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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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1 avril 2021 4 01 /04 /avril /2021 08:28

 

 

Nous savons que la Thaïlande est intervenue officiellement dans la guerre du Vietnam aux côtés des Etats-Unis. Nous savons aussi qu’elle est intervenue au Laos dans des opérations secrètes qui ne l’étaient qu’à moitié et que le déclassement au moins partiel des archives de la CIA par le Président Obama a permis de mieux connaître. Nous leur avons consacré deux articles (en sus de celui relatif à l’intervention officielle) (1).

 

Exemple fréquent de déclassification des documents internes à la CIA :

 

 

 

Ces articles repris dans la revue Philao, l’organe de nos amis de l’Association des collectionneurs de timbres-poste du Laos (A.I.C.T.P.L) présidée par  Philippe Drillien ont fait l’objet du commentaire d’un français coopérant alors sur place, Jean-Louis Archet, intéressant car si les Français présents au Laos étaient relativement nombreux ils ne nous ont pas pour la plupart dotés de leurs souvenirs (2). Nous bénéficions de celui de Jean-Louis Archet dont le récit est complété par un courrier plus détaillé du 6 avril 2020 adressé à Philippe Drillien. Nous avons par ailleurs eu le plaisir de recevoir les souvenirs d’un autre coopérant, Gabriel Merlet accompagné de photographies que nous vous livrons à la suite avec son accord.

 

 

Le témoignage de Jean-Louis Archet

 

Voici ce qu’écrit  Jean-Louis Archet, son récit est complété par un courrier plus détaillé du 6 avril 2020 adressé à Philippe Drillien, nous les remercions tous deux :

Le témoignage de Jean-Louis Archet

 

Voici ce qu’écrit  Jean-Louis Archet, son récit est complété par un courrier plus détaillé du 6 avril 2020 adressé à Philippe Drillien, nous les remercions tous deux :

J'ai apprécié  l'étude « Un épisode inédit de la guerre secrète au Laos (1965-1974). Les volontaires thaï dirigent et coordonnent les bombardements ».

 

 

 

 

J'étais coopérant à Paksane de 1970 à 1972 et je voudrais faire quelques remarques (3).

 

 

 

 

Les américains étaient peut-être peu nombreux (n'oublions pas que beaucoup regagnaient chaque soir leurs bases en Thaïlande) mais à Vientiane ils étaient très voyants (tenue, coupe de cheveux, allure de baroudeurs…) ils ont fait faire de prospères affaires à des établissements comme le Bar du Mékong, l'Hôtel Constellation, l

 

 

 

 

le White Rose,

 

 

 

 

 

sans parler de la célèbre Mère Loulou(4).

 

 

On entend souvent parler de la « base secrète » de Long Cheng… Tout le monde connaissait son existence (même la presse locale en parlait en particulier lors des combats qui se sont déroulés dans le secteur), c'était simplement un endroit où l'on ne pouvait pas se rendre et d'ailleurs cela aurait été difficile vu l'insécurité, l'état des pistes (baptisées « routes »).

 

 

 

A Paksane il y avait en permanence un seul américain, M. Schepffer (nous habitions le même quartier), et dans son équipe il avait de nombreux thaïlandais, tout le monde savait que son rôle n'était pas seulement humanitaire.

 

 

Je me souviens, en 1971 sur la Route 13, lors d'un trajet entre Paksane et Vientiane, être tombé à environ 50 km de Paksane sur une troupe de militaires thaïlandais qui venaient de traverser le Mékong et se dirigeaient vers le nord, nous n'avons pas traîné !

 

 

 

 

Du côté Vientiane on niait officiellement la présence des Thaïlandais comme les Pathet niaient la présence des Vietnamiens… Mais les gens en parlaient librement, plusieurs officiers originaires de Paksane, en poste à Long Cheng, venaient régulièrement voir leur famille, en utilisant des hélicoptères, j'en ai rencontré certains dont j'avais les enfants comme élèves, ils parlaient sans problème des Thaïlandais qui servaient surtout dans l'artillerie.

 

 

 

Remercions Jean-Louis Archet de ce témoignage. Il nous confirme que l’intervention thaïe qui reste toujours officiellement niée était un secret de Polichinelle.

