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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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4 mars 2021 4 04 /03 /mars /2021 22:55

 

L’histoire du Christianisme, du Judaïsme, de l'Hindouisme et de l'Islam sont systématiquement marquées par la violence. A travers les âges, les religieux ont toujours invoqué un mandat divin pour massacrer les infidèles, les hérétiques, jusqu'aux dévots au sein de leurs propres rangs.

 

 

Il est à la mode de penser que le Bouddhisme est différent et qu'il se distingue nettement de la violence chronique des autres religions. Il est devenu de bon ton de bêler d’admiration devant chaque phrase qui tombe de la bouche du Dalaï Lama ou de  Aung San Suu Ky pour ne parler que de deux icônes bouddhistes bénéficiaires des 9 millions de couronnes du prix Nobel de la paix.

 

 

Certes, pour certains en Occident, le Bouddhisme est une discipline spirituelle et psychologique plus qu’une théologie au sens habituel. Il offre des techniques de méditation censées promouvoir la lumière et l'harmonie en soi. Mais à l’instar de n’importe quel autre système de croyance, le Bouddhisme ne doit pas être appréhendé uniquement par ses enseignements, mais aussi en fonction du comportement effectif de ses partisans. En ce sens l’histoire du bouddhisme tel du moins que nous le connaissons en pays theravada (Sri Lanka – Birmanie - Laos – Thaïlande – Cambodge est significative. Nous ne nous attarderons pas sur les pays soumis au bouddhisme Mahayana ou au bouddhisme tibétain mais les conclusions seraient les mêmes.

 

 

 

Au Sri Lanka par exemple – d’où nous est venu le bouddhiste Theravada - le mouvement Tamoul du Janatha Vimukthi Peramuna avait créé ses armées bouddhistes et s’est lancé dans plusieurs mouvements insurrectionnels réprimés par le gouvernement central tout aussi bouddhiste avec un bilan probable de 100.000 morts.

 

 

En septembre 2007, des moines bouddhistes birmans utilisèrent les méthodes de protestation non-violentes de Gandhi  (sur lesquelles nous reviendrons, mais cette autre icône n’était pas bouddhiste mais hindouiste) contre leur gouvernement et ont été victimes de la réaction particulièrement brutale du gouvernement, lequel – également bouddhiste – s’est lancé dans une vaste en sanglante action de répression contre la minorité musulmane des Rohingya -  opération qualifiée parfois à tort ou à raison de génocide. En 2012 les affrontements entre les deux minorités ont fait plus de 180 morts et 100.000 personnes déplacées. La même année les émeutes anti-musulmanes dans le centre du pays firent 40 morts. Un mouvement bouddhiste extrémiste, le « 969  », qui prétend protéger « la race et la religion birmane » serait même à l'origine de ces émeutes sanglantes.

 

 

A la tête de ce groupuscule nationaliste dont le nom fait référence à trois principes de base du bouddhisme (les neuf attributs spéciaux de Bouddha, les six attributs de son enseignement et les neuf attributs spéciaux de l'ordre bouddhiste, le «Sangha»), le moine Wintharu, sorti de prison en 2012 après une condamnation pour « incitation à la haine envers les musulmans ».

 

 

Pour nous éloigner de l‘histoire contemporaine et revenir sur celle du Siam, est-il plus triste exemple que celui du fondateur de la dernière dynastie birmane, Alaungpaya (1752-1760), qui fut un bodhisattva peut-être autoproclamé .

 

 

Il est toujours le héros honoré comme l’unificateur de la Birmanie dans des guerres sanglantes et en 1759 attaqua Ayutthaya qu’il ne considérait pas comme un véritable royaume bouddhiste. À sa mort, son fils Hsinbyushin (1760-1776) acheva la tâche en détruisant presque totalement la capitale en 1767 et en déportant des milliers de ses habitants.

