 

Revenons très rapidement sur son histoire. Le territoire de ce qui est l'actuelle Thaïlande fut dans les temps les plus anciens occupé par le royaume bouddhiste du Dvaravati avec une population majoritairement mône.

 

 

Ses débuts remontent à l'introduction légendaire du bouddhisme à Suvannabhumi par les missionnaires d'Asoka. C’était une  véritable « terre d’or », mais où exactement était-elle située ? En Birmanie ou au Siam ? Elle s'était enrichie par le commerce de transit plutôt que par la conquête et exerça une grande influence culturelle au loin.

 

 

Le bouddhisme Theravada se propagea au Cambodge, au Laos et au Vietnam. Vers la fin du XIIIe siècle, le Dvaravati fut absorbé par le royaume thaï de Sukhothai qui avait été fondé par des migrants thaïs du sud de la Chine qui adoptèrent rapidement la civilisation bouddhiste du Dvaravati bien supérieure à la leur. Le roi le plus célèbre du royaume de Sukhothaï fut Ramkhamhaeng (1279-1318).

 

 

Il étendit son royaume jusqu'à Lampang, Phrae et Nan au nord, Phitsanulok et Vientiane à l'est, le royaume de Nakhon Si Thammarat au sud, les royaumes môn de ce qui est maintenant le Myanmar à l'ouest, et le golfe du Bengale au nord-ouest bien qu'à cette époque la notion de frontières fut assez floue et que l'aire politique d’un royaume fut plutôt centrée sur la puissance de la capitale elle-même. Le grand royaume de Ramkhamhaeng visait à affirmer la domination siamoise sur l'Asie du Sud-Est continentale.

 

 

L'extension de son royaume résulta  en partie par conquêtes et en partie par la diplomatie. Il se révéla être un dirigeant bon et juste. Bouddhiste fervent, il confiait une fois par semaine son trône pour une journée à un moine pour y prêcher. Mais les fortunes ultérieures de ce royaume bouddhiste presque idéal démontrèrent une triste réalité : un État basé sur une idéologie pacifique ne survit pas longtemps.

 

 

Le souverain suivant, Loe Thai ou Li Thaï (1318-1347) n'a jamais utilisé la force et reçut le titre de dhammaraja par le sangha mais il perdit son emprise sur toutes les provinces gagnées par son père.

 

 

Il est l'auteur du traité de cosmologie connu sous le nom de Traiphum Phraruang (ไตรภูมิพระร่วงc’est-à-dire les trois mondes du roi Ruang.  Li-Thai est considéré comme l’un des piliers de la religion comme le sera son lointain successeur, le roi Mongkut, qui pensait en être la réincarnation. Il y met en parallèle le cosmos hiérarchique avec l'ordre social sur terre dirigé par le roi juste qui prendrait soin du matériel ainsi que du bien-être spirituel de ses sujets, en gardant en vue pour eux le but du nirvana (5).

 

 

Dès qu'il monta sur le trône, il choisit le chemin de la bouddhéité totale. Il observa les  préceptes comme un moine et les incorpora dans l'administration, espérant qu'il gagnerait des vassaux infidèles par sa vertu. Au lieu de cela, son vassal nominal d'Ayutthaya  incorpora Sukhothai dans son nouveau royaume. Li Thai n'offrit aucune résistance. Il dut  reconnaître la suzeraineté du prince d'U-Thong, fondateur d'Ayutthaya. Les rois de Sukhothai ne furent dès lors plus que de simples gouverneurs de provinces, vassaux d'Ayutthaya qui soumit définitivement le royaume en 1378 et l'annexa définitivement en 1438.

 

 

On doit à Li Thai  la représentation de Bouddha  (le  Phraputtachinnarat (พระศรีรัตนมหาธาตุ) qui se trouve toujours au Wat Mahathat à Pitsanulok, probablement la plus belle du pays. La légende raconte que ce Bouddha versa des larmes de sang lorsque  le rêve d'un royaume de Sukhothai devenu royaume de paix bouddhiste fut brisé.

 

 

Ayutthaya conquit par la force des armes Angkor au Cambodge (1431-1432) et en ramena de nombreux courtisans khmers, commis, artistes et artisans avec des brahmanes qui importèrent le cérémonial fondé sur l'idée du statut divin du roi comme devaraja, ce qui impliquait prosternations de tous les sujets devant lui pour qu'ils ne voient pas son visage. Mais le Traiphun de Li Thai continua également à être utilisé pour légitimer le règne du roi sur la population bouddhiste aux yeux de laquelle c'était sa possession des reliques et des statues sacrées du Bouddha qui lui donnait son pouvoir. Nous connaissons la chute de 1767.

