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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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27 février 2021 6 27 /02 /février /2021 22:09

 

Il est un aspect méconnu de l’œuvre du Maréchal Phibun lors de sa première gouvernance de 1938 à 1944, c’est la réforme de l’orthographe qu’il tenta d’imposer au pays. Il n’en est pas d’autres sources qu’en thaïe ce qui explique qu’elle soit passée sous silence.

 

 

Revenons très rapidement sur l’histoire de l’écriture thaïe qui a ou aurait commencé en 1289 il y a plus de sept cent ans. Nous en avons longuement parlé (1).

 

 

La langue est l'un des outils que les êtres humains utilisent pour communiquer entre eux. Toute langue se compose de mots, associés d'après les règles  de sa grammaire. Tout mot représentant une idée se compose d'un ou de  plusieurs sons de voix, appelés syllabes. Pour figurer graphiquement les syllabes, on se sert de signes appelés lettres.

 

 

Les difficultés de la langue écrite.

 

De même que l'arithmétique possède neuf chiffres effectifs et un chiffre sans valeur propre (zéro), de même la langue thaïe possède soixante-quinze lettres effectives et une lettre sans valeur propre (อ). De ces soixante-quinze lettres, trente-deux représentent les variations de la voix humaine : on les nomme voyelles pour celte raison.

 

 

Quarante-quatre autres lettres ne servant qu'à modifier les sons des voyelles, ont, à cause de cela, reçu le nom de consonnes.

 

 

 

Les raisons de cette complexité sont multiples :

 

En dehors de consonnes dites irrégulières, fruits de l’étymologie, il existe 20 sons consonantiques fondamentaux répartis entre 44 consonnes lesquelles sont divisées en trois classes, normale, haute et basse, chaque son consonantique doit ou devrait avoir sa consonne dans chacune des classes. La multiplicité de certaines consonnes, il existe par exemple 6 formes de TH, est l’un  des paramètres de cette complexité.

 

 

Il existe enfin 32 sons vocaliques, voyelles simples, diphtongues ou triphtongues qui doivent tous avoir une forme brève et une forme longue, ce qui est essentiel pour déterminer le ton sur lequel doit être prononcé la syllabe. Ces sons vocaliques présentent sinon une difficulté, on s’y habitue, du moins un  aspect déconcertant, c’est que la voyelle n’est pas écrite après la consonne comme dans notre langue, elle peut l’être devant, derrière, dessus, dessous ou autour. Il existe une autre difficulté pas toujours facile à surmonter, il existe trois voyelles (a, o et ô) qui ne sont parfois pas écrites.

 

 

Cette complexité se justifie au moins pour partie car elle permet à l’écrit de donner le ton sur lequel la syllabe doit être prononcée, neutre, haut, bas, montant et descendant et cela selon un mécanisme véritablement mathématique.

 

 

Notons encore une difficulté, c’est l’absence de majuscules pour les noms propres ce qui rend parfois pénible la lecture d’un simple quotidien.   Il est enfin une difficulté majeure qui n’existe pas dans le langage parlé, l’écriture ne sépare pas les mots entre eux mais seulement les phrases. Nous avons parlé de cette dernière difficulté qui cause bien des difficultés au traducteur (2).

 

notonsencoreunedifficultéc’estl’absencedemajusculespourlesnomsproprescequirend parfoispéniblelalectured’unsimplequotidienilestenfinunedifficultémajeurequin’xistepas danslelangageparlé l’écritureneséparepaslesmotsentreeuxmaisseulementlesphrasesnousavonsparlédecettedernièredifficultéquicausebiendesdifficvultésautraducteur                    

L’évolution de l’écriture depuis le XIIIe siècle.

 

L’époque de Sukhothai.

 

La langue thaïe est la langue nationale de la société thaïlandaise, elle a évidemment  changé depuis la période Sukhothai (environ 1238-1350), la période d’Ayutthaya (environ 1350-1767) et l’ère Rattanakosin à partir de 1782. Ces changements sur plus de sept siècles sont allés et venus progressivement en fonction de divers facteurs pouvant modifier la prononciation, le système sonore, le sens des mots. Ramkhamhaeng le Grand qui régna à partir de 1289 est le créateur présumé de l’écriture actuelle. Quelle langue parlait-il alors et pourrait-elle être comprise d’un Thaï du XXIe siècle qui utilise pourtant – toutes proportions gardées – son écriture. Ramkhamhaeng régna à l’époque de Philippe le Bel, et qui comprend aujourd’hui, sauf les spécialistes, cet ancien français et peut en déchiffrer les écrits ?