 

 

 

Philippe Drillen nous donne d’intéressantes précisions sur  le nombre des français alors présents au Laos ou il résida de 1969 à 1976 (courrier du 30 mars 2020) :

 

 

« ... la Mission de coopération culturelle (M.C.C) comprenait environ 160 membres; les enseignants exerçaient surtout à Vientiane (école primaire, lycée, Ecole Royale de Médecine, Ecole supérieure de pédagogie de Dong Dok..), mais aussi à Luang Prabang, Savannakhet et Paksé; quelques autres, instituteurs, travaillaient également dans des petits villages. D'autre part, il y avait également une Mission d'Aide Economique et technique (M.A.E.T) de quelques dizaines de personnes. Il s'agissait de techniciens, experts et de quelques enseignants à L'Ecole Royale de Médecine ou à l'IRDA (Institut Royal de Droit et d'Administration). Quant à la Mission Militaire d'Instruction près le Gouvernement Royale Lao (MMFIGRL), elle employait une soixantaine de militaires à Vientiane, Luang Prabang et Paksé. Il ne faut pas oublier les services de l'Ambassade et du consulat. Si l'on compte les familles, cela représente près de 1000 personnes.

 

 

Il faut ajouter des restaurateurs, garagistes, quelques commerçants (souvent mariés avec des asiatiques), de nombreux Pondicheriens (vendeurs de tissu et de vêtements, tenant de petits commerces ou gardiens de nuit... sans oublier d'anciens soldats du corps expéditionnaire, restés sur place après les accords de Genève. Les missionnaires et religieuses étaient également nombreux.

 

 

Quelques ethnologues... J'oublie certainement d'autres personnes.

 

Il est vrai que peu d'entre eux nous ont laissé leurs souvenirs. Je signale cependant un petit livre, sans prétention, mais très intéressant pour ceux qui, comme moi, étaient au Laos à cette époque: « un jeune Breton au Laos » écrit par François Trividic, membre de l'AICTPL. Un autre adhérent, Pierre Dupont-Gonin publie régulièrement ses mémoires dans PHILAO. Ce ne sont certes pas des historiens, mais leurs mémoires méritent cependant d'être lus... ».

 

 

Jean-Louis Archet précise dans son courrier : 

 

« Pour les étrangers au Laos, parmi les missionnaires catholiques, des français mais aussi des italiens, des belges et deux américains les pères Menger et Bouchard. Une dernière remarque: nous étions trois coopérants à Paksane envoyés par la délégation catholique à la coopération dans le cadre du service militaire mais, bien qu'ayant les mêmes titres universitaires, pas payés par la France mais par la mission catholique, salaire équivalent à celui de nos collègues laotiens ce qui nous rendait très proches d'eux. Par contre nous avons bénéficié de l'hospitalité des pères et de leurs connaissances dans nos déplacements (pour ma part, en plus de Houei Saï, Vientiane assez souvent bien entendu, mais aussi Luang Prabang, le Phou Khao Khouay, Thakhek, Savannakhet, Paksé…). »

 

 

 

Certes mais si ces souvenirs sont rares et ponctuels – certains alors présents sont peut-être liés par une obligation de réserve, au moins pour les services diplomatiques et consulaires et pour les membres de la mission militaire -  ils n’en sont pas moins intéressants pour comprendre la situation chaotique du Laos à cette époque. S‘ils ne sont pas l’histoire, ils s’imbriquent dans l’histoire.

 

L’un de nos amis Bernard Ribet. présent en 1974 avant la prise du pouvoir par les communistes en 1975 résidait non loin de Ban Houey Xay (Ban Houei Saï du temps des Français, un chef-lieu administratif important du haut Mékong dépendant administrativement de Luang Prabang) sur les rives du Mékong en amont de Vientiane à environ 150 kilomètres de Luang Prabang. Il était voisin d’un américain acteur actif de la coopération culturelle de l’USAID dont le but était de répandre la pax americana  ...  façon CIA.

 

 

 

Chez ce membre de la mission culturelle, nous dit-il (courrier du 2 avril 2020) il ne vit pas un livre, pas de cahiers d’écoliers mais des postes de radio de bonnes tailles, un groupe électrogène et une vue directe sur la piste d’atterrissage alors en terre battue.