 

 

Surgit alors un gouverneur provincial d'origine chinoise qui se révéla être un génie militaire, réussit à réunir une armée de volontaires et à reconstruite l'empire siamois en quatre ans, conquérant en outre de nouveaux territoires. Il  régna à Bangkok sous le nom de Phraya Taksin. Mais épuisé par sa campagne, il se tourna vers la prière, le jeûne et la méditation et l'on en vint à croire qu'il avait atteint la sainteté. Cependant, il exigeait toujours le strict respect de l'étiquette royale même de la part des moines. Ceux qui étaient en désaccord étaient fouettés et condamnés aux travaux forcés mais il obtint tout de même le soutien d'une partie du clergé probablement par opportunisme. En définitive, il se révéla incapable de diriger les affaires de l'État et fut déposé par un coup d'État militaire.

 

 

Le trône tomba alors au général Chakkri qui avait retrouvé, lors de ses campagnes militaires sous le règne de Taksin, une précieuse statue de Bouddha au Laos ce  qui était considérée comme de bon augure. Il s'agit du  « Bouddha d’émeraude », le trésor national le plus précieux de la Thaïlande et son palladium.

 

 

Il régna sous le nom de Rama Ier (1782-1809) et fut fondateur de la dynastie toujours régnante,

 

 

Venons-en rapidement à Rama IV (1851-68), plus connu sous le nom de roi Mongkut. Il  avait été moine pendant 27 ans avant d'être appelé à monter sur le trône. Après avoir réformé le sangha, il conduisit le pays sur la voie de sa modernisation, le sauvant ainsi de la proie des puissances coloniales concurrentes.

 

 

A l'inverse de ses prédécesseurs,  Il voyait la justification de la puissance royale non pas dans les théories de Traiphun ou dans la possession de reliques et de statues sacrées, mais dans l’intégrité morale du monarque, sa compréhension des lois karmiques et sa pratique spirituelle. Ses successeurs bénéficièrent tous d'une éducation approfondie en particulier dans les pays occidentaux, Bien qu'il y ait eu des hauts et des bas, la Thaïlande sous la dynastie Chakkri a peut-être été un exemple de ce que, d'une manière limitée, un équilibre peut être atteint, au moins pour un temps, entre le patronage de l'État et l'autonomie du gouvernement et le Sangha, en tenant compte des besoins matériels et spirituels des gens.

 

 

A l'Est

 

L'histoire du bouddhisme dans le reste de l'Asie déborde le cadre de ce blog mais nous n'y trouvons pas exactement l'esprit du message pacifique du bouddhisme.

 

 

N'en disons que quelques mots, Son entrelacement avec des influences brahmaniques a  produit des réalisations stupéfiantes, telles que l'hindou Angkor Wat  et le Bayon bouddhiste au Cambodge.

 

 

Mais que ce soit au Cambodge, en Corée, en Chine au Japon, nous constatons l'existence de variantes de bouddhisme qui ne conduisirent ni à la paix ni à la sérénité. Il est tout de même singulier que le saint bouddhiste fondateur du monastère de Shaolin en Chine, y  créa un centre d'arts martiaux tant pour les moines que pour les gardes du corps pour des fonctionnaires du gouvernement ou de riches marchands,

 

 

Tout aussi singulier fut le développement au Japon du bouddhisme Zen dont les méthodes d'entraînement devinrent populaires auprès de la classe guerrière des samouraïs.

 

 

La capacité de concentration parfaite jointe à un détachement simultané des émotions  et de l'indifférence personnelle à l'issue du combat par rapport à sa propre survie fit des  samouraïs de redoutables guerriers insensibles à l'effusion de sang et tout  danger. Les kamikazes de la deuxième guerre mondiale en furent un autre exemple,

 

 

Une implication comparable des institutions bouddhistes dans la violence comme au Japon n'a son parallèle qu'au Tibet. Les Dalaï Lamas successifs y instaurèrent un régime de terreur théocratique autoritaire et esclavagiste jusqu'à l'invasion par la Chine dont les habitants n'ont pas eu non plus à se louer. Le personnage du dernier Dalaï Lama est d'ailleurs vivement  contesté.

 

 

Le message crucial du bouddhisme, à savoir que le monde ne peut jamais devenir un lieu pacifique pour tous et que la vraie paix, la paix du nirvana, réside dans la transcendance et n'est atteinte qu'individuellement, n'a pas vraiment pu être contredit.Le rêve d'un monde pleinement pacifié manifesté surtout dans le bouddhisme Mahayana, vœu du Bodhisattva de sauver le monde entier - tous les êtres jusqu'au dernier brin d'herbe. Cela signifierait la transformation de tout l'univers en un royaume spirituel, une entreprise impossible si elle est prise à la lettre. Il en est ainsi chez les chrétiens.