 

 

Il fit fondre les statues de Bouddha pour en extraire de l'or. De retour chez lui, cependant, il a reconstruit le Shwedagon Dagoba, qui avait été endommagé par le tremblement de terre, et l'a agrandi, l’un des lieux les plus sacrés du bouddhisme en Birmanie.

 

 

Ces rappels historiques font quelque peu vaciller l’image communément répandue en Occident en particulier par un dalaï-lama, non-violent, détaché des passions et des biens matériels et qui a au demeurant d’ailleurs condamné les violences faites aux musulmans en Birmanie à de nombreuses occasions.

 

 

Malgré ces exemples vertueux que nous lui connaissons, le bouddhisme pourrait-il inciter à la haine? Se fait-on une idée trop simpliste de cette religion en Occident ?

 

Le discours du bouddhisme sur la violence n'est pas univoque mais ambivalent. Au cours de deux millénaires d'interaction avec la société séculière, une casuistique s'est dégagée, qui justifie à la fois l'usage de la violence pour la défense de la doctrine, et la condamne dans les relations sociales internes à la société bouddhiste.


Qu’on le veuille ou non, la violence est un phénomène social qui imprègne toutes les traditions religieuses. En ce qui concerne le bouddhisme, il existe une longue liste d’histoire de bouddhistes qui s'engagent dans des conflits et des guerres. Les monastères bouddhistes ont servi d'avant-postes militaires, les moines ont mené des révoltes et les principes bouddhistes ont servi de rhétorique de guerre aux chefs d'État. Certains de ces actes de violence s'inspirent des écritures bouddhistes; d'autres invoquent des symboles bouddhistes. L'élément central qui entraîne peut-être les traditions bouddhistes dans le domaine de la violence est leur identification : « Je suis bouddhiste », qui coïncide souvent avec un certain nombre de marqueurs ethniques et nationaux (bouddhiste sri-lankais, bouddhiste tibétain, bouddhiste thaï, etc.).

 

La construction d'une identité nécessite la distinction entre ceux à l'intérieur et à l'extérieur de la communauté.

 

Cet élément politisé a été la genèse de nombreuses formes structurelles de violence au cours des siècles. Dans les premières sociétés du sud-est asiatique, les traditions bouddhistes étaient aniconiques et sans marqueurs d'identité stricts, et c’est au Grecs que nous devons les premières représentations de Bouddha (1).

 

 

Le changement intervient dès le premier siècle de notre ère. Le développement d’une identité bouddhiste a conduit les adeptes du Buddhadharma (enseignement de Bouddha) à une nouvelle vision de la politique et des formes d'altérité.

 

Depuis le troisième siècle avant notre ère, les bouddhistes se sont affrontés avec des adversaires de différentes confessions, bouddhistes de différents pays, et même bouddhistes de différentes lignées dans le même pays. Dans la plupart des cas, le mélange de l'autorité bouddhiste et du pouvoir politique fournissent les recettes de la violence.

 

Les premières écritures étaient ambiguës quant à la relation entre les principes bouddhistes et la souveraineté régalienne, en partie en raison du patronage essentiel de Bouddha par les monarques du nord de l'Inde, de Magadha et de Kosala, au cinquième siècle avant notre ère. Au fur et à mesure que les États se développaient, l'autorité bouddhiste servit à légitimer les rois et les dirigeants en leur accordant des titres mi religieux mi- politiques : Ainsi le terme védique de chakravartin, « celui qui gouverne au moyen d’une roue»,

 

 

c’est-à-dire le monarque universel, régissant l'ensemble du monde par sa sagesse et sa vertu ou encore celui de dhammaraja, « dirigeant de la doctrine bouddhiste », c‘est à dire le Roi juste, ou encore dalaï lama qui signifierait « Océan de sagesse ».  Parallèlement, c’est dans le monde romain l’époque de la naissance du Césaro-papisme

 

 

Les États bouddhistes utilisent alors la violence à l'extérieur comme à l'intérieur.  La première littérature religieuse du sud-est asiatique fait référence aux obligations des dirigeants de protéger leurs sujets contre les forces extérieures ce qui implique la guerre et de faire respecter la loi à l’intérieur en infligeant les sanctions physiques.