 

 

 

Jean-Louis Archet  confirme dans son courrier :

 

« En 1971, pendant les congés de printemps je suis allé à Houei Sai avec un copain pour aller découvrir le village Hmong de Ban Nam Nyao, remontée du Mékong en bateau

 

 

...puis marche au milieu de la fumée des brûlis jusqu'au village où nous avions été merveilleusement reçu par le père oblat italien, Mario Lombardi, qui en était le curé après un accueil un peu surprenant : à notre arrivée il était en train d'écouter en direct à la radio un match de foot du championnat italien et nous avait fait signe de nous asseoir et silence jusqu'à la fin de la partie entrecoupé par quelques exclamations de ce supporter attentif, ensuite accueil plus que chaleureux d'autant qu'il fallait fêter la victoire du club qu'il soutenait. Il avait fait aménager des terrains de foot, pas très plats car dans une zone montagneuse, dans tous les villages dont il s'occupait et en plus d'annoncer la « bonne parole » de l'évangile, initiait ses paroissiens au ballon rond… A Houei Saï la grande surprise avait été de découvrir le terrain d'aviation, en pente (on atterrissait dans le sens de la montée et on repartait dans le sens de la descente), lors du tour d'approche on découvrait quelques carcasses d'avions sur les bords de la « piste ».

 

 

Le témoignage de Gabriel Merlet

 

La Thaïlande dans la guerre secrète

 

C'est l'association de quelques mots-clés sur le Laos, « googlés » sur le Net,  qui m'a fait apparaître votre blog. Votre recherche sur la participation des forces armées thaïlandaises dans la guerre souvent dite « secrète » du Laos  a suscité mon intérêt, intérêt renforcé par l'apparition du nom de Jean-Louis Archet, coopérant auprès de la mission catholique de Paksane, au Laos. Je m'appelle Gabriel Merlet et je suis un septuagénaire retraité de l'enseignement, vivant dans une petite ville du nord-est de la Vendée. Jean-Louis Archet ne me connaît pas mais son nom m'est familier car je faisais partie des trois coopérants ayant remplacé sa propre équipe fin 1972, chez les pères catholiques de Paksane. Le nom de Louis Gabaude, autre intervenant émérite sur votre site, ne m'était pas inconnu non plus car je l'avais brièvement rencontré au Centre Kmu du Père Subra à Vientiane à l'époque où, je crois, il approfondissait sa connaissance des langues thaï et lao. Le hasard voulut que sa belle-sœur obtienne un poste  d'enseignante dans le même lycée que moi, en Vendée.l

 

Pour revenir au sujet de l'implication de la Thaïlande dans le conflit se déroulant au Laos, je n'ai aucune information précise datant de cette époque, si ce n'est une de mes photos de deux soldats maniant un équipement radio et occupant un petit poste de garde sur la rive laotienne du Mékong au nord de Louang Prabang. Je crois que c'est le batelier de notre bateau qui m'avait informé qu'ils étaient thaïlandais.

 

 

Par contre, là où je vis en Vendée, la communauté laotienne est inhabituelement importante, pour des raisons qu'il serait trop long d'expliquer ici. La première génération est arrivée à la fin des années 70, fuyant le régime communiste ayant pris le contrôle du Laos en 1975. L'un de ces réfugiés, bientôt septuagénaire, est depuis devenu mon ami et me raconte parfois son existence dans un commando au sein, ou en marge, de l'armée royale laotienne. Parachutiste, encadré par 2 ou 3 américains, ayant effectué par deux fois des stages d'entraînement intensif de quelques mois du côté de Chiang Maï en Thaïlande, son commando et lui ont effectué des raids fort risqués du côté de la piste Ho Chi Minh, y compris en territoire Nord-Vietnamien. Il a fait de nombreux passages à Long Tieng et s'est battu au nord comme au sud du Laos. Bien que son commando ne fût composé que d'éléments laotiens il confirme sans hésiter la présence de bataillons thaïs aux côtés des forces royales laotiennes.