 

 

Que penser de ce survol rapide ? Nous vivons dans un monde de conflits et de violence et les idéologies pacifiques ne gagnent jamais à quelque niveau que ce soit, encore moins au niveau mondial. Le message bouddhiste est pourtant  un message de paix. Nulle-part dans les sources bouddhistes authentiques, il n'y a  de plaidoyer pour la guerre, et la notion de « guerre juste» y est inconnue.

 

 

Ce n'est pas Bouddha qui a dit « Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère,… et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison ». C'est le Christ (6).

 

 

Et quelles que soient les guerres menées dans les pays bouddhistes, si elles furent souvent religieuses, leur motivation fut aussi souvent politique et économique.

 

En dehors des subtilités doctrinales, si l'on plonge dans les systèmes philosophiques du bouddhisme, le fait fondamental demeure que le bouddhisme est une doctrine de paix à tous les niveaux.

 

En revanche, il faut bien le dire, les traditions théistes sanctionnent les guerres à des fins religieuses. Jéhovah a ordonné à son peuple élu de s’emparer de la terre promise par une conquête sans merci qui continue.

 

 

Le jihad islamique pour glorifier Allah combattit contre les infidèles sur trois continents pendant des siècles et est toujours présent.

 

 

Les guerres de religion au sein du christianisme - qui a inventé la notion de guerre juste dès ses débuts - ne se sont éteintes qu'avec les soi-disant « lumières » européennes au XVIIIe siècle, bien que des violences sporadiques motivées par la religion se produisent encore, comme en Irlande du Nord

 

 

...et, depuis seulement le début de ce siècle en Corée du sud où le christianisme est jeune et donc une partie de ses fidèles sont enclines au militantisme plus ou moins violent à l'encontre des bouddhistes.

 

 

Doit-on en déduire que seuls des gouvernements laïques peuvent imposer la paix face aux religions qui chacune pour elle-même prône la possession exclusive de la vérité et continuent à conserver leur emprise sur de larges pans de l’humanité.

 

 

Le bouddhisme semble gagner des adeptes individuels dans le monde entier, mais sur la scène mondiale, son message de paix reste, malheureusement, aussi impuissant maintenant qu'il l'a été dans toute l'histoire connue.

 

Nous ne cherchons pas à refaire le monde

 

Le vingt-et-unième siècle sera religieux ou ne sera pas aurait dit un athée notoire, André Malraux, prophétie que nous pourrions reprendre en compte, si elle signifiait bien que les deux premiers millénaires n’eussent pas été s’ils n’avaient été religieux. (7)

 

 

La cité bouddhiste idéale de Li-Thai ne rejoint-elle toutefois pas celle de Fustel de Coulanges, la  cité idéale qu’il décrit dans La cité antique ? « Dès la plus haute antiquité, le fait religieux fut inséparable du phénomène de civilisation. L’idéal religieux épousait les formes de la vie civique et l’accomplissement parfait d’une vie d’homme ne se concevait qu’en parfaite harmonie avec sa vie religieuse, familiale, civile, militaire et culturelle. Le destin des corps et des âmes était dicté par l’adhésion totale des individus à la communauté, à sa hiérarchie, à ses règles à ses rites ».

 

 

Pour autant d'ailleurs qu'elle ait bien existé, cette idéale cité antique s'est écroulée dans l'épouvantable dégradation de la fin de l'Empire romain, détruit autant par ses barbares de l’intérieur que par ceux de l’extérieur qui n’eurent  plus qu’à ramasser le fruit comme un fruit pourri tombé de l’arbre.

 

 

Mais dans sa préface, l'historien avertit le lecteur de l'erreur qui consiste à examiner les mœurs des peuples de l'Antiquité en se référant à celles d'aujourd'hui, alors que l'étude de ces peuples nécessite de faire abstraction de nos préjugés pour ne s'en tenir qu'aux faits. Nous nous devons – historiens du dimanche – de faire nôtres les propos de ce grand historien : « Nous ne manquons guère de nous tromper sur ces peuples anciens quand nous les regardons à travers les opinions et les faits de notre temps. Pour connaître la vérité sur ces peuples anciens, il est sage de les étudier sans songer à nous, comme s'ils nous étaient tout à fait étrangers, avec le même désintéressement et l'esprit aussi libre que nous étudierions l'Inde ancienne ou l'Arabie »…

 

Même avant que la paix finale du nirvana ne soit atteinte par un individu, il peut atteindre la paix de l'esprit dans le monde turbulent au milieu des vicissitudes personnelles mais le vrai bouddhisme n'a pas établi la paix dans le monde au cours de ses 2500 ans d'existence et ne peut pas l'imposer à une humanité réticente.