 

 

On pense qu’antérieurement à l’ère de Sukhothai, les habitants utilisaient des écritures venues des Indes (Pallawa) ou de l’empire khmer.  Nous n’en connaissons rien autre que par l’épigraphie. Khun Sri Intharathit fut le fondateur du royaume en 1279 et son fils Ban Muang lui succéda un an seulement. On pense que ces deux règnes s’appuyèrent sur la culture traditionnelle de l'empire khmer et utilisaient ses systèmes linguistiques et alphabétiques. Ramkhamhaeng  succèda à son frère Ban Muang en 1279 et régna jusqu’en 1298. Il est considéré comme le créateur de l’écriture thaï si l’on en croit la stèle qui porte son nom et qui fut découverte en 1833 par le roi Mongkut alors qu’il était moine et que l’on date approximativement de 1292.

 

Cette écriture serait selon les érudits un mélange des scripts des Môns et de l’écriture khmère archaïque.  Elle s’écrit sur la ligne de gauche à droite. Elle comprenait trente-neuf consonnes (quarante-quatre aujourd’hui) et vingt voyelles (trente-deux aujourd’hui). Curieusement, on n’y trouve que sept chiffres, 1, 2, 4, 5, 7 et 0  alors que ces Thaïs savaient évidemment compter sur leurs dix doigts. Ces découvertes épigraphiques à venir nous donneront peut-être une explication. Il comporte deux signes de tonalités seulement (quatre de nos jours) le signe de tonalité EK (เอก) et THO โท). EK et THO signifient un et deux en sanskrit. Les voyelles sont placées devant, derrière et autour de la consonne  qui les supportent. Il n’y a pas alors de voyelles dessus ou dessous comme aujourd’hui. Les formes sont plus arrondies que celles de lettres actuelles avec lesquelles la comparaison n’est pas facile pour un non initié !

 

 

 

 

La période d’Ayutthaya.

 

Rien ne semble avoir été changé au début de la période d’Ayutthaya (1350). La plupart des rares documents anciens transmis à ce jour sont sur du matériel dur, argent, étain, pierre. Ce sont de brèves inscriptions sur des sujets religieux.

 

L’âge d’or débute avec le règne de Ramathibodi II  en 1491 jusqu’à celui de Naraï qui se termine en 1688. C’est un âge d’or et le pays s’ouvre à l’étranger. Le développement des affaires génère la prospérité et la nécessité de trouver à l’écriture des supports plus commodes que la pierre, le kradat farang ou papier de goyave (กระดาษฝรั่ง) ou les feuilles de latanier. Beaucoup des documents de cette époque sont des documents commerciaux datant du roi Naraï et conservés essentiellement dans des archives occidentales. Nous voyons toutefois apparaître deux nouvelles consonnes : ฑ (TH) et ฮ (H) (3).

 

 

Depuis lors, le nombre des consonnes reste stable.

 

Surgissent aussi deux nouveaux signes de tonalité ตรี (TRI) et จัตวา (JATTAWA) qui signifient trois et quatre en thaï archaïque et en sanskrit (4).

 

Apparaissent aussi cinq voyelles composées, เอะ  (OE au son bref) เอียะ (IA au son bref)  เอือะ (UA au son bref)  อัวะ (OUA au son bref), เออะ  (autre OE au son bref).

 

En 1732, l’alphabet des consonnes et la liste des voyelles est le  même que de nos jours.

 

 

A quelques détails près, la description que donne de l’écriture thaïe le chevalier de La Loubère recueillie lors de sa mission de 1688 conserve toute sa valeur. (5)

 

 

La fin de la période d’Ayutthaya commence sous le règne de période du roi Phra Phet Racha (1788) et se termine avec la chute d’Ayutthya en 1767. C’est une période néfaste pour le commerce avec les étrangers, la guerre avec la Birmanie fait perdre son indépendance au pays ce qui ne favorise pas le développement de l'écriture et de la littérature. Rares sont les documents de la fin de la période d’Ayutthaya, car une grande partie a été détruite et brulée par les Birmans.