 

 

Il raconte comment, au cours d'une bataille aux environs de Paksong, en 1971 je crois, un bataillon thaï a combattu aux côtés de son régiment contre des forces nord-vietnamiennes en grand nombre. La confrontation fut meurtrière des deux côtés et il y perdit de nombreux copains. Catholique, il  attribue sa survie à ses prières continuelles!! Il décrit les thaïs comme d'excellents combattants, avis que partageaient visiblement les nord-vietnamiens qui leur destinaient en priorité et avec précision le bombardement incessant de leurs obus tirés des hauteurs. Les pertes thaïes furent de ce fait très lourdes. Il décrit aussi comment les thaïs étaient mieux équipés. Lorsqu'il fallut décrocher, ces derniers disposaient de camions alors que les laotiens n'avaient que leurs pieds pour rejoindre Paksé. Là où les laotiens n'avaient que leurs tranchées à opposer aux obus vietnamiens, ils enviaient les « bunkers » des thaïs constitués d'un treillis de bois, soutenant un mur de terre, le tout doublé d'une couche de sacs de sable qui rendaient les obus viets nettement moins efficaces. ….

 

 

Si la suite du courrier ne concerne plus directement l’implication de la Thaïlande, elle est significative du rôle majeur des nord-vietnamiens.

 

Je terminerai par une anecdote me concernant qui, si elle ne confirme pas l'intervention thaï au Laos, confirme l'omniprésence des nord-vietnamiens, auxquels j'ai eu personnellement à faire.

 

Comme pour Jean-Louis Archet,  ma coopération au collège catholique de Paksane me permettait de solder mon devoir militaire aux mêmes conditions que Jean-Louis. Pour le « fun », au cours de mon année de terminale, j'avais effectué un stage de préparation militaire parachutiste qui me réservait une place toute chaude dans un régiment de paras dans le sud-ouest de la France. Mais, sursitaire, après 3 ans de fac et un an d'assistanat en Angleterre pour parfaire ma licence d'anglais, mon enthousiasme pour les roulés boulés s'était fortement émoussé. Une coopération me permettait d'échapper à cette perspective tout en me permettant de mettre en pratique l'enseignement de la langue anglaise pour lequel j'avais été formé. Ignorant tout du Laos, et surtout des évènements guerriers qui s'y déroulaient, j'acceptai sans plus de questions le poste de prof d'anglais à Paksane que m'offrait la Direction de la Coopération Catholique pour deux années courant de septembre 1972 à juin 1974.

 

En attente du départ

 

 

Je crois savoir que le QG de la Croix-Rouge Internationale à Vientiane sollicitait parfois les coopérants de Paksane pour des missions de soutien à ses équipes, pendant leurs vacances d'été. Peut-être fut-ce le cas pour Jean-Louis Archet? En tout cas, c'est ce qui nous arriva à Jean-Patrick, mon collègue de maths, et moi-même.

 

Pendant deux mois, en juillet et août 1973, la Croix-Rouge m'embauchait comme factotum pour installer deux de ses équipes à Paksane, une française et une britannique, et participer à leurs consultations dans des villages de jungle souvent fort reculés. Passionnant, avec un parfum d'aventure d'autant plus corsé que certains de ces villages changeaient de couleur politique la nuit, m'avait-on expliqué. Lorsque les deux équipes consultaient côte à côte je jouais aussi le rôle d'interprète anglais-français et même lao car, très tôt, j'avais pris plaisir à ingurgiter le lao du quotidien qui, bien que basique, m'ouvrait de nombreuses portes à Paksane. Je devins donc rapidement indispensable pour les 2 toubibs et 2 infirmières avec mes « Tiep saï? », « Tiao kin mak pet laï bo ? » et « Anchaï heng heng » !

 

Administrativement, pour la Croix-Rouge Internationale, j'étais rattaché au team français constitué de P.G. le docteur, Berthe l'infirmière et moi-même, le factotum. P.G. était une vieille tige de l'humanitaire d'urgence. Ancien du Biafra aux côtés de Kouchner et Brauman il avait roulé sa bosse et son stéthoscope dans tous les points chauds du monde, comme il l'a raconté plus tard dans un livre intitulé « Toute une vie d'humanitaire », que j'ai réussi à me procurer en 2013 ou 2014. Aquarelliste, il avait pour originalité de crayonner les centaines de scènes par lui vécues et dont beaucoup ont illustré  le bouquin précédemment cité. P.G. est maintenant décédé.