 

 

À l'ère des États-nations et de la construction de la nation, les bouddhistes comme les Thaïs, les Tibétains, les Cambodgiens, les Birmans et même les Laos communistes considèrent leur nationalité intimement liée au bouddhisme. En raison de cette collusion d'identités, une attaque contre la nation devient une attaque contre le bouddhisme et vice versa.

 

La question de ces identités multiples et interdépendantes nécessite la réponse à une question plus large et surtout plus problématique : qu'est-ce que le bouddhisme?

 

Les statistiques concernant le nombre des bouddhistes dans le monde ne brillent ni par la précision, ni par la fiabilité. Selon des calculs qui se recoupent plus ou moins, à l’exclusion de la Chine où leur nombre est à ce jour inconnu, il est néanmoins possible d’évaluer entre 500 et 700 millions les fidèles qui s’en réclament, le classant ainsi au quatrième rang des grandes croyances. Environ 38 % de ses adeptes se rattachent au Theravada (Petit Véhicule), plus de la moitié (56 %) au Mahayana (Grand Véhicule) et 6 % se définissent par rapport aux quatre grandes écoles tibétaines (Vajrayana, ou Véhicule de Diamant). Il y a en tous cas des bouddhistes dans plus de 135 pays, et chaque communauté possède des caractéristiques uniques endémiques à son école et à son emplacement. De cette manière, le bouddhisme est un système religieux mondial qui englobe un couvert de personnes, de rituels, d'écritures et de croyances.

 

Mais quelle est le lien théorique qui lie ces communautés entre-elles?

 

 

C’est évidemment les enseignements de Bouddha. Les bouddhistes du monde entier se réfugient dans Bouddha, qu'il soit conçu comme historique ou cosmologique. Bien que les enseignements varient selon les communautés bouddhistes, tous reconnaissent les quatre nobles vérités mais c’est bien le seul lien entre elles.

 

La première noble vérité (Dukkha) est que l'existence que nous connaissons, est imbue de souffrances : la naissance est une souffrance, la vieillesse est une souffrance, la maladie est une souffrance, la mort est une souffrance, être uni à ce que l'on n'aime pas est une souffrance.

 

La deuxième noble vérité (samudaya) décrit l'origine ou l'apparition du dukkha. Les souffrances existent parce qu'il y a des causes qui entraînent leur apparition. Donc il est tout à fait logique de connaître ces causes.

 

La troisième noble vérité (nirodha) concerne la cessation ou l'extinction des souffrances. Ces souffrances sont réelles et elles ne cessent de nous tourmenter, nous sommes obligés de nous interroger sur les origines de ces souffrances. Une fois que les origines sont connues, on agit sur les causes pour les éradiquer, jusqu'à atteindre la « libération finale »

 

La quatrième noble vérité (magga) est celle du chemin menant à la cessation des souffrances. Ce chemin est le « noble sentier octuple »: vision correcte, pensée correcte, parole correcte, action correcte, profession correcte, effort correct, attention correcte et contemplation correcte. Par la pratique simultanée des huit composantes du chemin sans en omettre aucune, les bouddhistes pratiquants atteignent progressivement le « but » du chemin, le  nirvana.

 

Il y a donc une cessation à cette souffrance, et un chemin vers cette cessation. Il n'y a pas d'initiation au bouddhisme comme dans le cas d'un baptême chrétien ou de la déclaration de foi islamique (shahadah), bien que certaines traditions bouddhistes  externes au Theravada aient conservé des rites initiatiques.

 

Proche d’une confession de foi laïque les traditions bouddhistes conduisent à chercher refuge dans les trois pierres précieuses, Bouddha, le Dhamma (la doctrine) et le Sangha (communauté des moines). En établissant les paramètres des traditions bouddhistes, il est clair que les pratiques et croyances culturelles varient considérablement d’une région et d’une époque à l’autre.