 

Le roi Taksin rétablit l’indépendance du pays et installe la capitale à Thonburi. Il se préoccupa de la restauration ou de la récupération de documents anciens. Il n’y aura pas de changement majeur à l'époque Rattanakosin mais la forme des caractères évolue en fonction en particulier du développement des documents écrits et de l’apparition de l’imprimerie qui entraîne l’élaboration de fontes et du développement des polices thaïes. Il en sera évidemment de même avec l’apparition massive de l’informatique dans le dernier quart du siècle dernier.

 

 

Les projets de réforme de l’écriture.

 

Nous en connaissons trois :

L’alphabet Ariyaka du roi Rama IV (อักษรอริยกะ)

La nouvelle méthode du roi Rama VI (อักษรวิธีแบบใหม่)

La méthode du Maréchal Phibun  (อักษรสมัยจอมพล ป. พิบูลย์สงคราม)

 

L’alphabet arikaya.

 

Nous lui avons consacré un article (6).  Il n’a pas été inventé en 1847 par le roi spécifiquement pour écrire sa langue mais pour écrire les textes sacrés du pali. Le pali n’a en effet pas d’écriture dédié et est transcrit dans l’alphabet du pays où il est lu. Il faut aussi préciser, ce qui en simplifie l’écriture,  que ce n’est pas une langue à tons. Nous en parlons à nouveau  car certaines des règles qu’il préconise seront reprises dans le projet de Rama VI. Il est évidement plus simple que l’alphabet thaï puisqu’il ne comporte que 33 consonnes et 8 voyelles.

 

 

Les consonnes et les voyelles sont placées sur une seule ligne et les voyelles sont écrites derrière la consonne comme dans les alphabets romains. Il sépare les mots entre eux et utilise des signes de ponctuation. Enfin, ce qui n’est pas le cas en thaï, lorsqu’une consonne termine une syllabe, elle est prononcée comme elle doit l’être ; par exemple dans une syllabe qui aura pour consonne finale un R,  celui-ci se prononcera N. Cette écriture fut utilisée un temps dans son ordre mais ne lui a pas survécu d’autant que l’alphabet thaï permet de transcrire parfaitement le pali.

 

Méthode d'écriture du pali avec l'alphabet thaï  :

 

 

La nouvelle méthode du roi Rama VI.

 

Nous savons qu’il est le premier à avoir lancé sur le plan académique l’idée de la romanisation du Thaï (7). Mais romaniser dans le but de transcrire en  caractères romains les noms propres, géographiques en particulier, était une nécessité qui est réglée depuis le début du siècle dans le  cadre d’une convention internationale. Il n’y a rien à voir avec une simplification de l’écriture.

 

Le Roi Rama VI avait remarqué que l'écriture thaïe était déconcertante pour les étrangers, en particulier par l’écriture sans espaces entre les mots et l’existence de voyelles non écrites. Il décida donc d’écrire sur une seule ligne, les voyelles posées après les consonnes comme dans l’alphabet romain.

 

 

Ne pouvant utiliser les voyelles thaïes, il utilisa non pas de nouvelles voyelles mais tout simplement celles de l’alphabet arikaya, un bien peu harmonieux mélange. Le projet qui ne fut utilisé que chez ses proches, une espèce de sabir qu’eux seuls pouvaient comprendre, fit long feu. Nous n’en avons pas trouvé d’autre exemple qu’une carte de vœux de bonne année.

 

La méthode du Maréchal Phibun.

 

Ce fut assurément la plus sérieuse et aurait peut-être pu et dû perdurer. Il ne s’agissait pas en effet de bouleverser l’écriture mais de la simplifier.

 

Nous sommes en 1942, il bénéficie depuis 1938 du pouvoir absolu. Il a créé le 18 mai 1842 dans le  cadre de sa politique culturelle le Comité de promotion de la culture et de la langue thaïe  (คณะกรรมการส่งเสริมวัฒนธรรมภาษาไทย - Khanakammakansongsoem Watthanathamphasathai).

 

Le but en est d’améliorer  la culture, et de promouvoir la langue thaïe et les livres et de proposer une nouvelle orthographe. Ce fut peut-être aussi à l’instigation des occupants japonais qui éprouvaient quelques difficultés à la lecture des caractères thaïs ne fut-ce que sur les panneaux de signalisation.

 

Ce comité est composé de 26 personnes, tous universitaires érudits de haut niveau.  Le 14 juillet 1942, le Comité a établi des règles pour l'utilisation des caractères thaïs et a publié un nouveau dictionnaire d'orthographe. Cette simplification de l’orthographe ne durera malgré une propagande massive que deux ans et trois mois. Le comité considéra que l’écriture était l’un des trésors culturels de la langue mais devait être amélioré compte tenu de l’existence de nombreux caractères répétitifs voire inutiles.