 

 

Au cours de nos temps de repos il me parlait souvent d'un projet qu'il mûrissait avec ses anciens collègues, docteurs au Biafra, à savoir mettre sur pied  une organisation médicale capable d'intervenir en urgence sur tous les lieux de conflits armés,  quelle que soit la couleur politique des combattants. Lui-même était d'abord et avant tout membre de la Croix Rouge, mais il m'informa bientôt qu'avec l'accord de W.B., chef de la Croix Rouge Internationale à Vientiane, il allait tenter l'aventure de consultations "à l'improviste" en territoire communiste dans des zones tenues par les rebelles Pathet-Lao, chose qu'aucune équipe occidentale n'avait jamais pu faire auparavant dans des zones sous contrôle communiste. Il me demanda si j'en étais et, encore un peu post-ado  romantique et inconscient je répondis « Bé oui. Pourquoi pas? »

 

Vous l'avez compris, P.G. était porteur, avec 6 autres membres fondateurs, du projet du futur « Médecins sans Frontières ». Ce nom n'avait  pas encore  été attribué et je crois me souvenir que le projet n'en était à l'époque qu'à ses balbutiements. J'ai découvert récemment sur le site de la Croix Rouge Internationale l'ordre de mission nous concernant à l'époque et mentionnant l'éventualité d'un contact avec le Pathet Lao. De nos discussions je crois me souvenir que c'était une condition posée par P.G. pour accepter sa mission humanitaire au Laos, dont le but premier était de déterminer les besoins médicaux et sanitaire de la région de Paksane. On peut aussi penser que le rêve de ces médecins de l'urgence de pouvoir être les premiers à soigner en zone communiste faisait du Laos l'endroit le plus indiqué pour une telle tentative. La guérilla pathet-lao pouvait sembler nettement plus « approchable »  que leurs frères du Nord-Vietnam, du Cambodge ou tout autre point du monde où capitalisme et marxisme-léninisme s'affrontaient par les armes.

 

Première consultation

 

 

D'emblée l'équipe anglaise fut écartée de la mission car ses membres auraient immanquablement été pris pour des Américains.

 

Il me faut conclure en disant que les choses ont mal tourné pour nous puisque nous avons été retenus 2 semaines dans un village au bord du Mékong et au Nord de la Hin Boun (ban Boun Kouang je crois), D'abord reçus plutôt benoîtement par une petite troupe de très jeunes soldats pathet-lao, les choses prirent une tournure nettement plus inquiétante pour nous avec l'arrivée de soldats Nord-Vietnamiens qui décrétèrent notre détention sous leur garde dans la maison du chef de village. Les quinze jours qui s'ensuivirent nécessiteraient de nombreuses pages que je n'ai, pour l'instant, pas le temps de rédiger. L'aventure fut contée par le docteur P.G. dans le livre cité plus haut mais j'y apporterais volontiers mon point de vue, parfois différent du sien. Je répondrai volontiers à vos questions si ce petit récit a éveillé votre intérêt.

 

Je joins quelques photos illustrant mon propos et notre aventure.

 

Merci Gabriel

NOTES

 

(1)

article 226  « LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE OUVERTE AU VIETNAM AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1965 – 1970) » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/04/226-la-thailande-entre-en-guerre-ouverte-au-vietnam-aux-c-tes-des-etats-unis-1965-1970.html

227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/06/227-la-thailande-entre-en-guerre-secrete-au-laos-aux-c-tes-des-etats-unis-1964-1975.html

 

H 27- UN ÉPISODE INÉDIT DE LA GUERRE SECRÈTE AU LAOS (1965-1974) : LES VOLONTAIRES THAÏS DIRIGENT ET COORDONNENT LES BOMBARDEMENTS.