 

 

Chaque religion mondiale contient des interdits sur la violence; Les traditions bouddhistes ne font pas exception. Il existe de nombreux passages dans les écritures bouddhistes qui soutiennent les notions de non-violence, de compassion et d'équanimité. Néanmoins, comme toutes les autres religions universelles, les traditions bouddhistes comportent des fidèles responsables de violences et qui justifient leurs actes par les saintes écritures, lesquelles peuvent approuver l'usage de la violence ou en étant à tout le moins ambiguës.

 

La plupart des sources canoniques n’ont pas d’auteur spécifié : la raison en est compréhensible : l’indication d’un auteur imposerait la motion de temporalité et réduirait la sacralité de l’écriture. Ainsi importe la nature de ces écrits, leur contenu et leur influence.

 

Pour nous en tenir au bouddhisme theravada, les saintes écritures  sont organisées en trois « paniers de textes », le  Tripitaka 

 

 

: les écritures ayant trait aux  pratiques de la communauté monastique, le Vinaya, Les sutras contenant l’essentiel de l’enseignement que Bouddha a déclaré laisser à ses disciples et l’Abhidharma, la dernière partie des textes canoniques consacrée aux exposés psychologiques et philosophiques de l’enseignement de Bouddha. En dehors de ces écrits canoniques, en pâli pour les  bouddhistes théravada et en sanskrit pour ceux du mahayana il existe en outre  de nombreuses écrits importantes mais non canoniques qui le sont dans la langue vernaculaire locale ou régionale. Ces traditions nées en Asie du Sud-est au cinquième siècle avant notre ère, ont évidemment été influencées par la vision du monde  du sud-est asiatique du sous-continent indien des religions l’ayant précédé, le brahmanisme et le jainisme.

 

 

Toutes font référence aux lois de l’action, le karma. Une personne perd tout mérite en commettant des actions violentes ou même par la simple intention. La plus grave de ces actions est le meurtre. Cette interdiction s’insère en tête des cinq préceptes moraux : s'abstenir de tuer les êtres sensibles, s’abstenir de voler, s’abstenir de mentir, s’abstenir de consommer substances intoxicantes qui obscurcissent l'esprit, et s’abstenir d’inconduite sexuelle. On les retrouve dans les traditions, elles représentant au demeurant une éthique sociale incompressible propre toute vie en société.

 

Mais à ces interdictions sévères vont correspondre des exceptions permettant par nécessité aux rois et aux dirigeants de passer outre.  Rappelons sans entrer dans le détail de l’histoire, celle de celle de Ajatashatrun, roi de Magadha, premier royaume bouddhiste, contemporain de Bouddha, qui fit tuer son père. Pour les casuistes bouddhistes qui n’ont rien à envier aux Jésuites, l’état d’exception dépend de trois paramètres variables : 

 

 

L’intention de la personne qui commet la violence : est-elle accidentelle ou délibérée, et si elle est délibérée, l'esprit est-il débarrassé de la haine et de l'avarice?

 

La nature de la victime (personne humaine, animale ou surnaturelle ?),

 

La nature  de celui qui commet la violence ; la personne est-elle un roi, un soldat ou un boucher ?

 

Ces variables permettent soit de pardonner le meurtre, soit même de le préconiser. Les enseignements du bouddhisme theravada considèrent l’acte violent comme fondamentalement malsain et condamnable. La violence vient en tête des cinq préceptes (2).  Elle entraîne l’exclusion du sangha. Le meurtre est le plus grand des péchés que puisse commettre un être humain.

 

Singulièrement chez les Judéo-chrétiens, le respect de la vie n’intervient qu’au cinquième rang du décalogue dicté par Dieu à Moïse.

 

 

Il en est donné de nombreux exemples dans les textes canoniques, tous tournent autour de la nature de l’action, de celle de son auteur et de celle de la victime. Dans les Jatakas, les récits des vies antérieures de Bouddha, celui-ci a tué des centaines de  créatures.