 

 

Les voyelles.

 

Voici le premier exemple d’une voyelle inutile, le son AÏ se transcrit par une voyelle brève, posée avant la consonne qui la supporte. Il en est une autre forme, , également brève, également posée avant la consonne. Elle se trouve dans 20 mots d’usage quotidien que les petits thaïs apprennent par cœur dans une comptine dont ils encombrent peut-être inutilement leur mémoire. Nul ne peut en dire l’origine et donner des explications à ce doublon.

 

 

L’exemple suivant est plus caractéristique encore. La liste des 32 voyelles en comprend quatre venues directement du sanscrit ; , ฤๅ, et ฦๅ se prononcent respectivement RU (bref), RU (long), LU (bref), LU (long). Elles sont bien grammaticalement considérées comme des voyelles aussi curieux que ce soit. Les deux dernières sont devenues totalement obsolètes et ne se trouvent que dans des textes archaïques. Les deux autres se trouvent dans de nombreux mots d’usage quotidien, citons l’ermite qui a deux orthographes possibles, ฤๅษี (RU long) ou ฤษี (RU bref). Les choses vont se compliquer; ฤๅ se prononce toujours RU (long).  se prononce au gré des circonstances RI, RU ou RE bref, selon des règles qui ne sont pas bien logiques mais grammaticalement immuables: Il est rarissime en position initiale et sa prononciation est aléatoire mais le plus souvent RU. Nous le rencontrons dans deux mots courant (et leurs composés bien sûr) prononcée RU : ฤดู (rudou) la saison et ฤษี (rusi), que nous connaissons.

 

– Elle se prononce RI lorsqu'elle suit les consonnes ก (K), ต(T), ท (TH), ป (P), ศ (S) et ส (autre S). Nous aurons ainsi อังกฤษ angkrit anglais.

 

– Elle se prononce RU lorsqu'elle suit les consonnes ค (KH),  น(N),  พ (PH),  ม (M)  et (H). Nous trouvons ainsi toujours dans des mots du quotidien ainsi วันพฤหัสบดี wanphruhatboodii (jeudi), et encore พฤษภาคม phrutsaphaakôm (le mois de mai).

 

Et enfin RE dans un seul mot, ฤกษ์ rek, le moment propice.

 

Dans tous ces mots, la voyelle-consonne sanskrite devra (avantageusement) être remplacée par la lettre R (ร) assortie de la voyelle qui convient !

 

Un dernier exemple enfin et vous comprendrez le souci du Maréchal. Nous avons parlé plus haut de l’introduction de la voyelle composée เอือะ (UA au son bref). Elle est en principe nécessaire puisque chaque voyelle doit avoir sa forme brève et sa forme longue, soit. Plusieurs ouvrages français ou anglais vous diront qu’elle est « rare ». C’est une erreur car vous ne le trouverez nulle part dans aucun écrit. Pourquoi donc l’inclure dans la liste des voyelles que doivent apprendre les gamins ? Tout simplement, nous dit une petite grammaire à l’usage des jeunes gens,  car elle pourra servir un jour ! Quelle prévoyance inutile !

 

Voilà donc six voyelles qui pourraient parfaitement disparaître de la liste des trente-deux. Il en resterait 27 ce qui serait déjà suffisant

 

Précisons que ce que nous venons d’écrire ne provient pas d’un ouvrage de grammaire érudit mais d’un ouvrage de vulgarisation destinés non pas aux savants mais aux écoliers.

 

Et on peut difficilement lire sans sourire que la grammaire thaïe est basique !

 

Manuel de lecture  :

 

 

Les consonnes.

 

Dans l’alphabet des 44 consonnes dont déjà deux sont obsolètes, le Maréchal préconise la suppression de 13 d’entre elles et la simplification d’une dernière : ฃ (KH), ฅ (TH), ฆ (KH),  ฌ (N),  ฎ (D), ฏ (T), ฐ  (TH), ฑ (TH),  ฒ (TH), ณ (CH), ศ (S),  ษ(S) et  ฬ (L).

 

La dernière qui est un deuxième Y est maintenue mais on supprimera l’appendice qui est en dessous et qui interdit de l’écrire d’un seul trait de plume comme les autres. 