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/12/h-27-un-episode-inedit-de-la-guerre-secrete-au-laos-1965-1974-les-volontaires-thais-dirigent-et-coordonnent-les-bombardements.html

 

(2) Notons que dans une décision du 16 octobre 1970 (N° 72409) concernant un couple de coopérants, le Conseil d’Etat a considéré que leur présence dans une zone de guerre à laquelle la France était étrangère, leur faisait courir « un risque exceptionnel ». Il s’agit évidemment d’un « cas d’espèce » comme disent les juristes, il ne faut donc pas extrapoler.

 

 

(3) Paksane est une petite ville située sur la rives du Mékong face à Buen Kan côté thaï à 153 kilomètres par la route en aval de Vientiane.

 

 

Ia ville était le chef-lieu du Khoueng Borikhane à cette époque et devint.Borikhamxaï après le changement de régime (amputé lors d'une partie de son territoire à l'ouest, auparavant il s'étendait jusqu'à la Nam Ngum, mais il a gagné beaucoup plus vers l'est, jusqu'à la frontière du Vietnam…).

 

 

(4) L’hôtel Constellation a été fondé en 1958 par  Maurice Cavalerie, un personnage hors du commun. Né en Chine en 1923, installé ensuite en Indochine, chassé par le communisme, il s’installe au Laos ou il crée le célèbre hôtel Constellation, réputé pour sa cuisine et sa cave. Il devint le rendez-vous des journalistes, des pilotes d'Air America, du personnel des ambassades et des espions de toutes les agences de la ville - y compris Russes et chinois. Ruiné à la prise du pouvoir par les communistes en 1975, il se réfugie en Australie oú il mourut en 2010. L’hôtel était situé rue Samsentai et semble avoir disparu. Nous n’en avons pas trouvé de photographies.

Source : « The last of the Great Indochinese Hoteliers » 

 

 

 

Courrier de Jean-Louis Archet : L'hôtel Constellation appartenait il y a encore quelques années à la famille Bilavarn, visitant le colonel Vikone Bilavarn (premier Saint cyrien lao) dans sa maison familiale quartier du That Luang nous en avions parlé au cours du repas ainsi qu'avec son frère ancien colonel dans le génie (tous deux rescapés d'un long séjour en camp de rééducation, mais décédés aujourd'hui). Je ne sais si l'exploitant de l'époque en était propriétaire à ce moment ou locataire, c'était le QG des journalistes. Il était encore debout il y a quelques années encerclé par des constructions nouvelles qui ont peut-être fini par l'engloutir...

 

http://madtomsalmanac.blogspot.com/2010/04/last-of-great-indochinese-hoteliers.html

Le White Rose passe pour avoir été le plus glauque des bordels de Vientiane Source : « Bad Boys’ Guide to Vientiane ». Ce site décrit un certain nombre d’autres lieux de divertissement que la morale réprouve :

 

Courrier de Jean-Louis  Archet : A Vientiane le titre officiel de « chez Lulu » comme disaient les américains était si je me souviens bien (n'ayant pas fréquenté directement cette institution) « Au Rendez-vous des amis », quartier du stade et du That Dam; un ami Suisse responsable dans l'humanitaire, avec qui nous étions en relation régulièrement pour l'aide aux réfugiés nombreux dans le secteur de Paksane en disait le plus grand bien et y avait ses habitudes avec une « méote » comme il disait.

 

Philipe Drillien nous a adressé une carte postale du Vieng Ratri, situé boulevard Khoun Bourom, près du marché du matin, établissement également très fréquenté par les Américains.

 
 

Courrier de Jean-Louis  « Il me semble (cela fait 50 ans et la mémoire n'est pas toujours assurée) que le bar du Mékong où j'ai siroté quelques bières les rares fois où je me rendais à Vientiane était tenu par un corse, on y trouvait régulièrement le fameux pilote « Babal » ancien pilote du corps expéditionnaire français qui passait pour connaître parfaitement toutes les pistes du Laos et volait sans navigation, une bouteille à côté du manche à balai… ses aventures et mésaventures sont innombrables. La mère Loulou après une carrière dans le réconfort du corps expéditionnaire au Vietnam avait gagné le Laos après 1954 où, devenue tenancière, elle perpétuait la tradition des « établissements » à la française en donnant une formation experte à ses pensionnaires.

 

 

 
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