 

 

Le moine Buddhaghosa qui vécut vers le Ve siècle de notre ère, est l’auteur d’ouvrages non canoniques mais considérés comme fondamentaux par les écoles du bouddhisme theravada. Dans un chapitre relatif au meurtre, il considère que le meurtre des créatures vivantes sans vertus morales  comme les animaux, présente une singulière hiérarchie : il est moins blâmable quand la créature est de petite taille et plus blâmable quand elle est de grande taille. Pourquoi ? Parce que le plus grand effort est requis pour tuer un être de grande taille à cause de sa plus grande substance physique. Dans le cas des êtres qui possèdent des vertus morales, comme les êtres humains, l'acte de tuer est moins blâmable lorsque l'être est de peu de vertu et plus blâmable lorsque l'être est de grande vertu.

 

Les règles du Vinaya et les récits de Buddhaghosa expliquent, entre autres, les habitudes alimentaires des adeptes du bouddhisme theravada : Les bouddhistes laïcs thaï, lao, birmans, cambodgiens  et sri-lankais mangent généralement du poulet et du porc et évitent le bœuf, car c’est est un animal beaucoup plus gros.

 

Par ailleurs la distinction entre humains et non-humains et humains vertueux et non-vertueux se trouve en permanence dans de nombreuses  sources bouddhistes.

 

 

Le roi sri-lankais Dutthagamani qui vécut au deuxième siècle avant notre ère mena une guerre juste contre les envahisseurs Tamoul dirigés par le roi Elara.  Après une bataille sanglante et victorieuse, Dutthagamani se plaignit d'avoir causé le massacre de millions de personnes. Huit moines le réconfortèrent en lui expliquant que ces hommes étaient de mauvaise vie et ne devaient pas être estimés plus que des bêtes.

 

 

Les non-bouddhistes possèdent si peu de vertu qu'ils sont à égalité avec les animaux et de plus le roi avait des intentions pures avec le désir de soutenir et défendre la doctrine bouddhiste. Ce rappel n’est pas innocent car le souvenir de ce monarque fut invoqué lors de la guerre civile contre les Tigres Tamouls ! Ces concepts ont été omniprésents dans la lutte contre les communistes au Siam au siècle dernier : Pour l’éminent moine bouddhiste thaï Kittiwuttho dans les années 1970, un communiste était plus proche d’un animal que d’un être humain et il y avait d’autant plus de bien à le tuer que sa mort servait la doctrine de Bouddha.

 

 

L’empereur Asoka de la dynastie des Mauryan Ashoka reste le modèle absolu du dirigeant juste : après une campagne victorieuse mais sanglante contre les Kalinga au cours de laquelle plus de 100.000 furent tués et 150.000 réduits en esclavage, Ashoka se repentit et se tourna vers la doctrine bouddhiste. Cependant, Ashoka n'a jamais dissous son armée, maintenu la politique de l'État faisant application de la peine capitale. Après sa conversion au bouddhisme, il aurait commis de multiples atrocités, notamment le massacre de dizaines de milliers de Jaïns considérés comme hérétiques.

 

 

Par ailleurs, Bouddha avait reçu de son vivant le soutien des royaumes de Magadha et Kosala mais les querelles entre ces roitelets vit apparaître, peut-être pour la première fois dans l’histoire, la notion de « guerre juste ».

 

 

Telle est l’histoire bien connue des bouddhistes du Jataka Harita Mata Jataka : Il est le 239e Jataka et se situe à une époque où Brahmadatta étai roi de Bénarès. Le Bodhisatta s’était réincarné en grenouille verte. Un serpent d’eau était tombé dans l’une des nasses en osier installées par les populations dans des pièces d’eau pour attraper des poissons. Il fut attaqué par ces poissons et fit appel à la grenouille pour obtenir de l’aide. Celle-ci lui répondit « Vous mangez du poisson lorsqu’il entre dans votre domaine. Les poissons vous mangent lorsque vous entrez dans le leur ». Ainsi, les premiers penseurs bouddhistes justifient la violence d’état.