 

Il est d’autres curiosités dont le Maréchal préconise la suppression, le lettre R doublée (รร) devient voyelle et se prononce en fonction des circonstances A ou AN ainsi l’oncle s’écrit peut-être BRR mais se prononce BAN (บรร). La lettre R cause aussi des perturbations au bon sens ; associée à la lettre TH (ทร) elle devient S tout simplement ! ทราย  ce n’est pas THRAÏ mais SAÏ (le sable).    

 

 

Le système ne règle toutefois pas la difficulté majeure des mots qui ne sont pas séparés dans la phrase.

 

Il ne règle pas non plus la difficulté née de l’absence de majuscule.

 

Notons que la ponctuation se répand, surtout dans la presse, elle fait l’objet d’explications dans les grammaires, en ce qui concerne du moins les signes qui nous sont familiers, guillemets, parenthèses, point d’interrogation, d’exclamation, de suspension et final, virgule.

 

Notons encore que ce système allégé ne porte pas atteinte à la possibilité de déterminer l’origine palie ou sanskrite du mot. L’étymologie reste respectée (8).

 

Les éditions successives du Dictionnaire de l’Académie royale postérieures à 1942 n’ont pas tenu compte de ces possibles modifications (9).

 

Ces propositions reçurent du public un accueil fort peu chaleureux paraît-il, plus encore dans le monde érudit, tous attachés à leurs caractères thaïs traditionnels. L’abandon fut consacré en 1944 et le Maréchal ne reprit pas son projet lorsqu’il revint au pouvoir en 1948.

 

Il faut préciser que l’écriture traditionnelle a fort bien passé le cap informatique. Tout se trouve sur le clavier, les caractères usuels, les caractères obsolètes, divers signes diacritiques également tombés en désuétude ainsi que ceux qui permettent les petites modifications  de l’écriture pour transcrire le pali. Le positionnement des voyelles qui peut se faire sur plusieurs niveaux avec éventuellement un signe diacritique encore au niveau supérieur s’est fait sans difficultés

 

Il est toutefois une préconisation du Maréchal qui perdure, l’utilisation des chiffres internationaux improprement appelés chiffres arabes, qui était au demeurant déjà largement pratiquée. Les chiffres traditionnels ne se trouvent plus guère que dans des documents administratifs comme les titres de propriété. Il est difficile de trouver une horloge portant les chiffres thaïs et, à notre connaissance du moins, aucune calculatrice.

 

Rappelons que le nombre d’alphabets réellement créés ex-nihilo est relativement restreint, comme celui de Ramkhamhaeng. Les peuples ont souvent préféré adopter et éventuellement adapter un système existant plutôt que de réinventer la roue (10). Il est permis de penser que les Thaïs sont légitimement fiers d’une écriture qui s’est forgée au fil des siècles aussi complexe soit elle.

 

 

SOURCES

 

Sur l’écriture

 

« Contribution à l'étude du système phonétique des langues thaï » d’Henri Maspero In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 11, 1911. pp. 153-169.

 « Méthodes de segmentation et d’analyse automatique de textes thaï » par Krit Kosawat, thèse de doctorat, Université de Marne-la-Vallée, 8 septembre 2003.

« MÉTHODES POUR INFORMATISER DES LANGUES ET DES GROUPES DE LANGUES « PEU DOTÉES » par  Vincent BERMENT, thèse de doctorat, Grenoble, 18 mai  2004.

Il nous faut remercier tout particulièrement un fidèle lecteur suisse du blog, Stéphane Duina, qui a eu l’amabilité de nous transmettre un ouvrage exceptionnel très modestement baptisé « Notes de grammaire thaïe » et daté de 1974. C’est l’œuvre d’un missionnaire des Missions étrangères, Victor Hippolyte Larqué  en poste à Bangkok où il décède en 1990. L’auteur reprend et complète la grammaire en latin de Monseigneur Pallegoix qui date de 1854, bien plus que de modestes notes, c’est une somme grammaticale. Cet ouvrage monumental ne porte pas de mention ISBN et ne semble pas voir été déposé à la Bibliothèque nationale . Il est probablement au seul usage interne des Missionnaires, sa communication n’en fut que plus précieuse.

 

Sur les réformes de l’écriture.

 

L’ouvrage universitaire de Madame Milika Mapha est fondamental,

 

 

il est en thaï :

 

« เอกสารประกอบการสอน วิวัฒนาการภาษาไทย » (Matériel pédagogique, évolution de la langue thaïe) par มัลลิกา มาภา, en thaï. Publication de l’Université Rajabhat d’Udonthani, département de langue thaï, Faculté des sciences humaines et sociales, 2016.