 

SOURCES

 

En dehors de deux articles que nous avons directement consacrés au sujet …

 

A 415- BOUDDHISME ET NON-VIOLENCE : MYTHE OU RÉALITÉ ?

A 417- UNE FRANGE DU BOUDDHISME EN THAÏLANDE JUSTIFIE LA VIOLENCE EXTRÊME : « TUER UN COMMUNISTE N'EST PAS UN PÉCHÉ » (ฆ่าคอมมิวนิสต์ ไม่บาป).

 

Et d’un autre moins directement :

A 419- LA RÉVOLTE DES « SAINTS » DANS LE NORD-EST DE LA THAÏLANDE EN 1900 : DES MAGICIENS ET DES PROPHÈTES ?

…nous avons naturellement utilisé nos nombreux articles sur l’histoire du Siam et le bouddhisme.

Pour le reste, le volumineux  « Dictionnaire du bouddhisme » de l’Encyclopaedia Universalis est une source précieuse.

 

 

NOTES

 

(1) Voir notre article A 415- BOUDDHISME ET NON-VIOLENCE : MYTHE OU RÉALITÉ ?

(2) Voir notre article A 237 - LES SOIXANTE-SIX REPRÉSENTATIONS RITUELLES DE BOUDDHA

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/08/a-237-les-soixante-six-representations-rituelles-de-bouddha.html

(3) Le Mahaparinibbana  est un  sutra bouddhique qui fait partie du Digha Nikaya du Tipitaka. Il relate la fin de la vie de Bouddha (son   nirvana). C'est le sutra le plus long du canon pâli.

(4) Voir notre article A 253- DES RELIQUES DE BUDDHA ET DE LEUR BON USAGE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/02/a-253-des-reliques-de-buddha-et-de-leur-bon-usage.html

(5) Voir notre article  A 384 - LA COSMOLOGIE BOUDDHISTE DU ROI LI-THAI (1347-1368) EST TOUJOURS PRÉSENTE EN THAÏLAND

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/07/a-384-la-cosmologie-bouddhiste-du-roi-li-thai-1347-1368-est-toujours-presente-en-thailande.html

(6) Mathieu X – 34 et encore « Pensez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre? Non, vous dis-je, mais la division » (Luc XII – 51) et, plus imagé « Et il sortit un autre cheval, roux. Celui qui le montait reçut le pouvoir d'enlever la paix de la terre, afin que les hommes s'égorgeassent les uns les autres; et une grande épée lui fut donnée » (Apocalypse VI - 4).

 

 

(7)  Des interrogations se posèrent sur la phrase exacte prononcée par Malraux. A-t-il dit : « Le XXIe siècle sera religieux » ou « Le XXIe siècle sera spirituel »? Débat sans fins sur le sujet et sur les différences de sens entre « spirituel » et « religieux », mais nul ne sait si Malraux l’a vraiment prononcé. Il l’a en tous cas récusé dans une interview accordée au journaliste Pierre Desgraupes publiée dans le magazine en novembre 1975 :   « On m’a fait dire…  Je n’ai jamais dit cela, bien entendu, car je n’en sais rien ».

Selon André Frossard dans « Le Point »   du 5 juin 1993 : « la phrase de Malraux sur le XXIe siècle a bien été dite, j’en témoigne, puisqu’elle a été prononcée devant moi, au cours d’une conversation dans le bureau de la rue de Valois. Je ne me souviens pas de la date (en mai 1968, je crois), mais je me souviens de Malraux me disant, à propos des événements: La révolution, c’est un type au coin de la rue avec un fusil; pas de fusil, pas de révolution. Puis, passant comme toujours de l’histoire à la métaphysique, il a eu la fameuse formule que l’on cite toujours de façon inexacte. Il n’a pas dit : « Le XXIe siècle sera religieux… ou spirituel… », mais « Le XXIe siècle sera mystique ou ne sera pas », la différence est fondamentale !

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commentaires

Alain M. 14/04/2021 06:24

Un article pertinent sur un sujet qui convient bien à cette belle fête de Songkran.

Bravo l'artiste

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 14/04/2021 09:25

et bonne année à vous tous, bien chers lecteurs