 

 

On peut situer dans le temps la personne de Moïse vers 1200 ou 1300 ans avant notre ère, bien antérieure à Bouddha. Le cinquième des commandements que lui a dicté Dieu sur le mont Sinaï est le « non occides », tu ne tueras pas. Doit-on y voir la première manifestation de la non-violence nécessaire aux rapports entre les hommes ? Ce précepte recouvre deux choses, la première, c’est qu’il est défendu de tuer. La seconde est d’avoir  une charité et un amour sincères pour nos ennemis, de vivre en paix avec tout le monde, et de supporter patiemment toutes les souffrances de la vie.

 

Le premier précepte fut rapidement interprété par l’Église, nécessité faisant Loi, nous retrouvons la fable de la grenouille, c’est qu’il y a des meurtres qui sont permis et d’autres qui ne le sont pas. Les magistrats peuvent ordonner la mort, vengeance légitime de crimes. C’est ce qui faisait dire à David: « Dès le matin je songeais à exterminer tous les coupables, pour retrancher de la cité de Dieu les artisans d’iniquité ».

 

 

Il y a par ailleurs des guerres justes et des guerres injustes. Cette notion fut complètement dégagée au IV siècle par Saint Augustin à une époque où de nouveaux chrétiens entendaient respecter le précepte à la lettre en refusant de servir le gouvernement civil de quelque façon que ce soit.

 

 

Le second se retrouve plus précisément dans « le Sermon sur la montagne » (Évangile de Saint Mathieu, chapitres 5, 6 et 7). Il fut pourtant cité par Gandhi à de multiples reprises beaucoup plus que des textes bouddhistes ou védiques.

 

Gandhi reste évidemment un modèle respecté et respectable mais il n’est pas certain que ses enseignements aient été suivis par les gouvernements successifs depuis l’indépendance en 1947 et son assassinat en 1948. Si l’Inde a acquis son indépendance, ce n’est certainement pas grâce à la résistance civile non violente des Hindous. La décolonisation est plutôt due à la réunion de beaucoup d’autres facteurs ce qui conduit à rendre son choix pour la non-violence difficile à comprendre même si pendant des années lui-même et 300 millions d’Hindous se sont évertués à l’employer. La sociologie politique et aussi l’histoire nous apprennent, hélas qu’agir selon les préceptes du sermon de la montagne et tendre l’autre joue est un facteur de la propagation du mal.

 

 

Le bouddhisme reste une religion de paix et de compassion et il faut aller au-delà de la lecture de la fable de la grenouille. Il y a une grande force dans les appels bouddhistes à la compassion : Ainsi Siddhattha Gotama, a abandonné sa propre allégeance familiale au nom de la réconciliation. 

 

Il y a une grande force dans les appels bouddhistes à la compassion et à l'acceptation. Parmi les différents exemples dans les Écritures, il y en a un de son fondateur Siddhattha Gotama, qui a abandonné sa propre allégeance familiale au nom de la réconciliation. Dans le Sutta Nipata Atthakatha, les royaumes Sakya et Koliya étaient sur le point de déclarer la guerre pour l'utilisation de la rivière Rohini, qui coulait le long des frontières des deux royaumes. Chaque royaume avait besoin d'eau pour irriguer ses cultures, et une récente sécheresse avait aggravé la gravité de ce besoin. Cependant, au lieu de choisir son propre royaume de Sakya, Siddhattha a conseillé aux deux parties de partager l'eau car le sang était plus important que l'eau. Cet épisode de la vie du maître apparaît  dans les représentations rituelles comme celle du Bouddha du lundi. (3)

 

 

En ce qui concerne les multiples interventions du Dalaï-lama Lama en faveur de la paix dans le monde entier, il est permis de se demander si elles ont eu une quelconque influence pour limiter la violence dans la région tibétaine  (4) ?