 

En dehors de cet ouvrage :

 

Sur l’alphabet arikaya, voir notre article visé note 6. La page Wikipédia en thaï est bien ficelée :

https://th.wikipedia.org/wiki/อักษรอริยกะ#:~:text=อักษรอริยกะ%20เป็นอักษรที่,รับความนิยมจนเลิก

 

Sur l’alphabet de Rama VI, la page Wikipédia en thaï est bien construite :

https://th.wikipedia.org/wiki/การปรับรูปแบบการเขียนอักษรไทยโดยรัชกาลที่_6

 

Sur l’alphabet du Maréchal la page Wikipédia en thaï est remarquable :

https://th.wikipedia.org/wiki/ภาษาไทยสมัยจอมพล_ป._พิบูลสงคราม#:~:text

 

Tous les ouvrages universitaires sont numérisés.

 

NOTES

 

(1) Voir notre article A 353 - LES ORIGINES DE L’ÉCRITURE THAÏ CONTEMPORAINE

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/02/a-353-les-origines-de-l-ecriture-thai-contemporaine-5.html

(2) Voir notre article A 377- DES DIFFICULTÉS DE TRADUIRE LE THAÏ EN FRANÇAIS ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/06/a-377-des-difficultes-de-traduire-le-thai-en-francais.html

(3)  Ce ฑ (TH) est l’un des nombreux TH. Il a probablement été ajouté pour transcrire des mots issus du pali ou du  sanscrit. Il est rarissime, heureusement d’ailleurs car en fonction des circonstances, il se prononce D ou TH !

La lettre ฮ (H) est un deuxième H qui semble avoir été créé pour transcrire des mots d’importation, par exemple ฮ่องกง (Hong Kong) ou แฮมเอร์เกอร์ (hamburger), ce qui est concevable à une époque où les échanges diplomatiques et commerciaux se sont multipliés et plus encore de nos jours : Curieusement, elle remplace parfois le ร (R) dans la langue Isan, du Nord-est. Cette précision n’est pas inutile, il y a plus de 20 millions de thaïs qui parlent cette langue locale, très proche du Lao, lui-même très proche du thaï. รถ (rốt – auto) deviendra ainsi ฮถ (hốt)

(4) On ne les trouve guère que dans des mots d’importation,  chinois pour le premier qui est également utilisé dans des mots que ma mère m’a interdit de prononcer ici.

(5) « Du royaume de Siam » tome second, 1691.

(6)  Voir notre article A 352 - อักษรอริยกะ - LE ROI RAMA IV CRÉE L’ALPHABET ARIYAKA – L’« ALPHABET DES ARYENS » – POUR TRANSCRIRE LES TEXTES SACRÉS DU PALI.

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/02/a-352-le-roi-rama-iv-cree-l-alphabet-ariaka-l-alphabet-des-aryens-pour-transcrire-les-textes-sacres-du-pali.html

 (7) Voir nos articles A91. La romanisation du Thaï ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a91-la-romanisation-du-thai-114100330.html

et 165. Le Roi Rama VI et la romanisation du Thaï.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-165-le-roi-rama-vi-et-la-romanisation-du-thai-125174362.html

(8) La question de l’étymologie se pose par contre dans les projets de simplification de l’orthographe en français. Les personnes lettrées  d'Italie, d'Espagne, de Portugal et de tant d'autres  pays, savent comme nous que philosophe vient du grec φιλόσοφος, cependant elles ont le bon esprit d'écrire filosofo. Le mal est-il si grand ? Le France comprend 67 millions d’habitants dont 66,500 millions ne soupçonnent pas même l’existence du grec. Est-ce pour satisfaire à quelques dizaines de milliers de savants qui peuvent lire le grec à livre ouvert que notre langue est grevée du PH ?

(9) Voir notre article A 204 - LE DICTIONNAIRE DE L’ « INSTITUT ROYAL » AU SERVICE DE LA LANGUE THAÏE, DU BON SENS … ET DE LA POLITIQUE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/11/a-204-le-dictionnaire-de-l-institut-royal-au-service-de-la-langue-thaie-du-bon-sens-et-de-la-politique.html

(10) Ainsi « nos ancêtres les Gaulois » dont la civilisation druidique était orale et utilisaient en tant que de besoin l’alphabet grec.

 

 

 

 

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