 

Le Christianisme apparaît aussi quelques siècles après Bouddha comme une religion de paix et de compassion. Les récits guerriers de la Bible n'en sont pas moins édifiants. Le Christ par ailleurs a chassé les marchands du temple avec une violence extrême.

 

 

Quelques siècles encore apparut  l’’Islam pour lequel la paix est la règle et la guerre, l'exception dictée par la nécessité (5).

 

 

Comme dans tous les systèmes religieux, les traditions bouddhistes contiennent une grande capacité de réconciliation. Mais comme chez les chrétiens ou les mahométans, il serait vain de fermer les yeux sur ses lacunes.

 

SOURCES

 

« Buddhism and Peace:  Peace in the World or Peace of Mind ? » par Karel Werner in International

Journal of Buddhist Thought and Culture, Volume 5, Dongguk University, Seoul,

February 2005, pp. 7-33.

« BUDDHIST TRADITIONS AND VIOLENCE » par Michael Jerryson, deuxième chapitre de l’ouvrage collectif « Religion and violence », Oxford, 2013.

« Religions et violence » par le R.P. Paul Valladier in Les études, avril 1999.

« REGARDS PSYCHANALYTIQUES SUR LA NON-VIOLENCE DE GANDHI » par Manuel Cervera-Marzal in  Revue française de psychanalyse, 2011, volume 75.

« Remarques sur la violence dans l'idéologie bouddhique et la pratique sociale à Sri Lanka (Ceylan) » Par Sarath Amunugama et Éric Meyer in Études rurales, n°95-96, 1984.

« L’islam intérieur » par Abd-al-Wahid Pallavicini, 1991.

 

NOTES

 

 

(1Voir notre article A 341 - LES ARTISTES GRECS À L’ORIGINE DES PREMIÈRES REPRÉSENTATIONS DE BOUDDHA IL Y A 2000 ANS.

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/12/a-341-les-artistes-grecs-a-l-origine-des-premieres-representations-de-bouddha-il-y-a-2000-ans.html

(2) voir notre article A 320 - LES CINQ PRÉCEPTES BOUDDHISTES DANS LES PROVINCES RURALES DU NORD-EST ET LEUR INCIDENCE SUR LA VIE EN SOCIÉTÉ. (ปัญจ ศีล - Pancasila)   http://www.alainbernardenthailande.com/2019/06/a-320-les-cinq-preceptes-bouddhistes-dans-les-provinces-rurales-du-nord-est-et-leur-incidence-sur-la-vie-en-societe.pancasila.html.

 

(3) Voir notre article A 237 - LES SOIXANTE-SIX REPRÉSENTATIONS RITUELLES DE BOUDDHA

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/08/a-237-les-soixante-six-representations-rituelles-de-bouddha.html

 

(4) Le gouvernement chinois s’irrite parfois, peut-être avec raisons, de certaines de ses déclarations parfaitement intempestives. Ainsi lors d’une visite de quelques jours au Chili  en avril 1999, il prôna le pardon en faveur du général Augusto Pinochet comparant audacieusement le besoin de réconciliation des Chiliens avec sa propre campagne non-violente pour l'ouverture d'un dialogue avec la Chine sur l'autonomie du Tibet.

 

(5) Le sujet est largement développé dans la deuxième sourate du Coran. Dans son essence et dans sa vision de la vie, l'Islam ne réduit pas la paix et ne la revendique pas seulement dans un domaine de la vie. La paix en Islam est la paix qui réalise, concrétise et répand la parole de Dieu sur terre, assoit la liberté, la justice et la sécurité pour tous, non la paix qui met fin à la guerre à n'importe quel prix, même si la terre connaissait l'injustice et la démence, la tyrannie et les autres usurpations du pouvoir de Dieu.

 

 

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commentaires

Arnaud 08/03/2021 04:58

Article intéressant, mais vous croyez vraiment que que la résistance civile non violente n'a strictement joué aucun rôle dans l'indépendance de l'Inde ?

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 08/03/2021 06:37

La question reste posée, j'ai préféré la poser plutôt que d'affirmer !